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Genèse des lois de Kepler : Partie 2

Cet article explore la genèse des lois de Kepler, mettant en lumière son passage des orbites circulaires aux ellipses, influencé par des données précises fournies par Tycho Brahé. Kepler, en quête d'harmonie, relie ses découvertes astronomiques à des concepts musicaux et géométriques, culminant dans son ouvrage 'Harmonice Mundi'. Les lois de Kepler, bien que dérivées d'une recherche d'harmonie, sont toujours pertinentes dans l'astrophysique moderne.

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Genèse des lois de Kepler : Partie 2

Cet article explore la genèse des lois de Kepler, mettant en lumière son passage des orbites circulaires aux ellipses, influencé par des données précises fournies par Tycho Brahé. Kepler, en quête d'harmonie, relie ses découvertes astronomiques à des concepts musicaux et géométriques, culminant dans son ouvrage 'Harmonice Mundi'. Les lois de Kepler, bien que dérivées d'une recherche d'harmonie, sont toujours pertinentes dans l'astrophysique moderne.

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Article scientifique et pédagogique

Union des professeurs de physique et de chimie 585

Genèse des lois de Kepler


Partie 2 : Kepler et l’Harmonie du Monde(1)
par Léandre MACHIN
Lycée des Flandres - 59190 Hazebrouck
[Link]@[Link]

L de Kepler sont une constante dans les programmes de physique-chimie de terminale


es lois
depuis plusieurs décennies et sont toujours présentes dans les programmes de la spécialité en
terminale issus de la réforme du lycée. Leur genèse est cependant rarement explicitée. Dans
un premier article [1], j’ai insisté sur la quête platonicienne de Kepler de formes géométriques
parfaites pour expliquer les orbites des planètes connues à l’époque. Dans ce second article, je vais
essayer de montrer comment Kepler a fini par rompre avec le cercle pour introduire les ellipses et
comment sa quête perpétuelle d’harmonie l’a menée à découvrir la troisième loi dont les implica-
tions dans la navigation spatiale ou l’étude des systèmes exoplanétaires en font une loi qui reste
actuelle dans la recherche astrophysique.

INTRODUCTION
Johannes Kepler (1571-1629) a cherché à démontrer l’harmonie géométrique
du Système solaire en utilisant les solides platoniciens [1]. Son ouvrage, le Mysterium
Cosmographicum [2], montre cette perspective purement platonicienne.
Dans le précédent article [1], nous nous sommes arrêtés au moment, où perfec-
tionnant ce modèle géométrique, Johannes Kepler se trouve face à des difficultés qui
vont l’obliger à abandonner certaines de ces conceptions philosophiques et mystiques.
Un événement majeur, son arrivée au service de Tycho Brahé (1546-1601), lui donne
accès à des mesures sur le mouvement des planètes d’une précision inégalée pour
l’époque. C’est ainsi que, confronté à la réalité du mouvement des planètes, Kepler
devra abandonner le mouvement circulaire au profit d’orbites elliptiques.
Cependant, il ne se détachera pas complètement de ses sources antiques et après
s’être inspiré du platonisme, il ira chercher dans le pythagorisme une nouvelle source
d’inspiration à travers l’harmonie musicale. Il est intéressant de comprendre comment
une conception qui pourrait paraître aujourd’hui « ésotérique » a permis d’aboutir à une
loi physique toujours valable et encore utilisée de nos jours.

(1) NDLR : la partie 1 de cet article est parue dans ce numéro (cf. Le Bup n° 1076, juillet-août-
septembre 2025, p. 573-583).

Vol. 119 - Juillet / Août / Septembre 2025 Léandre MACHIN


586 Union des professeurs de physique et de chimie

Je renouvelle ici mon avertissement du précédent article : il ne s’agit ici que de


recherches personnelles et cet article ne prétend ni remplacer le travail d’un véritable
historien ou philosophe des sciences, ni produire des faits nouveaux ou originaux dans
la compréhension des travaux de Johannes Kepler.

