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Financement des PME performantes au Cameroun

Cet article examine le comportement des PME performantes au Cameroun en matière de choix de financement des investissements, en se basant sur des données quantitatives. Les résultats montrent que ces PME privilégient principalement les fonds propres pour financer leurs investissements, malgré un contexte de surliquidité bancaire. L'étude souligne l'importance de la performance financière dans la politique de financement des PME et discute des théories financières pertinentes à ce sujet.

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Financement des PME performantes au Cameroun

Cet article examine le comportement des PME performantes au Cameroun en matière de choix de financement des investissements, en se basant sur des données quantitatives. Les résultats montrent que ces PME privilégient principalement les fonds propres pour financer leurs investissements, malgré un contexte de surliquidité bancaire. L'étude souligne l'importance de la performance financière dans la politique de financement des PME et discute des théories financières pertinentes à ce sujet.

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Revue africaine de management - African management review

ISSN : 2509-0097
VOL.7 (1) 2022 (PP.160-176)
[Link]
DOI:[Link]

PERFORMANCE DES PETITES ET MOYENNES ENTREPRISES ET


FINANCEMENT DES INVESTISSEMENTS

Tiona Wamba Joseph Herman et Lontsi Dylane


ENSET, Université de Douala, Cameroun,
Résumé

Cet article a pour but de prédire le comportement des PME performantes face au choix d’un mode de
financement des investissements au Cameroun. Cette étude a été possible grâce à des données quantitatives
extraites des comptes annuels des entités. À la suite d’une revue de la littérature, des hypothèses ont été
formulées sur la relation entre la structure de financement et les variables de la performance financière. Dans le
but de vérifier nos hypothèses, nous avons opté pour une démarche quantitative et utilisé la méthode
hypothético-déductive sur une série de données temporelles. Les tests empiriques sur un échantillon de 69 PME
performantes au Cameroun sur une période de 5 ans à travers le logiciel STATA 14, montrent que les PME
performantes font recours aux fonds propres pour financer les investissements.
Mots clés : Performance financière, Financement, Endettement, Autofinancement

Abstract

This article aims to predict the behavior of successful SMEs when faced with the choice of a method of
financing investments in Cameroon. This study was made possible thanks to quantitative data extracted from the
annual accounts of the entities. After a deep literature review, hypotheses were formulated on the relationship
between the financial structure and some financial performance indicators. In order to verify our hypotheses, we
opted for a quantitative approach and used the hypothetico-deductive method on a time series. Empirical tests on
a sample of 69 successful SMEs in Cameroon over a period of 5 years using the STATA 14 software, show that
these successful SMEs mostly rely on equity to finance their investments.
Keywords: Financial performance, Financing, Debt, Self-financing

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[Link] et D. Lontsi -REVUE AFRICAINE DE MANAGEMENT- VOL.7 (1) 2022 (PP.160-176)

1- INTRODUCTION
Au Cameroun les P.M.E. occupent une place importante dans l’activité économique : près de
99,8% des 203 419 entreprises reçues lors du dernier recensement général des entreprises au
Cameroun sont des PME (INS/RGE-2, 2016). Elles contribuent de manière significative au
développement local notamment par le versement de l’impôt libéral qui permet de financer les
projets municipaux en l’occurrence, l’électrification en zones urbaine et rurale, la construction
des écoles et des hôpitaux pour ne citer que ces réalisations-là (Ngok Evina, 2007).
Malgré ces chiffres, une étude menée par l’OCDE (2004), démontre que plus de 50% ont
moins de quatre années d’existence. Celles ayant entre cinq et dix ans représentent 30% du
total, et 5% ont entre 10 et 15 ans. L’une des causes de cette faillite précoce serait selon la
littérature économique et financière l’accès aux sources de financement, elles sont les plus
grandes victimes du rationnement de crédit bancaire (Um-Ngouem, 1996). Le problème du
financement des PME est au cœur des débats dans tous les pays en général et plus
particulièrement dans les PVD comme le Cameroun.
Suite à cette difficulté donc font face les PME, de nombreux auteurs se sont attardés sur le
problème de financement qui domine surtout les petites et les jeunes firmes (Terpstra et
OIson, 1993). En effet, les PME au Cameroun évoluent dans un contexte paradoxal en
présence d’un système bancaire en surliquidité, mais qui refuse d’accorder des crédits aux
entreprises nationales ; cela est dû à l’insolvabilité qui caractérise la PME (Nanko, 2016).
Ainsi, la performance pourrait être un moyen pour pallier ce paradoxe. Le choix du
financement selon plusieurs auteurs est un facteur primordial pour la survie des PME car,
l’adoption d’une stratégie de financement inadéquate peut avoir un impact grave sur la
croissance des PME, quitte à forcer certains entrepreneurs à mettre la clé sous la porte (Van
Auken et Neeley, 1996 ; Coleman, 2000). Plus précisément, l’étude des sources de
financement des investissements des PME est une dimension encore plus importante dans la
mesure où elles constituent un obstacle à leur développement (Churchill et Lewis 1983).
L’objectif de cette publication est de montrer le comportement des PME performantes au
Cameroun face au choix d’un mode de financement des investissements. Afin d’atteindre cet
objectif, nous avons inscrit notre recherche dans une approche hypothético-déductive. C’est
ainsi qu’après avoir effectué une revue de la littérature sur les concepts clés de cette étude, des
tests économétriques sur la relation entre la performance financière et la politique de
financement des investissements des PME au Cameroun vont nous permettre de vérifier nos
hypothèses et de discuter les résultats ainsi obtenus.

