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Architecture communautaire en Suisse

Ce document explore les éléments spatiaux d'une architecture communautaire en Suisse à travers quatre enquêtes et trois processus de construction. Il définit le concept de communauté et analyse son évolution depuis 1900, en mettant en lumière des projets significatifs et leurs impacts architecturaux. L'étude vise à comprendre le rôle de l'architecte et des processus participatifs dans la création d'espaces communautaires adaptés aux besoins des populations.

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Architecture communautaire en Suisse

Ce document explore les éléments spatiaux d'une architecture communautaire en Suisse à travers quatre enquêtes et trois processus de construction. Il définit le concept de communauté et analyse son évolution depuis 1900, en mettant en lumière des projets significatifs et leurs impacts architecturaux. L'étude vise à comprendre le rôle de l'architecte et des processus participatifs dans la création d'espaces communautaires adaptés aux besoins des populations.

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Les éléments spatiaux

d’une architecture communautaire

À travers quatre enquêtes et


trois processus de construction
2023, Noémie Tschabold
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BY et leur utilisation nécessite l’autorisation de leurs auteurs.
Les éléments spatiaux d’une architecture
communautaire
À travers quatre enquêtes et trois processus de
construction

Enoncé théorique

Réalisé par:
Noémie Tschabold

Sous la supervision de:


Luca Pattaroni, directeur de l’énoncé
Nicola Braghieri, directeur pédagogique
Fiona Del Puppo, maître EPFL

Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne


Semestre d’automne 2022-2023
Table des matières

Introduction p.6

Définition préalable p.8


qu’est-ce qu’une communauté?

Les communautés en Suisse, de 1900 à aujourd’hui p.10


Contexte social, économique et politique, à travers
différents projets à tendances communautaires
Différents processus de construction: auto-construction, p.25
démarches participatives, planification architecturale
Principe des formes vides p.28

Rapports d’enquête de quatre communautés à travers


l’ASA’PILI de p.m. p.32
TAKU/NIMA/KODU/YALU/SIBI/PALI/SUFU/GANO/PILI/KENE/TEGA/SADI
Ferme Le Montois à Undervelier (JU) p.35
Roseville à Corseaux (VD) p.42
Ecovillage Berber à Grandvaux (VD) p.49
Ecoquartier du Stand à Nyon (VD) p.56

Analyse des éléments spatiaux


Eléments spatiaux similaires aux quatres communautés p.61
Rappel du processus de construction des communautés p.71
analysées
Auto-construction, démarches participatives ou p.73
planification architecturale à travers chaque élément

Conclusion p.78
Introduction

Les mouvements communautaires m’intriguent depuis longtemps,


à travers des musiques, des images et des récits. J’ai commen-
cé par m’intéresser plus profondément au mouvement hippie aux
Etats-Unis dans mon adolescence, j’ai fait mon travail de maturité
sur le festival de Woodstock 1969, l’utopie de son mouvement qui a
été souvent traduite à travers les textes de la musique folk/rock de
l’époque. Aujourd’hui, après plusieurs années à étudier l’architec-
ture, c’est une utopie similaire, celle d’une vie portée par le com-
munautaire, qui m’intéresse et j’aimerais pouvoir comprendre mon
rôle, en tant qu’architecte, dans ce type de logement. J’ai voulu pour
cet énoncé, étudier les mouvements communautaires spécifique-
ment en Suisse, afin d’en faire un bagage complet qui me servira
pour la suite de mes études et de mes futurs projets professionnels.
Je suis convaincue que le logement communautaire est une solution
actuelle face à notre société capitaliste mais aussi face au réchauffe-
ment climatique et le domaine de la construction joue, dans les deux
cas, un grand rôle. Cependant, c’est la place de l’architecte que je
remets en question, son rôle, ses capacités à pouvoir retranscrire le
besoin d’une communauté, qui parfois, se construit par elle-même.
A travers cet énoncé, je veux alors comprendre quel rôle l’architecte
ou la communauté ont eu, dans le passé et actuellement, dans cer-
tains projets à tendance communautaire.

Afin de poursuivre cet énoncé, il m’a semblé important, dans un pre-


mier temps, de définir le terme « communauté », puis de m’intéres-
ser aux communautés du 20ème siècle à celles d’aujourd’hui. J’analy-
serai le contexte dans lequel elles s’inscrivent, par leurs motivations
intellectuelles et spatiales, tout en suivant un ordre chronologique.

Je présente ensuite trois manières dont une communauté peut se


spatialiser, selon trois processus de construction : l’auto-construc-
tion, les démarches participatives et la planification architecturale.

Dans un deuxième temps, je retranscris le rapport des enquêtes ef-


fectuées aux quatre communautés : Le Montois à Undervelier, Rose-
ville à Corseaux, l’écovillage Berber à Grandvaux et l’écoquartier du

6
Stand à Nyon, choisies pour leur diversité de processus de construc-
tion. Elles me permettent ensuite de procéder à une analyse des
éléments spatiaux communautaires qui leur sont similaires, et d’en
extraire des schémas.

Ensuite je poursuivrai l’analyse avec, en premier temps, un rappel


du processus de construction de chaque communauté puis, dans un
second temps, de reprendre chaque élément individuellement.
Je réalise cette démarche afin de comprendre quels éléments spa-
tiaux sont créés par la communauté et lesquels viennent de la plani-
fication architecturale avec ou sans processus participatif.

7
Définition préalable

Bernard Lacroix définit une communauté dans son livre L’utopie


communautaire comme : « rassemblement d’individus résolus à
vivre en commun une vie différente de celle que leur propose la
société dont ils sont issus. »1.
Un rassemblement peut être spatial, intellectuel (« système de
relations et d’actions sociales ») ou les deux. Lacroix parle d’une
vie en commun, qui exprime plutôt l’aspect spatial du vivre en-
semble mais cette action est motivée par un projet politique et so-
cial qui est dans ce cas :« l’opposition à l’individualisme dominant »
et « un moyen plus efficace de lutter contre la solitude et d’unir ses
forces autour d’un projet collectif ». La notion intellectuelle d’une
communauté comprend les raisons qui poussent les individus à se
rassembler, dans ce cas l’individualisme. Cette définition de Lacroix
pour « la communauté dans les années 70 » dit que l’aspect spatial et
l’aspect intellectuel sont indissociables. L’action du vivre ensemble
et la spatialité qu’elle amène sont donc induites par la politique et la
société que la communauté dénonce.
Évidemment dans d’autres cas de rassemblement, ces deux as-
pects ne sont pas forcément dépendant l’un de l’autre, car l’aspect
spatial n’évoque pas que le verbe vivre et l’aspect intellectuel peut
être amené par d’autres motivations. Les individus d’un parti poli-
tique par exemple, sont rassemblés par des idées communes, mais
chaque individu vit indépendamment des autres. Dans ces cas-
là, les individus ont un lieu dédié au rassemblement qui peut al-
ler d’une simple salle louée, dans laquelle les échanges d’idées se
font principalement par oral et ne laisse aucune trace spatiale, à un
lieu construit dans lequel les motivations de la communauté se tra-
duisent spatialement. Plus une communauté utilise le lieu, plus elle
y laissera de traces, commençant peut-être par des affiches, puis du
nouveau mobilier, puis un panneau à l’extérieur, une nouvelle salle
plus grande, etc.
L’opérateur pratique de l’invention utopique de Lacroix utilise six va-
riables pour définir une « échelle d’attitudes » qui permet de situer
une communauté par son degré de « communisation » qui est pour
1. Bernard Lacroix, L’utopie communautaire : histoire sociale d’une révolte, Socio-
logie d’aujourd’hui (Paris: Presses univ. de France, 1981).

8
Lacroix, la manière dont la communauté se détache de la société
dominante du plus simple au plus radical. Les six variables sont :
le travail, l’argent, les tâches, l’autorité, la sexualité et l’éducation.
Celles-ci sont suffisantes pour Lacroix afin de comprendre et clas-
ser les communautés. Chacune de ces variables ont un impact plus
ou moins important sur le bâtiment. Par exemple, si le travail de
subsistance est à l’extérieur de l’aire communautaire, les individus
ont besoin principalement d’un lit et d’une cuisine qu’ils et elles
n’occupent même pas la moitié de la journée. Alors que si le travail
est interne, certaines pièces doivent y être dédiées, comme un bu-
reau si c’est de l’administratif, un atelier pour des artistes ou encore
une grange pour l’agriculture. Concernant la sexualité, si elle reste
dans le cadre du couple légal, le couple partage une chambre indi-
viduelle pour préserver son intimité. Si la sexualité est collective,
alors le degré de privacité est peut-être plus faible et on peut retrou-
ver des dortoirs plutôt que des chambres individuelles. Le nombre
de pièces, ou de lits dans les communautés peuvent donc varier.
Ce sont ces conséquences spatiales, ces changements apportés par
la communauté qui vont m’intéresser pour la suite de ce travail. Car
la spatialité permet de comprendre des aspects sociaux, politiques
mais aussi des modes de fonctionnement d’une communauté et vice
versa.

9
Les communautés en Suisse
De 1900 à aujourd’hui

Afin de mieux comprendre l’évolution du logement à résonance


communautaire en Suisse, et ses différents contextes sociaux, éco-
nomiques et politiques, je vais présenter dans ce chapitre une chro-
nologie de 1900 à aujourd’hui. Pour cela, je me suis basée sur la chro-
nologie du livre Renouveler la ville depuis l’intérieur 2, étude dirigée
par Line Fontana dont le deuxième chapitre contient une timeline de
1800 à 2018 présentant 107 logements à résonance communautaire
en Suisse mais aussi partout dans le monde. De cette timeline, j’ai
retenu les 37 projets suisses à partir de 1900 et j’ai ensuite procédé
à un tri. J’ai choisi les projets, soit parce que l’architecte y présente
une nouvelle manière de procéder, soit parce qu’ils traduisent dans
leur spatialité un nouveau besoin de la population ou de certaines
classes sociales. Suivant un sens chronologique, j’ai complété ces
projets par des paragraphes contextuels et par d’autres projets, ne
faisant pas partie du livre mais pertinent aussi pour la suite de mon
énoncé.

1900 Monte Verità, Ascona3


C’est un groupe de jeunes bourgeois et bourgeoises, refusant leur
vie toute tracée, qui décide de chercher un endroit où ils et elles
pourraient vivre librement plus proche de la nature. C’est sur une
colline au bord du lac Majeur au Tessin, que le groupe trouve son
bonheur. Il achète le terrain et le renomme Monte Verità. Ce lieu
devient vite un endroit de recueillement spirituel, de cures végéta-
liennes dans lequel toutes sortes de rituels apparaissent. Des ca-
banons en bois sont construits pour accueillir les visiteurs et visi-
teuses, dont le principe premier est une grande ouverture orientée
plein sud pour une cure d’héliothérapie.

2. Line Fontana, Renouveler la ville depuis l’intérieur : explorer les conditions ar-
chitecturales d’un commun (Genève: HEAD - Genève, 2021).
3. Kaj Noschis, Monte Verità: Ascona et le génie du lieu, Le savoir suisse 73. Arts
& culture (Lausanne: Presses polytechniques et universitaires romandes, 2011).

10
1914-1918 : Première Guerre mondiale4
Il est bien connu aujourd’hui, que la neutralité de la Suisse ne l’a
pas entièrement protégée de la guerre. Certaines conséquences ont
apporté, pour l’industrie des machines, des armes et les banques
un bilan positif mais les conséquences étaient principalement néga-
tives, comme l’importation des matières premières qui, entre 1913
et 1917, a diminué de moitié5. Le coût de la vie pendant la guerre
double et le salaire moyen n’augmente pas suffisamment. Un écart
se creuse entre la classe moyenne qui s’appauvrit et la classe ai-
sée qui s’enrichit encore plus. Ces effets auront une grande consé-
quence sur la classe ouvrière qui se révolte en 1918 ce qui a été « la
crise sociale la plus profonde de son [la Suisse] histoire. » (Gubler).
Un problème s’ajoute à la crise des classes : celui du logement, car
la demande est supérieure à l’offre et les loyers augmentent. Il y a
donc dès 1918 un nouveau besoin en logements adaptés aux moyens
financiers de la classe ouvrière qui apparaît, une classe qui est à ce
moment dénigrée et ignorée par la classe bourgeoise qui en a peur.
Face à ces inégalités générales et la grève, la Confédération inter-
vient, le parti socialiste peut occuper de manière proportionnelle le
parlement et une taxe est ajoutée sur les hauts capitaux fondés pen-
dant la guerre.

Au niveau de l’architecture, le Schweizerischer Werkbund et son pré-


sident Alfred Altherr, influencé par l’Allemagne, va aussi s’intéresser
à la condition du logement ouvrier et va organiser une exposition en
printemps 1918 à Zürich : Die Wohnung. L’exposition ne propose pas
de solution mais veut toucher un grand public et présenter les ques-
tions du logement ouvrier et des classes moyennes. Hans Bernoulli
y présente la petite maison ouvrière, « Kleinwohnhaus », un mani-
feste pour une villa ouvrière dans laquelle la famille peut se réunir
convenablement. Ce principe est accompagné de la « Wohnküche »,
une cuisine polyvalente reliant la salle à manger et le séjour en une
seule pièce plus spatieuse et conviviale.

4. La nouvelle architecture internationale suisse, Aprea Salvatore, cours EPFL


5. Jacques Gubler, Nationalisme et internationalisme dans l’architecture moderne
de la Suisse, Deuxième édition corrigée, Histoire et théorie de l’art (Genève: Edi-
tions Archigraphie, 1988).

11
Par cette exposition, le Schweizerischer Werkbund prend une posi-
tion politique, défendant la classe ouvrière, ce sera très mal perçu
par la corporation de l’Heimatschutz par exemple, très conserva-
trice, qui dénonce ces idées, défendant que chaque classe sociale
a son logement et qu’une villa n’est pas destinée à une famille ou-
vrière.

1919
Après une année de débats et de questionnements, 1919 a été une
année de projets intéressants. A Olten, une association se crée,
souhaitant regrouper les modèles coopératifs suisses. Elle se
nomme « L’Union suisse pour l’amélioration du logement », USAL.
Ses membres viennent de diverses régions et de 17 cantons diffé-
rents. Elle a comme objectifs d’« étudier puis définir les formules
optimales de la coopérative d’habitation, diffuser largement une
méthode opérationnelle, influencer la législation, nouer des contacts
avec des associations étrangères œuvrant dans un sens identique,
prendre parti pour une politique foncière « sociale », dénoncer et
combattre la spéculation immobilière. »6. L’UVAL a réussi à obtenir
quelques crédits de la confédération, mais pas des sommes suffi-
santes à leurs objectifs, ni régulières. L’association n’a pas réussi
à exercer une influence nationale comme elle le désirait mais elle a
cependant beaucoup influencé des villes comme Bâle, Zürich et Ge-
nève. C’est par l’UVAL que l’on retrouve les principes des cités-jar-
dins en Suisse, déjà présents avant la guerre en Angleterre ou en
Allemagne.

