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Étude des fonctions de classe C∞ et théorème de Borel

Le document présente un devoir de mathématiques sur l'étude des fonctions de classe 𝒞 ∞, en se concentrant sur l'existence de telles fonctions et leur comportement à partir de leurs dérivées en 0. Il aborde des concepts tels que les séries entières, le théorème de Borel, et propose des exercices variés pour illustrer ces notions. Les étudiants doivent rédiger leurs réponses sur des copies doubles sans ratures ni corrections.

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© Laurent Garcin MP Dumont d’Urville

Devoir à la maison n°13

• Le devoir devra être rédigé sur des copies doubles.


• Les copies ne devront comporter ni rature, ni renvoi, ni trace d’effaceur.
• Toute copie ne satisfaisant pas à ces exigences devra être intégralement récrite.

�Problème 1 – Centrale Maths I PC 2011�



Le but des deux premières parties est d’étudier l’existence d’une fonction de classe 𝒞 ∞ de ℝ dans ℂ, dont
on a fixé a priori les valeurs des dérivées successives en 0. Les deux parties suivantes sont consacrées à des
classes de fonctions pour lesquelles les dérivées successives en 0 de 𝑓 déterminent complètement la fonction 𝑓.
On note 𝒲 l’ensemble des fonctions 𝒞 ∞ de ℝ dans ℂ nulles en dehors d’un segment (qui dépend de la fonction
considérée dans 𝒲).

I Intervention des séries entières


Soit (𝑢𝑛 )𝑛∈ℕ une suite complexe. On cherche dans cette partie des fonctions 𝑓 ∈ 𝒞 ∞ (ℝ, ℂ), qui sont somme
d’une série entière sur un intervalle ] − δ, δ[ pour au moins un réel δ > 0 et vérifiant ∀𝑛 ∈ ℕ, 𝑓(𝑛) (0) = 𝑢𝑛 .
+∞
1 Si 𝑓(𝑥) = ∑ 𝑎𝑛 𝑥𝑛 pour tout 𝑥 ∈] − δ, δ[, avec δ > 0, donner 𝑓(𝑛) (0) en fonction de 𝑎𝑛 pour tout 𝑛 ∈ ℕ.
𝑛=0

2 Dans les exemples suivants, proposer une solution 𝑓, en précisant une valeur de δ convenable :
2.a ∀𝑛 ∈ ℕ, 𝑢𝑛 = 2𝑛 .
2.b Pour tout 𝑛 ∈ ℕ, 𝑢2𝑛 = (−1)𝑛 (2𝑛)! et 𝑢2𝑛+1 = 0.
3 Pour la suite (𝑢𝑛 )𝑛∈ℕ définie par ∀𝑛 ∈ ℕ, 𝑢𝑛 = (2𝑛)!, montrer qu’aucune fonction du type considéré dans
cette partie n’est solution du problème.

II Le théorème de Borel
II.A Une fonction en cloche
1
𝑒 𝑥(𝑥−1) si 𝑥 ∈]0, 1[
Soit 𝑔 la fonction de ℝ dans ℝ définie par 𝑔(𝑥) = {
0 sinon
4 4.a Montrer que pour tout naturel 𝑝, il existe un polynôme Q𝑝 ∈ ℝ[X] tel que
Q𝑝 (𝑥) 1
∀𝑥 ∈]0, 1[, 𝑔(𝑝) (𝑥) = 𝑒 𝑥(𝑥−1)
(𝑥(𝑥 − 1))2𝑝
Pour tout entier 𝑝 ≥ 1, exprimer Q𝑝 en fonction de Q𝑝−1 et Q′𝑝−1 .
4.b En déduire que, pour tout entier naturel 𝑝 non nul, Q𝑝 est de degré 3𝑝 − 2.

5 5.a Montrer que pour tout entier naturel 𝑝,


lim 𝑔(𝑝) (𝑥) = lim− 𝑔(𝑝) (𝑥) = 0
𝑥→0+ 𝑥→1

5.b En déduire que 𝑔 ∈ 𝒲.

