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Conquête des océans et de l'espace

Le document explore les enjeux géopolitiques et économiques liés à l'exploration des mers, océans et de l'espace, mettant en lumière la rivalité croissante entre États pour s'approprier ces espaces. Il souligne comment les avancées scientifiques et technologiques ont permis cette exploration, tout en notant la tension entre la logique d'appropriation souveraine et celle des biens communs. Enfin, il aborde l'évolution de la course à l'espace, marquée par des phases de rivalité et de coopération, et les défis contemporains liés à la délimitation de ces territoires.

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Conquête des océans et de l'espace

Le document explore les enjeux géopolitiques et économiques liés à l'exploration des mers, océans et de l'espace, mettant en lumière la rivalité croissante entre États pour s'approprier ces espaces. Il souligne comment les avancées scientifiques et technologiques ont permis cette exploration, tout en notant la tension entre la logique d'appropriation souveraine et celle des biens communs. Enfin, il aborde l'évolution de la course à l'espace, marquée par des phases de rivalité et de coopération, et les défis contemporains liés à la délimitation de ces territoires.

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THEME 1 – De nouveaux espaces de conquête I - Mers et océans sont explorés progressivement à partir des grandes découvertes

Intro - Océans et espace : quelles spécificités ? La connaissance hydrographique des espaces maritimes, qui a d’abord été la connaissance empirique
des navigateurs, a progressivement été étayée par :
Le but de ce thème est de montrer comment les océans et l’espace extra-atmosphériques sont - l’usage de la carte marine, attesté à partir de la fin du XIIIème siècle – à bord du bateau qui
devenus des espaces où les rapports de force entre Etats s’expriment d’une façon de plus en plus transportait Saint Louis pour la huitième croisade : BnF - Les cartes marines ; la première carte
aigüe, en prenant des formes inédites. L’appétit de conquête et les rivalités que suscitent ces espaces marine conservée est la « carte Pisane », découverte à Pise et conservée à la BNF. C’est un
sont à relier à deux grandes catégories d’enjeux : portulan qui représente les côtes de la Méditerranée ;
- les progrès de la navigation astronomique utilisant l’astrolabe, mis au point à la fin du XVème
- Enjeux géopolitiques : les Etats utilisent ces espaces pour projeter leur puissance militaire siècle par les navigateurs portugais ; il permet de relever la hauteur du soleil, et d’en déduire par
et étendre leur zone d’influence au-delà de leur territoire national ; calcul la latitude, il a permis à la cartographie marine de faire des progrès décisifs au rythme des
grandes découvertes.
- Enjeux économiques : ces espaces comportent des ressources dont une partie reste encore Ainsi étaient rassemblés les instruments qui ont rendu possible la reconnaissance de l’espace
largement inexploitée. Ex : ressources halieutiques, hydrocarbures, métaux rares présents océanique et sa représentation cartographique au gré des grandes découvertes ; à une représentation
dans les nodules polymétalliques. parcellaire succède progressivement une représentation globale, grâce à l’assemblage des premiers
planisphères – cf. comparaison entre la géographie de Ptolémée et le planisphère de Mercator.
Ces rivalités s’expriment au XXIe siècle avec une acuité particulière. Pourquoi ? Cela résulte de la Cette connaissance hydrographique est un savoir au service des Etats et des armées ; en France,
conjonction de différents facteurs : Colbert crée en 1661 un réseau d’école d’hydrographie qui à terme conduit à la création d’un service
hydrographique unifié : c’est le Dépôt des cartes et plans de la marine, crée en 1720, et ancêtre de
- Les progrès scientifiques et technologiques permettent de surmonter de mieux en mieux le l’actuel SHOM, fondé en 1971 - Histoire | Shom. Il reste placé sous la tutelle du ministère des armées,
défi technique que représente l’exploration de ces espaces. témoignant de l’enjeu stratégique que recouvre la connaissance des océans.
A partir de la fin du XIXe siècle, la connaissance de la surface : traits de côte, îles et archipels, détroits
- L’affirmation des puissances émergentes, qui a multiplié le nombre d’Etats impliqués dans et passages maritimes, s’est doublée d’une connaissance des fonds marins, grâce aux progrès de
la conquête spatiale et maritime. A la Guerre froide a ainsi succédé progressivement un l’océanographie. L’expédition du Challenger (HMS Challenger : 26 800 lieues sur les mers) marque le
nouvel aiguillon idéologique de la conquête : la contestation par ces acteurs émergents de début de l’océanographie moderne. Malgré les exploits qui ont permis d’explorer les abysses (Le
la domination occidentale, qui devient une modalité d’affirmation du sud global. bathyscaphe Trieste atteint le fond de la Fosse des Mariannes en 1960), dans la deuxième moitié du
XXème siècle, les progrès de l’océanographie marquent le pas ; la guerre froide a en effet donné la
- L’intervention de plus en plus importante des acteurs privés, y compris dans des domaines priorité à l’espace sur les grands fonds. Ceux-ci ne redeviennent un enjeu majeur qu’au XXIe siècle.
stratégiques et régaliens où l’Etat domine traditionnellement ; les entreprises privées jouent Résultat de ce retard : il est encore aujourd’hui plus facile d’envoyer un homme sur la lune qu’au fond
désormais un rôle inédit dans la conquête. des abysses, dont 95% restent à explorer. La première carte des grands fonds n’est réalisée qu’en
1977 (bathymétrie). Les connaissances hydrographie est unifiée à l’échelle internationale par
L’intensité inédite de ces rivalités n’est cependant pas encore venue à bout des efforts de coopération l'Organisation hydrographique internationale.
internationale entrepris pour les réguler et les encadrer, pour garantir la sécurité collective et, de plus
en plus, pour protéger les environnements marins et extra-atmosphériques. II - L’espace : une exploration qui ne débute qu’après la seconde GM

S’il est facile de délimiter les mers et océans, la délimitation de l’espace est plus problématique.
L’atmosphère terrestre, qui est faite de gaz, n’a pas en effet de frontière marquée, et elle s’étend dans
l’exosphère à plus de 150 000km au-dessus du niveau de la Terre, à mi-chemin de la distance Terre-
Lune. La limite conventionnelle qui marque l’entrée dans l’espace étant fixée à une altitude de 100km,
elle est donc située au sein de l’atmosphère terrestre. Il s’agit de la ligne de Karman , du nom de
l’astronome qui a proposé de fixer la frontière de l’espace à l’endroit où la densité de l’air devient trop
faible pour permettre à un avion d’avoir de la portance : c’est la frontière entre l’aéronautique et
l’aérospatiale. La majorité des satellites : plus de 60%, est en orbite basse, entre 500 et 2000km
d’altitude. Les constellations de satellites Starlink sont ainsi en orbite dans la thermosphère à une
altitude de 550km ; l’ISS est en orbite à 408 km. Les autres des satellites sont en orbite
géostationnaire, à une altitude de 36 000km.
Le développement de l’exploration spatiale n’a donc été possible qu’avec la mise au point de la
propulsion à réaction, par les ingénieurs de l’Allemagne nazie (fusée V2), qui a permis le
développement des premiers lanceurs d’engins spatiaux dans les années 1950. Dans le contexte de
la Guerre froide, la priorité est donc de faire progresser l’exploration et la connaissance de l’espace,
qui relèguent au second plan la poursuite de l’exploration des fonds marins. Jusque-là fondée sur
l’observation depuis la terre, l’étude de l’espace connaît une rupture majeure dans les années 1950,
avec les premiers lancements d’engins, grâce à la propulsion à réaction mise au point pendant la 2 nd
GM :
- mise en orbite de satellites d’observation ;
- sondes spatiales : Mariner 4 est ainsi la première sonde à réaliser un survol de Mars en 1965.
- Mise en orbite de stations habitées
- Vols habités en direction de la Lune.
Les grands pays se dotent alors de programmes spatiaux : la NASA voit le jour en 1958 ; en France
le CNES est créé en 1961.
III - Les dernières frontières ? Le programme qui a permis le développement de la Station spatiale internationale (ISS) s’inscrit bien
dans cette philosophie d’un espace conçu comme une nouvelle frontière commune à l’humanité. La
La notion de frontière peut ici être comprise de deux façons : course à l’espace, dès 1957, a cependant donné lieu à une logique d’appropriation souveraine, et c’est
de nouveau le cas depuis le début du XXIe siècle avec la reprise de la course à l’espace dont le début
- Dans une sens métaphorique : frontières pour l’humanité, dans le sens où l’exploration du XXIème siècle est le théâtre.
scientifique permet de repousser les frontières de la connaissance ; c’est le sens où l’entend JF
Kennedy lorsqu’il désigne l’espace comme une « Nouvelle frontière », dans son programme pour
l’élection présidentielle de 1960 ; à relier à la fin de la frontière et de la conquête de l’Ouest : il
s’agit de proposer à la société américaine un nouvel horizon pionnier, pour perpétuer l’efficacité
du mythe de fondation.
-
- Au sens politique strict de frontières d’Etats, délimitant des espaces de souveraineté. L’enjeu
pour des pays en quête de puissance et d’hégémonie est d’étendre leur maîtrise territoriale à des
espaces non appropriés, comme le sont l’espace et une grande partie de l’espace maritime (65%
aujourd’hui)

