Introduction, Exemples
1.1 Introduction
Optimiser la forme d'un objet afin de le rendre le plus efficace possible
ou le plus resistant ou le plus aerodynamique ou le plus harmonieux ou le
plus leger ou le plus silencieux ou le plus furtif ou le plus proclie d'un ideal
vise...ou le moins clier possible, c'est clairement une activite tres ancienne.
Mais Tavenement des ordinateurs et I'explosion recente de la modelisation
et du calcul scientifique out considerablement renouvele le sujet en posant
toutes sortes de nouvelles questions et out reactive ce domaine de recherche
m a t h e m a t i q u e identifie sous le nom d^opttrmsatton de forme.
On cherche a y trouver des m a x i m a ou des minima de fonctions, c'est-
a-dire a y resoudre et analyser des problemes du type : trouver Q* solution
de
Q'^eO, F(Q'') = mm F(Q) (1.1)
ou O est un ensemble de parties de M ^ , dites domaines ou formes admisstbles,
et F est une fonctionnelle definie sur O a valeurs dans M, dite fonctionnelle
de forme.
Les questions mathematiques associees a (1.1) sont nombreuses et varices
- Existence d'une solution et, pour ce faire, I'etude de la dependance de la
fonction F{Q) par rapport aux domaines i?, le controle de la variation
de F{-)^ ou de fonctions intermediaires, par rapport aux formes i?, les
proprietes de compacite de la famille des formes admissibles,...
- Obtention de conditions necessaires (et parfois suffisantes) d'optimalite,
soit du premier ordre (derivee premiere nulle), soit du second ordre (derivee
seconde positive), les derivations etant a prendre par rapport a la forme
qui est ici la variable.
- Les proprietes qualitatives et geometriques des eventuelles solutions : con-
nexite, convexite, symetries, regularite ou singularites des domaines.
2 1 Introduction, Exemples
- Le calcul effectif des formes optimales.
Dans ce livre, nous allons aborder ces differents points, sauf les questions
specifiques de calcul numerique des solutions, d'autres livres, e.g. [218] on
[140], y etant presque entierement consacres.
Nous donnons tout d'abord, dans ce premier chapitre, quelques exemples
significatifs de problemes d'optimisation de forme. Les premiers seront plutot
academiques et les suivants plus orientes vers des situations concretes avec de
possibles applications industrielles. lis sont seulement illustratifs; beaucoup
d'autres exemples peuvent etre trouves dans la litterature (par exemple celle
citee plus loin).
Le deuxieme chapitre est consacre a I'etude de differentes topologies sur les
parties de M ^ . En effet, les preuves mathematiques d'existence de solutions
pour des problemes d'optimisation passent presque toujours par I'introduc-
tion de topologies adequates combinee avec des arguments de compacite et de
continuite. Ensuite, le chapitre 3 est naturellement consacre a I'etude de la
continuite par rapport au domaine de la solution d'un probleme aux limites,
solution qui intervient bien souvent dans I'expression de la fonctionnelle qu'on
cherche a minimiser comme on va le voir dans les exemples ci-dessous. Nous
nous concentrons, en particulier, sur le cas modele du probleme de Dirichlet
et nous y rappelons tout ce qui est necessaire sur la capacite classique associee
a I'espace H^. Le chapitre 4 presente diverses approches pour prouver I'exis-
tence d'une solution classique pour un probleme d'optimisation de forme. Ce
type de probleme etant generiquement mal pose, pour pouvoir prouver I'exis-
tence d'une solution, on est souvent amene, soit a restreindre I'ensemble des
parties admissibles par des contraintes geometriques, soit au contraire a elar-
gir I'ensemble des parties admissibles en autorisant des solutions relaxees: ceci
est evoque au chapitre 7. Auparavant, le chapitre 5 est consacre a I'obtention
des conditions d'optimalite du premier et du second ordre et developpe la no-
tion de derivee par rapport a une forme. Quant au chapitre 6, il est consacre
a I'etude des proprietes geometriques de la solution d'un probleme d'optimi-
sation de forme : eventuelles symetries, convexite, caractere etoile, connexite.
Plusieurs livres sur I'optimisation de forme sont parus ces dernieres an-
nees: Pironneau 1984 [218] qui fait un tour assez general du sujet, Banichuk
1990, [28] sur I'optimisation de structures, Sokolowski-Zolesio 1992, [242] assez
general, qui, entre autres, decrit la maniere d'obtenir des conditions d'opti-
malite, Bendsoe 1995 [31], plus specifiquement consacre a I'optimisation de
structures (indiquons d'ailleurs qu'il existe davantage d'ouvrages sur I'optimi-
sation de structures ecrits par des mecaniciens, nous renvoyons a [12] pour une
bibliographic beaucoup plus complete), Haslinger-Neittaanmaki 1996, [140]
sur des questions numeriques et en particulier I'approche par elements fi-
nis, Kawohl-Pironneau-Tartar-Zolesio 2000, [180] compte-rendu d'une serie
de cours presentant des avancees recentes dans le domaine, Delfour-Zolesio
2001, [110] avec une approche plus geometric difi'erentielle et une utilisation
approfondie de la fonction distance orientee, Allaire 2002, [12] tres complet
1.2 Quelques exeinples acadeiniques 3
sur roptimisation topologique par la methode de rhomogeneisation, Tartar
2000,[248] qui rassemble les idees fondatrices de I'auteur sur rhomogeneisa-
tion, Bucur-Buttazzo 2002, [53] plutot oriente vers la question de I'existence
de solutions et les outils capacitaires, Bendsoe-Sigmund 2003, [34] egalement
consacre a I'optimisation topologique, Laporte-Le Tallec 2003, [190] faisant
le point sur un certain nombre de methodes numeriques en optimisation de
forme, Haslinger-Makinen 2003, [139] avec un point de vue assez applique.
Rappelons I'important travail [205], [206] de Murat-Simon, publie seulement
en interne, sur la derivation de forme. Signalons aussi un cours de troisieme
annee de I'Ecole Poly technique. Conception opttmale de structures, dti a Gre-
goire Allaire, qui pent faire une excellente introduction au sujet. Citons enfin
un article de synthese recent, dans la serie Le point sur,,, des CRAS Meca-
nique, [16]. Bien stir, de nombreux articles specifiques du sujet seront cites
aux endroits appropries dans ce livre.
1.2 Quelques exemples academiques
1.2.1 P r o b l e m e s i s o p e r i m e t r i q u e s
Ces questions remontent a I'Antiquite. Un exemple classique est le suivant:
on dispose d'une cloture de longueur predeterminee et on veut trouver la forme
du champ le plus grand possible qui puisse etre entoure par cette cloture.
