Synthèse du cours : Paradigmes de gestion
BRES2204 – Gestion intégrée des ressources en eau
Année académique 2024-2025
1 Introduction : La gestion comme réponse
Dans le cadre du modèle DPSIR (Driver-Pressure-State-Impact-Response), la gestion de
l’eau est considérée comme la Réponse sociétale aux pressions environnementales.
— Driver (Force motrice) : Par exemple, le changement climatique.
— Pressure (Pression) : L’augmentation des précipitations hivernales.
— State (État) : L’intensification des inondations.
— Impact : Les dégâts matériels.
— Response (Réponse) : La gestion (ex : infrastructures, politiques).
2 Évolution des approches de gestion
La gestion de l’eau a subi un changement de paradigme majeur, passant d’une approche
technocratique à une vision plus holistique.
2.1 De la gestion physique à la gestion humaine
La sécurité hydrique ne peut être atteinte uniquement par des infrastructures physiques
(barrages, digues). Elle nécessite une gestion humaine incluant des institutions solides, des
programmes éducatifs et des politiques adaptées.
2.2 Du Top-down au Bottom-up
— Top-down : Décisions imposées par l’État central.
— Bottom-up : Gestion participative impliquant les acteurs locaux et les usagers dès le
début du processus.
2.3 De l’Offre à la Demande
Historiquement, la gestion se concentrait sur l’augmentation de l’offre (captage de nouvelles
ressources). Aujourd’hui, l’accent est mis sur la gestion de la demande (efficacité, économie
d’eau, réduction des pertes).
2.4 De la gestion sectorielle à la gestion intégrée
Au lieu de gérer l’eau par secteurs cloisonnés (agriculture, industrie, énergie), la GIRE propose
une approche coordonnée pour éviter les conflits d’usage et optimiser les ressources.
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3 La Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE)
3.1 Définition
Selon le Partenariat Mondial pour l’Eau (2000), la GIRE est un processus qui favorise le
développement et la gestion coordonnée de l’eau, des terres et des ressources associées, en vue de
maximiser, de manière équitable, le bien-être économique et social résultant, sans compromettre
la durabilité des écosystèmes vitaux.
3.2 Dimensions de l’intégration
— Intégration sectorielle : Entre agriculture, santé, énergie, industrie, etc.
— Intégration dimensionnelle : Environnementale, sociale et économique (les trois piliers
du développement durable).
— Intégration spatiale : Gestion à l’échelle du bassin versant.
— Intégration fonctionnelle : Usages, assainissement, climat, écosystèmes.
4 Principes et Historique
4.1 Les principes de Dublin (1992)
La Conférence internationale sur l’eau et l’environnement a établi 4 principes fondamentaux :
1. L’eau douce est une ressource limitée et vulnérable, essentielle à la vie.
2. Le développement et la gestion de l’eau doivent être fondés sur une approche participative
(usagers, planificateurs, décideurs).
3. Les femmes jouent un rôle central dans l’approvisionnement, la gestion et la préservation
de l’eau.
4. L’eau a une valeur économique dans tous ses usages concurrentiels et doit être reconnue
comme un bien économique.
5 Mise en œuvre pratique
La GIRE est un processus itératif (souvent représenté par une spirale) et non linéaire.
5.1 Le cycle de gestion
1. Reconnaissance et identification des problèmes.
2. Conceptualisation.
3. Coordination et planification détaillée.
4. Mise en œuvre, suivi et évaluation.
5.2 Le défi spatial
Un enjeu majeur est la discordance entre les limites naturelles (bassins hydrographiques)
et les frontières politiques (entités administratives). La GIRE préconise une gestion par bassin
versant pour respecter la logique hydrologique.
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6 Enjeux globaux contemporains
6.1 Les Objectifs de Développement Durable (ODD)
L’eau fait l’objet de l’ODD 6 : « Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et
assurer une gestion durable des ressources en eau ». Cet objectif est interconnecté avec la santé,
la lutte contre la pauvreté, l’énergie et le climat.
6.2 Le Nexus Eau-Énergie-Alimentation
Ces trois secteurs sont intrinsèquement liés :
— L’agriculture consomme environ 70 % des prélèvements d’eau douce.
— Le secteur énergétique consomme 10 à 15 % de l’eau (refroidissement, hydroélectricité).
