Innovation dans les coopératives marocaines
Innovation dans les coopératives marocaines
À ma chère mère
À ma sœur Aicha, ma nièce Safae et mon neveu Zakaria
À mon frère Abdellah
À tous mes ami(e)s
Remerciements
Louange à Allah le Tout Miséricordieux, le très Miséricordieux, par la grâce et la bénédiction
duquel cette aventure a pu être aboutie.
Mes remerciements sont également adressés au Professeur Lahcen ELMESKINE, pour ses
conseils et ses efforts qu’il n’épargne nul pour nous orienter dans le cadre de l’équipe ERIFI
tout au long de notre formation doctorale. Qu’ils trouvent dans ces mots l’expression de notre
profonde gratitude.
Je remercie très sincèrement les Professeurs Bouchra RADI, Hicham ATTOUCH, Said
AHROUCH, M’barek HOUSSAS et Youssef ALAOUI SOLAIMANI de l’intérêt qu’ils ont
porté à cette recherche en acceptant de participer à son évaluation. Je suis très honoré par leur
présence dans le jury de cette thèse.
Des remerciements particuliers et appréciations sont également dus à mes anciens collègues de
l’ODCo qu’il soit au niveau du siège à Rabat ou niveau de la délégation régionale de Guelmim
Oued Noun et Souss Massa pour leur aide précieuse. Qu’ils trouvent dans ce travail ma
reconnaissance et ma gratitude.
I
Je voudrais également profiter de cette occasion pour exprimer mes vifs remerciements aux
présidents et aux adhérents des coopératives de la région Souss Massa pour leur accueil
chaleureux, leur disponibilité, leur confiance et surtout la patience dont ils ont fait preuve lors
de notre enquête.
Finalement, je tiens à rendre hommage à tous mes amis(es) pour leur soutien et encouragement.
Qu’ils trouvent ici l’expression de ma reconnaissance.
II
Résumés
Essai d’analyse de la capacité d’innovation dans le secteur coopératif marocain :
approche par les ressources et compétences, appliquée aux coopératives agricoles de la
région Souss Massa
Résumé : L’objectif de cette thèse est de comprendre les mécanismes d’innovation dans le
secteur coopératif marocain, comme élément de renforcement du pouvoir d’agir des
coopératives. Elle s’interroge sur les facteurs stimulants la capacité d’innovation qui constitue
la base de toute activité d’innovation. En se basant sur des données empiriques collectées sur
un échantillon de 252 coopératives agricoles de la région Souss Massa, cette recherche met, en
effet, l’accent sur la nature organisationnelle et intégrative de la capacité d’innovation dans le
contexte coopératif. Elle révèle un effet médié, statistiquement significatif, des capacités de
gestion des connaissances au sein des organisations coopératives pour le renforcement de la
capacité à innover. La présente étude se veut, ainsi, une contribution à la conception d’un
modèle intégrateur d’analyse de la capacité à innover dans le secteur coopératif marocain.
Mots clés : Capacité à innover, entreprise coopérative, innovation, entrepreneuriat coopératif,
ESS.
III
Sommaire
Résumés ...................................................................................................................................III
Sommaire ................................................................................................................................ IV
Liste des abréviations .............................................................................................................. V
Liste des tableaux ................................................................................................................... VI
Liste des figures ...................................................................................................................VIII
Liste des annexes .................................................................................................................... IX
Introduction générale ............................................................................................................... 1
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions
d’émergence, et caractéristiques dans le contexte marocain.............................................. 19
Section 1 : Genèse de l’entrepreneuriat coopératif et de l’ESS ............................................... 20
Section 2 : Vers une genèse de l’entrepreneuriat coopératif comme principale composante de
l’ESS......................................................................................................................................... 38
Section 3 : Dynamique d’innovation et caractéristiques du système national d’innovation au
Maroc. ...................................................................................................................................... 55
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et
conceptuelle ............................................................................................................................. 72
Section 1 : Réflexions théoriques autour du concept d'innovation, approche historique et
comparative .............................................................................................................................. 73
Section 2 : Caractérisation et formes concrètes de l’innovation .............................................. 90
Section 3 : Spécificités de l’innovation dans le contexte coopératif agricole ........................ 104
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et
les capacités organisationnelles ........................................................................................... 123
Section 1 : Aperçu sur les fondements de base de la capacité d’innovation .......................... 124
Section 2 : Spécificités des entreprises coopératives et leur impact sur la capacité d’innovation
................................................................................................................................................ 143
Section 3 : Déterminants technologiques, contextuels et environnementaux et de la capacité
d’innovation ........................................................................................................................... 166
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative ................... 183
Section 1 : Positionnement épistémologique et choix d’une méthodologie appropriée ........ 184
Section 2 : Présentation des résultats de l’étude qualitative................................................... 207
Section 3 : Présentation des hypothèses de recherche et modèle hypothétique ..................... 221
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative ................... 240
Section 1 : Analyse préliminaire des données de l’échantillon .............................................. 241
Section 2 : Confirmation des échelles et validation du modèle de mesure ............................ 254
Section 3 : Qualités prédictives du modèle structurel et test des hypothèses ........................ 288
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche ............................ 303
Section 1 : Discussion des aspects technico-organisationnels de la capacité d’innovation ... 304
Section 2 : Discussion des antécédents structurels et contextuels de la capacité d’innovation
................................................................................................................................................ 320
Section 3 : Implications des résultats, limites et perspectives de recherche .......................... 333
Conclusion générale ............................................................................................................. 351
Bibliographie......................................................................................................................... 364
Table de matières ................................................................................................................. 422
IV
Liste des abréviations
ACI Alliance Coopérative Internationale
ACP Analyse en Composantes Principales
ADA Agence de Développement Agricole
ADS Agence de Développement Sociale
AMIC Association marocaine des Investisseurs en Capital
AVE Average Variance Extracted
ANDZOA Agence Nationale de Développement des Zones Oasiennes et de l’Arganier
CESE Conseil Economique Social et Environnemental
CESE Comité Economique et Social Européen
CI Capacité d’innovation
ESS Economie Sociale et Solidaire
FAO Food and Agriculture Organisation : Organisation des Nations unies pour
l’alimentation et l’agriculture
GIE Groupement d’Intérêt Economique
IIP Indice d’Innovation Potentielle
INDH Initiative nationale de Développement Humain
LISREL Linear structural relations
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
ODCO Office de Développement de la Coopération
ONCA Office National du Conseil Agricole
PAS Programme d’Ajustement Structurel
PIB Produit Intérieur Brut
PLS-SEM Partial Least Squares- Structural Equation-Modeling
PME Petite et Moyenne Entreprise
PMV Plan Maroc Vert
R&D Recherche et Développement
RBV Resource -Based-View
SNI Système National d’Innovation
TIC Technologies de l’Information et de la Communication
TPE Très petite entreprise
V
Liste des tableaux
Tableau 1: Approches théoriques de l’ESS (ESS) ................................................................... 31
Tableau 2: Analyse comparative des acteurs de l'ESS ............................................................. 43
Tableau 3: Répartition sectorielle des coopératives ................................................................. 50
Tableau 4: Création d’emploi par les coopératives marocaines ............................................... 53
Tableau 5: Les institutions de recherche sous le protectorat .................................................... 56
Tableau 6: Quelques événements marquants de l'histoire de la recherche et de l'innovation au
Maroc ....................................................................................................................................... 58
Tableau 7: Les grandes lignes de la stratégie « Maroc Innovation » ....................................... 64
Tableau 8: Les grandes lignes de la Stratégie nationale pour le Développement de la
Recherche Scientifique 2025 .................................................................................................... 66
Tableau 9: Comparaison des modèles « classiques de diffusion et de l’« intéressement » de
l’innovation. (Akrich, Callon et Latour, 1988) ........................................................................ 86
Tableau 10: Synthèse des approches définissant la relation entre l’innovation et la
performance .............................................................................................................................. 89
Tableau 11: Indicateurs de mesure de l’innovation ................................................................. 93
Tableau 12: Différent niveau d’une grille de maturité ............................................................. 95
Tableau 13: Typologie d'innovation selon Garcia et Catanlone ............................................ 100
Tableau 14: Les coopératives classées selon l’intérêt des membres ...................................... 109
Tableau 15: Liste des secteurs d'activité des Coopératives .................................................... 110
Tableau 16: Différences entre les entreprises coopératives et les entreprises capitalistes ..... 117
Tableau 17: Quelques définitions des la capacité d'innovation.............................................. 126
Tableau 18: Dimension de la capacité d'absorption ............................................................... 132
Tableau 19: Déterminants organisationnels de la capacité d'innovation................................ 194
Tableau 20: Déterminants technologiques de la capacité d'innovation.................................. 195
Tableau 21: Déterminants contextuels et environnementaux de la capacité d'innovation ..... 196
Tableau 22: Appréciation et mesure du construit de la capacité de gestion des connaissances
................................................................................................................................................ 198
Tableau 23: Répartition des coopératives au Maroc en 2020 ................................................ 200
Tableau 24: Répartition de la population étudiée................................................................... 202
Tableau 25: Répartition des individus de l'échantillon .......................................................... 206
Tableau 26: Codification des réponses des interviewés ......................................................... 211
Tableau 27: Répartition des entretiens effectués avec les intervenants dans le secteur
coopératif marocain ................................................................................................................ 212
Tableau 28: Synthèse des freins à l'innovation selon les interviewés .................................... 215
Tableau 29: Résultats de l’analyse catégorielle ..................................................................... 216
Tableau 30: Récapitulatif des hypothèses du modèle ............................................................ 237
Tableau 31: Spécificités des coopératives enquêtées en termes de gouvernance .................. 247
Tableau 32: Freins à l'innovation aux yeux des interviewés .................................................. 252
Tableau 33: Résultats de l'ACP sur les échelles de la variable « capacités financières » ...... 255
Tableau 34: Fiabilité des échelles de mesure des capacités financières ................................ 256
Tableau 35: Résultats de l’ACP sur les échelles de mesure de la pression concurrentielle ... 257
Tableau 36: Fiabilité des échelles de mesure de la pression concurrentielle ......................... 258
Tableau 37: Résultats de l’ACP sur les échelles de mesure de la qualité du capital humain 259
Tableau 38: Fiabilité des échelles de mesure de la qualité du capital humain ....................... 259
Tableau 39: Résultats de l’ACP des échelles de mesure de la culture organisationnelle ...... 260
VI
Tableau 40: Fiabilité des échelles de mesure de la culture organisationnelle ........................ 261
Tableau 41: Résultats de l’ACP des échelles de mesure du capital social ............................. 261
Tableau 42: Fiabilité des échelles de mesure du capital social .............................................. 262
Tableau 43: Résultats de l’ACP des échelles de mesure de l'usage des TIC ......................... 263
Tableau 44: Fiabilité des échelles de mesure de l'usage des TIC........................................... 263
Tableau 45: Résultats de l’ACP des échelles de mesure de l'effort technologique................ 264
Tableau 46: Fiabilité des échelles de mesure de l'effort technologique ................................. 265
Tableau 47: Résultats de l’ACP des échelles de mesure du soutien public ........................... 266
Tableau 48: Fiabilité des échelles de mesure du soutien public ............................................ 266
Tableau 49: Résultats de l’ACP des échelles de mesure de capacité d'absorption ................ 267
Tableau 50: Fiabilité des échelles de mesure de la capacité d'absorption .............................. 268
Tableau 51: Résultats de l’ACP des échelles de mesure des capacités dynamiques ............. 269
Tableau 52: Fiabilité des échelles de mesure des capacités dynamiques ............................... 269
Tableau 53: Résultats de l’ACP des échelles de mesure de la capacité d’innovation ........... 270
Tableau 54: Fiabilité des échelles de mesure de la capacité d’innovation ............................. 271
Tableau 55: Comparaison entre l'approche PSL et LISREL .................................................. 278
Tableau 56: Critères d'évaluation de la validité convergente ................................................. 282
Tableau 57: Fiabilité composite et variance moyenne extraite .............................................. 284
Tableau 58: Validité discriminante des variables .................................................................. 286
Tableau 59: Coefficient de détermination .............................................................................. 289
Tableau 60: Coefficient de l’effet size f²................................................................................ 290
Tableau 61: Capacités prédictives du modèle (pouvoir explicatif) ........................................ 291
Tableau 62: Effet direct des variables exogènes sur la variable endogène du modèle .......... 293
Tableau 63: Effet des variables indépendantes sur les variables médiatrices ........................ 296
Tableau 64: Effet des variables médiatrices sur la variable dépendante ................................ 297
Tableau 65: Synthèse de la significativité de la corrélation après l'introduction des variables
médiatrices ............................................................................................................................. 297
Tableau 66: Analyse de la signification de la médiation par l'intervalle de confiance bootstrap
................................................................................................................................................ 298
Tableau 67: Synthèses des résultats du test des hypothèses du modèle de recherche ........... 300
Tableau 68: Justifcation théorique des résulats et synthèse de discussion ............................. 336
VII
Liste des figures
Figure 1: Démarche et déroulement de la recherche ................................................................ 15
Figure 2: Architecture et désign général de la recherche ......................................................... 18
Figure 3: Origines des différentes composantes de l'ESS ........................................................ 25
Figure 4: Le quadrilatère des acteurs de l’entreprise d’économie sociale ............................... 31
Figure 5: Les différentes notions de l’économie sociale .......................................................... 32
Figure 6: Évolution du nombre des coopératives au Maroc entre 1930 et 2020 ...................... 48
Figure 7: Répartition géographique des coopératives au Maroc .............................................. 51
Figure 8: Les principaux intervenants dans le système marocain de l’innovation................... 62
Figure 9: Principales composantes du processus d'innovation selon Hassin ........................... 83
Figure 10: Le modèle tourbillonnaire selon M. Callon (1995) ................................................ 85
Figure 11: Évaluation du processus d’innovation selon la vision de boîte noir ....................... 91
Figure 12: Référenciel d’évaluation de l’Indice d’Innovation Potentielle (IIP) ...................... 95
Figure 13: Typologie des comportements à l'innovation ......................................................... 96
Figure 14: Système de gouvernance dans les coopératives agricoles au Maroc .................... 116
Figure 15: Capacité d'innovation selon l'approche processus ................................................ 127
Figure 16: Le modèle théorique de l’approche RBV ............................................................ 136
Figure 17: Le cadre général du management des connaissances ........................................... 153
Figure 18: Relation entre la qualité capital humain et la capacité d’innovation .................... 156
Figure 19: Modèle théorique des TIC et de la capacité à innover.......................................... 171
Figure 20: Les différentes étapes de l’analyse de contenu ..................................................... 209
Figure 21: Modèle hypothétique ............................................................................................ 238
Figure 22: Répartition des coopératives enquêtées selon la date de création ........................ 243
Figure 23: Répartition des coopératives en termes de genre et de périodicité de l’activité ... 244
Figure 24: Répartition des coopératives selon le modèle de gouvernance adopté ................. 246
Figure 25: Répartition sectorielle et géographique de coopératives enquêtées ..................... 249
Figure 26: Importance et pratiques d'innovation dans les coopératives couverte par l'enquête
................................................................................................................................................ 251
Figure 27: Modèle théorique avant l'épuration des échelles de mesure ................................. 272
Figure 28: Présentation du modèle des équations structurelles (modèle de mesure et modèle
structurelle)............................................................................................................................. 274
Figure 29: Synthèse des différences entre les types de modèles de mesure .......................... 276
Figure 30: Démarche du paradigme de Churchill .................................................................. 281
Figure 31: Le modèle conceptuel ajusté ................................................................................. 287
VIII
Liste des annexes
Annexe 1: Outils de collecte de données qualitatives: Guide d'entretien .............................. 384
Annexe 2: Questionnaire de l'étude quantitative .................................................................... 387
Annexe 3: Version arabe du questionnaire ............................................................................ 399
Annexe 4: Résultats du test d'Outer loading .......................................................................... 409
Annexe 5: Résultats du test d'Outer Loadings après ajustement ............................................ 411
Annexe 6: Résultats du test de Cross-Loadings ..................................................................... 413
Annexe 7: Etapes de réalisation du test de de la médiation sur SmartPLS ............................ 415
Annexe 8: Définitions du concept de la coopération inter organisationnelle ........................ 416
Annexe 9: Synthèse des principaux paradigmes épistémologiques en sciences de gestion... 418
Annexe 10: Idées préliminaires pour un cadre d'action pour le soutien au secteur coopératif
agroalimentaire marocain ....................................................................................................... 420
Annexe 11: Quelques aspects du soutien public accordé aux coopératives marocaines ....... 421
IX
Introduction générale
Au cours des dernières décennies, l’environnement des affaires a connu une série de
changements marquants. Entre autres, la mondialisation des échanges, le raccourcissement des
cycles de vie des produits et les besoins sans cesse grandissants des consommateurs et des
parties prenantes, tant en termes de quantité et de qualité, constituent des aspects notables de
ces changements. Ce qui a conduit à l’intensification du phénomène de la concurrence et incite
ainsi, les entreprises à explorer de nouvelles possibilités de développement. Certes, cette
situation critique est porteuse de risques pour les entreprises, mais elle constitue également une
source d’opportunités pour leur croissance et leur compétitivité. Ainsi, le modèle économique
contemporain devient de plus en plus axé sur la connaissance et met à l’honneur de façon
croissante l’innovation. Celle-ci devient une source de compétitivité pour l’ensemble des
organisations, quel que soit leur mode d’organisation, leur secteur d’activité ou encore leur
philosophie entrepreneuriale.
D’un autre côté, l’évolution du rôle des coopératives, considérées pour longtemps comme des
entités de collecte et de prétransformation, pousse actuellement ces dernières à essayer
d’intégrer l’ensemble du processus, allant de la collecte des matières premières jusqu’à la mise
en place du produit final sur le marché. Dans ce contexte, l’innovation occupe une place de plus
en plus importante dans le modèle d’affaires coopératif.
Dans ce sens, l’innovation qui est souvent considérée comme facteur prépondérant de
compétitivité pour les organisations s’avère porteuse d’opportunité d’amélioration de la
croissance et de la performance des organisations coopératives. Cette amélioration est possible
à travers la mise en place de nouvelles techniques de production et méthodes organisationnelles
1
favorisant l’efficacité organisationnelle, et par conséquent un rythme de croissance soutenue,
aussi bien pour les entreprises coopératives que que pour leurs homologues classiques.
L’intérêt de la présente recherche à la coopérative comme objet d’analyse est le fruit d’un
constat à la fois théorique et empirique. En effet, nous avons réalisé une revue de littérature qui
a prouvé un réel besoin d’exploration de différents aspects de l’innovation dans les entreprises
coopératives qui sont de plus en plus impliquées dans les stades de transformation et constituent
des acteurs incontournables à étudier selon Filippi & Triboulet, (2006) puisque leurs pratiques
d’innovation et leur performance reste peu étudié selon Capelli et al (2016). En outre, nous
avons remarqué empiriquement une sorte de sous-estimation stéréo-typique de la capacité de
ces acteurs à innover.
2
qui matérialise notre objet de recherche, et met en exergue ses enjeux théoriques et
managériaux.
Le marché agroalimentaire dans lequel opèrent les coopératives agricoles impose une capacité
d’innovation constante en matière de production et de commercialisation, afin de conserver un
avantage concurrentiel. En effet, la place de l’innovation dans le modèle d’affaires coopératif
n’est donc plus à démontrer. Il constitue un facteur déterminant de la dynamique et de la
croissance dans les économies à travers le monde (Badillo, 2013). Il est longtemps considéré
comme un facteur générateur de bénéfice, aussi bien sur le plan économique qu’organisationnel
et social (Foray et Mairesse, 1999) ; et par conséquent, comme un levier de performance pour
les organisations (Ajzen, 2016).
L’étude de l’innovation fait l’objet d’une littérature abondante aussi bien dans les entreprises
de grande taille que dans les PME et les TPE même avec une ampleur moins importante dans
le cas de ces dernières. Néanmoins, elle demeure moins étudiée dans le contexte coopératif
regroupant des organisations ayant un statut particulier sur tous les niveaux.
1
Annuaire statistique des coopératives et leurs unions au Maroc pour l’année 2015, publié en 2017 par le ministère
du tourisme, du transport aérien, de l’artisanat et de l’économie sociale.
3
chômage à travers l’auto-emploi et la création des activités génératrices de revenus en faveur
de différentes couches sociales sur l’ensemble du territoire national.
Ainsi, le secteur coopératif occupe une place considérable dans les programmes de
développement économique et social du pays. Une place qui s’est renforcée par le lancement
de l’initiative nationale du développement humain (INDH) en 2005. Ce qui s’est traduit par une
évolution considérable de l’effectif des coopératives en avoisinant les 24.8112 coopératives,
soit une augmentation de plus de 398% entre 2005 et 2019. Ce nombre a presque doublé entre
2019 et 2020, pour atteindre 40.531 coopératives vers la fin de 2020. Cependant, la contribution
de ce secteur dans le PIB du pays (1.6 %) et le taux de pénétration des coopératives (3,1%)
demeurent en deçà des objectifs souhaités (3,9% et 7,5% respectivement)3. Dès lors, il s’avère
indispensable d’explorer de nouvelles voies permettant de soutenir la croissance des
coopératives et d’améliorer leur contribution dans l’économie nationale à travers la création de
la richesse et de l’emploi.
Justification théorique
En effet, les études récentes démontrent que l’innovation requiert la mobilisation concomitante
des ressources tangibles et intangibles. Elle dépend bien plus de la manière dont les ressources
2
Selon les statistiques annoncées par l’Office de développement de la coopération (ODCo), [Link],
dernière mise à jour le 31/12/2019.
3
Stratégie nationale de l’économie sociale et solidaire 2010-2020, [Link] consulté le
31/12/2019.
4
intangibles sont utilisées (Landry et Amara, 2002). Ceci requiert des capacités permettant à
l’entreprise la démultiplication et la combinaison de ses ressources tangibles et intangibles
(Neves, 2016; Cf, Prahalad et Hamel, 1990, p.26). Il s’agit des capacités organisationnelles
permettant à l’entreprise de mobiliser ses ressources et ses compétences de manière efficace et
efficiente pour tirer profit des opportunités qui lui sont offertes. Ces capacités, qui constituent
la base de la capacité d’innovation, peuvent être classées en deux catégories :
Bien que l’importance de l’innovation pour les organisations fasse couler beaucoup d’encre,
son instauration et sa gestion au sein des entreprises de la forme coopérative restent peu
explorées par les chercheurs en sciences de gestion (Neves, 2016). La discipline des sciences
de gestion cherche à comprendre la dynamique de l’innovation au travers trois dimensions
essentielles : tout d’abord, l’origine et la source de l’innovation, le degré de discontinuité qu’il
introduit et en enfin son impact et ses conséquences (Ciani et al., 2016), mais également ses
mécanismes et les pratiques de sa gestion.
4
Cohen et Levinthal dans leur étude portant sur la capacité d’absorption intitulée « Absorptive Capacity: A New
Perspective on Learning and Innovation » 1990.
5
Au titre de la présente recherche, les concepts : capacité d’innovation, propension d’innovation et potentiel
d’innovation, ont exactement la même signification.
6
Voir l'Etude sur la capacité à innover des entreprises romandes 2017, élaboré par M&BD CONSULTING, site
web: [Link]
5
de l’innovation via ses facteurs déterminants. Ce positionnement, se justifie par notre volonté
de contribution à élucider le mystère qui caractérise encore le sujet de l’innovation et de la
capacité à innover, notamment dans le secteur coopératif qui regroupe des organisations
présentant des spécificités, aussi bien sur le plan identitaire qu’organisationnel. Cette
problématique reste toujours d’actualité et présente perpétuellement des ambigüités, vu la rareté
des recherches la traitant notamment dans le contexte spécifique des entreprises coopératives.
La présente recherche s’inscrit dans un contexte caractérisé par la succession d’un ensemble de
faits sur le plan national. Ces faits, tels qu’ils sont traités par la suite dans ce paragraphe, ont
fortement marqué l’évolution de l’entrepreneuriat coopératif. Ils ont induit un large débat sur
les voies possibles de développement de ce mode d’entreprendre qui est l’un des modes sur
lesquels mise l’État marocain pour remédier aux insuffisances et aux faiblesses du modèle de
développement notamment sur le plan social. Ils constituent, ainsi, la justification empirique
et politique de notre recherche.
Depuis lors, les différents acteurs, notamment les instances publiques et la société civile se sont
engagées dans la réflexion autour du nouveau modèle du développement au Maroc. Le rôle
potentiel de l’ESS dans ce nouveau modèle de développement a donc suscité de nombreux
débats dernièrement. Le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE désormais),
dans son rapport synthétisant sa contribution au débat sur le nouveau modèle de développement
propose de « soutenir massivement les acteurs de l’ESS en mettant en place un fonds dédié à la
capacitation des acteurs (coopératives, mutuelles et associations) et au financement de
projets»7. L’objectif étant d’améliorer les capacités inclusives de l’économie nationale, comme
c’est le cas dans la plupart des pays avancés notamment en Europe.
7
Rapport CESE : Le nouveau modèle du développement du Maroc, contribution du Conseil Economique, Social
et Environnemental 2019.
6
Ainsi, à partir d’une large revue des écrits portant sur les propositions des différentes instances
et pouvoirs publics (Instances constitutionnelles, partis politiques, centre de recherches…),
nous avons pu remarquer l’intérêt croissant que suscitent les acteurs de l’Economie Sociale et
Solidaire (ESS désormais), notamment les coopératives dans les propositions formulées. Ce
regain d’intérêt pour les coopératives se justifie, d’une part, par leur résilience face aux chocs,
et d’autre part, par leur capacité à concilier concomitamment les intérêts économiques, sociaux
et environnementaux, vu les valeurs et principes qui fondent le paradigme coopératif.
Les efforts déployés pour développer le secteur de l’ESS à travers la stratégie nationale de l’ESS
(2010-2020) n’ont pas pu aboutir aux résultats souhaités, et dégagent un fort décalage par
rapport aux objectifs fixés, notamment en termes de contribution au PIB (produit intérieur brut)
et à la création d’emploi. Les causes ayant conduit à cette situation sont multiples8. Pour pallier
les lacunes constatées, la promotion de l’innovation dans le secteur s’impose fortement afin de
permettre au secteur de l’ESS9 de jouer son rôle d’inclusion. Cette recherche se veut donc une
contribution à l’enrichissement du débat sur le rôle potentiel des acteurs de l’ESS, notamment
les coopératives dans le nouveau modèle de développement au Maroc.
Une nouvelle stratégie nationale de l’ESS 2018-2028 : les écarts constatés entre les objectifs
fixés et les résultats obtenus par la stratégie nationale de l’ESS (2010-2020) ont poussé les
pouvoirs publics, à deux ans de son échéance, à lancer une étude pour élaborer un nouveau
cadre stratégique pour le secteur de l’ESS en pleine mutation, afin d’amorcer un réel
changement d’échelle de cette économie. Ce nouveau cadre stratégique vise à atteindre les
objectifs suivants10 :
8
Rapport CESE 2014
9
Dans la présente recherche, l’ESS désigne l’économie sociale et solidaire.
10
[Link]/fr/economie-sociale/strategie-de-leconomie-sociale/, Consulté le 02/01/2020
7
Environnementaux : participer à la bonne gestion et à la préservation des ressources
naturelles ;
Plans sectoriels : plusieurs plans sectoriels sont mis en place pour améliorer le rendement du
secteur de l’ESS et plus particulièrement sa composante coopérative. En effet, le plan Maroc-
vert dans son pilier n°3, souligne que l’innovation constitue une priorité pour améliorer le
rendement des coopératives. Plusieurs types d’innovation sont à encourager selon cette
stratégie, il s’agit particulièrement de l’innovation en production (qui regroupe l’innovation
produit et procédés), l’innovation en termes de gouvernance (Innovation organisationnelle),
l’innovation commerciale, l’innovation en termes de financement, etc. Cette stratégie se fixe
comme objectif majeur, la création de 10.000 coopératives agricoles à l’horizon 2020.
Il s’agit de la loi fixant le statut général des coopératives les missions de l’office de développement de la
11
coopération (ODCo).
8
publiée par HEC Montréal12, 70% des entreprises coopératives positionnent le sujet
d’innovation dans le top 3 de leurs priorités, et ce, pour saisir de nouvelles opportunités et
contrer les menaces (Brat et al., 2016).
Néanmoins, la réussite d’une démarche d’innovation dans le milieu coopératif est soumise à un
ensemble de facteurs aussi bien internes qu’externes qui varient en fonction du type
d’innovation adopté par l’entreprise (Fort et al., 2005). Dans ce sens, Zaier (2015) estime que
la capacité d’innovation d’une entreprise est donc fonction de ses caractéristiques intrinsèques
et spécificités identitaires (facteurs internes), mais également des facteurs issus du contexte
dans lequel elle évolue (facteurs externes). Ce dernier a mis en avant la complémentarité de
l’impact des compétences organisationnelles et technologiques en matière de création de
connaissance et de simulation de l’activité d’innovation.
Ainsi, nous avons décidé de rediriger notre recherche vers la compréhension des mécanismes
de génération de la capacité d’innovation dans le secteur coopératif marocain en vue de
contribuer à la proposition d’un modèle d’analyse de celle-ci. Ce qui permetrra à la fois aux
entreprises coopératives et aux décideurs publics de coordonner leurs efforts en vue de renforcer
la capacité à innover de ces acteurs qui serait à notre sens un levier d’amélioration de leurs
pouvoirs d’agir.
Dans cette perspective, nous projetons de comprendre les mécanismes et les facteurs stimulants
la capacité à innover dans les entreprises coopératives marocaines en mettant l’accent sur leurs
ressources et leurs capacités organisationnelles. Nous ambitionnons donc de contribuer à
combler partiellement les manques et insuffisances que nous venons de relever dans ce sens.
12
Brat, Eric, InmaculadaBuendíaMartínez, and Nabila Ouchène."Priorités et pratiques des coopératives." (2016).
9
Partant de ces constats et objectifs, nous formulons donc la problématique de notre recherche
de la façon suivante :
L’idée défendue dans cette thèse porte sur la complémentarité entre les ressources qu’elles
soient tangibles ou intangibles et les capacités organisationnelles de la firme. Cette
complémentarité repose sur l’hypothèse que la mobilisation des ressources ne peut pas aboutir
seule à la formation du potentiel d’innovation d’une entreprise, mais elle nécessite la
prédisposition de capacités organisationnelles permettant d’exploiter ces ressources de façon
optimale pour générer des innovations. Or, l’objectif est de montrer que la formation d’un
potentiel d’innovation nécessite la mobilisation concomitante de ressources, compétences et
capacités organisationnelles.
Ainsi, pour apporter des éléments de réponse à notre problématique de recherche, notre
investigation est guidée par une série de sous-questions susceptibles de nous permettre une
meilleure compréhension des mécanismes et spécificités de la capacité d’innovation dans le
secteur coopératif. Cette série de questionnement s’articule autour de trois axes principaux et
s’annonce comme suit :
Quelles sont les spécificités des entreprises coopératives qui sont susceptibles d’influencer
leur capacité à innover ?
À travers cette question, nous cherchons à mettre le point sur les principales spécificités
identitaires et organisationnelles qui caractérisent les entreprises de la forme coopérative et
vérifier dans quelle mesure ces spécificités impactent-elles leur capacité d’innovation.
Néanmoins, l’analyse de cet impact potentiel sera sans résultat en l’absence d’une vision claire
de ce concept dans ce contexte particulier, d’où l’émergence de notre deuxième sous-question
qui s’annonce comme suit :
Quels sont les fondements d’une capacité à innover dans le secteur coopératif marocain ?
10
Or, notre analyse est faite suivant une approche axée sur la complémentarité entre les ressources
et les capacités organisationnelles. Ainsi, nous nous interrogeons sur l’apport de ces capacités
dans la formation du potentiel d’innovation dans le contexte étudié. Dans cette perspective,
notre troisième sous-question s’annonce comme suit :
Quel rôle pour les capacités organisationnelles des coopératives dans l’établissement de leur
potentiel d’innovation ?
Enfin, après avoir mis le point sur les principales caractéristiques identitaires et
organisationnelles des entreprises coopératives, et sur les fondements de la capacité
d’innovation dans le contexte coopératif, nous cherchons à explorer la contribution potentielle
des ressources qu’elles soient tangibles ou intangible dans la formation de la capacité
d’innovation des coopératives. L’objectif étant de contribuer à la conception d’un modèle
integratif d’analyse de la capacité d’innovation dans le secteur coopératif marocain. Ainsi, notre
dernière sous-question s’articule autour l’apport des ressources dont dispose la coopérative dans
la formation de son potentiel d’innovation notamment dans le contexte coopératif marocain et
s’annonce comme suit :
Quelle influence pour les ressources tangibles et intangibles dans la formation de la capacité
d’innovation des entreprises de la forme coopérative dans le contexte marocain ?
Pour répondre à notre ambition d’analyser la capacité d’innovation au niveau des entreprises
coopératives dans le contexte marocain, à l’aune d’une analyse fine concernant ses facteurs
déterminants, un cadre théorique riche et cohérent avec notre vision intégrative et systémique
fondée sur la complémentarité entre les ressources et les capacités, a été mobilisé.
Ainsi, cette recherche s’inscrit dans le cadre d’une approche par les ressources et compétences,
développée par L. Vonbertalanffy (1968) et adoptée par Cooke et al., (1997) dans son étude
sur les systèmes régionaux d’innovation (SRI), repose sur le fait que l’étude d’un phénomène
quelconque doit prendre en considération ses interdépendances avec l’ensemble des éléments
qui composent son environnement (Ackoff, 1997,1999).
11
fonde cette approche ». L’approche que nous mobilisons dans le cadre de cette recherche
regroupe également « la théorie des capacités dynamiques » de Teece Pisano et Shuen, (1997),
«la théorie évolutionniste » introduite par Nelson et Winter (1982).
Ainsi, partant du cadre théorique mobilisé, nous avons pu formuler un certain nombre
d’hypothèses en réponse à notre questionnement de recherche. Ces hypothèses ont été
développées de telle sorte à ce que les différentes dimensions de la capacité d’innovation soient
analysées. En effet, certaines portent sur la dimension organisationnelle, d’autres sur de la
dimension technologique et contextuelle. À travers ces hypothèses, nous voulons mobiliser un
certain nombre de variables issues des différentes théories susmentionnées et des travaux
empiriques consultés, mais également des éléments d’influences identifiés, et qui s’attachent
généralement aux spécificités des acteurs et du contexte étudié. Ces faits justifient notre recours
à une logique d’abduction dans le cadre de notre recherche. Ces hypothèses ont été soumises
par la suite à un processus d’analyse suivant une logique des équations structurelle (approche
PLS). Ce processus d’analyse a permis de statuer sur la validité de nos questionnements, et met
en avant le caractère technico-organisationnel de la capacité d’innovation.
12
ces questions fondamentales, le chercheur arrive à respecter les principes de sa discipline et
légitimer sa recherche sur le phénomène étudié. Tout projet de recherche se bâtit sur des
soubassements philosophiques sous-entendus à travers des hypothèses sous-jacentes d’ordre
ontologique, méthodologique et épistémologique. À chaque type d’hypothèse est lié un
questionnement qui permet au chercheur de choisir un positionnement épistémologique tout en
étant conscient que le paradigme choisi conditionne à la fois les pratiques de recherche qui lui
sont admissibles et le mode de justification de la connaissance produite (Avenier et Gavard-
Perret, 2012).
Dans le cadre de cette recherche, nous avons soumis à examen les différents paradigmes
épistémologiques identifiés dans la littérature. Cet effort d’examen nous a permis d’identifier
et de choisir un positionnement qui nous semble compatible avec notre objet de recherche. Il
s’agit du réalisme critique fréquemment utilisé en management stratégique (Mingers, 2006 ;
Mir et Watson, 2001 ; Ackroyd et Fleetwood, 2000 ; Péréa, 2012 et Kowalczyk, 2004).
Dans notre recherche, nous nous intéressons au phénomène de l’innovation dans un contexte
particulier qui est celui des coopératives. Ce phénomène, qui a un caractère social, ne peut en
aucun cas être traité indépendamment des acteurs et des sujets, mais l’indépendance vis-à-vis
du chercheur qui est en train de l’étudier ne fait pas l’objet de confusion. Ce qui est en
concordance avec l’hypothèse ontologique du paradigme réaliste critique. Plus précisément,
notre projet de recherche consiste à comprendre les mécanismes de la capacité à innover au sein
des entreprises coopératives en exposant à l’épreuve les facteurs d’ordre organisationnel,
technologique ou contextuel qui interagissent pour la déterminer.
En outre, nous considérons dans le cadre du présent projet de recherche que la réalité existe en
soi et nous cherchons à comprendre ses mécanismes déclencheurs. La réalité est donc perçue
comme un système ouvert avec des dispositifs multiples qui sont à la base de sa génération.
13
Dans ce sens, l’hypothèse ontologique du réalisme critique, postule que la réalité est envisagée
dans une logique de système ouvert constitué d’un ensemble de mécanismes générateurs et
explicatifs, et elle est stratifiée en trois principaux niveaux.
Ainsi, partant du constat que la quasi-totalité des recherches identifiées dans la littérature porte
sur des contextes autres que celui des coopératives, un effort d’adaptation et de
contextualisation nous a été imposé. Les différentes prémisses ont été donc formulées de telle
sorte qu’elles soient en concordance avec les spécificités du contexte particulier de notre étude.
Cet objectif d’adaptation de nos hypothèses au contexte de l’étude nous a engagés dans un
processus d’aller-retour entre la théorie et le terrain. Ces itérations nous ont été d’une
importance cruciale pour bien comprendre et stimuler le phénomène étudié.
En conséquence, le modèle théorique établi regroupe à la fois des variables identifiées dans la
littérature alimentée par des éléments spécifiques au contexte de l’étude. De ce fait, le mode de
raisonnement suivi est de nature abductive qui est assimilée à une position intermédiaire entre
l’induction et la déduction. Le processus de recherche adoptée dans le cadre de la présente thèse
peut être schématisé comme suit :
14
Figure 1: Démarche et déroulement de la recherche
Étude quantitative
Population cible : Les coopératives agricoles de la région SM
Taille de l’échantillon : 252 coopératives agricoles parmi 967
Méthode d’échantillonnage : Stratifiée proportionnelle
Critères de stratification : Filières et localisation géographique
Nombre de Strates : 42 strates
Analyse: Equations structurelles (approche PLS)
Source : Auteur
La présente thèse s’intéresse à l’analyse des mécanismes de la capacité à innover dans le secteur
coopératif marocain. Pour ce faire, nous avons décidé de choisir comme population cible, les
coopératives agricoles de la région Souss Massa. Ce choix n’est pas dû au hasard, mais il est
bien justifié par deux principaux constats. D’abord, le choix de travailler sur les coopératives
agricoles a été fait compte tenu de leurs poids dans le tissu coopératif marocain aussi bien en
nombre de coopératives qu’en termes de leur contribution à la richesse nationale et à la création
d’emplois. Ensuite, le choix de la région Souss Massa comme terrain d’étude est motivé par la
dynamique que connaît le mouvement coopératif dans la région ainsi que l’existence des
différentes filières existantes au niveau national. La région Souss Massa est classée troisième
au niveau national en termes du nombre des coopératives.
Une première étude du tissu coopératif au niveau de la région nous a permis de relever certaines
disparités entre les six provinces de la région, mais également entre les filières agricoles
(branche d’activité). Partant de ce constat, nous avons ressenti la nécessité de tenir compte de
ces disparités dans notre étude. Ainsi, les différentes provinces et filières doivent être
représentées dans notre échantillon d’étude. De ce fait, nous avons choisi d’opter par la méthode
d’échantillonnage stratifiée proportionnelle pour atteindre un niveau élevé de représentativité
15
de l’échantillon choisi. Nous avons donc choisi un échantillon probabiliste composé de 252
coopératives réparties sur l’ensemble du territoire de la région et représentant les différentes
filières identifiées.
Le choix d’une thèse structurée en cinq chapitres en plus du chapitre préliminaire nous semble
cohérent avec notre objet de recherche. Le fait de réserver les trois premiers chapitres à la revue
de littérature témoigne de la complexité du sujet traité, mais encore plus du contexte dans lequel
il est traité. Nous voulons ainsi étudier les différents aspects de ce sujet pour pouvoir le
comprendre et par conséquent produire une connaissance qui reprsente le miximum possible la
réalité du terrain étudié.
Ainsi, le travail de thèse présenté dans la suite de ce document se compose de six chapitres
comme suit :
Le chapitre préliminaire : dans ce chapitre, le cadre contextuel de l’étude est décrit en mettant
l’emphase sur les trois principaux concepts qui cadrent notre objet de recherche, en
l'occurrence : l’innovation, la coopération et l’entrepreneuriat. Il s’agit d’expliciter les
conditions d’émergence de l’entrepreneuriat coopératif comme principale branche de l’ESS
(ESS) tout en mettant en exergue les spécificités du contexte marocain. Il est ainsi construit
sous trois sections. Chaque section traite l’un de ces concepts fondamentaux qui forment le
squelette de la présente étude. Ce chapitre n’est donc pas purement théorique puisqu’il traite
les réalités du contexte étudié d’où le choix de le considèrer comme chapitre préliminaire.
16
Le deuxième chapitre propose une revue des trois principales familles de déterminants de
l’innovation telles qu’elles sont identifiées dans la littérature portant sur la capacité et le
comportement d’innovation. Ce deuxième chapitre s’efforce d’analyser le cadre conceptuel de
la capacité à innover en mettant en lumière ses caractéristiques, ses approches et ses principaux
facteurs déterminants. Ainsi, la première section est consacrée à l’analyse du concept de la
capacité à innover en mettant l’accent sur ses composantes et ses caractéristiques dans le cadre
d’une approche par les capacités organisationnelles. Ensuite, la deuxième section est consacrée
à l’exploration des spécificités organisationnelles et managériales des coopératives tout en
mettant le point sur leur interaction avec le concept de la capacité d’innovation. Enfin, la
dernière section s’intéresse à l’analyse de l’effet des facteurs technologiques,
environnementaux et contextuels.
Le cinquième chapitre constitue une synthèse de la discussion des résultats obtenus dans le
cadre de cette recherche. Il s’agit de positionner les issues de notre recherche dans le champ
littéraire de l’innovation en sciences de gestion. Ainsi, la nature organisationnelle de la capacité
d’innovation est d’abord, discutée avant de mettre le point sur les résultats concernant les effets
du contexte et de l’environnement. Ensuite, les implications des résultats ont été mises en
perspective en avançant quelques recommandations adressées aux décideurs pour appuyer le
17
potentiel d’innovation dans le secteur coopératif. Enfin, le chapitre est clôturé par les apports,
les limites et les voies possibles de recherches.
Introduction générale
Chapitre préliminaire :
Partie théorique
Chapitre 1 : Chapitre 2 :
Approches théoriques de l’innovation Cadre d’analyse de la capacité
et de l’entrepreneuriat coopératif d’innovation : approche par les capacités et
les compétences
Chapitre 3 :
Étude qualitative exploratoire de contextualisation
Partie
Chapitre 4 : Chapitre 5 :
empirique
Conclusion générale
Source : Auteur
18
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Introduction
L’entrepreneuriat s’exerce sous différentes formes et suivant divers objectifs. L’une des formes
qui ne cessent pas de prendre l’ampleur dans le paysage économique et social notamment dans
les pays émergents est l’entrepreneuriat coopératif. Cette forme d’entreprendre innovante tire
ses origines des pratiques de coopération et de travail collectif enracinées dans la culture et
l’histoire des populations notamment au Maroc. Formellement, la forme coopérative est l’une
des principales composantes de l’ESS et dont l’importance diffère d’un contexte à l’autre.
En effet, dans la littérature aussi bien théorique que professionnelle, l’innovation est vue comme
un levier de compétitivité hors coût surtout à l’ère actuelle où l’économie devienne de plus en
plus basée sur la connaissance. Cette corrélation fortement admise entre l’innovation et la
compétitivité a fait doter ce sujet d’une importance particulière de la part des décideurs, mais
également des professionnels et chercheurs au tour du monde. Théoriquement, cette notion
19
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Dans cette perspective, le présent chapitre s’efforce de faire un aperçu sur l’environnement
macroéconomique marocain en mettant l’accent sur la place à la fois de l’entrepreneuriat
principalement sa branche coopérative et de l’innovation dans le système économique national.
Il sera structuré en trois sections : La première section traitera l’ancrage historique et l’évolution
conceptuelle de la notion de l’ESS en mettant l’accent sur les spécificités du contexte marocain.
La deuxième s’efforcera de retracer un aperçu théorique sur la notion de l’entrepreneuriat
coopératif comme principale branche de l’ESS, ses fondements théoriques, ses approches et
typologies en se focalisant sur le contexte marocain. La troisième section mettra le point sur le
système national d’innovation (SNI), son état des lieux et les conditions de son émergence.
L’ESS est une branche de l’économie qui se base sur l’entrepreneuriat collectif et social. Elle
regroupe des organisations qui se caractérisent par un statut non purement lucratif comme les
coopératives, les associations et les mutuelles. Bien que ces organisations se différencient au
niveau de leurs statuts juridiques, les valeurs et les principes sur lesquels se fondent-elles,
s’avèrent les mêmes.
Afin de mieux comprendre l’état des lieux de l’ESS, il faudra remonter d’abord, à ses origines
pour discerner les facteurs qui ont conduit à son apparition et par la suite analyser son évolution
dans l’histoire. Dans ce point, nous projetons de faire un survol des théories qui ont été à
l’origine de l’émergence de l’ESS : du socialisme au solidarisme.
13
Relative au célèbre économiste autrichien Joseph Schumpeter
20
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Au début du XIXe siècle, certains courants de pensée économique ont tenté de concevoir de
nouveau mode d’organisation de l’activité économique. L’objectif étant de mobiliser une
contre-société socialiste au sein du système capitaliste qui dominait la vie économique à
l’époque. Dans ce sens, [Link] (1967) cité par (Cox & Nilsen, 2015) a distingué le socialisme
utopique14 comme une troisième composante de la pensée socialiste, vu l’échec de la création
d’une société idéale par le marxisme et le communisme. Il repose sur la lutte du prolétariat au
lieu de la révolution comme dans le marxisme ou la lutte de classe tel que le cas du communisme
(Dragan, 2016).
D’un autre côté, Saint Simon (1760-1825)15, propose et défende l’association comme un
nouveau mode d’organisation pouvant promouvoir l’industrialisme socialiste et défende la
primauté du bien-être de la classe « laborieuse » des travailleurs qualifiée de productrice
(Dragan, 2016). L’émancipation de la classe ouvrière a mobilisé d’autres penseurs dans d’autres
contextes en Europe. En Angleterre, Robert Owen (1771-1858) a souligné la nécessité de
réduction de l’intermédiation notamment dans le secteur d’assurance en mettant en avant
l’intérêt économique des circuits courts (idem).
Les idées des penseurs du socialisme associationniste qui promouvaient les coopératives de
producteurs (Lazrak, 2006), étaient à l’origine de l’émergence d’une nouvelle forme
d’organisation de l’activité économique au travers la création de la coopérative des pionniers
de Rochdale au Royaume-Uni en 1844 comme première coopérative de l’histoire (Poirier,
2014). Les principes sur lesquels est fondée cette coopérative ont été adoptés par l’Alliance
Coopérative Internationale (ACI) crée en 1895 et seraient désormais les principes de base de
l’identité coopérative (Chaves-Avila & Monzon, 2012).
14
Inventé par Engels, F., 1880, Socialisme utopique et socialisme scientifique, Éditions sociales, Paris 1969, 127 p.
cité par Dragon (2016).
15
Auteur fondateur de l’associationnisme populaire.
21
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
La contribution du courant libéral à l’émergence de l’économie sociale a été initiée par deux
penseurs majeurs de l’histoire de la pensée économique. D’une part, L. Walras défend les
associations populaires. Il suggère aux coopératives un « rôle économique […] non pas en
éliminant le capital, mais en rendant le monde moins capitaliste, et un rôle moral non moins
fondamental, consistant à introduire la démocratie dans les rouages des processus de
production » Ibid. D’autre part, [Link] plaidait pour la constitution des associations de
travailleurs pour remédier aux insuffisances et aux dysfonctionnements du salariat
(Defourny&Develtere, 1999 op. cit.).
D’une manière générale, les penseurs de l’école libérale qui se sont ouvert à l’économie sociale
luttaient contre l’isolement de l’individu comme dans le libéralisme pur et contre son absorption
dans l’État tel est le cas dans le jacobinisme16. Ceci, et en plus du soutien des individus
entrepreneurs (producteurs, agriculteurs ou artisans) a conduit à la création des premières
caisses rurales d’épargne et de crédit en Allemagne (Lazrak, 2006 op. cit) et des banques
coopératives telles que Schulze-Delitzsch dans les zones urbaines.
1.3. Le solidarisme
16
Le jacobinisme est une doctrine politique et une idéologie développée lors de la révolution française en 1789
pour défendre la souveraineté populaire et lutter contre l’indivisibilité de la république française. Le mot
jacobinisme renvoi aujourd'hui à une doctrine une organisation du pouvoir basée sur la bureaucratie, la
centralisation et la technocratie. Ce qui en fait l'adversaire du régionalisme et du fédéralisme.
17
Charles Gide (1847-1932), fondateur de l’école de Nîmes est le dirigeant historique du mouvement coopératif
français. Sa contribution à l’émergence de l’économie sociale s’est matérialisée à travers le mouvement du
christianisme social.
18
L'École de Nîmes est un mouvement coopératif français, actif surtout dans le sud de la France fondé par Charles
Gide et animé par des protestants (Auguste Fabre, Édouard de Boyve).
22
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
D’un autre côté, Emile Durkheim (1850-1917)19, évoque la notion de « solidarité » sous deux
formes distinctes pour mettre en cause l’idée d’une société individualiste : d’une part, il parlait
de la « solidarité mécanique » régie par la proximité, les similitudes et les valeurs communes.
D’autre part, la « solidarité organique » qui caractérisait les sociétés modernes indépendantes.
Cette forme d’indépendance qui s’appuie sur l’intérêt collectif au lieu des intérêts individuels
constitue ce qu’on appelle actuellement la « solidarité sociale »(Chaves-Avila & Monzon,
2012op, cit) et d’autant plus la base de l’économie sociale dans sa conception moderne.
En plus des sources laïques, une diversité d’inspirations religieuses a contribué à l’émergence
de l’économie sociale. Dans l’Islam par exemple, l’émergence des banques participatives a été
motivée par la nécessité d’introduction des pratiques financières alternatives non capitalistes en
refusant le principe de la rémunération du capital sur la base de l’intérêt. En outre, la solidarité
et l’entraide constituent l’une des principales valeurs morales et éthiques de l’Islam comme le
montre le verset suivant « ...» وتعاونوا على البر والتقوى20. Des pratiques religieuses sous forme
d’aumône que ça soit obligatoire comme la Zakat ou volontaire comme la Sadaka ont été
d’emblée mises en place pour instaurer la solidarité dans la communauté (Lamchichi, 1992).
19
L'apport de Durkheim à la sociologie est fondamental, puisque sa méthode, ses principes et ses études exemplaires,
comme celle sur le suicide ou la religion, constituent toujours les bases de la sociologie moderne. Toutefois, l'apport
de son œuvre va bien au-delà de cette discipline et touche presque toutes les disciplines dans les sciences humaines,
dont l'anthropologie, la philosophie, l'économie, la linguistique, et l'histoire
20
Le Saint Coran, la Sourate Al MAIDAH, verset 3.
21
Le mouvement Batista en Amérique Latine fonde sa doctrine en s’inspirant de la théologie de la libéralisation
développée par G. Guttierez et de l’école de la pédagogie politique initiée par P. Freire. Sa logique repose sur la
23
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Dans le Judaïsme, la religion était l’un des principaux facteurs qui ont été à l’origine de
l’apparition du mouvement Kibboutz22 qui militait pour une communauté possédant les traits
d’une structure idéale fondée sur l’égalité économique et la justice (Ben-Rafael, 2018). Ce
mouvement qui se voulait utopique à ses débuts était inspiré par les prophéties des grandes
figures bibliques. Ce modèle fondé sur le principe de la propriété commune des biens et la
coopération constitue l’un des modèles les plus poussés de la coopération économique (Bobot,
2014).
L’émergence de l’économie sociale était donc le fruit d’une longue histoire de militantisme
économique et social qui trouve ses inspirations dans les différents courants cités dans ce
paragraphe. Ces courants ont fait preuve de leur flexibilité pour influencer l’apparition de cette
nouvelle économie. En effet, si les coopératives de production trouvent leurs origines dans le
socialisme, les mutuelles sont inspirées du solidarisme et les banques populaires dans le
solidarisme et le libéralisme.
lutte contre la pauvreté et l’amélioration de l’existence quotidienne des populations à travers l’établissement de
coopératives et d’associations
22
Un mouvement fondé à Degania en octobre 1910 par des pionniers originaires de Russie, et définit comme « une
unité de peuplement dont les membres sont organisés en collectivité sur la base de la propriété commune des biens,
préconisant le travail individuel, l’égalité entre tous et la coopération de tous les membres dans tous les domaines
de la production, de la consommation et de l’éducation » (Registre des sociétés coopératives).
24
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et caractéristiques dans le contexte marocain
Une panoplie d’appellations est utilisée pour désigner l’économie sociale. Cette appellation qui
n’est toujours pas consensuelle varie selon le contexte d’un pays à l’autre. Elle est généralement
adaptée au contexte sociopolitique, au cadre juridique, mais surtout aux schémas culturels
dominants dans les pays concernés et à leur histoire économique (Defourny&Develtere, 1999).
Ainsi, entre l’économie sociale et l’économie solidaire on trouve des appellations fortement
diversifiées.
À l’instar de son appellation, la définition de l’ESS, ne fait pas l’unanimité. En effet, cette
notion prend plusieurs sens qui se différent d’un pays à l’autre. Certains pays notamment les
pays francophones utilisent l’appellation de l’«ESS23 » pour désigner le secteur. D’autres pays
préfèrent l’appellation réduite de l’« économie sociale » comme c’est le cas de l’Espagne, la
Bolivie, le Canada, le Cameroun et la Corée du sud. Par ailleurs, des pays de l’Amerique latine
notamment, l’Équateur et la République Dominicaine la qualifient d’« Économie Populaire ».
Ceci, est le résultat de l’interaction entre plusieurs facteurs d’ordre économique, historique et
culturel qui influencent la perception de cette économie dans les différents pays du globe.
Néanmoins, cette diversité d’appellation ne touche en rien les valeurs et les principes sur
lesquels repose le modèle de l’ESS.
La notion de l’ESS ancrée dans l’histoire de la pensée économique regroupe les activités
économiques et sociales qui ne relèvent ni du secteur public ni du secteur privé, d’où son
appellation de « tiers secteur ». Elle est conçue pour intervenir là où les deux secteurs public et
privé ont échoué (Lévesque & Mendell, 2005). Les structures économiques qui composent ce
secteur se caractérisent par un statut particulier. Leur organisation et leur fonctionnement se
basent sur les valeurs de solidarité, de l’équité et de l’utilité sociale. Deux concepts sont à
distinguer pour définir davantage l’ESS. Il s’agit d’une part du concept de l’« économie
sociale » et d’autre part le concept de l’ « économie solidaire ».
a. L’économie sociale : l’économie sociale est définie par la nature des structures qui la
composent. Des structures qui mettent l’homme au centre de leur philosophie
23
La notion de l’économie sociale est solidaire prend plusieurs appellations en fonction du contexte dans lequel elle
est définie. En plus de l’ESS on trouve également, l’économie sociale, l’économie populaire, tiers secteur, quatrième
secteur, secteur communautaire ou encore secteur à but non lucratif etc.
26
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Partant de ces deux définitions, et étant donné que les structures de l’économie sociale
notamment : les coopératives, les mutuelles et les associations se fixent davantage les mêmes
finalités que l’économie solidaire, les deux notions ont été regroupées pour faire l’appellation
d’un même secteur.
La définition du concept de l’économie sociale a fait donc l’objet d’un long débat scientifique
donnant naissance à une multitude de définitions qui varient en fonction du contexte socio-
économique, mais d’autant plus de contextes historiques bien spécifiques. De ce fait, il y a lieu
de signaler l’absence jusqu’à nos jours d’une définition universelle communément admise pour
le concept. Plusieurs approches sont à distinguer dans ce sens. Une première approche, qui
propose de définir le champ de l’ESS en se basant sur la nature des activités qu’il regroupe. La
seconde s’efforce de définir le secteur en partant du type d’organisation sur lequel il repose. En
d’autres termes cette définition met en avant le mode d’organisation des entreprises faisant
partie du champ, en l’occurrence : les coopératives, les mutuelles ou encore les associations et
fondations (Boukhlafa&Moustaghfir, 2015). Une troisième approche, tente d’adopter une
définition plus large en se focalisant sur la distinction du secteur vis-à-vis du système
capitaliste. Cette approche laisse une marge à l’innovation tant au niveau organisationnel qu’en
termes d’activité.
27
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Bien que la naissance de l’économie sociale remonte au milieu du XIXe siècle, la littérature
scientifique contemporaine en sciences de gestion considère les années soixante-dix comme la
période de la nouvelle émergence de cette économie. Cette période de réaffirmation du
libéralisme économique a été marquée par la montée en puissance de la question sociale dans
le débat scientifique et politique. Les nouvelles théories montrent que la "défaillance du
marché" et l’ "échec de l’État", ou encore la défaillance combinée des secteurs public et privé
dans la satisfaction des demandes minoritaires constituent la principale raison de l'émergence
des organisations à but non lucratif (Wolfgan& Helmut, 1990). Le constat de cette défaillance
était à l’origine de l’apparition de nouvelles théories économiques promouvant l’information,
les institutions et la convention (Azam, 2003) et ce dans une perspective de régulation.
Le secteur qui a fait l’objet une étude comparative portant sur une quarantaine de pays qui
représentent des contextes fortement diversifiés dans le cadre du JHCNSP. Ce projet avait pour
objectif la construction d’une définition commune. La synthèse de l’enquête a mis l’accent sur
cinq principales caractéristiques qui feront la base de la nouvelle définition du secteur(Sibony,
2013):
24
Le « Johns Hopkins Comparative NonprofitSector Project (CNP) » est un projet scientifique avec un grand effort
systématique visant à analyser la portée, la structure, le financement et le rôle du secteur privé à but non lucratif
dans les pays du monde entier dans l’objectif d'enrichir la compréhension de ce secteur et de fournir une base plus
solide pour l'action publique et privée à son égard. Lancé en 1991 et déroulé dans 45 pays y compris le Maroc.
28
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Dans ce sens, le welfare-mix model, distingue quatre acteurs essentiels qui composent le
paysage économique en se basant sur les trois axes suivants : le premier axe porte sur la nature
formelle ou informelle de l’organisation, la deuxième traite de la lucrativité de ses activités,
tandis que le troisième décrit le positionnement public-privé. Dans ce modèle, l'État est
caractérisé comme étant à but non lucratif, formel et public ; le marché comme étant également
formel, mais privé et à but lucratif ; et la communauté comme privée, informelle et à but non
lucratif. Enfin, le tiers secteur est positionné comme un secteur intermédiaire entre les trois
autres (Avelino, 2016).
Ainsi, le tiers secteur regroupe les organisations privées, formellement constituées, et ayant un
but non lucratif, mais également toutes les organisations se trouvant dans des situations
intermédiaires, notamment celles qui se positionnent sur les frontières entre le profit et le non-
profit, le privé et le public, le formel et l’informel (idem). Il s’agit d’un nouveau champ
d’entrepreneuriat qualifié de social, qui rassemble les entreprises sociales "à but non lucratif"
et les organisations coopératives (Birch&Whittam, 2008). Un secteur considéré comme se
situant dans un champ de tension triangulaire, dont les pierres angulaires sont l'État, le marché
et le secteur informel (Fyfe, 2005).
29
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Delors, selon la présente approche, le tiers secteur peut être défini comme étant un ensemble
d’entités privées, organisées suivant un mode de fonctionnement spécifique et un mode de
gouvernance particulier, ne cherchant pas un but lucratif et qui sont formées par des personnes
bénévoles. Cette définition regroupe à la fois les entités constituées formellement et celles
relevant du secteur informel. Toutefois, elle exclut les entités coopératives et mutuelles qui font
partie intégrante de l’économie sociale dans le cadre de l’approche européenne qui fera l’objet
du paragraphe suivant.
Les premières tentatives de définition de l’« économie sociale » remontent au milieu du XIXe
siècle. À l’époque, les penseurs cherchaient à distinguer un troisième type d’organisation qui
apparaît hors marché et État. Ce type d’organisation qui avait un caractère informel a été adopté
par les mouvements coopératifs et mutualistes en France pendant les années 1970. Cette période
constitue le début de l’institutionnalisation du modèle économique alternatif connu sous
l’appellation de l’ « économie sociale » (Defourny&Develtere, 1999).
L’approche européenne concrétisée sur le plan théorique par les chercheurs Henri Desroches et
ClaudeVienny25 reconnaît alors les coopératives, les mutuelles et les associations comme
principales composantes de cette nouvelle économie. Ces organisations sont aux yeux de ces
chercheurs, beaucoup plus complexes que les autres formes d’entreprise classiques compte tenu
de la nature des liens qui réunissent leurs membres d’une part et la conciliation des objectifs
économiques (production) aux finalités sociales. Ces liens sont synthétisés sous forme d’un
double rapport d’activité et de sociétariat dans le cadre du quadrilatère du Desroche (1976).
25
Desroche et Vienny sont deux sociologues, théologiens et philosophes ayant tracé les grandes lignes de
l’approche européenne de l’ESS.
30
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Gestionnaire Administrateur
Rapport d’activité
Rapport de sociétariat
Employé-es Membres
Source : Desroche
Cette approche considère le secteur de l’économie sociale comme pôle d’utilité sociale qui ne
cesse pas de prendre l’élan entre le secteur capitaliste et le secteur public regroupant ainsi, une
grande diversité d’acteurs comme les coopératives, mutuelles, associations, fondations et autres
entreprises et organisations similaires (Chaves& Monzón, 2007). L’identité conceptuelle et
juridique du secteur est donc en train de se définir progressivement ces derniers temps pour
favoriser son émergence comme secteur économique à part entière.
Une approche centrée sur une interprétation Une approche analytique centrée sur la
statistique de l’importance d’un secteur qui dimension « not for profit » des organisations de
compte toutes les organisations « non-profit ». l’économie sociale
Les coopératives et les mutuelles sont exclues Les coopératives et les mutuelles sont incluses
31
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Secteur
informel
Bien que la définition de l’ESS varie selon le contexte socio-économique, l’ensemble des
définitions s’accorde sur le fait que le paradigme de l’ESS est fondé sur un ensemble de valeurs
et principes communs qui forment son essence.
Une viabilité économique : une organisation autonome émanant d’une initiative privée
et fondée sur un projet économiquement viable, nécessitant une capacité à innover en
vue de satisfaire une demande, créer de la richesse ou d’emplois.
Une finalité sociale et environnementale : l’objectif ultime de toute entreprise sociale
est d’offrir des biens et services à forte utilité sociale pour créer un impact social positif.
Une lucrativité limitée (modérée) : le principe de lucrativité limité désigne que la
maximisation du profit ne constitue pas l’objectif ultime pour les organisations de
l’ESS. Les excédents dégagés par leurs activités sont réinvestis et pour une répartition
équitable entre toutes les parties prenantes et conformément à l’intérêt général. Pour ces
organisations la rentabilité n’est alors qu’un moyen pour atteindre la finalité sociale.
Une gouvernance participative : les entreprises de l’ESS, reposent sur un mode de
gouvernance spécifique dans lequel la prise de décision se fait d’une manière
32
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
démocratique (une personne égale une voie) avec une implication de toutes les parties
prenantes (Salariés, communautés, financeurs, bénéficiaires…).
De son côté, le Comité Economique et Social Européen (CESE) avance une définition claire et
détaillée en mettant en avant les différentes caractéristiques des organisations qui composent le
secteur. Ainsi, le secteur désigne « l’ensemble des entreprises privées avec une structure
formelle, dotée d’une autonomie de décision et jouissant d’une liberté d’adhésion, créée pour
satisfaire aux besoins de leurs membres à travers le marché en produisant des biens ou en
fournissant des services d’assurance ou de financement, dès lors que les décisions et toute
répartition des bénéfices ou excédents entre les membres ne sont pas directement liées au
capital ou aux cotisations de chaque membre, chacun d’entre eux disposant d’un vote et tous
les événements ayant lieu par le biais de processus décisionnels démocratiques et participatifs.
L’économie sociale regroupe aussi les entités privées avec une structure formelle qui, dotées
d’une autonomie de décision et jouissant d’une liberté d’adhésion, proposent des services non
marchands aux ménages et dont les excédents, le cas échéant, ne peuvent être une source de
revenus pour les agents économiques qui les créent, les contrôlent ou les financent »
L'économie sociale est historiquement liée aux associations populaires et aux coopératives.
Celles-ci constituent son épine dorsale. Le système de valeurs et les principes de conduite des
associations populaires, synthétisés par le mouvement coopératif au fil de son histoire, ont
contribué à la conceptualisation moderne de l’économie sociale. Une économie qui repose sur
trois grandes familles d'organisations : les coopératives, les mutuelles et les associations. En
outre, suite à leur philosophie de travail et leur domaine d’action, les fondations font partie
intégrante du secteur. L’essor de ces acteurs était le résultat d’une impulsion associative qui a
accompagné le développement du capitalisme industriel aux XVIIIe et XIXe siècles.
26
[Link] consulté le 04/02/2018
33
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Face à la diversité des définitions de l’ESS et vu que notre champ d’études soit le Maroc, nous
nous focaliserons sur la définition du Conseil Economique, Social et Environnemental (2015)
(désormais CESE) qui stipule que « L’ESS est l’ensemble des activités économiques et sociales
organisées dans le cadre de structures formelles ou de groupements de personnes physiques ou
morales poursuivant une finalité d’intérêt collectif et sociétal, indépendantes et jouissant d’une
gestion autonome, démocratique et participative et auxquelles l’adhésion est libre. »27.
Au Maroc, comme dans la plupart des pays du globe, les pratiques de l'économie sociale sont
profondément enracinées dans les traditions économiques et sociales connues au fil de l’histoire
sociale et religieuse du pays. Le concept de la « Jemaa28 » constituait le cadre institutionnel
dans lequel s’harmonisaient ces pratiques de solidarité, d’entraide et de mutualisme dans un
climat social propice à la coopération et à la solidarité. Cette organisation sociale répandue dans
les coutumes marocaines et qui était prédominante dans l’ensemble du pays notamment dans
les milieux ruraux, vu le fort besoin de mutualisme et d’entraide pour faire face aux différents
problèmes qui menaçaient les populations dans ces milieux. Des problèmes qui s’articulaient
autour des aléas climatiques, de la production et de la préservation des terrains agricoles, des
forêts et des parcours. Plusieurs pratiques ont été alors inventées dans le cadre de la « Jemaa »
pour relever ce défi. Des pratiques qui varient selon la nature de l’activité et d’une région à
l’autre. Dans les lignes qui suivent, nous essayerons de passer par revue les différentes pratiques
connues dans l’histoire de la solidarité et du mutualisme au Maroc.
27
Rapport CESE portant sur l’ESS au Maroc 2015.
28
Cette notion est fort présente dans les écrits traitant l’organisation sociale dans le milieu rural. Traditionnellement,
le mot « jemâa » renvoi à un cadre sociopolitique informel qui permet aux membres d’une communauté de gérer
leurs affaires collectives d’une manière démocratique en assurant la liberté de discussion.
34
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
d’artisans. Deux formes de la "Touiza" sont à distinguer : la "Touiza" d'intérêt collectif, quand
la décision provienne de la "Jemaâ" pour effectuer des travaux d'intérêt commun à toute la
collectivité (ex.: construction et entretien des mosquées, des routes, des canaux de distribution
d’eau, etc…), et la "Touiza" d'intérêt individuel, quand une personne ou une famille demande
l'aide de la communauté pour effectuer un travail (ex.: la construction d'une maison, la cueillette
d’une récolte…) à condition de nourrir les personnes volontaires.
[Link]. L’Agadir
Igoudar au pluriel, désigne une forme de grenier collectif fortement répandue notamment au
sud du Maroc, mais également sur l’ensemble des pays maghrébins et aux iles Canaries. Il s’agit
d’une « banque alimentaire » inventée par les communautés traditionnelles campagnardes, pour
pallier au problème de la rareté et de l’irrégularité des ressources notamment dans les
montagnes et le disert, via l’entreposage des denrées alimentaires et des récoltes agricoles
comme les céréales et les huiles. Il est également un lieu sûr pour la préservation des objets
précieux29(EL Fasskaoui&Kagermeier, 2015). Tenant compte de ces fonctions spéciales dans
la préservation de la richesse, certains chercheurs considèrent l’Agadir comme la souche fœtale
pour le premier système bancaire au monde30. La gestion de cette institution se faisait d’une
manière collective, selon les traditions de la "jemaa" et la surveillance est assurée par les
membres de la collectivité à tour de rôle.
[Link]. L’Agoug
Une forme de gestion et d’exploitation collective des ressources en eaux destinées à l’irrigation.
Cette pratique traditionnelle, repose sur un procédé composé de trois principales unités : le
barrage de déviation qui se situe généralement dans les lits des oueds pour permettre la
déviation d’une quantité d’eau vers les canaux principaux, la "Khattara" qui renvoie à des
canaux souterrains destinés à conduire l’eau de la source mère et enfin le réseau commun de
distribution qui relie l’oued et "Lkhattara" aux parcelles irriguées revenant aux membres de la
collectivité (Ait Khandouch, 2000).
[Link]. Le Chard
C’est une pratique de financement collectif des activités de l’éducation et de formation. Il s’agit
d’une convention collective dans laquelle la collectivité s’engage à assurer la prise en charge
29
Principalement les bijoux
30
[Link] consulté le 02/04/2019
35
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
totale d’un enseignant et lui réserver une partie des récoltes agricoles en contrepartie des
services de formations qu’il assure au profit des membres de la collectivité
(Boukhlafa&Moustaghfir, 2015, op, cit). Cette pratique est assimilée à ce qu’on appelle
actuellement les coopératives d’éducation et de formation.
[Link]. La Ouiziaa
Bien que les pratiques citées plus haut remontent à des siècles dans l’histoire marocaine, elles
continuent toujours d’exister même à des fréquences variables dans différentes régions du
royaume. Leur parfaite concordance avec les préceptes de l’Islam, constitue l’un des principaux
facteurs ayant favorisé leur continuité et leur résistance jusqu’à nos jours, malgré les
changements profonds qu’a connus la population du pays au fil des temps. En effet, ces valeurs
qui favorisent la cohésion sociale sont prises comme un facteur de synergie dans les
programmes de développement socio-économique mises en place par les autorités au niveau
territorial au fil des années.
Quoique les pratiques de l’économie sociale existent au Maroc depuis toujours, et que les efforts
d’institutionnalisation datent de l’indépendance, la notion de l’économie sociale n’a été
officiellement reconnue qu’en 1987 où elle a été évoquée pour la première fois dans le cadre de
l’université coopérative internationale (Adrdour et al., 2016). Cette année fut considérée de
facto comme l’année de référence pour l’émergence de l’économie sociale au Maroc (Ait
Haddout& Jaouad, 2003).
Bien avant, deux ans après l’indépendance, l’institutionnalisation des pratiques de l’économie
sociale a été initiée par la promulgation d’un cadre légal régissant les organisations
associatives. Le Dahir Royal du 15 novembre 195831 ambitionnait d’organiser les activités
associatives en combinant des termes modernes aux traditions séculaires au Maroc. Cinq ans
31
Dahir n° 1-58-376 du 3 joumada I 1378 (15 novembre 1958) réglementant le droit d'association, tel qu'il a été
modifié et complété. Bulletin officiel n° 2404 bis du 27/11/1958 (27 novembre 1958).
36
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
plus tard, la loi portant sur le statut des mutuelles fut promulguée dans une tentative de
régulation de celles-ci, qui existaient bien avant l’indépendance. Pour ce qui est des
coopératives, elles étaient régies par des lois spécifiques à chaque secteur d’activité d’où
l’absence à l’époque, d’un cadre légal spécifique aux organisations de la forme coopérative.
Cette période de libéralisation serait succédée d’une période de contrainte dans laquelle, la
liberté d’association a été significativement restreinte par le Dahir de 10 avril 197332 en
soumettant l’action associative à l’autorisation des autorités administratives.
La crise économique des années 80, a engendré une profonde révision du rôle de l’État en
partant d’une reconnaissance sous-entendue de l’incapacité de l’État à faire face seule à la
persistance des problèmes économiques et sociaux. Cette période a été marquée par le
lancement du Plan d’Ajustement Structurel (PAS)33, qui s’est traduit par un désengagement
progressif de l’État sur le plan économique et social. Ce désengagement a redirigé le débat
politique et scientifique vers les acteurs de l’ESS comme partenaires potentiels et alternatifs
susceptibles de combler le vide laissé par le désengagement de l’État. Cette situation a suscité
un regain d’intérêt qui a contribué à une réémergence de l’économie sociale sous sa forme
moderne. Pendant cette période, le secteur coopératif national s’est doté d’un premier cadre
légal spécifique aux organisations coopératives. Il s’agit de la loi 24-83 fixant le statut général
des coopératives et les missions de l’Office de Développement de la Coopération (ODCO)34.
Depuis lors, le secteur ne cessait pas d’enregistrer une dynamique de croissance soutenue
pendant les deux dernières décennies du siècle. Il devient ainsi un partenaire incontournable
pour l’État dans sa quête de remède aux problèmes économiques et sociaux qui persistent au fil
des décennies. Une dynamique inédite qui s’est remarquablement renforcée par le lancement
en 2005 de l’Initiative nationale de Développement Humain (INDH)35.
Cette section met donc l’accent sur les différentes approches et les conditions d’émergence de
l’ESS. Elle présente un cadre conceptuel pour la définition et la conceptualisation de cette
32
Dahir portant loi no 1-73-283 du 10 avril 1973 modifiant et complétant le dahir no 1-58-376 du 15 novembre 1958
réglementant le droit d'association. Bulletin officiel, 1973-04-11, no 3154, pp. 533-534
33
Le programme d'ajustement structurel (P A S), est un programme de réforme économique que la banque mondiale
ou le fonds monétaire international (F M I) mettent en place dans le but de faire sortir un pays se trouvant dans une
situation de crise économique.
34
Entité chargé de la mise en exécution des politiques gouvernementales en matière de développement des
coopératives et de leurs unions.
35
L’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) est un programme de développement, lancé par
Sa Majesté le Roi Mohammed VI le 18 Mai 2005. C’est un programme axé sur la lutte contre la pauvreté, la
précarité et l’exclusion sociale. La dignité, la confiance des citoyens en eux et en l’avenir de leur pays, leur
participation effective au diagnostic de leurs besoins et leur déclinaison en projets, la bonne gouvernance et la
pérennité sont autant de valeurs qui animent cette initiative.
37
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
branche de l’économie qui ne cesse pas de s’affirmer. Ainsi, compte tenu de notre volonté de
concentrer notre recherche l’une des principales composantes de l’ESS qui sont les
coopératives, la section suivante, portera sur cette branche de l’ESS après avoir mettre en
exergue les différentes composantes de l’ESS tout se focalisant sur l’expérience marocaine dans
le domaine.
D’ailleurs, au Maroc, une grande partie du débat ouvert sur les coopératives durant les dernières
décennies, explique la faiblesse des acteurs coopératifs et de leurs pouvoirs d’agir par
l’intervention de l’État qui constitue aux yeux des partisans de ce débat un frein au
développement des coopératives au Maroc. Ce qui a été à l’origine de la réforme du cadre légal
régissant les coopératives. Le nouveau cadre légal reconnait la coopérative comme organisation
entrepreneuriale en adoptant le terme « entreprise » dans la définition.
Cette section sera donc consacrée à la définition et l’analyse des spécificités des composantes
de l’ESS au Maroc avec un focus sur l’entrepreneuriat coopératif comme champ d’analyse.
1. Composantes de l’ESS
Dans ce paragraphe, nous nous intéresserons de plus près aux acteurs de l’ESS au Maroc en
vue de mettre en exergue leurs spécificités dans ce contexte spécifique. En effet, selon le CESE,
le secteur de l’ESS est constitué par « toutes les institutions ayant une finalité principalement
sociale, proposant de nouveaux modèles économiquement viables et inclusifs et produisant sur
une base mutualisée et solidaire des biens et services centrés sur l’élément Humain et sur la
satisfaction de besoins sociaux conformes à l’intérêt général, et inscrit dans le développement
38
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
durable et la lutte contre l’exclusion »36. Cette définition met en lumière trois principaux
acteurs qui forment le paysage de l’ESS dans ce pays. Il s’agit principalement des entreprises
coopératives, les mutuelles et les organisations associatives.
