Résumé d’un article
Le Titre : Analyse Des échanges en
ligne dans un groupe Facebook
destiné à la protique du français
De : Nahla Aljerbi
Lidilem – Université Grenoble – Alpes –
FRANCE
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Introduction :
Les échanges en ligne apportent une contribution essentielle à la didactique des langues
en facilitant les interactions sociales entre apprenants et en offrant des opportunités de
pratique exolingue, tant en contexte formel qu’informel. Conscients de ces bénéfices, des
apprenants libyens ont spontanément créé un groupe Facebook pour échanger en français,
sans intervention des enseignants. Ainsi, les interactions analysées dans cette étude sont
naturelles et non dirigées.
------ pour l’objectif de cette recherche :
Ce sujet mérite une attention particulière pour deux raisons principales. Premièrement,
les échanges en ligne restent un domaine largement inexploré dans le contexte libyen.
Nous disposons de peu d’informations sur l’utilisation que font les apprenants des outils
de communication en ligne, que ce soit à des fins d’apprentissage ou pour d’autres
motifs. Deuxièmement, les études portant sur les échanges en ligne dans des contextes
informels sont rares en général, en raison de la difficulté d’accès des enseignants et des
chercheurs à ces pratiques. Ces deux raisons justifient notre choix d’une approche
descriptive comme méthode de recherche la plus adaptée pour étudier ce phénomène.
------ Concernant la problématique :
Dans cet article, nous proposons de dresser une description générale des échanges en
mettant en lumière leurs principales caractéristiques. Notre réflexion s’articulera autour
de la question centrale suivante : comment des apprenants réunis dans un groupe
Facebook exploitent-ils cet espace pour pratiquer le français dans un contexte informel ?
Quelles sont les spécificités discursives de ces échanges ?
Pour ce faire, notre analyse s'articulera autour de trois axes principaux. Tout
d'abord, nous examinerons les langues employées au sein du groupe, en explorant les
choix linguistiques des participants, leur fréquence d’utilisation et leur pertinence dans le
contexte des échanges. Ensuite, nous analyserons les fonctions du langage, en identifiant
les intentions communicationnelles qui se manifestent, qu'elles soient d'ordre informatif,
relationnel, pédagogique ou ludique. Enfin, nous nous pencherons sur le degré
d'interactivité, en évaluant la dynamique des interactions, le niveau d'engagement des
participants et la manière dont ces derniers répondent les uns aux autres.
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Par ailleurs, nous croiserons ces données afin de mettre en lumière des logiques
sous-jacentes qui pourraient structurer et orienter les échanges. Cette approche
combinatoire nous permettra d’obtenir une vision globale et cohérente des pratiques
discursives au sein de ce groupe en ligne.
Il est important de souligner que cet article n’a pas pour objectif d’évaluer l’efficacité de
cette pratique, mais plutôt d’en proposer une description détaillée.
Le Corpus :
Le corpus étudié dans cette recherche se compose de cinq mois d'échanges, recueillis
entre février et juillet 2012. Ces données constituent une base riche pour analyser les
interactions dans un contexte informel en ligne. Dans cet article, nous suivrons une
structure méthodique : nous commencerons par exposer le cadre théorique qui sous-tend
notre réflexion, puis détaillerons la méthodologie employée pour collecter et analyser ces
échanges. Nous présenterons ensuite les résultats de nos analyses, en mettant en lumière
les principaux constats et tendances observés. Enfin, nous conclurons par une discussion
générale qui visera à interpréter ces résultats à la lumière des enjeux théoriques et
pratiques de la didactique des langues.
Le Cadre Théorique , les échanges en ligne
comme objet d’étude en didactique des
langues cultures :
Le cadre théorique : Les échanges en ligne comme objet d'étude en didactique des
langues et des cultures. De manière générale, on peut considérer que toute
communication humaine ayant lieu en ligne relève de la communication médiatisée par
ordinateur (CMO) , qui signifie : La communication médiatisée par ordinateur (CMO)
désigne l'échange d'informations entre individus via des outils numériques, tels que les
ordinateurs, les smartphones ou autres dispositifs connectés à Internet, où l'interaction se
fait sans présence physique directe, mais à travers des plateformes en ligne (forums,
messageries, réseaux sociaux, etc.).
