WEEK9
Introduction aux politiques publiques
Définition : Une politique correspond à ce qu’un gouvernement
fait ou ne fait pas face à un problème donné. Elle peut être
comprise comme un cours d’action ou un choix d’inaction.
Nature : Les politiques sont les principaux outputs des
systèmes politiques (Knill & Tosun, 2020, p. 361).
Formes possibles :
o Lois,
o Règlements,
o Décisions d’appliquer ou de ne pas appliquer certaines règles,
o Ordres et directives administratives.
Champ d’étude : La science politique consacre un large sous-
champ à l’étude des politiques publiques. Les chercheurs
s’intéressent notamment à :
o Leur formation (comment elles émergent),
o Les raisons pour lesquelles certaines sont adoptées et
d’autres non,
o Leur efficacité (pourquoi certaines fonctionnent et d’autres
échouent).
🌍 Exemple illustratif
Un projet de logement social au Bénin illustre concrètement ce qu’est
une politique publique : une action gouvernementale visant à répondre à
un besoin social, ici l’accès au logement.
📖 Problématique
Quels types de cadres d'analyse pouvons-nous utiliser pour l'étudier ?
Sont-ils applicables dans le contexte africain et du Sud global, ou y a-t-il
quelque chose de particulier dans la manière dont l'élaboration des
politiques y fonctionne ?
Examinons d'abord un cadre d'analyse influent qui divise
séquentiellement les différentes phases de l'élaboration des politiques : le
« cycle politique » (ou « cycle de la politique publique »).
📖 Le cycle politique – un cadre analytique
Le cycle politique est un modèle influent qui cherche à représenter
comment les politiques publiques sont élaborées.
Il a été développé dans un contexte occidental à partir des
années 1970 (avec des recherches préliminaires dès les années
1950).
📖 détermination des problèmes (mise à l’agenda
(agenda-setting))
Dans un pays, il se passe constamment de nombreux événements.
Les individus et les groupes sociaux ont des perceptions
différentes : certains considèrent une situation comme
problématique, d’autres non.
Un problème n’existe pas de manière “objective” : il doit être
construit socialement et reconnu comme nécessitant une
intervention publique.
🔍 Exemple illustratif
Pollution des plages :
o On peut vivre avec des plages sales sans que cela menace
directement la survie.
o Mais si certains acteurs (citoyens, ONG, médias, politiciens)
décident que c’est un problème, il entre dans le débat public.
Cela montre que la sélection des problèmes est cruciale :
pourquoi le gouvernement choisit-il de traiter le problème ABC et
pas le problème DEF ?
🟢 Définition
L’agenda-setting est le processus par lequel certains problèmes
reçoivent une attention publique et politique, tandis que
d’autres restent ignorés.
C’est une étape décisive, car elle détermine quels enjeux
deviennent des politiques publiques.
🔍 Les acteurs et mécanismes de l’agenda-
setting
Les sources qui peuvent amener un problème à être reconnu comme tel :
Entrepreneurs politiques :
o Des politiciens ou partis mettent en avant un problème parce
qu’ils pensent que cela peut leur rapporter du soutien
électoral.
o Exemple : parler de la pollution des plages pour mobiliser des
électeurs.
Fonctionnaires (civil servants) :
o Des agents publics peuvent signaler un problème à leurs
supérieurs.
o Exemple : un employé du ministère de l’Environnement qui
constate la dégradation d’une plage.
Groupes d’intérêt :
o ONG ou associations qui militent pour que le gouvernement
prenne en charge un problème.
o Exemple : une ONG environnementale qui interpelle les
autorités.
Médias et journalistes :
o Ils attirent l’attention sur une question et la rendent visible
dans l’espace public.
o Exemple : des articles sur la pollution des plages.
Chocs exogènes (événements majeurs) :
o Crises ou catastrophes qui forcent les gouvernements à agir.
o Exemples : Covid-19, 9/11, invasion de l’Ukraine, tsunami de
2004, catastrophe de Tchernobyl, sécheresse majeure.
✅ Conclusion
la mise à l’agenda est un processus social et politique, influencé par :
les acteurs politiques,
les administrations,
les groupes d’intérêt,
les médias,
et les événements extérieurs.
📖 La formulation des politiques
La formulation des politiques est la deuxième étape du policy cycle,
après la mise à l’agenda.
Une fois qu’un problème a reçu de l’attention publique et politique,
il faut développer des solutions concrètes.