Dans ce qui suit, nous projetons de faire une présentation sommaire des acteurs cités plus haut,
avant de revenir en détail sur les organisations de la forme coopérative comme notre objet
d’analyse dans le deuxième chapitre de la présente thèse.
Au Maroc, comme dans la plupart des pays du monde, le secteur associatif ne date certainement
pas d’aujourd’hui. Quoique la dynamique qu’il a connue au cours des dernières décennies et
continue d’enregistrer jusqu’à nos jours, le présente comme un acteur non négligeable dans le
paysage socio-économique dans le pays. Certains écrits ont utilisé l’expression « explosion
associative » pour décrire cette dynamique depuis les premiers jours du nouveau millénaire.
Depuis une dizaine d’années, le secteur devient le plus apparent en matière d’actions.
Néanmoins, statistiquement parlant, il est également le plus insaisissable (Ait Haddout&
Jaouad, 2003 op cit).
Le secteur associatif marocain intervient activement sur deux principaux chantiers : l’axe des
libertés publiques pour accompagner le processus de transition démocratique dans lequel s’est
inscrit le pays, mais également dans le développement socio-économique des populations aussi
bien dans le milieu urbain que rural. En effet, après avoir été orientées au début de leur
émergence vers des domaines bien précis tels que la culture, la jeunesse, le sport et plus
généralement dans l’animation, elles commencèrent à prendre un élan plus large depuis les
années 1980, en s’intéressant à la problématique du développement local. Cette nouvelle
orientation était le résultat d’une déficience constatée des pouvoirs publics en ce qui a trait à la
question sociale (Boukhlafa&Moustaghfir, 2015 op cit). De ce fait, le secteur associatif devient
un acteur incontournable dans le fonctionnement de la société marocaine.
En outre, le tissu associatif regroupe une population hétérogène d’associations ayant des
objectifs et finalités, des statuts et des modes de fonctionnement parfaitement diversifiés. Leur
existence est poussée par les crises économiques et sociales qui affectent les groupes populaires.
De ce fait, et tenant compte de leur pouvoir d’agir basé sur la proximité et la participation
populaire directe et matérielle, elles sont massivement présentes dans divers domaines
36
Rapport CESE 2015 page 14.
39
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Le secteur mutualiste constitue une composante à part entière de l’ESS. Fondées sur des valeurs
d’entraide, de la gouvernance démocratique et de non-lucrativité, les mutuelles offrent à leurs
membres des services à forte utilité sociale. Ces derniers sont ainsi considérés comme
bénéficiaires, mais en même temps des propriétaires détenant un pouvoir de contrôle sur leurs
mutuelles. Ce type d’organisation est généralement actif dans les domaines tels que la santé, la
prévoyance sociale et la finance. Néanmoins, la mutualité fait généralement allusion aux
mutuelles de la santé, vu leur présence significative dans le secteur à travers le monde.
Depuis l’aube de l’indépendance, une nouvelle dynamique s’est engagée dans le cadre du
processus de marocanisation des systèmes, via la promulgation du Dahir 1-57-187 du 12
novembre 1963, qui définit les mutuelles en mettant en avant leur rôle et leur mode de
fonctionnement comme « des groupements à but non lucratif qui, au moyen de cotisations de
leurs membres, se proposent de mener dans l’intérêt de ceux-ci ou de leur famille, une action
de prévoyance, de solidarité et d’entraide tendant à la couverture des risques pouvant atteindre
la personne humaine ». Depuis ce jour, une panoplie de mutuelles a vu le jour dans divers
secteurs, plus précisément dans les secteurs de la santé qui accapare environ la moitié des
organisations mutuelles, de l’assurance ou encore de cautionnement mutuel.
37
Dahir portant sur les sociétés ou caisses d’assurances mutuelles agricoles. 30 octobre 1920. BO n° 421 (16
novembre 1920).
40
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Tout comme les associations et les mutuelles, les coopératives sont fortement présentes dans le
paysage économique et social au Maroc depuis très longtemps. Une présence qui s’est renforcée
au fil des années, compte tenu de leur pouvoir d’agir basé sur la proximité et un ancrage
territorial apparent, mais également de leur résilience face aux différentes crises ayant frappé
le système économique mondial. Ce mode particulier d’entreprendre qui concilie l’éthique et la
performance économique dans le cadre d’un « business-model » bien spécifique basé sur
l’utilité sociale, ne cesse pas de se confirmer comme acteur incontournable dans le paysage
économique et social au Maroc.
Les définitions données à cette organisation unique sont nombreuses et diversifiées. Selon
Nilsson & Dijk, (1997), il existe un grand nombre de définitions multiformes et variées. Cette
multitude de définitions met en relief la dimension à la fois humaine et collective de ces
structures (Lewi&Perri, 2009). D’autres, ont met l’accent sur l’aspect organisationnel des
coopératives. Dans ce sens, Vienney (1980), définit la coopérative en tant que forme
d’organisation spécifique dont la satisfaction des membres constitue l’essence de son existence.
Sa vocation entrepreneuriale est par conséquent non négligeable, car, bien que ses objectifs
sociaux sont primordiaux, la durabilité économique et la viabilité financière semblent être
capitales compte tenu de leur contribution à la pérennisation de ces mêmes objectifs (Ansart et
al., 2014).
38
« Déclaration sur l'identité coopérative. Déclaration approuvée par l'assemblée générale de l’AC ! Lors du
congrès de Manchester- septembre 1995 », Réseau coop,3, no 2 (novembre décembre 1995) : 11. « International
co-operative alliance : Statement on the co-operative identity. »
41
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
de la coopérative qui est assimilée d’une part, à une entreprise, ce qui met en relief son rôle
économique, et d’autre part, à une association précisant ainsi sa nature sociale et collective.
La lecture de cette définition permet de sentir clairement la volonté des pouvoirs publics à faire
dépasser la perception ancienne ayant un caractère associatif, et qui dominait la culture
entrepreneuriale coopérative dans le pays. Elle traduit la tendance à faire des entreprises
coopératives de vraies entreprises via l’amélioration de leur mode de fonctionnement et de
gouvernance afin de promouvoir l’entrepreneuriat socialement responsable40.
Le tableau suivant présente une comparaison synthétique entre les trois composantes de l’ESS
présentées dans ce paragraphe.
39
Article premier de la loi 112-12 régissant le statut général des coopératives et les missions de l’ODCo. l’article
1er offre la possibilité de créer une coopérative par des personnes physiques ou des personnes morales seulement
ou par la combinaison des deux. Ce qui constitue une nouveauté par rapport à la loi 24.83.
40
La définition proposée par le 112-12 spécifie que l’objectif de la réunion des personnes pour la création d’une
entreprise au lieu d’un projet comme il est stipulé dans l’ancienne loi 24.83. Cette nouvelle loi définit de nouvelles
règles de gestion pour améliorer la gouvernance au sein des coopératives marocaines.
42
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Offre des biens ou des Offre des services à ses membres Offre des services à ses
services à ses et aux personnes à leur charge membres et/ou à une
membres, mais dans leur famille communauté plus large
Fonction également sous
certaines conditions à
la communauté en
général
Biens et services Services essentiellement non Biens et services non
marchands. Les marchands. Les membres marchands, mais aussi, de
membres bénéficient bénéficient de ces services au plus en plus souvent,
Types de
de ces biens et services prorata de leurs besoins. marchands. Les membres
produits,
au prorata de leurs et/ou la collectivité
avantages
transactions. bénéficient de ces biens et
services selon des
modalités très variées.
Personnes physiques Personnes physiques seulement Personnes physiques et
Membres
et morales morales
Principe “Une Principe “Une personne, une Principe “Une personne,
Répartition personne, une voix” voix” dans l’assemblée générale une voix” dans l’assemblée
du pouvoir dans l’assemblée des membres générale des membres
générale des membres
Souscription de parts Cotisations à payer Cotisations et/ou dons
de capital périodiquement lorsque le membre quitte,
et/ou contributions Lorsque le membre quitte, les les cotisations payées ne
Contributions périodiques cotisations payées ne sont pas sont pas
financières Lorsque le membre remboursées remboursées
quitte, il
récupère ses apports
financiers
Est en partie ristourné n’est jamais distribué aux n’est jamais distribué aux
aux membres membres membres
Affectation Peut constituer une Peut constituer une réserve Doit être réinvesti dans la
du surplus réserve pour améliorer et/ou permettre une baisse des poursuite de l’objet social
les services et cotisations ou une augmentation
développer l’activité des avantages
Le tableau ci-dessus retrace les points communs et les divergences entre les différentes
composantes de l’ESS. Les fondations ne sont pas citées dans ce paragraphe comme
composante de l’ESS pour deux principales raisons : d’une part, leur forte similitude avec les
organisations associatives, et d’autre part, le débat non achevé jusqu’à nos jours entre les
scientifiques concernant les spécificités des fondations, et leurs concordances avec les principes
de l’ESS notamment quand il s’agit des fondations du secteur privé. Néanmoins, certains
43
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
chercheurs ajoutent à ce champ non seulement les fondations, mais l’ensemble des entreprises
sociales ou encore les entreprises dotées d’utilité sociale. Tenant compte du contexte de notre
étude, nous jugeons utile de considérer les composantes reconnues dans ce contexte. Ainsi,
loin de négliger les autres acteurs de l’ESS, nous confirmons que les principaux parmi eux sont :
les coopératives, les mutuelles et les associations.
Ainsi, après avoir présenté les différentes composantes de l’ESS, nous allons nous concentrer
dans la suite de ce document sur les coopératives qui constituent notre terrain d’étude.
Après avoir été réservés aux personnes ressortissantes de l’administration coloniale, le Dahir
de 1935 a autorisé pour la première fois, l’adhésion pour l’ensemble des citoyens dans l’objectif
de moderniser le secteur agricole qui était traditionnel dans son ensemble, en favorisant l’accès
au financement et l’assurance, mais également à la mécanisation. Ainsi, les producteurs
marocains notamment les grands fermiers des régions les plus productives se sont regroupés
dans des coopératives opérant dans des filières traditionnelles agricoles comme la
céréaliculture, l’horticulture, l’oléiculture, l’élevage ou encore la production du lait. Au cours
de cette période initiale du développement coopératif au Maroc, une dizaine des coopératives
ont été créées, plus précisément dans les secteurs agricoles et artisanaux. Selon l’ODCO,
certaines d’entre elles continuent d’exister jusqu’à nos jours.
44
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
À l’aube de son indépendance, le Maroc s’est engagé dans un processus de marocanisation des
terres et des secteurs productifs avec une réforme juridique importante, particulièrement entre
1960 et 1970. En effet, comme tous les secteurs, le secteur coopératif a connu un ensemble de
mesures visant une meilleure régulation du secteur. Cette époque décisive dans le
développement coopératif au Maroc s’est caractérisée par l’intervention de l’État dans la
gestion des organisations coopératives. Cette intervention s’est matérialisée par la promulgation
d’un ensemble de textes juridiques visant à réglementer la création et la gestion des coopératives
dans différents domaines, tels que le secteur minier, l’habitat et la réforme agraire. Suite à ce
mouvement, une vague de coopératives fut créée comme résultat de cette réforme agraire. Ces
coopératives avaient la forme d’institutions parapubliques dans lesquelles est représenté l’État
d’une part, et les agriculteurs comme membres adhérents d’autre part. L’objectif étant de
faciliter la coordination entre le secteur privé représenté par les agriculteurs, et l’État représenté
par les agences de développement agricole pour la mise en œuvre des politiques publiques dans
le domaine.
Cette phase a été initiée par la promulgation pour la première fois dans l’histoire du mouvement
coopératif marocain, d’un cadre juridique unique (la loi 24-83) réglementant l’ensemble des
coopératives à l’exception de celles qualifiées de la réforme agraire41. Cette loi qui n’est entrée
41
Les coopératives de la réforme agraire sont créées par dahir et ne sont pas soumises à la loi régissant le statut
général des coopératives.
45
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
en vigueur que vers la fin de 1993, constitue le premier pas vers l’autonomisation des
coopératives au Maroc. À cette époque, le rôle des coopératives ainsi que celui des autres
composantes du secteur de l’ESS, était fortement sollicité pour accompagner le désengagement
de l’État de certains secteurs.
Cette situation a engendré une nouvelle dynamique d’évolution dans le secteur coopératif dans
le pays. Vers la fin des années 1990, le nombre de coopératives commence à augmenter de
manière significative en bénéficiant de ce nouveau cadre juridique, mais également des
programmes d’appui lancés par l’État marocain pendant cette période. Dans ce sens, le
lancement du programme de l’INDH en 2005 constitue l’un des faits les plus marquants de
l’histoire du mouvement coopératif au Maroc, et plus généralement du secteur de l’ESS. Ce qui
a encouragé la création des coopératives notamment dans le milieu rural qui a toujours été
victime d’exclusion, et connaît des taux de pauvreté élevés(Mergoum & Hinti, 2016b). Cette
évolution remarquablement positive a été enregistrée dans les différents secteurs traditionnels
de l’entrepreneuriat coopératif au Maroc. En outre, le secteur coopératif a connu une forte
extension vers de nouveaux sous-secteurs, mais également vers de nouvelles couches sociales
comme les femmes et les jeunes diplômés (Ouarat & Arouch, 2015).
Le rôle primordial que peuvent jouer les coopératives dans le développement territorial des pays
est devenu une évidence. Leur capacité à absorber le chômage et à contribuer à la réduction des
inégalités aussi bien en termes de genre que de l’espace, et à l’organisation du secteur informel
a été fortement démontrée au cours des dernières décennies. Ceci leur a permis de susciter un
intérêt sans cesse grandissant de la part des décideurs au Maroc. En effet, plusieurs programmes
42
Ministère Délégué auprès du Chef du Gouvernement Chargés des Affaires Economique et Générale
46
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
d’accompagnement lancés auparavant ont fait l’objet d’une révision pour une meilleure
efficacité dans l’accompagnement de l’action coopérative43. Les nouvelles mesures d’appui et
d’accompagnement ont adopté une approche qui se focalise beaucoup plus sur la manière d’agir
et d’entreprendre que sur le concept d’assistanat. Le cadre juridique a fait l’objet d’une réforme
profonde pour pallier les insuffisances et les critiques reprochées à l’ancienne loi 83-24 qui
réglementait l’action coopérative. Ainsi, une nouvelle loi fut promulguée en 2014 et mise en
application à partir de 2015.
Tenant compte de leur forme dite hybride qui concilie l’économique au social, nous nous
intéresserons dans ce paragraphe à l’importance des coopératives et leur place dans l’économie
nationale, mais également à leur contribution à faire face aux défis sociaux qu’affronte le pays.
Cette importance sera analysée via en commençant par la présentation de l’évolution et la
croissance des coopératives dans le tissu économique et social marocain, et leur contribution à
la dynamique territoriale.
43
L’INDH 3eme tranche, PMV, Stratégie d’ESS
44
A l’instar des entreprises capitalistes, les entreprises coopératives sont désormais dotées d’un registre
d’immatriculation intitulé Le registre des coopératives. Ce registre est composé d'un registre central, tenu par
l'Office du développement de la coopération, et de registres locaux tenus par les secrétariats-greffes des tribunaux
de première instance. L’immatriculation au registre locale des coopératives leurs confère la possibilité de
soumissionner dans les marchés publics.
47
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
continue du taux de pénétration quoique ce dernier reste toujours en deçà des attentes. Et d’autre
part, via l’élargissement du champ de ce mode d’entreprendre spécifique vers de nouveaux
secteurs et filières et le renforcement de son ancrage territorial en s’ouvrant sur des horizons
porteurs.
Depuis la création des premières coopératives au Maroc pendant la période coloniale, le nombre
de coopératives ne cesse pas de croitre. Cette évolution positive en nombre était accompagnée
d’une évolution dans le même sens à la fois du nombre d’adhérents et du capital investi. En
effet, le nombre de coopératives a passé de 6 coopératives seulement en 1930 à plus de 40 531
en fin de 2020. La figure ci- après, retrace l’évolution des coopératives entre ces deux dates
marquantes et montre les changements qu’a connu cette évolution tout au long de cette période.
Nombre de coopératives
45000
40000 40531
35000
30000
25000
20000
15000 15735
10000 7788
4895
5000 1595
6 56 310
0 Année
1
1930 2
1960 3
1975 4
1990 5
2005 6
2010 72015 8
2020
Source : élaboré par l’auteur sur la base des statistiques publiées par l’ODCo, le MTTAAES et
l’ACI.
En effet, le présent graphe met en lumière 3 dates importantes qui ont marqué l’évolution du
nombre de coopératives. Tout d’abord, le premier point d’inflexion correspond à l’année 1990,
cette année était caractérisée par l’entrée en vigueur de la première loi spécifique des
coopératives à savoir la loi 24-83. Ce nouveau cadre réglementaire qui constituait le premier
pas vers l’autonomisation du secteur coopératif a engendré une dynamique importante dans le
secteur. Ensuite, le deuxième point d’inflexion correspond à l’année 2005. Cette année a connu
le lancement de l’Initiative nationale pour le Développement Humain, qui visait l’amélioration
des conditions de vie des citoyens et la réduction des disparités sociales et spatiales. Cet
événement est qualifié par la plupart des chercheurs comme le plus marquant de l’histoire du
48
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Loin d’être un groupe homogène d’entreprises, les coopératives opèrent dans des secteurs
fortement diversifiés. La dynamique enregistrée dans le secteur coopératif au Maroc a été
reflétée également sur le plan sectoriel ainsi qu’au niveau territorial. En effet, en plus des
secteurs traditionnels tels que l’agriculture, artisanat, l’habitat et la consommation ; de
nouveaux secteurs et sous-secteurs ont été affranchis par les organisations coopératives. Entre
autres, l’éducation, le transport, les services ou encore les nouvelles technologies. Le tableau
ci-après, présente la répartition des coopératives marocaines selon leurs domaines d’activité
(secteurs d’activité).
49
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Cette dynamique sectorielle, est le fruit de l’implication des différentes couches sociales et
différents corps métier en l’occurrence les agriculteurs, les artisans, les commerçants, les jeunes
diplômés, les femmes…etc. Bien que le taux de pénétration dans le secteur coopératif reste en
deçà des attentes, le nombre d’adhérents a enregistré une évolution considérablement positive.
Selon, l’ODCo, ce nombre a atteint en 2020, 646 901 adhérents avec environ 90% dans les
secteurs traditionnels qui sont l’agriculture (70.82%), l’artisanat (10.14%) et l’habitat (7.93%).
Sur le plan territorial, le mouvement coopératif marocain se caractérise par un ancrage territorial
fort. Il couvre l’ensemble du territoire avec une présence différenciée dans les différentes
45
Ces données statistiques sont arrêtées au 31 décembre 2020.
50
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
régions du royaume. Comme le montre la figure ci-dessous, la région orientale arrive en tête
avec 13.61 % de coopératives. En revanche, la région Dakhla Oued Dahab est dernière avec un
taux de 0.97 %. La répartition géographique des coopératives est relativement équitable. En
effet, sauf la région Dakhla Oued Dahab, l’ensemble des régions du royaume abritent un
nombre de coopératives plus au moins proche de la moyenne.
7,56%
3065
8,9%
3608
13,61%
9,79% 10,56%
3966 5517
6,98% 4281
2831
10,77 %
4364 7,54%
3058
9,69%
3929
6,85
% 2775
6,77%
274
0,97%
395
Cet ancrage territorial est manifesté même à l’intérieur des régions sur les niveaux les plus bas.
Bien que le secteur coopératif marocain ait enregistré une dynamique de croissance soutenue
au cours des dernières décennies, il est exposé à un ensemble de défis et contraintes l’empêchant
à atteindre le niveau de maturité souhaité. Ces défis sont liés principalement à la qualité du
capital humain, le système de gouvernance, la difficulté d’accès aux sources de financement et
au marché…etc.
51
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
À l’heure actuelle, le rôle que joue le secteur coopératif dans le développement durable n’est
plus à discuter. Il se manifeste via les opportunités qu’il offre pour la lutte contre le chômage
et l’exclusion comme il contribue à la réduction des inégalités sociales et spatiales. Nous nous
focaliserons dans ce point sur deux principaux volets, à savoir l’emploi et la contribution à la
création de la richesse.
Comme dans la plupart des pays en développement, le Maroc enregistre un fort taux de
chômage notamment pour les jeunes diplômés et les femmes. Ainsi, face à l’incapacité du
secteur public longtemps considéré comme première voie d’insertion dans la vie active,
d’accueillir le nombre sans cesse grandissant des chômeurs, l’entrepreneuriat en général et sa
branche coopérative en particulier, se présente comme alternative pouvant contribuer
efficacement à la résolution de cette problématique. En effet, ce mode d’entreprendre ne cesse
pas d’intéresser à la fois les pouvoirs publics et les porteurs de projet. Dans ce sens, l’effectif
employé par les coopératives en fin 2015 atteint 462.456,0046 employés.
Les coopératives agricoles sont considérées les plus actives en matière de création d’emploi
avec 87% des emplois créés jusqu’au 2015 comme le montre le tableau ci-après. Ceci se justifie
par l’importance des coopératives agricoles dans le tissu coopératif marocain qui représentent
67.01% du nombre total des coopératives en fin 2015 (63,28% en 2020). À cela s’ajoute la forte
adéquation de la philosophie entrepreneuriale coopérative avec la nature et les spécificités de
l’activité agricole. Les coopératives artisanales arrivent en deuxième position avec environ 10%
des emplois créés. S’agissant des autres secteurs, malgré que les emplois créés ne dépassent pas
4%, ils présentent un grand potentiel d’insertion en l’occurrence pour les femmes et les jeunes
diplômés. Il s’agit principalement des coopératives de services ayant réalisé un taux de
croissance en nombre qui atteint 338% entre 2015 et 2019 selon les statistiques de l’ODCO. Le
46
Ce nombre ne compte pas les membres adhérents des coopératives.
52
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
tableau ci-après présente quelques statistiques relatives à la création d’emplois par les
organisations coopératives.
Source : Auteur51
Malgré l’importance et la dynamique de création d’emplois par les coopératives, leur contribution
demeure en deçà des attentes. En comparaison à leur potentiel, la création d’emplois salariés par les
coopératives reste limitée et fortement dépendante des aléas climatiques notamment dans le secteur
agricole jugé le plus créateur d’emplois avec (87%) des emplois créés par les coopératives. En outre, la
question portant sur la qualité et la durabilité des emplois créés, suscite ces derniers temps plus d’intérêt.
Il est communément admis que la création de la richesse d’une nation se mesure par l’évolution
de la production des biens et services sur son territoire. Cette évolution est mesurée par des
indicateurs dont le produit intérieur brut (désormais PIB) est considéré le plus approprié. Cette
richesse est créée par la contribution des différents acteurs économiques. Néanmoins, cette
47
Ces chiffres concernent toutes les coopératives existantes en 2015 sauf celles de l’Habitat et de la consommation.
48
Contient également les coopératives d’argan, des forêts et des plantes médicinales et aromatiques.
49
Cette catégorie regroupe les coopératives de transport, l’éducation et la formation, le conseil, la main d’œuvre,
l’imprimerie et la télécommunication.
50
Comme le tourisme, art et culture les mines et l’exploitation des carrières.
51
Élaboré par l’auteur en se basant sur les données de l’annuaire statistique des coopératives publié par le Ministère
chargé de l’économie sociale et l’ODCo en 2017.
53
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
contribution varie d’un acteur à l’autre selon son positionnement dans le paysage économique
national. Les coopératives comme composantes de l’ESS constituent l’un des acteurs majeurs
dans le paysage économique et social au Maroc. Cependant, malgré les performances
enregistrées ces dernières décennies, la contribution des coopératives dans la création de la
richesse nationale demeure loin des attentes.
Du côté de la participation au PIB, le taux n’excède pas 1.5%, ce qui revient à dire que la
contribution du secteur coopératif marocain demeure insignifiante tenant compte des efforts
déployés par les pouvoirs publics pour développer le secteur. À titre de comparaison, ce taux
de participation reste loin de celui enregistré dans d’autres pays en développement tels que
l’Uruguay et la nouvelle Zélande où il atteint 3% et l’Europe avec un taux de 10%.
Dans ce sens, le CESE dans son rapport sur l’ESS au Maroc, énumère les causes derrière la
faiblesse du taux de participation des coopératives au PIB. Entre autres, il y a lieu de citer : la
faiblesse du taux d’encadrement institutionnel, la difficulté d’accès au financement et l’absence
de la couverture sociale pour les adhérents. Face à cette situation, la stratégie nationale de l’ESS
2010-2020 a fait l’objet d’une révision avant son terme. L’objectif étant de concevoir un
nouveau cadre stratégique en tenant compte des faiblesses de l’ancienne stratégie, pour
atteindre les objectifs souhaités. Parmi les objectifs assignés à cette nouvelle stratégie 2018-
2028 est d’augmenter et rendre visible la participation de l’ESS au PIB et sa contribution en
matière de création de richesse et d’emploi. Dans ce même ordre d’idées, selon le nouveau
cadre stratégique, le Maroc, ambitionne de mener le taux de pénétration du secteur coopératif
à 7.5% et tripler sa contribution à la création de la richesse nationale en atteignant 3.9%.
54
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Dans le cadre de cette section, nous proposons de faire une lecture analytique du Système
National de l’Innovation. Il sera l’occasion tout d’abord de faire un repère sur l’évolution de
l’innovation au Maroc, suivi d’un aperçu sur le système national d’innovation avec un focus
sur ses composantes et ses spécificités avant de s’intéresser aux spécificités du secteur agricole
en matière d’innovation.
52
Cette approche sera analysée d’une manière détaillée dans la première section du deuxième chapitre de cette thèse
55
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
recherche colonial met donc en place principalement des centres de recherches appliquées ou
finalisées (cf. tableau 4) qui employaient des chercheurs fonctionnaires à plein temps formés
en métropole (Kleiche, 2008). Ceci explique la prédominance des disciplines en relation avec
l’agriculture et la santé dans le système de recherche et d’innovation au Maroc jusqu’à nos
jours. Le tableau ci-après donne un aperçu sur les différents organismes et centres de recherche
créés pendant la période coloniale dont certain continue à exercer dans le domaine de la
recherche scientifique jusqu’à l’heure actuelle. Le tableau suivant met en reliefs les principales
structures de recherche créées au Maroc pendant la période coloniale.
Les équipes employées par ces structures de recherche étaient principalement formées par des
cadres et techniciens coloniaux. La présence des Marocains dans ces structures était quasiment
56
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
nulle. C’est pourquoi qu’au moment de l’indépendance, le Maroc souffrait d’un taux
d’encadrement extrêmement faible. Le faible nombre de cadres formés sous le protectorat
n’était à la hauteur de combler le vide causé par le départ des techniciens coloniaux. Selon
Laberge (1987) cité par Gaillard & Bouabid (2017), le Maroc disposait en 1956 de moins de
cent ingénieurs (dont la moitié dans le domaine de l’agriculture), d’une vingtaine de médecins
et de six pharmaciens.
Avant les années 2000, l’innovation n’était pas une priorité pour les décideurs au Maroc. Ce
qui justifie l’absence à l’époque de structure dédiée au suivi de l’innovation et la valorisation
économique de ses résultats. Mais, depuis le début des années 2000, le pays s’est engagé dans
un processus de modernisation en promouvant l’innovation via le rapprochement de la
recherche scientifique au monde de l’entreprise. L’objectif étant la création d’un écosystème
qui permettrait de faire adhérer les différents acteurs dans cet effort. Succinctement,
l’innovation est vue comme un processus complexe instauré au sein d’un écosystème
dynamique dont les composantes et les liens qui les rassemblent, changent continuellement
(Lundvall & Tomlinson, 2000).
57
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
années montre bien l’intérêt croissant du pays à s’imposer dans le domaine de la recherche et
d’innovation. Elle vise certains domaines prioritaires à travers un plan d’action axé sur trois
principaux volets : la gouvernance du système national de recherche, le renforcement du capital
humain et finalement le financement des activités de recherche et d’innovation. À travers ces
mesures d’ordre stratégique, le pays cherche à faire en sorte que la recherche ne soit plus
considérée comme un sous-produit de l’enseignement supérieur ou de la sous-traitance de la
science mondiale. L’histoire de la recherche et de l’innovation a été donc marquée par un certain
nombre de faits qui ont concrétisé les efforts de modernisation et d’instauration d’un SNI qui
soit le moteur de l’économie marocaine. Le tableau ci-après présente quelques événements qui
ont marqué l’histoire de l’innovation au Maroc.
58
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
D’autres plans sectoriels53 ont été lancés durant ces dernières décennies dans l’objectif de
favoriser et booster la croissance sectorielle dans le cadre d’une démarche transversale, qui
favorise davantage la collaboration entre la sphère publique et privée. Ce qui constitue un socle
solide et favorable à l’émergence de l’innovation. Ainsi, la pérennisation de différentes actions
et stratégies citées plus haut est confiée à un ensemble d’acteurs qui interagissent dans une
logique collaborative dans le cadre du système national d’innovation.
Les variables qui composent le système national d’innovation, incluent aussi bien les aspects
formation, recherche (dépenses de R&D par le secteur privé), performance en matière
d’innovation (octroie de brevets et paiements de royalties), performances en termes de
publications, d’exportations de produits à haute technologie, et l’attractivité des investissements
étrangers56. La mise en relations de partenariats spécifiques entre les acteurs du système
d’innovation (individus et organisations) est fondamentale pour l’innovation. Cette dernière est
selon cette approche, le fruit de l’interaction entre des réseaux d’acteurs économiques et sociaux
qui génèrent souvent des attitudes nouvelles face aux mécanismes économiques et sociaux
(Lagziri, 2013Op. Cit). Il est à signaler ici que l’efficacité des systèmes d’innovation dépend
53
Plan Maroc Vert, Le plan National de l’Émergence Industrielle (PNEI), Le plan RAWAJ, Le plan Artisanat, La
Stratégie de Tourisme…
54
Les agences gouvernementales qui facilitent la production de science et technologie au sein de frontières
nationales
55
Les associations et les clusters…..
56
Rapport prospective" « maroc 2030 » eléments pour le renforcement de l’insertion du maroc dans l’economie de
la connaissance" ahmed driouchi & nada zouag institute of economic analysis& prospective studies al akhawayn
university pour le compte du haut commissariat au plan avril 2006
59
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
en grande partie du "Capital sociétal" qui est assimilé à la capacité à nouer des relations de
coopération.
Dans les pays en développement dont fait partie le Maroc, les interactions entre les principales
composantes des systèmes d’innovation n’atteignent pas les niveaux souhaités. Dans ces pays,
le rôle primordial du système d’innovation réside essentiellement dans l’absorption,
l’adaptation et la diffusion de technologies en provenance des pays développés. Néanmoins, la
faible intégration des différentes sphères: industrielle, scientifique et technologique du SNI
entre elles, constitue une « source de blocage du processus d’apprentissage » (Mezouaghi,
2002). Ainsi, l’isolation des différents acteurs et la faible valorisation des résultats de la
recherche scientifique via les systèmes productifs, limitent les capacités technologiques du pays
(Casadella & Benlahcen-Tlemcani, 2006).
Extrait de la note de présentation n° 2-13-289 du projet de décret instituant le Comité National de l’Innovation et
57
de la Recherche Industrielle.
60
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
58
Organisme sous la tutelle du Ministère de l’enseignement supérieur, ayant comme missions la gestion de
programmes de recherche d’incitation et d’innovation ainsi que d’infrastructures scientifiques et technologiques ;
la création de synergies entre les différentes équipes de recherche qui travaillent sur des thématiques prioritaires
(réseaux, pôles de compétence). Le CNRST dispose d’une plate-forme technologique intitulée Unités d'Appui
Technique à la Recherche Scientifique (UATRS).
59
Créée le 12 Mars 1997, l’Association Marocaine pour la Recherche-Développement (R&D Maroc) est une
association professionnelle à caractère économique, reconnue d’utilité publique en 2004.
61
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Source : AMIC, état des lieux sur le financement de l’innovation au Maroc, 2012
L’absence d’un cadre cohérent et d’une véritable politique de R&D, rend les résultats obtenus
dans ce cadre en deçà des attentes et objectifs. Ainsi, en se référant aux résultats des études
réalisées par le département de la recherche scientifique au sein du Ministère de l’Enseignement
Supérieur pour la préparation du plan quinquennal (2000-2004), Bouoiyour, (2003) a résumé
62
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Le second est d’ordre économique, et souligne l’insuffisance des moyens alloués. Le troisième
porte sur l’insuffisance voir l’absence de connexion entre les organismes de recherche et le tissu
productif qui limite la valorisation des résultats. Enfin, l’insuffisance des mesures
d’accompagnement en matière d’informations scientifiques et techniques. Ce constat interpelle
la nécessité de mise en œuvre d’un cadre institutionnel pouvant mettre en cohérence les
différentes stratégies mises en place par les acteurs.
63
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
À travers l’initiative Maroc Innovation lancée en 2009, le Maroc cherche à donner une nouvelle
impulsion à l’innovation et la rattacher à la recherche scientifique. Il ambitionne de faire du
pays un hub régional de l’innovation et de technologie. Cette initiative stratégique est axée sur
quatre principaux axes : la gouvernance, l'infrastructure, le financement et la mobilisation des
talents. Le tableau suivant résume les principaux axes de la stratégie Maroc Innovation.
64
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
De toute évidence, nul ne peut nier la forte corrélation entre l’innovation et la recherche. Les
pays qui disposent d’un système de recherche scientifique développé sont dotés d’une forte
capacité d’innovation. Dans la même veine, le Maroc est conscient que les efforts de
développement de son écosystème d’innovation doivent être accompagnés par un système de
recherche scientifique développé. Dans ce sens, un cadre stratégique à été initié par le Ministère
de l’Enseignement et de la Recherche Scientifique, dans l’objectif de développer la recherche
scientifique au Maroc à l’horizon 2025. À travers cette stratégie, le pays ambitionne de créer
les conditions propices à la recherche scientifique et l’innovation. Il s’attache à assurer les fonds
nécessaires, le capital humain qualifié et l’infrastructure indispensable à la recherche
scientifique.
En outre, ce nouveau cadre stratégique a mis le point sur la faiblesse des liens entre les acteurs
de la recherche scientifique et le monde socio-économique. De ce fait, il prévoit des dispositifs
de rapprochement entre ces acteurs qui sont principalement les universités et les centres de
recherche d’une part, et l’entreprise61 qui représente le milieu socio-économique d’autre part.
60
Il s’agit principalement des pôles de compétences ou de compétitivité, des pôles d’excellence, des cités de
l’innovation, des clusters et des technopôles.
61
Ici l’entreprise désigne l’ensemble des organisations qui forment le tissu socio-économique
65
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Cette stratégie ainsi élaborée détermine trois axes prioritaires comme développés dans le
tableau suivant :
Axes Actions
De manière générale, le système national d’innovation est en pleine expansion. Les pouvoirs
publics ne cessent pas de mettre en place des stratégies visant la promotion de la recherche et
de l’innovation compte tenue de leur importance significative sur le développement et la
croissance, mais aussi de la compétitivité de l’économie nationale.
Depuis les années 70, l’agriculture marocaine a connu de profondes Mutations qui ont fortement
impacté les modèles économiques et les paysages ruraux. Cette évolution s’est opérée via des
processus d’innovation de types différents (organisationnelles, juridiques, technologiques,
66
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
sociales…), mais qui sont complémentaires. Cette dynamique a été soutenue par les politiques
publiques surtout ces deux dernières décennies avec le lancement du Plan Maroc Vert.
Le contexte agricole marocain est historiquement organisé suivant une logique de sous-secteur
ou filières. Chaque filière se distingue par des caractéristiques spécifiques et sur chaque filière
opère des catégories d’acteurs fortement diversifiées (coopératives, sociétés privées, GIE,
entrepreneur-personne physique…). Néanmoins, l’entrepreneuriat coopératif, constitue la
forme d’entreprendre la plus répandue dans le secteur au Maroc comme ailleurs. Ainsi, le Maroc
compte en fin 2019 environ 17582 coopératives agricoles enregistrées. Leurs caractéristiques,
leur nombre et leurs modèles d’affaires varient considérablement d’une filière à l’autre et d’une
région à l’autre. Par conséquent, leur intervention et leur positionnement dans la chaîne de
valeurs agricoles varient également selon le sous-secteur (filière).
Bien que les coopératives soient présentes dans l’ensemble des sous-secteurs qui composent le
secteur agricole, certains parmi eux sont jugés plus attractifs pour les coopératives que d’autres.
Parmi ces filières, il y a lieu de citer la filière laitière, la filière agrumicole et maraîchère, la
filière des produits de terroir (Argan, safran…), la filière des viandes rouge et avicole… ;
Concernant la filière lait, les coopératives jouent un rôle important avec un positionnement qui
devient progressivement transversal. Bien plus, les coopératives opérant dans la transformation
laitière, sont jugées plus au moins mûres bien qu’elles font face à une forte concurrence de la
part des grandes entreprises opérant dans le domaine (FAO 2018).
Ceci met ces coopératives dans l’obligation de maintenir un niveau de compétitivité élevé via,
le renforcement de leur activité d’innovation notamment dans les produits, mais également dans
les techniques et procédés de production et d’organisation. On assiste encore à l’émergence de
nouvelles coopératives dotées d’un niveau de performance élevée, qui ont réussi à conquérir
une part de marché assez importante face aux multinationales qui dominaient le secteur.
La filière de l’Argan enregistre un rythme de développement continu. Elle bénéficie du fait que
le Maroc soit le seul producteur au monde même si d’autres pays tentent dernièrement de se
positionner parmi les producteurs de cette matière notamment la Turquie. Cette filière est
exploitée généralement par des coopératives féminines. Lesdites coopératives ont bénéficié
d’un soutien sans précédent de la part des pouvoirs publics et des donateurs internationaux. Ces
efforts de soutien ont contribué à l’émergence d’une catégorie de coopératives féminines,
67
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
notamment dans les milieux ruraux du sud du pays. Ces coopératives constituent pour les
décideurs une alternative efficace pour l’inclusion socio-économique de la femme rurale. Ceci
est vrai pour le reste de la filière de valorisation des produits de terroir.
Dans cette filière persistent toutefois des difficultés qui remettent en cause la compétitivité des
coopératives qui en sont actives. Selon la FAO (2018), ces difficultés sont liées d’une part à la
problématique de production suit au manque d’investissements dans l’industrie de
transformation. Et d’autre part, aux difficultés de commercialisation et d’intégration des
marchés internationaux (export). Les coopératives de cette filière auront besoin donc
d’introduire des innovations en matière de produits et de processus opérationnels, mais aussi
en matière commerciale via la recherche de nouveaux partenaires commerciaux solides.
En revanche, le rôle et la présence des coopératives dans certaines filières telles que la filière
oléicole, des palmiers dattiers, des viandes rouges, avicole et apicole sont jugés moins
importants en comparaison avec les autres filières précédemment traitées selon une étude de la
FAO. La présence des coopératives dans ces filières, semble être le fruit d’actions
gouvernementales dans le cadre du projet d’agrégation dans certaines filières jugées porteuses,
et disposant d’un marché qui a un potentiel de croissance énorme, aussi bien au niveau national
qu’international. Ces filières souffrent toutefois de contraintes sévères en termes de qualité des
produits, de sensibilisation des consommateurs et de capacités au niveau des coopératives, tant
en matière technique que de gestion et de commercialisation. Les acteurs opérant dans ces
filières auraient donc besoin d’une réforme profonde en vue d’améliorer leurs capacités d’agir
pour une meilleure structuration de ces filières.
Bref, les coopératives sont présentes dans l’ensemble des filières qui composent le secteur
agricole marocain. Elles constituent la base d’un marché agroalimentaire, qui devient de plus
en plus concurrentiel, et accueille des acteurs de différentes formes et tailles. Ce qui impose
une capacité d’innovation en amélioration continue de la part des coopératives aussi bien en
matière de production que de commercialisation et d’organisation pour rester compétitives.
Le secteur agricole marocain est fortement tributaire des conditions climatiques et du marché
international. Une bonne partie de la production nationale est destinée aux marchés
internationaux notamment d’Europe et d’Asie de l’Ouest. Ces marchés enregistrent une forte
intensité concurrentielle et un niveau très élevé d’exigence en matière de respect des normes
qualité. Au niveau national, l’agriculture marocaine fait face à un défi à triple facette. D’abord
68
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
les enjeux agronomiques, ensuite les enjeux économiques qui sont liés principalement au coût
de revient de la production agricole et à la création de valeur ajoutée. Enfin les enjeux
environnementaux qui se manifestent entre autres à travers des phénomènes liés aux
changements climatiques comme la désertification, la sécheresse et la raréfaction des ressources
en eau.
En effet, selon le rapport FAO (2018) portant sur l’innovation dans le secteur agricole,
l’innovation et la technologie apparaissent comme un levier de compétitivité et de croissance
de la productivité. Dès lors, dans un souci de s’aligner avec la tendance mondiale en matière
d’innovation agricole et de maîtrise des enjeux cités plus haut, l'adoption d’une démarche
d’innovation et des nouvelles technologies dans le secteur agricole marocain est devenue plus
que jamais une nécessité absolue.
Depuis le début des années 2000, l’agriculture marocaine s’est inscrite dans un processus de
modernisation et d’innovation. L’agriculture innovante commence à gagner plus d’intérêt ces
dernières années auprès des différents acteurs publics et privés. Ce regain d’intérêt s’est
renforcé avec le lancement du Plan Maroc Vert en 2009 qui ambitionnait de créer des pôles de
développement agricole et agroalimentaire basés sur la recherche et sur un partenariat
public/privé. L’usage des technologies est vecteur de transformation digitale du secteur agricole
qui induit d’ailleurs, une bonne gouvernance des stratégies agricoles via la facilitation et
l’accélération du partage d’informations et le développement des outils de veille et d’aide à la
décision (Yatribi, 2020).
Dans son rapport sur portant la durabilité de l’agriculture au Maroc62, la FAO (2017) stipule
que les facteurs de production agricole et les ressources de base qui sont le travail, la terre et
l’eau semblent être mobilisés à leurs limites. Le potentiel de croissance doit être donc généré
par la mobilisation des capitaux et des technologies, mais aussi par le renforcement de la
recherche et de l’innovation. L’importance de l’investissement dans le renforcement de la
recherche et de l’innovation et dans le développement technologique semble beaucoup plus
importante dans le secteur agricole dans la mesure où il exerce une influence directe sur les
intrants et les facteurs de compétitivité et de rendement dans le secteur.
62
Il s’agit d’un diagnostic rapide de la durabilité de l’agriculture au Maroc fait dans le cadre du Programme de
développement durable à l’horizon 2030. [Link] consulté le 19/01/2019.
69
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
Conclusion du chapitre
Pour ce qui est de la lutte contre le chômage, le taux de pénétration des coopératives ne dépasse
pas 3.1%. Ce qui est loin de l’objectif fixé par la stratégie nationale de l’ESS à savoir 7.5%.
Outre sa faible contribution à la création d’emplois, la participation de l’entrepreneuriat
coopératif à la richesse nationale demeure très faible (1.6%) par rapport à l’objectif fixé la
stratégie citée plus haut qui est de 3.9%, mais également par rapport au pays développé ou cette
contribution avoisine les 10%. Ces chiffres clés témoignent d’une certaine faiblesse de
l’entrepreneuriat coopératif au Maroc et qu’un grand travail reste à faire.
Dans ce sens, l’innovation se présente comme élément pouvant améliorer la compétitivité des
acteurs de l’entrepreneuriat coopératif et leur pouvoir d’agir, et par conséquent mener leur
contribution à la richesse nationale et la création d’emplois aux niveaux souhaités. Ainsi,
l’innovation est devenue synonyme de compétitivité et de croissance. Ce qui justifie
l’importance dont il est doté de la part des pouvoirs publics dans les différents pays du globe.
Conscient de cette importance, et de la nécessité de bâtir son économie sur le savoir, le Maroc
a mis en place un cadre stratégique favorisant l’émergence d’un système national d’innovation
solide et performant.
70
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions d’émergence, et
caractéristiques dans le contexte marocain
71
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Introduction du chapitre
Dans les filières de valorisation agricole, les activités de collecte et de prétransformation sont
dominées par les entreprises de la forme coopérative. Ce positionnement à l’amont de la filière
souligne le rôle de ces organisations comme acteur incontournable dans le processus de
valorisation notamment pour l’industrie agroalimentaire. Cependant, ce rôle ne cesse pas de se
renforce avec l’élargissement des activités des coopératives pour s’étendre en aval sur
l’ensemble du processus de valorisation en intégrant les activités de transformation et de
commercialisation.
L’évolution du rôle de ses organisations dans les filières de valorisation agricole ne peut pas
réussir sans la mise en place d’une stratégie d’innovation permettant l’accompagnement des
mutations de l’environnement de production agricole notamment en termes de changement
continu des normes aussi bien en termes des lois et règlements qu’en termes de normes qualité.
En effet, au cours de ces dernières décennies, où l’économie devienne de plus en plus basée sur
la connaissance (économie du savoir), l’innovation est considérée comme un facteur
déterminant de la dynamique et de la croissance économique dans les économies à travers le
monde (Badillo, 2013). Il est longtemps considéré comme un facteur générateur de bénéfice
aussi bien en terme économique qu’organisationnel et social (Foray et Mairesse, 1999) et par
conséquent comme un levier de performance des organisations.
L’importance que revêt l’entrepreneuriat coopératif, et sa présence continue dans les différents
programmes de développement nous guide à s’interroger sur l’apport de l’innovation dans le
processus de renforcement du pouvoir d’agir des acteurs de mode d’entreprendre. Pour ce faire,
nous projetons dans ce chapitre de clarifier le concept de l’innovation et tenter de mettre en
exergue ses spécificités dans le contexte particulier des coopératives. Il se veut donc une
réflexion théorique autour des concepts de l’innovation et de l’entrepreneuriat coopératif. Dans
un premier temps, nous sommes attachés à mettre le point sur les différentes approches
définissant le concept de l’innovation et ces principales caractéristiques. Ensuite, notre attention
sera portée sur les acteurs coopératifs pour mettre le point sur leurs spécificités identitaires et
organisationnelles qui sont susceptibles d’influencer leurs démarches d’innovation.
72
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Bien que l’innovation ait toujours existé dans le comportement humain comme action et grâce
à lui l’humanité a réalisé d’énormes progrès au fil de son histoire, son apparition dans le
domaine scientifique et académique n’a eu lieu qu’au début du XXe siècle. La communauté
scientifique doit l’introduction du concept dans la théorie économique à J. Schumpeter qui est
l’auteur précurseur de l’innovation. Ce dernier a introduit la notion de l’entrepreneur
innovateur et définit l’innovation comme étant la mise en place de nouvelles combinaisons de
moyens de production. Il distingue ainsi cinq types d’innovation : l’innovation produit qui a
assimilé à la mise en place d’un nouveau produit sur un marché avec une meilleure qualité en
réponse à une demande nouvellement exprimée ; l'innovation procédés ou commerciale qui
selon lui désigne l’introduction de nouvelles méthodes de production ou de commercialisation,
la conquête de nouvelle source d’approvisionnement en matières premières, l’ouverture sur de
nouveaux débouchés ( marchés nouveaux) et la mise en place d’une nouvelle organisation.
Cette définition englobe ainsi l’innovation technologique, commerciale et organisationnelle
(Boer et During, 2001). En 1935, Schumpeter établit une forte liaison entre l’entrepreneuriat et
63
Célèbre économiste autrichien et auteur précurseur de l’innovation
73
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
En 1942, l’auteur avance une hypothèse centrale qui suggère la concurrence comme variable
incitant à l’innovation en précisant que les entreprises qui opèrent sur des marches à forte
intensité concurrentielle sont plus poussées à innover. Leur motivation, c’est qu’elles peuvent
aisément s’attribuer les gains espérés en établissant une situation de monopole temporaire
lorsqu’elle développe un nouveau marché pour ses produits.
L’innovation constitue en effet, une force motrice qui mène le changement, organisée dans un
processus dynamique baptisé processus « destruction créatrice » qui bouleversent
continuellement la structure économique, en détruisant perpétuellement ses éléments déchus
par la création de nouveaux éléments tout en induisant la modification des structures
économiques (Schumpeter, 1942).
Cette vision dite systémique est jugée indispensable pour comprendre le phénomène de
l’apprentissage par réseau des caves coopératives (Touzard, 2011 ; Chiffouleau, 2004). Dans
ce sens, le rôle du dirigeant est fortement mis en perspective comme catalyseur des relations
d’échange dans le cadre d’un système pour favoriser la créativité et l’innovation (Rousseau,
1990). Selon Doloreux et Bitard (2005, p.23 ; cité par Nassiki, 2018) « ce courant de recherche,
74
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Dans son rapport intitulé « Enhancing Agricultural Innovation: How to go beyond the
strengthening of research systems?»64. Publié en 2007, le rapport de la banque mondiale
distingue deux conceptions de l’innovation. D’une part la vision linéaire qui repose sur le
principe de la diffusion et de transfert technologique et dans laquelle l’innovation est générée
par la technologie et la recherche. D’autre part, l’innovation est assimilée à un processus
interactif formé par des individus et des organisations possédant des connaissances différentes
et variées et évoluant dans un contexte social et politique en perpétuel changement (The World
Bank, 2007, p.12).
L’analyse systémique qui se définit comme étant « une démarche globale qui s’attache
davantage aux relations entre les éléments constitutifs d’une entité qu’aux caractéristiques
propres à chaque élément » (Plane, 2012, page 105), assimile l’organisation à un système
complexe en forte interaction et interdépendance avec son environnement. Le concept du
système n’admit pas encore une définition claire et précise.
Par ailleurs, dans le cadre de cette approche, le système est vu à l’échelle macro-
organisationnelle, comme un groupe plus au moins limité d’organisations et d’institutions dans
la conception restreinte (Système Régional ou Sectoriel d’Innovation SRI), un ensemble
potentiellement très large dans la conception étendue (Système Nationale SNI)(Amable, 2001).
Cette distinction vise à mettre en évidence le rôle des institutions, des politiques publiques et
des réseaux de firmes dans la genèse et la diffusion de l’innovation technologique(Freeman,
1987;Lundvall, 1992, 2016).
Cette approche a été par la suite graduellement adaptée et adoptée à l’échelle sectorielle pour
identifier des systèmes sectoriels d’innovation (SSI). Un système sectoriel d’innovation est
64
Ce livre est un document de travail élaboré par la banque mondiale suite aux recommandations de l’Atelier
International organisée par le département de l'agriculture et du développement rural de la Banque mondiale en
Juin 2004 à Washington sous le thème "Développement de la recherche Systems to Support the Changing
Agricultural Sector". L’une des principales recommandations de l’atelier a été formulée de la façon suivante : "le
renforcement des systèmes de recherche peut accroître l'offre de nouvelles connaissances et de nouvelles
technologies, mais ce renforcement n'est pas nécessairement en très bonne corrélation avec la capacité à innover
et d'adoption des innovations dans l'ensemble du secteur agricole, et donc avec la croissance économique". Ce
document utilise une perspective des systèmes d’innovation pour explorer les nouvelles interventions qui seront
jugées nécessaire pour améliorer la capacité d’innovation dans le secteur agricole.
75
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
défini par Breschi & Malerba (1997) comme étant « un ensemble d’acteur, d’organisations,
d’institutions et de réseaux qui favorisent la production de connaissances nouvelles et
l’innovation dans un secteur ». Deux tendances sont à distinguer dans le cadre de cette approche
systémique de l’innovation sectorielle : la première considère le secteur comme point de départ
et essaye d’analyser l’impact des acteurs qui le composent sur le processus d’innovation tandis
que la deuxième va dans le sens contraire en partant du processus d’innovation pour identifier
les acteurs d’un espace sectoriel qui influencent ce processus (Amable, 2002 ; cité par Touzard,
2004).
Les entreprises coopératives agricoles peuvent jouer un rôle d'intermédiaire en fournissant des
conditions favorables à l'utilisation des connaissances dans les processus de production agricole
et en intégrant les agriculteurs dans les systèmes d'innovation(Yang, 2013).Partant des
différents constats tirés de cette analyse théorique de l’approche systémique, elle nous semble
cruciale pour comprendre la dynamique d’innovation dans le secteur coopératif agricole
marocain. Cette importance peut se justifier d’une part, par l’adoption d’une approche
sectorielle dans le traitement de notre problématique pour identifier et évaluer l’impact potentiel
des acteurs intervenant dans le secteur sur la capacité d’innovation au sein du même secteur.
D’autre part, le positionnement du secteur coopératif dans le système national d’innovation sera
fortement mis en valeur.
La théorie évolutionniste tire ces fondements de la combinaison entre des constats tirés des
travaux de Schumpeter et de la biologie. Fondée par Nelson et Winter (1982) comme réponse
au rejet du programme de recherche néoclassique. Ils exposent les origines et les fondements
de cette nouvelle approche en mettant le point sur quelques contributions essentielles à la
76
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
construction de leur approche, notamment sur l’inspiration tirée des modèles biologiques. Ces
auteurs fondateurs expriment une profonde reconnaissance envers les travaux de Schumpeter
et qualifient manifestement leurs travaux de « néo-schumpetériens ». Ils stipulent que
« Schumpeter pointed out the right problem-how to understand economic change-and his vision
encompassed many of the important elements of the answer »(Nelson & Winter, 1982,
p.39).Les travaux qui verraient le jour par la suite s’intéresseraient à l’étude de l’évolution
dynamique des systèmes en vue d’en déduire les lois qui régularisent cette évolution
(Dosi,1988a, 1988b ; Arthur, 1989). Assimilé aux systèmes vivants en biologiques, les
systèmes d’innovation connaissent une forte dynamique et évoluent d’une manière perpétuelle.
Ainsi, nous cherchons à mettre le point du point de vue théorique sur la façon dont une vision
évolutionniste nous aide à identifier les caractéristiques des agents et des institutions qui
interviennent dans les processus d'innovation. Selon Richard Nelson, (1995) la théorie
évolutionniste présente trois caractéristiques essentielles:
Ces caractéristiques sont plus communément redéfinies comme trois principes et une
hypothèse, tirés de l'évolution biologique, mais adaptés à l'évolution socio-économique :
Bien que l’analyse évolutionniste de l’innovation soit relativement récente, elle ne cesse pas
d’attirer l’attention des chercheurs s’intéressant à cette thématique. Les partisans de cette
approche qui repose sur le mécanisme de sélection darwinien (Iwai, 2000), assimilent la firme
à une unité de production adaptative ayant des capacités techniques et des compétences
économiques limitées en matière de prise de décision et incapable d’optimiser constamment ses
choix (Alcouffe & Kammoun, 2000). La notion de compétence constitue donc l’un des éléments
centraux de l’analyse évolutionniste, car selon les partisans de ce courant, toute organisation
est en forte interaction avec son environnement changeant auquel doit s’adapter via la
mobilisation de ses compétences clés et ses capacités d’apprentissage (D. J. Teece et al., 1997a).
En effet, dans la firme évolutionniste, l’accent est mis sur les compétences au lieu des individus,
77
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
car les accords entre les firmes prennent la forme de réunion de compétence plutôt que d’agents
économiques (idem).
Cette approche par les compétences nécessite une analyse théorique de la nature de
l’organisation dans une perspective dynamique (Maupertuis, 1999). Dans ce sens Teece et
Pisano (1994) expliquent pourquoi, face à un environnement changeant, les firmes qui
dominent sur un marché sont celles qui font preuve de flexibilité et de rapidité dans la
coordination et le redéploiement de leurs compétences. Ils stipulent que « ...l'avantage
concurrentiel des firmes réside dans leurs compétences dynamiques enracinées dans des
routines de haute performance opérant au sein de la firme, contenues dans les processus et
conditionnées par leur histoire » (D. Teece & Pisano, 1994). Dans le nouveau contexte
d'innovation agricole, caractérisé notamment par la valeur stratégique des compétences
relationnelles, la construction et le partage des compétences dans les entreprises constituent un
enjeu important en termes de compétitivité des firmes et de dynamisme territorial (Filippi &
Triboulet, 2010).
Dans ce paragraphe, nous nous intéresserons à clarifier le concept de l’innovation à travers une
revue des définitions approchées au concept par les différents courants de pensée, ses différents
types en adoptant une classification selon l’objet, selon le degré de nouveauté ou encore selon
sa nature et finalement nous tenterons de définir des indicateurs permettant la mesure et
l’évaluation de l’innovation tout en mettant en exergue les spécificités du contexte coopératif.
78
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Malgré que la définition de l’innovation ne fasse pas l’unanimité, la littérature a connu une
évolution considérable dans ce sens depuis les travaux de Joseph Schumpeter (1934) qui est
l’auteur pionnier de l’innovation. Ce dernier a introduit la notion de l’entrepreneur innovateur
et définit l’innovation comme étant la mise en place de nouvelles combinaisons de moyens de
production. Il distingue ainsi cinq types d’innovation : L’innovation produit qui a assimilé à la
mise en place d’un nouveau produit sur un marché avec une meilleure qualité en réponse à une
demande nouvellement exprimée, l’innovation procédés ou commerciale qui selon lui désigne
l’introduction de nouvelles méthodes de production ou de commercialisation, la conquête de
nouvelle source d’approvisionnement en matières premières, l’ouverture sur de nouveaux
débouchés ( marchés nouveaux) et la mise en place d’une nouvelle organisation. Cette
définition englobe ainsi l’innovation technologique, commerciale et organisationnelle (Boer et
During, 2001).
En revanche, d’autres auteurs comme Damanpour et Evan (1984), distinguent seulement deux
types d’innovation : Il s’agit d’une part de l’innovation technologique qui englobe l’innovation
en matière de produit et procédé et l’innovation administrative qui désigne l’innovation
organisationnelle d’autre part. Dans ce même ordre d’idées, plusieurs auteurs définissent trois
types d’innovation en l’occurrence : l’innovation produit, processus et organisationnelle (Ajzen
et al., 2016). Pour les partisans de l’approche cumulative de l’innovation, tels que Ait Razouk
et Bayad (2010) et Allani-Soltan, Arcand et Bayad (2005), ils assimilent l’innovation à un
changement ayant eu lieu au niveau du produit, de technologie ou d’organisation.
Au-delà de cette distinction de base, le manuel d’Oslo de l’OCDE (2005, p46)65 adopte une
définition plus vaste largement inspirée des travaux de Joseph Schumpeter (1934). Il fait
ressortir quatre catégories distinctes de l’innovation en l’occurrence : l’innovation produit,
procédés ou processus, marketing et organisationnelle (Zafer et Pınar, 2012). Selon ce manuel
l’innovation est assimilée à « la mise en œuvre d’un produit (bien ou service) ou d’un procédé
nouveau ou sensiblement amélioré, d’une nouvelle méthode de commercialisation, dans les
pratiques d’organisation du lieu de travail ou des relations extérieures».
La définition de l’innovation a donc intéressé une large communauté des chercheurs regroupant
différentes disciplines des sciences sociales et humaines. Un quasi-consensus peut être ressenti
dans le littérature sur le fait que l’innovation peut être assimilée à un changement visant la
concrétisation d’une idée nouvelle, quelle que soit la partie touchée dans l’organisation (Produit
65
Manuel d’Oslo de l’OCDE 2005 page 46
79
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
et/ou service, technologie utilisée, méthode de travail ou organisation adoptée…etc) (Bakkar &
Chakir, 2020).
L’étude des processus d’innovation permet facilement de mettre en lumière cette nature
interactive du phénomène. Cette interaction porte spécialement sur la relation producteur-
consommateur et le système national d’innovation. Dans cette relation, le producteur est
fortement incité à surveiller le comportement des consommateurs vis-à-vis de ses produits pour
en apprendre des informations qui pourront lui être utiles l’amélioration de son produit ou le
développement d’un nouveau produit via les connaissances produites par l'apprentissage par
l'utilisation, mais aussi pour en anticiper les risques inhérents (Lundvall, 2016a). De même,
l'utilisateur a besoin d'informations sur les nouveaux produits, et cette information implique
non seulement une prise de conscience, mais aussi des informations très spécifiques sur la
manière dont les caractéristiques de la nouvelle valeur d'usage sont liées à ses besoins
spécifiques (Ibid).
80
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Les récentes études sur l’innovation montrent que l'innovation ne dépend plus uniquement de
l'utilisation des ressources tangibles, mais aussi, et de plus en plus, de la façon dont les
entreprises acquièrent et utilisent les ressources intangibles (Landry et al., 2002). La
mobilisation de ces ressources est conditionnée par la capacité de la firme à démultiplier les
ressources tangibles et intangibles qu’elle détient et en déterminer les meilleures combinaisons
possibles (Prahalad et Hamel, 1990, p. 26). Or, cette capacité peut être vue sous deux ongles
différents :
66
Le terme ressources renvoie ici aussi bien aux ressources matérielles et financières qu’au capital humain de
l’entreprise.
81
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Bien que la routine organisationnelle puisse apparaître à priori en contradiction avec la logique
de l’apprentissage organisationnel « consistant à rechercher de nouvelles façons d’opérer, donc
se centrant sur un changement des pratiques » (Lambert & Ouedraogo, 2010), elle permet de
préserver les modèles de comportement utiles, d’économiser les efforts de mémoire en écartant
de la pensée consciente les aspects répétitifs d’une situation (Simon, 1945).
Si l’invention porte sur la génération d’une idée nouvelle, l’innovation est conçue dans un sens
plus large. Il correspond au développement et à la mise en œuvre et la concrétisation des idées
nouvelles. Ceci se fait dans le cadre d’un processus complexe intégrant différents intervenants
et variables. Ce qui témoigne la complexité du processus d'innovation c'est qu'il contient un
ensemble de paradoxes. C'est à la fois une avancée dans l'inconnu et un processus construit à
partir d'éléments traditionnels. Garcia et Calantone (2002) définissent le processus innovation
comme étant «an iterative process initiated by the perception of new market and/or new service
opportunity for a technological based invention which leads to development, production, and
marketing tasks striying for the commercial success of the invention»67. L’étude des processus
d’innovation a fait l’objet d’un grand nombre de travaux au cours des dernières décennies en
se référant aux travaux de Rogers.
Ces travaux peuvent être classés selon leur objectif en deux catégories : la première catégorie
adopte une approche par les causes et les conséquences de l’innovation. La seconde adopte une
vision longitudinale du phénomène pour mettre en lumière son évolution dans le temps
(Schroeder et al., 1986). Deux modèles sont à distinguer dans ce sens : le modèle de diffusion
versus le modèle tourbillonnaire.
Les premières applications du modèle de diffusion remontent aux années 1950 dans le secteur
agricole aux États-Unis. Elle s’est étendue par la suite au domaine de la santé publique avant
qu’il soit généralisé dans différents domaines. La diffusion est le processus par lequel une
innovation se répand au fil du temps dans un système social, via certains canaux de
communication (Rogers, 2004). Cette définition met en relief quatre points essentiels dans le
67
Cité et traduit par Benhayoune-sadafyine (2017) comme « un processus itératif initié par la perception d'un
nouveau marché et/ou d'une nouvelle opportunité d’usage pour une invention fondée sur la technologie, qui mène
à des tâches de développement, de production et de marketing en vue de la commercialisation de l’invention ».
82
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Le modèle de diffusion de l’innovation de Rogers (2003) met l’accent sur les principaux
éléments qui agissent sur la rapidité avec laquelle une innovation est adoptée au sein d’un
groupe social. Il s’agit principalement de l’innovation, des canaux de communication, le temps
et le système social. Le processus d’adoption de l’innovation est décomposé en cinq principales
phases comme le montre le schéma ci-après : la phase de connaissance qui est la première phase
de ce processus et au cours de laquelle l’individu prend connaissance de l’existence de
l’innovation. Puis pendant la phase de persuasion, l’individu développe une attitude envers
l’innovation. Ensuite, la phase de la décision correspond à la décision d’adopter ou rejeter
l’innovation. La phase d’implantation concerne la mise en œuvre de l’innovation et enfin, la
phase de confirmation correspond à la décision définitive d’adoption de l’innovation (Sahin,
2006).
PRIOR
CONDITIONS
[Link]
I. KNOWLEDGE II. PERSUATION III. DECISION IV. IMPLEMENTATION V. CONFIRMATION
practices
[Link]/
problems
1. Adoption Continued adoption
3. Innovativeness
Later adoption
[Link] of the
social systems Characteristics of the Later adoption
Perceived Characteristics of
2. Rejection
Decision-Making Unit the innovation Continued adoption
68
Les différentes formes et types de l’innovation seront développés dans les sections suivante. Le mot innovation
est donc perçu ici dans son sens le plus large. Il reflète un objet tangible ou intangible perçu comme nouveau par
une unité ou un individu qui peuvent éventuellement l’adopter.
83
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
En réaction aux limites du modèle de diffusion de Rogers (1984), Akrich et al., (1988),
proposent un modèle alternatif dit « tourbillonnaire » qui permet de mettre le point sur l’apport
des acteurs concernés (intéressées) dans le processus de développement de l’innovation à
travers le dispositif d’expérimentation suivant un ensemble de « mouvement erratique ». Selon
ces auteurs, l’innovation désigne à la fois le processus d’évolution de l’invention et le résultat
final de ce processus. Ce résultat est déterminé par un processus d’examination à chaud de
l’innovation qui permet de faire des itérations entre le projet initial, l’innovation mise à
l’examen et le résultat final souhaité.
Dans ce sens, Akrich et al (1988) stipulent : « analysée à chaud, l’innovation laisse apparaître
une multiplicité de décisions hétérogènes, souvent confuses, dont on ne peut a priori décider si
elles seront cruciales ou non, et qui sont prises par un grand nombre de groupes différents et
souvent antagonistes ». Il s’agit donc d’une succession de décisions prises par de nombreux
acteurs différents qui sont des alliés intéressés par l’innovation. Dans le même sens, Alter
(1999), estime que le succès de l’innovation résulte de la capacité d’appropriation du projet
initial par l’ensemble des acteurs de l’entreprise (Temri, 2000).
Contrairement au modèle linéaire dans lequel le processus d’innovation est souvent illustré par
la métaphore sportive de la course de relais, car une étape ne peut commencer qu’après
l’achèvement celle qui la précède (Aldebert & Loufrani-Fedida, 2010), dans le modèle
tourbillonnaire, l’innovation se distingue par la construction simultanée de la technique et du
social (Akrich et al., 1988, Op. cite). Dans cette optique, « la matière sociale et la matière
technique sont toutes deux relativement malléables et l’innovation réussie est celle qui stabilise
un arrangement acceptable à la fois par les entités non humaines (électrons, tubes, batteries…) »
(Akrich et al. 1988, p.4). C’est alors le résultat d’un processus d’intéressement assimilé à un
84
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
ensemble de boucles itératives et qui tente d’intégrer dès le départ l’ensemble des acteurs aussi
bien internes qu’externes à l’entreprise innovatrice comme l’illustre le schéma suivant :
Bien que le processus d’innovation ait fait l’objet d’un bon nombre de tentatives de
modélisation, les deux modèles présentés ci-dessus restent les plus importants et les plus
présents dans la littérature sur l’innovation. Ils ne cessent pas d’intéresser les chercheurs en
management de l’innovation jusqu’à nos jours. Le tableau ci-après se veut une synthèse des
principales caractéristiques des deux modèles.
Le modèle tourbillonnaire (en boucles) nous semble le plus adéquat pour l’analyse de la
capacité d’innovation dans la mesure où « les mouvements erratiques » et le retour sur le
feedback des acteurs intéressés par l’innovation permettent de générer en permanence un flux
d’idées nouvelles pour améliorer l’innovation et alimenter le processus d’innovation.
85
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Source : Auteur
L’innovation est fortement dépendante de la capacité à « identifier des liens, à découvrir des
opportunités et à en tirer profit » (Tidd et al., 2006). Il ne peut avoir lieu de facto que si
l’organisation dispose d’une capacité à innover. Selon Lumpkin et Dess (1996) cette capacité
est assimilée à la tendance d'une organisation à engager et à appuyer des nouvelles idées, des
nouveautés, des expérimentations et des processus créatifs qui puissent aboutir à des nouveaux
produits, services ou processus.
De même que l'innovation, la capacité à innover, fait l’objet d’une panoplie de tentatives de
définition de la part de plusieurs chercheurs relevant de différentes disciplines, donnant
naissance à un ensemble de définitions touchant différents aspects de celle-ci. Elle n’admit donc
pas une seule et unique définition. Certains la définissent comme la mobilisation des ressources,
compétences et capacités, dont une entreprise dispose pour « générer de nouvelles idées,
identifier de nouvelles opportunités de marché et lancer des innovations en s’appuyant sur des
ressources et capacités existantes » (Hii et Neely, 2000, p. 5 dans Breznik et Hisrich, 2014).
86
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Comme nous l’avons bien mentionné plus haut, la nature des liens entre l’innovation et la
performance a fait l’objet d’un grand débat dans la littérature contemporaine en sciences de
gestion. En effet, la revue de littérature que nous avons faite nous mène à distinguer trois
théories distinctes dans ce sens.
Les théories endogènes de l’innovation stipulent que celle-ci est intimement liée à la
performance soulignant ainsi les liens de causalité entre ces deux concepts. En effet,
l’innovation est donc perçue comme un facteur déterminant de la performance (Geroski et
Machin, 1992 ; Ledent, Salmon et Cassiers, 2002 ; Terziovski, 2010). Cette influence que
l’innovation est susceptible d’exercer sur la performance peut être soit positive (De Winne et
Sels, 2010 ; Liouville et Bayad, 1998) ou négative (Simon, Elango, Houghton et Savelli, 2002).
Selon Samson et al, (2017) la capacité d'innovation est perçue comme un concept holistique
comprenant un certain nombre d'éléments essentiels qui agissent ensemble pour déterminer
fortement les résultats et la performance de l’entreprise. Cependant, la littérature montre que
le degré de cet impact potentiel varie selon les types d’innovation détaillés précédemment.
Ceux-ci exercent une influence positive et significative sur certains aspects de la performance
(Gunday et al., 2011). Strecker (2009) défend à son tour l’existence de cette corrélation positive
entre la stratégie produit et la performance des entreprises. Ce type d’innovation joue un rôle
médiateur entre la capacité d’innovation technologique et la performance (Shan et Jolly, 2013).
En outre, Lilly et Juma, (2014) dans leur étude sur l’innovation et la performance au sein d’une
banque commerciale estiment que les quatre types d'innovation (produit, procédé,
organisationnelle et marketing) ont un impact positif et significatif sur la performance de la
banque. Ils soulignent davantage l’effet plus que significatif de l'innovation produit sur la
performance de la banque.
Dans le cas des entreprises de la forme coopérative, le changement des pratiques et l’innovation
organisationnelle sont reconnus comme un facteur crucial de circulation de l’information et
d’échange de connaissances aussi bien au niveau interne qu’externe. Par conséquent, elles
jouent un rôle capital dans l’amélioration de leur performance (Reboud et al., 2016).
87
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Contrairement aux approches endogènes qui défendent la relation et les liens de causalité entre
l’innovation et la performance au sein des organisations, certains auteurs comme (Freel, 2000;
Lallement et Wisnia-Weill, 2007) mettent en évidence la relation d’indépendance entre ces
deux concepts. Pour eux l’innovation peut être assimilée à une « boîte noire » et un élément
exogène à la performance (Kerzazi, 2015). Les partisans de ces approches dites exogènes se
référant au fait de l’existence des entreprises qui atteignent un niveau de performance élevé
même en l’absence d’une activité d’innovation assez développée et dont la capacité
d’innovation semble être modeste. Par ailleurs, d’autres études empiriques réalisées sur les
entreprises ont fait ressortir une catégorie des entreprises qui sont dotées d’une capacité
d’innovation élevée, mais elles ne sont pas forcément performantes.
D’autres auteurs comme Reboud et al., (2016) stipulent que la performance d’une entreprise
peut être définie comme étant le résultat d’une combinaison de l’ensemble de ces ressources
aussi bien matérielles qu’immatérielles, ce qui rend la détermination stricte de la contribution
des innovations aux évolutions de celles-ci très délicate.
Une troisième catégorie des approches ayant analysé la relation entre l’innovation et la
performance au sein des organisations, a met l’accent sur les liens étroits entre ces deux
concepts sans que l’un influence l’autre. Selon les partisans de ces approches dites contingentes
(Schuler et Jackson, 1987; Miles et Snow, 1984), l’innovation ne pourrait pas être considérée
comme un déterminant de la performance de l’entreprise, mais comme un critère d’évaluation.
Cette « approche d’inclusion » souligne que l’existence d’une activité d’innovation au sein de
l’organisation pourrait être l’indice d’un certain niveau de performance.
88
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Tableau 10: Synthèse des approches définissant la relation entre l’innovation et la performance
Approches et
Relation innovation/performance Auteurs
théories
Source : Auteur
La relation entre l’innovation et la performance a fait à son tour l’objet d’un débat scientifique
faisant ressortir deux catégories approches distinctes et contradictoires : les approches
endogènes qui considèrent l’innovation comme un facteur déterminant de la performance d’une
part, et les approches exogènes considérant l’innovation en tant qu’une boîte noire et facteurs
n’affectant pas forcément la performance.
89
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Dans ce sens, Ajzen et al., (2016), mettent en exergue le caractère tangible et quantitatif de la
plupart des données utilisées pour mesurer l’innovation en l’occurrence : le nombre de brevets,
possédés, l’effectif de recherche, le budget investi dans les activités de recherche et
développement (R&D) ou le taux d’introduction de nouveaux produits sur le marché. Toutefois,
ils remettent en cause la qualité de ces indicateurs qui selon eux, ils ne tiennent pas compte des
spécificités du contexte de mesure de l’innovation, par conséquent, ne reflètent qu’une partie
de la réalité de celle-ci.
En effet, depuis les années 50, cette problématique ne cesse pas d’attirer l’attention des
chercheurs en sciences de gestion qui tentent de déterminer des indicateurs les plus appropriés
pour mesurer l’innovation tout en prenant en compte les spécificités des organisations, des
secteurs d’activité et des types d’innovation. Plusieurs auteurs se sont donc penchés sur la
mesure de l’innovation et sur les conditions d’un management réussi du processus d’innovation
90
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
au sein des entreprises. Les premières approches ont adopté une vision de type « boîte noire »
en se basant sur des variables d’entrée et de sortie sans tenir compte de ce qui se passe à
l’intérieur du processus et de l’organisation (Assiellou, 2008; Milbergs & Vonortas, 2004).
Dans cette optique (Manriquez, 2015) stipule que l’investissement en R&D constitue l’une des
métriques les plus connues de l’innovation. Selon le manuel de Frascati69, cette métrique peut
être étudiée selon trois niveaux : la recherche basique qui est l’acquisition d'une nouvelle
connaissance, la recherche appliquée qui est la mise en œuvre d'une nouvelle connaissance et
le développement expérimental qui est l'application de connaissances déjà acquises (Tsang et
al., 2008). Les auteurs qui se basent sur les métriques d’entrée et de sortie comme Kaplan &
Winby, (2007) proposent de mesurer l’innovation suivant trois catégories de métriques
notamment le retour sur investissement, les capacités organisationnelles et le leadership.
Bien que l’apport des travaux menés dans le cadre de cette vision de « boîte noire » soit d’une
utilité irréfutable, ils ne permettent pas d’appréhender la réalité des processus d’innovation dans
son ensemble du fait qu’ils se basent pratiquement sur les inputs et les outputs sans pour autant
étudier la manière dont laquelle, ces inputs sont utilisés à l’intérieur de l’entreprise pour réaliser
des innovations (résultats ou outputs). D’où la nécessité d’adopter une vision plus globale de
69
Le Manuel de Frascati et une référence internationale en méthodologie publiée par l’OCDE en 1963 pour la
réalisation des études statistique et le suivi des activités de recherche et développement (R&D). Il a été réédité à
plusieurs reprises jusqu'à atteindre sa septième édition en 2015. Il traite exclusivement de la mesure des ressources
humaines et financières mobilisées par les activités de recherche et de développement expérimental (R&D).
91
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
l’activité d’innovation pour pouvoir développer des métriques plus significatives et plus
représentatives.