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L'intérêt pour la CMO remonte aux débuts des réseaux informatiques dans les
années 1980. Dès cette époque, les chercheurs se sont interrogés sur l'impact de ce
médium sur la langue. En France, ce sont les travaux d'Anis en 1998 qui ont ouvert la
voie pour l'exploration de nouveaux corpus linguistiques médiés par ordinateur.
Mangenot souligne que les sciences du langage et la didactique des langues disposent
d'avantages spécifiques par rapport à d'autres disciplines traitant de la CMO, car elles
étudient depuis longtemps les interactions en classe tout en s'intéressant aux interactions
exolingues. Henri et Pudelko, quant à eux, distinguent trois générations de recherches
sur la CMO.
La première génération de recherches se focalise sur l'outil numérique, en
mettant en évidence l'horizontalité des échanges d'informations, où la
communication devient plus égale et décentralisée. Ces études examinent
principalement l'impact des technologies sur l'organisation des interactions et les
changements qu'elles induisent dans la communication entre les participants.
La deuxième génération de recherches, apparue avec la démocratisation
d'Internet, se divise en deux axes : l'un analyse l'impact de la CMO sur les relations
interpersonnelles et sociales, et l'autre explore ses contributions à l'enseignement et
à l'apprentissage, notamment en enrichissant les pratiques pédagogiques et en
facilitant l'acquisition des compétences linguistiques et culturelles.
La troisième génération de recherches se focalise sur les communautés
d’usagers, notamment dans le cadre de la communication asynchrone. Elle étudie
les dynamiques au sein de ces communautés virtuelles, en s'intéressant à la
manière dont les échanges influencent la construction collective de savoirs, les
pratiques collaboratives et les relations sociales, tout en tenant compte du délai
entre les réponses.
Les chercheurs en sciences du langage abordent la CMO sous des perspectives
variées. Deux approches principales sont souvent utilisées : l'analyse du discours et
l'analyse conversationnelle. Cette thématique de recherche est devenue l'une des
dimensions les plus explorées en ALAO , --------- ALAO : signifie Apprentissage des
Langues et Acquisition des Orales. C'est un domaine d'étude qui s'intéresse aux méthodes
et aux pratiques d'enseignement des langues, en particulier dans les contextes
d'apprentissage de langues étrangères ou secondes, et se focalise sur les processus
d'acquisition, notamment de la compétence orale. Ce champ aborde des aspects
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théoriques, méthodologiques et pratiques de l'enseignement des langues, en intégrant les
évolutions technologiques et les nouvelles approches pédagogiques.
En didactique des langues, ce nouvel objet d'étude trouve ses origines dans les
interactions en classe de langue, Toutefois, certains didacticiens du FLE préfèrent parler
d'« interactions pédagogiques en ligne » ou de « communication pédagogique médiatisée
» pour désigner les échanges à distance entre pairs, où une médiation humaine est prévue.
L’émergence de ces termes souligne l’importance croissante de la CMO dans les
contextes pédagogiques.
Pour analyser les échanges de notre corpus, nous utiliserons deux outils : le
premier, issu de l'analyse du discours, concerne les fonctions du langage, tandis que le
second, tiré de l'analyse conversationnelle, porte sur l'interactivité.
les fonctions du langage de Jakobson :
Bien que le modèle des fonctions du langage de Jakobson soit ancien, il reste pertinent
pour analyser l'utilisation du français dans un groupe. Ce modèle propose six fonctions
principales :
1. Fonction émotive : centrée sur l'émetteur, elle exprime ses émotions et pensées,
souvent avec des exclamations ou des adjectifs expressifs.
2. Fonction conative : centrée sur le destinataire, elle cherche à influencer ou inciter,
notamment à travers l'impératif ou l'interrogation.
3. Fonction référentielle : axée sur le contexte, elle vise à informer ou expliquer.
4. Fonction métalinguistique : concerne le code utilisé, comme dans les
explications de termes.
5. Fonction poétique : centrée sur l'esthétique du message, elle exploite des procédés
stylistiques (rimes, métaphores).
6. Fonction phatique : vise à établir ou maintenir le contact social, par exemple via
des salutations.
