0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
16 vues9 pages

L'amour interdit entre ennemis

Dans un monde où le danger et le mystère règnent, Mane se débat entre son amitié pour Yasmine, une créature mystérieuse, et la menace d'un ennemi commun, Davain. Leur relation est mise à l'épreuve par des secrets, des trahisons et des forces obscures qui les entourent. Alors que Yasmine se dirige vers la mer noire, symbole de son destin incertain, Mane réalise l'ampleur des enjeux qui les séparent et les unissent.

Transféré par

erachluba
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
16 vues9 pages

L'amour interdit entre ennemis

Dans un monde où le danger et le mystère règnent, Mane se débat entre son amitié pour Yasmine, une créature mystérieuse, et la menace d'un ennemi commun, Davain. Leur relation est mise à l'épreuve par des secrets, des trahisons et des forces obscures qui les entourent. Alors que Yasmine se dirige vers la mer noire, symbole de son destin incertain, Mane réalise l'ampleur des enjeux qui les séparent et les unissent.

Transféré par

erachluba
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

MICHEL VANNY

TOME I. LA RENCONTRE

L'AMOUR ENTRE ÉNNEMI


Je ne m’y habitue jamais. Chaque fois que je foule ce sol, la même sensation
me traverse : le danger. Une présence tapie sous la terre, qui m’observe, patiente.
Et pourtant… je reviens toujours ici, incapable d’aller plus loin, incapable aussi de
m’en détacher.
Devant moi s’étend une mer noire, vaste et silencieuse, dont les échos
semblent murmurer depuis les profondeurs. L’eau paraît maudite, témoin d’un
rituel oublié.

Je prends un risque fou en venant ici. Si les autorités ou les gens de la ville
apprennent que je franchis le mur, je finirai internée. Ou en prison. Ce qui
revient au même.

Je n’ai jamais trouvé ce que je cherche. Peut-être parce que je n’ai jamais eu
le courage de traverser.

On dit qu’au-delà, il n’y a que des ombres et des esprits damnés. Personne
n’en est jamais revenu sain d’esprit. Cette idée m’effraie autant qu’elle m’attire.

Un frisson court dans l’air.

— Je croyais que tu ne viendrais plus.

La voix claque. Sa douceur me désarme. Trop douce. Du genre qui vous piège
avant même que vous ne compreniez comment.

Je me retourne.

Yasmine.

Sa silhouette se découpe dans la nuit, fine, droite, immobile. Sa robe noire


épouse le vent comme si elle faisait corps avec l’obscurité. Le tissu capte la
lumière lunaire, révélant des reflets argentés, presque surnaturels, comme si la
nuit elle-même l’avait tissée.

Son visage est impassible, d’une beauté troublante. Et ses yeux verts…
toujours aussi fascinants. Trop clairs. Trop sincères pour être humains. On ne
peut les fixer sans sentir une chute intérieure, un vertige, comme si quelque
chose vous tirait vers le fond.

Mais le plus étrange, c’est sa peau. Par endroits, sur ses pommettes, ses
clavicules, l’intérieur de ses poignets brille une lueur verdâtre, fragile mais réelle.
Ce n’est pas constant : ça pulse, faiblement, à mesure que ses émotions changent.
Un frisson d’agacement, une inquiétude, et la lumière s’intensifie. Comme si son
corps refusait de dissimuler ce qu’elle ressent.

Pas humaine. Autre chose. Une chose qu’elle s’efforce de taire.

— Tu sais très bien que je n’ai pas le choix.

— Je sais, répond-elle avec un léger sourire. De toute façon, je serais venue te


chercher si tu avais trop tardé.

— N’ose jamais faire ça, dis-je en la saisissant par les épaules.

— Tu me fais mal, Mane…

Elle boude, presque enfantine. Ses yeux verts accrochent la lune, mais ce
n’est pas le plus étrange. Sous mes doigts, sa peau palpite de lumière, ma colère
réveille quelque chose en elle. L’éclat court le long de ses clavicules, diffus,
presque imperceptible.