— La chaîne agroalimentaire consomme 33 % de l’énergie mondiale.
6.3 Droits humains et éthique
Depuis 2010, l’ONU reconnaît l’accès à l’eau potable comme un droit humain. Certains ma-
nifestes (ex : Petrella) vont plus loin en définissant l’eau comme un « bien commun » et un
patrimoine de l’humanité, s’opposant à sa marchandisation pure et simple, la considérant comme
sacrée et garante de la citoyenneté.
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7 INFRASTRUCTURES PHYSIQUES : Introduction
Ce chapitre aborde la mobilisation technique des ressources en eau, couvrant l’ingénierie clas-
sique (« le béton »), ses limites physiques et environnementales, ainsi que la transition nécessaire
vers de nouvelles technologies et des approches de gestion plus douces.
8 Les grandes infrastructures classiques : Les Barrages
Historiquement, la construction de barrages a été la réponse majeure pour sécuriser l’offre en
eau.
8.1 Ampleur et Usages
— Stockage mondial : Le volume stocké dans les réservoirs est estimé à environ 6 000 km³,
soit plus de trois fois le volume présent instantanément dans toutes les rivières du globe.
La Chine, par exemple, compte environ 22 000 barrages.
— Fonctions : Ces infrastructures servent à l’irrigation, la production d’énergie hydroélec-
trique, l’approvisionnement en eau potable et la protection contre les crues.
8.2 Le revers de la médaille : Impacts et Limites
Malgré leur utilité, les grands barrages présentent des inconvénients majeurs :
— Le paradoxe de l’évaporation : Le stockage de l’eau en surface expose celle-ci au soleil et
au vent. Il existe une corrélation directe : plus un barrage est grand et sa surface étendue,
plus l’évaporation est importante. Cela entraîne une perte nette significative du volume
d’eau disponible, qui peut parfois rivaliser avec la consommation humaine ou industrielle.
— Impacts sociaux : On estime qu’entre 40 et 80 millions de personnes ont été déplacées
dans le monde à cause de la construction de barrages.
— Impacts écologiques : Fragmentation des écosystèmes, blocage des sédiments (appau-
vrissant les deltas) et entrave à la migration des poissons.
Étude de cas : Le barrage des Trois Gorges en Chine (22 500 MW) illustre cette démesure.
Bien qu’il protège contre les crues, il a nécessité le déplacement de 900 000 personnes et a
engendré des problèmes géologiques et de qualité de l’eau reconnus officiellement.
9 Les Eaux Souterraines
Souvent qualifiées d’infrastructures « invisibles », les nappes aquifères sont cruciales :
— Elles constituent la matière première la plus extraite au monde (près de 1 000 km³/an).
— Elles fournissent environ 50 % de l’eau potable mondiale et supportent 70 % des prélève-
ments pour l’irrigation.
10 Les ressources non-conventionnelles
Face aux limites des ressources classiques, de nouvelles technologies se développent :
10.1 Le Dessalement
Principalement réalisé via la technique de l’osmose inverse (60 % des usines).
— Avantage : Offre une ressource virtuellement illimitée pour les zones côtières arides.
— Inconvénients : Procédé très énergivore, coûteux et polluant (rejets de saumures chaudes
et chimiques en milieu marin).
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10.2 Le Recyclage des eaux usées (Reuse)
Consiste à traiter les eaux usées pour les réutiliser (notamment en agriculture). Bien que les
volumes soient encore faibles (7 km³/an recyclés contre 160 km³/an traités), c’est une pratique
en forte croissance.
11 La transition : Vers une gestion « Soft »
Le modèle actuel de développement des infrastructures atteint ses limites financières (besoins
estimés à 180 milliards de dollars/an) et environnementales. Une transition de paradigme est
nécessaire :
— Passage du « Hard » (génie civil lourd) au « Soft » (gestion intelligente).
— Passage d’une gestion de l’offre (toujours plus d’eau) à une gestion de la demande (effi-
cacité, réduction des pertes).
— Intégration de solutions fondées sur la nature plutôt que le tout-béton.
— Abandon de l’approche Top-down pour une gouvernance intégrée et participative.
