Olympe de Gouges : Histoire et Engagements
Olympe de Gouges : Histoire et Engagements
Doc 1 : Portrait authentique d’Olympe de Gouges ; Doc 2 : Frontispice des Remarques patriotiques de 1788 où on
voit l’auteure tendre son œuvre à la Reine Marie-Antoinette, préfigurant ainsi la dédicace de la future DDFC de 1791.
ELEMENTS BIOGRAPHIQUES :
Olympe de Gouges est le nom d’écrivain (pseudonyme) que s’est donnée Marie GOUZE, épouse AUBRY
(nom qu’elle refuse, une fois veuve).
Née en 1748 dans la petite bourgeoisie (son père « déclaré » est maitre charcutier et sa mère fille d’avocat) de
Montauban, elle est mariée à un cuisinier de 30 ans son ainé. Esprit libre et éduqué de façon autodidacte (ce qui va
la complexer longtemps), c’est une grande amoureuse du théâtre notamment de Voltaire, Marivaux et
Beaumarchais (ce dernier triomphe dans les années 1770-80 avec le Barbier de Séville et surtout Le Mariage de
Figaro). Elle quitte son mari et une vie provinciale jugée trop conformiste (un peu comme [Link] le fera dans les
années 1820) pour mener une carrière de comédienne à Paris, ville de tous les possibles pour les « ambitieux ». Elle
vit sur le plan personnel d’une manière très libre : veuve à moins de 20 ans, elle s’est installée avec son fils et elle se
met sans complexe en « concubinage » avec un homme qu’elle refuse d’épouser tout en menant en parallèle une vie
de « fille entretenue » (de type courtisane) avec un riche négociant, Nolé. On sait qu’elle fréquente les salons
parisiens dès les années 1770, ce qui atteste qu’elle a réussi à bénéficier de certaines protections. Avide de
reconnaissance, elle s’essaie à tous les genres comme le roman épistolaire (Mémoires de Mme de Valmont très
largement autobiographique) mais c’est en tant que dramaturge qu’elle entend se distinguer. Elle écrit plusieurs
pièces à forte propension « philosophique » qui ne rencontrent pas de succès. Peu affectée, elle s’autofinancera
toute sa carrière en publiant à compte d’auteure ses ouvrages. Elle rencontre quelques difficultés avec une autre
pièce le Mariage inattendu de Chérubin qui, se présentant comme une suite du Mariage de Figaro est attaquée
comme œuvre plagiaire par Beaumarchais (il ignore totalement qui était l’auteure). Néanmoins, en 1785, l’une
d’entre elles-Zamore et Mirza ou l’esclavage des Nègres- finit par se faire remarquer à l’époque où le débat sur le
bienfondé ou non du maintien de l’esclavage dans les colonies (agitées par des révoltes d’esclaves) prenait de
l’ampleur dans la société française. Cette cause lui inspire aussi son 1 er essai : Réflexions sur les hommes nègres. Elle
s’investit dans l’action « militante » puisqu’elle fréquente diverses sociétés et clubs antiesclavagistes comme la
société des amis des Noirs (elle y rencontre Brissot, le futur leader des Girondins).
« Mirza : - Mais dis-moi, pourquoi les Européens ont-ils tant davantage sur nous, pauvres esclaves ? Ils sont
cependant faits comme nous. Nous sommes des hommes comme eux, pourquoi donc une si grande différence de leur
espèce à la nôtre ?
Zamora : - Cette différence est bien peu de chose, elle n'existe que dans la couleur. Mais les avantages qu'ils ont sur
nous est immenses. L'art les a mis au-dessus de la nature, la nature en a fait des dieux, et nous ne sommes que des
hommes. Ils se servent de nous sous ces climats, comme ils se servent des animaux dans les leurs. Ils sont venus chez
nous, se sont emparés de nos terres, de nos fortunes, et nous ont fait esclaves pour récompense des richesses qu'ils
nous ont ravies. »
Olympe de Gouges s’enthousiasme pour certains aspects de la Révolution et diversifie les genres dans lesquels elle
écrit : en parallèle de ses pièces, elle multiplie les « Ecrits politiques » de formats assez courts du type pamphlet,
discours ou adresse et prenant généralement la forme de brochures mais demeure très réticente. Les deux thèmes
récurrents de ses œuvres sont son engagement en faveur de l’abolition de l’esclavage, (à laquelle les
Révolutionnaires réfléchissent clairement dès la DDHC du 26 Août 1789 ) et l’égalisation des droits civils entre les
hommes et les femmes Son désir de faire entendre la voix des femmes dans les grands évènements qui s’annoncent
devient explicité : « Ô citoyens ! ô monarque ! ô ma nation ! que ma faible voix puisse retentir dans le fond de vos
cœurs ! qu'elle puisse vous faire reconnaître le faible sort des femmes. Pourriez-vous en entendre le récit sans verser
des larmes ? » (Avril 1789). Les débats qui s’engagent pour construire une France nouvelle l’enthousiasme : elle
prend officiellement position pour le divorce et la suppression du mariage religieux, pour la reconnaissance des
enfants naturels, contre la prostitution non règlementée C’est une participante des journées parisiennes de juillet
comme de celles d’Octobre 1789.
