Modèle d'Iceberg de la Culture
Modèle d'Iceberg de la Culture
Définition de la culture
La culture désigne la manière dont les individus vivent, pensent et expriment leur lien avec
le monde. Elle réunit les valeurs, les croyances, les coutumes, les langues, les traditions et
l’ensemble des pratiques qui caractérisent une société. Elle reflète aussi son histoire, son
patrimoine et sa créativité.
Selon Legendre, la culture regroupe les façons de percevoir, de penser, de s’exprimer et
d’agir, ainsi que les modes de vie, les savoirs, les coutumes, les normes, les valeurs et les
aspirations d’un groupe. L’UNESCO précise que la culture comprend les traits spirituels,
matériels, intellectuels et affectifs qui définissent une communauté, en plus des arts, des
modes de vie, des droits de l’homme, des systèmes de valeurs et des croyances.
Pour L. Porcher, la culture correspond à un ensemble de pratiques communes et à des
manières de voir et de penser qui déterminent les appartenances des individus et qui
constituent une partie essentielle de leur identité. Edward Burnett Tylor ajoute que la
culture inclut les savoirs, les croyances, les arts, la morale, les lois, les coutumes et toutes
les capacités acquises par les membres d’une société.
À partir de ces définitions, la culture apparaît comme un ensemble de règles, de croyances,
de techniques matérielles et intellectuelles et de phénomènes sociaux tels que la religion,
la morale, l’esthétique ou la science. Elle renvoie à la vie humaine dans le passé et dans le
présent. Chaque pays, chaque région ou chaque communauté possède une culture
particulière qui traduit son identité à travers la langue, les rites, les traditions,
l’habillement, l’habitat ou l’artisanat.
En somme, la culture regroupe les façons de penser, de sentir, d’agir, les modes de vie, les
croyances et les pratiques qui forment l’identité propre d’un peuple. Elle repose sur des
héritages matériels et immatériels transmis au fil des générations par l’oralité ou par
l’écriture, héritages qui structurent la personnalité collective de chaque communauté.
Classification de la culture
Selon les recherches de Robert Galisson en didactique des langues-cultures, la culture se
divise en deux catégories principales: la culture cultivée et la culture partagée.
La culture cultivée désigne l’ensemble des connaissances qu’un individu acquiert grâce
à l’instruction et aux savoirs encyclopédiques. Elle comprend la littérature, l’histoire, la
géographie, les sciences et d’autres domaines du savoir. Galisson la présente comme une
culture-vision, car elle apparaît souvent comme une culture affichée, revendiquée et
valorisée.
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La culture partagée renvoie aux savoirs et aux pratiques transmis au sein d’un groupe
social qui utilise une même langue. Elle permet aux membres du groupe de vivre ensemble
et elle regroupe des éléments sociologiques et anthropologiques tels que les traditions, les
coutumes, les valeurs, les croyances, les rites et les représentations. Galisson la qualifie
de culture-action parce qu’elle se manifeste à travers les comportements et les pratiques
sociales. Elle inclut également la transmission de valeurs reconnues comme essentielles
par le groupe, par exemple le respect de la dignité humaine.
À l’image d’une langue commune, la culture partagée aide les individus à se reconnaître
dans leur groupe d’appartenance et joue un rôle important dans la formation de l’identité
collective.
Caractéristiques fondamentales de la Culture
La culture constitue un système complexe fondé sur plusieurs caractéristiques
essentielles.
D’abord, la culture s’acquiert et se transmet. Elle ne provient pas de la nature humaine;
elle se développe grâce à la socialisation, à l’éducation et aux interactions. Chaque
génération transmet ses savoirs et ses valeurs aux suivantes. En classe de FLE,
l’enseignant transmet la langue tout en transmettant aussi les codes culturels.
Ensuite, la culture possède un caractère collectif et différenciateur. Elle réunit des
modèles partagés à l’intérieur d’un groupe et elle distingue ce groupe des autres. Legendre
explique que la culture regroupe des façons de voir, de sentir et de penser propres à une
collectivité.
La culture reste également implicite et invisible. Une grande partie des valeurs, des
normes et des réactions n’apparaît pas de manière explicite, mais influence fortement les
comportements. Hofstede compare la culture à un logiciel qui guide la manière d’agir et de
penser.
De plus, la culture évolue et peut se transformer. Elle change au fil du temps,
notamment lors de rencontres prolongées entre plusieurs groupes. Ce processus s’appelle
l’acculturation et il correspond à la modification progressive des pratiques culturelles.
Enfin, la culture entretient un lien étroit avec la langue. Les deux réalités se construisent
l’une par l’autre. Porcher souligne qu’une langue véhicule une culture et qu’elle en
représente à la fois le produit et la source. L’apprentissage d’une langue étrangère conduit
ainsi à la découverte d’une nouvelle culture.
Le modèle de l’iceberg de la culture
Le modèle de l’iceberg proposé par Edward T. Hall sert à expliquer la différence entre les
aspects visibles et invisibles de la culture. Ce modèle distingue deux dimensions
principales: la culture cultivée et la culture partagée, chacune possédant un degré de
visibilité différent.
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La culture cultivée correspond à la partie visible de l’iceberg. Elle regroupe les festivals,
les arts, la musique, la littérature, les rituels, la langue, l’alimentation ou encore les
vêtements. Cette dimension représente environ 10 % de l’ensemble culturel. Les visiteurs
ou les apprenants perçoivent d’abord ces éléments, mais une compréhension limitée à
cette zone peut provoquer des stéréotypes.
La culture partagée possède une partie semi-visible et une partie invisible. La zone
semi-visible, qui représente environ 30 %, concerne les normes sociales, les coutumes, les
salutations, l’étiquette, les styles de communication et la gestion du temps ou de l’espace.
Ces aspects sont parfois observables, mais leur compréhension exige un certain effort, car
ils expriment des manières de faire propres à un groupe.
La partie profonde de cette culture partagée représente environ 60 %. Elle reste
invisible et implicite. Elle regroupe les valeurs, les croyances, les conceptions de la
hiérarchie ou du temps, les attitudes fondamentales envers la vie et les êtres humains ainsi
que les schémas de pensée. Cette dimension constitue l’origine la plus fréquente des
chocs culturels et des malentendus. Les différences liées à la hiérarchie, au silence, au
rapport au temps ou à l’opposition entre individualisme et collectivisme expliquent les
incompréhensions dans les échanges interculturels.
Dans l’enseignement du FLE, l’objectif consiste à aider les apprenants à dépasser la
partie visible de l’iceberg pour accéder à la culture partagée implicite. Cette démarche
favorise le développement du savoir-être, de la compétence interculturelle et d’une
capacité d’intermédiation culturelle. Les apprenants découvrent ainsi comment
interpréter les systèmes de pensée qui structurent les interactions, tant dans leur propre
culture que dans la culture cible.
En conclusion, le modèle de l’iceberg démontre que les éléments visibles ne représentent
qu’une petite partie de la culture. Une compréhension réelle exige une exploration des
dimensions profondes, qui représentent 90 % de la culture et regroupent les valeurs,
croyances, normes et attitudes essentielles. Cette exploration permet d’éviter les
malentendus et de construire une véritable compétence interculturelle.
L’Identité
L’étude de l’identité devient essentielle dès que l’on comprend que la culture dépasse les
comportements visibles pour inclure des valeurs, des croyances et des schémas de
pensée invisibles. L’identité correspond à l’ensemble des traits qui définissent une
personne et qui reflètent à la fois sa singularité et son appartenance culturelle. Elle englobe
la manière dont chacun se voit et la façon dont il est perçu par les autres.
L’identité personnelle regroupe les éléments qui rendent chaque individu unique. Elle
comprend l’expérience, la mémoire, les préférences, la personnalité, les émotions et les
choix individuels. Cette identité évolue au fil du temps. Par exemple, un apprenant qui
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adopte un nouveau style vestimentaire ou une manière différente d’exprimer sa
personnalité manifeste son identité personnelle.
L’identité culturelle repose sur le sentiment d’appartenance à un groupe social. Elle se
construit à partir de l’intégration des valeurs, des normes, des coutumes, des croyances et
des modes de pensée partagés. Cette dimension invisible influence fortement les
comportements dans la vie sociale. La langue joue un rôle central dans cette construction,
car elle transmet à la fois les éléments visibles d’une culture (fêtes, vêtements,
alimentation) et ses dimensions profondes (valeurs, croyances, règles de conduite). Par
exemple, un apprenant qui adopte un ton respectueux avec les aînés illustre l’identité
culturelle de son groupe, fondée sur le respect de la hiérarchie et l’harmonie sociale.
Ces deux formes d’identité interagissent constamment, surtout lorsqu’un individu
découvre une nouvelle langue et une nouvelle culture. Ce processus exige une prise de
conscience de l’altérité et des différences culturelles. L’apprenant développe ainsi une
identité plurielle, capable d’intégrer des éléments nouveaux tout en préservant sa
singularité. Cette capacité réduit les risques de malentendus et de conflits interculturels.
La culture et l’identité entretiennent un lien étroit. La culture fournit valeurs, croyances
et modèles de pensée qui façonnent l’identité. En retour, l’identité personnelle et culturelle
permet à l’individu de comprendre, d’interpréter et de maintenir la culture. Lorsque
l’apprenant reconnaît les dimensions profondes de la culture et comprend le
fonctionnement de l’identité, il acquiert la capacité d’agir comme intermédiaire culturel. Il
protège sa propre identité tout en s’intégrant dans une autre culture, ce qui lui permet de
développer une compétence interculturelle complète.
2. Civilisation
Définition de la civilisation:
La civilisation désigne un concept large et complexe qui réunit plusieurs dimensions
sociales, intellectuelles et matérielles. Selon H. Mendras, elle regroupe l’ensemble des
règles de conduite, des croyances et des techniques propres à un groupe social. Le Petit
Robert précise qu’elle inclut les phénomènes religieux, moraux, esthétiques, scientifiques
et techniques caractéristiques d’une grande société ou d’un ensemble de sociétés. Le
chercheur vietnamien Trần Ngọc Thêm ajoute que la civilisation intègre aussi des
éléments rationnels, des commodités matérielles et les traits propres à une époque, ce qui
souligne son caractère concret et évolutif.
La civilisation se distingue de la culture par une portée plus large. Elle peut rassembler
plusieurs cultures internes; en d’autres termes, la culture trouve sa place à l’intérieur d’une
civilisation. Des exemples connus, comme les civilisations égyptienne, romaine ou
antique, montrent que plusieurs peuples peuvent partager un niveau commun
d’organisation, de savoir et de développement. Pour J. Demorgon, une civilisation permet
à une société d’atteindre un stade plus avancé, en opposition à la barbarie ou à la
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sauvagerie. Ainsi, certaines tribus possèdent une culture propre sans être considérées
comme des civilisations lorsqu’elles n’atteignent pas ce niveau de développement global.
En somme, la civilisation correspond à l’ensemble des phénomènes sociaux,
intellectuels, religieux, artistiques, scientifiques et techniques transmis par l’éducation
dans une société. Elle marque le passage d’un état primitif à un niveau plus avancé grâce
à un progrès moral, intellectuel et matériel. Elle fournit un cadre général dans lequel les
cultures se développent, se transforment et coexistent.
Typologie de la civilisation
La civilisation peut être classée selon deux critères principaux: l’étendue géographique et
la période historique.
Selon l’étendue géographique
• Civilisation vaste: Elle couvre plusieurs pays ou s’étend sur une longue période
historique. Exemples: la civilisation romaine, la civilisation occidentale.
• Civilisation spécifique: Elle se limite à une région ou à un peuple particulier.
Exemple: la civilisation égyptienne.
Selon la période temporelle
• Civilisation ancienne: Elle représente les premières formes d’organisation humaine
dotées de l’écriture, de l’agriculture et de structures étatiques complexes. Exemples:
les civilisations antiques ou préhistoriques.
• Civilisation moderne: Elle se développe à partir de la Renaissance ou de la
Révolution industrielle, grâce aux progrès scientifiques, techniques et au
développement d’institutions démocratiques. Exemple: la civilisation industrielle.
Caractéristiques principales
• Globalité et cohérence: Système intégré de phénomènes sociaux (religion, morale,
science, art, techniques).
• Matériel et rationnel: Concerne les réalisations tangibles et mesurables,
correspondant à la culture cultivée (architecture, lois, institutions, progrès
scientifique).
• Progressif et évolutif: Permet à la société d’atteindre un niveau supérieur de
développement, en opposition à la barbarie et à la sauvagerie (J. Demorgon).
3. Similarités et différences entre Culture et Civilisation
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développe à l’intérieur du cadre plus large de la civilisation, et la civilisation s’appuie sur
la culture pour progresser.
Elles présentent cependant des différences importantes. La culture possède une
portée plus restreinte, car elle appartient à un groupe ou à une communauté particulière
et reste incluse dans une civilisation. La civilisation dispose d’un champ beaucoup
plus vaste, capable de réunir plusieurs groupes culturels et parfois plusieurs nations.
La culture est intangible et invisible; elle se manifeste dans les valeurs, les habitudes,
les coutumes et les modes de vie. La civilisation est concrète et visible, car elle
apparaît dans l’architecture, les lois, les techniques et les avancées scientifiques. Leur
rôle diverge également: la culture contribue à l’identité individuelle et collective, tandis
que la civilisation traduit le niveau d’organisation et de développement d’une société.
Leur évolution diffère aussi: la culture avance lentement, suivant le rythme de la
tradition, alors que la civilisation progresse à travers l’histoire. Par exemple, la culture
comprend la langue, les fêtes, les attitudes ou les valeurs. La civilisation romaine
illustre la notion de civilisation à travers son droit, son armée, son écriture et son
architecture monumentale.
4. Le rôle des trois notions culture, identité culturelle et civilisation dans
l’enseignement du FLE
Le rôle de la Culture
La culture occupe une place centrale dans l’enseignement du FLE, car elle fournit le cadre
de référence de toute communication. Selon la perspective de C. Kramsch, la langue
possède une dimension sociale et la culture devient alors un élément essentiel de
l’apprentissage. Dans la classe de FLE, la culture se présente sous deux formes. La culture
cultivée réunit les aspects savants et visibles tels que l’histoire, les arts, la littérature, les
institutions ou les références symboliques du monde francophone. Elle circule à travers
des documents, des textes ou des productions artistiques. La culture partagée regroupe
les valeurs, les habitudes, les façons de penser et les règles de comportement qui
orientent les échanges quotidiens. Grâce à ces deux dimensions, les apprenants
comprennent la langue au-delà de son fonctionnement mécanique et accèdent à une
communication plus authentique.
Le rôle de la Civilisation
La civilisation apporte un cadre macrosocial qui situe la langue dans l’évolution des
sociétés. Elle offre des connaissances sur l’organisation sociale, les systèmes politiques
et juridiques, les progrès techniques ou l’histoire des pays francophones. Elle permet ainsi
d’expliquer le contexte matériel où la langue s’utilise et d’établir des comparaisons entre
différentes sociétés. Elle distingue les réalisations matérielles liées au développement
technique et les manières de vivre associées à la culture. Grâce à cette distinction, les
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apprenants évitent les jugements ethnocentriques et reconnaissent la diversité des
trajectoires humaines.
Le rôle de l’Identité interculturelle
L’identité interculturelle représente un objectif essentiel de l’approche interculturelle. Elle
favorise la réflexivité, car l’apprentissage du français aide l’apprenant à mieux se connaître
et à comprendre sa propre identité culturelle. Elle contribue également à la construction
d’une identité plurielle: l’apprenant adopte une posture souple, capable de relier sa culture
d’origine et la culture cible. Cette identité renforce la compétence interculturelle en
facilitant la compréhension des différences, la gestion des malentendus et la création de
liens entre les individus. Elle transforme l’apprenant en médiateur culturel, capable
d’intégration et d’ouverture tout en gardant son identité personnelle.
5. Principes pédagogiques fondamentaux
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La civilisation met l’accent sur la culture cultivée, c’est-à-dire l’histoire, les
institutions, les grandes œuvres, la géographie et les structures politiques. Elle offre un
cadre macrosocial essentiel pour comprendre la langue et son fonctionnement dans la
société francophone.
Les contenus traités incluent des thèmes majeurs comme la Révolution française, la
Ve République, les monuments emblématiques, la littérature classique ainsi que les
systèmes éducatif et administratif. Ces éléments permettent aux apprenants de situer
la langue dans une perspective historique et institutionnelle solide.
L’enseignement repose sur plusieurs techniques pédagogiques.
• L’analyse de documents authentiques constitue la première méthode: articles,
vidéos, extraits historiques et archives donnent accès à une vision concrète de la
société.
• L’étiquetage représente une autre technique efficace. Il consiste à relier les
événements, les personnages marquants et les monuments à des dates, des lieux
ou des contextes précis afin de faciliter la mémorisation.
• La schématisation s’ajoute à ces outils. L’enseignant utilise des cartes, des
frises chronologiques ou des organigrammes pour clarifier les structures
politiques et sociales. Cette démarche aide les apprenants à comprendre la
logique générale de la civilisation francophone.
Enseignement de la Culture (Savoir-faire & Savoir-être)
Cette partie se concentre sur la culture partagée, qui inclut les valeurs, les règles de
communication, les habitudes et les représentations sociales. Le modèle de l’iceberg sert
de référence: une grande partie des éléments culturels reste invisible, notamment les
croyances, les valeurs profondes et les perceptions qui orientent les comportements
quotidiens.
Les contenus abordés couvrent plusieurs dimensions.
• Les comportements regroupent les salutations comme la bise, les règles de
politesse ou les usages à table.
• La proxémie et la gestuelle constituent une autre dimension importante. Les
distances interpersonnelles et les gestes typiques varient selon les contextes
sociaux et révèlent des normes implicites.
• Les valeurs profondes complètent cet ensemble: la relation au temps, la place de
l’individu dans la société ou l’importance accordée au collectif influencent
fortement les pratiques sociales.
Plusieurs techniques pédagogiques permettent d’explorer ces aspects.
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• L’observation critique aide les apprenants à regarder des vidéos, à décrire ce qu’ils
voient et à analyser les comportements en les comparant avec ceux du Vietnam,
sans jugement de valeur.
• L’inventaire culturel constitue un autre outil. L’enseignant invite les apprenants à
établir une liste de cinq règles de comportement en France et de cinq règles
équivalentes au Vietnam pour une même situation, par exemple demander un congé
ou refuser une invitation. Cet exercice renforce la compréhension des différences
culturelles et développe une attitude réflexive.
Enseignement de l’Identité Interculturelle (Savoir-apprendre)
L’objectif principal consiste à développer la compétence de communication
interculturelle. Selon le CECR (2001), cette compétence suppose une forte capacité de
réflexivité ainsi qu’une aptitude à agir en tant qu’intermédiaire culturel entre deux
univers sociaux.
Les contenus visent deux axes majeurs.
• Le premier concerne la distinction entre l’identité personnelle et l’identité
culturelle. Cette distinction permet aux apprenants de comprendre comment
leurs expériences individuelles s’articulent avec les normes du groupe auquel ils
appartiennent.
• Le second axe porte sur l’analyse des stéréotypes et de l’ethnocentrisme. Ces
deux notions aident les apprenants à reconnaître les obstacles possibles dans les
échanges interculturels et à éviter les interprétations simplistes.
Plusieurs techniques pédagogiques favorisent cette démarche.
