Indice de Gini : Analyse d'inégalité
Indice de Gini : Analyse d'inégalité
Analyse d’inégalité
L’indice de Gini
Analyse d’inégalité
L’indice de Gini
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Analyse d’inégalité : l’indice de Gini
Sommaire
1. Résumé ...................................................................................1
2. Introduction..............................................................................1
Métadonnées du module.................................................................... 25
Analyse d’inégalité : l’indice de Gini 1
1. RÉSUMÉ
Le présent document traite de l’indicateur d’inégalité le plus fréquemment utilisé :
l’indice de Gini. Il en présente les caractéristiques et le lien qu’il entretient avec un autre
outil de représentation graphique de l’inégalité largement usité : la courbe de Lorenz. Il
aborde également une version étendue de cet indice faisant appel à différents facteurs de
pondération. Une procédure détaillée et des exemples numériques expliquent les
modalités d’utilisation de l’indice de Gini et de ses versions généralisées.
2. INTRODUCTION
Objectifs
Ce module présente l’utilisation des indices de Gini standard et généralisé, compare les
distributions de revenus et en explique les avantages et les inconvénients respectifs.
Public
Ce module s’adresse aux analystes des politiques actuels ou futurs désireux d’ajouter
l’analyse des distributions de revenus à leurs capacités d’analyse des impacts des
politiques de développement sur l’inégalité. De ce fait, il constituera un document de
référence utile pour les économistes et les praticiens travaillant dans des administrations
publiques, des ONG, des organisations professionnelles ou des cabinets de conseil. Les
professeurs pourront l’utiliser à l’appui de leurs cours consacrés à l’analyse
coût/bénéfice (ACB) et à l’économie du développement. Enfin, il permettra à toute
personne qui le souhaite d’améliorer ses compétences en matière d’ACB et de
compléter sa formation.
Des liens vers les modules EASYPol pertinents, des ouvrages consacrés à ces sujets et
des documents de référence figurent dans les notes de bas de page et à la section 9 du
présent module. 1
1
Les liens hypertexte vers des documents EASYPol apparaissent en bleu :
a) parcours de formation en gras souligné ;
b) autres modules EASYPOL ou matériels EASYPOL complémentaires en italique gras souligné ;
c) liens vers le glossaire en gras et
d) liens externes en italique.
2 Module EASYPol 040
Outils analytiques
3. CONTEXTE CONCEPTUEL
L’indice de Gini est un indicateur associé à l’approche descriptive de la mesure de
l’inégalité. Lambert (1993) a résumé la base analytique permettant d’établir le rapport
entre l’indice de Gini et les fonctions de bien-être social et donc de le faire entrer dans
le champ de l’analyse du bien-être. Dans les pages suivantes, nous n’aborderons que
l’approche descriptive. L’approche bien-être sera traitée dans des outils plus avancés.
Pour cet indice, nous appliquons la logique des axiomes d’inégalité 3 , dans la mesure où
ceux-ci constituent des critères éligibles d’évaluation des performances des indicateurs.
La figure 1 représente ces aires : elle trace trois courbes de Lorenz à partir de trois
distributions de revenus hypothétiques, A, B et C. La courbe basée sur la distribution
des revenus A est la courbe standard que donne l’analyse des distributions de revenus
réelles. Celle de la distribution B représente le cas extrême où tous les revenus sont
égaux. Dans ce cas, elle prend aussi le nom de droite d’équidistribution. Enfin, la
courbe de la distribution C illustre un autre cas extrême, celui où tous les revenus sont
nuls, sauf le dernier.
Dans la figure 1, OP est la droite d’équidistribution et ORP l’aire définie par la courbe
de Lorenz de la distribution des revenus standard et la courbe d’équidistribution,
baptisée aire de concentration. OPQ est l’aire de concentration maximale, c'est-à-dire
la zone entre la courbe de Lorenz de la distribution de revenus C et la droite
d’équidistribution.
2
Voir le module EASYPol 080 : Impacts des politiques sur l'inégalité : indicateurs simples
d'inégalité.