Jakobson reconnaît que plusieurs fonctions peuvent coexister dans un même
message, ce qui complique leur distinction. Dans le corpus analysé, la brièveté des
messages rend cette coprésence rare. Lorsque nécessaire, deux fonctions dominantes ont
été identifiées pour coder ces messages.
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------- Pour La grille d’analyse résume les paramètres de classification des messages en
fonction des six fonctions du langage de Jakobson :
1. Fonction émotive :
Sous-catégories : Opinion, appréciation, expression d’émotions.
Usage : Le participant partage ses émotions, opinions, ou exprime son
accord/désaccord.
2. Fonction conative :
Sous-catégories : Questions, sollicitations d’avis, blagues, caricatures, discours
religieux.
Usage : Le participant interagit avec les autres en posant des questions, en incitant
à réfléchir, ou en cherchant à influencer leurs comportements.
3. Fonction référentielle :
Sous-catégories : Informations, annonces, recettes de cuisine.
Usage : Le message contient des faits ou renseignements. Une prise de position
peut s’ajouter, combinant fonctions référentielle et émotive.
4. Fonction métalinguistique :
Sous-catégories : Explications linguistiques, exercices, fichiers pédagogiques.
Usage : Publications centrées sur l’apprentissage de la langue française, comme
l’explication d’expressions idiomatiques.
5. Fonction poétique :
Sous-catégories : Proverbes, maximes, poèmes, chansons.
Usage : Les messages mettent en avant l’esthétique de la langue pour transmettre
des conseils, des sentiments ou des morales, souvent en lien avec d’autres
fonctions.
6. Fonction phatique :
Sous-catégories : Salutations, remerciements, félicitations.
Usage : Le participant manifeste sa présence et favorise une atmosphère conviviale
dans le groupe.
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L'interactivité :
L'interactivité est abordée ici non pas dans le sens strict homme/machine défini par
Mangenot, mais selon une perspective plus large, comme celle d'Henri et de Quintin et
Masperi. Elle vise à analyser les liens entre messages : s’ils se répondent ou restent
juxtaposés sans interaction, afin d’évaluer comment les apprenants réagissent aux
messages et commentaires des autres.
Henri, en s’appuyant sur Bretz, identifie trois catégories de messages :
1. Messages interactifs : ils répondent ou interprètent un contenu précédent et sont
explicitement ou implicitement liés à d’autres messages.
2. Messages non-interactifs : liés au thème principal mais sans rapport avec
d’autres messages.
3. Messages quasi-interactifs : limités à une interaction simple, typique des
dialogues homme-machine (question-réponse).
Dans le cadre de cette étude, trois catégories adaptées sont retenues :
Publications non interactives : messages sans commentaires ou dont les
seuls ajouts proviennent de l’auteur pour clarifier ses propos.
Publications quasi-interactives : messages ayant reçu au moins un
commentaire, mais limités à une relation unidirectionnelle entre l’émetteur et un
ou plusieurs récepteurs.
Publications interactives : messages où les commentaires dialoguent entre
eux, impliquant au moins trois actions pour former une véritable interaction.
Ces catégories permettent d’étudier l’interactivité dans un corpus spécifique, en
observant la dynamique des échanges.
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Le cadre méthodologique
Présentation du groupe
Création : 25 février 2012.
Membres : Principalement des étudiants et anciens étudiants libyens en français,
des Libyens étudiant en France, et des francophiles.
Durée d’activité : Jusqu’en 2015, avec une baisse d’activité significative à partir de
septembre 2012.
Caractéristiques : Groupe fermé, accessible uniquement à ses membres.
Présentation générale du Corpus :
Période analysée : Février à juillet 2012.
Volume d’échanges : 947 publications et 3408 commentaires provenant de 72
participants.
Extraction des données : Utilisation de l’application Netvizz pour collecter les
contenus, dates, et nombres de commentaires, enrichis ensuite par un codage des
langues, fonctions du langage et niveaux d’interactivité.
----------- Répartition mensuelle des échanges
Les publications et commentaires ont considérablement augmenté après les premiers
mois :
Février : 11 publications, 31 commentaires.
Juin : 306 publications, 1012 commentaires.
Juillet : 219 publications, 1147 commentaires.
Cette augmentation reflète une activité intense sur une courte période, suivie d’une baisse
à partir de septembre 2012.