1. DU CERCLE À L’ELLIPSE : UNE PERTE D’HARMONIE ?


À l’époque du Mysterium Cosmographicum, Johannes Kepler n’avait pas toutes les
connaissances mathématiques nécessaires au plein développement de son modèle. Il
reconnaîtra lui-même ses maladresses dans la deuxième édition. De plus, il lui manque
des mesures précises. Un homme va les lui fournir, notamment pour Mars : c’est
Tycho Brahé. Cet observateur méticuleux a engrangé un nombre de données gigan-
tesques pour l’époque. Kepler rêve d’avoir accès à ces données, ce qui est chose faite
lorsqu’il entre à son service. Du moins, il les obtient après avoir eu des relations plutôt
tendues avec Brahé. Il étudiera notamment la trajectoire de Mars. Cette étude publiée
dans l’Astronomia nova [3] va l’amener à abandonner la perfection du cercle en faveur
de l’ellipse. Perte d’harmonie ? Ou au contraire pas vers une harmonie encore plus
grande ? Ce qui est sûr c’est que ce travail aboutira aux deux premières lois de Kepler.

1.1. Premier abandon : le mouvement uniforme


Son étude de la trajectoire de Mars, dont l’excentricité est relativement grande,
l’oblige à abandonner le cercle. Le mouvement de Mars a la réputation d’être difficile à
étudier et l’on raconte même que Georg Joachim Rheticus (1514-1574) serait devenu
fou à force de tenter de le comprendre. Cette difficulté laisse penser à Johannes Kepler
que résoudre le problème de Mars permettrait de le résoudre pour toutes les planètes.
Il commence par considérer que le centre de l’orbite est le Soleil (contrairement
à Nicolas Copernic (1473-1543) qui considérait le centre du cercle) puisqu’il serait
ridicule que la force qu’il suppose issue du Soleil ne vienne pas de l’objet central. Il se
refuse à privilégier un point géométrique vidé de toute « substance ». Il explique que la
planète semble tourner autour du centre du cercle par le fait que celle-ci serait tiraillée
entre la force émanant du Soleil et une force propre à elle-même qui a l’effet contraire
(une sorte de force d’inertie).
Ensuite, il va prendre en compte le fait que les plans qui contiennent chacune des
orbites des planètes font des angles, aussi petits soient-ils, entre eux. Jusqu’à Nicolas
Copernic, on modélisait cela par des oscillations par rapport au plan de l’écliptique que
Johannes Kepler rejette définitivement.
Enfin, Johannes Kepler se débarrasse définitivement du carcan du mouvement
uniforme circulaire, ou tout du moins pour le moment, de la vitesse uniforme puisqu’il

Genèse des lois de Kepler (partie 2) Le Bup n° 1076


Article scientifique et pédagogique
Union des professeurs de physique et de chimie 587

a constaté que cette dernière varie en fonction de leur distance au Soleil. Par la même
occasion, il supprime les épicycles, mais introduit l’équant de la trajectoire circulaire,
point interne au cercle duquel l’objet qui décrit la périphérie semble avoir la même
vitesse.
Malheureusement, ce nouveau modèle de Kepler ne s’accorde pas avec toutes les
observations de Tycho Brahé. Le diable est dans la précision de ces dernières, qui oblige
les modèles à être de plus en plus précis. Ainsi, Johannes Kepler perd la régularité du
mouvement.