2- REVUE DE LA LITTÉRATURE
Plusieurs auteurs tant sur le plan empirique que théorique ont mené des études dans le cadre
de la mise en relation entre la performance et le choix d’un mode de financement. Néanmoins,
la majorité de ces études portent sur les grandes entreprises et les entreprises cotées en
bourses. Ainsi, les études portant sur les PME restent très rares.
2.1. Apport théorique de la performance financière au choix d’un mode de
financement des investissements
Les études sur la contribution de la performance financière au financement des
investissements sont très controversées dans le temps et dans l’espace. La problématique de la
performance financière comme facteur de la politique de financement des investissements des
entreprises peut être étudié selon deux approches à savoir : l’approche classique ou
traditionnelle et l’approche moderne.

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2.1.1. Approche classique ou traditionnelle


L’approche traditionnelle supporte l'idée selon laquelle l'entreprise a intérêt à s'endetter tant et
aussi longtemps que la rentabilité économique est supérieure au coût de la dette (Vernimmen,
2002) : il s’agit de l’effet de levier. C’est un vieil outil utilisé par les responsables financiers
des entreprises pour le choix des modes de financement des investissements.
Ainsi, lorsque la rentabilité économique de l’actif de l’entreprise est supérieure au coût de la
dette, l’entreprise a intérêt à s’endetter pour financer ses investissements que de faire recours
au financement interne. L’applicabilité de l’effet peut rencontrer des problèmes dans un
contexte comme celui du Cameroun et de l’Afrique en général à travers l’insuffisance de
ressources propres et de rationnement de crédits. Cette approche classique est complétée par
les travaux de Modigliani et Miller (1963) selon laquelle, une entreprise rentable a intérêt à
s’endetter afin de bénéficier de la déductibilité fiscale des charges de la dette. Toutefois, une
dette excessive peut impliquer d’importantes charges avec pour conséquence d’augmenter le
risque de faillite de l’entreprise.
Néanmoins, des études ultérieures vont remettre en cause cette position et permettre ainsi de
construire l’approche moderne de la relation entre performance financière et le choix d’un
mode de financement.
2.1.2. Approche moderne
À la suite des travaux de Modigliani et Miller (1963), plusieurs théories dites modernes vont
enrichir la littérature, notamment les théories de l’agence, de l’ordre hiérarchique de
financement ou la Pecking Order Theory (POT) en anglais et du ratio d’endettement optimal
la Trade-Off Theory (TOT).
Dans la théorie d’agence, Jensen et Meckling (1976) estiment que les firmes ayant des faibles
opportunités de croissances de substitution d'actifs auront plus de dettes. Selon Jensen (1986)
(cité par Nietrzeba L., 2015 P.13), l’endettement permet de réduire les coûts d’agence liés aux
flux de trésorerie. Le recours à la dette serait un moyen pour la banque d’opérer un contrôle
sur les dirigeants en évitant une mauvaise gestion des flux excédentaires.
Ainsi selon cet auteur, plus les entreprises dégagent des flux de trésoreries (plus elles sont
rentables) plus elles feront recours à la dette pour financer leurs investissements afin de
réduire les couts d’agence. D’après Adair et Adaskou (2011), les coûts d’agence des fonds
propres, issus de conflits d’intérêts entre dirigeants et actionnaires, sont moins présents dans
les PME au sein desquelles les dirigeants sont souvent actionnaires. Ang, Cole et Lin (2000)
concluent cependant que la surveillance opérée par les banques permet de réduire les coûts
d’agence des fonds propres au sein des PME.
D’après la théorie du financement hiérarchique (Myers et Majluf, 1984), les firmes montrent
une préférence pour le financement interne. Lorsque les besoins de financement dépassent les
capacités internes, les firmes devraient ajuster leur politique de dividendes, en réduisant la
distribution. En tenant compte des contraintes de financement relatives aux PME, ces
dernières se trouvent parfois obligées de financer les investissements uniquement, à partir des
flux de trésorerie générés en interne (Fazzari , Hubbard et coll. 1988; Himmelberg et
Petersen 1994). De plus, selon la théorie de l'ordre hiérarchique de financement de Myers et
Majluf (1984), les entreprises préfèrent envisager l'autofinancement en priorité grâce au faible
coût et à cause des contraintes de financement qui sont imposées par la présence de
l'asymétrie d'information. D’après le modèle POT, plus une entreprise est rentable, plus elle
sera capable de s’autofinancer et, par conséquent, moins elle aura recours à l’endettement.
L’argument avancé par ce modèle se base sur le ROA avant amortissement comme mesure de
la rentabilité de l’entreprise.

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Aussi, selon la POT, on note que les entreprises les plus rentables devraient se caractériser par
un endettement moindre (Myers, 1977). En effet, l’augmentation de la capacité
d’autofinancement permet de moins recourir aux emprunts. Si l’on suppose les besoins de
l’entreprise constants, une forte rentabilité de ses actifs engendre une forte capacité
d’autofinancement et par conséquent une moins grande propension à recourir à l’endettement.
La rentabilité devrait être une fonction décroissante du taux d’endettement (Redis, 2004).
Cependant, les conclusions du modèle TOT contrarient celles du modèle POT dans la mesure
où, plus une entreprise est rentable, plus elle s’endettera pour profiter au maximum du
principe de déductibilité fiscale des charges des dettes. De plus, une meilleure rentabilité va
de pair avec une probabilité de remboursement des dettes plus élevée, ce qui, aux yeux des
créanciers, constitue une garantie supplémentaire. Par conséquent, une amélioration de la
rentabilité d’une entreprise devrait conduire à une augmentation du niveau d’endettement au
sein de l’entreprise. Face à cette contradiction théorique, Norton (1991) a tenté d’identifier
quelle théorie financière possédait la meilleure capacité prédictive des choix de financement
des PME. Son étude a permis de valider le cadre théorique du modèle POT dans le contexte
particulier des PME.
L’on constate qu’il existe une relation théorique entre la performance financière et le choix
d’un mode de financement (autofinancement ou endettement). De ce qui ressort, la
performance financière est un indicateur dans la politique de financement des investissements
des PME. C’est dans cette même logique que Vogt (1994), affirme que les flux de trésorerie
générés à l'interne sont des paramètres principaux aidant à prendre les décisions
d'investissement appropriées.
D’où le modèle conceptuel ci-dessous :

