Élevage bovin et fourrages au Sud Kivu
Élevage bovin et fourrages au Sud Kivu
L’élevage constitue une part substantielle du produit intérieur brut, représentant environ un
tiers de la production agricole (FAO, 2022). L’élevage contribue aux moyens d’existences
d’environ 70% des populations rurales pauvres dans le monde. L’augmentation de la demande
de protéines animales dans les pays à faible et moyens revenus offre aux pauvres ruraux une
opportunité d’améliorer leurs moyens de subsistance (FAO, 2013). Par rapport aux autres
animaux laitiers, les bovins présentent de nombreux avantages en termes de facilité de traite,
de la taille de la mamelle, de capacité de stockage du lait, et de rendement laitier, en fait le lait
de vache constitue la plus grande part de la production mondiale de lait (FAO, 2022).
Mais cet élevage n’est pas une réussite dans la région subsaharienne de l’Afrique suite au
contraire qui lui est liées comme la faible fertilité des sols, la présence des maladies et
ravageurs ; l’absence des pâturages et les pathologies animales qui conduisent à la faible
productivité animale (Zamukulu et al., 2019).
Dans notre système, le peu d’espace qui nous reste pour le pâturage doit être bien entretenue ;
Au sud Kivu quelques études ont été mise en œuvre pour installer les cultures fourragères. A
titre d’exemple : En 2019, Zamukulu et al travaillé à Mushinga dans l’est de la RDC sur le
contrainte et opportunité de l’intégration agriculture élevage. En 2013, Civava et al travaillé
dans le milieu montagneux sur l’amélioration des agrosystèmes intégrant les haricots
communs. En 2013, WW et al., travaillé dans le secteur de Baraka Fizi sur La gestion durable
de la fertilité du sol dans un système agro-pastoral.
Après des expériences menées dans des petites parcelles des paysans, les résultats ont été bon
pour certaines espèces et pour d’autres ils n’ont pas résisté car ils ont fait l’objet des maladies,
des attaques des ravageurs et n’ont pas résisté après deux fauches successives (niébé). Les
espèces ayant eues un bon rendement moyen en feuilles dans tout le lieu de l’expérimentation
sont le Desmodium Sherleaf et lesstylosenthes. (Musale et al., 2011). Dans la plaine de la
Ruzizi, plusieurs initiatives de vulgarisation ont été menées pour introduire des fourrages
améliores dans l’alimentation des bovins, notamment à travers les projets PICAGL et
PADANE appuyer par la Banque mondiale, la FAO, et des ONG. Ces programmes ont
diffuser des espèces telles que brachiaria brizantha, Pennisetum purpureum et Stylosanthes
guianensis, accompagnées de formations sur la culture et la conservation des fourrages
(Mubalama et al., 2020 ; PICAGL., 2021 ; Mugisho et al., 2017).
Cependant, ces études se sont déroulées il y a des années et ces projets ont pris fin. C’est dans
ce contexte qu’il convient d’évaluer la durabilité et la pérennisation
Hormis l’introduction, la conclusion et les annexes, ce travail est subdivisé en trois grandes
parties dont la revue de la littérature, le matériel milieu et méthodes, et les résultats et la
discussion.
Chapitre 1. REVUE DE LA LITTERATURE
Les pâturages tropicaux sont constitués par des formations végétales naturelles où les
herbivores consomment, à leur gré, certaines espèces ou même certains organes de plantes.
L'étude d'un pâturage est d'abord un inventaire des espèces végétales, une appréciation de leur
production potentielle en fourrage, et de leur réaction au facteur « broutage » (Cesar et al.,
2004)Le pâturage est une communauté végétale en équilibre instable sous l'influence de
divers facteurs et des interactions des divers éléments de la stratification des végétaux en
présence(Abdoulaye et al., 2005) ; il produit de la matière végétale dont une partie est
consommable par un ou plusieurs herbivores considérés. Les pâturages tropicaux sont
généralement pauvres en termes de sol et de valeur bromatologique des espèces qui s’y
trouve, comme c’est le cas des graminées(Ammar, 2007) ; les graminées tropicales ont une
valeur bromatologique médiocre comparées à celle des régions tempérées, car elles poussent
naturellement dans sélection ni amélioration de la part de l’homme, elles sont riches en
cellulose(Ba, 2020).
Les relations animal-plante sont régies par un ensemble de conditions dont la connaissance est
indispensable pour assurer un rendement satisfaisant du système plantes(Chapman, D.F et al.,
2018). Les pâturages présentent une productivité potentielle utilisable par l'animal dont la
connaissance est essentielle pour éviter des ruptures d'équilibre du système plantes-animaux
Le climat a une influence prépondérante sur la vie des plantes tant par la pluviosité. Dans la
région tropicale les températures sont assez élevées, les herbes croissent rapidement et les
composés organiques tendent à se durcir aussi rapidement(FAO, 2018).