On peut donc constater une tension entre une logique faisant des océans et de l’espace des biens
communs, et par ailleurs une logique d’appropriation par des intérêts souverains ou privés ; cette
tension tend à se résoudre au profit de la logique d’appropriation, dans un contexte d’affirmation de la
puissance.
Cela se fait à rebours d’un droit international qui n’a cessé d’essayer de consacrer un statut « libre »
pour les océans et l’espace. Ainsi, au XVIIème siècle, dans le domaine maritime, le juriste Hugo
Grotius a-t-il tenté de faire prévaloir, au profit des Provinces Unies, un statut juridique de mer libre
(mare liberum), contre la conception de la mer fermée (mare clausum) défendue par le juriste John
Selden. De l’antiquité à nos jours, les Etats impliqués dans des stratégies hégémoniques ont en effet
prétendu s’approprier les espaces maritimes pour les consacrer comme mare clausum. C’est le cas
en particulier des mers semi-fermées, autour desquelles rivalisent plusieurs Etats : la Méditerranée,
qui dès l’antiquité est la mare nostrum des romains ; la Mer de Chine Méridionale, qui s’apparente de
plus en plus à une Méditerranée sous contrôle chinois.
Cette logique d’extension de la frontière souveraine en mer menace de s’étendre à la haute mer,
réputée libre, comme en témoignent des gestes qui malgré leur valeur avant tout symbolique,
traduisent une intention :
- En 2007 : une expédition polaire plante un drapeau Russe au pôle Nord, à plus de 4000m de
profondeur : 2007 - Drapeau russe - pôle Nord
- En 2010 : une expédition plante un drapeau chinois par 3700m de fond en Mer de Chine
méridionale.

[Link]

Le constat est le même pour l’espace ; dès 1967, l’art II du Traité sur les principes régissant les activités
des États en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique dispose que :
« L’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, ne peut faire l’objet
d’appropriation nationale par proclamation de souveraineté, ni par voie d’utilisation ou d’occupation, ni
par aucun autre moyen ».
Axe 1 – Conquêtes, affirmations de puissance et rivalités B/ Des années 1970 aux années 1990 : essoufflement de la course à l’espace, dans un contexte
de multipolarisation qui voit apparaître nouveaux acteurs spatiaux
I – Les enjeux géopolitiques d’une conquête : la course à l’espace des années 1950 à l’arrivée
de nouveaux acteurs ( jalon 1). Deux phases donc :