1.2. Comment résoudre le problème de la vitesse : la seconde loi


Johannes Kepler veut résoudre le problème des vitesses non uniformes d’autant
qu’en recalculant le mouvement de la Terre toujours grâce aux données de Tycho
Brahé, il constate qu’elle aussi ne possède pas une vitesse uniforme. Il repense à son
idée d’action émanant du Soleil et il estime qu’il y a forcément un lien entre la dis-
tance de la planète au Soleil sur son orbite et la vitesse de la planète sur une portion
d’orbite. Il imagine que ce moyen d’action est une sorte de balai qui tire la planète sur
son orbite et dont l’extrémité est un peu molle, si bien que la planète peut résister à la
force et « traîner » sur son orbite. Comme dans le cas d’un tourbillon plus on s’éloigne
du centre plus la force est moindre. Pour prévoir la position de la Terre à un moment
donné, Kepler se souvient du procédé d’Archimède pour déterminer l’aire d’un cercle.
Il fait la somme de tous les rayons qui partent du centre et relient chaque point d’une
portion de l’orbite. D’une certaine manière, on pourrait dire, en terme mathématique
moderne, qu’il réalise une sorte d’intégration. Comme les rayons sont en nombre
infini, il assimile cette somme à l’aire et aboutit ainsi à la deuxième loi : la ligne qui
joint le Soleil à la planète balaie des aires égales en des temps égaux. Il est à noter que
différents auteurs signalent que Kepler aboutit à ce résultat correct en ayant fait deux
erreurs qui se compensent. Ainsi il retrouve tout de même une forme de régularité
dans les mouvements des planètes, même si ce n’est pas l’harmonie qu’il espérait.
Cependant, la forme des orbites pose toujours un problème.

1.3. Du cercle à l’ovale puis à l’ellipse : la première loi


Après avoir compris le mouvement des planètes grâce à la Terre, il revient au
problème de l’orbite de Mars. Il a beaucoup de mal à abandonner, dans un premier
temps, le cercle, cette figure parfaite. Dans un premier essai, il tente une orbite ovale.
Il est cependant un peu perturbé par cette hypothèse. Johannes Kepler voit l’harmonie
des Sphères de Pythagore s’éloigner à grands pas. Il dit lui-même n’avoir laissé qu’une
« charretée de fumier » ce qui nous permet de voir le dégoût qu’éprouve Kepler pour
l’ovale d’autant que, pour le justifier, il est obligé de réintroduire les épicycles qu’il
avait réussi à faire disparaître.

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588 Union des professeurs de physique et de chimie

Il décide donc de recalculer les distances Mars-Soleil pour un certain nombre de


points de l’orbite martienne. Il obtient alors une figure légèrement aplatie dans deux
directions opposées par rapport au cercle. Il constate alors que les lunules, obtenues
par écart au cercle, ont pour largeur maximale 0,00429. Or la capacité de Johannes
Kepler à compulser de grandes quantités de données vient le sauver. Ce nombre lui
rappelle quelque chose. Il se souvient avoir évalué la plus grande valeur de l’équation
optique (angle sous lequel est vu l’écart entre le centre de l’orbite de Mars et le Soleil
depuis Mars) qui est de 5°18’. Or en ce point, le rapport de la distance entre Mars
et le centre de son orbite sur la distance entre Mars et le Soleil, qu’il appelle sécante,
vaut 1,00429. Kepler ne voit pas tout de suite qu’il s’agit d’une ellipse et après avoir
redessiné plusieurs fois l’orbite de Mars il est enfin convaincu par la première loi : les
orbites des planètes sont des ellipses.
Ainsi Johannes Kepler a réussi à obtenir deux lois de physique céleste qu’il va
pouvoir utiliser pour essayer de trouver l’harmonie qu’il cherche tant. En effet, Kepler
est moins fier de ses deux lois que de sa théorie des solides parfaits. Mais il va devoir
cette fois-ci abandonner la géométrie pour la musique afin de rechercher la cohérence
du plan, selon lui, de Dieu.