Elle ne comprend jamais. Après tout ce temps, elle persiste à braver le mur, à
tester les limites de ce monde. Je n’arrive toujours pas à croire qu’après tout ce
temps, elle m’a écoutée… qu’elle n’a pas franchi le mur. Elle est têtue, cette fille.
C’est ce qui m’agace le plus chez elle. Et ce qui me retient, peut-être.

— Tu me l’as déjà promise, Yasmine. Tu me l’as juré.

Quand je repense au moment où j’ai failli mettre fin à ma vie, un goût amer
m’envahit. Le sentiment de trahison s’infiltre lentement, brûlant. J’ai été égoïste,
je l’admets. Je n’ai pas pensé à elle, pas une seule seconde.

Elle ne s’en serait jamais sortie sans moi, même ici, même protégée. Les
choses d’ici ne lui feront sans doute rien, elle a une force que même les esprits
redoutent, mais les Darks… eux, je les connais.

Face à eux, elle ne sera qu’un cobaye. Ils la briseront, lui arracheront ce qu’ils
veulent savoir… puis ils la tueront. Sans remords. Sans pitié.

— Détends-toi, souffle-t-elle doucement. Ce n’était… qu’une blague.

Yasmine s’assoit dans l’herbe. Sa robe rouge se fond dans la lueur de la lune,
et ses cheveux courts dégagent sa nuque marquée d’une plume, tatouage ou
cicatrice, je n’ai jamais su.

— Mais je l’aurais quand même fait, ajoute-t-elle doucement. Tu aurais fait


comment sans la boîte noire ?

La boîte noire… Mon seul repère dans ce monde. Sans elle, je me serais déjà
perdue, ou pire. C’est elle qui me retient de sombrer, qui m’empêche de devenir
comme eux.

Et c’est Yasmine qui me l’a donnée, le jour où elle m’a arrachée aux griffes
d’une draïne. Ce jour-là, j’ai cru mourir… mais elle m’a sauvée. Depuis, nous ne
nous sommes plus quittées.

Elle est la seule amie qu’il me reste. Même si je sais qu’elle n’est pas comme
moi, ni humaine, ni tout à fait monstre.

— Tu es allée là-bas ? demandé-je en m’asseyant près d’elle.

— Parfois, tu poses des questions inutiles, Mane.

Elle a raison. Là-bas, c’est son monde. Celui au-delà de la mer. Mais jamais
elle ne m’en parle. À chaque fois que j’essaie d’en savoir plus, son regard se ferme,
inquiet, presque effrayé.

— Tu caches trop de choses, Yasmine, murmuré-je.

Le vent me frôle, glacé. La lune éclaire l’horizon, et la mer noire chante


encore. Toujours ces mêmes voix féminines… des chuchotements que je ne
comprends pas.

Yasmine dit que ce sont les draïnes. Les filles de l’eau noire. Toucher cette
mer, c’est signer sa mort.

Je l’ai crue sans hésiter. Elle m’a déjà sauvée d’une d’entre elles, des créatures
si parfaites qu’on ne les distingue pas des humains. Et c’est bien ce qui faillit me
coûter la vie.

Un long silence. Puis elle reprend :

— J’ai entendu dire que Davain est de retour. C’est vrai ?

Je me fige. Son regard s’enflamme. Une tension sèche traverse l’air.

— Qui te l’a dit ? demandé-je, plus sèchement que je ne l’aurais voulu.

Ses doigts se crispent sur sa robe. Elle ferme les yeux, et ce n’est pas la
tristesse que je perçois… mais quelque chose de plus ancien. Une rage enfouie.
— Pourquoi tu refuses toujours de me parler de lui ? souffle-t-elle. Tu sais ce
qu’il représente pour moi.

— Ce n’est pas si simple, Yasmine.

— J’en ai assez d’entendre ça, Mane ! S’il doit me tuer, qu’il le fasse. Je préfère
mourir de ses mains que de vivre sans le rencontrer !

