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Cours d’Ethique et déo
A l’usage des étudiants de la L3 Architecture
2024-2025
Professeur KAMUFUENKETE LUVUMBU Pascal
universite kongo - Mbanza-Ngungu / Kongo-Central
Plan du cours
1. Introduction
1.1. Objet du cours
1.2. Objectif du cours
1.3. Méthodologie de l’enseignement
1.4. Bibliographie du cours
2. Qu’est-ce que l’éthique ?
2.1. Philosophie et éthique
2.2. Morale et éthique
2.3. Qu’est-ce que l’éthique ?
2.4. La conscience du bien et du mal
3. Qu’est-ce que la déontologie ?
3.1. Déontologie : clarification conceptuelle
3.2. Ethique et déontologie : identité et/ou différence
4. Savoir, pouvoir et responsabilité
5. Code d’éthique et déontologie des architectes
Lecture du texte et annexes.
6. Conclusion apéritive
1. Introduction
1.1. Objet du cours
L’objet de ce cours est le « bien agir » et la bonne « manière d’être » dans le
contexte professionnel d’un architecte.
1.2. Objectif du cours
L’objectif poursuivi par ce cours est d’éveiller, chez l’architecte en formation, la
conscience des valeurs qui doivent sous-tendre la pratique du savoir acquis tout au
long de sa formation et l’amener ainsi à agir, dans sa profession future, de façon
responsable. Car le savoir confère un pouvoir à son détenteur et tout pouvoir
implique une responsabilité.
1
1.3. Méthodologie de l’enseignement
Pour atteindre l’objectif de notre cours, notre démarche consistera à :
- Exposer une notion,
- Expliquer la notion exposée,
- Illustrer ladite notion par des cas d’espèce épinglés par les apprenants dans la
vie pratique.
1.4. Notes bibliographiques
- BADIOU, Alain, L’éthique. Essai sur la conscience du Mal (Optiques). Paris,
Hatier, 1993, 79 p.
- Déontologie, dans Encyclopedia univeversalis, Corpus 7, 1993, p. 188-191.
- Déontologie, dans André JACOB (Dir.), Encyclopédie philosophique
universelle, Les Notions philosophiques II, t1, Paris, PUF, p. 596-597.
- Ethique, dans André JACOB (Dir.), Encyclopédie philosophique universelle,
Les Notions philosophiques II, t1, Paris, PUF, p. 870-877.
- Loi n° 18/034 du 13 décembre 2018 portant création, organisation et
fonctionnement de l’ordre national des architectes, dans Journal Officiel de
ma République Démocratique du Congo, 59e Année, Numéro spécial, 26
décembre 2018.
- Code d’Ethique et Déontologie des Architectes, Kinshasa, Mars 2019.
- UNION INTERNATIONALE DES ARCHITECTES, Charte UNESCO/UIA de la
formation des architectes. Version révisée. Paris, 2011.
- CHESNEAU Isabelle (Dir), Profession Architecte. 2e édition. Paris, Editions
Eyrolles, 2021. 604 p.
2. Qu’est-ce que l’éthique ?
2.1. Philosophie et éthique
2.1.1. Qu’est-ce que la philosophie ?
2
Le mot philosophie dérive de deux mots grecs, à savoir : Philos : amour,
intention, un effort orienté vers le bien ; Sophia : sagesse, prudence, jugement. La
philosophie est de ce point de vue l’amour de la sagesse.
Et la sagesse se définit comme une certaine manière d’exister ou d’être,
caractérisée essentiellement par une maîtrise, un engagement, une transcendance,
un détachement. Elle s’oppose ainsi à l’impulsivité, à l’ignorance, à l’étourderie, à la
passion et à la folie.
Mais la simplicité de cette définition étymologique n’occulte pas la difficulté de
définir ce mot de par la multitude de définitions particulières qu’on en trouve chez les
philosophes à travers le temps et l’espace. Comme le note R. Bödéus, « la question
de savoir ce qu’est la philosophie est elle-même une question philosophique, (…),
elle absorbe pratiquement toute l’énergie des philosophes ! Qu’on en propose une
définition a priori et normative ou une autre a posteriori et inspirée de la pratique de
réputés philosophes (…), ces définitions portent chacune la marque, idéaliste ou
empiriste, d’un style de philosophie ».1
Au-delà de son étymologie et de la diversité de définitions qu’en donnent les
différents auteurs, la philosophie peut se définir de manière générale comme « la
recherche d’un savoir radical et intégral sur la totalité du réel en utilisant la méthode
réflexive en vue d’un agir sage ».