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Ce cadre méthodologique permet d’explorer l’interactivité dans un environnement
numérique éducatif informel, en mettant en évidence les dynamiques sociales et
linguistiques au sein du groupe.
Analyse et résultats les langues présentes dans le groupe :
L’analyse des échanges dans un groupe Facebook d’apprenants met en lumière plusieurs
observations :
Langues utilisées :
Français : Langue dominante, représentant 82 % des échanges.
Arabe : Langue secondaire, parfois utilisée seule ou en alternance avec le français.
Autres langues : L’anglais, l’italien et l’espagnol sont marginalement présentes.
Fonctions du langage :
Les fonctions poétique, conative et phatique prédominent, bien que l’objectif du
groupe soit l’apprentissage formel du français.
La fonction poétique, majoritaire, se manifeste par des essais personnels ou
traduits, parfois peu compréhensibles, probablement rédigés avec des outils de
traduction automatique.
La fonction conative, visant à solliciter une réaction, se traduit par des blagues,
devinettes et invitations à l’engagement social.
La fonction métalinguistique est uniquement présente en français, tandis que la
fonction poétique est plus fréquente en français qu’en arabe.
Interactivité des échanges ;
Les trois niveaux d’interactivité (non interactif, quasi interactif, interactif) sont
équitablement répartis. Cependant, les échanges quasi interactifs dominent
légèrement.
Facteurs influençant l’interactivité :
Trois hypothèses ont été explorées :
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1. Langue utilisée : Les publications en langue maternelle ne montrent pas
d’interactivité significativement supérieure.
2. Moment de l’échange : Les publications des premiers mois ne sont pas
systématiquement moins interactives.
3. Fonctions du langage : Les fonctions phatique, émotive et conative génèrent plus
d’interactions que les fonctions poétique, référentielle et métalinguistique.
En conclusion, la socialisation et les interactions dans le groupe sont davantage portées
par les fonctions phatique, émotive et conative, tandis que la langue et le moment de
l’échange jouent un rôle mineur dans l’interactivité.
Discussion :
L’analyse des échanges révèle que le français est la langue la plus utilisée dans le groupe,
conformément à son objectif de pratique de cette langue. Les participants, bien que non
encadrés par un enseignant, font des efforts notables pour communiquer en français.
L'arabe, moins employé, est utilisé comme une langue de soutien lorsque les
compétences en français font défaut. Cela reflète un phénomène courant chez les
apprenants de langues étrangères.
L’analyse montre que les fonctions les plus présentes dans les échanges sont phatique et
conative, soulignant que la socialisation et la création de liens dominent sur la
transmission d’informations, la fonction référentielle étant minoritaire. L’arabe et le
français sont utilisés pour des objectifs similaires, à l’exception de la fonction
métalinguistique, exclusivement en français, ce qui reflète son rôle dans l’apprentissage.
L’interactivité au sein du groupe est dynamique : chaque tiers des messages reçoit en
général une réaction. Les fonctions phatique, émotive et conative suscitent le plus
d’interactions, confirmant l’importance des échanges sociaux. Cependant, la fonction du
langage ne permet pas de prédire l’évolution des interactions, et aucun autre facteur
significatif n’a été identifié.
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La liberté des participants dans cet environnement informel, sans contrainte pédagogique
ni objectif de performance, favorise leur engagement, principalement motivé par des
raisons intrinsèques. Des études antérieures montrent que l’encadrement formel ou la
forte implication d’un enseignant peut limiter les interactions naturelles, alors qu’un
contexte plus libre et volontaire stimule davantage la participation et l’interaction.
CONCLUSION :
Cet article examine les pratiques discursives d’apprenants libyens dans un groupe
Facebook informel. Les échanges, mêlant aspects ludiques (blagues, devinettes) et
sérieux (exercices grammaticaux, expressions idiomatiques), reflètent une dynamique
originale.
Dans un environnement numérique convivial et sans contraintes pédagogiques, ces
interactions aident à réduire l'inhibition due à la timidité ou à l'insécurité linguistique,
tout en favorisant l’autonomie langagière. Celle-ci se définit comme la capacité à prendre
des initiatives et à produire spontanément des énoncés authentiques en langue cible. Ce
type d’espace offre aux apprenants l’opportunité d’utiliser le français hors du cadre
formel et de s’exposer à une langue authentique dans un contexte social interactif.
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