3
Comme indiqué dans le module EASYPol 054: Impacts des politiques sur l'inégalité : l'inégalité
et ses axiomes de mesure.
Analyse d’inégalité : l’indice de Gini 3
P
100,0
90,0
Proportion cumulée des revenus (%)
60,0
OPQ = Aire de
50,0 concentration
40,0 maximale
R
30,0
20,0
10,0
Q
0,0
O 0,0 20,0 40,0 60,0 80,0 100,0
Proportion cumulée de la population (%)
4
Voir le module EASYPol 000, Représentation graphique de l'inégalité des revenus : la courbe
de Lorenz.
4 Module EASYPol 040
Outils analytiques
donnée par ORPQ). Le mode de calcul le plus facile de l’aire sous la courbe de Lorenz
est décrit ci-après.
y1 + y 2 + ... + yi y + y 2 + ... + yi
qi = = 1 → proportion cumulée des revenus
y1 + y 2 + ... + y n Y
i
pi = → proportion cumulée de la population
n
où q0=p0=0 et qn=pn=1.
L’aire sous la courbe de Lorenz ORPQ est la somme des aires d’une série de
polygones. Regardons la figure 2, où une courbe de Lorenz simplifiée a été créée pour
une population de quatre individus. Le premier polygone est un triangle (poq1p1) et les
trois autres sont des trapèzes isocèles pivotés. On peut donc calculer chaque aire
séparément et ajouter les résultats obtenus pour obtenir la valeur de l’aire globale.
Symbolisons l’aire du ième polygone par Zi et l’aire totale obtenue de cette manière par
Z.
n
∑ Z i = 2 ∑ [(qi + qi−1 )( pi − pi−1 )]
1
Z=
i =1 i
pour n=4
5
Voir le module EASYPOL 000, Représentation graphique de l'inégalité des revenus : la courbe
de Lorenz.
Analyse d’inégalité : l’indice de Gini 5
q4
1,0
0,8
Aire de concentration : (1/2)-Z
0,6
q3
0,4
q2
0,2
q1
0,0
0 0,25 0,5 0,75 1
q0=p0
p1 p2 p3 p4
Cependant, Z n’est pas l’aire de concentration, mais l’aire sous la courbe de Lorenz.
Pour calculer l’aire de concentration (numérateur de l’indice de Gini), il suffit
maintenant de soustraire Z de l’aire de concentration maximale (½ ) comme suit :
− Z = − ∑ [(qi + qi −1 )( pi − pi −1 )]
1 1 1
Aire de concentration =
2 2 2 i
− ∑ [(qi + qi −1 )( pi − pi −1 )]
1 1
2 2 i
G= = 1 − ∑ [(qi + qi −1 )( pi − pi −1 )]
1 i
[2] 2
[3] G = 1 − 2Z
La formule ci-dessus indique seulement que l’indice de Gini est égal à 1 moins deux
fois l’aire sous la courbe de Lorenz.
6 Module EASYPol 040
Outils analytiques
Cette interprétation géométrique basée sur la courbe de Lorenz ne constitue que l’un des
modes de calcul possibles de l’indice de Gini. Une autre approche, qui va s’avérer
particulièrement utile ci-après, consiste à exprimer directement l’indice de Gini en
termes de covariance entre les niveaux de revenus et la distribution cumulée des
revenus. En particulier :
G = Cov ( y, F ( y ))
2
y
[4]
[5] [
Cov[y, F ( y )] = E[ y − y ]⋅ F ( y) − F ( y) ]
L’indice de Gini élaboré dans la section précédente (appelé ci-après indice de Gini
standard) ne permet pas de prendre en compte ces différences d’attitude ou, en d’autres
termes, le degré d’aversion pour l’inégalité.
y ⎣ ⎦
[6]
où tous les termes ont le même sens que dans [4] et où v exprime le degré d’aversion
pour l’inégalité. L’affectation de différentes valeurs à v risque de modifier la valeur de
l’indice de Gini du fait d’une pondération différente des revenus à différentes parties de
leur distribution.