1919 : Concours Pic-Pic, Société Piccard-Pictet et Cie, Genève7


Les premiers exemples dessinés de cité-jardin seront lancés par la
firme Piccard, Pictet et Cie de Genève. Elle lance un concours pour
une cité-jardin, duquel aucun projet ne sera matérialisé mais les
projets gagnants seront beaucoup publiés. Le programme deman-
dait des logements pour 500 familles, sur un terrain de 28 hectares,
destinés aux ouvriers de l’usine Pic-Pic (usine de turbines, d’auto-
6. Jacques Gubler, Nationalisme et internationalisme dans l’architecture moderne
de la Suisse, Deuxième édition corrigée, Histoire et théorie de l’art (Genève :
Éditions Archigraphie, 1988).
7. Gubler.
La nouvelle architecture internationale suisse, Aprea Salvatore, cours EPFL

12
mobiles et, pendant la guerre, d’armes). En plus des appartements
de 3.5 pièces, le programme demandait des espaces communs et
de loisirs comme un restaurant, une bibliothèque, une buanderie,
une salle de réunion, un espace pour les jeunes, pour les personnes
retraitées, … Le deuxième prix du concours revient à Hans Schmidt,
jeune diplômé de l’école polytechnique et élève de Hans Bernoulli
(jury), qui dessine un projet nouveau, axé sur l’utilitaire. Il propose
des rues sur un axe nord-sud pour un bon ensoleillement des fa-
çades orientées est-ouest et certaines typologies sont traversantes
avec une Wohnküche. Schmidt utilise le tracé des sentiers pour pré-
server la privacité de chaque logement, tout en gardant une forme
régulière de parcelle. Dans son projet, Schmidt résout les questions
d’égalité des logements et de privacité, sans hiérarchie car on ne
retrouve pas de maisons de maîtres.

1919 : Freidorf, Hannes Meyer, Mutenz


Le Freidorf a été commandité par Karl Mundig, Rodulf Kündig et
Bernhard Jaeggi, académiciens ou politiciens philanthropes qui
ont des liens directs avec le mouvement coopératif suisse (Gubler).
C’est donc par l’UVAL qu’ils proposent à Hannes Meyer de concevoir
le projet, lui qui est parti spécifiquement en Allemagne et en Angle-
terre afin d’étudier les cités jardins. La coopérative a mis des sous
de côté pendant la guerre et, afin d’éviter une taxe élevée, décide
d’investir 7.5 millions dans un projet de logements destinés à ses
membres. La taille du terrain est de 8.5 hectares et doit accueillir
150 familles. Le projet est d’une difficulté nouvelle car on demande
à Hannes Meyer non pas seulement un projet architectural mais
aussi un projet social. L’architecte a commencé sa formation dans
la construction, apprenant le dessin de manière autodidacte en re-
copiant des traités. Son projet du Freidorf est un tracé orthogonal,
inscrit dans un triangle dont la bissectrice est l’axe principal. Il a
aussi passé des heures sur le terrain pour mieux comprendre sa
géométrie et inscrire son projet dans le paysage. Il veut s’éloigner
des maisons industrielles souvent enclavées et plutôt proposer un
lien fort avec la campagne. Hannes Meyer, avec son passif dans la
construction, a pris soin de penser à la réalisation du projet avec
une démarche nouvelle pour l’époque : un sondage, questionnaire
aux futurs résident-e-s du Freidorf. Cette enquête a permis de dé-

13
terminer les différents besoins variants suivant le nombre de per-
sonnes au sein d’un foyer et leur revenu. De manière très fonction-
nelle, six catégories d’appartement en sont ressorties. Une maison
communautaire est aussi prévue « Genossenschaftshaus », sur l’axe
principal avec un place centrale sur laquelle se trouve une fontaine
et une pyramide commémorative.
Le projet a aussi un aspect très économique, même si à la fin de la
construction le budget sera dépassé. L’économie se traduit par l’or-
thogonalité, les parcelles systématisées et la normalisation des ma-
tériaux. Ces aspects donnent aussi un caractère uniforme au quar-
tier. Pour pousser la réflexion sociale, Hannes Meyer va habiter cinq
ans dans le Freidorf afin de prolonger son engagement d’architecte
à la vie collective du terrain. Il a occupé un logement de la partie sud
du Freidorf qui forme aussi une placette avec une fontaine et dont
les loyers sont plus élevés.

Les années 1918 et 1919 ont été le déclenchement d’une nouvelle


architecture suisse, motivée par les besoins de la classe ouvrière
en habitats bons marchés et développée par le nouveau système
des coopératives. Plusieurs projets partageant ces principes sont
construits dans les années 20, en voici plusieurs exemples tirés du
livre renouveler la ville depuis l’intérieur8.

1925 : Im Vogelsang, Hans Bernoulli, Bâle9


Basé aussi sur le modèle de cité jardin et construit par une coo-
pérative, le projet cherche une grande économie de moyens. Des
services y sont intégrés comme une école enfantine, des magasins
et un foyer pour mères célibataires. Les logements sont des trois
pièces avec cuisine et ont un jardin privatif à l’arrière.

1926 : Lettenhof, Lux Guyer, Wipkingen10


Lettenhof est un projet d’une coopérative pour du logement des-
tiné aux femmes de tout âge. Un bâtiment accueille un restaurant
8. Line Fontana, Renouveler la ville depuis l’intérieur : explorer les conditions ar-
chitecturales d’un commun (Genève: HEAD - Genève, 2021).
9. Jacques Gubler, « Hans Bernoulli et le “Modèle Helvétique” de cité-jardin »,
text/html,application/pdf,text/html, 1 décembre 1975, [Link]
SEALS-47894.
10. Stadt Zürich, « Quartierspiegel Wipkingen », Statistik, 2020.

14
destiné surtout aux femmes de la coopérative mais ouvert à tous et
géré par l’association des femmes de Zürich. Dans ce bâtiment les
logements sont organisés en dix chambres individuelles mais parta-
geant des salles de bains communes. On remarque par ce projet que
le logement coopératif s’ouvre à d’autres publics que les ouvriers et
les familles.

1932 : Café Boy, Stephan Hüttenmoser, Zürich11


La coopérative Wohnheim Sihfeld a financé la construction de ce lo-
gement destiné aux jeunes prolétaires. Les appartements ont des
douches communes et une réception pour les visites. Les services
intégrés sont des ateliers de menuiserie, métallurgie, photographie
et imprimerie localisés au sous-sol et qui sont gratuits pour les ré-
sidents. Le Café Boy accueille aussi un restaurant sans alcool.

Le livre fait ensuite un saut dans les projets suisses jusqu’à 1960.
C’est à partir de là que le mot Siedlung commence à apparaître, que
l’on peut traduire en français par lotissement. Hans Schmidt et Paul
Artaria ont été précurseurs en dessinant, avec leurs expériences al-
lemandes respectives, le projet du Siedlung Spitzwaldstrasse déjà
en 1927. Le lotissement a deux façades différentes, une côté jardin,
l’autre côté rue, la toiture est plate et les fenêtres sont en longueur.
Le Siedlung est l’évolution des coopératives vues précédemment et,
au lieu de se baser sur des aspects néoclassiques, utilise le béton
armé qui est en plein essor dans les années 30. C’est la prouesse du
matériau et l’architecture moderne qui en découle qui est mise en
avant plutôt que l’aspect social.

1961 : Siedlung Halen, Atelier 5, Berne12


Ce quartier qui se trouve au milieu de la forêt, est un grand ensemble
de 79 maisons de 3.80m par 5.15m mises en terrasse, épousant la
pente du terrain. Chaque maison a les pièces communes à l’espace
inférieur avec un jardin privé et un solarium à l’étage supérieur. Sur
la place centrale on retrouve des services communs comme des

11. Margrit Hugentobler, Andreas Hofer, et Pia Simmendinger, More than Housing:
Cooperative Planning - A Case Study in Zurich (Birkhäuser, 2015).
12. « Siedlung Halen », Siedlung Halen, consulté le 12 janvier 2023, [Link]
[Link]/.

15
buanderies, une piscine couverte, des places de jeux, un magasin
et un café.

1971 : Cité Lignon, G. Addor, D. Julliard, J. Bolliger, L. Payot, Vernier


Dû à une échelle relativement plus grande, on ne parle pas ici de
lotissement mais de cité. Le projet comprend 2787 appartements
répartis en deux tours de 26 et 30 étages et de barres de 65 mètres
de long et de plus ou moins 10 étages. Une galerie ouverte, située
tous les quatre niveaux, « permet une liaison et donne accès à plu-
sieurs monte-charges et aux buanderies qui sont installés dans ces
étages »13. En plus des galeries, la cité a des services communs
comme deux églises, une école, un centre commercial et une salle
de spectacle. Ce projet permet une grande mixité car les apparte-
ments sont divisés en logements sociaux, loyers libres ou même
des propriétés. Aujourd’hui le Lignon est plus qu’un quartier, il est
presque une ville à part entière.

Le début des années 1970 est fortement influencé par les manifes-
tations de mai 68. Venant de France, le mouvement arrive dans les
villes proches de la frontière, Genève, Bâle et Zürich. La dernière se
fait vite reprendre par la main policière « à l’allemande »14 mais à
Bâle le mouvement persiste et l’Organisation progressive (OPB) est
créée par des étudiants et des apprentis. Elle va cependant se sépa-
rer en deux groupes, les partisant-e-s de la drogue et les autres qui
forment Hydra. Le groupe milite au début pour les droits et le respect
des apprentis, ensuite pour la défense des immigrés et, devenant
de plus en plus influent, le groupe attaque des grandes multinatio-
nales. Les actions d’Hydra font peur et le groupe subit de plus en
plus d’attaques. Il décide alors de proposer, en 1972, quelque chose
de nouveau : un texte, La crise, une offensive « la date est à noter
car, au début de 1972, rares étaient ceux qui voyaient la crise ! »15 .

« Le résultat, nous le vivons chaque jour : une vie de robots isolés


roulant dans des bagnoles très chèrement payées sur des autoroutes

13. « Historique de la Cité du Lignon | Comite Central du Lignon », consulté le 29


décembre 2022, [Link]
14. Luc Willette, Longo Maï: vingt ans d’utopie communautaire (Paris: Syros, 1993).
15. Willette.

16
embouteillées, de mauvaises écoles, souvent sans instituteurs,
misère des hôpitaux et manque de médecins, misère des logements
ou logements trop chers. »
« Nous respirons des gaz, buvons de la lessive, bercés au chant des
marteaux-piqueurs. Notre journée est un horaire, notre rendement
est exactement mesuré. L’usine programme notre rythme de vie :
travail productif, loisir récréatif, (…). Dans les 3 pièces-cuisine, les
tensions entre parents et enfants deviennent explosives. C’est ce
que les gens instruits appellent le conflit des générations. Faute
d’amour, de tendresse, les jeunes sont rejetés, de plus en plus nom-
breux, dans les poubelles et la soi-disant délinquance. Ils fuient pour
chercher une issue : drogue, alcool, suicide. Leurs émotions et leurs
tendances les plus naïves et les plus normales sont férocement ré-
primées, leurs énergies systématiquement saccagées par des mass
médias abrutissantes, canalisées et régies par toutes sortes de bu-
reaucraties étatiques. »

Ce texte dénonce la surproduction industrielle, la famille nucléaire,


le manque de considération des jeunes en difficulté et le problème
du logement trop cher. Hydra va décider de passer les mois suivants
à lire des utopies passées afin de trouver quelle action adopter pour
la suite. Le groupe fin par choisir de quitter le milieu urbain et de
s’installer en société de jeunes autonomes dans des campagnes dé-
laissées. Ce sont une quarantaine d’individus qui ont signés et qui se
sont engagés, en 1972 lors Congrès de formation des villages pion-
niers européens, au texte suivant :
« Nous proposons aux gouvernements de tous les pays européens
de mettre à la disposition des jeunes quelques kilomètres carrés
de régions en voie d›abandon. Sur chacun de ces coins d’Europe,
nous formerons une colonie de jeunes. Nous vivrons là en sociétés
autonomes. Par notre travail agricole, artisanal où industriel, fondé
sur le système coopératif, nous surviendront à nos besoins et
tenterons de redonner vie à des régions condamnées (…). Faire une
autre Europe, partir à la conquête des espaces perdus, les libertés
perdues (…), un choix de société hors des sentiers battus. »
Ce groupe partira s’installer au sud de la France et se renommera
Longo Maï qui signifie en provençal : que ça dure longtemps.

17
En Suisse et particulièrement à Genève, un autre mouvement est
né de mai 68 et dénonce, comme dans le texte Hydra, la crise du
logement. Ce mouvement décide de s’installer dans des bâtiments
qui sont voués à être détruits, et par la présence physique de ses
occupants, retarder ou annuler leur démolition. Ce mouvement est
celui du squat. Spatial Agency en donne une définition dans son
livre other ways of doing architecture : « Squatting is defined in the
broadest sense as the occupation and transformation of land and
buildings that are unused or underused. It is based on the assump-
tion that occupation and use constitutes a right in itself, above and
beyond legal ownership. »16

1975 : Premiers bâtiments squattés, quartier des Grottes, Genève17


Une association s’est créée après une présentation publique concer-
nant la reconstruction du quartier des Grottes. L’APAG (Action popu-
laire aux Grottes) décide d’occuper de manière illégale le quartier
car le barrage physique est la solution la plus efficace pour freiner
le projet de démolition. Face à la réalité des évacuations les habi-
tant-e-s reçoivent un soutien du procureur général.
A la suite de ce premier squat, de nombreux genevois commencent à
squatter les immeubles vacants, un mouvement est lancé.

1983 : Bolo’bolo, p.m. 18


P.m. est le pseudonyme d’Hans E. Widmer. Il a écrit Bolo’bolo pour
dénoncer le capitalisme et sa « machine-travail planétaire » 19 qui
selon lui, abîme, détruit et contrôle les êtres vivants, qu’il décide de
nommer IBUs. Pour appuyer son propos, p.m. propose un plan d’ac-
tion, une nouvelle manière de vivre ainsi qu’un nouveau vocabulaire :
l’ASA’PILI. Il faut 300 à 500 IBUs pour former un BOLO, c’est-à-dire,
une communauté dans laquelle l’IBU peut vivre, produire et mou-
rir et qui remplace « l’ancien accord fondé sur l’argent ». Le BOLO
peut varier d’un BOLO agricole à un BOLO urbain mais un réseau

16. Awan Nishat, Tatjana Schneider, et Jeremy Till, SPATIAL AGENCY, other ways
of doing architecture, s. d.
17. « Ne détruisez pas les Grottes! », video, [Link], 10 février 1981, [Link]
[Link]/archives/tv/divers/regards-presence-protestante/10366140-ne-detruisez-
[Link].
18. P.M., Bolo’ bolo (Paris: Ed. de l’Eclat, 2020).
19. P.M.

18
nécessaire à l’autosuffisance et au circuit court est mis en place.
Le BOLO urbain va réutiliser les bâtiments existants, supprimant la
voiture, réutilisant la rue comme lieu de vie en y construisant des
espaces de circulation couverts. Les immeubles réhabilités sont re-
liés entre eux et les supermarchés et les banques sont transformés
en ateliers.
Cette utopie réalisable m’a suivi tout au long de ma réflexion et j’ai
décidé de reprendre certains principes, particulièrement des élé-
ments de l’ASA’PILI, pour mon analyse. Je vois dans BOLO un mé-
lange de toutes les utopies actuelles ou passées, entre des principes
aujourd’hui appelés écovillage ou squat urbain.

1986 : Premier contrat de confiance 15-15bis rue des Gares.20


L’immeuble est occupé en février et les squatteurs se font expulser
mais vont pouvoir signer un accord avec le propriétaire et retour-
ner y habiter. Cet accord a été initié par Claude Haegi dans sa po-
litique de tolérance et permet de rendre le squat légal et pacifique.
Ce contrat exige des squatteurs de quitter les lieux si un projet de
transformation ou de démolition a été soumis et approuvé.