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12 BIG WATER DATA : Introduction : La crise des données
La gestion efficace des ressources en eau repose sur une prise de décision éclairée, structurée
par la pyramide DIKW :
— Data (Données brutes)
— Information (Données traitées)
— Knowledge (Connaissance)
— Wisdom (Sagesse/Décision)
Cependant, nous faisons face à une crise des données in situ. Le nombre de stations de
mesure au sol (comme les pluviomètres) est en déclin constant à l’échelle mondiale, créant un
besoin urgent de nouvelles sources d’information.
13 La révolution du Big Data
Pour combler ce manque, l’hydrologie se tourne vers le Big Data, caractérisé par les 4 V :
— Volume : La quantité exponentielle de données disponibles.
— Vélocité : La rapidité de génération et de traitement des données.
— Variété : La diversité des formats (images, capteurs, textes).
— Véracité : La gestion de l’incertitude et de la qualité.
Cette approche permet le développement du concept de « Digital Earth » (Jumeau Nu-
mérique), une réplique virtuelle de la Terre permettant de surveiller et simuler les phénomènes
environnementaux.
14 L’Observation de la Terre (Earth Observation - EO)
L’EO utilise la télédétection pour acquérir des informations sur les systèmes terrestres.
14.1 Principes physiques
La télédétection repose sur la mesure du rayonnement électromagnétique (réfléchi ou émis) à
différentes longueurs d’onde (visible, infrarouge, micro-ondes).
14.2 Les 4 Résolutions clés
La qualité et l’utilité d’un jeu de données satellitaires dépendent de quatre types de résolu-
tions :
1. Spatiale : La taille du pixel au sol (ex : 10m, 1km).
2. Temporelle : La fréquence de revisite du satellite (ex : quotidienne, tous les 16 jours).
3. Spectrale : Le nombre et la largeur des bandes de longueurs d’onde captées.
4. Radiométrique : La sensibilité du capteur aux variations d’intensité du signal (ex : 8 bits
vs 12 bits).
15 Les vecteurs d’observation
L’observation de la Terre est un « système de systèmes » combinant plusieurs vecteurs :
— Satellites : Plus de 4000 en orbite. On distingue :
— Les géostationnaires (GEO) : Fixes par rapport à la Terre, utilisés pour la météo
(haute résolution temporelle).
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— Les orbites basses (LEO) : Pour l’observation précise de la surface.
— Vecteurs aériens : Avions et, de plus en plus, les Drones (UAV) pour des mesures
locales à très haute résolution.
— Capteurs au sol : Indispensables pour la calibration et la validation des données spatiales.
16 Traitement des données : Cloud Computing
Le volume massif de données (Pétaoctets) rend le traitement sur ordinateurs personnels im-
possible. La solution réside dans le Cloud Computing (ex : Google Earth Engine). Cela permet
de traiter des archives historiques complètes d’images satellites directement sur des serveurs dis-
tants pour analyser les changements planétaires (ex : évolution des surfaces en eau) sans nécessiter
de téléchargement local.
17 Conclusion
Face au déclin des réseaux de mesure in situ, la GIRE s’appuie désormais sur le Big Data et
l’observation spatiale. Ces technologies offrent une vision multi-échelle et temporelle indispen-
sable pour comprendre et gérer le cycle de l’eau global.
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18 NEW PLAYERS : Introduction
Ce module explore l’évolution du paysage de l’acquisition de données hydrologiques. Au-delà
des agences gouvernementales classiques, de nouveaux acteurs émergent, transformant la manière
dont nous surveillons les ressources en eau.
19 La commercialisation de l’espace (Secteur Privé)
L’espace n’est plus réservé aux agences scientifiques ; il est désormais ouvert aux entreprises
commerciales (ex : DigitalGlobe, Spire, BlackSky).
19.1 Avantages
— Haute résolution : Ces acteurs fournissent des données à ultra-haute résolution spatiale.
— Fréquence : Capacité de fournir des mesures quasi-quotidiennes.
— Innovation : Démonstration technologique rapide et mise en orbite accélérée de nouvelles
charges utiles.
19.2 Risques et Limitations
Contrairement aux missions scientifiques publiques, ces entreprises ne sont pas guidées par
le « bien commun » :
— Continuité : Aucune garantie sur la pérennité des données à long terme (risque de faillite
ou changement de stratégie).
— Qualité : La rigueur scientifique et la validation des produits peuvent être moins strictes.
— Rentabilité : Les capteurs scientifiquement utiles mais non rentables économiquement
risquent de ne pas être déployés.