2. DIEU MUSICIEN : L’HARMONICE MUNDI


Johannes Kepler publie l’Harmonice Mundi [4] en 1618. Cet ouvrage est une syn-
thèse de la géométrie, de la musique, de l’astrologie, de l’astronomie et de l’épistémolo-
gie. Sur les cinq livres qui le composent, les deux premiers (géométrique et architectonique)
sont consacrés à l’harmonie en géométrie et notamment au chapitre 13 des Éléments
d’Euclide. Les trois suivants sont des applications, le premier à la musique (harmonique),
le second à l’astrologie (métaphysique, psychologique et astrologique) et le dernier à l’astro-
nomie (astronomique et métaphysique). Il est possible que Kepler ait été influencé par la
lecture du Dialogue sur la musique ancienne et moderne de Vincenzo Galilei (le père de
Galilée)(2).

2.1. Qu’est-ce que l’harmonie pour Kepler ?


Arthur Koestler [5] résume bien ce que recherche Johannes Kepler : « Qu’entend
au juste Kepler par “harmonie” ? Certaines proportions géométriques qu’il voit reflétées partout,
les archétypes de l’ordre universel d’où dérivent les lois planétaires, les harmonies musicales, la
couleur du temps, la fortune et l’infortune des hommes. Ces proportions géométriques sont les
pures harmonies qui guidèrent Dieu dans l’œuvre de la création ; les harmonies sensibles que nous
percevons dans les consonances musicales n’en sont qu’un écho. Mais l’instinct de l’homme qui

(2) D’après Arthur Koestler, Les Somnanbules [5].

Genèse des lois de Kepler (partie 2) Le Bup n° 1076


Article scientifique et pédagogique
Union des professeurs de physique et de chimie 589

fait que son âme vibre à la musique peut le renseigner sur la nature des harmonies mathématiques
qui en sont la source. »
À travers ses solides parfaits, Johannes Kepler avait déjà cherché des proportions
particulières. Mais il veut aller encore plus loin en trouvant des proportions qui cor-
respondent aux rapports musicaux consonants : octave, quinte, quarte… Et pour lui,
ces intervalles musicaux fondamentaux forment la gamme sur laquelle « joue Dieu »
pour diriger les planètes et les hommes. Cela explique son mélange constant entre
astronomie et astrologie.
Cependant, Johannes Kepler s’écarte des pythagoriciens, en considérant que ces
rapports n’ont rien de numérique, mais sont plutôt d’origine géométrique. Pour lui,
ils sont issus de polygones inscrits dans un cercle et qui le divise en plusieurs parties. Il
estime que les polygones qui vont donner des accords consonants sont ceux que l’on
peut construire à la règle et au compas. Ainsi le pentagone donnera des intervalles
consonants, mais l’heptagone n’en donnera que des dissonants.
Finalement, la recherche de Johannes Kepler est celle de polyèdres réguliers ins-
criptibles dans la sphère et de polygones réguliers inscriptibles dans un cercle. Pour
Kepler, la sphère est une représentation de la Sainte-Trinité (le Père étant le Soleil,
le Fils la Sphère des fixes et l’espace entre les deux le Saint-Esprit). De plus, le plan
représente le monde matériel et l’intersection du plan et de la sphère est le cercle qui
symbolise la double nature de l’Homme qui est à la fois corps et esprit.

2.2. Les tentatives


Johannes Kepler va avoir besoin de sept rapports harmoniques : octave (2:1),
sixte majeure (5:3) et mineure (8:5), quinte (3:2), quarte (4:3), tierce majeure (5:4) et
mineure (6:5).
Il veut essayer d’insérer ces proportions harmoniques entre les solides parfaits (qui
n’ont pas disparu) pour essayer de rendre compte des irrégularités observées (dues à
l’excentricité des orbites). Il commence par essayer des choses simples telles que les
proportions entre les périodes de révolution des planètes, mais il ne retrouve pas les
harmonies. Il essaie ensuite de comparer les dimensions puis les volumes des orbites
des planètes. Là encore aucun résultat. Les proportions harmoniques doivent donc
se cacher dans quelque chose de plus subtil. Il essaie alors de comparer les vitesses
extrêmes de chaque planète puis les variations de temps nécessaires pour parcourir une
portion « unité » de l’orbite. Mais là encore, c’est un échec. Il comprend alors qu’il
doit revenir à sa seconde loi, se placer sur le Soleil et examiner les variations de vitesse
angulaire. C’est ainsi qu’il aboutit à ce qu’il cherche.