Bien qu’il ne puisse faire l’objet d’aucune appropriation souveraine, l’espace, dès qu’a débuté son 1° - Essoufflement de la course à l’espace, qui s’explique par :
exploration, a été un terrain où se sont exprimées les rivalités entre grandes puissances. Les origines - les difficultés des deux superpuissances : difficultés financières nées du choc pétrolier, de la
de la course à l’espace sont en effet contemporaines de la guerre froide ; cette rivalité a impliqué guerre du Vietnam côté Etats-Unis, et de l’échec de l’économie collectivisée côté russe ;
progressivement, après la fin de la guerre froide, de nouveaux acteurs et de nouveaux enjeux. - l’évolution du contexte géopolitique : le climat de détente des années 1960 et l’ébauche d’un
monde multipolaire ont changé les priorités. EU et URSS ne sont plus les seules puissances, et
D’où : comment les rivalités entre puissances se sont-elles transposées dans le domaine de la instituent une « cogestion » qui s’apparente à une normalisation de leurs relations.
conquête spatiale ?
Chronologie axe 1 jalon 1 Le maintien de budgets spatiaux pharaoniques, compte tenu des retombées limitées des programmes
A/ La course à l’espace des années 1950 aux années 1960 : une transposition de la guerre froide de vols habités que développent les deux superpuissances, est de moins en moins légitime. Les deux
superpuissances abandonnent le rêve des missions lunaire et martienne, et poursuivent le
La course à l’espace, dans cette période, obéit à des enjeux avant tout politiques et symboliques : il développement de programmes spatiaux orientés vers l’orbite terrestre, avec leurs vaisseaux Apollo
s’agit, pour les deux superpuissances dont la rupture est consommée depuis 1947, d’administrer la et Soyouz, qui permettent de faire des vols habités. La détente favorise une première expérience de
preuve de leur supériorité scientifique et technologique ; c’est particulièrement le cas pendant la coopération : le programme Apollo-Soyouz, qui débouche en 1975 sur un rendez-vous orbital qui
« coexistence pacifique », qui s’installe progressivement avec le dégel consécutif à la mort de Staline permet aux vaisseaux des deux puissances de s’amarrer en orbite.
(5 mars 1953)
. 2° - Regain de la rivalité, à partir de 1975, la guerre fraîche succédant à la Détente ; les EU se
L’expression coexistence pacifique est utilisée pour la première fois par N. Khrouchtchev en 1956, lors du XXème concentrent sur le développement d’un nouveau programme de navigation habitée (Space Shuttle
congrès du PCUS, qui consacre la déstalinisation ; laissant le soin à l’histoire de désigner un vainqueur entre les Programm) avec la mise au point de la navette spatiale. Ce vaisseau, capable d’atterrir, et donc
deux modèles antagonistes, N. Khrouchtchev transpose la guerre froide sur le terrain symbolique, scientifique et réutilisable, effectue son premier vol en 1981 (navette Challenger). Dans le contexte de la guerre
technologique de la course à l’espace. fraîche, les EU de Ronald Reagan effectuent ainsi leur grand retour (America is back), mettant fin à
l’ère des bons sentiments incarnée par Jimmy Carter.
C’est en faveur des soviétiques que s’instaure dans un premier temps le rapport de force dans la En 1983, la course à l’espace prend une dimension chimérique, avec le lancement de l’IDS : initiative
course à l’espace ; l’URSS bénéficie en effet des retombées de ses succès dans le développement de stratégique de défense ; il s’agit d’un bouclier antimissile fondé sur un réseau de satellites de détection
l’arme nucléaire stratégique (ICBM), qui a nécessité la mise au point de fusées/lanceurs qui peuvent et de satellites équipés de lasers. Cette guerre des étoiles (le programme est annoncé en même temps
propulser des charges nucléaires aussi bien que des engins spatiaux. Ainsi, c’est une version modifiée que la sortie du troisième opus de la saga Star Wars) couteuse est un effet d’annonce qui a pour
d’un missile intercontinental qui sert de propulseur pour mettre en orbite Spoutnik 1, en 1957 (le signal vocation de pousser l’URSS dans ses retranchements financiers. La fin de la guerre fraîche, en 1985,
de Spoutnik, émis pendant 22 jours, la durée de vie de ses batteries.) Les Etats-Unis réagissent en et le coup d’arrêt amené par l’accident de la navette Challenger, détruite en 1986, mettent
créant la NASA en 1958 (Eisenhower), mais l’avance acquise par l’URSS continue à faire sentir ses progressivement le programme en sommeil. Les soviétiques, après avoir renoncé aux chimères de la
effets : après avoir envoyé le premier être vivant dans l’espace en 1957 (la chienne Laïka à bord de conquête de la Lune, ont donné malgré leurs difficultés financières, une finalité pragmatique à leur
Spoutnik 2), fait alunir la première sonde en 1959, les soviétiques réalisent le premier vol habité par programme spatial : la mise au point d’une station spatiale orbitale ; la station Mir est ainsi placée en
un être humain : Youri Gagarine est, en 1961, le premier homme dans l’espace. La propagande orbite en 1986, en pleine déconfiture économique et politique du modèle soviétique. Les retombées
soviétique exploite ces réussites, la supériorité de la « science soviétique » démontrant celle de son de ces programmes restent très modestes ; la fin de la guerre froide amène donc un coup d’arrêt.
modèle en général ( Une de la Pravda du 7 octobre 1957, « Gloire à la science soviétique ! Gloire à
l'homme soviétique, le premier cosmonaute ! » ) Entretemps, de nouveaux acteurs sont entrés dans le club des puissances spatiales : la France
Le programme Apollo, lancé en 1961, auquel JF Kennedy donne une impulsion très volontariste en (création du CNES en 1961), soucieuse de son indépendance, développe un programme spatial qui
1962 (cf. le discours prononcé à Houston, à l’université de Rice), inverse progressivement le rapport lui permet de devenir un des leaders sur le marché des lanceurs, avec la fusée Ariane, et grâce au
de force ; la crise de Cuba a constitué un puissant aiguillon. Les Américains sont ainsi les pionniers site de lancement de Kourou, en Guyane. Des puissances émergentes s’affirment dès les années
des missions martiennes, mais surtout ils repoussent la frontière des missions lunaires : à bord du 1970 : l’Inde, et la Chine qui a mis un point d’honneur à développer un programme spatial ambitieux
vaisseau Apollo, Neil Armstrong et Buzz Aldrin, le 20 juillet 1969, foulent le sol de la Lune. depuis le schisme sino-soviétique (1960).
C/ La reprise de la course à l’espace au XXIème siècle, dans un contexte de diversification des relancer le programme spatial, dans deux direction : les missions lointaines, en direction de la
acteurs et des enjeux (le NewSpace) Lune et de Mars, avec le programme Artemis, dont l’ambition se hisse au niveau du programme
Apollo ; le spatial militaire, avec la création d’un sixième corps d’armée : Space Force. Comme
Au début des années 1990, dans le contexte postérieur à la fin de la Guerre froide, et dans un climat en attestent leur budget spatial, 5 fois supérieur au budgets européens et chinois, et leur
favorable au multilatéralisme, les EU et la Russie ont développé un programme de coopération autour domination écrasante du marché des lancements, les EU conservent un leadership écrasant.
de l’ISS (voir jalon 1 de l’axe 2). Au début du XXIe siècle, cependant, la course à l’espace reprend, Enfin, on assiste à une effervescence de la part de puissance spatiales en devenir (l’Inde, le
stimulée en particulier par l’aiguillon que constitue l’affirmation de la Chine ainsi que par la Japon, la Nouvelle-Zélande) ou naissantes (l’Espagne , la Corée du Sud, les Pays du Golfe,
réaffirmation de la puissance russe initiée par Poutine. Cette nouvelle rivalité dans la course à l’espace l’Iran).
ne se réduit cependant plus à la dimension politique et symbolique qu’elle avait durant la Guerre - La dynamique la plus remarquable est cependant l’arrivée d’acteurs privés et la montée en
froide. Ces seuls enjeux symboliques ne sauraient justifier, dans un contexte de crise des finances puissance d’un partenariat public/privé dans le développement des programmes spatiaux
publiques, le développement de programmes très couteux financièrement. souverains. Cette dynamique dessine les contours du NewSpace : le secteur de l’aérospatiale,
Plusieurs dynamiques cohabitent ainsi dans cette nouvelle phase de la conquête de l’espace marquée malgré les enjeux stratégiques qu’il recouvre en termes de souveraineté, s’est largement ouvert
par un retour des rivalités : au secteur privé. C’est la solution qui a été trouvée au problème de financement public ; l’essor
- On constate ainsi une croissance et une diversification des enjeux économiques de la société d’Elon Musk : SpaceX, apparaît ainsi largement dépendante de la NASA et du
(Radiofrance - Satellites, le profit en orbite) que recouvre la conquête spatiale. La mondialisation financement fédéral. C’est en effet pour répondre à un appel d’offre public de l’agence américaine
économique est en effet dépendante des satellites, qui sont des instruments indispensables pour que SpaceX a mis au point des vaisseaux qui ont permis aux Etats-Unis de rompre leur
la navigation en mer et sur terre, avec le développement de systèmes de positionnement par dépendance vis-à-vis de Soyouz, grâce au cargo Dragon, à partir de 2012, puis à sa variante
satellites. Les satellites jouent également un rôle économique très important dans le domaine des habitable Crew Dragon, dont l’exploitation a démarré en 2020. C’est également SpaceX qui
télécommunications commerciales (accès internet assuré par les constellations en orbite basse, développe, malgré quelques déboires, le super lanceur Starship, qui devra permettre à la mission
télévision par satellite). Enfin, ils conservent des applications scientifiques auxquelles le Artemis d’aboutir, même si l’objectif de retour d’une mission humaine sur la Lune dès 2025
changement climatique donne une portée désormais stratégique. Le lancement de satellites est semble compromis. Enfin c’est également SpaceX qui est devenu leader dans le domaine des
une activité commerciale majeure, donnant lieu à une rivalité entre les différents opérateurs satellites, avec les constellations de satellites Sarlink en orbite basse. Sur les près de 2900
privés disposant de lanceurs, qui se disputent le leadership de ce marché ; en 2023, près de 2900 satellites mis en orbite en 2023, la très grande majorité lui appartient. Les autres opérateurs
satellites ont ainsi été mis en orbite, et on en compte aujourd’hui près de 12 000 en orbite. Ils privés : Blue origin, du milliardaire Jeff Bezos, et Boeing, l’Européen OneWeb, qui a fusionné
tentent par ailleurs de développer un nouveau marché : le tourisme spatial. Cette dynamique avec Eutelsat, sont loin derrière. La même dynamique, qui associe programme public, d’une part,
comporte le risque, à terme, de voir l’espace se transformer en poubelle. capacité de financement et dynamisme du secteur privé, d’autre part, se développe en Europe,
- Cette diversification des enjeux s’accompagne de changements et d’une diversification dans comme en atteste l’engouement des starts up françaises pour l'espace. La mise en lumière du
la hiérarchie des puissances spatiales : les exploits de la Chine qui développe un ambitieux poids de Space X a en effet entraîné en réaction une dynamique de rattrapage.
programme visant à la fois l’orbite terrestre et les missions lointaines (voir l’objet de travail - La dynamique la plus récente, enfin, est la militarisation de l’espace et le développement des
conclusif), font d’elle le principal concurrent des Etats-Unis, et la deuxième puissance spatiale enjeux stratégiques. Les satellites jouent en effet un rôle fondamental dans le renseignement
désormais devant la Russie et l’Europe. Bien que l’Agence spatiale européenne (ESA ) ait le (observation, surveillance, communication sécurisées pour les Etats), la cybersécurité et le
deuxième budget du monde, elle peine en effet à conserver sa position. Son budget (principaux guidage des opérations impliquant l’aviation, la marine, les drones et les opérations au sol. Ainsi,
contributeurs) est alimenté par les contributions des 18 pays membres, mais n’est consacré la capacité d’un pays à disposer d’un réseau de satellites devient déterminante dans le maintien
qu’aux applications civiles, non offensives ; les pays européens conservent ainsi, pour les de sa capacité militaire, comme l’a montré de façon éclatante le rôle de la constellation Starlink
finalités stratégiques et militaires, des programmes nationaux. L’avantage conféré à l’ESA par dans la guerre en Ukraine. Cet épisode a mis en lumière l’intérêt stratégique des constellations
l’existence du leader historique qu’est Arianespace et par la possession du site de lancement de en orbite basse, que leur redondance rend résilients : si un satellite est neutralisé, un autre
Kourou, en Guyane, est aujourd’hui menacé par les difficultés que rencontre le programme élément de la constellation prend le relais. Ce constat a conduit la Chine et l’Europe à développer
européen pour développer un nouveau lanceur ; en effet, Ariane 5 arrive en fin d’exploitation, la des programmes ambitieux pour disposer de leurs propres constellations et rattraper leur retard :
fusée italienne Vega-C multiplie les échecs, et la mise en exploitation du lanceur Ariane 6 en il en va de leur souveraineté spatiale et du maintien de leur capacité de défense. C’est la vocation
2025 ne lui a pas encore permis de rattraper son retard. L’Europe a ainsi été confrontée à un de la constellation européenne IRIS², qui ne sera cependant pas opérationnelle avant 2030. A
« trou » dans sa capacité de lancement, pallié par Space-X jusqu’à la mise au point récent terme, il est très probable que l’espace devienne un champ de bataille. La création d’Etat majors
d’Ariane 6. La montée de la Chine a également été facilitée par les hésitations qui ont ralenti le de l’espace témoigne de cette prise de conscience : ainsi Space force les Etats-Unis, le Comité
programme spatial américain, après l’accident de la navette Columbia en 2003, et l’arrêt du spatial de défense en France. Le retour de la haute intensité et de la guerre interétatique en
programme de vol habité en 2011. A partir de cette date les EU ont dépendu du vaisseau Soyouz Ukraine fait d’ores et déjà des satellites des cibles militaires. C’est la menace qu’a voulu faire
pour assurer leurs liaisons avec l’ISS C’est ce qui a conduit Barack Obama puis Donald Trump à planer la Russie en détruisant un de ses propres satellites hors d’usage avec un missile, en
novembre 2021. En 2025, Donald Trump a annoncé à grand bruit le lancement d’un programme - la composante aérienne, qui repose sur des bombardiers stratégiques, repérables et très exposés
de bouclier anti-missile : le Dôme d’or, dans un climat où semble se rejouer la « guerre des à la défense anti-aérienne ;
étoiles » qu’avait été tenté de promouvoir Ronald Reagan avec l’IDS, en 1983. - la composante maritime de la force de frappe nucléaire, enfin, qui repose sur deux outils
stratégiques :
Les Etats-Unis sont donc parvenus à mettre au point un modèle de programme spatial qui devrait 1 - la FOST : force océanique stratégique, composée des 4 SNLE : sous-marins nucléaires
assurer leur leadership de façon durable ; celui-ci combine un partenariat avec le domaine privé, lanceurs d’engins, qui embarquent 16 missiles M51 d’une portée de 9000km, contenant chacun
stratégique pour le domaine orbital, et le développement du programme de mission lointaines Artemis, 6 têtes nucléaires d’un puissance de 100Ktonnes – contre environ 20Ktonnes pour Fat Man, la
qui reste plus fidèle au modèle classique du programme public. La redistribution de la puissance bombe larguée sur Nagasaki. (Le Triomphant, Le Téméraire, Le Vigilant et Le Terrible.)
spatiale épargne donc pour l’heure le leadership des Etats-Unis ; l’Europe, en revanche, a rétrogradé,
Illustration du fonctionnement de la FOST : (306) #Dissuasion - Au cœur de l'organisation du
devant l’avance des puissances chinoise et russe, et peine à réinventer un modèle spatial. Le
dynamisme du secteurs privé en Europe, réel, est en effet pénalisé par les tensions entre stratégie lancement d’un missile d'essai balistique stratégique M51 - YouTube
européenne et stratégies nationales. L’ensemble de ces dynamiques dessine une perspective Pour que la dissuasion soit effective, une puissance doit être capable de maintenir au moins 1
doublement sinistre : celle de voir l’espace devenir un théâtre d’opérations militaires et une poubelle. SNLE opérationnel en mission. Cela suppose une flotte de 4 SNLE : cf France et GB. France : le
schéma opérationnel de la force océanique stratégique, à savoir un navire en patrouille, un navire
en alerte, un navire à l’entraînement et un navire en maintenance demeure pertinent
II – Affirmer sa puissance à partir des mers et des océans : la dissuasion nucléaire et les forces 2 - la force aéronavale nucléaire, constituée par les Rafales qui peuvent effectuer des raids
de projection maritimes. nucléaires depuis le Charles de Gaulle ; celui-ci peut embarquer jusqu’à un maximum de 36
Rafales.
Les caractéristiques juridiques de la haute mer en font pour les Etats impliqués dans des stratégies de
puissance un vecteur de projection fondamental : au-delà du plateau continental, la haute mer est Avantage de la composante maritime ? Triple :
considérée comme un bien commun de l'humanité et son appropriation est interdite. Cela représente - elle est très mobile ;
65% de la surface océanique/marine de la planète ouverts à la libre navigation et donc à la libre - elle peut rester déployée et opérationnelle sur des théâtres éloignés pendant de longues missions,
projection de forces, dont les armes pointent vers les espaces terrestres. grâce à l’autonomie procurée par la propulsion nucléaire. +
Deux éléments ont progressivement donné plus d’acuité à cet enjeu depuis la fin de la GF: - En ce qui concerne les SNLE : ils sont très difficiles à détecter, du fait de leur évolution et du
- Retour du risque de haute intensité, lié au rejeu des grandes tensions interétatiques ; lancement des missiles en plongée, et du fait de leur signature acoustique très faible, voire
- Contestation de la suprématie occidentale par les pays émergents ; inexistante à partir d’une profondeur supérieure à 100m (on parle de « dilution »). La force de
frappe est donc à l’abri des dommages adverses, auxquels sont exposés les autres composantes
D’où : en quoi les mers et les océans constituent-ils des vecteurs stratégiques fondamentaux ? de la dissuasion nucléaire.