2.1.2. Objet de la philosophie
L’objet de la philosophie est donc la totalité du réel. Cette totalité du réel se
décline en l’homme, le monde et l’absolu. D’où l’affirmation : aucun objet n’est
indigne de l’affirmation. Mais si la philosophie peut porter son discours sur tout objet,
elle se différencie des autres disciplines dont elle partage l’objet matériel par son
approche, par sa méthode qui est essentiellement réflexive.
2.1.3. L’éthique, une branche de la philosophie
1
R. BÖDÉUS, Philosophia (philosophie), dans André JACOB, Encyclopédie philosophique universelle, II, Les
notions philosophiques, Paris, P.U.F., 1990, p. 1936.
3
Il existe en philosophie d’innombrable questions ou problèmes qui loin de
s’exclure, forment un ensemble cohérent et s’impliquent mutuellement. Ces
questions sont liées ensemble et s’organisent logiquement autour de quelques
thèmes fondamentaux. Elles génèrent des disciplines philosophiques consacrées
chacune à l’étude d’un secteur déterminé.
La tradition philosophique épingle généralement quatre groupes de questions,
à savoir :
1e Les questions relatives au problème de la connaissance : c’est l’épistémologie qui
est la branche qui s’interroge sur la portée et les conditions de possibilité de la
connaissance. L’épistémologie se subdivise en deux branches :
- La logique formelle qui détermine les lois formelles qui règlent l’usage correcte
de la raison.
- La critique de science ou logique matérielle ou encore méthodologie de
science qui cherche à déterminer exactement la valeur et la portée des
principe et de procédés d’investigation, d’explication et de systématisation mis
en œuvre par différentes sciences.
2e Les questions qui concernent le problème du tout. C’est la métaphysique qui
s’interroge sur la totalité des êtres. La métaphysique atteint son point culminant dans
la philosophie de Dieu appelée théodicée ou théologie naturelle, basée sur la raison.
3e Les questions traitent du problème de la nature prise dans sa globalité. Il s’agit
notamment de :
- La philosophie de la nature
- La biologie philosophique
- L’anthropologie philosophique
4e Enfin, les questions portant sur le problème de valeurs. C’est la philosophie de
valeurs qui comprend :
- La philosophie de l’art ou esthétique
- La philosophie morale ou éthique
L’éthique est donc un chapitre de la philosophie. Voilà pourquoi, s’il fallait le
dire, le cours d’Ethique et déontologie est de la compétence des Philosophes.
4
Mais qu’est-ce qu’une valeur ?
2.2. Morale et éthique
Il n’est pas rare, dans la vie courante, de parler indifféremment de morale et
d’éthique. En réalité il existe une différence entre ces deux notions.
De façon générale, la morale signifie l’ensemble des normes, des préceptes
qui orientent le bien agir des individus dans une société. En ce sens, morale et
éthique se confondent, l’une désignant la même chose en latin et l’autre en grec. En
effet, éthique vient du grec ethos qui signifie, comme le mot latin mos, mœurs2.
On peut considérer que l’éthique, c’est l’appréhension des normes, des
préceptes qui orientent le « bien agir » de l’homme, non dans une société donnée
(morale), mais de façon universelle.
Ainsi, lorsqu’on réfère à la réflexion sur les normes d’après lesquelles sont
portés des jugements de valeur, on parle mieux de l’éthique ou de la philosophie
morale, plutôt que de la morale tout court. Bref, morale renvoie à un ensemble de
préceptes, des normes données pour bien agir, alors que l’éthique, désignée aussi
philosophie morale, est une science des normes, des règles, des préceptes pour le
bien agir.
Voilà pourquoi dans la constellation des disciplines philosophiques, la
philosophie morale appartient à la catégorie des sciences normatives avec
l’esthétique ou philosophie de l’art et la logique. Ces sciences cherchent à
déterminer les normes qui doivent être respectées pour parvenir à la vérité éthique
(le bien), esthétique (le beau) ou logique (le valide).