C’est à ce stade que les alternatives deviennent visibles et que les
acteurs politiques doivent choisir parmi différentes options.
🔍 Les acteurs impliqués
Selon le système politique, plusieurs acteurs peuvent participer à la
formulation :
Pouvoir exécutif (ministères) :
o Dans la plupart des pays, ce sont les ministères qui prennent
l’initiative de rédiger de nouvelles lois ou règlements.
o Ces projets sont ensuite discutés et éventuellement adoptés.
Pouvoir législatif (parlement) :
o Dans certains systèmes, le parlement joue un rôle plus actif
dans la rédaction des politiques.
Experts et scientifiques :
o Les think tanks, chercheurs et spécialistes peuvent proposer
des solutions ou être consultés pour donner un avis technique.
Groupes d’intérêt : Organisations (syndicats, associations
professionnelles, ONG, mouvements citoyens) qui cherchent à
défendre les intérêts d’un groupe social ou économique.
o Ils peuvent contribuer à la formulation en défendant leurs
causes et en proposant des idées.
Exemples :
Un syndicat agricole qui défend les agriculteurs.
Une ONG environnementale qui milite pour la protection des
forêts.
Une association de consommateurs qui demande plus de
transparence sur les prix.
Lobbyistes : Professionnels (souvent rémunérés) dont le métier est
d’influencer directement les décideurs politiques au nom
d’une entreprise, d’un secteur ou d’un groupe.
o Dans certains contextes, ils vont jusqu’à rédiger des projets
de loi complets et les soumettre aux décideurs.
Exemple :
Un lobbyiste travaillant pour une grande entreprise
pharmaceutique qui cherche à influencer la
réglementation sur les médicaments.
✅ Conclusion
La formulation politique est une étape cruciale du cycle des
politiques publiques :
Elle transforme un problème reconnu en solutions concrètes.
Elle implique une diversité d’acteurs (gouvernement, parlement,
experts, groupes d’intérêt, lobbyistes).
La manière dont elle se déroule dépend fortement du système
politique et du contexte institutionnel.
📖 L’adoption politique ou prise de décisions
1. Définition générale
L’adoption politique correspond au moment où l’on choisit une
option parmi les différentes alternatives élaborées lors de la phase de
formulation.
Autrement dit, c’est l’étape de la prise de décision : quel plan d’action
(ou d’inaction) sera effectivement retenu.
2. La nécessité du soutien politique
Pour qu’une politique soit adoptée, il faut en général construire un
soutien politique autour de cette option.
Le niveau de soutien nécessaire dépend :
du système politique du pays (présidentiel, parlementaire, etc.)
de divers facteurs politiques (partis au pouvoir, opinion publique,
rapport de forces).
3. Des acteurs plus ou moins libres
Selon les contextes, certains décideurs peuvent avoir plus de liberté pour
adopter une politique.
Exemple : Le Président des États-Unis peut parfois adopter
certaines mesures sans passer par le Congrès, grâce aux
Executive Orders (décrets présidentiels).
Ici, l’acteur est peu contraint.
4. Présence de nombreux “veto players”
Dans d'autres systèmes, il existe plusieurs acteurs qui peuvent bloquer
une décision.
On appelle ces acteurs des “veto players”.
Cela peut être :
une chambre basse (Parlement),
une chambre haute (Sénat),
un chef d’État,
des cours ou tribunaux,
ou d’autres institutions.
Plus il y a de veto players, plus il est difficile d’adopter une politique.
5. Conséquence : Compromis et dilution
Pour obtenir suffisamment de soutien ou éviter un veto, il faut souvent
modifier la politique, faire des compromis, ou l'“adoucir”.
C’est ce qu’on appelle “water down the policy” :
la politique est diluée ou affaiblie pour qu’un maximum d’acteurs
l’accepte.
✅ Conclusion
La policy adoption est une étape cruciale du cycle des politiques
publiques :
Elle transforme des alternatives en décisions officielles.
Elle dépend du système politique et du nombre d’acteurs
capables de bloquer ou modifier la décision.
Plus il y a de veto players, plus la politique risque d’être
compromise ou atténuée pour obtenir un consensus.
Implémentation (Mise en œuvre,
application des politiques)
La phase d'implémentation désigne l'étape où une politique est mise en
pratique.