À noter que lorsque v=2, l’expression [6] revient à l’indice de Gini standard (expression
[4]).
[7] [ ]
Cov[ y , (1 − F ( y ) )] = E [ y − y ] ⋅ (1 − F ( y ) ) − (1 − F ( y ) )
Analyse d’inégalité : l’indice de Gini 7
Les seconds crochets à la droite de l’expression [7] doivent être interprétés comme la
pondération à affecter à chaque niveau de revenu, c’est-à-dire à chaque écart sur la
moyenne du niveau de revenus (premiers crochets).
Pour les bas revenus (inférieurs au revenu moyen), le terme des premiers crochets est
négatif et le second, positif. Pour les revenus élevés (supérieurs à la moyenne), la
situation est inversée. Les écarts sur la moyenne sont positifs, tandis que le terme des
seconds crochets est négatif.
Il nous faut maintenant comprendre ce qui arrive aux revenus situés avant et après la
médiane quand la valeur de v augmente.
Si nous prenons le cas où v=3 (courbe noire épaisse), on voit relativement facilement
qu’une fraction des personnes riches (à droite de l’intersection avec v=2 dans la zone
sud-est du graphique) possède (en termes absolus) une pondération inférieure que
lorsque v=2. Cela concerne tous les revenus pour lesquels la courbe noire épaisse se
situe au-dessus de la droite rouge dans le graphique.
Dans le même temps, une fraction des personnes pauvres (à gauche de l’intersection
avec v=2 dans la zone nord-ouest du graphique) présente une pondération supérieure
que lorsque v=2. Cela concerne tous les revenus pour lesquels la courbe noire épaisse se
situe à nouveau au-dessus de la droite rouge dans le graphique.
Lorsque l’on augmente v, la fraction de personnes riches dont l’écart de revenus sur la
moyenne reçoit une pondération inférieure à celle de v=2 augmente. Dans le même
temps, la fraction de personnes pauvres dont l’écart de revenus sur la moyenne reçoit
une pondération supérieure à celle de v=2 diminue. La figure 3 rend compte des cas où
v=2, v=4, v=8 et v=16.
Par conséquent, quand v augmente, le nombre de bas revenus possédant une pondération
importante diminue et le nombre de personnes possédant une pondération nulle
augmente.
Dans le calcul de Gini, augmenter v signifie donc se focaliser plutôt sur l’inégalité dans
une fraction progressivement inférieure de la distribution des revenus. 6
6
C’est la raison pour laquelle on considère souvent v comme un « paramètre d’aversion pour
l’inégalité ».
8 Module EASYPol 040
Outils analytiques
0,6
progressivement plus important
d’individus riches compte moins que
0,4 quand v=2. Quand v=16, même certaines
personnes à bas revenus comptent pour
zéro, car une pauvreté plus extrême
0,2 devient progressivement le point de
focalisation.
0,0
-0,2
-0,4
-0,6
Niveaux de revenus
À noter que v=2 correspond à l’indice de Gini standard et que v=4 inclut davantage de
personnes à bas revenus dans la pondération.
La septième colonne indique l’écart de chaque revenu par rapport au revenu moyen. Il
est négatif pour les bas revenus et positif pour les revenus élevés. Nous devons
simplement nous rappeler qu’il fait partie du terme de covariance de [7].
Les huitième et neuvième colonnes calculent les écarts sur la moyenne de l’autre partie
du terme de covariance de la formule [7]. Que nous apprend la comparaison de ces
colonnes ? Nous voyons facilement que la « pondération » affectée aux revenus les plus
bas est supérieure avec v=4 qu’avec v=2. Dans le même temps, la pondération de
l'individu le plus riche descend rapidement à zéro quand v=4.
Pour v=2 et v=4, ce calcul apparaît dans les deux dernières colonnes du tableau 1.