Dans cette logique, Morris, (2008) suggère d’appréhender le processus d’innovation en 9 étapes
essentielles (9 petites boîtes noires) et propose des indicateurs quantitatifs et qualitatifs. Les 9
étapes proposées par Morris 2 étapes mesurant concernent tout d’abord la mesure des « inputs
» qui porte généralement sur la pensée stratégique et la gestion de portefeuilles des ressources
d'innovation (2 étapes). Ensuite, 6 étapes mesurant les processus (recherche, idées, perspicacité,
pointage, développement d'innovation et développement du marché) et en enfin une dernière
étape mesurant les outputs ou les résultats.
Dans ce même ordre d’idées, Hollenstein (1996) en se basant sur les résultats d’une étude
empirique présente une métrique regroupant un ensemble d’indicateurs afin d’élargir le champ
de la mesure de l’innovation. Il stipule qu’une mesure globale basée sur des indicateurs agrégés
est toujours supérieure à toute variable d'innovation individuelle. Cependant, ce type
d'indicateurs ne permet pas d’expliquer l'innovation dans certaines organisations présentant des
caractéristiques spécifiques comme les PME et les coopératives. D’où la nécessité de
déterminer des mesures permettant de mesurer l’innovation dans ces organisations.
Face à cette grande diversité des indicateurs de mesure de l’innovation, Ajzen (2016) définit
quatre catégories distinctes d’indicateurs en fonction de la nature et le type d’innovation mis en
place. Il s’agit d’indicateurs factuels, déclaratifs, relatifs et indirects. Les indicateurs factuels
portent sur les marques et les brevets possédés par l’entreprise et l’évolution du budget alloué
à l’activité de R&D. Puis les indicateurs déclaratifs qui évaluent le changement qu'il soit de
l’organisation mise en œuvre ou de technologie utilisée pendant une période donnée (3 ans en
général). Ensuite, les indicateurs relatifs portent sur les innovations produit et procédé et
qualifient l’innovation par le nombre de nouveaux produits mis sur un marché et de nouveaux
procédés ou techniques mis en place au sein de l’entreprise. Enfin, les indicateurs indirects qui
regroupent les indicateurs intangibles par exemple : l’obtention d’une prime à l’innovation ou
d’une récompense, l’adhésion à un pôle de compétitivité, ou encore la réputation et l’image de
la firme en matière d’innovation. En effet, au mépris de cette multitude d’indicateurs, quatre
familles peuvent être définies comme le montre le tableau ci-dessous :
92
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Type Indicateurs
• les brevets et marques que possède l’entreprise
Indicateurs factuels • Évolution du budget alloué à l’activité de recherche et développement
(R&D)
• changement soit de technologie ou de l’organisation mise en œuvre pendant
Indicateurs déclaratifs une période donnée (3 ans en générale).
Indicateurs relatifs • Innovations produit et procédé
• Indicateurs intangibles comme l’adhésion à un pôle de compétitivité,
Indicateurs indirects l’obtention d’une récompense d’innovation, l’obtention d’une prime à
l’innovation, l’image ou la réputation de l’entreprise en matière d’innovation
Source : Bakkar et Chakir, 2020
Dans une organisation, de nombreuses fonctions et métiers sont mobilisés pour mener une
activité d’innovation. Ceci nécessite une vision intégrée de processus suivant une approche
systémique pour appréhender le phénomène de l’innovation (Le Masson et al., 2006). La
mesure de l’innovation nécessite une appréhension de ses différents niveaux de pilotage.
Au sens de Morrel, la distinction des niveaux de pilotage de l’innovation est nécessaire dans la
mesure où chaque niveau nécessite des méthodes d’évaluation spécifiques, des pratiques de
management caractéristiques et concerne des acteurs différents. Dans ce sens, Morel et al. 2006
distinguent six niveaux d’intervention pour mesurer l’innovation. Deux niveaux en dehors de
l’entreprise et quatre niveaux à l’intérieur.
93
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
94
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
À ces différents niveaux correspondent six bonnes pratiques qui constituent un cadre de
référence pour la conception d’un indice potentiel pour la mesure de l’innovation comme le
montre la figure ci-après (Boly, Morel, Assielou et Camargo, 2014 ; Rejeb,
Morel-Guimarães, Boly et Assiélou, 2008).
Source : Indice de l’innovation Potentielle (IIP) : un diagnostic de la capacité à innover au service des
PME, Enjolras et al., 2018; p19.
Une fois les activités concernées sont déterminées, elles sont par la suite évaluées suivant une
grille de maturité afin d’appréhender leur niveau de maitrise. Cette grille est présentée sous la
forme d’un escalier faisant apparaître cinq niveaux distincts comme le montre le tableau ci-
après.
95
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Source : Auteur
Face l’absence jusqu’à nos jours d’un indice d’innovation potentiel adapté aux entreprises
coopératives, nous avons décidé de nous baser sur l’IIP des PME pour diverses raisons : tout
d’abord, l’existence d’une grande similitude entre les PME et la plupart des coopératives
concernées par notre recherche notamment en matière de compétences et de ressources qui sont
à leurs dispositions pour mener leurs activités d’innovation avec quelques différences en
matière de management et de gouvernance.
2. Typologie de l’innovation
Tout comme sa définition, la distinction des différents types de l’innovation nous semble d’une
importance capitale pour appréhender le phénomène d’innovation dans le contexte coopératif.
La littérature contemporaine définit une vaste gamme de types d’innovation et adopte des
classifications variées et multiformes. Dans ce sens, la nature de l’innovation, son niveau
d’application, le degré de nouveauté ou l’ampleur du changement induit constituent des critères
parmi d’autres qui peuvent servir de base pour la caractérisation des différents types
d’innovation. Dans ce paragraphe, nous commençons par définir la typologie de l’innovation
selon sa nature puis selon son objet ou son application et finalement selon l’ampleur du
changement induit.
96
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
La première distinction adoptée dans la littérature notamment dans les travaux de Schumpeter
et qui a été par la suite adoptée par l’OCDE est celle faisant référence au domaine d’intervention
de l’innovation au sein de l’entreprise. Dans ce sens, il faut distinguer d’une part l’innovation
technologique qui porte généralement sur les produits proposés ou les processus et procédés
utilisés, et d’autre part l’innovation non technologique qui touche généralement le mode
organisationnel et les pratiques marketings. Ainsi, quatre types d’innovation sont à distinguer :
l’innovation produit, l’innovation procédés, l’innovation organisationnelle et l’innovation
commerciale ou marketing.
97
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Une innovation est qualifiée d’organisationnelle s’elle porte sur la mise en place de nouvelles
méthodes de management portant en interne sur les pratiques et l’organisation du milieu de
travail, la gestion des connaissances et des compétences, mais sur la gestion des relations de
l’entreprise avec son environnement. Ce type d’innovation est motivé par la recherche par la
firme d’une meilleure performance via la réduction des coûts administratifs et de transaction et
l’amélioration des conditions de travail et la satisfaction de ses collaborateurs. Selon le manuel
d’Oslo (2005), un changement organisationnel n’est assimilé à une innovation que s’il est induit
par l’introduction d’une méthode organisationnelle qui n’a pas été utilisée par la firme. Cette
innovation qui se manifeste à travers les individus les équipes et la gestion permet l’instauration
et le renforcement d’une culture d’innovation au sein de l’entreprise et l’amélioration de sa
réceptivité interne globale de nouvelles connaissances (Wang & Ahmed, 2004).
98
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
radicale et incrémentale vu que l’innovation se situe en fait sur un continuum dont l’innovation
incrémentale et radicale en seraient les deux extrêmes.
L’innovation radicale est l’un des premiers types de l’innovation identifiés par la littérature de
la théorie économique. Elle correspond à «l’introduction d’une technologie générique qui
affecte l’organisation du travail et la productivité dans un grand nombre d’activités aussi bien
du point de vue l'organisation qui l’a introduit que du point de vue du marché qui l’a reçu »
(Rahmouni & Yildizoglu, 2011). Bien qu’elle ne se manifeste pas d’une manière fréquente, son
impact sur la croissance est durable et s’annonce sur le long terme. Néanmoins, son adoption
présente des défis stratégiques notamment en termes de coût et de risque du fait qu’elle est
porteuse d’une plus grande incertitude, et nécessite parfois un processus de mise en œuvre
moins formalisé pour être adopté avec succès (Mintzberg et al.,1976).
Ce type est le plus fréquemment recensé notamment chez les entreprises dont l’activité de
recherche n’est pas assez développée, car le degré d’incertitude et le risque encourus sont
d’autant moins importants que dans l’innovation radicale. Bien qu’elle soit moins importante
en termes de changement qu’elle introduise, elle joue un rôle primordial dans le stockage de
99
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Considérant que ce continuum d’innovation soit déterminé par ses deux extrêmes qui soient
l’innovation radicale et l’innovation incrémentale, entre ces deux extrémités, plusieurs niveaux
peuvent être distingués. Ainsi, on repère dans la littérature des appellations diversifiées telles
que l’innovation réellement nouvelle, adjacente, discontinue, imitative …etc.
Face à cette diversité des typologies de l’innovation, Garcia & Calantone(2002) proposent la
typologie présentée dans le tableau suivant :
Contrairement aux autres types d’innovation, l’innovation sociale (IS désormais) est définie par
sa finalité. Il peut prendre les différentes formes d’innovation citées dans ce qui précède tout en
mettant en avant leur finalité sociale. Certes, l’IS se différencie de l’innovation commerciale
ou technologique, mais ces derniers peuvent conduire à une telle innovation. Il s’agit donc d’un
sous-ensemble de l’innovation qui se matérialise aussi bien sous la forme de nouveaux produits
(biens ou services), nouveaux procédés ou processus, nouveaux marchés, nouvelle organisation
ou encore nouveau modèle d’affaires (Bensalah, s. d.).
Compte tenu de cette spécificité de l’IS, sa définition n’est toujours pas consensuelle. Elle varie
selon le contexte dans lequel elle est traitée et en fonction également du statut de l’entité qui la
100
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
définit (chercheurs, acteurs publics, ONG…). Dans cette veine, les travaux du CRISES70
considèrent l’innovation comme «Tous les nouveaux biens, services, idées, processus...dont
l’objectif est de répondre à des besoins sociaux, non satisfaits par le marché et/ou l’État, au
profit des populations défavorisées ». De leur côté Howaldt & Jacobsen, (2010) l’assimilent à
une « nouvelle combinaison et/ou une nouvelle configuration de pratiques sociales dans
certains domaines d'action ou contextes sociaux, suscités par certains acteurs ou ensemble
d'acteurs de manière intentionnellement ciblée, dans le but de mieux satisfaire ou répondre aux
besoins et résoudre des problèmes via des pratiques établies »71. Il est à souligner ici que la
notion du « besoin social » constitue le pivot dans les définitions de l’innovation sociale.
Dès lors, l'innovation sociale ne se réfère pas à un secteur particulier de l'économie, mais à
l'innovation dans la création de la valeur sociale, indépendamment de son origine. Elle se
présente ainsi, comme solution à de nouveaux problèmes ou à des problèmes qui restent non
résolus par l’État ou par le marché. Ainsi, face aux besoins sociaux qui ne cessent pas de
s’intensifier, le rôle de l’IS se confirme via une variété de thématiques qui s’articule en
éducation, la santé, l’inclusion socio-économique, la lutte contre le chômage et la pauvreté.
3. Caractéristiques de l’innovation
Comme nous l’avons expliqué dans ce qui précède, la théorie de la diffusion de l’innovation de
Rogers, propose un cadre conceptuel permettant d’expliquer comment une innovation est
diffusée au sein d’un contexte particulier en passant du stade de l’invention à celui de
l’utilisation élargie (Rogers, 2004). Cette diffusion dépend aux yeux de l’auteur de cinq
principaux éléments qui constituent les caractéristiques intrinsèques de l’innovation. Dans ce
même ordre d’idées, Damanpour & Evan, (1984) stipulent que les difficultés liées à l’adoption
d’une innovation incarnent les attributs et les caractéristiques de ladite innovation.
70
Centre de Recherche sur les Innovations Sociales de l’université de Québec à Montréal
71
Traduction de: “A new combination and/or new configuration of social practices in certain areas of action or
social contexts prompted by certain actors or constellations of actors in an intentional targeted manner with the
goal of better satisfying or answering needs and problems than is possible on the basis of established practices.”
101
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
L’avantage relatif fait référence au degré auquel une innovation est réputée préférable ou
meilleure par rapport à celle qu’elle est censée remplacer notamment en termes économique et
social (Tornatzky & Klein, 1982). Du point de vue économique, le processus d’innovation
engendre des coûts (nécessite des ressources aussi bien matérielles qu’humaines) dans ses
différentes phases depuis la génération d’idées jusqu’à sa diffusion.
Bien que certains types d’innovation soient plus coûteux que d’autres, la notion du coût d’une
innovation influence fortement la décision d’adoption de ladite innovation qu’elle soit
technologique ou non. Étant donné que la situation économique de la grande majorité des
coopératives au Maroc n’est pas seine, l’aspect économique l’emporte sur le social dans les
coopératives. Il semble être l’élément principal qui détermine l’avantage relatif d’une
innovation dans ce contexte particulier.
Du point de vue social, l’innovation présente un défi interne difficile à relever du fait qu’elle
nécessite parfois un changement important dans le système social puisqu’il affecte plusieurs
acteurs et activités (Teece, 1980; Damanpour & Evan, 1984; Dubouloz, 2013). Le challenge
réside donc dans l’optimisation à la fois des coûts de l’innovation et de son impact social sur
l’organisation (son impact sur les valeurs coopératives).
La compatibilité d’une innovation mesure le degré de son adéquation avec les valeurs, les
pratiques sociales et les normes selon la perception de l’entreprise qui l’adopte. Les idées
compatibles avec les valeurs et normes seraient facilement adoptées qu’une idée nécessitant des
changements marquants. A contrario, les idées incompatibles nécessiteront un double effort :
celui de la mise en place d’un nouveau système de valeurs d’une part et celui de la mise en
application de l’innovation elle-même.
La complexité quant à elle, renvoie au degré de difficulté associé à une innovation. Cette
difficulté porte tout d’abord sur la compréhension de l’idée puis sur son utilisation. Ceci exerce
une forte influence sur l’adoption de l’innovation. Le degré de complexité est inversement
proportionnel à la rapidité d’adoption de l’innovation.
102
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
La testabilité d’une innovation joue un rôle de stimulus pour son adoption. Elle consiste en la
possibilité d’essayer ladite innovation et d’en apporter des modifications avant de s’engager
dans son utilisation. L’importance de cette variable réside dans le fait qu’elle permet aux
utilisateurs potentiels d’avoir confiance dans l’objet de l’innovation grâce à la possibilité
d’apprentissage à son utilisation.
Cependant, ces caractéristiques ne suffisent pour prédire l’adoption de l’innovation que si elle
prise dans leur ensemble suivant une combinaison bien précise et inversée (Rogers, 1995). De
ce sens, Tornatzky et Klein (1982) ont réalisé une méta-analyse de la littérature portant sur la
théorie de la diffusion de l’innovation (75 publications) et ont démontré que trois de ces cinq
caractéristiques influençaient davantage l’adoption d’une innovation. En effet, la compatibilité
et les avantages relatifs seraient positivement liés à l’adoption tandis que la complexité y serait
négativement liée. Plusieurs études ont porté sur ces caractéristiques dans divers contextes.
Moore & Benbasat (1991) ont testé l’effet déterminant de ces caractéristiques dans le contexte
spécifique des technologies de l’information et confirment les caractéristiques mentionnées par
la théorie de diffusion de Rogers comme des déterminants de l’adoption d’une innovation tout
en leur apportant quelques modifications (Dubouloz, 2013a).
Ces modifications ont porté essentiellement sur l’attribut d’observabilité qui a été défini en
fonction de deux principales dimensions : d’une part, la visibilité de l’innovation (visibility) et
d’autre part la possibilité d’en démontrer les résultats (demonstrability). Ils y ont également
ajouté un sixième élément dont ils confirment l’effet déterminant. Il s’agit de l’image qui se
réfère au degré auquel l’utilisation de l’innovation améliore le statut social de l’individu. De
plus, selon le modèle de Moor et Benbasat (1995), le volontarisme, les normes sociales en place
sont aussi des éléments qui influencent fortement l’adoption de l’innovation.
103
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Dans cette section nous nous projetons à mettre en exergue les spécificités des coopératives
notamment agricoles qui peuvent influencer leur capacité d’innovation.
Avant de se lancer dans une analyse théorique sur l’activité d’innovation dans les entreprises
coopératives, il convient d’abord, de commencer par une tentative de définition de celles-ci en
tant que forme d’organisation. L’objectif étant de mettre en évidence leurs caractéristiques
intrinsèques qui sont susceptibles d’influencer leur potentiel d’innovation. Bien que la
définition des coopératives ait été évoquée dans la deuxième section du chapitre précédent, nous
jugeons utile de revenir sur cette définition pour mettre le point sur les spécificités et les
caractéristiques de ce type d’organisation susceptible d’influencer son comportement et sa
capacité d’innovation.
Il existe une abondante littérature qui traite de la définition des coopératives et leurs
caractéristiques. Plusieurs chercheurs venant de diverses disciplines se sont attachés à mettre en
lumière les spécificités de cette organisation particulière. Ce qui justifie l’existence des centaines
de définitions variées et multiformes (Cox & Nilsen, 2015). Néanmoins, l’abondance de
définitions n’empêche en rien l’existence d’un consensus sur sa nature humaine et collective
(Lewi & Perri, 2009 op. cit). Les spécificités identitaires et organisationnelles ont été également
déterminantes dans certaines définitions qui voient la coopérative comme une forme
d’organisation spécifique (Vienny, 1980).
De son côté, l’ACI72 a mis l’accent dans la définition qu’il a proposée sur certaines
caractéristiques qui constituent l’identité coopérative. Ces caractéristiques ont été présentées
sous forme de valeurs et principes qui fondent le paradigme coopératif. Ces valeurs et principes
touchent à la fois les aspects organisationnels, économiques et sociaux.
72
Alliance Coopérative Internationale
104
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Dans le contexte marocain, la lecture de la définition donnée aux coopératives doit souligner
certains termes qui caractérisent l’identité coopérative. En effet, la définition donnée par la
nouvelle loi régissant le statut général des coopératives a mis en exergue trois principales
caractéristiques. D’abord, les membres qui constituent la coopérative qui peuvent être
personnes physiques ou morales après avoir été réservée aux personnes physiques ce qui
constitue un élargissement du champ de la coopération. Ensuite, le caractère économique est
mis à l’honneur via la création d’entreprises pour la satisfaction exclusive de ses membres. Ce
qui met fin au caractère associatif qui dominait la culture coopérative au Maroc.
105
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
En effet, l’adhésion aux coopératives est soumise à une contribution économique obligatoire.
Toute personne désireuse d’adhérer à la coopérative doit souscrire et libérer ses parts qu’elle
s’agisse d’une adhésion au moment de la création ou poste création. Les contributions des
membres qui forment le capital social de la coopérative. Il est à signaler ici que cette
contribution n’a aucune influence sur ce que va percevoir le membre ni sur son pouvoir de
contrôle comme c’est dans les entreprises capitalistes. Les adhérents retirent par contre des
ristournes proportionnelles à l’importance des transactions réalisées avec la coopérative
(Dumais, 1976).
Ce constat justifie la faiblesse souvent constatée des apports des membres adhérents qui
s’approchent souvent du minimum fixé par les statuts des coopératives. Ce qui limite leurs
capacités d’investissement et de financement. Il impacte également la structure financière des
coopératives dont les modalités de financement restent fortement dépendantes de leurs relations
organiques entretenues avec les exploitants membres (Nicolas, 1988).
Le problème d’incitation à l’investissement tel qu’il a été décrit par Green et al., (1995) et
Mentani & Vink, (2011) d’une part, et le problème de conflits d’intérêts détaillé par Saisset
(2014) impacte négativement les capacités des coopératives. Selon ce dernier, le problème de
conflit d’intérêts spécifique au modèle d’affaires coopératif se manifeste à deux principaux
niveaux :
d’un côté, les adhérents des coopératives ont le plus souvent tendance à favoriser les
objectifs à court terme en vue de maximiser la rémunération de leurs apports, au lieu de
s’engager dans un programme d’investissement à long terme, qui est généralement
financé les fonds propres de leur coopérative constitués potentiellement par
l’accumulation des excédents ;
d’un autre côté, les administrateurs ayant pour objectif collectif de conserver la valeur
créée par la coopérative à la disposition de celle-ci en vue d’améliorer sa capacité de
financement et donc de pouvoir se lancer dans l’investissement et développer la
coopérative.
Les spécificités économiques des coopératives peuvent donc exercer une influence effective sur
l’implémentation de stratégies favorisant leurs capacités et leurs attitudes envers l’innovation.
Cette influence peut se justifier par l’importance de l’investissement dans toute démarche
d’innovation. Outre, la démarche d’innovation nécessite un effort d’investissement
106
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
En effet, les relations entretenues entre la coopérative et ses adhérents s’avèrent uniques dans
le monde organisationnel. Les membres d’une coopérative sont considérés à la fois des
fournisseurs et des utilisateurs ou clients, ce qui n’est pas le cas dans les autres formes
d’organisation entrepreneuriale. Cette double facette des membres nécessite des formes
d’organisation et un système de gouvernance bien spécifique. Nous y reviendrons pour plus de
détails dans le point qui porte sur le modèle de gouvernance coopérative. Pour comprendre
cette logique, il faudra rappeler l’une des conditions d’émergence de l’ESS dont les
coopératives constituent l’une des principales composantes. Comme mentionné dans le chapitre
premier de cette thèse, le refus de la subordination économique était l’un des facteurs qui ont
suscité l’émergence des mouvements de militantisme qui a mené à la proposition d’un nouveau
modèle organisationnel ou la subordination est supprimée pour être remplacée par une relation
basée sur l’association entre producteurs et usagers (Demoustier & Rousselière, 2004).
En outre, la relation entre les membres d’une coopérative ne s’inscrit pas dans une logique
purement concurrentielle, mais surtout dans une logique de coopération et de parfaite
convergence entre leurs intérêts individuels et l’intérêt général de la structure coopérative au
moins sur le plan théorique. Néanmoins, cette logique de convergence induit dans certains cas
sous-entendus des conflits d’intérêts entre les membres d’une même coopérative. Ce cas de
73
Dans cette thèse on utilise les termes : adhérents, membre et coopérant pour désigner les membres d’une
coopérative.
107
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
figure intervient généralement en cas d’existence des écarts considérables en termes de taille et
d’activités des membres. Ce qui engendre parfois des problèmes qui freinent le processus de
développement de son l’activité. Certains chercheurs en organisation ont mis en avant
l’existence des tensions dans le modèle coopératif. Dans ce sens, un effort considérable doit
être déployé via l’innovation organisationnelle pour réduire ce risque via des pratiques
organisationnelles innovantes qui essayent de flexibiliser la structure organisationnelle avec la
nature des liens, mais aussi avec les tailles et les objectifs de membres de la coopérative.
Pour ce qui est de l’impact social des coopératives, il se mesure via un ensemble de variables
(Ed-Dafali et al., 2015). Leur contribution à la lutte contre le chômage prend de plus en plus
l’ampleur avec leur contribution à l’insertion des jeunes diplômés. Dernièrement on assiste à
l’émergence d’un nouveau type de coopératives détenues et gérées par les jeunes diplômés.
Cette nouvelle forme d’entreprendre offre aux jeunes comme à l’ensemble de la population de
nouvelles opportunités actives via la création d’activités génératrices de revenus. En outre, les
entreprises de la forme coopérative jouent également sur la réduction de la pauvreté et
contribuent à l’inclusion socio-économique de leurs membres à travers l’amélioration de leurs
conditions économiques et sociales.
La littérature se basant sur l’intérêt et la nature des membres adhérents pour la classification
des coopératives permet l’identification de quatre familles de coopératives : les coopératives de
producteurs, les coopératives de travailleurs, les coopératives de consommateurs et les
108
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
La deuxième catégorie concerne les coopératives d’activité et d’emplois dont les membres sont
essentiellement des travailleurs. Les travailleurs possèdent conjointement leur coopérative et la
gèrent par le biais de structures de gouvernance démocratique. L’intérêt commun des membres
dans ce cas est de garantir un emploi fiable avec un salaire équitable et durable. L'une des
spécificités de ce type est que les emplois des membres sont directement assurés par ou à travers
leur coopérative.
Source : Auteur
109
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
La troisième catégorie est appelée coopératives de consommateurs. Il s’agit de l’une des formes
les plus anciennes aussi bien au Maroc que dans le monde entier. Les premières coopératives
créées au Maroc à l’ère du protectorat étaient des coopératives de consommateurs créées
essentiellement par les fonctionnaires de l’administration coloniale. L’intérêt commun partagé
entre les membres de ce type de coopératives est de garantir un accès à des biens et services en
quantités suffisantes avec un prix raisonnable en bénéficiant des économies d’échelle. Enfin,
les coopératives multipartites ou de solidarité sont formées par deux types de membres au
moins. Par exemple des travailleurs et des utilisateurs ayant un intérêt commun avec une
implication significative dans l’activité de la coopérative.
Tout comme leurs homologues capitalistes, les entreprises coopératives peuvent être également
classées en fonction du secteur d’activité dans lequel elles opèrent. Ainsi, au-delà des secteurs
traditionnels qui sont l’agriculture, l’artisanat et le commerce, les coopératives exercent
actuellement leurs actions dans toutes les branches de l’activité humaine. Au Maroc, les
secteurs identifiés sont les suivants :
Source : ODCO
74
Il est à noter que la nomenclature des secteurs d’activités varie d’un contexte à l’autre. Nous avons mentionné ici
à titre d’exemple la nomenclature adoptée au Maroc vu que c’est notre contexte d’étude.
110
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Une autre logique de classification des coopératives qui combine la nature de la relation qui lie
la coopérative à ses adhérents et leur type. C’est cette logique qui a été retenue par la loi n° 112-
12 régissant le statut général des coopératives au Maroc. Cette loi stipule que les coopératives
peuvent être classées en trois grandes catégories avec possibilité pour une même coopérative
de combiner deux ou trois catégories :
les coopératives auxquelles les membres fournissent des produits en vue de leur revente
au tiers après leur transformation ou des services en vue de les fournir à ces derniers ;
les coopératives de production de marchandises ou de fourniture de services au profit
de leurs membres ;
les coopératives qui offrent un emploi rémunéré au profit de leurs membres.
À la lumière des différentes classifications traitées dans ce paragraphe, nous pouvons définir
clairement notre cible pour le présent projet de recherche. Il s’agit des coopératives agricoles
formées par des producteurs dans l’objectif de valorisation et de transformation de leurs
produits en vue de les écouler sur le marché. Nous nous intéressons alors dans le cadre de cette
recherche à cette catégorie bien définie.
Dans la littérature, les coopératives agricoles constituent une catégorie spéciale d’organisation,
qui se distingue largement des sociétés civiles ou commerciales. Il s’agit de structures de nature
coopérative abritant des agriculteurs en vue d’une mutualisation des efforts et l’utilisation
commune de tous moyens propres dans l’objectif de développer leur activité économique et
accroitre la productivité et les résultats de cette activité (M. Martin et al., 2012). Comme
l’ensemble des organisations coopératives, les coopératives agricoles sont fondées sur le respect
des principes de base de du paradigme coopératif. Ces principes qui constituent l’essence de
l’identité coopérative, sont déterminants de leur design organisationnel, leurs pratiques
managériales et leur mode de gouvernance.
Nous nous projetons dans ce paragraphe à mettre en lumière les spécificités identitaires et
organisationnelles des coopératives agricoles en vue d’analyser leur impact sur leur capacité à
innover. Nous allons essayer donc de passer par revue les principes et les valeurs coopératives
qui exercent une influence sur le comportement d’innovation dans les structures coopératives.
111
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
75
La double qualité de l’adhérent constitue une particularité exclusive des coopératives notamment agricoles qu’on
ne trouve dans aucune autre forme sociétaire. Les anglo-saxonnes la qualifient de « user-owner principale ».
76
Ce mot est utilisé pour désigner la deuxième qualité de l’adhérent qui en plus de sa qualité de propriétaire de la
coopérative, il est également fournisseur de la coopérative pour les coopératives dont l’activité est la collecte et la
commercialisation ; et client pour les coopératives d’approvisionnement et de services.
112
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
L'autonomie et l'indépendance : les coopératives sont des entités autonomes. Elles sont des
organisations d’entraide contrôlées par leurs membres. Si elles concluent des accords avec
d’autres organisations, y compris avec des gouvernements, ou si elles lèvent des capitaux
provenant de sources externes, elles le font de manière à s'assurer que les membres exercent un
contrôle démocratique et conservent leur autonomie.
La coopération entre les coopératives : les coopératives servent leurs membres le plus
efficacement possible, et renforcent le mouvement coopératif en collaborant via des structures
locales, nationales, régionales et internationales.
Bien que les coopératives sont pratiquement soumises aux mêmes exigences d’efficacité et de
résultats que les autres formes d’entreprises (Mergoum & Hinti, 2016a), la nature particulière
de la relation dirigeants (administrateurs)-adhérents-parties prenantes implique l’existence d’un
mode de gouvernance aussi particulier.
Les acteurs de ce mode d’entreprendre se trouvent face à un l’enjeu de conciliation entre les
objectifs économiques de pérennité et d’efficacité avec les valeurs et les principes coopératifs
113
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Au Maroc, la question de la gouvernance coopérative ne peut pas être traitée séparément avec
le nouveau cadre légal des coopératives. En effet, la loi 112-12 régissant le statut général des
coopératives et les missions de l’ODCo, vise l’amélioration du système de gouvernance des
coopératives. Cette loi qui a entrée en vigueur en 2015, a défini clairement les doit et les
obligations des adhérents ainsi les attributions des différents organes des coopératives. Il a
défini également les organes de gestion et de contrôle des coopératives.
La loi citée plus haut détermine trois principaux organes à travers lesquelles s’exerce la
gouvernance coopérative au Maroc. Il s’agit notamment de l’assemblée générale, le conseil
d’administration et le comité de contrôle.
Les adhérents disposent donc d’une double légitimité vis-à-vis de la coopérative. D’une part,
ils détiennent un pouvoir de contrôle électif via la participation à la désignation des
administrateurs (conseil d’administration ou gérants) sur une base démocratique. D’autre part,
ils exercent un pouvoir économique sur les profits dégagés à travers le volume des transactions
réalisées avec leur coopérative77 (Benouaicha, 2016).
77
Dans les coopératives, la distribution des excédents se fait sur la base du volume des transactions réalisées avec
la coopérative et non pas sur la base des parts sociales détenues comme dans les entreprises de droit commercial.
114
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Au Maroc, une grande partie de coopératives notamment de petites tailles ne disposent pas d’un
directeur. Le conseil d’administration assure à la fois les missions qui lui sont confiées et les
missions confiées normalement au directeur. Tenant compte de la volonté des coopérateurs et
de la taille de la coopérative, le conseil d’administration peut contenir un nombre membre entre
trois et douze à condition qu’il soit divisible par trois78.
Le caractère facultatif de ce comité dans les coopératives marocaines n’affaiblit pas son
importance dans ce contexte spécifique. Certes, la plupart des coopératives notamment de
petites tailles (petit nombre d’adhérents) ne disposent pas d’un comité de surveillance, les
78
À noter ici que la loi 112-12 accorde aux coopératives marocaines de désigner au lieu du conseil d’administration
un ou plusieurs gérants. Les gérants peuvent être élus parmi les adhérents de la coopérative comme ils peuvent être
des salariés non adhérents.
79
L’article 67 de cette loi statut sur les modalités de désignation, les dispositions générales et les missions du comité
de surveillance
115
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
En somme, le modèle de gouvernance des coopératives marocaines est axé sur trois principaux
organes : l’assemblée générale (organe de décision), le conseil d’administration et le directeur
dans certains cas (organe de gestion et de décision au niveau opérationnel) et le comité de
surveillance (organe de contrôle). Les liens entre les différents organes sont schématisés dans
la figure ci-dessous :
Source : Auteur
À la lumière des caractéristiques citées dans ce paragraphe, il nous serait facile de repérer les
points de divergence entre les entreprises de la forme coopératives et leurs homologues
classiques. Les principales différences sont résumées dans le tableau ci-dessous :
80
Ils n’existent pas encore de critères de classification des coopératives mais la plupart des écrits en la matière
considère les coopératives dont le nombre d’adhérents ne dépasse pas 50 adhérents comme des coopératives de
petite taille.
116
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Tableau 16: Différences entre les entreprises coopératives et les entreprises capitalistes
117
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
En effet, le problème de désertification des zones agricoles s’intensifie de plus en plus au Maroc
sous l’effet des changements climatiques durant ces dernières décennies. D’autre part, la
production de masse induite par la pression concurrentielle et le besoin sans cesse grandissant
l’impact négatif de l’activité agricole sur les milieux naturels, les sols, l’eau et la biodiversité.
En effet, les coopératives agricoles comme les autres acteurs opérant dans le secteur agricole et
agroalimentaire doivent faire recours à des pratiques innovantes pour une bonne maîtrise de
l’impact de leur activité sur l’environnement. Des pratiques qui optimisent l’utilisation des
ressources au stade de la production et qui limitent les émissions notamment des gaz à effet de
serre qui sont considérés comme causes directes des changements climatiques (Singh et al.,
1996).
Sur le plan économique, dans un contexte marqué par la mondialisation des marchés et ses
implications en matière de concurrence, les coopératives agricoles se heurtent au dilemme
d’assurer la viabilité et la pérennité de leurs activités en agissant sur les coûts, et au temps de
maximisation de la rémunération des apports des membres adhérents et non adhérents (salariés).
Pour plus de précisions, il faut dire que l’objectif soit donc de garantir la résilience de
118
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Face à la pression concurrentielle qui ne cesse pas de s’intensifier, les coopératives agricoles
doivent trouver la meilleure combinaison leur permettant de résoudre ce dilemme purement
coopératif. Ce qui constitue un autre champ qui nécessite un effort considérable en matière
d’innovation. En outre, au niveau macroéconomique, les coopératives agricoles tenant compte
de leur positionnement dans la chaine de valeurs agricole doivent participer activement à
répondre aux besoins nationaux et contribuer à l’atteinte de l’objectif ultime de l’autosuffisance
alimentaire. Ce qui suppose une agriculture et une industrie agroalimentaire susceptible d’offrir
des produits à forte valeur ajoutée pour limiter les exportations et donc améliorer la balance
commerciale (Harbouze, 2019).
L’enjeu social et territorial est imposé par les valeurs et les principes coopératifs qui font de
l’engagement envers la communauté l’un des principes fondamentaux sur lesquels repose le
paradigme coopératif. Dans ce paragraphe l’idée de traiter l’enjeu social et l’enjeu territorial
concomitamment est issue de notre conviction que ces deux dimensions sont intimement liées
et interdépendantes. D’ailleurs, la littérature spécialisée traite l’impact social dans une vocation
territoriale. Cela veut dire que, vu l’encastrement territorial qui constitue l’une des principales
caractéristiques des coopératives agricoles, l’impact social de leurs activités qu’il soit la lutte
contre le chômage et l’exclusion, l’inclusion socio-économique et lutte contre pauvreté,
touchent principalement les populations locales concernées (Mergoum, 2016).
À ce niveau, outre les types d’innovation visant la viabilité et la pérennité de l’activité des
coopératives (produit, procédés, organisationnelle…), un autre type d’innovation s’avère
indispensable pour optimiser l’impact social. Il s’agit de l’innovation sociale qui renvoie aux
« nouvelles façons d’agir qui contribuent à prévenir les problèmes sociaux (Henderson, 1993,
cité par Bouchard et al., 2006). L’idée est de parvenir à proposer des solutions aux problèmes
sociaux dans une approche préventive (Fraser, 2003 cité par Bouchard et al., 2006 [Link],). Les
problèmes dont on parle à ce niveau, sont spécifiques aux territoires concernés renforce la
vocation territoriale de l’innovation dans les coopératives agricoles.
119
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Globalement, le comportement d’innovation des entreprises est les résultats d’interactions entre
l’état de la nature qui caractérise leur environnement, et leurs visions stratégiques qui semblent
être fortement influencés par cet état de la nature. Les coopératives agricoles n’échappent pas
à cette logique vu le contexte spécifique dans lequel elles évoluent. Cette relativité du
comportement à innover induit des non-convexités et des phénomènes de sélection et
d’endogénéité difficilement appréhendables aussi bien sur le plan théorique que pratique.
En effet, le comportement d’innovation dans les coopératives agricoles est influencé par un
nombre croissant de facteurs. Ces facteurs tant internes qu’externes agissent à la fois sur la
probabilité de se lancer dans une activité d’innovation et les conditions de succès de ladite
innovation. Selon une étude menée par l’institut international des coopératives (IIC) sur les
pratiques et les priorités d’innovation dans les coopératives, les pratiques des coopératives en
matière d’innovation sont multiples et diversifiées. Le comportement et les pratiques
d’innovation peuvent être analysés suivant deux dimensions : les objectifs visés et les modalités
organisationnelles de soutien de l’innovation matérialisant l’effort de l’organisation en la
matière. Dans le chapitre suivant, les spécificités du comportement d’innovation des
coopératives agricoles seront analysées d’une manière plus profonde en se focalisant sur le rôle
des ressources et capacités.
120
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
Conclusion du chapitre
Dans ce chapitre, il était question d’analyser le cadre conceptuel de notre recherche en mettant
l’accent sur les principaux concepts qui sont l’entrepreneuriat coopératif et l’innovation, mais
aussi d’examiner les spécificités de ce sujet dans le contexte spécifique des coopératives
agricoles.
En effet, la première section se veut une synthèse des différentes approches théoriques qui
motivent l’émergence et la conceptualisation de l’innovation. Ce concept dont les travaux de j.
Schumpeter constituent la pierre angulaire, s’analyse dans différentes disciplines ce qui le rend
un concept transdisciplinaire et plurivoque dont la définition n’est toujours pas consensuelle.
De plus sa nature interactive et organisationnelle augmente encore la complexité dont il fait
preuve.
En effet, face aux multiples enjeux auxquels font face les coopératives agricoles, nul besoin de
rappeler l’importance de l’innovation aussi bien sur le plan macroéconomique que
microéconomique. Il gagne de plus en plus de place dans le modèle d’affaires coopératif. Dans
ce sens il faudra signaler la forte conscience de l’importance de l’innovation dans les
coopératives marocaines dont une grande partie d’entre elles commencent à positionner ce sujet
parmi leurs priorités (Bakkar & Chakir, 2021a). La réflexion aujourd’hui aussi bien dans le
121
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et conceptuel
monde académique que politiques et professionnel, est orientée vers l’exploration des voies
possibles et les facteurs susceptibles de booster la capacité d’innovation de ces acteurs.
Dans cette logique, le chapitre suivant s’efforcera d’examiner le cadre théorique et conceptuel
de la capacité d’innovation des entreprises coopératives en se focalisant sur les coopératives
agricoles. Il portera bien évidemment sur les éléments de mesure de ladite capacité et ses
facteurs déterminants.
122
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Introduction du chapitre
Compte tenu des changements qui se produisent dans leur environnement, la préservation des
avantages concurrentiels est au centre des stratégies déployées par les entreprises dans la
vocation de mieux gérer leurs ressources (Hofer et Schendel, 1978). Ces stratégies sont souvent
développées en capitalisant sur la mémoire organisationnelle qui se construit à travers les
routines organisationnelles et en se basant sur les capacités de l’entreprise. En outre, la
compréhension des dynamiques d’un environnement, qu’elles soient technologiques ou
concurrentielles, tient une place importante dans les réflexions sur l’adaptation et la survie des
firmes.
Les organisations sont donc appelées à gérer la complexité croissante de leur environnement et
l’accélération du rythme des changements (Brown et Eisenhardt, 1995). Dans le cadre de ce
travail de recherche, nous proposons une approche de l’adaptation de l’organisation coopérative
à son environnement à travers l’articulation de deux concepts : les capacités dynamiques et la
capacité à innover comme fondements de l’activité d’innovation. L’innovation est tributaire de
la capacité d’une entreprise à découvrir de nouvelles opportunités, identifier des liens porteurs
de profit pour elle (Tidd, 2006). Il ne peut avoir lieu de facto que si l’organisation dispose d’une
capacité à innover.
Dans cette perspective, le présent chapitre se focalisera sur l’analyse du cadre conceptuel de la
capacité à innover en mettant en lumière, ses caractéristiques, ses approches et ses principaux
facteurs déterminants. Ainsi, nous allons essayer dans la première section d’analyser le concept
de la capacité à innover en mettant l’accent sur ses concepts annexes à savoir les capacités
dynamiques et la capacité d’absorption. Ensuite, dans la deuxième section, nous nous projetons
123
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Dans cette section, nous nous attachons à définir ce concept holistique à travers ses différentes
dimensions, ses éléments de caractérisation, ses principales théories et son évolution
conceptuelle.
Dans la littérature sur l’innovation, un large corpus de recherche s’est bâti autour du concept
de la capacité d’innovation. Dans sa grande partie, cette littérature porte sur les contextes et les
acteurs traditionnels. Toutefois, le secteur coopératif demeure peu étudié en ce qui a trait à ce
sujet d’innovation malgré que la coopérative soit souvent qualifiée d’organisation innovante
par nature. Dans le milieu coopératif, de nombreuses particularités font que l’innovation soit
différente de celle des autres secteurs. De ce fait, la tentative de définition que nous sommes en
train de développer dans ce paragraphe devra prendre en compte les spécificités de ce secteur
particulier.
En nous référant à la littérature spécialisée, nous avons facilement noté que la capacité à innover
fasse l’objet d’une multitude de tentatives de définition de la part de plusieurs chercheurs qui
relèvent de diverses disciplines. Cette diversité en termes de discipline a donné l’apparition
d’un ensemble de définitions qui touchent différents aspects de ce concept. Ce concept n’admit
donc pas une seule et unique définition. Certains le définissent comme la mobilisation des
124
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
ressources, compétences et capacités, dont une entreprise dispose pour « générer de nouvelles
idées, identifier de nouvelles opportunités de marché et lancer des innovations en s’appuyant
sur des ressources et capacités existantes »(Hii & Neely, 2000; Breznik & D. Hisrich, 2014).
Il s’agit d’une combinaison optimale trivariée de ressources, compétences et capacités au profit
de l’activité d’innovation au sein de l’organisation.
D’autres auteurs le rapprochent à une amélioration continue des ressources et des capacités
possédées par une organisation, et qui lui offre la possibilité d’identification de nouvelles
opportunités issue de son environnement, et qui sont susceptibles de la conduire au lancement
d’un nouveau produit (Szeto, 2000). Dans ce sens, Foroudi et al. (2016) stipulent que la
propension à innover soit assimilée à la capacité d’accès, d’élaboration et d’application des
technologies innovantes en vue de concevoir des nouveautés. Elle traduit l’habilité de la de
l’organisation à s’engager dans des activités d’innovation à travers la mise en place de
nouveautés aussi bien en termes de produits, de procédés que d’organisation (Koc & Ceylan,
2007a).
Dès lors, la capacité d'innovation d'une entreprise peut être considérée comme, le potentiel à
générer une production innovante. Un potentiel qui est déterminé par les ressources et des
capacités que possède l'entreprise, et qui lui permettent d'explorer et d'exploiter les
opportunités. Une étude récente, soutenue par la CBI (Confédération de l'Industrie Britannique)
et le DTI (Département du commerce et de l'industrie), fournit des preuves anecdotiques qui
suggèrent que la clé de voûte de l'entreprise est l'innovation. Des preuves anecdotiques qui
proposent que les principaux déterminants de la capacité d'innovation d'une entreprise soient la
culture de l'entreprise, les processus internes adoptés et l’environnement externe.
125
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
126
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Organisationnell Marketing
e
Acquisition, assimilation,
Connaissances Innovation
Transformation
Produit Procédés
Source : Auteur
Partant des différentes définitions et approches évoquées dans ce qui précède, et compte tenu
des résultats de notre étude exploratoire, nous proposons de définir de la capacité d’innovation
comme étant une combinaison optimale de ressources et capacités organisationnelles
permettant à l’entreprise d’accéder aux connaissances nécessaires, les transformer et les utiliser
afin de développer des innovations. Dans cette définition, nous voulons mettre l’accent sur les
127
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
différents aspects de la capacité d’innovation. Ces aspects portent sur les prérequis, le mode de
gestion et les objectifs perçus de celle-ci. C’est donc cette définition que nous allons adopter
durant ce projet de recherche. Ce qui justifie notre choix d’adopter une approche d’analyse
basée sur les ressources et les capacités organisationnelles.
La capacité d’innovation est fortement dépendante d’un ensemble de facteurs aussi bien
internes qu’externes qui interagissent pour la déterminer. En effet, elle est le résultat de la
combinaison d’un ensemble ressources et de capacités qui conditionnent la potentiel
d’innovation d’une organisation. Dans ce sens Adama (2017) stipule que la capacité
d’innovation est associée à la capacité organisationnelle de la firme à apprendre, mais
également à accumuler et à coordonner ses compétences clés.
Dans cette même logique, Pisano & Teece (1994), l'associent aux ressources possédées par la
firme lui permettant l’exploration et l'exploitation de nouvelles opportunités pour répondre
rapidement et continuellement aux besoins changeants du marché. Il s’agit donc d’un concept
multidimensionnel (Bower & Christensen, 1995) déterminé par quatre facteurs essentiels qui
sont : les connaissances, les ressources, les compétences et la culture (Teece et Pisano, 1994).
De ce qui précède, nous pouvons conclure que la capacité d’innovation est le résultat de la
combinaison de deux natures de déterminants qui sont les ressources et les capacités. D’abord,
le potentiel d’innovation d’une organisation est usuellement tributaire de la prédisposition des
ressources aussi bien matérielles qu’immatérielles qui forment la base de la capacité à innover.
Il s’agit principalement du capital humain dont dispose l’organisation et qui lui offre les
compétences nécessaires à l’activité d’innovation, les ressources financières qui sans elles,
l’innovation serait une utopie, les ressources technologiques, le mode de gouvernance et le style
128
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Dans la littérature, le concept de la capacité d’innovation a été abondamment utilisé dans divers
domaines de recherche en sciences de gestion en l’occurrence : la gestion des connaissances,
l’apprentissage organisationnel, l’innovation…etc. Depuis son introduction par Cohen et
129
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Lavinthal, le concept ne cesse pas de susciter l’intérêt des chercheurs en sciences de gestion.
Le présent paragraphe s’efforce dans un premier temps d’éclairer le concept et dans un second
temps de mettre à l’épreuve ses différentes dimensions et leur impact potentiel sur l’activité
d’innovation au sein des organisations.
S’inscrivant dans la même logique, Van Den Bosch et al. (2005) mettent le point dans la
définition qu’ils proposent sur trois principales dimensions de la capacité d’absorption. La
première dimension est relative à l’aptitude de l’organisation à affirmer l’utilité d’une nouvelle
connaissance en provenance de l’extérieur. La deuxième dimension quant à elle porte sur
l’aptitude à assimiler la connaissance acquise. Et finalement, la troisième dimension traduit
l’aptitude à l’appliquer à des fins commerciales. Il s’agit donc d’un concept multidimensionnel
qui regroupe un ensemble de processus organisationnels par lesquels l’entreprise ou le système
acquiert, assimile, transforme et exploite la connaissance pour produire une capacité
organisationnelle dynamique (Zahra et George, 2002).
De ce qui précède, le rôle de la capacité d’absorption est reconnu comme l’un des fondements
de l’apprentissage technico-organisationnel au sein de l’organisation (Kedia et Bhagat, 1988;
Veuglers et Cassiman, 1999).Vu cette forte dépendance de la capacité d’absorption vis-à-vis
des connaissances et de l’apprentissage organisationnel, le rôle des ressources technologiques
de l’organisation serait d’une importance capitale. Après cette analyse succincte des différents
aspects théoriques du concept, nous allons nous intéresser dans le paragraphe suivant aux
130
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
La définition proposée par Cohen et Levinthal qui sont les précurseurs du concept, met en
évidence quatre principales dimensions de la capacité d’absorption en l’occurrence :
l’acquisition, l’assimilation, la transformation et l’exploitation.
En effet, « la capacité à évaluer et utiliser des connaissances externes est, très largement, une
fonction du niveau antérieur de connaissances. […]. Les connaissances antérieures permettent
de reconnaître la valeur d’une nouvelle information, de l’assimiler, et de l’appliquer dans des
buts commerciaux » (Cohen et Levinthal, 1990 ; Dyer et Singh, 1998). Ce niveau de
connaissance est fortement tributaire des efforts déployés par l’entreprise ou son dirigeant en
matière d’investissement visant à accroitre son savoir.
L’assimilation renvoie aux processus internes et aux routines organisationnelles qui facilitent
l’analyse, l’interprétation et la compréhension des connaissances en provenance de
l’environnement externe de l’organisation (Szulanski, 1996, 2000 ; Kim, 1998 ; Zahra et
George, 2002). À ce stade, l’importance est accordée à la compréhension et à l’enracinement
de toute information identifiée et acquise de l’extérieur pour former un stock informationnel
solide difficilement accessible par les concurrents et dont la réplicabilité devienne complexe
(Szulanski 1996, 2000 AMS 2003). Ce stock forme la base de la capacité d’innovation de
l’organisation. L’effort de compréhension à ce niveau dépend du style de leadership appliqué
131
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
au sein de l’organisation et son aptitude à mobiliser les capacités d’absorption individuelle des
différents collaborateurs en interne. Quant à la transformation « Elle met en avant la capacité
d’une société à développer et à affiner les routines qui facilitent la combinaison des
connaissances existantes avec les nouvelles connaissances acquises, et d’assimiler ce savoir »
(Zahra et George, 2002). I s’agit du processus d’internalisation de la connaissance qui est
fortement dépendant des schémas mentaux relatifs aux individus qui composent l’organisation
(AMS, 2003).
132
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
En capitalisant sur cette multidimensionnalité, Van den Bosch et al. (2002) propose trois
niveaux d’analyse de la capacité d’absorption : le niveau individuel, le niveau organisationnel
et le niveau interorganisationnel. Le premier niveau qui constitue la base de la théorie
d’apprentissage et du processus décisionnel est directement lié à la capacité d’apprentissage
individuelle de chaque décideur dans l’organisation. Au niveau organisationnel (2e niveau), les
membres de l’organisation collaborent complémentairement dans l’acheminement des
connaissances externes vers l’intérieur. La capacité d’absorption est formée à ce niveau par la
complémentarité des connaissances des collaborateurs de l’entreprise et donc de leurs capacités
individuelles. Enfin, le troisième niveau d’analyse renvoie à une vision étendue du phénomène
de l’apprentissage qui se passe dans une dimension interorganisationnelle. La capacité
d’absorption ne dépend plus des seules capacités internes de l’entreprise, mais elle fait appel
aux capacités externes dans le cadre des coopérations interorganisationnelles comme dans le
cas des contrats d’innovation.
L’approche par les capacités dynamiques constitue l’une des approches les plus influentes de
la première décennie de cette troisième millénaire en termes d’analyse de l’avantage
concurrentiel des organisations (Di Stefano et al., 2010; D. J. Teece, 2014). Ce courant qui
remonte aux années 1990 constitue à nos jours le cadre théorique de référence en termes de
management stratégique qui s’intéresse aux méthodes de reconfiguration des combinaisons de
ressources et de compétences au sein des organisations dans le but de faire face aux mutations
de leur environnement (Eisenhardt & Martin, 2000; D. J. Teece et al., 1997b; Zollo & Winter,
2002).
Bien que la littérature s’accorde sur l’impact positif des capacités dynamiques sur la
performance et la préservation de l’avantage concurrentiel, le courant présente encore des zones
d’ombre quant à son impact sur la capacité à innover. Or, malgré que les notions des capacités
dynamiques et de l’innovation soient en étroite relation, il manque jusqu’à nos jours de cadre
intégrateur entre ces deux notions. En outre, certains contextes organisationnels n’ont pas reçu
suffisamment d’attention de la part des chercheurs académiques notamment les PME et les
coopératives.
L’approche par les capacités dynamiques (dynamic capabilities) initiée par Richardson (1972)
avant qu’elle soit développée par Tecee et Pisano (1990), s’intéresse aux mécanismes de
133
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Enfin, les apports de la théorie évolutionniste de Nilson et Wnter (1982) telle qu’elle a été
présentée dans le chapitre précédent sont imposants dans la mesure où il s’inscrit dans une
approche néoclassique du comportement rationnel en réaction aux théories de la concurrence
et de la connaissance (idem). Ces trois approches qui feront l’objet d’exposé dans ce qui suit
constituent le bien-fondé de la notion des capacités dynamiques. Elles ont le mérite de contester
les hypothèses de l’approche néoclassique sur les comportements, la rationalité des acteurs
économiques et les modes de coordination traditionnels (Nelson & Winter, 1982;Weinstein &
Azoulay, 2000).
Ces études s’accordent sur la nature complexe de la relation entre les compétences de base et
l’activité de l’innovation. Étant considéré l’objectif ultime de toute entreprise d’offrir aux
clients des produits d’une qualité lui permettant d’influencer leurs décisions, la RBV soutient
cette orientation dans une perspective de stratégie basée sur les ressources. La RBV de la
134
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
stratégie affirme que l'avantage concurrentiel et les performances supérieures d'une entreprise
s'expliquent par la spécificité de ses capacités (Poazi et al., 2017).Les partisans de cette théorie
cherchent à comprendre l’importance et la place des ressources dans les capacités stratégiques
des organisations.
La théorie de RBV trouve ses origines dans les travaux de Penrose (1959 ; 1995 ; 2009) dans
le cadre sa théorie sur la croissance de la firme. Une théorie fondée sur le constat que les
ressources d’une organisation qu’elles soient matérielles (usines, infrastructures, etc) ou
immatérielles (humaines et autres) constituent les éléments d’un « puzzle » qui peuvent faire
perpétuellement l’objet de modifications, de reconfiguration ou encore de destruction afin de
pouvoir générer de nouveaux outputs présentant des caractéristiques améliorées en réponse à
de nouvelles opportunités sur le marché (Errotabehere, 2018).
Les organisations sont alors appelées à mobiliser leurs potentiels de ressources pour se faire
protéger contre l’avènement de nouveaux produits ou de nouvelles technologies sur le marché
(Henderson & Cockburn, 1994).Ceci nécessite parfois une modification de la structure
habituelle des organisations pour pouvoir s’adapter à leur environnement et prévoir les risques
inhérents (Errotabehere, 2018) sans pour autant s’éloigner du domaine technologique et/
organisationnel adapté à leurs compétences de base. Les « capacités » que possède l’entreprise
et qui dépendent fortement des compétences de base évoquées précédemment sont inhérentes
à un domaine précis (D. J. Teece et al., 1997b; Winter, 2003). Le développement de ces
compétences est donc le fruit de l’expérience accumulée par la firme dans le domaine via
l’apprentissage organisationnel.
En effet, les partisans de cette théorie fondée sur les ressources affirment que les organisations
devraient se pencher sur l'intérieur de l'entreprise pour trouver les sources de l'avantage
concurrentiel au lieu de s'intéresser à l'environnement concurrentiel dans lequel elle évolue.
Cette orientation est soutenue par la faisabilité de saisir les opportunités externes en exploitant
les ressources existant d’une manière nouvelle au lieu d’investir dans l’acquisition de nouvelles
compétences pour chaque nouvelle opportunité. Dans ce modèle RBV, les ressources sont
considérées comme principales sources de performance pour les entreprises. Dans ce sens, il y
a lieu de distinguer deux types de ressources : Les ressources matérielles et les ressources
immatérielles81. Les ressources tangibles ne confèrent que peu d’avantages aux entreprises sur
le long terme vu leur disponibilité sur le marché qui les rend accessibles par les concurrents.
81
On parle également de ressources tangibles ou physiques en contre partie des ressources intangibles
135
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Bien que ces ressources permettent à la firme de se procurer d’un avantage concurrentiel, elles
ne leur permettent pas de le maintenir durablement. Dans ce sens, Barney (1991) définit quatre
caractéristiques des ressources : Précieuses, rares, coûteuses à imiter et non substituables.
Ainsi, selon l’auteur les ressources et les compétences qui détiennent ces caractéristiques,
constituent des avantages concurrentiels durables. Dans ce sens, Tecee et al (1992) définit la
notion des « capacités dynamiques » comme des routines stratégiques et organisationnelles
grâce auxquelles les entreprises peuvent atteindre "de nouvelles configurations de ressources "
en réaction aux différents états du marché (Eisenhardt & Martin, 2000).
136
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Cette dernière notion qui constitue le point focal de la RBV, était au début centré dans les
individus en utilisant le mécanisme stimulus-réponse (Weik, 1991) avant qu’elle soit conçue
dans une échelle plus large comme processus clé dans l’adaptation des organisations à leur
contexte (Argote, 1999). Dans ce sens, mol KBV définit l’apprentissage organisationnel
comme « le processus par lequel de nouvelles informations sont incorporées dans le
comportement des agents changeant leur comportement et amenant, mais pas nécessairement-
à meilleurs résultats ». Cette approche processus de l’apprentissage organisationnel s’appuie
sur les travaux de Penrose (op. cit) qui constituent le point de départ pour la compréhension des
de l’apprentissage organisationnel. L’auteur a décrit comment les processus d’apprentissage
comment à la génération de nouvelles connaissances et forment ainsi la base de la croissance et
de la compétitivité des organisations via la recombinaison des ressources existantes.
137
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Une autre conception de l’apprentissage organisationnel assez présente dans la littérature a été
développée par Nonaka et Takeuchi (1995) suivant le modèle de la spirale. Ce modèle prévoit
les quatre principales phases suivantes :
La création de connaissances à travers les différentes étapes évoquées ci-dessus se fera donc
sur deux principales dimensions. Il s’agit d’une part, de la dimension épistémologique suivant
laquelle la distinction est faite entre la connaissance tacite et la connaissance explicite, et d’autre
part, la dimension ontologique qui régit le transfert de l’individu à l’organisation et de
l’organisation au milieu interorganisationnel tout en précisant que ces processus soient
mutuellement interdépendants (Mol KBV). Dans cette approche, l’entreprise est vue comme
recueil de connaissances représenté par des routines qui guidaient l’action de l’organisation
(Nelson et Winter, 1982 op. cit).Ces connaissances sont considérées comme les actifs les plus
précieux pour une entreprise tenant compte de leur importance en tant que source d’innovation
et de compétitivité des firmes (Adam, 2017)82.
Les capacités d’absorption font généralement partie d’un processus cumulatif qui s’alimente
continuellement d’une activité de recherche interne l’organisation (Huet et Lazaric, 2008).
Elle se base sur la création et la diffusion des connaissances qui permettent d’observer de
l’intérieur le déploiement des capacités dynamiques au sein d’une organisation. Outre, elles
82
Leur prise en considération ne date pas d’aujourd’hui puisque Penrose dès 1959 énonce l’importance des
connaissances ainsi que leur accumulation. Aussi, Drucker (2012) souligne que dans une société post‐capitaliste, la
ressource de base n’est plus le capital, les ressources naturelles ou le travail, mais les connaissances.
138
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
permettent à l’organisation de tisser des liens d’ordre cognitif avec son environnement qui se
concrétise par la capacité à détecter, exploiter et valoriser en interne les connaissances qui
proviennent de l’externe.
En guise de définition, Cohen et Levinthal (1990, p.128) stipulent que la capacité d’absorption
soit assimilée à « l'aptitude de la firme à reconnaître la valeur de la nouveauté, de l'information
externe, son assimilation et son application à des fins commerciales...L'aptitude à évaluer et
utiliser la connaissance extérieure est en général une fonction du niveau de connaissance
antérieure ». Une autre définition plus récente était proposée par Zahra et George (2002, p.186)
qui voient la capacité d’absorption comme étant « un ensemble de routines et de processus
organisationnels par lesquels les entreprises acquièrent, assimilent, transforment et exploitent
des connaissances pour produire une capacité dynamique organisationnelle ».
Ce concept peut être opérationnalisé selon les auteurs suivant quatre étapes. La première étape
est relative à l’acquisition de nouvelles connaissances externes. Cette dimension nécessite en
plus des activités de reconnaissance et d’évaluation des opportunités (Imbert et Chauvet, 2012),
l’aptitude de l’organisation à surveiller les principales tendances du marché (Schreyögg et
Kliesch-Eberl, 2007).Dans ce sens, « l’acquisition fait référence à la capacité d’une entreprise
à identifier et acquérir des connaissances externes capitales pour son activité » (Zahra et
George, 2002).Pendant cette phase, les ressources internes ainsi qu’externes sont
concomitamment mobilisées. La deuxième phase est relative à l’assimilation de la
connaissance. Elle concerne les processus et les routines à travers lesquels, les managers
procèdent à l’analyse, la structuration et l’interprétation des nouvelles connaissances en
provenance de l’environnement de leurs organisations pour les comprendre et les diffuser afin
de les exploiter pour générer des innovations.
Dans cette optique, Zahra et George (2002), entrevoient cette étape comme « l’ensemble des
processus et routines organisationnelles par lesquels les managers de la firme analysent,
structurent, interprètent et comprennent les nouvelles connaissances externes ». La réussite de
ce processus d’assimilation nécessite la prédisposition des compétences nécessaires, mais
également des connaissances antérieures susceptibles de faciliter l’évaluation des
connaissances scientifiques et techniques identifiées. Lesquelles sont issues de l’organisation
d’une part et se matérialisent par l’expérience et le savoir détenu par celle-ci et dépendent de la
culture organisationnelle dans son sein et d’autre part, des individus qui en font partie intégrante
et qui détiennent des connaissances tacites, codifiées, le savoir-faire, le savoir-être, etc.
139
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Enfin, la dernière étape de ce processus porte sur l’exploitation des nouvelles connaissances.
Elle concerne la capacité des collaborateurs à mettre en application les nouvelles connaissances
externes pour générer des objets nouveaux destinés à la commercialisation (Cohen et Levinthal,
1990). Cette capacité organisationnelle « est basée sur les routines qui permettent à la firme
d’affiner, d’étendre et d’exploiter les compétences existantes ou d’en créer de nouvelles en
intégrant la connaissance acquise et transformée dans le processus de production » (Zahra et
George, 2002, Op, cit.).
Ainsi, dans l'approche KBV l´entreprise est vue comme un lieu privilégié pour le partage et le
transfert des savoirs des individus et des groupes, soulignant ainsi la primauté de la variable"
connaissance" et son analyse en détail. Dans ce sens, Brown et Duguid (1991) révèlent une forte
dépendance entre les niveaux de connaissance sur le plan individuel et organisationnel en
évoquant une vision unifiée qui rassemble les pratiques de travail, d’apprentissage et
d’innovation. Plus encore, les nouvelles connaissances sont socialement construites à partir des
pratiques de travail quotidien au sein de communautés qui favorisent le libre partage des
connaissances dans une logique collaborative. Ce qui peut provoquer un engagement de la part
des communautés dans une vision innovatrice compte tenu de leur confrontation continue aux
exigences du travail quotidien.
Ces exigences issues du dynamisme sans cesse grandissant des marchés, provoqué par les
mutations en matière de technologie, des préférences de la clientèle et la pression
concurrentielle posent la question sur les mécanismes permettant de préserver l’avantage
concurrentiel en se basant sur les ressources et les compétences de l’organisation. Ce qui a
140
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
provoqué l’émergence d’une nouvelle approche basée sur les ressources et les compétences
intitulée "Dynamic Capabilities Based View".
83
Traduction personnelle de: “As the firm’s ability to integrate, build, and reconfigure internal and external
competences to adress rapidly changing environnements. Dynamic capabilities thus reflect an organization’s ability
to achieve new and innovative forms of competitive advantage given path dependencies and markets positions”
141
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
De même, Vérone et Ravasi (2003) établissent une distinction entre la création ou l’absorption
de connaissances, l'intégration des connaissances et leur reconfiguration en tant que
mécanismes sous-jacents des capacités dynamiques. Par ailleurs, Zollo et Winter (2002) voient
le concept des CD comme « un modèle d’activité collective connu et stable par lequel
l’organisation génère et modifie systématiquement ses routines de fonctionnement en quête
d'une amélioration de l'efficacité. (p.340)85 ».
Bien que, le concept des CD n’admit pas une unique définition, il est remarquablement admis
qu’il englobe tous les processus permettant la transformation des capacités organisationnelles
de la firme, mais aussi la création de nouvelles capacités en favorisant l’investissement dans les
ressources et les compétences (Metcalfe et James, 2000), soit en fonction des transformations
de l’environnement, soit en fonction d’intuitions qu’elle perçoit (Collis, 1994; Eisenhardt et
Martin, 2000 ; Teece et al., 1997 ; Teece, 1998).Récemment, la littérature distingue deux
perspectives différentes et opposées dans la perception des capacités dynamiques. La première
vision soutenue par Teece et al (1997) qui les assimile aux capacités ou aux aptitudes de
l'entreprise. La deuxième générée par Eisenhardt et Martin qui voient les CD comme un
processus et des routines organisationnelles et stratégiques à travers lesquels les entreprises
parviennent à une nouvelle configuration des ressources.
Dans cette section, nous avons mis l’accent sur deux concepts clés de l’analyse de la capacité
d’innovation. Ces concepts qui conditionnent l’apprentissage et la gestion des connaissances au
sein d’une organisation constitueront des fondements de base de la capacité à innover. Ainsi,
l’approche par les capacités semble être pertinente pour comprendre l’articulation de la capacité
d’innovation dans le contexte coopératif soumis à de multiples enjeux liés au développement
économique et social d’un environnement plein d’incertitude et de turbulence (Eisenhardt &
Martin, 2000; Zollo & Winter, 2002).
84
Traduction personnelle de “The firm’s processes that use resources – specifically the processes to integrate,
reconfigure, gain and release resources- to match and even create market change. Dynamic capabilities thus are the
organizational and strategic routines by which firms achieve new resource configuration as markets emerge, collide,
split, evolve and die.”
85
Traduction personnelle de “A learned and stable pattern of collective activity through which the organization
systematically generates and modifies its operating routines in pursuit of improved effectiveness”
142
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Après avoir avancé les théories de base qui seront la référence pour l’analyse de la capacité
d’innovation dans le cadre de cette recherche, il convient à présent de spécifier les facteurs
impactant ce concept en se référant aux approches et théories développées. Les coopératives
présentent des caractéristiques identitaires et organisationnelles spécifiques qui exercent une
influence sur leur comportement en matière d’innovation et constituent ainsi des déterminants
de leur capacité à innover. Ces spécificités s’aperçoivent aussi bien sur le plan organisationnel
que structurel. De ce fait l’étude de la capacité d’innovation dans le contexte coopératif du
statut particulier de ces organisations.
Ainsi, dans cette section nous cherchons tout d’abord à mettre en évidence certaines spécificités
identitaires, organisationnelles et structurelles des entreprises coopératives. Ces
caractéristiques qui les distinguent des autres modes d’organisation entrepreneuriale constituent
des lignes directrices de leurs comportements et leurs stratégies.
Le leadership est assimilé à un processus social dans lequel une personne appelée leader
influence les attitudes et les comportements d’autres personnes sous sa tutelle et les motive pour
parvenir à atteindre les objectifs souhaités dans le cadre d’une organisation de groupe. Son rôle
d’influenceur peut prendre plusieurs formes qui varient de l’inspiration et de la motivation à
une sorte d’implication à la conception d’un contexte organisationnel approprié (Oke et al.,
2009). Le leadership fait donc allusion à la relation entre le leader qui est souvent le manager
d’une part, et son équipe de personnes qu’il gère et inspire, d’autre part. il s’agit donc de la
capacité d’un individu à influencer, motiver et habiliter d’autres personnes pour contribuer
efficacement au succès et leur organisation (House, 1975)
143
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Bien que l’existence des capacités technologiques et des ressources soit déterminante dans le
développement des innovations, la conduite efficace et effective du processus d’innovation,
nécessite l’existence de leader et d’un style de leadership capable de gérer avec succès les
activités innovantes quelle que soit leur nature (Ibid). La direction de l'innovation constitue
actuellement l'un des aspects les plus difficiles pour les dirigeants contemporains. Néanmoins,
la série de questions qui se pose à ce niveau et qui est en rapport avec les spécificités des
coopératives s’annoce comme suit : qui est le leader ? Existe-t-il un seul leader ou un groupe
de leaders ? qu’en est-il de du mode de gouvernance dit démocratique qui peut remettre en
cause l’influence du leader en cas de son existence ? Comment peut-on influencer le
comportement des membres adhérents de la coopérative sachant qu’ils ont aussi la qualité du
propriétaire ?
144
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Dans le style de leadship transformationnel, le leader agit comme chef d’orchestre, qui fait
valoir son influence à travers son estime et son charisme. C’est ce que certains chercheurs
comme Bradley, (2004) et Judge (2004) appellent l’influence idéalisée. Cette influence
idéalisée repose sur le principe de modèle, d’admiration, de respect et de confiance dont le
leader devra faire preuve. Ces qualités de leader sont acquises via ses qualités de comportement
de manière éthique, de partage de risque avec les autres et la considération qu’il accorde à leurs
besoins.
Enfin, l’estime et la considération individualisées portent sur l’estime comme il a été défini par
Maslow au quatrième niveau de sa pyramide des besoins juste en dessous des besoins
d’accomplissement. Il s’agit principalement des besoins des suiveurs (subordonnés) en matière
de réalisation de développement, de croissance et de soutien. Cet objectif d’estime des
subordonnés est atteint via le coaching et le mentorat engagé par le leader et qui lui permet de
créer de nouvelles opportunités d’apprentissage et valorisation des apports des subordonnés.
145
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
b. Le leadership transactionnel
Le leader prend une position proche des subordonnés et surveille de près leurs activités pour
prendre des mesures correctives en cas de besoin. Il s’agit donc d’un style de leadership basé
sur la proximité souvent lié à la gestion quotidienne de l’organisation. Il se concentre donc sur
les tâches à accomplir et les objectifs à atteindre pour s’assurer de leur convergence.
La question du leadership dans les organisations coopératives ne peut être traitée qu’en relation
avec le modèle de gouvernance aussi spécifique appliqué dans ces organisations. La
gouvernance coopérative dite aussi élective est axée sur le principe de séparation de l’exercice
et le contrôle du pouvoir. Ce dernier comme nous avons bien précisé au niveau du deuxième
chapitre de cette thèse s’exerce de façon démocratique par les adhérents (une personne une
voix) via l’assemblée générale qui élut le conseil d’administration. Dans la pratique, les
coopératives choisissent une structure à deux esprits en procédant à la nomination d’un
directeur. Ce double esprit constitue un facteur d’équilibre essentiel de la gouvernance
coopérative.
146
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Une abondante littérature dans différentes disciplines traite divers aspects de la culture et son
interaction avec l’activité humaine dans ses différents aspects. Généralement assimilée aux
caractéristiques communes d’une communauté humaine donnée, la culture se veut un concept
holistique qui influence l’ensemble des activités humaines. Ce concept a été défini par
l’American Heritage Dictionary86 comme étant « L’ensemble des usages, des arts, des
croyances, des institutions et de toutes les productions du travail et du génie humain, partagés
et transmis par une collectivité ou une population donnée » (Abramovici & Mugnai, 2002). Il
s’agit donc des caractéristiques sous-jacentes d’une collectivité qui déterminent la philosophie
de cette collectivité. Ici la collectivité peut désigner un groupe de personnes, une famille, une
entreprise, une nation…etc.
De son côté, Schein, (1990) qui est l’un des auteurs précurseurs de cette discipline met l’accent
d’une part, sur la nature collective de la culture en l’assimilant à « un ensemble d’hypothèses
fondamentales qu’un groupe donné a inventé, découvert ou constitué en apprenant à résoudre
ses problèmes d’adaptation externe et d’intégration interne », et d’autre part l’assimile à
l’apprentissage organisationnel en précisant que «les hypothèses ont été suffisamment
confirmées dans l’action de sorte qu’on puisse les considérer comme valides, et donc les
enseigner à tout nouveau membre du groupe, en les présentant comme la manière appropriée
de pouvoir, penser et sentir les problèmes de l’action collective ». Il s’agit donc dans un premier
niveau des hypothèses (valeurs, croyances, pratiques…) communément admises au sein d’un
groupe. Ensuite, le deuxième niveau, porte sur la diffusion de ces hypothèses aux nouveaux
intrants dans le ce groupe. Dans la même veine, Thévenet & Vachette (1992), définissent la
culture comme un ensemble d’hypothèses et de références construites en réaction des problèmes
issus de l’environnement interne ou externe et qui sont fondamentalement partagées au sein
d’une organisation.
Dans le monde des affaires, la culture est fortement présente et se manifeste via les
caractéristiques (valeurs et normes) à la fois des individus et de l’organisation. Dans ce sens,
Schwartz, (2006), souligne trois principaux aspects de la culture au sein des organisations. Il
s’agit des valeurs qui sont généralement liées aux avantages et attentes de l'organisation, les
normes qui sous-tendent les procédures, les pratiques et les politiques mises en place par
86
[Link]
147
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
l’organisation pour la réalisation des avantages et attentes et enfin, le sens de ces valeurs et ces
normes au sein de cette même organisation.
Bien que la notion de la culture organisationnelle n’ait été expressément introduite dans les
sciences de gestion qu’au début des années 60 par Blacke et Mouton en 1964, ses fondements
remontent aux travaux des économistes Maslow et McGregor87 portant sur la psychologie
sociale et la nature humaine des organisations. La culture organisationnelle est donc spécifique
à une entreprise et traduit les normes de comportements acceptées de façon tacite ou formelle
par ses membres. Elle est en effet perçue comme un stabilisateur du fonctionnement
organisationnel.
Dans les sciences sociales, deux courants de recherche sont à distinguer : le premier courant
représenté par Iribarne, Dupuis, Hofsted met en avant la nature évolutionniste de la culture en
la définissant comme quelque chose de tacite qui évolue naturellement. Le deuxième courant
fondé par (Schein) défende l’idée que la culture est de nature explicite en mettant l’accent sur
l’effet de l’interaction sociale qui conduit à son augmentation. Les valeurs et les croyances
déterminantes de la culture organisationnelle sont principalement liées aux priorités aux
objectifs stratégiques de l’organisation. Dans ce sens, Fayolle & Cherchem, (2010) estiment
que ces valeurs et croyances constituent un processus de socialisation culturelle informellement
conçu par les employés ou plus officiellement via des programmes de formation.
L’innovation et la culture sont deux concepts interreliés. Buckler (1997) stipule que l'innovation
est « un environnement, une culture, ou même une force spirituelle qui existe dans une firme et
qui entraîne la création de valeur ». Les liens entre ces deux concepts ont fait l’objet d’un
nombre important de travaux considérant la culture tantôt comme un facteur favorisant
l’émergence d’une culture d’innovation propre à l’organisation définie comme entité culturelle
87
Les travaux de Maslow portant sur la psychologie sociale
148
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
fondée sur des valeurs propres, tantôt comme barrière limitant le développement de l’innovation
au sein de l’organisation.
Dans ce sens, certains auteurs comme Khazanchi et al. (2007) se sont intéressés à l’impact des
valeurs organisationnelles sur l’innovation au sein des entreprises. Selon eux, une culture
« organisationnelle supportrice de l’innovation88 » doit faire preuve de flexibilité, d’habilitation
des collaborateurs, mais aussi de l’efficience et du contrôle. Il s’agit donc d’un phénomène qui
nécessite la coexistence d’un ensemble de valeurs interne à l’organisation. Ces valeurs
constituent au sens de O’Regan et al. (2006) un facteur déterminant de leadership et de
l’innovation. À leur tour, Deshpande et al. (1993) affirment que sans une culture forte et
partagée, clairement orientée-innovation, il est difficile pour une entreprise d'être
compétitive à travers le développement de l'innovation. Ainsi, une culture supportrice de la
créativité doit favoriser l’émergence de solutions innovantes au sein de l’organisation (Martins
& Terblanche, 2003). La culture organisationnelle doit également permettre une meilleure
diffusion de l’innovation dans l’ensemble de l’organisation en favorisant la création d’une
sous-culture organisationnelle fondée sur des valeurs qui encouragent l’apprentissage en
continu et l’élimination des stéréotypes de dysfonctionnement habituels (Sawy, 1985).
Dans un autre sens, d’autres auteurs comme Kenny & Reedy (2006) ont essayé d’explorer la
nature de la relation entre la culture organisationnelle et l’innovation. En analysant l’impact de
la culture organisationnelle sur les facteurs liés à l’innovation tels que la stratégie d’innovation,
le type d’innovation adopté ainsi que les moteurs et les feints à l’innovation, démontrent qu’une
culture innovatrice se base sur un processus d’amélioration qui concerné toute l’organisation.