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590 Union des professeurs de physique et de chimie

2.3. La musique du monde


Ce sont donc les vitesses angulaires et non les distances qui vont créer l’acoustique
céleste. Ainsi la hauteur de la note correspondant à chaque planète fait correspondre le
nombre de vibrations à sa vitesse angulaire exprimée en seconde d’arc. Mais Johannes
Kepler a découvert avec sa deuxième loi que les vitesses angulaires des planètes varient
au cours de leurs révolutions. La « gamme harmonique » associée à chaque planète
va donc s’étendre sur un nombre d’intervalles (tons) lié à l’excentricité de l’orbite et
donc au rapport des vitesses à l’aphélie et au périhélie. Le tableau 1 donne les résultats
obtenus par Kepler dans lesquels sont donnés pour chaque planète les vitesses angulaires
minimales et maximales ainsi que les proportions harmoniques les plus proches avec les
vitesses corrigées pour un parfait accord.

Vitesses angulaires Nom du rapport


Planètes Proportions harmoniques
minimales et maximales harmonique
a = 1’46’’
Saturne 1’48’’/2’15’’ = 4/5 Tierce majeure
b = 2’15’’
c = 4’30’’
Jupiter 4’35’’/5’30’’ = 5/6 Tierce mineure
d = 5’30’’
e = 26’14’’
Mars 25’29’’/38’1’’ = 2/3 Quinte
f = 38’1’’
g = 57’3’
Terre 57’28’’/61’18’’= 15/16 Demi-ton
h = 61’18’’’
i = 94’50’’
Vénus 94’50’’/98’47’’ = 24/25 Dièse
k = 97’37’’
l = 164’0’’
Mercure 164’0’’/394’0’’ = 5/12 Octave + tierce mineure
m = 384’0’’
Tableau 1 - Rapport des vitesses angulaires maximales et minimales pour chaque planète
et les rapports harmoniques correspondants.

On constate que pour les planètes extérieures, l’accord entre les rapports des
vitesses angulaires minimale et maximale et les rapports harmoniques est très bon.
L’accord reste très correct pour les planètes intérieures. C’est peut-être pour Mercure
que l’accord est le moins bon, mais cela n’a rien d’étonnant lorsque l’on sait qu’il
faudra attendre la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein (1879-1955) pour
décrire complètement ses mouvements. Johannes Kepler a donc enfin trouvé l’harmo-
nie céleste qu’il cherchait. Mais il va encore plus loin en voulant comparer les pro-
portions harmoniques entre deux planètes qui se suivent. Il choisit de le faire de deux
manières différentes. Soit il compare la vitesse la plus faible d’une planète à la vitesse la
plus grande de la planète suivante et il appelle cela l’intervalle divergent, soit il compare
la vitesse la plus grande d’une planète à la vitesse la plus faible de la planète suivante et il

Genèse des lois de Kepler (partie 2) Le Bup n° 1076


Article scientifique et pédagogique
Union des professeurs de physique et de chimie 591

appelle cela l’intervalle convergent. Le tableau 2 donne les résultats obtenus en utilisant
les mêmes notations que dans le tableau 1.

Intervalle Intervalle divergent Intervalle convergent


Entre Saturne et Jupiter a/d = 1/3 b/c = 1/2
Entre Jupiter et Mars c/f = 1/8 d/e = 5/24
Entre Mars et la Terre e/h = 5/12 f/g = 2/3
Entre la Terre et Vénus g/k = 3/5 h/i = 5/8
Entre Vénus et Mercure i/m = 1/4 k/l = 3/5
Tableau 2 - Intervalles divergents et convergents pour les couples
de planètes successives.