L’évaluation botanique et écologique d’un pâturage constitue le premier volet d’une étude
pastorale. Mais l’estimation de sa valeur fourragère, ou valeur bromatologique, en est le
second, tout aussi essentiel pour juger de l’utilisation réelle que peut en faire un troupeau.
Cette valeur, qui traduit la qualité nutritive des herbacées, conditionne directement la
production animale (croissance, maintien, lactation, travail) et varie fortement selon la saison,
la nature des espèces présentes et leur stade de développement (César, J., 2005).
Composition botanique : Les graminées vivaces cespiteuses (par ex. Andropogon gayanus)
sont généralement les meilleures garanties d’un pâturage de bonne qualité. Leur disparition,
souvent liée à une surexploitation ou à la sécheresse, entraîne le remplacement par des
annuelles ou des espèces peu appétibles, ce qui réduit la valeur du couvert (César, J., 2005).
Stade végétatif : Comme le montrent les travaux de l’INRA, plus la plante vieillit, plus la
teneur en parois végétales augmente, et plus la digestibilité et la valeur énergétique chutent.
Les légumineuses maintiennent généralement une valeur azotée plus élevée que les
graminées, grâce à leur richesse en matières azotées totales (Baumont et al., 2009).
Une plante sucrée est généralement plus appréciée qu'une plante amère ;
Des plantes très odoriférantes en vert sont refusées par le bétail, alors qu'elles sont
consommables à l'état de pailles lorsque l'odeur a disparu. C'est le cas des citronelles
comme Cymbopogon proximus en steppes sahéliennes et Cymbopogon giganteus en
savanes soudaniennes ;
Les graminées à chaumes moelleux sont généralement plus recherchées à l'état de
pailles que celles à chaumes fins et creux;
Des plantes pauvres en matières azotées sont moins recherchées que les plantes riches.
Les jeunes pousses riches en azote sont très appréciées. En fin de période active, les
plantes herbacées restant vertes (légumineuses et herbes diverses) sont consommées
en priorité et les éleveurs disent qu'en début de saison sèche « le bétail recherche le
vert ».
L'appétibilité des graminées est souvent en rapport avec la flexibilité des tiges et des feuilles ;
une graminée souple et flexible est généralement plus recherchée qu’une graminée
raide(Nshombo et al., 2016).
Un bilan fourrager évalue les ressources en aliments pour animaux, y compris les fourrages, et
les compare aux besoins des animaux d’élevage (Bureau, 2011). Ces ressources comprennent
la masse fourragère ou biomasse pâturée ou broutée par les animaux ainsi que les résidus et
sous-produits de la production et transformation des cultures mais également les denrées pour
animaux conservées et stockées par les éleveurs (Dieye, 2002).
Un bilan fourrager est estimé à une échelle géographique donnée (exploitation, commune,
territoire, province, pays ou région) sur une période de temps définie (année, saison, mois,
décade, etc.) (Munzadi, 2000). Il nécessite un inventaire des ressources en aliments pour
animaux et fourrage et leur évaluation en termes de quantité et de qualité (CIRAD, 2021). Il
nécessite aussi une évaluation des effectifs du cheptel par catégories d’animaux et systèmes
de production et des besoins nutritionnels de ces animaux pour leur entretien, leur gestation,
leur production (croissance, lactation) et leur activité si les animaux se déplacent beaucoup ou
s’ils sont utilisés pour le transport et les travaux des champs (CIRAD, 2021).
Les légumineuses et les graminées constituent deux groupes des végétaux majeurs dans la
production fourragère. Toutefois les légumineuses sont beaucoup moins abondamment
représentées dans les pâturages que les graminées qui, elles, y dominent mais jouent un rôle
déterminant dans l’amélioration de la valeur azotée et de la digestibilité (Dlamini et al., 2021).
Les mélanges graminées-légumineuses fournissent un fourrage particulièrement riche
(Renard, 2001) car la graminée associée bénéficie d’une façon relative d’une offre d’azote
qu’elle n’aurait pas eue sans l’association (Rippestein et Roberge, 2009).