• L’analyse d’incidents critiques joue un rôle essentiel. Les apprenants examinent
une situation de malentendu entre un interlocuteur français et un interlocuteur
vietnamien afin d’identifier les causes culturelles du problème.
• Les activités de réflexion personnelle complètent cette étude. L’enseignant
utilise une chanson ou un document similaire pour guider les apprenants vers une
comparaison des points communs et des différences entre les deux systèmes
culturels. Ce travail renforce la conscience de l’identité avant tout contact avec
une autre culture.
7. CONTEXTUALISATION AU VIETNAM
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• Problème pédagogique: Beaucoup d’apprenants vietnamiens hésitent à prendre la
parole, poser des questions ou corriger un professeur français. Cette attitude
s’explique par le respect hiérarchique et par la volonté de préserver la « face », un
élément essentiel dans les relations sociales vietnamiennes.
• Solution pédagogique: Un jeu de rôle inversé constitue une stratégie efficace.
L’apprenant joue le rôle du professeur français tandis que l’enseignant adopte celui
d’un étudiant timide. Cette inversion invite les apprenants à observer leurs habitudes
culturelles sous un angle différent et à reconsidérer leur identité culturelle dans un
contexte moins figé.
Civilisation et Culture
• Problème pédagogique: Certains apprenants rencontrent des difficultés lorsqu’ils
doivent comprendre les notions de droit individuel et de liberté d’expression, deux
principes centraux dans la société républicaine française. Ces notions semblent
parfois trop éloignées de leur cadre culturel.
• Solution pédagogique: L’utilisation de données sociales apporte une réponse
adaptée. Les apprenants lisent des articles sur des débats contemporains en France
puis les comparent avec la situation vietnamienne. Cette démarche permet de
transformer des principes abstraits en comportements concrets et plus accessibles.
Identité Interculturelle
• Problème pédagogique: La franchise des Français provoque parfois un choc
culturel. Les apprenants perçoivent cette manière directe de communiquer comme
une forme de brusquerie ou de manque de délicatesse.
• Solution pédagogique: Une analyse des atténuateurs aide les apprenants à mieux
gérer ces situations. Ils apprennent des structures françaises qui adoucissent les
critiques ou les refus, par exemple: Je suis désolé, mais…, Je dirais plutôt…. Ces
outils facilitent la négociation entre les normes françaises, fondées sur la franchise,
et la nécessité vietnamienne de préserver la « face ». Grâce à cette approche, la
communication devient plus fluide et plus équilibrée
B. LE RAPPORT LANGUE - CULTURE
1. Vue d’ensemble
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interculturelle. Elle permet également aux apprenants d’accéder à une compréhension
globale et cohérente des usages linguistiques et culturels.
2. La langue comme véhicule et produit de la culture
La relation entre la langue et la culture repose sur une influence réciproque. Porcher (1995)
affirme que chaque langue transporte une culture dont elle est à la fois le produit et le
moteur. Une langue transmet donc les représentations, les valeurs et les pratiques d’une
communauté, tandis que ces éléments culturels orientent l’évolution de la langue au fil du
temps.
Emmitt et Pollock (1997) précisent que la langue reflète la culture et assure sa
transmission d’une génération à l’autre. Elle conserve les savoirs, les traditions et les
croyances, ce qui permet à un groupe social de maintenir sa continuité culturelle.
Zarate (2003) explique que la langue constitue également une expression de l’identité
culturelle. Les apprenants, à travers les mots et les structures qu’ils utilisent, portent des
éléments visibles et invisibles de la culture concernée.
Selon Kramsch (cité dans Penz, 2002), lorsque la langue est perçue comme une pratique
sociale, la culture occupe alors une place centrale dans l’enseignement des langues
étrangères. Elle devient un repère essentiel pour comprendre les usages linguistiques, les
intentions communicatives et les comportements associés aux interactions sociales.
3. Importance des connaissances culturelles
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Chaque peuple possède une culture particulière qui se reflète dans sa langue. Lorsque
deux cultures se rencontrent, les différences de valeurs, de références et de façons de
penser peuvent créer des incompréhensions, même dans le cas d’une bonne maîtrise
linguistique.
Chez les apprenants vietnamiens, des difficultés apparaissent souvent face à un
message en français dont le sens dépend de connaissances culturelles implicites. Le
malentendu provient alors non seulement des limites linguistiques, mais aussi d’une
méconnaissance des codes culturels qui structurent les échanges.
Pour garantir une communication efficace, il est donc nécessaire de combiner maîtrise
linguistique et compréhension culturelle. Cette complémentarité permet à l’apprenant
d’interpréter correctement les intentions, les sous-entendus et les références qui
accompagnent toute interaction réelle.
5. Rôle de la relation Langue – Culture dans l’enseignement du FLE
La relation entre la langue et la culture occupe une place centrale dans les approches
pédagogiques actuelles. L’enseignement du FLE ne se limite plus à la maîtrise des
structures linguistiques; il vise une communication réelle qui s’inscrit dans un contexte
social et culturel.
Les chercheurs soulignent l’importance de cette relation. Kramsch affirme que si la
langue fait partie des pratiques sociales, la culture devient alors un élément essentiel dans
l’apprentissage des langues étrangères. De leur côté, Allwright et Bailey (1991) expliquent
que l’acquisition d’une langue étrangère inclut nécessairement l’apprentissage de la
culture associée. Selon G. Zarate (2003), l’enseignant de langue est également un
médiateur culturel et transmet des repères culturels indispensables à la compréhension
de la langue.
Cette relation contribue au développement de la Compétence de Communication
Interculturelle. Elle permet aux apprenants de saisir les éléments implicites d’une culture,
comme les valeurs, les croyances ou les usages. Grâce à cette compréhension, les
apprenants évitent les malentendus culturels et interagissent de manière plus efficace
dans des situations authentiques.
Enfin, cette relation entre langue et culture favorise la construction d’une identité
interculturelle. Le contact avec une culture différente aide les apprenants à réfléchir à
leurs propres références culturelles et à jouer un rôle d’intermédiaire entre deux cultures,
au lieu d’imiter un modèle étranger. Cela renforce leur identité personnelle et leur capacité
à évoluer dans des environnements multiculturels.
6. Difficultés dans l’enseignement de la relation Langue – Culture
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L’enseignement de la relation entre la langue et la culture rencontre plusieurs difficultés,
surtout à cause de l’écart entre les éléments explicites de la langue et les éléments
implicites de la culture.
Sur le plan cognitif, l’ethnocentrisme constitue un obstacle majeur. Les apprenants
interprètent la culture française à partir des normes vietnamiennes. Cette attitude crée des
stéréotypes et réduit leur capacité à adopter une perspective interculturelle. Une autre
difficulté apparaît lorsque les apprenants dissocient la langue de la culture. Ils accordent
une attention excessive à la grammaire et au vocabulaire et négligent le contexte culturel.
Leur communication reste correcte sur le plan linguistique, mais elle manque de
pertinence culturelle.
Sur le plan communicatif, les différences entre les rituels sociaux provoquent de
nombreuses incompréhensions. Les règles de politesse, la gestion de la distance physique
et le langage corporel en France, société marquée par l’individualisme, ne correspondent
pas aux habitudes du Vietnam, société influencée par le collectivisme et l’importance de
la face. L’héritage du confucianisme crée également des blocages. Le respect strict de la
hiérarchie et la volonté de préserver la face freinent les apprenants. Ils hésitent à prendre
la parole, à formuler un désaccord ou à participer à un débat direct, ce qui réduit l’efficacité
des méthodes de communication inspirées des pratiques occidentales.
7. Stratégies et méthodes de remédiation
La remédiation repose sur une démarche pédagogique réfléchie et ouverte, qui combine
plusieurs approches.
La pédagogie de la découverte occupe une place essentielle. Elle propose une
progression du visible vers l’invisible. L’enseignant commence par des phénomènes
linguistiques faciles à repérer, puis conduit les apprenants vers les valeurs culturelles
implicites. Le modèle de l’iceberg sert de repère: la partie visible comprend la langue, les
vêtements ou l’alimentation, tandis que la partie invisible regroupe les valeurs, les
croyances et les représentations. L’analyse d’incidents critiques complète cette approche.
Les apprenants décrivent des situations concrètes, expliquent la culture source et la
culture cible et reconnaissent les différences culturelles en jeu.
Le développement de la compétence d’intermédiaire culturel constitue une autre
stratégie essentielle. Les activités de comparaison culturelle permettent aux apprenants
de mettre en relation leur culture d’origine et la culture cible sans jugement. L’exemple des
pronoms vietnamiens basés sur la hiérarchie et de l’opposition tu/vous en français illustre
l’interdépendance entre langue et organisation sociale. Les jeux de rôle renforcent cette
compétence. Les apprenants assument le rôle d’intermédiaire culturel, expliquent les
règles d’un pays à un autre et acquièrent ainsi une compréhension approfondie des deux
systèmes.
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Une démarche éclectique et empathique soutient l’ensemble du processus.
L’enseignant applique des corrections qui préservent la face de l’apprenant grâce à des
critiques modérées et des suggestions nuancées. L’enseignement d’un langage atténué
joue également un rôle déterminant. L’usage du conditionnel et de formulations telles que
Je suis désolé, mais… ou Ce n’est pas tout à fait ça… aide les apprenants à trouver un
équilibre entre la franchise caractéristique du français et les habitudes de communication
plus adoucies des Vietnamiens
8. Exemple du rapport langue-culture
L’expérience que j’ai vécue m’a montré de manière très nette la manière dont la langue et
la culture se complètent. L’usage des formules de politesse m’a particulièrement frappée
lors de mes premiers contacts avec le français. La distinction entre tu et vous me semblait
d’abord purement grammaticale. Plus tard, grâce aux échanges avec des locuteurs natifs,
j’ai compris que ce choix exprimait la distance sociale, le degré de formalité et la nature de
la relation. Chaque choix entre tu et vous m’obligeait à me positionner dans la relation, ce
qui révélait une conception précise des rapports humains dans la culture française.
Dans ma langue maternelle, le système pronominal vietnamien repose sur une logique
très différente. Je dois identifier l’âge, le statut social ou la position familiale de mon
interlocuteur avant de choisir un pronom comme anh, chị, em ou cô. Ce choix dépasse la
dimension linguistique, car il traduit le respect, la modestie et le souci d’entretenir une
relation harmonieuse. Cette réalité reflète l’importance de la hiérarchie dans la culture
vietnamienne et son impact direct sur la langue.
Ces différences ont parfois provoqué des malentendus pendant mon apprentissage du
français. J’utilisais souvent vous dans des contextes où mes interlocuteurs attendaient un
passage au tu. Je pensais montrer davantage de politesse, alors que ce choix donnait
parfois l’impression que je souhaitais garder une distance. Cette situation m’a appris que
la politesse varie selon les cultures et que chaque langue s’appuie sur des représentations
culturelles précises.
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prudence. Au Vietnam, ces questions sont considérées comme normales et
chaleureuses. Cette différence montre que les habitudes linguistiques reflètent des
valeurs culturelles profondes.
C. STÉRÉOTYPES - REPRÉSENTATIONS
1. Les Représentations: Fondements subjectifs et dynamiques de la perception
Définition
Les représentations désignent l’ensemble des images, idées, émotions et croyances qu’un
individu ou un groupe construit à propos d’une réalité culturelle, sociale ou humaine. Elles
se forment à partir de l’expérience personnelle, de l’éducation reçue, des médias consultés
et des interactions sociales vécues. Elles influencent la manière dont chacun perçoit et
interprète le monde qui l’entoure.
Exemple: Un étudiant vietnamien peut imaginer la France comme un pays romantique où
l’on mange beaucoup de fromages. Cette vision peut provenir de ses lectures, de ses films
préférés ou de ses échanges avec des francophones.
Caractéristiques principales
Les représentations possèdent trois caractéristiques fondamentales qui expliquent leur
rôle dans l’apprentissage des langues.
Elles sont d’abord subjectives, car elles dépendent du vécu personnel, de l’éducation et
du contexte social de chaque apprenant. Leur contenu varie donc d’un individu à l’autre.
Elles sont également évolutives, puisqu’elles se transforment avec le temps lorsque
l’apprenant découvre de nouvelles informations ou rencontre d’autres réalités culturelles.
Enfin, elles sont complexes et multidimensionnelles, car elles réunissent en même
temps des idées, des émotions, des valeurs et des jugements. Elles ne correspondent pas
à une simple opinion; elles combinent des aspects cognitifs, affectifs et sociaux qui
orientent la manière dont l’apprenant interprète une culture.
Classification des représentations
Les représentations se classent selon plusieurs critères qui permettent de comprendre
leur formation et leur influence dans l’apprentissage des langues.
Selon leur origine, elles peuvent être individuelles ou collectives.
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• Les représentations individuelles se forment à partir des expériences personnelles,
de l’éducation, des émotions ou des interactions propres à chaque apprenant.
• Les représentations collectives sont partagées par un groupe social ou culturel et se
développent à travers l’histoire, la tradition et la mémoire commune.
Selon leur degré de conscience, elles peuvent être conscientes ou inconscientes.
• Les représentations conscientes sont reconnues et expliquées clairement par
l’apprenant.
• Les représentations inconscientes orientent les jugements et les comportements
sans que l’individu en ait une perception nette. Leur identification et leur
modification sont souvent complexes.
Selon leur domaine, elles peuvent être culturelles, sociales ou personnelles.
• Les représentations culturelles concernent la manière dont une culture perçoit une
autre, notamment ses valeurs, ses pratiques et ses comportements.
• Les représentations sociales se rapportent aux rôles, aux statuts ou aux normes d’un
groupe.
• Les représentations personnelles se construisent à partir des souvenirs, des
émotions et des croyances propres à chaque individu.
Ces trois critères montrent que les représentations possèdent une diversité et une
profondeur qui influencent fortement la compréhension interculturelle.
L’intérêt pédagogique des représentations en FLE
Les représentations occupent une place essentielle dans l’enseignement et
l’apprentissage du FLE, car elles influencent directement la manière dont les apprenants
perçoivent la langue et la culture françaises.
Elles permettent d’abord d’identifier les perceptions initiales du groupe. Lorsque
l’enseignant connaît les images, idées ou croyances que les apprenants associent au
français, il peut adapter plus efficacement ses objectifs et ses démarches pédagogiques.
Elles favorisent également le développement de la pensée critique. En travaillant sur
leurs représentations, les apprenants apprennent à analyser et à comparer différentes
visions culturelles. Ils acquièrent une capacité à nuancer leurs jugements et à réviser leurs
idées lorsque de nouvelles connaissances apparaissent.
Les représentations contribuent aussi à renforcer l’empathie et l’ouverture
interculturelle. Les apprenants prennent conscience de la pluralité des perceptions et
comprennent mieux les comportements culturels propres à chaque société. Cette prise de
conscience favorise une attitude positive face à la diversité.
Enfin, elles jouent un rôle stratégique dans l’adaptation des activités pédagogiques.
Les supports, les documents et les tâches peuvent être sélectionnés ou ajustés en
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fonction des représentations identifiées, ce qui permet de répondre avec précision aux
besoins du groupe et de rendre l’apprentissage plus pertinent et plus efficace..
2. Les Stéréotypes: Images figées et socialement partagées
Définition:
Le stéréotype correspond à une idée préconçue et à une image simplifiée attribuée à un
groupe social ou culturel. Il résulte d’une généralisation excessive qui étend à toute une
communauté un comportement observé chez quelques individus. Cette vision réduit la
complexité du réel, efface la diversité interne d’une culture et impose une représentation
uniforme.
Un stéréotype facilite des jugements rapides qui ne reposent ni sur une analyse rigoureuse
ni sur des connaissances fiables. Sa rigidité influence la manière dont une personne
perçoit l’Autre, oriente l’interprétation de ses comportements et limite la capacité à
reconnaître la variété des identités au sein d’un même groupe.
Caractéristiques principales des stéréotypes
Les stéréotypes possèdent plusieurs traits essentiels. Leur rigidité constitue la première
caractéristique, car ils résistent au changement et demeurent stables même lorsque des
informations fiables les contredisent. Ils jouent aussi un rôle simplificateur, puisqu’ils
réduisent une réalité complexe à quelques éléments considérés comme représentatifs.
Leur transmission repose surtout sur des mécanismes sociaux: la famille, l’école, les
groupes d’appartenance, les médias et les réseaux numériques contribuent fortement à
leur formation et à leur consolidation. Enfin, les stéréotypes influencent les attitudes et les
comportements, car ils orientent les attentes, guident les jugements et agissent de
manière souvent inconsciente. Ils déterminent ainsi la façon dont une personne interprète
les actions et les intentions d’autrui.
Typologie des stéréotypes
Les stéréotypes peuvent être organisés selon trois critères majeurs: leur contenu, leur
degré d’expression et leur relation au groupe concerné.
Selon leur contenu, on distingue plusieurs catégories. Les stéréotypes nationaux
reposent sur l’image attribuée à un pays, par exemple l’idée que les Italiens parlent très fort
ou que les Vietnamiens travaillent beaucoup. Les stéréotypes sociaux concernent des
groupes professionnels ou des catégories sociales, comme l’idée que les artistes rêvent
souvent ou que les enseignants manifestent une grande sévérité. Les stéréotypes de genre
reposent sur des rôles masculins et féminins, comme l’idée que les hommes possèdent
une force supérieure ou que les femmes manquent de robustesse.
Selon leur degré d’expression, certains stéréotypes apparaissent de manière explicite. Ils
sont alors conscients et formulés ouvertement, comme l’affirmation selon laquelle les
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Français organisent de nombreuses grèves. D’autres demeurent implicites. Ils influencent
les attitudes ou les comportements de façon inconsciente. Par exemple, une personne
élevée avec l’idée que les individus tatoués représentent un danger peut ressentir une
méfiance immédiate sans justification objective.
Selon leur relation au groupe, les autostéréotypes correspondent à l’image qu’un groupe
construit de lui-même, tandis que les hétérostéréotypes renvoient à l’image qu’un groupe
attribue à un autre. Ce second type constitue une source fréquente d’ethnocentrisme, car
il impose une vision hiérarchisée ou biaisée de l’Autre.
Origines et mécanismes des stéréotypes
Les stéréotypes reposent sur trois mécanismes fondamentaux. Le premier correspond à
une généralisation cognitive: l’esprit humain réduit la complexité du réel afin de classer
les informations et de faciliter la compréhension du monde. Le second repose sur la
transmission sociale. La famille, l’école et les médias jouent un rôle central dans la
diffusion et la consolidation de ces idées généralisantes. Le troisième mécanisme
concerne l’interprétation biaisée. Les stéréotypes orientent les jugements et influencent
les attitudes, même lorsque l’individu ne possède aucune expérience directe avec le
groupe visé.
Le Stéréotype: Premier maillon de la chaîne des obstacles interculturels
Le stéréotype constitue souvent le point de départ d’une série de mécanismes qui peuvent
provoquer des incompréhensions et des tensions dans les situations interculturelles.
• Stéréotype: une image simplifiée et figée d’un groupe ou d’une culture, construite
sans connaître la réalité.
• Ethnocentrisme: tendance à considérer sa propre culture comme la norme ou la
référence. L’autre est alors perçu comme étrange, inférieur ou difficile à comprendre.
• Préjugé: un jugement formulé à partir d’un stéréotype, souvent sans avoir de contact
direct avec la personne ou le groupe.
• Discrimination: un acte, une attitude ou un comportement négatif fondé sur un
préjugé.