Quand v=2, le revenu le plus bas contribue deux fois plus au calcul de l’indice de Gini
que le revenu médian. Quand v=4, il y contribue huit fois plus. Vous remarquerez
également que la contribution des revenus les plus élevés est inférieure quand v=4.
Il faut commencer par trier la distribution des revenus par niveaux de revenus (étape 1).
À l’étape 3, nous obtenons la proportion cumulée des revenus (qi) en divisant chaque
revenu cumulé par le total des revenus.
À l’étape 5, nous calculons l’aire des polygones Z1,Z2, Z3....Zn. Le premier est un
triangle, les autres sont des trapèzes (appliquez la formule figurant dans le texte).
À l’étape 6, nous additionnons toutes les aires pour obtenir l’aire sous la courbe de
Lorenz (Z), puis nous calculons l’indice de Gini G=1-2Z.
Mais le texte fournit une autre formule de calcul direct de l’indice de Gini (voir la
formule [4]), basée sur le terme de covariance. Il est donc utile d'en fournir la procédure
de calcul détaillée (voir la figure 5).
7
Voir le module EASYPOL 007 :Impacts des politiques sur la pauvreté : indicateurs de base de
la pauvreté.
Analyse d’inégalité : l’indice de Gini 11
5 Calculer [1-F(y)]
v -1
Calculer la covariance :
6 v -1
Cov[y, (1-F(y)) ] et la moyenne de la
distribution de revenus
Calculer Gini en appliquant la formule de
7 covariance [6] fournie dans le texte
Les étapes sont très semblables à celles du calcul de l’indice de Gini standard à l’aide de
la formule de covariance. Les étapes 1 et 2 sont même identiques.
L’étape 4 est l’élément le plus caractéristique de cette procédure, car elle nous demande
de choisir la valeur du paramètre de l’aversion pour l’inégalité v. Il suffit de nous
souvenir que, plus les valeurs de v sont élevées, plus l’aversion pour l’inégalité est forte.
Aire du 0,100
premier
triangle
Aire de
0,007=[0,067 x 0,2]/2 Valeur de Z, l'aire sous
chaque
la courbe de Lorenz
trapèze
Exemple :
0,027=[(0,200+0,067)(0,4-0,2)]/2
Lorsque nous disposons de q et de p pour tous les niveaux de revenus, nous pouvons
calculer l’aire des polygones sous la courbe de Lorenz. Il suffit de nous rappeler que le
premier est un triangle et que les autres sont des trapèzes. Pour ce faire, l’étape 5
applique les formules présentées dans la section 3.1. La somme de ces aires donne Z,
c’est-à-dire l’aire totale sous la courbe de Lorenz.
Analyse d’inégalité : l’indice de Gini 13
Enfin, l’étape 6 est l’application mécanique de la formule [6] fournie dans le texte. Elle
donne un indice de Gini de 0,267.
L'étape 1 change pas et consiste à trier la distribution des revenus par niveaux de
revenus. L’étape 2 demande de calculer la fonction de distribution cumulée F(y).
L’étape 3 nécessite de calculer les deux paramètres essentiels à appliquer à la formule
de covariance : la covariance entre les niveaux de revenus et la fonction de distribution
cumulée (dont la valeur est de 400 dans l’exemple) et le niveau de revenus moyen, soit
3 000 unités de revenu.
A-
Distribution
Distribution Revenu
Individu des revenus Covariance Gini
des revenus moyen
cumulée
type
1 1 000 0,2
2 2 000 0,4
3 3 000 0,6
4 4 000 0,8
5 5 000 1,0 400 3 000 0,267
L’application de la formule [4] fournie dans le texte donne une valeur d’indice de Gini
égale à 0,267 (bien évidemment identique à celle du tableau 2 !).