Les graminées ou les poaceae sont une famille des plantes monocotylédones de l’ordre des
poaeles, qui comprend environs 12 000 espèces groupées en 780 genres, à répartition
cosmopolite. C’est par le nombre d’espèces la cinquième famille de plantes à fleurs après les
Asteraceae, Orchidaceae, Fabaceae et Rubiaceae. On y trouve la plupart des espèces
appelées communément herbes et les céréales(Cesar et al., 2004). C’est la famille de plantes
la plus importante sur le plan économique, qui fournit une part essentielle de l’alimentation de
base directement grâce aux espèces domestiques comme les céréales, la canne à sucre et
indirectement grâce aux plantes fourragères (Cesar et al., 2004). Les graminées fourragères
sont des plantes monocotylédones utilisées pour l’alimentation animales, sous forme des
pâturages foin ou ensilage (Mutwedu, cours d’argotologie, 2024). Elles peuvent être semées
en prairies temporaires, en culture pure, en mélange ou en association avec une légumineuses
fourragère ou constituer le fond des prairies naturelles. Ce groupe très homogène, se
caractérise par une tige creuse, cylindrique à feuilles allongées, engainantes, à inflorescence
en épi ou en panicule, composée de petites fleurs verdâtres disposées en épillets. Il comprend
le dactyle, la fétuque, le ray-grass, la fléole, le vulpin, le brome etc (Etoundi & Dia, 2011). Ils
sont aussi cultivés pour l’agrément, et pour lutter contre l’érosion des sols. La famille compte
aussi de nombreuses espèces adventices qui affectent les cultures, cinq espèces de graminée
(Cynodon dactylon, Echinochloa colona, Eleusine indica, Sorghum halepense, Imperata
cylindrica) figurant parmi les dix pires mauvaises herbes sur le plan mondial (Ba, 2020).
Les légumineuses fourragères sont des espèces ou variétés de plantes appartenant à la famille
des Fabaceae utilisées dans l’alimentation des animaux d’élevage(Klein et al., 2014). Les
légumineuses fourragères sont relativement nombreuses, environs 1500 espèces, mais 60
espèces ont été sélectionnées et sont largement cultivée pour la production des fourrages
(Alexandra Jorge, 2018). Les variétés cultivées pour leurs graines ou tourteaux destinés à
l’alimentation animale, comme le pois protéagineux, les féveroles, les lupins, l’arachide, le
soja ne sont pas considérées en agriculture comme des cultures fourragères bien que leurs
résidus de culture (fanes) puissent être utilisés à la manière d’un fourrage (Klein et al., 2015).
Dans notre système, le peu d’espace qui nous reste pour les pâturages doit être bien
entretenus. Au Sud-Kivu plusieurs études et projets ont été initiés pour installer les cultures
fourragères améliorées. Plusieurs espèces fourragères ont été introduites dans la partie Est de
la république précisément dans la province du Sud-Kivu. Le programme fourrager tropical a
présélectionné dix espèces et accessions de légumineuses herbacées qui avaient été
précédemment évaluées dans des conditions écologiques similaires en Amérique tropicale et
en Asie du Sud-Est (Bacigala et al., 2019).
Pennisetum purpureum
Est une espèce appelée herbe à éléphant, plantes de la famille des graminées. C’est une espèce
d’herbe des prairies de la zone tropicale de l’Afrique. Elle est vivace, de 2 à 5 m de hauteur,
exceptionnellement 7,5 m avec des familles de 30 à 120 cm de long et de 1,5 cm large. Elle a
une très haute productivité ; à la fois comme fourrages pour le bétail et comme culture pour
biocarburant (Matama-Kauma et al., 2006).
Légumineuse dotée d’un très fort développement végétatif, en présence d’un tuteur, la plante
s’enroule autour de celui-ci, elle supporte de forte chaleur (Semental, 2019). Elle appartient à
la famille de Fabaceae, rependue comme plante alimentaire dans les régions tropicales,
notamment en Afrique. Le lablab à un port grimpant et produit des fleurs violettes et des
gousses aux graines colorées d’un violet brillant éclatant(Nshombo et al., 2016).
Plus ou moins 35000 ha de terrain sont aptes à l’agriculture alors que plus ou moins 30000 ha
de terre sont à vocation agro-pastorale
Plus 15000 ha de terre sont occupés par les marécages (Curasson, 1998)
Son altitude varie entre 773 m au niveau du lac Tanganyika et 1000 m au niveau du piémont
de la chaine de montagne de Mitumba. La plaine de la Ruzizi est affectée par la forme d’une
bande longue, étroite et orientée au Sud-Est et au Nord-Ouest, elle s’étend entre les 2º42’ sud
(Bugarama) 3º24’ Sud (Bujumbura) (Search, 2016).
La plaine de la Ruzizi est encaissée entre les hautes montagnes de ma crête Congo-Nil, de la
crête di Burundi et de la chaine de montagne de Mitumba. Elle occupe une portion du Graben
central située immédiatement au Nord de la dépression du lac Tanganyika à 773 m d’altitude.