Figure 1 : modèle conceptuel de PF-FI

Source : Les auteurs (inspirés de la littérature)

2.2. Quelques études empiriques et formulation des hypothèses


Sur le plan empirique, plusieurs études ont été menés dans les entreprises de grande taille et
celles cotées en bourse. Les études sur les PME sont très absentes. Néanmoins, les études
faites montrent des effets contradictoires sur le comportement des entreprises performantes
sur le choix d’un mode de financement des investissements. Les études empiriques initiales
qui se sont intéressées à l'étude du choix des entreprises à contracter une dette, ou plutôt
recourir aux capitaux propres pour financer les investissements ont été l'œuvre de Taggart
(1977) et Marsh (1982).

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2.2.1. Performance financière et financement par endettement des investissements


Plusieurs auteurs notamment Titman et Wessel (1988) ; Rajan et Zingales (1995) ; Booth et
al. (2001) et Abimbola (2002) montrent que le niveau d'endettement serait affecté par
certaines caractéristiques des entreprises, comme par exemple la rentabilité, la profitabilité, la
croissance.
Pour ce qui est de la rentabilité, son influence sur l’endettement est parfois contradictoire.
D’une part, dans le cadre de l’asymétrie informationnelle et de la théorie du financement
hiérarchisé (Pecking order theory), les entreprises les plus rentables préfèrent en priorité
l’autofinancement pour financer leur investissement, ensuite elles se tournent vers
l’endettement et en dernier lieu vers l’émission des nouvelles actions. Par conséquent, nous
pouvons s’attendre à un effet négatif de la rentabilité sur l’endettement. Ainsi, une corrélation
négative entre la rentabilité économique et l’endettement a été confirmée par plusieurs études
empirique entre autre (Titman et Wessels, 1988 ; Harris et Raviv, 1991 ; Nekhili, 1994 ;
Rajan et Zingales, 1995 ; Carpentier et Suret, 1999 ; Kremp et Stoss, 2001 ; Booth et al.,
2001 ; Fattouh et al., 2008 ; et d’autres).
D’autre part, suivant la théorie du ratio d’endettement optimal (Trade-Off), plus une firme est
rentable, plus elle privilégiera la dette pour profiter au maximum du principe de déductibilité
fiscal des charges des dettes. De plus, une forte rentabilité constitue une garantie
supplémentaire aux yeux de ses créditeurs, car cela peut s’interpréter comme une probabilité
plus forte de rembourser la dette. Cela est confirmé par Opler et Titman (1996) qui montrent
que les entreprises rentables optent plutôt à une émission de la dette dans le cas où elles n'ont
pas encore atteint leur niveau cible d'endettement. Par ailleurs, et selon la théorie de signal,
une entreprise rentable qui fait appel à la dette envoie un signal positif aux créanciers quant à
sa bonne santé financière. Par conséquence, un impact positif entre la rentabilité et le niveau
d’endettement devrait être attendu.
Concernant la profitabilité, son impact sur l'endettement fait l'objet d'une controverse
théorique. La théorie des compromis s'oppose également aux travaux empiriques publiés par
Rajan et Zingales (1995) ainsi que Kremp et al (1999) qui concluent que la profitabilité de
l'entreprise, généralement mesurée par son ratio de rotation des actifs (ROA), est
négativement liée à la fonction d'endettement de l'entreprise.
Pour ce qui est des opportunités de croissance, elles ont deux effets contradictoires sur le ratio
d’endettement. D’un côté, nous attendons un effet positif selon la théorie du signal (Ross
1977, Leland et Pyle 1977) qui montre que la croissance représente un indicateur fiable de la
bonne santé financière des entreprises, donc, ce type d’entreprises (ayant une forte croissance)
connaisse une augmentation de son besoin de financement externe. Cette relation positive
entre l’opportunité de croissance et l’endettement a été confirmé dans un certain nombre
d’études comme Dubois (1985), Bourdieu et al. (1993), Carpentier (1997) et Kremp et Stoss
(2001). D’un autre côté, nous devons prévoir, selon Jensen et Meckling (1976) et Myers
(1977), une corrélation négative car les coûts d’agence entre les actionnaires et les créanciers
seront plus élevés dans le cas où la valeur des opportunités de croissance future est plus
grande par rapport à la valeur actuelle des actifs en place, ce qui implique que les créanciers
adoptent une attitude plus dure vis-à-vis de ce type d’entreprises. Ceci est confirmé par les
travaux de Nekhili (1994), Heshmati (200l), Booth et al (2001) et Gr. Hovakimian et al
(2003), Huang et Song (2006), Jong et al (2008) qui ont trouvé des relations négatives.
De ce qui précède, nous pouvons dire que la performance, à travers ses indicateurs
(rentabilités, profitabilité et les opportunités de croissance) a un impact contradictoire en
fonction du contexte sur le financement par endettement des investissements.
H1 : la performance financière est favorable au financement par fonds propres des
investissements des PME camerounaises.