Calculer la Calculer
Calculer la Calculer Gini à
Trier la distribution fonction de Calculer 1 - Calculer le niveau
Choisir v covariance l'aide de la
des revenus distribution F(y) [1 - F(y)](v-1) de revenu
Cov (y, F(y)) formule [4]
cumulée F(y) moyen
A-
Distribution Distribution
Revenu
Individu des des revenus 1 - F(y) v [1 - F(y)](v-1) Covariance Gini
moyen
revenus cumulée
type
1 1 000 0,2 0,8 0,51
2 2 000 0,4 0,6 0,22
3 3 000 0,6 0,4 0,06
4 4 000 0,8 0,2 0,01
5 5 000 1,0 0,0 4 0,00 -246 3 000 0,246
Comme la plupart de ces propriétés sont communes aux indices de Gini standard et
généralisé, nous les traiterons ensemble tout en signalant leurs différences majeures.
la limite inférieure de G est zéro quelle que soit la valeur de v. Quand tous les
revenus sont égaux, la covariance entre les niveaux de revenus et la fonction de
distribution cumulée est nulle et l’indice de Gini est donc zéro. Concernant
l’interprétation géométrique de l’indice de Gini standard, notez que quand tous les
revenus sont égaux, la courbe de Lorenz est égale à la droite d’équidistribution. Par
conséquent, la somme des aires des polygones (Z) est égale à ½, c’est-à-dire la
somme du triangle sous la courbe de Lorenz. De ce fait, l’indice de Gini (1– 2Z) est
égal à zéro ;
8
Voir le module EASYPol 054 Impacts des politiques sur l'inégalité : l'inégalité et ses axiomes
de mesure (disponible en anglais) pour en savoir plus sur les axiomes dans la mesure de l’inégalité.
Analyse d’inégalité : l’indice de Gini 15
n −1
la limite supérieure de l’indice de Gini standard G est . Dans les très grandes
n
populations, la limite de cette valeur est 1. Quand tous les revenus sont nuls, sauf le
dernier, celui-ci est aussi égal au revenu total, y=Y. Autrement dit, il ne faut calculer
qu’une seule aire, celle du dernier trapèze. Cependant, dans les très grandes
populations, cette aire tend à être plus petite. Dans la limite (c’est-à-dire dans un
cadre continu), la valeur de l’aire Z tend vers zéro et donc l’indice de Gini tend vers
2 n −1
1. Dans la généralisation, la limite supérieure de G(v) est . Souvenez-vous
v n
que dans l’indice de Gini standard, v=2 ;
l’indice de Gini est invariant à l’échelle. La multiplication de tous les revenus par
un facteur α ne modifie pas la valeur de l’indice de Gini G. Intuitivement, quand
tous les revenus sont redimensionnés par un facteur commun, la distribution
cumulée des revenus ne change pas, car une fraction donnée de la population
continue à détenir la même fraction du revenu total. Les aires sous la courbe de
Lorenz demeurent donc identiques. Dans le cas de la formule de covariance,
l’application d’un facteur commun à tous les revenus augmente la covariance et le
revenu moyen dans la même mesure. L’indice de Gini ne change pas. Cela vaut
également pour G(v) ;
l’indice de Gini satisfait au principe des transferts quelle que soit la valeur de v.
Si le revenu est redistribué d’individus relativement riches à des individus
relativement pauvres, G et G(v) diminuent. L’inverse est vrai si le revenu est
redistribué de personnes relativement pauvres à des personnes relativement riches.
Dans le cas de l’indice de Gini standard, nous remarquons que la taille du
changement découlant de la variation de l’un quelconque des revenus dépend du
rang des individus participant à la redistribution et de la taille de l’échantillon. Elle
ne dépend pas du niveau des revenus individuels redistribués, mais du total des
revenus. Plus précisément, l’indice de Gini réagit davantage à une redistribution
entre individus présentant une grande différence de rang. De fait, à quantité de
redistribution égale, l’effet est beaucoup plus faible si les deux individus sont de
rang proche.
Pour la distribution de revenus type A, l’indice de Gini est de 0,267. Pour les revenus
équidistribués B, il est nul et pour la distribution la plus concentrée, C, il est de 0,8
n −1 4
( = = 0.8 ).
n 5
revenus du tableau 6. Les revenus sont distribués différemment, mais l’indice de Gini
est le même (0,200).