« La femme a le droit de monter à l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la
tribune. »
L’engagement manifeste d’Olympe de Gouges pour des causes s’affirme dans ses écrits des années 1791-1793 qui
deviennent encore plus politiques. En 1791, elle fréquente la Société patriotique et de bienfaisance des amies de la
Vérité fondée par Etta Palm d’Aëlders qui entend promouvoir l’éducation pour les jeunes filles pauvres. Elle y
rencontre d’ailleurs Condorcet. Son soutien à la Révolution française ne se dément pas mais elle se refuse
catégoriquement à légitimer l’action violente : elle désapprouve la révolte des esclaves d’Haïti emmené par
Toussaint Louverture qui déclenche une véritable guerre coloniale sur l’ile de Saint-Domingue. Bien que capable
d’une grande liberté de ton et d’une audace de fond dans les sujets abordés, O de Gouges n’en reste pas moins
attachée au maintien d’une monarchie « limitée » : alors que le couple royal apparait complètement discrédité
après leur tentative de fuite ratée (épisode de la fuite à Varennes, 21 juin 1791), elle dédie sa Déclaration des Droits
de la Femme et de la Citoyenne à la Reine Marie-Antoinette. Cette déclaration se veut « un pastiche curieux et
méticuleux, non dénué d’ironie » (selon l’historien Claude QUETEL. Elle parait sous la forme d’une brochure, mais à
une époque où, depuis l’établissement de la liberté de la presse (cf. DDHC de 1789, art. 11) on en produit des milliers
par an, celle-ci passe complètement inaperçue. Il apparait étonnant qu’elle se réfère à la Déclaration des Droits de
l’Homme et du citoyen proclamée le 26 Août 1789 à l’Assemblée Nationale Constituante (ex-assemblée des Etas
Généraux) plus de 2 ans plus tôt mais
EXTRAITS tirés de la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne du 14 septembre 1791 notamment du
postambule Femme, réveille to ! :
« Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant
empire de la nature n'est plus environné de préjugés, de fanatisme. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages
de la sottise et de l'usurpation. L'homme esclave a multiplié ses forces a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser
ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. O femme ! femme, quand cesserez-vous d'être
aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la Révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain
plus signalé. »
(…)
« Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n'avez qu'à le
vouloir »
Toujours attachée à la monarchie et rejetant fondamentalement ceux qui appellent à la violence, elle s’en prend
publiquement dans ses écrits politiques aux plus farouches, aux plus radicaux des Républicains comme Marat
(« avorton de l’humanité ») mais aussi Robespierre (« monstre amphibie »), tête pensante des Jacobins à qui elle
propose de se jeter dans la Seine avec elle ( !!!) A ce propos, elle écrit même avoir vocation de tyrannoctone (1)».
Depuis l’avènement de la république, de Gouges affiche un comportement de plus en plus téméraire : elle prend
publiquement la défense du roi louis XVI au moment de son procès, se proposant même comme avocat auxiliaire
auprès de celui que la foule des Sans Culottes n’appellent plus que « Louis Capet ». Alors que la politique de Terreur
se met à l’ordre du jour à l’automne, elle révèle un tempérament frondeur et un brin bravache qui n’est pas sans
rappeler celui de Théroigne de Méricourt ou même Charlotte Corday.
« Je lègue mon cœur à la patrie, ma probité aux hommes (ils en ont besoin), mon âme aux femmes, je ne leur fais pas
un don indifférent ; mon génie créateur aux auteurs dramatiques : il ne leur sera pas inutile ; surtout ma logique
théâtrale au fameux Chénier ; mon désintéressement aux ambitieux ; ma philosophie aux persécutés ; mon esprit
aux fanatiques ; ma religion aux athées ; ma gaieté franche aux femmes sur le retour, et tous les pauvres débris qui
me restent d’une fortune honnête à mon héritier naturel, à mon fils, s’il me survit. Quant à mes pièces de théâtre ou
manuscrits, on en trouvera quelques centaines, je les donne à la Comédie-Française, si, par son art magique et
sublime, elle croit, après ma mort, mes productions dignes de figurer sur son théâtre : c’est assez lui prouver que je
rends justice à son talent inimitable.... Français, voici mes dernières paroles, écoutez-moi dans cet écrit et descendez
dans le fond de votre cœur : y reconnaissez-vous les vertus sévères et le désintéressement des Républicains ?
Répondez : qui de vous ou de moi chérit et sert le mieux la patrie ? Vous êtes presque tous de mauvaise foi. Vous ne
voulez ni la liberté ni la parfaite égalité. L’ambition vous dévore... Peuple aimable devenu trop vieux, ton règne est
passé, si tu ne t’arrêtes sur le bord de l’abîme ... »
(…)
« Je n'ai vu qu'après mes yeux ; je n'ai servi mon pays qu'après mon âme ; j'ai bravé les sots ; j'ai frondé les
méchants »
Olympe de Gouges est arrêtée et jugée en octobre 1793. Elle est guillotinée le 3 novembre. Ses derniers mots en
montant à l’échafaud auraient été « Le Peuple vengera ma mort ». Une information (peut être calomnieuse) prétend
qu’O de Gouges, âgée alors de 45 ans, aurait prétendu être enceinte pour échapper à son exécution.