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2.2.2- Performance financière et financement par fonds propres des investissements


Dans le cadre d’asymétrie d’information et de la théorie du financement hiérarchisé (Pecking
Order), les entreprises les plus rentables préfèrent en priorité l’autofinancement pour financer
leur investissement. Ainsi l’on s’attend à un effet positif de la rentabilité sur financement des
investissements par fonds propres. Cela est confirmé par les travaux Harris et Raviv (1991) ou
encore Rajan et Zingales (1995) qui montre qu’il existe une relation positive entre la
rentabilité et l'autofinancement. MazenKebewar (2012) a mené une étude sur les sociétés
anonymes et de SARL françaises non cotées. Il est parvenu à la conclusion selon laquelle,
l’opportunité de croissance joue un rôle négatif et significatif sur l’endettement. Cet effet
négatif semble confirmer que les entreprises ayant de fortes opportunités de croissance feront
de moins en moins appel à l’endettement et préfèreront un recours aux fonds propres (Rajan et
Zingales 1995).
Par ailleurs, l’influence négative confirme la rigidité de l’attitude des créditeurs vis-à-vis de
ce type d’entreprises. Ces résultats confirment les travaux deDubois (1985), Titman et
Wessels(1988), Harris et Raviv(1991), Nekhili(1994), Rajan et Zingales(1995), Bédué(1997),
Carpentier (1997), Fama et French (1999), Carpentier et Suret (1999), Kremp et Stoss (2001),
Booth et al (2001), Fattouh et al. (2008).
H2 : la performance financière des PME camerounaises a un impact positif sur le
financement par endettement des investissements.
C’est sur la base de ces deux hypothèses que nous mènerons notre étude empirique.
3- Méthodologie de la recherche
3.1- Variables de l’étude
Notre étude s’intéresse à la performance financière des PME camerounaises (variable
indépendante ou explicative) et aux sources de financement des investissements (variables
dépendantes ou à expliquer).
La performance financière est l'exercice d'une activité financière afin d'atteindre des objectifs
financiers sur une période donnée (Metcalf et Titard, 1976). Dans les travaux traitant de la
performance financière des entreprises, plusieurs indicateurs ont été retenus ; notamment la
rentabilité économique (ROI) et la rentabilité financière (ROA) (Kaumbuthu, 2011 ;
Tharmila&Arulvel, 2013 ; St-Onge et al. 1994 ; Abdel Shahid, 2003 ; Booth et al, 2001 ;
Hunag et Song 2006 ; Delcoure 2006), la croissance du chiffre d’affaires, la croissance du
résultat, la productivité, la profitabilité, l’efficience, l’efficacité (Webb 1974 ; Johannessen et
al. 1999 ; Webb 1974 : Child 1974).
Dans le cadre de notre travail, nous avons retenu la rentabilité économique (ROI), la
rentabilité financière (ROA), la profitabilité (PROF), le taux de la valeur ajoutée
(TAUXVA), la croissance (CROISS) et la taille (LOGCA) comme indicateur de la
performance financière.
Notre variable à expliquer est le financement des investissements. C’est une opération
permettant à une entreprise de se procurer les ressources nécessaires à un besoin
d’investissement. Elle peut se fais par le biais des fonds propres et de l’endettement. Dans les
travaux liés à l’endettement, plusieurs chercheurs comme (Shuetrim, Lowe et Morling 1993,
Bourdieu et Colin Sedillot 1993, Kremp et Stöss 2001 ; Huang et Song 2006 ; Fama et
French 2002 ; Flannery et Rangan 2006) estiment que le ratio d’endettement est une variable
dépendante alors que De Jong et Van Dijk (1998) et Tang et Yang (2007) jugent qu’il est plus
pertinent de confronter les dettes de long terme à l’actif total.
Dans le cadre de notre étude, nous allons retenir le ratio obtenu à partir du rapport entre les
dettes de long terme et l’actif total (Cho et al., 2014). En ce qui concerne les fonds propres,
ils seront mesurés par le ratio entre la CAF et le total actif.

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Le tableau ci-dessous présente les différentes variables de notre étude :


Tableau 1 : Les variables de l’étude
Variables de l’étude
Abréviations Variables Mesure
ROA Rentabilité économique ⁄
ROE Rentabilité financière ⁄
PROF Profitabilité ⁄

TAUXVA Taux de la valeur ajoutée ⁄

LOGCA Taille
CROISS Taux de croissance ⁄

DLMT Endettement à LMT ⁄


AUTF Autofinancement ⁄
Source : Les auteurs
Chacune des variables explicatives doit permettre de mesure un élément bien spécifique, ainsi
dans le but de détecter de potentiels problèmes de multi-colinéarité entre les variables
explicatives, nous analysons à présent les relations qui existent entre les variables à l’aide de
la matrice des corrélations.
Tableau 2 : Matrice de corrélation

TAUXVA CROISS PROF LOGCA ROE ROA

TAUXVA 1.0000
CROISS -0.0361 1.0000
PROF 0.5715 -0.0230 1.0000
LOGCA -0.0037 -0.0156 0.1338 1.0000
ROE -0.0285 0.1429 -0.0362 0.0347 1.0000
ROA -0.2739 0.0129 0.0075 0.0055 -0.0019 1.0000
Source : Les auteurs
Dans l’ensemble, les variables indépendantes du modèle ne présentent pas d’importants
degrés de corrélation les unes avec les autres. Seule la variable taux de la valeur ajoutée
(TAUXVA) est corrélée positivement, à plus de 50 %, avec la variable profitabilité (PROF).
Cela peut s’expliquer avec la présence du chiffre d’affaires comme dénominateur commun à
ces deux variables.
Après avoir faire la présentation de nos différentes variables, le plan d’échantillonnage sera
présenté.