(Henri-Dominique Klein et al., 2015). Quelques collines émergent dans la plaine de la Ruzizi
depuis ma localité de Runingu près de Kiliba jusqu’à Luberizi. Le mont Kyamate en fait une
exception. Au Sud de la plaine de la Ruzizi, à l’approche de la cité d’Uvira, on trouve des
marécages dont la lagune de Nyangara qui y occupe une place de choix (Germain, 1952 cité
par Mizinzi, 2004).
Les sols de la plaine de la Ruzizi sont d’origine alluvionnaire avec une texture argilo-
sablonneuse ou sablo-argileux. Ce sont des formations que traverse la rivière Ruzizi dans la
fosse de l’ancien lit du lac Tanganyika que les géologues ont conseillé comme des alluvions
lacustres déposés pendant des périodes glaciaires et fluviales du quaternaires (Burnotte, 1949,
cité par (Rouissi et al., 2005). En outre les examens pédagogiques effectués par Burnotte, sur
une étendue de 20000 ha dans la plaine de la Ruzizi, ont permis de classer ce sol en deux
groupes, celui des sols alcalins et celui des sols noirs (Burnotte, 1949 ; Rouissi et al., 2005).
L’étude des terres salines de la plaine de Ruzizi a aussi intéressé la mission antiérosive. Ces
terres si elles ne présentent être mises en profit par l’établissement des rivières et des cultures
vivrières
La plaine de la Ruzizi offre un climat semi-aride dans son ensemble. Le climat de la plaine de
la Ruzizi appartient au type Aw4, c’est-à-dire à un climat avec 4 mois, de juin à Septembre au
cours desquels les précipitations mensuelles n’atteignent pas 50 mm ( Klein et al., 2015)
Pendant la période sèche qui va de Juin à Septembre pour Mai à Octobre, deux ou trois orages
amènent un peu de pluie(Ansoms & Marivoet, 2010). La période pluvieuse s’étend de
Novembre à Mai, les chutes de pluies enregistrées accusent une moyenne oscillante entre 900
et 1000 mm d’eau par an. Ces données climatiques auraient chassé suite aux perturbations
climatiques conduisant à des longues périodes de sécheresse observées actuellement dans la
plaine de Ruzizi. La végétation naturelle est constituée d’herbage de densité moyenne,
accompagnée parfois d’épineux, d’arbustes, d’euphorbes et de quelques borassus (Burnotte,
1949). Mais actuellement, plusieurs espèces d’arbustes sont en disparition suite aux de
brousse qui interviennent presque chaque année pendant la saison sèche.
Par son volume et l’espèce qu’elle couvre, la rivière Ruzizi constitue une importante artère de
la plaine de la Ruzizi coulant du Nord au Sud ; la rivière Ruzizi déverse les eaux du lac Kivu
dans le lac Tanganyika. Signalons que l’eau du lac Kivu amenée dans la plaine de la Ruzizi
est considérée comme impropre à l’agriculture et ne convient donc pas à l’irrigation. Notons
que la rivière Ruzizi est affluée par sept autres affluents (Rivières). Tous ces affluents
descendent des escarpements du versant oriental de la chaine de Mitumba et coulant plus ou
moins perpendiculairement au cours de la rivière de la Ruzizi déversoir du Lac Kivu, ces
principaux affluents sont : la Luvungi, la Luvubu, la Luberizi, la Sange, la Runingu, la Kiliba
et la Kawizi. Ce sont ces affluents qui constituent bien l’essentiel de l’hydrographie de la
plaident la Ruzizi et le potentiel de l’irrigation (Pyana, 1999).
2.1.4 Agriculture
L’agriculture est du type paysan, selon Justin MIRANGI, l’un des agronomes de la cité de
Luvungi, les cultures principales cultivées dans la plaine sont : le Riz, la canne à sucre,
bananier, le manioc, l’aubergine, le sorgho, …
2.1.5 Elevage
2.2.1. Échantillonnage
Un total de 60 éleveurs a été sélectionné dans les trois localités dans lesquelles l’étude a été
menée dont respectivement 20 à Kamanyola ; 20 à Katogota et 20 à Luvungi. Ils étaient
sélectionnés de manière aléatoire sur base de leur accessibilité disponibilité et la taille du
cheptel. Pour collecter les données, le formulaire d’enquête ayant des questions ouvertes,
semi-ouvertes et fermées a été incorporé dans l’outil Kobo Collect. Pour ce faire une tablette
Android a été utilisée pour collecter les données sur terrain.
2.2.2. Caractérisation du système d’élevage
Pour caractériser le système d’élevage bovin dans la plaine de la Ruzizi, trois principaux types
de questions ont été primordiales dont :
le profil socioéconomique des éleveurs (âge, genre, état civil, niveau d’étude, activité
principale, appartenance à une association, accès au crédit, contact avec le service de
vulgarisation, …)
le système d’élevage (le mode d’accès à la terre, la surface exploitée, l’effectif total,
l’objectif de l’exploitation, …) et
La conduite de l’alimentation du troupeau (type d’élevage, sources d’aliments, la
supplémentation, la complémentation,…).