2.3. Qu’est-ce que l’éthique ?
Le terme éthique peut être adjectif ou substantif. Comme adjectif il désigne ce
qui concerne la morale ou qui intègre des critères moraux dans son fonctionnement.
2
S. AUROUX, Ethique, dans Encyclopédie philosophique universelle. Les Notions philosophiques II, t.1, PUF.
5
Exemple « un jugement éthique », « un commerce éthique ». Mais comme substantif
il renvoie à une posture intellectuelle, à la science ou à un acte de penser ; bref elle
désigne la science de la morale, l’ensemble des conceptions morales de quelqu’un,
d’un milieu. Il va sans dire c’est comme substantif que nous l’appréhendons ici.
Selon Jacques Leclercq, la philosophie morale ou éthique consiste
essentiellement à chercher ou à proposer une règle d’action permettant à l’homme
de réaliser le bien, son bien par lequel il se réalise.3 Mais qu’est-ce que le bien ?
Il nous faut admettre que l’appréhension du bien revêt un contenu variable
suivant le domaine, le lieu, le contexte… considéré. C’est ainsi que l’on parle de
l’éthique médicale, de l’éthique biologique, de l’éthique de l’enseignement, de la
bioéthique, de l’éthique professionnelle, de l’éthique chrétienne, de l’éthique
africaine...
2.4. La conscience du bien et du mal
Parler de l’éthique, c’est poser la question du bien et du mal. L’expérience
existentielle nous montre que tout le monde n’a pas toujours la même appréhension
du bien et du mal. Ce qui est bien ici peut être mal là-bas. Ainsi par exemple, si on
entend dire « meso makondua nsoni loka ma lokanga », chez les Bakongo, on
entend aussi dire chez les Bangala : « miso makasi ndoki te ».
Il importe dès lors utile de cerner quelques notions essentielles qui permettent
d’appréhender ces deux concepts.
2.4.1. Le fait moral
Le fait moral, c’est la conscience et la croyance à la nécessité d’un bien à faire
et d’un mal à éviter.
- Il est un fait universel, c’est-à-dire il est une réalité que l’on rencontre dans
toutes les cultures et chez tous les peuples de la terre.
3
Cf. J. LECLERCQ, La philosophie morale de Saint Thomas devant la pensée contemporaine, Paris, Librairie
philosophique J. Vrin, 1955.
6
- Il est spécifiquement humain, parce que l’homme est un être de conscience,
de liberté, de vision. Un acte n’a de la valeur morale que dans la mesure où il
est posé par un agent ayant une libre volonté.
- Il est essentiellement caractérisé par deux sentiments opposés : l’approbation
et le blâme.
2.4.2. La conscience morale
La conscience morale c’est ce qui détermine, pour tout homme, ce qui est
bien et ce qui est mal ; ce qu’il est obligé de faire et ce dont il est tenu de s’abstenir.
Ainsi le bien et le devoir constituent les deux pôles de la vie morale.
La conscience morale présente un double aspect : une connaissance et une
impulsion. Elle est conscience en ce qu’elle est fonction cognitive ; mais elle est
morale en ce qu’elle exige une action.
La conscience est toujours conscience de quelque chose. Ainsi la conscience
morale porte sur les actions concrètes de la vie humaine pratique et procède par
expérience vécue. Toutefois, c’est lorsque l’homme prépare un acte et surtout
lorsqu’il le revit par la pensée que la conscience est la plus vive et la plus nette.
Ainsi, la conscience morale procède par prospection et par rétrospection.
1° Nature de la conscience morale
Pour mieux saisir la nature de la conscience morale posons-nous la question :
constitue-t-elle une faculté particulière ou les faits (ce que nous pensons, sentons,
faisons, les faits de conscience) s’expliquent-ils suffisamment par le jeu des fonctions
psychiques qui conditionnent nos actes?
Pour répondre à cette question voyons les éléments constitutifs de l’activité de
la conscience. Il y a d’une part les données affectives (attrait, aversion, regret, honte,
remords, repentir) et les facteurs rationnels et sociaux, d’autre part.
Mais l’élément essentiel de la conscience morale c’est la raison. La raison est
le grand juge, le libre arbitre. La conscience morale est donc essentiellement raison.
La question qui se pose alors est de savoir si la conscience morale est donnée ou
construite et qu’est-ce qui définit son contenu : l’éducation, la religion… ?