Cependant, il est fréquent qu'il y ait des écarts entre ce que la politique
stipule sur le papier et ce qui se produit réellement sur le terrain (elle peut
même ne pas être mise en œuvre du tout pour diverses raisons).
Raisons des Écarts de Mise en Œuvre
Les raisons de ces écarts sont nombreuses :
Contraintes de Capacité ou de Ressources : Manque de
personnel, de financement, ou d'expertise pour appliquer
correctement la politique.
Volonté Politique : Les décideurs peuvent vouloir retarder
l'implémentation ou ne pas avoir l'intention réelle de la faire
appliquer (politique faite pour l'affichage).
Influence des "Bureaucrates de Proximité" (Street-level
bureaucrats) : Les fonctionnaires de terrain (policiers, enseignants,
agents administratifs) disposent d'une marge de manœuvre
considérable dans la manière dont les politiques sont appliquées et
exécutées. (Lipksy 1980)
o Leurs idées, intérêts, idéologies, motivations et attentes
personnelles jouent un rôle majeur dans l'exécution
quotidienne. (Mohammed, 2019; Schmoll, 2021)
Corruption : Elle peut permettre à certains individus de contourner
ou d'échapper à l'application d'une nouvelle politique.
✅ Conclusion
L’implementation est le moment où une politique passe du papier à la
réalité.
Elle est souvent imparfaite, car influencée par des contraintes
matérielles, des choix politiques, des comportements
bureaucratiques et parfois la corruption.
Comprendre cette étape est essentiel pour analyser pourquoi
certaines politiques réussissent et d’autres échouent.
📊 Évaluation des politiques
L’évaluation est la dernière étape du cycle des politiques
publiques.
Elle consiste à vérifier si une politique a atteint ses objectifs.
Exemple : si une politique visait à réduire la pollution des plages,
l’évaluation doit mesurer si ce problème a effectivement été résolu.
L’évaluation est censée fournir un feedback pour améliorer les
politiques futures et relancer un nouveau cycle.
🔍 Les difficultés de l’évaluation
Le texte souligne que l’évaluation est souvent problématique :
Absence d’évaluation :
o Les acteurs liés à la politique peuvent ne pas avoir intérêt à ce
qu’elle soit évaluée.
o Ils peuvent craindre de révéler un échec ou des résultats
négatifs.
Évaluations biaisées ou faibles :
o Même lorsqu’une évaluation est réalisée, elle peut être faite
avec des méthodes médiocres pour obtenir la conclusion
souhaitée.
o Cela permet de “valider” la politique sans véritable rigueur
scientifique.
Objectifs vagues ou faciles :
o Parfois, les objectifs ne sont pas clairement définis.
o Ils peuvent être volontairement vagues ou fixés de manière à
être facilement atteints, ce qui rend l’évaluation superficielle.
✅ Conclusion
L’évaluation est une étape essentielle mais fragile du cycle des
politiques publiques :
Elle devrait permettre de mesurer l’efficacité réelle d’une politique
et d’améliorer les futures décisions.
En réalité, elle est souvent biaisée, incomplète ou inexistante, car
les acteurs politiques peuvent avoir intérêt à éviter une remise en
question.
Cela explique pourquoi certaines politiques continuent ou se
répètent sans preuve solide de leur efficacité.
⚙️Utilité du Cadre du Cycle de la Politique
Publique
Critiques du Modèle
Le modèle du cycle de la politique publique est souvent critiqué pour
présenter un schéma trop simple et idéalisé du processus :
Il le dépeint comme étant structuré, ordonné, rationnel et
linéaire.
Il est fortement basé sur le contexte occidental, c'est-à-dire
l'élaboration des politiques dans les États les plus riches, les plus
démocratiques et les plus performants.
Même dans ces contextes, le modèle est souvent jugé irréaliste :
Par exemple, les évaluations sont souvent négligées.
Les solutions sont parfois décidées pour des problèmes qui
n'existent pas réellement ou qui n'ont pas été identifiés comme tels.
La mise en œuvre n'a pas lieu.
Les étapes ne se déroulent pas forcément de manière séquentielle :
elles peuvent se chevaucher ou s’influencer mutuellement (ex.
l’agenda-setting peut déjà affecter l’implémentation).
Utilité Persistante
Malgré ces critiques, le cadre est considéré comme utile pour plusieurs
raisons :
Idéal Normatif : il propose une vision de ce que la fabrication des
politiques devrait être (Jann & Wegrich, 2007).