Postérité : une célébrité récente d’une auteure perçue comme une pionnière
du féminisme :
Olympe de Gouges est longtemps restée une figure méconnue et reste encore un écrivain mineur sur le plan
strictement littéraire. De son vivant, elle fut considérée comme une originale passablement dérangée : Chaumette,
procureur de la Commune de Paris et fervent Montagnard la qualifie de « virago », « d’homme-femme ». Au XIXème
siècle, encore, on parlera d’elle comme d’une « hystérique ». Néanmoins, si on considère sa place dans l’histoire des
femmes elle représente une figure incontournable, très avant-gardiste initiant toute une série de débats qui
intéresse la condition féminine.
Jusqu’aux années 90, les historiens de la Révolution la mentionnent peu. C’est une figure révolutionnaire qui a été
redécouverte récemment et qui reste assez controversée chez les historiens : très avant-gardiste, Olympe de Gouges
n’a guère eu de prise sur les grands évènements révolutionnaires et sn influence fut essentiellement posthume. Le
travail de l’écrivaine féministe Benoite Groult (qui supervise la 1ère édition contemporaine de la DDFC au milieu des
année 1980), notamment avec l’ouvrage Ainsi soit Olympe de Gouges. (1994) mais aussi celui de nombreuses
historiennes américaines la font découvrir au public. Les « néo-féministes » voient dans Olympe de Gouges un
précurseur des attaques faites contre le « patriarcat », ce qui peut être perceptible dans certains écrits de l’auteure,
parfois très offensive avec des hommes : « Homme, es-tu capable d'être juste ? C'est une femme qui t'en fait la
question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui t'a donné le souverain empire d'opprimer mon sexe ?
Ta force ? Tes talents ? Observe le créateur dans sa sagesse ; parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu
sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu l'oses, l'exemple de cet empire tyrannique. Remonte aux animaux,
consulte les éléments, étudie les végétaux, jette enfin un coup d'œil sur toutes les modifications de la manière
organisée ; et rends-toi à l'évidence quand je t'en offre les moyens ; cherche, fouille et distingue, si tu le peux, les
sexes dans l'administration de la nature. Partout tu les trouveras confondus, partout ils coopèrent avec un ensemble
harmonieux à ce chef-d'œuvre immortel. »
A consulter : des ouvrages sur Olympe de Gouges :
Notes :
-Les idéaux qu’elle défend sont très largement inspirés de la pensée des Lumières, ce grand mouvement
d’idées européen qui a pour figures de proue françaises (principalement Montesquieu, Voltaire, Diderot,
Rousseau),
-La Révolution entend construire une France nouvelle avec un régime politique fondé sur la Nation ce
qui comprend la souveraineté nationale, la citoyenneté nationale et la représentation nationale. La Loi,
expression de la volonté générale (donc nationale) et non de celle du roi est placée au-dessus de tout.
-La Révolution entend aussi rénover l’ensemble de la société dont le fonctionnement en « 3 ordres »
apparait désuet (les Révolutionnaires parlent de « l’Ancien Régime » pour désigner le système politique et
social d’avant 1789). La Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen proclamée à l’Assemblée
nationale le 26 Aout 1789 -grande déclaration de principes-rassemble les grandes idées de ce qu’on
pourrait appeler le « programme » des révolutionnaires ;
Les Feuillants et les Girondins : les tendances politiques auxquelles se rattache Olympe de
Gouges :
O de Gouges est une « révolutionnaire » mais elle reste attachée à la monarchie comme de très nombreux
Français : si le « peuple moyen » de Paris et certaines villes basculent dès la « fuite à Varennes » (21 juin 1791) et le
massacre du champ de mars qui en découle (17 juillet 1791) vers des sympathies républicaines, nombre de
Révolutionnaires restent longtemps attachés au maintien de la monarchie. En effet, en 1789, l’écrasante majorité
des députés qui se sont proclamés assemblée nationale entendent conserver le Roi et même veulent l’associer au
mouvement révolutionnaire. Les renoncements successifs de Louis XVI sont nombreux : pour rappel, il accepte tour
à tour l’assemblée nationale, la garde nationale, la commune de Paris, la Constitution (à laquelle il prête serment le
jour de la Fête de la Fédération) et le départ de Versailles pour Paris, tout cela entre le 17 juillet et le 6 Octobre
1789 !
Durant la Révolution, de nombreux « clubs » sont actifs ; Olympe de Gouges est proche de l’un d’entre eux, celui des
Feuillants. Les tendances politiques (on dira plus tard, « partis politiques ») commencent aussi à se dessiner : on sait
qu’Olympe de G soutient les Girondins.