Les Grecs savaient deja que la reponse a ce probleme isoperimetrique est un
disque. La traduction m a t h e m a t i q u e en est I'inegalite isoperimetrique: si i?
est un domaine du plan d'aire finie |i?| et de perimetre P{0), on a
\Q\ < ^P{Or, (1.2)
avec egalite uniquement pour le disque. Le nom de "probleme de la reine
Didon" est souvent associe a une variante du probleme precedent: celle ou
le domaine cherche i? a deja une partie de son bord imposee. En effet, on
pent lire dans VEneide de Virgile que la reine Didon, apres s'etre enfuie de
Tyr, debarque sur les lieux de la future Carthage. Le maitre des lieux accepte
tout au plus de lui accorder un territoire qu'elle puisse delimiter par une
peau de boeuf. Decoupant la peau en une fine laniere, la reine Didon choisit
alors de dessiner un territoire s'appuyant sur la cote et dont la frontiere libre
(materialisee par la laniere) est un arc de cercle qui fournit efi'ectivement un
domaine avec la plus grande surface possible et, par la, une solution a ce
probleme isoperimetrique.
L'analogue de I'inegalite isoperimetrique en dimension TV quelconque, s'e-
crit:
wf-' < -^n^r- (1-3)
4 1 Introduction, Exemples
ou, cette fois, le perimetre P{^) correspond a la surface du bord ou "sur-
face laterale" du domaine TV—dimensionnel i?, |i?| est son volume et V/v est
le volume de la boule unite; de plus, I'egalite a lieu si et seulement si i? est
une boule. II a fallu attendre le 19eme siecle pour voir une demonstration
m a t h e m a t i q u e de (1.2). J. Steiner ^, voir [244], en a donne plusieurs preuves
tres elegantes en presupposant I'existence d'un domaine realisant le minimum.
Sa demonstration a ete completee par la suite par C. Caratheodory ^. L'in-
egalite isoperimetrique en dimension 3 est due a H.A. Schwarz^, cf [236] et
le cas general (1.3) semble du a E. Schmidt^ in [232]. Par la suite, d'autres
preuves apparurent, nous renvoyons a [36], [38] ou [212]. Citons par exemple
une preuve elementaire de (1.2) utilisant les series de Fourier^, dans [36]. Plu-
sieurs des donnees historiques ci-dessus sont tirees de [27]. On renvoie aussi a
I'article detaille et interessant de R. Osserman [212] et au livre de F. Morgan
[201] pour d'autres references sur I'inegalite isoperimetrique.
De la meme fagon, on pent considerer le probleme ou on inverse le role joue
par le volume |i?| et la surface du bord (ou perimetre) P{Q):
mm{P{Q), f? domaine borne de M^, \Q\ = So}. (1.4)
La encore la solution est la boule, toujours en vertu de I'inegalite isoperimetri-
que (1.2) ou (1.3). Remarquons que, si ces questions isoperimetriques s'enon-
cent et se congoivent facilement, les preuves sont le plus souvent tres ardues
et certains problemes restent encore a I'heure actuelle ouverts. Par exemple,
si on se pose la question de determiner la surface dans M^ d'aire minimale
qui englobe un domaine i? doublement connexe de volumes vi et V2 donnes
Jacob STEINER, 1796-1863, suisse, fut professeur a Berlin, on a dit de lui qu'il
etait le plus grand geometre depuis le grec Appolonius. On le retrouvera au clia-
pitre 6 avec la symetrisation de Steiner.
Constantin CARATHEODORY, 1873-1950, allemand d'origine grecque, contri-
butions en theorie de la mesure, calcul des variations et applications conformes.
Hermann Amandus SCHWARZ, 1843-1921, allemand, eleve de Weierstrass, pro-
fesseur a Gottingen et Berlin. Ses travaux portent sur les fonctions analytiques,
les equations aux derivees partielles et la theorie du potentiel. 11 est connu pour
I'inegalite de Cauchy-Schwarz ainsi que pour le theoreme de Schwarz etablissant
I'egalite des derivees secondes croisees.
Erliard SCHMIDT, 1876-1959, allemand, professeur a Berlin. Travaux en Analyse
fonctionnelle, espaces de Hilbert (on lui doit le celebre procede d'orthonormali-
sation de Schmidt) et equations integrales.
Joseph FOURIER, 1768-1830, enseignant a I'Ecole Polytechnique des 1794, Prefet
de I'lsere, puis du Rhone, elu en 1816 a I'Academie des Sciences dont il devient
bientot le secretaire perpetuel, puis a I'Academie frangaise. On lui doit (entre
autres) la modelisation mathematique de la conduction de la chaleur, avec son
celebre memoire sur la theorie analytique de la chaleur et I'introduction des series
trigonometriques - qui portent son nom -. Bien que longtemps neglige par la
communaute mathematique, il est sans doute I'un des mathematiciens les plus
cites de nos jours, voir [175].
1.2 Quelques exeinples acadeiniques 5
(i.e. i? a deux composantes connexes qui out pour volume respectif vi et
V2), la question est encore ouverte et ce n'est qu'en 1995 que J. Hass, M.
Hutchings et R. Schlafly, cf [141] et [142] out resolu le cas particulier vi = V2
en prouvant que la solution est donnee par deux morceaux de sphere separes
par un disque. Notons que cette question est tres fortement liee aux problemes
de surface minimale et de bulles de savon (voir ci-dessous). En effet la surface
d'un film de savon est d'aire minimale, pour le volume d'air qu'elle contient,
car la bulle cherche a minimiser son energie elastique qui est proportionnelle
a cette aire. Une generalisation de ces questions est evoquee ci-dessous: c'est
le cas des surfaces capillaires.
Dans les exemples qui precedent, prouver I'existence d'une solution n'est
pas toujours facile, voir par exemple I'article de F. Almgren et J. Taylor dans
[18] pour le probleme de la double bulle ou ils utilisent des outils de theorie
geometrique de la mesure. Le chapitre 4 de ce livre est consacre a la question
de I'existence d'une solution, y compris pour des problemes d'optimisation de
forme lies aux equations aux derivees partielles. Notons que dans les problemes
ci-dessus, il n'y a pas exactement unicite de la solution mais seulement unicite
a un deplacement pres.
1.2.2 S u r f a c e s m i n i m a l e s et surfaces c a p i l l a i r e s
Le probleme des surfaces minimales, qui correspond au probleme des sur-
faces d'equilibre prises par les bulles ou films de savon, est illustre dans la
section m a t h e m a t i q u e de nombreux musees des sciences de par le monde. On
se donne un cadre filiforme rigide (non planaire en general) et on le plonge
dans un bain d'eau savonneuse. La question est de determiner la forme du film
de savon qui se formera quand on remontera le cadre. Mathematiquement, cela
revient a se donner une courbe gauche 7 de M^ et I'on pent demontrer (prin-
cipe de moindre energie) que la forme prise par le film de savon correspond
a une surface S s'appuyant sur 7 et qui soit d'aire minimale. On est done en
presence d'un probleme d'optimisation de forme:
\S*\ = min{|S'|, S surface de bord 7 } ,
ou l^l designe I'aire de la surface S; on dit que S* est la surface mimmale
associee a 7. Nous demontrerons, dans un chapitre ulterieur, qu'une des ca-
racteristiques des surfaces minimales est que leur courbure moyenne est nulle
en tout point (en dehors de 7).