Buts Analytiques : il aide à décomposer le processus en étapes
distinctes pour mieux les analyser (Howlett & Ramesh, 2003).
Structuration de la recherche : il fournit un cadre pour organiser
les études en science politique (par exemple, des recherches
focalisées sur l’agenda-setting ou sur l’évaluation).
En pratique, il est rare qu’une étude applique le cycle complet, mais
il sert de référence commune.
Pertinence dans le Sud Global
Le modèle est une simplification de la réalité, que ce soit dans le Nord ou
le Sud global, en Afrique ou ailleurs.
Cependant, son objectif principal n'est peut-être pas de montrer
"comment les choses fonctionnent", mais plutôt de suggérer : "Voici les
différents aspects de l'élaboration des politiques que vous pouvez
étudier".
Ainsi, on peut conserver le cadre analytique tout en reconnaissant que ce
que l'on trouve sera différent en Afrique que dans d'autres régions, car la
manière dont les politiques sont élaborées en Afrique et dans le Sud
global peut être différente.
Des questions se posent alors :
L'établissement de l'ordre du jour fonctionne-t-il de la même
manière qu'en Occident ?
L'adoption de la politique fonctionne-t-elle de la même manière ?
L'implémentation fonctionne-t-elle de la même manière ?
🌍 détermination des problèmes (mise à l’agenda
(agenda-setting)) en Afrique : Quelles Différences ?
Plusieurs facteurs contextuels peuvent modifier la manière dont les
problèmes sont identifiés et hissés au rang de priorités politiques en
Afrique, par rapport aux modèles occidentaux :
🔍 Facteurs spécifiques en Afrique
Domination de l’exécutif et biais élitiste :
o Les priorités sont fixées par les dirigeants, souvent en fonction
de leurs propres intérêts politiques ou économiques.
o Les problèmes des classes populaires ne sont pas toujours
considérés comme prioritaires.
Influence des bailleurs internationaux :
o De nombreux pays africains dépendent de l’aide extérieure.
o Les préférences des donateurs bilatéraux ou multilatéraux
(ex. FMI, Banque mondiale) influencent fortement l’agenda.
o Parfois, des politiques sont exigées en échange de prêts ou de
financements.
Rôle limité de la société civile :
o Dans certains pays, la société civile est dynamique et peut
influencer l’agenda.
o Mais dans beaucoup de cas, elle manque de capacité, de
présence et d’influence, ce qui réduit son impact sur les
décisions.
🌍 Illustration
L’image mentionnée – le Président du Cameroun présidant un
conseil des ministres pour fixer de nouvelles priorités – illustre bien
cette logique :
Les décisions sont prises au sommet de l’État.
Les priorités sont définies par les élites politiques, souvent sans
réelle participation des citoyens ordinaires.
✅ Conclusion
L’agenda-setting en Afrique est donc marqué par :
Une centralisation du pouvoir au niveau de l’exécutif.
Une forte influence extérieure des bailleurs internationaux.
Une faible capacité de la société civile à peser sur les priorités.
✍️Formulation de la Politique Publique en
Afrique : Quelles Différences ?
La formulation des politiques en Afrique présente des particularités
par rapport au modèle classique du policy cycle.
Comme pour l’agenda-setting, elle est marquée par une
gouvernance top-down (dirigée par les élites et l’exécutif).
Elle est influencée par la dépendance aux bailleurs
internationaux et par la faiblesse de la société civile (CSOs).
(Bratton, 1990)
🔍 Facteurs spécifiques en Afrique
Top-down governance et dépendance aux donateurs :
o Les priorités sont souvent fixées par les élites politiques ou
imposées par les bailleurs (FMI, Banque mondiale, etc.).
o Cela peut conduire à des politiques déconnectées des besoins
réels des populations locales.
Faiblesse des administrations :
o Les ministères disposent de capacités limitées.
o Les think tanks de qualité sont rares, et beaucoup
d’experts quittent le secteur public pour le privé ou l’étranger
(brain drain).
o Résultat : les ministères s’appuient sur des consultants
internationaux pour rédiger des lois et stratégies (ex.
fiscalité, investissements, gestion des déchets, tourisme).
Poids des normes informelles :
o Dans de nombreux contextes africains, les règles formelles
(lois, règlements) ne sont pas toujours celles qui régissent
réellement la société.
o Les normes informelles (coutumes, pratiques locales,
réseaux sociaux) peuvent avoir plus d’influence que les textes
officiels.