Revenu total
20 000 20 000
Gini 0,200 0,200
Ces deux distributions sont figurées par les courbes de Lorenz de la figure 7. Comme
elles se coupent, on ne peut pas s’en servir pour les classer en termes d’inégalité des
revenus. Mais la manière dont elles se coupent donne des aires de même valeur avant et
après l’intersection. Du coup, l’indice de Gini est identique, en dépit de différences de
revenus importantes.
1,0
0,8
Aire de concentration
0,6 avant intersection
0,0
0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0
Dis_X Dis_Y
18 Module EASYPol 040
Outils analytiques
Il est intéressant de noter tout d’abord que la limite inférieure de l’indice de Gini
standard et de sa version généralisée est zéro, alors que sa limite supérieure est
différenciée. Cette dernière est très proche de 1 (pour les très grandes populations) dans
le cas de l’indice de Gini standard et tend vers 2v (toujours dans les très grandes
populations) dans le cas de l’indice de Gini généralisé.
Les deux versions de l’indice de Gini respectent le principe des transferts, mais il faut
rappeler que l’indice de Gini est plus sensible aux transferts de revenus entre individus
situés à des positions (rang) éloignées dans la distribution des revenus.
OUI, plus
sensible si les
Gini 0 (n -1)/n OUI NON OUI OUI Élevé
individus ont des
rangs éloignés
OUI, plus
sensible si les
Gv 0 (2/v )(n -1)/n OUI NON OUI OUI Élevé
individus ont des
rangs éloignés
Le présent module fait partie d’un ensemble de documents expliquant les modalités de
comparaison, en termes d’inégalité, des distributions de revenus générées par
différentes options des politiques. Il appartient au parcours de formation Analyse et
suivi des impacts socio-économiques des politiques.
9
Comme indiqué dans le module EASYPol 054 : Impacts des politiques sur l'inégalité : l'inégalité et ses
axiomes de mesure (disponible en anglais).
Analyse d’inégalité : l’indice de Gini 19
Les points traités dans ce module sont approfondis dans les documents suivants :
La dérivation de l’indice de Gini par les courbes de Lorenz présente une correspondance
directe avec une autre méthode, plutôt lourde, de calcul de cet indicateur :
1 ⎛ 2 ⎞⎛ y n y y y ⎞
[A.1] G =1+ − ⎜ ⎟⎜ + 2 n −1 + 3 n − 2 + ... + n 1 ⎟
n ⎝ n ⎠⎝ Y Y Y Y ⎠
Vous remarquerez la spécificité des termes figurant entre les dernières parenthèses, où
chaque part de revenu, de la plus élevée à la plus faible, est multipliée par le rang des
individus dans la distribution des revenus du plus bas au plus élevé, de manière à ce que
la part la plus importante ait le rang 1 et la plus petite le rang n.
y0 0 0
q0 = = 0; p0 = = =0
Y n 3
0 + y1 1
q1 = ; p1 =
Y 3
0 + y1 + y 2 2
q2 = ; p2 =
Y 3
0 + y1 + y 2 + y 3 3
q3 = = 1; p3 = = 1
Y 3
⎡ 1 y 1 ⎛ y + y2 y1 ⎞ 1 ⎛ y1 + y2 + y3 y1 + y2 ⎞⎤ ⎡1 y 3 y2 5 y1 ⎤
G1 = 1 − ⎢ 1 + ⎜ 1 + ⎟+ ⎜ + ⎟⎥ = 1 − ⎢ 3 + +
⎣ 3 Y 3 ⎝ Y Y ⎠ 3 ⎝ Y Y ⎠⎦ ⎣ 3 Y 3 Y 3 Y ⎥⎦
[A.2]
1 2 ⎡ y3 y y ⎤
G2 = 1 + − ⎢ +2 2 +3 1⎥
[A.3] 3 3⎣Y Y Y ⎦
⎡ 1 ⎛ y + y 2 + y1 ⎞ 2 y 2 4 y1 ⎤ 1 2 ⎡ y2 y1 ⎤
G1 = 1 − ⎢ ⎜ 3 ⎟+ + ⎥ = 1− − ⎢ + 2 ⎥
⎣3 ⎝ Y ⎠ 3 Y 3 Y⎦ 3 3⎣Y Y ⎦
[A.4]
1 2 ⎡⎛ y3 + y2 + y1 ⎞ y2 y ⎤ 1 2 2⎡y y ⎤ 1 2⎡y y ⎤
G2 = 1 + − ⎢⎜ ⎟+ + 2 1 ⎥ = 1+ − − ⎢ 2 + 2 1 ⎥ = 1− − ⎢ 2 + 2 1 ⎥
3 3 ⎣⎝ Y ⎠ Y Y⎦ 3 3 3⎣Y Y⎦ 3 3⎣Y Y⎦
[A.5]
comme l’expression entre parenthèses dans les deux équations est égale à 1 pour n=3, il
est très facile de vérifier que les deux expressions donnent le même résultat (G1=G2). La
formule [A.1], souvent utilisée dans les applications opérationnelles, est donc
entièrement basée sur la dérivation géométrique de l’indice de Gini.