Ses mots me traversent comme une lame. Elle est si obstinée, si brûlante de
passion… c’est pour cela que je me tais. Parce qu’elle se jette vers le feu sans
comprendre qu’il la consumera.

— Il ne te connaît même pas, dis-je, la voix tremblante. Qu’est-ce que tu lui


veux vraiment ?

— C'est donc ça le fond du problème... Tu crois que je veux lui faire du mal ?
Tu me connais pourtant.

Sa voix vacille. Et soudain, j’ai presque pitié d’elle.

— Ne déforme pas mes mots, Yasmine. Ce n’est pas ce que je pense.

— Alors, explique-moi. Pourquoi tu me caches tout ?

Le vent retombe. La mer s’assombrit. Et dans son regard vert, une lumière
vacille, comme si quelque chose, enfin, menaçait de se briser.

Comment trouver les mots ?

Il la manipulera, la détruira peut-être, et pour lui, elle ne sera jamais qu’un


instrument.

Mais je ne comprends pas non plus Yasmine. Ses intentions me glissent entre
les doigts. Elle est trop imprévisible… trop dangereuse. Je ne peux pas la laisser
approcher Davain. Elle pourrait le tuer. Ou le briser autrement.

— Il est revenu que récemment. Et même là, je ne sais pas où il est. C’est
toujours lui qui me trouve, jamais l’inverse.

— À t’entendre, on croirait que tu parles du diable. Pourtant, ce n’est pas ce


que j’ai vu.

Ses mots me figent.

— Qu’est-ce que tu veux dire par là ? Tu… l’as déjà vu ?


Elle garde le silence, le regard perdu vers la mer. Le vent soulève une mèche
de ses cheveux.

— Il venait ici, avant. Il y a longtemps.

Trois ans qu’on se connaît. Et elle m’avoue ça maintenant ?

Une colère sourde me monte à la gorge.

— Donc, vous vous connaissez, dis-je comme une évidence.

— Pas vraiment. Il ne m’a jamais vue. Moi, oui. Une dizaine de fois.

Je ris, nerveusement. Tout devient clair.

— Voilà donc la vérité. Depuis le début, je n’étais qu’un moyen pour toi
d’approcher Davain.

— Tu exagères, Mane…

— Jure-moi que c’est faux.

Elle ouvre la bouche, mais aucun son n’en sort. Et ce silence vaut tous les
aveux du monde.

— Tu vois ? Tu ne peux même pas mentir.

— Il y a beaucoup de choses que tu ignores sur moi, dit-elle enfin, la voix


lasse.

— Et la faute à qui ?

— À moi, je sais…

Une longue pause règne. Puis elle murmure :

— Oui. Au début, je suis venue vers toi pour ça. Pour le rencontrer.

Ses mots me transpercent. L’entendre de sa propre bouche me fait tellement


mal.

La loyauté n’a donc plus de valeur dans ce monde ? Tout semble réduit à un
jeu d’intérêts, à une stratégie où les cœurs servent de monnaie. Et moi… moi, j’y
ai cru.

— Mais j’ai appris à t’aimer, Mane. Je n’ai jamais pensé que j’aurais une amie
humaine. Mes sœurs m’ont dit de me méfier de toi, que tu causerais ma perte…
mais je ne les ai pas écoutées.

Sa voix tremble. Elle paraît sincère, vraiment. Mais mon cœur refuse d’y
croire.

J’ai déjà connu cette douleur, la trahison d’une amie que je croyais vraie. Et
j’en porte encore les cicatrices.

— Si je t’ai caché des choses, murmure-t-elle, c’est parce que j’avais peur.
Peur que tu t’enfuies en découvrant qui je suis vraiment. Je ne veux pas que notre
amitié s’effondre. Je t’ai toujours caché les choses uniquement pour te préserver
de moi.

Je ris, amère.

