Contrôlabilité des systèmes linéaires
Contrôlabilité des systèmes linéaires
Avril 2022
Table des matières
1 Introduction à la théorie du contrôle 2
1.1 Motivations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Notations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.3 Caractère bien posé du problème de contrôlabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.4 Un critère de surjectivité dans les espaces de Hilbert . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2 Critères de contrôlabilité 10
2.1 Rappel sur la résolvante . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2.2 Critère intégral de la Gramienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
2.3 Critère de Kalman . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1
1 Introduction à la théorie du contrôle
1.1 Motivations
Nombreux sont les systèmes physiques modélisables par des équations différentielles ordi-
naires ou par des équations aux dérivées partielles. Beaucoup de ces systèmes sont contraints par
des forces sur lesquelles nous ne pouvons pas agir. Par exemple pour un objet en chute libre, la
seule force agissant sur le système est la gravitation, que l’on ne peut pas modifier. Ainsi, on se
place dans un rôle d’observateur.
La théorie du contrôle intervient lorsque l’on change de point de vue et que l’on se pense
comme ayant un moyen d’agir sur le système que l’on étudie. Par exemple,
— la position (dans R2 ) d’une voiture est modifiée par notre action sur le volant ou la
pédale d’accélération,
— la température d’une pièce peut être modifiée à chaque instant en allumant ou éteignant
un chauffage,
— l’état d’excitation d’une particule quantique dans un puits de potentiel infini peut être
piloté par un champ électrique qu’on lui appliquerait.
La question que l’on se pose est alors de savoir si, grâce au contrôle que l’on possède sur le
système, il est possible d’atteindre n’importe quel état final à partir de n’importe quel état initial
en un temps fixé. On peut traduire cela mathématiquement.
Dans tout ce manuscrit, on étudiera des systèmes de contrôle de dimension finie. On suppose
alors que le système est représenté par une équation différentielle de la forme
ẋ = f (t, x, u)
Cette définition de la contrôlabilité étant assez large, l’énoncé doit parfois être modifié afin
qu’il soit plus réaliste, et d’autres définitions de contrôlabilité existent.
— Contrôlabilité en temps petit ou en temps long : Pour certains systèmes physiques, il
n’est pas possible d’envisager de rejoindre n’importe quel état final en un temps ar-
bitrairement court (par exemple lorsque l’on étudie la position d’une voiture, la vitesse
étant limitée, il ne sera pas possible d’aller de Paris à Marseille en 10 minutes), ainsi on
passe d’un problème posé pour tout T > 0, à un problème où l’on se demande s’il existe
un T0 > 0 tel que pour tout T > T0 , l’énoncé est valable.
2
— Contrôlabilité locale ou globale : On peut s’intéresser à la contrôlabilité entre deux po-
sitions proches. En fixant un certain xe ∈ Rn , on se demande si pour tout T > 0, il
existe δ > 0 tel que pour tout (x0 , xf ) ∈ B(xe , δ) l’énoncé est valable. Notons que la
petitesse des états peut dépendre du temps.
— Contrôlabilité exacte ou approchée : Il est également possible de se laisser une incerti-
tude sur la position finale, on parle alors de contrôlabilité approchée. Au lieu de demander
d’atteindre la cible comme dans le cas de la contrôlabilité exacte, on cherche seulement
à parvenir arbitrairement proche de la cible, c’est à dire à trouver un controle u tel que
∥x(T ) − xf ∥ < ε pour tout ε > 0 arbitrairement petit.
— Contrôlabilité à zéro : On se ramène parfois à atteindre seulement la cible xf = 0 pour
de multiples raisons, que ce soit pour simplifier le problème, parce que c’est la seule
position finale envisageable au vu des contraintes du problème, ou encore parce que cela
est équivalent à atteindre n’importe quelle autre condition finale (par exemple dans le
cas linéaire).
En plus de toutes celles-ci, d’autres questions peuvent se poser, comme par exemple l’ensemble
d’appartenance du contrôle u : il paraît intuitif de se dire que plus sa régularité est grande, plus ce
sera dur de le trouver. On peut aussi demander à ce que la norme de u soit petite, ce qui correspond
à une problématique de coût. Cette condition peut rendre la recherche d’un contrôle plus dure, car
la petitesse est parfois dure à réaliser selon la norme choisie.