-Les Feuillants (ou « Monarchiens ») correspondent à un club constitué de dissidents du club des Jacobins : en effet,
ces membres du club situé dans considèrent qu’une fois la Constitution établie, la « Révolution est quasiment
achevée ». Satisfaits, ils aspirent au retour de l’ordre et de mener des réformes tranquillement. On y retrouve
notamment nombre de députés comme Barnave (qui était un des meneurs de la journée des Tuiles en 1788) mais
aussi le marquis de La Fayette, général en chef de la garde nationale et le 1 er maire de Paris, Bailly. Ils s’opposent aux
clubs républicains (les Cordeliers et la majorité des jacobins restants), accusés d’être des fauteurs de troubles.
-Les Girondins désignent une tendance politique au sein de la Convention, c’est-à-dire la toute 1ère Assemblée
Nationale élue sous la 1ère République. La plupart des membres les plus remarqués de cette tendance, rangés sur la
partie droite de l’hémicycle, sont originaires du Sud-Ouest notamment du département de la Gironde. Parmi les
leaders girondins, on retrouve Brissot, un des fondateurs de la société des Amis des Noirs qu’Olympe de gouges a
fréquenté peu avant la Révolution. Les Girondins se définissent politiquement par une plus grande modération que
leurs adversaires, les Montagnards (désignés ainsi car ils occupent les rangs les plus haut de l’assemblée, dans sa
partie gauche). Tout de même, Ils voient dans la guerre commencée en 1792 contrer l’Autriche, la Prusse et bientôt
toute l’Europe des Rois un moyen de diffuser les idées révolutionnaires et de libérer les peuples tenus par des
despotes. Leurs positions portent aussi sur une nouvelle manière de gouverner la France : celle-ci doit amener une
nouvelle répartition du pouvoir en redonnant davantage d’autonomies aux territoires. De nouvelles structures
régionales sont envisagées pour remplacer les anciennes « provinces » supprimées en 1790. En cela, ils sont à
l’opposé des Jacobins qui prônent, eux, la poursuite de la gestion centralisée impulsée depuis des siècles par l’Etat
royal. Une véritable lutte d’influence entre Montagnards et Girondins fait rage à la Convention : les députés
« centristes »de « La Plaine » penchent d’abord pour les Girondins
Le XVIIIe siècle apparait comme le plus féminin des Temps Modernes (cf. le livre des Frères Goncourt, la Femme au
XVIIIe siècle) à bien des égards. En Europe, de nombreuses femmes exercent le pouvoir : sur les 9 tsars de la dynastie
Romanov qui se succédèrent à la tête, 4 sont des tsarines tandis que Marie Thérèse de Habsbourg (1740-1780) règne
sur l’Autriche-Hongrie pendant plus de 40 ans. L’influence des femmes sur la vie intellectuelle s’est développée : en
France, toujours, Mme de Pompadour, maitresse de Louis XV fait office de quasi 1 er ministre et protège les
philosophes des Lumières. Les salonnières (Mme Geoffrin, Mme du Deffand, Mlle de Lespinasse) font et défont les
carrières des gens de lettres mais aussi des hommes politiques.
La place des femmes de manière générale au sein de la société reste néanmoins rivée à quelques aspects convenus :
un rôle domestique (tenir la maison), nourricier qui s’accomplit dans la fonction de mère et d’épouse, support du
chef de famille « naturel » qu’est le père-mari. Les Révolutionnaires se placent d’ailleurs dans la continuité des
hommes de ce temps, notamment de J-J ROUSSEAU : les femmes qui cherchent à sortir de leur condition idéale sont
perçus comme « dérangées » et « dérangeantes », troublant la quiétude d’une répartition des rôles qui se présente
comme l’écho de la Nature. Voilà comment par exemple, le Moniteur, journal révolutionnaire commente la mort
d’Olympe de Gouges : « Elle voulut être homme d’Etat, et il semble que la loi ait puni cette conspiratrice d’avoir
oubliée les vertus qui conviennent à son sexe ».
Les philosophes des Lumières reconnaissent tous une « nature féminine » mais sont divisés sur la question de la
condition féminine qui néanmoins est débattue. On a parmi ceux qui sont favorables à une émancipation féminine :
VOLTAIRE (cf. les pamphlets et libelles « L’éducation des filles » et le très ironique « Femmes, soyez soumises à vos
maris » qui dit tout le contraire de ce qu’annonce le titre) mais aussi DIDEROT ( Sur les femmes ; Histoire de Mme de
la Pommeraye). C’est surtout Nicolas CONDORCET qui prend fait et causes pour une égalisation des conditions entre
les hommes et les femmes. Condorcet, comme le souligne ses biographes Robert et Elisabeth BADINTER, peut
véritablement être considéré rétrospectivement comme un « vrai féministe » : dans son libelle Sur l’admission des
femmes au droit de cité, paru en 1790 il défend publiquement l’obtention du droit de vote des femmes comme une
nécessité balayant méthodiquement, un par un, les arguments de l’écrasante majorité des députés qui s’y opposent.