Analytiquement :
Cov( y, F ( y ) )
2
G=
y
[A.6] .
L’équivalence entre les formules [A.6] et [A.1] apparaît à nouveau pour un cas
simplifié, n=3. Tout d’abord, il faut rappeler que Cov( y, F ( y) ) = E ( yF ( y ) ) − E ( y )E (F ( y ) ) , où
E correspond à la valeur attendue (la moyenne) d’une variable donnée. Ensuite, il
convient de définir chaque composante de la covariance :
3 2 1 1 2 3
y 3 + y 2 + y1 + +
E ( yF ( y ) ) = 3 3 ; E ( y ) = ; E (F ( y ) ) = 3 3 3 = 2
3 Y
3 3 3 3.
Cov( y, F ( y )) = y 3 + y 2 + y1 − y 3 − y 2 − y1 = [ y3 − y1 ]
3 2 1 2 2 2 1
9 9 9 9 9 9 9 .
22 Module EASYPol 040
Outils analytiques
Y
Si y = , la formule de covariance de l’indice de Gini devient :
n
2⋅3 1 2⎡y y ⎤
G= ⋅ [ y 3 − y1 ] = ⎢ 3 − 1 ⎥
Y 9 3⎣Y Y ⎦
.
y1 + y 2 + y 3
=1
Y , on peut réécrire l’expression [A.1] comme suit :
y1 y 2 y 3 1 ⎛ y1 + y 2 + y 3 ⎞ 2 y 3 2 y 2 2 y 2 2 y1 2 y1 2 y1 2 ⎡ y 3 y1 ⎤
+ + + ⎜ ⎟− − − − − − = ⎢ − ⎥
Y Y Y 3⎝ Y ⎠ 3 Y 3 Y 3 Y 3 Y 3 Y 3 Y 3⎣Y Y ⎦
ce qui donne le même résultat que la formule de covariance.
Nous le constatons dans le cas simplifié où n=3. Dans ce cas précis, Y=3y. La formule
[A.1] ] donnera alors :
1 2 ⎛ y 2y 3y ⎞ 1 2 ⎛ 6y ⎞ 1 4
G = 1+ − ⎜ + + ⎟ = 1 + − ⎜⎜ ⎟⎟ = 1 + − = 0
3 3 ⎝Y Y Y ⎠ 3 3 ⎝ 3y ⎠ 3 3
.
Cela s’avère également vrai pour n=3. En supposant à nouveau que n=3, quand tous les
revenus sont nuls sauf le dernier, l’expression [3b.4] donnera :
1 2⎛ 0 0 y ⎞ 1 2 2 n −1
G = 1+ − ⎜ + + ⎟ = 1+ − = =
3 3⎝Y Y Y ⎠ 3 3 3 n
Nous le voyons en appliquant un facteur α à la formule [A.1]. Par exemple, pour n=3,
1 2 ⎛ αy3 α 2 y2 α3 y3 ⎞ 1 2⎛ y 2y 3y ⎞
G = 1+ − ⎜ + + ⎟ = 1+ − ⎜ 3 + 2 + 3 ⎟
3 3 ⎝ αY αY αY ⎠ 3 3⎝ Y Y Y ⎠
G deviendrait : .