Des questions ouvertes et fermées ont également été adressées aux éleveurs pour déterminer
leur connaissance sur les fourrages améliorés.
Les données brutes ont été collectées à l’aide de l’outil Kobo Coll. Elles ont ensuite été
transférées dans le logiciel Excel pour un prétraitement et un arrangement. Le logiciel SPSS
(version 25) a été utilisé pour les différentes analyses statiques dont principalement pour la
statistique descriptive (distribution de la fréquence, test d’indépendance de Khi deux et
analyse de la variance). Les résultats ont été présentés sous forme des fréquences relatives (%)
en fonction des différentes localités.
Chapitre 3. PRESENTATION DES RESULTATS
3.1. Caractérisation du système d’élevage des vaches à Kamanyola. Katogota, et
Luvungi
3.1.1. Profil socioéconomique des éleveurs
Le tableau 1 reprend les informations nécessaires sur le profil socioéconomique des éleveurs
des bovins de Kamanyola, Katogota et Luvungi.
Localités
Total
Paramètres Modalités Kamanyola Katogota Luvungi p-value
(n=60)
(n=20) (n=20) (n=20)
Féminin 25,0 26,3 23,8 25,0 0,983
Sexe
Masculin 75,0 73,7 76,2 75,0
20 - 30 ans 5,0 5,3 0,0 3,3 0,355
30 - 40 ans 30,0 47,4 52,4 43,3
Tranche d'âge
40 - 50 ans 55,0 26,3 42,9 41,7
50 - 60 ans 10,0 21,1 4,8 11,7
Célibataire 5,0 0,0 0,0 1,7 0,014
Divorcé(e) / 35,0 10,5 0,0 15,0
Etat civile Séparé
Marié(e) 40,0 36,8 66,7 48,3
Veuf (ve) 20,0 52,6 33,3 35,0
Niveau Analphabète 5,0 15,8 19,0 13,3 0,261
d'éducation Primaire 40,0 42,1 42,9 41,7
du chef de Secondaire 40,0 42,1 38,1 40,0
ménage Universitaire 15,0 0,0 0,0 5,0
10 - 15 ans 50,0 42,1 52,4 48,3 0,322
15 - 20 ans 25,0 26,3 4,8 18,3
Expérience
5 - 10 ans 20,0 21,1 38,1 26,7
dans la
Moins de 5 0,0 10,5 4,8 5,0
pratique
ans
d'élevage
Plus de 20 5,0 0,0 0,0 1,7
ans
Agriculture 10,0 31,6 61,9 35,0 0,029
et/ou
élevage
Principale Fonction 20,0 10,5 9,5 13,3
source des publique
revenus Petit 30,0 26,3 23,8 26,7
commerce
Petit métier 35,0 31,6 0,0 21,7
ONGs 5,0 0,0 4,8 3,3
Possession Non 65,0 47,4 23,8 45,0 0,001
d'un revenu Oui 35,0 52,6 76,2 55,0
agricole
Appartenance Non 75,0 42,1 47,6 55,0 0,083
à une Oui 25,0 57,9 52,4 45,0
association
coopérative
Accès au Non 75,0 47,4 71,4 65,0 0,145
crédit Oui 25,0 52,6 28,6 35,0
agricole
Contact avec Non 20,0 94,7 95,2 70,0 7,327E-
les agents de Oui 80,0 5,3 4,8 30,0 09
vulgarisation
agricole
Location 35,0 57,9 66,7 53,3 0,030
Mode d'accès
Métayage 0,0 5,3 14,3 6,7
à la terre
Propriété 65,0 36,8 19,0 40,0
Il s’observe que dans le tableau 1, la majorité des éleveurs de ces trois localités sont de sexe
masculin (75,0%) avec un intervalle d’âge de 30 à 40 ans (43,3%), ils sont mariés (48,3%)
avec un niveau d’étude primaire (41,7%) secondaire (40,0%) analphabète (19%) et
universitaire (5%). La majorité des éleveurs ont une expérience dans l’élevage de plus de 10
ans (48,3%) avec comme principal source de revenu l’agriculture et/ou élevage (35%) et
possession d’un revenu agricole (55%). Beaucoup des éleveurs n’appartiennent pas dans des
coopératives des éleveurs (55%), n’ont pas accès au crédit agricole (65%), ne sont pas en
contact avec les agents de vulgarisation (70%) et font plus de location des terres pour
l’alimentation de leurs bétails (53,3%).