[Link] 1
© Laurent Garcin MP Dumont d’Urville

II.B Une fonction en plateau


𝑔(𝑡) d𝑡
1
∫𝑥−1
Soit ℎ la fonction de ℝ dans ℝ définie, pour tout réel 𝑥, par ℎ(𝑥) = .
∫01 𝑔(𝑡) d𝑡

6 Montrer que ℎ est de classe 𝒞 ∞ sur ℝ, constante sur ] − ∞, 1] et sur [2, +∞[.

7 Soit φ la fonction de ℝ dans ℝ définie par φ(𝑥) = ℎ(2𝑥)ℎ(−2𝑥) pour tout réel 𝑥.

7.a Montrer que φ est de classe 𝒞 ∞ sur ℝ et que φ(𝑝) (0) = 0 pour tout 𝑝 ≥ 1.
7.b Montrer que φ est nulle en dehors de [−1, 1] et tracer sommairement l’allure de son graphe.
7.c Justifier pour tout entier naturel 𝑝 non nul l’existence du réel

λ𝑝 = max max ||φ(𝑘) (𝑥)||


𝑘∈⟦0,𝑝−1⟧ 𝑥∈[−1,1]

II.C Le théorème de Borel


Soit (𝑢𝑛 )𝑛∈ℕ une suite complexe. On définit pour tout entier naturel 𝑛 une fonction 𝑔𝑛 par

𝑥𝑛
∀𝑥 ∈ ℝ, 𝑔0 (𝑥) = φ(𝑥) et si 𝑛 ≥ 1, 𝑔𝑛 (𝑥) = φ(β𝑛 𝑥)
𝑛!
où β𝑛 = max(1, 4𝑛 |𝑢𝑛 |λ𝑛 ).

8 8.a Montrer que pour tout entier naturel 𝑛, la fonction 𝑔𝑛 est de classe 𝒞 ∞ sur ℝ.
1 1
8.b Montrer que 𝑔𝑛 est nulle hors du segment [− , ].
β𝑛 β𝑛

9 Soit 𝑛 et 𝑗 des entiers naturels tels que 𝑗 < 𝑛.

9.a Montrer que


𝑗
(𝑗) 𝑗 𝑥𝑛−𝑗+𝑖
∀𝑥 ∈ ℝ, 𝑔𝑛 (𝑥) = ∑ ( )β𝑛𝑖 φ(𝑖) (β𝑛 𝑥)
𝑖=0
𝑖 (𝑛 − 𝑗 + 𝑖)!

9.b En déduire que 𝑔𝑛 (0) = 0.


(𝑗)

1
9.c Montrer que, pour tout réel 𝑥 tel que |𝑥| ≥
(𝑗)
, on a 𝑔𝑛 (𝑥) = 0.
β𝑛
1
9.d Montrer que, pour tout réel 𝑥 tel que |𝑥| ≤
(𝑗)
, on a |𝑢𝑛 𝑔𝑛 (𝑥)| ≤ 2−(𝑛+1) .
β𝑛

10 Déduire des questions précédentes que pour 𝑛, 𝑗 ∈ ℕ,

(𝑗) 0 si 𝑗 ≠ 𝑛
𝑔𝑛 (0) = {
1 si 𝑗 = 𝑛

11 En considérant σ = ∑ 𝑢𝑛 𝑔𝑛 , montrer qu’il existe une fonction 𝑓 de classe 𝒞 ∞ sur ℝ telle que ∀𝑗 ∈ ℕ,
𝑛=0
𝑓(𝑗) (0) = 𝑢𝑗 (théorème de Borel).

III Un autre élément de 𝒲


On considère une suite (𝑎𝑛 )𝑛∈ℕ de réels strictement positifs, décroissante de limite nulle, et telle que la série
∑ 𝑎𝑛 converge.

[Link] 2
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III.A Une fonction affine par morceaux


On pose pour tout 𝑥 réel
1
𝑓0 (𝑥) = (|𝑥 + 𝑎0 | + |𝑥 − 𝑎0 | − 2|𝑥|)
2𝑎20

12 Montrer que 𝑓0 est nulle en dehors de [−𝑎0 , 𝑎0 ], préciser sa valeur sur [−𝑎0 , 0] et [0, 𝑎0 ], justifier sa conti-
nuité et tracer rapidement son graphe.
1
13 On pose 𝑘 = .
𝑎20
1
13.a Pour tout réel 𝑥, montrer que |𝑓0 (𝑥)| ≤ .
𝑎0
13.b Montrer que 𝑓0 est lipschitzienne de rapport 𝑘 sur ℝ.