Le probleme des surfaces capillaires en est une generalisation. On considere
un recipient dans lequel on met un liquide. Ce liquide adhere a la parol par
capillarite et la question est de trouver la forme prise par I'interface liquide-
air (ou surface "libre" du liquide). Pour de plus amples developpements de
cette question, nous renvoyons, par exemple, au livre de R. Finn, [117]. Ma-
thematiquement, la donnee est un ouvert borne, a frontiere reguliere D de M^
correspondant a I'interieur du recipient, ainsi que le volume de liquide VQ. Si
6 1 Introduction, Exemples
on note i? I'espace occupe par le liquide, I'energie totale du systeme recipient
plus liquide est somme, d'une part de I'energie de tension superficielle qui
s'ecrit
El (Q) := Aire(5f? H L>) + cos 7 Aue{dQ H dD)
et d'autre part de I'energie potentielle de gravite
E2{(2) := - / K{x)dx
Jn
ou 7 est un angle donne et K une fonction bornee tons deux caracteristiques
du liquide ainsi que de la parol du recipient.
Le principe de moindre energie indique que la forme i? cherchee sera celle
qui minimise I'energie totale. On est done conduit au probleme d'optimisation
de forme
iam{Ei{Q) + ^ s l ^ ) , ^ C D, \Q\ = V^}.
A I'aide des outils du chapitre 5, on pent montrer que la solution du probleme
a une courbure moyenne egale a K partout sur sa surface libre (9i? H D) et
que celle-ci fait un angle 9 avec la parol du recipient.
1.2.3 P r o b l e m e s d e v a l e u r s p r o p r e s
A priori, on pent se poser un probleme d'optimisation de forme pour toute
fonctionnelle qui depend de la forme du domaine. Un autre exemple qui a
beaucoup interesse (et qui continue a interesser) les mathematiciens est celui
des valeurs propres de I'operateur Laplacien^ avec differents types de condi-
tions au bord. Faisons un rapide point sur la question qui sera de nouveau
abordee lors des chapitres 4, 5 et 6. Nous renvoyons egalement a [156], [157]
pour un point plus detaille et de nombreuses references.
Valeurs propres du Laplacien avec condition de Dirichlet
Minimiser les valeurs propres du Laplacien avec condition de Dirichlet ^ est
une longue histoire puisqu'elle remonte au grand physicien anglais Lord Ray-
leigh® qui conjectura dans son tres classique ouvrage "The theory of sound"
Pierre Simon, marquis de LAPLACE, 1749-1827, grand astronome et mathema-
ticien frangais; a fait considerablement progresse la theorie de la gravitation, la
mecanique celeste et les mathematiques associees comme les equations differen-
tielles et aux derivees partielles. On lui doit aussi des contributions remarquables
en theorie des probabilites.
Peter Gustav LEJEUNE-DIRICHLET, 1805-1859, allemand, professeur dans les
universites de Breslau, Berlin, Gottingen. Contributions en theorie des nombres,
sur les series de Fourier...et au probleme de Dirichlet.
John RAYLEIGH, 1842-1919, anglais, il etait davantage physicien que mathe-
maticien. Ses travaux porterent sur I'acoustique, I'optique et la propagation des
ondes dans les fluides. lis furent couronnes par I'attribution du prix Nobel de
physique en 1904.
1.2 Quelques exeinples acadeiniques 7
(datant de 1894) que la premiere valeur propre du Laplacien-Dirichlet devait
etre minimum, parmi les domaines plans de surface donnee, pour le disque. II
fallut attendre 1923-1924 pour que, simultanement G. Faber^, dans [115] et E.
Krahn ^'^, dans [186] et [187] prouvent cette conjecture grace a un argument de
symetrisation. Cette preuve, desormais classique, est presentee au theoreme
6.1.9 du chapitre 6. Le cas de la deuxieme valeur propre du Laplacien-Dirichlet
s'en deduit assez aisement comme le remarqua E. Krahn, dans [187] (notons
que cette remarque passa inapergue, si bien que la preuve du fait que le mini-
m u m de A2 est atteint pour la reunion de deux boules identiques est souvent
attribuee a G. Szego^^ comme le remarque G. Polya^^ dans [220]). La preuve
est elle aussi presentee au chapitre 6.
F I G . 1.1 —. Le disque minimise Ai (a gauche); deux disques identiques minimisent
A2 (au centre); le "stade" ne minimise pas A2 parmi les ouverts convexes, mais
presque! (a droite).
Tout se complique a partir de la troisieme valeur propre! Si I'existence
d'un m i n i m u m pour A3 (toujours a volume fixe) est desormais connue, (voir
Buttazzo-Dal Maso [63], Bucur-Henrot dans [56] et le chapitre 4), on ne sait
pas pour quel domaine il est atteint. On conjecture neanmoins qu'il s'agit la
encore de la boule en dimension 2 et 3 ou de la reunion de trois boules iden-
tiques en dimension TV > 4. Wolfi'et Keller out prouve dans [253] que le disque
est m i n i m u m local pour A3. Pour la quatrieme valeur propre, il est probable
que le m i n i m u m est atteint pour la reunion de deux boules (dont les rayons
sont en rapport \ ^^ en dimension 2, ou jo,i et j i 1 sont respectivement les
Georg FABER, 1877-1966, alleinand, professeur a Munich. A laisse son noin aux
polynoines perinettant de developper des fonctions analytiques dans des domaines
du plan.
Edgar KRAHN, 1894-1961, a joue un role important pour le developpement des
mathematiques en Estonie et a laisse des travaux en geometrie differentielle, pro-
babilite, dynamique des gaz et elasticite.
Gabor SZEGO, 1895-1985, hongrois, a enseigne en Allemagne, puis aux Etats-
Unis; travaux sur les polynomes orthogonaux et les matrices de Toeplitz
Gyorgy POLYA, 1887-1985, d'origine hongroise, naturalise americain, a enseigne
a Zurich avant d'emigrer aux Etats-Unis; est connu pour ses travaux en theorie
des nombres, analyse fonctionnelle et statistique.
8 1 Introduction, Exemples
premiers zeros positifs des fonctions de Bessel^^ Jo et J i ) , cf Figure 1.2. Au
vu des precedents resultats, P. Szego avait cru pouvoir conjecturer que le mi-
n i m u m pour n'importe quelle valeur propre du Laplacien-Dirichlet devait etre
atteint pour une boule on une reunion de boules. Or cette conjecture s'avere
fausse: Wolff et Keller ont remarque que pour la treizieme valeur propre, le
carre est meilleur que n'importe quelle reunion de disques de meme volume!