Enfin, il est essentiel de remarquer que le problème de contrôlabilité est lié à une question
de surjectivité. Souvent il est difficile de construire explicitement un antécédent (contrôle u) et
dans la plupart des cas, un critère abstrait de surjectivité (non constructif) sera plutôt utilisé.
1.2 Notations
Tout au long de ce manuscrit, on utilisera les notations suivantes :
— n, k ∈ N∗ ,
— 0 ≤ T0 < T1 ∈ R,
— A ∈ C 0 [T0 , T1 ], Mn (R) ,
— u ∈ L∞ [T0 , T1 ], Rk ,
3
— Atr , la transposée d’une matrice A ∈ Ml,m (R), l, m ∈ N∗ , en identifiant Rn à Mn,1 (R),
⟨·, ·⟩ : (Rm )2 −→ R
,
(x, y) 7−→ ⟨x, y⟩ = y tr x
∥ · ∥∞ : C 0 (I, E) −→ R+
f 7−→ ∥f ∥∞ = sup ∥f (x)∥E
x∈I
et, pour J ⊂ I intervalle fermé également, on notera, pour f ∈ C 0 (I, E), ∥f ∥∞,J =
∥f|J ∥∞ .
Avant de donner la définition précise de contrôlabilité que l’on étudiera, on énonce le caractère
bien posé d’un tel problème.
L’application F est bien à valeurs dans C 0 [T0 , T1 ], R car une primitive d’une fonction L∞ (L1
n
4
fixe par complétude de C 0 [T0 , T1 ], Rn , ∥ · ∥∞ .
≤ ∥A∥∞ s − T0 ∥x − y∥∞
≤ ∥A∥∞ t − T0 ∥x − y∥∞ .
Prouvons alors par récurrence la proposition suivante :
m m ∥A∥m ∞
m
∀m ∈ N, ∀t ∈ [T0 , T1 ], ∥F (x) − F (y)∥∞,[T0 ,t] ≤ t − T0 ∥x − y∥∞ .
m!
Le cas m = 0 est trivial, et nous venons de montrer le cas m = 1. Supposons alors la propriété
vraie pour m ∈ N. On a alors :
Z s
(A(τ ) F m (x)(τ ) − F m (y)(τ ) dτ
m+1 m+1
∀t ∈ [T0 , T1 ], ∀s ∈ [T0 , t], |F (x)(s) − F (y)(s)| =
T0
s
∥A∥m
Z
∞
m
≤ ∥A(τ )∥ τ − T0 dτ ∥x − y∥∞
m! T0
∥A∥m+1
∞
m+1
≤ s − T0 ∥x − y∥∞
(m + 1)!
∥A∥m+1
∞
m+1
≤ t − T0 ∥x − y∥∞ ,
(m + 1)!
ce qui conclut la récurrence. On obtient alors
∥A∥m∞
m
∀m ∈ N, ∥F m (x) − F m (y)∥∞ ≤ T1 − T0 ∥x − y∥∞ .
m!
∥A∥m
∞
m
Et donc, étant donné que la suite T1 − T0 converge vers 0, l’application F m est
m! m∈N
bien contractante à partir d’un certain m0 ∈ N, ce qui conclut la preuve.
Maintenant que nous nous sommes assurés de la bonne définition de cet objet mathématique,
nous pouvons énoncer la définition de contrôlabilité que nous allons utiliser.
Définition 1.3.2. On dit que le système linéaire ẋ(t) = A(t)x(t) + B(t)u(t) est contrôlable si
pour tout (x0 , x1 ) ∈ (Rn )2 , il existe u ∈ L∞ [T0 , T1 ], Rk tel que la solution du problème de Cauchy
(C) vérifie x(T1 ) = x1 .
5
1.4 Un critère de surjectivité dans les espaces de Hilbert
La contrôlabilité est très liée à la surjectivité d’une certaine application (qu’il est difficile à
expliciter dans le cas général, mais dont on peut avoir l’intuition grâce à la définition : "pour tous
0 1 n ∞ k
x , x dans R , il existe u dans L [T0 , T1 ], R . . ."). Le but de ce paragraphe est donc d’arriver
à énoncer un critère abstrait de surjectivité dans les espaces de Hilbert. Pour se faire, on montre
d’abord un théorème intermédiaire qui sera utile par la suite.