1986 : Le Montois, Longo Maï, Undervelier


Longo Maï, le groupe d’environ 40 personnes mentionné précédem-
ment, s’est installé en Haute-Provence, à Limans (France) mais avait
déjà noué beaucoup de contacts et le nombre de partisans était élevé.
C’est donc assez rapidement qu’un groupe de cinq adultes s’installe
en Suisse, d’abord dans une ferme vers Neuchâtel puis au Jura, à
Undervelier, dans une ferme datant d’environ 1870. La ferme a une
source d’eau, 11 hectares de terrain dont de la forêt et des terres
cultivables. La coopérative a, dans ses débuts, 50 moutons et 250
oies21. Elle garde un contact étroit avec les coopératives françaises
dont les membres peuvent circuler librement entre les coopératives.
Le Montois permet aussi un lien rapproché avec la maison de Bâle,
immeuble datant d’Hydra, utilisé aujourd’hui comme bureaux pour
s’occuper de la comptabilité de Longo Maï mais aussi de trouver des
donateurs qui vont régulièrement rendre visite à la ferme.

20. Fontana, Renouveler la ville depuis l’intérieur.


21. Willette, Longo Maï: vingt ans d’utopie communautaire.

19
1991 : Ouverture du squat de Wohlgroth, Zürich22
Au début, 30 personnes squattent dans cinq bâtiments, trois de
l’usine et deux immeubles voisins. Les habitant-e-s organisent ra-
pidement la « Volksküche », une cuisine ouverte à tous. Le squat
développera un cinéma, une salle de concert, des ateliers d’artistes
et une bibliothèque et occupera de plus en plus d’espace dans le
quartier, en y ajoutant des bâtiments, et prendra plus de place dans
la culture zurichoise. Ce sont finalement plus de 500 personnes qui
sont évacuées en 1993.
A la fin des années 1990, avec l’arrivée du contrat de confiance et le
mode de vie tout de même intense et incertain des squats, de nou-
velles formes d’organisations se créent, des nouvelles coopératives
de logement. Contrairement à celles des années 1920, ces coopéra-
tives émergent directement de groupes d’habitant-e-s de squat qui
souhaitent pouvoir pérenniser leur habitat. Ce principe donne ac-
cès à la vie communautaire à un autre public qui trouvait les squats
peut-être trop extrêmes. Si les squats ont été éphémères, la plupart
de ces coopératives créées dans ces années existent encore.

1995 : Création de la coopérative Karthago, Zürich23


La coopérative naît du squat Stauffacher où un groupe, influencé par
p.m. et Bolo’bolo décide de créer Karthago, le nom vient de p.m. lui-
même. C’est la ville de Zürich, en 1991, qui va proposer un terrain
pouvant accueillir le projet de cette coopérative. Le groupe a réuni
plus de monde, dont des planificateurs, mais c’est les citoyen-ne-s
de Zürich qui refuseront le droit de superficie entre la ville et Kar-
thago.
C’est alors en 1995 que Karthago a acquis un immeuble commercial
dans lequel la coopérative peut s’installer, en le transformant d’elle-
même en immeuble d’habitation.

22. Maryam Khatibi, « A Socio-Spatial Approach to the First Legal Hall Dwelling
Setting in Switzerland: The Case Study of Hallenwohnen in Zurich », Journal of
Housing and the Built Environment, 23 septembre 2022, [Link]
s10901-022-09980-y.
23. « Genossenschaft Karthago Geschichte », consulté le 12 janvier 2023, https://
[Link]/geschichte/.

20
1997 : Création de la Codha, rachat du squat Plantamour, Genève24
L’immeuble rue Plantamour a été occupé pendant plusieurs années,
jusqu’à ce que la Coopérative de l’habitat associatif (Codha) le ra-
chète. Elle propose une nouvelle manière d’opérer dans laquelle
l’habitant-e s’implique dans le processus de rénovation. Cette action
permet des loyers modérés dans le quartier des Pâquis, tout proche
du lac.

2001 : Hardturmstrasse, Stücheli Architekten, coopérative Kraft-


werk I, Zürich25
La coopérative rachète un projet encore non défini et travaille pour
y ajouter ses valeurs d’écologie, de solidarité et de communauté. Le
lotissement contient quatre immeubles dans lesquels sont répar-
tis 100 appartements et des bureaux. La maison A a été le premier
immeuble Minergie de Suisse. Trop petit projet pour être un Bolo tel
que p.m. le décrit et telle qu’était l’utopie initiale, Kraftwerk I a tout
de même mené à bout certaines idées comme : le bar à pantoufle,
des chambres d’hôtes, une collaboration avec un projet agricole,
plusieurs types d’appartements et un réseau d’entraide pour les
personnes ayant un revenu plus bas.

La Codha pour la Suisse romande et Kraftwerk I à Zürich sont deux


coopératives qui, depuis le début des années 2000, construisent et
continuent de projeter. L’écologie s’est ajoutée à leurs valeurs et leurs
projets actuels, comme ceux d’autres coopératives, promeuvent cet
aspect avant tout. Aujourd’hui « la surface par habitants depuis les
années 70 a augmenté, on est à peu près à 40-45m2 par personne
en Suisse alors que pour avoir un bilan Carbon un peu décent il fau-
drait diminuer cette surface par deux.”, c’est ce qu’explique Hans E.
Widmer dans le film documentaire Nos utopies communautaires ré-
alisé par Pierre-Yves Borgeaud26. Ce besoin écologique devient une
tendance actuellement quitte à tendre parfois vers le greenwashing.
C’est en tout cas l’aspect le plus mis en avant par la presse ou la ville
24. Plaquette explicative de la Codha Plantamour, 1997/2000, trouvée sur le site de
la Codha : [Link]
25. « Bau- und Wohngenossenschaft Kraftwerk1 Kraftwerk1 Hardturm », consulté
le 12 janvier 2023, [Link]
26. Nos Utopies Communautaires, Documentaire (Louise Productions Vevey &
Momentum Production avec la RTS, 2022).

21
pour justifier une nouvelle construction, qu’elle ait une tendance
communautaire ou non.

Le terme écovillage ou écoquartier est apparu dans les années


2010, pour mieux le comprendre je me réfère au Global Ecovillage
Network (GEN)27. Ce réseau mondial est aujourd’hui une référence
en matière d’écovillage et pour en faire partie, il faut remplir des
critères précis d’économie (immobilier non spéculatif), d’écologie
(dans la construction, consommation, production, recyclage) et de
communauté (minimum 20 membres dont 8 adultes permanents).
L’Association écoquartier28 basée à Lausanne questionne la défi-
nition du Larousse, « partie d’une ville ou ensemble de bâtiments
qui prennent en compte des exigences du développement durable,
notamment en ce qui concerne l’énergie, l’environnement et la vie
sociale », en disant qu’il n’y a aujourd’hui pas de définition unanime
mais que chaque écoquartier est spécifique au contexte dans lequel
il s’inscrit, et qu’il n’y a donc pas d’écoquartier ni d’écovillage mo-
dèle.

2017 : Ecovillage Berber, ECOPOL, Grandvaux29


Ecopol est une coopérative existante dans de multiples lieux depuis
1993. Le projet Berber fait partie du GEN et accueille depuis 2017
une vingtaine de logements avec des espaces en commun comme
une cuisine, une salle polyvalente, des ateliers, les terrasses et le
jardin. Le projet a été acheté au stade de la mise à l’enquête par
Ecopol et l’ouverture sur l’extérieur, la diminution des espaces pri-
vés et l’agrandissement des espaces communs sont les principaux
changements effectués. Les habitant-e-s et des aides extérieures
ont participés au chantier, qu’ils et elles considèrent en constante
évolution durant les six années suivant leurs installations. C’est
alors en 2023 qu’aura lieu la véritable inauguration.

27. « Global Ecovillage Network - Community for a Regenerative World », Global


Ecovillage Network, consulté le 30 décembre 2022, [Link]
28. « Association écoquartier - Pour habiter et travailler autrement », consulté le
30 décembre 2022, [Link]
29. « Gare 17 – Smala Berber – Réalisé | Ecopol », consulté le 12 janvier 2023,
[Link]

22
2018 : Écoquartier de la Jonction, Dreier Frenzel architecture et
communication, Genève30
Le site du projet accueillait de base les services industriels de Ge-
nève, mais ceux-ci ont déménagé au Lignon à la fin des années 90.
Dès 1996, le site est transformé de manière autogérée par la culture
alternative de Genève et devient Artamis, qui y installe quatre salles
de concert, un café, un lieu pour travailler, une boîte de nuit, une
salle polyvalente… Mais dans les années 2000, la ville de Genève fait
un état des lieux de ses sites pollués et Artamis en fait partie. La
ville décide de procéder à un assainissement et demande à Artamis
de partir, ne pouvant pas relocaliser la plupart de ses services. C’est
sur ce site dépollué qu’un projet d’écoquartier d’environ 300 loge-
ments va naître dont l’un est géré par la Codha, un autre le logement
social de la ville de Genève et un privé. Les rez-de-chaussée sont
commerciaux, les toitures sont des jardins communs et au sein des
bâtiments on retrouve la même structure mais des appartements de
toutes tailles dont des clusters.

2021 : Roseville, Corseaux


Des lieux comme Artamis, de culture alternative et d’espaces auto-
gérés et donc bon marché, il en manque encore actuellement pour
les artistes. A Vevey, la culture alternative est grande et des grands
squats se sont créés. Roseville n’en est pas un, le propriétaire a pro-
posé cet appartement à des squatteurs d’une villa car l’immeuble
étant protégé, il n’a pas encore d’autres projets pour cet endroit. Ce
sont donc au départ une dizaine de squatteurs et squatteuses d’un
autre endroit qui s’installent à Roseville en 2021, avec directement
un contrat de confiance. Aujourd’hui ils sont quatre artistes à y vivre,
avec de l’espace pour peindre et pour jouer de la musique. La ter-
rasse a été aménagée avec un bar et une scène pour offrir un espace
gratuit en été, proche du lac.

30. Illico - ARTAMIS, site en péril - Play RTS, consulté le 31 décembre


2022, [Link]
ril?urn=urn:rts:video:60446.
Fontana, Renouveler la ville depuis l’intérieur.

23
2022 : Écoquartier du Stand, farra zoumboulakis et associés, Nyon
Les maîtres d’ouvrages sont la Codha et la ville de Nyon et un
concours d’architecture a eu lieu en 2013. C’est le projet des archi-
tectes farra zoumboulakis et associés, trois immeubles accueillant
au total 127 appartements, du 2.5 pièces au cluster qui l’a rempor-
té. Le projet joue avec la pente et plusieurs hauteurs pour obtenir
un maximum de lumières dans les appartements. On retrouve aussi
beaucoup d’espaces communs: un local ado, des jardins, des salles
communes, une place de jeux, qui sont gérés par la coopérative mais
aussi une crèche et un local de quartier gérés par la ville de Nyon.

A travers cette très large chronologie du 20ème siècle, et des quelques


projets à tendances communautaires présentés, je comprends qu’il
y a un axe d’analyse important pour la suite de cet énoncé : la nature
de la construction. Si beaucoup de ces projets ont des valeurs com-
munes, un aspect qui peut énormément faire varier leur matériali-
sation est le processus de la construction, qu’il soit autogéré (dans
un espace existant, en friche ou non), dans une nouvelle construc-
tion (de manière auto-construite), qu’il soit créé à travers un pro-
cessus coopératif ou encore à travers un processus de concours.
Ces deux derniers processus de construction font appel à un ou plu-
sieurs architectes alors que les premiers font appel aux ressources
au sein-même de la communauté. Dans ces différentes manières
de procéder, l’architecte et les communautés jouent un rôle plus ou
moins important.

La chronologie montre qu’avec le début des coopératives, de nou-


velles fonctions apparaissent dans le logement comme des restau-
rants, des cafés, des ateliers, des cinémas, etc. et plus tard, avec les
squats, des salles de concerts, des galeries, etc.
De nouvelles formes, de nouvelles typologies sont apparues, le prin-
cipe de la Wohnküche, des espaces polyvalents communs, des cui-
sines et des toilettes partagées, etc.
Comme le processus de construction a une influence sur le pro-
gramme et la forme du bâtiment, il me paraît pertinent, dans le cha-
pitre qui suit, de présenter ces processus à travers trois catégories :
l’auto-construction, les démarches participatives et la planification
architecturale.

24
Auto-construction

Je peux commencer par parler de l’auto-construction à travers


l’histoire de l’architecture vernaculaire en Suisse où chaque famille
de paysans construisait sa propre grange, son propre raccard, son
propre rustico. Que la construction soit en pierre ou en bois elle de-
vait souvent être retouchée chaque été, en remplaçant des éléments
ou en l’agrandissant si besoin. Ces petites constructions étaient très
proches de la famille qui y vivait, parfois même laissée à l’abandon
lorsque le lieu n’était plus adéquat.
En France, l’auto-construction a pris une place importante après
la première guerre mondiale, lorsque le besoin en logements était
urgent. Une coopérative d’auto-construction a même vu le jour en
1921 : Les Castors31. Ce groupe réalisait des maisons appelée cot-
tages sociaux et ce mouvement pris encore plus d’ampleur durant la
deuxième guerre mondiale et en 1954 l’Union Nationale des Castors
(UNC) se regroupent avec d’autres coopératives et crée la Confédé-
rations françaises de l’Union des Castors (CFUC). Mais en 1995, les
pouvoirs publics préfèrent s’orienter sur le locatif et le collectif ce
qui amène rapidement la chute et la fin de la CFUC.
En Suisse, il existe aussi un site regroupant douze coopératives d’au-
to-construction32, dont trois sont en Suisse romande et neuf sont en
Suisse alémanique, mais essentiellement axées sur la pose auto-
nome de panneaux solaires.
Aujourd’hui l’auto-construction est utilisée « par passion pour le
domaine de la construction, d’autres pour faire des économies, ou
pour adapter leurs besoins et habitudes de vie dans la conception
de leur habitat »33. Elle est autorisée mais comme le projet doit obli-
gatoirement être mis à l’enquête, faire appel à un ou une architecte
est nécessaire dans le processus. Sauf en Valais où la procédure de
mise à l’enquête peut être faite par tout le monde. Les projets au-

31. « Notre histoire », Les Castors (blog), consulté le 31 décembre 2022, https://
[Link]/notre-histoire/.
32. « Coopératives d’autoconstruction », Autoconstruction - Selbstbau - Autocos-
truzione (blog), consulté le 31 décembre 2022, [Link]
tives-dauto-construction/.
33. Mélanie Laurent, « Mémoire de fin d’études : “L’évolution de l’auto-construc-
tion : de la construction accompagnée à l’ubérisation” », Université de Liège - Fa-
culté d’architecture, 2020 2019.

25
to-construits existants ont été faits de manière officieuse et illégale,
dans des friches, des squats ou des jardins et ceux-ci restent donc
souvent éloignés des procédures légales.
En 2020 j’ai rencontré Nicole au festival de la terre à Prilly. Elle y
exposait le projet de sa maison avec des murs en pailles et un re-
vêtement terre crue qu’elle a auto-construite avec l’aide d’ami-e-s.
Cependant, elle témoigne tout de même de la difficulté de trouver
un ou une architecte acceptant de faire la procédure et de suivre le
chantier.
Lorsque je vais utiliser le terme d’auto-construction dans la suite de
cet énoncé, je parlerai de la façon illégale de procéder, sans mise à
l’enquête, sans architecte.

Démarches participatives
Les démarches participatives sont une manière d’aborder la
construction et la planification autrement, venant souvent de l’envie
des architectes de se rapprocher du processus de la construction et
des futur-e-s habitant-e-s.
Le Freidorf d’Hannes Meier est l’un des premiers exemples de parti-
cipation de l’architecte dans le processus de construction (à grande
échelle) mais aussi dans celui de la vie collective en y habitant les
cinq années suivant la construction.
Nishat Awan, Ttjana Schneider et Jeremy Til se sont engagés en-
semble pour former Spatial Agency34. Leur livre explique pourquoi
le groupe a décidé de se nommer ainsi et non pas en tant qu’ «al-
ternative architectural practice». Pour le groupe, le mot alternatif,
suggère automatiquement une alternative à quelque chose, donc
une opposition à la norme. Le terme architectural ne convient pas
non plus car la définition globale d’un-e architecte se limite au des-
sin d’un bâtiment. Il manque à la définition, selon spatial agency, les
notions du processus de la production, de l’occupation, de la tem-
poralité et des relations à la société et la nature. Le dernier terme,
practice, que l’on peut traduire en français par exercer ou pratiquer,
est limité selon le groupe par le marché et une temporalité courte.
Spatial agency requestionne aussi le principe de répétition mais sur-
tout le dire que la répétition et l’expérience permettent d’appliquer
34. Nishat, Schneider, et Till, SPATIAL AGENCY, other ways of doing architecture.