Cette chaîne montre comment une simple représentation peut, si elle n’est pas remise en
question, se transformer en obstacle majeur pour la communication interculturelle.
Conséquences des stéréotypes et préjugés en classe de FLE
Les stéréotypes et les préjugés peuvent avoir de nombreux effets négatifs en classe de FLE.
Ils apparaissent à différents niveaux et influencent directement la motivation, les émotions
et les interactions des apprenants.
Sur le plan cognitif: Les stéréotypes limitent la curiosité culturelle des apprenants, qui
s’appuient sur des idées préconçues au lieu d’observer la réalité ou d’interpréter les
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situations par eux-mêmes. Ils peuvent également freiner l’apprentissage: certains
apprenants doutent de leurs capacités lorsqu’ils pensent que d’autres groupes possèdent
une compétence linguistique considérée comme « naturelle » ou supérieure.
Sur le plan émotionnel: Ces représentations peuvent provoquer un sentiment d’exclusion
ou de marginalisation, surtout lorsque la culture d’un apprenant est associée à des images
négatives. La répétition de ces stéréotypes peut entraîner une baisse de l’estime de soi et
diminuer le plaisir d’apprendre, rendant l’investissement personnel plus difficile.
Sur le plan pédagogique: Les conséquences se manifestent aussi dans les pratiques de
classe. Certains apprenants développent des blocages à l’oral, de peur d’être jugés ou de
confirmer un stéréotype défavorable. Les chocs culturels deviennent plus fréquents, car
les comportements réels des locuteurs natifs ne correspondent pas aux représentations
simplifiées construites auparavant. Enfin, lorsque les interactions sont filtrées par des
jugements préexistants, la compréhension interculturelle reste limitée et les apprenants
peinent à analyser les pratiques culturelles de manière nuancée.
Stratégies pédagogiques pour dépasser stéréotypes et préjugés.
Plusieurs démarches pédagogiques permettent de réduire l’impact des stéréotypes et des
préjugés en classe de FLE. Elles favorisent une compréhension interculturelle plus riche et
plus nuancée.
• Explorer les représentations initiales: Une première approche consiste à identifier
les images que les apprenants associent à une culture. L’enseignant peut utiliser des
discussions guidées, des cartes mentales ou des questionnaires. Cette étape met
en lumière les représentations préexistantes et aide à comprendre leur origine.
• Analyser et déconstruire les stéréotypes: Une deuxième stratégie repose sur
l’étude de documents authentiques tels que des vidéos, des articles, des extraits
littéraires ou des témoignages. La confrontation entre les stéréotypes et les réalités
quotidiennes d’une culture élargit la perspective des apprenants et remet en
question les généralisations trop rapides.
• Encourager les interactions interculturelles: Il est utile de proposer des activités
qui placent les apprenants dans des situations d’échange culturel: jeux de rôle,
débats, incidents critiques ou études de cas. Ces situations stimulent l’analyse,
l’interprétation et l’ajustement culturel. Les apprenants découvrent des
comportements réels qui ne correspondent pas toujours à leurs représentations
initiales.
• Développer des compétences humaines essentielles: L’enseignant joue un rôle
clé dans la formation d’attitudes favorables à la diversité: empathie, tolérance,
respect mutuel et relativisation culturelle. En apprenant à reconnaître que chaque
culture fonctionne selon une logique propre, les apprenants deviennent plus ouverts
et moins enclins à porter des jugements rapides.
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Grâce à l’ensemble de ces stratégies, la classe de FLE se transforme en un espace
d’ouverture, de réflexion et de progression interculturelle.
3. Comparaison entre Représentations et Stéréotypes
Les représentations et les stéréotypes appartiennent tous deux au domaine des images
mentales, mais ils se distinguent par plusieurs aspects essentiels.
Les représentations possèdent une nature subjective et complexe. Elles intègrent
différentes dimensions et se forment à partir des expériences individuelles ou collectives.
Leur contenu évolue avec le temps, car l’individu peut modifier sa perception grâce à de
nouvelles informations ou à de nouvelles interactions. En classe de FLE, les
représentations servent souvent de point de départ pour analyser les perceptions initiales
et développer la pensée critique des apprenants.
Les stéréotypes, au contraire, reposent sur une image simplifiée et figée d’un groupe. Leur
origine est principalement sociale et culturelle, car ils se diffusent à travers la famille,
l’école, le groupe d’appartenance ou les médias. Leur rigidité rend leur modification
difficile. En contexte pédagogique, les stéréotypes constituent des obstacles, parce qu’ils
limitent l’ouverture interculturelle et enferment les individus dans des généralisations
excessives.
Une représentation exprime une perception ouverte, par exemple: « Je pense que les
Français aiment la littérature ». Un stéréotype affirme une généralisation absolue, comme:
« Tous les Français sont romantiques ».
4. Exemples de mes propres représentations
Lorsque l’on m’interroge sur la France, plusieurs images surgissent immédiatement dans
mon esprit. J’imagine un pays très romantique, où les habitants profitent d’un café au bord
de la Seine et échangent des paroles pleines de charme. Cette vision idéalisée provient
surtout des œuvres littéraires et cinématographiques que j’ai découvertes au fil du temps.
Elle repose davantage sur l’émotion que sur des expériences personnelles, car je n’ai pas
encore vérifié ces impressions à travers un séjour ou des rencontres réelles.
J’associe également la France à une gastronomie sophistiquée, complexe et coûteuse.
Cette idée se construit à partir de quelques repas dégustés dans des restaurants français,
puis généralisés au mode de vie quotidien des familles françaises. Même si ces
représentations restent positives, elles ne reflètent qu’une partie de la réalité et s’appuient
surtout sur des images partielles ou idéalisées.
5. Exemples de stéréotypes que j’ai pu observer
Dans les classes de FLE, j’ai observé un stéréotype fréquent concernant les apprenants
vietnamiens. Beaucoup d’entre eux paraissent réservés et interviennent très peu à l’oral.
Ce comportement est souvent interprété comme un manque d’assurance ou comme une
peur du jugement. Cette attitude trouve son origine dans certaines normes culturelles
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inspirées du confucianisme, qui valorisent l’évitement de situations embarrassantes et la
préservation de l’image personnelle. Cette pression culturelle influence directement leur
manière de participer en classe.
Un autre stéréotype courant concerne l’idée selon laquelle « les Vietnamiens sont
travailleurs et studieux ». Malgré son apparence positive, cette perception crée du stress et
un sentiment de compétition. Certains apprenants cherchent à répondre à cette attente
valorisante, tandis que d’autres redoutent de ne pas atteindre le niveau attendu. Ce
stéréotype peut donc renforcer la pression scolaire et générer des inquiétudes chez les
apprenants.
D. L’ACCULTURATION
1. Définition de l’acculturation
L’acculturation désigne un processus lié à un contact prolongé entre deux cultures. Lors de
ce contact, un individu ou un groupe adopte certains éléments d’une culture différente et
modifie progressivement sa propre culture. Ce phénomène concerne les valeurs, les
normes, les comportements, les pratiques sociales et la langue.
Selon J. Poirier, l’acculturation correspond à l’adoption de valeurs venues d’une autre
culture, adoption qui transforme le système culturel d’origine. F. Gresle souligne également
le caractère complexe de ce processus, puisqu’il résulte d’interactions directes et
durables entre deux cultures, interactions qui modifient l’un ou les deux systèmes
culturels.
Ainsi, l’acculturation dépasse une simple adaptation de surface. Elle révèle une interaction
profonde entre cultures, interaction qui peut enrichir, transformer ou remplacer certains
éléments de la culture d’origine.
2. Origine étymologique de l’acculturation
Le terme acculturation vient du préfixe latin « ad », qui signifie « vers » ou « en direction de
», associé au mot culture. Pris au sens littéral, le mot indique un mouvement vers une
culture différente. Il renvoie donc à l’idée d’un individu ou d’un groupe qui se rapproche
d’une culture cible et qui adopte certaines de ses pratiques, de ses valeurs ou de ses
normes.
Cette origine étymologique montre que l’acculturation correspond à un processus
dynamique. Elle exprime un déplacement culturel et une transformation progressive, car
l’individu ou le groupe avance vers une nouvelle culture tout en restant lié à la culture
d’origine.
3. Nature et caractéristiques de l’acculturation
L’acculturation se définit comme un processus progressif qui transforme différents
aspects de la vie sociale et personnelle. Elle modifie les valeurs et les normes sociales, car
l’individu adopte des manières de penser et des comportements liés à la culture cible. Elle
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touche aussi les pratiques et les coutumes, puisque l’individu s’ajuste aux usages,
traditions et rituels de la société d’accueil. La langue occupe une place importante:
l’apprentissage de la langue cible modifie les habitudes de communication. Enfin,
l’acculturation agit sur l’identité culturelle, car l’individu réorganise son identité pour
intégrer des éléments nouveaux tout en gardant un lien avec sa culture d’origine.
Ce processus possède plusieurs caractéristiques essentielles. Il avance sur la durée et se
renforce avec l’exposition à la culture cible. Il reste multidimensionnel, car il touche les
comportements, les croyances, les valeurs, les relations sociales et le langage. Il peut
aussi être sélectif, puisque l’individu décide parfois d’adopter certains éléments et d’en
refuser d’autres. Enfin, il peut devenir asymétrique lorsque la culture dominante exerce une
influence plus forte, ce qui conduit parfois à une assimilation totale.
Ainsi, l’acculturation s’analyse comme un mécanisme d’adaptation et de transformation
culturelle. Elle résulte de l’interaction entre deux cultures et se manifeste différemment
selon les parcours, les expériences et les contextes sociaux.
4. Forme extrême: l’Assimilation
L’assimilation constitue la forme la plus complète et radicale de l’acculturation. Elle
survient lorsqu’un individu ou un groupe minoritaire adopte entièrement les valeurs,
normes, coutumes et langue de la culture dominante, au point que sa culture d’origine
disparaît progressivement.
Les caractéristiques principales de l’assimilation sont les suivantes:
• Perte de la culture d’origine: les traditions, comportements et repères culturels
initiaux deviennent invisibles dans la vie quotidienne.
• Intégration totale dans la culture dominante: l’individu s’identifie pleinement aux
codes, valeurs et usages du groupe majoritaire.
• Modification de l’identité culturelle: l’identité initiale est remplacée ou
profondément transformée pour correspondre aux attentes de la culture d’accueil.
• Disparition possible de la diversité culturelle: les traits spécifiques de la culture
minoritaire peuvent s’effacer progressivement dans la société.
L’assimilation peut être subie, lorsque les minorités font face à une pression sociale ou
institutionnelle, ou choisie, lorsque l’individu estime que l’adoption complète de la culture
dominante facilite son intégration sociale, professionnelle ou linguistique.
En didactique des langues et cultures, étudier l’assimilation permet de comprendre les
limites et les risques d’une acculturation excessive, notamment la perte d’identité, les
conflits internes et le déséquilibre dans les interactions interculturelles.
5. Classification et stratégies d’acculturation selon John W. Berry
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Le sociologue John W. Berry (1990) a proposé un modèle clé pour comprendre comment
les individus ou les groupes gèrent le contact entre leur culture d’origine (C1) et une culture
d’accueil (C2). Son approche repose sur deux dimensions principales:
• Le maintien de la culture d’origine (C1): jusqu’à quel point l’individu souhaite
conserver ses valeurs, traditions et pratiques culturelles.
• La relation avec la culture d’accueil (C2): jusqu’à quel point l’individu souhaite
adopter ou participer aux pratiques et valeurs de la culture dominante.
En croisant ces deux dimensions, Berry distingue quatre stratégies d’acculturation
principales:
Intégration: L’individu conserve sa culture d’origine tout en adoptant activement les
éléments de la culture d’accueil. Cette stratégie favorise le biculturalisme, l’ouverture
interculturelle et la réussite dans des contextes pluriculturels. C’est la stratégie la plus
équilibrée et souvent considérée comme idéale en didactique du FLE, car elle permet de
maintenir l’identité culturelle tout en facilitant la communication interculturelle.
Assimilation: L’individu abandonne sa culture d’origine pour se fondre complètement
dans la culture d’accueil. Elle correspond à la forme extrême de l’acculturation, où la
culture initiale disparaît progressivement. L’assimilation peut être choisie ou subie, mais
elle comporte des risques de perte d’identité et de conflits internes.
Séparation: L’individu ou le groupe rejette la culture d’accueil et s’en tient strictement à sa
culture d’origine. Cette stratégie est souvent adoptée pour préserver l’identité culturelle
face à une pression externe ou à un sentiment de menace. Elle peut entraîner une
marginalisation sociale et limiter les interactions interculturelles.
Marginalisation: L’individu perd le lien avec sa culture d’origine tout en n’adoptant pas la
culture d’accueil. Cette situation est souvent involontaire et résulte de conflits ou
d’exclusion sociale. La marginalisation peut générer des tensions psychologiques
importantes et un sentiment d’isolement culturel.
En synthèse, le modèle de Berry montre que l’acculturation n’est pas un processus
uniforme: les stratégies varient selon le choix de l’individu, le contexte social et la pression
culturelle. Dans l’enseignement du FLE, comprendre ces stratégies permet à l’enseignant
de favoriser l’intégration et le développement de la compétence interculturelle tout en
évitant les écueils liés à l’assimilation ou à la marginalisation.
6. Concepts connexes et processus liés à l’acculturation
Pour comprendre l’acculturation, il est nécessaire de connaître trois concepts étroitement
liés qui expliquent la dynamique culturelle lors des contacts interculturels:
a. Déculturation
• La déculturation correspond à la perte ou à l’oubli progressif d’éléments de la culture
d’origine (C1), comme la langue maternelle, les traditions ou certaines valeurs.
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• Elle peut survenir sans adoption des éléments de la culture d’accueil (C2).
• Ce phénomène apparaît souvent dans les situations de marginalisation ou comme
étape intermédiaire de l’assimilation, lorsque l’individu se détache de sa culture
initiale.
b. Contre-acculturation
• La contre-acculturation représente une réaction identitaire face à une culture
étrangère perçue comme menaçante.
• L’individu ou le groupe renforce ou réactive volontairement certains éléments de sa
culture d’origine (C1) pour protéger ou affirmer son identité.
• Ce processus se rencontre typiquement dans les stratégies de séparation, où le
maintien de la culture d’origine prime sur l’adoption de la culture d’accueil.
c. Acculturation sélective
• L’acculturation sélective correspond à un choix conscient des éléments de la culture
d’accueil (C2) jugés utiles ou pertinents, par exemple pour les compétences
professionnelles, les modes de communication ou les comportements sociaux.
• Simultanément, les éléments fondamentaux de la culture d’origine (C1), comme les
valeurs familiales ou les pratiques religieuses, sont préservés.
• Cette approche reflète une intégration réussie, car elle combine adaptation et
maintien de l’identité culturelle, favorisant la compétence interculturelle et le
biculturalisme.
Synthèse: Ces concepts montrent que l’acculturation n’est pas un processus uniforme. La
dynamique culturelle varie selon les choix individuels, les pressions sociales et les
stratégies adoptées. La compréhension de ces processus est essentielle pour analyser les
interactions interculturelles et pour guider l’enseignement du FLE vers le développement
d’une compétence interculturelle équilibrée.
7. Rôle et conséquences de l’acculturation dans la communication interculturelle
L’acculturation occupe une place centrale dans la communication interculturelle, car elle
influence la manière dont un individu perçoit, interprète et interagit avec une culture
étrangère. Elle joue un double rôle: mécanisme d’adaptation et facteur de développement
de la compétence interculturelle.
a. Rôle dans la communication interculturelle
• Négociation de sens: La communication entre personnes issues de cultures
différentes suppose la négociation du sens des messages. L’acculturation permet à
l’individu de dépasser l’ethnocentrisme et de comprendre la logique culturelle de
l’autre.
• Intermédiation culturelle: Une personne ayant intégré avec succès les éléments
d’une culture étrangère peut agir comme intermédiaire culturel. Elle facilite la
compréhension entre sa culture d’origine et la culture étrangère et établit un lien
respectueux et efficace entre les deux systèmes culturels.
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b. Conséquences psychologiques de l’acculturation
Conséquences négatives:
• Stress acculturatif: L’adaptation à une nouvelle culture peut provoquer anxiété,
confusion et malaise émotionnel.
• Choc culturel: La confrontation à des normes, comportements et valeurs inconnus
peut entraîner désorientation, malentendus ou incompréhensions, comme le
montre l’exemple du choix des pronoms « tu/vous » en français.
Conséquences positives:
• Épanouissement personnel: Une acculturation réussie permet à l’individu de
gagner en maturité et en confiance dans ses interactions interculturelles.
• Développement de la compétence interculturelle: L’individu acquiert la capacité
de comprendre, de s’adapter à différentes cultures tout en respectant ses propres
valeurs.
• Biculturalisme et pluriculturalisme: L’acculturation favorise une identité flexible,
capable de naviguer efficacement dans plusieurs contextes culturels.
Conclusion: L’acculturation constitue un processus essentiel pour l’adaptation et la
compréhension interculturelle. Elle permet de préparer les apprenants à évoluer dans un
monde globalisé, en développant leur compétence interculturelle, leur ouverture et leur
capacité à interagir avec des cultures différentes tout en préservant leur identité.
8. Méthodologie en didactique du FLE pour l’acculturation.
L’enseignement du FLE vise à accompagner les apprenants dans le processus
d’acculturation afin de développer leur compétence interculturelle et leur capacité à
interagir efficacement avec la culture cible tout en préservant leur culture d’origine.
a. Rôle de l’enseignant: le médiateur culturel
Le professeur de FLE dépasse le simple rôle linguistique et agit comme médiateur culturel.
Ses fonctions principales sont:
• Sensibilisation à la culture: L’enseignant aide les apprenants à comprendre les
différentes formes d’expression culturelle et la logique des comportements et des
valeurs de la culture cible.
• Lutte contre l’ethnocentrisme et les stéréotypes: Il guide les apprenants dans
l’identification et la déconstruction des préjugés, des images figées ou idéalisées sur
la culture étrangère.
• Accompagnement réflexif: Il encourage les apprenants à réfléchir sur leur propre
culture et sur celle de l’autre, favorisant la compréhension et la gestion des
différences culturelles.
b. Méthodes pour enseigner l’acculturation
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Plusieurs approches pédagogiques permettent d’intégrer l’acculturation dans
l’enseignement du FLE:
• Approche constructiviste: L’apprenant établit des liens entre sa culture d’origine
(C1) et la culture cible (C2). Ses représentations initiales servent de point de départ
pour une réflexion critique et comparative.
• Analyse des malentendus et chocs culturels: Les situations de choc culturel,
telles que les malentendus linguistiques ou les comportements inattendus,
deviennent des supports pédagogiques pour identifier les valeurs et normes
implicites de la culture cible et discuter des différences culturelles.
• Tâches communicatives interculturelles: L’enseignant propose des activités
interactives, telles que jeux de rôle, débats ou incidents critiques, qui obligent les
apprenants à négocier le sens et à adopter la perspective de l’autre. L’usage de
documents authentiques relie l’apprentissage linguistique à la compréhension
culturelle.
• Réflexion guidée et acculturation sélective: L’objectif n’est pas d’imiter
mécaniquement la culture étrangère, mais de choisir consciemment les éléments
culturels pertinents tout en préservant la culture d’origine. Cette démarche favorise
une identité biculturelle équilibrée.