Théorème 1.4.1. dit du graphe fermé : Soient E, ∥ · ∥E , F,∥ · ∥F des Banach et f ∈
L (E, F ). Alors f est continue si et seulement si son graphe Γ(f ) = x, f (x) : x ∈ E est une
partie fermée de E × F pour la topologie produit.
Démonstration. ⇒ : Supposons f continue sur E, ∥ · ∥E .
Soit (xn )n∈N ∈ Γ(f )N . Alors, il existe (yn )n∈N ∈ E N tel que ∀n ∈ N, xn = yn , f (yn ) . Supposons
que la suite (xn ) converge vers (y, z) ∈ E × F pour la topologie produit. On a alors :
∥·∥E
yn −−−−→ y,
n→+∞
∥·∥F
f (yn ) −−−−→ z.
n→+∞
Ainsi, z = f (y), donc (y, z) ∈ Γ(f ). Γ(f ) est donc une partie fermée de E × F pour la topologie
produit.
⇐ : Réciproquement, supposons Γ(f ) fermée dans E × F pour la topologie produit. Cette to-
pologie est définie en particulier par la norme suivante sur E × F :
∥ · ∥E×F : E × F −→ R+
.
(x, y) 7−→ ∥x∥E + ∥y∥F
On introduit la norme du graphe sur E définie comme suit :
∥ · ∥Γ : E −→ R+
.
x 7−→ ∥x∥E + ∥f (x)∥F
De cette façon, les espaces E, ∥ · ∥Γ et Γ(f ), ∥ · ∥E×F s’identifient naturellement l’un l’autre par
l’isomorphisme isométrique suivant :
Φ : E, ∥ · ∥Γ −→ Γ(f ), ∥ · ∥E×F
.
x 7−→ (x, f (x))
En effet, Φ est bien linéaire par linéarité de f et il s’agit de la fonction réciproque de la projection
sur E. De plus, par définition de la norme du graphe, on a :
∀x ∈ E, ∥Φ(x)∥E×F = ∥x∥Γ .
6
Puisque Γ(f ) est une partie
fermée de E × F, ∥ · ∥ E×F qui est complet, Γ(f ), ∥ · ∥ E×F est un
Banach. Ainsi, E, ∥ · ∥Γ est un Banach également. Or, puisqu’on a que ∥ · ∥E ≤ ∥ · ∥Γ sur E, alors :
id : E, ∥ · ∥Γ −→ E, ∥ · ∥E ,
est une application linéaire continue et bijective entre deux Banach. Par le théorème d’isomor-
phisme de Banach, sa réciproque (qui est aussi l’identité) est continue. Ainsi :
∃C ∈ R+ , ∀x ∈ E, ∥x∥Γ ≤ C∥x∥E .
Les normes ∥ · ∥Γ et ∥ · ∥E sont donc équivalentes
sur E. Ainsi, f est continue sur E, ∥ · ∥E si et
seulement si f est continue sur E, ∥ · ∥Γ . Or :
1. F est surjective.
G : H2 −→ ker F ⊥
,
y 7−→ x
où x est tel que y = F (x). Montrons que G est bien définie et que G ∈ Lc (H2 , H1 ).
Soit y ∈ H2 et soient x, x′ ∈ ker F ⊥ tels que F (x) = F (x′ ) = y. On a alors :
x − x′ ∈ ker F .
Or,
x, x′ ∈ ker F ⊥ .
Donc :
x − x′ ∈ ker F ⊥ ∩ ker F .
7
Donc :
x − x′ = 0H1 i.e. x = x′ .
Ainsi, G est bien définie et, de fait, vérifie :
F ◦ G = idH2 .
Ainsi :
Ainsi :
G (λy + y ′ ) = λG (y) + G (y ′ ).
Donc :
G ∈ L (H2 , H1 ).
Montrons désormais que G est continue en montrant que Γ(G ) est fermée dans H2 × ker F ⊥ (par
le théorème du graphe fermé, qu’il est légitime d’appliquer car ker F ⊥ est un sous-espace vectoriel
fermé de H1 Hilbert, donc ker F ⊥ est un Banach).