En outre, les auteurs affirment qu’au sein d’une organisation, l’émergence des idées innovantes
est conditionnée par un ensemble des acteurs internes et externes dont les plus importants sont :
un management supporteur de l'innovation, une équipe compétente, un environnement non
contraignant et une bonne direction stratégique.
Dans leur modèle d’analyse de la culture d’innovation au sein des organisations françaises,
Davies & Buisine (2017) distinguent cinq dimensions du concept à savoir : la présence d’un
dirigeant ouvert à l’innovation, la présence et valorisation des équipes innovantes (vision
collective), la présence à la valorisation des individus innovants (vision individuelle), le
contexte organisationnel (les attitudes et valeurs partagées au sein de l’organisation) et les
relations avec l’environnement. Ils estiment que la culture d’innovation s’appuie sur un
88
Traduction de « innovation-supportive culture »
149
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
contexte favorable défini par une représentation sociale de l’innovation, une implication
partagée autour des résultats, des processus permettant la mise en œuvre et le développement
des compétences clés de découverte et enfin, par une philosophie orientée action, et fondée sur
la flexibilité et la rapidité dans la prise de décision, mais également sur la prise de risque.
D’autres chercheurs se sont orientés dans le sens de défendre l’existence d’une relation
d’influence mutuelle entre l’innovation et la culture organisationnelle. En ce sens, Favoreu et
al. (2016), suggère que l’innovation soutient l’instauration de nouvelles représentations et
comportements, mais également des interactions et des apprentissages qui favorisent
l’émergence d’une culture d’innovation plus poussée. L’innovation peut ainsi, contribuer à la
production des savoirs organisationnels nouveaux et entrainer des modifications en matière des
comportements et représentations internes et par conséquent exerce une influence positive sur
la capacité d’innovation de l’organisation (Ayerbe, 2012; Wynen et al., 2014).
En effet, comme le montre la revue de littérature développée ici, la plupart des travaux qui se
sont intéressés à l’analyse de la culture et plus précisément la culture organisationnelle et ses
effets sur l’innovation ont été menés dans différents contextes. Néanmoins, le contexte
coopératif nous semble peu présent dans ces travaux. C’est pour cette raison que nous nous
attachons à mettre l’accent sur cette problématique qui nous semble d’une importance capitale
dans ce contexte spécifique.
Depuis l’Antiquité, le débat sur le concept de la connaissance ne cesse pas d’intéresser les
penseurs et philosophes. À l’heure actuelle, ce débat continue de susciter le débat dans
150
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
En guise de définition, selon Tanguy & Villaviencio, (2000) « la connaissance est un savoir
incarné dans une personne physique. Autrement dit quelque chose qui est su par quelqu’un est
une connaissance pour ce quelqu’un. La connaissance renvoie toujours à un possesseur humain
à même de mettre en œuvre, elle est à la base des compétences de tout individu ». Cette
définition lie la connaissance à l’être humain soulignant ainsi, la place de l’individu « personne
physique » dans la détention de la connaissance. Ceci fait la différence entre la connaissance et
le savoir qui est peut-être liée à un individu, une structure ou encore un objet (machine). Dans
leur analyse de la différence entre la connaissance et le savoir, les auteurs estiment que « le
savoir est quelque chose qui est su par un individu, une structure ou un collectif, voire une
machine. Le savoir peut s’oublier, il peut aussi se stocker dans une mémoire humaine ou non
humaine ». Selon cette approche, le terme « savoir » peut renvoyer également aux outils de
conservation et de gestions tandis que le terme « connaissance » est étroitement lié à l’individu.
Dans ce sens, Crié, (2003) distingue deux types de connaissances en s’appuyant sur le support
qui les contient : d’une part, les connaissances tacites qui renvoient aux capacités cognitives de
l’être humain et d’autre part, les connaissances explicites qui correspondent à des systèmes
formalisés. Les connaissances tacites qui sont de nature physique et subjective sont
généralement issues d’une participation dans un contexte particulier et donc de la pratique qui
renforce l’expertise au sens de Ambrosini & Bowman, (2001).
Les origines de la gestion des connaissances sont multiples et variées. Le concept a été utilisé
par différentes disciplines des sciences humaines en l’occurrence, la sociologie, la
philosophie, le management et l’économie. Sa définition est en effet complexe (Prusak, 2001,
cité par Adama, 2017). Dans les sciences de gestion, la gestion des connaissances est fortement
discutée notamment en ce qui a trait son impact sur la croissance, la compétitivité ou encore la
performance.
151
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
La gestion des connaissances est un processus complexe à travers lequel les organisations
identifient, sélectionnent, diffusent et transforment une information ou une expertise dans
l’objectif d’améliorer la performance de leurs activités (Gupta et al., 2000). Il s’agit d’un
processus qui permet aux entreprises de capturer leurs connaissances et les utiliser pour met en
avant l’activité d’innovation (Nonaka, 1991 ; cité par Adama, 2017). Ce processus repose sur
trois principales dimensions qui constituent l’essence de ce concept. Il s’agit bien évidemment
de l’acquisition, la conversion et l’application des connaissances (Salina & Wan Fadzilah,
2008). De son côté, Crie (2003) défende une conception de ce processus de gestion des
connaissances suivant deux principaux niveaux : le premier niveau est celui de l’identification,
de capture et de conservation d’une expertise collective appartenant à une entreprise qu’elle
soit stockée dans ses bases de données, ses documents ou chez les individus qui la composent.
Le deuxième niveau porte sur la redistribution et la diffusion dans les endroits où elle est
susceptible de produire une meilleure performance.
Dans ce sens, Cohen & Levinthal, (1990), Inkpen, (1998) et Jennex et al., (2007) estiment que
l’acquisition renvoie l’apprentissage de l’information, du savoir-faire et des technologies
disponibles pour améliorer l’efficacité de l’organisation. La conservation et le stockage
constituent également une étape transitoire dans le processus de gestion de connaissances. Elle
nécessite un effort de transformation et de modelage des connaissances acquises pour qu’elles
soient exploitables par l’organisation en vue de réaliser de nouvelles performances. Les
connaissances transformées sont par la suite mises en application en vue d’en tirer profit par
l’entreprise.
Elles sont donc diffusées au sein de l’organisation via divers outils, et deviennent accessibles
aux différents collaborateurs qui sont qui constitue la composante la plus importante dans ce
processus puisque c’est à travers eux que l’entreprise ambitionne de réaliser ses objectifs en
matière d’innovation et de performance. Il est notoire que le processus de gestion des
connaissances tel qu’il a été défini précédemment est soumis à un ensemble de facteurs d’ordre
organisationnel, culturel, technologique ou encore social. La figure ci-après met en exergue
l’intervention de ces différents facteurs dans le processus de gestion des connaissances.
152
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Depuis les travaux de Schumpeter qui est l’inventeur de l’innovation, la relation positive entre
l’innovation et la croissance économique est avérée. Ces travaux ont mis l’accent sur le rôle de
trois éléments que l’auteur juge déterminants de la croissance économique aussi bien des
entreprises que des nations qui sont la science, la technologie et le capital humain. Les idées de
l’Autrichien ont constitué par la suite la référence dans le développement de la théorie
économique de l’innovation.
Comme nous l’avons déjà mentionné dans le chapitre précédent, l’innovation est un processus
interactif qui met en relation l’organisation et son environnement (Schneider & Spieth, 2013).
Il s’agit d’un acte intentionnel justifié par la recherche de la performance et de l’efficacité et
qui met à l’honneur le rôle de la créativité dans ce processus (Williams &McGuire, 2010). Un
questionnement sur la source de cette créativité permet de mettre en évidence le rôle central du
capital humain dans ce processus. Dans ce sens, Oumbe & Pilag, (2019), stipulent que les
153
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Ainsi, la littérature spécialisée met en évidence le rôle des individus et l’importance de leur
apport aux activités d’innovation au sein des entreprises (Lundvall, 2009,cité par, Oumbe&
Pilag, 2019). Dans le même ordre d’idées, certains auteurs stipulent que le processus
d’apprentissage collectif qui caractérise l’innovation est axé sur la communication au sens de
Asheim et al., (2007), le travail collectif dans le cadre d’équipes (Jover et al., 2005) et
l’éducation formelle et informelle des individus (Schneider & Spieth, 2013). D’autres auteurs
comme Cohen & Levinthal, (1990) soulignent le rôle modérateur de la capacité d’absorption
dans ce processus.
Une revue de littérature sur le concept du capital humain permet de constater l’existence d’une
multitude de définitions traitant différents aspects de ce concept. Néanmoins, la plupart des
définitions s’accordent sur ses principales composantes qui sont notamment les connaissances,
les compétences et les caractéristiques de l’individu. Dans ce sens, l'OCDE, (2001) le définit
comme étant « l’ensemble des connaissances, qualifications compétences et caractéristiques
individuelles qui facilitent la création du bien-être personnel, social et économique ». Il stipule
également que le capital humain peut se construire dans divers contextes : dans le contexte
familial ou l’environnement immédiat, à l’école via l’éducation, dans le milieu du travail ou
154
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
dans d’autres cadre. La diversité de ces contextes peut entrainer une diversité au niveau des
formes du capital humain construit.
Si le capital humain se définit par l’ensemble des connaissances et des compétences détenues
par un individu, force est de constater qu’il recouvre des catégories différentes. Ce qui constitue
un enjeu pour les organisations (Guillard & Roussel, 2010). Ainsi, une revue des écrits traitant
ce concept, permets de distinguer deux principales catégories. Il s’agit comme nous l'avons
précisé dans le paragraphe précédent du capital humain général et le capital humain spécifique.
S’agissant du capital humain général, les connaissances et compétences concernées sont d’ordre
général et générique. Cela veut dire qu’elles ne sont pas spécifiques à une entreprise, à une
fonction ou à une tache bien précise (Ibid). Il s’agit de la formation générale acquise dans le
système éducatif (Gleizes, 2000). D’autres auteurs comme Davidsson & Honig (2003) avancent
le terme de l’éducation formelle89 qui renvoie selon eux aux connaissances acquises dans le
système éducatif et les différentes formations suivies par un individu contre le terme "éducation
informelle90" qui correspond selon les mêmes auteurs, aux expériences et à l’apprentissage de
l’individu dans le milieu du travail. Cette dernière catégorie est connue dans d’autres écrits sous
l’appellation du « capital humain spécifique » (Guillard & Roussel, 2010). Il s’agit donc de
compétences accumulées au cours du cursus professionnel qui sont spécifique à une tache, à un
travail ou un métier ou même à une organisation.
La qualité du capital humain peut être appréciée au sein d’une organisation par le niveau
d’éducation ou d’instruction de ses collaborateurs c.-à-d. par leurs éducations formelles d’une
part, et d’autres parts, par l’importance de leurs expériences professionnelles. Une précision à
faire ici, c’est que dans les coopératives il existe deux catégories d’individus dont les
caractéristiques constituent le capital humain de la coopérative. Il s’agit des membres adhérents
qui détiennent et contrôlent la coopérative et les membres non adhérents qui sont les salariés.
Il sera donc primordial de s’intéresser aux deux catégories pour une meilleure évaluation de
son impact sur la capacité d’innovation. Cette relation d’influence est fortement défendue dans
89
Traduction de « Formal education »
90
Traduction de « Non-formal education »
155
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
la littérature spécialisée. Dans son étude sur les petites entreprises, McGuirk et al.,
(2015)souligne la corrélation positive entre l’innovation et le capital humain.
PhD
Master
Licence Capital Humain
Général
BTS
Secondaire
Capacité
d’innovation
Formation
Expérience
R&D interne Capital Humain
R&D interne Spécifique
Culture
d’entreprise
Le capital physique, le capital humain et le capital social sont des variables significatives qui
déterminent la productivité et la performance économique d’une organisation (Adler & Kwon,
2002; Granovetter, 2005). Le capital physique y compris les actifs financiers désigne
l’ensemble des immobilisations utilisées dans le processus de production. Tandis que le capital
humain est souvent désigné comme un capital intellectuel (Envick, 2005b). Selon l’auteur, il
peut être défini comme étant la valeur des compétences, des aptitudes, des connaissances et
156
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
d’expériences qu’une personne apporte a une organisation. Le capital social est souvent associé
au capital humain, il est considéré comme étant un complément contextuel de celui-ci (Burt,
2001 ; p.4). La variable « capital humain » n’est alors plus significative dans une analyse
quiconque, si elle n’est pas associée au capital social parce que son importance est difficilement
appréciable en l’absence de ce dernier (Schuller, 2007).
Le concept du capital social (CS désormais) a été largement étudié, il a fait l’objet d’une
multitude d’approches dans divers domaines, notamment la sociologie (Bourdieu, 1980),
l’économie (Coleman, 1988) ou encore la politique (Putnam, 1993). Ce qui le rend
polysémique ou multidimensionnel. Cette diversité d’approches et de conceptions rend la
définition du CS plus complexe (Ponthieux, 2004 ; Méda, 2002 ; Haynes, 2009).
En effet, plusieurs définitions sont données au concept de " capital social ". Certains auteurs se
limitent à ses sources, alors que d’autres mettent l’accent sur ses fonctions. Il a fait l’objet
d’usages divers en entrepreneuriat. Dans ce sens, Putnam (1993) estime que le CS fait référence
à toutes les caractéristiques de l'organisation sociales, telles que les réseaux, les normes et la
confiance, qui facilitent la coordination et la coopération au sein d’une organisation. Coleman
(1988, 1990) stipule que le CS se définit par sa fonction : « ce n’est pas une entité unique, mais
une variété d’entités différentes qui ont deux caractéristiques en commun : elles constituent
toutes un aspect de la structure sociale, et elles facilitent certaines actions d’individus qui sont
au sein de la structure. Comme d’autres formes de capital, le capital social est productif,
rendant possible la réalisation de certains buts qui ne pourraient être réalisés en son absence
» (Coleman, 1990, p. 302-303). D’autres auteurs ont essayé de définir le CS à travers son rôle
dans les organisations. Nahapiet et Ghoshal (1998) constatent que le CS facilite la création et
le partage du capital intellectuel dans les entreprises et que l'absence de CS influence
négativement l’organisation. Ces derniers ont défini le concept du CS comme : “The sum of the
actual and potential resources embedded within, available through, and derived from the
network of relationships possessed by an individual or social unit [ ... ] social capital comprises
both the network and the assets that may be mobilized through the network (Nahapiet et
Ghoshal, 1998, p. 243).”91
91
La somme des ressources réelles et potentielles intégrées, disponibles et dérivées du réseau de relations que
possède un individu ou une unité sociale [ ... ] le capital social comprend à la fois le réseau et les actifs qui peuvent
être mobilisés par le biais du réseau. Traduction personnelle
157
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Cette définition synthétise de nombreuses définitions proposées par les chercheurs qui ont
étudié ce concept dans différents domaines et contextes. De ce fait nous avons choisi d’adopter
cette définition dans le cadre de la présente recherche.
La théorie du CS se base sur les travaux de trois auteurs pionniers qui sont les fondateurs de la
recherche en capital social à savoir : Pierre Bourdieu (1980), James Coleman (1988) et Robert
Putnam (1993). Bourdieu (1980) était l’un des premiers à introduire le terme de CS dans la
littérature. Il le définit comme étant « l’ensemble des ressources réelles et potentielles liées à
la possession d’un réseau durable de relations plus ou moins institutionnalisées de
connaissance et de reconnaissance mutuelles - soit, en d’autres termes, l’appartenance à un
groupe » (Bourdieu, 1980, p. 2). L’auteur a défini également plusieurs formes de capitaux
notamment, le capital économique, culturel et symbolique et analyse leur interaction avec le CS
détenu par un individu. Selon le même auteur, le volume du CS chez un individu est fortement
dépendant du volume des trois autres formes du capital (économique, culturel et symbolique).
Toutefois, les travaux de Coleman (1988, 1990) ont été à l’origine de la révélation académique
du concept du CS. L’auteur définit le capital social à travers ses fonctions, il s’agit d’une variété
d’entités différentes qui ont deux caractéristiques communes. D’une part, elles constituent
toutes un aspect de la structure sociale, et d’autre part elles facilitent certaines actions
d’individus qui sont au sein de la structure. Le CS peut être considéré pour Coleman
(1988,1990) comme une alternative à la loi et au contrat pour contraindre les comportements.
Ainsi, le CS est productif du fait qu’il contribue à la réalisation de certains buts dont la
réalisation devient impossible en son absence.
Partant des deux approches citées plus haut (Bordieu et Coleman) qui considèrent le CS comme
une ressource permettant aux individus de réaliser leurs objectifs personnels. Putnam (1995)
traite ce concept à travers sa dimension collective et le définit ainsi comme une notion relative
aux caractéristiques de l’organisation sociale, telles que les réseaux, les normes et la confiance,
qui facilitent la coordination et la coopération pour un bénéfice mutuel. Il s’agit selon l’auteur
d’une grandeur caractéristique de l’état d’une société. C’est cette approche collective du CS
que nous comptons mobiliser dans le cadre de cette recherche compte tenu de notre vision à
analyser les facteurs organisationnels susceptibles d’avoir une influence sur la capacité
d’innovation des entreprises coopératives.
158
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Dans son étude sur les entreprises opérant dans le secteur des textiles, Yeşil & Doğan (2019)
ont démontré que la combinaison des dimensions structurelle, relationnelle et cognitive du CS,
contribue positivement sur les dimensions de la capacité d'innovation. Les résultats de leur
étude, montrent que les caractéristiques des dimensions du CS reflétées par les liens du réseau,
la configuration du réseau et l'organisation appropriée, les codes et les langages partagés, les
récits partagés et la confiance, les normes, les obligations et l'identification améliorent les
capacités d'apprentissage, d'innovation stratégique et organisationnelle dans les organisations.
159
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Dans ce sens, Crescenzi et al. (2013) estiment que l’effet positif et significatif du CS sur
l’innovation repose en grande partie sur la preuve d'un comportement « pro-social » stimulant
une confiance et une coopération généralisées au sein de communautés par ailleurs
déconnectées. Cette attitude coopérative permet d'obtenir des informations non redondantes,
favorisant le transfert et la recombinaison de connaissances précieuses. Les réseaux sociaux
semblent être les principaux moteurs de l'apprentissage et de la gestion des connaissances et
des compétences (Alguezaui & Filieri, 2010).
La forte résilience face aux aléas de la crise économique et financière, dont les coopératives ont
fait preuve, a entrainé regain d’intérêt pour le modèle coopératif. Cette résilience a donné
l’impression d’une structure financière solide. Néanmoins, certains auteurs comme El Ouafy &
Ed-Dafali, (2014) estiment que cet avantage de résilience n’est pas toujours reflété dans leur
situation financière, car les coopératives se trouvent souvent en situation de désordre financier.
Ce désordre financier entraine des répercussions sur le comportement et la capacité de ces
organisations à développer des projets d’innovation. Ceci nous interpelle à faire un aperçu sur
les principales caractéristiques financières de ces organisations pour pouvoir anticiper leur effet
sur le financement de l’innovation dans le contexte coopératif.
92
Monvoisin et Ansart, L’entreprise coopérative : l’organisation de demain, Paris, Ellipses, 2014, p.139.
160
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
plus large et bénéficient d’autres possibilités non accessibles à leurs homologues de la forme
coopérative, notamment l’émission des actions et le partage des risques (Vézina, 2013).
En outre, les problèmes liés à la mauvaise définition des droits de propriété dans la forme
coopérative limitent l’accès de ce type des entreprises au capital du fait du principe de garantie
exigé par les bailleurs de fonds. Ces problèmes sont issus de la divergence entre les intérêts des
adhérents de la coopérative qui sont à la fois utilisateurs et apporteurs de capital. Il s’agit des trois
problèmes connus sous l’appellation de « Residual claims problems » (Uzea, 2011) notamment le
problème d’horizon, du portfolio et du passager clandestin.
Le problème de l’horizon résulte du principe de la non-transferabilité des parts sociales au sein des
coopératives qui limite l’horizon temporel des stratégies d’investissement dans les entreprises
coopératives traditionnelles (Vitaliano, 1983 ; Nilsson, 2001). En fait, en cas de départ ou de décès
d’un ou plusieurs membres adhérents les parts coopératives ne peuvent faire l’objet du transfert à
d’autres membres adhérents (Vitaliano, 1983 ; Nilsson, 2001 ; Fahlbeck, 2007). Ce qui influence
négativement l’horizon d’investissement dans le modèle coopératif. Ce problème rend l’augmentation
du capital très lente et dévalorise la coopérative (Nilsson, 2001) et impacte négativement les
déterminants de la pérennité de la coopérative comme la croissance de la coopérative, l’innovation, la
recherche et développement ainsi que la publicité (Cook, 1995).
Le principe d’égalité entre les membres au sein d’une coopérative néglige l’effet de l’ancienneté
du membership et sa participation au capital. Les nouveaux adhérents ne sont pas en mesure
161
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
d’augmenter leur participation au capital du fait de l’absence d’incitatifs à le faire (Cook, 1995),
car le modèle d’affaires coopératif est basé sur le principe d’utilisation et non as sur l’apport en
capital. En effet, l’évolution de la taille de l’entreprise coopérative peut intensifier ce problème
de passager clandestin qui mène à des comportements opportunistes constituant ainsi une
source de tension entre les coopérants compte tenu de leur degré d’investissement. Dans ce
sens, Bauwers (2013) et Birchall (2015) stipulent que le problème de passager clandestin peut
survenir lorsque les réalisations de la coopérative sont le fruit de l’effort collectif des membres
adhérents et que leurs contributions ne sont pas faciles à mesurer individuellement.
En outre, ce phénomène peut avoir lieu également à l’extérieur de la coopérative, car les
producteurs appartenant à un secteur ou à une localité peuvent bénéficier des effets positifs
issus de la présence d’une coopérative dans ce secteur ou localité indépendamment de
l’appartenance ou non à cette même coopérative (Nourse, 1992). Compte tenu du principe de
l’adhésion volontaire qui est l’un des sept principes fondamentaux de l’identité coopérative, les
non-membres peuvent bénéficier des bienfaits engendrés par l’action collective sans en
supporter les coûts, ce qui leur conférait des bénéfices encore plus élevés que ceux des adhérents
(Hoos, 1979).
La théorie financière de l’entreprise repose sur un ensemble d’approche et théorie qui contribuent
à l’explication des stratégies et des comportements financiers des entreprises. Ses racines
remontent aux travaux de Modigliani et Miller qui en supposant que le marché est parfait et en
négligeant la fiscalité et les coûts de faillite, démontrent que la valeur de l’entreprise ne dépend
pas de sa structure financière (Modigliani et Miller 1963). Cette dernière peut être expliquée par
la théorie du financement hiérarchique (Pecking Order Theory) (Cassar et Holes, 2003,
Korkeamaki et Rutherford, 2005) qui stipule que la volonté de préserver le contrôle par les
propriétaires influence la décision de financement de l’entreprise. En effet, les entreprises préfèrent
le recours au financement interne pour financer leurs activités plutôt que les sources de
financement externes et la dette aux capitaux propres quand il s’agit d’un financement externe
(Myers, 1984).
La théorie du compromis (Trade-off theory TOT) quant à elle, part de la remise en cause de
certaines hypothèses du théorème de Modigliani et Miller notamment la négligence de la fiscalité
162
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
et des coûts de faillite et la prise en considération de nouvelles hypothèses portant sur les coûts
d’agence et de transaction (Adaskou, 2011). Elle repose sur un arbitrage entre les avantages et les
inconvénients des différents modes de financement. Dans ce sens, Harris et Raviv (1991) stipulent
qu’une situation financière optimale peut être la résultante d’un arbitrage entre les coûts d’un
financement par dette et les bénéfices que tire l’entreprise de ce mode de financement.
Dès lors, la structure de leur capital, leur inaccessibilité au marché financier et les évolutions du
contexte économique dans lequel elles évoluent conduit les entreprises coopératives, quelle que
soit leur taille à faire recours au financement bancaire sous diverses conditions (Monvoisin et
Ansart, 2014). Or, la relation coopératives-banques commerciales ne connaît pas d’essor
considérable pour diverses raisons. Monvoisin et Ansart (2014) en dénombrent trois principales
liées particulièrement aux caractéristiques contradictoires avec le principe de garantie exigée par
les banquiers93 :
En revanche, les emprunteurs considèrent le risque comme une composante normale de leurs
projets sauf que ce dernier doit être calculé (Gasse et d’Amour, 2000). L’évaluation du risque
devient par conséquent difficile du fait de cet écart dans la perception de celui-ci par les deux
93
Monvoisin et Ansart, L’entreprise coopérative : l’organisation de demain, Paris, Ellipses, 2014, p.140
163
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
parties. En effet, les emprunteurs s’intéressent au rendement en mettant l’accent sur le niveau du
risque, tandis que les prêteurs contrôlent le risque par le rendement (Pham, 2009). Ceci montre
l’existence d’un contexte d’asymétrie d’information qui limite l’accès au crédit ou au moins le
rend plus cher (rationnement du crédit). On parle d’asymétrie d’information quand les emprunteurs
possèdent plus d’informations sur leur propre entreprise que les bailleurs de fonds (Fraser et al.
2001), pour des raisons qualifiées d’ordre fiscal, concurrentielles ou liées aux coûts importants de
leur production ou simplement par ignorance ou manque de compétences (St-Pierre, 1999).
Pour faire face à ce phénomène d’asymétrie d’information, les banques demandent un ensemble
de documents permettant de mettre en lumière la situation de l’entreprise. Cependant, la qualité et
la quantité d’informations fournies dans ces documents sont souvent jugées faibles (Fasano et
Gfeller, 2003 ; Berger et Udell, 1998). Ce qui rend difficile l’évaluation de la rentabilité et de la
viabilité financière des coopératives qui oriente la décision d’octroi d’un financement par les
établissements bancaires.
La viabilité financière de l’entreprise coopérative dépend du mode de financement choisi par celle-
ci (Stockbridge, 2003). Le choix du mode de financement peut être expliqué par les apports de la
théorie du financement hiérarchique de l’entreprise également utile pour les entreprises de la forme
coopérative. Selon cette approche, ces dernières préfèrent l’autofinancement au financement
externe. En effet, l’autofinancement est considéré comme un mécanisme de financement
traditionnel non seulement pour les entreprises coopératives, mais aussi pour l’ensemble des
entreprises, quelle que soit leur nature entrepreneuriale (Bouroua, 2016).
Néanmoins, ce mode de financement ne constitue pas toujours une option pour les coopératives,
surtout quand il s’agit des projets dits à grande échelle pour diverses raisons : l’apport financier
des membres est dans la plupart des cas faible, du fait que la coopérative est fondée sur le principe
d’utilisation et non sur l’apport en capital et par conséquent le manque d’incitatif à augmenter la
164
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
participation du membre dans le capital (Doyon, 2005). En outre, le versement des ristournes à la
fin de chaque exercice financier positif limite la capacité de l’entreprise coopérative à constituer
des réserves (Noël, 1987 ; ACI, 2007).
Cependant, l’insuffisance constatée parfois des fonds propres pour les raisons citées plus haut
incite les coopératives à faire recours aux sources de financement externes. Les subventions
semblent être préférables par les coopératives du fait de leur impact limité sur le principe du
contrôle démocratique de la coopérative par les membres qui constitue l’un des piliers de l’identité
coopérative, contrairement aux autres modes de financement externes qui touchent souvent à ce
principe fondamental. Certes, les subventions jouent un rôle crucial dans la rentabilisation des
activités des coopératives comme c’est le cas au canada et aux États-Unis d’Amérique, mais ne
conditionnent pas la réussite des celles-ci. Dans ce sens, Evans et Meade (2005) donnent l’exemple
des coopératives de la Nouvelle-Zélande qui bénéficient d’un cadre législatif souple leur
permettant de promouvoir leur croissance loin des subventions sectorielles. Outre, la dette est
souvent préférable aux fonds propres quand il s’agit d’un financement externe par le fait même de
son impact relativement limité sur le contrôle par les membres (Myers, 1984).
165
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Dans cette perspective, l’objectif de cette section est d’analyser les aspects techniques et de la
capacité d’innovation en mettant l’accent sur les variables d’ordre technique et technologique qui
la déterminent avant de mettre l'accent sur la contribution des facteurs contextuels et
environnementaux dans la formation de la capacité d’innovation.
Bien que l’innovation ne soit pas que technologique, la mobilisation des ressources technologiques
contribue au renforcement du potentiel d’innovation. Cette contribution intervient dans la mesure
de faciliter l’accès à la connaissance, sa gestion et son exploitation suivant une approche
évolutionniste et intégrative. Dans ce point, nous allons essayer de mettre en lumière la
contribution de la technologie à la formation et à l’amélioration d’un potentiel d’innovation au
niveau des organisations en permettant de manipuler les connaissances comme input à leur
processus d’innovation.
166
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
développement des TIC a eu comme principale influence sur le processus d’innovation, une
amélioration considérable aussi bien en termes de coût que temps nécessaire au développement de
nouveaux projets d’innovation produit ou autres. L’usage des TIC permet aux entreprises
notamment de petites tailles comme la majorité des coopératives, un accès rapide et moins coûteux
à un volume extrêmement important d’information à travers les échanges de données informatisées
(EDI), qui soient efficaces pour la décision au sein de l’organisation.
À l’heure actuelle, la valeur94 des TIC pour les entreprises est hors de question. Elles sont
considérées comme sources d’avantages tant sur le plan stratégique qu’opérationnel. Selon
Raymond & St-Pierre (2005), les avantages des TIC s’articulent autour de l’intégration des
processus internes et externes, le renforcement des relations entre les différents partenaires, la
garantie d’un accès riche à l’information et aux ressources externes qui aident à la prise de
décision. Elles jouent sur le renforcement des relations commerciales via sites web et les
plateformes de commerce électronique (Madrid 2002, cité par Kossaï, 2013), le développement de
la visibilité à l’international (Houghton & Winklhofer, 2004). Ainsi, elles jouent le rôle de
facilitateur des transactions et de renforcement des liens entre clients, fournisseurs et distributeurs
et permettent un vaste accès aux marchés et l’internationalisation des activités (Kossaï, 2013).
94
La valeur des TIC est souvent utilisée dans les écrits scientifiques pour désigner l’impact de celles-ci sur la
performance des processus au sein d’une organisation.
95
[Link] consulté le
12/05/2019
167
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Ainsi, la diversité des TIC et de leurs domaines d’action témoigne de leur importance pour
l’ensemble des acteurs de la sphère économique et sociale tant dans les pays développés que dans
ceux en développement. Toutefois, l’utilisation des ressources TIC par les dirigeants et les
présidents des entreprises coopératives est tributaire d’un niveau d’instruction relativement élevé
et nécessite une formation appropriée (Nejjari & Lebzar, 2018). De ce fait, le faible niveau
d’éducation dont disposent la plupart des membres adhérents des coopératives principalement
agricoles (Khaddar et al., 2020a) peut constituer des limites à l’adoption et l’usage des TIC par ces
coopératives. Bien que l’impact des TIC sur la performance des entreprises ait été largement
démontré, son impact sur l’innovation et la capacité à innover demeure difficile à mesurer. Dans
le paragraphe suivant, nous nous efforçons d’analyser les liens entre les TIC et l’innovation en
nous référant à la littérature spécialisée.
Un autre volet qui semble parlant en ce qui a trait au rôle des TIC qui se manifeste au niveau des
marchés qui ont subi des transformations profondes engendrées par le développement des TIC.
Ces transformations concernent principalement l’accès des produits aux marchés au tour du monde
grâce aux communications en réseau et au développement du commerce électronique. Outre, le
niveau d’interconnexion entre les partenaires commerciaux et les individus a été considérablement
168
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
amélioré par le développement des TIC qui a eu comme impact également la richesse du contenu
offert sur le marché et par conséquent une concurrence accentue.
Bien que l’innovation ne puisse être expliquée par le seul fait des TIC, le contexte managérial et
d’affaires de l’organisation semble être un facteur déterminant de l’innovation par les TIC. De ce
fait, l’investissement en TIC ne sera rentable que s’il est accompagné d’un investissement en
ressources notamment en capital humain sous ses différentes dimensions, mais également en
matière du capital organisationnel (Aubert et al., 2011). Le développement des TIC a donc
contribué à l’émergence de nouveaux modèles d’innovation et de nouvelles opportunités d’affaires
à travers : l’élimination des frontières et le remaniement des structures des marchés via la création
de nouveaux marchés et la destruction d’autres ; la facilitation du contact avec l’environnement
extérieur (clients, fournisseurs, centre de recherche, université, etc.). Outre leur action sur la
structure des marchés, les TIC agissent également sur la structure des organisations ayant un rôle
important dans leur capacité à innover (Aubert et al., 2011). Dans la même veine, Nejjari & Lebzar
(2018), estiment que les TIC ont continuellement contribué au renouvellement de l’approche des
marchés ainsi que le modèle d’organisation coopérative.
Les ressources TIC sont donc reconnues comme des gages de la propension à innover des
entreprises aussi bien coopératives que classiques compte tenu de leur rôle en tant que facilitateurs
de l’accès aux connaissances nécessaires à l’activité d’innovation (Bakkar & Chakir, 2021b).
Ainsi, l’utilité des TIC dans le processus d’innovation réside dans le fait qu'il permet un gain en
matière de temps de développement, mais aussi en matière de productivité, de qualité des produits,
et surtout, de en matière de gestion des connaissances (Ibanescu, 2010). Dans cet ordre d’idées,
certaines études soulignent l’importance de l’usage des TIC comme les facteurs déterminants de
la capacité à innover en plus d’autres facteurs comme : l'organisation et la participation à des
réseaux de coopération et la réalisation d'activités de responsabilité sociale des entreprises (Pertuz
et al., 2018).
169
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Les projets d’innovation font appel aux différents types de mémoires de l’organisation. Des
mémoires individuelles des collaborateurs à la mémoire commune qui existe dans l’organisation
qu’elle soit partagée entre les personnes ou stockée dans les bases de données de l’organisation.
La création de nouvelles connaissances nécessite la recombinaison des informations et
connaissances existantes aussi bien dans l’organisation qu’à l’extérieur de celle-ci.
À leur tour, Bunno et al. (2012) et Lee & Xia (2006) stipulent que les TIC constituent des outils
indispensables à l’innovation. Leur utilisation permet aux organisations de booster leur potentiel
d’innovation (Gretton et al., 2004; Hempell & Zwick, 2008; Morikawa, 2004). Dans la même
veine, Koellinger (2008), considère les TIC comme des catalyseurs importants de l’innovation
qu’il s’agisse de l’amélioration des processus ou encore le lancement des nouveaux produits.
Dans le même sens, Morikawa (2004) a réalisé une étude sur l’utilisation des TIC par les PME
japonaises et constate que celles qui utilisent les ressources TIC étaient plus aptes à s’engager dans
une démarche d’innovation que celles qui ne le font pas. Ceci est soutenu par les constats de Gago
& Rubalcaba (2007b) relatifs à l’investissement en TIC qui selon lui rend les entreprises plus
orientées vers l’innovation. Un autre constat aussi important a été soulevé par Abello et Prichard
(2008) (cité par (Kossaï, 2013) en soulignant que dans les entreprises australiennes, les différences
technologiques en matière des TIC sont associées à différents types d’innovation. Par conséquent,
l’investissement en TIC est d’autant plus important pour l’ensemble des types d’innovation (Polder
et al., 2009).
Les TIC sont donc dotées d’une importance capitale pour les organisations, vu leur contribution à
la réduction des coûts de transaction, l’amélioration des processus, la facilitation de la coordination
avec les partenaires et la diversification, ce qui leur fournit des opportunités d’innovation
(Koellinger, 2005).
De ce qui précède, il apparaît clairement que le rôle des TIC dans le processus d’innovation peut
être analysé suivant la nature de leur utilisation dans ledit processus. L’usage des TIC est donc
bénéfique aux entreprises à plusieurs niveaux. Son apport se matérialise dans la gestion efficace
des connaissances (Génération, conservation et partage), l’amélioration du processus d’innovation
ou encore dans la diffusion et la commercialisation des résultats de l’innovation. Pour ce qui est
de la gestion des connaissances, nous allons distinguer trois aspects de l’utilisation des TIC : Les
TIC utilisées directement dans la production et la génération de nouveau savoir, les TIC utilisées
dans l’acquisition de nouvelles connaissances et les TIC utilisées dans le processus de partage et
de diffusion de ces connaissances.
170
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Gestion des
Conservation
connaissances
Partage et
diffusion Capacité
d’innovation
électronique et télécoms
Automatisation
TIC : Informatique,
Processus
Contrôle
d’innovation
Amélioration
Source : Auteur
En somme, l’usage des TIC permet à l’organisation de mieux contrôler son processus
d’innovation en favorisant un accès vaste à la connaissance, mais également un niveau
d’efficacité au niveau de la gestion de cette connaissance. C’est dans cette optique que nous
allons traiter la contribution de cette variable dans la détermination du construit de la capacité
d’innovation dans le contexte coopératif.
171
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Tenant compte de ces constats, nous estimons que l’analyse de l’effort technologique dans le
cadre d’une approche plus globale serait un plus pour la présente recherche. Ainsi, nous allons
traiter ce concept en se basant sur ces trois dimensions qui sont en plus de l’effort R&D,
l’investissement dans la modernisation des équipements et infrastructures et la coopération
technologique.
Comme l’indiquent (Kirner et al., 2009), la capacité d’innovation des entreprises fait référence
aux efforts de R&D et aux nouveaux produits. Ces efforts constituent la base de l’innovation
notamment technologique dans les entreprises. Dans les entreprises coopératives comme dans
les PME, compte tenu de leurs capacités limitées, les activités de R&D sont exercées d’une
manière informelle. Ces organisations n’ont généralement pas de plan d’innovation formel
(Marsili & Salter, 2006). Dans cette mesure, ce type d’organisations en cas d’implication dans
la R&D tente de l’effectuer en partenariat avec d’autres organismes (entreprises ou autres).
172
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Dans cette veine, les activités de R&D sont le résultat de processus interactifs qui impliquent
de nombreux acteurs et institutions différents, entretenus par des relations bilatérales entre les
acteurs, mais aussi par l'accès aux réseaux de R&D, dont beaucoup ont une importance
régionale (Fernandez-Vazquez & Rubiera-Morollon, 2013; van Hemert et al., 2013). De son
côté Garcia‐Alvarez et al., (2015) estime que les activités de R&D sont renforcées dans les
moyennes et grandes entreprises, les coopératives, les entreprises expérimentées et un meilleur
accès physique aux centres technologiques.
173
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
ressources et des compétences, et par conséquent des connaissances utiles aura lieu. Dans le
cadre de cette thèse, nous avons décidé de prendre en considération une définition plus large de
la coopération interorganisationnelle pour couvrir également les relations de coopération et de
partenariat entretenues par les coopératives avec d’autres organismes qui ne sont pas forcément
des entreprises, mais leur apport pourra être significatif dans la détermination de la capacité
d’innovation de celle-ci. Ces organismes peuvent être soit des centres ou laboratoires de
recherche, des universités, des associations de consommateurs ...etc.
Pour bien définir le concept de la coopération interorganisationnelle, nous nous référons à une
revue des définitions réalisées par Koubaa (2015) et qui révèlent un certain nombre de
caractéristiques qui caractérisent ce concept. Ainsi, loin de l’exhaustivité, le tableau en annexe
n°7 se veut une synthèse de définition.
L’analyse des différentes définitions présentées dans le tableau en annexe n°7 permet de mettre
en évidence les principaux apports conceptuels de la coopération. Elles révèlent un certain
consensus sur le fait que la coopération interorganisationnelle repose sur des acteurs
indépendants ayant des objectifs et des intérêts stratégiques communs. Selon la littérature
spécialisée, ces objectifs s’articulent généralement autour de l’accès aux connaissances, la
réduction des coûts, la création de la valeur et l’innovation (Koubaa, 2008). Il s’agit donc d’une
forme d’organisation réticulaire et une stratégie de positionnement motivée par la volonté
d’accès aux sources externes de connaissance en favorisant l’accès aux expériences et aux
connaissances des autres.
Partant de l’hypothèse qui stipule que les connaissances externes constituent un potentiel
stratégique dans toute relation de coopération, les entreprises qu’elles soient coopératives ou
classiques, soucieuses de tisser des relations de coopération interorganisationnelle doivent se
doter de capacités stratégiques leur permettant d’acquérir, assimiler et transformer les
connaissances existantes en innovations. Il s’agit de la capacité d’absorption au sens de Conhen
et Levinthal. Ceci suppose l’adoption d’une organisation réticulaire en interne, susceptible de
soutenir l’exploitation et la diffusion des connaissances acquises, et dans laquelle les individus,
les groupes et les fonctions constituent les principaux acteurs.
174
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Outre les exigences identitaires, la fragilité et la rareté des ressources aussi bien matérielles
qu’immatérielles constituent des caractéristiques les plus marquantes des structures
coopératives notamment au Maroc où le tissu coopératif est constitué dans sa majorité par de
petites structures de coopération. La prise de conscience de cette fragilité pousse les
coopératives à nouer des liens de coopération leur permettant d’accéder à des ressources
complémentaires qui leur font défaut.
96
Tan Suee Chieh and Chuin Ting Weber, “The Capital Conundrum for Co-operatives 2015”
175
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
outre, les problèmes rattachés à la mauvaise définition des droits de propriété entravent la
capitalisation des coopératives (Bouroua, 2016). La problématique d’accès au capital est donc
l’une des barrières qui affaiblissent la capacité d’innovation des coopératives. La coopération
interorganisationnelle se propose donc comme solution aux coopératives pour remédier à ce
problème et limiter ses effets sur leur propension d’innovation.
En guise de synthèse, nous pouvons conclure que la conception de notre modèle théorique doit
prendre en considération la nature des variables qui seront appréhendées à travers leurs
dimensions. De ce fait, notre modèle conceptuel comportera quatre niveaux de déterminant : le
176
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
premier niveau comporte les items, le deuxième niveau comporte les variables explicatives, le
troisième niveau quant à lui, il porte sur l’effet des variables intermédiaires (médiatrices et
modératrices) et finalement le sommet de notre modèle conceptuel est formé par la variable
dépendante (expliquée).
En plus des facteurs internes à l’entreprise, la capacité d’innovation est également impactée par
des facteurs issus de l’environnement externe et du contexte dans lequel évolue l’organisation.
Nous tenterons dans ce paragraphe de mettre le point sur les facteurs qui relèvent de
l’environnement externe de l’entreprise. Nous allons étudier principalement l’effet des
variables telles que la pression concurrentielle, l’accompagnement et le soutien public et de la
coopération interorganisationnelle qui constitue l’un des principes fondamentaux sur lesquels
est fondée l’identité coopérative.
Dans une étude qui porte sur les entreprises du secteur industriel, Aghion et al. (2005) avaient
conclu qu’au fûr à mesure que la pression concurrentielle augmente, l’innovation s’intensifie
jusqu’à ce qu’elle atteigne un seuil critique ou l’effet de la concurrence ne favorise plus le
développement de l’innovation. Ils démontrent ainsi l’existence d’une relation en U inversée
entre l’innovation et la concurrence. D’autres études plus récentes s’intéressaient à la relation
entre la concurrence et l’intensité technologique dans le secteur bancaire américain, démontrent
l’existence d’une relation de corrélation positive entre ces deux variables (Bos et al., 2013).
177
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Dans ce sens, Ghobakhloo (2011), défend l’idée que la pression concurrentielle constitue une
incitation à l’innovation et l’adoption de nouvelles technologies. Il stipule que les entreprises
confrontées à une forte intensité concurrentielle sont plus enclines à adopter des TIC et à
innover. Elle est positivement associée à l’adoption des TIC et à la capacité d’innovation
(Arduini et al., 2010; Hollenstein, 2004; Kowtha & Choon, 2001). La concurrence exerce une
pression sur les entreprises afin d’alimenter sans cesse leur potentiel d’innovation.
L’intensification de la pression concurrentielle a mené les entreprises à décloisonner leur
comportement d’innovation en adoptant des stratégies d’innovation axées sur la combinaison
des capacités internes avec une variété de ressources externes (Lema et al., 2015).
Selon la FAO (2018), les coopératives marocaines ont besoin d’un soutien technique de haut
niveau et d’une expertise en commercialisation/marketing. Ce constat nous mène à s’interroger
sur le rôle que pourrait jouer le secteur public dans l’accompagnement et le soutien des
organisations coopératives à l’innovation. L’intervention des pouvoirs publics dans ce sens,
sera analysée en se basant sur deux dimensions qui nous semblent d’une importance capitale
dans le renforcement de la capacité d’innovation des entreprises coopératives. D’un côté, la
dimension matérielle, qui porte sur la participation au financement des activités d’innovation
dans le secteur coopératif. Le soutien public peut prendre également la forme d’un
accompagnement visant le renforcement des capacités organisationnelles et techniques des
acteurs de ce mode d’entreprendre via les programmes de formation et de coaching adaptés aux
spécificités du secteur.
178
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
2020a). Ces instruments peuvent s’envisager sous l’aspect pécuniaire ou non pécuniaire (Cano-
Kollmann et al., 2016; Jugend et al., 2020b). Selon ces auteurs quatre dimensions générales du
soutien public : le soutien financier aux activités de R&D, le développement par l'innovation,
le soutien aux programmes sectoriels et la collaboration université-industrie-gouvernement.
Toutefois, nous focaliserons dans le cadre de cette recherche sur deux principaux aspects du
soutien public étant considéré les spécificités du contexte auquel nous nous intéressons. Il s’agit
des deux principales dimensions suivantes : le soutien financier et le renforcement des capacités
organisationnelles à travers les programmes de formation et de coaching.
Il est communément admis que les entreprises investissent moins en innovation du fait de la
négligence des bénéfices potentiels qu’elle engendre (Zemplinerová & Hromádková, 2012).
Ainsi, plusieurs études ont confirmé que le soutien financier externe a un effet positif
significatif sur les activités et les performances d'innovation des entreprises (Huňady et al.,
2014). À titre d’exemple, une étude menée en Corée du sud par Jang & Zhang (2008) sur un
échantillon de 1014 entreprises a conclu que les systèmes de soutien financier exercent un effet
significatif sur l'innovation de produit et de processus. L’effet du soutien public serait d’autant
plus important dans le secteur coopératif pour les raisons citées précédemment. Il contribue à
la mise en place des infrastructures technologiques et favorise l’accès des entreprises
coopératives à la technologie qui est considérée comme un stimulus du potentiel d’innovation.
L’importance des subventions publiques en matière d’innovation est fortement défendue tant
dans le milieu académique que politique. Plusieurs travaux empiriques comme Czarnitzki et
Fier (2001), Aerts et Czarnitzki (2006) et Mohnen et Lokshin (2009), ont tiré des conclusions
sur l’impact positif des aides publiques sur l’innovation dans les entreprises (Mongo, 2013a).
179
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
L'activité d'innovation étant censée avoir des effets externes positifs, les gouvernements
engagent des ressources substantielles pour soutenir la création de connaissances dans le but
d'encourager l'innovation (Cano-Kollmann et al., 2016).
L’effort public pour le renforcement des capacités organisationnel constitue une sorte d’appui
qui permet aux entreprises de surmonter les obstacles d’insuffisance des ressources et
concentrer leurs efforts sur le développement de leurs capacités organisationnelles et par
conséquent booster leur potentiel d’innovation dans un environnement qui ne croît qu’à la
croissance et à la compétitivité.
180
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
Conclusion du chapitre
Ce deuxième chapitre poursuivait deux principaux objectifs : premièrement, il visait à identifier
les approches envisageables pour expliquer le construit de la capacité d’innovation. Il s’agissait
bien évidemment d’une approche par les ressources et les capacités. L’approche par les
capacités définit le potentiel d’innovation en se basant sur les capacités organisationnelles de
l’entreprise notamment la capacité d’absorption et les capacités dynamiques. Deuxièmement,
il était question de faire une revue des variables déterminantes qui expliquent la capacité
d’innovation comme variable expliquée. Il s’agissait donc identifier les outils nécessaires à la
construction de notre modèle théorique de recherche, via la mobilisation d’un cadre intégrateur
d’explication de la capacité à innover dans le contexte coopératif.
En effet, nous avons adopté une approche fondée sur les capacités qui met en exergue deux
sortes de capacité qui sans elles, la capacité d’innovation semble être difficile à définir et par
conséquent à expliquer. Ainsi, la littérature a confirmé que la prédisposition des ressources
aussi bien matérielles qu’immatérielles soit une condition nécessaire, mais non suffisante pour
développement de la capacité d’innovation d’une organisation. Les entreprises sont donc
appelées à développer leurs capacités dynamiques et d’absorption afin de pouvoir absorber97
les connaissances nécessaires à leur activité d’innovation à partir de leur environnement et de
suivre les changements et mutations qui en découlent.
S’agissant de l’approche par les ressources, nous avons pu identifier dans la littérature
spécialisée, un éventail de ressources qui constituent des déterminants potentiels de la capacité
à innover. En guise de résumé, les variables identifiées peuvent être classées en trois principales
catégories : D’abord les déterminants d’ordre organisationnel et managérial tels que le
leadership, la qualité du capital humain, la culture organisationnelle d’innovation, le capital
social interne…etc. Ensuite, les variables d’ordre technique et technologique. Dans ce point,
nous nous sommes intéressés principalement à l’effet de la technologie notamment l’usage des
TIC sur l’activité d’innovation des coopératives. Enfin, nous nous sommes orientés vers
l’environnement des coopératives pour identifier son influence sur la capacité et le
comportement d’innovation des entreprises coopératives.
Ainsi, nous avons met l’accent sur un certain nombre de variables qui nous semble selon notre
revue de littérature exercent une influence sur la capacité à innover chez les acteurs de ce mode
d’entreprendre. Il s’agit principalement des variables liées à la coopération
97
Le verbe absorber est utilisé ici pour désigner la capacité à identifier, assimiler et transformer les connaissances
issues de l’environnement en imputs pour développer des innovations au sens de Cohen et Levinthal.
181
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et les capacités
organisationnelles
182
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Introduction du chapitre
Les travaux de recherche portant sur la capacité d’innovation effectués sous d’autres cieux,
différents de celui du Maroc, et dans d’autres secteurs qui ne partagent pas forcément les
caractéristiques du secteur coopératif, ont met l’accent sur une certaine complexité liée à
l’analyse de ce concept. Cette complexité découle de l’importance et de la diversité des acteurs
intervenants dans le processus d’innovation et des variables (organisationnelles, technologiques
culturelles…) qui la déterminent dans le contexte coopératif. Ajoutant à cela, la complexité liée
au secteur coopératif avec ses spécificités aussi sur le plan identitaire qu’organisationnel. Les
modèles explicatifs identifiés dans la littérature revêtent un caractère théorique.
De ce fait, le traitement de ce sujet si complexe devrait se faire dans le cadre d’une posture
épistémologique adéquate et s’appuyer sur une méthodologie bien réfléchie. Dans cette
perspective, ce chapitre a pour objectif d’expliciter le positionnement épistémologique choisi,
et les choix méthodologiques et empiriques sur lesquels s’appuie la présente recherche.
Dans la première section, nous allons tenter d’expliquer la méthodologie de recherche mobilisée
dans le cadre de la présente recherche. Il s’agira bien évidemment d’avancer les justificatifs du
positionnement épitémologique et de la démarche suisi avant de présenter les dispositifs d’axès
au réel. La deuxième section quant à elle, sera entièrement consacrée à l’étude exploratoire
qualitative en commençant par l’explication de la démarche qualitative choisie et en exposant
par la suite les principaux résultats de l’étude exploratoire et les renseignements qui en
découlent. Enfin, la troisième section exposera les principales hypothèses de notre modèle
conceptuel et son sous-bassement théorique avant de présenter le modèle hypothétique finalisé
qui sera testé par la suite dans la phase quantitative.
183
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Dans cette section, nous allons traiter trois points essentiels : tout d’abord, il sera question de
définir un cadre épistémologique adéquat à notre recherche, le mode de raisonnement et la
démarche de recherche. Ensuite, nous nous focaliserons sur la détermination de la taille de
l’échantillon de recherche. Enfin, la méthode de modélisation par les équations structurelles
sera présentée en avançant les raisons qui nous ont menés à choisir de type d’analyse.
L’épistémologie est souvent considérée comme étant la science des sciences. Elle renvoie à la
philosophie de la pratique scientifique qui détermine les conditions de construction et de
validité de la connaissance, via des guides qui cadrent la recherche en la distinguant des autres
cadre d’investigation suivi par les experts, les dirigeants ou les journalistes dont l’analyse
dépende des praxis et des expériences personnelles (Wacheux, 1996 cité par El Agy , 2013).
Selon Gavard-Perret et al. (2008), la validité des résultats proposés par une recherche doit être
justifiée sur la base d’un référentiel épistémologique qui est entièrement lié à la recherche
scientifique (Martinet, 1990), et déployé pour répondre aux questions relatives au processus
d’identification et d’élaboration de la connaissance (Allard-Poesi et Perret, 2014). Des
questions d’ordre ontologique, épistémique ou encore méthodologique portant sur la nature de
la connaissance, le statut de la connaissance et la manière d’y accéder et de la construire.
La réflexion engagée dans ce sens, convoite à définir le chemin de recherche et les présupposés
sur lesquels repose notre travail de recherche, mais également à expliciter les choix adoptés et
la valeur attendue des connaissances élaborées. La conception de la connaissance serait donc
influencée par les paradigmes98 épistémologiques dominants qui font partie intégrante de toute
98
Un paradigme épistémologique est assimilé à une perception de la connaissance bâtie sur un ensemble
d’hypothèses fondatrices. Des hypothèses regroupées sous trois principales dimensions qui constituent la base de
stratification de la réalité en l’occurrence l’hypothèse ontologique portant sur la nature de la réalité, l’hypothèse
épistémique qui porte sur la nature de la connaissance produite, et enfin l’hypothèse méthodologique qui decrit la
manière dont la connaissance est élaborée (Avenier et Gavard-Perret, 2012 ; Perret et Séville, 2007).
184
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Selon Thietar, les deux principaux paradigmes épistémologiques qui structurent la recherche en
organisation sont le paradigme positiviste et le paradigme constructiviste. Les origines du
positivisme remontent aux travaux d’Auguste Comte portant sur les sciences de la nature. Le
débat sur les questions épistémologiques notamment dans les sciences sociales et de gestion a
conduit à l’émergence des paradigmes dits post-positivistes. Il s’agit principalement du
constructivisme, l’interprétativisme, le réalisme (scientifique ou critique) (Gavard-Perret et al.,
2012). Avant de nous prononcer sur le choix d’un paradigme épistémologique adéquat pour
mener notre recherche dans une logique cohérente, nous allons tenter de passer par revue les
spécificités des différents paradigmes contemporains, et les affronter à celles de notre objectif
de recherche.
185
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
paradigme post-positiviste qui est le « réalisme » qui se confirme progressivement dans les
sciences de gestion.
Le positivisme est fondé sur une hypothèse de séparabilité entre la réalité (l’objet) et le sujet
qui l’observe. Selon ce paradigme, le sujet ne modifie pas la nature de l’objet observé. Ceci met
en avant le principe d’objectivité qui forme la base de ce paradigme. Cette hypothèse
ontologique constitue l’essence de ce paradigme dominant en sciences de gestion
particulièrement dans le contexte nord-américain (Thiétart, 2007). En effet, « la réalité a ses
propres lois, immuables et quasi invariables», et «s’impose à tous». (Perret et Séville, 2007, p.
18 cité par Dubouloz, 2013a).
186
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Le réalisme scientifique met en avant le postulat de la difficulté d’accès aux différents niveaux
de stratification qui limite notre connaissance de la réalité. Cette connaissance est basée non
seulement sur l’aptitude du chercheur à concevoir, mais surtout sur sa capacité à entreprendre
(Bhaskra, 1998). C’est-à-dire, la capacité d’observation directe de l’existence de mécanismes
générateurs ou de son observation via ses effets (Bhaskra, 1975). Bref, l’objectif d’une
99
D’autres paradigmes dérivés peuvent être cités dans ce sens notamment le pragmatisme qui partage avec les
paradigmes dits antipositiviste (constructivisme et interprétativisme) l’hypothèse ontologique relativiste de la
réalité, mais ayant des critères de validité de la connaissance qui lui sont propres.
187
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
recherche qui adopte la posture épistémologique réaliste critique est plutôt d’expliquer la réalité
à travers ses mécanismes et leurs interactions. L’objectif est donc d’expliquer et non pas de
prédire ou de comprendre.
Dans notre recherche, nous nous intéressons au phénomène de l’innovation dans un contexte
particulier qui est celui des coopératives. Ce phénomène qui a un caractère social, ne peut en
aucun cas, être traité isolément des acteurs et des sujets, mais l’indépendance vis-à-vis du
chercheur qui l’étudie, ne fait pas l’objet de confusion. Ce qui est en concordance avec
l’hypothèse ontologique du paradigme réaliste critique. Plus précisément, notre projet de
recherche consiste à comprendre les spécificités de la capacité à innover au sein des entreprises
coopératives en exposant à l’épreuve les facteurs d’ordre organisationnel, technologique ou
contextuel comme mécanismes générateurs qui interagissent pour la déterminer. L’objectif est
donc de comprendre et d’expliquer la réalité.
Nous sommes également intimement convaincus que, quel que soit le degré de rigueur
scientifique et de cohérence des méthodes mobilisées, l’accès à la réalité ne peut en aucun être
garanti à 100 %. Cette difficulté d’accès à la réalité se justifie, d’une part, par les capacités
cognitives du chercheur lui-même qui sont limitées, et d’autre part, par la pertinence des
méthodes utilisées qui peuvent être infaillibles. C’est pour cette raison que les partisans du
paradigme réaliste critiquent ont procédé à la stratification de la réalité en trois principaux
niveaux comme nous l'avons évoqué dans le paragraphe précédent.
En outre, nous considérons dans le cadre du présent projet de recherche que la réalité existe en
soi, et nous cherchons à l’expliquer à travers ses mécanismes générateurs. La réalité est donc
assimilée à un système ouvert avec de multiples mécanismes générateurs. Dans ce sens,
188
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
l’hypothèse ontologique du réalisme critique postule que la réalité existe et perçue comme
système ouvert et stratifiée en trois niveaux, et qui admit des explications variées issues de ses
mécanismes générateurs.
Ainsi, l’objectif ultime des recherches menées dans le cadre d’une posture épistémologique
réaliste critique est de tenter d’expliquer la façon dont un phénomène survient suite à l’effet des
mécanismes générateurs qui agissent pour le causer. C’est le cas de la présente recherche qui
s’efforce d’expliquer l’effet d’un ensemble de facteurs organisationnels, managériaux,
technologiques, contextuels ou encore environnementaux sur la capacité à innover dans le
contexte coopératif qui est le phénomène étudié.
Tout au long de la présente recherche, nous étions amenés à faire des choix aussi bien sur le
plan théorique, empirique que méthodologique. L’objectif étant de produire une connaissance
qui soit fiable et reflète le maximum possible la réalité. Cette fiabilité dépend en grande partie
du mode de raisonnement suivi. Dans ce sens, Charreire et Durieux (2014), stipulent que le
processus de construction de la connaissance peut suivre différents modes de raisonnement. Ce
processus est fortement dépendant du positionnement épistémologique du chercheur et passe
par l’appréhension des lois qui régissent la réalité (Thiétart, 2014). Il s’agit d’une démarche de
cause à effet par laquelle le chercheur cherche à identifier les causes à l’avance, et les étudier
afin d’en faire déduire les lois qui régissent la réalité sous-entendue. Deux chemins sont à
distinguer dans ce sens : d’un côté, le chemin axé sur une logique d’exploration et le chemin
qui suit la logique du test de l’autre côté. À chacun de ces chemins correspond un mode de
raisonnement bien précis. Ainsi, entre le raisonnement déductif, inductif et abductif, nous
sommes amenés à choisir le mode qui correspond le plus à notre logique de recherche.
189
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
La démarche inductive consiste à inférer des hypothèses et construire des théories en partant
des observations limitées. Elle permet de passer d’observations particulières à des énoncés
générales (Thiétart, 2014). La démarche déductive qui suit une logique d’exploration et de
compréhension constitue une étape décisive de la phase exploratoire qui précède la phase
déductive.
La déduction, quant à elle, est considérée comme étant d’abord un moyen de démonstration
(Grawitz, 1996). Elle est basée sur une logique qui considère la forte liaison entre les hypothèses
formulées à l’avance et les conclusions tirées. Autrement dit, la réalisation de l’hypothèse de
départ, engendre que la conclusion soit automatiquement vérifiée (Thiétart, 2008). Il s’agit donc
de tester la validité empirique des hypothèses issues de la théorie. Ses principaux objectifs sont
la vérification et l’explication.
En conséquence, le modèle théorique établi regroupe à la fois des variables identifiées dans la
littérature alimentée par des éléments spécifiques au contexte de l’étude. De ce fait, le mode de
raisonnement suivi est de nature abductive qui est assimilée à une position intermédiaire entre
l’induction et la déduction.
190
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
chercheur ou une équipe de recherche combine des aspects des méthodes qualitatives et
quantitatives (c.-a-d. les postulats, les outils de collecte de données, l’analyse, les techniques
d’inférence) a des fins d’approfondissement et de corroboration »100 (Johnson et al.,2007, p.
123). Selon Briand & Larivière, la logique des méthodes mixtes est fondée sur la prise en
considération des deux positions épistémologiques habituellement connues dans la recherche
scientifique en s’appuyant sur une vision pragmatique de la recherche. Il s’agit d’une part de
position fondée sur l’explication où la recherche d’une vérité universelle, et d’autre part, celle
qui cherche des vérités multiples pour expliquer un phénomène.
La démarche mixte repose donc sur l’idée de combinaison des méthodes qualitatives et
quantitatives dans le processus de construction de la connaissance. C'est dans cette logique que
s'inscrit notre recherche visant l’explication du phénomène d’innovation qui s’avère complexe
notamment dans le contexte particulier des coopératives. À travers cette démarche dite mixte,
nous cherchons à tirer profit de la complémentarité entre les méthodes qualitatives et
quantitatives, pour une connaissance plus profonde du phénomène à travers ses mécanismes
générateurs.
Toutefois, la majeure partie des recherches identifiées dans la littérature concernent des
contextes autres que celui des coopératives. Ce qui nous demande un effort de contextualisation
à travers le test de ces construits théoriques dans le contexte coopératif marocain. De ce fait,
nous avons procédé d’abord par une étude qualitative dans une démarche séquentielle
exploratoire, qui nous a permet d’une part, de comprendre les spécificités du contexte coopératif
marocain, et d’autre part, de finaliser notre modèle conceptuel. Cette étape nous a été d’une
importance capitale pour éclairer la partie quantitative de notre recherche.
100
Traduit par Catherine Briand Nadine Larivière dans leur contribution dans l’ouvrage intitulé « qualitatives,
quantitatives et mixtes dans la recherche en sciences humaines, sociales et de la santé » page 626.
191
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Dans ce paragraphe, nous projetons de présenter et justifier nos choix empiriques. Pour ce faire,
nous rappelons d’abord que ce projet de recherche est décelé en deux phases essentielles : une
phase exploratoire qualitative et une phase confirmatoire quantitative. Ceci implique des
dispositifs et techniques distincts. De ce fait, nous allons nous limiter dans cette section à définir
ceux concernant la phase quantitative pour laisser les choix relatifs à la phase exploratoire à la
section suivante qui sera entièrement consacrée à l’étude qualitative, et ce, dans un souci de
synchronisation.
Notre enquête se base sur le questionnaire comme principal moyen de collecte de données
empiriques. Cet instrument est réputé le plus adéquat quand il s’agit de la collecte d’un grand
nombre d’informations sur d’une population assez large comme la nôtre. De ce fait, et compte
tenu de l’hétérogénéité de notre population et de la complexité de notre terrain, nous avons
procédé à l’élaboration de notre questionnaire en s’inspirant d’un inventaire des travaux
antérieurs, ancrés dans les théories et les modèles d’explication de la capacité d’innovation de
différents acteurs et dans différents contextes. Dans cette étape, nous avons fait référence
également aux résultats de l’étude exploratoire (voir section suivante) dans un souci de
contextualisation. Dès lors, il traduit les facteurs susceptibles d’exercer une influence qu’elle
soit positive ou négative sur la propension d’innovation des entreprises coopératives agricoles
de la région SM.
Comme nous l’avons bien spécifié dans le deuxième chapitre de cette thèse, l’innovation est
avant tout, un phénomène organisationnel. Certes, l’innovation ne peut être expliquée par le
seul effet des facteurs organisationnels, mais ces derniers constituent la base de toute démarche
192
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
193
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
194
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
195
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Source : Auteur
196
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
L’analyse et l’exploration des liens existants entre la gestion des connaissances et l’innovation
dans les entreprises ont été évoquées dans de nombreux travaux. Son importance se manifeste
via son rôle de préparation de l’un des principaux inputs du processus d’innovation qui est la
connaissance. En effet, la mise en place d’une démarche de gestion des connaissances crée un
climat organisationnel propice à l’émergence d’idées nouvelles, à leur capture, à leur validation
et à leur transformation en innovation. Cette variable que nous supposons médiatrice de l’effet
d’un ensemble de variables dépendantes sur la capacité d’innovation, sera analysée en relation
avec deux principales variables à savoir : la capacité d’absorption et les capacités dynamiques.
Ces deux variables, en raison de leurs définitions, nous apparaissent comme des dimensions de
la gestion des connaissances. Elle sera donc appréhendée en distinguant deux principales
dimensions. Il s’agit bien évidemment de :
197
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Source : auteur
Après avoir identifié les différentes variables de notre modèle théorique en se basant sur la
revue de littérature et les résultats de l’étude exploratoire, une première version du questionnaire
a été élaborée. Cette première version du questionnaire a été ensuite prétestée auprès de 10
coopératives agricoles dans l’objectif d’adapter ses questions au contexte spécifique des
coopératives agricoles de la région. Parallèlement à ce test, le questionnaire a été soumis à
l’examen de certains enseignants-chercheurs et professionnels dans le domaine. Lors de cette
phase, nous avons pu identifier certaines anomalies qui portaient principalement sur la
formulation de certaines questions qui induisent des sens parfois contradictoires avec ce que
nous voulions identifier. Cette étape a remis en cause également l’utilité de certains d’autres.
De ce fait, la version définitive de notre questionnaire se compose de 29 questions tout en
précisant ici que certaines d’entre elles contiennent des sous-questions. Le questionnaire est
structuré en parties principales : la première partie porte sur l’identification de la coopérative et
de l’interviewé. La deuxième partie quant à elle, cherche l’évaluation de l’influence des
variables du modèle sur la capacité d’innovation. Enfin la troisième partie porte sur l’analyse
des aspects de la variable expliquée à savoir la capacité à innover. Le temps de réponse a été
198
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
estimé à 20 minutes. Les personnes ciblées au sein des organisations coopératives sont soit le
président du conseil d’administration de la coopérative, son directeur ou son gérant.
Comme il a été bien précisé tout au long des chapitres précédents, la présente recherche
s’intéresse à l’étude de la capacité d’innovation des entreprises coopératives agricoles de la
région Souss Massa. Le choix de s’intéresser à ces acteurs a été le fruit d’abord d’une expérience
professionnelle de plus de trois ans dans le domaine, qui nous a permis de constater un réel
besoin d’étudier l’innovation dans le secteur qui à notre sens, soit le meilleur moyen pour
remédier aux divers problèmes que vit le secteur. En outre, sur le plan théorique, la
problématique d’innovation et particulièrement en ce qui a trait à la capacité à innover, demeure
peu étudiée notamment dans ce contexte particulier. Nous nous ambitionnons donc de
contribuer à combler le vide théorique quant à ce sujet si important pour la compétitivité et la
survie des organisations coopératives comme pour l’ensemble des organisations.
Une autre question peut s’imposer à cette thèse concernant ses choix empiriques notamment en
ce qui a trait au type des coopératives choisies et du terrain d’étude. En effet, le choix des
coopératives agricoles n’est pas dû au hasard. Il prend en compte l’importance de ce type de
coopératives dans le tissu coopératif marocain. Comme le montre le tableau ci-après, les
coopératives agricoles représentent 63.28% de l’ensemble des coopératives au Maroc. En outre,
elles accaparent la part du lion en ce qui concerne le nombre d’adhérents en regroupant environ
70.82% de l’ensemble de la population adhérente aux coopératives. Dans la même veine,
l’annuaire statistique des coopératives élaboré par le ministère en charge de l’ESS, montre que
les coopératives agricoles réalisent 74% du chiffre d’affaires du secteur101.
101
Le chiffre d’affaire en question concerne seulement les coopératives déclarantes.
199
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
L’étude de la capacité d’innovation doit se faire en se référant à une période de temps qui va
nous permettre de mettre le point sur les changements qui touchent la structure coopérative dans
le temps, et en même temps d’analyser leurs expériences en matière d’innovation via des
200
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
facteurs aussi bien endogènes qu’exogènes. De ce fait, nous avons ciblé les coopératives
justifiant d’un exercice de 5 ans au moins. Cela nous a donc mené à cibler les coopératives
agricoles dont la création a eu lieu au plus tard fin 2015. Soit une population de 967102
coopératives.
Ainsi, pour mener à bien notre recherche, nous avons jugé nécessaire de procéder à la
segmentation de notre population suivant un certain nombre de critères qui à notre sens,
exercent une influence sur la capacité à innover. Une influence qui apparaît clairement sur
terrain, vu les disparités constatées en matière d’innovation entre les différentes provinces de
la région d’une part, et entre les filières d’autre part. De ce fait, nous avons choisi de segmenter
notre population suivant ces deux critères en vue de créer des sous-ensembles les plus
homogènes possible par rapport au phénomène étudié. Concernant le premier critère qui est
celui de la filière, nous avons décidé de combiner entre la nomenclature des filières publiée par
le ministère chargé de l’agriculture et celle retenue par l’ODCo.
Néanmoins, nous avons constaté que certaines filières représentent un pourcentage faible, voire
nul dans notre population. De ce fait, nous estimons qu’il est nécessaire de les regrouper en
sous-ensembles homogènes dans le cadre du possible103. Ceci va nous permettre de réduire le
nombre de strates au niveau de notre échantillon et donc faciliter la collecte et l’analyse de
données. Cette segmentation donne les résultats suivants :
102
Annuaire statistique publié par le ministère en charge de l’ESS 2017. Il est à noter que ce nombre ne contient
pas les coopératives forestières.
103
Pour exemple, nous avons regroupé les filières suivantes : Palmier dattier, amandier, oléicole et la filière
safranière sous la catégorie des produits de terroir. Les filières : maraichage, primeur, agrumicole et céréalière sont
également regroupé sous appellation de « filière fruits et légumes ». Enfin, dans famille « élevage et production
des viandes rouge regroupe » nous avons regroupé les filières d’élevage, avicole, cuniculture…
201
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Province Inezgane
Agadir Ida- Chtouka Ait
Ait- Taroudannt Tiznit Tata Totaux
Filière Outanane Baha
Melloul
Filière Arganier 51 5,27 8 0,83 67 6,93 40 4,14 35 3,62 1 0,10 202 20,89
Filière apicole 41 4,24 6 0,62 57 5,89 66 6,83 49 5,07 9 0,93 228 23,58
Produits de
7 0,72 1 0,10 50 5,17 15 1,55 5 0,52 25 2,59 103 10,65
terroir
Élevage,
aviculture et
0 0,00 6 0,62 48 4,96 27 2,79 36 3,72 99 10,24 216 22,34
production des
viandes rouges
Fruits et légumes 1 0,10 12 1,24 22 2,28 19 1,96 2 0,21 20 2,07 76 7,86
Totaux 104 10,75 41 4,24 301 31,13 198 20,48 147 15,20 176 18,20 967 100,00
Source : établi par l’auteur sur la base des données publiées par le ministère chargé de l’ESS et les
données fournies par la délégation régionale de l’ODCo à Agadir.
Il ressort du tableau ci-dessus que notre population est dominée par trois principales filières : la
filière apicole suivie de l’arganier puis l’élevage et la filière du lait. La représentativité de notre
échantillon sera donc fortement impactée par ses critères. L’objectif de cette segmentation est
de définir les différentes composantes de notre population pour pouvoir s’assurer que chaque
composante soit bien représentée dans l’échantillon qui sera déterminé par la suite. De ce fait,
nous jugeons utile d’opter par une méthode d’échantillonnage probabiliste stratifiée
proportionnelle. Cette méthode qui repose sur l’hypothèse selon laquelle, il existe une
corrélation entre le phénomène étudié et les critères retenue pour la segmentation de la
population (Thiétart, 2014), nous semble la plus appropriée dans le cadre de cette recherche.
Nous allons donc essayer dans la mesure du possible que la structure de notre échantillon soit
la plus adéquate possible à la structure de la population cible telle qu’elle a été définie plus haut.
Cette étape, qui porte sur le choix de l’échantillon, est une étape décisive dans la recherche dans
la mesure où elle conditionne la qualité et la viabilité de la connaissance produite. Elle consiste
tout d’abord à estimer la taille de l’échantillon et par la suite déterminer les individus qui le
composent. Dans ce paragraphe, nous allons suivre l’enchaînement suivant : a. choix de la
202
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Dans le cadre de cette recherche, nous avons choisi d’opter pour la démarche traditionnelle pour
la constitution de notre échantillon. Contrairement à la démarche itérative, cette démarche
consiste à déterminer la taille de l’échantillon avant de commencer la collecte des données. Elle
est généralement utilisée dans les recherches quantitatives comme la nôtre.
Ainsi, la représentativité d’un échantillon ne peut être envisagée qu’en matière de qualité d’un
échantillon provenant d’une méthode d’échantillonnage donnée (Gerville-Réache et al., 2011).
La représentativité de l’échantillon est donc fortement conditionnée par la méthode
d’échantillonnage mise en place.
Il est donc bien évident qu’au début de cette recherche, nous avons un souci majeur concernant
notre base de sondage. Un souci de se retrouver à la fin avec un échantillon qui ne représente
pas la population étudiée, non seulement en matière de taille, mais également en matière de
nature et de répartition géographique qui peut biaiser les résultats de notre recherche. Cet état
d’esprit nous a conduits vers le choix d’une méthode d’échantillonnage qui nous permettra
d’atteindre une représentativité qui soit la meilleure possible. Or, tenant compte des
caractéristiques de notre population cible, telles qu’elles sont présentées plus haut, nous avons
choisi d’opter par la méthode d’échantillonnage stratifiée. Cette méthode repose la
décomposition de la population en sous-ensembles homogènes suivant des critères précis.
104
Cité par (Gerville-Réache et al., 2011).
203
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Pour la stratification, nous avons choisi de considérer deux critères qui nous semblent adéquats
pour assurer la représentativité de notre échantillon. Il s’agit d’abord, du critère de
l’implantation géographique. Dans ce sens, nous avons découpé notre terrain d’étude en nous
référant au découpage administratif de la région qui est composée de 6 provinces (Agadir ida
Outanane, Inezgane Ait Melloul, Chtouka Ait Baha, Taroudannt, Tiznit et Tata).
Le deuxième critère concerne la filière dans laquelle opère la coopérative. Nous avons remarqué
à ce niveau que chaque intervenant dans le secteur coopératif adopte une nomenclature propre
des filières agricoles. De ce fait, nous nous sommes référés aux deux nomenclatures proposées
par l’ministère de l’Agriculture et l’ODCO. Celles-ci ont été combinées en tenant compte du
nombre des coopératives y appartenant. Ainsi, nous avons pu identifier 7 filières. En
conséquence, notre population peut comprendre 42 strates (voir tableau n°7).
Or, l’objectif que l’on se fixe pour la partie quantitative de notre recherche soit le test d’un
certain nombre d’hypothèses, que nous avons formulé à partir de la revue de littérature réalisée
et de l’étude de contextualisation. Nous jugeons nécessaire de prendre en compte les facteurs
de l’importance de l’effet mesuré, la puissance du test et le nombre des paramètres ou de
variables que l’on souhaite étudier. Sachant que nous travaillons une population finie et dont la
taille et la composition sont connues avec précision, nous avons utilisé la formule suivante pour
calculer la taille de notre échantillon.
204
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
• e = marge d’erreur (pourcentage sous forme décimale), la marge d’erreur fixée pour notre
recherche est estimée à 5% avec un niveau de confiance souhaité de 95%.
En appliquant le calcul arithmétique, la taille de notre échantillon doit donc être supérieure ou
égale à 252 individus. Ce nombre dépasse largement la taille minimale requise en cas de recours
à la méthode PLS comme méthode d’analyse par les équations structurelles qui est dix fois le
nombre de variables étudiées (J. Cohen, 1998)105.