🌍 Conséquence
Les politiques formulées peuvent être en fort décalage avec la
réalité locale.
Elles risquent de ne pas correspondre aux pratiques sociales ou aux
capacités institutionnelles, ce qui limite leur efficacité.
Exemple : une stratégie de gestion des déchets rédigée par un
cabinet international peut ignorer les pratiques locales de recyclage
informel ou de gestion communautaire.
✅ Conclusion
La policy formulation en Afrique est souvent :
Centralisée et élitiste,
Influencée par les bailleurs internationaux,
Fragilisée par le manque de capacités administratives et
d’expertise locale,
Déconnectée du terrain, car les normes informelles continuent de
structurer la vie sociale.
Adoption de la Politique Publique en
Afrique : Quelles Différences ?
La phase d'adoption, où une politique est officiellement choisie et
approuvée, est marquée par des dynamiques politiques et
institutionnelles spécifiques au contexte africain :
I. Processus de Lobbying et d'Influence
Lobbying Moins Formel et Régulé : Le lobbying ne fonctionne
pas nécessairement de la même manière qu'en Occident ; il est
souvent moins structuré et moins encadré par la loi.
Manque de Transparence : Il y a moins de transparence dans la
manière dont les gouvernements rencontrent et interagissent avec
les groupes d'intérêt et les lobbyistes. Par exemple :
o Absence de registre de lobbying.
o Absence de règles strictes sur la rotation des emplois entre
public et privé.
o Non-publication de la déclaration de patrimoine des
politiciens.
Accès Informel : Les élites économiques et politiques, les
membres de la famille et les amis des personnes au pouvoir
bénéficient souvent d'un accès informel privilégié aux décideurs.
🌍 Illustration
La mention de la réunion annuelle du FMI en 2024 illustre
l’importance des bailleurs internationaux dans la définition et l’adoption
des politiques en Afrique.
Les décisions nationales sont souvent influencées par des
pressions extérieures autant que par des dynamiques internes.
II. Spécificités du Processus Décisionnel
Marque de l'Autocratie et de l'Influence des Donateurs : Le
processus de prise de décision est une fois de plus façonné par les
particularités des régimes autocratiques et par l'influence des
donateurs internationaux. *
Faiblesse des Contre-pouvoirs (Checks and Balances) : Les
mécanismes de contrôle et d'équilibre sont souvent plus faibles.
Moins de Veto Players : Il y a moins d'acteurs (ou "veto players")
capables de bloquer les politiques que le gouvernement souhaite
mettre en œuvre (ceci est particulièrement vrai dans les
autocraties).
✅ Conclusion
La policy adoption en Afrique est marquée par :
Un lobbying informel et opaque,
Un accès privilégié des élites et proches du pouvoir,
Une forte influence des bailleurs internationaux,
Des contre-pouvoirs institutionnels faibles, surtout dans les
régimes autoritaires.
🚧 Implémentation (Mise en œuvre,
application des politiques) de la Politique
Publique en Afrique : Quelles Différences ?
L'étude de l'implémentation est souvent considérée comme plus
importante que l'étude de la phase de formulation ou d'adoption dans le
contexte africain, car l'écart entre ce qui est décidé sur le papier et ce qui
est mis en pratique est souvent très important.
🔍 Spécificités de l’implémentation en
Afrique
Faiblesse de l’État :
o L’État n’a pas toujours une présence effective sur l’ensemble
du territoire.
o Certaines populations ne sont pas couvertes par les services
publics, ce qui limite l’application uniforme des politiques.
Rôle des acteurs non étatiques :
o Les ONG, les bailleurs internationaux, les groupes d’aide
humanitaire, voire des acteurs armés ou rebelles, peuvent
jouer un rôle direct dans l’implémentation.
o Cela réduit l’indépendance de l’État dans la mise en œuvre
des politiques.
Exemple concret :
o Un hôpital financé et géré par des bailleurs internationaux
(comme mentionné dans le texte) illustre comment des
acteurs externes prennent en charge des fonctions
normalement assumées par l’État.
🌍 Conséquence
Les politiques adoptées peuvent rester symboliques ou
déconnectées de la réalité, faute de moyens ou de présence
institutionnelle.