III.B La première étape


On pose pour tout 𝑥 réel
𝑥+𝑎1
1
𝑓1 (𝑥) = ∫ 𝑓0 (𝑡) d𝑡
2𝑎1 𝑥−𝑎
1

14 Montrer que 𝑓1 est de classe 𝒞 1 sur ℝ et calculer 𝑓1′ (𝑥) pour tout 𝑥 réel.

15 Montrer que 𝑓1 est nulle en dehors de [−𝑎0 − 𝑎1 , 𝑎0 + 𝑎1 ].


1 1
16 Montrer que ∀𝑥 ∈ ℝ, |𝑓1 (𝑥)| ≤ et |𝑓1′ (𝑥)| ≤ .
𝑎0 𝑎0 𝑎1

17 Montrer que 𝑓1 est lipschitzienne de rapport 𝑘 sur ℝ.

III.C Une suite de fonctions


On définit par récurrence une suite (𝑓𝑛 ) de fonctions par 𝑓0 et 𝑓1 définies comme dans les questions précé-
dentes et, pour tout naturel 𝑛 ≥ 2 et tout 𝑥 réel,
𝑥+𝑎𝑛
1
𝑓𝑛 (𝑥) = ∫ 𝑓𝑛−1 (𝑡) d𝑡
2𝑎𝑛 𝑥−𝑎
𝑛

18 Montrer que 𝑓𝑛 est de classe 𝒞 𝑛 sur ℝ et calculer 𝑓𝑛′ (𝑥) pour tout 𝑥 réel.
𝑛 𝑛
19 Montrer que 𝑓𝑛 est nulle en dehors de [− ∑ 𝑎𝑖 , ∑ 𝑎𝑖 ].
𝑖=0 𝑖=0

1 1
20 Pour tout 𝑥 ∈ ℝ, montrer que |𝑓𝑛 (𝑥)| ≤
(𝑝)
et que, si 𝑝 ≤ 𝑛, on a |𝑓𝑛 (𝑥)| ≤ .
𝑎0 𝑎0 𝑎1 … 𝑎 𝑝

21 Montrer que 𝑓𝑛 est lipschitzienne de rapport 𝑘 sur ℝ.

22 Montrer que pour tout naturel 𝑛,


S +∞
∫ 𝑓𝑛 (𝑡) d𝑡 = 1 où S = ∑ 𝑎𝑛
−S 𝑛=0

[Link] 3
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III.D La limite
On considère la série de fonctions ∑ 𝑘𝑛 où 𝑘𝑛 = 𝑓𝑛 − 𝑓𝑛−1 pour tout 𝑛 ≥ 1.
𝑛≥1

𝑘
23 23.a Pour tout entier 𝑛 ≥ 1 et tout réel 𝑥, montrer que |𝑘𝑛 (𝑥)| ≤ 𝑎 .
2 𝑛
23.b En déduire la convergence normale de la série de fonctions ∑ 𝑘𝑛 .
Pour tout réel 𝑥, on note
+∞
𝑠(𝑥) = ∑ 𝑘𝑛
𝑛=1

24 24.a Montrer que pour tout 𝑥 réel, 𝑓𝑛 (𝑥) converge vers une limite que l’on notera 𝑤( 𝑥) et qui vérifie 𝑤(𝑥) =
𝑓0 (𝑥) + 𝑠(𝑥).
1
24.b Pour tout 𝑥 réel, montrer que |𝑤(𝑥)| ≤ .
𝑎0
24.c Montrer que 𝑤 est lipschitzienne de rapport 𝑘 sur ℝ.
24.d Montrer que 𝑤 est nulle en dehors du segment [−S, S].
S
25 25.a Montrer que ∫ 𝑤(𝑡) d𝑡 = 1.
−S
25.b En déduire que 𝑤 n’est pas constante nulle sur ℝ.
26 26.a Montrer que ∑(𝑓𝑛′ − 𝑓𝑛−1

) converge normalement sur ℝ.
26.b Trouver un lien entre 𝑤, 𝑓1 et ∑(𝑓𝑛 − 𝑓𝑛−1 ).
26.c En déduire que 𝑤 est de classe 𝒞 1 sur ℝ.
1
26.d Montrer que pour tout 𝑥 réel, |𝑤′ (𝑥)| ≤ .
𝑎0 𝑎1

27 Soit 𝑝 ≥ 2.

27.a Montrer que ∑ (𝑓𝑛


(𝑝) (𝑝)
− 𝑓𝑛−1 ) converge normalement sur ℝ.
𝑛≥𝑝+1
+∞
27.b Trouver un lien entre 𝑤, 𝑓𝑝 et ∑ (𝑓𝑛 − 𝑓𝑛−1 ).
𝑛=𝑝+1
27.c En déduire que 𝑤 est de classe 𝒞 𝑝 sur ℝ.
1
27.d Montrer que pour tout 𝑥 réel, |𝑤(𝑝) (𝑥)| ≤ .
𝑎0 𝑎1 … 𝑎 𝑝