Soit (yn , zn )n∈N ∈ Γ(G )N . On a alors :
∀n ∈ N, zn = G (yn ).
Supposons en outre :
∥·∥H
yn −−−−2→ y,
n→+∞
∥·∥H
zn −−−−1→ z.
n→+∞
Alors on a : y = F (z) avec z ∈ ker F ⊥ . Ainsi, par définition de G , G (y) = z. Donc (y, z) ∈ Γ(G ).
Γ(G ) est donc une partie fermée de H2 × ker F ⊥ . On obtient finalement G ∈ Lc (H2 , H1 ).
(2) ⇒ (1) :
Immédiat : ∀y ∈ H2 , G (y) vérifie y = F (G (y)).
8
(2) ⇒ (3) :
Si F ◦ G = idH2 , alors, en passant à l’adjoint, on a G ∗ ◦ F ∗ = idH2 et donc :
et donc,
1
∀y ∈ H2 , ∥F ∗ (y)∥H1 ≥ ∥y∥H2 ,
∥G ∗ ∥ Lc (H1 ,H2 )
(3) ⇒ (2) :
Supposons que,
∃c > 0, ∀y ∈ H2 , ∥F ∗ (y)∥H1 ≥ c∥y∥H2 ,
alors F ∗ est injective. En effet, on a,
1
y ∈ ker(F ∗ ) donc ∥y∥H2 ≤ ∥F ∗ (y)∥H1 = 0 et donc y = 0H2 .
c
Ainsi, F ∗ est un isomorphisme de H2 dans Im(F ∗ ). Donc :
∃K ∈ L Im(F ∗ ), H2 , K ◦ F ∗ = idH2 .
De plus
1
∀y ∈ H2 , ∥K (F ∗ (y))∥H2 = ∥y∥H2 ≤ ∥F ∗ (y)∥H1 .
c
Donc :
K ∈ Lc Im(F ∗ ), H2 ≤ 1.
et ∥K ∥
Lc 2 c Im(F ∗ ),H
Cela conclut cette section définissant la notion de contrôlabilité, et exhibant des résultats
en rapport avec l’objectif de caractériser les systèmes contrôlables. Le chapitre suivant s’appuiera
donc sur ces résultats pour énoncer des critères de contrôlabilité des systèmes linéaires.
9
2 Critères de contrôlabilité
Avant de s’intéresser à des critères de contrôlabilité pour les systèmes linéaires, on rappelle
ici quelques propriétés concernant la résolvante qui nous seront utiles pour la suite.
R : [T0 , T1 ]2 −→ L (Rn , Rn )
(t1 , t2 ) 7−→ R(t1 , t2 ),
Comme A est indépendante du temps, on obtient que la résolvante de Ẋ = AX est donnée par :
10
Or A2 = 0, donc :
∞
An τ n
Aτ
X 1 0
e = = .
n! τ 1
n=0
Ainsi :
1 0
R(t, s) = .
t−s 1
Une propriété importante de la résolvante est donnée par la formule de Duhamel, énoncée
ci-dessous.
Proposition 2.1.3. (Formule de Duhamel) L’unique solution du problème de Cauchy suivant :
ẋ(t) = A(t)x + b(t), ∀t ∈ [T0 , T1 ]
x(T0 ) = x0 ,
est donnée par Z t
0
∀t ∈ [T0 , T1 ], x(t) = R(t, T0 )x + R(t, τ )b(τ )dτ.
T0
Démonstration. On sait que si x̃ est une solution particulière de ẋ = A(t)x + b(t), alors l’ensemble
des solutions de ce système est un espace affine x̃ + H où H est l’espace vectoriel des solutions du
système homogène donnée par ẋ = A(t)x. De plus, H est donné par
H = {t 7−→ R(t, T0 )x0 : x0 ∈ Rn }.
Donc il ne nous reste qu’à trouver une solution particulière. Utilisons pour cela la méthode de la
variation de la constante. Soit xp : t 7−→ R(t, T0 )y(t) solution particulière de ẋ = A(t)x + b(t).