Dans la lignée des résultats obtenus par la segmentation des coopératives de notre cible suivant
les critères fixés, et compte tenu de notre choix d’opter pour la méthode d’échantillonnage
105
Selon ce principe, la taille minimale requise est dix fois le nombre de variables qui compose le modèle. Étant
donné que notre modèle conceptuel contient onze variables, la taille minimale requise pour notre échantillon devrait
être supérieure ou égale à 120 individus.
205
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Autres 1 2 7 4 2 3 19 7,54%
Source : Auteur
Après avoir déterminé la taille et la structure de l’échantillon, il convient à présent de définir
les individus qui le composent. Pour ce faire, nous avons précédé à la numérotation des
individus de chaque strate. Puis nous avons procédé aléatoirement au prélèvement des individus
à enquêter.
206
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Dans cette perspective, et avant de finaliser notre modèle théorique, nous avons jugé important
de distinguer au préalable les particularités du contexte coopératif marocain en mettant en
exergue l’état des lieux de l’activité d’innovation dans ce contexte particulier. En effet, nous
avons réalisé une étude exploratoire qualitative sur un échantillon formé de 30 individus parmi
les gérants, les présidents des conseils d’administration des coopératives et groupements des
coopératives. L’étude s’intéresse également à comprendre les perceptions des intervenants
professionnels et institutionnels dans le domaine. Cette section sera entièrement consacrée à
l’étude exploratoire en exposant d’abord la démarche suivante et par la suite ses principaux
résultats.
La recherche exploratoire a été réalisée en adoptant une approche qualitative. Elle vise à
recueillir les perceptions et les reproches des intervenants dans le secteur coopératif marocain
vis-à-vis de la propension à innover et ses facteurs déterminants. L’objectif étant la finalisation
du modèle conceptuelle de la présente recherche. La collecte des données qualitatives a été
menée via des entretiens semi-directifs avec un échantillon de 30 individus en relation directe
avec le contexte coopératif national.
En effet, les entretiens semi-directifs ont été réalisés d’une manière directe (face-à-face) en se
basant sur un guide d’entretien structuré en trois sections : la première section a pour objectif
d’identifier l’interviewé et son positionnement dans le paysage coopératif marocain. La
deuxième section quant à elle, porte sur l’analyse de l’état des lieux de l’activité d’innovation
dans le contexte particulier des coopératives. Il s’agit principalement de clarifier les concepts
de l’innovation et de la capacité à innover et leur perception par les intervenants dans le contexte
coopératif marocain. Enfin, la troisième partie s’intéresse à mettre le point sur les facteurs
207
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
internes et externes qui influencent la capacité à innover des entreprises coopératives. La durée
moyenne des entretiens réalisés est estimée à 25 minutes.
L’échantillon concerné a été choisi suivant une méthode d’échantillonnage non probabiliste. Il
s’agit principalement d’un échantillon de convenance composé de 30 individus en rapport direct
avec le secteur coopératif marocain. Il est constitué de gérants, présidents des conseils
d’administration des coopératives et groupements des coopératives, mais également des
intervenants professionnels et institutionnels dans le secteur. Par les intervenants
institutionnels, nous désignons les représentants des autorités publiques qui interviennent dans
le secteur d’une manière ou d’une autre. Il s’agit principalement des administrations suivantes :
ODCo, ADS, ADA, ministère de l’Agriculture, Plan Maroc Vert, ONCA. Pour ce qui est des
intervenants professionnels, nous avons choisi de coordonner avec quelques coopératives
agricoles et des groupements d’intérêt économique.
Bien que les données textuelles recueillies soient riches en informations, leur exploitation et
leur analyse ne peuvent pas avoir lieu immédiatement. Elles doivent passer par un processus de
traitement en vue de les rendre exploitables et faciles à analyser. Ainsi, le traitement des
données recueillies a été suivant une approche sémantique basée sur l’analyse catégorielle du
contenu. Dans ce sens, nous projetons dans ce qui suit de détailler ce passage de l’étape de
collecte des données à l’étape de leur analyse.
Pour l’analyse, nous avons fait appel au logiciel Nvivo version12 en adoptant une démarche
bien précise. Tout d’abord, les données ont été retranscrites. Cette opération consiste à lister les
informations recueillies et les mettre sous forme de texte appelé « verbatim » qui représente les
données brutes de l’enquête en vue de les rendre directement accessibles à l’analyse. Puis le
codage des données a été fait d’une manière ouverte (codage ouvert) en adoptant une unité
d’analyse sémantique. L’étude se limite ainsi, aux passages qui ont une signification « les idées
clés » au lieu de découper le texte dans son intégralité, comme dans l’analyse syntaxique.
L’analyse thématique menée lors de la présente recherche a été effectuée en passant cinq étapes
essentielles : l’analyse du contenu, son découpage, le choix du type d’analyse à effectuer, la
préparation du corpus et finalement l’étape du codage et de catégorisation.
208
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Avant d’entamer ce processus d’analyse, il est important de définir d’abord les sources du
contenu objet d’analyse. En effet, le texte à analyser dans notre cas concerne les entretiens
retranscrits. Le fait de se limiter aux seules informations collectées directement via les
entretiens directs nous a été imposé par le fait que le sujet de l’innovation demeure peu présent
dans la documentation spécialisée dans l’entrepreneuriat coopératif (revue ATTAAOUN,
REMACOOP, journaux, les publications des intervenants dans le secteur…)
Inférences, interprétation.
L’inférence /
Synthèse et sélection des résultats.
L’interprétation
« Confrontation » de l’analyse à la question de recherche (hypothèses, objectifs)
La synthèse des
et aux aspects théoriques.
résultats
Production d’un document de synthèse.
Source : (Dany, 2016, p. 12)
209
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Selon Bardin (2003), il existe deux types d’analyse de contenu qui se distinguent entre elles par
la nature de l’unité d’analyse choisie et par conséquent des traitements subséquents effectués
sur cette unité. D’une part, l’analyse lexicale considère le « mot » comme unité d’analyse
s’intéressant ainsi au vocabulaire utilisé dans les documents traités. D’autre part, l’analyse
thématique s’intéresse au thème comme unité d’analyse (vision plus large) qui offre une
certaine flexibilité en termes de codage. Cette flexibilité rend ce type d’analyse le plus
fréquemment utilisé dans les recherches qualitatives (Blanc et al., 2014). De ce fait, nous avons
choisi d’opter pour l’analyse thématique.
Une fois, l’étape de préparation et de transcription est achevée, nous passons à présent à l’étape
du codage qui « correspond à une transformation – effectuée selon des règles précises des
données brutes du texte. Transformation qui permet, par découpage, agrégation et
dénombrement, d’aboutir à une représentation du contenu » (Bardin, 1998, p. 134). Cela
revient à identifier des « noyaux de sens » qui composent la communication et dont la présence
ou la fréquence d’apparition pourraient signifier quelque chose pour l’objectif analytique
choisi » (Bardin, 1998, p. 137). Il s’agit donc de découper les entretiens après leur transcription
en unité d’analyse représentant « des idées clés » regroupées sous couvert de thèmes communs.
Ainsi, pour faciliter l’analyse de notre corpus théorique nous avons choisi de codifier nos
données suivant la logique bien précise. Nous avons distingué en effet, trois catégories
d’interviewés : les institutionnels, les professionnels et les chercheurs. La première catégorie
concerne les interviewés appartenant aux institutions publiques intervenant dans le secteur
210
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
coopératif national. La deuxième catégorie concerne les acteurs opérant dans le secteur qui est
à son tour subdivisé en trois sous-catégories homogènes à savoir les GIE, les coopératives et
les unions de coopératives. Tandis que la troisième catégorie concerne les chercheurs intéressés
par le domaine en distinguant les professeurs chercheurs des chercheurs indépendants. Partant
de cette logique, les codes attribués aux réponses des interviewés suivent la structure suivante :
type de l’interviewé_organisme_Ent.n. Ce qui donne les résultats présentés dans le tableau ci-
dessous :
ODCO Inst_ODCO_Ent.n
ADS Inst_ADS_Ent.n
ANDZOA Inst_ANDZOA_Ent.n
Institutionnels
ONCA Inst_ONCA_Ent.n
ADA Inst_ADA_Ent.n
Plan Maroc Vert PVM Inst_PVM_Ent.n
Coopératives Prof_Coop_Ent.n
Professionnels GIE Prof_GIE_Ent.n
Unions de coopératives Prof_UC_Ent.n
Professeurs chercheurs Cher_Prof_Ent.n
Chercheurs
Experts indépendants Cher_Exp_Ent.n
Source : Auteur
Les résultats présentés dans cette section reposent l’analyse des données collectées de 30
personnes intervenant directement ou indirectement dans le secteur coopératif marocain.
L’objectif ultime était d’une part, d’étudier leurs perceptions vis-à-vis du phénomène de
l’innovation et réaliser un aperçu sur son état des lieux dans ce contexte spécifique, et d’autre
part, réaliser une revue des déterminants de la capacité d’innovation des organisations
coopératives dans le contexte marocain.
Le secteur agricole occupe une place importante dans l’économie de la région SM et du Maroc
en général. Il constitue l’un des trois piliers traditionnels de l’activité économique dans la
211
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
région. L’Agriculture constitue un véritable levier économique pour la région Souss Massa et
un vecteur d’intégration pour la population locale. Il a connu une forte dynamique de
développement notamment sous l’impulsion du Plan Maroc Vert en bénéficiant de nombreux
projets structurants tant en amont qu’en aval de la chaîne de valeur.
Le secteur abrite des acteurs de différentes tailles et différents types. Parmi ces acteurs, les
coopératives occupent une place indiscutable dans la chaîne de valeur agricole dans la région.
Celle-ci compte en fin 2020, 3 929 coopératives soit 10 % du nombre total des coopératives au
niveau national. Bien que le secteur coopératif régional commence à s’ouvrir sur de nouveaux
secteurs et activités, la majorité des coopératives opèrent dans le secteur agricole. Ce qui justifie
comme nous l’avons précisé dans ce qui précède, notre choix de s’intéresser à ce type de
coopératives. La composition de l’échantillon en question se présente comme suit :
Tableau 27: Répartition des entretiens effectués avec les intervenants dans le secteur coopératif
marocain
Coopératives 7 12 10 33.33%
Professionnels Union de coopératives 3 6 6 20%
GIE 2 2 2 6.67%
Professeurs chercheurs 1 1 1 3.33%
Chercheurs
Experts 1 1 1 3.33%
Totaux 20 33 30 100%
Source : Auteur
Comme nous l’avons précisé dans ce qui précède, l’innovation constitue à l’heure actuelle une
nécessité absolue pour l’ensemble des acteurs du paysage socio-économique du royaume
comme dans le reste du globe. Il ne s’agit non plus d’une pratique accessoire ni d’un choix
envisageable. Il en est de même pour les acteurs du contexte coopératif marocain. En effet,
l'analyse univariée des variables pertinentes de l'étude montre que la quasi-totalité des
personnes interrogées (90 %) souligne le caractère inévitable de l’innovation pour la survie et
la pérennité des organisations coopératives. Il s’agit d’un enjeu stratégique aussi bien pour les
coopératives que pour l’ensemble des organisations, quel que soit leur statut juridique, leur
212
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
domaine d’activité ou encore leur philosophie entrepreneuriale. Dans la même veine, les
réponses recueillies montrent que parmi les 12 organisations coopératives interrogées 10
positionnent le sujet de l’innovation parmi leurs priorités. Ceci souligne la forte conscience de
l’importance de l’innovation dans le modèle d’affaires des entreprises chez la population de
notre étude.
Bien que nos interviewés se sont accordé sur la place du sujet de l’innovation dans le modèle
d’affaires coopératif, la définition de ce concept montre quelque point de divergence entre les
personnes interrogées. Ainsi, du point de vue des interviewés, l’innovation renvoi à la création
(66.67 % des interviewés) et à la mise en place d’un produit nouveau (93.33% des interviewés)
sur le marché, mais également à l’adoption de nouvelles techniques de production (46.67 % des
interviewés) ou de gestion (60 %). Ceci rejoint la plupart des définitions données au concept de
l’innovation notamment celle de l’OCDE106 (2005). Ce dernier définit l’innovation en mettant
en avant ses quatre types à savoir : l’innovation produit, procédés ou processus,
organisationnelle et marketing.
Par ailleurs, cette étude met en avant deux principaux constats. D’une part, elle révèle une
certaine confusion aux yeux des interviewés, entre le concept de l’innovation et certains
concepts qui lui sont proches tels que la créativité, l’invention ou encore le changement. D’autre
part, elle souligne la prédominance de l’innovation produit sur les autres types d’innovation
dans le contexte particulier des coopératives et une certaine négligence envers les autres types
d’innovation par la plupart des organisations coopératives notamment de petites tailles.
106
Manuel d’Oslo, OCDE 2005
213
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Dans l’objectif de cerner les obstacles qui s’opposent aux coopératives en matière d’innovation,
nous avons prévu dans notre guide d’entretien une question portant sur les freins à l’innovation.
Les réponses des personnes interviewées ont été fortement dispersées, mais ils nous ont tous
parlé des capacités des coopératives. Ces réponses nous ont permis d’identifier un éventail de
facteurs qui constituent des freins à l’innovation dans les organisations coopératives.
Le premier obstacle qui est le plus cité porte sur le capital humain. Les répondants se sont
accordés, sur la faiblesse du capital humain dans les organisations coopératives en général. Ce
qui rend pour eux le développement des activités d’innovation difficile à imaginer. La plupart
des adhérents des coopératives ont un niveau d’instruction faible, voire nul107. Certaines
coopératives déploient des efforts considérables dans l’alphabétisation de leurs adhérents
comme le montrent quelques citations de certains de nos interviewés. « …pour nous, nous
perdons beaucoup d’effort à alphabétiser les adhérents de notre coopérative, il est difficile
pour nous de développer des innovations au moins actuellement » ; « Il nous reste beaucoup à
faire pour mettre à niveau notre capital humain avant de parler de l’innovation… nos adhérents
ne savent même de quoi s’agit-il… ».
Le deuxième frein le plus cité est d’ordre pécuniaire. Il s’agit des capacités financières des
coopératives souvent qualifiées de faibles, surtout pour les coopératives de petite taille. De plus,
le coût élevé de l’innovation aggrave la situation pour ce type de coopératives.
En outre, l’absence de la culture d’innovation constitue selon nos interviewés l’un des
principaux obstacles à l’innovation dans les coopératives. Il est souvent difficile de les
convaincre à adopter une stratégie d’innovation surtout, que les retombées ne sont pas
immédiates. L’absence de la culture d’innovation chez les adhérents des coopératives induit un
autre frein qui réside dans l’absence de politiques managériales encourageante et favorable à
l’innovation.
Finalement, la difficulté d’accès aux connaissances et de trouver des partenaires pour coopérer
constituent également une sérieuse barrière à l’innovation dans les coopératives. Sachant
l’accès aux connaissances est vue à l’heure actuelle comme la base sur laquelle se fonde la
capacité à innover. La capacité d’identifier de nouvelles connaissances et pouvoir les exploiter
107
Nul c’est-à-dire n’ont jamais étaient à l’école.
214
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
pour en faire sortir de nouvelles solutions sous forme de produits ou services constitue un atout
pour la coopérative.
Le tableau ci-après synthétise les freins à l’innovation tels qu’ils ont été cités par les personnes
interviewées.
Source : Auteur
Les résultats présentés dans ce tableau montrent que les principaux freins à l’innovation dans
les entreprises coopératives sont à la fois d’ordre organisationnel et culturel. Il s’articule autour
de capacités financières, faible qualité du capital humain, l’absence de la culture d’innovation…
Ce qui met l’emphase de fort besoin d’accompagnement chez les coopératives pour bâtir leur
capacité d’innovation. Un accompagnement à double aspect. D’abord l’aspect financier à
travers les subventions et la facilitation d’accès au financement externe. Ensuite, l’aspect
immatériel à travers des programmes de formation continue et de coaching adaptés au besoin
de celle-ci en matière d’innovation.
Comme mentionné plus haut, nous avons procédé par une analyse catégorielle qui consiste à
calculer et à comparer les fréquences de certains éléments et à les regrouper en catégories
significatives. Il s’agit d’une démarche essentiellement quantitative basée sur l’hypothèse que
la fréquence d’une idée est proportionnelle à son importance (Anon s. d. 2013).
215
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Nombre
Nombre % des
% des d’entretien
Thème Sous-thème Codes total des citations
citations s
citations totales
concernés
[Link] 6 5,94 10
Capacités financières 25,74
[Link] 20 19,80 20
[Link] 9 8,91 10
Facteurs organisationnels
[Link].C 8 11,43 10
Pression concurrentielle
[Link].C 14 20,00 31,43 20
[Link] 6 8,57 10
Soutien public
[Link] 17 24,29 32,86 20
[Link] 9 12,86 10
Partenariat et coopération
[Link] 16 22,86 35,71 20
Total 70 100% 100%
Source : Élaboration sur la base des résultats obtenus du logiciel Nvivo
L’analyse catégorielle nous a permis de déterminer un ensemble de facteurs pouvant influencer
la capacité à innover chez les entreprises coopératives. Ces facteurs peuvent être regroupés en
trois principales catégories. D’abord les facteurs d’ordre organisationnel et managérial. Ensuite,
les facteurs techniques et technologiques et enfin les facteurs liés au contexte et à
l’environnement dans lequel évoluent ces organisations. Ainsi, le modèle théorique peut être
représenté comme suit :
216
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Du point de vue organisationnel, la capacité d’innovation est une équation qui combine un
ensemble de variables déterminantes. Ainsi, pour innover, les entreprises doivent disposer des
ressources et capacités nécessaires. Ses ressources sont aux yeux des interviewés indispensables
pour pouvoir mener des projets d’innovation. Néanmoins, le degré d’importance de ces
variables varie selon le positionnement de l’interviewé dans le paysage coopératif national.
Dans ce sens, une certaine capacité financière (CF) semble être indispensable afin d’être en
mesure de développer l’activité d’innovation. En se référant aux résultats de l’étude, cette
variable a été citée par l’ensemble des professionnels interviewés (20 personnes) tandis que le
nombre de personnes la citant parmi les institutionnels ne dépasse pas 6 personnes parmi 10.
Ce qui souligne une certaine différence de vision entre les institutionnels et les
professionnels108; les premiers la citent d’une extrême importance tandis que les seconds la
perçoivent d’une importance modérée. Ceci peut être justifié par les différences de perception
de l’innovation entre les deux catégories des interviewés et la négligence des innovations jugées
moins coûteuses pour les entreprises comme l’innovation organisationnelle et marketing au
profit de l’innovation technologique qui nécessitent des ressources plus au moins importantes
par les professionnels.
Ce résultat s’accorde avec ceux de la question portant sur les barrières à l’innovation, étant
donné que 100 % des professionnels interviewés ont cité l’accès au financement comme
principale barrière qui heurte leurs projets d’innovation. Ce qui est en concordance avec la
conception schumpetérienne selon laquelle l’épargne et la capacité d’autofinancement de la
firme restent insuffisantes pour réaliser des investissements innovants. Ainsi, la difficulté
d’accès aux sources de financement externes limite significativement la capacité de
développement des projets innovants (Freel, 2000c). Dans ce même ordre d’idées,
Shiang&Nagaraj (2007) ont déterminé un éventail de barrières à l’innovation dans les
entreprises malaisiennes, dont le manque des sources de financement.
L’importance des ressources financières pour une organisation réside dans le fait qu’elles
favorisent l’accès de celle-ci aux autres types de ressources nécessaires à son activité
d’innovation en l’occurrence, l’acquisition des compétences et des technologies (St, Pièrre,
2013). Ils constituent ainsi, un déterminant incontournable de la capacité à innover (Becheikh
108
Le terme « professionnels » est utilisé pour désigner les responsables des entreprises coopératives et le terme
« institutionnels » désigne les intervenants appartenant aux instances étatiques et privées chargées du suivi et
d’accompagnement
217
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
et al., 2006). Tout comme les PME qui se caractérisent généralement par des capacités
financières insuffisantes pour financer leurs activités d’innovation et par des caractéristiques
financières qui freinent leur accès aux financements externes (St-Pierre et al., 2013), les
entreprises coopératives n’échappent pas à cette logique compte tenu de leur statut spécifique
et leurs caractéristiques identitaires ne favorisant pas leur accès aux sources de financement
externe.
Une autre variable semble déterminante de la capacité des entreprises coopératives à développer
des innovations. Il s’agit de la qualité du capital humain (QCH) appréciée généralement par
l’éducation et l’expérience de l’individu. Il intègre également ses caractéristiques
institutionnelles et socioculturelles. Dans notre enquête, cette variable a été citée par 90 % des
personnes enquêtées lui accordant ainsi une importance significative en tant que déterminant
de la capacité à innover au sein des organisations coopératives au Maroc.
Elle fait l’objet de concordance entre les avis des professionnels et ceux des institutionnels. En
effet, la qualité du capital humain constitue l’un des principaux facteurs qui freinent l’effort
d’innovation au sein des coopératives marocaines. Une étude sur les traits de caractère et les
profils des membres des coopératives que nous avons menu dans la région Guelmim Oued
Noun au sud du Maroc, montre que la plupart des adhérents des coopératives disposent d’un
niveau d’éducation relativement faible (primaire ou moins), mais à part les coopératives des
jeunes diplômés qui commencent à s’implanter dans différents domaines.
Néanmoins, ils témoignent d’un niveau d’expérience et de maîtrise assez fort dans leur domaine
d’activités (Khaddar et al., 2020b). Ce qui constitue un manque à gagner pour les coopératives
à travers l’investissement dans la formation de leurs adhérents et collaborateurs. Dans ce sens,
Schiuma&Lerro (2008) évoquent le rôle de l’éducation et la nécessité des entreprises de
disposer d'un capital humain riche et diversifié.
Dans ce même ordre d’idées, Coronado et al., (2008) soulignent l’existence d’une corrélation
significativement positive entre le niveau de qualification des employés, la taille d’entreprise
et la capacité d’innovation. Outre, McGuirk& Jordan (2012) montrent que les caractéristiques
personnelles du manager, notamment son niveau d'instruction et son expérience
professionnelle, sont positivement liées à la probabilité que les entreprises s'engagent dans des
innovations de produit. Le capital humain constitue alors un levier d’innovation aussi bien pour
les petites et moyennes entreprises (McGuirk et al., 2015b) que pour les entreprises de la forme
coopérative.
218
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Pour certains auteurs, la question d’innovation concerne beaucoup plus les pratiques des agents
concernés que les conditions dans lesquelles l’innovation est produite. Néanmoins, les
conditions de production de l’innovation influencent les pratiques des acteurs et leurs
comportements via l’incitation et la motivation. Ce qui souligne l’effet inducteur de la culture
sur la capacité d’innovation.
Bien que l’innovation ne soit pas que technologique, les ressources technologiques jouent un
rôle hors de question dans l’activité d’innovation à l’ère numérique. La capacité à innover est
fortement liée à la capacité d’accéder aux connaissances et à la prédisposition des ressources
financières, techniques et humaines. Les ressources TIC109sont reconnues comme des gages de
la propension à innover vu leur rôle de facilitateurs dans l’accès au savoir et aux connaissances
indispensables à l’activité d’innovation.
Ainsi, certaines études affirment que les facteurs déterminants de la capacité d'innovation sont
l'utilisation des technologies de l'information et de la communication par les entrepreneurs,
109
Techniques d’information et de communication
219
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
En effet, notre étude montre un effet significatif de la pression concurrentielle sur la capacité
d’innovation des entreprises coopératives. C’est pourquoi les entreprises coopératives dont la
production s’adresse aux marchés à forte intensité concurrentielle doivent être dotées d’une
forte capacité d’innovation. C’est le cas des coopératives exportatrices qui font face non
seulement à la concurrence, mais surtout à l’évolution continue des normes réglementaires et
de qualité notamment dans les pays développés.
Enfin, le soutien public exerce un effet de stimulus pour la capacité d’innovation. Il peut prendre
la forme d’un soutien financier qui vise à renforcer les capacités des coopératives en mettant à
leur disposition les ressources nécessaires à leur activité de production et donc d’innovation.
En plus de son aspect financier, le soutien public peut prendre la forme d’un accompagnement
qui porte sur les capacités de gestion via la formation et le coaching professionnel comme le
programme Mourafaka110. Notre étude montre l’importance de ce facteur avec un taux de
citation de 32.86. Cette importance se manifeste via son influence positive sur les autres facteurs
110
Le programme Mourafaka est un programme d’appui lancé par l’ODCo pour d’accompagner les coopératives
nouvellement créées (2000 coopératives) en vu de renforcer leurs capacités de gestion et accompagner leurs succès
en se focalisant sur les activités novatrices à fort impact socio- économique
[Link]
220
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
En somme, la capacité d’innovation est une équation qui rassemble un ensemble de variables
qui interagissent pour la déterminer. Des variables qui touchent tous les aspects de
l’organisation aussi bien en interne qu’externe. Certes, le degré d’impact diffère d’une variable
à l’autre, mais le tout constitue un système qui exerce une influence en faveur ou à l’encontre
de la propension à innover.
1. Hypothèses de recherche
Il est communément admis qu’une hypothèse soit une réponse provisoire et conjoncturelle à
une problématique. Il s’agit d’une mise en relation des concepts sous forme d’antécédents, de
conséquents, ou de concomitants tenant compte de la nature de la relation qui lie les variables
en question. Dans le cadre de la présente recherche, nous avons choisi de construire nos
hypothèses de tel sort qu’à ce qu’elles soient observables et mesurables dont la réponse serait
dichotomique (confirmation /infirmation). En fait, le cadre théorique mobilisé et les résultats
de l’étude de contextualisation présentés dans la section précédente nous mènent à construire
notre modèle conceptuel en tenant compte de trois principales catégories de variables. La
variable indépendante, les variables dépendantes et les variables médiatrices. Ainsi, nous avons
pu relever plusieurs concepts d’influence qui nous ont conduits à formuler des réponses
221
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Il est communément admis par la communauté scientifique, que l’innovation est avant tout un
phénomène organisationnel. Ce qui revient à dire que les facteurs organisationnels exercent une
influence majeure sur la capacité et la performance d’innovation aussi bien dans les entreprises
coopératives que dans leurs homologues classiques. Les principales variables identifiées dans
ce cadre s’articulent autour des « capacités financières », de la « qualité du capital humain » et
de la « culture organisationnelle ». Selon notre étude exploratoire, ces trois variables sont celles
qui conditionnent le plus l’activité d’innovation dans le secteur coopératif marocain.
Comme nous l’avons évoqué dans la revue de littérature et dans l’étude de conceptualisation
effectuée dans la section précédente, la variable « capacités de financement » est apparue
comme une composante essentielle de la capacité d’innovation. Cette variable mesurée à la fois
par la capacité d’autofinancement de l’entreprise coopérative et sa capacité d’accès au
financement externe qu’il soit à titre onéreux (financement bancaire) ou à titre gratuit comme
les subventions accordées par les institutions publiques ou privées est importante dans la mesure
où elle conditionne le renforcement des autres variables telles que le capital humain et les
facteurs technologiques.
Cette variable exerce en effet une influence directe sur la capacité d’innovation et l’influence
indirectement en agissant sur les autres variables qui la déterminent. L’analyse de la structure
financière des coopératives marocaines, montre que la rubrique du financement permanent est
dominée par les réserves et les excédents et d’autant plus par les subventions. Les efforts
déployés par les pouvoirs publics à travers les programmes d’accompagnements lancés au profit
des entreprises de l’ESS en particulier les coopératives ont marqué la structure financière de
celles-ci. Les subventions constituent l’une des principales sources de financement du secteur
coopératif particulièrement quand il s’agit des coopératives de petite taille ou de taille
intermédiaire. En revanche, le recours au financement bancaire est réservé aux coopératives de
grande taille. Le recours à ce mode de financement demeure négligé ou plutôt difficilement
accessible pour les petites et moyennes coopératives.
222
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Une étude sur la capacité à innover des entreprises romandes révèle que les ressources
financières constituent une condition nécessaire, mais pas suffisante de la capacité
d’innovation. Pour pouvoir améliorer sa capacité à innover, il faut anticiper une certaine surface
financière afin d'assurer le développement des projets d'innovation. Il est également nécessaire
d'avoir une vision globale des différents types de financement (capital risque, business angels,
plateforme de crowdfunding, concours, etc.) et des aides mises à la disposition des entreprises
au niveau local et national (subventions et fonds pour l'innovation). Le défi pour les
coopératives est de choisir le mode de financement qui soit en concordance avec les principes
sur lesquels est fondé le paradigme coopératif.
De ce fait, l’analyse des aspects de la capacité d’innovation et des caractéristiques des structures
coopératives nous amène à formuler une première hypothèse en réponse à notre problématique
comme suit :
Le capital humain constitue le moteur de toute organisation. La réussite de tout projet qu’il soit
innovant ou pas, nécessite la mobilisation de ressources aussi bien matérielles qu’humaines. Le
potentiel d’innovation est conditionné par plusieurs facteurs, dont la quantité, et la qualité des
ressources (scientifiques, techniques, humaines et financières) que la firme parvient à mobiliser
dans le but d'innover. Il est à souligner ici que nous nous intéressons non seulement à la
disponibilité des ressources nécessaires, mais également à leur qualité.
La qualité du capital humain comme déterminant du potentiel d’innovation est mesurée par les
connaissances et les capacités des ressources humaines de l’organisation. Comme nous avons
déjà défini, le capital humain désigne le stock de connaissance ou de caractéristiques (innées
ou acquises) que possède un individu et qui déterminent sa productivité (Okebukola, 2014). Il
est communément admis que le capital humain d’une organisation est formé par les
connaissances et les compétences détenues par les individus au sein de cette même organisation.
Ces connaissances et les compétences sont développées par l’éducation formelle (formation) et
informelle de l’individu (stage et expériences). Le capital humain peut être analysé suivant deux
principales dimensions : comme son nom l’indique, le capital humain général qui renvoi à un
savoir qui n’est ni spécifique à organisation donnée, ni à un projet ou une tache particulière. Il
s’agit portant des compétences et connaissances développées et accumulées par les expériences
223
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
et l’éducation. D’autre part, le capital humain spécifique qui fait référence à un savoir spécifique
à un projet ou plus particulièrement à un poste de travail. Il se développe à travers les formations
et les expériences professionnelles.
La particularité des entreprises coopératives dans ce sens, réside dans le fait qu’elles abritent à
la fois des membres adhérents (détenteurs de la coopérative) et des membres non adhérents
constitués principalement par les membres salariés de la coopérative. D’où la nécessité de
distinguer les deux catégories dans l’analyse du capital humain de celles-ci.
Selon Burlaud, (2000), « le capital humain tisse des liens prolifiques tant avec le capital
organisationnel (compétences collectives, routines organisationnelles, culture d’entreprise)
qu’avec le capital relationnel (capital confiance auprès des clients, fournisseurs et
investisseurs) ». Bref, il joue sur différents aspects de l’organisation. Dans cette veine, la
capacité d’innovation d’une organisation coopérative qui est une affaire technico-
organisationnelle se trouve fortement influencée par les facteurs organisationnels. Nous
supposons dans le cadre de cette recherche que la qualité du capital humain impacte
positivement la propension à innover des entreprises coopératives dans le contexte marocain.
Ainsi, la deuxième hypothèse de notre recherche peut être formulée de la façon suivante :
H2a La qualité du capital humain des coopératives est positivement corrélée avec leur capacité
d’absorption des connaissances
H2b La qualité du capital humain des coopératives agit positivement sur leurs capacités
dynamiques
Dans les sciences de gestion, la culture organisationnelle est traitée sous différents angles dans
le cadre des processus ad hoc d’apprentissage. Il s’agit d’un phénomène partagé qui induit un
processus d’apprentissage en mettant en avant la dimension collective et partagée. Cette
caractéristique favorise la génération de la connaissance facilite l’émergence de l’innovation
via la détection et l’exploitation des opportunités. Pour plusieurs auteurs, la culture et
l’innovation sont inséparables (Buckler, 1997) et s’influencent mutuellement. D’ailleurs, selon
Smircich (1983), d’un point de vue fonctionnaliste, le concept de culture organisationnelle est
considéré comme une variable indépendante ayant une influence sur l’organisation. Cette
approche explore les dimensions et les attributs de l’organisation tels la stratégie, la technologie,
la structure, la culture et le concept d’affaires (Alvesson, 2013).
224
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Dans le contexte coopératif, l’aspect culturel de l’organisation est fortement mis à l’honneur.
L’organisation au sein de l’entreprise coopérative souvent traitée comme un groupement
humain et culturel est fondée sur des considérations culturelles et identitaires111. Ces deux
variables contribuent efficacement au façonnement des pratiques organisationnelles du modèle
coopératif. Sa conception collectiviste de l’activité économique souscrit la collaboration et
l’entraide entre les personnes (Racine, 2016). Ces valeurs peuvent favoriser le partage de
connaissance et l’apprentissage au sein de l’organisation coopérative et donc l’émergence d’une
culture d’innovation axée sur une gestion efficace de connaissance.
Nous allons nous focaliser dans le cadre de cette recherche sur certains aspects de la culture
organisationnelle qui nous semblent contribuent à la stimulation de l’activité d’innovation au
sein des coopératives. Il s’agit d’une part de la nature du leadership qui donne le ton à la culture
organisationnelle de la coopérative et d’autre part de l’attitude face à l’innovation.
Un autre aspect significatif de la culture en rapport avec l’innovation s’aperçoit dans le fait que
celle-ci peut être un stimulus à l’innovation comme elle peut en constituer une barrière ou
limite. Bien que l’innovation ne soit plus un choix pour les coopératives, leur attitude envers
celle-ci, affiche des disparités dans le contexte coopératif marocain. Ce qui revient à dire que
les disparités constatées en termes d’innovation parmi les acteurs coopératifs de la région SM
peuvent être expliquées par l’importance qu’elles accordent à l’innovation dans leur modèle
d’affaires. Dans une étude sur la capacité d’innovation des coopératives, Bakkar & Chakir,
(2021) soulignent la forte conscience de l’importance de l’innovation et son impact positif sur
leur compétitivité dans ce contexte particulier.
111
Par les considérations culturelles nous désignons la culture dominante chez les membres adhérents de la
coopérative. Tenant compte de leur encastrement territorial fort, les coopératives peuvent être assimilées à des
groupements culturels homogènes. Les considérations identitaires quant à elles renvoient aux fondements
théoriques qui bâti le paradigme coopératif (principes et valeurs coopératives)
225
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
agricoles de la région SM dans ce sens et par la suite évaluer leur impact potentiel sur leur
capacité à innover. Ainsi, la troisième hypothèse de notre recherche peut être formulée de la
façon suivante :
La culture organisationnelle exerce une influence positive sur la capacité d’absorption des
H3a
connaissances des coopératives
La culture organisationnelle exerce une influence positive sur les capacités dynamiques des
H3b
coopératives
226
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Dans son étude sur les entreprises opérant dans le secteur des textiles, Yeşil & Doğan (2019)
ont démontré que la combinaison des dimensions structurelle, relationnelle et cognitive du CS,
contribue agissent positivement sur les dimensions de la capacité d'innovation. Les résultats de
leur étude, montrent que les caractéristiques des dimensions du CS reflétées par les liens du
réseau, la configuration du réseau et l'organisation appropriée, les codes et les langages
partagés, les récits partagés et la confiance, les normes, les obligations et l'identification
améliorent les capacités d'apprentissage, d'innovation stratégique et organisationnelle dans les
organisations. Dans ce sens, Crescenzi et al. (2013) estiment que l’effet positif et significatif du
CS sur l’innovation repose en grande partie sur la preuve d'un comportement « prosocial »
stimulant une confiance et une coopération généralisées au sein de communautés par ailleurs
déconnectées. Cette attitude coopérative permet d'obtenir des informations non redondantes,
favorisant le transfert et la recombinaison de connaissances précieuses. Les réseaux sociaux
semblent être les principaux moteurs de l'apprentissage et de la gestion des connaissances et
des compétences (Alguezaui & Filieri, 2010).
L’innovation a été longtemps considérée comme étant une affaire technologique. Bien que ses
aspects organisationnels ne soient pas négligeables, les variables technologiques demeurent
déterminantes dans le processus d’innovation. Dans ce paragraphe, nous projetons de mettre le
point sur les facteurs technologiques agissant sur la capacité d’innovation des entreprises
coopératives. La revue de littérature réalisée nous a permis d’identifier trois variables dont
l’influence nous semble significative. Cette influence a été confirmée par notre étude
exploratoire. Ainsi, l’analyse de l’impact de ces variables fera l’objet des paragraphes suivants.
227
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Depuis les années 1980, le développement des TIC a marqué différents aspects de l’activité
humaine. Leur introduction a souvent été justifiée par la recherche de l’efficacité et de
l’efficience. Dans le secteur coopératif, des recherches soulignent l’impossibilité de rester à
l’écart des évolutions sociétales et technologiques et de la nécessité de prendre en compte les
évolutions qui touchent les pratiques managériales et organisationnelles. En fait, les discours
sur le digital ont fait leur chemin en reconnaissant les TIC comme étant l’un des principaux
moteurs de l’innovation.
La nature des liens entre l’usage des TIC et l’innovation au sein des organisations a fait l’objet
de plusieurs études. Des études portant sur différents contextes et différents types
d’organisation. Néanmoins, une certaine négligence des entreprises de la forme coopératives
est facilement observable. Ce qui constitue un défi et au même un facteur attestant l’originalité
de la présente recherche. Dans une étude sur les entreprises luxembourgeoises, Martin, (2010)
montre que plus les entreprises utilisent les TIC plus l’usage des TIC s’intensifie plus la
proportion d’entreprises innovantes augmente. Bien qu’il mette l’accent sur certaines disparités
en matière d’innovation entre les secteurs et parfois engendrées par les caractéristiques même
des entreprises, la corrélation entre la capacité à innover et l’usage des TIC s’avère positive.
Néanmoins, le degré d’indépendance entre ces deux variables diffère en fonction de l’objectif
de l’usage de ces TIC. Selon le même auteur, montre que la relation est plus significative dans
le cas des entreprises qui utilisent les TIC comme outils de communication interne et deviennent
moins nettes lorsqu’il s’agit de l’achat et de la vente par réseaux informatiques. En outre,
l’intensité de cette relation d’influence qui s’avère mutuelle varie également en fonction des
TIC utilisées et du type d’innovation considéré.
Cette recherche qui s’intéresse au contexte coopératif comme terrain d’étude ambitionne
d’analyser les spécificités de cette relation dans ce contexte particulier qui reste peu étudié
malgré son importance sans cesse grandissante dans le paysage économique et social du pays.
Cette analyse doit s’appuyer sur les spécificités du contexte coopératif présenté dans ce qui
précède pour bien comprendre la nature de cette relation. En effet, nous allons essayer d’abord
de mesurer l’intensité de l’utilisation des TIC par les entreprises coopératives de notre
population. Pour ce faire, nous allons intégrer à notre étude diverse outils TIC. Il sera l’occasion
de mettre le point d’une part sur les réseaux intranet spécialement dédiés à la communication
228
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
interne et d’autre part, les réseaux extranet qui régissent la communication externe et les
collaborations avec les partenaires.
Dans cette veine, nous proposons de retenir des variables binaires afin de saisir cet effet. Ces
variables qui portent sur l’utilisation ou non des TIC dans la gestion de la communication
interne externe. Plus précisément, nous nous intéresserons à l’usage de celles-ci dans la
commercialisation des produits et services de la coopérative et dans les opérations
d’approvisionnement. Cette variable est définie comme le fait d’avoir réalisé au moins une
opération qu’elle soit d’achat ou de vente par voie d'internet ou d’autres réseaux informatisés.
Sur le plan interne, nous, nous focaliserons sur l’usage des outils informatiques dans la gestion
interne de l’organisation coopérative. Il s’agira bien évidemment de vérifier le degré
d’implication de celle-ci dans l’automatisation de ses pratiques de gestion (GRH, gestion
financière, gestion de la production…).
Partant de l’idée que la capacité à innover des entreprises coopératives ainsi que leurs ressources
TIC soient reconnues comme des gages de leur compétitivité (Deltour & Lethiais, 2014), la
nature des liens entre ces variables constitue l’une des principales vocations de la présente
recherche. Dans cette perspective, nous formulons notre hypothèse qui porte sur le lien entre la
capacité à innover et l’usage des TIC comme suit :
L’usage des TIC par les coopératives contribue à l’amélioration de leur capacité
H5a
d’absorption des connaissances
L’usage des TIC par les coopératives agit positivement sur leurs capacités dynamiques
H5b
La variable « effort technologique » est utilisée dans le cadre de cette recherche pour analyser
les efforts déployés par les entreprises coopératives afin de booster leur capacité à innover. Il
s’agit d’une part de l’investissement dans la modernisation de leurs processus via l’acquisition
des équipements nécessaires à leurs activités en mettant en lumière leur degré de radicalité. Et
d’autre part, l’effort engagé dans la production des connaissances qu’il soit en interne ou en
externe à travers l’activité de R&D. En interne, la production de la connaissance se fait à travers
les activités de recherche et développement.
Néanmoins, cette option n’est toujours pas accessible surtout lorsqu’il s’agit d’organisations de
petite taille souvent connues par l’insuffisance de ressources aussi bien matérielles
229
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Dans le contexte coopératif marocain qui est constitué dans sa majorité des coopératives de
petites et de moyennes tailles, l’activité de R&D reste peu présente dans les structures
coopératives notamment dans sa dimension interne. En revanche, la R&D à travers les
externalités semble la plus présente en bénéficiant de la promotion de la coopération
technologique dont l’analyse fera l’objet de l’hypothèse suivante. Les aspects de R&D qui
seront analysés dans ce sens sont : la présence d’une structure dédiée aux activités de R&D
dans l’organisation de la coopérative (département, laboratoire…), l’allocation ou non d’une
enveloppe budgétaire pour le développement des activités de R&D et finalement l’existence ou
non de partenaires externes en la matière.
Dans ce paragraphe, nous nous intéressons à l’activité de R&D dans sa logique dite interne qui
s’appuie les capacités internes de l’organisation, mais également dans sa logique externe par
laquelle les organisations entretiennent des liens avec des acteurs de leur environnement pour
produire, explorer et accéder à de nouvelles connaissances et générer de nouvelles idées. En se
référant aux travaux de Kakeu & Wendji, (2019), portant sur l’analyse de l’effet des externalités
de la R&D sur la capacité d’innovation des entreprises, l’existence d’une relation d’influence
entre la probabilité d’innover et les externalités de connaissance est fortement défendue. Notre
vocation à ce niveau est de vérifier d’abord si les entreprises coopératives marocaines font
recours à ce genre de pratiques pour pouvoir analyser par la suite leur effet sur leur capacité à
innover. Dans ce sens, nous demandons aux entreprises coopératives si elles ont mené des
activités de R&D interne et externe. Grâce à ces informations, nous déterminons deux variables
binaires : la probabilité pour l'entreprise d'investir dans la R&D interne et la probabilité pour
l'entreprise d'investir dans la R&D externe. En somme, les efforts de R&D sont représentés par
deux types activités réalisées par les entreprises coopératives : la R&D interne, la R&D externe
et l'acquisition de technologies et de connaissances (Thi & Martin, 2011).
D’un autre côté, l’effort technologique sera appréhendé dans le cadre de la présente recherche
à travers le degré d’implication de l’organisation coopérative dans l’acquisition des
équipements, machines et logiciels. Cela suppose l’existence de capacités financières
importantes.
230
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Ces différents constats nous amènent à considérer l’effet de l’effort technologique et formuler
ainsi, les hypothèses suivantes :
H6a Plus l’effort technologique déployé par les coopératives est important, plus leur capacité
d’absorption des connaissances devient importante;
H6b L’effort technologique déployé par les coopératives contribue à l’amélioration de leurs
capacités dynamiques;
231
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
L’étude exploratoire que nous avons menée dans le cadre de cette recherche et dont les résultats
ont été présentés dans la section précédente a mis le point sur deux principaux facteurs
susceptibles d’influencer la capacité à innover dans le contexte coopératif étudié. Il s’agit d’une
part de la pression concurrentielle exercée sur l’entreprise coopérative, et d’autre part, les
efforts déployés par les pouvoirs publics pour accompagner les acteurs coopératifs à renforcer
leur compétitivité et atteindre un niveau de performance leur permettant de faire face aux aléas
de leur environnement instable.
Suite aux défaillances constatées sur le plan social, le Maroc ambitionne de remédier aux
problèmes sociaux via le renforcement des acteurs de l’ESS notamment les coopératives. En
termes d’innovation, les coopératives trouvent des difficultés dans le développement des
travaux de recherche et d'innovation. Des difficultés d'ordre financier, managérial,
technologique, culturel s'accumulent les posant devant la difficulté de mener des projets
d'innovation sans un soutien externe. Dans ce sens, les politiques de soutien mises en place,
s’intéressent principalement au renforcement de la compétitivité de ces acteurs, et améliorer
leur pouvoir d’agir. Par ailleurs, une étude portant sur l’exploration des opportunités
d’investissement dans l’action collective en prenant les coopératives du secteur agroalimentaire
comme terrain d’étude, la FAO 2018 a mis en relief un besoin énorme de soutien notamment
dans les domaines techniques et organisationnels.
Le soutien public peut prendre plusieurs formes et intervenir à divers niveaux. La revue de
littérature que nous avons réalisé nous a permis d'identifier et d'établir quatre dimensions
générales : (i) le soutien financier aux activités de R&D ; (ii) le développement par l'innovation
232
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Le financement de l’innovation au Maroc est envisagé sous différentes formes. L’aide directe
via la contribution au financement des activités de recherche et développement. Cette forme de
soutien s’adresse aux entreprises engagées dans des activités de recherche et développement
qu’il soit en interne via des départements spécialisés ou via la coopération
interorganisationnelle dans le cade des clusters ou autres formes de coopération. Il s’envisage
également via la contribution à l’amélioration de l’accès aux nouvelles technologies et la
modernisation des processus. Plusieurs auteurs se sont attachés à analyser la nature des liens le
soutien public via le financement et l’innovation dans les entreprises. Dans une étude portant
sur le secteur agroalimentaire espagnole, Acosta et al., (2015), montrent que les entreprises
ayant reçu un financement public investissaient davantage dans la R&D autant que les
entreprises ne bénéficiant pas de ce type de financement. Bien plus, les organisations
bénéficiant d’un soutien public atteignent un niveau élevé de nouveauté dans leur projet
d’innovation tandis que celles qui optent pour leurs efforts personnels se limitent généralement
aux innovations incrémentales (Radas et al., 2015).
D’autres dispositifs de soutien s’adressent aux entités qui souffrent de manque de compétences
et capacités organisationnelles susceptibles de favoriser la construction d’une capacité
d’innovation rigide. Dans le secteur coopératif marocain, on peut recenser déjà un ensemble de
dispositifs de renforcement des capacités et le développement des compétences au sein des
coopératives aussi bien sur le plan organisationnel et managérial que technique. Les principaux
acteurs publics concernés en l’occurrence : l’ODCo, l’ADS, l’ONCA, l’ANDZOA… élaborent
des plans annuels de formation. Certaines recherches ont suggéré que plus les collaborateurs
sont éduqués et hautement qualifiés, plus il est possible que de nombreuses entreprises
s'engagent dans des activités d'innovation (Castillo et al., 2020).
233
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Nous supposons alors que l’accompagnement public joue un rôle de stimulus qui agit fortement
sur le potentiel d’innovation des organisations coopératives. Son effet se manifeste via sa
contribution au renforcement des capacités techniques, technologiques et surtout
organisationnelles. Ces capacités qui constituent la base de la propension à innover. Partant de
cette discussion, nous formulons les hypothèses suivantes :
H7a Le soutien public aux coopératives agit positivement sur leur capacité d’absorption des
connaissances
H7b Le soutien public offert aux coopératives contribue à l’amélioration de leurs capacités
dynamiques
À l’heure actuelle, la concurrence est devenue un casse-tête pour l’ensemble des organisations
abstraction faite de leur type, leur modèle d’affaires ou leur raison d’être. Elle est l’un des
principaux résultats de la mondialisation ayant bouleversé le monde des affaires. Comme nous
l’avons bien précisé dans notre revue de littérature, l’innovation se présente comme solution à
ce miracle auquel les coopératives comme toute autre organisation tentent de trouver des
solutions durables. Nous considérons dans le cadre de la présente recherche cette étroite relation
entre l’innovation et la concurrence pour comprendre les mécanismes du potentiel d’innovation
dans les coopératives marocaines. Partant du constat qui considère l’innovation comme solution
au phénomène de la concurrence (Ghobakhloo 2011), nous proposons d’explorer cette relation
d’influence en considérant celle-ci comme un élément incitatif à l’innovation.
Le concept de la concurrence sera analysé dans le cadre de cette recherche à travers ses trois
dimensions. Nous allons nous intéresser dans un premier temps à l’étendue du marché dans
lequel opère la coopérative. Dans leur article portant sur la capacité d’innovation des entreprises
coopératives dans la région Souss Massa, Bakkar et Chakir (2020) ont soulevé des disparités
importantes en termes d’innovation entre les entreprises coopératives dont la production est
destinée aux marchés étrangers (notamment en Europe) et celle qui s’adresse au marché local.
Les marchés internationaux notamment en Europe et Amérique du Nord qui constituent la
principale destination des produits exportés par les coopératives marocaines ont des
caractéristiques qui obligent les coopératives exportatrices à innover. L’objectif étant d’abord
d’assurer et conserver leur accessibilité aux dits marchés, et ensuite pouvoir accompagner le
changement continu des normes réglementaires et de qualité, et adapter constamment leurs
produits à ces changements.
234
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
En outre, l’ouverture aux marchés internationaux constitue une source d’inspiration pour la
coopérative pour se lancer dans des projets d’innovation en bénéficiant des effets du transfert
technologique via les coopérations internationales. Il s’agit ainsi d’une source importante de
connaissance qui a l’effet de stimulus du potentiel d’innovation de la coopérative. Dans ce sens,
Mongo (2013), montre que le positionnement sur des marchés internationaux joue un rôle
incitatif à l’innovation au sein du secteur des services et de l’industrie. D’où notre intérêt à
mesurer cet impact du marché sur le comportement et la capacité d’innovation dans le secteur
agricole.
Une autre dimension de la variable concurrence s’avère importante à analyser pour mesurer
l’effet de celle-ci sur la capacité à innover. Il s’agit bien évidemment de la taille et de la nature
des concurrents directs de la coopérative.
Dans la lignée des résultats de Lema et al., 2015 et Ghobakhloo (2011) qui supportent l’idée
d’incitation de la concurrence à l’innovation, nous formulons l’hypothèse suivante :
Les connaissances constituent le principal input dans les systèmes d’innovation. Leur gestion
conditionne donc l’efficacité de ces systèmes. L’importance des liens existants entre
l’innovation et la gestion des connaissances a été évoquée dans de nombreux travaux comme
ceux de Leonard-Barton (1995), Adama (2017), Ologbo et Noor (2015), Leibowitz (2002),
Sulistiyani et Harwiki (2016), Sameeni et alvi (2016), Von Krogh et al. (2000) et Skyrme et
Amidon (1999). Certains d’entre eux considèrent la gestion des connaissances comme un
processus de préparation des inputs à l’activité d’innovation au sein de l’organisation. Ce
processus qui se fonde sur l’acquisition, le partage et l’application des connaissances constitue
un déclencheur des capacités d’innovation au sein des organisations Ologbo et Noor (2015).
Dans une organisation, la mise en place d’une démarche de gestion des connaissances crée un
climat organisationnel propice à l’émergence d’idées nouvelles, à leur capture, à leur validation
et à leur transformation en innovation. En outre, l’efficacité de la démarche de gestion de
connaissances d’une firme permet d’améliorer son potentiel d’innovation à travers le
renforcement de la coopération entre les différentes composantes organisationnelles, mais
235
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
également via le développement d’une culture d’innovation axée sur les connaissances (Liao,
2007 ; cité par Adama, 2017). Selon l’OCDE (2004), la gestion des connaissances constitue
une opportunité pour les firmes qui cherchent « la saisie du savoir des salariés, l’exploitation
des ressources ou des atouts existant en la matière, l’amélioration de l’accès aux compétences
(améliorer le « savoir-faire »), le transfert des connaissances d’un projet à l’autre et la
constitution et l’exploitation de réserves de connaissances ».
Dans cette optique, notre hypothèse portant sur l’effet de l’efficacité de la gestion des
connaissances peut être formulée comme suit :
H9a La capacité d’absorption exerce un effet significatif et positif sur la capacité d’innovation des
coopératives à travers son effet de médiation
H9b Les capacités dynamiques agissent positivement sur la capacité d’innovation des coopératives à
travers leur effet de médiation
236
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Source : auteur
237
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Après avoir réalisé une revue des déterminants et des théories d’analyse de la capacité
d’innovation, nous avons procédé par une approche exploratoire dans un souci de
contextualisation. Cet effort d’adaptation des théories au contexte de notre étude qui s’avère
spécifique nous amène à poser un certain nombre d’hypothèses dans l’objectif de comprendre
les mécanismes qui régissent la capacité à innover dans les organisations coopératives. Nous
allons à présent essayer d’exposer de façon simplifiée les mécanismes explicatifs du
phénomène de l’innovation à travers la notion de la capacité à innover. Les mécanismes seront
présentés sous forme de relation de causalité et d’influence entre les variables du modèle.
H2b H2a
Capacité de gestion
Culture des connaissances H1
H4
organisationnelle
H3a
H3b
Capacité
d’absorption
H9a
H5a
Usage TIC Capacité
d’innovation
H5b H9b
H6a
Capacités
dynamiques
Effort H6b
technologique H8
H7a
H7b
Source : Auteur
238
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative
Conclusion du chapitre
Ce troisième chapitre, qui est purement méthodologique, a pour objectif de présenter le design
général de la recherche, avec notamment le positionnement épistémologique retenu, la
méthodologie de la recherche suivie avec intérêt de finalisation du modèle conceptuel de notre
recherche.
En effet, les éléments développés dans ce chapitre ont précisé et justifié les choix
épistémologiques et méthodologiques qui ont guidé nos démarches empiriques et les
précautions continuellement prises pour s’assurer de la validité de nos résultats et de la fiabilité
de notre recherche. Nous avons ainsi, explicité l’ancrage de notre recherche dans la posture
épistémologique réaliste critique après l’avoir mise en perspective avec les principaux autres
paradigmes épistémologiques traditionnellement distingués en sciences de gestion.
Cette posture est cohérente avec notre manière d’envisager la propension à innover dans le
contexte coopératif dans la mesure où il nous permet de considérer les multiples déterminants
et mécanismes d’assimilation de l’innovation dans ce contexte particulier (facteurs
organisationnels, facteurs technologiques et facteurs environnementaux ou contextuels).
Comme le précisent (Fleetwood & Ackroyd, eds., 2004; Miller & Tsang, 2011), il s’agit du
positionnement épistémologique le plus approprié et le plus fréquemment utilisé dans le cadre
des recherches en management stratégique, domaine dans lequel s’inscrit notre thèse.
De plus, étant donné que nous envisageons dans un contexte spécifique qui reste à notre sens,
peu exploité en termes de recherche s’intéressant au potentiel d’innovation, un effort de
contextualisation nous a été indispensable. Ce qui justifie notre recours à une méthodologie
mixte combinant à la fois l’approche qualitative dans une logique exploratoire et l’approche
quantitative mobilisé pour des fins de test d’hypothèse et de la validité du modèle conceptuel.
L’étude exploratoire que nous avons menée et dont les résultats sont présentés dans la deuxième
section du présent chapitre nous a permis évidemment d’adapter notre modèle théorique aux
spécificités de notre contexte d’étude. Ainsi, certaines variables ont été spécifiées après les
avoir présentés globalement dans la revue de littérature. Il s’agit principalement de la
coopération interorganisationnelle dans laquelle nous avons spécifié la coopération
technologique telle qu’elle a été définie dans la troisième section de ce chapitre.
239
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Introduction du chapitre
L’objectif poursuivi dans cette thèse était d’expliquer et d’analyser les facteurs stimulant la
capacité à innover dans les organisations coopératives, à partir d’un cadre théorique fondé sur
l’approche systémique et évolutionniste de l’innovation. À partir d’un certain nombre
d’hypothèses formulées en se basant sur la revue de littérature réalisée, et adaptées au contexte
de l’étude via une étude exploratoire, nous avons pu proposer un modèle d’analyse de la
capacité d’innovation dans ce contexte spécifique.
Ce chapitre est ainsi, dédié au test du modèle hypothétique de notre recherche à travers ses
hypothèses fondatrices, ses variables et ses qualités prédictives. Il s’agit bien évidemment de
soumettre ses composantes aux différents tests permettant de statuer sur leur validité et leur
fiabilité. Pour ce faire, il est nécessaire de distinguer les deux principales parties du modèle à
savoir, le modèle de mesure et le modèle structurel. Le modèle de mesure regroupe les liens
entre les variables et leurs construits de mesure. Tandis que, le modèle structurel qui est appelé
aussi le modèle interne, porte sur les relations causales entre les variables du modèle. À cet
effet, nous mobilisons la méthode des équations structurelle suivant l’approche PLS. Cette
approche proposée par H. Wold en 1980, offre la possibilité d’étudier un certain nombre de
blocs de variables qui sont observées sur les mêmes individus.
Dans cette perspective, le présent chapitre répond à un double objectif. D’une part, il vise la
validation du modèle de mesure en mettant à l’épreuve sa validité et ses qualités prédictives à
travers différentes approches notamment : l’ACP et PLS. D’autre part, il vise à examiner les
liens potentiels de causalité qui lient les différentes variables du modèle. Pour atteindre ce
double objectif, ce chapitre est structuré en trois sections : la première section relate les résultats
de l’analyse préliminaire de notre étude. Il s’agit d’une analyse descriptive visant à mettre en
lumière les caractéristiques intrinsèques de notre échantillon. La deuxième section quant à elle,
revêt un caractère analytique. Elle vise à évaluer notre modèle de mesure. Elle comporte deux
240
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
paragraphes qui portent chacun sur une méthode d’épuration des échelles de mesure,
notamment la méthode de l’ACP introduite dans une logique exploratoire et la méthode PLS
avec sa logique confirmatoire. Enfin, la dernière section porte sur l’analyse du modèle structurel
à travers le test d’hypothèse et l’évaluation des qualités prédictives du modèle.
Ainsi, nous relatons dans le cadre de cette section, la description des caractéristiques globales
des entreprises coopératives enquêtées. Il sera donc l’occasion d’analyser les principales
caractéristiques intrinsèques, notamment la répartition géographique et sectorielle, l’âge et
aussi quelques spécificités organisationnelles. La deuxième partie de cette section sera
consacrée à l’analyse des spécificités de notre échantillon en matière d’innovation.
Avant d’entamer le processus des analyses statistiques multivariées et des corrélations, nous
avons jugé nécessaire de procéder à certains traitements préliminaires. Nous avons également
procédé à une analyse minutieuse des réponses collectées pour nous assurer de leur exhaustivité
et leur cohérence. Et puis, nous avons procédé à la codification des items du questionnaire pour
les rendre facilement manipulables statistiquement et les explorer dans le cadre de la matrice
de données.
L’analyse descriptive des caractéristiques internes des entreprises coopératives enquêtées revêt
une importance capitale. Cette importance est justifiée par l’influence qu’elles sont susceptibles
d’exercer sur le phénomène étudié à savoir, l’innovation. Comme dans le modèle CDM présenté
dans le deuxième chapitre de cette recherche, les caractéristiques internes sont déterminantes
du potentiel d’innovation des entreprises.
Bien que ces caractéristiques ne soient pas intégrées dans notre modèle comme des variables
explicatives, leur utilité réside dans le fait qu’elles constituent des éléments susceptibles
241
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
d’enrichir notre discussion des résultats de l’étude. Ainsi, nous nous limitons dans le cadre de
ce paragraphe, à l’analyse descriptive de ces caractéristiques afin de les utiliser par la suite dans
le chapitre de discussion.
L’analyse descriptive des données consiste à effectuer un dénombrement à plat et en tris croisés
des réponses au questionnaire. Les résultats sont présentés en effectif et en pourcentage.
D’autres caractéristiques permettent de compléter notre description statistique des données. Il
s’agit notamment des indicateurs de tendance centrale, de dispersion et de distribution.
Les critères de la taille et de l’âge constituent les caractéristiques internes les plus couramment
utilisées par les chercheurs pour décrire les organisations. C’est pourquoi nous avons décidé
d’entamer notre analyse descriptive par ces deux critères. Toutefois, le contexte auquel nous
nous sommes intéressés présente des spécificités dans ce sens. Par exemple, en ce qui concerne
la taille, d’après les recherches que nous avons fait, il n’existe pas de critères communément
admis pour classer les coopératives en termes de taille. Nous avons en outre consulté certains
experts et professionnels qui nous ont confirmé ce constat. De ce fait, nous nous limiterons à la
description selon ce critère en nous basant sur le seul critère du nombre d’adhérents et non-
adhérents. Concernant le critère de l’âge, nous avons déterminé cinq intervalles de 10 ans.
242
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
2% 2%
22%
41% Moins de 10 ans
De 11 ans a 20 ans
De 21 ans à 30 ans
33%
De 31 ans a 40 ans
Plus de 40 ans
Source : auteur
b. La taille
En l’absence de critères de classification112 des coopératives en termes de taille, et tenant
compte de la difficulté d’accès aux informations sur la situation financière des coopératives en
questions, nous jugeons utile de retenir d’une part, le critère du nombre des membres adhérents
et non adhérents et leur évolution, et d’autre part, le critère du capital social pour au moins
constituer une image sur les coopératives enquêtées dans ce sens.
Avant d’entamer cette analyse, il est important d’avancer quelques explications sur la nature du
membership au sein des coopératives. À ce titre, les coopératives abritent deux catégories de
membres : les membres adhérents et les membres non adhérents. La première catégorie renvoie
aux adhérents propriétaires qui détiennent des parts dans le capital social de la coopérative. Par
la deuxième catégorie, nous voulons désigner les collaborateurs et les salariés. Il est à noter que
certaines coopératives notamment de petite taille, abritent seulement les membres adhérents qui
sont à la fois des propriétaires et des collaborateurs en y exerçant un travail rémunéré au sein
de la coopérative.
112
Nous avons effectué plusieurs recherches dans la littérature académique et professionnelle, et nous avons en plus
consulté certains experts spécialisés dans le domaine de l’entrepreneuriat coopératif sans pouvoir trouver des
critères de classification dans ce sens. Les justificatifs présentés s’articulent autour de la nature spécifique de la
philosophie coopérative.
243
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Les résultats que nous allons présenter ici concernent uniquement les membres adhérents. En
effet, les coopératives de notre échantillon abritent en moyenne 21 adhérents au moment de la
création et 28 adhérents actuellement avec un écart-type de 25,78 et 34,67 respectivement. Ce
qui montre une grande dispersion en matière du nombre d’adhérents par les coopératives
constituant notre échantillon. Le maximum enregistré est 210 et 270 respectivement tandis que
le minimum était de 7113dans les deux cas. Le taux moyen d’évolution était de 45 % sachant
que parmi les 252 coopératives concernées, 186 coopératives n’ont enregistré aucune évolution
dans ce sens. Le taux maximum d’évolution enregistré était de 986 % alors que le taux
minimum était de -6 %. En s’intéressant aux détails, nous pouvons remarquer que cette
évolution est réalisée uniquement par 34,92 % des coopératives (88 coopératives) au moment
où seulement 3 coopératives ont enregistré une petite évolution négative estimée à -6%.
Périodicité de l'activité
100% féminines 100% masculines Mixtes
Permanente
0 100 200
41% Permanente Saisonnière
Coopératives 194
70,23% 127
29,77%
Source : Auteur
113
Ce nombre constitué le minimum légal exigé pour la constrition des coopératives au Maroc suivant l’ancien
cadre légal (loi 24-83).
244
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Comme nous l’avons déjà avancé dans la revue de littérature, la gouvernance d’entreprise est
définie comme le précise (Pérez, 2003), comme étant « un processus de management du
management ». Un processus décisionnel à la fois institutionnel et comportemental, qui régit
les relations entre les dirigeants d’une organisation et les parties prenantes concernées par son
devenir, particulièrement celles détenant des droits légitimes sur celle-ci (Saïsset, 2016b)
Dans ce paragraphe, nous nous sommes intéressés à mettre en exergue les spécificités des
coopératives de notre échantillon en ce qui a trait à leur mode de gouvernance. Nous allons
mettre l'accent à ce niveau sur les organes de gouvernance, la composition de ces organes et les
profiles des personnes les formant.
En commençant par les organes de gouvernance, nous avons identifié trois catégories de
coopératives dans ce sens. D’abord, les coopératives que nous appelons les coopératives
structurées, il s’agit des coopératives ayant mis en place trois organes de gouvernance à savoir :
un conseil d’administration, une direction avec un directeur et un comité de surveillance ou de
pilotage. La deuxième catégorie regroupe les coopératives ayant un conseil d’administration et
un directeur. Enfin, la dernière catégorie est formée par les coopératives ayant seulement un
conseil d’administration qui s’occupe de la gestion de la coopérative.
114
Pour les organes de gouvernance, nous avons décidé de ne pas parler de l’assemblée générales qui est le principal
organe de gouvernance au sein des coopératives pour la simple raison qu’elle obligatoire et présent dans l’ensemble
des coopératives. Parce que l’objectif à ce niveau d’analyser les différences constatées entre les coopératives
concernées.
245
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
La répartition des coopératives de notre échantillon selon ce critère portant sur le mode de
gouvernance se présente comme le montre la figure suivante :
Conseil d'administration,
directeur et comité de
7.93% surveillance
21.03%
Conseil d’administration et
un directeur
71.04%
Conseil d’administration
Source : Auteur
La description des résultats présentés dans la figure ci-dessus, montre que la grande majorité
des coopératives de notre échantillon adopte un mode de gouvernance basique, basé sur le
conseil d’administration comme principal organe de gestion. Toutefois, à peine 8 % des
coopératives couvertes par l’enquête mettent en place les trois principaux organes de
gouvernance telle qu’ils ont été décrits dans le deuxième chapitre de cette thèse.
246
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Réuni
Nbre Niveau d’instruction du
Genre Ancienneté du président116 on/an
CA de président115 117
coop
Catégorie Cp Mbr 1 2 3 4 5 1 2 3 4 5
Féminines 19 57 5 9 3 0 2 2 2 3 3 9 8
3 membres 56 Masculines 22 66 6 8 4 2 2 3 3 2 3 11 6
Mixtes 15 45 5 4 2 1 3 4 1 2 3 5 6
Féminines 47 282 11 20 11 2 3 4 3 5 12 23 3
6 membres 169 Masculines 68 408 15 15 23 9 6 11 9 6 14 28 4
Mixtes 54 324 18 18 10 5 3 16 10 5 11 12 2
Féminines 3 27 0 1 0 0 2 0 0 0 0 3 3
9 membres 14 Masculines 7 63 1 2 2 1 1 1 0 0 2 4 2
Mixtes 4 36 0 0 1 2 1 0 0 0 0 4 4
Féminines 2 24 0 0 0 2 0 0 0 0 0 2 6
12 Masculines 9 108 1 1 2 1 4 1 0 0 2 6 9
13
membres
Mixtes 2 24 0 0 0 1 1 0 0 0 1 1 10
Nombre total 252 1464 62 78 58 26 28 42 28 23 51 108
Pourcentage 24.60 30,95 23,02 10,32 11,11 16,67 11,11 09,12 20,24 42,86
Source : auteur
Généralement, l’efficacité du mode de gestion appliqué dans les coopératives, dépend de trois
éléments essentiels : premièrement, la stabilité du conseil d’administration, qui lui permet de
comprendre les orientations stratégiques de la coopérative et les ressources auxquelles elle
dispose d’un accès. Notre étude montre dans ce sens que les coopératives en question
témoignent d’une certaine stabilité si on prend en considération le critère de l’ancienneté du
président. Les statistiques présentées dans le tableau ci-dessus montrent qu’environ 43%
témoignent d’une ancienneté très importante de leurs présidents. Bien plus, parmi les 57%
restants, 20.24% se justifient d’une ancienneté importante de leurs présidents. Ce qui constitue
un bon indicateur de stabilité au niveau de la gestion de ces coopératives. Cette stabilité facilite
la circulation de l’information et la mobilisation des ressources.
115
1 : aucun niveau, 2 : primaire, 3 : secondaire ; 4 : Formation professionnelle ; 5 : formation supérieure
116
1 : Pas du tout importante, 5 : Très importante
117
Il s’agit du nombre moyen des réunions du CA par an
247
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
relativement faible des membres du conseil d’administration des coopératives enquêtées. Pour
55.55 % des présidents de ces coopératives, le niveau d’instruction ne dépasse pas le primaire
et seulement 11.11 % disposent d’un niveau supérieur.
Enfin, le partage des responsabilités entre les membres d’une manière claire et précise permet
une harmonie entre les différents intervenants et par conséquent une facilité en termes de
décision.
L’échantillon de notre étude a été construit en veillant à ce qu’il représente les différents types
de coopératives de notre population cible, ainsi que leur répartition géographique. En effet,
l’analyse de la répartition sectorielle des coopératives et leurs unions qui compose notre
échantillon, en les comparons aux données de la région, permet de remarquer que les différentes
catégories des coopératives et les différentes provinces, sont représentées dans notre
échantillon. C’est dans cette logique que nous avons opté par la méthode d’échantillonnage
stratifiée proportionnelle.
Ainsi, en matière de répartition géographique, notre échantillon est composé des coopératives
de la filière apicole à hauteur de 24 %, suivie des deux filières arganières et d’élevage avec une
proportion de 20 % chacune. Ensuite, la filière des produits de terroir hors argan et la filière
fruits et légumes, qui regroupe les filières maraîchères, la filière fruitière et légumineuse, et la
filière céréalière, constituent respectivement une proportion de 11% et 9 % de notre échantillon.
Enfin, la filière laitière et autres représentent 8 % des coopératives enquêtées chacune.
En ce qui a trait à la localisation géographique des coopératives enquêtées, les résultats de notre
enquête soulignent la représentation des différentes provinces de la région dans l’échantillon de
notre étude. Comme le montre la figure ci-après (partie droite), les coopératives de la province
de Taroudannt, représentent 31 % de notre échantillon. Ceci est dû à l’importance des
coopératives de cette province dans la région Souss Massa. Ensuite, les coopératives localisées
à la province de Chtouka Ait Baha arrivent en deuxième position avec une proportion de 20 %
du nombre total des coopératives enquêtées.
248
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Enfin, les provinces de Tiznit et de Tata quant à elles, contribuent à la formation de notre
échantillon à concurrence de 16 % et 15 % respectivement. Puis, les coopératives de la province
Agadir Ida Outanane constituent 13 % des coopératives enquêtées et finalement, la province
d’Inezgane Ait Melloul arrivent en dernière position avec seulement 5 % des coopératives
enquêtées.
Filière lait
Agadir
Filière Arganier
100%
80%
60% Tata
40% Tiznit
Agadir Ida-Outanane
Source : Auteur
En outre, nos résultats montent que dans chaque province, nous avons veillé à ce que les
différentes filières qui forment son tissu coopératif soient représentées dans notre échantillon
d’étude. Ce qui est facilement observable dans la figure ci-dessus, notamment, dans sa partie
basse. Les résultats présentés ci-dessus acquièrent leur importance si on les compare aux
données de la région. Une telle comparaison montre que les données de notre échantillon sont
249
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
proportionnelles aux données de la population mère qui est formée par les coopératives
agricoles de la région SM.
En guise de synthèse, nous estimons que les critères prédéfinis de notre échantillon ont été
respectés et que les différents acteurs de notre population cible ont été représentés dans notre
échantillon. Ce qui constitue un bon indice sur la qualité des résultats et de la représentativité
de notre échantillon.
Lors de notre enquête, nous avons demandé aux personnes interviewées de nous indiquer la
place accordée à l’innovation dans les modèles d’affaires de leurs coopératives. Les résultats
de cette question ont montré une grande disparité entre les coopératives enquêtées. Néanmoins,
ils témoignent une certaine prise de conscience et de reconnaissance de l’importance de
l’innovation pour la compétitivité et la pérennité des activités de leurs coopératives.
Dans ce paragraphe, nous analysons les tendances des coopératives de notre échantillon en
matière d’innovation à travers l’importance accordée à ce sujet au sein des coopératives de la
région, mais également, en matière des efforts déployés en matière d’alimentation de l’activité
d’innovation et de renforcement de leur potentiel à innover.
En effet, nos résultats indiquent que les coopératives enquêtées accordent une place primordiale
au sujet de l’innovation, témoignant ainsi, d’une forte conscience de la part des responsables
des coopératives de la région, de l’importance de l’innovation comme facteur de compétitivité
et de longévité. Ainsi, les résultats de notre enquête indiquent qu’environ 54 % des coopératives
de notre échantillon accordent une importance élevée, voire très élevée au sujet de l’innovation
dans leurs business modèles. Bien plus, la proportion des coopératives indiquant une
importance faible à l’innovation ne dépasse pas 27.77 %. Cette catégorie de coopératives est
constituée principalement par les coopératives de petite taille et ne disposant pas d’une grande
importance dans le secteur vu que leur âge ne dépasse pas 10 ans d’existence.
250
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
réalisent des activités de R&D, uniquement 25.8 % disposent de structure dédiée aux activités
de R&D.
Figure 26: Importance et pratiques d'innovation dans les coopératives couverte par l'enquête
100
80
60
40
20
0
Très Faible Moyenn Elevée Très
faible e élevée
Nombre de coopératives 3135 3943 49
46 61
51 90
85
25.8%
NON 74.2%
88.7%
Source : Auteur
L’analyse de ces résultats montre que malgré la forte conscience de l’importance de
l’innovation pour les activités des coopératives, la proportion engagée dans les activités de
l’innovation particulièrement la R&D demeure très faible. Ce qui pose la question sur les
obstacles qui empêchent les coopératives de se lancer dans des activités pouvant booster leurs
251
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
capacités à innover. Une question que nous avons posée à nos interviewés et dont les résultats
sont présentés dans le paragraphe suivant.
Lors de la réalisation de notre revue de littérature, nous avons pu identifier une panoplie de
facteurs déterminants, qui contribuent au renforcement du potentiel d’innovation des
entreprises coopératives. Des facteurs d’ordre organisationnel, technique, technologiques et
contextuels qui sans eux, le développement d’une capacité d’innovation n’est qu’une illusion.
En effet, il est extrêmement important que l’entreprise dispose d’une combinaison de ces
facteurs qualitativement et quantitativement suffisante pour pouvoir développer des
innovations. De fait, l’absence ou l’insuffisance de ces facteurs constituera une barrière à
l’innovation au sein de ces entreprises. Dans ce sens, nous avons introduit dans le questionnaire
de notre enquête, une question portant sur les facteurs que les responsables des coopératives
enquêtées, considèrent comme des barrières à l’innovation dans leurs coopératives. Le tableau
ci-après, synthétise les principaux résultats obtenus concernant la question des barrières à
l’innovation.
Nombre de % nombre
Freins à l’innovation
citations d’observation
Source : Auteur
Les résultats présentés dans ce tableau concernent les observations ayant accordé la note 5 au
frein en question. Ils montrent ainsi qu’une panoplie d’obstacles s’oppose aux coopératives
118
En se basant sur une liste préétablie des freins potentiels à l’innovation, nous avons demandé aux personnes
interviewées, d’accorder une note entre 1et 5 à chaque élément de la liste tout en précisant que 1= non contraignant
et 5= impact très élevé. Bien sur la liste a été établie en se référant aux résultats de l’étude exploratoire et à la
littérature spécialisée.
252
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Les résultats de notre enquête, montrent également que la faiblesse du capital humain des
coopératives enquêtées constitue une importante barrière à l’innovation. Dans ce sens, 98.02%
des répondants considèrent que l’absence de personnel qualifié constitue une barrière sérieuse
à leurs projets d’innovation. Les contraintes financières arrivent en troisième position en
matière du nombre de citations. 83,73% des répondants estiment que le développement d’une
démarche d’innovation au sein de leurs coopératives est tributaire de l’existence de capacités
financières satisfaisantes tenant compte du coût élevé de l’innovation. Les autres variables
citées comme obstacle à l’innovation au sein des coopératives enquêtées s’articulent autour de
la difficulté de se retrouver avec des partenaires aptes et prêts à coopérer, pour pouvoir accéder
mutuellement aux connaissances nécessaires à l’innovation.