A/ Quel est le rôle des forces de projection maritimes dans l’exercice de la capacité de C’est donc de cette composante que dépend le maintien de la capacité de dissuasion d’une puissance
dissuasion nucléaire ? L’exemple de la France. secondaire comme la France, même après avoir essuyé une première frappe massive qui aurait détruit
ses vecteurs terrestres et aériens. Les SNLE seraient toujours en mesure de riposter, et d’infliger des
Documents : 9 bases de SNLE dans l'océan mondial / Répartition des ogives nucléaires dans le dégâts inacceptables à un adversaire, garantissant l’effectivité de la dissuasion ; la destruction d’une
monde / Portée des SNLE américains et français - Evolution / [Link] grande métropole, d’une capitale, ne peut pas entrer dans une équation stratégique acceptable pour
[Link]/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/oceans-et-mondialisation/articles- un belligérant, quand bien même celui-ci aurait acquis un avantage décisif après la première frappe.
scientifiques/puissance-sous-marins-nucleaires
La France est une puissance nucléaire secondaire, qui face à une attaque surprise et massive de la On parle de stratégie du faible au fort pour désigner cette stratégie qui consiste, de la part d’un état disposant
part d’une grande puissance nucléaire comme la Russie est certaine de subir de très importants d’un arsenal moins important que celui de son adversaire, à préserver sa capacité de seconde frappe/riposte.
dommages, susceptibles de remettre en question sa capacité de riposte. Comment maintenir la Infographie : la multiplication par 4 de la portée des missiles français (9000km) a conforté cette option, en
capacité à riposter de la force de frappe nucléaire française dans ces conditions ? élargissant l’aire terrestre de frappe à partir de l’espace maritime. Les SNLE peuvent ainsi patrouiller de façon
plus large ; en 1971, Le Redoutable devait patrouiller très au nord, en Mer de Norvège, pour pouvoir exercer une
La force de frappe nucléaire de la France, qui compte quelques 300 ogives nucléaires, repose sur trois
menace sur Moscou.
grands vecteurs/composantes (« triade nucléaire ») :
- la composante terrestre, constituée de base de tir depuis des silo ou depuis des véhicules
lanceurs ; elle est la plus vulnérable, puisque fixe et repérable, et la plus susceptible d’être
anéantie ;
B / La hiérarchie des puissances navales : dans quelle mesure l’hégémonie des Etats-Unis est- Toutes les autres puissances ont un sea power de second rang :
elle disputée ?
- la France et l’Angleterre ont une capacité de projection calibrée au minimum, pour garantir une
Pays Nombre de porte-avions Navires principaux
capacité d’entrée en premier et la capacité de 2Nde frappe : 1 porte-avions et 4 SNLE. La France
est aujourd’hui à une croisée : rester dans cette configuration post guerre froide, ou développer
États-Unis 20, dont 11 nucléaires Classe Nimitz, USS Gerald R. Ford une force de projection et de frappe adaptée au retour à la haute intensité, avec l’objectif d’un
retour à une format 2 porte-avions, et le développement des SNLE. Disposer à terme de deux
Chine 3 Liaoning, Shandong, Fujian porte-avions annoncerait le retour à la permanence d’alerte, c’est-à-dire la capacité de disposer
en permanence d’un groupe aéronaval en opérations ou prêt à partir dans un délai réduit. La
Royaume-Uni 2 HMS Queen Elizabeth, HMS Prince of Wales France a disposé de cette capacité entre 1960 et 1990, quand étaient en service le Foch et le
Clémenceau. Porte-avions : le gouvernement prépare l’après « Charles-de-Gaulle » ([Link])
Italie 2 Cavour, Giuseppe Garibaldi - La Russie maintient laborieusement sa capacité de projection, fondée sur un matériel vieillissant
et limitée par une ouverture maritime fondée sur la périphérie arctique et extrême orientale. 1
Inde 2 INS Vikramaditya, INS Vikrant porte-avions et 13 SNLE.
- La puissance émergente de la Chine, dont le sea power égalise les puissances occidentales de
France 1 Charles de Gaulle 2nd rang dans le courant du XXIème siècle, avec 3 porte-avions et 4 SNLE. Le 3ème porte-avions
chinois, mis en service en 2022, est entièrement de conception chinoise.
Russie 1 Admiral Kuznetsov - Une puissance émergente naissante : l’Inde, qui dispose de 2 SNLE et d’un deuxième porte-
avions de conception entièrement indienne depuis 2022.