Conclusion: La méthodologie en FLE pour l’acculturation combine l’accompagnement
actif de l’enseignant, la réflexion critique des apprenants, l’exploitation des malentendus
culturels et la promotion d’une interaction interculturelle consciente. Elle permet aux
apprenants de devenir compétents linguistiquement, tout en développant des habiletés et
une sensibilité dans leurs interactions interculturelles.
9. Exemple 1: Mon expérience personnelle de l’acculturation dans la méthode
pédagogique française
En tant qu’apprenante vietnamienne, j’ai vécu un processus d’acculturation en découvrant
la méthode pédagogique française. Au départ, j’étais habituée au modèle traditionnel
vietnamien, où l’enseignant explique, les apprenants écoutent et prennent des notes, et
les discussions restent limitées.
Dans les cours de FLE, j’ai dû m’adapter à une approche différente: travail en groupe, prise
de parole individuelle, analyse de documents authentiques et participation active aux
activités communicatives. Ce changement dépassait la simple technique d’apprentissage:
il représentait une véritable immersion culturelle.
J’ai appris à exprimer mes opinions de manière plus directe, à argumenter tout en
respectant mes interlocuteurs et à accepter le rôle central de l’apprenant. Ces nouvelles
pratiques m’ont déstabilisée au début, mais progressivement, j’ai intégré plusieurs
éléments de la culture éducative française tout en conservant mes repères vietnamiens.
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Cette expérience illustre clairement le processus d’acculturation dans le domaine de
l’enseignement, où l’adoption de nouvelles pratiques culturelles s’accompagne de la
préservation de son identité initiale.
10. Exemple 2: Mon acculturation à certaines pratiques culturelles françaises dans
la vie quotidienne au Vietnam.
Dans ma vie quotidienne au Vietnam, j’ai vécu un processus d’acculturation grâce à un
contact régulier avec la culture française. Après plusieurs années d’apprentissage du
français, de lecture d’ouvrages, de visionnage de films et de participation à des
événements de l’Institut français, j’ai progressivement adopté certaines pratiques
culturelles françaises.
J’ai appris à saluer à la manière française, à utiliser le vouvoiement dans les situations
formelles et à exprimer mes opinions de manière plus ouverte et affirmée. J’ai également
intégré des habitudes liées à l’art de vivre français, comme boire un café noir “à la
française”, apprécier un croissant ou une baguette, ou choisir un verre de vin lors de
rencontres amicales.
Ces nouvelles pratiques se sont ajoutées harmonieusement à ma vie vietnamienne sans
effacer mes valeurs d’origine. Je conserve ma culture vietnamienne tout en intégrant
certains éléments de la culture française, créant ainsi un véritable espace de rencontre
entre les deux cultures. Cette expérience illustre une acculturation douce et progressive,
perceptible dans ma vie personnelle.
E. Ethnocentrisme
1. Définition de l’ethnocentrisme
L’ethnocentrisme désigne une tendance cognitive et culturelle où un individu ou un groupe
considère sa propre culture comme le centre et la référence principale pour juger les autres
cultures. Les valeurs, normes, habitudes et modes de vie de la culture d’origine sont perçus
comme le seul modèle valable.
Cette attitude conduit à interpréter les pratiques culturelles étrangères à travers le prisme
de sa propre culture. Elle provoque des biais, des jugements hâtifs, et parfois une
dévalorisation, un rejet ou une mauvaise interprétation des comportements d’autrui.
L’ethnocentrisme peut se manifester de façon spontanée et inconsciente, car il découle du
processus de socialisation. Lorsqu’il devient fort et marqué, il constitue un obstacle
majeur à la communication interculturelle et renforce les stéréotypes, préjugés et
discriminations, pouvant aller jusqu’au conflit culturel.
2. Origine du terme « ethnocentrisme »
Le terme « ethnocentrisme » a été introduit en 1906 par le sociologue américain William
Graham Sumner. Il désigne la tendance naturelle des individus à considérer leur propre
culture comme le centre et le standard universel pour évaluer les autres cultures.
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a. Étymologie:
• Ethnos: « peuple » ou « groupe ».
• Kentron: « centre ».
Littéralement, l’ethnocentrisme signifie donc placer son propre groupe ou sa culture au
centre de toute perception et évaluation culturelle.
b. Contexte de création:
Sumner a observé que cette attitude est universelle et spontanée. Les individus, socialisés
dans un cadre culturel donné, jugent naturellement les autres cultures à partir de leurs
propres valeurs, normes et croyances.
c. Signification conceptuelle:
L’ethnocentrisme n’est pas nécessairement hostile. Il reflète une subjectivité culturelle où:
• Les normes et comportements de sa propre culture semblent « naturels » ou
« corrects ».
• Les différences culturelles sont souvent perçues comme étranges ou inadéquates.
En résumé, l’ethnocentrisme traduit la centration sur sa propre culture et constitue la base
de nombreux stéréotypes et préjugés dans les interactions interculturelles.
3. Nature et caractéristiques
a. Nature:
L’ethnocentrisme est un phénomène universel et naturel. Il reflète la tendance des
individus à considérer leur propre culture comme le modèle de référence pour
comprendre et évaluer les autres cultures. Cette attitude se manifeste spontanément
lors de rencontres avec l’altérité. Les comportements, valeurs ou pratiques différentes
sont souvent jugés selon les normes de sa propre culture. L’ethnocentrisme est
généralement inconscient et ne traduit pas nécessairement une volonté de dévaloriser
autrui, mais plutôt un manque de conscience de la relativité des normes culturelles.
b. Caractéristiques principales:
• Subjectivité culturelle: Les valeurs et pratiques de sa culture apparaissent comme «
normales » et « correctes ».
• Vérité perçue comme universelle: Les normes de sa culture sont considérées
valables pour toutes les sociétés.
• Évaluation et comparaison: Les cultures étrangères sont systématiquement jugées
selon les critères de la culture d’origine.
• Dimension émotionnelle et cognitive: Cette perception peut provoquer étonnement,
incompréhension ou rejet face aux pratiques différentes.
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• Lien avec stéréotypes et préjugés: L’ethnocentrisme sert de base aux stéréotypes, qui
simplifient et généralisent les caractéristiques d’un groupe, et peut évoluer vers des
préjugés, entraînant des attitudes hostiles ou discriminatoires.
En résumé, l’ethnocentrisme influence profondément la perception interculturelle et
constitue un facteur central dans la formation des stéréotypes et des préjugés..
4. Manifestations et Relations avec les concepts associés à l’ethnocentrisme
a. Manifestations de l’ethnocentrisme:
• Étonnement ou malaise: À un niveau modéré, l’ethnocentrisme se traduit par la
surprise ou l’incompréhension face à des comportements différents. Par exemple,
certaines personnes peuvent être choquées de voir des couples s’embrasser en
public, car ce geste ne correspond pas aux normes de leur culture.
• Surestimation de sa propre culture: Les individus valorisent excessivement leur
langue, leurs coutumes ou leur mode de vie, considérant leur culture comme
supérieure. Cette attitude entraîne des jugements constants sur les pratiques
culturelles étrangères.
• Hostilité et discrimination: À un niveau extrême, l’ethnocentrisme peut provoquer
le rejet, la discrimination ou des conflits entre groupes. Le mépris ou l’hostilité
apparaît lorsque la valorisation de sa culture devient excessive.
b. Relations avec les stéréotypes et préjugés:
• Stéréotypes: Ce sont des images simplifiées et figées attribuées à un groupe, par
exemple « les Français sont romantiques ». L’ethnocentrisme renforce ces
stéréotypes en empêchant de percevoir la diversité et la complexité des
comportements.
• Préjugés: Ce sont des jugements négatifs formés avant toute expérience réelle,
comme « les Français sont arrogants ». L’ethnocentrisme peut évoluer vers le préjugé
lorsque la surestimation de sa culture entraîne le mépris ou l’hostilité envers autrui.
Conclusion: L’ethnocentrisme façonne la perception des autres cultures en produisant
des jugements simplifiés ou négatifs. Comprendre ses manifestations et ses liens avec les
stéréotypes et les préjugés est essentiel pour développer une ouverture interculturelle,
favoriser la compréhension mutuelle et améliorer la communication respectueuse entre
cultures.
5. Les conséquences de l’ethnocentrisme dans la société et en classe de FLE
a. Dans la société:
• Entrave à la compréhension mutuelle: Les individus ethnocentriques jugent les
comportements étrangers selon leurs propres normes, ce qui empêche de saisir la
logique et le sens des pratiques d’autres cultures. Cette attitude bloque la
communication et limite l’échange d’idées.
• Érosion du respect d’autrui: La surestimation de sa propre culture conduit à des
évaluations injustes et à des critiques constantes des autres cultures. Dans certains
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cas, cela se traduit par la discrimination, la marginalisation ou des conflits
intergroupes.
• Renforcement des stéréotypes et préjugés: L’ethnocentrisme favorise la
généralisation simplifiée et l’étiquetage des individus selon leur culture, renforçant
les stéréotypes et pouvant évoluer vers des préjugés hostiles.
b. Dans la classe de FLE:
• Limitation de l’ouverture interculturelle: Les apprenants restent enfermés dans la
vision de leur culture d’origine, ce qui freine leur capacité à comprendre et accepter
d’autres valeurs, normes et pratiques culturelles.
• Difficultés dans l’apprentissage linguistique: Les apprenants évaluent la langue
cible à travers le prisme de leur langue maternelle, ce qui complique l’acceptation
de certaines structures grammaticales ou expressions idiomatiques propres au
français.
• Tendance à l’isolement: L’ethnocentrisme peut conduire à des stratégies de
séparation, où les apprenants privilégient les interactions avec des membres de leur
propre culture et évitent les échanges avec les locuteurs de la culture cible.
Conclusion: L’ethnocentrisme, bien qu’il soit un phénomène naturel, limite la
compréhension interculturelle, freine l’apprentissage des langues et peut engendrer des
attitudes discriminatoires. Dans l’enseignement du FLE, il est essentiel de le reconnaître et
de mettre en place des stratégies pédagogiques qui développent la réflexivité, la
décentration et l’ouverture culturelle, afin de préparer les apprenants à une
communication interculturelle efficace et respectueuse.
6. Stratégies pour dépasser l’ethnocentrisme.
Pour surmonter l’ethnocentrisme, l’objectif n’est pas d’abandonner sa culture, mais de
développer une réflexion critique et une perspective interculturelle ouverte et
respectueuse.
a. Développement de la réflexivité:
Les apprenants doivent prendre conscience de leurs propres valeurs, croyances et normes
culturelles. La réflexivité permet de comprendre que ce qui est considéré comme « normal
» dans une culture ne l’est pas nécessairement ailleurs, et que chaque comportement se
comprend dans son contexte culturel. Cette prise de conscience réduit les jugements
automatiques et les évaluations biaisées des autres cultures.
b. Pratique de la décentration:
La décentration consiste à adopter le point de vue de l’autre sans juger selon ses propres
critères culturels. Elle permet d’interpréter les comportements étrangers avec empathie et
de reconnaître la légitimité de normes et valeurs différentes.
c. Rôle du professeur comme médiateur culturel:
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Le professeur de FLE stimule la réflexion critique sur la culture et les préjugés des
apprenants. Il transforme les malentendus et chocs culturels en situations
d’apprentissage en analysant les conflits entre culture d’origine (C1) et culture cible (C2).
Il encourage également les échanges et discussions pour favoriser l’ouverture et la
tolérance.
d. Méthodes pédagogiques concrètes:
• Analyse d’artefacts et documents authentiques: étudier textes, images, vidéos ou
objets culturels pour identifier les valeurs implicites.
• Activités de contraste: comparer des situations dans C1 et C2 (salutations,
expression d’opinion, refus) pour mettre en évidence les différences culturelles.
• Tâches de négociation de sens: mettre les apprenants en situation de collaborer et
résoudre des problèmes interculturels pour développer adaptation et
compréhension mutuelle.
e. Encouragement de l’ouverture interculturelle:
L’objectif final est de développer une ouverture interculturelle durable, permettant aux
apprenants de respecter et apprécier la diversité culturelle tout en conservant leur identité
propre. Cela améliore la communication, facilite la gestion des différences et réduit les
stéréotypes et préjugés.
7. Exemple 1 – Ethnocentrisme léger: étonnement face aux habitudes alimentaires
Lors d’une fête avec des amis indiens, j’ai été surpris de les voir manger avec les mains
et goûter des plats très épicés au curry, ce qui contrastait avec mes habitudes
vietnamiennes utilisant principalement des couverts et des plats moins épicés.
Analyse: Il s’agit d’un ethnocentrisme léger, car la réaction est un étonnement naturel,
sans hostilité. L’évaluation des pratiques se fait inconsciemment selon mes normes
culturelles (C1), jugeant cette manière de manger comme « inhabituelle » ou « étrange
». Ce type de réaction est courant dans les interactions interculturelles, mais il peut
devenir un obstacle à la compréhension si elle n’est pas accompagnée de réflexion et
d’ouverture d’esprit.
8. Exemple 2 – Ethnocentrisme extrême: idéologie et domination culturelle
L’exemple de l’Allemagne nazie illustre un ethnocentrisme extrême. Adolf Hitler et le
régime nazi considéraient le peuple allemand comme supérieur aux autres nations et
ethnies, ce qui a conduit à la discrimination, à la persécution et au génocide de millions
de personnes, notamment pendant l’Holocauste.
Analyse: Il s’agit d’un ethnocentrisme extrême, car il ne s’agit plus d’une simple
comparaison culturelle, mais d’une valorisation absolue de sa propre culture et de son
peuple au détriment des autres. La conviction en la supériorité de la culture et de la
nation allemande a justifié des actions hostiles et destructrices contre d’autres peuples
(C2). Cet exemple montre que l’ethnocentrisme extrême peut devenir une idéologie
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dangereuse, entraînant discrimination, haine et violence à grande échelle. Il illustre
également la dimension morale et politique de l’ethnocentrisme et l’influence de cette
croyance sur les décisions et comportements collectifs tragiques.
F. LE CHOC CULTUREL
1. Définition et nature du phénomène
Le choc culturel désigne la réaction de désorientation, d’angoisse ou de malaise qu’une
personne éprouve lorsqu’elle rencontre un environnement culturel nouveau, dont les
repères, normes et pratiques diffèrent fortement de ceux auxquels elle est habituée. Il s’agit
d’une réalité psychologique et sociale, caractérisée par une souffrance émotionnelle et
parfois physique, causée par la rupture des habitudes et l’incertitude liée à la nouveauté
culturelle.
Selon Berry, le choc culturel s’inscrit dans le cadre du « stress d’acculturation » et fait partie
du processus plus large d’adaptation culturelle (acculturation). Psychologiquement, il se
manifeste par l’anxiété, l’isolement, la nostalgie, les troubles du sommeil et la baisse de
l’estime de soi. Sociologiquement, il traduit des conflits de normes et une
incompréhension entre systèmes de valeurs différents.
Le choc culturel ne se limite pas aux voyages internationaux. Il peut apparaître lors d’une
migration, d’un passage du milieu rural au milieu urbain, d’un changement d’entreprise ou
d’un échange entre groupes sociaux aux codes culturels distincts.
2. Facteurs et causes du choc culturel
Le choc culturel survient lorsqu’une personne se trouve dans un environnement dont les
normes, les valeurs, les comportements et les habitudes diffèrent fortement de ceux de
son milieu d’origine. Ce phénomène provoque un sentiment de désorientation, de malaise
ou d’anxiété et peut se manifester tant sur le plan psychologique que social.
a. Rupture avec les repères habituels
Chaque individu grandit avec un système de références stable: langue, règles de politesse,
rapport au temps, manière de communiquer, de manger ou de se saluer. L’arrivée dans une
autre culture bouleverse ces repères. Cette perte de familiarité crée une insécurité et une
confusion qui contribuent directement au choc culturel.
b. Différences linguistiques
La langue constitue l’accès principal à la culture. Une maîtrise insuffisante entraîne
incompréhension, difficultés dans les interactions quotidiennes et sentiment d’exclusion.
La difficulté à exprimer ses idées ou à comprendre les autres renforce le décalage entre ce
que l’on souhaite communiquer et ce que l’on réussit réellement à transmettre.
c. Divergences de normes sociales et comportements
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Chaque culture possède ses propres règles implicites: distance physique, salutations,
expression des émotions, gestion des conflits, rapport à l’individu ou au groupe. Lorsque
ces codes diffèrent de ceux de la culture d’origine, l’individu peut se sentir jugé, mal
compris ou en contradiction avec ses repères, générant inconfort et malaise.
d. Attentes irréalistes ou idéalisées
Les représentations idéalisées d’un pays, souvent nourries par les médias, les films ou les
récits d’amis, peuvent créer de la déception. Lorsque la réalité ne correspond pas à ces
attentes, par exemple en matière de rythme de vie, de communication ou d’administration,
le choc culturel devient plus important.
e. Ethnocentrisme
L’ethnocentrisme amplifie les réactions face à la nouveauté culturelle. Lorsqu’un individu
considère sa culture comme le modèle universel, tout comportement différent peut être
perçu comme choquant, irrationnel ou inférieur, accentuant le malaise et les jugements
négatifs.
f. Stress lié à l’adaptation
Le changement de contexte implique de multiples ajustements: logement, démarches
administratives, constitution d’un réseau social, apprentissage d’une nouvelle langue,
adaptation à un rythme de vie différent. L’accumulation de ces défis produit un stress
continu qui augmente la vulnérabilité psychologique et favorise l’apparition du choc
culturel.
g. Facteurs personnels et sociaux
D’autres éléments influencent la gravité du choc:
• Barrière du réseau social: l’absence de soutien familial ou amical accentue
l’isolement.
• Pression scolaire ou professionnelle: des exigences élevées ou des méthodes
inconnues augmentent le stress.
• Facteurs psychologiques: ouverture d’esprit, résilience et tolérance à l’ambiguïté
déterminent la capacité d’adaptation. Les individus rigides ou anxieux sont plus
vulnérables.
h. Interaction des facteurs
Ces causes se combinent et se renforcent mutuellement. Par exemple, une barrière
linguistique associée à des attentes irréalistes et à un réseau social faible peut rapidement
entraîner isolement, frustration et anxiété. Comprendre ces interactions est essentiel pour
anticiper et réduire la gravité du choc culturel.
3. La courbe du choc culturel
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La courbe du choc culturel décrit les différentes étapes émotionnelles, psychologiques et
comportementales qu’une personne traverse lorsqu’elle s’installe dans un environnement
culturel nouveau. Elle montre comment l’adaptation à une culture différente se fait
progressivement, avec des hauts et des bas qui influencent le bien-être, la motivation et la
perception du nouvel environnement.
a. Phase de la lune de miel.
Au début, l’individu ressent un grand enthousiasme. Tout semble intéressant et stimulant.
Les différences culturelles, culinaires, linguistiques et sociales sont perçues comme
agréables ou exotiques. La personne éprouve curiosité, énergie positive et plaisir de
découvrir. Les difficultés culturelles sont souvent minimisées et considérées comme
secondaires.
b. Phase du choc culturel.
Après quelques semaines ou quelques mois, apparaissent les premières tensions. Les
différences culturelles cessent d’être amusantes et deviennent sources de confusion, de
frustration et de stress. Les malentendus linguistiques, les règles implicites ou les
comportements différents provoquent un sentiment d’isolement, de perte de repères et
parfois une baisse d’estime de soi. Cette phase correspond au véritable choc culturel,
lorsque la réalité se heurte aux attentes initiales.
c. Phase d’adaptation
Avec le temps, la personne commence à comprendre les codes locaux et développe des
stratégies d’adaptation. Elle trouve de nouveaux repères, comprend mieux les
comportements des autres et relativise les différences. L’individu devient plus autonome
et apprend à naviguer entre sa culture d’origine et la culture d’accueil.
d. Phase de maîtrise ou d’intégration.