3.2- Plan d’échantillonnage et caractérisation de l’échantillon


Nous avons eu accès à une base de données secondaire relative aux états financiers (bilan et
compte de résultat) de 184 entreprises camerounaises issues de l’INS allant de 2005 à 2009.

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Pour obtenir les données de notre étude, nous avons procédé à un filtrage à l’aide du tableur
EXCEL 2013.
Dans un premier temps, nous avons procédé par un filtrage numérique en colonne qui
consistait à éliminer toutes les entreprises qui n’étaient pas des PME à travers le critère du
chiffre d’affaires selon la loi N°2015/010 du 16 juillet 20151. Par la suite nous avons procédé
à un filtrage par colonne. Ce filtrage nous a permis d’avoir une base de données uniforme
c’est-à-dire contenant les mêmes entreprises de 2005 à 2009. Enfin, nous avons conservé dans
la base uniquement les informations qui nous sont utiles. En d’autres termes, sur les 5 années,
nous disposons des grandes masses du bilan et des différents éléments constituant le compte
de résultat suivant l’analyse des soldes significatifs de gestion.
La caractérisation de notre échantillon sera faite à travers le secteur d’activité et le chiffre
d’affaires.
Tableau 3 : Caractéristiques de l’échantillon par secteur d’activité

SECTEUR
D'ACTIVITE Exercice
S 2005 2006 2007 2008 2009 Total

Primaire 1.45 1.45 1.45 1.45 1.45 1.45


Secondaire 62.32 62.32 62.32 60.87 62.32 62.03
Tertiaire 36.23 36.23 36.23 37.68 36.23 36.52

Total 100.00 100.00 100.00 100.00 100.00 100.00


Source : Les résultats des analyses
Notre échantillon est constitué de 1,45% de PME du secteur primaire, 62,32% de PME du
secteur secondaire et 36,23% de PME du secteur tertiaire. Nous constatons une abondance des
entreprises du secteur secondaire. Cela est dû au fait que ces PME sont, pour la plupart,
basées dans la ville de Douala. Cette ville étant la métropole qui abrite la majorité pour ne pas
dire l’ensemble des entreprises industrielles au Cameroun.
L’échantillon a été également divisé en sous échantillons en fonction du chiffre
d’affaires réalisé.
Tableau 4 : caractéristiques de l’échantillon selon les tranches de chiffre d’affaires
Année 2009 2008 2007 2006 2005
Chiffre d'affaires Effectif % Effectif % Effectif % Effectif % Effectif %
0 – 15000000 TPE 5 7,25 0 0 0 0 0 0 0 0
15000001 –
PE 25 36,23 10 14,49 13 18,84 14 20,29 12 17,39
250000000
250000001-
ME 39 56,52 59 85,51 56 81,16 55 79,71 57 82,61
3000000000
Total 69 100 69 100 69 100 69 100 69 100
Source : Les auteurs
L’on constate une variation des entités par année selon le type et par tranche de chiffre
d’affaires. Cela est dû au fait que le CAHT. est en lui-même un élément variant au sein d’une
entité, car l’objectif principal est de l’améliorer au jour le jour. De plus, notre échantillon est
composé principalement des PME dont le chiffre d’affaires est compris entre 250 Millions et
1
Cette loi en son article 3 considère comme PME, toute entreprise, quel que soit son secteur activité, qui emploie
au plus cent (100) personnes et dont le chiffre d’affaires annuel hors taxes n’excède pas trois (03) milliards de
francs CFA.

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3 Milliards, suivis des PME donc le chiffre d’affaires est compris entre 15 et 250 millions et
enfin des PME donc le chiffre d’affaires est inférieur à 15 millions qui n’apparaissent qu’en
2009. Ainsi, notre échantillon est constitué majoritairement de Moyennes Entreprises.
4- Impact de la PF sur le financement des investissements des PME au Cameroun :
les principaux résultats
Avant la présentation des principaux résultats, nous allons préalablement ressortir le niveau de
performance financière et la structure de financement des PME de notre échantillon.
4.1. Évaluation de la performance financière des PME camerounaises
La performance financière dans notre étude est mesurée par cinq (5) indicateurs résumés par
années dans le tableau ci-dessous :
Tableau 5 : statistiques descriptives des indicateurs de la performance financière
Exercice stats CROIS TAUXVA PROF ROE ROA