26
les mêmes principes partout, ne faisant plus attention au contexte
de manière individuelle.
« Spatial Agency is a project that presents a new way of looking at
how buildings and space can be produced … a much more expan-
sive field of opportunities in which architects and non-architects can
operate ». Le processus d’aménagement spatial est pour le groupe
un domaine non réservé aux architectes qui a aussi d’autres moti-
vations tel que la politique, la profession, la pédagogie, l’éthique et
l’écologie. Le rôle et l’engagement de l’architecte d’aujourd’hui est
donc remis en question.
Je considère aussi les démarches de la Coopérative de l’habitat
associatif (Codha) participatives, leurs buts étant de sortir du mar-
ché spéculatif, d’intégrer les futur-e-s habitant-e-s aux projets de
construction, remettre la gestion des immeubles aux habitant-e-s,
garantir un loyer modéré et de construire à des hauts standards éco-
logiques.
Les deux se rejoignent sur les valeurs d’écologie, de participation et
de politique, remettant en question le processus de construction et
de conception.
Les contreparties des démarches participatives en Suisse, comme
celles de la Codha, sont un financement et un engagement à long
terme, sachant que le temps entre le début de la coopérative et la fin
des travaux peut être d’une dizaine d’années. Les places disponibles
à la fin des travaux, sans faire partie de la coopérative, sont très de-
mandées. Dans la coopérative Kraftwerk I à Zürich par exemple, la
file d’attente, après avoir payé une caution est de plus d’une dizaine
d’années35.

Planification architecturale
J’utilise le mot planification pour parler de la démarche « classique »
de notre système actuel de construction. C’est celle que j’ai pu ob-
server lors de mes stages à l’échelle privée, de la maison indivi-
duelle ou l’immeuble de bureau, et à l’échelle publique, du concours
d’architecture par exemple. Dans les démarches privées de rénova-
tions, de transformations ou de nouvelles constructions que j’ai pu
suivre, les questions de temps et d’argent sont très présentes, que

35. Nos Utopies Communautaires.

27
ce soit une famille en attente de la chambre pour accueillir le der-
nier enfant ou une entreprise qui a besoin d’agrandir ses locaux. J’ai
aussi participé à plusieurs concours d’architecture où la question du
temps, des délais de rendus ou du besoin urgent de l’infrastructure,
est aussi présente. La planification classique, par les soucis finan-
ciers et de calendrier, limite la disponibilité de l’architecte à visiter,
comprendre et connaître le site et ses habitant-e-s ou futur-e-s ha-
bitant-e-s.

Formes vides
La forme vide apparaît lorsqu’il y a un décalage entre la planification
architecturale et l’usage. Au niveau d’un quartier ou d’un immeuble,
ce sont des espaces prévus à l’usage commun qui restent vides. Ce
phénomène peut être expliqué par un manque de besoin ou de suivi.
« Cependant, pour que cela fonctionne, les habitants doivent
premièrement le vouloir puis être capables d’interagir entre eux.
Ces deux réalités semblent ne pas avoir été intégrées par les archi-
tectes dans leurs projets et par les propriétaires et les régies dans
leur sélection des habitants puis dans leur absence de suivi de la
gestion des espaces communautaires. »36 Ce sont donc entre trois
entités, les architectes, les propriétaires/régies et les habitant-e-s
qu’il manque de la communication afin d’activer un lien social, com-
munautaire au sein du logement.
Il existe d’ailleurs des services comme Pro Senectute37, principale-
ment axé sur les liens des personnes âgées avec leurs environne-
ment, qui interviennent dans des immeubles ou des quartiers à la
demande de la commune. Dans sa démarche pour des quartiers so-
lidaires, Pro Senectute propose un suivi de cinq ans généralement,
pour mettre en place un local de quartier, un groupe de travail et
plusieurs activités régulières comme la marche ou le jardinage. Au-
jourd’hui Pro Senectute et l’institut TRANSFORM se sont associés
pour essayer d’intégrer de plus en plus tôt des projets de quartiers.
Ce nouveau pôle propose d’accompagner les maîtres d’ouvrages et
les architectes-urbanistes afin d’aider l’intégration des habitant-e-s
36. Mobil’homme et EnQuêtes, « Rapport au logement des personnes au bénéfices
du logement social, volet qualitatif », 2019.
37. Magnolia International Ltd, « Pro Senectute Suisse », Pro Senectute Schweiz,
consulté le 2 janvier 2023, [Link]

28
au sein du projet.
Ce processus est une solution actuelle pour résoudre les problèmes
de forme vide, de manque d’usage ou d’appropriation et pour favo-
riser une vie de quartier. C’est un processus nécessaire lors d’une
planification architecturale classique dans laquelle le rôle de l’archi-
tecte s’arrête à la conception et au design des bâtiments. Ceci va à
l’encontre de la pensée de Spatial Agency ou du processus partici-
patif, qui intègre directement l’architecte dans le processus d’appro-
priation et qui ne font donc pas appel à des entités externes.

29
Ces trois processus, l’auto-construction, les démarches participa-
tives et la planification architecturale me permettent de placer sur
un graphique les différents projets vus précédemment afin d’avoir
une vue d’ensemble des quelques projets à tendances commu-
nautaires du 20ème siècle et de comprendre quel rôle l’architecte y
a joué. Ce graphique montre que les quatre projets que j’ai choisis
à analyser de manière approfondie sont bien répartis sur l’échelle
de l’auto-construction à la planification. Ils sont plutôt récents, pour
comprendre quels éléments des projets de la chronologie précé-
dente se retrouvent encore actuellement et s’ils y ont exercé une
influence. Cela va aussi me permettre de mieux comprendre le rôle
de l’architecte au sein d’une communauté. Quels éléments spatiaux
sont créés par la communauté ? Lesquels viennent de la planifica-
tion architecturale ?

fig. 1: Graphique des projets de la chronologie placés selon deux échelle: tempo-
relle et du processus de construction

30
communauté auto-construite Le Montois

Monte Verità
Squat Wohlgrot
Roseville
Squat des Grottes Karthago

Bolo’bolo

Plantamour

Ecovillage Berber

Kraftwerk I

Freidorf, H. Meier

Siedlung Halen

Café Boy

Im Vogelsang Ecoquartier
Lettenhof du Stand

Ecoquartier
de la Jonction
communauté planifiée

Cité Lignon

Concours Pic-Pic

1900 1920 1940 1960 1980 2000 2020

31
Utilisation de l’ASA’PILI, vocabulaire de p.m.

Afin d’être méthodique dans ma manière d’analyser les quatre com-


munautés, j’ai décidé de reprendre quelques termes de l’ASA’PI-
LI (Bolo’bolo, 2020). Chaque mot a un sens plus large que j’ai pu
utiliser comme catégorie pour mieux comprendre la communauté
mais aussi pour pouvoir en extraire des éléments spatiaux. Chaque
ASA’PILI a un symbole que je vais utiliser par la suite.
Voici un court dictionnaire38 des termes de l’ASA’PILI que j’ai utili-
sés et des citations du livre qui permettent de comprendre chaque
terme.

TAKU : propriété, secret, vie privée, malle à souvenirs


(Bolo’bolo, p.106-107)
« L’IBU39 a un droit exclusif sur le contenu de son TAKU »

NIMA : identité culturelle, style de vie, mode de vie, culture, tradi-


tion, philosophie, religion, idéologie, personnalité
(Bolo’bolo, p.109-110)
« La véritable raison qui pousse les IBUs à vivre ensemble est leur
acquis culturel : le NIMA »

KODU : nature, agriculture, paysage, nutrition, campagne


(Bolo’bolo, p.114-116)
« Le KODU est la base agricole de l’auto-suffisance et de
l’indépendance du BOLO40 »

YALU : aliments, cuisine, style de cuisine, gastronomie


(Bolo’bolo, p.122)
« Dans la plupart des cas, la cuisine est un élément essentiel de
l’identité culturelle d’un BOLO »

38. Voir annexes pour un dictionnaire complet.


39. Je le rappelle ici, l’IBU est le terme utilisé par p.m. pour parler d’un individu
40. Le BOLO est la communauté de base
fig. 2: 10 différents symboles redessinés à partir du livre Bolo’bolo

32
SIBI : art, artisanat, architecture, industrie, production d’outils et
de machines
(Bolo’bolo, p.126-127)
« Un BOLO n’a pas seulement besoin de nourriture, il a aussi
besoin d’objets et de services »

PALI : énergie, production d’énergie, essence, chaleur, utilisation


d’énergie
(Bolo’bolo, p.130)
« L’indépendance d’un BOLO est déterminée par son degré
d’autosuffisance en ressources énergétiques. »

SUFU : eau, conduite d’eau, fontaine


(Bolo’bolo, p.135-136)
« L’eau est un élément essentiel pour la survie de l’IBU »
« Mais la propreté n’est pas objective elle est déterminée
culturellement »

GANO : habitation, maison, abri, construction, tente, caverne, loge-


ment
(Bolo’bolo, p.138-144)
« La distribution de l’espace n’est pas réglée par des lois, car les
besoins sont déterminés par l’identité culturelle. »

PILI : communication, langage, compréhension, transmission de


connaissances, instruction, entraînement, bavardage
(Bolo’bolo, p.149)
« L’IBU entretient avec les autres IBUs une grande variété de
formes de communications et d’échanges »

TEGA : arrondissement, voisinage, quartier, village, ville, district,


vallée, île
(Bolo’bolo, p.159-161)
« Avec 10 ou 20 BOLOs il est possible de former un TEGA »

33
SADI : marché, foire, centre d’échange
(Bolo’bolo, p.180-181)
« La plupart des arrondissements ou comtés organisent des
marchés quotidiens, hebdomadaires ou mensuels »
« Autour des marchés se développent toute une série d’activités
sociales »

J’ai utilisé ce vocabulaire pour enquêter et j’ai créé un document que


j’ai amené avec moi lors de chaque visite. Je l’ai complété séparant
les éléments que je devais observer de ceux que je ne pourrais peut-
être pas voir et donc demander à la communauté.

fig. 3: Document créé et utilisé pour chaque enquête


fig. 4: Croquis d’enquête, hall d’entrée, Le Montois
Tous les croquis d’enquête ont été réalisés sur place lors des visites, au crayon sur
papier

34
Le Montois, Longo Maï, Undervelier, visité le 11.12.22

TAKU :
Chaque personne de la communauté a sa chambre privée. Les
couples ont une chambre pour deux et une autre chambre pour
les enfants, qui est parfois partagée entre les frères et sœurs. Les
chambres donnent sur un espace de distribution généreux qui est
considéré comme « une plazza », un espace où ils et elles se ren-
contrent, discutent et où les enfants peuvent jouer. A l’étage des
chambres de Lucie et Thomas, une zone de lecture a été construite
sur mesure dans un coin difficile à meubler autrement. A l’extérieur
de la grande ferme, certaines personnes de la communauté vivent
dans des roulottes qui sont situées à côté du hangar. Il y a aussi un
« stöckli », petite maison en bois dans laquelle une personne loge.
Lucie a décidé avec l’aide de ses amies de relever un défi pour son
anniversaire : construire une cabane suspendue entre trois arbres.
Lucie m’a présenté le chantier lors de ma visite et elle m’a racon-
té pourquoi elle en avait besoin. Elle veut y mettre juste un lit, afin
d’avoir son propre endroit où venir se ressourcer et du calme. Ce-
pendant elle dit aussi qu’elle n’est pas fermée à l’idée de partager
cet espace de temps en temps, à condition qu’il reste une petite
échappatoire au milieu de la forêt.
Lise, de la première génération, ne pouvait plus vivre à 100% avec
la communauté et a donc décidé de prendre un appartement dans
le village. Elle vient tout de même presque tous les jours au Montois
pour les repas et pour y passer du temps.
En ce qui concerne les meubles communs, seulement un ou deux ti-
roirs sont étiquetés avec le nom d’une personne de la communauté.
Le meuble à chaussures à l’entrée a cependant le nom de chaque
personne de la communauté, ainsi qu’un compartiment « visiteur »
dans lequel on trouve des pantoufles à disposition.

35
fig. 5: Croquis d’enquête, axonométrie du site, Le Montois

36
NIMA :
Longo Maï est une culture communautaire datant des années 70
dans laquelle on retrouve encore beaucoup de liens et de projets
d’entraide, entre les coopératives mais aussi avec d’autres per-
sonnes dans le besoin. Par exemple, lorsque j’y suis allée, le maga-
sin était rempli de cartons qui devaient partir prochainement pour
l’Ukraine. Longo Mai s’investit dans la cause des migrants depuis
son début, et dans la politique en général avec beaucoup d’affiches
aux propos communistes, anticapitalistes ou encore contre l’armée.
Lors de l’inauguration de la pompe électrique par exemple, il y avait
écrit :

KODU :
L’agriculture et le lien avec la nature est l’un des principes de base de
Longo Maï, mouvement qui a commencé lorsque la société surcons-
ommait et que l’industrie prenait de plus en plus de place. Au Mon-
tois, il y a environ 50 moutons mais aussi des poules et des canards,
des ruches, deux grands jardins potagers et deux vergers.
La ferme principale a gardé son étable initiale dans laquelle se
trouvent les moutons mères, le bouc et les agneaux. Les moutons
sont principalement utilisés pour la viande, que la coopérative vend
et consomme, mais aussi pour la laine qui est récupérée.
Une bergerie annexe a été construite par la communauté dans la-
quelle se trouvent les autres moutons en hiver et les poules toute
l’année. Les deux ruchers sont situés à l’est de la ferme, proche du
stöckli.

YALU :
La cuisine est le lieu central, sa disposition au centre de la maison
est plus importante que la salle à manger/salon car on y passe beau-
coup plus souvent. Selon Thomas et d’autres, elle est parfois trop
centrale car lorsque l’on cuisine, tout le monde passe et le téléphone
sonne donc on n’y trouve rarement de la tranquillité. L’organisation
des repas se fait par inscription, le nombre de personnes au sein de
la communauté permet de diviser en 7 les repas. Une personne ne
cuisine donc qu’une fois par semaine mais comme c’est en grandes

fig. 6: Croquis d’enquête, banderole redessinée à partir d’une photo, Le Montois

37
quantités, cela prend souvent toute la matinée. Les repas ont lieu à
12h30 et 19h et c’est avec une corne que l’on appelle les personnes
à l’extérieur à venir à table. Le petit déjeuner est le seul repas pris
de manière individuelle car les horaires matinaux sont différents.