IV Classes quasi-analytiques
On considère une suite réelle M = (M 𝑛 )𝑛≥0 vérifiant les trois conditions :
∀𝑛 ∈ ℕ, M 𝑛 > 0 (IV.1)
M0 = 1 (IV.2)
∀𝑛 ≥ 1, M 2𝑛 ≤ M 𝑛−1 M 𝑛+1 (IV.3)
On note 𝒞(M) l’ensemble des fonctions 𝑓 ∶ ℝ → ℂ de classe 𝒞 ∞ pour lesquelles il existe deux constantes A > 0
et B > 0 (dépendantes de 𝑓) telles que
∀𝑛 ∈ ℕ, ∀𝑥 ∈ ℝ, |𝑓(𝑛) (𝑥)| ≤ AB𝑛 M 𝑛
L’ensemble 𝒞(M) est dit classe associée à la suite M.
La classe 𝒞(M) est dite quasi-analytique si
∀𝑓 ∈ 𝒞(M), (∀𝑘 ∈ ℕ, 𝑓(𝑘) (0) = 0) ⟹ 𝑓 = 0

[Link] 4
© Laurent Garcin MP Dumont d’Urville

IV.A Quelques propriétés d’une classe


28 Montrer que si 𝑓 ∈ 𝒞(M) et (𝑎, 𝑏) ∈ ℝ2 , alors la fonction 𝑔 ∶ 𝑥 ↦ 𝑓(𝑎𝑥 + 𝑏) appartient aussi à 𝒞(M).

29 Vérifier que 𝒞(M) est un espace vectoriel sur ℂ.

30 30.a Montrer que pour tous 𝑛, 𝑘 ∈ ℕ tels que 𝑘 ≤ 𝑛, on a M 𝑘 M 𝑛−𝑘 ≤ M 𝑛 . On pourra étudier, pour p fixé,
la monotonie de la suite (M 𝑛 /M 𝑛−𝑝 )𝑛≥𝑝 .
30.b En déduire que le produit de deux éléments quelconques de 𝒞(M) est un élément de 𝒞(M).

IV.B Un exemple de classe quasi-analytique


On note U la suite définie par U𝑛 = 𝑛! pour tout 𝑛 ∈ ℕ.

31 Montrer que la suite U vérifie les conditions IV.1, IV.2 et IV.3.

32 Soit 𝑓 ∈ 𝒞(U) ; on fixe A > 0, B > 0 tels que

∀𝑛 ∈ ℕ, ∀𝑥 ∈ ℝ, |𝑓(𝑛) (𝑥)| ≤ AB𝑛 𝑛!

32.a Dans cette question et la suivante, on suppose que le réel α vérifie ∀𝑘 ∈ ℕ, 𝑓(𝑘) (α) = 0. Montrer que
𝑥
(𝑥 − 𝑡)𝑛 (𝑛+1)
∀𝑥 ∈ ℝ, ∀𝑛 ∈ ℕ, 𝑓(𝑥) = ∫ 𝑓 (𝑡) d𝑡
α
𝑛!

1
32.b En déduire que ∀𝑥 ∈ ℝ, |𝑥 − α| ≤ ⟹ 𝑓(𝑥) = 0.
2B
32.c Montrer que 𝒞(U) est une classe quasi-analytique.

IV.C
33 Montrer que si 𝒞(M) est quasi-analytique, alors 𝒞(M) ∩ 𝒲 = {0}.

34 Montrer la réciproque ; on pourra montrer, lorsque 𝒞(M) n’est pas quasi-analytique, l’existence d’une fonc-
tion 𝑔 ≠ 0 dans 𝒞 ∞ (ℝ, ℂ), nulle sur ] − ∞, 0], puis considérer ℎ ∶ 𝑥 ↦ 𝑔(𝑥)𝑔(𝑐 − 𝑥) pour un 𝑐 ∈ ℝ bien
choisi.

IV.D
On se donne une suite réelle M = (M 𝑛 )𝑛≥0 vérifiant les trois conditions IV.1, IV.2 et IV.3 et on considère
les assertions :
1
1 𝑛
la série ∑ ( ) converge (IV.4)
𝑛≥1
M𝑛
M 𝑛−1
la série ∑ converge (IV.5)
𝑛≥1
M𝑛
la classe 𝒞(M) n’est pas quasi analytique (IV.6)

Pour tout 𝑛 ≥ 1, on note α𝑛 = M 𝑛−1 /M 𝑛 .

35 Exprimer M 𝑛 en fonction de α1 , … , α𝑛 et en déduire que IV.4 ⟹ IV.5

36 Démontrer en utilisant la partie III que IV.5 ⟹ IV.6.

On peut montrer à l’aide d’outils mathématiques plus élaborés que IV.6 ⟹ IV.4, ce qui donne une caractéri-
sation des classes quasi-analytiques. Ce résultat constitue une partie du théorème de Denjoy-Carleman.

[Link] 5

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