À ce stade, l’individu atteint un confort culturel élevé. Les différences ne constituent plus
un obstacle mais font partie de la vie normale. La personne communique efficacement,
comprend les nuances sociales et développe un sentiment d’appartenance, même partiel.
Cette étape ne signifie pas l’adoption totale de la nouvelle culture, mais une capacité à
vivre sereinement dans deux univers culturels.
Variations de la courbe: La courbe n’est jamais linéaire. Chaque individu traverse les
étapes avec une intensité différente et certaines phases peuvent réapparaître devant de
nouveaux défis. La durée et l’intensité de chaque étape dépendent de la personnalité, du
soutien social, de la motivation, des compétences linguistiques, de l’expérience
interculturelle et des conditions de vie.
Conclusion: La courbe du choc culturel constitue un outil essentiel pour comprendre les
réactions humaines face à un environnement inconnu. Elle montre que l’adaptation est
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progressive et normale. Connaître ces étapes permet d’anticiper les difficultés, de réduire
le stress et de favoriser une adaptation harmonieuse à la culture d’accueil..
4. Impacts du choc culturel: risques et opportunités.
Le choc culturel est un processus complexe qui comporte à la fois des risques pour
l’individu et des opportunités de développement personnel et interculturel.
a. Risques associés au choc culturel
Le choc culturel peut fragiliser l’équilibre émotionnel, cognitif et social de la personne.
Parmi les effets négatifs les plus fréquents, on peut citer:
• Désorientation et perte de repères: L’individu se sent déconnecté de ses
habitudes, de ses références sociales et de ses normes familières, ce qui entraîne
incertitude et vulnérabilité.
• Stress acculturatif: Les difficultés linguistiques, les malentendus culturels et les
exigences d’adaptation provoquent anxiété, irritabilité, troubles du sommeil ou
baisse de motivation.
• Isolement social: L’incompréhension des codes du pays d’accueil ou le sentiment
de ne pas être compris conduit à la solitude et à l’exclusion sociale.
• Tensions identitaires: La confrontation entre la culture d’origine et la culture
d’accueil suscite des questionnements sur l’identité et peut affaiblir la confiance en
soi.
• Renforcement de l’ethnocentrisme: La frustration peut accroître les jugements
négatifs envers la culture d’accueil, renforçant stéréotypes, incompréhensions et
conflits interculturels.
b. Opportunités offertes par le choc culturel
Le choc culturel constitue également un moteur de croissance et d’apprentissage. Ses
bénéfices peuvent être durables:
• Développement des compétences interculturelles: L’individu apprend à
comprendre, interpréter et s’adapter à une culture étrangère, à gérer les
malentendus et à respecter la diversité.
• Amélioration des compétences linguistiques: L’exposition quotidienne à la langue
étrangère favorise l’acquisition du vocabulaire, de la prononciation et des
expressions idiomatiques.
• Flexibilité cognitive et émotionnelle: Traverser les difficultés développe la
résilience, la tolérance à l’ambiguïté, l’empathie et la régulation des émotions.
• Élargissement de la vision du monde: La confrontation à d’autres valeurs et modes
de vie permet de relativiser sa culture et d’apprécier la diversité culturelle.
• Construction d’une identité interculturelle: L’individu peut intégrer des éléments
des deux cultures, créant une identité plus ouverte, nuancée et flexible.
5. Facteurs qui modulent l’intensité du choc culturel
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L’intensité du choc culturel varie considérablement selon les individus. Elle dépend de
facteurs individuels, culturels, sociaux et contextuels. Comprendre ces éléments permet
d’expliquer pourquoi certaines personnes s’adaptent facilement tandis que d’autres
rencontrent des difficultés importantes.
a. Facteurs individuels
• Expérience antérieure de mobilité: Les personnes ayant voyagé, vécu à l’étranger
ou été exposées à d’autres cultures possèdent déjà des stratégies d’adaptation et
une meilleure compréhension des différences culturelles.
• Personnalité: L’ouverture d’esprit, la flexibilité cognitive, la tolérance à l’ambiguïté et
la stabilité émotionnelle facilitent l’adaptation. À l’inverse, l’anxiété, la rigidité ou la
dépendance à la routine augmentent l’intensité du choc.
• Compétences linguistiques: Une maîtrise insuffisante de la langue du pays
d’accueil complique la communication et accroît les malentendus. Une bonne
compétence linguistique réduit fortement le choc culturel.
• Attentes initiales: Des attentes irréalistes (« Tout sera facile », « Je m’intégrerai
immédiatement ») intensifient le choc, alors que des attentes réalistes permettent
de mieux gérer les imprévus.
b. Facteurs culturels
• Distance culturelle: Plus, la culture du pays d’accueil s’éloigne de la culture
d’origine (langue, religion, système de valeurs, normes sociales, rapport au temps,
hiérarchie…), plus le choc culturel est fort.
• Similarité ou contraste des normes sociales: Des règles sociales très différentes
(communication directe/indirecte, codes de politesse, rapports sociaux)
compliquent l’adaptation.
c. Facteurs sociaux
• Soutien social: Un réseau d’amis, de famille ou de communauté d’expatriés réduit
le stress culturel. L’absence de soutien accroît la solitude et le sentiment
d’insécurité.
• Attitude de la société d’accueil: Une société ouverte et inclusive facilite
l’intégration. La discrimination ou les préjugés aggravent le choc culturel.
d. Facteurs contextuels
• Conditions matérielles: Le logement, les finances, les services publics, les
transports et la sécurité influencent le confort quotidien et l’intensité du choc
culturel.
• Cadre professionnel ou académique: Un environnement exigeant, peu structuré ou
compétitif accroît la pression et complique l’adaptation.
• Durée et motif du séjour: Les séjours longs permettent généralement une
adaptation progressive, tandis que les séjours contraints ou courts peuvent générer
davantage de stress.
6. Stratégies de gestion et de résilience: transformer le choc culturel en apprentissage
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Le choc culturel peut devenir une occasion de développement personnel et
d’enrichissement interculturel si l’on adopte des stratégies adaptées, à la fois individuelles
et institutionnelles. Ces approches permettent de réduire les effets négatifs et de
transformer l’expérience en apprentissage durable.
a. Stratégies individuelles
Les individus peuvent agir directement pour mieux gérer le choc culturel:
• Préparation avant le départ: Chercher des informations sur le pays d’accueil, ses
normes, ses comportements, son système administratif et ses habitudes
quotidiennes aide à anticiper la réalité et à ajuster ses attentes.
• Ouverture d’esprit et tolérance à l’ambiguïté: Accepter l’incertitude, éviter les
comparaisons immédiates avec sa propre culture et adopter une attitude
d’exploration facilite l’adaptation. Comprendre que les comportements locaux
suivent une logique différente permet d’éviter les jugements hâtifs.
• Compétences linguistiques: Apprendre la langue du pays d’accueil améliore la
communication, réduit la frustration et renforce le sentiment de compétence.
Pratiquer avec des natifs et accepter les erreurs favorise le progrès.
• Réseau de soutien: S’entourer d’amis, de collègues, d’autres expatriés ou de
membres d’associations locales offre un appui émotionnel et aide à interpréter
correctement les situations culturelles.
• Auto-observation et analyse personnelle: Tenir un journal, analyser ses émotions
et solliciter des retours permet de mieux comprendre ses réactions, de réguler ses
émotions et d’améliorer ses stratégies d’adaptation.
b. Stratégies institutionnelles et pédagogiques
Les organisations jouent un rôle clé dans l’accompagnement des personnes confrontées
au choc culturel:
• Programmes d’accompagnement: Les sessions d’orientation, le mentorat et les
ateliers d’accueil clarifient les attentes, expliquent le fonctionnement de l’institution
et offrent un premier contact humain rassurant.
• Formation aux compétences interculturelles: Les études de cas, les mises en
situation et les débriefings permettent de comprendre les différences culturelles et
de développer des comportements adaptés.
• Soutien psychologique: L’accès à des conseillers spécialisés en acculturation offre
un espace sécurisé pour exprimer les difficultés et surmonter un choc culturel
intense ou prolongé.
• Espaces d’échange interculturel: Les rencontres entre locaux et nouveaux
arrivants favorisent la compréhension mutuelle, corrigent les malentendus et
déconstruisent les stéréotypes, créant un climat de confiance pour l’intégration.
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7. Rôle de l’enseignement du FLE: transformer le choc culturel en ressource
pédagogique
Dans l’enseignement du FLE, le choc culturel n’est pas seulement une difficulté
psychologique. Il constitue une opportunité d’apprentissage, car l’apprenant rencontre
directement des systèmes de références culturelles différents. L’enseignant peut
transformer cette expérience en moteur de développement linguistique et interculturel.
a. Encourager la réflexivité
L’enseignant aide l’apprenant à identifier ses propres valeurs et habitudes culturelles. Des
activités telles qu’un journal interculturel, des tableaux comparatifs ou des discussions sur
des situations déstabilisantes permettent de comprendre que chaque comportement
repose sur des normes implicites et qu’aucune norme n’est absolue.
b. Développer la capacité de décentration
L’apprenant est guidé pour se détacher de son point de vue et découvrir celui d’autrui.
L’enseignant utilise des jeux de rôles, des analyses de situations ou des descriptions de
comportements culturels. Cette démarche réduit les réactions défensives et favorise
l’acceptation des différences.
c. Exploiter les incompréhensions comme supports pédagogiques
Les malentendus ou petits chocs du quotidien deviennent des outils d’apprentissage.
L’enseignant analyse leurs causes, met en évidence les règles implicites de la culture cible
et les compare avec celles de l’apprenant. Cette méthode permet d’acquérir des
connaissances concrètes et d’éviter la répétition des erreurs.
d. Former des apprenants comme médiateurs culturels
L’enseignant prépare l’apprenant à jouer un rôle d’interface entre deux cultures.
L’apprenant apprend à expliquer les différences, à adapter son discours et à proposer des
solutions dans des situations délicates. Cette compétence devient un atout professionnel,
notamment pour ceux qui envisagent la traduction, l’interprétation ou l’enseignement du
FLE.
e. Finalité didactique
L’objectif pédagogique est de transformer le malaise initial en compréhension approfondie.
L’apprenant développe une compétence interculturelle solide, passe d’une posture
ethnocentrique à une posture interculturelle, et perçoit les normes comme relatives et
négociables. Ainsi, le choc culturel devient une ressource didactique qui favorise la
maturité linguistique, la réflexion et la capacité de communiquer dans un environnement
multiculturel.
8. PREMIER VOYAGE – SINGAPOUR: UNE EXPÉRIENCE D’ÉCHEC
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Lors de mon premier voyage à l’étranger avec ma famille, j’ai découvert Singapour. Dès
l’arrivée à l’aéroport de Changi, j’ai été impressionnée par la modernité, la propreté et
l’ordre public. La coexistence des cultures asiatiques et occidentales créait une
atmosphère fascinante. J’étais alors dans la phase d’enthousiasme, dite « lune de miel »,
où tout semble parfait et idéal.
Quelques jours plus tard, j’ai traversé la phase de crise, correspondant au véritable choc
culturel. La barrière linguistique m’empêchait de me débrouiller seule, car ma maîtrise de
l’anglais et du Singlish était insuffisante. Cette dépendance à mes proches provoquait un
sentiment d’impuissance et de stress. Les règles sociales strictes, notamment sur la
propreté, les amendes et le comportement en public, me causaient anxiété et
incompréhension. Je ne comprenais pas encore les raisons culturelles qui justifient cette
rigueur.
Par ailleurs, j’ai commencé à comparer Singapour avec le Vietnam, jugeant que « chez
nous, tout est plus flexible et plus chaleureux ». Ce jugement révélait une forme
d’ethnocentrisme qui renforçait mon malaise. Faute de préparation, de réflexivité et de
capacité de décentration, j’ai sombré dans une véritable crise: fatigue, isolement et désir
intense de rentrer au pays.
Ce séjour illustre un exemple de choc culturel non surmonté, entraînant un blocage cognitif
et un rejet du contexte culturel d’accueil.
9. DEUXIÈME VOYAGE – JAPON: UNE INTÉGRATION RÉUSSIE
Après l’expérience difficile à Singapour, j’ai soigneusement préparé mon voyage au Japon.
J’ai recherché les règles implicites de la vie quotidienne, telles que le silence dans les lieux
publics, le respect de l’espace personnel et les rituels de salutation. J’ai amélioré mes
compétences linguistiques et utilisé des applications de traduction pour garantir mon
autonomie. J’ai également accepté à l’avance les différences culturelles possibles et
adopté un esprit ouvert.
Lors de mon séjour, j’ai affronté certaines difficultés mais j’ai su m’adapter. La distance
interpersonnelle dans les relations professionnelles m’a d’abord surprise, mais j’ai
compris, grâce à la décentration, qu’il s’agissait d’une marque de respect et non de
froideur. Le choc alimentaire a également constitué un défi, car la consommation
fréquente de plats froids me causait un certain malaise physique. J’ai contourné ce
problème en cherchant des restaurants proposant des plats chauds. Grâce à la réflexivité
et à l’observation attentive des pratiques locales, j’ai pu réduire l’intensité du choc culturel
et faciliter mon intégration.
Progressivement, j’ai atteint la phase d’adaptation. Je me suis sentie à l’aise dans mes
interactions quotidiennes et j’ai découvert des valeurs japonaises essentielles, telles que
la discipline, l’efficacité et l’art de l’Omotenashi (hospitalité). J’ai réussi à transformer le
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choc culturel en apprentissage, développant une compétence interculturelle solide et une
capacité à jouer un rôle de médiatrice entre les cultures.
G. INTERCULTURELLE
1. Origine et signification du terme
Le terme « interculturel » provient de deux mots latins: inter, qui signifie « entre » ou
« parmi » et évoque l’échange réciproque, et cultura, issu du verbe cultiver. Cette origine
souligne que l’interculturel concerne une relation dynamique entre cultures. Il désigne un
espace partagé où des univers culturels différents se rencontrent, s’influencent et se
transforment mutuellement. L’interculturel ne se limite pas à une simple juxtaposition ou
coexistence passive des cultures, mais implique une interaction active et réciproque.
2. Classification de l’interculturelle
L’interculturel se divise en plusieurs dimensions selon le contexte et les interactions:
a. Interculturel communicatif
• Il concerne toutes les situations où des personnes de cultures différentes échangent
par le langage verbal et non verbal. L’accent porte sur les codes linguistiques, le
registre, les gestes et les normes de politesse.
• Exemple: un étudiant étranger qui ajuste sa manière de demander quelque chose ou
d’exprimer un désaccord selon les attentes culturelles du pays d’accueil.
b. Interculturel social
• Il analyse les normes, valeurs et comportements qui structurent les relations dans
une société. Cela inclut la gestion du temps, les rapports hiérarchiques, la distinction
entre sphère publique et privée, et les rôles liés aux genres.
• Exemple: des conceptions différentes de l’autorité ou du travail en équipe entre
cultures.
c. Interculturel éducatif
• Il englobe les situations d’apprentissage où élèves, enseignants et méthodes
viennent de contextes culturels variés. L’accent est mis sur les approches
pédagogiques, la transmission des connaissances et les relations enseignant-
apprenant.
• Exemple: une classe plurilingue où l’enseignant adapte ses stratégies aux divers
contextes culturels.
d. Interculturel professionnel
• Il concerne les pratiques et attentes dans les environnements de travail
multiculturels ou internationaux, incluant communication, négociation,
management et prise de décision.
• Exemple: les différences dans la gestion d’un conflit ou d’une négociation dans une
équipe interculturelle.
e. Interculturel identitaire
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• Il examine comment les individus construisent et expriment leur identité en
interaction avec d’autres cultures, incluant le sentiment d’appartenance et les
éventuelles crises identitaires.
• Exemple: un migrant qui concilie son identité d’origine avec celle de son pays
d’accueil.
f. Interculturel conflictuel
• Il s’intéresse aux tensions et malentendus issus des différences de perception, de
normes ou de valeurs, avec l’objectif de les comprendre et de proposer des
solutions.
• Exemple: un malentendu provoqué par l’ironie, le silence ou un geste interprété
différemment selon les cultures.
3. Les caractéristiques fondamentales de l’interculturel
a. Pluralité des visions du monde: Chaque culture offre une manière spécifique de
comprendre et d’interpréter le monde. Aucune culture n’est supérieure à une autre ;
elles sont simplement différentes.
b. Caractère dynamique et évolutif: L’interculturel change selon les contextes, les
expériences et les relations entre individus. Les cultures se transforment et se
réinventent à travers les échanges interculturels.
c. Existence de malentendus et interprétations multiples: Les malentendus ne sont
pas des erreurs, mais des manifestations naturelles de la rencontre entre cultures.
Ils constituent des opportunités d’apprentissage et d’ouverture à d’autres
perspectives.
d. Nécessité de la décentration: Comprendre l’autre implique de prendre du recul par
rapport à son propre cadre de référence et de reconnaître que d’autres normes et
façons de penser sont légitimes.
e. Enrichissement mutuel: Une interaction interculturelle réussie permet de
développer de nouvelles compétences, d’élargir sa vision du monde et de renforcer
sa réflexion critique, offrant ainsi un espace d’apprentissage et de transformation
personnelle.
f. Co-construction du sens: Le sens se construit collectivement, par la négociation,
l’explication et les ajustements mutuels. Communiquer signifie collaborer.
g. Dimension éthique: L’interculturel requiert respect, ouverture d’esprit, humilité et
conscience de ses propres préjugés. Ce processus repose sur la responsabilité
individuelle et l’empathie envers autrui.
4. Interculturel comme espace de relations et d’échanges
L’interculturel désigne l’ensemble des interactions et échanges qui se produisent lorsque
des individus issus de cultures différentes entrent en contact. Ces rencontres peuvent se
manifester par la coopération, la confrontation constructive, la négociation ou le dialogue.
L’interculturel apparaît dès que les systèmes de valeurs, les normes sociales et les
habitudes de vie entrent en résonance ou en tension.
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Trois principes fondamentaux guident cette approche:
• Dialogue: Il permet d’interpréter correctement les significations et intentions de
l’autre.
• Respect mutuel: Il garantit la préservation des identités culturelles.
• Reconnaissance réciproque: Elle empêche toute hiérarchisation entre les cultures.
L’objectif n’est ni de supprimer les différences ni de les fusionner, mais de créer un espace
commun où les diversités deviennent des ressources d’enrichissement réciproque.
5. Démarche fondée sur l’ouverture et le refus de l’ethnocentrisme
Adopter une approche interculturelle exige de renoncer à l’ethnocentrisme, c’est-à-dire à
l’idée que sa propre culture serait supérieure ou universelle. Cette posture reconnaît que
chaque culture se construit à partir de son histoire et de son rapport au monde, et
qu’aucune n’est intrinsèquement meilleure qu’une autre.
Les rencontres entre cultures peuvent provoquer des malentendus, mais elles offrent
également des occasions d’apprentissage, de compréhension mutuelle et de co-
construction du sens. L’objectif n’est pas d’imposer un modèle unique, mais de mettre en
évidence des valeurs communes permettant une coexistence harmonieuse et
respectueuse.