SIBI :
Concernant la construction, c’est toujours au sein de la communauté
que cela s’est déroulé. La première génération ayant habité le Mon-
tois avait des grandes connaissances techniques mais aujourd’hui
elle n’a plus la force pour les travaux et la suivante peine à trouver
du temps, mais elle souhaite tout de même apprendre pour pouvoir
se débrouiller sans aide extérieure. Bernard me dit : « il y a beau-
coup de choses à refaire car on n’a pas fait tout juste à l’époque ». La
construction la plus récente est celle de la véranda, elle fait office de
pièce annexe polyvalente, Raymond y fait du miel, d’autres y font le
pain, des légumes en bocal ou on y regarde la télévision. Le magasin
qui se trouve dans le hangar vient d’être rénové et la construction qui
est en cours est le projet personnel de Lucie.

fig. 7: Croquis d’enquête, plan du rez-de-chaussée, Le Montois

38
Au niveau de la ferme de 1870, la structure et l’organisation générale
sont d’origine. Il y a seulement les chambres/mezzanines qui ont été
ajoutées dans les combles et la vieille écurie pour les vaches qui a
été rénovée en une cave et un stockage de nourriture. Les outils se
trouvent dans le hangar où il y a plusieurs machines et un atelier
pour le métal. Le bois cependant, comme celui pour la cabane, ap-
partient à Longo Mai mais Lucie est allée à la scierie d’Undervelier
pour le travailler. Dans une petite pièce des combles a été installé un
espace couture.

PALI :
Le chauffage est relié aux panneaux thermiques par un système de
boilers mais pour compléter il y a un chauffage bois qui est relié au
séchoir des plantes, légumes et champignons. C’est principalement
la salle commune, celle des repas, des réunions ou de lecture qui
est chauffée.
Au niveau de la lessive, il manque selon Thomas et Lucie un espace,
une pièce chaude pour faire sécher les habits en hiver. Lors de ma
visite j’ai effectivement pu observer des vêtements mis à sécher un
peu partout: sur des portes, sur des cintres, accrochés au mur, etc.

SUFU :
La communauté a la chance d’avoir accès à une source d’eau et la
première génération a décidé d’en profiter pleinement et de l’utili-
ser pour produire de l’électricité. Deux étangs ont été construits,
l’un dix mètres en dessous de l’autre. La pression de la chute d’eau
active une turbine reliée à une petite centrale électrique. La commu-
nauté pourrait être autonome en énergie grâce à ce système mais il
est obligatoire en Suisse d’être relié au réseau.
Les toilettes sont communes, il y en a une par étage. Elles ont été
ajoutées au premier étage et aux combles en dessus des toilettes
existantes, ce qui permet une seule descente d’eau.

GANO :
La limite foncière est délimitée principalement par les arbres et vers
le verger, par une route agricole. Autrement pas de portail pour ac-
céder à la route du Montois, même si celle-ci ne dessert que leur
propriété.

39
Les différentes coopératives de Longo Mai sont en contacts régu-
liers et une personne d’une coopérative peut facilement se déplacer
dans une autre, pour un ou plusieurs jours. Par exemple, lorsque
je suis allée rendre visite au Montois, plusieurs personnes d’autres
coopératives étaient présentes, celles qui s’occupaient des marchés
de noël dont une équipe pour la Suisse allemande et une pour la
Suisse romande. Pour accueillir toutes ces personnes, la coopéra-
tive propose des petites chambres dans les combles, des roulottes
proches du hangar, l’étage inférieur du stöckli ou encore dans les
bureaux situés au village d’Undervelier. Tout cela permet d’accueillir
une quinzaine de personnes, en plus de celles déjà dans la commu-
nauté.

PILI :
Afin de communiquer, et c’est pareil dans toutes les coopératives
de Longo Mai, une réunion a lieu tous les lundis. Elle sert à prendre
des décisions communes, comme la date de ma venue, qui peut em-
mener Thomas à la gare de Bassecourt, les colis pour l’Ukraine, la
venue de l’équipe du marché de noël, la vente des agneaux, etc.
En ce qui concerne les petites choses du quotidien, il y a quelques
affiches explicatives; aux toilettes par exemple, il y a une feuille pour
expliquer quelle éponge est pour quelle surface ou un petit mot
pour rappeler les habitant-e-s de garder le linge humide dans leur
chambre.

fig. 8: Croquis d’enquête, feuille à la salle de bains, Le Montois


fig. 9: Croquis d’enquête, post-it à la salle de bains, Le Montois

40
KENE :
Le travail interne est organisé en spécialisation, les moutons, le
miel, le jardin, le verger, etc. Tout le monde serait capable de rem-
placer quelqu’un mais cette spécialisation permet à chacun-e de
s’organiser comme il ou elle le souhaite. Parfois, il y a des périodes
ou des personnes doivent venir aider au jardinage, tout dépend des
récoltes. Les lieux de travail sont donc principalement à l’extérieur.
Il y a aussi une personne qui travaille dans les combles pour créer
des savons, des produits à base d’herbes aromatiques venant du jar-
din. C’est au même endroit qu’il y a un petit poste de travail mais le
bureau principal de la coopérative se trouve au village et celui de
Longo Mai, la centrale, est à Bâle. Le travail fourni par les membres
de la coopérative n’est pas rémunéré individuellement, l’argent des
ventes appartient à la communauté et il comprend la totalité des
coûts des assurances, des trajets, des dépenses de nourritures sup-
plémentaires, des réparations, etc.

TEGA :
La ferme n’a pas de lien direct de voisinage, étant au bout d’une
route dans les hauteurs d’Undervelier. Comme c’est un petit village,
j’ai demandé si la coopérative était appréciée et on m’a dit qu’en
général oui mais pas forcément de tout le monde. Elle entretient
cependant une très bonne relation avec la coopérative du Pichoux
qui habite dans un ancien hôtel et qui propose un magasin avec des
produits locaux.

SADI :
Le Montois a un magasin dans le hangar, qui a été rénové pendant le
Covid pour avoir plus d’espaces, afin de préparer les colis des ventes
en ligne même si le magasin propose aussi de la vente directe. La
coopérative fait aussi en été quelques marchés, lorsque les récoltes
sont trop conséquentes par rapport à leurs besoins, et en hiver des
marchés de noël vendant aussi la production des autres coopéra-
tives Longo Mai.

41
Roseville, Corseaux, visité le 08.12.22

TAKU :
Roseville est une colocation particulière car les quatre habitants,
Saus, Dom, Pierre et Ed41 ont un contrat de confiance avec le proprié-
taire qui ne savait pas quoi faire du bâtiment protégé par l’UNESCO
après l’achat du terrain. Ils ont un appartement dans cette ancienne
Roseraie où ils ont chacun une chambre, qui est leur espace person-
nel et privé. Ed a un des murs de sa chambre, construit par la colo-
cation, qui donne sur l’espace salon, il est donc le seul à entendre un
peu plus les bruits à l’extérieur de sa chambre mais ça ne le dérange
pas. Au niveau des meubles personnels, la plupart sont dans leurs
chambres respectives à part un meuble à chaussure dans le hall. A
la cuisine, les meubles sont communs à part un seul tiroir avec le
nom de Pierre dessus.

NIMA :
Les quatre colocataires sont des artistes et leurs modes de vie va-
rient beaucoup. Pierre fait régulièrement du bénévolat pour des évé-
nements musicaux alors son rythme est plutôt nocturne. Dom a un
rythme universitaire car il fait une école d’Arts. Saus peint beaucoup
et il a d’ailleurs peint tout le long de ma visite, dans la cuisine ou sur
la terrasse. Il a offert une toile à chacun, qu’ils ont mis dans leurs
chambres respectives.

KODU :
L’agriculture n’est pas un objectif en soi mais ils ont quand même
décidé, cet été, de créer un potager. Ils l’ont installé contre le mur
viticole derrière la terrasse qui a bonne orientation. C’est surtout
grâce à Ed, qui a des bases de jardinage, qu’ils ont pu cultiver des
légumes (tomates, fenouils, salade, etc.). Ils ont même réussi à ré-
cupérer un plan de vigne qui leur a donné du raisin. Le jardin est
surtout une question de plaisir, pas une recherche d’autosuffisance
alimentaire.
Saus a un chien et garde aussi celui de sa sœur et les laisse sortir
sur la terrasse ou le champ derrière la maison. Ils ont aussi quatre
chats dans l’appartement, c’est surtout Ed qui s’en occupe.
41. Je leur ai donné quatre faux noms afin de préserver leur identité.

42
fig. 10: Croquis d’enquête, banderole redessinée à partir d’une photo, Le Montois

43
YALU :
Il n’y a pas de planning des repas, si un repas est organisé cela se
fait de manière plus ou moins improvisée. La cuisine se fait donc
principalement de manière individuelle. Lors de ma visite, Dom avait
cuisiné le soir précédent et ce qui restait était à la disposition de
tout le monde. Un ami avait prévu de venir le soir pour cuisiner un
couscous et Saus a prévenu les autres qui étaient évidemment aussi
conviés.
La cuisine est d’origine, ils ont simplement ajouté des étagères et
le lave-linge. La grande table a été récupérée d’un squat précédent
qui l’avait récupérée d’une chaîne de restauration. Tous les meubles,
la vaisselle ou les ustensiles sont récupérés, rien n’est acheté neuf.

SIBI :
Toutes les réparations ont été faites par eux-mêmes, ayant beau-
coup appris lors des anciens squats. L’écoulement du lavabo de la
salle de bains, par exemple, est bricolé avec un autre tuyau pour
amener l’eau dans une grille. La vitre sur la porte d’entrée a été
réparée avec du scotch et le bar sur la terrasse a été fabriqué avec
pleins de petites planches récupérées ailleurs, comme des pan-
neaux de coffrage.

fig. 11: Croquis d’enquête, axonométrie de la salle de bains, Roseville

44
Le propriétaire leur a demandé de ne pas toucher la façade qui
est protégée mais les espaces intérieurs peuvent être modifiés li-
brement, ils les adaptent donc à leur quotidien. Un mur avait été
construit pour créer une chambre supplémentaire mais lorsque la
personne est partie, ils l’ont rapidement cassé pour ouvrir l’espace
et en faire un salon, où il y a pour l’instant une batterie et un fauteuil.
La terrasse a été aménagée aussi, ils y ont construit une scène en
hauteur pour pouvoir y installer la batterie en été lors de sessions
jam. Ils utilisent aussi un espace à l’étage inférieur comme atelier
dont l’aménagement est en cours car ils ont d’abord dû y vider les
meubles qui avaient été attaqués par des souris. Il y a donc un es-
pace pour peindre de grandes toiles et pour plusieurs instruments.

fig. 12: Croquis d’enquête, vue sur le salon, Roseville

45
PALI, SUFU :
Le chauffage et l’eau courante étaient existants, ils n’ont pas eu be-
soin de les modifier. Avoir les deux était pour eux un luxe car là où
ils ont habité avant, ils n’avaient ni chauffage, ni eau courante, ni
électricité.

GANO :
La propriété inclut le terrain à l’arrière, le jardin, la terrasse et les
trois espaces sont bien exploités. Il n’y a ni haies, ni portails, simple-
ment de la végétation et des murs viticoles. On n’y voit pas non plus
de panneaux pour montrer une privatisation de l’espace, la seule
écriture extérieure étant ROSEVILLE sur le balcon. Même la porte en
bas de l’immeuble était ouverte.
Cette ouverture vient avec un esprit de partage, ils veulent ouvrir la
terrasse en été à tout le monde pour offrir un espace bar et jam qui
offre une vue et une proximité au lac gratuitement.

PILI :
Il n’y a à Roseville ni autorité, ni organisation, le fait qu’ils soient
quatre (parfois 5 ou 6) leur permet de pouvoir communiquer et dis-
cuter en se croisant ou si besoin sur un groupe what’s app. Ils ont
tous à peu près le même âge et se connaissent depuis longtemps
venant tous de Vevey et ses alentours.

KENE :
Le travail interne consiste principalement au ménage, qui se fait sans
organisation particulière mais plutôt par initiatives individuelles. Les
pièces communes deviennent parfois des lieux de travail alors que
l’atelier à l’étage inférieur n’a pas d’autres utilités.
Le travail externe est spécifique à chacun mais sans pression finan-
cière car le propriétaire ne demande pas une grande somme pour
le loyer.

fig. 13: Croquis d’enquête, plan de l’appartement et de la terrasse, Roseville

46
47
TEGA :
Ils ont comme voisin Daniel qui vit au-dessus. Le proprié-
taire voulait le faire partir mais Daniel est resté, simplement
sans payer. Il fait de la musique, ce qui dérange parfois Saus:
« l’autre jour il travaillait sur une prod’ à 3h du mat’ avec la
même mesure en boucle et c’était horrible. ». Il lui en a parlé
le lendemain et c’était réglé. Il y a aussi une dame qui loue
un espace au rez-de-chaussée où elle gère une escape room
mais ils ne la connaissent pas et je n’ai pas pu la rencontrer.
La maison se situe entre une grande route et des vignes, alors
il n’y a pas d’autres voisins, pas de vis-à-vis. Les volets étaient
ouverts et depuis la terrasse, j’ai pu voir Daniel travailler dans
une pièce de son appartement.

48
Écovillage Berber, ECOPOL, Grandvaux, visité le 11.11.22

Il est important de préciser que cette visite a été effectuée de


manière organisée par Ecopol. J’ai participé au forfait Smala Co-
Co42 qui inclut une visite de 4h, dont le repas, des discussions et une
soirée contes, pour 40fr. Ces forfaits ont lieu à peu près une fois par
mois, ce qui rend la visite très organisée. Nous étions une dizaine de
personnes à y participer, intéressées par le concept, la démarche ou
pour y vivre.

42. « Visites Smala-CoCo : expériences didactiques en écovillage - 2022-2023 »,


visite proposée sur le site internet d’ECOPOL: [Link]
fig. 14: Croquis d’enquête, axonométrie du site, écovillage Berber

49
TAKU :
On a pu visiter qu’une seule chambre qui était spécialement ouverte
pour la visite, et donc entièrement rangée. On a aussi pu passer par
la cuisine d’un des petits appartements de l’écovillage dont deux
grandes armoires, avec une étiquette « privé » dessus, séparaient
l’espace cuisine-séjour de l’espace chambre à coucher que je n’ai
donc pas pu observer. Il y avait une étiquette « privé » presque sur
toutes les portes, même sur deux frigos au rez-de-chaussée. Les
portes des chambres ont toutes une sonnette, qui est une petite
boîte à musique. Il y a des rideaux à chaque fenêtre, très souvent
fermés et les stores des fenêtres en vis-à-vis l’étaient aussi.

NIMA :
La communauté organise des soirées culturelles animées par ses
membres, surtout Alberto Alvim qui est dans la septantaine qui
a, par exemple, récemment organisé une soirée Freud. Les habi-
tant-e-s de l’écovillage n’ont pas de lien culturel fort qui les unit,
à part l’écologie, car ils et elles viennent de milieux très différents.
Cependant la décoration générale est assez engagée et accueille
parfois même des expositions temporaires dans le couloir du rez-
de-chaussée. Lors de ma visite, l’exposition portait sur une revue
d’articles parlant de clusters, de communautés en Suisse allemande
et d’environnement. Dans l’ascenseur, il y a une grande fresque, ap-
pelée « l’ascenseur social », qui dénonce la société actuelle et ses
différentes classes sociales. Il y a aussi une bibliothèque dans la
pièce commune avec quelques livres et des jeux de société et une
table avec un échiquier intégré. La salle polyvalente a été beaucoup
rangée pour notre visite mais Théo Bondolfi, notre guide, nous a dit
qu’il y a normalement une table de ping-pong et d’autres choses
mais que tout a été rangé dans le local adjacent.