2° Valeur de la conscience morale
7
La conscience morale peut être considérée comme le fondement de la dignité
humaine. En effet, grâce à elle, l’homme est un être moral, sujet des devoirs et des
droits. Ainsi, en tant que fondement de notre liberté, la conscience morale possède
une valeur essentielle.
Une question se pose alors : la conscience a-t-elle le pouvoir de nous
apprendre notre vrai devoir, le pouvoir de nous faire discerner le bien du mal ? A
cette question la plupart des penseurs répondent par l’affirmative. C’est le cas de
Jean-Jacques Rousseau pour qui la conscience est un juge infaillible. Par contre les
sceptiques insistent sur les diverses variations de la conscience suivant les époques,
le lieu et même les circonstances. Toutefois, malgré la variation des conceptions,
tous s’accordent à dire qu’il faut faire le bien, observer son devoir.
En somme, la conscience peut se contredire dans la détermination des
devoirs particuliers, cependant, la conscience morale, remarque Foulquié, ne se
trompe pas dans la détermination des principes fondamentaux. Il est un devoir de
faire le bien, d’observer la loi, de satisfaire à ses obligations.
Une question : Qu’est-ce qui définit le contenu de la conscience morale ?
2.4.3. Le bien et le devoir vs le mal
La conscience morale nous dicte de faire le bien. On serait tenté d’identifier bien
et devoir, morale du bien et morale du devoir.
Qu’est-ce que le bien ?
D’une manière générale le bien d’une personne ou d’une chose, c’est ce qui
est bon pour elle, c’est-à-dire le caractère de ce qui permet à un être de réaliser sa
nature, d’atteindre sa fin. Mais dans ses principales acceptions, bien est souvent
remplacé par valeur. Le bien se définit comme ce qui possède une valeur morale,
soit catégorique (le bien), soit dérivée (un bien).
Par conséquent, au sens absolu du mot, le terme bien désigne la valeur, c’est-
à-dire le caractère de ce qui vaut. Et la valeur se définit comme le caractère d’une
8
chose estimée désirable. Il faut du reste remarquer qu’il existe diverses espèces des
valeurs : les valeurs intellectuelles, esthétiques, morales, et même matérielles.
Qu’est-ce que le devoir ?
Dans le langage courant, on confond devoir et obligation. Cependant, devoir a
une signification plus exclusivement morale, alors que dans le vocabulaire juridique
on emploie le terme obligation. Toutefois on définit le devoir ou l’obligation comme ce
qu’impose la conscience morale, la loi ou les convenances. Et cela est considéré
comme le bien. Ainsi, bien et devoir se rejoignent.
2.4.4. Vertu et pratique du bien
Mais l’action du devoir ou de l’obligation, résulte-t-elle de la seule
connaissance du bien à faire et du mal à éviter ?
La conscience du mal à éviter et du bien à faire ne suffit pas pour que
l’homme le fasse, encore faut-il qu’il ait la force intérieure nécessaire pour l’incliner à
le faire. Cette force intérieure nécessaire, c’est la vertu.
La vertu est la force et le courage, le courage du bien. C’est un courage, non
vis-à-vis d’un ennemi extérieur, mais contre soi-même, contre ses tendances
inférieures. Par ailleurs, dans sa théorie morale, Kant rattache la vertu au devoir. La
vertu, dit-il, est la force de résolution que montre l’homme dans l’accomplissement de
son devoir.
Enfin, il y a lieu de définir la vertu comme une habitude par laquelle le vouloir
s’ordonne au bien. Ainsi, la pratique de la vertu exige une certaine force de la
volonté.
Question : d’où nous vient cette force intérieure ?
- la crainte de la sanction ?
- l’esprit ?
- l’éducation ?
- la compassion ?.....
9
3. Qu’est-ce que la déontologie ?
3.1. Déontologie : clarification conceptuelle
Etymologiquement, la déontologie est la science des devoirs. Au moment où
Littré donnait cette définition, il s’agissait d’un mot savant sans application positive.