Les valeurs obtenues sont encore une fois dans des proportions harmoniques
à l’exception peut-être de l’intervalle entre Jupiter et Mars. Cela peut s’expliquer
aujourd’hui par la présence de la ceinture d’astéroïdes que Johannes Kepler ne connaît
pas à l’époque. Ainsi l’ensemble des planètes semble être en harmonie musicale. Kepler
veut ensuite déterminer à quelle octave correspond chaque planète. Pour cela, il prend
comme référence les vitesses de Saturne. Il divise les vitesses de chaque planète par des
puissances de deux, de façon à ce que le résultat obtenu soit inférieur au double des
vitesses de Saturne. Il obtient le tableau 3.

Planètes Rapport de puissance Vitesses angulaires obtenues après


(A = aphélie, P = périhélie) de 2 division par la puissance de 2
Saturne A /20 1’46’’
Saturne P /20 2’15’’
Jupiter A /21
2’15’’
Jupiter P /23 2’45’’
Mars A /24
3’17’’
Mars P /24
2’33’’
Terre A /25 1’47’’
Terre P /25
1’55’’
Vénus A /25 2’58’’
Vénus P /25
3’3’’
Mercure A /26 2’34’’
Mercure P /27 3’0’’
Tableau 3 - Vitesses angulaires obtenues par Kepler après division
par une puissance de 2.

Vol. 119 - Juillet / Août / Septembre 2025 Léandre MACHIN


592 Union des professeurs de physique et de chimie

Si on prend comme note pour l’aphélie de Saturne le Sol, la note de l’aphélie de


la Terre (c’est-à-dire le plus bas) sera aussi un Sol puisque les deux valeurs sont quasi
identiques. Mais la vitesse de la Terre a été divisée par 25. Le Sol de la Terre sera donc
cinq octaves plus haut que celui de Saturne. Si l’on écrit tout cela sur une portée, on
obtient la portée de la figure 1.

© Issue de l’Harmonice Mundi.


Figure 1 - Portée montrant les intervalles correspondants à chaque planète.

Prenons l’exemple de la Terre. L’orbite de celle-ci étant peu excentrique, le rap-


port harmonique qui lui correspond est le demi-ton (cf. tableau 1, pages précédentes).
Ainsi la Terre va produire comme « gamme » Sol-La #-Sol. D’un seul coup d’œil sur
cette portée (cf. figure 1), il est facile de voir quelles sont les planètes dont les orbites
sont les plus excentriques : Mercure (Octave + Tierce mineure) et Mars (Quinte).
Par contre, on voit nettement que l’orbite de Vénus (Dièse) est quasiment circulaire.
Les hauteurs des notes augmentent en se rapprochant du Soleil, ce qui est normal
puisque l’on a vu que les planètes étaient d’autant plus rapides qu’elles sont proches
du Soleil. Le temps représenté par cette harmonie musicale doit donc pouvoir être
relié aux distances : il doit exister une relation entre les périodes de révolution et les
demi-grands axes. C’est la troisième loi que Kepler énonce dans l’Harmonice Mundi :
T 2 a 3 = constante . Mais nous ne nous étendrons pas sur cette loi, car comme le signale
Alexandre Koyré [6] : « Comment Kepler est-il parvenu à établir cette proportion ? Hélas, nous
ne le savons pas. Kepler, qui d’habitude nous renseigne si bien sur les étapes successives de sa
pensée, cette fois-ci garde le silence. »
La troisième loi ne découle pas directement de son travail sur l’harmonie musicale.
Cependant, c’est bien cette réflexion qui l’a amené à la postuler.

3. KEPLER ET SON TEMPS


Nous souhaitons développer rapidement ici quelques éléments concernant
Johannes Kepler et son époque qui l’a nécessairement influencé. Mais il aura lui-même
été acteur de son siècle.