Soit t ∈ [T0 , T1 ]. En injectant xp dans l’équation, on a
R(t, T0 )ẏ(t) + Ṙ(t, T0 )y(t) = A(t)R(t, T0 )y(t) + b(t).
Or par définition,
Ṙ(t, T0 ) = A(t)R(t, T0 ),
et on obtient donc (la résolvante étant inversible grâce au point 4. de la Proposition 2.1.2)
ỹ = (R(t, T0 ))−1 b(t) = R(T0 , t)b(t).
On intègre ensuite entre T0 et t, et on obtient
Z t
y(t) = y(T0 ) + R(T0 , τ )b(τ )dτ.
T0
Enfin, si l’on impose xp (T0 ) = x0 , alors on obtient y(T0 ) = x0 et on retrouve ainsi la formule de
Duhamel.
11
Remarque 2.1.4. Grâce à cette formule, nous allons pouvoir expliciter le lien entre la contrôla-
bilité et la surjectivité. En effet, si l’on considère le système ẋ = Ax + Bu, alors si l’on se donne
T > 0, demander que le système soit contrôlable équivaut à demander que l’application suivante
soit surjective :
L∞ ((0, T ), Rn ) −→ Rn
Z T
u 7−→ R(T, τ )B(τ )u(τ )dτ
0
12
ce qui va nous servir à prouver l’équivalence.
Supposons premièrement que C est inversible. Soit (x0 , x1 ) ∈ Rn . On pose :
ũ(τ ) = B(τ )tr R(T1 , τ )tr C−1 (x1 − R(T1 , T0 )x0 ). (3)
x̃˙
= A(t)x̃ + B(t)ũ(t) ∀t ∈ [T0 , T1 ]
x̃(T0 ) = x0
Supposons désormais que C n’est pas inversible et montrons que le système n’est alors pas contrô-
lable.
Comme C n’est pas inversible, il existe y dans Rn \{0} tel que Cy = 0.
En particulier, Z T1
0 = y tr Cy = |B(τ )tr R(T1 , τ )tr y|2 dτ.
T0
Comme la fonction intégrée est positive, d’intégrale nulle, elle est nulle presque partout.
Ainsi :
∀τ ∈ [T0 , T1 ], y tr R(T1 , τ )B(τ ) = (B(τ )tr R(T1 , τ )tr y)tr = 0.
Ainsi, Z T1
tr
y x(T1 ) = y tr R(T1 , τ )B(τ )u(τ )dτ = 0.
T0
Or si on choisit x1 tel que y tr x1 ̸= 0 (ce qui est possible par exemple en choisissant x1 = y), alors
13
x(T1 ) ̸= x1 et alors x0 = 0 et x1 ne sont pas reliables, ie il n’existe aucun u ∈ L∞ ((T0 , T1 ), R) tel
que la solution du système suivant :
ẋ(t) = A(t)x + B(t)u(t), ∀t ∈ [T0 , T1 ],
x(T0 ) = 0,
vérifie x(T1 ) = x1 .
Ainsi le système n’est pas contrôlable.
Ainsi, det(C) = 0, donc C n’est pas inversible, et le système (1) n’est pas contrôlable.
En fait, le contrôle ũ construit dans la preuve du Théorème 2.2.2 est un contrôle qui minimise
la norme L2 , c’est à dire que tout autre contrôle du problème a une norme supérieure.
Proposition 2.2.3. Soit (x0 , x1 ) ∈ (Rn )2 et soit u ∈ L2 ((T0 , T1 ), Rk ) tel que la solution du pro-
blème de Cauchy
ẋ(t) = A(t)x(t) + B(t)u
x(T0 ) = x0 ,
vérifie x(T1 ) = x1 .
Alors si ũ désigne le contrôle défini par (3), on a
Z T1 Z T1
2
|ũ(t)| dt ≤ |u(t)|2 dt,
T0 T0
14
Démonstration. Soit v = u − ũ. Soient x et x̃ les solutions des problèmes de Cauchy
˙
ẋ(t) = A(t)x(t) + B(t)u(t), x̃(t) = A(t)x̃ + B(t)ũ,
0 et
x(T0 ) = x , x̃(T0 ) = x0 .