6. Interculturalité: une méthode d’analyse et d’intervention
L’interculturalité constitue une méthodologie d’analyse plutôt qu’un cadre théorique
abstrait. Elle étudie ce qui se produit concrètement lors des interactions entre individus
issus de cultures différentes. Ces interactions se manifestent dans de nombreux
contextes: enseignement, travail en équipe, mobilité internationale, coopération,
migrations ou vie quotidienne.
Cette approche observe notamment:
• Les incompréhensions liées aux différences de normes implicites.
• Les stratégies utilisées pour résoudre les malentendus.
• Les transformations identitaires provoquées par la rencontre interculturelle.
• Les ajustements comportementaux favorisant la compréhension mutuelle.
Ainsi, l’interculturalité analyse les processus en action, tandis que l’interculturel décrit la
qualité des relations résultant de ces processus.
7. Place de l’interculturel dans l’enseignement du FLE.
L’enseignement du FLE ne se limite pas à l’acquisition de compétences linguistiques. Il
inclut également la compréhension des cultures, des normes sociales et des
représentations propres aux locuteurs de la langue cible. L’interculturel occupe donc une
place centrale, car apprendre une langue revient à entrer dans un univers culturel différent.
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Dans ce cadre, l’enseignant de FLE a plusieurs rôles:
• Faire découvrir et comparer les cultures: il propose des activités qui mettent en
évidence les différences et les similitudes entre la culture d’origine des apprenants
et celle de la langue étudiée. Par exemple, analyser des habitudes sociales, des
expressions idiomatiques ou des comportements quotidiens permet de développer
une conscience interculturelle.
• Développer la réflexivité et la décentration: l’apprenant est amené à réfléchir sur
ses propres valeurs et à adopter le point de vue de l’autre. Les enseignants utilisent
des exercices comme les jeux de rôle, les débats sur des situations déstabilisantes
ou les tableaux comparatifs pour favoriser cette ouverture.
• Identifier et dépasser les stéréotypes: les activités visent à repérer les jugements
ethnocentriques et à proposer des stratégies pour interpréter correctement les
comportements des autres cultures.
• Créer des situations authentiques d’apprentissage: les interactions réelles,
qu’elles soient en classe ou via des échanges numériques avec des locuteurs natifs,
permettent à l’apprenant de vivre concrètement les différences culturelles et de
développer des compétences pratiques de communication interculturelle.
Ainsi, l’interculturel dans le FLE ne se limite pas à un contenu théorique. Il devient un outil
pédagogique essentiel pour:
• améliorer la compréhension des normes sociales et culturelles,
• favoriser l’autonomie et la capacité de médiation culturelle,
• préparer les apprenants à communiquer efficacement dans un contexte
multiculturel.
8. Exemple de l’interculturelle
Lors d’une soirée de réseautage rassemblant des entreprises de cosmétiques de différents
pays, j’ai observé de nombreux décalages culturels. Les représentants étrangers
adoptaient un style de communication direct: ils exprimaient leur opinion sans détour,
posaient des questions franches et entraient rapidement dans des débats. Cette manière
d’échanger reflétait une relation plus égalitaire, une valorisation de la spontanéité et de
l’initiative individuelle.
Pour les participants vietnamiens, cette attitude a surpris. Dans notre contexte
professionnel, l’expression d’un désaccord se fait avec retenue pour préserver l’harmonie
et le respect mutuel. Une intervention trop directe peut être perçue comme un manque de
considération. Ce contraste a montré que les conceptions de la politesse, du
professionnalisme et de la gestion du désaccord varient selon les cultures.
Les différences ne concernaient pas uniquement la communication verbale. Les habitudes
alimentaires révélaient des approches distinctes de la socialisation: certains invités se
déplaçaient librement pour rencontrer plusieurs groupes, tandis que d’autres préféraient
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rester auprès de leur équipe. Les choix vestimentaires illustraient également la diversité
culturelle: certains optaient pour un style “décontracté-chic”, tandis que les Vietnamiens
suivaient un style plus formel, conforme aux usages professionnels locaux.
Ces observations ont permis de comprendre que ces décalages reflètent des conceptions
différentes des relations professionnelles, de l’expression de soi et de la confiance. Ces
différences ne constituent pas des obstacles, mais un espace d’apprentissage
interculturel. Elles permettent de découvrir d’autres manières de négocier, de prendre la
parole et de socialiser dans un contexte international. Les participants étrangers ont
également appris l’importance du tact et de la sensibilité relationnelle au Vietnam.
Cette expérience montre que l’interculturel se manifeste dans les détails du quotidien : le
ton de voix, l’attitude face au débat, la manière de saluer, de manger ou de s’habiller.
Reconnaître et analyser ces différences avec ouverture transforme ces situations en
ressources pour renforcer la compréhension mutuelle et construire des collaborations
plus solides, équilibrées et efficaces.
H. LA COMPÉTENCE INTERCULTURELLE
1. Définition générale
La compétence interculturelle regroupe l’ensemble des capacités permettant à une
personne de comprendre, interpréter, interagir et communiquer avec des individus issus
d’autres cultures. Elle inclut la connaissance des codes sociaux, la gestion des différences
et l’adaptation à des systèmes de communication différents du sien.
Selon Flye (1997), cette compétence correspond à la capacité d’analyser et de gérer les
situations de contact entre des groupes de cultures différentes. Iles (1995) souligne la
faculté de maintenir une communication efficace malgré les divergences culturelles.
Bennett (2004) définit la compétence interculturelle comme l’aptitude à communiquer
correctement et à établir des relations appropriées dans des contextes pluriculturels.
Ainsi, la compétence interculturelle ne se limite pas à une connaissance superficielle des
cultures. Elle concerne surtout la gestion concrète et consciente de l’altérité, en
permettant des interactions efficaces et respectueuses entre personnes de cultures
différentes.
2. Nature de la compétence interculturelle
La compétence interculturelle est complexe et multidimensionnelle. Elle ne se limite pas
à l’acquisition d’informations sur une autre culture, mais implique le développement
d’attitudes, de connaissances et de comportements favorisant un dialogue constructif
avec la différence.
Elle comprend quatre dimensions principales:
• Dimension cognitive: Cette dimension concerne la compréhension des valeurs,
normes et représentations d’une autre culture. Elle permet d’identifier les facteurs
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qui influencent les comportements et les modes de communication, ainsi que de
reconnaître les similitudes et divergences entre cultures. Elle aide à éviter des
interprétations hâtives basées sur ses propres références.
• Dimension affective: Elle concerne la capacité à ajuster ses attitudes face à
l’altérité, à développer l’empathie et la tolérance, et à gérer les émotions liées à
l’inconfort ou au choc culturel. Cette dimension est essentielle car l’expérience
interculturelle touche toujours la sensibilité de l’individu.
• Dimension comportementale: Elle inclut la capacité à adapter la communication
verbale (langue, ton, style) et non verbale (gestes, distance, regard), ainsi qu’à
modifier ses attitudes ou stratégies selon la situation. Elle transforme la
compréhension en action concrète.
• Dimension réflexive: Elle consiste à analyser ses propres représentations
culturelles, reconnaître son ethnocentrisme, adopter la décentration et relativiser
ses valeurs pour mieux comprendre celles de l’autre. Cette dimension constitue le
cœur de la compétence interculturelle, car elle permet d’éviter l’imposition de son
propre système de référence.
3. La création d’un “troisième espace”
La compétence interculturelle permet de produire un troisième espace, un espace
symbolique où les interlocuteurs peuvent négocier le sens, ajuster leurs comportements
et construire ensemble des repères communs. Ce troisième espace ne privilégie aucune
des cultures des participants. Il constitue un terrain d’entente, un espace partagé où
l’échange devient possible, ouvert et respectueux.
4. Composantes de Compétences Interculturelles
La compétence interculturelle se construit autour d’un ensemble de ressources que
l’individu mobilise pour comprendre l’altérité, interagir efficacement et s’adapter aux
situations pluriculturelles.
Les chercheurs, en particulier Zarate, Byram et Bennett, distinguent généralement cinq
grandes catégories complémentaires qui forment un tout cohérent.
a. Les savoirs — La base cognitive
La compétence interculturelle repose sur un ensemble de ressources permettant à un
individu de comprendre l’altérité, d’interagir efficacement et de s’adapter aux situations
multiculturelles. Selon Zarate, Byram et Bennett, elle comprend cinq grandes catégories
complémentaires:
a. Les savoirs – base cognitive
Ils regroupent les connaissances nécessaires pour interpréter correctement les
comportements culturels. Cela inclut la connaissance de sa propre culture (valeurs, codes
sociaux, normes, représentation de soi et de l’autre), la connaissance de la culture de
l’autre (politesse, conventions, rapports hiérarchiques, rapport à l’espace et au temps), et
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la conscience des stéréotypes et préjugés. Ces savoirs offrent un cadre pour situer les
comportements dans un contexte culturel.
b. Les savoir-être – attitudes fondamentales
Cette dimension affective représente l’attitude intérieure face à la différence. Elle inclut
l’ouverture à l’autre, l’empathie, la curiosité, la suspension du jugement et la tolérance à
l’ambiguïté. Ces attitudes créent un climat favorable à la compréhension et à la
négociation interculturelle.
c. Les savoir-comprendre – compétences d’interprétation
Ces compétences permettent de décrypter les comportements et d’éviter les
malentendus. Elles comprennent la comparaison des systèmes culturels, l’interprétation
des actions et paroles selon leur logique culturelle, et la détection des sources potentielles
de malentendus. Elles servent de pont entre deux cultures.
d. Les savoir-faire – compétences d’interaction et d’adaptation
Cette catégorie traduit la connaissance en action concrète. Elle comprend l’adaptation du
discours, le comportement approprié (gestes, regard, distance), la négociation du sens et
l’interaction flexible selon le contexte et l’interlocuteur.
e. Les savoir-apprendre – compétences d’évolution
La compétence interculturelle évolue à travers l’expérience. Elle inclut la capacité à
apprendre de nouvelles pratiques culturelles, à s’adapter en continu et à pratiquer
l’autoformation culturelle. Ces compétences permettent à l’individu de progresser
activement dans sa maîtrise interculturelle
5. Caractéristiques Essentielles de la Compétence Interculturelle
La compétence interculturelle est complexe, souple et multidimensionnelle. Elle ne se
limite pas à un savoir théorique mais se construit comme un parcours d’apprentissage
continu.
a. Compétence dynamique
Elle ne s’acquiert jamais définitivement. Elle se développe progressivement à travers les
rencontres, les expériences personnelles et professionnelles, ainsi que les nouvelles
situations de communication. Chaque interaction permet de réviser, consolider et élargir
sa compréhension de l’altérité.
b. Compétence relationnelle
Elle n’existe que dans l’interaction. La compétence se manifeste uniquement lorsqu’un
individu entre en contact avec une autre personne, un autre système de valeurs ou un autre
mode de communication. La relation, et non la théorie, lui donne forme.
c. Compétence contextuelle
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Ce qui est approprié, poli ou professionnel dans une culture peut être perçu comme
inadapté ou offensant dans une autre. La compétence interculturelle implique de tenir
compte du contexte social, professionnel et institutionnel, d’adapter son comportement
au cadre interactionnel et d’interpréter les signaux selon le groupe, la situation et le
moment.
d. Compétence évolutive
Elle se transforme grâce à l’expérience et à la confrontation avec la diversité. Chaque
nouvelle situation demande une réévaluation des stratégies, un ajustement de la
communication et une adaptation des interprétations. Plus l’individu vit d’expériences
interculturelles, plus sa compétence devient fine, nuancée et flexible.
e. Compétence réflexive
Elle exige l’auto-analyse. L’individu doit reconnaître ses propres normes, comprendre leurs
limites, identifier ses stéréotypes et se décentrer pour adopter un autre point de vue. Cette
dimension garantit que la compétence interculturelle relève d’une démarche consciente
et non d’une réaction instinctive.
f. Compétence plurielle
Elle mobilise trois dimensions indissociables:
• Cognitive: connaissances sur les cultures et compréhension des systèmes de
valeurs.
• Émotionnelle: attitudes d’ouverture, tolérance et gestion de l’ambiguïté.
• Comportementale: stratégies de communication et adaptation verbale et non
verbale.
6. Les Limites et Contraintes de la Compétence Interculturelle
La compétence interculturelle est essentielle dans l’apprentissage des langues et la
communication internationale, mais elle présente plusieurs limites qu’il est important de
connaître pour mieux la développer.
a. Risque de simplification ou d’essentialisation culturelle
Lorsqu’on étudie ou enseigne une culture, il existe une tendance à résumer des
comportements complexes par des généralités, comme « Les Français sont directs » ou
« Les Vietnamiens sont réservés ». Ces généralisations peuvent servir de repères initiaux,
mais elles deviennent rapidement réductrices et créent des stéréotypes. L’essentialisation
transforme la culture en image unique et va à l’encontre de la logique interculturelle.
b. Hétérogénéité des individus au sein d’une même culture
Une culture n’est jamais homogène. Elle varie selon les différences sociales, les
générations, les niveaux d’éducation, les contextes régionaux et les expériences
personnelles. Deux personnes issues du même pays peuvent avoir des valeurs et des
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comportements très différents. La compétence interculturelle doit donc prendre en
compte l’individu, et non les clichés culturels.
c. Difficulté à mesurer la compétence interculturelle
Évaluer cette compétence pose un problème méthodologique. Elle combine des
dimensions affectives (empathie, tolérance), cognitives (compréhension des systèmes
culturels), comportementales (gestion de l’interaction) et réflexives (analyse de ses
propres représentations). Ces éléments sont subjectifs, variables selon le contexte et
influencés par l’expérience personnelle. Les grilles d’évaluation, comme celles du CECRL,
fournissent des repères mais ne peuvent saisir toute la complexité des interactions
interculturelles.
d. Caractère inévitable du choc culturel
Même un individu très formé peut ressentir un choc culturel face à des différences
marquées de valeurs, comportements ou modes de communication. Ce choc peut
provoquer une perte de repères, de la frustration, du stress, un rejet temporaire de l’autre
culture ou un repli sur sa propre culture. Il constitue un passage normal et nécessaire pour
progresser et prendre conscience de ses limites. Toutefois, il peut devenir un obstacle si la
personne n’est pas accompagnée ou ne dispose pas d’outils réflexifs pour l’analyser.
7. Bénéfices de la Compétence Interculturelle
La compétence interculturelle constitue un atout majeur pour toute personne évoluant
dans un monde globalisé. Ses bénéfices concernent la communication, la vie
professionnelle, le développement personnel et la cohésion sociale.
a. Efficacité communicationnelle accrue.
La maîtrise de cette compétence permet d’interagir avec plus de précision et de sensibilité.
Elle favorise une meilleure compréhension des intentions de l’autre, la réduction des
malentendus linguistiques ou culturels et la capacité à interpréter correctement gestes,
silences et normes implicites. L’individu communique ainsi de façon fluide et adaptée au
contexte et à l’interlocuteur.
b. Adaptation professionnelle renforcée
La compétence interculturelle devient un critère stratégique dans de nombreux secteurs.
Elle permet de travailler efficacement dans des équipes pluriculturelles, de gérer des
négociations internationales, de s’intégrer dans des entreprises étrangères et de prévenir
les conflits culturels. Dans les organisations internationales, les ONG, les universités ou
les multinationales, elle complète la maîtrise des langues et des compétences
professionnelles.
c. Enrichissement personnel profond
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L’apprentissage interculturel transforme l’individu sur le plan psychologique et humain. Il
développe l’ouverture d’esprit, la curiosité, l’empathie, la flexibilité cognitive et
émotionnelle. Il permet de dépasser les schémas de pensée rigides et les préjugés,
favorisant ainsi une attitude sereine face aux différences et aux situations nouvelles.
d. Contribution à la cohésion sociale
Dans des sociétés diversifiées, la compétence interculturelle réduit les tensions
culturelles et sociales, combat les stéréotypes et les discriminations, et encourage le
respect mutuel. Elle favorise la compréhension entre groupes d’origines différentes et crée
des espaces de dialogue authentique. Elle constitue donc non seulement une compétence
individuelle, mais aussi un outil collectif pour construire des sociétés inclusives,
pacifiques et solidaires.
8. Conséquences d’une Absence ou d’un Enseignement Erroné de la Compétence
Interculturelle
L’absence de compétence interculturelle ou une formation mal conçue peut provoquer de
nombreux problèmes, tant au niveau individuel que collectif, affectant la communication,
les relations sociales, l’identité et l’intégration professionnelle.
a. Absence de compétence interculturelle
• Malentendus répétés: Les interactions deviennent sources de confusion, car les
gestes, silences et intonations sont interprétés selon ses propres normes.
• Mauvaise interprétation des comportements: Les actes d’une culture peuvent être
compris de manière erronée, attribuant à l’autre des intentions inexistantes.
• Conflits relationnels: Un ton direct peut sembler agressif, un style indirect peut
paraître hypocrite, détériorant la relation.
• Choc culturel amplifié: L’exposition à l’altérité provoque stress, perte de repères et
rejet de ce qui est perçu comme étrange.
• Difficultés professionnelles: La gestion des réunions, la coopération en équipe
multiculturelle et la compréhension des attentes sont affectées.
• Perte de confiance en soi: Les échecs répétés en communication diminuent
l’assurance linguistique et sociale, freinant l’intégration.
b. Enseignement incorrect de la compétence interculturelle
• Renforcement des stéréotypes: Les descriptions figées reproduisent les clichés
qu’elles devraient combattre.
• Caricature des cultures: Réduire une culture à quelques traits typiques crée une
vision simplifiée et déformée.
• Généralisation excessive: Ignorer la diversité interne des cultures (régions,
générations, classes sociales) entraîne une image uniforme irréaliste.
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• Sentiment de supériorité ou d’infériorité: Un enseignement biaisé peut faire croire
que certaines cultures sont meilleures ou plus civilisées, alimentant des rapports de
domination symbolique.
• Rejet ou incompréhension de l’autre culture: Les apprenants peuvent développer
méfiance, hostilité ou incompréhension envers les personnes d’autres horizons.
9. Difficultés dans l’Enseignement de la Compétence Interculturelle
L’enseignement de la compétence interculturelle dans les cours de langues présente
plusieurs défis, liés à la fois aux apprenants et aux enseignants.
a. Sensibilité des apprenants à la notion de “face”
Certaines cultures accordent une importance majeure à l’image personnelle et à
l’harmonie sociale. Aborder des différences culturelles ou des sujets sensibles peut être
perçu comme une menace, ce qui entraîne gêne, autocensure ou faible participation.
b. Résistance au changement
L’apprentissage interculturel exige souvent de revisiter ses propres croyances et habitudes.
Certains apprenants se sentent déstabilisés ou menacés, ce qui provoque une résistance
consciente ou inconsciente à la remise en question.
c. Hétérogénéité culturelle dans la classe
La diversité culturelle et linguistique est enrichissante mais complexe. Les valeurs,
représentations et attentes des apprenants diffèrent, ce qui peut générer tensions,
malentendus ou difficulté à utiliser des exemples universels.
d. Insuffisance de formation des enseignants
De nombreux enseignants maîtrisent la langue mais n’ont pas de formation approfondie en
didactique interculturelle. Ils manquent d’outils pour traiter les stéréotypes, gérer les
situations sensibles et développer des activités d’analyse des pratiques culturelles.
e. Risque de malentendus ou de conflits en classe
Aborder des thèmes culturels — religion, normes sociales, rapport au temps,
communication non verbale — peut provoquer incompréhensions et tensions. Une
remarque mal interprétée ou un exemple inadapté peut rapidement créer un malaise.
f. Difficulté à équilibrer culture d’origine et culture cible
L’enseignement interculturel doit valoriser la culture maternelle tout en présentant la
culture cible. Un déséquilibre peut minimiser la culture d’origine ou folkloriser la culture
cible, nuisant à la compréhension réelle des dynamiques interculturelles.