Les résultats de notre étude mettent l’emphase sur certaines disparités en matière d’innovation
entre les différentes filières de la région. Certaines filières accordent une grande importance au
sujet de l’innovation, tandis que, d’autres ne le considèrent pas comme priorités pour diverses
raisons. Dans cette veine, certaines filières comme la filière laitière et la filière des fruits et
légumes positionnent le sujet de l’innovation au top de leurs priorités. Les caractéristiques
communes entre les coopératives de ces filières s’attachent à leurs tailles et à leurs capacités
aussi bien financières que techniques. En effet, ces coopératives sont généralement de grandes
tailles et disposent de capacités financières satisfaisantes vu le volume de leur activité et la
nature des membres qui y sont adhérents.
En revanche, d’autres filières comme la filière apicole et la filière d’élevage s’avèrent les moins
motivées pour se lancer dans l’innovation. Ces résultats peuvent être justifiés par deux facteurs
essentiels. D’une part, la nature de l’activité et le degré d’implication des adhérents de ces
coopératives dans leurs activités et la périodicité de l’activité. La plupart des adhérents dans les
coopératives de ces filières exercent leur activité à titre secondaire et saisonnier. D’autre part,
le degré d’organisation de la filière et de la concurrence exercée au sein de la filière s’avère
moins important que dans les filières, laitières, et de fruits et légumes.
253
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Pour conclure ce paragraphe, nous rappelons que bien que l’analyse faite à ce niveau soit
élémentaire et de nature purement descriptive, elle revête une importance incontestable. Ses
résultats nous seront d’une grande utilité dans la mesure où ils nous permettront de comprendre
les spécificités de notre terrain d’étude, et constitueront ainsi des lignes directrices pour
l’interprétation et la discussion de nos résultats empiriques.
Dans cette perspective, les indicateurs de mesure des construits de notre modèle conceptuel,
seront soumis à un ensemble de tests pour vérifier la possibilité de factorisation, leur fiabilité
et leur dimensionnalité. Les deux premiers critères seront évalués en se basant sur deux indices
principaux : premièrement, l’indice de Kaiser-Meyer-Olkin (KMO) qui permet de vérifier
jusqu'à quel point l'ensemble de variables retenu constitue un ensemble cohérent, et permet de
constituer une ou des mesures adéquates de concepts. Il indique également la possibilité du
recours à la factorisation en vérifiant la dimensionnalité des mesures en question.
Deuxièmement le fameux indice d’Alpha Cronbach qui est fortement utilisé pour mesurer la
fiabilité et la cohérence interne des indicateurs. La dimensionnalité des indicateurs sera vérifiée
en se référant au critère de la variance totale expliquée. Cette analyse sera faite en utilisant le
logiciel SPSS version 26.
Dans ce paragraphe, nous allons analyser les items de chaque variable pour nous assurer de leur
fiabilité et de leur validité. Pour ce faire, nous avons classé les variables de notre modèle
254
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Nous avons donc utilisé cinq items de mesure qui permettent à notre sens de mesurer le construit
de la variable « capacités financières » dans cette recherche. Pour vérifier cela, nous allons à
présent examiser la possibilité de factorisation des données, la dimensionnalité, la corrélation
interne et la fiabilité.
Tableau 33: Résultats de l'ACP sur les échelles de la variable « capacités financières »
Contributions factorielles
Valeurs % de la
Items Test de factorisation
propres variance
C1 C2
119
Il s’agit d’un prix artificiel déterminé à l’interne par les dirigeants d’une coopérative. Il est composé du prix du
produit versé au membre au moment de la transaction et le complément qui lui est versé à la fin de l’année financière
sous forme de ristourne. Ce complément détenu par la coopérative au cours de l’année financière constitue une
source de financement via sa contribution à générer le fond de roulement nécessaire comme il peut constituer une
source d’autofinancement en cas de décision de son réinvestissement.
255
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Les résultats des tests entrepris à ce niveau montrent l’existence de forte corrélation entre les
indicateurs de mesure du construit des capacités financières. La valeur élevée de KMO montre
qu’il existe une solution factorielle des relations entre les indicateurs. De plus, le test de
sphéricité de Bartlett rejette l’hypothèse nulle d’absence de corrélation entre les 5 énoncés
retenus de l’échelle de la variable « capacités financières ». D’un autre côté, le test d’Alpha de
Cronbach donne un résultat de 0,726 montrant ainsi une cohérence interne de notre échelle de
mesure. Ce qui teste de la fiabilité des items utilisés pour cette échelle.
Le critère de la variance totale expliquée, calculé sur les 5 items comme présenté dans le tableau
ci-dessus, montre l’existence de deux facteurs, qui permettent d’extraire 56,181% de la variance
totale expliquée. Ces résultats témoignent donc de la convergence des critères utilisés vers une
solution bidimensionnelle. Les deux facteurs possédant des valeurs propres supérieures à l’unité
constituent donc les axes factoriels qui peuvent constituer la base de factorisation des items
retenus. Ce qui est tout à fait logique vu la distinction que nous avons adoptée qui distingue le
financement interne du financement externe.
La concurrence constitue une variable déterminante dans les stratégies et les comportements
d’innovation des entreprises. Elle est considérée comme élément d’incitation à l’innovation.
Pour la mesurer, nous avons utilisé 11 items (Bylykbashi, 2009) comme il est expliqué dans le
chapitre précédent.
256
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Pour vérifier les possibilités de factorisation, nous avons soumis les indicateurs de cette échelle
de mesure au test de KMO et de Bartlett. Ainsi, l’indice de KMO signale de très bonnes
corrélations entre les items de l’échelle. De son côté, le test de Bartlett rejette l’hypothèse nulle
d’absence de corrélation entre les 11 énoncés de l’échelle de mesure de l’intensité
concurrentielle.
Tableau 35: Résultats de l’ACP sur les échelles de mesure de la pression concurrentielle
De ses résultats, nous pouvons conclure que les indicateurs de cette échelle admettent une
solution factorisable. De ce fait, nous allons procéder au calcul de la variance totale expliquée
pour déterminer les axes factoriels possibles. Selon ce critère, deux composantes factorielles
permettent d’extraire 62,590% de l’information mesurée par cette échelle. La solution
factorielle est donc bidimensionnelle. Ce qui nécessite la recherche de la possibilité de
condensation.
257
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Communalité
Items Alpha de Cronbach
Initiales Extraction
Concur1 1,000 ,636
Alpha de Cronbach=0,800
Concur2 1,000 ,612
Le critère de communalité des items indique une bonne qualité de représentation. L’ensemble
des items ont une valeur supérieure au seuil fixé à l’exception de l’item n° 11 que nous décidons
de supprimer. La matrice des composantes montre le positionnement des items sur les axes
factoriels constitués par les deux premières composantes. Ces résultats sont confirmés par le
tracé des composantes dans l’espace après rotation. La variable est donc bidimensionnelle.
Pour la mesure de la qualité du capital humain, nous avons utilisé deux dimensions comme
nous l’avons précisé dans la partie méthodologique de cette recherche, à savoir : le capital
humain général (éducation formelle) et le capital humain spécifique (éducation informelle).
Néanmoins, nous nous intéressons dans le cadre de cette recherche à mesurer ces indicateurs
pour trois catégories des membres des coopératives concernées, il s’agit d’abord des membres
adhérents impliqués dans la gestion des coopératives notamment les membres du conseil
d’administration et les directeurs le cas échéant. Ensuite, les membres adhérents et enfin les
membres non adhérents qui sont les collaborateurs (salariés de ces coopératives). Ce qui
explique le nombre important des items utilisés pour mesurer cette variable (11 items).
Les valeurs des indices KMO et de test de Bartlett obtenu pour les échelles de cette variable,
témoignent de l’existence d’une forte corrélation entre les items utilisés. De plus, la valeur
d’Alpha Cronbach témoigne d’un très bon niveau de fiabilité des échelles utilisées.
258
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Tableau 37: Résultats de l’ACP sur les échelles de mesure de la qualité du capital humain
Contributions
Valeurs % de la factorielles
Items Test de factorisation
propres variance
C1 C2
CapitalH1 Indice de KMO : 0,662 3,012 37,655 ,794 -,032
CapitalH2 1,133 51,812 ,778 ,099
CapitalH3 ,953 ,685 ,093
CapitalH4 ,847 ,578 ,054
CapitalH5 ,757 ,542 ,274
CapitalH6 Test de sphéricité de Bartlett : ,595 ,522 ,515
Khi-carré approx = 513,204
CapitalH7 ,449 -,083 ,681
Ddl=28
CapitalH8 Sig=,000 ,254 ,476 ,650
CapitalH9 ,227 ,402 ,593
CapitalH10 ,209 ,397 ,504
CapitalH11 ,205 ,189 ,498
Source : Extrait de SPSS
En se référant au critère de la variance totale, nous remarquons que les items utilisés se
convergent vers une solution bidimensionnelle. Les deux premières composantes permettent
d’extraire 51,812 % de la variance totale expliquée par cette variable. Il s’agit donc d’une
variable bidimensionnelle dont les items convergent vers deux axes factoriels qui sont les deux
premières composantes comme le montre le tableau ci-dessus.
Communalité
Items Alpha de Cronbach
Initiales Extraction
CapitalH1 Alpha de Cronbach=0,747 1,000 ,613
259
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Pour vérifier le positionnement des items sur les deux composantes, nous faisons recours à la
matrice des composantes. Ladite matrice, montre que tous les items se positionnent
convenablement sur les deux premières composantes. Nous décidons donc de la retenir pour la
factorisation. Cette solution bidimensionnelle est justifiée par l’importance des deux
dimensions qui composent la variable du capital humain à savoir le capital humain général et
le capital humain spécifique.
En se basant sur le critère des communalités qui mesure la qualité de représentation, tous les
items ont des valeurs supérieures au seuil fixé qui est de 0,4 à l’exception de l’item CapitalH4
qui affiche une valeur inférieure au seuil fixé, d’où la nécessité de son élimination.
Pour la variable « culture organisationnelle », nous avons utilisé six items pour la mesurer.
Selon l’indice de KMO, il existe une forte corrélation entre les six items utilisés. Ce résultat est
confirmé par les valeurs obtenues du test de sphéricité de Bartlett qui rejette l’hypothèse
d’absence de corrélation entre ces items. De plus, la valeur d’Alpha de Cronbach, montre une
bonne corrélation entre les items de cette variable.
Contributions
Valeurs % de la factorielles
Items Test de factorisation
propres variance
C1
260
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Communalité
Items Alpha de Cronbach
Initiales Extraction
CultureO1 1,000 ,496
Alpha de Cronbach=0,879
CultureO2 1,000 ,641
Pour mesurer la variable du capital social, huit items identifiés dans la littérature ont été utilisés
dans le cadre de cette recherche. Nous allons à présent procéder à l’analyse de leur fiabilité et
leur validité suivant la même démarche. Ainsi, le tableau ci-après, synthétise les résultats de
l’analyse en composantes principales relatifs aux échelles de mesure du construit du capital
social.
Contributions
Valeurs % de la factorielles
Items Test de factorisation
propres variance
C1 C2
CapitalS1 2,755 39,352% ,770 -,052
Indice de KMO : 0,710
CapitalS2 1,772 64,661% ,593 -,588
CapitalS3 ,687 ,773 ,344
CapitalS4 ,656 ,824 ,257
Test de sphéricité de Bartlett :
CapitalS5 ,523 ,648 -,524
Khi-carré approx = 621,125
CapitalS6 Ddl=21 ,359 ,332 ,650
Sig=,000
CapitalS7 ,248 ,048 ,736
CapitalS8 ,208 ,0 32 ,701
261
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Les résultats présentés dans ce tableau montrent l’existence d’une forte corrélation interne entre
les items de cette variable. En effet, l’indice de KMO donne une valeur satisfaisante estimée à
0,710 et témoigne ainsi, de la forte corrélation existante entre les items. Ce résultat est confirmé
par le résultat obtenu du test de sphéricité de Bartlett qui permet de rejeter l’hypothèse nulle
d’absence de corrélation entre les items.
En outre, le calcul de la variance totale expliquée permet de constater que les items sont repartis
entre deux axes factoriels qui permettent d’extraire 64,661 % de l’information expliquée par la
variable. Il s’agit donc d’une variable bidimensionnelle. Ce qui est logique, vu que cette
variable est appréhendée suivant deux dimensions du capital social, à savoir : le capital social
interne et le capital social externe.
La variable TIC a été opérationnalisée dans le cadre de cette recherche en se basant sur 6
indicateurs qui permettent de mesurer l’usage des TIC dans le contexte coopératif marocain.
Les six indicateurs sont soumis à l’analyse pour vérifier leur fiabilité et leur validité.
262
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Avec une valeur de 0,702 le test d’Alpha de Cronbach montre une bonne fiabilité des items
utilisés pour mesurer cette variable. De plus, l’indice de KMO et le test de Bartlett soulignent
l’existence d’une bonne corrélation entre ces items.
Tableau 43: Résultats de l’ACP des échelles de mesure de l'usage des TIC
Contributions
Valeurs % de la factorielles
Items Test de factorisation
propres variance
C1 C2
263
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
La variable « effort technologique » est mesurée par trois dimensions comme nous l’avons bien
précisé dans la partie méthodologique de cette thèse. Il s’agit de l’effort en R&D,
l’investissement dans la modernisation des infrastructures et la coopération technologique. Sept
items sont utilsés pour la mesure de cette variable.
Pour vérifier leur fiabilité, nous avons suivi le même processus. En effet, les tests de KMO et
de Bartlett dont les valeurs sont présentées dans le tableau ci-après montrent une bonne
corrélation interne entre les indicateurs choisis. En outre, les statistiques d’Alpha de Cronbach
soutiennent la fiabilité des items choisis.
Contributions
Valeurs % de la factorielles
Items Test de factorisation
propres variance
C1 C2
EffTech1 3,497 38,854 ,673 ,000
Indice de KMO : 0,716
EffTech2 1,490 55,404 ,748 -,192
264
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Communalité
Items Alpha de Cronbach
Initiales Extraction
EffTech1 1,000 ,453
Alpha de Cronbach=0,737
EffTech2 1,000 ,597
Le soutien public est une variable latente qui est mesurée à travers ses dimensions. Elle est
opérationnalisée en utilisant six items. Pour épurer les mesures de cette échelle, nous allons
suivre le même processus.
Ainsi, en calculant l’indice de KMO, nous constatons l’existence d’une corrélation significative
entre les items utilisés. Il montre l’existence d’une solution factorisable pour les items de cette
variable. Dans la même veine, le test de Bartlett, rejette l’hypothèse nulle d’absence de
corrélation entre les items.
265
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Contributions
Valeurs % de la factorielles
Items Test de factorisation
propres variance
C1
Communalité
Items Alpha de Cronbach
Initiales Extraction
SoutienP1 1,000 ,568
Alpha de Cronbach=0,745
SoutienP2 1,000 ,573
266
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
La capacité d’absorption est utilisée dans le cadre de cette recherche comme dimension de « la
capacité de gestion des connaissances » en plus des capacités dynamiques. Ce construit, est
défini à travers ses trois composantes (acquisition, assimilation et dissémination). Chaque
composante est mesurée par des items, d’où ce nombre important des items (10 items). Ce
construit est donc important pour notre analyse. De ce fait, nous allons essayer dans ce qui suit,
d’épurer l’échelle utilisée pour sa mesure. Pour ce faire, nous allons suivre le processus défini
au début de ce paragraphe.
Contributions factorielles
Valeurs % de la
Items Test de factorisation
propres variance
C1 C2
CapAbso1 2,661 33,259 ,013 ,773
Indice de KMO : 0,877
CapAbso2 1,958 51,542 ,116 ,798
267
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Les résultats présentés dans ce tableau indiquent que les trois premières composantes
permettent d’expliquer 71,618 % de l’information collectée. La solution factorielle est donc
tridimensionnelle d’où la nécessité de procéder à la condensation des données.
Après la vérification de la factorisation des données concernant les items de la présente variable,
il serait nécessaire de déterminer les axes factoriels qui permettent de concrétiser cette
possibilité de factorisation. Pour cela, nous nous référons comme d’habitude au critère de la
variance totale expliquée dont les résultats sont présentés dans le tableau ci-dessus. Le caractère
tridimensionnel de cette variable trouve sa justification dans le fait que la variable est mesurée
à travers ses trois dimensions. Chaque dimension constitue un axe factoriel. Néanmoins, l’effort
de condensation nous a permis de remarquer que les items se positionnent convenablement sur
deux principaux axes factoriels, à savoir l’axe d’acquisition et d’assimilation et l’axe de
dissémination et de diffusion.
Communalité
Items Alpha de Cronbach
Initiales Extraction
CapAbso1 1,000 ,614
Alpha de Cronbach=0,760
CapAbso2 1,000 ,750
Pour ce qui est de la fiabilité des items de cette échelle de mesure, le critère d’Alpha de
Cronbach montre une bonne fiabilité des items utilisée avec une valeur satisfaisante pour
l’ensemble des items. En outre, tous les items présentent une bonne qualité de représentation.
Ces items se positionnent en grande partie sur les deux premières composantes.
268
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Ces indicateurs seront soumis aux différents tests de l’ACP pour vérifier leurs fiabilités et leur
validité. Le tableau suivant présente une synthèse des résultats de l’ACP relatifs à cette variable
des capacités dynamiques.
Tableau 51: Résultats de l’ACP des échelles de mesure des capacités dynamiques
Contributions factorielles
Valeurs % de la C1
Items Test de factorisation
propres variance
Les indicateurs utilisés pour mesurer le construit des capacités dynamiques sont bien corrélés
entre eux. Cela est confirmé par l’indice de KMO, mais également, par le test de sphéricité de
Bartlett. Il existe donc une possibilité de factorisation que nous allons vérifier en calculant la
variance totale expliquée.
Communalité
Items Alpha de Cronbach
Initiales Extraction
CapDyn1 1,000 ,662
Alpha de Cronbach=0,788
CapDyn2 1,000 ,735
269
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
En ce qui concerne les statistiques d’Alpha de Cronbach, le test donne un résultat satisfaisant
qui témoigne d’une bonne fiabilité des items utilisés. En outre, le critère des communalités
montre que l’ensemble des items obtiennent une valeur supérieure au seuil à l’exception de
l’item n° 5 que nous avons décidé d’éliminer vu ses qualités faibles.
Dans le cadre de la présente thèse, la capacité d’innovation qui est la variable expliquée est
appréhendée en utilisant 12 items. Ces items seront analysés dans ce qui suit pour vérifier leur
validité et fiabilité.
Pour cette variable, les valeurs successives de KMO et de test de Bartlett (tableau n°53),
témoignent d’une forte corrélation entre les dix items utilisés. Elles montrent l’existence d’une
solution de factorisation des dix items. En outre, la valeur calculée d’Alpha de Cronbach teste
de la fiabilité de ces derniers (voir tableau n°54).
Contributions
factorielles
Valeurs % de la
Items Test de factorisation
propres variance
C1 C2
Le tableau ci-dessus montre l’existence d’une solution factorielle bidimensionnelle. Les deux
premières composantes permettent seules d’expliquer 62,290 % de l’information mesurée. La
270
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
forte corrélation interne entre les items est à l’origine de leur condensation sur les deux
composantes factorielles C1 et C2.
Communalité
Items Alpha de Cronbach
Initiales Extraction
CapInnov1 1,000 ,551
Alpha de Cronbach=0,735
CapInnov2 1,000 ,690
CapInnov3 1,000 ,674
CapInnov4 1,000 ,719
CapInnov5 1,000 ,663
CapInnov6 1,000 ,404
CapInnov7 Alpha de Cronbach basé sur des 1,000 ,178
CapInnov8 éléments standardisés= 0,732 1,000 ,732
CapInnov9 1,000 ,667
CapInnov10 1,000 ,217
CapInnov11 1,000 ,683
CapInnov12 1,000 ,497
Source : Extrait de SPSS
Le calcul de la communalité pour les items de cette variable, donne des résultats supérieurs au
seuil fixé à l’exception des items n°7 et n°10. Nous décidons donc de les éliminer et faire la
rotation. En procédant à la rotation après élimination des items concernés, les items présentent
une bonne conmunalité et se convergent vers une solution factorielle unidimensionnelle.
L’objectif poursuivi dans le présent paragraphe était la validation des échelles de mesure
utilisées pour caractériser les variables de notre modèle conceptuel. De ce fait, nous avons
soumis les différents items de l’ensemble des variables latentes introduites dans le modèle, à
un processus d’analyse basé sur les critères de fiabilité, de dimensionnalité et de factorisation.
Ce processus nous a permis de valider les échelles en question avec l’élimination de quelques
items pour certaines d’entre elles. Ainsi, nous avons pu déterminer pour chacune des échelles,
la structure finale qui sera intégrée dans notre modèle conceptuel. En somme, les différents tests
effectués témoignent d’une bonne fiabilité et validité avec des caractéristiques psychométriques
correctes.
Ainsi, après avoir préparé les données collectées lors de notre enquête, nous avons procédé au
calcul de l’algorithme PLS avec l’ensemble des items utilisés. Notre modèle théorique
correspond à ce qui est montré dans la figure suivante :
271
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Le modèle conceptuel ainsi présenté a été soumis à un processus d’analyse dans l’objectif de
validation des indicateurs utilisés dans une logique confirmatoire.
Bien que nous avons procédé à la vérification de la fiabilité des items utilisés pour mesurer les
variables de notre modèle via la méthode de l’ACP. La confirmation des échelles de mesure
s’avère nécessaire. Pour cela, nous allons faire appel à la méthode PLS en utilisant le logiciel
SmartPLS. De ce fait, nous allons commencer par une présentation synthétique du principe de
la méthode, avant de procéder à la validation du modèle de mesure suivant les critères de
validité convergente et de validité discriminante.
Avant de se lancer dans l’analyse des corrélations entre les variables formant notre modèle
conceptuel, nous jugeons nécessaire d’expliciter le processus de choix de la méthode
d’estimation utilisée pour l’analyse de nos données empiriques. Ce paragraphe relate donc les
fondements du choix de la méthode d’estimation en se basant sur les équations structurelles.
272
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Il est à préciser ici qu’un modèle d’équations structurelles est un système composé d’un certain
nombre d’équations orientées. Il se compose traditionnellement de deux sous-modèles : le
modèle externe ou de mesure qui relate les relations entre les variables et leurs indicateurs de
mesures ou items, et le modèle interne ou structurel qui représente les liaisons entre les variables
expliquées et explicatives comme le spécifie Fernandes (2012a) dans son modèle. La figure
suivante synthétise les différences entre les deux modèles.
273
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Figure 28: Présentation du modèle des équations structurelles (modèle de mesure et modèle
structurelle)
L’usage des méthodes des équations structurelles, dans les recherches en sciences de gestion, a
fait preuve d’une grande pertinence et d’une portée remarquable pour évaluer plusieurs
configurations de variables. Considérées comme méthodes principalement confirmatoires, elles
ont pour objet de spécifier et d’estimer les liens de causalité supposés entre différentes
variables, et par là, comparer le pouvoir explicatif et prédictif de divers modèles théoriques.
L’approche par les moindres carrés partiels, appelée aussi l’approche PLS, constitue l’une des
méthodes relevant des équations structurelles et qui présentent certaines spécificités.
La modélisation par les équations structurelles est « une approche statistique globale
permettant de tester des hypothèses traitant des relations entre les variables observées et les
variables latentes » (Hoyle, 1995, p. 14). Elle utilise des techniques multivariées qui reposent
essentiellement sur les moyennes, les variances et les covariances des données observées au
terme d’un nombre minimal de paramètres “structurels” définis par un modèle conceptuel sous-
jacent (D. Kaplan, 2000) .
L’une des principales caractéristiques de l’analyse par les équations structurelles réside dans le
fait qu’elle tient compte de manière explicite des erreurs dans l’étude des relations entre les
variables tout en spécifiant les variables manifestes du modèle et les variables latentes (des
variables non directement observables). Ces caractéristiques rendent cette méthode de
modélisation, plus adaptée aux recherches en sciences sociales.
274
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Une autre distinction s’avère nécessaire dans le cadre des approches basées sur les équations
structurelles, porte sur la nature des construits. Cette distinction est légitime dans la mesure où
une mauvaise spécification de la nature du construit conduit inévitablement à des conclusions
erronées (Fernandes, 2012b). Cette distinction ainsi faite sera la ligne directrice des analyses
utilisées par la méthode des équations structurelles.
Avant d’entamer le processus d’analyse des corrélations, le chercheur doit d’abord comprendre
la nature de la contribution des items ou indicateurs qu’il a choisis à la mesure de la variable
latente. Deux modes sont à distinguer dans ce sens : le mode formatif et le mode réflexif. Ces
deux modes se distinguent principalement via le sens de la relation de causalité entre les items
et les construits. Le sens de la relation est défini par un certain nombre de caractéristiques.
À ce titre, Jarvis et al., (2004), estiment qu’un construit est de nature formative lorsque « les
indicateurs sont vus comme des caractéristiques définissant le construit ; des changements dans
les indicateurs sont supposés causer des changements dans le construit ; les changements dans
le construit ne sont pas supposés causer des changements dans les indicateurs ; les indicateurs
ne partagent pas nécessairement un thème commun ; éliminer un indicateur peut altérer le
domaine conceptuel du construit ; un changement dans la valeur d’un des indicateurs n’est pas
nécessairement supposé être associé à un changement dans tous les autres indicateurs et les
indicateurs ne sont pas supposés avoir les mêmes antécédents et conséquences ».
Dans ce mode, les items sont vus comme des caractéristiques de définition du construit. De ce
fait, le sens de la relation causale va des items vers le construit. Il n’est donc pas nécessaire que
les indicateurs partagent un thème commun. Il n’est pas non plus nécessaire d’avoir une
covariance entre eux.
Contrairement au modèle formatif, le sens de la relation de causalité pour les modèles de nature
réflexive, va du construit vers les items. Vu que ceux-ci constituent des manifestations du
275
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
construit. Il suppose une forte covariance entre les indicateurs. La figure ci-après, présente une
comparaison synthétique entre les deux modes.
Figure 29: Synthèse des différences entre les types de modèles de mesure
Dans le cadre de la présente recherche, nous avons mobilisé onze construits pour comprendre
la capacité d’innovation des entreprises coopératives. Pour déterminer le sens de la relation
entre eux, nous nous sommes référé aux règles de décision telles qu’elles sont définies par
(Jarvis et al., 2004, p. 79). Dans ce sens, nous estimons que les indicateurs utilisés dans notre
modèle sont interchangeables et partagent un thème commun. Tout changement dans ces
indicateurs n’impacte pas forcément notre construit. Ce qui indique l’existence d’une
276
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
covariance entre les indicateurs en question. En outre, nous jugeons que les valeurs prises par
les variables manifestes sont des conséquences des variables latentes. Dans cette logique, nous
avons considéré le mode réflexif pour le traitement des variables latentes de notre modèle.
La modélisation par les équations structurelles a été marquée par la confrontation par deux
courants de pensée. Deux courants qui se distinguent par la logique d’estimation suivie. Le
premier fonde sa vision sur une estimation des covariances par le maximum de vraisemblance,
tandis que, la logique dans le deuxième est basée sur une estimation par les moindres carrés
partiels. Il s’agit respectivement de l’approche LISREL120 développée par Karl JORESKOG et
l’approche PLS121 dont les origines remontent aux travaux d’Herman Wold.
Le choix de l’une de ces approches dépend d’un certain nombre de critères liés essentiellement
à la nature des variables, au type d’analyse souhaité, aux caractéristiques de l’échantillon et du
modèle lui-même. Dans ce sens, Lacroux, (2009) présente une synthèse des différentes
caractéristiques et usages des approches LISREL et PLS.
Le tableau ci-après, synthétise les principales distinctions entre les deux approches :
120
LInear Strutural RELations.
121
Partial Least Squares
277
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
En comparant les deux approches, on peut dégager un certain nombre de constats qui feront la
base de notre choix de la méthode appropriée. D’abord, la méthode PLS offre la possibilité de
test de modèles partiels dans une logique de prédiction et d’explication comme le précise
(Henseler & Hubona, 2016) . Par contre, la méthode LISREL, est orientée beaucoup plus vers
le test des modèles complets en se basant sur une théorie « solidement établie » (Lacroux,
2009).
Ensuite, la méthode PLS est réputée adaptée aux modèles justifiants d’un niveau de complexité
assez élevé. L’objectif de cette thèse, est d’analyser les facteurs stimulants la capacité
d’innovation des entreprises coopératives, en mobilisant un cadre théorique qui met en avant
un grand nombre de facteurs et variables. Ainsi, nous précisons que le modèle conceptuel que
nous voulons tester dans le cadre de cette recherche est composé de variables manifestes,
variables latentes avec l’effet intermédiaire d’autres variables latentes avec un grand nombre
d’indicateurs (huit variables explicatives, deux variables intermédiaires et une variable
278
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Enfin, la nature des relations causales entre les variables qui compostent le modèle conceptuel
de cette recherche est de nature réflexive comme nous l’avons précisé dans le paragraphe
précédent. En outre, notre modèle regroupe à la fois des variables nominales, d’intervalles et
continues. Ce qui va avec la simplicité de la méthode PLS qui ne nécessite pas la multinormalité
des variables contrairement à la méthode LISREL basée sur l’analyse des covariances (Esposito
Vinzi & Russolillo, 2013).
Partant de ces constats, nous avons décidé d’opter pour la méthode PLS pour la validation du
modèle de mesure d’abord, et du modèle structurel par la suite, en utilisant le logiciel SmartPLS
v3.2.6.
Dans le cadre de la présente recherche, nous allons utiliser deux modes de traitement de
données : d’abord, le traitement du modèle de mesure (Outer Model) en vue de procéder à la
validation des échelles de mesure utilisées pour mesurer le construit. Dans ce sens, nous allons
utiliser les paramètres de validité convergente et de validité discriminante. Ensuite, nous allons
passer au traitement du modèle structurel (Inner model) pour vérifier l corrélation entre les
variables explicatives et la variable expliquée tout en tenant compte bien évidemment de l’effet
d’intermédiation de deux variables latentes. Néanmoins, nous allons nous limiter dans le cadre
de cette section à l’analyse du modèle de mesure afin de consacrer la dernière section
entièrement à l’analyse du modèle structurel.
Ce paragraphe portera sur l’analyse de la qualité des échelles de mesures utilisées pour l’accès
au réel dans cette recherche. L’objectif de cette analyse, étant la validation de celles-ci. Cette
étape de validation constitue une étape décisive pour les recherches quantitatives, dans la
mesure où, elle conditionne la qualité des résultats de la recherche (Touzani & Salaani, 2000).
Le processus de validation repose sur un double questionnement portant à la fois sur la nature
et la qualité des échelles utilisées. Dans ce qui suit, nous allons spécifier la démarche de
validation des échelles de mesure avant d’entamer les tests nécessaires pour atteindre cet
objectif de validation.
Toute démarche d’analyse des échelles de mesure suit un principal objectif à savoir, s’assurer
de la validité et de la fiabilité des indicateurs de mesure. L’objectif étant de s’assurer que les
279
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
items utilisés mesurent ce que l’on entend mesurer, et avec précision et qualité. La validité est
bonne lorsqu’un instrument mesure vraiment le phénomène que l’on cherche à mesurer. La
fiabilité (ou fidélité) est vérifiée lorsque, utilisé plusieurs fois dans les mêmes conditions, un
instrument donne les mêmes résultats.
En guise de définition, une échelle de mesure est définie par (DeVellis, 1991) comme étant un
rassemblement d’énoncés qui sont supposés rendre compte indirectement du phénomène sous-
jacent au construit que le chercheur souhaite saisir et mesurer.
La mesure psychométrique du construit constitue alors un défi pour les chercheurs. Dans ce
sens, le paradigme de Chrchill, constitue une référence méthodologique en termes de
construction et de validation des échelles. La méthodologie proposée par Churchill (1079), se
décline en trois étapes essentielles : d’abord, elle s’annonce par la réalisation d’une revue de
littérature approfondie sur le construit à mesurer. Dans ce sens, nous avons développé une revue
de littérature approfondie sur les construits de notre modèle recherche. Cette revue de littérature
qui a été présentée d’une manière synthétique dans les deux premiers chapitres de cette thèse,
nous a permet d’identifier les mesures déjà existantes dans la littérature.
Enfin, la dernière étape consiste à faire des tests statistiques pour établir la fiabilité et la validité
des échelles psychométriques développées. C’est ce que nous comptons faire dans ce
paragraphe.
280
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
En effet, étant donné que les deux premières étapes du paradigme de Churchill ont été
développées dans les chapitres précédents. Nous nous intéresserons à présent, à la troisième
étape dans ce processus de validation des construits. Le traitement que nous comptons faire à
ce niveau porte sur les tests relatifs d’une part, à la validité convergente des items notamment
le test de fiabilité des items (Individual item reliability), la fiabilité composite (Composite
reliability), l’AVE (Average Variance Extracted) et le critère d’Alpha Cronbach. Et d’autre
part, ils portent sur la validité discriminante qui sera appréhendée à travers le Critère de Cross
Loading qui mesure la corrélation entre les items et le Critère de Fornell-Larcker qui mesure la
corrélation entre variables.
Le traitement de notre modèle suivant l’approche PLS se fera en deux principales étapes : la
première étape est introduite dans une perspective confirmatoire. Il s’agit d’une étape
complémentaire à l’étude préliminaire réalisée dans la première partie de cette section.
L’objectif étant de confirmer la validité des indicateurs utilisés pour la mesure de nos construits.
281
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Pour ce faire, nous allons utiliser les critères de la validité convergente et de la validité
discriminante. La deuxième étape quant à elle, portera sur le modèle structurel en procédant au
test des hypothèses et du modèle et fera l’objet de la dernière section du présent chapitre. Ces
traitements sont effectués en utilisant le logiciel SmartPLS (v 3.2.6).
À travers le critère de la validité convergente, nous cherchons à vérifier dans quelle mesure
dans quelle mesure les indicateurs utilisés présentent une corrélation positive avec des mesures
alternatives du même construit. Dans ce sens, les items qui sont des indicateurs (mesures) d'un
construit spécifique devraient partager une proportion élevée de variance. Pour établir la
validité convergente, les chercheurs considèrent les charges externes des indicateurs, ainsi que
la variance moyenne extraite (AVE) (J. Hair et al., 2014).
L’analyse de la validité convergente de nos indicateurs sera vérifiée en utilisant les critères
suivants :
Indices Valeurs
À ce niveau, nous nous intéressons aux corrélations entre les indicateurs utilisés pour chaque
construit. Bien que cette caractéristique soit vérifiée au cours de l’analyse préliminaire, elle est
introduite ici dans une logique confirmatoire. Les corrélations élevées sur une construction
indiquent que les indicateurs qui y sont associés sont liés entre eux. Ce qui est un signe de
fiabilité de ces indicateurs. Étant donné qu'un chargement externe important pourrait encore
être assez faible, une règle générale est que les corrélations (normalisés) devraient être de 0,7
ou plus. La raison d'être de cette règle peut être comprise dans le contexte du carré de la
282
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
corrélation d'un indicateur normalisé, appelé communalité d'un élément (voir annexe n°4 avant
ajustement).
Malgré l’élimination de certains indicateurs sur la base des résultats de l’ACP, certains
indicateurs retenus présentent une corrélation faible sur PLS. Dans ce sens, Hulland (1999),
stipule que lorsque les échelles nouvellement développées sont utilisées dans les études, leurs
corrélations risquent d’être faibles. Ainsi, au lieu d'éliminer automatiquement les indicateurs
ayant un chargement externe inférieur à 0.70, nous devrions examiner attentivement les effets
de l'élimination des éléments sur la fiabilité composite, ainsi que sur la validité du contenu du
construit. De ce fait, les indicateurs avec des corrélations comprises entre 0,40 et 0,70 devraient
être pris en considération pour être retirés de l'échelle uniquement lorsque la suppression de
l'indicateur entraîne une augmentation de la fiabilité composite (ou la variance moyenne
extraite) au-dessus de la valeur de seuil suggérée (J. F. Hair et al., 2011). Nous décidons donc
d’éliminer seulement les indicateurs présentant une corrélation inférieure à 0,4 et recalculer
l’algorithme PLS.
Il ressort du tableau cité en annexe n°4 que les loadings de la plupart des items sont supérieurs
au seuil de 0,70. Pour ceux ayant des loading inférieurs à 0.70, la grande majorité sont inclus
entre 0.4 et 0.7 à l’exception de quelques-uns, qui malgré, qu’ils aient des valeurs inférieures
au seuil exigé, leurs saturations sont proches de ce seuil. D’où notre décision de les retenir. De
ce fait, nous avons supprimé seulement 9 items parmi les 82 analysés (voir annexe n°4), et
procéder à la vérification de l’effet de l’élimination de ces items sur les corrélations internes
entre les autres construits. Les résultats de cette opération sont présentés dans l’annexe n°5. Ils
montrent des niveaux de corrélation satisfaisants pour l’ensemble des items.
Maintenant que nous avons étudié la fiabilité des items, il reste à étudier la validité des
construits en appuyant sur la fiabilité composite et la variance moyenne extraite.
Une mesure commune pour établir une validité convergente au niveau des construits, est la
variance moyenne extraite (AVE122). Ce critère est défini comme la grande valeur moyenne des
corrélations carrées des indicateurs associés au construit123. Par conséquent, l'AVE équivaut la
communalité d'un construit. En utilisant la même logique que celle utilisée avec les indicateurs
122
Average Variance Extracted
123
C'est-à-dire la somme des corrélations au carré divisé par le nombre d'indicateurs
283
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
individuels, une valeur AVE de 0,50 ou plus indique qu’en moyenne, le construit explique plus
de la moitié de la variance de ses indicateurs. À l'inverse, une AVE inférieure à 0,50 indique
qu’en moyenne, plus d'erreurs restent dans les éléments que la variance expliquée par le
construit.
Les résultats des tests effectués à ce niveau sont présentés dans le tableau suivant :
En fait, l’analyse basée sur la fiabilité composite des variables montre que l’ensemble de nos
variables dépassent le seuil de 0,500. Ce qui est tout à fait acceptable. Ces résultats sont en
parfaite concordance avec les résultats obtenus par le test d’Alpha de Cronbach qui présente
des valeurs satisfaisantes pour l’ensemble des variables et attestent ainsi de la fiabilité de
l’ensemble des items retenus. En outre, les résultats obtenus sur le critère de l’AVE qui mesure
la part de la variance expliquée par les items de la variable sont tous supérieurs à 0,5. Cela
implique un pouvoir explicatif de la variance des échelles de plus de 50 %.
Tenant compte de différents critères analysés ci-dessus, tous les construits sont validés et donc
la validation convergente des mesures est effectuée.
Un autre type d’analyse portant sur la validité du modèle de mesure, se concrétise via les critères
de validité discriminante des items de mesures. À travers ce type d’analyse, nous cherchons à
verifier si chaque construit est unique et représente un phénomène qui n’est pas reflété par les
284
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
autres construits (Hair et al., 2013, p. 104). Deux critères qui permettent d’affirmer la validité
discriminante des construits peuvent être distingués. Il d’agit d’une part, du critère du cross-
loadings, et d’autre part, la racine carrée de l’AVE.
Une méthode pour évaluer la validité discriminante consiste à examiner les corrélations croisées
entre les indicateurs. Plus précisément, la corrélation d’un indicateur sur un construit associé
devrait être supérieure à toutes les corrélations sur d'autres construits. La présence de
corrélation croisée qui dépasse les corrélations des indicateurs représente la validité
discriminante. Ce critère est généralement considéré comme plutôt libéral en ce qui concerne
l'établissement de la validité discriminante (J. F. Hair et al., 2011). Autrement dit, il est très
probable que deux ou plusieurs construits présentent une validité discriminante.
Dans notre cas, les résultats obtenus confirment l’établissement de la validité discriminante, par
le critère de Cross Loading, des construits issus de notre modèle (voir tableau annexe n°6).
Selon J. F. Hair et al., (2011), le critère de Fornell-Larcker, est une deuxième approche plus
prudente pour évaluer la validité discriminante. Il repose sur la comparaison de la racine carrée
des valeurs de l’AVE avec les corrélations des variables latentes. Dans ce sens, la racine carrée
de l'AVE de chaque construit devrait être supérieure à sa plus haute corrélation avec toute autre
construction. La logique de cette méthode est basée sur l'idée qu'un construit partage plus de
variance avec ses indicateurs associés qu'avec tout autre construit. Dans notre cas, le tableau
suivant confirme l’établissement de la validité discriminante, par le critère de Fornell-Larcker,
des construits issus de notre modèle.
285
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Capacités dynamiques
Capacité d'absorption
Capacité d'innovation
Capacités financières
Effort technologique
organisationnelle
Capital humain
concurrentielle
Soutien public
Capital social
Usage TIC
Intensité
Culture
Capacité d'absorption 0,725
Effort technologique 0,248 0,256 0,262 0,088 0,100 0,265 0,423 0,814
Intensité concurrentielle 0,479 0,553 0,356 0,578 0,522 0,514 0,440 0,249 0,710
Soutien public 0,617 0,221 0,153 0,005 0,119 0,278 0,645 0,486 0,229 0,762
Usage TIC 0,106 0,089 0,083 -0,018 0,051 0,202 0,362 0,414 0,108 0,419 0,832
Source : Extrait de SmartPLS
Ce résultat est confirmé par le test de contributions croisées des variables du modèle de mesure,
qui montre que tous les items d’une variable contribuent fortement à la variable en question et
moins aux autres variables (voir annexe n° 5). De plus, le test de colinéarité entre les variables
présente des valeurs satisfaisantes indiquant ainsi l’absence de colinéarité entre les variables en
question.
En gros, le modèle ci-après synthétise les résultats de notre première analyse, portant d’une
part, sur la validité convergente faisant appel à la corrélation, fiabilité composite et la variance
moyenne extraite. D’autre part, la validité discriminante en s’appuyant sur deux critères, soit le
Fornell-Larcker et Cross Loading. À l’issue de ce processus d’analyse portant sur la validité et
la fiabilité des échelles de mesure de nos construits, le modèle conceptuel à valider se présente
comme suit :
286
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Une fois que nous avons confirmé que la fiabilité et la validité de notre modèle de mesure soient
établies, la prochaine étape porte sur l'évaluation des résultats du modèle structurel. Cette
analyse fera l’objet de la section suivante.
287
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Après avoir procédé à la validation du modèle de mesure, nous nous intéressons à présent au
deuxième niveau d’analyse qui porte sur la partie structurelle du modèle. L’évaluation de cette
partie du modèle, qui retrace les relations potentielles entre les différents construits latents du
modèle, permet de savoir si les données collectées sur terrain confirment leurs tendances.
Dans cette veine, l’évaluation de notre modèle structurel se fera en deux étapes essentielles :
d’abord, notre attention sera portée sur l’analyse des qualités prédictives du modèle. Plusieurs
critères sont mobilisés dans ce sens, notamment, le coefficient de détermination, le coefficient
de « l’effect size » et la capacité prédictive du modèle. Ensuite, nous nous intéresserons aux
liens entre les variables latentes du modèle en procédant aux tests des hypothèses sur lesquelles
il est fondé.
Le coefficient de détermination (R2), constitue l’une des mesures les plus utilisées pour
l’évaluation du modèle structurel. Il porte sur la mesure des effets des variables explicatives sur
la variable expliquée du modèle. Autrement dit, il mesure la quantité de la variance de la
variable expliquée, induite par l’ensemble des variables explicatives de l’équation. Il s’agit d’un
ratio dont la valeur est comprise entre 0 et 1, et qui indique le niveau de précision prédictive.
288
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Un modèle de cheminement bien développé pour expliquer certains construits cibles clés,
devrait fournir des valeurs R² suffisamment élevées. L'interprétation exacte de la valeur R²
dépend de la discipline de recherche particulière. En général, les valeurs R² de 0,25, 0,50 et 0,75
pour les construits cibles sont considérés respectivement, comme faibles, moyennes et
substantielles (J. F. Hair et al., 2011; Henseler et al., 2009).
Dans le cas de notre recherche, la valeur R² est de 0.795. C’est-à-dire que la variation due à la
régression (expliquée par le modèle) est très satisfaisante. Plus précisement, les variables du
modèle expliquent la variable dépendante à 79.5 %. Le reliquat restant est expliqué par d’autres
variables que nous n’avons peut-être pas prises en considération dans la présente recherche. Le
tableau suivant présente successivement les valeurs du coefficient de détermination et du
coefficient de détermination ajusté pour la variable expliquée ainsi que pour les deux variables
médiatrices.
En plus d'évaluer les valeurs R2 de tous les construits endogènes, la modification de la valeur
R2 lorsqu'un construit exogène spécifique est omise dans le modèle, peut être utilisée pour
évaluer si la construction omise, a un impact significatif sur les construits endogènes. Cette
mesure est appelée « l'effect Size » f2. La mesure de f2 permet d'analyser la pertinence des
construits pour expliquer les construits latents endogènes sélectionnés. Plus précisément, il
s’agit de vérifier dans quelle mesure, un construit de prédicteur contribue à la valeur R2 d'un
construit cible dans le modèle structurel. Sur la base des différentes valeurs R2, nous pouvons
Les lignes directrices pour évaluer f2, sont les valeurs de 0,02, 0,15 et 0,35, représentent
respectivement, des effets faibles, moyens et forts de la variable latente exogène (Cohen, 1988
cité par Russell et al., 1998). Dans le cas de notre recherche, les valeurs de f² montrent l’effet
289
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
significatif de l’ensemble des variables sur la variable dépendante de notre modèle à l’exception
de la variable soutien public pour laquelle la taille de l’effet est nulle. Le tableau suivant
synthétise la taille de l’effet des différentes variables latentes sur la variable expliquée.
Comme le montre le tableau ci-dessus, parmi les dix variables du modèle, six variables
témoignent d’un effet fort avec des valeurs de f² dépassant le seuil de 0.35. Les trois autres
variables qui sont la culture organisationnelle, la concurrence et l’effort technologique, exercent
un effet moyen sur le construit de la capacité d’innovation. Seule la variable soutien public
n’exerce aucun effet sur la variable endogène ce qui nous mène à s’interroger sur les causes
derrière cet effet nul. Les causes potentielles derrière cet effet nul feront l’objet d’une analyse
minutieuse dans le dernier chapitre de cette thèse qui sera entièrement consacré à la discussion
des résultats de notre recherche.
Un autre critère qui permet d’évaluer les qualités prédictives du modèle est celui de la capacité
de prédiction de la variable endogène par le modèle structurel. L’approche PLS à travers une
procédure intitulée « Blinfolding 124», permet d’évaluer la pertinence prédictive du modèle en
124
C’est une technique itérative de réutilisation de l’échantillon qui commence par l’omission d’une partie de
données (les indicateurs du construit endogène). Les données omises sont considérées comme des valeurs
manquantes estimées lors de l’exécution de l’algorithme PLS. La différence entre les vraies données omises et celles
prédites est utilisée pour mesurer l’indice Q2.
290
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
En comparant les valeurs originales avec les prédictions, on obtient l'erreur de prédiction du
modèle de trajet pour ce construit de cible réfléchissant particulier. Le calcul de la valeur Q²
pour évaluer la pertinence prédictive, utilise cette erreur de prédiction. Le coefficient du modèle
a une pertinence prédictive pour un construit endogène réfléchie sélectionné si la valeur Q² est
supérieure à zéro.
Ce tableau montre que la valeur de Q2 est supérieure à zéro pour l’ensemble des variables
explicatives. Ce qui atteste de la bonne capacité prédictive de notre modèle.
Un autre aspect important de l'évaluation des modèles structurels porte sur l’analyse de
l'hétérogénéité des observations. Il est important dans la mesure où, il peut constituer un biais
qui fausse les résultats (Rigdon et al., 2011). Pour remédier à ce problème, Tenenhaus et al.,
(2004) ont proposé un indice qui mesure la qualité de l'ajustement PLS. Il s’agit de l’indice de
Godness-Of-Fitt (GoF), qui porte sur la validation globale du modèle. Il repose sur la moyenne
géométrique des communalités moyennes et des valeurs R2 moyennes de chaque variable
expliquée (Fernandes, 2012b). Il s’obtient par la formule suivante :
291
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
2. Test d’hypothèses
Une fois que le processus de traitement de la validité du modèle est achevé, l’analyse de la
nature des liens entre les variables exogènes et la variable endogène qui le compose, s’impose
pour pouvoir confirmer ou infirmer les hypothèses sur lesquelles a été bâti. Ceci est possible
via la confrontation des attentes théoriques exprimées, aux données empiriques issues du terrain
d'étude. En effet, la théorie mobilisée, nous a permet de construire notre modèle en mobilisant
deux types de relations causales. Il comporte des variables qui exercent un impact direct sur la
variable expliquée, et d’autres dont l’impact s’exerce à travers des variables intermédiaires par
l’effet de la médiation (capacité de gestion des connaissances125). Tenant compte de ce constat,
notre analyse sera faite en distinguant la nature de la relation théorique entre la variable étudiée
et la variable expliquée.
Ainsi, nous allons commencer l’examen de la validité des hypothèses de notre recherche, en
explorant les corrélations entre les variables exogènes et la variable endogène de notre modèle.
Cette opération consiste à vérifier, d’abord, l’existence de corrélation entre les variables
étudiées, puis déterminer le sens de ladite corrélation si elle existe. Pour ce faire, nous allons
nous intéresser à l’indice du « Path Coefficient »126 calculé sur SmartPLS. Dans le « Path
coefficient », deux valeurs permettent de qualifier la nature de la relation causale entre les
125
Par la capacité de gestion des connaissances, nous désignons les deux variables intermédiaires de notre modèle
à savoir : la capacité d’absorption et les capacités dynamiques. Cette appellation trouve sa justification dans les
définitions des veux concept qui met l’accent sur trois dimensions essentiels pour le premier qui sont l’acquisition,
l’assimilation et l’utilisation des connaissances, et deux pour le second qui sont la gestion et le transfert de
connaissances. Ce qui nous a poussé à les regrouper dans un seul concept que nous appelons capacité de gestion
des connaissances.
126
Il s’agit d’un coefficient de corrélation qui est utilisé pour examiner les liens de causalité possibles entre les
variables exogènes et la variable endogène en se basant sur la normalisation des erreurs. La normalisation consiste
à multiplier le coefficient de régression ordinaire par les écarts types de la variable explicative correspondante :
ceux-ci peuvent ensuite être comparés pour évaluer les effets relatifs des variables dans le modèle de régression
ajusté.
292
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
variables. Les valeurs de P-value127 déterminent s’il existe une corrélation significative entre
les variables, tandis que le sens de la corrélation est déterminé par les valeurs de l’écart-type
standardisé (Standard Deviation STDEV). Le tableau n°62 résume l’information sur la
corrélation entre les variables étudiées. Il sert de référence pour la vérification de la validité des
hypothèses formulées dans le cadre de cette recherche.
2.1. Test des effets directs des variables explicatives sur la variable
expliquée
Du point de vue de la littérature, les trois variables de la pression concurrentielle, des capacités
financières et du capital social influencent directement la capacité d’innovation. Cette relation
d’influence a été explorée dans le cadre de cette thèse dans le contexte coopératif marocain pour
voir si elle est confirmée dans ce contexte spécifique. En plus de ces trois variables, nous allons
explorer également l’effet direct de l’ensemble des variables avant de procéder à l’introduction
de la médiation par la capacité de gestion des connaissances (capacité d’absorption et les
capacités dynamiques). Les résultats de l’analyse par le logiciel SmartPLS sont présentés dans
le tableau suivant :
Tableau 62: Effet direct des variables exogènes sur la variable endogène du modèle
Original Sample ß T Statistics P
Sens de la relation Sample (O) Mean (M) (STDEV) (|O/STDEV|) Values
Capacité d'absorption -> Capacité
0,241 0,243 0,080 3,011 0,003
d'innovation
Capacités dynamiques -> Capacité
0,292 0,292 0,047 6,196 0,000
d'innovation
Capacités financières -> Capacité d'innovation 0,234 0,237 0,072 3,245 0,001
Capital humain -> Capacité d'innovation 0,130 0,127 0,059 2,220 0,027
Capital social -> Capacité d'innovation 0,274 0,274 0,063 4,381 0,000
Culture organisationnelle -> Capacité
0,167 0,166 0,067 2,482 0,013
d'innovation
Effort technologique -> Capacité d'innovation 0,135 0,127 0,064 2,111 0,035
Intensité concurrentielle -> Capacité
0,125 0,124 0,052 2,412 0,016
d'innovation
Soutien public -> Capacité d'innovation -0,084 -0,087 0,061 1,373 0,170
Usage TIC -> Capacité d'innovation 0,337 0,344 0,093 3,606 0,000
Source : Extrait de SmartPLS
127
P-value calcule la probabilité de faire une erreur de type 1, ou de rejeter l'hypothèse nulle si elle est vraie. Plus
la valeur de p est petite, plus la probabilité de faire une erreur en rejetant l'hypothèse nulle est faible. Une valeur
limite de 0,05 est souvent utilisée. Autrement dit, l'hypothèse nulle est rejetée si la valeur de p est inférieure à 0,05.
293
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Ces résultats montrent alors que les capacités financières des entreprises coopératives exercent
un effet fortement significatif et positif (ß=0,080; p=0,001) sur leurs capacités à innover. Ceci
est vrai pour les autres variables de la pression concurrentielle, la qualité du capital humain, le
capital social, la culture organisationnelle, l’effort technologique et l’usage des TIC dont les
valeurs de p sont toutes au-dessous du seuil de significativité de 0,05. Bien plus, les valeurs de
ß sont toutes positives indiquant ainsi la positivité de corrélation et confirmant le sens de nos
hypothèses. Cette relation d’influence positive montre qu’un changement positif sur l’une ou
toutes ces variables se traduit forcément par un changement positif sur la variable expliquée qui
est la capacité d’innovation. À titre d’exemple, plus la pression concurrentielle est forte, plus la
capacité d’innovation de l’entreprise coopérative s’améliore. Partant de là, nous pouvons dire
déjà que les trois hypothèses H1, H4 et H8 sont vérifiées.
Ainsi, avant de nous prononcer sur la validité des autres hypothèses de notre modèle, nous
allons introduire l’effet de la médiation par la capacité de gestion des connaissances (capacité
d’absorption et capacités dynamiques) pour voir si leurs impacts sur la significativité de la
relation si elle va s’améliorer ou se dégrader. C’est ce que nous allons tenter de vérifier dans le
paragraphe suivant.
L’effet de la médiation est vérifié si les trois conditions de Baron & Kenny, (1986) sont réunies.
Ces trois conditions portent sur les relations bilatérales entre les variables en question. La
variable indépendante doit exercer un effet direct et significatif sur la variable dépendante. Elle
doit également avoir un effet significatif sur la variable médiatrice qui à son tour doit exercer
un effet significatif sur la variable dépendante. Dans ce sens, Baron & Kenny, (1986)
distinguent deux types de médiation : la médiation partielle et la médiation totale ou parfaite.
Cette dernière se produit rarement en sciences sociales.
Tenant compte des trois conditions citées au début de ce paragraphe, nous avons décidé
d’analyser l’effet de la médiation de la capacité de gestion des connaissances en trois étapes
294
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
essentielles. Dans chacune des étapes, nous allons veiller à la vérification de chacune des
conditions requises pour la significativité de l’effet de médiation.
Premièrement, comme nous l’avons déjà vérifié au niveau du paragraphe précèdent, l’effet
direct des cinq variables indépendantes sur la variable dépendante est confirmé sauf pour la
variable soutien public pour laquelle l’effet est non-significatif avec un ß positif (sauf pour la
variable soutien public pour laquelle le signe de ß est négatif). La première condition est donc
vérifiée pour les quatre premières variables qui sont respectivement la qualité du capital
humain, la culture organisationnelle, l’usage des TIC et l’effort technologique (voir tableau
n°62 et annexe n°7.)
Nous vérifions à présent la deuxième condition de Baron & Kenny, (1986) qui porte sur la
significativité de la corrélation entre les variables indépendantes et les variables médiatrices.
Dans ce sens, nous avons cinq variables indépendantes et deux variables médiatrices. Or, nous
avons formulé 10 hypothèses sur la relation entre les variables indépendantes d’un côté et les
variables médiatrices de l’autre. Le calcul de l’algorithme PLS permet de constater la forte
corrélation entre les deux catégories de variables. Les valeurs de P-value sont inférieures au
seuil de signification de 0.03 au-delà duquel la corrélation devienne non significative. Seule la
variable « soutien public » présente des valeurs supérieures, attestant ainsi de la non-
significativité de sa relation avec les deux variables médiatrices (voir tableau n°63). Ainsi,
l’effet de la variable soutien public s’avère insignifiant sur les deux variables de la capacité
d’absorption et des capacités dynamiques.
Tenant compte des valeurs de ß qui sont toutes positives, le sens de la corrélation est confirmé
positif. Toutefois, les hypothèses portant sur l’effet du soutien public sur la capacité
d’absorption et sur les capacités dynamiques sont rejetées. La corrélation entre ces deux
variables n’est pas significative, son P-value dépasse le maximum requis.
295
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Tableau 63: Effet des variables indépendantes sur les variables médiatrices
Origina Standard
Sample T Statistics
l Deviatio P
H Sens de l’hypothèse Mean (|O/STDEV|
Sample n Values
(M) )
(O) (STDEV)
H2 Capital humain -> Capacité
0,292 0,292 0,047 6,196 0,000
a d'absorption
H2 Capital humain -> Capacités
0,278 0,278 0,062 4,508 0,000
b dynamiques
H3 Culture organisationnelle ->
0,213 0,211 0,058 3,705 0,000
a Capacité d'absorption
H3 Culture organisationnelle ->
0,167 0,166 0,067 2,482 0,013
b Capacités dynamiques
H5
Usage TIC -> Capacité d'absorption 0,433 0,440 0,069 6,255 0,000
a
H5
Usage TIC -> Capacité dynamiques 0,156 0,162 0,073 2,142 0,033
b
H6 Effort technologique -> Capacité
0,135 0,127 0,064 2,111 0,035
a d'absorption
H6 Effort technologique -> Capacités
0,337 0,344 0,093 3,606 0,000
b dynamiques
H7 Soutien public -> Capacité
-0,022 -0,021 0,053 0,423 0,673
a d'absorption
H7 Soutien public -> Capacités
-0,063 -0,057 0,080 0,784 0,433
b dynamiques
Source : Extrait de SmartPLS
Le tableau suivant synthétise l’information sur la corrélation entre les variables indépendantes
et les variables médiatrices. Ces résultats nous permettent donc de vérifier la deuxième
condition de Baron et Kenny.
Le tableau ci-dessous, présente les résultats de l’analyse de la relation entre les variables de la
capacité de gestion des connaissances (capacité d’absorption et capacité dynamiques) qui sont
des variables médiatrices d’une part, et la capacité d’innovation qui est la variable dépendante
ou expliquée d’autre part. Ces résultats soutiennent l’hypothèse d’existence de corrélation
significativement positive entre ces deux variables et la capacité d’innovation. Donc les deux
hypothèses sont vérifiées. Cela veut dire que plus la coopérative dispose de capacité
d’absorption et des capacités dynamiques importantes, plus sa capacité à innover a tendance à
s’améliorer. Autrement dit, la capacité d’innovation et la capacité de gestion des connaissances
évoluent dans le même sens.
296
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Après avoir s’assurer de la réunion des trois conditions de Baron et Kenny, nous avons procédé
à l’analyse de la significativité de la relation entre les variables indépendantes et la variable
dépendante de notre modèle après intégration de l’effet médiateur exercé par la capacité
d’absorption et les capacités dynamiques. L’objectif étant de vérifier si l’introduction de la
médiation des deux variables va améliorer la significativité de la relation causale ou non. Ainsi,
les résultats obtenus soutiennent l’hypothèse de l’effet médiateur de ces deux variables, vu que
la corrélation devient plus significative après l’introduction de cet effet en comparaison à son
état initial.
297
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Bootstrapped Confidence
Indirect Interval
H Path a Path b SE t-value Decision
Effect
95% LL 95% UL
H2a 0,292 0,241 0,070 0,047 1,497 0,022 0,162 Mediation
En guise de synthèse, les résultats de notre analyse confirment l’effet direct de trois variables
qui sont les capacités financières, le capital social et l’intensité concurrentielle. Ce qui revient
à corroborer les trois hypothèses H1, H4 et H8. Ils confirment également, l’effet médiateur des
capacités organisationnelles de gestion des connaissances, qui sont la capacité d’absorption des
connaissances et les capacités dynamiques de gestion des connaissances, pour quatre variables
indépendantes qui sont la qualité du capital humain, la culture organisationnelle, l’usage des
TIC et l’effort technologique. Ce qui nous mène à confirmer les huit sous-hypothèses portant
sur ces variables à savoir H2a et H2b, H3a et H3b, H5a et H5b et enfin H6a et H6b.
298
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
299
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Tableau 67: Synthèses des résultats du test des hypothèses du modèle de recherche
Valeur T P
Hypothèse Énoncé Décision
ß Statistics Values
H1 Les capacités financières des coopératives
0,072 3,245 0,001 Confirmée
influencent positivement leur capacité à innover
La qualité du capital humain des coopératives est
H2a positivement corrélée avec leur capacité 0,047 6,196 0,000 Confirmée
d’absorption des connaissances
La qualité du capital humain des coopératives agit
H2b 0,062 4,508 0,000 Confirmée
positivement sur leurs capacités dynamiques
La culture organisationnelle exerce une influence
H3a positive sur la capacité d’absorption des 0,058 3,705 0,000 Confirmée
connaissances des coopératives
La culture organisationnelle exerce une influence
H3b positive sur les capacités dynamiques des 0,067 2,482 0,013 Confirmée
coopératives
le capital social agit positivement sur la capacité
H4 0,063 4,381 0,000 Confirmée
d’innovation des coopératives
L’usage des TIC par les coopératives contribue à
H5a l’amélioration de leur capacité d’absorption des 0,069 6,255 0,000 Confirmée
connaissances
L’usage des TIC par les coopératives agit
H5b 0,073 2,142 0,033 Confirmée
positivement sur leurs capacités dynamiques
Plus l’effort technologique déployé par les
H6a coopératives est important, plus leur capacité 0,064 2,111 0,035 Confirmée
d’absorption des connaissances devient importante;
L’effort technologique déployé par les coopératives
H6b contribue à l’amélioration de leur capacités 0,093 3,606 0,012 Confirmée
dynamiques;
Le soutien public aux coopératives agit positivement
H7a 0,053 0,423 0,673 Rejetée
sur leur capacité d’absorption des connaissances
Le soutien public offert aux coopératives contribue à
H7b 0,080 0,784 0,433 Rejetée
l’amélioration de leurs capacités dynamiques
Plus l’intensité concurrentielle est importante, plus la
H8 capacité d’innovation des coopératives tend vers 0,052 2,412 0,016 Confirmée
l’amélioration
La capacité d’absorption exerce un effet significatif et
H9a positif sur la capacité d’innovation des coopératives à 0,080 3,011 0,003 Confirmée
travers son effet de médiation
Les capacités dynamiques agissent positivement sur la
H9b capacité d’innovation des coopératives à travers leur 0,047 6,196 0,000 Confirmée
effet de médiation
Source : Auteur
Le processus d’analyse des résultats ainsi achevé, nous mène à confronter les résultats obtenus
à la lumière des réalités empiriques, aux théories existantes pour se permettre un positionnement
de la connaissance produite dans le champ théorique spécialisé. Ce travail fera l’objet du dernier
chapitre de cette thèse.
300
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
Conclusion du chapitre
Dans cette perspective, l’objectif de ce chapitre consistait à tester les hypothèses énoncées et à
évaluer les qualités prédictives du modèle théorique développé. Pour ce faire, nous avons
procédé par le test du modèle de mesure en nous assurant de la fiabilité et de la validité des
différents indicateurs utilisés. Le deuxième niveau d’analyse consistait à tester les corrélations
entre les variables du modèle structurel pour pouvoir prononcer sur la validité des hypothèses
sur lesquelles il a été fondé.
En général, les pratiques de gestion des connaissances, qui constituent aux yeux de la littérature
contemporaine une base solide qui conditionne la capacité à innover dans les organisations,
sont fortement influencées par la technologie. Les résultats de notre recherche ne sortent pas de
ce chaînon, en confirmant la forte influence des facteurs technologiques qui sont l’usage des
TIC et l’effort technologique. Les capacités organisationnelles de la gestion des connaissances
contribuent à l’amélioration de la capacité d'innovation à travers la facilitation de l’adaptation
à l’évolution continue de la technologie et du marché.
Les résultats montrent également, l’exercice d’une influence directe sur la variable dépendante
par d’autres variables sans passer par la médiation des deux variables de la capacité de gestion
des connaissances. Il s’agit bien évidemment de l’impact positif des capacités financières, du
301
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative
302
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Certes, l’étude des mécanismes de la capacité d’innovation est une activité extrêmement
complexe. Elle l’est d’autant plus, quand il s’agit de l’étudier dans un contexte aussi complexe
comme celui des coopératives. La difficulté de cette tâche s’apparente à la fois, à la nature des
acteurs intervenant dans ce secteur, qui nécessitent un effort énorme pour comprendre, d’abord,
leurs spécificités, mais également à la rareté de ce genre d’études dans ce secteur aussi
spécifique notamment dans le contexte marocain. Ce qui a nécessité un grand effort de
contextualisation comme nous l’avons bien spécifié dans les chapitres précédents. Le traitement
de notre problématique de recherche s’est basé sur la formulation d’un certain nombre
d’hypothèses, en s’inspirant de la littérature existante sur la capacité d’innovation dans
différents contextes. Ces hypothèses ont été par la suite soumises à un processus d’analyse
suivant la méthode PLS, en se basant sur des données empiriques issues du secteur coopératif
de la région Souss Massa, qui est notre contexte d’étude. Ce processus d’analyse nous a permis
donc de statuer sur la validité notre modèle conceptuel.
Les résultats obtenus mettent en avant un certain nombre de constats concernant les mécanismes
de génération de la capacité à innover au sein des organisations de la forme coopérative. Il est
donc temps d’affronter les résultats obtenus dans le cadre de cette recherche, au cadre théorique
mobilisé et à la littérature spécialisée dans ce sens. Dans cette perspective, ce chapitre est dédié
à la discussion des réalisations théoriques de notre recherche sur la base de nos résultats
empiriques. Cette discussion sera faite compte tenu de la structure de notre modèle conceptuel.
Ce dernier chapitre répond donc à un double objectif à savoir : de synthèse et d’ouverture. Dans
la première section, nous synthétisons les résultats des cinq variables exerçant un effet indirect
sur la capacité d’innovation via les capacités organisationnelles de gestion des connaissances.
Nous affrontons ensuite ces résultats à la littérature portant sur les déterminants de la capacité
d’innovation en se focalisant sur les facteurs d’ordre organisationnel et technologique mobilisés
303
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
dans le cadre d’une vision intégrative de l’innovation. Dans la seconde section, nous discutons
l’effet des facteurs organisationnels exerçant un effet direct sur la CI en plus de l’apport des
variables contextuelles et environnementales. Enfin, dans la dernière section, nous présentons
une synthèse des apports de cette recherche en précisant ses contributions empiriques,
méthodologiques et managériales. Nous exposons ensuite les limites de notre recherche avant
de s’ouvrir sur les pistes de recherche envisageables.
Un effet qui dépend à son tour de l’effet d’un certain nombre de variables qui influencent la
capacité à innover à travers la médiation de ces deux variables qui forment la capacité de gestion
des connaissances. Il s’agit principalement des variables suivantes : le capital humain, la culture
organisationnelle, le soutien public, l’usage des TIC et enfin l’effort technologique déployé par
les coopératives. Ce constat de complémentarité entre les facteurs organisationnels,
technologiques et les capacités organisationnelles, constitue de la capacité à innover un
phénomène technico-organisationnel.
La gestion des connaissances (GC) est comprise comme un processus pour la collecte, la
distribution et l'utilisation efficace de la ressource des connaissances (Gable, 1998). Il s’agit
d’un processus complexe à travers lequel les organisations identifient, sélectionnent, diffusent
et transforment une information ou une expertise dans l’objectif d’améliorer la performance de
leurs activités (Gupta et al., 2000). Au sein des organisations, les défis de la gestion des
connaissances sont liés principalement à la difficulté d’aligner les efforts de gestion aux
multiples objectifs fixés (Lesser & Prusak, 2004).
304
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
En effet, les résultats de notre recherche confirment l’effet médiateur des capacités
organisationnelles de gestion des connaissances. Ils permettent de corroborer l’hypothèse selon
laquelle la capacité de gestion des connaissances appréhendée par la capacité d’absorption et
les capacités dynamiques exerce un effet significatif avec un sens positif sur la capacité à
innover. Dans la suite de ce paragraphe, nous allons procéder à la discussion des apports de
chacune de ces deux capacités.
La théorie des capacités dynamiques qui constitue une extension de la théorie « des ressources
aux dynamiques du marché » repose sur l’idée que la prédisposition des ressources soit une
condition sine qua non, mais non suffisante pour parler de l’avantage compétitif. Elle met
l’accent sur la nécessité de la notion de « capacités » pour pouvoir reconfigurer ces ressources
pour en tirer profit.
En effet, l’organisation interne des coopératives comme pour les autres organisations, et leurs
capacités de redéploiement et de coordination des ressources et compétences, aussi bien
305
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Dans ce sens, Koubaa (2014), estime que l’accumulation d’un stock de ressources aussi bien
humaines, financières que technologiques ne peut pas se traduire par un avantage compétitif
d’innovation en l’absence de ces capacités. Le stock de ressources et compétences dont
disposent les coopératives peut devenir obsolète face aux changements rapides de
l’environnement, en l’absence de capacités organisationnelles permettant leur reconfiguration
pour accompagner ces changements et s’améliorer continuellement. Dès lors, l’absence de
capacités dynamiques est à l’origine de la faiblesse de l’innovation dans le secteur coopératif,
et ce malgré les efforts énormes déployés dans la mise en place des ressources nécessaires.
Ainsi, les résultats de notre étude confirment la tendance de la littérature portant sur le rôle des
capacités dynamiques dans le renforcement du potentiel d’innovation. Selon Gulsun (2015), les
auteurs s’accordent pour dire que les capacités dynamiques peuvent être source de la dynamique
organisationnelle à travers l’évolution des compétences. À titre d’exemple, Newey et Zahra
(2009) indiquent qu’une compétence organisationnelle peut induire le développement d’une
capacité dynamique à travers l’accumulation des connaissances. Cette capacité dynamique est
ensuite à l’origine de la configuration de la compétence organisationnelle à travers
l’identification de nouvelles opportunités de développement par conséquent, le renforcement
du potentiel d’innovation.
306
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Dans la présente recherche, l’effet médiateur de la capacité d’absorption a été confirmé pour
l’ensemble des variables de premier ordre à savoir le capital humain, la culture
organisationnelle, l’usage des TIC et l’effort technologique. Par contre, le soutien public semble
non impacté par cette intermédiation.
Ces variables semblent avoir un effet direct sur la capacité d’innovation. Par ailleurs, pour que
leur effet soit plus significatif, l’introduction d’une troisième variable était nécessaire. Ainsi,
leur effet s’exerce via cette variable qui porte sur la capacité d’absorption des connaissances
comme il est spécifié plus haut et qui exerce un effet médiateur. Les résultats de notre analyse
confirment cet effet de médiation en montrant que la significativité de la relation entre les
variables concernées et la variable dépendante a été renforcée après l’introduction de cette
variable intermédiaire. Cette importance confirmée de la capacité d’absorption des
connaissances se justifie par le fait qu’elle permet à la coopérative d’exploiter les connaissances
externes, en provenance des acteurs de son environnement. Dans ce sens, les coopératives
enquêtées soulignent l’importance des sources de connaissance externes.
Ces résultats sont en concordance avec la littérature développée dans ce sens, et qui défende
l’effet significatif de la gestion des connaissances sur la capacité à innover (Hadjimanolis, 1999;
Lesser & Prusak, 2004; Meda Adama, 2017 ; Carneiro, 2000).
D’ailleurs, il faut signaler que les capacités organisationnelles aussi bien d’absorption que
dynamiques sont à leur tour déterminées par d’autres variables comme le montre notre modèle
conceptuel. La faiblesse des capacités dynamiques des coopératives dont nous avons parlé ci-
dessous peut être donc engendrée par ces variables qui les déterminent. De ce fait, la discussion
de leur apport doit tenir compte de ces variables. Ainsi, nous passons à la discussion des apports
des autres variables pour revenir sur la discussion de ce point sous forme de synthèse vers la
fin de cette section.
Dans notre analyse et discussion des antécédents de la gestion des connaissances, et leur effet
sur la capacité à innover, nous distinguons d’une part, les facteurs organisationnels qui sont : la
culture organisationnelle et la qualité du capital humain à travers ses deux dimensions
307
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
notamment l’éducation formelle et l’éducation informelle, et d’autre, part les variables d’ordre
technique ou technologique en l’occurrence : l’usage des TIC et l’effort technologique.
Dans ce paragraphe, nous allons concentrer notre discussion sur l’apport des facteurs d’ordre
organisationnel introduits dans le modèle, et leur impact sur la capacité de gestion de
connaissances et d’innovation.
En effet, une amélioration de la qualité du capital humain d’une coopérative est nécessairement
récompensée par une amélioration de ses capacités organisationnelles d’absorption des
connaissances et dynamique de gestion des connaissances, et par conséquent sa capacité
d’innovation. Ce résultat est en concordance avec la tendance de la littérature spécialisée. Dans
ce sens, Soliman & Spooner, (2000) ont souligné le rôle important du capital humain dans les
stratégies d’implémentation des connaissances. De son côté, Mezher, (2017) a met en évidence
le rôle du capital humain comme base de capitalisation et de partage des connaissances.
308
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Comme nous l’avons déjà avancé dans le développement des échelles de mesure, la spécificité
des coopératives en ce qui a trait au capital humain, réside dans le fait que celles-ci abritent
deux catégories d’acteurs, qui se distinguent via la nature de la relation les reliant à la
coopérative. La première catégorie est formée par les membres adhérents qui sont à la fois
propriétaires et donc contrôlent la coopérative, et utilisateurs de ces services et donc contribuent
à son activité. La deuxième catégorie regroupe les membres non adhérents ayant des relations
contractuelles salariales avec la coopérative. Bien plus, nous avons distingué les membres
adhérents impliqués dans la gestion de la coopérative comme les membres du conseil
d’administration des autres membres.
Les résultats obtenus dans le cadre de cette recherche révèlent un certain nombre
d'interprétations pertinentes de la qualité du capital humain des membres des coopératives sur
leur capacité d'innovation. Bien que la qualité de la contribution varie selon la nature des
membres, l’effet se révèle significatif et positif. Dans ce sens, nous précisons que cette
contribution devient plus importante dans le cas des membres impliqués dans la gestion de la
coopérative. Autrement dit, l’impact du capital humain des membres du conseil
d’administration semble plus significatif que celui des autres membres. Ce qui est naturel vu
que les membres du conseil d’administration sont en quelque sorte considérés comme des
leaders, qui en plus de leur influence via la gestion de la coopérative au quotidien, ils inspirent
les autres membres de la coopérative et les incitent à oser l’innovation. Ce qui peut être
considéré comme une sorte de « leadership coopératif ».
Dans ce sens, les coopératives dont les membres du conseil d’administration spécialement le
président ou le gérant sont dotés d’un niveau d’instruction élevé sont plus susceptibles
d’innover. Ces résultats sont en accord avec les études antérieures menées sous d’autres cieux
et dans d’autres contextes, et qui soutiennent l’impact significativement positif du niveau
d’instruction et de formation des dirigeants des entreprises sur leur capacité à développer des
innovations (Leyva Carreras et al., 2020; Oumbe & Pilag, 2019b). En ce qui concerne les autres
membres, un niveau de capital humain élevé leur permettrait de contribuer efficacement à
l’élaboration des stratégies de leurs coopératives, mais également de renforcer leur contrôle vis-
à-vis de leurs coopératives à travers les organes de gouvernance notamment l’assemblée
générale.
De même, il a été constaté que l’expérience constitue un élément central de la qualité du capital
humain et par conséquent du potentiel d’innovation. Les analyses statistiques et l'interprétation
finale des résultats montrent que la qualité du capital humain au sein des entreprises
309
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
coopératives est fortement influencée par l’expérience de leurs membres. Il faut préciser ici que
l’expérience a été mesurée suivant trois dimensions : l’expérience technique, managériale et
entrepreneuriale. Dans ce sens, l’étude met l’accent sur l’importance de l’expérience technique
chez les membres des entreprises coopératives enquêtées.