Des essais numeriques, cf [213] et Figure 1.2, suggerent d'ailleurs que, des la
cinquieme valeur propre, le m i n i m u m n'est plus a chercher parmi les boules
ou reunions de boules. P a r m i les rares resultats positifs dans ce contexte,
citons encore celui d'Ashbaugh et Benguria qui resolverent ainsi une conjec-
ture de Payne-Polya-Weinberger: la boule realise le m i n i m u m du quotient -—,
(cf [23]). La liste des problemes ouverts est beaucoup plus impressionnante.
F I G . 1.2 —. Le disque minimise probablement A3 (a gauche); deux disques qui
minimisent probablement A4 (au centre); un domaine candidat pour minimiser A5
(a droite).
Nous en enongons quelques-uns ci-dessous; pour d'autres problemes et une
bibliographic complete, nous renvoyons a [22], [156], [215], [216], [233], [254],
[255].
Probleme ouvert 1. Prouver qu'il existe un m i n i m u m pour A^^, parmi les ou-
verts de volume donne. Le theoreme de Buttazzo-DalMaso, [63] qui sera
demontre au chapitre 4 prouve ce resultat uniquement pour des quasi-
ouverts confines (c'est-a-dire inclus dans un ouvert borne fixe D). La
technique de concentration-compacite utilisee dans [56] pour trailer le cas
d'ouverts non confines permet de prouver I'existence d'un m i n i m u m pour
A;^ pourvu qu'on ait au prealable prouve I'existence d'un m i n i m u m b o r n e
p o u r Xk^k — l . . . n — 1.
Probleme ouvert 2. Soil D un ouvert fixe. D'apres le theoreme de Buttazzo-
DalMaso (voir theoreme 4.7.6 et corollaire 4.7.12 ou [63]), le probleme
min{Ai(f?), Q CD,\Q\^ A (donne)}
^^ Friedrich Wilhelm BESSEL, 1784-1846, ne en Westphahe. Astronome et geode-
siste avant tout, il introduit les fonctions qui portent son noin pour etudier le
mouvement a trois corps.
1.2 Quelques exeinples acadeiniques 9
possede toujours une solution qui est a priori un quasi-ouvert (cf Defini-
tion 3.3.38). Dans [148], M. Hayouni prouve qu'il existe toujours un ouvert
solution. En fait, si D est connexe, tout m i n i m u m est un ouvert [49] et
il est regulier [48] (si D n'est pas connexe, on construit facilement des
situations pathologiques, cf. Exercice 4.10). Bien stir, si la constante A est
suffisamment petite pour que la boule de volume A soit contenue dans D^
alors elle est solution du probleme. Le cas interessant est done celui ou la
boule de volume A est "trop grosse" pour tenir dans D. Dans ce cas, le
m i n i m u m i?* va venir toucher le bord de D. En effet, si ce n'etait pas le
cas, en supposant i?* suffisamment regulier pour pouvoir faire un calcul
de derivee comme au chapitre 5, on prouverait que la derivee normale de
la premiere fonction propre est constante sur le bord de i?*. Mais alors, le
theoreme de Serrin cf [237], voir aussi 6.1.11, prouverait que i?* est une
boule. Le bord de i?* est done constitue de parties qui sont situees sur
le bord de D et de parties libres. On pourrait se demander si les parties
libres sont constituees de morceaux de sphere. II n'en est rien comme c'est
prouve dans [159]. Elles sont regulieres en dimension deux [48]. On pent
se demander si i?* est convexe quand D Test.
Probleme ouvert 3. Prouver que parmi les polygones a n cotes d'aire donnee,
Ai est m i n i m u m pour le polygone regulier. On sait le faire dans les cas
n = 3 et n = 4 (c'est un exercice elementaire utilisant la symetrisation
de Steiner), mais pour n > 5 cette technique ne marche plus puisque la
symetrisation de Steiner augmente le nombre de cotes!
Probleme ouvert 4. Prouver que A3 est m i n i m u m (toujours parmi les ouverts
de volume donne) pour une boule en dimension 2 ou 3, pour la reunion
de trois boules identiques en dimension superieure ou egale a 4.
Probleme ouvert 5. Prouver que A4 est m i n i m u m (toujours parmi les ouverts
de volume donne) pour la reunion de deux boules en dimension 2 ou 3.
Probleme ouvert 6. Le m i n i m u m de A2 etant atteint pour la reunion de deux
boules identiques, il est tentant de vouloir considerer le cas d'ouverts
connexes: le m i n i m u m de A2 parmi les ouverts connexes de volume donne
est-il atteint? On voit facilement que la reponse est non. Si on considere
I'ouvert i?j forme par la reunion de deux boules jointes par un tuyau
tres fin d'epaisseur £, un argument simple de 7-convergence (cf chapitre
3) permet de prouver que les valeurs propres de i?^ convergent, quand
£ ^ 0, vers les valeurs propres des deux boules. Ainsi I'infimum de A2 est
le meme, qu'on rajoute I'hypothese de connexite ou non et il est facile de
voir alors qu'il n'est pas atteint par un ouvert connexe.
En revanche, si on se pose la meme question dans le cadre c o n v e x e , le
probleme redevient interessant. S'il est facile de prouver I'existence d'un
m i n i m u m (voir par exemple [92]), il est beaucoup moins facile de I'identi-
fier. On a pense un moment que le m i n i m u m etait atteint pour le convexe
le plus proche de deux boules, c'est-a-dire le "stade", enveloppe convexe
de deux disques identiques tangents (comme une piste d'athletisme), cf
10 1 Introduction, Exemples
Figure 1.1. Dans [159], on refute cette conjecture. On montre neanmoins
que I'ouvert optimal a une forme assez proche de celle du stade puisqu'il
possede sur son bord deux segments et que ceux-ci sont paralleles. Mais,
il n'est pas facile de bien ridentifier, ni meme de montrer qu'il possede un
ou deux axes de symetrie!
Valeurs propres du Laplacien avec d'autres conditions au bord
Le probleme de minimisation des valeurs propres du Laplacien-Neumann
sous contrainte de volume n ' a guere d'interet. En effet, si on considere un
rectangle tres etire ]0,L[x]0,/[, on pent toujours s'arranger en choisissant L
assez grand pour que la n-ieme valeur propre du rectangle soit p.^ — rl ^ •
On voit done, en faisant tendre L vers Tinfini, que r i n f i m u m d e fin est toujours
0. II est d'ailleurs atteint pour n'importe quel ouvert s'ecrivant comme la
reunion d'au moins n composantes connexes disjointes. Si on veut retrouver
un probleme interessant avec les valeurs propres du Laplacien-Neumann, on
pent se poser la probleme de la m a x i m i s a t i o n des valeurs propres parmi les
ouverts de volume donne. Ainsi G. Szego en dimension 2, puis H. Weinberger
en dimension quelconque, ont prouve dans [247] et [251], voir aussi [233], que
le m a x i m u m de //2 est atteint pour la boule. Plus generalement, I'existence
d'un ouvert convexe qui maximise la n-ieme valeur propre fin (a volume fixe)
est prouvee par S. Cox et M. Ross dans [93].