D’autres néanmoins comme JJ ROUSSEAU restent attachés au rôle traditionnel (mères et épouses dévouées).
La position d’Olympe de Gouges sur les femmes de l’Ancien Régime peut étonner par sa sévérité : "les femmes ont
fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la
ruse le leur a rendu ; elles ont eu recours à toutes les ressources de leurs charmes, et le plus irréprochable ne leur
résistait pas. (…) Tout a été soumis à la cupidité et à l’ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis
la révolution, respectable et méprisé ». En fait, O de Gouges condamne ces femmes qui se contentent de l’influence
sur les hommes de pouvoir sans s’en servir pour obtenir l’égalité politique.
-Dans une certaine mesure, c’est une période d’avancées importantes pour les femmes tant avec certaines lois
prises par les Révolutionnaires que dans la visualité qu’elles ont, du moins pendant une partie de la période
révolutionnaire. Le droit au divorce et en matière de succession la fin du droit d’ainesse ainsi que celui de
masculinité sont des mesures qui rendent des droits importants aux femmes. La Révolution est aussi le moment où
le débat sur l’égalité entre les deux sexes est pleinement lancé : ce n’est qu’à partir de cette période que l’on peut
clairement parler de féminisme même si ses figures ont encore peu de prise sur les évènements.
-Les femmes ont une part active dans les évènements. De façon générale, elles font acte de citoyenneté en se
rendant aux débats à l’Assemblée ou dans les clubs parisiens, formant également des clubs spécifiques de femmes,
à Paris comme en province. Au début de la Révolution, les Parisiennes ont marqué les esprits en menant le cortège
qui le 5 et 6 Octobre est allé chercher à Versailles le Roi et la famille royale pour les ramener à Paris. Leur pratique
politique est caractérisée par une présence assidue dans les assemblées révolutionnaires, qu’il s’agisse de réunions
de quartier, de débats à l’Assemblée nationale ou au Tribunal révolutionnaire. Spectatrices actives, groupées dans
les tribunes des salles des séances ouvertes au public, formant la sans culotterie féminine, elles sont d’abord
appelées les « habituées des tribunes ». A partir de 1795-1796, elles seront surnommées par leurs adversaires « les
Tricoteuses », en référence à leur rôle actif dans ces tribunes d’où elles interviennent tout en tricotant. Leur
présence dans les tribunes est une mise en pratique de la notion de « contrôle des élus ». De nombreuses figures
montrent des femmes jouent un rôle important dans les évènements. Les orateurs ont dû tenir compte de leur
présence : ils s’adressent régulièrement à elles comme Marie-Antoinette qui attire leur compassion et leur soutien le
jour de son procès face aux accusations (mensongères) d’inceste sur le Dauphin, proférées par le Tribunal
Révolutionnaire. L’existence de clubs spécifiquement féminins reflète la même volonté de débattre et de participer
au mouvement révolutionnaire. Exclues des grands clubs comme les Cordeliers et les Jacobins, les femmes créent
leurs propres lieux de sociabilité révolutionnaire. À l’origine philanthropiques, ils sont un lieu d’apprentissage de la
parole, de la politique. Entre 1789 et 1793, on compte à Paris et en province 56 clubs féminins. Par exemple, le 23
mars 1791, la Société patriotique et de bienfaisance des amies de la Vérité est fondée par Etta Palm d’Aëlders,
Hollandaise installée à Paris qui a pour vocation de s’occuper de l’éducation et de l’apprentissage des petites filles
pauvres. De même le 10 mai 1793, la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires est créée par des
militantes populaires groupées autour de Pauline Léon et Claire Lacombe. Ses membres prêtent serment «de vivre
pour la Révolution et de mourir pour elle ». Elles soutiennent les Montagnards contre les Girondins, dont la tête
pensante pourtant est une femme, Mme Roland. Mais la Convention (dominée par les Montagnards) interdit ce
club et tous les clubs de femmes le 30 octobre 1793, suite à une rixe entre citoyennes à propos du port du bonnet
rouge. Au sein de la Vendée contre révolutionnaire, on trouve nombre de figures féminines royalistes et exaltées.
Néanmoins, l’égalité n’est pas encore en vue. Pendant la période révolutionnaire, les femmes se voient bien
décerner le titre de « citoyenne » mais celui-ci a une portée très symbolique : concrètement, elles n’obtiennent pas
pour autant de droits politiques car elles n’ont légalement pas le droit de vote. Elles suivent en effet les discussions
avec passion, n’hésitant pas à interrompre bruyamment les orateurs. Cette assiduité soulignée par les
contemporains procède d’une double volonté : participer à la vie politique malgré l’exclusion dont elles sont
frappées à ce niveau et montrer symboliquement qu’elles font partie du peuple souverain, demandant aussi à ce
qu’elles soient expulsées lorsqu’elles exerçaient une pression trop forte sur les débats. Ce fut le cas en mai 1793 : à
deux reprises, les Girondins demanderont qu’on évacue les femmes « sans culottes » des tribunes d’où elles
soutiennent vigoureusement les Montagnards. Ces derniers toutefois se montrent bien pires encore avec la gent
féminine puisqu’ils font, comme dit plus haut, fermer purement et simplement les clubs féminins. Cela se renouvelle
quand, le 1er Prairial An III (20 mai 1795), premier jour d’une grande insurrection, les femmes transforment les
tribunes de la Convention en véritable foyer de résistance populaire soutenant les derniers Montagnards. Les
députés les chassent à coups de fouet. Toute une série de décrets répressifs sont ensuite pris contre les femmes
après l’échec de l’insurrection, leur interdisant entre autres choses l’entrée dans les tribunes de la Convention et
plus généralement le droit d’assister à une assemblée politique. Il faudra attendre 1944 pour que les femmes
françaises obtiennent, sur ordonnance du général de Gaulle, leurs pleins droits civiques.
