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Article scientifique Article 1985 Published version Open Access
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La géographie humaine et économique de Paul Claval
Raffestin, Claude
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RAFFESTIN, Claude. La géographie humaine et économique de Paul Claval. In: Espace géographique,
1985, n° 2, p. 159–160.
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lument l'un ou l'autre. D'ailleurs, ce type de critique est
toujours faux.
Je crois que le dernier livre de Paul Claval (1)
« Géographie humaine et économique contemporaine »
sorti aux PUF mérite mieux qu'une critique à l'emporte-
pièce. Je voudrais tenter de dégager l'identité de ce livre
et c'est le moins que l'on puisse faire à l'endroit d'un
auteur pour lequel on éprouve du respect et de l'amitié
ce qui n'exclut pas, me semble-t-il, la franchise pour
autant.
L'ouvrage de Claval est au plein sens du terme
monumental car il constitue une synthèse impression-
nante de notre discipline que l'auteur était, peut-être,
l'un des seuls à pouvoir réaliser. Claval nous « raconte »
plus d'un siècle de géographie à travers l'évolution des
écoles nationales et des grands courants géographiques.
L'ouvrage s'articule autour de trois axes : l'évolution de
la géographie, la géographie contemporaine et les pers-
pectives. C'est certainement le meilleur parti que Claval
pouvait prendre pour montrer une discipline en train de
naître, de se fortifier et de se diversifier. Choix d'autant
meilleur qu'il est complété par des illustrations de
problématiques appliquées à Montréal et au Québec.
En somme, Claval nous fait le récit de l'aventure
géographique et en ce sens son livre est une sorte de
« saga » qui mobilise toutes les ressources d'une culture
encyclopédique. Comme dans tout récit, il y a des choses
projetées en pleine lumière alors que d'autres restent
dans l'ombre mais il serait absurde voire dérisoire de
reprocher à l'auteur d'avoir oublié ceci ou cela, d'avoir
mal interprété telle ou telle chose ou encore d'avoir
commis des erreurs au sujet de tel auteur ou de telle
notion. L'ensemble donne une image cohérente de la
géographie et celle-ci sera très utile pour des débutants.
Pourtant peut-on dire comme le voudrait le titre de
la collection que l'ouvrage est fondamental ? Je ne le
pense pas dans l'exacte mesure où Claval, s'il a déroulé
le chapelet des « fondamentaux » ne les a pas utilisés
pour nourrir intellectuellement sa synthèse. Son livre est
un catalogue, une accumulation encyclopédique qui
témoigne d'une grande érudition, parfois un peu trop
ornementale (dans le sens que Bachelard donnait à ce
terme) et qui pour cette raison néglige les préoccupations
problématiques.
Quelle est la problématique de Claval ? Elle n'est pas
aisément identifiable car Claval se dissimule derrière les
auteurs, les modèles, les théories, etc. Depuis son ou-
vrage sur la géographie des marchés, Claval répugne à
« se présenter » dans une perspective problématique. Je
le regrette car son ouvrage y perd en netteté et aussi en
puissance et c'est dommage. Qu'est-ce à dire ? Que sa
problématique, parce qu'on en a toujours une, glisse vers
la géographie classique. Claval expose le nouveau avec
un style classique, voire ancien. Sa conclusion est, à cet
égard, révélatrice : « La tâche à laquelle se trouvent
confrontés aujourd'hui les géographes, c'est d'expliquer
et de comprendre l'organisation sociale, de repérer ses
faiblesses et de chercher ses bases valides là où elles
existent de manière à donner à tous des modèles moins
utopiques que ceux propagés par la sociologie, l'ethnolo-
La géographie humaine gie ou l'économie » (p. 422). Pourquoi utopiques ? Ils ne
le sont pas davantage que les modèles géographiques à
et économique de Paul Claval moins que Claval n'ait voulu écrire « abstraits » ? Si tel
L'éloge hyperbolique ou l'éreintement ironique sem- (1) CLAVAL (Paul) 1984, Géographie humaine et économique
blent être des « must » de la critique parisienne. Pour- contemporaine. Paris, Presses Universitaires de France.
tant, je ne connais guère d'ouvrages qui méritent abso-
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était le cas, je croîs qu'il faut rappeler qu'il est nécessaire
de passer par différents stades du concret à l'abstrait
pour revenir ensuite à la réalité plus concrète. Cette
dénonciation implicite que fait Claval de l'utopie (ou de
l'abstraction) s'apparente à ce qu'auraient pu dénoncer
il y a 30 ans les grands classiques face aux tentatives de
renouvellement de la géographie. Claval est devenu une
référence obligée dans la géographie — et c'est très bien
— mais qu'il ne s'empresse pas de donner des gages à
un « classicisme » qui pourrait le pétrifier. Nous le
regretterions tous... et moi le premier. — Claude RAF-
FESTIN , Université de Genève.