KODU :
Le jardin se situe au-dessus des garages et du bureau et Valérie en
est la responsable. Elle n’habite pas dans l’écovillage et travaille à
Vevey à plein temps, alors c’est que les weekends, lorsqu’il fait beau,
qu’elle se rend à Grandvaux. Si Valérie ne vient pas, personne ne
prend le relais, sauf si cela a été convenu avec elle. Cet été ce sont
tout de même quelques légumes qui ont pu être récoltés mais la

50
communauté ne cherche pas l’auto-suffisance, la taille du jardin ne
serait de toute manière pas suffisante.
Le jardin a causé quelques problèmes de fuites et d’infiltrations
d’eau dans les salles du rez-de-chaussée qui, après plusieurs inter-
ventions, ont pu être réparées.
À l’arrière des maisons, dans la pente, quelques arbres fruitiers ont
été plantés en terrasse.

fig. 15: Croquis d’enquête, couloir avec exposition, écovillage Berber

51
YALU :
Les repas sont généralement individuels, sauf lorsqu’Alberto cuisine
pour tout le monde, généralement une fois par semaine. C’est aussi
lui qui s’occupe du stock de nourriture qui est inclus dans le loyer et
donc disponible pour toute la communauté. Ce système convient à
tout le monde et ce sont seulement des denrées spécifiques, comme
des barres chocolatées, qui doivent être achetées indépendamment.
La cuisine commune est récente et performante et est à moi-
tié ouverte sur la table à manger. Il y a beaucoup de planches en
bois arrondies, utilisées comme plan de travail ou pour cacher les
poubelles. Dans la salle à manger, les meubles ont été récupérés
et parfois offerts par des personnes de la communauté. Il y a une
longue table pour les repas collectifs mais c’est aussi à cet endroit
que les réunions ont lieu.
La kitchenette destinée principalement aux cinq chambres du pre-
mier étage est plus petite, avec deux plaques pour cuisiner et une
table arrondie autour de laquelle environ trois personnes peuvent
s’asseoir.

SIBI :
La coopérative a acheté les plans du bâtiment déjà mis à l’enquête
ainsi que le terrain pour environ quatre millions. Elle ne pouvait donc
pas apporter de modification sur son volume mais a tout de même
effectué des modifications, au niveau de la façade par la création
des terrasses communes et à l’intérieur en réduisant au maximum
les espaces privés (les chambres) afin d’augmenter les zones com-
munes. En ce qui concerne la construction, 80% du béton est recy-
clé et les chutes de bois du chantier ont été récupérées pour créer
une fresque murale dans la salle polyvalente. Tous les éléments de
construction comme les portes et les fenêtres ont été achetés neufs.
La coopérative a engagé des entreprises pour effectuer les travaux
principaux. Aujourd’hui, c’est une personne qui vient trois mois par
année vivre à l’écovillage qui s’occupe des réparations et de nou-
veaux travaux.
L’écovillage n’a pas encore fêté son inauguration finale, disant
qu’« une maison est un être vivant qui prend environ six ans pour
s’établir », la maison est alors constamment en travaux jusqu’en
2023.

52
fig. 16-18: Croquis d’enquête, plan du rez, rez sup., 1er étage, stylo sur calque,
base: plans de Bâtir Groupé, source: [Link]

53
PALI :
Le système de chauffage est un système à pellets ou à eau dans
le bureau, qui doivent être activés manuellement. La livraison et le
stock des pellets sont gérés par Alberto qui a installé un système de
récupération des sacs à pellets en plastique pour les apporter direc-
tement à la décharge. Le stock se trouve sous un escalier à côté des
boîtes aux lettres et les poêles sont toujours visibles et accessibles
pour que les personnes de la communauté puissent et pensent à les
remplir.

SUFU :
Un seau est entreposé dans le jardin pour récupérer un peu d’eau de
pluie mais pas de système pour la maison. En ce qui concerne les
toilettes, toutes fonctionnent à l’eau sauf une toilette sèche à côté de
la cuisine commune, son compost se trouve dans le jardin à l’arrière
et est camouflé dans une fausse pierre.

GANO :
La propriété est délimitée par la route de la gare et la voie de che-
min de fer au sud, par la pente au nord et par deux barrières, à l’est
et à l’ouest, qui font office de main courante pour les escaliers, qui
permettent un accès piéton depuis la gare aux habitations d’en des-
sus. Le projet est assez dense pour la parcelle, deux maisons sur un
socle, alors que le projet précédent comportait qu’un seul bâtiment.

PILI :
La réunion a lieu une fois par mois, afin d’établir le planning du mois
qui suit, fonctionnant sur inscription, rempli, puis accroché sur un
tableau dans le couloir. Alberto gère la maintenance de toute la coo-
pérative, le stock, la coordination mais les rapports humains aussi
et il est rémunéré à 40% pour ce travail. En ce qui concerne l’en-
tente générale au sein de la coopérative, c’est le comité qui essaie
de choisir une diversité planifiée pour les habitant-e-s et d’éviter les
conflits. Par exemple, il y a déjà eu dans le passé des problèmes avec
un habitant qui buvait trop d’alcool et qui faisait trop de bruit le soir,
le comité lui a donc demandé de partir. Les habitant-e-s de la com-
munauté actuellement sont principalement des personnes seules et
il manque, selon Théo Bondolfi, des familles pour plus de diversité.

54
KENE :
La plupart des habitant-e-s travaillent à 60% à l’extérieur de la
communauté et le comité demande en général un investissement au
sein de la coopérative de 16h par mois la première année et ensuite
de 8h par mois. Le travail interne inclut les inscriptions au planning
(principalement pour du ménage), les soirées à organiser, les visites,
etc. Il y a aussi un espace coworking au rez-de-chaussée où l’on peut
louer une place de travail sans faire partie de la coopérative mais ce
sont aussi les bureaux d’ECOPOL et d’un de ses partenaires : Bâtir
Groupé, qui s’occupe de la construction des écovillages.

TEGA :
Les habitant-e-s de l’écovillage n’ont pas beaucoup de relation avec
les personnes du voisinage. La coopérative connaît un peu les ha-
bitant-e-s à l’est car la maison est en rénovation, ce qui a amené
des discussions, et les jeunes de la coopérative ont créé quelques
contacts avec les voisin-e-s au nord.

SADI :
La coopérative n’a pas de magasin, elle propose que les visites et
parfois des workshops, par exemple, pour apprendre à faire des sa-
vons solides. Elle a tout de même au rez-de-chaussée une petite
épicerie bio, un stock de nourriture de la région réservé aux habi-
tant-e-s.
Un habitant de la communauté de Cheiry (autre coopérative d’Ecopol
dans le canton de Fribourg) est à l’origine d’une entreprise qui met
en vente des pâtisseries ou du pain de la veille. Il apporte ce qu’il ne
peut pas forcément revendre et met ces invendus à la disposition
des différentes coopératives ce qui leur permet d’avoir presque tou-
jours des salades, des sandwichs ou encore des pâtisseries dans le
frigo et du pain.

55
Écoquartier du Stand, Nyon, visité le 21.12.22

TAKU :
Chaque logement est privé, les tailles des appartements varient du
2.5 au 5.5 pièces et deux clusters de 5 chambres et deux autres de
4 chambres. Chaque appartement s’organise indépendamment et
dans les couloirs, il y a parfois un meuble à chaussures, une pous-
sette ou quelques affaires.
L’intimité de quelques logements a été bousculée récemment par
des vols, mais aussi du vandalisme dans les caves (ouvertures de
cartons, fouille, etc.).

NIMA :
Le quartier étant récent, il est difficile d’observer de grandes tradi-
tions communes qui sont répétitives. Lors de ma visite j’ai tout de
même vu plusieurs affiches sur les portes d’entrée, dont une pour
l’apéro de Noël le 22.12.22, une du local de quartier et une du local
ados concernant principalement leurs horaires.
Les salles communes à disposition sont principalement réservées
pour les réunions des différents groupes de travail ou par des fa-
milles souhaitant y organiser un repas d’anniversaire ou une fête
privée.
Le but du quartier était de proposer une mixité sociale et donc diffé-
rents loyers, 30% de loyers modérés seulement ouverts à des Nyon-
nais-e-s, 40% de loyers abordables et 30% de loyers libres (qui sont
principalement les logements au sud). Pour permettre de réduire
la taille des logements, des chambres d’ami-e-s communes sont
mises à disposition dans chaque bâtiment et peuvent être réservées
sur la plateforme (PILI).

KODU :
Au sein du quartier se trouvent deux jardins sur les toits-terrasses
et un au sol. Très rapidement, les habitant-e-s ont décidé de former
un groupe potager dont il faut faire partie pour pouvoir participer au
jardinage et récolter les légumes. Le groupe se réunit en général le
mercredi de 9-12h et le dimanche de 16h-19h.

fig. 19: Croquis d’enquête, axonométrie du site, écoquartier du Stand

56
57
YALU :
L’organisation des repas se fait de manière individuelle au sein de
chaque appartement, les clusters sont aussi divisés en sous-appar-
tement qui ont une petite cuisine chacun. Il y a aussi une cuisine
commune au quartier sur les deux toits-terrasses, sans réservation
particulière et dont tous les habitant-e-s ont accès. Les deux salles
communes ont aussi une cuisine très spacieuse et bien équipée.
Il y a des groupes en création concernant l’alimentation ou les re-
pas : groupe congélateur commun, vrac, panier de fruits et légumes
ou encore le groupe cantine intergénérationnelle. Chaque groupe n’a
pas encore eu le temps d’organiser beaucoup d’activités, le quartier
étant récent.
Tous les appartements du quartier ont une cuisine ouverte sur le
salon, dans l’appartement que j’ai pu visiter, la séparation est visible
que sur le mur derrière la cuisinière lorsque le carrelage s’arrête.

fig. 20: Croquis d’enquête, plan de l’appartement visité (3.5 pièces), écoquartier du
Stand

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SIBI :
Les architectes du projet sont farra zoumboulakis et associés SA
avec comme ingénieur civil MP ingénieurs Conseils SA et le bu-
reau de paysage J.-J. Borgeaud comme architectes paysagistes.
La construction étant neuve, elle n’a pas encore été sujette à de
grandes modifications mais de petits problèmes sont signalés sur
la plateforme en ligne (PILI). Il y a un problème récurrent de réso-
nance, autant dans les appartements, les couloirs ou dans le local de
quartier, qui est dû à la construction en béton mais aussi au manque
de meubles et d’appropriation. D’autres problèmes ont été signalés
en ligne dans l’onglet « incidents » dont les lunettes de toilettes mal
fixées (quatre personnes ont ce problème), le sol trop chaud (sept
personnes ont ce problème), ou encore les températures qui sont
trop hautes de manière générale (onze personnes ont ce problème).

PALI :
Les températures sont en général trop élevées, en tout cas par rap-
port au vote qui avait eu lieu pour chauffer les appartements à 20°C.
Il y a aussi un groupe d’énergie et thermique qui travaille sur l’éco-
nomie d’énergie générale au quartier mais aussi sur ces problèmes
de chauffage pour pouvoir les résoudre au sein de la coopérative.

GANO :
Le contraste entre ce quartier et celui à l’est, des années 1980, est
fort surtout au niveau des éléments de privacité. L’écoquartier n’a
planté aucune haie, seulement des arbres ponctuellement alors que
dans le quartier à l’est, chaque jardin privé est entouré d’haies. Le
quartier n’a pas non plus de portail ni de barrière, tous les chemins
sont ouverts et accessibles pour offrir un espace public.

PILI :
Les habitant-e-s peuvent communiquer via une plateforme mise en
place par la Codha43. Elle propose différents onglets : l’actualité,
le tableau de bord, l’agenda, les réservations, la boites à idées, les
incidents, les documents et les contacts c’est-à-dire le Nom, Pré-
nom, numéro d’appartement et parfois le numéro de téléphone de
chaque habitant-e-s et les différents groupes de travail créés. Elle
43. « PNP », consulté le 6 janvier 2023, [Link]

59
est beaucoup utilisée par les habitant-e-s et permet aussi à la Co-
dha de comprendre le fonctionnement du quartier et de certains de
ses besoins ainsi que de suivre son évolution.

KENE :
Les personnes travaillant à l’écoquartier du Stand sont soit enga-
gées par la ville de Nyon, pour le local de quartier et la crèche, soit
par la Codha, pour les deux responsables de suivi du quartier. Les
autres travaux internes au quartier sont bénévoles, pour les diffé-
rents groupes de travail et le local ado. L’investissement dans le tra-
vail interne au quartier n’est pas du tout obligatoire.

TEGA :
Les trois bâtiments n’ont pas de vis-à-vis avec d’autres habitations
mais il y en a beaucoup au sein-même du quartier. Un parti pris du
projet a été de proposer des coursives communes par étage et les
séparations à dispositions sont des rideaux dont le rail permet de
fermer entièrement la terrasse devant un appartement. Lors de ma
visite j’ai remarqué que la plupart des rideaux étaient fermés sur
les côtés mais pas forcément devant car les habitant-e-s ont plutôt
ajouté des rideaux intérieurs pour ne pas avoir besoin de fermer les
stores. Il y a un logement du bâtiment 3 qui a aussi ajouté un rem-
plissage du garde-corps, le rendant complètement opaque.

fig. 21: Croquis d’enquête, axonométrie d’une coursive, écoquartier du Stand

60
Éléments spatiaux similaires aux quatre communautés

Pour répondre à ma question de problématique, en me basant prin-


cipalement sur mes quatre enquêtes, il est important de préciser
que les quatre communautés ont des principes, des valeurs et des
tailles très différentes. Dans L’opérateur pratique de l’invention uto-
pique de Lacroix44, elles ne s’opposent pas du tout à la norme de la
société dominante de la même manière. Mais comme aujourd’hui
l’architecte ne connaît pas forcément la communauté pour laquelle
il ou elle dessine des plans, et que celle-ci peut aussi évoluer, il me
semble important d’extraire de ces communautés, seulement les
éléments spatiaux. Je vais énoncer par la suite les éléments simi-
laires aux quatre enquêtes, afin d’en faire ressortir ceux qui leur
sont essentiels.

44. Lacroix, L’utopie communautaire.

61
Un élément se retrouve dans chaque communauté : le TAKU, l’es-
pace réservé à un individu. Cet élément c’est toujours la chambre
à coucher, nécessaire pour dormir mais elle n’est jamais meublée
que d’un lit. L’individu y installe des armoires ou des commodes
pour ses habits mais parfois aussi pour des livres, des affiches, des
photos, etc. Cet espace personnel est directement lié aux nombres
de personnes au sein de la communauté et reste rarement vacant.
Lorsqu’une personne quitte la communauté, et donc sa chambre,
celle-ci devient rapidement convoitée surtout si elle a beaucoup de
qualité (taille, ensoleillement, isolation phonique), transformée pour
accueillir une autre fonction si la communauté en a besoin ou lais-
sée vacante.
Dans le cas de Roseville, après le départ d’une habitante, la chambre
a été rapidement transformée, par l’abattement d’un mur, en salon
commun car la communauté ne recherche pas forcément une per-
sonne pour combler la chambre alors que l’écovillage à Grandvaux
va rapidement remettre la chambre à louer, la laissant vacante que
si personne ne la souhaite. Au Montois, les combles sont un puzzle
de plusieurs chambres ayant été ajoutées au fur et à mesure. Ber-
nard m’a même dit que les chambres n’ont pas pu être réfléchies
comme un ensemble et qu’il y a, par exemple, deux escaliers pour
atteindre une même hauteur, mais chacun menant à une chambre
différente.
Pour reprendre le terme de p.m., TAKU est, selon mes observa-
tions, une chambre, privatisée par un ou une individu-e, principa-
lement utilisée pour dormir et y stocker des objets, des habits ou
des meubles appartenant à l’individu-e. Il est nécessaire d’avoir une
chambre par personne d’une communauté, à l’exception des per-
sonnes, des couples par exemple, qui choisissent d’en partager une.
Le minimum d’une chambre consiste en un élément d’entrée (porte,
planche, rideau, etc.), un élément apportant de la lumière naturelle
(fenêtre, porte-fenêtre, trou, etc.), un élément pour dormir (lit, cana-
pé, matelas au sol, etc.) et un élément pour entreposer des affaires
personnelles (commode, armoire, coffre, étagère, etc.).

fig. 22: Schéma d’élément, chambre

62
En plus des chambres nécessaires pour chaque personne de la
communauté, les quatre coopératives observées ont des chambres
d’ami-e-s ou, en tout cas, un espace disponible si une personne en
visite souhaite dormir sur place. A Roseville, c’est la pièce la plus pe-
tite qui est proposée, au Montois, il y a une mezzanine, les roulottes
ou le stöckli, à l’écovillage Berber une chambre au rez-de-chaussée
ou la salle polyvalente et à l’écoquartier un système de chambres
d’ami-e-s qui peuvent être réservées en ligne via la plateforme PNP.
Cet espace d’accueil prend une forme différente à chaque commu-
nauté et est proportionnel à sa taille.
Les chambres privées des coopératives visitées sont généralement
plus petites qu’un logement non communautaire afin de privilégier
les espaces communs. Leur surface varie aux alentours de 12m2
ce qui ne laisse pas toujours la place à des éléments de détente,
comme un canapé, un fauteuil, une bibliothèque, etc.