10. Méthodes et Démarches pour Enseigner la Compétence Interculturelle en FLE.
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L’enseignement de la compétence interculturelle en FLE repose sur des démarches
méthodiques, progressives et réflexives, visant à développer la compréhension des
dynamiques culturelles et des attitudes adaptées.
a. La décentration
La décentration permet à l’apprenant de sortir de son cadre culturel pour comprendre celui
des autres. Les objectifs sont: identifier les valeurs et normes de sa propre culture,
comprendre leur influence sur l’interprétation du monde, reconnaître la logique de l’autre
culture sans jugement, et analyser l’écart entre les deux systèmes pour éviter les
malentendus. L’apprenant adopte ainsi une position d’observateur critique.
b. Analyse de documents authentiques.
Les documents authentiques (extraits de films, séries, journaux, publicités, dialogues
réels) servent à étudier les normes culturelles. Ils permettent d’identifier les modes de
communication, de comparer les normes interactionnelles entre cultures et de repérer les
représentations véhiculées par les médias. Cette méthode favorise une analyse concrète
des situations culturelles réelles.
c. Mises en situation interculturelles
Les activités pratiques transforment la théorie en compétences opérationnelles. Les outils
incluent: jeux de rôle, scénarios de malentendus, débats guidés et discussions autour de
situations divergentes. Elles permettent à l’apprenant d’expérimenter, d’observer ses
réactions et de développer des stratégies d’adaptation.
d. Pédagogie réflexive
La réflexion personnelle renforce la conscience interculturelle. Les outils sont : journal
interculturel, autoévaluation et ateliers sur les stéréotypes et perceptions de l’autre. Cette
démarche développe l’esprit critique, la tolérance et la capacité à réévaluer ses
représentations culturelles.
e. Médiation culturelle
La médiation vise à faciliter la compréhension entre cultures. L’apprenant apprend à
expliquer des éléments culturels à un interlocuteur, reformuler pour éviter les
malentendus, contextualiser les comportements et faciliter l’échange entre cultures. Il
devient un intermédiaire capable de relier deux univers culturels.
f. Approche actionnelle
L’approche actionnelle transforme l’apprentissage en actions concrètes: projets
collaboratifs, interviews de locuteurs natifs, participation à des événements
multiculturels, et réalisation de tâches nécessitant interprétation et adaptation. Elle
favorise l’autonomie, la coopération et le développement de compétences concrètes
interculturelles.
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11. EXEMPLE DE LA COMPÉTENCE INTERCULTURELLE
L’expérience personnelle montre que la compétence interculturelle nécessite un équilibre
entre connaissances, attitudes et compétences.
a. Premier cas: connaissances sans attitude adéquate
L’auteur avait étudié la culture de son interlocuteur et possédait des connaissances
théoriques sur les comportements et pratiques culturelles. Cependant, il manquait
l’ouverture d’esprit, la souplesse, la capacité à suspendre le jugement et l’empathie. Lors
d’une rencontre professionnelle, il a interprété les comportements à travers des schémas
préconçus, ce qui a conduit à une communication rigide et inefficace. Cette expérience
illustre que les connaissances seules ne suffisent pas et que la compétence interculturelle
exige une véritable décentration.
b. Deuxième cas: attitude positive sans connaissances
Dans une autre situation, l’auteur avait une attitude ouverte et curieuse, désireux d’établir
des relations harmonieuses. Cependant, il manquait des connaissances fondamentales
sur les règles de politesse, les codes implicites et les styles d’interaction. Cela a entraîné
un choc culturel et un malaise, car il ne comprenait pas le sens de certains comportements
ni comment ajuster sa propre conduite. Cette expérience montre qu’une bonne attitude
sans repères culturels solides ne permet pas une adaptation efficace.
c. Conclusion personnelle
La compétence interculturelle fonctionne réellement lorsque connaissances, attitudes et
compétences se combinent.
• Avoir des connaissances sans ouverture mène aux généralisations et aux
stéréotypes.
• Avoir une attitude positive sans connaissances provoque le choc culturel et
l’incapacité à s’adapter.
Ainsi, la compétence interculturelle se construit dans le temps, grâce à l’observation, à
l’apprentissage continu et au désir sincère de comprendre l’autre.
I. COMMUNICATION INTERCULTURELLE
1. DÉFINITION DE LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE
La communication interculturelle désigne l’ensemble des échanges entre individus
appartenant à des cultures différentes. Elle implique l’interaction de personnes issues de
cadres culturels distincts, en combinant des codes linguistiques, sociaux, interactionnels
et non verbaux, afin de construire une compréhension mutuelle malgré les différences de
valeurs et de perceptions.
Selon Windmüller (2011), elle inclut des interactions verbales et non verbales dans des
contextes variés, mettant en évidence la diversité des référents culturels et la coexistence
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de plusieurs systèmes de communication. Stella Ting-Toomey (1999) ajoute que la
communication interculturelle est un processus dynamique où les interlocuteurs
négocient un sens commun, interprètent les intentions et réduisent l’incertitude née de la
rencontre de systèmes culturels divergents.
Ainsi, la réussite de la communication interculturelle ne dépend pas uniquement de la
maîtrise de la langue, mais surtout de la capacité à comprendre les implicites culturels, à
gérer les différences de perception et à adapter son comportement pour atteindre une
compréhension partagée.
2. NATURE ET FONDEMENTS DE LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE:
La communication interculturelle est un processus complexe qui dépasse la simple
transmission de messages. Elle repose sur des dynamiques sociales, culturelles et
cognitives et se manifeste à travers plusieurs dimensions essentielles.
a. Nature interactive
Le sens se construit toujours au cours de l’échange. Les interlocuteurs co-créent le sens à
travers des interprétations, des reformulations et des ajustements mutuels.
b. Nature complexe
Elle mobilise plusieurs niveaux de signes simultanément:
• verbaux: mots, registres, structures du discours,
• paraverbaux: intonation, rythme, pauses,
• non verbaux: gestes, regards, postures, distance,
• interactionnels: manière de prendre la parole, débattre, interrompre ou montrer son
accord.
La maîtrise de cette pluralité nécessite des compétences d’observation, de décodage et
de comparaison culturelle.
c. Nature relationnelle
La réussite de l’échange dépend de la qualité de la relation: climat de confiance,
réciprocité, reconnaissance mutuelle et gestion de la distance sociale. Le même message
peut être compris différemment selon l’atmosphère relationnelle.
d. Nature plurielle et subjective
Chaque individu communique à partir de ses valeurs, croyances, normes implicites et
expériences personnelles. Deux personnes d’une même culture peuvent interpréter
différemment un même message; cette variabilité s’accentue entre cultures distinctes.
e. Nature contextuelle
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Aucun comportement n’a de sens universel. Un sourire, un silence, un regard ou une
expression d’humour peut être perçu comme respectueux ou irrespectueux, honnête ou
agressif, engagé ou distant. Le sens dépend du contexte culturel, social et situationnel.
3. PRINCIPALES FORMES DE COMMUNICATION INTERCULTURELLE
a. Communication verbale interculturelle
La communication verbale concerne l’usage des mots, du registre et des stratégies
discursives. Elle implique le choix du vocabulaire, le niveau de langue, le ton et la manière
d’exprimer ses intentions, ainsi que la structuration du discours (linéaire, implicite,
argumentatif ou narratif). Certaines cultures valorisent la franchise, tandis que d’autres
privilégient la préservation de l’harmonie. Cette différence engendre fréquemment des
malentendus.
b. Communication non verbale interculturelle
La communication non verbale repose sur l’interprétation des signes corporels et des
comportements implicites. Elle inclut les gestes, les postures, les mouvements du corps,
les expressions du visage, la gestion du sourire, la distance interpersonnelle et les
conventions liées au regard. Les codes non verbaux varient selon les cultures et leur
mauvaise interprétation peut provoquer des jugements erronés ou des situations
d’inconfort.
c. Communication sociale interculturelle
Cette forme de communication concerne les normes sociales qui organisent les
interactions dans une communauté. Elle inclut la perception de la hiérarchie et de
l’autorité, la gestion du temps, les rituels de politesse, les salutations et la relation entre
l’individu et le collectif. Ces normes influencent fortement la manière de s’exprimer,
d’écouter et d’interpréter les intentions de l’autre.
d. Communication professionnelle interculturelle
Dans un contexte professionnel international, la communication interculturelle devient
stratégique. Elle touche les styles de négociation, les modes de prise de décision, la
gestion des conflits et les styles de leadership. Les pratiques professionnelles sont
culturellement situées, et leur méconnaissance peut provoquer des blocages, des
tensions ou des interprétations erronées.
e. Communication éducative interculturelle
Dans l’enseignement, notamment en FLE, la communication interculturelle influence le
rapport au savoir, la relation enseignant–apprenant et la participation orale. Les
apprenants apportent des habitudes pédagogiques différentes, ce qui affecte leur
compréhension des consignes, leur manière de s’exprimer et leur perception de l’autorité.
4. CARACTÉRISTIQUES ESSENTIELLES DE LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE
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La communication interculturelle se distingue de la communication entre personnes
partageant la même culture par plusieurs caractéristiques spécifiques, qui montrent sa
complexité, sa dynamique et son exigence.
a. Interaction marquée par l’incertitude
La rencontre de deux systèmes culturels crée un degré élevé d’imprévisibilité. Les
interlocuteurs ne partagent pas les mêmes normes implicites, conventions discursives ou
cadres d’interprétation. Par conséquent, un geste, un silence ou une formule peut être mal
compris et les intentions peuvent être interprétées à travers les filtres culturels de chacun.
Cette incertitude peut provoquer de l’anxiété ou de l’hésitation chez l’apprenant, mais elle
constitue également une opportunité d’apprentissage.
b. Négociation permanente du sens
Contrairement à la communication intraculturelle, où les codes sont largement partagés,
la communication interculturelle nécessite une construction progressive de la
compréhension. Les interlocuteurs doivent reformuler leurs idées, expliciter les éléments
implicites de leur culture, vérifier la compréhension de l’autre et ajuster le niveau de
politesse, de distance ou de formalisme. Cette négociation constante est indispensable
pour éviter les malentendus et atteindre une compréhension mutuelle réelle.
c. Interaction instable et contextuelle
La communication interculturelle dépend fortement du contexte institutionnel (travail,
école, diplomatie), de la relation entre les interlocuteurs (hiérarchique, égalitaire, formelle
ou informelle), des émotions, des rapports de pouvoir et des représentations que chacun
a de l’autre. Un comportement approprié dans un contexte peut devenir inadapté dans un
autre, ce qui exige une grande capacité d’adaptation.
d. Co-construction du sens
Dans la communication interculturelle, aucun sens n’est donné d’avance. Les
interlocuteurs doivent créer collectivement des repères communs, des points d’accord et
des interprétations partagées. Cette co-construction transforme l’échange en un véritable
espace de collaboration où chacun contribue à l’élaboration d’un sens commun.
e. Dimension réflexive indispensable
La compréhension de l’autre nécessite une prise de conscience de ses propres filtres
culturels. La réflexivité consiste à identifier ses préjugés et stéréotypes, repérer ses
automatismes culturels (politesse, humour, distance, hiérarchie), reconnaître son
ethnocentrisme spontané et analyser comment ses normes influencent l’interprétation de
l’autre. Sans cette démarche de recul, la communication interculturelle devient difficile,
voire impossible.
5. BÉNÉFICES DE LA MAÎTRISE DE LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE
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a. Efficacité communicationnelle accrue
La maîtrise de la communication interculturelle réduit fortement les malentendus.
L’individu connaît mieux les codes verbaux et non verbaux de l’autre culture et peut
décoder correctement les gestes, les silences, l’humour et le regard. Il comprend les
implicites culturels et interprète les intentions de manière juste, ce qui évite les
interprétations erronées liées aux stéréotypes. Cette compréhension fine rend les
échanges plus fluides, clairs et authentiques.
b. Adaptation professionnelle renforcée
Dans les environnements professionnels internationaux, cette compétence devient
stratégique. Elle améliore la coopération au sein d’équipes multiculturelles, facilite la
négociation et la prise de décision, permet de comprendre les attentes hiérarchiques,
réduit les tensions liées aux différences culturelles et favorise l’intégration dans des
réseaux internationaux. Les entreprises multinationales considèrent cette compétence
comme essentielle pour les postes de gestion, de coordination et de communication.
c. Enrichissement personnel profond
La communication interculturelle contribue au développement de l’ouverture d’esprit en
exposant l’individu à d’autres visions du monde, de l’empathie grâce à la compréhension
des logiques internes des comportements, de la flexibilité cognitive pour s’adapter à des
situations nouvelles et de la tolérance à l’ambiguïté nécessaire pour gérer des contextes
pluriels. Cet enrichissement transforme non seulement la manière de communiquer, mais
aussi la manière de penser et de percevoir l’altérité.
d. Relations sociales plus harmonieuses
La maîtrise de la communication interculturelle favorise un vivre-ensemble apaisé. Elle
prévient les tensions issues de malentendus culturels, réduit les attitudes
ethnocentriques, encourage le respect des différences et renforce la cohésion sociale
dans les milieux pluriels tels que les universités, les entreprises et les communautés. La
compréhension des divers codes sociaux permet d’instaurer des relations sereines et
équilibrées.
6. CONSÉQUENCES D’UNE ABSENCE OU D’UN ENSEIGNEMENT ERRONÉ DE LA
COMMUNICATION INTERCULTURELLE
a. Conséquences de l’absence de compétences en communication interculturelle
Lorsque la communication interculturelle fait défaut, les incompréhensions deviennent
fréquentes. Les interlocuteurs interprètent les paroles, gestes ou attitudes selon leurs
propres repères culturels, ce qui génère des malentendus difficiles à résoudre. Les
comportements neutres peuvent être perçus comme impolis, agressifs ou
incompréhensibles, créant une distance émotionnelle et relationnelle. Les
incompréhensions répétées provoquent des conflits interpersonnels, de la frustration et
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parfois des tensions ouvertes. Le choc culturel s’intensifie et provoque stress, perte de
repères et isolement. La rupture de communication survient lorsque les échanges cessent
et que chacun se replie sur son groupe d’origine. Enfin, l’absence de compétences
interculturelles nuit fortement à la collaboration dans un environnement international, aux
négociations, à la gestion de projets multiculturels et à l’insertion professionnelle.
b. Conséquences d’un enseignement erroné ou insuffisant
Un enseignement mal conçu peut renforcer les stéréotypes et les représentations rigides
sur les cultures étrangères. Il conduit à des caricatures culturelles en réduisant une culture
à quelques traits superficiels et empêche une compréhension authentique. La
simplification excessive provoque des généralisations dangereuses qui ignorent la
diversité interne d’une culture. Certains apprenants peuvent développer un sentiment
d’infériorité ou de supériorité culturelle, nourrissant le mépris ou la honte identitaire.
L’enseignement maladroit peut créer méfiance ou rejet envers l’autre culture. Enfin, des
discussions en classe mal accompagnées peuvent provoquer tensions, incompréhensions
et attitudes défensives, rendant l’apprentissage anxiogène au lieu d’être formateur.
7. DIFFICULTÉS DANS L’ENSEIGNEMENT DE LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE
a. La question de la “face” et la gestion de l’honneur
Dans de nombreuses cultures, préserver son image et son statut social est fondamental.
Certains apprenants hésitent à exprimer leurs opinions, poser des questions ou participer
à un débat ouvert. Ils craignent d’être jugés, de paraître ignorants ou de perdre leur statut.
Cette sensibilité limite l’expression authentique, pourtant essentielle pour travailler sur les
sujets interculturels.
b. Les résistances cognitives et identitaires
L’enseignement de l’interculturel oblige souvent à remettre en question ses croyances et à
confronter ses normes personnelles à celles d’autres cultures. Certains apprenants
refusent d’admettre que leurs pratiques ne sont pas universelles. Ces résistances se
manifestent par le déni, le scepticisme, des réactions défensives ou le rejet des nouvelles
perspectives. Une pédagogie progressive et bienveillante est nécessaire pour les
accompagner.
c. L’hétérogénéité culturelle et cognitive des apprenants
Une classe peut regrouper des étudiants de nationalités, de parcours éducatifs et de
visions du monde variés. Cette diversité constitue une richesse, mais elle complique la
gestion pédagogique, la dynamique de groupe et la mise en place d’activités comparatives.
d. Le risque de malentendus ou de tensions entre apprenants
Les échanges interculturels peuvent provoquer des incompréhensions, des jugements de
valeur ou des oppositions. Sans médiation efficace, un simple commentaire peut générer
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un conflit ou un malaise. L’enseignant doit réguler les interactions et assurer un climat de
sécurité et de respect mutuel.
e. Le manque de formation spécialisée chez les enseignants
Beaucoup d’enseignants de FLE n’ont pas reçu de formation approfondie en interculturel.
Ils maîtrisent mal les approches théoriques et se sentent démunis pour gérer des
discussions sensibles ou analyser les interactions culturelles. Ce déficit entraîne un
enseignement superficiel, limité à une comparaison folklorique des cultures, sans
véritable développement de la compétence interculturelle.
f. L’équilibre entre culture d’origine (C1) et culture cible (C2)
L’enseignant doit éviter deux écueils : survaloriser la culture cible (C2), ce qui peut
provoquer un sentiment d’infériorité chez l’apprenant, ou minimiser la culture d’origine
(C1), ce qui peut renforcer la résistance ou la honte identitaire. Il doit valoriser les deux
cultures, encourager une comparaison constructive et favoriser une compréhension
nuancée et respectueuse.