On a alors :
Z T1 Z T1 Z T1
R(T1 , t)B(t)v(t)dt = R(T1 , t)B(t)u(t)dt − R(T1 , t)B(t)ũ(t)dt
T0 T0 T0
= (x(T1 ) − R(T1 , T0 )x(T0 )) − (x̃(T1 ) − R(T1 , T0 )x̃(T0 ))
= (x1 − R(T1 , T0 )x0 ) − (x1 − R(T1 , T0 )x0 ) = 0.
Ainsi, Z T1 Z T1 Z T1 Z T1
2 2 2
|u(t)| dt = |ũ(t)| dt + |v(t)| dt ≥ |ũ(t)|2 dt.
T0 T0 T0 T0
15
Et alors, la Gramienne est donnée par
Z T
C= R(T, τ )B(τ )B(τ )tr R(T, τ )tr dτ
0
Z T
1 T −τ 0 1 0
= 0 1 dτ
0 0 1 1 T −τ 1
Z T
1 T −τ 0 0 1 0
= dτ
0 0 1 0 1 T −τ 1
Z T
1 T −τ 0 0
= dτ
0 0 1 T −τ 1
Z T T3 T2
(T − τ )2 T − τ
= dτ = T32 2 .
0 T − τ 1 2
T
T4 T4 T4
Ainsi, det(C) = 3
− 4
= 12
̸= 0 car T > 0. Ainsi, le système est contrôlable.
Nous allons maintenant réaliser une seconde preuve plus abstraite du Théorème 2.2.2 s’ap-
puyant sur le Théorème 1.4.2. Prouvons tout d’abord un lemme concernant l’inversibilité de la
matrice gramienne.
16
Proposition 2.2.4. La matrice C est inversible si et seulement s’il existe c > 0 tel que ∀y ∈ Rn ,
y tr Cy ≥ c|y|2
Démonstration. Supposons tout d’abord que C est inversible. Comme C est symétrique positive,
elle est diagonalisable en base orthonormée, et elle a donc des valeurs propres réelles strictement
positives. On pose alors λ1 , ..., λn les valeurs propres de C et e1 , ..., en une base orthonormée de
Xn
vecteurs propres asociés. Soit y ∈ Rn . On peut alors poser y = yi ei avec y1 , ...yn ∈ R. Et alors,
i=1
en posant c = min λi : on a,
i∈[[1,n]]
y tr Cy = ⟨y, Cy⟩
DX n n
X E Xn X
n
= yi ei , C yj ej = yi yj ⟨ei , Cej ⟩
i=1 j=1 i=1 j=1
n
XX n
= yi yj ⟨ei , λj ej ⟩
i=1 j=1
Xn X n
≥c yi yj ⟨ei , ej ⟩.
i=1 j=1
On obtient alors
y tr Cy ≥ c|y|2
ce qui conclut le sens direct.
Réciproquement, supposons qu’il existe c > 0 tel que ∀y ∈ Rn , y tr Cy ≥ c|y|2 . On sait que C
est diagonalisable en base orthonormée, de valeurs propres réelles positives ou nulles. Soit λ une
valeur propre de C et x un vecteur propre associé. Alors
Ainsi, comme x est non nul, on obtient λ ≥ c > 0. Donc C possède des valeurs propres strictement
positives et est inversible.
Nous pouvons désormais construire la seconde preuve du Théorème 2.2.2 à l’aide de la Pro-
position 1.4.2.
Démonstration. Pour réaliser cette preuve, nous devons tout d’abord affiner les hypothèses en sup-
posant u ∈ L2 ((T0 , T1 ), Rk ) afin de se placer dans un espace de Hilbert.
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Comme nous l’avons vu lors de la Remarque 2.1.4, la contrôlabilité du système équivaut à la
surjectivité de l’application F ∈ Lc (L2 ((T0 , T1 ), Rk ), Rn ) définie par :
Z T1
2
∀u ∈ L ((T0 , T1 ), R ), k
F (u) = R(T1 , t)B(t)u(t)dt.
T0
Ainsi, il existe c > 0 tel que ∀y ∈ Rn , ∥F ∗ (y)∥L2 ((T0 ,T1 ),Rk ) ≥ c|y| si et seulement s’il existe c > 0
tel que ∀y ∈ Rn , y tr Cy ≥ c2 |y|2 , et donc d’après la Proposition 2.2.4 si et seulement si C est
inversible.