Localités
Type des Total
Kamanyola Katogota Luvungi p-value
bétails (n=60)
(n=20) (n=20) (n=20)
Bovins 126±60 75±38 61±29 87±52 4,609E-05
Caprins 37±29 22±14 19±15 28±19 0,1336545
Ovins 3±1 7±2 7±2 6±2 0,5841305
Porcins 54±18 15±7 4±2 32±9 0,2780125
Poules 9±2 25±12 10±7 16±6 0,1812136
Canards 0±0 10±4 5±1 7±2 0,1235614
Cobayes 0±0 8±2 5,7±2,0 6±1 0,4483554
Lapins 3±1 1±1 1±1 2±1 0,4918353
De ce tableau 2, il s’observe que les éleveurs dans ces trois localités possèdent un nombre de
139 des vaches au maximum et 35 vaches au minimum dans les trois villages. En ce qui est de
l’élevage des chèvres à Kamanyola, ceux qui possèdent un grand nombre des chèvres ont 66
têtes au maximum et 8 têtes au minium. Pour ceux qui en ont en petit nombre, Luvungi vient
après Kamanyola sur le nombre des chèvres. En ce qui est de l’élevage des ovins à
Kamanyola, les éleveurs en ont en très petite quantité soit 2 à 4 têtes au maximum et dans
Luvungi et Katogota le nombre varie entre 5 et 9 têtes. Beaucoup de gens élèvent les porcins à
Kamanyola soit un effectif compris entre 36 et 72 têtes tandis qu’à Luvungi l’effectif varie
entre 2 et 6 têtes. Les éleveurs de Katogota élèvent plus les poules que ceux de Kamanyola et
Luvungi. Les éleveurs des canards ont un effectif compris entre 6 et 14 têtes dans leurs basses
cours, les éleveurs de Kamanyola quant à eux l’élevage de canard ne sont pas vraiment
pratiqués. Ceux qui possèdent les cobayes en ont en petite quantité soit un effectif de 6 à 10
têtes dans la localité de Katogota et aucune tête dans celle de Kamanyola. L’effectif des lapins
est très négligeable dans les trois localités soit un effectif total compris entre 1 et 3 têtes
Localités
Total
Paramètres Modalités Kamanyola Katogota Luvungi p-value
(n=60)
(n=20) (n=20) (=20)
Source Pâturage naturel 30,0 60,0 75,0 55,0 0,039
d'alimentation Fourrages 0,0 0,0 0,0 0,0
des animaux conservés (Foin ou
ensilage)
Fourrages coupés 60,0 30,0 5,0 31,6
et directement
servis aux animaux
Résidus de récolte 5,0 0,0 0,0 1,7
Sous-produits agro 5,0 10,0 25,0 13,3
industriels
Les espaces Oui, complétement 65,0 90,0 90,0 81,7 0,062
exploités en saison de pluies
couvrent les seulement
besoins
alimentaires des
animaux
Oui, complétement 35,0 10,0 10,0 18,3
pendant toutes les
saisons
Apport des sels Non 80,0 55,0 50,0 61,7 0,118
minéraux aux
Oui 20,0 45,0 50,0 38,3
animaux
Achat d'aliments Non, pas du tout 65,0 70,0 25,0 53,3 0,018
des animaux
Oui, quelques fois 35,0 30,0 75,0 46,7
Localités
Total
Paramètres Modalités Kamanyola Katogota Luvungi p-value
(n=60)
(n=20) (n=20) (n=20)
Système Gardiennage 70,0 55,0 60,0 61,7 0,168
d'élevage des Parcours libre 30,0 30,0 15,0 25,0
animaux en paddocks
Stabulation 0,0 15,0 25,0 13,3
Pratique de la Non 100,0 90,0 85,0 91,7 0,233
transhumance Oui 0,0 10,0 15,0 8,3
Etat de la En baisse 0,0 0,0 5,0 1,7 0,677
production de En croissance 45,0 40,0 35,0 40,0
la ferme les
cinq dernières Stable 55,0 60,0 60,0 58,3
années
Evolution de En croissance 100,0 100,0 95,0 98,3 0,389
taille du
cheptel les cinq
dernières Stable 0,0 0,0 5,0 1,7
années
Du Tableau 4 sur le système d’élevage, nous remarquons que la majorité des éleveurs pratique
plus le gardiennage (61,7%) que d’autres systèmes d’élevage comme le parcours libre dans
les paddocks (25%) et la stabulation (13,3%). La transhumance n’est plus pratiquée par 91,5
% des éleveurs dans les trois localités. Pour la plupart des éleveurs, l’état de la production les
cinq dernières années est stable dans toutes les localités soit pour 58,3% éleveurs. La taille du
cheptel est en croissance presque pour tous les éleveurs soit pour 98,3% des producteurs.