Depuis le Moyen Age, l’écriture est d’abord un passetemps pour les femmes de l’aristocratie (Ex : Christine de Pisan
au XIVe siècle et à la Renaissance, L’Heptaméron de Marguerite de Navarre, recueil de nouvelles de cette princesse
royale, sœur du roi François Ier). Assez peu de femmes s’y distinguent, principalement dans les « genres de cour » :
la poésie galante (Louise Labé), les nouvelles et les « manuels » de savoir-être (éducation, courtisanerie etc.). A
partir du XVIIe siècle, le développement des salons parisiens donne aux femmes lettrées de l’aristocratie et de la
bonne un rôle plus significatif dans la promotion des œuvres et l’impulsion des modes. Molière a moqué certaines
d’entre elles dans les Précieuses ridicules (1659). Au XVIIème et XVIIIème siècle, Nombre des femmes s’essaient à
des genres dont on peut converser : toujours la poésie galante (Mme Deshoulières) mais de plus en plus le conte de
fée (Mme d’Aulnoy, l’oiseau bleu ou Mme Leprince de Beaumont, la Belle et la Bête,1718), le roman court et
« psychologique » qu’elles poussent très loin l’analyse de l’intime comme Mme de la Fayette (La princesse de
Clèves, 1678) et Mme de Duras (Ourika, 1820) ou enfin les interminables « romans-fleuve » (Le Grand Cyrus de Mlle
de Scudéry en 1659 ou Delphine de Mme de Staël ). Elles ne cherchent pour l’essentiel pas à faire
carrière puisqu’elles n’en n’ont pas besoin : la plus célèbre épistolière de la littérature française, Mme de Sévigné
(1626-1696) devint un écrivain aux yeux de la postérité malgré elle lorsque ses Lettres furent recueillies plusieurs
décennies après sa mort. Des salonnières de renom naissent elles aussi véritablement à la littérature via la
publication de leur Correspondance, par exemple Mme du Deffand, grande amie de Voltaire. Néanmoins, le XVIIIe
siècle voit le début de ce que l’on appelle le « Sacre de l’écrivain », autrement dit l’homme de lettres est regardé
progressivement avec estime, considération et respect jusqu’à devenir (il faudra attendre le XIXe siècle sur ce point)
un modèle et un : signe que le processus est à l’œuvre, en 1778, Voltaire est couronné sur la scène de la Comédie
Doc 1 : Marie-Antoinette et ses enfants par Mme Vigée-Lebrun (1788) ; Doc 2 : caricature de Marie-Antoinette « la poule
d’Autriche » datant de 1791 (la légende dit : « je digère l’or et l’argent avec facilité mais la Constitution, je ne puis l’avaler »)
L’archiduchesse Maria-Antonia, 15e enfant de l’impératrice d’Autriche-Hongrie Marie Thérèse de Habsbourg épouse
à 14 ans le 2e petit fils de Louis XV (15 ans) de façon à renforcer l’alliance franco-autrichienne. Ce couple adolescent
semble peu préparé aux difficultés qu’impose le pouvoir absolu. Plusieurs concours de circonstances (la mort du
père et du frère ainé de Louis XVI) vont les mener sur le devant de la scène. Incommodée par la pesanteur de la Cour
de Versailles, la Dauphine puis Reine de France (en 1774) s’isole mais se fait des ennemis parmi les courtisans. Ceux-
ci vont s’échiner à construire d’elle une image absolument détestable : dépensière, inconséquente, puérile et
concupiscente, la jeune et belle souveraine devient « l’Autrichienne » esclave de ses passions et de ses « fureurs
utérines » (cf. les termes employés dans les pamphlets qui circulent pendant plus d’une décennie)
En Septembre 1791, lorsque parait la brochure contenant la DDFC, la monarchie est dans une situation très
compliquée depuis plusieurs années. Depuis 1789, le Roi et la Reine ont été contraints par les différents épisodes
révolutionnaires à partager le pouvoir avec des « représentants de la Nation ». La Reine, conseillée en secret par
Mirabeau, avait donné des signes de ralliements au processus révolutionnaire : de son attitude respectueuse au
balcon face à une foule éminemment hostile le 6 octobre 89 jusqu’à son serment de fidélité à la future Constitution
(où elle est applaudie après avoir brandi son fils). L’image de la Reine s’est depuis dégradée à nouveau auprès de
l’opinion : elle a pris une part active dans l’épisode de la fuite à Varennes et on l’accuse d’avoir manipulé le roi pour
l’y résoudre. Elle est plus que jamais désignée par les partisans de la République comme « l’Autrichienne », la
« Poule d’Autriche".