63
Ces éléments se retrouvent alors communs, dans un ou plusieurs
espaces appelés « salon » dans l’écoquartier, à Roseville et au Mon-
tois et zone commune ou zone partagée dans l’écovillage. Comme
dans les différentes communautés, beaucoup de zones sont com-
munes ou partagées, je préfère utiliser le mot « salon ». Cet espace
est accessible à toute la communauté, aménagé, meublé et décoré
par une ou plusieurs personnes, généralement après une discussion
commune. Le salon retranscrit le NIMA de la communauté. A
Roseville, par la présence de la batterie et des tableaux de Saus au
mur, à l’écovillage, par des décorations faites maison avec des maté-
riaux recyclés et au Montois, par plusieurs étagères avec beaucoup
de livres ou d’albums photos. Les salons des appartements de l’éco-
quartier sont meublés et décorés de manières différentes selon les
locataires.
Le salon est au départ un espace neutre, approprié au fur et à me-
sure par la communauté dans lequel on retrouve tout de même des
éléments essentiels ; des murs, pour le séparer de l’extérieur ou des
espaces privés, qui permettent d’accrocher des peintures, des af-
fiches, des tapisseries, etc..., et un élément apportant de la lumière
naturelle (fenêtre, porte-fenêtre, baie vitrée, etc.). La taille du salon
doit être proportionnelle à celle de la communauté.

fig. 23: Schéma d’élément, salon

64
En plus de retranscrire une partie du NIMA de la communauté, le sa-
lon accueille parfois la table-à-manger lorsqu’il est directement en
lien avec la cuisine, comme le principe de la Wohnküche (cuisine-sé-
jour). C’est le cas au Montois, à l’écovillage Berber et à l’écoquartier
du Stand. Dans les deux premiers cas, la cuisine-séjour ne distribue
aucune pièce alors que dans certains appartements de l’écoquartier
du Stand, elle sert aussi d’espace de distribution, des chambres ou
des toilettes. Dans tous les cas, le principe permet d’y positionner la
table à manger commune qui est généralement grande et a de mul-
tiples fonctions, dont la principale est d’accueillir les repas trois fois
par jour. Sa seconde fonction, c’est le cas au Montois et à l’écovillage
Berber, est d’accueillir les réunions hebdomadaires ou mensuelles
et autrement, la table est un lieu qui permet de s’asseoir et discuter
avec un thé, un café, etc. Lorsque la table à manger se situe dans
le salon, elle a généralement un lien visuel direct avec la cuisine,
permettant des aller-retours faciles lorsque le repas est servi. A Ro-
seville, une porte sépare la cuisine du hall et du salon alors, lorsque
j’y suis allée en visite, c’est tout de même à la table de la cuisine
qu’on a discuté et qu’ils se retrouvent aussi pour échanger, ou en-
core comme Saus, pour peindre. Alors même séparée du salon, la
table à manger est polyvalente.

fig. 24: Schéma d’élément, salon-cuisine

65
Un élément qui se retrouve dans les quatre communautés est le
lave-linge, un appareil essentiel à notre quotidien aujourd’hui, mais
qui n’est pas forcément utilisé de manière journalière. Pour des rai-
sons économiques il est alors utile de le partager au sein de la com-
munauté, ce qui est d’ailleurs souvent le cas des immeubles avec ou
sans tendances communautaires. Le lave-linge est souvent lié à un
séchoir et dans l’écovillage par exemple, une seule pièce est prévue
pour les deux. A Roseville, le linge sèche dehors dès qu’il ne pleut
pas, mais au Montois, comme précisé précédemment, il manque
une zone pour étendre le linge.
Une buanderie n’a pas besoin de forme spécifique cependant le
nombre de machines doit pouvoir correspondre aux demandes de la
communauté et l’espace de séchage en être proportionnel, pour des
raisons pratiques mais aussi pour éviter le conflit.

Trois autres éléments techniques se retrouvent, logiquement, dans


les quatre communautés : un système de chauffage, d’électricité et
d’eau courante. Les installations sont très spécifiques à la commu-
nauté, à sa manière de consommer, à sa taille et demandent une
surface plus ou moins grande. Par exemple, l’écovillage Berber pré-
voit pour son chauffage, des réserves de pellets, ce qui demande un
lieu de stockage supplémentaire aux installations.

fig. 25: Schéma d’élément, buanderie

66
Les espaces de travail varient beaucoup selon les communautés et
sont plus importants à Roseville et au Montois car le travail est ef-
fectué presque entièrement sur place. A Roseville, c’est un local à
part, un étage en dessous, qui est utilisé, ce qui est très pratique au
niveau sonore, pour jouer de la musique, et de l’isolement physique
pour peindre. Ce local pourrait accueillir d’autres fonctions, s’il y a
un jour un besoin. Au Montois, les espaces de travail sont bien plus
importants que les espaces de vie, car la communauté tend vers
l’auto-suffisance par l’agriculture. Elle a au total 11 hectares et les
considère tout juste suffisants pour subvenir à ses besoins. En plus
des espaces agricoles, comme la communauté est presque auto-suf-
fisante au niveau de la construction, de grands espaces sont prévus
afin de stocker le matériel, les machines et les outils. Le Montois
a également plusieurs surfaces de bureaux à l’extérieur de la coo-
pérative mais aussi dans les combles de la ferme principale. Dans
les deux autres cas, l’écovillage et l’écoquartier, comme la majorité
des individu-e-s travaille à l’extérieur de la communauté, aucun es-
pace de travail interne est prévu. C’est d’ailleurs une différence avec
certaines des premières coopératives vues précédemment comme
Lettenhof et Café Boy, qui prévoyaient un restaurant géré par ses
habitant-e-s et ouvert au public.

fig. 26: Schéma d’élément, bureau/studio

67
Je reprends les éléments de travail de la ferme du Montois comme
exemple car ils sont très complets et tous nécessaires à une coopé-
rative qui recherche l’auto-suffisance. Pris individuellement, chaque
élément de travail peut être repris dans d’autres coopératives, sui-
vant les besoins. Le Montois a aussi un magasin d’une surface d’en-
viron 50m2, pour vendre ses produits mais aussi des produits des
autres coopératives de Longo Maï, et il propose aussi des livraisons.

fig. 27: Schéma d’élément d’agriculture, culture


fig. 28: Schéma d’élément d’agriculture, atelier/stockage
fig. 29: Schéma d’élément d’agriculture, ruches

68
fig. 30: Schéma d’élément d’agriculture, prés et bergerie
fig. 31: Schéma d’élément d’agriculture, verger

69
La ferme du Montois dédie la majorité de ses espaces extérieurs à
l’agriculture et aux moutons alors que les trois autres coopératives
ont un balcon ou une terrasse. L’écoquartier du Stand a comme par-
ticularité de longues coursives à chaque étage, faisant la totalité de
la longueur des trois façades sud, avec devant chaque appartement,
des rideaux qui peuvent fermer entièrement la terrasse. C’est exac-
tement le même principe à l’écovillage Berber mais sans aucun élé-
ment de séparation. A Roseville, il y a aussi un balcon sur la façade
sud qui relie trois chambres sur les quatre au total et une terrasse
bien plus généreuse d’une surface d’environ 100m2, et qui est acces-
sible depuis la cage d’escalier, la cuisine et la chambre d’ami-e-s.
Sa surface a permis à la communauté d’en profiter pleinement par
l’installation du bar et de la scène.

fig. 32: Schéma d’élément, balcon/coursive

70
Rappel du processus de construction des communautés
analysées

J’aimerais d’abord reprendre l’échelle du graphique présenté pré-


cédemment et rappeler que la communauté la plus auto-construite
est celle du Montois, dans laquelle la ferme principale était la seule
construction existante lorsque la communauté s’est installée en
1986. Elle a alors rapidement creusé pour installer la conduite d’eau
reliée à la source puis construit la grange, rénové la ferme, construit
la bergerie et plus tard, l’a agrandi, construit les étangs pour le sys-
tème électrique, le couvert, les ruches, le stöckli, la véranda. Elle
a aussi effectué des travaux dans la ferme, comme les nouvelles
chambres dans les combles, la transformation de l’ancienne étable
en cave et les salles de bains.
A Roseville, la communauté n’avait pas besoin d’installer un sys-
tème électrique ou de chauffage mais l’appartement était tout de
même inoccupé depuis plusieurs années. Ayant le droit de modi-
fier l’intérieur à ses souhaits, la communauté a rapidement repeint
les murs, amélioré les conduites de la salle de bains, aménagé les
chambres et en créer une nouvelle, nettoyé la terrasse, y construire
un bar et une scène, nettoyé un local pour pouvoir y peindre et jouer
de la musique, aménagé la cuisine et créé un potager. Même si l’ap-
partement avait le nécessaire pour y vivre, la communauté l’a modi-
fié, transformé à ses besoins et le tout de manière autonome.
A l’écovillage Berber, la construction est neuve et a été dessinée par
un-e architecte, mais quelques personnes de la coopérative ont par-
ticipé au projet, du début à la fin. Ces personnes ont proposé des
changements sur les plans, dont les balcons communs puis, lors
de la construction, ont donné un coup de main aux entreprises en-
gagées et ont réalisé une fresque murale avec les chutes de bois,
à la fin des travaux principaux. L’écovillage continue à évoluer avec
de petits travaux constants, mais surtout de plus en plus de déco-
rations. Aujourd’hui, aucune modification des murs, des pièces ne
peut être faite, c’est à la communauté de s’approprier les espaces
conçus.

71
L’écoquartier du Stand est un projet de bien plus grande densité (127
appartements), avec comme maître d’ouvrage la ville de Nyon et la
Codha. La procédure a commencé par un concours d’architecture,
dont le programme comportait déjà des surfaces communes : deux
salles communes, des chambres d’ami-e-s, une buanderie et des
clusters. Le concours a été remporté par le bureau farra zoumbou-
lakis et associés. Selon la marche à suivre de la Codha, quelques
futur-e-s habitant-e-s, faisant partie de la coopérative, peuvent par-
ticiper au processus en faisant part de certains besoins, certaines
envies pour le futur quartier. La ville de Nyon a aussi inséré dans le
programme la crèche et le local de quartier, qu’elle gère de manière
indépendante. La Codha s’occupe d’engager deux personnes pour
accueillir les habitant-e-s, de fournir une plateforme de discussion
et d’organiser les premières réunions, afin de créer des groupes
pour développer des projets communs et maintenir les espaces par-
tagés (jardin, repas, salles communes, etc.). Cependant, chaque ha-
bitant-e est locataire, ce qui leur permet de quitter l’appartement s’il
ne leur convient pas mais pas de le modifier, alors le seul élément de
la communauté, créé par ses habitant-e-s est le jardin, même si sa
surface était existante.
Le processus de construction des quatre enquêtes varie sur l’échelle
de l’auto-construction à la planification architecturale et me permet
maintenant de reprendre un par un les éléments communautaires
essentiels que j’ai isolés précédemment, afin d’essayer de com-
prendre s’ils peuvent être intégrés à une planification architecturale
ou non.

72
Auto-construction, démarches participatives ou
planification

Chambre :
La chambre est un élément existant de la planification architec-
turale dans les quatre communautés. Cependant, le nombre de
chambres nécessaires peut varier et c’est pourquoi, à Roseville et
au Montois, des nouvelles chambres ont été créées par la commu-
nauté-même. L’auto-construction est alors utilisée dans ce cas pour
s’adapter rapidement aux besoins de la communauté, ce qui ne peut
pas faire partie d’une planification antérieure. A l’écovillage et à
l’écoquartier, il faut prévoir à l’avance, se projeter, pour savoir quel
type d’appartement est nécessaire, car une fois loué, le nombre de
chambres ne peut pas varier, seulement le nombre de personnes
par chambre. Si l’appartement ne correspond plus aux besoins des
locataire, ils et elles doivent alors trouver un autre appartement plus
adéquat.

Chambre d’ami-e-s :
En ce qui concerne les chambres d’ami-e-s, pour les visites, elles font
parties, à l’écoquartier du Stand, des démarches participatives de la
Codha, qui a traduit ce besoin de la coopérative dans le programme
du concours. Ce sont cinq chambres d’ami-e-s qui sont mises à dis-
positions des 127 appartements, avec actuellement, au moins une
réservation par semaine. A l’écovillage Berber, les chambres d’ami-
e-s ne faisaient pas parties de la planification architecturale, car
sur les plans, la petite chambre au rez-de-chaussée était initiale-
ment un atelier et n’a donc pas de lumière naturelle. A Rosevillle,
la chambre disponible est une chambre trop petite pour être utili-
sée à long terme par quelqu’un de la communauté. Au Montois, les
chambres d’ami-e-s sont principalement des éléments extérieurs
à la ferme principale et ont été ajoutées, comme les chambres, au
fur et à mesure, suivant les besoins. Lors des marchés de noël par
exemple, toute la communauté s’adapte pour accueillir les nom-
breuses personnes en visite mais comme le nombre peut varier, les
aménagements et les espaces prévus diffèrent.
Cet élément peut être prévu dans la planification architecturale mais
aussi à travers des démarches participatives, afin de comprendre

73
quelle surface est nécessaire à la communauté. Il y a de toute ma-
nière une part d’imprévu et un besoin d’adaptation. Au Montois,
certaines chambres d’ami-e-s sont utilisées autrement lorsque
personne n’est en visite. Donner une double fonction à ces espaces
d’accueil est une solution intéressante pour économiser de la sur-
face sans interposer deux programmes nécessaires au quotidien.

Salon, salon-cuisine :
Au Montois, la communauté a modifié la ferme existante afin d’en
agrandir la pièce commune et a cassé un mur pour la lier directe-
ment à la cuisine. Cet espace a suffi plusieurs années, mais lorsque
des enfants sont arrivés dans la communauté, une véranda a été
ajoutée pour avoir un espace commun plus polyvalent supplémen-
taire. Dans les trois autres communautés, le salon a fait partie de
la planification architecturale. Son emplacement central à la mai-
son ou à l’appartement est essentiel pour que l’accès soit commun
et que les personnes de la communauté puissent s’y retrouver et
échanger. Le salon-cuisine permet d’avoir plus de communication,
d’échange et d’accessibilité, de ne pas isoler la ou les personnes
cuisinant et permet aussi de gagner de la place en devenant parfois
aussi un espace de distribution. Ce principe de la Wohnküche est
apparu en 1918 en Suisse et se retrouve actuellement à l’écovillage,
l’écoquartier et au Montois, il est donc un élément important d’une
communauté, pouvant faire partie de planification architecturale.