L’implémentation dépend souvent de partenariats hybrides entre
l’État et des acteurs non étatiques, ce qui complexifie la
gouvernance.
Cela explique pourquoi, dans le contexte africain, l’étude de
l’implémentation est essentielle pour comprendre la réussite ou
l’échec des politiques publiques.
✅ Conclusion
La policy implementation en Afrique est marquée par :
Un écart fréquent entre le texte officiel et la pratique réelle,
Une faiblesse institutionnelle et une couverture territoriale
incomplète,
Une forte implication d’acteurs non étatiques, qui peuvent
suppléer ou concurrencer l’État.
🧐 Évaluation de la Politique Publique en
Afrique : Quelles Différences ?
La phase d'évaluation, qui est cruciale pour l'apprentissage et
l'amélioration des politiques, rencontre des obstacles spécifiques dans le
contexte africain :
I. Volonté Politique et Risque d'Échec
Volonté d'Auto-Évaluation : Une véritable évaluation des
politiques nécessite que ceux qui les ont élaborées acceptent de
s'exposer au risque que la politique soit jugée comme un échec.
Réticence Gouvernementale : Cette volonté est-elle présente
chez de nombreux gouvernements africains, en particulier les
régimes autocratiques ? Le risque est que l'évaluation soit un
simple exercice de justification politique plutôt qu'un outil
d'amélioration.
II. Contraintes de Ressources
Coût de l'Évaluation : L'évaluation d'une politique coûte de
l'argent. Les ressources budgétaires peuvent être limitées ou
priorisées ailleurs.
III. Problèmes Liés au Financement par les Donateurs
L'évaluation est souvent financée par des donateurs, ce qui introduit
des problèmes potentiels :
Biais des Donateurs : Le donateur lui-même a un intérêt à ce que
les politiques qu'il finance ou soutient soient perçues comme un
succès (pour justifier ses propres actions et dépenses).
Détermination des Priorités : Les préférences des donateurs
peuvent déterminer quelles politiques sont effectivement
évaluées, laissant de côté les programmes purement nationaux ou
les politiques qui ne les intéressent pas.
✅ Conclusion
La policy evaluation en Afrique est marquée par :
Une faible volonté politique d’accepter des évaluations critiques,
Des contraintes financières qui limitent les évaluations locales,
Une forte dépendance aux bailleurs internationaux, qui peut
biaiser les résultats et la sélection des politiques évaluées.
Pourquoi certaines politiques sont-elles
faites ?
Le policy cycle est utile pour décrire comment les politiques sont
élaborées, mais il ne répond pas vraiment à la question pourquoi elles
sont faites.
Les politiques publiques ne résultent pas d’une seule cause.
Elles émergent dans un monde social complexe, où plusieurs
facteurs interagissent.
Pour analyser cela, les chercheurs en science politique utilisent souvent le
cadre des trois “i’s” : ideas, interests, institutions.
✅ Le Cadre Analytique des "Trois I"
Le cadre des "Trois I" est considéré comme une liste de contrôle
(checklist) des causes communes des phénomènes politiques.
🌍 Utilité du cadre
Ce cadre est polyvalent : il peut être appliqué à presque tous les
phénomènes politiques ou sociaux.
Il aide à formuler des hypothèses sur les causes d’un
phénomène.
Facteurs Non Mutuellement Exclusifs : Les hypothèses basées
sur ces facteurs ne sont pas mutuellement exclusives ; en fait, elles
interagissent souvent, ce qui peut complexifier l'analyse.
Cependant, le rôle du cadre est de fournir une liste de contrôle des
grands types d'explications possibles à explorer.
Les “i’s” servent donc de point de départ pour identifier les
grandes catégories d’explications, mais un projet de recherche doit
ensuite affiner et nuancer l’analyse
Extensions du Cadre
Certains auteurs élargissent ce cadre en ajoutant un ou deux "I"
supplémentaires. Par exemple, Peters (2020) propose également :
Environnement International
Individus
On parle alors des "Cinq I".
Que vous utilisiez trois, quatre ou cinq facteurs, l'aspect pratique est que
ce cadre est utile pour pratiquement tous les phénomènes politiques,
aidant à structurer la recherche et l'analyse. (Palier & Surel, 2005).
🧠 1. Les Idées (Ideas)
Le texte montre que l’une des façons d’expliquer pourquoi une politique
est adoptée est de se concentrer sur les idées qui circulent dans une
société ou parmi les décideurs.