2005 mean . .1578338 -.1116017 -.0519641 -.6285712


sd . .3957044 .5392824 1.429223 4.676295

2006 mean .1244333 .1626771 -.1071716 .2714275 -.0607962


sd .5863374 .4113685 .4412553 1.351947 1.085885

2007 mean .3028507 .1170811 -.1811082 -.2894992 -.0360924


sd 1.111272 .5357693 .7374078 3.199811 .7558969

2008 mean .1298232 .0736108 -.1636785 .2357682 .0782692


sd .3779397 .590268 .5776179 1.942231 .5805866

2009 mean .3329348 .2177765 -.1240184 .2317709 4.249798


sd 2.143254 .2393128 .5121731 2.53187 34.26148

Total mean .2225105 .1457959 -.1375157 .0798828 .7244434


sd 1.253315 .4513044 .5675807 2.204025 15.51094

Source : Les auteurs


De ce tableau, il ressort que le résultat net de notre échantillon évolue positivement d’une
année à une autre, mais en dents de scie. Mais, globalement, notre échantillon dégage des
ressources internes positives. À cet effet le résultat des années 2007 et 2009 à
considérablement augmenté (avec un taux de croissance de plus de 30%) par rapport aux
résultats nets des années 2006 et 2009 (taux de croissance de moins de 13%). En ce qui
concerne le taux de la valeur ajoutée, il est positif durant toute la période de l’étude. Aussi, le
chiffre d’affaires permet aux entités de notre échantillon de créer de la richesse qui sera
redistribuée. La profitabilité de notre échantillon est négative durant toute la période de
l’étude. Cela montre que le chiffre d’affaires des entités de notre échantillon évolue dans un
sens inverse que le résultat. Pour ce qui est de la rentabilité financière, les capitaux propres
sont rentables dans l’ensemble (avec un taux positif de plus de près de 8%). Néanmoins,
durant les années 2005 et 2007, les capitaux propres investis génèrent des pertes. Pour ce qui
est de la rentabilité économique les entités parviennent à travers leurs ressources de générer
des bénéfices durant les années 2008 et 2009 ; par contre durant les années 2005 à 2007 les
résultats générés par les ressources sont négatifs. Autrement dit, durant ces années,
l’entreprise a investi dans des projets non rentables.

4.2. Appréciation de la structure de financement des PME camerounaises


Les statistiques descriptives de la structure de financement des investissements des PME
camerounaises de notre échantillon sont regroupées dans le tableau ci-dessous :

168
[Link] et D. Lontsi -REVUE AFRICAINE DE MANAGEMENT- VOL.7 (1) 2022 (PP.160-176)

Tableau 6 : statistiques descriptives de la structure de financement des PME


camerounaises
Exercice stats AUTF DLMT

2005 mean .0516539 .3468527


sd .1170797 .5535879

2006 mean .0136855 .4484778


sd .2776075 .850528

2007 mean .0168798 .4559223


sd .2570363 .7478365

2008 mean -.0450859 .4384386


sd .5149842 .6833723

2009 mean -.8570723 .7230844


sd 7.602582 2.398702

Total mean -.1646147 .4829497


sd 3.41526 1.250392

Source : Les auteurs


Il ressort de ce tableau que durant les années 2005 à 2007, les entreprises de l’échantillon
dégagent une capacité à financer elles-mêmes leurs projets d’investissement et leurs activités ;
par contre durant les années 2008 et 2009, ces entreprises dégagent une CAF négative. De
plus les entités de notre échantillon ont un niveau moyen d’endettement inférieur à 50%
durant les années 2005 à 2008 ; en 2009 leur endettement excède 50%. Ainsi, les entreprises
de notre échantillon financent leurs actifs en moyenne à moins de 50 % avec les dettes à long
terme.

4.3. Apport de la performance financière au financement par fonds propres des


investissements
La nature de l’influence de la performance financière sur le financement par fonds propres
sera vérifiée à travers un modèle de régression multiple. Il existe deux modèles d’estimation
des données à savoir le modèle d’estimation à effet fixe et à effet variable. Le test de
Hausman permet de vérifier la présence d’une corrélation ou non entre les effets spécifiques
et la variable dépendante du modèle, ce qui nous permet de choisir entre l’un des deux
modèles Kpodar (2007).
Le modèle suivant a été retenu :

( )

Les résultats du test de Hausman indiquent que la probabilité du test (0,6426) est supérieure
au seuil de 5%, d’où l’acceptation de l’hypothèse de présence d’effets aléatoires, en d’autres
termes il y’a absence de corrélation entre les effets individuels et les variables dépendantes.
Ainsi, nous concluons que le modèle à effets aléatoire est le plus approprié pour expliquer
l’autofinancement par l’ensemble des variables indépendantes.
Le modèle empirique de régression multiple qui a été résumé dans le tableau ci-dessous :

169
[Link] et D. Lontsi -REVUE AFRICAINE DE MANAGEMENT- VOL.7 (1) 2022 (PP.160-176)

Tableau 7 : Résultats de la régression de la PF sur le financement par fonds propres


Nombre d’observations 276
Nombre de groupes 69
Variables Coefficient Probabilité
Constante -.2709261 NS
ROE .010215 NS
ROA -.2213118 0.000 (*)
PROF .146473 0.002 (*)
TAUXVA .320609 0.000 (*)
CROIS .0360105 0.038 (**)
LOGCA .0289459 NS
2
R ajusté
Within 0.9939
Between 0.9851
Overall 0.9917
Wald chi2(6) 37570.78 0.0000 (*)
(*) Statistiquement significatif au seuil de 1% ; (**) Statistiquement significatif au
seuil de 5% ; NS : Non statistiquement significatif au seuil maximal de 5 %.
Source : Les auteurs
Globalement, notre modèle de régression est significatif avec Chi-deux de 37570.78 et une
probabilité de 0,000 inférieure au seuil de 1 %. Chacun des modèles testés présente une forte
capacité explicative du ratio d’autofinancement des PME de notre échantillon. Cela se lit à
travers un R2 ajusté qui est proche de 100 %.
Nous constatons tout d’abord que la rentabilité économique a un effet négatif sur le ratio de
l’autofinancement. Ce résultat dans le cadre de notre échantillon suggère qu’au fur et à
mesure que la rentabilité économique augmente, les entreprises font de moins en moins
recours aux fonds propres pour financer les investissements. Ainsi, une augmentation de
de la rentabilité économique entraine une baisse de du financement des
investissements par fonds propres.
La variable « croissance » influence positivement le ratio d’autofinancement des PME
camerounaises. De ce fait, une augmentation du taux de croissance du résultat net de 1 %
entraine une augmentation de du recours aux fonds propres pour financer les
investissements.
Il ressort également que le financement par fonds propres est influencé positivement par la
profitabilité. En effet, une augmentation de 10 % de la profitabilité entraine un accroissement
de 14,64 % du recours aux fonds propres pour le financement des investissements.
Enfin, la variable taux de la valeur ajoutée a une influence positive sur le ratio
d’autofinancement. La rentabilité financière et la taille semble ne pas être des déterminants du
ratio d’autofinancement des PME camerounaises car elles sont statistiquement non
significatives au seuil maximal de 5 %.