8. MÉTHODES PÉDAGOGIQUES POUR ENSEIGNER LA COMMUNICATION
INTERCULTURELLE
a. La décentration et la prise de conscience culturelle
Cette méthode permet à l’apprenant de reconnaître les normes, valeurs et habitudes de sa
propre culture et de comprendre qu’elles ne sont ni universelles ni naturelles. Elle
encourage à identifier les cadres de référence différents chez l’autre et à analyser les écarts
entre les deux systèmes culturels. L’objectif est de sortir de l’ethnocentrisme et d’adopter
une posture ouverte et réflexive.
b. L’analyse de documents authentiques
L’utilisation de supports réels, tels que des extraits de films, séries, publicités, dialogues
spontanés, articles de presse ou échanges sur les réseaux sociaux, permet d’observer la
culture dans ses manifestations concrètes. L’apprenant apprend à identifier les normes
interactionnelles, telles que la politesse, le ton, la distance, les gestes, l’humour ou la
place du silence, afin de mieux comprendre les comportements culturels.
c. Les mises en situation et simulations interculturelles
Les jeux de rôle et simulations offrent la possibilité de vivre concrètement les malentendus
culturels. Ils aident l’apprenant à expérimenter différentes manières de saluer, négocier,
refuser ou s’excuser. L’apprenant observe les réactions des interlocuteurs, réfléchit aux
émotions ressenties et élabore des solutions pour ajuster sa communication. Cette
méthode développe des savoir-faire communicationnels essentiels en contexte
interculturel.
d. La pédagogie réflexive
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Cette approche repose sur un travail introspectif régulier. L’apprenant utilise des outils
comme le journal interculturel pour noter ses observations, chocs culturels, préjugés et
réussites. L’autoévaluation permet de mesurer ses attitudes et compétences, tandis que
les discussions guidées sur les stéréotypes ou les malentendus renforcent l’analyse
critique et la prise de conscience des filtres culturels.
e. La médiation culturelle
Selon le CECRL, l’apprenant devient un médiateur entre sa culture d’origine (C1) et la
culture cible (C2). Il apprend à expliquer et contextualiser les différences culturelles, à
reformuler pour faciliter la compréhension, à clarifier les implicites et à gérer les
malentendus. Cette approche transforme l’apprenant en acteur capable de faciliter les
échanges interculturels.
f. L’approche actionnelle
L’apprenant est placé dans des tâches authentiques où il mobilise ses compétences
interculturelles pour atteindre un objectif commun. Des exemples concrets incluent des
projets collaboratifs internationaux, des interviews avec des personnes de cultures
différentes, la participation à des événements multiculturels ou la création de capsules
vidéo sur les chocs culturels. Cette méthode valorise la coopération, la créativité et
l’engagement personnel.
g. Les comparaisons culturelles guidées
Le professeur invite l’apprenant à comparer les rituels sociaux, les rapports au temps et à
l’espace, la relation au savoir et la gestion des conflits. Ces comparaisons permettent de
comprendre non seulement ce que l’on fait, mais surtout pourquoi on le fait, ce qui enrichit
la compréhension interculturelle et la capacité d’adaptation.
9. STRATÉGIES DE COMMUNICATION EN CONTEXTE INTERCULTUREL
a. Gestion de l’incertitude et de l’ambiguïté
La rencontre interculturelle comporte toujours un certain degré d’incertitude. L’apprenant
doit accepter que l’incompréhension soit normale, tolérer l’ambiguïté, éviter les
conclusions hâtives et poser des questions clarificatrices plutôt que supposer. Chaque
comportement peut avoir plusieurs interprétations culturelles. Cette attitude prévient les
jugements erronés et les malentendus.
b. Ajustement du discours verbal
Le discours doit être adapté à l’interlocuteur : parler plus lentement, éviter les expressions
idiomatiques, simplifier la syntaxe sans infantiliser, expliciter les implicites culturels et
utiliser des paraphrases pour assurer la compréhension. Un vocabulaire clair et précis
facilite le décodage des messages par des interlocuteurs ayant des référents culturels
différents.
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c. Attention aux signaux non verbaux
La communication non verbale varie selon les cultures (gestes, regards, postures,
distance). L’apprenant doit observer les gestes et le ton de l’autre avant d’agir, éviter les
gestes pouvant être mal interprétés, ajuster la distance interpersonnelle et adapter le
contact visuel aux normes culturelles. La maîtrise du non-verbal réduit les malentendus.
d. Reformulation et vérification
Pour garantir la compréhension mutuelle, il est essentiel de reformuler les propos de
l’interlocuteur, de vérifier son interprétation (« Si je comprends bien… », « Vous voulez dire
que… ») et d’inviter l’autre à reformuler ses idées. Il est utile de résumer régulièrement les
points essentiels. Cette stratégie limite les divergences de sens.
e. Contextualisation et explicitation
Une partie des messages est souvent implicite dans certaines cultures. L’apprenant doit
expliciter les attentes, objectifs ou règles de l’échange, expliquer le contexte d’un
comportement, donner des exemples concrets et clarifier les intentions. Cela empêche les
interprétations erronées liées aux filtres culturels.
f. Gestion des malentendus et des conflits
Les malentendus sont inévitables. Il est important de rester calme, de différencier le
problème linguistique du problème culturel, de reconnaître la possibilité d’une mauvaise
interprétation, de proposer des clarifications sans accusation et de transformer le conflit
en opportunité de compréhension. Une gestion appropriée des conflits renforce la relation
interculturelle.
g. Écoute active et empathie culturelle
L’écoute doit viser la compréhension et non la simple réponse. L’apprenant montre de
l’intérêt par des signaux verbaux et non verbaux et adapte son empathie aux codes
culturels de l’autre. Certaines cultures valorisent la retenue, d’autres l’expressivité.
L’empathie culturelle favorise la confiance et l’ouverture.
h. Négociation du sens
Chaque interlocuteur possède sa propre vision du monde. La communication
interculturelle exige de reconnaître les différences de perception, de chercher un terrain
d’entente, de co-construire un sens commun et d’accepter que la compréhension se fasse
progressivement. La négociation du sens constitue le cœur de la communication
interculturelle.
10. Exemple 1: Absence de communication interculturelle
Lors de ma première participation à une conférence internationale sur les cosmétiques, je
n’avais pas encore acquis les principes de la communication interculturelle. Habituée aux
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modes de communication d’Asie de l’Est, j’ai adopté des comportements qui ont été mal
interprétés dans un contexte occidental. Je ne regardais pas mes interlocuteurs dans les
yeux et je répondais toujours avec des termes atténuants pour montrer du respect et de la
modestie. Dans certaines cultures occidentales, le contact visuel est un signe de
confiance et de compétence, tandis qu’un usage excessif de termes prudents peut donner
l’impression d’un manque d’assurance ou de préparation. Ces différences culturelles ont
conduit les entreprises étrangères à sous-estimer les capacités de mon entreprise, ce qui
a entraîné la perte d’opportunités importantes d’expansion internationale. Cet exemple
montre l’importance de comprendre les normes et attentes culturelles des interlocuteurs
afin d’éviter les malentendus et de protéger la réputation de l’entreprise.
11. Exemple 2: Application efficace de la communication interculturelle
Après ma première expérience, j’ai étudié les principes de la communication
interculturelle, notamment la proxémie, le langage verbal et non verbal, ainsi que les
différences de style de communication entre cultures. Lors de la deuxième conférence
internationale, j’ai appliqué ces connaissances. Je maintenais un contact visuel approprié,
j’utilisais un langage clair et direct tout en restant poli, et j’adaptais ma posture et mes
gestes pour respecter les conventions culturelles de mes interlocuteurs. Ces ajustements
ont amélioré la perception de mon entreprise et ont facilité l’établissement d’une relation
de confiance avec nos partenaires internationaux. Finalement, nous avons réussi à
conclure un partenariat stratégique avec une société internationale de cosmétiques. Cet
exemple illustre que la communication interculturelle ne se limite pas à éviter les erreurs,
mais constitue un outil stratégique pour construire des relations solides, gagner la
confiance et maximiser les opportunités dans un contexte mondial.
J. APPROCHE INTERCULTURELLE EN DIDACTIQUE DE FLE
1. DÉFINITION
Le multiculturalisme est apparu dans les années 1970 en Australie et au Canada. Il
désigne un programme politique qui reconnaît et valorise les appartenances culturelles
spécifiques et les intègre dans l’espace public. Cette notion anglo-saxonne est liée à
l’accueil des migrants et se caractérise par la coexistence parallèle de plusieurs groupes
socioculturels. Chaque groupe est reconnu comme culturellement distinct et bénéficie
d’une liberté d’action.
Le pluriculturalisme, quant à lui, est une approche plutôt européenne. Il concerne les
situations où des personnes issues de groupes minoritaires arrivent dans un nouveau pays.
Elles doivent apprendre les aspects culturels du groupe majoritaire tout en conservant leur
propre culture. La pluriculturalité implique la capacité à s’identifier à des valeurs,
croyances ou pratiques de plusieurs cultures, et à acquérir des connaissances et savoir-
faire linguistiques, culturels et comportementaux pour interagir et communiquer dans au
moins deux cultures.
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L’approche interculturelle se distingue des deux précédentes. Elle considère la rencontre
entre cultures comme un processus dynamique et enrichissant. La différence culturelle
devient une opportunité de dialogue et de partage. L’approche interculturelle vise la
construction de liens entre les cultures et la reconnaissance de perspectives diverses. Elle
invite à accepter la diversité des points de vue, à comprendre des modes de vie différents
et à prendre conscience que l’identité personnelle est rarement issue d’une seule
appartenance culturelle.
2. AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS
Le multiculturalisme présente comme avantage principal l’acceptation et la
reconnaissance de toutes les cultures comme égales. Cependant, il comporte plusieurs
inconvénients: les communautés culturelles restent souvent séparées et n’échangent pas
réellement pour s’enrichir mutuellement. Cette approche favorise un repli sur le groupe
d’appartenance et un phénomène d’étiquetage (“labelling”). De plus, elle considère les
cultures comme des entités autonomes et monolithiques, ce qui ne reflète pas la
complexité réelle des sociétés.
Le pluriculturalisme permet une intégration plus rapide dans une nouvelle culture et
favorise les échanges entre cultures. Ses limites sont toutefois importantes: les cultures
ne sont pas considérées comme égales, la culture majoritaire domine et les échanges sont
souvent unilatéraux. Cette approche nécessite des compétences interculturelles qui ne
sont pas innées et peut entraîner une assimilation progressive, conduisant à la disparition
de la culture minoritaire.
L’approche interculturelle combine les points forts des deux précédentes tout en limitant
leurs faiblesses. Elle reconnaît et valorise l’égalité des cultures, favorise l’intégration dans
une nouvelle culture sans renier sa culture d’origine et encourage des échanges
réciproques et enrichissants. Elle reconnaît le pluralisme culturel et la diversité des points
de vue. Ses inconvénients résident dans le fait qu’elle exige des compétences
interculturelles et une posture d’esprit adaptée, ainsi qu’une conscience critique de sa
propre culture et de ses biais ethnocentriques. Cette approche demande donc un
apprentissage réfléchi et des prérequis personnels.
3. OBJECTIFS DE L’APPROCHE INTERCULTURELLE EN DIDACTIQUE DU FLE
L’approche interculturelle vise avant tout à développer la conscience interculturelle des
apprenants. Elle permet de comprendre la pluralité des cultures et d’identifier ses
propres biais culturels. Elle favorise également la capacité à relativiser ses points de vue
et à reconnaître l’ethnocentrisme dans ses comportements et perceptions.
Elle a pour objectif de renforcer la connaissance de soi et de sa culture. L’apprenant est
encouragé à réfléchir sur son identité personnelle et culturelle et à analyser l’influence de
sa culture sur sa communication et sa manière de penser.
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L’approche vise à acquérir des compétences de communication adaptées. L’apprenant
doit savoir adapter sa communication verbale et non verbale selon le contexte culturel de
son interlocuteur et développer la capacité à décoder et expliquer des comportements
culturellement différents.
Elle prépare également l’apprenant à devenir un médiateur culturel. Il doit être capable
d’agir comme intermédiaire entre différentes cultures afin de faciliter la compréhension
mutuelle. Cela inclut le développement de savoir-être tels que l’ouverture d’esprit,
l’empathie et la tolérance, ainsi que de savoir-faire comme la médiation, l’adaptation et la
communication efficace.
Enfin, cette approche prépare l’apprenant à des situations interculturelles réelles. Elle le
prépare à voyager, travailler ou collaborer dans un contexte international, à réduire les
malentendus et à renforcer l’efficacité des interactions dans des environnements
multiculturels.
En résumé, l’objectif central de l’approche interculturelle est de former des individus
capables de comprendre, respecter et interagir efficacement avec des cultures
différentes, tout en prenant conscience de leur propre culture.
4. MISE EN ŒUVRE DE L’APPROCHE INTERCULTURELLE EN CLASSE DE FLE
Pour appliquer l’approche interculturelle, l’enseignant utilise plusieurs stratégies
pédagogiques. Il propose des activités de comparaison culturelle afin que les apprenants
puissent identifier les différences et similitudes entre leurs pratiques culturelles et celles
des locuteurs francophones.
L’enseignant organise également des jeux de rôle et des simulations. Ces exercices
permettent aux apprenants de se placer dans la perspective d’un locuteur d’une autre
culture et de mieux comprendre ses réactions et comportements.
L’analyse de documents authentiques constitue une autre stratégie. L’enseignant utilise
des textes, vidéos, chansons ou publicités qui reflètent divers aspects culturels afin de
provoquer la réflexion et le débat en classe.
Enfin, le travail réflexif sur l’identité encourage les apprenants à examiner leur propre
identité culturelle et à analyser comment cette identité influence leurs interactions avec
d’autres cultures.
Ces méthodes visent à développer chez les apprenants une compétence globale, leur
permettant de communiquer efficacement tout en respectant la diversité culturelle.
5. ENJEUX FONDAMENTAUX DE L’APPROCHE INTERCULTURELLE EN DIDACTIQUE DU
FLE
L’approche interculturelle dépasse la simple transmission d’informations culturelles. Elle
constitue une démarche formative et réflexive qui engage l’apprenant dans une
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transformation personnelle, essentielle pour réussir la communication dans un contexte
mondialisé.
a. Enjeux pédagogiques et didactiques
L’enseignant de FLE doit relever un défi méthodologique important. Il doit dépasser les
modèles simplificateurs du multiculturalisme et du pluriculturalisme pour privilégier
l’interrelation et la négociation du sens. L’objectif consiste à passer d’un enseignement
centré sur le “Savoir” à une formation axée sur le “Savoir-être”. Il s’agit de développer chez
les apprenants des attitudes indispensables à la médiation culturelle, telles que
l’empathie, la tolérance à l’ambiguïté et la capacité à relativiser son propre point de vue.
L’approche interculturelle exige également une contextualisation des méthodes. Les
approches européennes universalistes, comme l’approche communicative, doivent
s’adapter aux réalités des apprenants. Par exemple, la valorisation de la prise de parole
spontanée doit tenir compte des apprenants vietnamiens influencés par le confucianisme
et la préservation de la “face”.
Le choix et la réception des supports culturels constituent un autre enjeu. L’enseignant doit
sélectionner des documents qui stimulent la réflexion et encouragent la comparaison, tout
en anticipant les représentations préexistantes des apprenants afin d’éviter que ces
supports renforcent des stéréotypes.
b. Enjeux socio-éthiques et relationnels
L’approche interculturelle s’inscrit dans un projet humaniste visant à former des citoyens
ouverts et respectueux de la diversité. Elle permet de lutter contre l’ethnocentrisme,
obstacle majeur à la compréhension interculturelle, en apprenant aux apprenants à
prendre du recul et à comprendre la logique interne de la culture de l’autre.
La formation du médiateur culturel constitue un enjeu central. L’apprenant doit être
capable d’interpréter, d’expliquer et de reformuler des points de vue culturellement
différents, en traduisant non seulement des mots, mais aussi des codes, intentions et
implicites. Il doit gérer les malentendus et tensions interculturelles et transformer ces
situations en opportunités d’apprentissage.
c. Enjeux cognitifs et formateurs
L’approche interculturelle favorise le développement personnel. Le choc culturel, défini
comme la détresse liée à la perte de repères familiers, doit être perçu comme une
expérience de transformation. Il permet de développer la résilience, la tolérance à
l’ambiguïté et la capacité d’adaptation.
Enfin, l’apprentissage d’une culture étrangère conduit l’apprenant à revisiter sa propre
identité. La rencontre avec l’autre agit comme un miroir pour mieux comprendre sa propre
culture et consolider son identité tout en favorisant une ouverture authentique à l’altérité.
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6. ACTIVITÉS DE L’APPROCHE INTERCULTURELLE EN DIDACTIQUE DU FLE
L’approche interculturelle en classe de FLE repose sur une diversité d’activités visant à
développer les compétences interculturelles des apprenants et à favoriser la
compréhension mutuelle entre cultures.
a. Activités de comparaison culturelle
L’enseignant propose des situations issues de la culture des apprenants (C1) et de la
culture francophone (C2). Les apprenants comparent les pratiques et expliquent leurs
différences et ressemblances. Ces activités permettent de faire émerger des
représentations et stéréotypes, de développer l’analyse critique et la relativisation
culturelle. L’évaluation porte sur la qualité des observations, la pertinence des hypothèses
et le respect des règles d’échange.
b. Analyse de documents authentiques.
Les apprenants étudient des textes, vidéos, chansons ou publicités pour identifier les
marqueurs culturels explicites et implicites. L’objectif est de développer la lecture critique
et la compréhension des valeurs véhiculées par les documents. L’évaluation se base sur
l’identification correcte des éléments culturels et la capacité à expliquer leur effet
pragmatique.
c. Jeux de rôle interculturels
Les apprenants incarnent des acteurs de cultures différentes dans des situations simulées
(négociation, entretien, réunion). Ils pratiquent la négociation, l’adaptation, les registres de
politesse et les stratégies interactionnelles. L’évaluation porte sur l’adéquation du
comportement verbal et non verbal et la capacité à résoudre les malentendus.
d. Simulations de malentendus culturels
Les apprenants analysent des situations de malentendus culturels et proposent des
solutions. Cette activité développe la capacité à repérer les causes des malentendus et à
appliquer des stratégies de médiation. L’évaluation porte sur la pertinence des diagnostics
et l’originalité des solutions.
e. Ateliers réflexifs sur l’identité culturelle
Les activités se centrent sur l’histoire personnelle, les valeurs et la représentation de soi.
Elles favorisent la décentration, l’autocritique et la conscience identitaire comme
ressource pour l’interaction interculturelle. L’évaluation prend en compte la profondeur de
la réflexion et la capacité à relier expérience personnelle et concepts théoriques.
f. Enquêtes et mini projets interculturels
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Les apprenants réalisent des enquêtes ou interviews pour entrer en contact avec la
diversité culturelle et développer des compétences de recherche et d’analyse. L’évaluation
se base sur la rigueur méthodologique et la qualité de l’analyse.
g. Débats et discussions guidées
Les apprenants participent à des débats structurés sur des thèmes culturels et sociaux.
Ces activités visent à travailler l’argumentation et à expliciter les présupposés culturels.
L’évaluation porte sur la cohérence des arguments et le respect des règles
interactionnelles.
h. Activités de médiation culturelle
Les apprenants reformulent ou expliquent un point de vue culturel à un tiers pour
développer la compétence de médiation. L’évaluation se concentre sur la fidélité à
l’original, la clarté de l’explication et la pertinence des exemples comparatifs.
i. Lectures contrastives et corpus comparés
Les apprenants étudient deux textes issus de traditions discursives différentes pour
identifier les schémas argumentatifs et stylistiques culturels. L’évaluation mesure la
pertinence des observations contrastives et la capacité à relier forme et sens
culturellement déterminé.
j. Activités métacommunicatives et d’observation du non-verbal
Les apprenants analysent et produisent la communication non verbale et le style
interactionnel pour comprendre les différences culturelles. L’évaluation prend en compte
la précision des commentaires et l’ajustement du comportement non-verbal selon le
contexte.
Les principes généraux d’ingénierie pédagogique reposent sur plusieurs axes
essentiels.
La progressivité consiste à débuter par des tâches guidées et à augmenter
progressivement l’autonomie des apprenants.
La sécurisation affective vise à créer un cadre bienveillant qui encourage les
apprenants à prendre des risques sans crainte de l’erreur.
La médiation linguistique fournit aux apprenants des outils concrets, tels que des
phrases-outils et un lexique culturel, pour faciliter la communication.
L’évaluation formative privilégie les retours détaillés, l’auto-évaluation et la co-
évaluation afin de soutenir l’apprentissage plutôt que de se limiter à une notation
sommative.
Enfin, la contextualisation consiste à relier chaque activité aux référents culturels
des apprenants afin d’éviter l’imposition de modèles étrangers et de favoriser une
compréhension authentique.
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