La aussi la question d'identifier ce m a x i m u m pour n > 3 reste complete-
ment ouverte.
Si on considere maintenant la "troisieme condition au bord" ou condition
de Fourier ou de Robin du type (1 — c i ) | ^ + au = 0 sur le bord de i?, on
retrouve alors en dimension 2 un resultat similaire a I'inegalite de Rayleigh-
Faber-Krahn: le disque minimise la premiere valeur propre du Laplacien avec
cette condition au bord, (cf la these de M.H. Bossel, [41]).
P l a c e m e n t optimal d'un obstacle
On se donne un ouvert i? fixe dans M ^ et un trou uj dont seule la forme
est fixee (on pourra par exemple considerer un trou circulaire ou cu est un
petit disque).
II s'agit de placer le trou cu dans I'ouvert i? de fagon a maximiser ou
minimiser la premiere valeur propre du Laplacien avec condition de Dirichlet
Xi{Q\(jj). L'intuition qu'on a est que, pour minimiser Ai(i?\c<;), le trou cu doit
venir sur le bord de i?, tandis que pour la maximiser, cu doit venir se localiser
le plus au "centre" possible. Le probleme de maximisation a ete etudie par
J. Hersch dans [168]. II montre que, parmi tons les domaines plans annulaires
d'aire A dont les bords exterieurs et interieurs ont des longueurs respectives
L et LQ verifiant L'^ — L^ — ATTA^ celui qui maximise la premiere valeur propre
du Laplacien-Dirichlet est I'anneau situe entre deux disques concentriques.
1.2 Quelques exeinples acadeiniques 11
Curieusement, ce resultat a ete retrouve par la suite par plusieurs auteurs: E.
Harrel, P. Kroger et K. K u r a t a [138]; voir aussi S. Kesavan [182]. On peut
egalement se poser la meme question avec un trou de forme non fixee, mais
de mesure donnee.
F I G . 1.3 —. La position du trou qui maximise Ai(i7 \ a;) (a gauche); une position
qui minimise Ai(i7 \ a;) (a droite).
Valeurs propres d'autres operateurs
On peut considerer le meme type de questions pour d'autres operateurs
que le Laplacien. De celebres problemes et conjectures concernent par exemple
le bi-Laplacien A^ = A{A).
La plaque encastree. II s'agit de minimiser la premiere valeur propre r{Q) du
probleme
{ A^u = r{Q)u dans Q
i/ = 0
f^ = 0
sur 5f?
sur dQ
(1.5)
La encore, Lord Rayleigh avail conjecture que, pour la premiere valeur
propre de ce probleme, le m i n i m u m (parmi les ouverts de volume donne)
etait atteint par la boule. G. Polya et G. Szego out reussi a en donner une
preuve en supposant de plus que la fonction propre associee etait positive
(ce qui n ' a aucune raison d'etre le cas pour le bi-Laplacien qui ne satisfait
pas le principe du m a x i m u m ) . Recemment cette conjecture a ete prouvee
par N.S. Nadirashvili, pour la dimension 2 dans [209] et par M. Ashbaugh
et R. Benguria pour la dimension 3 dans [24]. Le probleme reste ouvert
en dimension TV > 4.
La plaque gauchie (ou b u c k l i n g p r o b l e m ) . II s'agit de minimiser la premiere
valeur propre A{Q) du probleme
{ -A^u = A{Q)Au dans Q
i/ = 0
1^ = 0
sur 5f?
sur dQ
(1.6)
on
Cette fois, c'est G. Polya et G. Szego qui out conjecture que, pour la pre-
miere valeur propre de ce probleme, le m i n i m u m (parmi les ouverts de
12 1 Introduction, Exemples
volume donne) etait une fois de plus atteint par la boule. La aussi, ils out
pu le prouver en supposant que la fonction propre associee etait positive.
Le probleme reste ouvert dans toute sa generalite. H. Weinberger et B.
Willms ont trouve une elegante preuve en dimension 2, mais en supposant
de plus qu'il existait un m i n i m u m et que celui-ci etait regulier. M. Ash-
baugli et D. Bucur ont partiellement rempli le fosse restant a franchir en
prouvant I'existence d'un ouvert minimisant A{Q).
1.3 Exemples plus appliques
1.3.1 F o r m a g e e l e c t r o m a g n e t i q u e d ' u n j e t d e m e t a l l i q u i d e
On considere un jet de metal liquide qui tombe dans un champ electroma-
gnetique cree par un courant alternatif parcourant des conducteurs verticaux
(cf figure 1.4). On veut determiner la forme prise par une section horizontale
du jet (le probleme est suppose localement invariant par translations verti-
cales): c'est done la aussi un probleme a frontiere libre. Celle-ci est en equilibre
sous Taction des forces electromagnetiques creees par le champ magnetique
total, des forces de tension superficielle et des differences de pression existant
entre I'interieur du liquide et I'exterieur.
conducteun
V
o
F I G . 1.4 —. Colonne de metal liquide entre des fils conducteurs (a gauche) sa
section horizontale (a droite)
L'hypothese d'invariance verticale locale permet de considerer un modele bi-
dimensionnel. Nous supposons la frequence du courant impose sufhsamment
1.3 Exeinples plus appliques 13
grande pour utiliser un modele magnetostatique portant sur les valeurs effi-
caces des diverses grandeurs en jeu. Nous renvoyons a [160], [161] pour da-
vantage de details et une etude m a t h e m a t i q u e du probleme et a [89] et [217]
pour une etude et des exemples numeriques.
Notant i? la section horizontale du jet (qui est done la zone occupee par
le metal liquide, cf Figure 1.4), le champ magnetique total B est solution des
equations de Maxwell ^^:
{ r o t B = //ojo dans i?^
divB = 0 d a n s i ? ^
B.n = 0 sur 5i?