← caricature présentant le retour de Varennes : la tentative de fuite
ratée des monarques et de leur famille jette un énorme discrédit sur
ce qu’il restait du prestige du pouvoir royal (on les voit ici animalisés
et moqués) mais aussi compromet le bon achèvement de la rédaction
de la Constitution de la 1ère monarchie constitutionnelle (qui a de ce
fait, toutes les chances d’être mort-née).
La Reine sera emprisonnée en septembre 1792 après la chute de la Monarchie, survenue lors de la journée du 10
Août de la même année. Les Girondins qu’Olympe de Gouges soutient ne sont pas favorables à une exécution du Roi
préférant voter la « mort avec sursis » et entendent épargner la Reine. Veuve depuis le 21 janvier 1793, elle est
séparée de son fils (confié au citoyen Simon) puis isolée à la prison de la Conciergerie. Jugée le 15 octobre 1793, elle
se défend avec courage se faisant même applaudir des femmes venues au départ pour la calomnier. Elle est
exécutée le lendemain en manifestant une dignité à toute épreuve. La Reine fut la 1 ère femme guillotinée ne
précédant Olympe de Gouges que de 3 semaines.
→ POUR SE PROJETER : après Olympe de Gouges, quelques grandes figures des lettres
féminines :
« Ah si les femmes veulent seconder mes désirs, je veux que, dans les siècles futurs, on place leur nom au rang de
ceux des plus grands hommes ; non seulement je veux qu'elles cultivent les lettres, les arts, mais qu'elles soient
propres encore à exercer des places dans les tribunaux, dans les affaires contentieuses, dans l'administration des
affaires de goût » (Olympe de GOUGES). Ces quelques exemples (il y en aurait d’autres !!) vous illustrent, qu’après
Olympe de Gouges, les auteures vont s’affirmer plus nettement, notamment dès le XIXe siècle au sein du monde des
lettres. En regardant leur parcours, on peut noter combien ils peuvent sur différents aspects rentrer en résonnance
avec celui de l’auteure de la Déclaration de la Femme et de la Citoyenne.
-Madame Roland (1754-1793) : contemporaine d’Olympe de Gouges, Manon Roland née Philippon est elle aussi
une des premières « femmes politiques » de l’époque contemporaine naissante. Manon Roland en épousant Jean-
Marie Roland de la Platière, inspecteur des manufactures de Picardie qui deviendra ministre de l’intérieur en mars
1792, est devenue la « muse », l’égérie, en fait la « tête pensante » des Girondins, « parti » que soutient aussi O de
Gouges. Fine, intelligente et très cultivée, conseillant son mari et son amant (platonique Buzot, elle leur écrit la plupart
du temps ses discours à la tribune, Manon Roland élève son salon au rang de lieu d’influence de 1 er plan sur le
gouvernement en particulier au moment où les Girondins sont au pouvoir dans les 1ers mois de la 1 ère République.
Emprisonnée après l’arrestation des Girondins (2 juin 1793), elle sera guillotinée terminant son existence par cette
célèbre phrase, d’une troublante lucidité : « Liberté, que de crimes on commet en ton nom ». Son mari, apprenant la
nouvelle, se suicide en se perforant le cœur avec sa canne à épée. Elle naitra à la littérature avec ses Mémoires
d’une très haute tenue, écrites en prison et parues de façon posthume qui racontent le parcours enthousiaste d’une
de nos premières femmes politiques du monde contemporain.
-Madame de Staël (1766-1817) née Germaine Necker (fille du principal ministre de
Louis XVI qui encouragea le roi à accepter les débuts de la Révolution), elle va
s’imposer comme une figure mondaine et intellectuelle de 1er ordre. Elle est la 1ère à
proposer avec Considérations sur la Révolution française une étude analytique de
grande envergure sur cette période riche en bouleversements majeurs. Ses œuvres
critiques vont faire la promotion des nouvelles sensibilités que l’on qualifiera bientôt de
romantiques en proposant notamment de s’ouvrir aux phénomènes esthétiques qui
fleurissent outre Rhin (De l’’Allemagne, 1810). Elle s’illustre aussi dans le genre
romanesque qu’il soit épistolaire (Delphine, 1802) ou de facture plus classique (Corinne
ou l’Italie,1805). Adversaire de Napoléon, elle s’exila à Coppet en Suisse où elle mena
une existence mondaine tout en poursuivant une œuvre marquant les débuts du
romantisme français.