Défense. Le porte-avions, outil essentiel de la projection de la force ([Link]) Le plus frappant reste l’écart entre le premier et le second rang. L’historien Pierre Royer, en 2012, a
emprunté au géographe grec du 1er siècle avant l’ère chrétienne Strabon, le terme thalassokrator :
La puissance navale des EU trouve ses racines dans le développement de la doctrine du sea power, « maître de la mer », pour désigner la suprématie navale des États-Unis. Cependant, bien qu’encore
développée par l’officier et stratège Alfred Mahan (1840-1914 – cf. son ouvrage The Influence of Sea modeste, le développement de ces puissances navales émergentes a des effets stratégiques :
Power Upon History, 1660-1783,1890). Il est le premier a développer une réflexion de nature
géopolitique sur le rôle de la mer dans le développement de la puissance. Cette culture de la puissance - la montée en puissance de la Chine, qui déploie une stratégie dans les deux mers de Chine, tend
maritime a infusé dans la diplomatie américaine. Le gouvernement américain a ainsi progressivement à s’étendre à l’échelle mondiale par un développement en direction de l’Océan indien, fondé sur
acquis une flotte de guerre susceptible de contrôler les océans autour des États-Unis. Ce sea power la stratégie du collier de perles. Cela fait de la Chine la première menace pour l’Inde, et c’est en
s’est d’abord exercé dans les limites de la sphère isolationniste, avant de supplanter progressivement sa direction que celle-ci a développé son sea power ;
puis définitivement à l’issue de la seconde GM la puissance maritime britannique à l’échelle mondiale, - cela a amené un glissement stratégique de l’échelle du pacifique à l’échelle de l’indopacifique, et
les Etats-Unis ayant alors rompu définitivement avec l’isolationnisme. On est ainsi passé d’une pax amené les Etats-Unis depuis 2011 à basculer progressivement 60% de leurs forces dans cette
britannica à une pax americana sur les mers. région. Cet ajustement stratégique se manifeste aussi par le rapprochement entre l’Inde,
l’Australie, le Japon et les Etats-Unis, dans le format Quad. Celui-ci a été réactivé en 2021, au
C’est une véritable hégémonie que les Etats-Unis ont entretenue depuis 70 ans, qui repose sur deux détriment de la puissance française.
grands facteurs :

- Suprématie matérielle et technologique : 14 SNLE, une cinquantaine de SNA, sous-marins


nucléaires d’attaque qui disposent de la propulsion nucléaire mais sont équipés d’armes
conventionnelles (missiles et torpilles) ; 20 porte-avions, dont 11 à propulsions nucléaire ;
- Un réseau de bases militaires dans tous les océans de la planète, hérité de la 2 nde GM et de la
GF, qui leur permet d’entretenir sur tous les océans une permanence à la mer ; cela signifie que
les Etats-Unis ont la capacité d’intervenir à l’échelle mondiale dans un faible délai.
Chronologie

1955 USS Nautilus, 1er sous-marin nucléaire


1960 Premier SNLE américain et premier porte-avions à propulsion nucléaire américain First Polaris Firing
By Submerged U-Boat - YouTube
1960 Mise en service du porte-avions Foch, qui reste en service jusqu’en 2000.
1961 Premier SNLE soviétique
Mise en service du Clémenceau, en service jusqu’en 1997
1971 Le redoutable, 1er SNLE Français
1987 Entrée en service du premier SNLE chinois ; la Chine dispose aujourd’hui de 4 SNLE.
1997 Arrivée des SNLE de la classe « Le Triomphant », qui fixe à 4 le nombre des SNLE de la FOST
2001 Entrée en service du Charles de Gaulle, seul porte avion à propulsion nucléaire non-américain ; mise
hors service des derniers sous-marins à propulsion conventionnelle (diesel)
2012 Arihant, premier SNLE indien, suivi d’un second en 2017.
2011 Pivot vers l’Asie : redéploiement qui prévoit de stationner 60% des forces navales américaines dans la
zone Pacifique.
2013 La Russie livre à l’Inde son premier porte-avions.
2019 Entrée en service du deuxième porte avion chinois, de conception 100% chinoise
2020 En décembre, Emmanuel Macron dévoile les détails du programme de développement du futur porte-
avions nucléaire français.
Axe 2 – Enjeux diplomatiques et coopérations C’est la fin de la guerre froide qui permet aux Etats-Unis de relancer le projet d’ISS : en 1993,
Boris Eltsine et Bill Clinton décident en effet de fusionner les deux programmes spatiaux.
Les rivalités liées à la course à l’espace, à la projection des forces maritimes et à l’exploitation Dans le climat multilatéraliste qui prévaut alors, c’est un symbole de paix et de coopération
des ressources maritimes, ont rapidement amené les Etats à coopérer, dès la période de la fort : les deux anciens rivaux coopèrent désormais dans ce qui était pendant la Guerre froide
Guerre froide. un domaine majeur de concurrence.
Plusieurs facteurs ont favorisé ces efforts diplomatiques : Ce n’est pas seulement la fin de la guerre froide, mais aussi des considérations pragmatiques
- l’absence de statut juridique de ces espaces, faisant débuter la rédaction de traités d’un qui ont conduit les Etats-Unis et la Russie à coopérer : les Etats-Unis, qui ont désormais des
page blanche ; moyens budgétaires importants, veulent profiter de l’avance technologique décisive acquise
- la nécessité de réguler les risques d’affrontement ; par la Russie avec MIR ; la Russie, de son côté, est financièrement aux abois. C’est donc un
- la nécessite d’arbitrer l’appropriation des ressources. échange de bons procédés.
D’où : comment réguler par la voie diplomatique les rivalités auxquelles donnent lieu
l’investissement des mers et de l’espace par les Etats ? B/ Une coopération internationale, qui revêt différentes formes

I – Coopérer pour développer la recherche : l’agence spatiale internationale La coopération internationale a donc d’abord été nécessaire pour mener à bien la fabrication
et l’assemblage en orbite de la station, sous le contrôle de l’expertise technologique russe.
[Link] Le premier module est mis en orbite en 1998 ; l’assemblage, qui s’apparente ensuite à un
gigantesque mécano en orbite à 400km d’altitude, s’étale de 1998 à 2009. Il a fallu 140
Dans le domaine spatial, on assiste dès la guerre froide à une volonté de régulation de la lancements de fusées pour mener à bien l’assemblage de la station dont les dimensions sont
course à l’espace, dans le cadre onusien : de 110 mètres de large et 75 mètres de haut. Une fois établie en orbite dans sa configuration
- 1967 : traités sur l’espace extra atmosphérique, qui interdit notamment l’utilisation finale, elle effectue 16 fois le tour de la terre par jour, à la vitesse de 28 000km/h.
d’armes de destruction massive dans l’espace, et consacre le principe de non La coopération de 16 pays et de 5 agences spatiales a été nécessaire : la NASA, l’ESA,
appropriation souveraine ; Roscosmos, JAXA (Japon) et ASC (Canada) ; les contributeurs les plus importants ont en
- 1979 : traité sur la Lune, qui régit les activités des Etats sur la Lune et sur les autres charge la fourniture de modules spécialisés : les Européens et les Japonais fournissent des
corps célestes, dont l’appropriation est interdite. modules laboratoires (Columbus et Kipo), les Etats-Unis et la Russie des modules
Il faut cependant attendre la fin de la guerre froide pour voir une coopération internationale d’habitation, des modules techniques et d’autres modules laboratoire (Destiny, pour les EU).
ambitieuse se nouer, avec le programme de coopération qui a permis dans le courant des La coopération est également financière, même si les EU ont fourni environ 75% des 135
années 1990 le développement de la Station Spatiale Internationale (ISS). milliards de $ nécessaires, contre à peine plus de 8% pour les Européens.
L’étude de l’ISS permet ainsi de montrer dans quelle mesure l’enjeu commun de la La coopération se poursuit ensuite dans l’exploitation de la station : les équipages se relaient
connaissance, dans le contexte postérieur à la guerre froide, a favorisé une coopération grâce à la navette Soyouz russe, qui a le monopole des liaisons avec l’ISS depuis l’arrêt du
internationale et une rupture avec l’ancien modèle de la course à l’espace. programme de la navette américaine en 2011. En 2021, Thomas Pesquet, lors de sa
deuxième mission, est le premier français à assumer le commandement de l’ISS.
A/ Une coopération rendue possible par la fin de la guerre froide Dans la station, les astronautes, quelle que soit leur nationalité, effectuent des recherches
pour le compte de toutes les Nations parties au projet, et tous les modules leur sont
Le projet de l’ISS débute après l’échec du projet Skylab, auquel les Etats-Unis ont renoncé accessibles. Les recherches portent sur les effets sur le corps d’un séjour prolongé en
en 1979 pour des raisons budgétaires. En 1984, pour combler leur retard, ces derniers apesanteur, sur l’état de la matière, des expériences de biologie, des missions d’observation
lancent avec leurs alliés occidentaux un premier projet d’ISS, mais il s’agit alors de de l’espace et de la terre. Les astronautes se muent alors en laborantins. Le bon accueil
concurrencer l’URSS ; l’heure est encore à la guerre froide. En 1985, ce sont encore des réservé à l’équipage russe au début du déclenchement de la guerre en Ukraine atteste la
motifs budgétaires qui conduisent à mettre le projet d’ISS en sommeil, alors que les force de ce code de bonne conduite entre astronautes. Ces recherches constituent la
Soviétiques poursuivent leur propre projet avec succès, puisqu’ils parviennent à mettre en vocation première de l’ISS, et témoignent bien de ce que l’enjeu de la connaissance a reçu
orbite la station MIR en 1986. L’URSS a ainsi acquis une avance technologique décisive dans une réponse commune, grâce à la fin de la guerre froide, aux antipodes du modèle de la
le développement de ce type de programme. course à l’espace qui avait prévalu auparavant.
C/ Une ambition remise en question par le retour des grandes rivalités interétatiques