4.4. Apport de la performance financière au financement par endettement des


investissements
Cet apport sera également vérifié à travers un modèle de régression multiple.
Le modèle suivant a été retenu :

( )

170
[Link] et D. Lontsi -REVUE AFRICAINE DE MANAGEMENT- VOL.7 (1) 2022 (PP.160-176)

Les résultats du test de Hausman, indiquent que la probabilité (0.0014) du test est inférieure
au seuil de 5%, ce qui implique que les effets spécifiques des PME sont corrélés avec les
variables indépendantes du modèle. Cette corrélation traduit l’influence des spécificités
individuelles temporelle sur la détermination du niveau de variable explicatives. Dans ce
contexte, le modèle à effet fixe est le plus approprié pour expliquer le ratio d’endettement à
LMT, car il permet de supprimer les effets individuels.
Tableau 8 : Résultats de la régression de la PF sur le financement par endettement
Nombre d’observations 276
Nombre de groupes 69
Variables Coefficient Probabilité
Constante 1.35788 0.001 (*)
ROE .0076067 NS
ROA .0659492 0,000 (*)
PROF -.0198186 NS
TAUXVA .0461075 NS
CROIS -.0044386 NS
LOGCA -.1051935 0.029 (**)
2
R ajusté
Within 0.9495
Between 0.4198
Overall 0.7095
F(6,201) 630.49 0.0000 (*)
(*) Statistiquement significatif au seuil de 1% ; (**) Statistiquement significatif au
seuil de 5% ; NS : Non statistiquement significatif au seuil maximal de 5 %.
Source : Les auteurs
Globalement, notre modèle de régression est significatif avec un Fisher de 630.49 et une
probabilité de 0,000 inférieure au seuil de 1 %. Le modèle testé ci-dessus présente également
une forte capacité explicative du ratio d’endettement à LMT des PME de notre échantillon, si
l’on se réfère à l’indicateur ajusté qui est supérieur à 50 % (Within et Overall).
De cette analyse nous constatons que la rentabilité économique a un impact positif et
significatif sur le ratio d’endettement à long terme des PME camerounaises. En d’autres
termes, plus la rentabilité économique croit, plus les PME ont recours à la dette pour financer
leurs investissements. Ainsi, une augmentation de de la rentabilité économique entraine
une augmentation de du recours à l’endettement par les PME camerounaises pour
financer leurs investissements.
La variable taille explique significativement et négativement le ratio d’endettement à LMT.
En d’autres termes, plus l’entreprise est grande (réalise un chiffre d’affaires élevé), plus le
recours à la dette pour le financement des investissements diminue. Ainsi, une augmentation
du chiffre d’affaires des PME de 1 % entraine une diminution de 10,6 % du recours à
l’endettement pour financer les investissements. Comparativement au résultat précédent, il
faudrait que cette croissance du chiffre d’affaires soit accompagnée d’une croissance de la
rentabilité économique.
Les variables rentabilité financière que sont la croissance, la profitabilité et le taux de la VA
semblent ne pas être favorables à un recours au financement par endettement des
investissements, car elles sont toutes non statistiquement significatives au seuil maximal de
5%.

171
[Link] et D. Lontsi -REVUE AFRICAINE DE MANAGEMENT- VOL.7 (1) 2022 (PP.160-176)