Localités
Total
Paramètres Modalités Kamanyola Katogota Luvungi p-value
(n=20)
(n=20) (n=20) (n=20)
Etendue 1-5 ha 30,0 40,0 70,0 46,7 0,007
totale de terre 6-10 ha 45,0 15,0 5,0 21,7
possédée Moins de 1 ha 15,0 45,0 25,0 28,3
Plus de 10 ha 10,0 0,0 0,0 3,3
Localités
Total
Paramètres Modalités Kamanyola Katogota Luvungi p-value
(n=60)
(n=20) (n=20) (n=20)
Aspect de la couverture Assez bon 70,0 40,0 90,0 66,7 0,002
fourragère sur le Mauvais 0,0 0,0 5,0 1,7
pâturage Très bon 30,0 60,0 5,0 31,7
Connaissances sur les Non 100 100 100 100
technologies des
espèces fourragères
améliorées
Le plus actifs dans Agent de 15,0 25,0 20,0 20,0 0,003
l'utilisation des vulgarisation
innovations Autorité locale 10,0 40,0 60,0 36,7
Les associations 45,0 30,0 0,0 25,0
des éleveurs
Les ONGs locales 30,0 5,0 20,0 18,3
Dans le tableau 6, nous observons que la plupart des éleveurs trouvent assez bon l’aspect de la
couverture fourragère sur le pâturage (66,7%) mais tous sans exception n’ont pas des
connaissances sur les technologies des espèces fourragères améliorées (100%) et le plus actifs
dans l’utilisation des innovations sont les autorités locales (36,7%) seulement (20%) des
agents de vulgarisation s’implique dans l’utilisation des innovations sur les cultures
fourragères améliorées.
Localités Total
Paramètres Modalités p-value
Kamanyola Katogota Luvungi (n=20)
(n=20) (n=20) (n=20)
Faites-vous Non 75,0 100,0 95,0 90,0 0,021
la culture Oui 25,0 0,0 5,0 10,0
fourragère
Niveau Faible 75,0 95,0 90,0 86,7 0,158
d'implication Modérer 25,0 5,0 10,0 13,3
des agents de
vulgarisation
Les plus Agent de vulgarisation 15,0 25,0 20,0 20,0 0,003
actifs dans Autorité locale 10,0 40,0 60,0 36,7
l'utilisation
Les associations des 45,0 30,0 0,0 25,0
des
éleveurs
innovations
Les ONGs locales 30,0 5,0 20,0 18,3
Dans le tableau 7 nous observons que moins d’éleveurs font la culture fourragère (10%), le
niveau d’implication des agents des vulgarisations est faible (25%) et les plus actifs sont les
autorités locales (36,7%). Aucun éleveur a adopté les cultures fourragères améliorées, les
grandes contraintes étant le manque des connaissances sur les espèces fourragères améliorées
(63,4%), le coût d’opportunité, le coût de la main d’œuvre élevée (20%), le manque des
conseils de vulgarisation sur la gestion et la récolte des fourrages (10%) et les fourrages
améliorés reçus/produits ne sont pas adapté aux conditions écologiques du milieu (6,6%).
Chapitre 4. DISCUSSION DES RESULTATS
Dans cette étude, il a été trouvé que la majorité des éleveurs de ces trois localités sont de sexe
masculin (75%) seulement (25%) de sexe féminin, les éleveurs impliqués dans cette étude ont
une tranche d’âge comprise entre 30 et 40 ans (43,3%) la majorité sont marié (48,3%), (35%)
sont veuf(ve), (15%) sont divorcé et seulement (1,7%) sont encore célibataire, avec un niveau
d’étude primaire (41%) et secondaire (40%). L’importance de l’école rurale réside dans sa
contribution effective à la préparation des enfants et des jeunes gens des campagnes à jouer un
rôle actif et responsable dans la vie sociale, économiques et politique de leur communauté
(FAO, 1995).
L’éducation scolaire a toujours demeuré un problème au niveau rural, 81,7% des enquêtés
n’ont pas même un diplôme d’Etat, 13,3% des analphabètes et seulement 5% des
universitaires. Ils ont une expérience de la pratique de l’élevage de 10 à 15 ans (48,3%), ils
n’ont pas un accès aux crédits agricoles (65%) et la majorité n’appartient pas à une
association des éleveurs (55%), ne sont pas en contact avec les agents de vulgarisation
(95,2%) mais ils ont un revenu agricole (55%) et leur principal mode d’accès aux terres c’est
la location (66,7%). Les résultats socioéconomiques trouvés ci-haut ressemblent aux résultats
trouvés par Germaine et al. (2016) dans leur étude menée dans les pays de la CEPGL. Cette
situation est générale dans tous les milieux ruraux de la province du Sud-Kivu où on observe
que les femmes ne sont pas vraiment dans le monde de l’élevage, elles s’occupent trop
souvent de l’agriculture et du ménage et plus de 80% des charges familiales sont gérés par
l’homme (Mutwedu et al., 2015).