Il est donc logique que ce succès soit fragilisé par le retour des ambitions nationales et des
tensions interétatiques. La fin programmée de l’ISS, prévue pour 2024, puis repoussée à
plusieurs reprises, dernièrement jusqu’en 2028, semble ouvrir la voie à un retour au grands
programmes nationaux. Les Etats-Unis, depuis 2020 et la mise en exploitation du vaisseau
Crew Dragon (SpaceX), ont retrouvé leur indépendance pour les voyages habités et acquis,
grâce au partenariat public-privé, une avance technologique marquée dans ce domaine. Leur
ambition, avec le programme Artemis, est déjà tournée vers la Lune et Mars, se détournant
de l’ISS. La Chine, qui a refusé de prendre part à l’ISS en 2011, a commencé l’assemblage
de sa propre station : Tiangong, en 2021. Ils ont cependant annoncé qu’elle serait ouverte à
l’accueil d’équipages d’autres Nations. La Russie, par ailleurs, qui a prolongé sa participation
à l’ISS malgré la guerre en Ukraine, envisage aussi de mettre en orbite sa propre station
après la désorbitation de l’ISS. En 2019, c’était l’Inde, restée à l’écart de l’ISS par souci
d’indépendance nationale, qui annonçait son ambition de développer un programme de vol
habité et à terme une station 100% indienne.
Cette évolution se double d’une tendance à la militarisation de l’espace ; à l’automne 2021,
le tir de missile effectué par la Russie pour détruire un ancien satellite, a ainsi mis en danger
l’ISS et son équipage, en mettant en orbite une pluie de déchets. On semble revenir ainsi au
modèle de la course à l’espace du temps de la guerre froide, mais transposé dans un ordre
multipolaire, où les acteurs se sont multipliés, et où les acteurs privés ont vocation à voir leur
rôle se développer. Les Etats-Unis ont ainsi l’intention de favoriser le développement de
programme privés pour les projets en orbite basse ayant vocation succéder à l’ISS. L’ISS est
donc victime de l’affirmation des stratégies de puissance, au détriment de la coopération et
de l’ambition d’une recherche scientifique commune.
II – Rivalités et coopérations dans le partage, l’exploitation et la préservation des ressources de la surface maritime mondiale, est considéré par la CNUDM comme le « bien commun de
des mers et des océans l’humanité ».
(De la CNUDM à la BBNJ – Biological diversity Beyond National Juridiction)
B/ Pourquoi la CNUDM ne permet-elle pas de réguler efficacement les rivalités ?
Le développement de la présence des Etats dans l’espace maritime dans la 2 nde ½ du XXe siècle est
lié non seulement à leur projection militaire, mais également au développement des activités Les règles consacrées dans la CNUDM souffrent de 4 grands types de difficultés ;
économiques, fondées sur les nombreuses ressources maritimes. Celles-ci ont un caractère - entrées en vigueur qu’en 1994, à l’issue de leur ratification par un 60 ème Etat, les disposition ne
stratégique : restent que très incomplètement ratifiées ; si aujourd’hui 171 Etats on ratifié la CNUDM (Etat
- ressources halieutiques CNUDM ), parmi les Etats qui ont refusé d’en être partie figurent les Etats-Unis, ce qui l’affaiblit
- hydrocarbures offshore, à des profondeurs toujours plus importantes considérablement. De plus, parmi les Etats qui l’ont ratifiée, certains refusent d’appliquer certaines
- ressources minérales - Les ressources minérales marines profondes - Ifremer (vidéo longue, mais de ses dispositions ; c’est le cas par exemple de la Chine, qui remet en question la liberté de
le texte d’accompagnement bref suffit) navigation dans les ZEE ;
- pose de câbles sous-marins Submarine Cable Map - les Etats sont plus intéressés par leurs droits que par leurs obligations en matière
- les énergies marines renouvelable - EMR (énergies marémotrice, maréthermique, éolienne) environnementale. La Chine par exemple, sur la base de l’article 58 de la CNUDM qui garantit un
- les matériaux de construction : sable, gravier droit de « mise en place et l'utilisation d'îles artificielles, d'installations et d'ouvrages », se livre à
- les matières premières pour l’industrie chimique et pharmaceutiques (ressources génétiques) une véritable colonisation par les terre-pleins en Mer de Chine méridionale. Dernièrement, la
Norvège a décidé de lancer la mise en exploitation des ressources minières de ses fonds marins ;
Cela a eu pour effet d’étendre les rivalités et les convoitises et a incité les Etats à étendre leur - De plus, les limites des ZEE ne sont pas automatiquement fixées : cela passe par des accords
appropriation souveraine de la mer, le domaine de la mare clausum s’étendant au détriment de la mare avec les pays voisins car beaucoup de ZEE sont contigües, et dans de nombreux cas, les deux
liberum ; cela a aussi eu pour effet d’accroître la pression anthropique sur les espaces maritimes, dans pays riverains n'ont pas trouvé d'accord fixant définitivement la limite séparant leurs deux
un contexte où le changement climatique amène des bouleversements globaux (anthropocène). zones. Par exemple, si la France a des frontières maritimes avec 32 pays, seulement une
vingtaine d'entre elles fait l'objet d'un accord de délimitation achevé. En cas de conflit lié à une
D’où : comment concilier le partage, l’exploitation et la préservation des ressources maritimes dans délimitation litigieuse, les pays peuvent s’en remettre au Tribunal international du droit de la mer,
un contexte marqué par des rivalités accrues et l’entrée dans l’anthropocène ? qui intervient à la demande des parties. Il n’a donc pas un compétence souveraine, ce qui explique
pourquoi la situation de nombreuses frontières reste pendante ;
A/ Délimiter les domaines de l’appropriation souveraine et celui de la haute mer : la CNUDM - Enfin, dans le cas où le plateau s’étend au-delà de la limite des 200 milles marins, preuves
géologiques à l’appui, la Commission des limites du plateau continental (CLPC) de l’ONU prévoit
Après un premier effort en 1958 (cf. chronologie) pour identifier les droits et obligations des Etats au- que l’État riverain puisse obtenir l’extension de ses droits d’exploitation jusqu’à une limite
delà des eaux territoriales, il faut attendre 1982 et la signature de la Convention des Nations Unies sur maximale de 350 milles. Cette disposition donne lieu à un très grand nombre de revendications
le Droit de la Mer (CNUDM) pour voir consacrer à Montego Bay (Jamaïque) des règles juridiques de la part des États qui peuvent y prétendre, comme le Brésil dans l’océan Atlantique.
permettant de délimiter l’appropriation des Etats sur la zone contiguë aux eaux souveraines : ainsi naît Toutefois, cette extension ne concerne que le sol et le sous-sol marin, et pas la colonne d’eau
la Zone Economique Exclusive (ZEE). située au-dessus, ni la surface de la mer qui restent juridiquement de la haute mer, et ne change
Ce texte qui établit les principes de leur délimitation à partir de la ligne de base (la ligne des basses pas la superficie de la ZEE.
mers, qui peut correspondre au zéro hydrographique). Les 12 premiers milles marins à partir de cette
ligne forment une bande placée sous la souveraineté de l’État riverain : la mer territoriale. La ZEE est C/ Vers une gouvernance globale de la biodiversité maritime ?
définie comme la zone placée entre la mer territoriale et au maximum la ligne des 200 milles (370 km)
à partir de la ligne de base. Dans le cas d'une île, la ZEE prend alors la forme d'un vaste cercle tracé Cette ambition doit trouver un chemin étroit dans un contexte marqué par des contradictions qui
par un compas imaginaire d'un écartement de 200 milles. Lorsque les lignes de base de deux États deviennent intenables, entre :
sont situées à moins de 400 milles (740 km), la limite entre leurs ZEE est tracée au milieu. Au-delà - les impératifs environnementaux ;
des 200 milles commence le domaine juridique de la haute mer. - les rivalités croissantes pour l’accès aux ressources économiques et stratégiques ;
- le retour des grandes tensions interétatiques et du risque de haute intensité, pour lesquels
Au sein de la ZEE, les Etats ont l’exclusivité de l’exploitation des ressources, mais également des l’espace maritime constitue un théâtre de projection privilégié.
devoirs de protection environnementale ; la CNUDM y garantit également la liberté de navigation : ce Cet effort de régulation et de protection progresse à trois échelles. A l’échelle nationale, c’est la
ne sont pas des eaux territoriales. La haute-mer et les hauts fonds qui lui sont liés, au-delà des ZEE, responsabilité de chaque Etat, dans ses eaux territoriales et sa ZEE. A l’échelle régionale, de
sont placés sous un régime de liberté de pêche et de navigation total. Cet espace, qui constitue 65% nombreuses conventions de protection ont été conclues entre Etats, pour réguler la pêche, diminuer
la quantité de plastique rejetée en mer, protéger les ressources liées à la biodiversité ; cf. dans le Conclusion : dans le domaine de l’environnement marin, on retrouve la contradiction soulignée par
dossier documentaire l’exemple de la Convention pour la protection du milieu marin de l'Atlantique JB Fressoz à propos de l’industrialisation ; les accords internationaux qui portent sur l’espace maritime
Nord-Est (OPSAR), signée en 1992 (document 6). Elle a conduit à la délimitation d’Aire Marine se présentent comme un effort pour encadrer et réguler l’activité des Etats en mer, alors qu’ils
Protégées (AMP), dont une partie est située en haute mer, au-delà donc des juridictions nationales, constituent davantage une consécration du droit d’exploiter, qui fait passer au second plan la nécessité
ce qui fait de la convention OSPAR un accord précurseur sur la préservation de la biodiversité en de protection, et biaise tout effort pour faire émerger une vraie gouvernance mondiale de
Haute Mer. l’environnement marin compatible avec les enjeux de l’anthropocène.
A l’échelle mondiale, enfin, et dans le cadre onusien, ce sont les 65% de l’espace maritime que
constitue la Haute Mer dont il est urgent de garantir la protection. On peut relever trois grandes
initiatives :