Balcon/terrasse :
La zone commune extérieure a été prévue dans la planification ar-
chitecturale à Roseville, à l’écovillage et à l’écoquartier, mais en
laissant la possibilité d’un aménagement ultérieur (chaises, tables,
pots de fleurs, etc.). L’élément fait entièrement partie du bâtiment,
ce qui amène parfois, comme à l’écoquartier, à une réaction des ha-
bitant-e-s, souhaitant garder plus de privacité, par l’installation sup-
plémentaire de rideaux ou de remplissages. Le balcon étant compté
dans la surface des appartements, il est un élément privé, qui se
partage tout de même par le visuel et l’accessibilité.
Cet entre-deux, privé-commun, amène parfois une non-utilisation
totale de la surface, une forme vide au sein-même de l’appartement

74
Lorsque la terrasse est externe au bâtiment et entièrement com-
mune, comme au Montois ou à Roseville, elle est alors beaucoup
plus utilisée et appropriée par la communauté. Il peut être tout de
même intéressant de la compléter par un espace plus isolé, qui peut
être utilisé de manière individuelle, comme l’exemple de la cabane
suspendue, au Montois.

Buanderie :
La buanderie est un élément pratique lorsqu’il est intégré à la pla-
nification architecturale comme à l’écoquartier et à l’écovillage. A
Roseville et au Montois, aucun espace intérieur n’était prévu pour
cette fonction, seulement un étendoir à l’extérieur, amplement
suffisant en été mais inutilisable en hiver, particulièrement au
Montois. Cet espace est difficile à intégrer par la suite, nécessitant
un système de ventilation pour éviter un taux d’humidité trop éle-
vé. A Roseville, comme la communauté ne compte que quatre per-
sonnes, elle n’a pas exprimé un besoin de buanderie, exploitant tout
de même le soleil en hiver sur la terrasse ou le hall pour sécher son
linge dont les faibles quantités le permettent. Cet élément est donc
pratique à intégrer dans la planification architecturale en fonction de
la taille de la communauté, si l’ensoleillement et les températures
ne permettent pas de sécher le linge toute l’année à l’extérieur.

Installations techniques :
Si la communauté, comme celle du Montois, a les compétences pour
créer ou adapter les installations techniques à ses besoins, c’est un
moyen efficace et économique, ne sollicitant pas d’aide extérieure.
La communauté de l’écovillage Berber a aussi voulu s’occuper elle-
même des problèmes d’infiltrations d’eau dans le bureau, qui étaient
dû à l’arrosage du jardin, et ceci a demandé plusieurs interventions.
Elle a fini par comprendre le problème et a appris à le résoudre,
ce qui lui a permis de développer des compétences techniques. Ce
n’est pas le souhait de toutes les communautés; à l’écoquartier par
exemple, au vu de la grandeur du projet, les installations techniques
ont été installées et se font réparer par des entreprises extérieures
spécialisées. Ces éléments techniques sont essentiels au bon fonc-
tionnement du bâtiment et font partie du projet, qu’il soit pour un lo-
gement communautaire ou non. Cependant, les laisser en partie ap-

75
parents peut permettre à la communauté, qui en a les compétences
ou qui souhaite apprendre, de les réparer de manière autonome.

Lieux de travail interne :


Le travail interne dépend entièrement de la communauté, de son
fonctionnement et de ses habitant-e-s. Lorsque la communauté
n’est pas entièrement connue de l’architecte, comme à l’écoquartier,
des salles communes polyvalentes sont intégrées au programme,
cependant, elles ne pourraient pas être occupées par une activité
journalière, la communauté est alors obligée de travailler à l’ex-
térieur du quartier. Au Montois, la communauté a créé au fur et à
mesure les espaces nécessaires à son auto-suffisance, la zone de
culture s’est agrandie depuis les années 1990, les espaces pour bo-
vins ou chevaux ont été créés puis utilisés autrement, la bergerie
pour les moutons a beaucoup évolué, etc. Et si ces espaces ont été
construits, c’est parce qu’une personne avait de l’expérience en éle-
vage de moutons, une pour la fabrication du miel et d’autres pour la
culture maraîchère. Le seul espace de travail que l’on retrouve au
Montois et à l’écovillage Berber est un espace intérieur, pouvant ac-
cueillir des bureaux ou des ateliers. Cet espace a généralement be-
soin de lumière naturelle et doit être assez généreux pour accueillir
des tables, des étagères, des outils ou des machines. A Roseville, le
local de travail a plus ou moins les mêmes propriétés mais comme il
doit être un lieu de création artistique, je pense qu’il n’aurait pas pu
faire partie de la planification architecturale, que c’est aux artistes
de choisir un lieu qui les inspire.
Les lieux de travail sont compliqués à intégrer dans la planifica-
tion architecturale, pouvant être internes ou externes et beaucoup
évolués. Il est nécessaire de connaître la communauté, ses compé-
tences et ses besoins afin de prévoir des espaces adaptés.

76
77
Conclusion

La coopérative du Montois nous montre que, par l’auto-construc-


tion, elle a pu se former d’elle-même car la communauté en a les
compétences et l’énergie. Certains de ses besoins n’auraient pas
pu être énoncés dès ses débuts, en 1986, car la communauté était
plus petite, qu’aucun enfant en faisait partie et qu’elle ne savait pas
exactement quel genre d’élevage elle voulait avoir. Aujourd’hui la
communauté du Montois fait face à un grand changement, car les
premières personnes à s’y être installées sont aujourd’hui âgées et
désirent arrêter de travailler tout en restant vivre à la ferme.
Roseville est une communauté jeune, qui a beaucoup bougé de squat
en squat et dont les personnes peuvent rapidement changer, tout de
même principalement au sein de la culture alternative de Vevey. Par
le contrat de confiance, la communauté peut rapidement adapter
l’appartement à ses besoins mais peut aussi, à tout moment, devoir
quitter les lieux.
La coopérative de l’écovillage Berber est aussi constamment en
mouvement, intégrant de nouvelles personnes de milieux très dif-
férents alors que d’autres décident de partir. Comme l’écoquartier
du Boiron, ces deux constructions récentes ne permettent pas à la
communauté de changer son environnement, elle peut y établir des
liens sociaux qui sont d’ailleurs encouragés, elle peut organiser des
évènements mais ne peut pas densifier le bâti ou en modifier sa
composition.
Une communauté est toujours en constante évolution, et ses besoins
ne peuvent pas forcément être identifiés à l’avance. L’architecte doit
tout de même la connaître, afin d’identifier, au moins, certains be-
soins essentiels et de proposer dans l’idéal, une architecture que la
communauté peut s’approprier afin d’en modifier, par la suite, ses
composants si elle en a le besoin.
Ce processus est presque impossible à l’échelle et à la densité de
l’écoquartier mais l’est déjà beaucoup plus à l’échelle de l’écovillage
ou dans un milieu rural beaucoup moins dense. La planification ar-
chitecturale est indispensable lorsque la communauté n’a pas les
compétences en construction nécessaires, mais un processus par-
ticipatif l’est aussi afin de pouvoir intégrer au projet les éléments
spatiaux dont la communauté a besoin.

78
J’ai pu isoler, dans cet énoncé, des éléments spatiaux qui se re-
trouvent habituellement dans des logements communautaires, ce-
pendant leurs surfaces et leurs quantités seront toujours dépen-
dantes de la communauté, de ses valeurs et de son évolution.
Le processus est difficile pour l’architecte et demande plus de temps
que ce que la société actuelle ne laisse à la planification mais, ses
compétences de coordination et sa vision de l’ensemble peuvent ap-
porter une base solide et légale, afin de laisser ensuite la commu-
nauté se l’approprier. La grande difficulté sera, selon moi, de savoir
où l’intervention de l’architecte doit s’arrêter: aux discussions, aux
idées, aux plans, à la mise à l’enquête, à la construction, à l’emmé-
nagement ou à une, deux, cinq ou 20 années après l’emménage-
ment? Une longue durée d’intervention de l’architecte peut l’aider à
mieux comprendre les besoins actuels et futurs de la communauté,
afin de proposer un projet, une architecture qui puisse s’adapter aux
changements, aux imprévus de la communauté.

79
80
Annexes

Compléments du vocabulaire ASA’PILI utilisé:

TAKU : propriété, secret, vie privée, malle à souvenirs


(Bolo’bolo, p.106-107)
« L’IBU a un droit exclusif sur le contenu de son TAKU »
« Aussi longtemps qu’il n’exerce pas d’influence au-delà de lui-
même (TAKU) »
« Comme tout droit de propriété sans limite, le TAKU implique aussi
quelques risques »
« Il constitue un danger limité mais aussi un moyen de prouver la so-
lidité de la confiance, de la réputation et des relations personnelles »

NIMA : identité culturelle, style de vie, mode de vie, culture, tradition,


philosophie, religion, idéologie, personnalité (Bolo’bolo, p.109-110)
« La véritable raison qui pousse les IBUs à vivre ensemble est leur
acquis culturel : le NIMA »
« Certains NIMAs ne peuvent être réalisés que si d’autres IBUs ont
le même NIMA. Le BOLO permet à ces IBUs de vivre, de transformer
et compléter leur NIMA commun. »
« Le NIMA définit la vie imaginée par l’IBU dans sa forme pratique
et quotidienne »
NIMA comprend dans le quotidien, les horaires, les traditions, les
réunions et de manière physique les affiches, des tableaux, des
fresques…

KODU : nature, agriculture, paysage, nutrition, campagne


(Bolo’bolo, p.114-116)
« Le KODU est la base agricole de l’auto-suffisance et de l’indépen-
dance du BOLO »
« Son organisation ne peut pas être décrite de manière générale. Il
y a des BOLOs pour lesquels l’agriculture apparaît comme une sorte
de « travail » car d’autres occupations sont plus importantes. »
« Il (le KODU) définit aussi l’ensemble des relations de l’IBU avec la
nature »

81
YALU : aliments, cuisine, style de cuisine, gastronomie
(Bolo’bolo, p.122)
« Dans la plupart des cas, la cuisine est un élément essentiel de
l’identité culturelle d’un BOLO »
« C’est cette identité culturelle (NIMA) qui fait avancer la variété des
cuisines et non pas la valeur des ingrédients. »

SIBI : art, artisanat, architecture, industrie, production d’outils et de


machines (Bolo’bolo, p.126-127)
« Un BOLO n’a pas seulement besoin de nourriture, il a aussi besoin
d’objets et de services »
« La « fabriculture » (SIBI) dépend de l’identité culturelle d’un BOLO
donné »
« Le contenu principal du SIBI est l’expression des passions produc-
tives d’un BOLO. On appelle productives des passions directement
liées à l’identité culturelle d’un BOLO »

PALI : énergie, production d’énergie, essence, chaleur, utilisation


d’énergie (Bolo’bolo, p.130)
« L’indépendance d’un BOLO est déterminée par son degré d’auto-
suffisance en ressources énergétiques. »
Suivant les communautés, le but n’est pas d’atteindre l’auto-suf-
fisance mais plutôt l’économie des ressources pour une question
d’argent ou d’écologie. J’ai décidé d’inclure dans PALI les installa-
tions de chauffages et leurs fréquences.

SUFU : eau, conduite d’eau, fontaine (Bolo’bolo, p.135-136)


« L’eau est un élément essentiel pour la survie de l’IBU »
« Mais la propreté n’est pas objective elle est déterminée culturel-
lement »

GANO : habitation, maison, abri, construction, tente, caverne, loge-


ment (Bolo’bolo, p.138-144)
« Bolo’bolo c’est aussi une manière d’avoir plus d’espace (GANO) »
« Les BOLOs utilisent leurs bâtiments à leur guise, ils les trans-
forment, les relient entre eux, les peignent, les divisent selon leurs
nécessités culturelles (NIMA) »

82
« La distribution de l’espace n’est pas réglée par des lois, car les
besoins sont déterminés par l’identité culturelle. »

PILI : communication, langage, compréhension, transmission de


connaissances, instruction, entraînement, bavardage (Bolo’bolo,
p.149)
« L’IBU entretient avec les autres IBUs une grande variété de formes
de communications et d’échanges »

TEGA : arrondissement, voisinage, quartier, village, ville, district,


vallée, île (Bolo’bolo, p.159-161)
« Certains BOLOs restent seuls ou ne forment que des groupes de
deux ou trois. »
« Avec 10 ou 20 BOLOs il est possible de former un TEGA »
« Dans le cadre de l’arrondissement, la vie publique est organisée de
manière à ce que différents styles de vies puissent coexister et que
les conflits restent possibles, mais pas trop exacerbés »

SADI : marché, foire, centre d’échange (Bolo’bolo, p.180-181)


« La plupart des arrondissements ou comtés organisent des mar-
chés quotidiens, hebdomadaires ou mensuels »
« Autour des marchés se développent toute une série d’activités so-
ciales »
« Les marchés servent de prétextes pour créer des centres de com-
munication »

83
Rapports d’enquête: écovillage Berber

84
85
86
Rapports d’enquête: Roseville

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89
Rapports d’enquête: Le Montois

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91
92
Rapports d’enquête: écoquartier du Stand

93
94
[Link]

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Bibliographie:

ouvrages:

Bondolfi, Théo. ECOPOL, tour du monde des transitions vers l’écologie


communautaire, Tome 1, 2019

Fontana, Line. Renouveler la ville depuis l’intérieur: explorer les conditions


architecturales d’un commun. Genève: HEAD - Genève, 2021.

Graf, Beatrix. Longo Maï : révolte et utopie après 68 : vie et autogestion


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Gubler, Jacques. Nationalisme et internationalisme dans l’architecture


moderne de la Suisse. Deuxième édition corrigée. Histoire et théorie de
l’art. Genève: Editions Archigraphie, 1988.

Hugentobler, Margrit, Andreas Hofer, et Pia Simmendinger. More than Hou-


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Lacroix, Bernard. L’utopie communautaire: histoire sociale d’une révolte.


Sociologie d’aujourd’hui. Paris: Presses univ. de France, 1981.

Nishat, Awan, Tatjana Schneider, et Jeremy Till. SPATIAL AGENCY, other


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Noschis, Kaj. Monte Verità: Ascona et le génie du lieu. Le savoir suisse 73.
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P.M. Bolo’ bolo. Paris: Ed. de l’Eclat, 2020.

Willette, Luc. Longo Maï: vingt ans d’utopie communautaire. Paris: Syros,
1993.

Articles ou travaux académiques:

Gubler, Jacques. « Hans Bernoulli et le “Modèle Helvétique” de cité-jardin


». Text/html,application/pdf,text/html, 1 décembre 1975.
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Khatibi, Maryam. « A Socio-Spatial Approach to the First Legal Hall Dwel-

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ling Setting in Switzerland: The Case Study of Hallenwohnen in Zurich ».
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Laurent, Mélanie. « Mémoire de fin d’études : “L’évolution de l’au-
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Mobil’homme, et EnQuêtes. « Rapport au logement des personnes au bé-


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Stadt Zürich. « Quartierspiegel Wipkingen ». Statistik, 2020.

Cours, vidéos, films:

Borgeaud, Pierre-Yves. Nos Utopies Communautaires. Documentaire.


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Illico - ARTAMIS, site en péril - Play RTS. Consulté le 31 décembre 2022.


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« Visites Smala-CoCo : expériences didactiques en écovillage -2022-2023


». Consulté le 5 janvier 2023.
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HCjgiCCV_YnUmONE29tiau61w/viewform?usp=embed_facebook.

Figurations:

Toutes les figurations ont été réalisées par l’auteure, sauf mention contraire,
dont la provenance est signalée en bas de page (fig.).

98
MERCI

aux quatre communautés: la Smala Berber, Roseville, Le Montois et


Héloïse du quartier du Stand, pour les visites généreuses, l’accueil
chaleureux et le temps passé à échanger et partager,
à Fiona Del Puppo pour son suivi et ses conseils,
à Luca Pattaroni pour son encadrement et ses échanges pertinents,
à mon entourage pour les mots apaisants, les encouragements et le
soutien tout au long de cet énoncé.

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