20 Les Signaux d’Opportunité (SoOp)
Cette approche consiste à réutiliser des signaux existants (émis pour d’autres usages) afin
d’en extraire des informations hydrologiques.
20.1 GNSS-R (Réflectométrie)
Utilisation des signaux de navigation (GPS, Galileo).
— Un récepteur (sur drone ou avion) capte simultanément le signal direct du satellite et le
signal réfléchi par la surface terrestre.
— L’analyse de la réflexion permet d’estimer l’humidité du sol, car l’eau modifie les pro-
priétés diélectriques du sol.
20.2 Réseaux Cellulaires (Téléphonie mobile)
Utilisation des ondes radio des réseaux de communication.
— La pluie atténue les signaux micro-ondes entre les antennes relais.
— En analysant ces atténuations (données stockées par les opérateurs), on peut estimer
l’intensité moyenne des précipitations avec une bonne précision.
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21 Web Scraping et Science Citoyenne
Internet et les citoyens constituent le dernier grand « capteur » virtuel.
21.1 Méthodologie
Utilisation d’outils de traitement du langage naturel pour extraire (« scraper ») des données
depuis les réseaux sociaux et les sites d’actualités.
21.2 Exemple d’application
Une étude en Chine a comparé les bulletins officiels d’inondations avec les données extraites
des actualités (WiseNews).
— Résultat : Une forte corrélation a été observée entre le nombre de villes inondées rapportées
officiellement et celles détectées par l’analyse des médias.
— Cela permet un suivi en temps quasi réel des catastrophes hydrologiques à grande échelle.
22 Conclusion
L’hydrologie moderne s’ouvre à une multitude de nouvelles sources : des satellites commer-
ciaux agiles, le recyclage ingénieux des ondes électromagnétiques ambiantes (SoOp) et l’analyse
massive des données textuelles du web.
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23 CHALLENGES : Introduction
L’hydrologie spatiale a fait des progrès immenses, mais elle fait face à des limitations tech-
niques et scientifiques qui définissent les défis de demain. Ce module explore les solutions pour
rendre les données massives (« Big Data ») exploitables pour la gestion locale de l’eau.
24 Le défi de l’échelle et de la résolution
Le système d’observation de la Terre (EOS) actuel présente une limitation majeure :
— Résolution grossière : La résolution spatio-temporelle est souvent insuffisante pour étu-
dier les petits bassins versants ou l’agriculture de précision.
— Perspectives : De nouvelles missions satellitaires, équipées de capteurs améliorés, sont
prévues pour fournir des données de meilleure qualité (couverture, précision, résolution)
concernant les précipitations, l’humidité du sol et l’évapotranspiration.
25 La solution : Fusion de données et Downscaling
Pour surmonter le problème de résolution sans attendre de nouveaux satellites, on utilise des
techniques de traitement avancées.
25.1 Le concept de Downscaling (Désagrégation)
Il s’agit de combiner des données de natures différentes pour affiner la résolution.
— Exemple concret : Le satellite SMOS fournit l’humidité du sol mais avec une résolution
très faible (pixel de 25 km).
— En fusionnant ces données avec des images optiques/thermiques (comme celles de MODIS,
qui renseignent sur la température de surface et la végétation à 1 km), on peut « désagréger
» l’information.
— Résultat : On obtient une carte d’humidité du sol à haute résolution (1 km), exploitable
pour des applications locales.
26 Vers une approche intégrée
Le défi scientifique majeur est de dépasser l’analyse isolée des variables.
— L’objectif est de mesurer tous les processus hydrologiques pertinents simultané-
ment.
— Cette approche intégrée est indispensable pour boucler le bilan hydrique et comprendre les
changements d’états hydrologiques globaux.
27 Le virage technologique : Cloud Computing
Le volume de données est devenu tel (Pétaoctets) qu’il est impossible de travailler localement.
— Changement de paradigme : On ne télécharge plus les données vers l’ordinateur ; on
déplace les algorithmes de calcul vers les données stockées dans le Cloud.
— Plateformes : Des outils comme Google Earth Engine, Amazon Web Services (AWS) ou
le Earth Observation Data Centre (EODC) permettent de traiter des historiques complets
d’images satellitaires à l’échelle planétaire en quelques secondes.
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