- en 1995, la Convention internationale contre la surpêche ;


- en 1994 la Création de l’Autorité internationale des fonds marins, qui s’efforce de réguler
l’exploitation des ressources minières des grands fonds. Le rapport de force qui s’établit dans
cette instance ne semble cependant pas jouer en faveur d’une protection des fonds marins,
comme en atteste le retard pris dans l’adoption d’un code minier, du fait de l’opposition entre pays
partisans d’une exploitation et pays partisans d’un moratoire ou d’une interdiction totale. Les
partisans de l’exploitation sont des Etats mais aussi des acteurs privés. Dans l’attente du code
miniers, plusieurs pays et un certain nombre multinationales ont pris des dispositions unilatérales
pour autoriser l’exploration et l’exploitation des fond marins. Ainsi l’administration Trump a-t-elle
signé, en avril 2025, un décret tendant à accélérer la délivrance de permis d’exploitation en haute
mer, les Etats-Unis n’étant pas partie à la CNUDM et à l’AIFM (L'AIFM sous pression) ;
- en 2018 enfin, le traité international sur la biodiversité en haute mer (BBNJ) - La BBNJ - Nations
Unies ; l’ambition est de créer « un instrument international juridiquement contraignant se
rapportant à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et portant sur la conservation
et l’utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction
nationale ». Le 20 juin 2023, la conférence intergouvernementale onusienne au sein de laquelle
l’accord est négocié est parvenue à adopter un accord qui est maintenant en attente de
ratification. Le texte prévoit une entrée « en vigueur 120 jours après la date de dépôt du 60ème
instrument de ratification » (art. 68 de l’accord), soit le 17 janvier 2026, d’une façon beaucoup plus
rapide que ce qui était anticipé. Au 12 janvier 2024, le nombre de signataires est de 84. L’objet
de l’accord est la protection des ressources génétiques vivantes, l’exploitation des ressources
minières restant encadré par ailleurs par les négociations menées au sein de l’AIFM.

Les progrès sont coordonnés depuis 2017 au sein de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan ;
l’UNOC3 a ainsi siégé à Nice en juin 2025. Cette conférence onusienne a pour vocation de mettre en
œuvre les objectifs de l’Object de développement durable n°14 (ODD14), intitulé « Vie aquatique »