Dans la plaine de la Ruzizi, l’élevage le plus pratiqué c’est celui des bovins (Kiatoko, 2007).
La moyenne des bovins possédés par les éleveurs enquêtés était de 86,9±51,9 elles étaient
tous de race locale et ils pratiquent l’élevage traditionnel (Ammar, 2007). Le gardiennage et le
parcours libre dans les paddocks sont les deux systèmes les plus utilisés, la transhumance est
presque absente. La plupart de terrains se trouve sur une pente légère et en jachère naturelle.
La production est stable (58,3%) et la taille du cheptel est en croissance (98,3%), cette théorie
a été récemment confirmée par les vétérinaires sans frontière (2021). L’élevage des bovins est
pratiqué pour plusieurs besoins alimentaires et industriels mais dans notre milieu d’étude il
était pratiqué pour de besoin alimentaire (la viande et du lait). Dans d’autres régions comme
au Madagascar l’élevage se pratique pour le prestige (Solomalala et al., 2010). Les bovins de
notre milieu d’étude sont alimentés sur parcours libre dans les pâturages naturels. Ces
résultats corroborent ceux d’Esaïe et al. (2016). Il a été montré que la façon la moins onéreuse
d’alimenter les herbivores domestiques consiste à les mener dans la végétation naturelle pour
pâturer (Klein et al., 2014). Les pâturages naturels communautaires sont les plus exploités
pour l’alimentation des bovins par les éleveurs du Kivu ce qui est le cas de la plaine de la
Ruzizi à Kamanyola, Katogota et Luvungi.
Les contraintes qui rendent l’adoption des cultures fourragères améliorées difficile dans notre
milieu d’étude sont : le manque de connaissance sur les cultures fourragères améliorées,
mains d’œuvre élevée, les conseils de vulgarisation sur la gestion et la récolte des fourrages
ne sont pas disponibles, les fourrages améliorés reçus ne sont pas adaptés aux conditions
écologiques du milieu, le non appartenance des éleveurs dans une association des éleveurs.
Des résultats presque similaires ont été soulevés par Hamadou et al. (2004) au Burkina Faso.
Il a été rapporté un contact faible entre éleveur et les agents de vulgarisation qui est au centre
de plusieurs de ces contraintes (Mekete, 2018). Le niveau d’implication des agents de
vulgarisation est trop faible (86,7%), seulement (30%) des éleveurs sont en contactés des
agents de vulgarisation (55%) ne sont pas dans une association des éleveurs, 51,7% des
éleveurs nourrissent leurs animaux dans des pâturages communautaires. Les ONG agricoles
ont le devoir de faire de leur mieux pour améliorer le secteur d’élevage dans les milieux
ruraux en amélioration l’alimentation des animaux qui jouera aussi un rôle important dans la
vie socioéconomiques des paysans (Hamadou et al., 2004).
CONCLUSION ET RECOMMANDATION
Nous voici au terme de notre travail, cette étude a été menée pour contribuer à l’amélioration
de l’alimentation des bovins pour une bonne production laitière dans la province du Sud-Kivu
dans la plaine de la Ruzizi plus précisément à Kamanyola, Katogota, et Luvungi en identifiant
le système d’élevage pratiquer par les éleveurs du milieu, leur système d’alimentation, les
pâturages exploités, les contraintes liées à l’adoption des cultures fourragères améliorées dans
le milieu. A cet effet une investigation (enquête) a été menée durant une semaine auprès de 60
éleveurs dont 20 à Kamanyola, 20 à Katogota et 20 à Luvungi. Les résultats trouvés montrent
que la majorité de ces éleveurs sont de sexe masculin, avec un niveau très bas de scolarité,
une expérience dans le domaine d’élevage de 10 à 15 ans avec une moyenne de 86,9±51,9 des
têtes de race locale, S’agissant du système d’élevage, ils pratiquent l’élevage extensif comme
système d’élevage, pour l’alimentation des animaux les éleveurs exploites plus les pâturages
naturels en pente légère et en jachère naturelle. Les contraintes liées à l’adoption des cultures
fourragères améliorées concernent plus le manque de connaissance des éleveurs dans les
innovations des cultures fourragères améliorées, le contact des éleveurs avec les agents de
vulgarisation, les terrains utilisés comme pâturages.
Enfin pour terminer nous suggérons que les agents de vulgarisation des cultures fourragères
améliorées puissent accentuer leur présence auprès des éleveurs, pour déterminer une
approche meilleure pour la vulgarisation des cultures fourragères et leur adoption.