(1.7)
ou fiQ = 47rlO~^ est la permeabilite magnetique du vide, jo = (0,0, jo) est
le vecteur densite de courant (vertical) et n la normale exterieure a i?. La
relation div B = 0 implique que le champ B derive d'un potentiel, c'est-a-dire
que B pent s'ecrire
B = I -% I (1-8)
OU i/j est une fonction definie sur i?^ et bornee a Tinfini {I/J est evidemment
definie a une constante pres). De plus la relation B . n = 0 sur 9i? montre que
i/j est constante sur 9i? et puisque I/J est definie a une constante pres, on pent
toujours choisir ^^ = 0 sur 9i? si bien que le systeme (1.7) devient
{ —A'ip = fiojo
^ = 0
'ip bornee a I'infini.
dans i?^
sur dQ (1.9)
Dans ce cas, I'energie electromagnetique pent s'ecrire
Ji(f?):=-^/ \V^{x)fdx-[ jo^{x)dx (1.10)
et I'energie de tension superficielle
J2(f?) := r / ds = TP{Q) (1.11)
Jan
ou r > 0 est une constante caracteristique du metal (et qui depend aussi de
la temperature) appelee constante de tension superficielle. L'energie totale est
done
J(f?) = Ji(f?) + J 2 ( ^ ) = 7 7 ^ / \Vi;{x)\^dx- j joi^{x)dx + TP{[2),
^f^o J no JQC
(1.12)
James Clerk MAXWELL, 1831-1879, physicien et inatheinaticien ecossais a qui
I'on doit les equations de I'electroinagnetisine.
14 1 Introduction, Exemples
avec i/j solution de (1.9). Compte-tenu du fait que la surface de la section de
metal liquide est imposee, la recherche de la position d'equilibre correspond
done a la minimisation de la fonctionnelle energie J:
mm{J{Q); \Q\ = So}- (1.13)
R e m a r q u e : Get exemple est typique de nombreux problemes d'optimisation
de forme ou la fonctionnelle a minimiser a une expression du type
J{^) = F{^,^o) (1.14)
OU i/jQ est la solution d'une equation aux derivees partielles posee sur i?.
1.3.2 O p t i m i s a t i o n d ' u n a i m a n t
Dans certains systemes electroniques (systeme d'injection dans une voiture
par exemple), on pent trouver I'appareillage represente a la Figure 1.5. II s'agit
d'un aimant situe en face d'une roue dentee. Le champ magnetique cree par
I'aimant est evidemment different suivant que c'est une roue ou un creux de la
roue dentee qui se trouve en face de I'aimant. Une petite sonde, placee entre
I'aimant et la roue dentee, mesure cette difference de champ magnetique. Pour
rendre le systeme plus fiable, il convient de donner a cette difference la plus
grande valeur possible. Pour ce faire, on pent agir sur la forme de I'aimant.
On note i?o I'aimant, FQ son bord, S la sonde, K^ (resp. A"^) designe la roue
Q. Q.
z=z^ z=z^
Sa Sa
F I G . 1.5 —. L'aimant en face d'une dent (a gauche), en face d'un creux (a droite)
dentee, quand une dent (resp. un creux) est situe(e) en face de I'aimant. On
1.3 Exeinples plus appliques 15
notera (2^ et (2^ le complement aire dans M^ de K^ et K^. On introduit (p^
(resp. (p^) le potentiel magnetique scalaire dans chacune des situations, (p^
se calcule en resolvant le probleme exterieur :
{ —Ap^
p^
= LQ
= 0
dans (2^
suvdQ^ (1.15)
p^{X) -^ 0 q u a n d | X | -^ +CXD
ou LQ est la forme lineaire sur HQ[(2^) definie par:
< Lo,w >:= / [Link] (1.16)
JTO
(ici M o designe le vecteur aimantation, n est le vecteur normal exterieur a FQ).
II s'agit alors de trouver la forme de I'aimant qui maximise la fonctionnelle:
J(f?o) = 11^ |V^^(X)p - |V^^(X)p dX. (1.17)
Ce probleme a ete I'objet d'une these industrielle, le lecteur interesse pourra
consulter les resultats dans [167].
1.3.3 S e g m e n t a t i o n d ' i n i a g e s
Le but est ici de "segmenter" une image, c'est-a-dire de determiner des
"contours" a I'interieur desquels I'image est d'une intensite (on dira un niveau
de gris) a pen pres homogene (constante dans le meilleur cas). Les domaines
d'application sont par exemple I'imagerie medicale ou spatiale.
Mathematiquement, la donnee d'une image pent etre la donnee de D un
ouvert borne de M^ (par exemple un carre) et de g{x^ y) une fonction definie
sur L* et a valeurs dans [0, 1] qui s'appelle "le niveau de gris": on associe a
chaque point de I'image (a chaque pixel en realite) un nombre compris entre
0 et 1 (plus I'image est pale en ce point, plus ce nombre est proche de 0 et
inversement pour la valeur 1- il s'agit, bien stir, ici d'images en noir et blanc-
). On veut alors determiner un ensemble de contours K C D^ ou K est un
compact (typiquement une reunion de courbes) et une fonction i/ : L* i-^ [0, 1]
satisfaisant aux criteres suivants:
- u est voisin de ^,
- u est reguliere et varie pen a I'interieur de chaque composante connexe de
D \ K (au mieux, elle serait constante),
- la longueur totale de K doit rester petite (sinon il y aurait decomposition
de I'image en un trop grand nombre de petits morceaux).
Une modelisation, proposee par Mumford et Shah en 1985, consiste a mi-
nimiser la fonctionnelle
J{K,u):^a / {u-gfdx^h / |Vi/(a^)p da^ + c "Longueur" (A^) (1.18)
JD JD\K
16 1 Introduction, Exemples
parmi les fermes K C D et les fonctions u G H^{D \ K). Dans (1.18), chaque
integrale correspond clairement a Tun des criteres definis precedemment et
les constantes positives a,b,c sont la pour donner plus de poids a Tun on a
I'autre de ces criteres. Le terme "Longueur" est un pen vague, tout depend
bien stir de la classe des contours admissibles consideres (arcs rectifiables,...).
II pourra etre remplace, pour plus de generalite, par la mesure de Hausdorff ^^
monodimensionnelle (voir chapitre 3). Cette fonctionnelle a donne lieu a de
nombreuses recherches. On pent citer par exemple comme point de depart
pour une recherche bibliographique [8], [39], [200] ainsi que [104], [105], [107],
[191] et le livre de G. David [106] pour les questions de regularite et [42], [44],
[73] pour diverses approches numeriques.
1.3.4 I d e n t i f i c a t i o n d e fissures o u d e d e f a u t s
Un enjeu important dans le controle non destructif de structures ou de
materiaux reside dans la possibilite de detecter d'eventuels defauts (fissures,
fractures par exemple) a I'interieur d'un materiau ou d'un systeme. En general,
I'interieur du materiau est inaccessible et il s'agit d'identifier les defauts a
partir d'observations effectuees sur le bord du domaine.
Un modele possible consiste a utiliser les proprietes de conduction du ma-
teriau (en thermique ou en electricite). Notons i? le materiau; si 7 designe la
fissure (inconnue), on pent imposer un fiux / sur le bord de i?, la temperature
(ou le potentiel) u^ est alors solution de
Au^i = 0 dans f ? \ 7
dn
sur 7 (1.19)
dn '' sur dn.