Ecrivain d’une grande fécondité, (plus de 80 romans de toute sorte mais aussi des
pièces de théâtre, des nouvelles, récits de voyage, essais critiques, écrits
autobiographiques etc.) et personnalité forte, engagée (dans la Révolution de
1848, sur les questions sociales , la défense des cultures paysannes (dans ses
romans champêtres comme la Petite Fadette ou François le Champi) et même de
la nature ) voire anticonformiste (ses amours orageuses et éphémères avec
Musset, son opposition totale au mariage sans amour), elle est pour beaucoup la plus importante femme de lettres de
notre Littérature. Lui rendant hommage à sa mort, V. Hugo écrit dans un discours lu le jour de ses funérailles : « je
pleure une morte et salue une Immortelle ».
Fondatrice avec son mari Alfred Valette des éditions du Mercure de France, celle que
Barrès surnomme « Mademoiselle Baudelaire » est une des figures les plus originales de
la littérature décadente (dite « Fin de siècle » : dans ses œuvres très nombreuses mais
quelque peu oubliées en France, elle aime explorer dans ses livres la bizarrerie, l’insolite
et la noirceur (la marquise de Sade ; la Tour d’amour). Néanmoins, ses livres ont toujours
beaucoup de succès à l’étranger (en Allemagne notamment). Celle qui bousculait les
représentations convenues, la bienséance et aimait s’aventurer dans les sujets les plus
inattendus vécut un mariage heureux et une vie longue qui la fit perdre de vue par les lecteurs du XXe siècle.
Colette (Sidonie Gabrielle Colette, 1873-1954)
Première grande auteure du XXe siècle, cette fille de bourgeois bourguignons assez
originaux « monte à Paris » pour y réussir. Elle y rencontre alias « Willy » qui
chaperonne l’écrivain en herbe qu’elle est. La série des « Claudine », commencée
avec l’impertinent Claudine à l’école (1900) lui apporte la notoriété. S’émancipant de
Willy, elle signe seule ses autres romans qui vont tourner globalement autour des
sentiments intimes, (des élans amoureux aux émois familiaux) ne reculant pas
devant les sujet sulfureux (Chéri 1925 ; la Fin de Chéri) voire scabreux (Le Blé en
herbe). Les femmes qu’elle dépeint sont souvent des personnages complexes, haut
en couleur, mêlés de force et de faiblesses. Vivant de façon très libre, elle multiplie
les liaisons des deux sexes, les mariages mais aussi les expériences, se lançant en parallèle de sa carrière littéraire,
dans les spectacles de cabaret, la critique théâtrale et même les affaires (un salon de maquillage). En un demi-siècle
d’écriture, elle affute son style très poétique, charnel et très saisissant, fait de phrases brocardées et subtiles. Elle
n’hésite pas hybrider les genres rendant nombre de ses livres assez inclassables (le Pur et l’impur ; L’Etoile Vesper)
entre l’autobiographie, le journal intime, le poème en prose, le roman dialogué et l’essai ; Son amour pour les
animaux, en particulier les chats- transparait dans le très astucieux Dialogues de bêtes ou le court roman sentimental
La Chatte (1933). Devenue grabataire dans ses vieux jours, elle ne quitte plus son appartement du Palais Royal et
reçoit les hommages innombrables qui la consacrent comme un des écrivains les plus importants du XXème siècle
français.
D’autres encore : la poétesse Marceline Desbordes-Valmore (surnommée « Notre Dame des Pleurs » très admirée
par Baudelaire) ; la comédienne et essayiste Marie d’Agoult ; la romancière Mme de Duras (auteure d’Ourika, 1er
roman à avoir pour héroïne une femme noire); l’écrivain engagée Flora Tristan ; la romancière (littérature jeunesse)
Sophie Rostopchine Comtesse de Ségur ; la poétesse Anna de Noailles ; la poétesse Renée Vivien ; la romancière et
essayiste belge Marguerite Yourcenar (1ère femme élue à l’Académie française en 1980, auteure de 2 chefs d’œuvre du
roman historique Mémoires d’Hadrien en 1951 et de l’Œuvre au noir en 1966) : la romancière Marguerite Duras ; la
romancière Françoise Sagan (Bonjour tristesse, 1954) ; la romancière Nathalie Sarraute (Enfance).
A l’étranger : des figures importantes et même jugées majeures de la littérature seront féminines à commencer par
des Britanniques comme Jane Austen (auteure d’Orgueil et Préjugés ; Raisons et sentiments ou encore Emma),
George Eliot (autre « George » célèbre) ou les sœurs Brontë Charlotte (Jane Eyre) et Emily (Les Hauts de Hurlevent,
1847). Di côté des Américaines, la poétesse Emily Dickinson, les romancières Louisa May Alcott (Les Quatre Filles du
Dr Marsh), Harriet Beecher-Stowe ou Edith Wharton s’illustrent dans la critique sociale comme dans l’exploration des
sentiments intimes. En attendant au XXe siècle, une pléthore de noms féminins parmi lesquels Anna Akhmatova
(poétesse russe) ; Virginia Woolf ; Agatha Christie (« la Reine du crime ») ; Toni Morrisson ; Elsa Morante ; Margareth
Mitchell (auteure d’Autant en emporte le vent) ; Daphnée du Maurier ; Joyce Carol Oates ; JK Rowling etc.