Les politiques ne sont pas seulement le produit d’intérêts ou
d’institutions, elles peuvent aussi découler de visions du monde,
croyances ou idéologies.
Dans ce cas, il s’agit de l’idée de libéralisation économique :
laisser les marchés fixer les prix via l’offre et la demande.
🔍 Application au cas marocain
Jusqu’en 2015, l’État marocain contrôlait et subventionnait les prix
des carburants.
La décision de libéraliser peut être expliquée par la diffusion
d’idées libérales :
o La croyance que le marché est plus efficace que l’État pour
fixer les prix.
o L’adhésion à une idéologie de libéralisme économique et
de réduction de l’intervention publique.
Ces idées peuvent être devenues dominantes et hégémoniques
parmi les élites marocaines, convaincues que cette réforme était
nécessaire.
🌍 Contexte international
Le texte rappelle que dans les années 1980-2000, les réformes
néolibérales se sont diffusées dans de nombreux pays (Appel &
Orenstein, 2013).
Elles concernaient la dérégulation du travail, la fiscalité, les
prestations sociales, etc.
Le Maroc s’inscrit dans cette tendance globale, influencé par la
circulation des idées de réforme économique.
🔗 Rôle des “epistemic communities”
Les communautés épistémiques regroupent des experts,
fonctionnaires, politiciens, activistes qui partagent des savoirs et
des convictions.
Ils se connaissent, participent aux mêmes événements, parfois
formés dans les mêmes institutions.
Cela favorise la diffusion d’idées communes, comme le libéralisme
économique.
Ces communautés peuvent aussi être liées aux intérêts : certains
acteurs ont un avantage à promouvoir ces idées (ex. entreprises,
bailleurs).
✅ Conclusion
Une explication par les idées de la libéralisation des prix du carburant
au Maroc met en avant :
La diffusion et la domination des idées libérales sur l’économie.
L’influence des réformes néolibérales mondiales dans les
années 1980-2000.
Le rôle des communautés épistémiques qui partagent et
propagent ces idées.
💰 2. Les Intérêts (Interests)
L'analyse basée sur les intérêts se concentre sur les objectifs et les
avantages que les acteurs cherchent à obtenir ou à protéger.
🔍 Application au cas marocain
Entreprises pétrolières et stations-service :
o La libéralisation des prix leur permet de fixer les prix en
fonction du marché, ce qui peut accroître leurs marges
bénéficiaires.
o Si ces entreprises ont exercé une influence sur le
gouvernement, cela serait une preuve de l’impact des intérêts
privés.
Secteurs opposés (ex. transport) :
o Les transporteurs routiers ou les citoyens dépendant
fortement du carburant auraient pu être défavorisés par la
hausse des prix.
o Leur opposition aurait pu constituer un contrepoids, mais dans
un système où l’exécutif est dominant, leur influence reste
limitée.
Politiciens et gouvernement :
o Le gouvernement avait un intérêt budgétaire : réduire les
dépenses liées aux subventions.
o Cela libère des ressources pour d’autres politiques publiques
ou investissements.
o Politiquement, si la réforme est perçue comme une
modernisation économique, elle peut renforcer la légitimité du
gouvernement.
3. Les Institutions (Institutions)
Les explications institutionnelles examinent comment les institutions,
définies comme les « règles du jeu », affectent potentiellement :
Le type de régime (autocratie, démocratie, hybride).
Les institutions en place (parlement, gouvernement, ministères, lois,
contre-pouvoirs).
Les mécanismes formels qui influencent la manière dont une
politique est adoptée ou rejetée.
🔍 Application au cas marocain
Régime hybride :
o Le Maroc est un régime hybride, avec des éléments
démocratiques (parlement, élections) mais aussi une forte
centralisation du pouvoir autour du Palais et du chef du
gouvernement.
o Cela signifie qu’il y a peu de veto players (acteurs capables
de bloquer une décision).
o Les ministres, le chef du gouvernement et le Palais sont
souvent alignés sur les grandes orientations.
Conséquence pour la libéralisation des prix du carburant
(2015) :
o La décision a pu être prise au sommet, sans grande
consultation de la société civile ou des groupes défavorisés.
o Dans un système plus démocratique, la réforme aurait
probablement nécessité :
Des débats parlementaires plus approfondis.
Des consultations avec les syndicats, associations de
consommateurs ou transporteurs.