On mesure maintenant u^ = g sur une partie du bord ou sur tout le bord
et, a I'aide de cette mesure, on cherche a reconstituer la fissure. On pent voir
cela comme un probleme d'optimisation de forme (c'est en realite un probleme
inverse geometrique), car pour determiner 7, on pent chercher a minimiser la
fonctionnelle
J{j) = / [u^ - gf dx .
Jdn
Mathematiquement, plusieurs questions peuvent se poser:
- L'identifiabilite: c'est un probleme d'unicite, il s'agit de savoir si pour des
donnees / et ^, il y a une seule fissure 7 qui pent convenir.
- L'identification: c'est la question de I'existence d'une telle fissure. Quelle
est la classe des fonctions g qui correspondent a une telle situation? Pour
d'autres types de problemes, de quelles donnees et mesures a-t-on besoin
pour identifier I'inconnue?
Felix HAUSDORFF, 1868-1942, alleinand, a enseigne a Leipzig, Greisswald,
Bonn. Celebre pour ses apports en axioinatique de la topologie et a la theorie
des espaces inetriques.
1.3 Exeinples plus appliques 17
- La sensibilite vis-a-vis des donnees est une question cruciale. Dans les
problemes inverses, on a souvent un tres mauvais comportement de la
solution vis-a-vis de perturbations sur les donnees. Du coup, la mise en
oeuvre numerique s'avere souvent tres delicate.
On pent imaginer d'autres types de problemes et de modeles dans le meme
esprit. II pent s'agir par exemple de detecter des nappes de petrole (ou de
mineral) dans le sous-sol grace a une technique analogue. Dans ce cas, I'in-
connue geometrique n'est plus une fissure, mais il faut identifier les differentes
couches du sous-sol, via leurs differentes conductivites. C o m m e introduction
a ces sujets, on pourra consulter par exemple [9], [21], [40], [51], [121], [123].
1.3.5 P r o b l e m e s d e r e n f o r c e m e n t o u d ' i s o l a t i o n
Considerons un corps conducteur i?; on souhaite entourer ce corps (ou
seulement une partie de son bord) par un isolant de maniere a ameliorer ses
performances. On note sh{x), x G 9i?, I'epaisseur d'isolant au-dessus du point
X du bord, voir Figure 1.6. On pent introduire
rs{h) = {x -\- Sh{x)n{x), x G 9i?, 0 < S < s, {n{x) normale au point x)}
et on notera f2£{h) = i? U rs{h). S'il s'agit par exemple d'un probleme d'iso-
FiG. 1.6 Renforcement
lation thermique, on pent considerer que le conducteur i? a une conductivite
egale a 1, tandis que la couche isolante a une faible conductivite s (ce n'est
pas genant de prendre le meme parametre que dans la definition de la couche
isolante: cela revient a normaliser la fonction h).
18 1 Introduction, Exemples
On pent considerer plusieurs problemes d'optimisation. Par exemple, on
pent se donner une source de chaleur / , calculer la temperature u a Tinterieur
de f2£{h) qui est solution du probleme suivant ou xo designe la fonction
caracteristique de i?:
-div [{xn + ^(1 - Xn)) Vi/] = / dans Q,{h) . .
i/ = 0 sur5a(/i). ^ ^ ^
II faut alors choisir la couclie d'isolant, c'est-a-dire /z, pour maximiser la cha-
leur totale
J{h) — I f{x)u{x) dx
avec u solution de (1.20). Si on veut une action plus independante des sources
de chaleur possibles, on pent aussi poser le probleme en terme de valeurs
propres. Designons par X{Q,s,h) la premiere valeur propre du probleme:
-div [{xn + ^(1 - xn)) ^<f>] = A(f?, s, h)<f> dans a (h) . .
<f) = 0 sur5a(/i) . ^ ^ ^
Cette valeur propre determine le t a u x avec lequel a ( ^ ) dissipe la chaleur et
done fournit une bonne mesure de la qualite de I'isolation. On est alors conduit
a rechercher h qui m i n i m i s e A(i?, s, h). Remarquons que, dans la litterature,
c'est surtout le cas limite £ ^ 0 qui a ete etudie. A. Friedman montre, en
particulier, que \{Q^e^h) converge, quand £ ^ 0 vers la plus petite valeur
propre du probleme de type Robin:
-M = C<f^ dans i?
+ /,M = 0 s u r 5 f ? . ^^-^^^
' on
Nous renvoyons a [91] pour une etude du probleme de recherche du h optimal
dans ce contexte et a [62] pour I'etude du probleme d'optimisation associe
a (1.20). On pourra aussi consulter [1], [230], [43] et les references que ces
articles contiennent pour d'autres problemes de renforcement.
On pent egalement considerer le meme type de probleme en acoustique.
Par exemple, on recherche la couche d'isolant a mettre sur la parol d'une
piece pour ameliorer les performances acoustiques. II pent s'agir d'une salle
de concert ou d'un amphitheatre et, dans ce cas on voudra une tres bonne res-
titution du son dans une partie de la piece. On pent aussi considerer le cas d'un
vehicule (voiture, avion) ou d'une habitation a proximite d'une source de bruit
(autoroute par exemple) et il s'agira alors de limiter au m a x i m u m le bruit.
On le voit, les criteres peuvent etre differents, mais les techniques m a t h e m a -
tiques peuvent egalement varier. On pent choisir de travailler en temporel, par
exemple avec I'equation des ondes, ou en frequentiel, par exemple avec I'equa-
tion d'Helmholtz ^^. Pour fixer les idees, reprenons le probleme de la voiture.
Hermann von HELMHOLTZ, allemand, 1821-1894. Philosophe et physicien, il a
travaille sur la propagation des ondes acoustiques.
1.3 Exeinples plus appliques 19
La source de bruit / est, par exemple, le moteur et a pour support un com-
pact C (voir Figure 1.7). On represente I'liabitacle du vehicule par la region
F I G . 1.7 —. Isolation phonique d'un vehicule
D et I'ensemble du vehicule par i?. On cherche quelle pent etre la meilleure
couclie d'isolant cu a coller sur le plafond du vehicule (on dispose d'une quan-
tite d'isolant donnee). En temporel, un modele tres simple consiste a resoudre
le probleme des ondes avec condition absorbante sur la parol isolante:
5 ^
Au = / dans]0,T[xf?
du
u{0,x) = 0 {{),x) = 0 dans Q
'di
du
+ au — 0 sur dio ( condition absorbante)
dn
du
= 0 sur df2 \ dio condition reflechissante.
dn
On pent alors rechercher LO de fagon a minimiser la fonctionnelle
J{io) ••= \u{t,x)\'^dtdx .