Aujourd’hui quand on parle de déontologie, on pense toujours aux devoirs qu’impose
à des professionnels l’exercice même de leur métier. Car toute profession impose
des devoirs à ceux qui l’exercent.4
Ces devoirs sont en fait des valeurs dont l’observance permet d’atteindre les
objectifs professionnels assignés. C’est ainsi que l’on parle de l’éthique
professionnelle ou déontologie professionnelle, expression qui peut être considérée
comme une redondance étant donné que la déontologie aujourd’hui renvoie aux
devoirs qui s’imposent aux praticiens d’une profession donnée. Et ce sont les
professions libérales (avocat, médecin, architecte, magistrat…), tournées, plus que
les autres, vers l’humanisme, qui se préoccupent le plus de codifier leurs règles de
déontologie.
3.2. Ethique et déontologie : identité et/ou différence
L’expression d’éthique professionnelle admet deux sens principaux.
1e La réflexion éthique appliquée à un champ particulier de l’activité humaine. Elle
permet un examen plus approfondi des problèmes concrets liés à l’exercice d’une
profession. Cette réflexion peut s’exprimer en termes de règles, mais elle n’évacue
aucunement l’analyse des fondements et justifications de ces règles.
2e Un ensemble de règles éthiques produites par un groupe de professionnels et
conçues spécialement pour régir leur pratique professionnelle (Graber). En ce sens,
l’expression est souvent liée au mot code ; ex. code d’éthique professionnelle, code
d’éthique médicale, code de déontologie.
Ces règles sont justifiées par référence à des principes généraux ou des
valeurs éthiques qui ne sont pas nécessairement explicités dans le code lui-même.
4
Cf. Déontologie, dans Encyclopaedia Universalis 7, p. 188.
10
En plus de tenter d’assurer une compétence professionnelle, les groupements
professionnels imposent certaines responsabilités et obligations à leurs membres
afin d’assurer la confiance du public dans les membres de la profession. Ces règles
ne sont pas d’ailleurs très nombreuses, ni très complexes. Le terme est donc
presque interchangeable avec code de déontologie.5
La déontologie ne se limite donc pas à indiquer un contenu (un ensemble des
règles), elle inclut aussi la réflexion sur ces règles et le processus d’élaboration de
ces règles.6
Les fruits de cette réflexion souvent rassemblés sous forme de règles dans
des « codes de déontologie » sont adoptés officiellement par telle ou telle profession
et s’imposent sous peine de sanction aux membres de la corporation.
Ce fait confère à ces codes une double particularité.
D’une part, les « codes de déontologie » contiennent, à côté de véritables
normes éthiques et morales, des règles administratives visant à assurer la qualité de
l’exercice de la profession et la bonne renommée de la corporation.
D’autre part, leur existence suppose que ces règles ont été adoptées
officiellement par l’autorité (conseil de l’ordre, gouvernement, etc.), qu’elles
rejoignent un certain consensus des membres et qu’elles ne demandent pas trop
d’héroïsme.
Cela implique un certain rapprochement des « codes de déontologie » avec la
notion de loi (loi positive) et un éloignement concomitant de la notion d’éthique ou de
morale.
Au plan de leur caractère impératif, les règles déontologiques (approuvées par
une corporation) se situent aussi à mi-chemin entre la morale et le droit.
Un devoir moral ou éthique n’oblige que l’individu qui veut bien le respecter. A
l’opposé une règle juridique organise impérativement les rapports entre individus : le
contrevenant peut être poursuivi en justice ; la loi ouvre des droits aux victimes.
5
Cf. K. MELLOS, Ethique(- professionnelle), dans André JACOB (Dir.), Encyclopédie philosophique universelle.
Les Notions philosophiques II, t1, (PUF), p. 876.
6
Cf. G. DURAND, Déontologie, dans André JACOB (Dir.), Encyclopédie philosophique universelle. Les notions
philosophiques II, t1, PUF, p. 596.
11
« Entre les deux, la règle déontologique s’impose aux seuls membres d’une
corporation : le professionnel qui y contrevient pourra être traduit devant le comité de
discipline de sa corporation professionnelle et éventuellement être condamné ; mais
le prononcé de cette sanction n’ouvre aucun droit aux victimes (…). Si la victime veut
recevoir des dommages, elle devra mener une autre démarche, par exemple exercer
une recours en dommage intérêt, non sur la base du code déontologique, mais en
vertu des règles générales du droit civil. »7
4. Savoir, pouvoir et responsabilité
Quatre éléments essentiels nous aident à définir l’homme, même si ces
éléments n’épuisent pas l’essence de l’homme. Il s’agit de la raison, la
connaissance, la vérité et la liberté. Nous nous arrêtons sur les deux premiers : la
raison et la connaissance.