Genèse des lois de Kepler (partie 2) Le Bup n° 1076


Article scientifique et pédagogique
Union des professeurs de physique et de chimie 593

3.1. Influence du mouvement maniériste sur sa pensée


Fernand Hallyn dans son ouvrage [7] fait un parallèle entre l’émergence de
l’ellipse chez Johannes Kepler et le mouvement maniériste dans l’art. En effet, Kepler
considère l’abandon du cercle comme une contrainte. C’est pourquoi cet abandon se
fera en plusieurs étapes. C’est dans l’Astronomia nova que Kepler s’y résout : « Ma pre-
mière erreur fut d’avoir admis que le parcours de la planète est un cercle parfait ; elle fut d’autant
plus pernicieuse qu’elle était soutenue par l’autorité de tous les philosophes et paraissait convenir
sous l’angle métaphysique. »
Johannes Kepler sépare enfin ce qui est de l’ordre d’une vision métaphysique de
ce qui est réel. La métaphysique aimerait des cercles, la physique ne présente que des
ellipses. On s’éloigne de la perfection. En cela, il rejoint les Maniéristes qui se sont
opposés aux Classiques. Les Classiques considéraient qu’on pouvait faire des représen-
tations réalistes à l’aide de règles qu’ils estimaient comme étant idéales. C’est à cela
que s’opposent les Maniéristes. Ceux-ci n’hésitent pas à déformer les figures qu’ils
représentent et s’éloignent en cela des codes classiques tout comme l’a fait Kepler (cf.
figure 2).

© Wikipédia

Figure 2 - Le Laocoon réalisé par le peintre Le Greco (1541-1614).

3.2. Réception de ses travaux


Étonnamment, les travaux de Johannes Kepler auront reçu peu d’échos, en tout
cas peu d’échos favorables. Il est mieux reçu par les « classiques » qui apprécient sa
recherche d’harmonie et sa fidélité à des théories anciennes alors qu’il fonde pourtant
l’astrophysique moderne. Michael Maestlin (1550-1631), son ancien maître coperni-

Vol. 119 - Juillet / Août / Septembre 2025 Léandre MACHIN


594 Union des professeurs de physique et de chimie

cien apprécie ses théories, mais restera toujours silencieux lorsque Kepler le sollicitera
pour obtenir une position à Tübingen (Allemagne). Tycho Brahé avait décelé des qua-
lités chez Kepler malgré leurs désaccords, mais les descendants de Brahé s’évertueront à
retarder les publications de Kepler. Galilée ne prendra jamais la peine de répondre aux
sollicitations de Kepler sauf quand celui prendra la peine de le défendre après la publi-
cation du Messager céleste. Galilée répugne au mysticisme, il a une profonde horreur du
Baroque et du Maniérisme. Aussi est-il indisposé par ce qu’il considère comme des
élucubrations chez Kepler. Il reste fidèle au cercle ainsi qu’au mouvement circulaire
uniforme et éternel. Bien que ses résultats soient « modernes », la forme archaïque de
son raisonnement rebute ses contemporains. Ce qui est sûr c’est que la pleine recon-
naissance de son travail viendra avec les travaux d’Isaac Newton (1642-1727) qui
démontrera les trois lois de Kepler grâce à sa théorie de la gravitation même si ces
deux travaux n’ont pas la même forme. Cependant, les détracteurs de Newton et de
la théorie de la gravitation l’accuseront d’avoir recours aux causes premières et ainsi de
revenir en arrière, un peu comme pour Kepler.
Johannes Kepler semble avoir été un personnage isolé malgré sa volonté de com-
muniquer et de discuter avec ses confrères.