— Ne me dis pas que je dois toi aussi te ranger dans la boîte des idiotes. Tu
crois vraiment que j’ignorais le risque de te laisser entrer dans ma vie ?

— T’as peur de moi ?

— Tu veux que je te gifle ? J’ai la tête de quelqu’un qui a peur de toi ?

Son regard se trouble. Et malgré tout, malgré la colère, malgré la douleur, je


sais qu’elle ne me ferait jamais de mal. Et c’est justement ça… que je déteste le
plus.

Parce que c’est toujours ce même piège : celui de la confiance. Et je retombe


dedans, encore, même en sachant comment ça finit.

— Oui, je veux rencontrer Davain. Mais je ne veux pas te perdre, Mane. C’est
pour ça que je n’ai jamais tenté de le voir derrière ton dos, depuis que j’ai su qu’il
était revenu.

— Et comment tu l’as appris ?

— Impossible que ça reste secret, murmure-t-elle. Ici, tout le monde sait… Il y


a des entités qui lui veulent la mort.

— Quelles entités ?

— Je ne peux pas te le dire. Je te mettrais en danger.

Sa voix tremble à peine, mais je sens la peur derrière ses mots.

— Le monde d’ici est plus dangereux que tu ne l’imagines, poursuit-elle. Et ce


qui me terrifie le plus… c’est le jour où le vôtre tombera.

Encore une fois, elle commence quelque chose et s’arrête net.

C’est sa manie : ouvrir une porte, puis me la claquer au nez. Elle m’agace
autant qu’elle me captive. J’ai parfois l’impression qu’éveiller ma curiosité est la
seule façon qu’elle a trouvée pour me garder près d’elle.

— Qu’est-ce que tu essaies de me dire, Yasmine ?

— Qu’il y a une guerre. Une guerre qui dure depuis des siècles. Et elle ne
s’achèvera qu’avec la chute d’un camp. J’espère juste… que les tiens sauront
affronter ce qui vient.

Sa voix change. Grave. Lointaine. Prophétique.

Un frisson glisse le long de ma nuque. Le vent se lève, soulève la poussière


noire, emporte nos mots avant même qu’ils ne s’impriment dans l’air.

— Vas-tu arrêter ce jeu ? Qu’est-ce qui se passe, Yasmine ?

Elle esquisse un sourire sans joie.

— Tu me traites toujours de têtue, mais tu es pire que moi. Je t’ai prévenue


pourtant, certaines vérités peuvent te tuer.

Les voix des draïnes s’élèvent, plus fortes que jamais. Des murmures
féminins, aigus, presque plaintifs. Même les oiseaux semblent répondre, leurs
cris résonnant sous l’eau comme des échos impossibles.

Yasmine se fige. Son visage pâlit. Ses pupilles se rétrécissent jusqu’à devenir
deux éclats verts.

— Je dois y aller.

— Yasmine !

Je la retiens par la main. Sa peau est glacée.

— Tu vas bien ?

— Ne t’en fais pas, Mane. J’ai juste besoin de le voir. Je ne dois plus rester ici.
C’est trop dangereux.

Elle se dégage brusquement. Ses yeux brillent d’une lueur presque


surnaturelle, un vert profond, vibrant, qui semble respirer.
Puis elle se tourne, lentement, et marche vers la mer. L’eau s’ouvre à son
approche, comme si elle la reconnaissait.

— Yasmine ! criai-je, la gorge serrée.

Elle ne se retourne pas.

Une seconde plus tard, son corps s’efface dans la noirceur liquide.

Le silence retombe. Seules les voix continuent, étouffées, chuchotant sous la


surface.

Et dans leur murmure, un nom revient, clair, obsédant.

Davain.

Elle comprend. Elle sait qu’elle est condamnée. Je n'aurais pas aimer être à sa
place, et je ne peux rien faire au risque de m'attiré la foudre de Vone. Entrer dans
son cercle m'apprend chaque jour à quel point il est sans coeur.

Vous aimerez peut-être aussi