Aristote définit l’homme comme un animal rationnel ou comme un être
raisonnable. C’est-à-dire, l’homme a la puissance de bien juger et de distinguer le
vrai d’avec le faux. La raison c’est la faculté de combiner les concepts et
propositions. Elle constitue une dimension spécifique de l’être humain et permet à
l’homme de prendre distance par rapport à la nature à laquelle il est lié par son
corps.
Par la raison, l’homme se distingue ainsi de l’animal qui est conduit par les
instincts. Par la raison, l’homme est un être pensant. Il est habité par le désir de
connaître. Et c’est la raison qui est l’instrument général de la connaissance. De façon
générale, nous pouvons distinguer deux sortes de connaissances. La connaissance
sensible et la connaissance rationnelle ou intellectuelle.
La connaissance sensible est celle qu’on acquiert par la médiation de sens :
toucher, ouïe, vue, goût, odorat. La connaissance rationnelle ou intellectuelle est
celle qu’on acquiert par la médiation de la raison, de l’esprit.
La connaissance, quelle qu’elle soit, par la capacité d’action qu’elle confère à
l’homme, le dote d’une puissance qui peut s’avérer et s’avère même dangereuse
pour lui-même et le monde qui le porte. Ce qui appelle de sa part de la
7
Ibid., p.596-597.
12
responsabilité. La responsabilité c’est la conscience d’être comptable de soi, des
autres et du monde.
Etre libre est raisonnable, l’homme a le pouvoir de mesurer la portée de ses
actes. Aussi est-il dans l’obligation de répondre devant sa conscience, de ses seuls
actes libres, de tous les actes informés et extérieurs. Il s’agit ici d’une responsabilité
dite intérieure ou subjective qui dépend du tribunal de la conscience ou de la liberté
individuelle. Cette responsabilité est communément appelée et qualifiée de morale.
La responsabilité morale présuppose l’intention morale.
Du point de vue moral, nous ne sommes donc responsables que des actes
vraiment nôtres, c’est-à-dire voulus en connaissance de cause. Par conséquent, la
connaissance et la liberté constituent les deux conditions psychologiques de la
responsabilité.
Il va sans dire que la responsabilité morale demeure, quand bien même celle
externe n’est pas établie. Une société tombe dans la dégénérescence, dans
l’insignifiance (tout ce qui n’est pas interdit par la loi est permis !), lorsque les
individus perdent la conscience de la responsabilité morale (interne) pour n’ordonner
leur agir qu’en fonction de la responsabilité externe, juridiquement établie.
5. Code d’éthique et déontologie des architectes.
(Textes et annexes)
Les différents corps professionnels disposent des codes d’éthique et
déontologie auxquels sont soumis leurs membres. Il existe, à titre illustratif, les codes
de déontologie des avocats, des magistrats, des infirmiers, des architectes, des
enseignants, etc…
Le Code d’éthique et déontologie des architectes portant les devoirs
professionnels, déontologiques et éthiques reste la seule référence du comportement
de l’architecte, comme le dispose l’article 133 dudit Code. Aussi chaque architecte
en formation est tenu à s’en pénétrer l’esprit et la lettre.
Ce Code s’articule comme suit :
- Dispositions générales en 5 articles ;
- Titre I : Missions de l’Architectes, cf. article 6 ;
13
- Titre II : Devoirs professionnels,
Qui comprend trois chapitres subdivisés en sections :
Chapitre 1 : Règles générales
Section 1 : Règles personnelles
Section 2 : Devoirs et obligations envers les clients
Section 3 : Devoirs et obligations envers les spécialistes
Section 4 : Devoirs et obligations envers les confrères
Section 5 : De la courtoisie, de la préséance et du rang
Section 6 : Relations avec l’ordre, la Profession et les Administrations
publiques.
Chapitre 2 : Règles particulières à chacun des modes d’exercices
Section 1 : Exercice libéral ou en société
Section 2 : Indépendance et désintéressement
Chapitre 3 : Règles relatives à la rémunération
Section 1 : Architecte salarié
Section 2 : Fixation et paiement des honoraires
- Titre III : Dispositions finales, en un seul article : l’article 133.
(Lire et commenter le texte du Code)
6. En guise de conclusion
14