Pratiquement, tous les membres interviewés ont déclaré qu’ils disposent d’une expérience
technique élevée dans le domaine d’activité de leurs coopératives. Ce qui constitue un point
fort pour la qualité du capital humain au sein des entreprises coopératives. Ce résultat trouve sa
justification dans le fait que, selon la loi marocaine régissant le statut général des coopératives,
l’adhésion à une coopérative est soumise à l’obligation de se justifier d’un exercice effectif d’un
métier relevant du domaine d’activité de la coopérative concernée.
En effet, au fur et à mesure que les gestionnaires et les membres accumulent l’expérience dans
leur domaine, mieux leur capacité à innover s’améliore. Les résultats de cette recherche
concernant le niveau du capital humain dans les coopératives marocaines sont soutenus par les
résultats d’une étude sur les traits de caractère et les profils des membres des coopératives
menées dans la région Guelmim Oued Noun au sud du Maroc. Une étude qui a montré que la
plupart des adhérents des coopératives disposent d’un niveau d’éducation relativement faible
(primaire ou moins), mais à part les coopératives des jeunes diplômés qui commencent à
s’implanter dans différents domaines. Néanmoins, ils témoignent d’un niveau d’expérience et
de maîtrise assez fort dans leur domaine d’activité (Khaddar et al., 2020). Ce qui constitue un
manque à gagner pour les coopératives à travers l’investissement dans la formation de leurs
adhérents et collaborateurs. Dans ce sens, Schiuma&Lerro (2008) évoquent le rôle de
l’éducation et la nécessité pour les entreprises de disposer d'un capital humain riche et
diversifié.
Dans ce même ordre d’idées, Coronado et al., (2008) soulignent l’existence d’une corrélation
significativement positive entre le niveau de qualification des employés, la taille d’entreprise et
la capacité d’innovation. En outre, McGuirk& Jordan, (2012) montrent que les caractéristiques
personnelles du manager, notamment son niveau d'instruction et son expérience
professionnelle, sont positivement liées à la probabilité que les entreprises s'engagent dans des
innovations de produit. Le capital humain constitue alors un levier d’innovation aussi bien pour
les petites et moyennes entreprises (McGuirk et al., 2015b) que pour les entreprises de la forme
coopérative.
310
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Dans cette recherche, nous avons adopté une vision globale du capital humain des entreprises
coopératives étudiées. L’influence positive de cette variable sur la capacité à innover a été
vivement acceptée. Ce qui nous mène à attirer l’attention des décideurs aussi bien au niveau
des pouvoirs publics qu’au niveau des coopératives à accorder une importance sans cesse
grandissante au renforcement de leur capital humain. L’investissement à la formation constitue
l’une des meilleures voies qui permettent aux organisations d’implanter une démarche
d’amélioration continue au niveau de leur capital humain et par conséquent de leur capacité à
innover.
La culture organisationnelle renvoie aux croyances, coutumes, normes sociales qui régissent
les comportements des individus au sein d’une organisation. Elle guide les orientations de
l’organisation en agissant sur l’apprentissage organisationnel et la gestion des connaissances au
sein de cette organisation (Seyedyousefi et al., 2016a). Il constitue également une base pour le
développement de la culture collaborative axée sur l’échange et la confiance entre les
collaborateurs au sein de l’organisation (Sedighi & Zand, 2012a).
Au sein des coopératives, la culture organisationnelle est fortement influencée par les valeurs
et les principes coopératifs. Ces valeurs et principes constituent des lignes directrices pour le
management et la gestion des coopératives, et par conséquent de la culture organisationnelle
dominante au sein de ces organisations à caractère fortement spécifique. La gestion des
connaissances est à son tour influencée par la culture coopérative. Il s’agit d’une culture qui
favorise la diffusion de la connaissance entre les membres de la coopérative. Elle est basée sur
l’éducation, la formation et l’information des membres qui constitue l’un des principes
fondamentaux sur lesquels est fondée l’identité coopérative.
Tenant compte de ces valeurs et principe, une nouvelle culture organisationnelle est en cours
d’émergence dans le secteur coopératif. Il s’agit de « la culture d’affaire coopérative » qui prend
en compte l’identité coopérative en plaçant les besoins des membres au cœur du « business
model » de l’organisation coopérative pour permettre le développement d’une prospérité à la
fois collective et individuelle.
311
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
capacités organisationnelles qui forment la capacité de gestion des connaissances. En effet, les
résultats de notre enquête vont dans le sens de confirmer ces deux hypothèses. Ils montrent
l’existant d’un effet significatif et positif exercé par la culture organisationnelle sur la capacité
de gestion des connaissances au sein des entreprises coopératives agricoles de la région SM.
L’effet positif est confirmé sur les deux variables supposées des dimensions de la capacité de
gestion des connaissances. De ce fait, leur effet sur la capacité d’innovation s’exerce par le biais
de leur contribution à l’efficacité de la gestion des connaissances.
Les résultats de notre recherche viennent soutenir la littérature antérieurement développée dans
ce sens, et qui défende la corrélation positive entre la culture organisationnelle et la capacité de
gestion des connaissances. Dans ce sens, Alavi & Dorothy, (2001); Avindra, (2004); Tuggle &
Shaw, (2000), ont insisté sur le rôle positif de la culture organisationnelle et la considère comme
l’un des principaux facteurs de la gestion des connaissances. De son côté, Homri, (2012) estime
que la culture organisationnelle constitue un facteur primordial aux systèmes de gestion de la
connaissance.
Cette corrélation positive entre la culture organisationnelle et la gestion des connaissances a été
prouvée dans d’autres contextes et en utilisant d’autres approches différentes de la nôtre. Dans
ce sens, Leidner et al., (2006) ont tenté d’explorer le rôle de la culture organisationnelle sur la
gestion des connaissances au sein des organisations, en adoptant une approche qualitative qui
se base sur une étude de cas. Les auteurs ont procédé à une étude comparative entre deux
entreprises ayant des similitudes sur le plan culturel, mais qui relèvent des différences sur
d’autres aspects. Les résultats de cette étude suggèrent que l’influence de la culture
organisationnelle s’exerce différemment, compte tenu de la culture dominante dans
l’organisation. Les auteurs stipulent que dans les deux entreprises concernées par l’étude, la
perception de l’effort de la gestion des connaissances soit complètement différente. Ainsi, dans
la première, l’effort de gestion des connaissances n'était guère plus qu'un dépôt d'informations,
tandis que, dans la deuxième, il s'est transformé en un système hautement collaboratif favorisant
la formation de communautés électroniques. Les auteurs ont conclu que la culture
organisationnelle influence obligatoirement la gestion des connaissances en mettant en avant le
rôle des valeurs et croyances.
312
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
la gestion des connaissances. Ce qui constitue une confirmation des résultats de notre recherche
dans un autre contexte complètement différent du contexte étudié dans le cadre de notre
recherche. De leur part, Seyedyousefi et al., (2016b) ont prouvé l’impact positif de la culture
organisationnelle sur l’efficacité de la gestion des connaissances. Ils estiment que celle-ci joue
un rôle de facilitateur de l’implémentation et l'amélioration de la gestion des connaissances en
favorisant l’acquisition de connaissances via la promotion de l'apprentissage organisationnel et
le partage des connaissances. Elle permet également le développement d'une culture
collaborative favorable à l’échange dans le cadre d’un climat de confiance entre les acteurs
d’une organisation et encourage la création et la diffusion des connaissances (Sedighi & Zand,
2012b).
Une autre tendance a été identifiée dans la littérature et qui constitue une extension de nos
résultats porte sur l’analyse des liens directs entre la culture organisationnelle et l’innovation.
Les auteurs de ce courant assimilent l’innovation à une culture ou même un environnement.
Dans ce sens, nous citons Khazanchi et al (2007), qui ont confirmé que l’habilitation et la
flexibilité des collaborateurs en plus du contrôle et de l’efficience constituent les piliers d’une
culture organisationnelle favorable à l’innovation. Cette vision a été confirmée également par
O'Regan et al., (2006) qui ont considéré que la culture organisationnelle constitue l’un des
principaux déterminant de l’innovation. De leur part, Kenny & Reedy (2006) se sont intéressés
à un nouveau contexte pour explorer l’impact de la culture organisationnelle sur l’innovation
en s’intéressant aux variables attachées à l’innovation, comme la stratégie d'innovation, le type
d'innovation adopté, les moteurs de l’innovation et ses facteurs dissuasifs. Ils confirment que
l’effet significatif de la culture organisationnelle sur l’innovation s’exerce à travers son
influence sur ces variables.
313
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
l’innovation managériale se révèle significativement positive. Ce qui n’est pas le cas pour les
autres types dont l’effet se révèle selon les auteurs soit faible, voire négatif. Cette conclusion
va dans le sens de confirmer les résultats de Achour et Zemzami (2014) qui se sont intéressés à
l’influence de la culture d’entreprise sur la dynamique d’innovation dans les PME de la région
Gharb Cherarda Beni Hssen. Ils spécifient que la dynamique d’innovation soit positivement
corrélée à la culture du marché, tandis qu’elle est négativement associée à la culture
hiérarchique. Néanmoins, ils estiment que quand ces deux cultures sont combinées dans une
organisation, elles constituent une entrave à la dynamique d’innovation dans les PME étudiées.
En guise de synthèse, nous pouvons distinguer deux principales orientations dans le traitement
de l’effet de la culture organisationnelle sur l’innovation et la capacité à innover dans la
littérature. La première porte sur l’analyse de l’effet direct de la CO sur l’innovation en
explorant les liens existant entre les différentes dimensions de ces deux variables. Les partisans
de cette orientation scientifique s’accordent sur la significativité de la corrélation entre les deux
variables tout en mettant en avant quelques spécificités dimensionnelles qui engendrent des
différences en termes de signe de la corrélation. La deuxième orientation va dans le sens
d’analyser la corrélation entre les deux variables en introduisant l’effet intermédiaire d’une
troisième variable qui est celle de la GC. En effet, les chercheurs relevant de cette discipline
insistent sur le rôle médiateur de la GC qui vienne renforcer l’influence positive de la CO sur
l’innovation et la capacité à innover des organisations.
Les résultats de notre étude ont mis l’emphase sur l’importance des aspects technologiques du
construit de la capacité d’innovation dans le contexte étudié. Ce paragraphe s’intéresse donc à
la discussion desdits aspects vis-à-vis de la littérature et des réalités empiriques issues dudit
contexte.
314
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Cet apport des TIC dans la gestion des connaissances a été mis en revue dans le cadre de notre
recherche. En effet, nous avons supposé l’existence d’un effet positif de l’usage des TIC sur la
capacité d’innovation qui constitue notre variable expliquée, à travers l’effet médiateur des
capacités organisationnelles de gestion des connaissances. De ce fait, nous avons formulé deux
hypothèses dans ce sens, qui portent sur l’effet de l’usage des TIC sur chacune des variables
(dimensions) qui constituent la variable de la capacité de gestion des connaissances. Les
résultats ont confirmé cet effet significativement positif de l’usage des TIC sur les capacités de
gestion des connaissances, et à travers elles, sur la capacité à innover. Ils mettent donc en relief,
l’effet médiateur des capacités de gestion des connaissances dans cette relation d’influence
entre l’usage des TIC et la capacité à innover.
Généralement, dans les coopératives, les TIC sont utilisées pour diverses raisons. Soit pour la
communication interne entre les membres où externe pour gérer la communication avec les
autres parties prenantes, qu’il soit dans une vocation commerciale ou de veille pour
l’acquisition, l’assimilation et conservation des connaissances. Nous nous sommes concentrés
dans le cadre de cette recherche sur l’usage des TIC comme sources de connaissance qui
permettent aux organisations coopératives, l’accès aux connaissances susceptibles d’alimenter
leur potentiel d’innovation. Nous avons interrogé les responsables des coopératives sur les
principales sources de connaissance qui leur permet d’alimenter leur potentiel d’innovation. Le
classement des sources proposées dans le questionnaire, selon le degré d’importance accordée
par les responsables des coopératives, s’annonce comme suit : les réseaux sociaux se révèlent
comme principale source suivie de la participation aux expositions et foires nationales et
internationales, en troisième rond, arrive les associations professionnelles et industrielles,
suivies des consultants et laboratoire commerciaux comme source de connaissances. Les
universités et les laboratoires de recherche arrivent en cinquième position parmi les sources de
connaissances les plus citées par nos interviewés. Ceci souligne le faible niveau de collaboration
entre les acteurs coopératifs de la région et les établissements universitaires.
Les résultats obtenus dans ce sens confirment donc notre hypothèse de départ qui stipule que
l’usage des TIC exerce une influence significativement positive sur la gestion des
connaissances dans les entreprises coopératives agricoles au Maroc. La confirmation de cette
hypothèse indique que l’implication des coopératives dans l’utilisation des ressources
315
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
technologiques (TIC) leur permet de rendre leur gestion des connaissances plus efficace. Nos
résultats soutiennent donc la tendance de la littérature spécialisée qui témoigne d’un quasi-
consensus sur l’existence d’une corrélation significativement positive entre l’usage des TIC et
l’efficacité et les capacités de la GC.
Dans ce sens, Adama (2017), estime que le succès de la gestion des connaissances soit
fortement dépendant l’usage des TIC. Par exemple, l’usage de l’internet et de l’intranet, des
réseaux et des plates-formes de connaissances permet aux organisations de transformer, de
distribuer et d'intégrer des connaissances (Karami et al., 2015). De sa part, Hendricks (1999)
défend l’idée de l’existence d’une influence directe et indirecte exercée par les TIC sur le la
diffusion et le partage de l'information en veillant à la correction des flux de processus, à
l'élimination des obstacles, à l’identification des sources de connaissances et à l'obtention
d'information via la mise en en place des canaux de réception. D’autres auteurs comme
Hajiabedin & Amani, (2016) ; Wong, (2005) et Wong & Aspinwal, (2003), ont met en avant le
rôle des TIC dans l’accès à l'information et dans la communication collaborative entre les les
différentes parties prenantes. Il constitue également un moyen de diffusion des connaissances
pour améliorer le potentiel d'innovation (Gold, Malhotra, & Segars, 2001).
D’autres chercheurs, se sont intéressés à l’étude de la relation entre l’usage des TIC et la
capacité d’innovation des entreprises comme Lethiais et al., (2015) et confirment le rôle positif
de l’usage des TIC sur la CI. Les résultats de leur étude qui porte sur les PME françaises
montrent que la probabilité d’innover se multiplie par 1.8 dans le cas des entreprises qui utilisent
entre 5 et 7 outils différents relevant des TIC. Cette probabilité devient plus importante en se
multipliant par 2.2 dans le cadre des entreprises qui utilisent plus de 8 outils. Cette conclusion
confirme la positivité de la corrélation entre l’usage des TIC et la capacité à innover.
L’utilisation de différents outils technologiques peut agir donc comme amplificateur de la
capacité d’innovation des entreprises et en renforcer les retombées.
316
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
De son côté, Jeljeli, (2014) confirme l’influence positive de l’usage des TIC sur la gestion des
connaissances dans un secteur qui relève d’un contexte complètement différent. Il s’agit du
secteur public tunisien en s’intéressant au cas de l'Office National de la Poste Tunisienne.
L’auteur estime que les TIC s'associent à l'homme et s'introduisent massivement dans les
activités humaines, notamment dans le processus d'apprentissage et de communication des
connaissances. Ce qui oblige les organisations à adopter une démarche dynamique pour le
management des connaissances.
Dans le cadre de notre recherche, nous avons adopté une conception de la variable effort
technologique à partir de ses trois principales dimensions qui sont : l’effort de R&D, les efforts
de modernisation des infrastructures et équipements, et la coopération technologique. Par cette
dernière, nous désignons les coopérations ayant pour objectif le développement du potentiel
technologique et d’innovation dans les coopératives concernées. Les résultats de notre
investigation empirique révèlent des disparités importantes dans ce sens. Des disparités ayant
parfois un caractère sectoriel (entre filières), parfois géographique ou encore structurel.
Les efforts technologiques que font les entreprises coopératives marocaines se concentrent
essentiellement sur l’investissement dans la modernisation de leurs chaînes de production et la
317
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
formation de leurs membres (adhérents / non adhérents), en bénéficiant des partenariats dans le
cadre des programmes publics ou avec les ONG nationales et internationales.
Bien que les activités de recherches et développement soient souvent négligées par les
coopératives marocaines, ou plutôt difficilement accessibles, la contribution de cette dimension
de la variable « effort technologique » se révèle significative. L’analyse descriptive dont les
résultats sont présentés dans la première section du chapitre précédent montre que seulement
12.3% des coopératives effectuent des activités de R&D. Parmi celles-ci, rares sont celles
disposant d’une structure dédiée à la R&D (25.8% des 12.3% indiquant avoir réalisé des
activités de R&D). Ce qui traduit la faible implication de ces coopératives dans ces activités qui
sont d’une importance confirmée, dans la mesure où elle constitue la principale source de
connaissance (Lacroix & Scheuer, 1976).
Dans la même veine, Habhab-Rave, (2012) affirme que l’effet positif de l’effort technologique
de l’entreprise émane d’une part, des avantages en termes de coûts de transaction, et d’autre
part, des importants effets sur la qualité du capital humain et donc des connaissances. Une
gestion efficace de celles-ci permet de renforcer l’effet sur la capacité à innover en contribuant
à son amélioration.
Au travers de cette étude, nous avons tenté d’explorer la nature des liens entre la capacité
d’innovation et les capacités organisationnelles de gestion des connaissances. Nos résultats
soulignent l'influence de certains facteurs que nous avons nommés les antécédents de la gestion
des connaissances, sur la capacité à innover des entreprises coopératives agricoles de la région
Souss-Massa.
Ils indiquent que la qualité du capital humain, la culture organisationnelle, les TIC et l’effort
technologique influencent positivement les capacités de gestion des connaissances. Ces
résultats viennent en concordance avec les conclusions de Huang et Lai (2014), Davenport et
al. (1998) qui soulignent l’importance stratégique des TIC pour l’instauration et la réussite des
pratiques de gestion des connaissances. Ils montrent que les TIC sont les facteurs les plus
importants de la gestion des connaissances. Dans le cas des coopératives de la région SM, la
plupart des personnes interrogées considèrent que l’usage des TIC devient indispensable pour
l’acquisition, l’assimilation, le traitement, le partage et la sauvegarde des connaissances. De
son côté, l’effet de l’effort technologique perçu dans le cadre de cette recherche sous trois
318
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Les résultats de notre recherche soulignent également l’effet significatif des capacités
organisationnelles de gestion des connaissances sur la capacité à innover des entreprises
coopératives de la région SM. Ces résultats confirment les conclusions des travaux d'Ologbo
(2015), Byukusenge et al. (2016). D’autres recherches antérieures sur la nature des liens entre
l'innovation et la gestion des connaissances ont montré l’existence d’une relation significative
et positive entre ces deux variable (Smith et al. (Smith et al., 2005 ; Darroch & McNaughton,
2002 ; Dougherty et al., 2002 ; Nonaka & Takeuchi, 1995). Ils soutiennent que l’innovation
dépend en grande partie de l’accumulation de nouvelles connaissances dans l’organisation.
Selon ses travaux, les connaissances accumulées dans l'organisation sont essentiellement
utilisées par les personnes via les processus de gestion des connaissances. Ce qui souligne
l’importance du capital humain dans ce processus de gestion et d’utilisation des connaissances.
Ologbo (2015), pars du postulat qui considère que l'objectif principal de la gestion des
connaissances (GC) est de renforcer l'innovation. Il stipule que la littérature sur la gestion des
connaissances survalorise les aspects technologiques en négligeant les dimensions humaines et
l'aspect " soft " des personnes qui possèdent réellement les connaissances susceptibles de
susciter l'innovation. Selon ces travaux, l'échec des pratiques de gestion des connaissances
pourrait être attribué à l'importance excessive accordée aux aspects technologiques et à
l'attention insuffisante accordée aux aspects humains de la gestion des connaissances (Beesley,
2004 ; Call, 2005 ; Cooper, 2006).
En outre, une revue de littérature qui porte sur la nature des liens entre la gestion des
connaissances et la propension à innover, réalisée par Siregar et al (2019), a conclu que la
plupart des articles scientifiques publiés dans ce sens, s’accordent sur le fait que la gestion des
connaissances joue un rôle important dans l'innovation, qu'il s'agisse d'innovation de produits,
de marketing ou de services. D’autres auteurs comme Gloet, M., & Samson, D.
(2020), confirment l’existence des liens significativement positifs entre les deux concepts. Bien
qu’ils soulignent l’existence des disparités entre les domaines d’activité en termes de
contribution de la gestion des connaissances au potentiel d’innovation. Leur étude a révélé les
319
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Dans ce sens, notre étude soutient cette orientation de littérature en soulignant l’existence de
disparité en matière de l’importance de la relation entre l’innovation et la gestion des
connaissances, non seulement en matière du domaine d’activité (filière dans notre cas), mais
également en matière de taille et d’âge des coopératives. En effet, il apparaît clair que la gestion
des connaissances n’est pas adoptée par l’ensemble des coopératives, vu qu’elle nécessite une
certaine maîtrise des processus et des ressources clés de la gestion des connaissances. Nos
résultats montrent que plus la coopérative est grande, plus elle s’engage dans les processus de
gestion des connaissances. En termes de filière, la gestion des connaissances est adoptée par les
coopératives de certaines filières notamment la filière laitière, agrumicole et maraîchère. Ceci
soutient l’idée de l’importance de la taille dans l’adoption de la gestion des connaissances, vu
que les filières citées plus haut abritent généralement des coopératives de grande taille.
La littérature mobilisée dans le cadre de cette thèse, propose l’existence d’un effet significatif
et direct de ces deux variables sur la capacité d’innovation. Nous allons donc confronter nos
résultats à cette littérature pour mettre en évidence les points de convergence ou de divergence,
mais également les apports de la présente recherche.
320
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
La variable « capacités financières » a été mobilisée dans le cadre de cette recherche d’abord
pour comprendre la spécificité des entreprises coopératives en ce qui a trait aux ressources
financières, mais également mettre en évidence son impact potentiel sur l’innovation et la
capacité à innover des coopératives marocaines. La prédisposition des ressources financières
(capacités financières) a été largement traitée dans la littérature comme barrière à l’innovation.
La faiblesse des ressources financières est donc vue comme élément qui limite la capacité à
innover des organisations. C’est dans cette perspective que nous l’avons mobilisé comme
variable déterminante dans le cadre de la présente recherche.
Les résultats obtenus dans le cadre de notre recherche montrent l’existence d’un effet
significatif et positif entre des capacités financières sur le potentiel d’innovation dans les
entreprises coopératives étudiées. Ce qui nous incite à confirmer l’hypothèse formulée dans ce
sens. L’existence d’un effet significatif et positif revient à dire que plus les ressources
financières mises à la disposition des entreprises coopératives sont satisfaisantes, plus leur
capacité à développer des innovations se prétend à s’améliorer.
Ce constat a été confirmé d’abord dans le cadre de notre étude exploratoire dans laquelle
l’ensemble des personnes interviewées ont insisté sur l’importance des capacités financières sur
le potentiel d’innovation. Bien plus, une grande partie parmi eux, notamment la catégorie des
professionnels et les experts (100 % des interviewés et 60 % des institutionnels) l’ont considéré
comme principale barrière à l’innovation dans les coopératives en général. Il a été ensuite
confirmé lors de l’étude quantitative où 83,75 % des responsables des coopératives enquêtées
soulignent son importance comme principale barrière à innovation dans leurs coopératives.
Dans cette veine, les coopératives enquêtées considèrent que le financement est l’une des
principales barrières qui les empêche à devenir innovantes en avançant les difficultés
rencontrées par les coopératives dans l’accès aux sources de financement externes et le coût
élevé de l’innovation.
Les résultats de notre investigation soutiennent alors la tendance de la littérature portant sur les
liens entre l’innovation et les capacités financières des entreprises. Dans ce sens, Hadjimanolis
(1999), distingue deux types de barrières à l’innovation : internes et externes. Les barrières sont
généralement liées aux ressources de l’entreprise. Parmi ces ressources, l’auteur met l’accent
sur les ressources financières. Dans la même veine, Dubouloz (2013b) stipule que les obstacles
financiers semblent être les plus influents sur la capacité d’innovation. L’effet des ressources
321
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
financières est significatif dans la mesure où, ils impactent l’accès aux autres types de
ressources par les organisations (Koc & Ceylan, 2007b). Parmi ces ressources, nous citons les
ressources humaines, les ressources technologiques et les ressources externes en général, qui
constituent les plus importantes barrières à l’innovation comme le soulignent Madrid-Guijarro
et al. (2009).
Dans la même veine, Segarra-Blasco et al. (2008), stipulent que les chefs des entreprises
perçoivent les obstacles à l’innovation comme élément dont l’influence s’exerce à la fois en
interne qu’en externe. L’influence externe s’exerce quand l’entreprise se trouve inapte à accéder
aux ressources technologiques ou aux sources de financement externes ou encore aux
ressources humaines qualifiées. En revanche, l’influence se produit en interne lorsque
l’entreprise est averse aux risques liés à l’innovation en l’absence de fonds internes suffisants.
De son côté, Hall (2000) a mis l’accent sur les problèmes financiers qui sont plus importants
dans le cadre des activités d’innovation tenant compte de leurs caractéristiques inhérentes. Ces
problèmes deviennent particulièrement aigus dans le cas des entreprises coopératives vu leurs
caractéristiques identitaires souvent considérées comme facteurs qui limitent leur accès au
financement externe, qui constitue à nos jours l’une des principales sources de de financement
de l’innovation. Il est à préciser que les entreprises coopératives présentent des caractéristiques
spécifiques sur le plan financier. Leur structure financière est fortement influencée par leurs
caractéristiques identitaires (Ouafy & Ed-Dafali, 2014). Ces caractéristiques influencent
paradoxalement la structure financière de ces organisations. Bien qu’elles permettent de
renforcer la résilience financière des entreprises coopératives, ces caractéristiques constituent
l’un des principaux obstacles qui limitent l’accès aux sources de financement externes
(Bouroua, 2016; Valette, 2017).
322
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
il s’agit des coopératives. Ainsi, les petites entreprises comme les entreprises coopératives sont
particulièrement déstabilisées par ce type de conflits compte tenu de la faiblesse de leurs
ressources financières.
Dans leur étude sur la capacité d’innovation des entreprises de fabrication en Malaisie, Lim et
al (2007) ont pu définir neuf variables qui limitent la capacité des entreprises malaisiennes à
développer des innovations. Parmi ces variables, le coût de l’innovation et le manque des
sources de financement sont fortement reconnus comme variables à effet significativement
négatif sur l’innovation dans ces entreprises. Ces résultats ont été confirmés dans le contexte
portugais où Silva et al. (2008) précise que le manque de sources alternatives de financement
constitue une limite à la capacité d’innovation des entreprises portugaises.
Dans ce même ordre d’idée, Freel (1999, 2000) estime que les entreprises innovantes se
retrouvent généralement face à des difficultés de garantir l’accès aux sources de financement
externes. Ce qui les contraint souvent à compter sur leurs propres capacités de financement pour
développer des activités d’innovation, et limite ainsi, leur capacité à innover. Ce qui a poussé
Hewitt-Dundas (2006) à considérer que les disparités en matière d’innovation peuvent être
expliquées par les différences en termes de ressources de base en insistant sur la capacité
d’accéder au financement externe.
En guise de synthèse, nous pouvons conclure que les résultats de notre investigation empirique
s’accordent avec la tendance de la littérature portant sur l’analyse des liens entre les capacités
financières et l’innovation, à travers le concept de la capacité à innover. En effet, nous avons
mis l’emphase dans le cadre du présent paragraphe sur l’existence d’un quasi-consensus sur la
corrélation significative entre les deux concepts. Bien que la considération de la significativité
de cette corrélation soit quasi consensuelle, le traitement de cette problématique portant sur les
liens entre le financement et l’innovation prend deux directions distinctes. La première tente
d’explorer la nature de ces liens en analysant l’effet des capacités financières comme barrière
à l’innovation et la capacité à innover. Tandis que la deuxième porte l’effet positif des capacités
financières sur le potentiel d’innovation. Les auteurs de cette direction considèrent les capacités
financières comme un stimulus de la propension à innover. Notre étude, qui part de l’hypothèse
que la capacité d’innovation des entreprises coopératives soit positivement corrélée à leurs
capacités financières, s’inscrit dans le cadre de ce deuxième courant et défend ainsi, la
significativité positive de cette corrélation entre les deux variables de la capacité d’innovation
et les capacités financières dans le contexte coopératif étudié.
323
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Les contraintes financières à l’innovation dans le secteur coopératif marocain sont liées en plus
des risques associés à l’innovation, aux spécificités identitaires et organisationnelles des
coopératives marocaines. Les caractéristiques intrinsèques de ces organisations suppriment
certaines possibilités de financement comme le financement par le capital-risque vu le principe
de partage des excédents qui se base sur la participation effective dans l’activité de la
coopérative et à la valeur crée. En outre, elles constituent une barrière devant d’autres sources
de financement notamment le financement bancaire. Cette limitation de l’accès à ce mode de
financement s’appuie sur deux principales raisons : d’une part, le financement bancaire est jugé
avoir un impact sur le principe d’autonomie et d’indépendance qui constitue l’une des valeurs
fondamentales de l’identité coopérative. D’autre part, les bailleurs de fonds considèrent les
coopératives en tant qu’organisation à risque élevé. Il s’agit donc d’une contrainte à double
sens.
En raison des difficultés d’accès aux sources de financement externes, et l’existence d’un écart
en termes de coût entre le financement interne et le financement externe, les entreprises
coopératives marocaines font généralement recours aux fonds internes pour le financement de
leurs activités notamment l’innovation.
D’ailleurs, les barrières à l’innovation les plus citées par les coopératives de notre échantillon
s’attachent au volet de financement de l’innovation (environ 84 % des coopératives enquêtées,
324
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
ont donné une note 5 au manque de moyens financiers comme principale barrière à leurs
activités d’innovation).
Sur la base de notre revue de littérature sur le capital social et ses effets sur la capacité
d'innovation des organisations, nous avons supposé l’existence d’une corrélation directe et
positive entre le capital social et la capacité d’innovation. Pour mesurer le capital social, nous
nous sommes référés à ses dimensions internes et externes, et nous nous sommes limités à
l’évaluation du capital social des membres du conseil d’administration pour les raisons que
nous avons spécifié plus haut. L’analyse des résultats obtenus et la reconsidération de la
littérature mobilisée dans ce sens, permettent de contribuer au développement de la théorie
portant sur l’influence du capital social sur l’innovation. Ces résultats soutiennent fortement
notre hypothèse en soulignant l’effet positif du capital social des membres du conseil
d’administration sur la capacité à innover des entreprises coopératives enquêtées.
Par définition, le capital social combine les interactions sociales, les réseaux, l’identité, les
valeurs, les dynamiques et la culture (ait errais 2018). Son influence positive s’exerce via ses
composantes que nous venons de citer. Certes, ces composantes agissent via la combinaison de
leurs effets pour appuyer la capacité à innover. Toutefois, la contribution de chaque composante
dans cet effet combiné varie selon le contexte.
Dans le contexte étudié dans le cadre de cette thèse, il semble que l’effet des interactions
sociales et les réseaux soient fortement reconnus. Il s’agit principalement de la dimension
relationnelle du capital social qu’il soit en interne via les relations entre les membres du conseil
d’administration notamment le président d’une part et les membres adhérents de la coopérative
d’autre part. Cette relation en plus de la confiance conditionnent fortement l’implication des
membres adhérents dans l’activité, mais surtout dans les stratégies de la coopérative et
325
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
constituent ainsi l’un des facteurs clés de sa réussite. En outre, la nature des liens entre les
adhérents de la coopérative conditionne la réussite de sa stratégie d’innovation. Cela signifie
que plus les adhérents sont prêts à collaborer entre eux, partager les informations et interagir et
échanger des idées, plus le potentiel d’innovation de la coopérative tend vers l’amélioration.
Les résultats de notre étude viennent confirmer le sort de nombreux travaux empiriques portant
sur l’effet de capital social sur la capacité d’innovation. Dans ce sens, Gomezelj Omerzel et
Smolčić Jurdana (2016) défendent l’impact positif des différentes dimensions du capital social
(structurelle, relationnelle et cognitive) sur la capacité à innover. Cette hypothèse a été
fortement testée par d’autres études portant sur différents contextes. La plupart de ces études
s’accordent sur l’existence d’une corrélation positive entre le capital social et l’innovation au
sein des entreprises (Mariz-Pérez et al. (2012), Sumedrea (2013), Gomezelj Omerzel et Smolčić
Jurdana, (2016), Al-Tabbaa et Ankrah (2016)).
Sur le plan externe, l’entretien des bonnes relations avec les acteurs de l’environnement externe
de la coopérative lui permet de saisir les opportunités offertes en lui facilitant l’accès aux
ressources, mais également aux connaissances qui sont considérées comme la base de toute
activité d’innovation.
Bien que nos résultats soulignent l’effet positif du capital social sur la capacité d’innovation, la
taille de l’effet de sa dimension relationnelle semble plus importante dans sa contribution à
l’explication de la variable expliquée suivie de celle de la dimension structurelle et enfin celle
de la dimension cognitive. Ce qui revient à dire que, plus les membres d’une coopérative sont
prêts à collaborer les uns avec les autres, en favorisant le partage de connaissances et l’échange
des informations, plus la coopérative devient apte à innover.
Ce résultat est en concordance avec les propos de Nahapiet et Ghoshal (1998) qui stipulent que,
les entreprises développent en premier, leur capital social structurel en favorisant les
interactions entre leurs membres. Dans la même veine, Bourdieu (1986) a montré que
l’existence d’interactions est une condition nécessaire au développement et au maintien d’un
capital social dense. Cette dimension structurelle est déterminée par la force des liens entretenus
entre les membres et leur interaction. Cette force des liens est fortement influencée par le niveau
de confiance qui constitue la dimension relationnelle du capital social. Ces deux dimensions en
cas de leur existence, contribuent au développement de comportement et attitudes positives
chez les membres. Elles produisent ainsi, une histoire accumulée, créent une participation et
permettent la création continue d'une expérience collective (Nait Errays, 2018).
326
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Ce résultat confirme les résultats déjà trouvés dans le contexte régional par Nait Errays (2018).
L’auteur s’est intéressé à l’identification de l’impact du capital social des « sociétés
coopératives » de la province de Taroudannt sur leur capacité d’innovation. Il stipule que le
capital social des membres des « sociétés coopératives » impacte positivement leur potentiel
d’innovation. Il estime que le rôle et la mission de chaque groupe dans la coopérative, ainsi que
leur interaction, risquent d’influencer d’une manière ou d’une autre sa capacité d’innovation.
Bien plus, l’auteur précise que le capital social des membres non adhérents influence plus la
capacité d’innovation que le capital des membres adhérents. Selon l’auteur, ce n'est qu'en
mettant en œuvre son capital social global que les coopératives peuvent créer une nouvelle
valeur ajoutée.
Cette relation positive entre le capital social et l’innovation a été prouvée dans des études
antérieures s’intéressant à d’autres contextes peut être différents du contexte étudié dans la
présente recherche. Dans ce sens, il y a lieu de citer à titre indicatif les travaux de Faccin et al.
(2017), Sanchez-Famosoa, et al. (2014), Casillas, et al. (2011) et Tremblay, et al. (2007). Ces
travaux s’accordent sur le fait que le capital social permet d’encourager des comportements.
Un tel comportement contribue continuellement au développement de nouvelles formes
d’organisation favorables à l’innovation. Contrairement à cette tendance, d’autres travaux
comme ceux de Molina-Morales et Martinez-Fernandez (2009) ont mis l’accent sur le caractère
variable du capital social. Autrement dit, ils soulignent les changements qui peuvent survenir
sur l’intensité du capital social au fur et à mesure de son évolution dans le temps. Ces
changements peuvent influencer négativement l’innovation. Ce résultat a été confirmé par les
travaux de Sambasiva et Gebremichael (2017) qui ont trouvé une relation négative, mais non
significative entre le capital social et l’innovation.
Bien entendu, les résultats de notre analyse permettent d’éclairer davantage la nature des liens
entre le capital social des coopératives de la région SM et leur potentiel d’innovation. Ils
327
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
permettent ainsi de constituer une idée sur le capital social des coopératives de la région Souss
Massa et sa contribution au renforcement de leur capacité d’innovation. Ils soulignent
néanmoins, la nécessité de coordonner les efforts des groupes et les orienter vers le
développement de pratiques qui soient bénéfiques aux entreprises coopératives de la région.
Dans ce paragraphe, nous nous intéressons à la discussion des conclusions issues de nos
résultats en ce qui a trait aux variables environnementales introduites dans notre modèle
d’analyse. Il s’agit bien évidemment de les situer dans la littérature spécialisée dans l’objectif
de mettre en valeur les apports de notre étude dans ce sens.
Pour positionner les conclusions de cette recherche en ce qui a trait à l’effet de la concurrence,
dans les champs littéraires de l’innovation, nous allons passer par revue les principaux courants
l’ayant traité. Ainsi, nous précisons que l’influence de la concurrence sur la capacité à innover
a été largement analysée dans la littérature. Deux principales orientations constituent les
origines de ce débat sur la nature des liens entre la concurrence et l’innovation. D’une part, la
vision Schumpetérienne (1942) selon laquelle une entreprise est incitée à innover si elle tire
profit d’une situation de monopole afin d’empêcher l’entrée sur un secteur de concurrents
328
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
potentiels. Ainsi, une situation de monopole assure à l’entreprise une vision à long terme et lui
permet de s’engager dans des projets de R&D risqués ; d’autre part, le point de vue d’Arrow
(1962) selon lequel les entreprises sont fortement incitées à se différencier les unes des autres
pour atténuer la pression concurrentielle.
Les résultats rejoignent l’hypothèse de Mongo (2013) selon laquelle la concurrence constitue
un incitatif à l’innovation et à la capacité à innover. Ces résultats viennent corroborer le point
de vue d’Aghion, Bloom, Blundell, Griffith et Howitt (2005) qui assimilent la relation entre
l’innovation et la concurrence à une fonction concave. Selon eux, il existe une relation en U
inversée entre la pression concurrentielle et l’innovation. Ce qui revient à dire que
l’augmentation de la concurrence incite l’innovation à s’intensifier pour atteindre un seuil
critique où la concurrence devient trop intense pour favoriser le développement de l’innovation.
Cette tendance de la littérature a été récemment confirmée par Bos, Kolari et Van Lamoen
(2009) qui ont montré qu’au sein des entreprises du secteur bancaire aux États-Unis, la relation
entre la concurrence et l’intensité technologique prenne la forme d’un U inversé.
Dans la littérature, la concurrence est habituellement considérée comme étant liée à l’ouverture
internationale. Cette ouverture constitue selon Narula et Zanfei (2004) une source de
connaissances incontestablement importante pour les acteurs d’une économie, pour renforcer
leur capacité d’innovation. Dans ce sens, la concurrence mondiale contraint les firmes à
alimenter continuellement leur potentiel d'innovation qui dépend de plusieurs facteurs tels que :
la prédisposition des ressources en qualité et quantité suffisantes, la manière dont ces ressources
sont organisées et le savoir-être du management dans l’entreprise.
Les coopératives agricoles de la région SM qui constitue notre champ d’études opèrent dans
des secteurs qui connaissent une forte pression concurrentielle. Il s’agit principalement du
secteur agroalimentaire et du secteur des produits cosmétiques. Deux principales
caractéristiques de ses secteurs interpellent les acteurs opérant dedans à renforcer leurs
capacités à innover pour pouvoir accompagner le changement continu des normes sanitaires,
réglementaires et de qualité. Ces deux caractéristiques portent, d’une part, sur le fait que les
produits issus de ces secteurs touchent directement la santé humaine, et d’autre part, ils sont
destinés à des marchés caractérisés par la présence d’acteurs de différentes tailles, formes et
origines (coopératives, PMEs, Multinationnales…).
Partant des différents constats évoqués ci-dessous, nous pouvons conclure que la pression
concurrentielle exercée sur les entreprises coopératives agricoles les incite à s’engager dans une
329
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
démarche d’innovation en agissant sur les prérequis pour renforcer leurs capacités d’innovation.
D’ailleurs, l’innovation n’est plus une pratique accessoire, mais un vrai levier de performance
et de compétitivité que ces coopératives doivent explorer pour pouvoir continuer à satisfaire les
besoins de leurs adhérents qui est la finalité ultime de toute coopérative.
Au Maroc, le soutien public accordé aux coopératives est envisagé sous deux principales
formes : le soutien pécuniaire et non pécuniaire. La première forme de soutien vise à aider les
coopératives agricoles à moderniser leurs chaînes et pratiques de production, tandis que, la
deuxième forme s’annonce comme un soutien au développement des capacités
organisationnelles de celles-ci.
L’intérêt croissant des pouvoirs publics vis-à-vis des acteurs de l’entrepreneuriat coopératif
s’est traduit par une nouvelle orientation stratégique qui vise à renforcer, d’abord, leur
autonomie et leur capacité à s’engager dans des programmes d’innovation leur permettant de
soutenir cette autonomie, et de continuer à survivre avec un niveau de performance satisfaisant
dans un environnement qui devient de plus en plus concurrentiel. Le point d’inflexion dans ce
sens, était au début des années 2000 qui a connu l’émergence de plusieurs programmes
nationaux qui visaient le renforcement de la dynamique coopérative. Ainsi, les dispositifs
d’accompagnement des coopératives s’annoncent dans le cadre d’un ensemble de programmes
et stratégies. Parmi ces programmes, il y a lieu de citer : l’initiative nationale pour le
développement humain (INDH), le Plan Maroc Vert (PMV), la stratégie nationale pour le
développement de l’ESS (SNESS), les plans régionaux de l’ESS, le programme Mourafaka…
L’analyse descriptive des résultats de notre recherche indique qu’une grande partie des
entreprises coopératives enquêtées, ont déjà bénéficié de l’une des deux formes de soutien ou
les deux à la fois. Parmi les principaux organismes qui interviennent dans ce sens, nous citons
le ministère de l’Agriculture à travers le Plan Maroc Vert (PMV), les collectivités territoriales,
les établissements publics comme l’ADA, l’ODCO, l’ADS en plus des ONG nationales et
internationales.
Les politiques du soutien public sont supposées avoir une influence positive sur la capacité
d’innovation des acteurs ciblés. Il s’agit d’ailleurs, de leur objectif ultime. C’est dans cette
logique que nous avons formulé notre hypothèse sur l’existence d’une corrélation
significativement positivet entre les deux variables. Toutefois, les résultats de notre
330
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
investigation montrent l’absence de corrélation positive entre ces deux variables de soutien
public et la capacité d’innovation d’une part, et la capacité de la gestion des connaissances
d’autre part. Autrement dit, son influence ne s’exerce ni directement ni à travers la variable
médiatrice des capacités de gestion des connaissances (capacité d’absorption et capacités
dynamiques). Avec une valeur de P-value estimée à 0.063, nous avons pu infirmer notre
hypothèse sur la contribution du soutien public qui s’avère non significative. Ce qui revient à
dire que les pratiques de soutien et d’accompagnement public aux entreprises coopératives ne
se traduisent pas forcément par une amélioration de leur capacité à innover.
Nos résultats contredisent les propos de certains auteurs qui considèrent que le soutien public
exerce un effet significatif et positif sur la capacité d’innovation (González et al., 2013; Romijn
& Albaladejo, 2000; Tsekouras & Papaioannou, 2001) à travers l’efficacité de la gestion des
connaissances (Davenport et al., 1998; Dossou-Yovo, s. d.; Meda Adama, 2017). Ces travaux
soutiennent l’hypothèse de la contribution positive des pratiques de soutien et
d’accompagnement publics dans le renforcement du potentiel d’innovation à travers le soutien
de l’effort d’innovation au sein des organisations. Et ce, à travers la promotion du secteur de la
recherche publique pour remédier aux insuffisances de la recherche privée et générer des effets
de spillovers et d’entraînement en direction du secteur privé (Benhayoun, 2017). Dans ce même
ordre d’idée, Chaminade et al. (2008) considèrent le manque de soutien public à l’innovation
comme l’un des principaux facteurs qui restreignent l’innovation et qui diminuent les
possibilités pour les entreprises de s’engager dans l’apprentissage organisationnel interactif et
dans l’innovation au niveau systémique.
Cette contradiction avec la littérature antérieurement développée, montre que l’effort public en
matière de soutien à l’innovation dans le secteur coopératif marocain ne permet pas d’atteindre
les résultats souhaités. Autrement dit, bien que les pouvoirs publics aient mis en place une
panoplie de mécanismes de soutien aux coopératives, ceci n’a pas pu se traduire par une
amélioration positive de leur potentiel d’innovation. Ce qui interpelle l’analyse des pratiques
d’accompagnement mises en place par les pouvoirs publics. Une analyse qui devrait
s’interroger sur l’efficacité de ces pratiques et leurs convergences en vue d’atteindre les
objectifs fixés. Et ce, dans la perspective d’amélioration pour rendre leur effet plus significatif
et positif sur la capacité à innover dans le contexte coopératif marocain.
De ce fait, les explications possibles de ce résultat qui contredit la littérature concernant l’effet
du soutien public sur la capacité d’innovation dans le contexte coopératif marocain, peuvent
être envisagées sous deux principaux volets : le premier volet porte sur la nature des
331
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
mécanismes de soutien et la manière dont ils sont conçus, tandis que, le deuxième volet porte
essentiellement sur l’absence de convergence entre les différents programmes de soutien d’une
part, et leur orientation vers la promotion de l’innovation d’autre part.
En effet, l’analyse des pratiques du soutien public aux coopératives révèle un caractère
occasionnel, discontinu et non pragmatique. Par le caractère occasionnel, nous soulignons
l’absence de politique bien définie pour le soutien des coopératives. Ce dernier est souvent
envisagé dans une vocation curative pour remédier à certains problèmes occasionnels, et ne
prévoit pas un accompagnement continu pour renforcer la performance des acteurs coopératifs.
D’un autre côté, la politique publique en matière de soutien au secteur coopératif souffre encore
d’un certain nombre de limites qui affaiblit son impact, et rend les résultats loin des objectifs,
surtout en matière d’innovation. Ces limites sont liées principalement au manque de
convergence entre les différents programmes de soutien et d’accompagnement dédiés aux
acteurs coopératifs. Cette faiblesse d’impact s’intensifie par la multiplicité des intervenants
dans le secteur coopératif et l’absence de coordination entre eux. Et ce, malgré la mise en place
d’une stratégie nationale qui vise la promotion du secteur de l’ESS au Maroc, et qui détermine
les lignes directrices des programmes d’appui et d’accompagnement dédiés aux organisations
de l’ESS dont les coopératives constituent l’une des principales composantes.
Dans ce sens, le CESE stipule dans son rapport sur l’ESS au Maroc que le secteur coopératif
souffre aussi de carences institutionnelles liées à l’insuffisance d’accompagnement des
coopératives, à la défection de coordination entre les intervenants et à l’absence de convergence
332
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Les insuffisances reprochées aux politiques de soutien public accordé aux coopératives
marocaines constituent des justificatives logiques pour la faiblesse de leur contribution au
renforcement de la capacité d’innovation dans le secteur coopératif marocain. Bien plus, elles
impactent négativement la performance économique et sociale des coopératives et leur vocation
de développement (Khalid & Attouch Hicham, 2021).
Ainsi, la présence section est introduite dans cette thèse dans le but de mettre en évidence les
apports de notre recherche. De ces apports découle un certain nombre de recommandations
adressées aussi bien aux décideurs qu’aux responsables des coopératives.
En vertu des résultats de notre investigation empirique, et compte tenu des issues de l’effort de
discussion entrepris dans les deux premières sections de ce chapitre, il serait incontestablement
utile de mettre le point sur certaines conclusions, qui soient des lignes directrices pour les
décideurs dans leurs efforts de promotion de l’entrepreneuriat coopératif. De ce fait, nous
synthétisons la situation par rapport à la tendance de la littérature sur l’innovation avant de
procéder à la formulation d’un certain nombre de recommandations sous forme d’incitation à
la promotion de l’entrepreneuriat coopératif, et par conséquent faciliter la dissémination et la
diffusion de l’innovation dans ce secteur qui abrite des acteurs avec des spécificités sur tous les
niveaux.
333
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Les résultats de notre recherche révèlent quelques tendances dominantes quant à formation du
potentiel d’innovation dans les entreprises coopératives. La littérature contemporaine en
science de gestion est riche dans ce sens. Elle offre une panoplie de tentatives d’exploration des
facteurs qui influencent la capacité d’innovation. La confrontation des conclusions de ces
travaux avec celles de notre recherche nous mène à identifier deux tendances de la littérature
dans ces sens :
La première tendance de la littérature adopte une approche par les ressources pour l’étude de la
capacité d’innovation. Il s’agit d’une approche traditionnelle qui était dominante sur les travaux
d’analyse des mécanismes de l’innovation avant l’émergence de la théorie des capacités
dynamiques développée par Tecee (1992). Cette approche qui était au début axé sur les
ressources internes de l’entreprise pour renforcer l’avantage compétitif, s’est largement
développée avec l’émergence d’autres théories qui la complètent, constituant ainsi une
approche intitulée approche par les ressources et les compétences (TRC). Une approche qui
regroupe un ensemble de théorie notamment la « RBV : Resource Based-View » (Wernerfelt,
1984, Barney, 1986), « la théorie évolutionniste» (Nelson et Winter, 1982), « la théorie des
capacités dynamiques » (Teece Pisano et Shuen, 1997), la « théorie des compétences centrales»
(Hamel et Prahalad, 1990) et enfin la théorie du «KBV : Knowledge Based-View » développé
par Grant (1996), Conner et Prahalad (1996). Cette approche dans laquelle s’inscrit notre
recherche repose sur l’idée que la prédisposition des ressources soit une condition sine qua non,
mais non suffisante pour la formation d’un potentiel d’innovation. Selon l’approche,
l’entreprise a besoin de compétences clés et des capacités organisationnelles lui permettant de
mobiliser ses ressources de manière optimale pour renforcer sa capacité d’innovation. Elle
considère les connaissances comme principal intrant dans le processus d’innovation. Les
partisans de cette tendance tentent d’explorer les modalités de contribution de la gestion des
connaissances à la formation du potentiel d’innovation des entreprises.
334
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
approche explicitement plus récente que celle qui s’intéresse aux déterminants de l’innovation
(Galia et al. 2004, Segarra-Blasco et al. 2008).
Bien que nous ayons adopté l’approche par les ressources et les capacités dans notre travail
d’analyse de la capacité d’innovation dans le secteur coopératif marocain, nous avons veillé à
ce que notre analyse soit complétée par celle portant sur les barrières. De ce fait, notre enquête
a tenté d’identifier les barrières qui empêchent les coopératives enquêtées à se lancer dans des
activités innovantes, et par conséquent développer leur potentiel d’innovation.
Le tableau ci-après se veut une synthèse du positionnement des résultats de notre recherche sur
le champ de littérature sur les mécanismes de génération de la capacité d’innovation.
335
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
comme un facteur important qui agit sur les mécanismes de et la culture organisationnelle adoptée au sein
Makhloufi, A.
renforcement de la capacité à innover. Le type de leadership des coopératives expliquent les différences en
(2021).
Culture
336
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Faccin et al., (2017) entretenant de bons liens avec les acteurs de leur
cohérence interne et l’opérationnalisation des stratégies de Azzahidi, A., &
Yeşil & Doğan, (2019) environnement bénéficient d’un accès large aux
l’organisation via l’implication de différentes parties prenantes Omrane, A. (2020)
Crescenzi et al. (2013) ressources et aux connaissances. Ce qui favorise
internes. Sur le plan externe, le capital social influence l’accès de
leur potentiel d’innovation. Sur le plan interne,
l’entreprise aux ressources tangibles et intangibles (financement,
l’existence d’un climat social axé sur la
subvention, accompagnement…). D’où son effet supposé positif
confiance favorise l’implication des parties
sur la capacité à innover.
prenantes dans les stratégies de la coopérative.
337
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
338
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
En vertu des suites obtenues dans la thèse, nous confirmons la pure nécessité de bâtir le business
modèle des coopératives sur une logique d’innovation. Une logique qui peut constituer un levier
de compétitivité et de croissance pour soutenir l’indépendance des acteurs de l’entrepreneuriat
coopératif, et par conséquent renforcer leur pouvoir d’agir. Comme démontré tout au long de
ce travail de recherche, le développement d’une logique d’innovation dans ce secteur spécifique
est tributaire d’une capacité d’innovation forte au niveau des acteurs coopératifs, qui soient le
support d’une capacité d’innovation du secteur tout entier. Dans ce sens, nous nous appuyons
sur un ensemble de constats afin d’inciter à la promotion de la capacité d’innovation des acteurs
coopératifs marocains. Nous suggérons quelques considérations que nous adressons aux
décideurs en charge de l’ESS en général et de l’entrepreneuriat coopératif au Maroc à prendre
en considération pour améliorer davantage l’intervention de l’État dans le secteur. Une
intervention qui doit prendre en considération les spécificités du secteur, mais également de
l’importance de l’innovation comme levier d’amélioration. Ainsi, nos propositions porteront
que sur les différents aspects de l’innovation analysés dans le cadre du présent projet de
recherche.
339
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Nous estimons également que le partenariat scientifique entre la communauté coopérative et les
établissements de recherche scientifique notamment les universités soit encore timide. Bien
qu’il existe une panoplie de laboratoires et d’équipes de recherche s’intéressant au domaine
coopératif, l’impact sur la diffusion de l’innovation dans le secteur demeure faible. De ce fait,
un grand effort doit être entrepris dans le sens d’encourager d’abord le partenariat coopératives-
université, et ensuite, favoriser la production de la connaissance et son absorption par les entités
coopératives. Du côté de l’université, les décideurs doivent encourager les entités de recherche
universitaires de s’intéresser aux problématiques contemporaines de l’entreprise coopérative à
travers l’encouragement des recherches action. Du côté des coopératives, les « Policy makers »
doivent adopter une stratégie de sensibilisation au partenariat coopératives-université dans un
cadre bâti sur la confiance interorganisationnelle et le gain mutuel.
340
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
le nouveau cadre légal utilise le terme « entreprise » dans la définition des coopératives, le
caractère associatif domine encore la logique coopérative. Ceci nous l’avons bien remarqué tout
au long de notre recherche en recevant des commentaires revendiquant parfois l’assimilation
de la coopérative à une entreprise. Ceci est le fruit des accumulations historiques où les
coopératives et les associations étaient faiblement distinguées.
Il est donc particulièrement conseillé de mettre en place une stratégie de sensibilisation dans le
sens de favoriser l’émergence d’une culture entrepreneuriale dans le secteur coopératif, et ce en
mettant en valeur les caractéristiques économiques des organisations de la forme coopérative
dans un souci de dépendance, de compétitivité et de durabilité. Il serait en outre souhaitable
d’impliquer les groupements opérant dans le secteur (unions de coopératives, GIE, association
interprofessionnelles…) dans l’effort de sensibilisation pour que l’impact soit fort.
La seule hypothèse rejetée par notre recherche est celle portant sur l’impact du soutien public
aux coopératives sur leur capacité d’innovation. Dans la discussion, nous avons énuméré deux
justificatifs possibles pour ce résultat qui reste unique par rapport à la littérature développée
dans ce sens. La première porte sur l’adaptabilité des mécanismes de soutien mis en place aux
caractéristiques des coopératives, tandis que, la seconde met en lumière les modalités. Ainsi sur
la base des résultats obtenus et des explications avancées ci-dessus, nous proposons aux
décideurs un certain nombre de recommandations que nous estimons pouvoir contribuer à
l’amélioration de l’efficacité des mécanismes de soutien aux coopératives sur leur potentiel
d’innovation. Nos recommandations s’articulent autour de :
341
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
- Adopter des mécanismes de soutien avec un meilleur ciblage des coopératives à soutenir
en précisant clairement les critères de sélection et d’éligibilité pour une efficacité
optimale des fonds ;
- Adopter une approche économique pour rentabiliser les fonds mobilisés au lieu de
l’approche politique (subvention soumise au principe d’appartenance politique…) ou
sociosécuritaire (subvention en contrepartie de la paix sociale) ;
À l’heure actuelle, l’importance de l’usage des TIC n’est plus à démontrer. Néanmoins, leur
utilisation par les coopératives demeure timide. Notre recherche a met en évidence certaines
difficultés auxquelles sont confrontées les coopératives qui éprouvent un faible niveau d’accès
aux ressources TIC. Il convient de souligner de prime abord que la grande partie des
coopératives agricoles porte sur de petites exploitations situées dans les zones rurales et se
caractérisent par la faiblesse de leurs ressources. De ce fait, nous proposons quelques pistes
pour améliorer l’accès des coopératives aux ressources technologiques :
- Renforcer la capacité d’usage des TIC chez les coopératives à travers la sensibilisation
et la formation à l’usage des technologies ;
- Mettre en place des fonds de subvention orientés technologie pour encourager
l’investissement des coopératives en TIC et en ressource technologiques ;
2. Apports de la recherche
Les contributions de la présente thèse seront abordées en distinguant trois principales formes
d’apports à savoir : les apports d’ordre théorique, méthodologique et empirique.
Trois principaux apports théoriques sont à souligner dans le cadre de ce travail de recherche.
Le premier apport réside dans le fait de contribuer à l’enrichissement des travaux, encore
limités, sur la capacité d’innovation (Meda Adama, 2017). À ce titre, nous avons mobilisé un
cadre théorique pluriel combinant les théories économiques de l’innovation aux théories de
l’économie sociale. Bien que la littérature sur l’innovation demeure foisonnante, les
342
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
connaissances sur les facteurs stimulants la capacité à innover demeure peu exploitées
notamment lorsqu’il s’agit d’un contexte présentant des spécificités sur tous les niveaux comme
celui des coopératives. Le but étant d’inscrire les mécanismes de la capacité d’innovation dans
une vision évolutionniste et systémique de l’innovation en mettant l’emphase sur le phénomène
de complémentarité entre les ressources et les compétences.
Le deuxième apport concerne l’adoption de l’approche par les capacités organisationnelles pour
l’analyse de la capacité à innover dans le cadre d’une vision globale et intégrative. Dans ce
cadre, nous avons met l’accent sur la capacité d’absorption et les capacités dynamiques comme
variables de renforcement de la capacité à innover (variables médiatrices). Nous avons pu tester
et confirmer l’effet médiateur de ces deux variables sur la relation entre des variables d’ordre
organisationnel et technologique d’une part, et la capacité d’innovation d’autre part. Cette
approche a été motivée par l’existence de similarité et point communs entre ces trois types de
capacité et que la capacité d’innovation les englobe en plus d’autres aspects mises en place pour
sa mesure dans le cadre de ce travail, et ce, en s’inspirant des travaux de (Benhayoun, 2017;
Berger-Douce, 2014; Casadella & Uzunidis, 2018; Cohen & Levinthal, 1990; Martin et al.,
2006; Teece, 2014).
343
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
En effet, les outils utilisés nous ont permis d’examiner les déterminants et les mécanismes
d’innovation et de la capacité à innover, tout en permettant une meilleure prise en considération
des spécificités identitaires et organisationnelles des entreprises coopératives. Cette
méthodologie multicritères représente à notre sens, un apport méthodologique indéniable pour
une meilleure compréhension du phénomène étudié.
À l’issue des résultats empiriques de ce travail de thèse, nous avons formulé quelques
propositions qui nous semblent pouvoir contribuer au renforcement de la capacité d’innovation
des acteurs coopératifs marocains. Des recommandations adressées d’abord aux pouvoirs
publics pour adopter des politiques propres à la coopérative comme principal acteur de l’ESS
pour stimuler l’activité d’innovation. Ensuite, ils seront des lignes directrices pour les
344
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Finalement, les apports managériaux du présent travail de recherche sont de deux types qui
s’adressent à deux publics distincts : les premiers apports sont orientés vers les décideurs
publics pour les guider dans l’élaboration de politiques d’accompagnement et de soutien
adressées aux entreprises coopératives, les seconds vont directement aux structures
coopératives et aux acteurs en charge de leur développement.
Au niveau des pouvoirs publics, les politiques d’accompagnement des coopératives en matière
de l’innovation devraient prendre en considération deux constats qui peuvent améliorer leurs
efficacités : d’une part, ces politiques devraient être bâties sur une profonde compréhension du
statut coopératif. Cette compréhension du statut coopératif permettra aux décideurs de
concevoir des politiques adaptées aux besoins et à la philosophie coopérative et par conséquent
éviter la transposition des politiques appliquées pour les entreprises classiques et les appliquer
aux coopératives sans aucun effort d’adaptation.
D’autre part, les politiques publiques devraient être conçues en adoptant une logique de
différenciations entre les entreprises coopératives. Une différenciation en termes de taille, mais
également, en termes du domaine d’activité et du contexte géographique dans l’objectif de créer
des groupes de coopératives homogènes favorisant ainsi l’efficacité des politiques
d’accompagnement dans ce secteur plein de contradictions et paradoxes.
La prise en comptes des spécificités du secteur coopératif et des acteurs qui le composent, via
cette différenciation, permettrait la conception de politiques d’accompagnement plus ciblées en
matière de l’innovation dans ce contexte. Des politiques ciblées qui pourraient être un stimulus
au potentiel d’innovation dans le secteur et par conséquent améliorer sa compétitivité et son
pouvoir d’action.
En s’adressant aux responsables des structures coopératives, notre travail de recherche souligne
l’importance d’une orientation stratégique axée sur les ressources et les capacités des
organisations coopératives. Une vision stratégique clairement définie et axée sur l’innovation
serait une feuille de route pour l’amélioration de leurs capacités organisationnelles et leur
performance. Dans ce sens, il conviendrait de développer une culture organisationnelle
favorable à l’innovation pour minimiser les effets de la résistance au changement via l’adoption
345
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
d’une politique de communication qui permettrait une meilleure implication des adhérents aux
orientations stratégiques de la coopérative.
Un dernier point si important porte sur l’importance de l’effort technologique engagée par la
coopérative dans l’amélioration de sa capacité d’innovation. Comme nous l’avons spécifié
précédemment, l’effort technologique désigne l’investissement dans les activités de R&D que
notre étude a mis l’accent sur leur quasi-absence dans les coopératives enquêtées,
l’investissement dans la modernisation des leurs équipements et infrastructures technologiques
et la recherche de partenariat visant le renforcement des capacités technologiques des
entreprises coopératives via la coopération.
Nous spécifions ici que le renforcement de l’investissement en R&D que ça soit en interne via
la mobilisation des ressources propres ou en externe en favorisant les relations de partenariat et
de coopération technologique et en faisant recourt aux programmes publics de financement de
l’innovation. Aussi, l’investissement en technologies d’information et de communication
constitue le principal mécanisme de développement des compétences technologiques et
organisationnelles pour innover (Zaier, 2015b).
Un travail de recherche complet et parfait n’est qu’une utopie. Tout travail comporte des
éléments qui échappent aux chercheurs, qu’il soit à titre volontaire, c.-à-d. justifié par la volonté
de se concentrer sur un aspect bien déterminé, ou par omission. Ce travail de recherche
n’échappe pas à ce principe. Il présente bien évidemment des limites aussi bien sur le plan
théorique, méthodologique qu’empirique. Ces limites seront probablement des voies possibles
de recherche pour contribuer à l’amélioration de la connaissance sur l’analyse de la capacité
d’innovation dans le contexte coopératif.
La première limite porte sur la méthode de collecte des données notamment en ce qui a trait à
la source des données collectées. En effet, nous nous sommes limités aux présidents des conseils
346
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Malgré l’effort déployé pour atteindre l’objectif de début qui consistait à identifier les facteurs
déterminants de la capacité à innover, et malgré l’étude des différents aspects de la capacité à
innover, notre modèle ne prétend pas rendre compte de tous les mécanismes explicatifs de cette
variable holistique. Ce qui est justifié par la force prédictive de notre modèle telle qu’elle a été
estimée dans le chapitre précédent. Il serait un atout d’explorer d’autres variables susceptibles
de contribuer à la construction de la capacité à innover dans le contexte coopératif marocain.
Ce constat constitue ainsi la deuxième limite de ce travail de thèse.
Notre travail de recherche s’est intéressé à un contexte bien déterminé pour étudier la capacité
d’innovation des entreprises coopératives au Maroc. Il s’agit du contexte coopératif agricole de
la région SM. Bien que le choix de ce contexte ait été bien justifié, la production et la
généralisation de la connaissance nécessiteraient la prise en compte des différents contextes
dans lesquels opèrent les entreprises coopératives au Maroc. L’objectif étant de proposer un
modèle d’analyse de la capacité d’innovation des entreprises coopératives tenant compte des
différents facteurs susceptibles de l’influencer.
À ce titre, le fort ancrage territorial qui constitue l’une des principales caractéristiques des
entreprises coopératives, peut révéler d’autres facteurs avec une influence non négligeable sur
leur capacité à innover. Dans ce sens, la culture locale pourrait être également une variable
exerçant un fort impact dans ce sens. Il serait donc nécessaire d’engager des recherches visant
l’identification des variables culturelles susceptibles de contribuer à la détermination de la
capacité à innover dans le contexte coopératif marocain.
Une autre limite de ce travail de recherche s’annonce en termes de généralisation des résultats
de l’étude. Tenant compte de notre décision de délimiter le champ de notre étude aux entreprises
coopératives agricoles, la question de généralisation des données se pose fortement.
347
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
En plus des pistes de recherche émanant des limites développées ci-dessus, d’autres
perspectives de recherche peuvent être identifiées dans le cadre de ce travail de thèse.
348
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
Conclusion du chapitre
Après avoir complété, le traitement et l’analyse des données recueillies dans le chapitre
précèdent, nous avons décidé de consacrer le dernier chapitre de cette thèse à la discussion des
résultats obtenus afin de situer notre recherche dans le champ littéraire de l’innovation et plus
particulière sur les mécanismes de la capacité à innover. Ainsi, nous avons procédé à la
discussion des résultats de notre étude et les affronter aux réalités et à la tendance de la
littérature portant sur les mécanismes de la capacité d’innovation. Les trois sections de ce
chapitre, ont été donc structurées de telle sorte à ce que les résultats concernant différents
aspects de la capacité à innover seront traités.
Dans la première section, nous avons accordé une importance particulière aux aspects
organisationnels et technologiques de la capacité d’innovation, tout en mettant l’emphase sur
l’apport des capacités organisationnelles de gestion des connaissances. En effet, nos résultats
confirment la tendance de la littérature dans ce sens. Ils soulignent l’apport incontestable des
capacités organisationnelles et de leurs antécédents organisationnels et technologiques dans le
renforcement du potentiel d’innovation des organisations.
Dans la deuxième section, nous avons discuté l’influence des variables structurelles,
contextuelles et environnementales sur la capacité d’innovation. Dans ce sens, notre étude
confirme l’effet significatif des variables des capacités financières, du capital social et de
l’intensité concurrentielle. Tandis que l’impact de la variable « soutien public » a été infirmé.
Nos résultats s’accordent avec la littérature développée dans ce sens, sauf celle portant sur la
dernière variable qui est celle du soutien public, pour laquelle les auteurs l’ayant traité
s’accordent sur son effet significatif sur le potentiel d’innovation. L’exception que constitue
notre étude, se justifie par des considérations contextuelles liées à la nature du soutien accordé
aux coopératives par rapport au sujet de l’innovation.
Enfin, dans la dernière section, nous avons mis en avant les implications de notre recherche,
sous forme de recommandations destinées aux pouvoirs publics, mais aussi aux responsables
des coopératives. Ensuite, les apports et les limites de la présente recherche, ont été exposés
pour enfin s’ouvrir sur d’autres aspects non traités et qui constituent des pistes de recherche
envisageables pour continuer à éclairer davantage ce sujet dans le contexte particulier des
coopératives.
En guise de synthèse, les résultats de notre recherche s’alignent parfaitement avec la littérature
développée concernant la capacité d’innovation. À l’exception de la variable du soutien public,
349
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche
l’effet de l’ensemble des variables a été confirmé qu’il soit directement ou d’une manière
indirecte via les capacités organisationnelles de gestion des connaissances. À cet effet, certaines
recommandations ont été formulées sur la base de ces constats dans le but d’aider les décideurs
à adopter des politiques efficaces susceptibles de développer le potentiel d’innovation des
entreprises de la forme coopérative.
350
Conclusion générale
Cette thèse a eu comme principal objectif, l’analyse des déterminants de la capacité
d’innovation et la compréhension de ses mécanismes générateurs dans le secteur coopératif
marocain. La question de l’innovation et de la capacité à innover est devenue d’actualité, vu
cette réflexion ouverte sur les possibilités d’amélioration du pouvoir d’agir des acteurs de ce
secteur afin de contribuer efficacement à combler les failles des modèles de développement
classiques, qui ont montré leurs limites surtout à l’ère pandémique, qui a soulevé de nouveaux
défis aussi bien sur le plan social, économique qu’environnemental.
En effet, notre intérêt aux entreprises coopératives, trouve sa justification, d’abord, dans notre
conviction que les acteurs de ce mode d’entreprendre et de l’ESS en général, peuvent constituer
une alternative au modèle économique classique réputé infaillible sur le plan social, compte
tenu de leur pouvoir de conciliation entre les objectifs économiques et les engagements sociaux.
La nature hybride des coopératives, nous a donc mené à s’interroger sur les possibilités
d’amélioration de leurs compétitivités, et par conséquent, de leur pouvoir d’agir. Ainsi, le fait
que l’innovation, constitue un facteur de compétitivité nous interpelle à explorer ses
mécanismes et son état des lieux dans le contexte coopératif marocain. Nous nous sommes donc
intéressés au potentiel d’innovation des entreprises coopératives pour analyser ces mécanismes
générateurs et comprendre sa logique de développement.
351
coopératives présentent des spécificités les distinguant des autres modes d’organisation
entrepreneuriale.
Ainsi, nous avons présenté les concepts et les dimensions associés au potentiel d’innovation en
analysant les liens potentiels entre les différents concepts à travers une relecture des théories
modernes de l’innovation. L’objectif étant la proposition d’un modèle d’analyse de la capacité
d’innovation dans le contexte coopératif marocain, à travers ses facteurs déterminants. Pour ce
faire, nous avons tenté de comprendre, d’abord, les perceptions des intervenants dans le secteur
coopératif au Maroc vis-à-vis de l’innovation et de la capacité à innover. Une telle analyse a
mis l’accent sur la forte conscience et surtout la reconnaissance de l’importance de l’innovation
dans le modèle d’affaires des entreprises de la forme coopérative. Nous avons mis également
le point sur l’existence d’un quasi-consensus sur ce sujet, bien que cette réalité ne soit pas
reflétée dans le contexte coopératif étudié, vu les multiples obstacles qui limitent les capacités
des acteurs coopératifs marocains.
Néanmoins, nous avons mis à travers cette étude le point sur une certaine ambiguïté de ce
concept dans le contexte des coopératives. Une ambiguïté qui constitue souvent une barrière à
l’innovation à travers le développement d’un sentiment de résistance à l’innovation en sous-
estimant les capacités des coopératives et limitant, ainsi, le comportement d’innovation de ces
organisations.
Dans cette veine, notre appréhension des mécanismes de l’innovation au Maroc et plus
particulièrement dans le contexte coopératif, mais également de la contribution potentielle des
acteurs de ce secteur dans la résolution des problématiques sociales, nous a conduits à nous
interroger sur les mécanismes de renforcement de leur potentiel d’innovation comme élément
de compétitivité, de performance et de longévité. Nous avons été interpellés par la question de
la capacité à innover qui est considérée comme la base de toute activité d’innovation.
Nous nous sommes donc orientés vers la littérature développée dans ce sens, pour voir quelles
sont les modalités de traitement de ce concept et de la problématique qui en découle. La
conception d’une revue de littérature, nous a été un travail délicat, vu qu’à notre connaissance,
le thème de la capacité d’innovation, n’est pas assez traité dans les sciences de gestion et encore
plus dans le contexte coopératif. Nous avons donc tenté de concevoir un état de l’art qui puisse
décrire les mécanismes de la propension d’innovation en affrontant la littérature existante sur
d’autres formes d’entreprises aux réalités du contexte coopératif présentant des spécificités
énormes, aussi bien sur le plan identitaire qu’organisationnel. Nous avons donc développé une
352
grille de lecture en se basant sur les travaux relevant du champ des entreprises classiques et
celui des coopératives.
Les allers-retours entre les données théoriques et les spécificités du terrain ont établi qu’il
s’agissait d’un terrain d’étude idéal pour la mise en œuvre de l’innovation à travers le
développement de la capacité à innover des acteurs qui y sont actifs.
Ces constats relevant aussi bien du champ théorique qu’empirique, nous ont aidés à concevoir
un questionnement de recherche auquel nous avons essayé d’apporter des éléments de réponse.
Dans ce sens, notre problématique finale de recherche s’annonce comme suit :
Le traitement de cette problématique s’est basé sur la mobilisation d’un ensemble d’approches
et outils théoriques, méthodologiques et empiriques. Pour mettre en exergue les approches
mobilisées, nous allons retracer une vue d’ensemble de notre démarche de recherche en suivant
un plan articulé en trois étapes essentielles : la première étape est de nature théorique, dans
laquelle nous avons essayé de proposer un éclairage théorique et conceptuel des concepts clé
de cette thèse, en accordant une attention particulière aux facteurs stimulant la capacité
d’innovation tels qu’ils sont analysés par les théories économiques de l’innovation, en général,
et dans le contexte particulier des coopératives, après avoir mis en exergue ses spécificités
identitaires et organisationnelles. Ainsi, nous avons adopté une démarche d’analyse de la
capacité à innover en mobilisant une approche intégrative, axée sur la complémentarité entre
les ressources et les capacités organisationnelles.
L’approche par les capacités organisationnelles nous a mené à mettre le doigt sur deux
principales dimensions du concept de la capacité d’innovation à savoir : la capacité
d’absorption et les capacités dynamiques. Ces concepts ont été analysés dans le cadre d’une
approche qui met à l’honneur le rôle central de la gestion des connaissances dans l’innovation.
Ces deux concepts ont été pris comme des variables intermédiaires de telle sorte à ce qui’elles
constituent des dimensions d’une variable que nous avons appelé « capacité de gestion des
connaissances ».
Nous avons donc considéré les aspects qui tiennent à la gestion des connaissances en mobilisant
ces deux variables de la capacité d’absorption des connaissances et des capacités dynamiques
de gestion des connaissances, comme éléments de renforcement du potentiel d’innovation à
travers leur effet de médiation. Cette orientation trouve sa justification dans l’hypothèse qui
353
stipule que la prédisposition des ressources est une condition nécessaire, mais non suffisante
pour la formation du potentiel d’innovation des organisations.
Ainsi, la démarche progressive, poursuivie dans l’analyse théorique, a été bâtie sur les théories
de management stratégique de l’innovation, en l’occurrence, la théorie systémique de
l’innovation, la théorie évolutionniste et l’approche processus de l’innovation telle qu’elles sont
développées dans le premier chapitre de cette thèse. Cette démarche nous a guidés dans la
formulation du cadre d’analyse retenu pour étudier l’innovation dans le contexte coopératif
marocain.
La deuxième étape est de nature méthodologique, au cours de laquelle nous nous sommes
intéressés à définir les choix épistémologiques, méthodologiques et empiriques susceptibles de
nous guider vers l’atteinte de notre objectif de recherche. Il s’agit d’une étape décisive dans le
processus de recherche, dans la mesure où, ces choix conditionnent la qualité et la validité des
résultats attendus. Ainsi, la complexité de notre objet de recherche et d’autant plus de notre
contexte d’étude, nous a mené vers le choix d’une méthodologie mixte combinant à la fois les
approches qualitatives dans une logique exploratoire de contextualisation, et quantitatives qui
sont mobilisées dans une vocation confirmatoire de validation. Notre raisonnement est donc de
nature abductive vu les processus d’itérations engendrées par l’approche méthodologique
mixte, mis en application dans le cadre de ce travail.