Jo JD
Le passage en frequentiel a pour objet de tacher de rendre le probleme plus
independant de la source de bruit et du temps. II pourra s'agir, par exemple
d'agir sur quelques frequences propres particulierement desagreable pour I'o-
reille. Par exemple, on pent rechercher cu pour qu'il n'y ait aucune frequence
dans une plage de valeurs donnee.
1.3.6 M e l a n g e d e m a t e r i a u x et o p t i m i s a t i o n d e s t r u c t u r e s
En mecanique des structures ou en thermique, on est souvent confronte a la
situation suivante: on dispose de deux (ou plusieurs) materiaux aux proprietes
20 1 Introduction, Exemples
mecaniques ou thermiques differentes, Tun des materiaux pouvant d'ailleurs
etre I'air ou le vide, et on cherche a fabriquer un materiau composite ayant
les meilleures proprietes possibles. Par exemple, en thermique, si les deux
materiaux ont pour conductivite respective a et /?, on notera A (resp. Q\A)
la partie du corps occupee par du materiau de conductivite a (resp. /?). La
conductivite de i? pent done s'ecrire
a{x) = axA{x) + /?(1 - XA{X)) (1.24)
ou XA designe la fonction caracteristique de A. Pour calculer la temperature
u a I'interieur de i?, on est amene a resoudre I'equation
-div(a(a?)Vi/) = / dans i?
(1.25)
1/ = 0 sur do.
II s'agit maintenant de minimiser une fonctionnelle du type
J(A) := / g{x,u{x)) dx-\- / h{x, u{x)) dx . (1.26)
JA Jn\A
Ce probleme sera etudie au chapitre 7: il conduit en general a utiliser une
forme relaxee et des techniques d'homogeneisation, car tel quel il ne possede
pas de solutions classiques.
Dans le meme ordre d'idees, les travaux en mecanique des structures sont
tres nombreux. Un exemple de probleme modele est le suivant. On cherche
a fabriquer une structure de rigidite maximale ou de poids minimal (pylone
electrique par exemple). Cette structure est contenue dans un ouvert i? de
M qui est soumis a des conditions aux limites particulieres, par exemple
une partie dOjy de son bord est soumis a un force de surface / , tandis que
sur I'autre partie dOo, on impose un deplacement nul. La structure cherchee
(jj est un materiau elastique qui est done un sous-ensemble de i? obtenu a
partir de celui-ci en enlevant un certain nombre de trous (sur le bord de ces
trous on m e t t r a une condition au bord de traction nulle). On suppose que le
comportement elastique de cu est gouverne par un tenseur isotrope A et on
ecrit le systeme de I'elasticite:
a = Ae{u), e{u) = (Vi/ + V^i/)/2, diver = 0 dans cu . .
1/ = 0 sur 9i?£>, (J ' n — f sur 9i?L, cr • n = 0 sur dio \ dQ.
Une bonne mesure de la rigidite de la structure est donnee par sa compliance
definie par:
/ • ! / = / Ae{u) • e{u) = / A " V • cr. (1.28)
II s'agit alors de maximiser C{LO) a volume fixe (ou de minimiser le volume a
C{LO) fixe). La figure 1.8 (aimablement communiquee par G. Allaire) illustre
1.3 Exeinples plus appliques 21
F I G . 1.8 —. Tetrapode: conditions aux limites (a gauche), forme optimale relaxee
(au milieu), forme optimale penalisee (a droite).
bien ce type de probleme. L'une des difficultes majeures de ce type de pro-
bleme est que la topologie de la structure cherchee est inconnue a priori^ ce
qui rend inefficace les methodes de calcul usuelles reposant sur la derivee par
rapport au domaine presentee au chapitre 5. De plus, il n'existe pas en general
de solution classique, c'est-a-dire de structure c<;* optimale. Heuristiquement,
on s'en convainc en verifiant qu'on pent ameliorer une structure donnee en
remplagant un gros trou par beaucoup de petits trous, ce qui ameliore la rigi-
dite, voir section 4.2. C'est pourquoi, dans ce type de problemes, les methodes
issues de I'homogeneisation vont trouver toute leur force. Les premiers travaux
dans ce domaine sont ceux de Murat et Tartar [207], Cherkaev et Lurie [79],
[80], Kohn et Strang [185]. De nombreux travaux ulterieurs ont montre I'efh-
cacite de ces methodes pour des problemes concrets, citons par exemple [14],
[15], [32]. Nous renvoyons a [12] et les references qu'il contient pour davantage
de details.
1.3.7 E x e m p l e s e n a e r o n a u t i q u e
Historiquement, I'aeronautique est sans doute le domaine industriel qui a
ete le plus concerne par I'optimisation de forme. P a r m i les problemes qui ont
ete tres etudies, on pent citer
- optimisation du profil d'une aile pour ameliorer la penetration dans I'air
(voir ci-dessous) ou la portance
- tentative de rendre les avions moins bruyants (en particulier les avions
supersoniques)
- recherches sur les avions furtifs (ou sur les sous-marins).
Dans ce dernier cas, on veut rendre I'avion le plus invisible possible pour les
radars ennemis. On pent, pour cela, bien stir jouer sur la forme de I'avion,
mais aussi sur I'epaisseur et la nature de la couche de peinture: on rejoint la
les problemes de renforcement ou d'isolation traites au paragraphe 1.3.5.
22 1 Introduction, Exemples
Explicitons par exemple ce que peut etre le probleme d'optimiser le profil
d'une aile d'avion. On trouvera davantage de details dans [218]. On introduit
la trainee T d'une aile A comme etant la quantite
fi{Vu + Vi/ ) — divi/ Pn (1.29)
r A
ou u est la vitesse du fluide, // sa viscosite, P sa pression, ces quantites se cal-
culant en resolvant les equations de Navier-Stokes compressibles dans le com-
plementaire du domaine occupe par Tavion. On peut chercher, par exemple,
a minimiser T^oo ou I/QO est la vitesse de I'aile dans le fluide. Le probleme
est tres difficile, a la fois theoriquement et numeriquement (nombre de Rey-
nolds ^^ eleve, tourbillons, equations de Navier^®- Stokes ^^ 3-D sur domaine
non borne,...). Outre le livre de Pironneau deja cite, on pourra consulter [173],
[198], [199].
Osborne REYNOLDS, 1842-1912, ingenieur britannique, connu pour ses travaux
en hydrodynamique, en hydraulique et en theorie de la lubrification.
Claude NAVIER, 1785-1836, a professe a I'Ecole Polytechnique et a I'Ecole des
Fonts et Chaussees; il a laisse son nom en mecanique des fluides.
George STOKES, 1819-1903, physicien et raatheraaticien britannique; on lui doit
de nombreuses contributions aux equations aux derivees partielles pour la meca-
nique des fluides.