5- Discussion et implication des résultats


Les résultats obtenus ci-dessus montrent que la croissance du résultat net, la profitabilité et le
taux de la VA influencent positivement le ratio d’autofinancement des PME camerounaise.
Par contre, seule la rentabilité économique, a une influence négative. Ainsi, dans le contexte
camerounais, les PME performantes ont recours aux fonds propres pour financer les
investissements, notre première hypothèse selon laquelle la performance financière contribue
au financement par fonds propres des investissements des PME camerounaises est validée.
Cette conclusion est en accord avec la théorie du financement hiérarchique, ainsi que les
travaux de Harris et Raviv (1991), Rajan et Zingales (1995) et Booth et al. (2001).
Néanmoins, elle est en contradiction avec les travaux d’Opler et Titman (1996), ainsi que la
théorie du Trade-Off qui voudrait que plus une firme est rentable, plus elle fera recours à la
dette qu’à l’autofinancement pour financer ses investissements. Ce résultat peut s’expliquer à
travers les contraintes de financement bancaire auxquelles font face les PME camerounaises.
En effet, elles sont victimes de plus en plus de rationnement du crédit bancaire et doivent
affronter des taux de remboursement élevés auprès des établissements de microfinance. Les
conditions d’accès au crédit bancaire à long et à moyen terme restent très contraignantes pour
les PME, notamment l’exigence de garanties et le taux d’intérêt débiteur élevé. Selon Nezien
(2010) 50 % des crédits d’investissements refusés aux PME sont dus essentiellement à
l’absence de garantie. Dans cette perspective, les PME rentables n’ont pour seule option que
les fonds propres pour financer leurs investissements.
En ce qui concerne le recours à l’endettement pour financer les investissements, seul la
variable rentabilité économique influence positivement le ratio d’endettement à LMT des
PME camerounaises. En tenant compte de la variable taille, plus la structure de l’entreprise
évolue, moins elle fait recours à l’endettement pour ses besoins d’investissement. Les autres
variables étant non significatives statistiquement, les PME camerounaises performantes ne
font pas recours à la dette pour financer les investissements. Ainsi, notre deuxième hypothèse
selon laquelle la performance financière des PME camerounaises a un impact positif sur le
financement par endettement des investissements est rejetée. Cette conclusion est en accord
avec les travaux de Colot et al. (2010) et de la théorie du financement hiérarchique de Myers
et Majluf (1984). Mais, nos conclusions sont en désaccord avec la théorie du Trade-Off et les
travaux de Nietrzeba L. (2015) et aussi avec les conclusions de Colot et Croquet (2007). Ce
résultat s’explique dans le contexte camerounais à travers l’accès très limité des PME au
financement bancaire à long et à moyen terme, car les banques estiment très souvent qu’il est
plus risqué de prêter aux PME et de plus que les coûts de transaction et les coûts de gestion et
de suivi des comptes des PME sont plus élevés. Les PME camerounaises évoluent dans un
contexte de surliquidité bancaire, mais les banques exigent des garanties matérielles hors de
portée de ces PME.
Ainsi, dans un environnement où la banque des PME ne joue pas suffisamment son rôle
(corruption, népotisme et insuffisance de fonds face à une demande de financement énorme),
les PME et l’État doivent mettre en œuvre des stratégies parfois conjointes afin de rendre le
marché du financement bancaire camerounais viable et accessible. Il est également plus
qu’urgent de penser à des solutions de financement alternatif, notamment le crédit-bail, le
capital investissement, le crowdfunding, ….
À cet égard, la première mesure à mettre en œuvre par les PME est la réduction de l’asymétrie
d’information en mettant en place un système de tenue comptable en phase avec les normes
comptables OHADA révisées et un système de diffusion clair et fiable de leurs informations
financières. D’autant plus que le marché camerounais est inondé de logiciels informatiques de
tenue de la comptabilité adaptés aux PME. L’informatisation des données financières et leurs

172
[Link] et D. Lontsi -REVUE AFRICAINE DE MANAGEMENT- VOL.7 (1) 2022 (PP.160-176)

diffusions permettront aux banques de disposer des informations hard susceptibles d’instaurer
un climat de confiance dans la relation Banque-PME.
Les pouvoirs publics, quant à eux, doivent assainir le climat des affaires au Cameroun.
Notamment en renforçant l’offre en qualité et en quantité des infrastructures (routes, eau,
électricité, internet, espaces marchands, etc.). De plus ils doivent faciliter l’accès aux services
publics en réduisant les tracasseries dans les services publiques (les procédures juridiques et
fiscales, la corruption dans les administrations).

6. Conclusion
Cette étude est partie d’un triple constat. Premièrement, la PME occupe une place très
importante dans le tissu économique camerounais. Ainsi, près de 99,8% des 203 419
entreprises reçues lors du dernier recensement général des entreprises au Cameroun sont des
PME (INS/RGE-2, 2016). Deuxièmement, ces dernières font face à de nombreux problèmes,
notamment le problème de financement du haut du bilan. Enfin, les PME camerounaises
évoluent dans un contexte de surliquidité bancaire et sont victimes du rationnement de crédit
car les banques qui refusent de leur accorder des crédits.
L’inventaire des travaux antérieurs théoriques et empiriques sur la problématique du
financement en général et le financement des investissements en particulier nous a permis de
ressortir les facteurs et les indicateurs permettant aux entreprises performantes de faire le
choix d’un mode de financement. Il ressort de l’analyse théorique, sans mettre en marge le
contexte camerounais, que la performance financière des PME camerounaises influence la
politique de financement des investissements.
Pour affirmer ou infirmer nos hypothèses, nous avons adapté une démarche quantitative
guidée par l’approche hypothético-déductive. Pour ce faire, nous avons utilisé une base de
données secondaire allant de 2005 à 2009 constituée de 69 PME. Le logiciel d’analyse des
données outillé à cet effet est le logiciel ‘’STATA 14’’. Le modèle de régression linéaire
multiple de données de panel a été utilisé pour prédire la relation entre les variables
dépendantes et indépendantes.
D’une manière générale, nos résultats montrent que le choix d’un mode de financement est
influencé par la performance financière des PME au Cameroun. Spécifiquement, les PME
performantes au Cameroun ont recours au financement par fonds propres pour financer le haut
de leur bilan au détriment de l’endettement.
Notre travail présente quelques limites. D’une part, une étude sectorielle aurais été plus
judicieuse afin d’apprécier l’influence de la performance financière sur la politique de
financement des investissements par secteur d’activité ; et d’autres part, nous nous sommes
limités à une étude globale de la PME sans spécifier le type d’entreprise à savoir TPE, PE et
ME, même si nous reconnaissons que notre échantillon est majoritairement constitué de ME.
Ainsi, une étude par type d’entreprise apporterait un plus à ce travail.

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[Link] et D. Lontsi -REVUE AFRICAINE DE MANAGEMENT- VOL.7 (1) 2022 (PP.160-176)

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