Des compromis pour limiter l’impact social (ex.
compensations, aides ciblées).
🌍 Autres dimensions institutionnelles
Le texte rappelle que l’on peut aussi analyser l’effet de :
Le système électoral ou politique : influence sur la
représentation des intérêts.
Unité vs. Fédéralisme : dans un État fédéral, les régions
pourraient avoir leur mot à dire.
Régulation de la concurrence : institutions de régulation peuvent
limiter les abus des grandes entreprises après libéralisation.
👤 4. Les Individus (Individuals)
L’approche par les individus met en avant le rôle joué par des personnes
spécifiques dans la création ou l’orientation des politiques publiques.
Elle insiste sur la biographie, la personnalité, le style de
leadership et la capacité de décision de certains acteurs.
Dans les contextes africains ou autoritaires, ce facteur est
particulièrement important car les dirigeants (souvent les
présidents) disposent d’un pouvoir décisionnel considérable.
🔍 Exemples généraux
Lee Kuan Yew à Singapour : son style de leadership a façonné le
développement économique du pays.
Nelson Mandela en Afrique du Sud : son rôle personnel a été
déterminant dans la transition démocratique.
Ces cas montrent que les politiques ne sont pas seulement le produit
d’idées, d’intérêts ou d’institutions, mais aussi de figures individuelles
charismatiques ou influentes.
🌍 Application au cas marocain
Dans la libéralisation des prix du carburant (2015), on peut se
demander si la réforme a été influencée par :
o Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement à l’époque,
connu pour son style pragmatique et sa volonté de réduire les
dépenses publiques.
o Mohamed Boussaid, ministre des Finances, qui a pu jouer
un rôle clé dans la mise en œuvre technique et budgétaire de
la réforme.
Leur personnalité, leurs convictions et leur capacité à convaincre les
autres acteurs peuvent avoir été décisives dans la manière dont la
réforme a été adoptée et appliquée.
✅ Conclusion
Une explication par les individus de la libéralisation des prix du
carburant au Maroc met en avant :
Le rôle potentiel de leaders politiques spécifiques (Benkirane,
Boussaid).
L’importance de leur style de gouvernance et de leadership
dans la prise de décision.
Le fait que, dans des régimes hybrides ou autoritaires, les
individus au sommet de l’État peuvent peser davantage que les
institutions ou la société civile.
🌐 5. L'Environnement International
(International Environment)
L’international environment désigne l’ensemble des facteurs
internationaux qui influencent les politiques nationales.
Les politiques publiques ne sont pas seulement déterminées par des
idées, des intérêts ou des institutions internes, mais aussi par des
pressions et influences extérieures.
Cette dimension est particulièrement importante dans le Global
South, où les États sont souvent moins puissants et plus
dépendants économiquement.
🔍 Application au cas marocain
Institutions financières internationales (IFIs) :
o Le FMI ou la Banque mondiale peuvent exercer des pressions
pour que le Maroc adopte des réformes budgétaires, comme
la libéralisation des prix du carburant.
o Ces institutions conditionnent parfois leurs prêts à la mise en
œuvre de telles politiques.
Gouvernements étrangers :
o Certains États peuvent promouvoir des politiques spécifiques
dans les pays partenaires, par exemple pour favoriser leurs
entreprises ou leurs intérêts géopolitiques (Gill, 2020).
Organisations supranationales et traités :
o Des organisations comme l’OMC (Organisation mondiale du
commerce) peuvent imposer des règles de libéralisation et de
concurrence.
o Le Maroc, en tant que membre, doit adapter ses politiques
pour respecter ces engagements.
🌍 Pertinence dans le Global South
Les pays du Sud, moins riches et moins puissants, sont plus
vulnérables aux pressions internationales.
Ils doivent souvent adapter leurs politiques pour obtenir des
financements, respecter des accords ou maintenir de bonnes
relations diplomatiques.
À l’inverse, des pays plus puissants comme les États-Unis sont
moins contraints par ces influences externes et disposent d’une
plus grande autonomie.
✅ Conclusion
Une explication par l’environnement international de la libéralisation
des prix du carburant au Maroc met en avant :
Le rôle des institutions financières internationales qui poussent
à la réforme.
L’influence des gouvernements étrangers et organisations
supranationales.
La vulnérabilité particulière des pays du Global South, plus
exposés aux pressions extérieures que les grandes puissances.