Le modèle conceptuel que nous avons soumis au test dans le cadre de cette thèse est composé
de trois types de variables. La variable expliquée qui est la capacité d’innovation et qui est
appréhendée dans le cadre de ce travail de recherche via ses dimensions et sans tenir compte
des différences existantes entre les types d’innovation. Autrement, notre approche s’intéresse à
la capacité d’innovation abstraction faite du type d’innovation répandu dans la coopérative et
indépendamment de ce qu’elle réalise des innovations ou non. Ce construit de la capacité
d’innovation est soumise à l’effet d’un ensemble de variables qui interagissent pour la
354
déterminer. Ces variables sont de trois catégories : les variables d’ordre organisationnel et
managérial, les variables d’ordre technique et technologique et enfin les variables issues du
contexte et de l’environnement. La relation causale entre ces variables explicatives et la variable
expliquée est impactée par l’effet médiateur d’une troisième variable qui est la capacité de
gestion des connaissances. Partant de l’idée qui stipule que la base de l’innovation est la
connaissance (économie de la connaissance), la littérature développée dans ce sens, souligne la
nécessité d’intégrer cette variable dans le cadre de notre modèle en vue d’expliquer la capacité
d’innovation.
Notons par ailleurs que plusieurs apports peuvent être dénombrés, des limites ainsi que des
pistes de recherches futures peuvent être également annoncées. Ces apports et limites ainsi que
les implications de la recherche sont présentés dans la dernière section du dernier chapitre de
cette thèse. Les résultats des études menées dans le cadre de la présente thèse ont permis de
mettre le point sur certaines caractéristiques de l’innovation et de la capacité à innover dans le
contexte coopératif marocain. Les constats relevés dans ce sens seront présentés dans le cadre
de cette conclusion sous forme des affirmations. Mais, avant d’expliciter l’ensemble de ces
points, il nous semble important de présenter en premier lieu une synthèse de nos principaux
résultats.
Synthèse des principaux résultats
Le présent travail de recherche a permis de mettre en évidence quelques aspects et mécanismes
de la capacité d’innovation des entreprises coopératives agricoles de la région SM. Dans ce
sens, la capacité d’innovation est vue comme une équation qui combine un ensemble de
variables d’ordre organisationnel, technologique et contextuel. La présente recherche a permis
également de mettre en exergue le rôle médiateur des capacités organisationnelles de gestion
des connaissances à savoir les capacités dynamiques et la capacité d’absorption des
connaissances. Un rôle qui vient renforcer l’effet des trois familles de variables de cette
équation.
Le modèle conceptuel de notre recherche a été bâti sur 15 principales hypothèses formulées en
se basant sur la littérature spécialisée et l’étude de contextualisation menée dans le cadre du
présent travail de recherche. Parmi les 15 hypothèses formulées, 13 ont été confirmées après
les avoir soumis aux différents tests. Seulement les deux hypothèses portant sur l’apport du
soutien public ont été totalement rejetées après avoir obtenu que l’impact de ce dernier ne soit
pas significatif. Nos résultats, montrent que l’influence du soutien public sur la capacité
d’innovation des entreprises coopératives enquêtées ne s’exerce ni directement ni via les deux
355
variables médiatrices portant sur la capacité de gestion des connaissances. Autrement dit, l’effet
du soutien public sur la capacité des entreprises coopératives s’avère non significatif. Un
résultat qui contredit la littérature développée dans ce sens. Cette contradiction avec la tendance
de la littérature se justifie par des considérations contextuelles comme nous l’avons expliqué
dans la deuxième section du dernier chapitre de cette thèse.
Le schéma suivant synthétise les résultats des tests d’hypothèses menés dans le cadre de cette
recherche.
Dans l’ensemble, les résultats mis en évidence dans le cadre de cette recherche permettent de
contribuer à la compréhension des mécanismes de l’innovation et de la capacité à innover dans
les entreprises coopératives agricoles au Maroc. Ils ont mis en lumière dans ce champ particulier
356
de l’entreprise coopérative, d’une part, les facteurs stimulant la capacité d’innovation, et d’autre
part, les perceptions des acteurs coopératifs vis-à-vis du sujet d’innovation qui devient de plus
en plus stratégique dans toutes les organisations. Ceci peut constituer une source d’inspiration
à la fois pour les entreprises coopératives et pour les pouvoirs publics en vue de concevoir des
politiques d’accompagnement et de soutien susceptibles d’avoir un réel impact sur la capacité
d’innovation du secteur coopératif marocain.
Les aspects et les caractéristiques de la capacité d’innovation, qui sont mis en relief dans le
cadre de cette thèse, nous ont permis de faire un certain nombre de constats qui permettent de
décrire, mais également de comprendre les spécificités de ces acteurs en ce qui a trait à
l’innovation. Ces constats seront présentés dans la suite de cette conclusion de manière
synthétique, pour une meilleure et brève synthèse des résultats de la présente recherche.
Ainsi, nous avons formulé quatre affirmations à retenir de ce travail de recherche comme suit :
Certes, l’innovation a longtemps été négligée par les organisations de l’ESS pour lesquelles,
elle ne constituait pas une priorité. Néanmoins, face aux multiples enjeux auxquels ces
organisations font face perpétuellement, elle ne cesse pas de s’ancrer dans leur « business-
model », notamment, pour les coopératives où l’enjeu est beaucoup plus important, compte tenu
de leur philosophie qui se base sur la conciliation entre les objectifs sociaux et la finalité
économique. Il s’agit donc d’un enjeu stratégique aussi bien pour les entreprises coopératives
que pour l’ensemble des organisations.
357
Par ailleurs, notre étude a mis l’accent sur une certaine confusion dans la définition de
l’innovation et de la capacité à innover chez les acteurs coopératifs. Cette confusion émane de
l’interaction de l’innovation avec d’autres concepts qui lui sont proches, notamment la
créativité et l’invention. La révélation de cette confusion est importante dans la mesure où elle
peut constituer un frein à l’innovation dans les entreprises du secteur coopératif. Elle constitue
une barrière pour autant que les acteurs coopératifs conçoivent l’innovation dans sa vision
complexe et radicale en négligeant les types réputés accessibles, vu qu’il ne nécessite pas un
effort technologique consistant comme l’innovation organisationnelle, et les innovations
incrémentales.
Dans ce sens, nos résultats soulignent l’effet significatif et positif d’une part, des facteurs
d’ordre organisationnel comme la qualité du capital humain, la culture organisationnelle et les
capacités financières des entreprises coopératives, et d’autre part, des facteurs technologiques
tels que l’usage des TIC et l’effort technologique.
À leur tour, les compétences personnelles des membres des coopératives constituent l’un des
facteurs clés au développement et au renforcement de leur capacité à innover. Les compétences
techniques chez les adhérents des coopératives marocaines sont avérées, vu que l’adhésion à
une coopérative est conditionnée par l’exercice effectif d’une activité qui rentre dans le domaine
358
d’activité de la coopérative selon la loi régissant le statut général des coopératives au Maroc.
Toutefois, d’autres compétences auraient encore besoin de développement, notamment celles
ayant un lien avec les aspects managériaux et stratégiques dans la coopérative.
La présente étude a mis l’accent également sur l’importance des capacités organisationnelles
de la gestion des connaissances dans la formation de la capacité d’innovation. Nous avons vu
comment l’intégration des deux variables mesurant la capacité de gestion des connaissances à
savoir les capacités dynamiques et la capacité d’absorption des connaissances a amélioré
significativement la corrélation positive entre les variables indépendantes et la capacité
d’innovation comme variable dépendante. Ces deux variables intermédiaires sont à leur tour
déterminées par les variables d’ordre technologiques et organisationnelles. Ceci nous a incité à
souligner le caractère technico-organisationnel du construit de la capacité d’innovation.
359
nouvelles connaissances dans l’organisation. Les connaissances accumulées dans sont
essentiellement utilisées par les personnes via les processus de gestion des connaissances.
Les résultats présentés dans cette thèse confirment cette hypothèse. Ils soulignent l’existence
de corrélations significative et positive entre la gestion des connaissances et le potentiel
d’innovation des coopératives enquêtées. Il est donc nécessaire pour les coopératives de
disposer d’une capacité de gestion des connaissances lui permettant d’alimenter
continuellement son processus d’innovation. La capacité de gestion des connaissances et la
capacité d’innovation évoluent donc dans le même sens.
De ce fait, l’effort des coopératives comme celui des pouvoirs publics doivent se pencher sur
le développement des capacités organisationnelles de gestion des connaissances au sein des
coopératives. Il s’agit bien évidemment des capacités dynamiques et d’absorption des
connaissances. Ces capacités qui dépendent d’un certain nombre de variables aussi bien d’ordre
organisationnel que technologique. Dès lors, toute action visant le renforcement de ces
capacités doit porter aussi, sur leurs déterminants. Sur le plan organisationnel, l’effort doit
porter sur le développement de la qualité du capital humain au sein des coopératives vu que
celui-ci est considéré comme étant le support des connaissances développées ou acquises au
sein des organisations. En outre, la culture organisationnelle doit être revue de telle sorte à ce
qu’elle soit favorable à l’innovation.
360
coopératives aux TIC semble être limité. En plus de favoriser l’accès aux TIC, la vulgarisation
de leur utilisation est aussi une étape importante pour le renforcement des capacités
organisationnelles de gestion des connaissances.
Les seules hypothèses rejetées dans le cadre de cette recherche sont celles portant sur l’effet du
soutien public. Nos résultats ont souligné la non-signification de son effet ni sur la capacité à
innover ni sur les deux variables de la capacité de gestion des connaissances. Bien que la plupart
des coopératives enquêtées ont indiqué qu’elles aient déjà bénéficié d’un accompagnement
public, qu’il soit sous forme de soutien financier ou sous forme de programme de formation ou
coaching visant le renforcement de leurs capacités, nos résultats ont mis en évidence la faiblesse
de l’impact de cet effort public sur la capacité d’innovation des entreprises coopératives
enquêtées. Ce qui nous interpelle à s’interroger sur les justificatifs de ce résultat qui contredit
la littérature spécialisée, et qui confirme l’effet significativement positif du soutien public sur
la capacité d’innovation. Deux éventualités se posent dans ce sens : il s’agit d’une part, de la
qualité et de la fiabilité des données collectées et, d’autre part, il peut être lié à l’inefficacité des
pratiques d’accompagnement mises en place par les pouvoirs publics dans le contexte
coopératif marocain.
361
soient en contact direct et permanent avec les entreprises coopératives de la région, et de leur
expérience dans le secteur.
Plus encore, la lecture et la relecture des questionnaires remplis nous ont permis d’identifier
certaines réponses jugées non fiables ou inutiles à analyser (15 questionnaires ont été identifiés
dans ce sens). Les questionnaires identifiés ont fait l’objet d’une deuxième tentative de
remplissage à travers le contact direct avec les responsables des coopératives concernées pour
éclairer certaines questions qui ont fait l’objet de confusion ou d’incompréhension dans la
première tentative. Cette opération nous a permis de redresser les questionnaires concernés pour
les rendre exploitables avant de les intégrer dans la base de données destinée à l’analyse.
La deuxième éventualité nous interpelle à supposer que ce résultat soit lié à l’inefficacité des
modalités de soutien mises en place par les pouvoirs publics pour l’accompagnement des
entreprises coopératives. Nous nous sommes donc interrogés sur les pratiques
d’accompagnement mises en place dans le contexte coopératif marocain. Une telle interrogation
nous a permis de prendre connaissance que l’accompagnement des coopératives au Maroc
s’envisage sous deux principales formes. La première forme est de nature pécuniaire, et prend
la forme d’un soutien financier accordé soit au stade de lancement ou de la création de la
coopérative ou au fur et à mesure du développement de son activité. La deuxième forme qui est
non pécuniaire vise le renforcement des capacités de gestion au sein des coopératives via des
plans de formation ou des programmes de coaching comme c’est le cas pour le programme
Mourafaka traité dans le premier chapitre de la présente thèse.
Néanmoins, étant donné que nous ne sommes pas habilitées à prononcer sur l’efficace des
pratiques d’accompagnement identifiées, dans le cadre de ce travail de recherche, nous
proposerons donc l’étude de ce point parmi les perspectives de recherche. Un travail de
recherche portant sur l’évaluation de l’efficacité de ces pratiques sera d’une utilité indiscutable
aussi bien pour les acteurs coopératifs que pour les pouvoirs publics en charge de
l’accompagnement des acteurs coopératifs, en vue de les diriger vers l’adaptation des pratiques
d’accompagnement au contexte coopératif en adoptant une vision axée sur l’innovation.
Tenant compte de ce qui précède, nous estimons que les autorités publiques en charge de l’ESS,
doivent revoir leurs politiques d’accompagnement, afin de concevoir et de mettre en place des
programmes d’accompagnement et de soutien susceptibles de mener l’innovation dans le
contexte coopératif à des niveaux plus développés. Les programmes d’accompagnement aux
coopératives doivent être donc innovants et visent l’innovation. Autrement dit, les décideurs
362
sont appelés à éviter la transposition des pratiques d’accompagnements conçues pour les
entreprises et les appliquer dans le secteur coopératif. Ils doivent par contre concevoir des
programmes qui tiennent en compte les spécificités des entreprises coopératives sur tous les
niveaux, afin de les rendre efficaces et de multiplier leur impact sur le potentiel d’innovation
des acteurs de l’entrepreneuriat coopératif.
363
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la Coopération.
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Liste des annexes
Cette enquête est réalisée dans le cadre d'une recherche doctorale. Elle vise à comprendre les facteurs
déterminants de la capacité d’innovation des entreprises coopératives opérant dans la production et la
valorisation des produits de terroir dans la région Souss Massa. Le temps que vous consacrerez à ce
questionnaire n’excédera pas 20 minutes. Nous vous assurons que la confidentialité totale de vos
réponses sera préservée.
La qualité et la précision de vos réponses nous permettront d’avancer plus rapidement dans notre
recherche et de réaliser un travail sérieux. Nous vous tiendrons informés des résultats de cette étude,
si vous êtes intéressés par le biais de votre mail :
............................................................................................................................
[Link] de l’interviewé :
……………………………………………………………………
Non et prénom ………………………………….......................................................
........................................
……………………………………………………………………
Organisme d’appartenance ………………………………….......................................................
........................................
Administration publique Organisme de recherche
Statut de l’organisme Organisme privé d’accompagnement privé GIE
Union de coopérative Entreprise coopérative
Domaine d’intervention/secteur
Accompagnement Financement Commercialisation
d’activité
……………………………………………………………………
Fonction occupée au sein de
………………………………….......................................................
l’organisme
........................................
……………………………………………………………………
Formation ………………………………….......................................................
........................................
……………………………………………………………………
Nombre d’années d’expérience ………………………………….......................................................
........................................
384
2.2. Qu’est-ce que selon vous la capacité d’innovation ?
……………………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………………
2.3. Quels sont les facteurs clés de réussite d’une démarche d’innovation dans le
secteur coopératif ?
……………………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………………
2.4. Quels sont les obstacles qui limitent la capacité d’innovation des entreprises
coopératives marocaines ?
……………………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………….…………
……………………………………………………………………………………………………
2.5. Comment évaluez-vous l’état des lieux de l’innovation dans le secteur
coopératif national ?
Type d’innovation 1 2 3 4 5
Nouveau produit (innovation radicale)
Innovation produit
Produit amélioré (innovation incrémentale)
Nouveaux procédés (nouvelles techniques de
Innovation procédés production
Amélioration des procédés existants
Marketing
Innovation
Canal de distribution
organisationnelle
Nouvelle organisation
385
3.1. Quel est le degré d’influence des variables ci-dessous sur la capacité à innover
des entreprises coopératives ?
Variables Item 1 2 3 4 5
Caractéristiques Âge de la coopérative
socio-économiques Taille de la coopérative
Éducation formelle (formation)
Capital humain
Éducation informelle (Expérience)
Niveau de confiance entre les adhérents
Capital social
Réseau du dirigeant (président, gérant ou directeur)
Capacité d’autofinancement
Capacité
Accès au financement externe
financière
Subventions publiques
Utilisation des TIC (technologies d’information et de
Technologie communication)
Équipement et infrastructure
Structure organisationnelle
Mode de gouvernance
Culture
Politique de gestion des ressources humaines
organisationnelle
Gestion des connaissances
Comportement vis-vis de l’innovation
Valeurs
Culture
Croyances
Contexte Situation économique du pays/région
économique Niveau de la concurrence
Dynamique du marché de destination des produits de la
Marché coopérative (degré de maturité)
Coopération intercoopérative
Coopération Coopération Université-coopérative
Coopérative avec des laboratoires de recherche privée
Accompagnement public
Accompagnement
Accompagnement privé
Loi Le cadre légal
386
Annexe 2: Questionnaire de l'étude quantitative
Mohamed BAKKAR
Doctorant
Email : bakkarmohamed@[Link]
Équipe de Recherche en Entrepreneuriat et Finance Islamique (EREFI)
Laboratoire de Recherche en Entrepreneuriat, Finance et Audit (LaReFA)
École Nationale de Commerce et de Gestion
Université Ibn Zohr, Agadir
Madame, Monsieur,
Le présent questionnaire auquel nous vous prions de prendre que vous a été adressé dans le cadre
d’une recherche académique portant sur l’analyse des mécanismes de la capacité d’innovation
dans le contexte coopératif marocain. Elle vise à comprendre à identifier les facteurs déterminants
de la capacité d’innovation des entreprises coopératives agricoles. Le temps que vous consacrerez
à ce questionnaire n’excédera pas 25 minutes. Nous vous assurons que la confidentialité totale de
vos réponses sera préservée.
Nous comptons sur la qualité et la précision de vos réponses qui vont nous permettre d’avancer
plus rapidement dans notre recherche et de réaliser un travail sérieux. Nous vous tiendrons
informés des résultats de cette étude, si vous le souhaitez par le biais de votre mail :
..............................................................................................................................com.
387
I. Identification de la coopérative et de l’interviewé
Dénomination ………………………………………………………..
1. Filière lait 2. Élevage, aviculture et production des viandes rouges
Filière 3. Filière Arganière 4. Filière des fruits et légumes Maraîchage de primeur
5. Filière apicole 6. Filière des Produits de terroir 7. Autres :
Identification de l’interviewé
Nom et prénom
Poste occupé au sein de la
coopérative
Indifférent
Tout à fait
D'accord
d'accord
d'accord
1. Quel était l’objectif principal derrière la création de votre
coopérative ?
388
II. Identification des déterminants de la capacité d’innovation
1. Culture organisationnelle
Extrêmement
Relativement
Pas du tout
importante
importante
importante
importante
importante
5. Comment qualifiez-vous l'importance de
Très
Peu
l’ancienneté des membres du CA ?
Président
Secrétaire général
Trésorier
Pas d'accord
Pas du tout
Indifférent
Tout à fait
D'accord
6. Veuillez indiquer dans quelle mesure êtes-vous en
d'accord
d'accord
accord ou en désaccord avec les affirmations suivantes
?
389
2. Qualité du capital humain
professionnelle
Secondaire
Formation
Supérieur
Primaire
Aucun
7.a. Quel est le niveau d’instruction des membres du
conseil d’administration de votre coopérative ?
Président
Secrétaire général
Trésorier
professionnelle
Secondaire
Formation
Supérieur
Primaire
Aucun
7.b. Quel est le niveau d'instruction du directeur
(répondez si la coopérative dispose d'un directeur)?
Directeur
professionnelle
Secondaire
Formation
Supérieur
Primaire
Aucun
Adhérents
Collaborateurs
Peu importante
Extrêmement
Relativement
Pas du tout
importante
importante
importante
importante
8.a. Comment qualifiez-vous votre expérience et celle
Très
Expérience technique
Expérience managériale
Expérience entrepreneuriale
390
Extrêmement
Relativement
Pas du tout
importante
importante
importante
importante
importante
8.b. Comment qualifiez-vous l’expérience professionnelle
Très
Peu
des adhérents et collaborateurs de votre coopérative
Expérience technique
Expérience managériale
Expérience entrepreneuriale
3. Capacités financières
Pas d'accord
Pas du tout
Indifférent
Tout à fait
D'accord
10. Au cours des dix dernières années 2010 à 2019, pour
d'accord
d'accord
ses activités d’innovation, votre coopérative a-t-elle eu
recours aux autres modes de financement ?
Fonds propres ou quasi fonds propres (y compris augmentation de
capital, compte courant adhérent)
Capacité d’autofinancement (CAF), trésorerie
Endettement (emprunts)
Subventions
Autre mode de financement
11. Au cours des dix dernières années 2010 à 2019, pour ses activités d’innovation, votre
coopérative a-t-elle reçu un soutien financier?
Oui Non
Pas du tout
Indifférent
Tout à fait
D'accord
d'accord
d'accord
d'accord
Collectivités territoriales
Agences de développement (ADS, Agence de développement des
régions de sud, ANDZOA…)
Ministère de l’Agriculture (Plan Maroc Vert)
ONG nationale
ONG internationale
391
4. Effort technologique
Oui Non
Oui Non
Pas du tout
Indifférent
Tout à fait
D'accord
d'accord
d'accord
d'accord
14. Veuillez indiquer dans quelle mesure êtes-vous en
Pas
accord ou en désaccord avec les affirmations suivantes ?
5. Capital social
Pas du tout
Indifférent
Tout à fait
D'accord
d'accord
d'accord
d'accord
15. Veuillez indiquer dans quelle mesure êtes-vous en
Pas
392
Il existe un appui fort de la part des membres du CA aux projets
proposés par les membres de la coopérative
La reconnaissance des contributions exceptionnelles de certains
membres de la coopérative est importante
Il existe un niveau élevé d’échange de connaissances au sein de
notre coopérative
Pas du tout
Indifférent
Tout à fait
D'accord
d'accord
d'accord
d'accord
16. Veuillez indiquer dans quelle mesure êtes-vous en
Pas
accord ou en désaccord avec les affirmations suivantes ?
Extrêmement
Relativement
Pas du tout
importante
importante
importante
importante
importante
17. Au cours de la période 2010-2019, quelle a été, pour les
Très
Peu
Clients
Concurrents
393
7. Soutien public
Pas du tout
Indifférent
Tout à fait
D'accord
d'accord
d'accord
d'accord
18. Veuillez indiquer dans quelle mesure êtes-vous en
Pas
accord ou en désaccord avec les affirmations suivantes ?
8. Pression concurrentielle
Extrêmement
Pas du tout
Important
important
important
important
Neutre
Plutôt
19. Quels marchés géographiques votre coopérative a-t-elle
servis entre début 2010 et fin 2019 ?
Important
important
important
important
Neutre
Plutôt
394
Extrêmement
Pas du tout
Important
important
important
important
21. Quels sont les principaux clients de votre coopérative ?
Neutre
Plutôt
veuillez préciser le degré d’importance de chacun des types
suivants :
Dans cette rubrique, nous cherchons à évaluer la capacité de la coopérative à détecter et à identifier les
nouvelles connaissances et les absorber afin de les utiliser sous forme d’input pour leur système
d’innovation.
9.1. Capacité d’absorption
Pas d'accord
Pas du tout
Indifférent
Tout à fait
D'accord
d'accord
d'accord
22. Veuillez indiquer dans quelle mesure êtes-vous en
accord ou en désaccord avec les affirmations suivantes ?
Indifférent
Tout à fait
D'accord
d'accord
d'accord
Dans notre coopérative, les idées et les concepts sont échangés entre les
différents départements.
Notre management soutient la coopération interdépartements pour
résoudre les problèmes.
395
Extrêmemen
Pas du tout
t important
Important
important
important
Neutre
Plutôt
24. Veuillez indiquer dans quelle mesure êtes-vous en
accord ou en désaccord avec les affirmations suivantes ?
Extrêmeme
Pas du tout
Important
important
important
important
Neutre
Plutôt
25. Votre coopérative est-elle impliquée dans les mesures
nt
suivantes?
d'accord
d'accord
Neutre
Pas du
Tout à
Pas
fait
396
contraignant
Assez élevé
Très élevé
27. Au cours des dix années 2010 à 2019, comment
Moyen
Faible
Non
évaluez-vous l’impact des freins à l’innovation suivants sur
vos activités d’innovation ou de R&D ?
Très élevé
Moyen
Faible
Assez
28. Votre coopérative réalise-t-elle des innovations suivantes?
élevé
Nul
Veuillez préciser le degré de nouveauté de ces innovations
397
Pas du tout
Indifférent
Tout à fait
D'accord
d'accord
d'accord
d'accord
29. Comment votre coopérative a-t-elle pu développer ces
Pas
innovations?
En interne à la coopérative
En coopération avec d'autres coopératives ou groupement de
coopératives
En coopération avec d'autres entreprises ou institutions privées
En coopération avec des institutions publiques
398
Annexe 3: Version arabe du questionnaire
سيدن ،سيدي
ي
أكاديم لنيل شهادة الدكتوراة ،يهدف إىل فهم اليات البتكار يف
ي تجرى هذه الدراسة يف إطار بحث
المغرن من خالل تحليل العوامل المحددة للقدرة االبتكارية للمؤسسات التعاونية
ي التعاون
ي القطاع
الفالح بجهة سوس ماسة .سنكون ممتني لمشاركتكم يف هذا العمل و نؤكد لكم ي العاملة يف القطاع
أنه سيتم الحفاظ عىل الرسية التامة لجاباتكم ولن تستعمل المعلومات المناقشة خالل المقابلة إال
ألغراض أكاديمية فقط.
نعول عىل جودة ودقة إجاباتكم ،حيث سيساعدنا ذلك عىل إنجاز بحث جاد ومفيد لمسيي
المغرن بشكل عام .سنبقيكم عىل اطالع ي التعاون
ي المؤسسات التعاونية وللقائمي عىل القطاع
ون الخاص بنتائج هذه الدراسة ،إذا كنتم ترغبون يف ذلك ،عن طريق الييد اللكي ي
بكم....................................................................................................................:
ولكم منا جزيل الشكر واالمتنان.
399
معلومات عن التعاونية
تسمية التعاونية
المواش والدواجن وانتاج اللحوم
ي تربية إنتاج الحليب نشاط التعاونية
إنتاج الخض والفواكه انتاج األركان ومشتقاته
أخرى المنتوجات المجالية خارج األركان تربية النحل
تاري خ تأسيس التعاونية
عدد المنخرطي
موسم
ي دائم نوعية النشاط
400
محددات القدرة عىل االبتكار
الت تؤثر عىل القدرة االبتكارية للمؤسسات التعاونية
نسىع من خالل هذه الفقرة إىل تسليط الضوء عىل العوامل ي
.1الثقافة المؤسسية أو الثقافة التنظيمية
.2تتم إدارة تعاونيتكم بواسطة:
مجلس إداري
مجلس إداري مع الستعانة بمدير
مجلس إداري مع الستعانة بمدير ولجنة رقابة
كم عدد أعضاء المجلس اإلداري لتعاونيتكم؟ .3
إثت عرسعضو تسعة أعضاء ستة أعضاء ثالث أعضاء
401
غي
مهمة جدا مهمة محايد غي مهمة مهمة
إطالقا
مدير التعاونية
.8ب .ماهو تقييمكم العام لتجربة المهنية لمديرتعاونيتكم؟ (اإلجابة يف حالة كانت تعاونيتكم لديها مدير)
غي
مهمة جدا مهمة محايد غي مهمة مهمة
إطالقا
التجربة التقنية يف المجال
التجربة يف التسيي
التجربة يف ريادة األعمال
.8ج .ماهو تقييمكم العام لتجربة أعضاء تعاونيتكم (المنخرطي وغي المنخرطي)؟
غي
مهمة جدا مهمة محايد غي مهمة مهمة
إطالقا
التجربة التقنية يف المجال
التجربة يف التسيي
التجربة يف ريادة األعمال
402
.3القدرات أو اإلمكانيات المالية
التكنولوج
ي .4الجهود التكنولوجية أو المجهود
.13ب .إذا كان األمر كذلك ،فهل لدى تعاونيتك هيكل مخصص للبحث والتطوير ؟
ال نعم
403
.14ما مدى موافقتكم أو عدم موافقتكم عىل البيانات التالية ؟
غي
موافق
موافق محايد غي موافق موافق
بشدة
إطالقا
تعيد تعاونيتنا استثمار جزء من فائضها يف تمويل أنشطة البحث والتطوير
رسم مع تعاونيات أخرى ي رسم أو غي ي تعمل تعاونيتنا عىل التعاون بشكل
للقيام بأنشطة البحث والتطوير
رسم مع معاهد البحث ي رسم أو غي
ي تعمل تعاونيتنا عىل التعاون بشكل
والجامعة للقيام بأنشطة البحث والتطوير
رسم مع المؤسسات ي رسم أو غي
ي تعمل تعاونيتنا عىل التعاون بشكل
العمومية للقيام بأنشطة البحث والتطوير
قامت تعاونيتنا خالل العرس سنوات األخية من 2010إىل 2019باقتناء
خدمات فنية
قامت تعاونيتنا خالل العرس سنوات األخية من 2010إىل 2019باقتناء
معدات تقنية وبرامج معلوماتية
االجتماع
ي .5الرأسمال
.15ما مدى موافقتكم أو عدم موافقتكم عىل البيانات التالية ؟
غي
موافق
موافق محايد غي موافق موافق
بشدة
إطالقا
تعاونيتنا تحافظ عىل الروابط والعالقات مع القادة السياسيي عىل المستوى
الجهوي
تعاونتنا لها عالقات مع كبار المسؤولي يف الدارات العمومية
تعاونيتنا لها روابط مع التعاونيات والتجمعات التعاونية المبتكرة
العالقان داخل تعاوننا بمستوى جيد من الثقة
ي يتمي الجو
يشارك األعضاء التعاونيون رؤية القيادة ويدعمونها بقوة
الت يقيحها األعضاءهناك دعم قوي من أعضاء مجلس الدارة للمشاري ع ي
المتعاونون
من المهم االعياف بالمساهمات االستثنائية لبعض أعضاء التعاونية
عال من تبادل المعرفة داخل تعاونيتنا
هناك مستوى ٍ
404
.17خالل الفية ،2019-2010ما مدى أهمية مصادر المعلومات التالية بالنسبة ألنشطة االبتكار داخل
تعاونيتكم ؟
غي
مهمة
مهمة محايد غي مهمة مهمة
جدا
إطالقا
المؤتمرات والمعارض التجارية
المجالت العلمية أو المنشورات المهنية أو التجارية أو التقنية
الرابطات أو الجمعيات المهنية والصناعية
الجماع)
ي التشارك (التعهيد
ي الشبكات االجتماعية ،النتاج
المنصات أو اليمجيات المهنية المفتوحة المصدر
استخراج المعارف من سلعة أو خدمة (الهندسة العكسية)
العاىل
ي الجامعات أو مؤسسات التعليم
الخياء االستشاريون ،المختيات التجارية أو الخاصة أو معاهد البحث
والتطوير
موردي المعدات أو األجهزة أو المكونات أو اليامج
الزبناء
المنافسون
العموم
ي .7الدعم
.18ما مدى موافقتكم أو عدم موافقتكم عىل البيانات التالية ؟
غي
موافق
موافق محايد غي موافق موافق
بشدة
إطالقا
التقت عىل إدارة االبتكار.
ي العمىل أو
ي المشاركة يف التدريب
نقل المعلومات/موارد المعلومات عن التنمية الدولية واألسواق الخارجية.
المساعدة يف العثور عىل زبائن/موردين/رسكاء محتملي يف المغرب وخارجه.
المساعدة يف العثور عىل رسكاء يف المغرب أو يف الخارج لتطوير منتجاتنا
ضمان مكافحة المخاطر االقتصادية المرتبطة بمشاري ع االبتكار
منح لتغطية استثماراتنا لتحديث بنيتنا التحتية التكنولوجية.
التنافس
ي .8المنافسة أو الضغط
الت خدمتها تعاونيتكم بي أوائل عام 2010وأواخر عام 2019؟ .19ما ي
ه األسواق الجغرافية ي
غي
مهمة
مهمة محايد غي مهمة مهمة
جدا
إطالقا
السوق المحلية والجهوية
السوق الوطنية
السوق الدولية (أوروبا)
السوق الدولية (بلدان أخرى يف العالم)
405
الت تمارس عىل نشاط تعاونيتكم؟ .20ما ي
ه أهمية المنافسة ي
غي
مهمة
مهمة محايد غي مهمة مهمة
جدا
إطالقا
الرسكات الكيى
التعاونيات
الرسكات الصغرى والمتوسطة والرسكات الصغية جدا
القطاع المهيكل
.21من هم العمالء الرئيسيون لتعاونكم ؟ المرجو تبيان درجة أهمية كل نوع
غي
مهمة
مهمة محايد غي مهمة مهمة
جدا
إطالقا
العمالء الصناعيون (الرسكات)
العمالء األفراد (األفراد أو األرس المعيشية)
منظمات القطاع العام (الدارات والمدارس والجامعات والمستشفيات
والوكاالت العمومية)
406
.24ما مدى موافقتكم أو عدم موافقتكم عىل البيانات التالية ؟
غي
موافق
موافق محايد غي موافق موافق
بشدة
إطالقا
تدعم إدارة تعاونيتنا تطوير النماذج األولية
تقوم تعاونيتنا بمراجعة التقنيات بانتظام وتكييفها مع المعرفة الجديدة.
تبت تقنيات جديدة.
تمتلك تعاونيتنا القدرة عىل العمل بكفاءة أكي من خالل ي
407
.28هل قامت تعاونيتكم بتطوير أيا من االبتكارات التالية خالل السنوات ر
العش من 2010إىل نهاية2019
؟ يرج بيان درجة حداثة هذه االبتكارات
جيد
جيد متوسط ضعيف منعدم
جدا
إنتاج السلع أة المنتوجات أو الخدمات (بما يف ذلك أساليب التطوير)
408
Annexe 4: Résultats du test d'Outer loading
organisationnelle
concurrentielle
Capital humain
technologique
Soutien public
Capital social
d'absorption
d'innovation
dynamiques
financières
Usage TIC
Capacités
Intensité
Capacité
Capacité
Capacité
Culture
Effort
CapAbso1 0,717
CapAbso2 0,729
CapAbso3 0,734
CapAbso4 0, 358
CapAbso5 0,721
CapAbso6 0,698
CapAbso7 0,776
CapAbso8 0,733
CapAbso9 0,734
CapAbso10 0,768
CapDyn1 0,587
CapDyn2 0,779
CapDyn3 0,815
CapDyn4 0,882
CapFin1 0,848
CapFin2 0,864
CapFin3 0,822
CapFin4 0,772
CapFin5 0,751
CapInnov1 0,766
CapInnov11 -0,058
CapInnov12 0,721
CapInnov2 0,765
CapInnov3 0,800
CapInnov4 0,801
CapInnov5 0,749
CapInnov6 0,733
CapInnov8 0,766
CapInnov9 0,708
CapitalH1 0,899
CapitalH10 0, 328
CapitalH11 0,893
CapitalH2 0,728
CapitalH3 0,876
CapitalH5 0,906
CapitalH6 0,520
CapitalH7 0,895
CapitalH8 0, 305
CapitalH9 0,909
CapitalS1 0,839
CapitalS2 0,857
CapitalS3 0, 513
409
CapitalS4 0,838
CapitalS5 0,761
CapitalS6 0,784
CapitalS7 0, 653
CapitalS8 0,714
Concur1 0,752
Concur10 0,719
Concur2 0,541
Concur3 0,767
Concur4 0,337
Concur5 0,706
Concur6 0,666
Concur7 0,769
Concur8 0,767
Concur9 0,677
CultureO1 0,975
CultureO2 0,976
CultureO3 0,649
CultureO4 0,803
CultureO5 0,765
CultureO6 0,976
EffTech1 0,812
EffTech2 0,824
EffTech3 0,827
EffTech4 0,324
EffTech5 0,860
EffTech6 0,684
EffTech7 0,864
SoutienP1 0,791
SoutienP2 0,753
SoutienP3 0,771
SoutienP4 0,393
SoutienP5 0,865
SoutienP6 0,747
U-TIC1 0,843
U-TIC2 0,875
U-TIC3 0,820
U-TIC4 0,857
U-TIC5 0,773
U-TIC6 0,821
410
Annexe 5: Résultats du test d'Outer Loadings après ajustement
d'innovation
dynamiques
concurrenti
d'absorptio
Effort Tech
financières
Usage TIC
Capacités
Capacités
Culture O
Intensité
Capacité
Capacité
Soutien
humain
Capital
Capital
public
social
elle
n
CapAbso1 0,728
CapAbso10 0,708
CapAbso2 0,718
CapAbso3 0,742
CapAbso5 0,735
CapAbso6 0,635
CapAbso7 0,791
CapAbso8 0,748
CapAbso9 0,762
CapDyn1 0,776
CapDyn2 0,813
CapDyn3 0,892
CapDyn4 0,923
CapFin1 0,848
CapFin2 0,864
CapFin3 0,823
CapFin4 0,772
CapFin5 0,750
CapInnov1 0,777
CapInnov12 0,714
CapInnov2 0,783
CapInnov3 0,805
CapInnov4 0,816
CapInnov5 0,724
CapInnov6 0,736
CapInnov7 0,381
CapInnov8 0,779
CapInnov9 0,798
CapitalH1 0,931
CapitalH11 0,908
CapitalH2 0,706
CapitalH3 0,900
CapitalH4 0,710
CapitalH5 0,920
CapitalH7 0,902
CapitalH9 0,908
CapitalS1 0,874
CapitalS2 0,901
411
CapitalS3
CapitalS4 0,837
CapitalS5 0,715
CapitalS6 0,799
CapitalS7 0,702
CapitalS8 0,819
Concur1 0,803
Concur10 0,814
Concur3 0,856
Concur6 0,751
Concur7 0,828
Concur8 0,810
Concur9 0,712
CultureO1 0,968
CultureO2 0,968
CultureO4 0,829
CultureO5 0,778
CultureO6 0,969
EffTech1 0,817
EffTech2 0,821
EffTech3 0,828
EffTech5 0,865
EffTech6 0,665
EffTech7 0,869
SoutienP1 0,792
SoutienP2 0,751
SoutienP3 0,774
SoutienP5 0,859
SoutienP6 0,740
U-TIC1 0,837
U-TIC2 0,868
U-TIC3 0,821
U-TIC4 0,856
U-TIC5 0,786
U-TIC6 0,831
412
Annexe 6: Résultats du test de Cross-Loadings
d'innovation
dynamiques
concurrenti
d'absorptio
Effort Tech
financières
Usage TIC
Capacités
Capacités
Culture O
Intensité
Capacité
Capacité
Soutien
humain
Capital
Capital
public
social
elle
n
CapAbso1 0.867 0.567 0,154 0,170 0,026 -0,095 -0,016 -0,120 -0,146 -0,005 0,014
CapAbso10 0.902 0.312 0,090 0,060 0,047 -0,134 -0,024 -0,040 0,004 0,117 0,034
CapAbso2 0.706 0.132 0,173 0,163 -0,147 -0,234 -0,087 -0,073 -0,090 -0,091 -0,023
CapAbso3 0.719 0.310 0,437 0,130 -0,039 -0,220 -0,106 -0,043 -0,095 -0,056 -0,040
CapAbso5 0.807 0,501 0,272 -0,003 -0,114 -0,272 -0,054 0,030 -0,009 0,031 -0,058
CapAbso6 0.848 0,742 0,190 0,077 0,000 -0,128 0,018 -0,046 -0,032 0,044 -0,013
CapAbso7 0.845 0,795 0,130 -0,035 0,012 -0,169 0,015 0,026 0,087 0,163 -0,003
CapAbso8 0.935 0,560 0,159 0,163 -0,158 -0,256 -0,043 -0,078 -0,098 -0,098 -0,068
CapAbso9 0.888 0,104 0.218 -0,015 0,252 0,336 -0,095 -0,018 -0,061 0,101 -0,032
CapDyn1 0,053 0,098 0.729 0,127 -0,111 -0,148 -0,225 -0,179 -0,220 -0,126 -0,162
CapDyn2 -0,031 0,110 0.740 0,204 0,006 -0,137 0,019 -0,019 -0,071 -0,031 0,068
CapDyn3 0,057 0,173 0.738 0,231 0,154 -0,295 0,061 0,017 -0,087 0,079 0,099
CapDyn4 0,035 0,048 0,944 0.813 -0,093 -0,182 -0,153 -0,134 -0,220 -0,125 -0,083
CapFin1 -0,021 0,065 0,038 0.898 -0,045 -0,042 -0,072 -0,053 -0,168 -0,055 -0,016
CapFin2 0,051 0,132 0,001 0.789 0,068 -0,120 -0,039 -0,057 -0,104 -0,018 0,022
CapFin3 0,089 0,186 -0,001 0.873 -0,057 -0,147 -0,080 -0,095 -0,203 -0,140 -0,032
CapFin4 0,058 0,122 0,161 0.737 -0,107 -0,209 -0,152 -0,090 -0,223 -0,029 -0,114
CapFin5 -0,045 0,077 -0,063 0.715 0,050 -0,002 -0,075 -0,058 -0,197 -0,023 -0,040
CapInnov1 -0,011 0.683 0,120 0,024 -0,045 -0,035 -0,165 -0,150 -0,143 -0,059 -0,126
CapInnov12 0,080 0.685 0,113 0,111 -0,089 -0,164 0,033 0,005 -0,026 -0,118 0,069
CapInnov2 0,084 0,830 0,051 0,073 0.310 -0,144 0,022 0,083 0,054 0,125 0,088
CapInnov3 -0,070 0,952 -0,099 -0,089 0.195 0,023 -0,040 0,140 0,146 0,200 0,024
CapInnov4 0,026 0.710 -0,073 0,051 0.181 -0,179 -0,020 0,139 0,047 0,240 0,025
CapInnov5 -0,075 0.795 -0,281 -0,078 0.143 0,067 0,008 0,194 0,141 0,159 0,039
CapInnov6 -0,122 0.681 -0,192 -0,105 0.293 0,070 0,000 0,199 0,172 0,339 0,042
CapInnov7 0,042 0.843 -0,123 0,004 0.243 -0,034 0,092 0,157 0,090 0,235 0,122
CapInnov8 -0,138 0.770 -0,375 -0,132 0,080 0.170 0,036 -0,079 -0,046 0,051 0,002
CapInnov9 -0,087 0.785 -0,026 0,061 -0,152 0. 385 -0,261 -0,229 -0,107 -0,204 -0,252
CapitalH1 -0,076 -0,054 -0,254 0,100 0.772 0.472 -0,393 -0,137 -0,175 -0,007 -0,305
CapitalH11 -0,146 -0,126 -0,209 0,117 0.721 0.521 -0,103 -0,168 -0,065 -0,052 -0,012
CapitalH2 -0,082 -0,029 -0,341 0,042 0.660 0.260 -0,297 -0,142 -0,169 -0,020 -0,205
CapitalH3 -0,244 -0,190 -0,283 -0,438 0.692 0.192 0,101 0,072 0,149 0,062 0,118
CapitalH4 -0,225 -0,134 -0,370 -0,295 0.759 0.259 0,055 0,110 0,116 -0,061 0,048
CapitalH5 -0,013 -0,007 0,159 0,043 0.707 -0,247 0.207 0,217 0,260 0,140 0,643
CapitalH7 -0,012 -0,023 0,058 -0,178 0.790 -0,038 0.490 0,196 0,258 0,205 0,707
CapitalH9 0,036 0,019 0,093 -0,109 0.795 -0,220 0.195 0,298 0,317 0,203 0,677
CapitalS1 0,007 -0,022 -0,037 -0,220 0,054 0.837 0.097 0,233 0,322 0,172 0,696
CapitalS2 -0,049 -0,090 -0,058 -0,166 0,077 0.887 0.107 0,313 0,338 0,196 0,762
413
CapitalS3 -0,042 -0,088 -0,042 -0,177 0,059 0.721 0.361 0,293 0,251 0,196 0,592
CapitalS4 0,098 -0,049 0,120 -0,154 0,053 0.700 0,167 0.310 0,388 0,262 0,139
CapitalS5 -0,001 -0,060 -0,121 -0,123 0,226 0.753 0,099 0.223 0,316 0,354 0,175
CapitalS6 0,024 -0,042 -0,003 -0,045 0,186 0.726 0,316 0.346 0,286 0,270 0,296
CapitalS7 -0,109 -0,106 -0,136 -0,084 0,187 0.727 0,225 0.727 0,266 0,446 0,202
CapitalS8 -0,065 -0,108 -0,078 -0,164 0,155 0.821 0,362 0.171 0,398 0,463 0,314
Concur1 -0,007 -0,037 0,038 -0,057 0,155 -0,055 0,272 0.109 0,785 0,494 0,384
Concur10 0,117 0,004 0,095 -0,226 0,040 -0,180 0,256 0,378 0.743 0,252 0,241
Concur3 0,025 -0,071 0,005 -0,333 0,138 0,004 0,263 0,371 0.824 0,267 0,250
Concur6 0,016 -0,113 0,024 -0,238 0,108 -0,171 0,264 0,410 0.813 0,312 0,262
Concur7 -0,049 -0,148 -0,081 -0,307 0,130 0,133 0,337 0,410 0.848 0,234 0,313
Concur8 -0,047 0,007 -0,116 -0,147 0,178 0,121 0,298 0,331 0.783 0,310 0,391
Concur9 -0,031 -0,038 -0,089 -0,125 0,174 0,019 0,312 0,282 0.736 0,330 0,374
CultureO1 0,065 0,099 -0,084 0,014 0,193 -0,004 0.740 0,321 0,221 0,112 0,186
CultureO2 0,184 0,070 0,031 -0,142 0,241 -0,175 0.749 0,340 0,327 0,140 0,207
CultureO4 0,002 -0,035 -0,035 -0,076 0,155 0,019 0.808 0,501 0,286 0,295 0,256
CultureO5 0,037 0,009 -0,157 -0,132 0,269 0,074 0.872 0,458 0,316 0,175 0,222
CultureO6 -0,042 0,018 -0,125 -0,058 0,268 -0,104 0.761 0,366 0,215 0,172 0,208
EffTech1 0,003 -0,055 0,131 0,035 -0,028 -0,172 0,508 0.707 0,368 0,183 0,287
EffTech2 0,012 -0,039 0,026 -0,157 0,024 0,005 0,617 0.774 0,347 0,288 0,262
EffTech3 -0,003 0,129 0,044 -0,004 0,015 -0,175 0,681 0.703 0,213 0,146 0,245
EffTech5 -0,025 0,129 -0,117 -0,063 0,151 0,030 0,685 0.724 0,197 0,174 0,146
EffTech6 -0,102 0,024 -0,084 -0,110 0,092 0,110 0,754 0.812 0,274 0,199 0,264
EffTech7 -0,070 -0,021 -0,079 -0,121 0,093 -0,040 0,605 0.756 0,223 0,211 0,270
SoutienP1 -0,101 -0,260 -0,121 -0,323 0,206 0.153 0,349 0.123 0,301 0,754 0,475
SoutienP2 0,124 -0,242 -0,103 -0,245 0,016 0.326 0,566 0.336 0,186 0,870 0,243
SoutienP3 -0,209 -0,206 -0,236 -0,284 0,037 0.227 0,125 0.227 0,366 0,746 0,243
SoutienP5 -0,265 -0,108 -0,278 -0,364 0,035 0.221 0,302 0.471 0,198 0,663 0,356
SoutienP6 -0,207 -0,237 0,038 -0,057 0,035 -0,155 0,272 0.309 0,115 0,894 0,378
U-TIC1 0,107 0,004 0,095 -0,266 0,060 -0,147 0,234 0,128 0.143 0,342 0,941
U-TIC2 0,355 -0,071 0,015 -0,323 0,198 0,044 0,264 0,342 0.224 0,457 0,850
U-TIC3 0,076 -0,113 0,094 -0,288 0,178 -0,184 0,257 0,212 0.313 0,502 0,862
U-TIC4 -0,439 -0,148 -0,031 -0,317 0,190 0,174 0,364 0,210 0.348 0,234 0,813
U-TIC5 -0,347 0,007 -0,106 -0,177 0,108 0,136 0,285 0,231 0.183 0,120 0,791
U-TIC6 -0,671 -0,038 -0,039 -0,125 0,184 0,098 0,374 0,182 0.236 0,220 0,774
414
Annexe 7: Etapes de réalisation du test de de la médiation sur SmartPLS
415
Annexe 8: Définitions du concept de la coopération inter organisationnelle
416
la spécialisation, l’exploration et l’apprentissage. représente un réseau de
Contrairement à l’organisation hiérarchique, la connaissances ;
coopération ne consiste pas dans une relation d’autorité -L’autonomie identitaire des
qui impose une structure à ses membres. acteurs ;
- L’absence de l’autorité ;
- La spécialisation et la
variété.
La coopération une forme hybride (située entre le - Le partage des objectifs
marché et l’organisation) qui comprend diverses entités entre
Barlatier 2002, se situant sur une même chaîne de valeur ayant des entreprises appartenant à une
p.14. intérêts communs et des modes d’interaction et de même chaîne de valeur ;
coordination privilégiés. - La chaîne de valeur est
interorganisationnelle.
La coopération une forme hybride (située entre le - Le partage des objectifs
marché et l’organisation) qui comprend diverses entités entre
Barlatier 2002, se situant sur une même chaîne de valeur ayant des entreprises appartenant à une
p.14. intérêts communs et des modes d’interaction et de même chaîne de valeur ;
coordination privilégiés. - La chaîne de valeur est
interorganisationnelle.
Le réseau implique une coopération organisée avec un - L’interdépendance ;
niveau significatif d’interdépendance et d’intérêts - L’intérêt partagé ;
Sherer 2003, p.326 partagés. Il implique des groupes d’entreprises qui se - L’importance de la
mettent en coopération pour réaliser des objectifs communauté pour atteindre
difficilement atteints de façon indépendante. l’objectif ;
Le réseau est l’interface intra- et interentreprises. Il est - La combinaison de la
Ritter, Wilkinson
défini par ses composantes : les fournisseurs, les clients, perspective inter-et intra-
et Johnston 2004,
les complimenteurs, les concurrents et l’entreprise et ses organisationnelle ;
p.176
interactions internes entre les différentes fonctions. - Les composantes du réseau ;
Source : Salah Koubaa 2008
417
Annexe 9: Synthèse des principaux paradigmes épistémologiques en sciences de gestion
Réalisme Interprétativism
Positivisme Réalisme Critique Constructivisme
scientifique e
Hypothèse réaliste Indépendance du sujet et de l'objet Ontologie du réel : la réalité existe Hypothèse relativiste Dépendance du sujet et de
en soi l'objet (la réalité n'est jamais indépendante de
Hypothèse l'esprit)
Conjonction Humienne de Il existe un réel en Réalité multi dimensionnelle
d’ordre causes et d'effets soi (LE réel) et stratifiée (réalité effective, Négation du présupposé ontologique
ontologique indépendant de ce réelle et empirique), ouverte et Phénoménologie du réel
ou Vision de la qui est perçu et des différenciée (les situations
réalité représentations que fermées dans lesquelles des
le chercheur peut en régularités peuvent être
avoir. observées sont restreintes)
Le réel (en soi) n'est Subjective
Hypothèse (l’interprétation) et Subjective (en raison de
pas forcément Subjective (en raison de
d’ordre Objective et contextuelle contextuelle (Temps la dépendance du sujet
connaissable l'imperfection de la recherche
épistémique ou et 'espace) ; observant) et contextuelle
(faillibilité des scientifique et de ses
Nature de la Construction ou co
dispositifs de méthodes) Représentation de la
connaissance construction de la réalité
mesure). réalité
Exploration
Hypothèse Recherche de lois générales Recherche de lois générales Démarche inductive
d’ordre
Une méthode scientifique ont le test n’est jamais terminé Immersion dans le Connaissance produite
méthodologiqu
infaillible peut permettre, à Reconnaissance de causalités phénomène étudié comme
e
partir des données, de multiples Interprétations reflet de l'expérience
ou Manière
dont la conduire aux lois universelles Relativisme épistémique (lié réalisées grâce aux cognitive
connaissance en toute sécurité. aux méthodes de recherche interactions entre Interprétations onstruites
est élaborée Approche cumulative de la qui comme les théories acteurs grâce aux interactions des
recherche développées sont faillibles) acteurs et avec les
acteurs.
418
Connaître et
expliquer des Comprendre les
phénomènes Construire une
Objectif de la Expliquer les évènements en significations que les
Prédire l'occurrence observables ; représentation
recherche mettant au jour les gens attachent à la
d'évènements à partir de Conception instrumentale et/ou un
mécanismes causaux issus des réalité sociale, leurs
régularités déterministes représentationnelle outil de gestion utile pour
structures sous-jacentes motivations et
de la connaissance. l'action
intentions
Énoncés réfutable.
Vérifiabilité (Vérification Idiographie (intérêt
empirique) Neutralité et
porté aux Légitimation,
objectivité
Confirmabilité (Vérité évènements Adéquation,
Justification de la Réplication
certaine non établie, mais singuliers) Enseignabilité (Les
Critères de validité Réalisation continue de tests
confirmation des résultats Empathie (par connaissances sont
validité interne/externe critiques des théories et lois
préalables) appropriation constructibles,
tests statistiques universelles
Réfutabilité (Admission que du langage et des reproductibles et
d'hypothèses et
certains résultats peuvent terminologies intelligibles.)
réplication.
infirmer une théorie) propres aux acteurs)
419
Annexe 10: Idées préliminaires pour un cadre d'action pour le soutien au secteur
coopératif agroalimentaire marocain
420
Annexe 11: Quelques aspects du soutien public accordé aux coopératives marocaines
421
Table de matières
Résumés ...................................................................................................................................III
Sommaire ................................................................................................................................ IV
Liste des abréviations .............................................................................................................. V
Liste des tableaux ................................................................................................................... VI
Liste des figures ...................................................................................................................VIII
Liste des annexes .................................................................................................................... IX
Introduction générale ............................................................................................................... 1
1. Genèse de l’objet de recherche................................................................................................... 2
1.1. Contexte général de la recherche ........................................................................................................ 3
1.2. Justification et enjeux de la recherche ............................................................................................... 4
1.3. Objet de la recherche ........................................................................................................................... 8
2. Architecture et désign de la recherche .................................................................................... 12
2.1. Positionnement épistémologique ....................................................................................................... 12
2.2. Démarche et structure générale de la thèse ..................................................................................... 16
Chapitre préliminaire : L’entrepreneuriat coopératif et l’innovation : conditions
d’émergence, et caractéristiques dans le contexte marocain.............................................. 19
Introduction ..................................................................................................................................... 19
Section 1 : Genèse de l’entrepreneuriat coopératif et de l’ESS ......................................... 20
1. Secteur de l’ESS : un champ controversé ............................................................................... 20
1.1. Le socialisme associationniste ........................................................................................................... 21
1.2. Le courant libéral ............................................................................................................................... 22
1.3. Le solidarisme ..................................................................................................................................... 22
1.4. L’inspiration religieuse ...................................................................................................................... 23
2. Définition et évolution du concept : du tiers secteur à l’ESS ................................................ 26
2.1. Une multitude de définitions pour des appellations diverses ......................................................... 26
2.1.1. L’approche anglo-saxonne de l’économie sociale, une tentative d’hybridation ................... 28
2.1.2. L’approche européenne de l’économie sociale ........................................................................ 30
2.2. Fondamentaux de définition de l’ESS. ............................................................................................. 32
3. Évolution du champ et de la définition de l’ESS au Maroc .................................................. 34
3.1. Origines et ancrage historique .......................................................................................................... 34
3.1.1. Pratiques ancestrales de coopération ....................................................................................... 34
3.1.2. Régulation et essor des acteurs de l'économie solidaire ......................................................... 36
Section 2 : Vers une genèse de l’entrepreneuriat coopératif comme principale composante
de l’ESS. .................................................................................................................................. 38
1. Composantes de l’ESS .............................................................................................................. 38
1.1. Les associations .................................................................................................................................. 39
1.2. Les mutuelles ...................................................................................................................................... 40
1.3. Les coopératives ................................................................................................................................. 41
2. L’entrepreneuriat coopératif au Maroc : évolution historique et conceptuelle .................. 44
2.1. Aperçu historique du mouvement coopératif marocain ................................................................. 44
2.1.1. Phase 1 : Implantation et début d’institutionnalisation du mouvement coopératif ............. 44
2.1.2. Phase 2 : Désengagement de l’État et unicité de la législation coopérative .......................... 45
2.1.3. Phase 3 : Libéralisation de l’initiative coopérative ................................................................. 46
3. La place du secteur coopératif dans le paysage économique et social au Maroc ................ 47
3.1. Évolution et croissance ...................................................................................................................... 47
3.2. Les coopératives comme vecteur de la dynamique sectorielle et territoriale ................................ 49
422
3.3. Impact socio-économique .................................................................................................................. 52
3.3.1. Contribution à la création d’emplois ....................................................................................... 52
3.3.2. Contribution à la richesse nationale ......................................................................................... 53
Section 3 : Dynamique d’innovation et caractéristiques du système national d’innovation
au Maroc. ................................................................................................................................ 55
1. Un repère sur l’évolution de l’innovation au Maroc .............................................................. 55
1.1. Avant les années 2000 ........................................................................................................................ 55
1.2. Les années 2000 .................................................................................................................................. 57
2. Cadre institutionnel et stratégique du système national d’innovation ................................. 59
2.1. Sur le plan institutionnel ................................................................................................................... 61
2.2. Sur le plan stratégique ....................................................................................................................... 63
2.2.1. Stratégie Maroc Innovation ...................................................................................................... 64
2.2.2. Stratégie nationale pour le Développement de la Recherche Scientifique 2025 ................... 65
3. L’innovation dans le contexte agricole et agroalimentaire .................................................... 66
3.1. Les coopératives dans la chaîne de valeurs agricoles : un positionnement transversal ............... 67
3.2. Dynamique d’innovation dans le secteur agricole au Maroc.......................................................... 68
Chapitre I : L’innovation dans le contexte coopératif agricole : analyse théorique et
conceptuelle ............................................................................................................................. 72
Introduction du chapitre ................................................................................................................ 72
Section 1 : Réflexions théoriques autour du concept d'innovation, approche historique et
comparative............................................................................................................................. 73
1. Évolution conceptuelle et historique de l’innovation ............................................................. 73
1.1. Approche Schumpetérienne de l’innovation .................................................................................... 73
1.2. Approche systémique de l’innovation............................................................................................... 74
1.3. Analyse évolutionniste de l’innovation ............................................................................................. 76
2. Définition et natures de l’innovation ....................................................................................... 78
2.1. L’innovation : un concept transdisciplinaire et plurivoque ........................................................... 78
2.2. Aspects et natures de l’innovation .................................................................................................... 80
2.2.1. La nature interactive de l’innovation ....................................................................................... 80
2.2.2. La nature organisationnelle ...................................................................................................... 81
2.2.3. L’innovation comme processus complexe ................................................................................ 82
[Link]. L’innovation comme processus de diffusion ................................................................... 82
[Link]. L’innovation comme un processus tourbillonnaire ........................................................ 84
2.3. Vers une approche de l’innovation basée sur les capacités ............................................................ 86
3. L’innovation et la performance des organisations : quelles relations ? ............................... 87
3.1. Innovation comme déterminant de la performance ........................................................................ 87
3.2. Innovation en tant qu’élément neutre à la performance ................................................................ 88
3.3. Innovation comme outil de mesure de la performance ................................................................... 88
Section 2 : Caractérisation et formes concrètes de l’innovation ........................................ 90
1. Caractérisation et éléments de mesure de l’innovation ......................................................... 90
1.1. Indicateurs de mesure de l’innovation ............................................................................................. 90
1.2. L’indice de l’innovation potentiel ..................................................................................................... 93
2. Typologie de l’innovation ......................................................................................................... 96
2.1. Typologie selon la nature ................................................................................................................... 97
2.1.1. L’innovation de produit ............................................................................................................ 97
2.1.2. L’innovation de procédés .......................................................................................................... 97
2.1.3. L’innovation organisationnelle ................................................................................................. 98
2.1.4. L’innovation marketing ............................................................................................................ 98
2.2. Typologie selon du degré de nouveauté ............................................................................................ 98
423
2.2.1. L’innovation radicale ................................................................................................................ 99
2.2.2. L’innovation incrémentale ........................................................................................................ 99
2.2.3. La finalité sociale de l’innovation ............................................................................................100
3. Caractéristiques de l’innovation ............................................................................................ 101
3.1. L’avantage relatif ..............................................................................................................................102
3.2. La compatibilité et la complexité .....................................................................................................102
3.3. La possibilité d’essai et l’observabilité ............................................................................................103
Section 3 : Spécificités de l’innovation dans le contexte coopératif agricole .................. 104
1. La coopérative : Une organisation entrepreneuriale hybride ............................................. 104
1.1. La coopérative comme entité économique ......................................................................................105
1.2. La coopérative comme entité sociale ...............................................................................................107
1.3. Typologie des coopératives ...............................................................................................................108
1.3.1. Selon l’intérêt des membres .....................................................................................................108
1.3.2. Selon la nature de l’activité ......................................................................................................110
1.3.3. Selon la nature des liens avec les membres .............................................................................111
2. Spécificités, principes et organes de gouvernance des coopératives ................................... 111
2.1. Les principes fondamentaux du paradigme coopératif..................................................................112
2.2. Organes de gouvernance coopérative ..............................................................................................113
2.2.1. L’assemblée générale ................................................................................................................114
2.2.2. Le conseil d’administration......................................................................................................115
2.2.3. Le comité de contrôle................................................................................................................115
3. Les enjeux de l’innovation au sein des coopératives agricoles ............................................ 117
3.1. Les enjeux de l’innovation agricole .................................................................................................117
3.1.1. L’enjeu environnemental .........................................................................................................118
3.1.2. L’enjeu économique..................................................................................................................118
3.1.3. L’enjeu social et territorial ......................................................................................................119
3.2. Comportements à innover des entreprises coopératives agricoles ................................................120
Conclusion du chapitre ................................................................................................................. 121
Chapitre II : Cadre d’analyse de la capacité d’innovation : approche par les ressources et
les capacités organisationnelles ........................................................................................... 123
Introduction du chapitre .............................................................................................................. 123
Section 1 : Aperçu sur les fondements de base de la capacité d’innovation ................... 124
1. Capacité d’innovation : un éclairage théorique et conceptuel ............................................ 124
1.1. Éléments de définition et de mesure ................................................................................................124
1.2. Caractérisation de la capacité d’innovation....................................................................................128
2. La propension à innover : une approche par les capacités organisationnelles .................. 129
2.1. Capacité d’absorption : principale dimension de la CI .................................................................129
2.1.1. Définitions de la capacité d’absorption ...................................................................................130
2.1.2. Dimensions de la capacité d’absorption et innovation...........................................................131
2.2. Capacité d’innovation : approche par les capacités dynamiques .................................................133
2.2.1. Fondements théoriques de la notion des capacités dynamiques ...........................................133
[Link]. La théorie RBV aux fondements de l’approche par les capacités dynamiques ..........134
[Link]. Apprentissage organisationnel et développement du Knowledge-Based View ...........137
2.2.2. Un éclairage conceptuel des capacités dynamiques ...............................................................141
Section 2 : Spécificités des entreprises coopératives et leur impact sur la capacité
d’innovation .......................................................................................................................... 143
1. Caractéristiques organisationnelles et spécificités managériales ........................................ 143
1.1. Culture organisationnelle des organisations coopératives .............................................................143
1.1.1. Gouvernance et leadership coopératif ....................................................................................143
424
[Link]. Approches théoriques du concept de leadership............................................................144
[Link]. Le leadership coopératif ..................................................................................................146
1.1.2. De la culture organisationnelle à la culture d’innovation .....................................................147
[Link]. Quelques précisions théoriques .......................................................................................147
[Link]. La culture organisationnelle et l’innovation ..................................................................148
1.2. L’innovation et management des connaissances ............................................................................150
1.2.1. Définition et nature de la connaissance ...................................................................................150
1.2.2. Impact de la gestion des connaissances sur la capacité d’innovation ...................................151
2. Caractéristiques structurelles et innovation ......................................................................... 153
2.1. La qualité du capital humain et l’innovation ..................................................................................153
2.1.1. Généralités et définition ...........................................................................................................153
2.1.2. Typologie du capital humain ...................................................................................................155
2.1.3. Qualité du capital humain et capacité d’innovation ..............................................................155
2.2. Apports du capital social ..................................................................................................................156
2.2.1. Théorie et approches du capital social ....................................................................................157
2.2.2. Dimensions du capital social et capacité à innover ................................................................159
2.3. Capacités financières et financement de l’innovation ....................................................................160
2.3.1. Caractéristiques financières des coopératives ........................................................................160
[Link]. Le problème de l’horizon .................................................................................................161
[Link]. Le problème du portfolio .................................................................................................161
[Link]. Le problème du passager clandestin ...............................................................................161
2.3.2. Théories financières et choix de financement des entreprises coopératives ........................162
[Link]. Théories financières des coopératives .............................................................................162
[Link]. Choix de financement des coopératives ..........................................................................164
Section 3 : Déterminants technologiques, contextuels et environnementaux et de la
capacité d’innovation ........................................................................................................... 166
1. L’innovation et la mobilisation des ressources technologiques ........................................... 166
1.1. Usage des technologies d’information et de communication (TIC) ..............................................166
1.1.1. TIC : définition, typologie et valeur ........................................................................................167
1.1.2. Liens entre les TIC et l’innovation ..........................................................................................168
1.2. Effort technologique : investissement en R&D, infrastructure technologique et coopération
technologique ............................................................................................................................................171
1.2.1. Recherche et développement comme principale dimension de l’effort technologique .......172
1.2.2. La coopération technologique ..................................................................................................173
[Link]. Le concept de la coopération interorganisationnelle. ....................................................173
[Link]. Spécificités des coopératives et la coopération interorganisationnelle.........................175
[Link]. Apprentissage interorganisationnel et management des connaissances ......................176
2. Capacité d’innovation et ses interactions avec le contexte et l’environnement. ................ 177
2.1. Influence du marché et de la concurrence ......................................................................................177
2.2. Soutien public à l’innovation ............................................................................................................178
2.2.1. Financement de l’innovation....................................................................................................179
2.2.2. Renforcement des capacités technico-organisationnelles ......................................................180
Chapitre III : Choix méthodologiques et résultats de l’analyse qualitative ................... 183
Introduction du chapitre .............................................................................................................. 183
Section 1 : Positionnement épistémologique et choix d’une méthodologie appropriée . 184
1. Choix du mode de raisonnement et approches retenues ..................................................... 184
1.1. De la posture épistémologique au design de la recherche ..............................................................185
1.1.1. Paradigmes épistémologiques contemporains ........................................................................185
1.1.2. Paradigme épistémologique choisi : le réalisme critique .......................................................188
1.2. Choix d’une démarche mixte pour la compréhension de la réalité ...............................................189
1.2.1. Mode de raisonnement choisi : démarche abductive .............................................................189
1.2.2. Choix d’une démarche mixte ...................................................................................................190
425
2. Dispositif d’accès au réel ........................................................................................................ 192
2.1. Élaboration du questionnaire ...........................................................................................................192
2.1.1. Caractérisation théorique du questionnaire ...........................................................................192
[Link]. Facteurs organisationnels et managériaux .....................................................................192
[Link]. Facteurs techniques et technologiques............................................................................194
[Link]. Facteurs contextuels et environnementaux ....................................................................196
[Link]. Variable dépendante : la capacité à innover ..................................................................197
[Link]. L’intermédiation de la gestion des connaissances .........................................................197
2.1.2. Construction du questionnaire ................................................................................................198
2.2. Identification de la population cible et constitution de l’échantillon ............................................199
2.2.1. Justification du choix de la population ...................................................................................199
2.2.2. Caractéristiques de la population ............................................................................................200
2.2.3. Choix de l’échantillon ...............................................................................................................202
[Link]. Démarche et méthode d’échantillonnage .......................................................................203
[Link]. Calcul de la taille de l’échantillon ...................................................................................204
[Link]. Constitution de la base de sondage .................................................................................205
Section 2 : Présentation des résultats de l’étude qualitative ............................................ 207
1. Démarche qualitative exploratoire ........................................................................................ 207
1.1. Collecte des données ..........................................................................................................................207
1.2. Méthodes de traitement des données de l’étude exploratoire ........................................................208
1.2.1. L’analyse thématique ...............................................................................................................208
1.2.2. Codification des sources de données qualitatives ...................................................................210
2. Résultats de l’étude exploratoire ........................................................................................... 211
2.1. Présentation du contexte de l’étude .................................................................................................211
2.1.1. Perception de l’innovation dans le contexte coopératif marocain ........................................212
2.1.2. Freins à l’innovation dans le contexte coopératif ...................................................................214
2.2. Principaux déterminants de la capacité d’innovation ....................................................................215
2.2.1. Les facteurs organisationnels et managériaux .......................................................................217
2.2.2. Les facteurs techniques et technologiques ..............................................................................219
2.2.3. Les facteurs environnementaux et contextuels .......................................................................220
Section 3 : Présentation des hypothèses de recherche et modèle hypothétique .............. 221
1. Hypothèses de recherche ........................................................................................................ 221
1.1. L’effet des facteurs organisationnels ...............................................................................................222
1.1.1. Les capacités financières et la capacité d’innovation.............................................................222
1.1.2. La qualité du capital humain ...................................................................................................223
1.1.3. La culture organisationnelle ....................................................................................................224
1.1.4. Le capital social .........................................................................................................................226
1.2. Effet des facteurs technologiques .....................................................................................................227
1.2.1. Contribution de l’usage des TIC à la capacité d’innovation .................................................228
1.2.2. L’effort technologique ..............................................................................................................229
1.3. Effet des facteurs contextuels et environnementaux ......................................................................232
1.3.1. Le soutien public à l’innovation ..............................................................................................232
1.3.2. La pression concurrentielle ......................................................................................................234
1.4. Effet médiateur des capacités organisationnelles de gestion des connaissances ..........................235
1.5. Récapitulatif des hypothèses ............................................................................................................237
2. Modèle conceptuel de recherche finalisé ............................................................................... 238
Chapitre IV : Présentation et analyse des résultats de l’étude quantitative ................... 240
Introduction du chapitre .............................................................................................................. 240
Section 1 : Analyse préliminaire des données de l’échantillon......................................... 241
1. Analyse descriptive des données collectées ........................................................................... 241
1.1. Les caractéristiques des entreprises coopératives enquêtées .........................................................241
426
1.1.1. L’âge, la taille et le genre..........................................................................................................242
1.1.2. Le modèle de gouvernance et les pratiques de gestion...........................................................245
1.1.3. Répartition sectorielle et géographique ..................................................................................248
2. Focus sur les spécificités en matière d’innovation................................................................ 250
2.1. Caractéristiques des coopératives en matière d’innovation ..........................................................250
2.1.1. L’effort de recherche et développement .................................................................................250
2.1.2. Freins à l’innovation dans les coopératives enquêtées ...........................................................252
2.1.3. Disparités spatiales et sectorielles en matière d’innovation ..................................................253
Section 2 : Confirmation des échelles et validation du modèle de mesure ...................... 254
1. Les résultats de l’analyse en composantes principales ........................................................ 254
1.1. Variables explicatives........................................................................................................................255
1.1.1. Capacités financières ................................................................................................................255
1.1.2. Pression concurrentielle ...........................................................................................................256
1.1.3. Qualité du capital humain........................................................................................................258
1.1.4. La culture organisationnelle ....................................................................................................260
1.1.5. Le capital social .........................................................................................................................261
1.1.6. L’usage des TIC ........................................................................................................................262
1.1.7. L’effort technologique ..............................................................................................................264
1.1.8. Le soutien public (public support)...........................................................................................265
1.2. Variables médiatrices : capacité de gestion des connaissances .....................................................267
1.2.1. Capacité d’absorption ..............................................................................................................267
1.2.2. Capacités dynamiques ..............................................................................................................268
1.3. Variable expliquée : capacité d’innovation .....................................................................................270
1. Confirmation des échelles de mesure suivant la méthode PLS ........................................... 272
1.1. Analyse par les méthodes des équations structurelles ....................................................................272
1.1.1. Choix de la méthode d’estimation du modèle .........................................................................273
1.1.2. Les fondements de l'usage des équations structurelles dans les recherches
en sciences de gestion ...........................................................................................................................274
[Link]. Spécification du modèle : distinction entre construit formatif et réflexif ....................275
[Link]. Justification du choix de la méthode d’estimation du modèle ......................................277
1.1.3. Démarche de validation et de confirmation des échelles de mesure .....................................279
1.2. Validation du modèle de mesure ......................................................................................................281
1.2.1. La validité convergente des items ............................................................................................282
[Link]. La fiabilité des items ........................................................................................................282
[Link]. La fiabilité composite des items et critère d’alpha Cronbach ......................................283
1.2.2. La validité discriminante des items .........................................................................................284
[Link]. Critère de Cross Loading : corrélation entre items .......................................................285
[Link]. Critère de Fornell-Larcker : Corrélation entre variables ............................................285
Section 3 : Qualités prédictives du modèle structurel et test des hypothèses ................. 288
1. Évaluation du modèle structurel (modèle intérieur) ............................................................ 288
1.1. Validation de la qualité du modèle ..................................................................................................288
1.1.1. Coefficient de détermination....................................................................................................288
1.1.2. Coefficient de l’effect Size ........................................................................................................289
1.1.3. Capacité de prédiction de la variable endogène par le modèle structurel ...........................290
2. Test d’hypothèses .................................................................................................................... 292
2.1. Test des effets directs des variables explicatives sur la variable expliquée ..................................293
2.2. Test de l’effet médiateur des variables de la capacité de gestion des connaissances ...................294
2.2.1. L’effet indirect des variables indépendantes sur la variable dépendante ............................295
2.2.2. L’effet direct des variables indépendantes sur les variables médiatrices ............................295
2.2.3. L’effet des variables médiatrices sur la variable dépendante ...............................................296
Conclusion du chapitre ................................................................................................................. 301
Chapitre V : Discussion et implications des résultats de la recherche ............................ 303
427
Section 1 : Discussion des aspects technico-organisationnels de la capacité d’innovation
................................................................................................................................................ 304
1. Capacité d’innovation des coopératives : rôle des capacités organisationnelles de gestion
des connaissances .......................................................................................................................... 304
1.1. Capacités dynamiques au service de la capacité à innover ............................................................305
1.2. Apport de la capacité d’absorption des connaissances ..................................................................306
2. Antécédents de la capacité de gestion des connaissances et de la capacité à innover ....... 307
2.1. Facteurs organisationnels de la gestion des connaissances ............................................................308
2.1.1. Discussion de l’effet de la qualité du capital humain .............................................................308
2.1.2. Discussion de l’impact de la culture organisationnelle ..........................................................311
2.2. Aspects technologiques de la gestion des connaissances ................................................................314
2.2.1. Discussion de l’effet de l’usage des TIC ..................................................................................314
2.2.2. Discussion de la contribution de l’effort technologique.........................................................317
3. Synthèse sur l’effet des capacités organisationnelles de gestion des connaissances .......... 318
Section 2 : Discussion des antécédents structurels et contextuels de la capacité
d’innovation .......................................................................................................................... 320
1. Discussion de l’effet direct des capacités financières et du capital social........................... 320
1.1. Influence des capacités financières ..................................................................................................321
1.2. Capacités financières comme barrière à l’innovation et à la capacité à innover .........................324
1.3. Effet et contribution du capital social..............................................................................................325
2. Discussion de l’impact du contexte et de l’environnement .................................................. 328
2.1. La concurrence comme élément incitatif à l’innovation et au renforcement de la capacité à
innover .......................................................................................................................................................328
2.2. La non-significativité de l’effet du soutien public dans le contexte étudié ...................................330
Section 3 : Implications des résultats, limites et perspectives de recherche ................... 333
1. Synthèse de la discussion et implications de la recherche ................................................... 333
1.1. Synthèse de la discussion des résultats ............................................................................................334
1.2. Implications des résultats obtenus ...................................................................................................339
2. Apports de la recherche .......................................................................................................... 342
2.1. Apports théoriques ............................................................................................................................342
2.2. Apports méthodologiques .................................................................................................................344
2.3. Apports managériaux .......................................................................................................................344
3. Limites et perspectives de recherche envisageables ............................................................. 346
3.1. Limites et perspectives de recherche ...............................................................................................346
3.2. Autres perspectives de recherche.....................................................................................................348
Conclusion du chapitre ................................................................................................................. 349
Conclusion générale ............................................................................................................. 351
Bibliographie......................................................................................................................... 364
Articles de revues .......................................................................................................................................364
Articles de colloques ..................................................................................................................................378
Ouvrages et parties d’ouvrages...................................................................................................................379
Rapports......................................................................................................................................................381
Thèses .........................................................................................................................................................381
Textes électroniques ...................................................................................................................................383
Textes juridiques ........................................................................................................................................383
Table de matières ................................................................................................................. 422
428