L’architecture de ce cadre juridique international comporte une contradiction majeure, qui fait douter
de la portée de l’accord BBNJ : une grande partie des Etats membres de l’AIFM milite dans le sens
d’une ouverture et d’une libéralisation de l’exploitation minière en haute mer, or cette exploitation
minière fait précisément peser une grave menace sur une biodiversité que la science n’a même pas
fini d’explorer, tant la connaissance des abysses reste lacunaire et parcellaire - L’exploitation des fonds
de l’océan fait peser une menace sur des milliers d’espèces encore inconnues
- Dans les années 2010, la Chine pousse son programme au-delà de l’orbite terrestre ; en 2019
l’exploration de la face cachée de la Lune par la sonde Chang’e 4 (nom de la déesse de la Lune,
dans la mythologie chinoise et le taoïsme) est une première mondiale. La Chine, qui souhaite
construire une base lunaire, a construit à cet effet, avec l’université de Beihang (Pékin), un
simulateur de base lunaire, et développe actuelle un vaisseau capable d’alunir. En 2021, la
mission Tianwen-1 est parvenue à placer une sonde en orbite autour de Mars et à poser un
atterrisseur portant à son bord un robot d’exploration. Enfin, la Chine, exclue de l’ISS, poursuit le
développement de son programme en orbite basse en faisant aboutir son propre programme de
station ; en juin 2021, elle lance le premier module de la station Tiangong (« Palais céleste »).
Chapitre 4 / Objet de travail conclusif - La Chine : à la conquête de l’espace, des mers et des
océans Ainsi, dans l’espace, la Chine ne souhaite plus simplement combler son retard, elle se donne les
moyens de devenir pionnière : le secteur spatial s’inscrit pleinement dans l’objectif du « Rêve chinois »
L’affirmation de la puissance chinoise a constitué depuis la fondation de la RPC, et encore plus depuis vanté par Xi Jinping. Elle vise l’orbite basse, les missions lunaires et l’espace profond. A travers les
le début du XXIe siècle, un puissant facteur d’évolution de l’ordre mondial, sur lequel elle a une action partenariats qu’elle développe, elle perpétue l’ambition d’une conquête spatiale contribuant à une
double : science partagée ; ainsi, elle a développé une mission d’observation en partenariat avec le CNES : la
- elle contribue à l’avènement d’un ordre multipolaire, qui redessine les grands équilibres mission SVOM. Cependant : cela coûte très cher, le programme spatial chinois étant entièrement
géopolitiques ; ex : diplomaties triangulaire de Nixon. financé par l’Etat.
- elle contribue également, par sa stratégie d’expansion, au retour des grandes logiques
d’affrontement interétatiques, que l’on croyait disparues depuis la fin de la guerre froide et B/ L’affirmation tardive et incomplète d’une capacité de projection des forces maritimes
l’avènement de nouvelles conflictualités. Dans le domaine maritime, la Chine n’a eu jusqu’à la fin du XXe siècle que les moyens d’assurer la
Elle a donc été interprétée, en particulier par les Etats-Unis, comme une menace sur l’ordre mondial sécurité dans ses eaux territoriales et la défense de ses côtes : elle ne dispose pas de moyens de
à la tête duquel ils s’étaient affirmés après 1991. Ce « défi » chinois s’est en particulier exprimé dans projection lui permettant de prétendre à une expansion navale.
la conquête de l'espace, des mers et des océans. A partir des années 1990, elle ambitionne désormais d’acquérir une capacité de projection d’amplitude
régionale : il s’agit ainsi d’assurer la présence chinoise dans l’espace délimité par la « première chaîne
D’où : comment la Chine affirme-t-elle sa puissance par la conquête spatiale et maritime ? d'îles », du Japon aux Philippines : mer Jaune, mer de Chine orientale, mer de Chine méridionale. La
Chine investit alors massivement dans une flotte militaire hauturière lui permettant d’accéder au
I – Le développement d’une capacité de projection de la puissance dans l’espace, les mers et 2e rang mondial. Elle dispose ainsi de quatre SNLE, trois SNA et quinze sous-marins à propulsion
les océans… conventionnelle, ainsi que de trois porte-avions, le Liaoning, reconstruit à partir d’un navire soviétique,
le Shandong, à propulsion nucléaire et de conception entièrement chinoise, et un troisième, équipé de
A/ L’émergence précoce d’une puissance spatiale catapultes électromagnétiques et à propulsion nucléaire : le Fujian, qui a effectué sa première
On peut distinguer trois étapes dans le développement de la puissance spatiale chinoise : navigation en 2024 en mer de Chine méridionale.
- Dans la deuxième moitié des années 1950, elle lance un programme spatial qui aboutit en 1970, Au service de quels enjeux ces moyens sont-ils développés ?
quand le premier satellite chinois est mis en orbite par un lanceur Longue Marche. Par ce
lancement, la Chine devient le cinquième pays du monde capable d’envoyer des satellites dans II – … au service d’enjeux ambitieux
l’espace.
- A l’issue des années 1980, le succès des réformes et de la modernisation engagées par Deng A/ Les enjeux économiques
Xiaoping a donné à la Chine les moyens d’affirmer ses ambitions spatiales, en se rapprochant de Dans le domaine spatial, la perspective d’exploitation des ressources, bien qu’affirmée, reste encore
la Russie pour bénéficier de transferts de technologie. Elle lance ainsi en 1992 un programme qui chimérique. L’enjeu économique découle surtout de l’exploitation commerciale des lanceurs de
lui permet en 1999 (cinquantenaire de la RPC !) de procéder au lancement de son premier satellites : en 2019, la Chine a assuré 38 lancements, plus que tout autre pays, s’imposant comme le
vaisseau spatial sans équipage : Shenzhou 1 (« vaisseau divin »). Shenzhou 5, qui embarque le leader des lancements orbitaux : elle met des satellites en orbite pour elle mais aussi pour d’autres
premier taïkonaute, permet à la Chine de devenir en 2003 la troisième puissance capable de pays (Brésil, Algérie, Laos…). Elle contraint l’Agence spatiale européenne (ESA) à innover pour ne
lancer des hommes dans l’espace. Symboliquement, la navette Columbia connaît la même année pas perdre trop de parts de marché en développant Ariane 6, dont le coût devrait être 40% plus faible
l’accident qui conduit les Etats-Unis à renoncer progressivement à leur programme de vols qu’Ariane 5.
habités. Dans l’espace maritime :
- La stratégie déployée par la Chine pour acquérir la maîtrise des routes maritimes vise à garantir C/ Les enjeux politiques et symboliques
ses approvisionnements en matières premières ; le volet maritime des « Nouvelles routes de la Un des aspects les plus remarquables de l’ambition chinoise dans le domaine spatial et maritime est
soie » (Belt and road initiative) doit ainsi la relier à une diversité de partenaires, aussi bien les la façon dont elle s’inscrit dans le long terme, dans une stratégie capable de fixer un agenda à l’horizon
États du Moyen-Orient que ceux d’Afrique, d’Asie du Sud et du Sud-Est. En mer de Chine de plusieurs décennies, et dont la finalité est de restaurer la puissance impériale chinoise, celle de
méridionale, son expansion vise en particulier à sécuriser l’accès au détroits, en particulier celui l’empire des Qing, avant qu’il ne s’effondre et ne soit incapable de résister à l’appétit colonial de
de Malacca. Cet impératif de l’approvisionnement explique également la convoitise pour l’Arctique l’Occident (voir l’épisode des guerres de l'opium), de la Russie et du Japon à la fin du XIXe siècle.
et l’Antarctique, le réchauffement étant perçu comme une opportunité. En effet, le pays ne cache La stratégie maritime et spatiale constitue de ce point de vue le couronnement d’une stratégie de
plus ses ambitions de mettre en œuvre de véritables « routes de la soie polaires », afin de restauration de la puissance que la RPC a mis en œuvre depuis 1949 ; on peut y distinguer trois
diversifier ses sources d’approvisionnement en gaz, en pétrole et en autres minerais. grandes étapes :
- Premier consommateur, exportateur et producteur de poissons de la planète, elle rachète des - De 1949 à la mort de Mao en 1976, l’enjeu central a été de fonder un Etat fort, pour rompre
droits de pêche en Afrique et s’efforce d’étendre sa ZEE dans ses mers bordières. avec la défaillance étatique qui avait caractérisé la Chine depuis la deuxième moitié du
- Elle souhaite aussi exploiter les minerais et les réserves d’hydrocarbures offshore: elle XIXème, avec la fin de l’Empire et la guerre civile qui marque la période républicaine. Mao y
revendique ainsi en mer de Chine méridionale une ZEE incluant des champs de pétrole situés au parvient, et s’applique même à partir de 1960 à émanciper la Chine de la tutelle de l’URSS
large du Vietnam. (schisme sino-soviétique), pour en faire le leader du Tiers Monde.
La stratégie chinoise prend la forme d’établissements portuaires qui s’égrènent le long de ces routes - De 1978, avec l’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping, qui a initié l’ouverture de la Chine au
d’approvisionnement, et constituent des points d’appui tant civils que militaires ; c’est ce qui est parfois capitalisme, jusqu’à la fin des années 1990, la Chine s’est efforcée d’ajouter la puissance
désigné comme la stratégie du « collier de perles ». économique à la restauration étatique. Elle s’ouvre au capitalisme dans les ZES (zones
franches) et devient l’atelier du monde, attirant les investissements.
B/ Les enjeux géostratégiques - Depuis le début du XXIe siècle, enfin, elle s’affirme comme une puissance désormais
Au-delà des enjeux économiques, la conquête de l’espace, des mers et des océans est pour la Chine accomplie, autonome du point de vue technologique, capable de développer une stratégie
un moyen de s’affirmer en redessinant les grands équilibres géostratégiques. Dans le domaine spatial, de superpuissance, en jouant sur tous les registres : celui de la puissance politique, militaire,
elle s’affirme ainsi au deuxième rang mondial et a acquis la capacité à imposer le rythme de la économique, et culturelle, celui du hard et du soft power. La puissance spatiale joue de ce
conquête : elle force l’ESA à réinvestir dans les lanceurs pour conserver son rang, et elle impose aux point de vue sur les deux tableaux : symbolique (soft power) et matériel (hard power), comme
Etats-Unis un agenda ambitieux en direction de la Lune et de Mars. c’est la cas depuis le début de la course à l’espace.
Dans le domaine maritime, elle impose un déplacement des grands centres de gravité, par un stratégie Les noms donnés aux programmes spatiaux renvoient à cette mythologie de la puissance restaurée :
qui articule une ambition à plusieurs échelles : le nom du lanceur Longue Marche renvoie à un épisode héroïque de l’histoire du parti communiste, en
- A l’échelle régionale, dans les mers bordières de la « première chaîne d’îles », elle entend assurer 1934 ; le nom de la station spatiale : Tiangong, qui signifie « Palais Céleste », est une allusion au
sa domination en mer Jaune, mer de Chine Orientale, mer de Chine méridionale ; dans ce premier « Céleste Empire » des Hans et à ses prétentions au pouvoir universel. C’est à partir de l’arrivée au
cercle concentrique elle revendique Taïwan, les îles Senkaku et une ZEE élargie. C’est donc un pouvoir de Xi Jinping que ce discours décolonisateur associé à la conquête spatiale acquiert le plus
espace maritime dans lequel elle a des prétentions souveraines. Les logiques d’appropriation de force : il lance le slogan « Rêve chinois », pendant du « rêve américain ». Ce discours réussit le
maritimes, qui se sont dans un premier temps limitées essentiellement aux îles Paracels tour de force de fusionner/amalgamer, dans une seule construction idéologique, la référence à
revendiquées par le seul Vietnam, prennent désormais dans la mer de Chine méridionale la forme l’Empire, à la tradition confucéenne et à Mao. C’est la conquête spatiale qui vient donner corps à ce
d’une « grande muraille de sable ». Poldérisant île après île, créant leurs propres îles roman national.
artificielles, les Chinois font construire un phare, une piste d’atterrissage ou une casemate,
installent des militaires. (Cf. la « ligne en neuf traits », ou « langue de bœuf »).
- Ce premier cercle constitue un point d’appui pour étendre ses prétentions en direction de l’océan
indien, où on a vu qu’elle déployait une stratégie fondée sur l’implantation portuaire et le contrôle
des routes . Elle y constitue une menace pour l’Inde.
L’effet est d’imposer une vision de l’espace maritime qui articule et tend à fusionner l’océan indien et
l’océan pacifique en un seul ensemble géostratégique : l’Indopacifique. C’est la prise de conscience
de cette reconfiguration majeure qui a conduit au rapprochement entre l’Inde, l’Australie, le Japon et
les Etats-Unis, dans le format « Quad », pour contrer la Chine. Celui-ci a été réactivé en 2021, au
détriment de la puissance française. C’est cette capacité à dessiner la carte qui dit le mieux l’ambition
chinoise.

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