Démonstration. Pour montrer l’équivalence de ce critère avec la contrôlabilité, nous allons en fait
montrer l’équivalence avec le critère d’inversibilité de la Gramienne.
Dans ce cadre, où A est indépendante du temps, la résolvante est alors donnée par :
18
Ainsi, dans ce cadre, la matrice Gramienne est donnée par
Z T1
tr
C= e(T1 −τ )A BB tr e(T1 −τ )A dτ.
T0
C∈
/ GLn (R)
i.e.
∃y0 ∈ Rn \ {0}, Cy0 = 0.
Ainsi :
∃y0 ∈ Rn \ {0}, y0tr Cy0 = 0,
et donc : Z T1
tr
n
∃y0 ∈ R \ {0}, |B tr e(T1 −τ )A y0 |2 dτ = 0.
T0
On a alors :
∀t ∈ [T0 , T1 ], k(t) := y0tr e(T1 −t)A B = 0.
Or k ∈ C ∞ ([T0 , T1 ]) et :
∀i ∈ N, k (i) (T1 ) = (−1)i y0tr Ai B
et, puisque k est la fonction nulle :
∀i ∈ N, y0tr Ai B = 0.
Et donc :
E ̸= Rn .
En effet,n y0 ∈ Rn vérifie y0tr y0 ̸= 0 donc
o y0 ne peut être combinaison linéaire de vecteurs de l’en-
semble Ai Bu : i ∈ [[0, n − 1]], u ∈ Rk .
19
Or, le théorème de Cayley-Hamilton donne que :
∀i ∈ N, k (i) (T1 ) = 0.
Or, l’expression de k montre qu’elle est développable en série entière sur tout [T0 , T1 ]. Donc :
∀t ∈ [T0 , T1 ], k(t) = 0.
Ainsi : Z T1 Z T1
tr
tr
k(τ )k(τ ) dτ = y0tr e(T1 −τ )A BB tr e(T1 −τ )A y0 dτ = 0.
T0 T0
y0tr Cy0 = 0.
Or, l’application
(Rn )2 −→ R
(x, y) 7−→ xtr Cy
est une forme bilinéaire symétrique et postive puisque C est une matrice symétrique positive. En
utilisant l’inégalité de Cauchy-Schwarz pour cette forme bilinéaire, on obtient :
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∀x ∈ Rn , xtr Cy0 ≤ xtr Cx y0tr Cy0
i.e.
∀x ∈ Rn , xtr Cy0 = 0.
En prenant alors x = Cy0 , on a alors :
Ainsi, puisque y0 ̸= 0 :
C∈
/ GLn (R).
Remarque 2.3.2. Vérifier la contrôlabilité d’un système via le critère de la Gramienne est, dans
le cas général, impossible à faire : pour calculer la Gramienne, il faut déterminer au préalable
la résolvante du système adéquat. Or, quand celui-ci n’est pas autonome, la résolvante est souvent
impossible à déterminer avec exactitude. En outre, le calcul d’intégrale peut lui aussi être impossible
à effectuer avec exactitude. Le critère de Kalman permet donc de restreindre grandement les calculs
en ne se ramenant qu’à des "simples" calculs de produit de matrices.
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Exemple 2.3.1. Reprenons l’exemple du système autonome (4), qui rappelons le, est équivalent
au système
0 1 0
Ẋ = AX + Bu avec A = et B = .
0 0 1
On a alors
0 1 0 1 0 1 0 0 1 1
A = et A = et donc A B = et A B = .
0 1 0 0 1 0
Ainsi,
V ect{ Ai Bu : i ∈ {0, 1}, u ∈ R } = R2 .
Et on retrouve donc que le système est contrôlable. On voit par ailleurs que ce critère permet en
effet de simplifier les calculs.
Références
[1] Jean-Michel Coron. Control and nonlinearity, volume 136 of Mathematical Surveys and Mo-
nographs. American Mathematical Society, Providence, RI, 2007.
[2] Frédéric Marbach. Polycopié du cours "Contrôlabilité et mécanique des fluides" de M2 Ma-
thématiques.
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