CONCLUSION
Le paradoxe Kepler, voilà comment il serait possible de conclure. En effet, il est
le premier astrophysicien dans le sens où, malgré lui, il fonde la physique céleste. Et
pourtant pour trouver ses trois lois, il se base sur des concepts qui lui viennent tout
droit de son recours au mysticisme. Paradoxal, le personnage qui malgré le poids des
traditions philosophiques qui pèsent sur son esprit finit par se plier à la réalité physique.
C’est d’ailleurs en cela qu’il est moderne : le besoin de vérifier par des observations et
des prédictions que son modèle est valable.
Il ne s’y plie pas complètement, car il ne verra jamais dans les trois lois qu’il a
découvert leur importance, faute de posséder les outils modernes qui lui auraient per-
mis de les relier. Pour lui l’harmonie est plus importante.
C’est bien un souci de symétrie qu’aura eu Johannes Kepler durant toute son
existence. En effet la symétrie n’est-elle pas aussi la « convenance des proportions » ?
Daniele Barbaro dans son commentaire sur Vitruve écrit ceci : « La Symétrie est la beauté
de l’Ordre, comme l’Eurythmie est la beauté de la disposition. Il ne suffit pas d’ordonner les
mesures l’une à la suite de l’autre, mais il est nécessaire que ces mesures aient une convenance
entre elles, c’est-à-dire qu’elles soient proportionnées ; et où il y aura une proportion, là il n’y
aura rien de superflu. »
Comme l’explique Fernand Hallyn (1945-2009), alors que Copernic avait trouvé
la symétrie du Monde à travers la succession dans l’ordre linéaire, Johannes Kepler vient
ajouter l’eurythmie de la disposition. Il vient expliquer pourquoi l’espacement entre les
planètes prend une certaine valeur. En cela il est le vrai fondateur de la physique céleste.

Genèse des lois de Kepler (partie 2) Le Bup n° 1076


Article scientifique et pédagogique
Union des professeurs de physique et de chimie 595

BIBLIOGRAPHIE
[1] L. Machin, « Genèse des lois de Kepler – Partie 1 : Kepler et le secret du Cosmos »,
Bull. Un. Prof. Phys. Chim., vol. 119, n° 1076, p. 573-583, juillet-août-septembre
2025.
[2] J. Kepler, Le secret du monde, traduction d’Alain Segonds, Paris : Les Belles Lettres,
1596 et 1984.
[3] J. Kepler, Astronomie nouvelle, traduction de Jean Peyroux, Le Val-Saint-Germain :
Librairie Albert Blanchard, 1609 et 1979.
[4] J. Kepler, L’harmonie du Monde, traduction de Jean Peyroux, Le Val-Saint-Ger-
main : Librairie Albert Blanchard, 1619 et 1977.
[5] A. Koestler, Les somnambules, Paris : Les Belles Lettres, 2010.
[6] A. Koyré, La révolution astronomique : Copernic, Kepler, Borelli, Paris : Éditions Her-
man, 1961.
[7] F. Hallyn, La structure poétique du monde : Copernic, Kepler, Paris : Éditions du Seuil,
1987.

Pour en savoir plus


♦ W. Pauli, Le cas Kepler, Paris : Albin Michel, 2002.
♦ Platon, Timée - Critias, traduction de Luc Brisson, Paris : GF Flammarion, 2001.
♦ J.-P. Verdet, Astronomie et astrophysique, Paris : Larousse, 1993.
♦ P. Henarejos, M.-P. Lerner, G. Chevalier, E. Chadeau, A. Segonds, J.-P. Verdet,
C. Wilson et I. Pantin , « Kepler », Les Cahiers de Science & Vie, hors-série n° 21, juin
1994.
♦ G. Bouyrie, « L’arpenteur du web : mouvement des planètes, le cas de Mars », Bull.
Un. Prof. Phys. Chim., vol. 108, n° 962, p. 491-504, mars 2014.

Léandre MACHIN
Professeur agrégé de sciences physiques
Lycée des Flandres
Hazebrouck (Nord)

Vol. 119 - Juillet / Août / Septembre 2025 Léandre MACHIN

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