Cela peut également se voir à l’aide de l’équation [A.1] dans le cas de n=3. Supposons
une augmentation de Δy = 2 000 USD, soit une augmentation du total des revenus de
nΔy, c’est-à-dire 3⋅ 2,000 . L’équation [A.1] deviendra :
∂G ⎛2⎞ ⎛1⎞
= −⎜ ⎟(n + 1 − i )⎜ ⎟
∂yi ⎝ n ⎠1 424 3⎝ Y ⎠
rang individuel
.
Expliquons à nouveau cette propriété en supposant que n=3 et que ce revenu est d’abord
redistribué du plus riche (rang 3) au plus pauvre (rang 1). La différenciation totale de
[A.1] par rapport à y donnerait :
écart de G dû à l' augmentati on de y1 écart de G dû à la diminution de y 3
64748 644744 8
⎛2 3⎞ ⎛2 1⎞ 1 ⎡4⎤
dG = − ⎜ ⋅ ⎟dy − ⎜ ⋅ ⎟(− dy ) =− dy
⎝3 Y ⎠ ⎝3 Y ⎠ Y ⎢⎣ 3 ⎥⎦ .
Maintenant, supposons que le revenu soit redistribué du plus riche (rang 3) au moins
riche juste en dessous de lui (rang 2). Dans ce cas, la différenciation donnera :
écart de G dû à l' augmentati on de y 2 écart de G dû à la diminution de y 3
64748 644744 8
⎛2 2⎞ ⎛2 1⎞ 1 ⎡2⎤
dG = − ⎜ ⋅ ⎟dy − ⎜ ⋅ ⎟(− dy ) =− dy
⎝3 Y ⎠ ⎝3 Y ⎠ Y ⎢⎣ 3 ⎥⎦
qui est clairement inférieur à dG dans le premier cas. On peut généraliser cette propriété
en disant que, compte tenu du rang du donneur (dans notre exemple, à partir du revenu
y3), la diminution de l’indice de Gini est plus grande quand le rang du receveur est
éloigné de celui du donneur. De ce fait, l’indice de Gini est plus sensible aux transferts
intervenant autour du mode de la distribution de revenus où la densité d’individus est la
plus élevée.
24 Module EASYPol 040
Outils analytiques
Anand S., 1983. Inequality and Poverty in Malaysia, Oxford University Press, London,
UK.
Cowell F., 1977, Measuring Inequality, Phillip Allan, Oxford, UK.
Dalton H., 1920. The Measurement of Inequality of Incomes, Economic Journal, 30,
Gini C., 1912, Variabilità e mutabilità, Bologna, Italy.
Pigou A.C., 1912, Wealth and Welfare, MacMillan, London, UK.
Sen A.K., 1973, On economic Inequality, Calarendon Press, Oxford, UK.
Theil H., 1967, Economics and Information Theory, North-Holland, Amsterdam, The
Netherlands.
Yitzhaki S., 1983, On the Extension of the Gini Index, International Economic Review,
24, 617-628.
Analyse d’inégalité : l’indice de Gini 25
Métadonnées du module
4. Résumé
Le présent document traite de l’indicateur d’inégalité le plus fréquemment utilisé : l’indice
de Gini. Il en présente les caractéristiques et le lien qu’il entretient avec un autre outil de
représentation graphique de l’inégalité largement usité : la courbe de Lorenz. Il aborde
également une version étendue de cet indice faisant appel à différents facteurs de
pondération. Une procédure détaillée et des exemples numériques expliquent les modalités
d’utilisation de l’indice de Gini et de ses versions généralisées.
5. Date
Décembre 2006
6. Auteur(s)
Lorenzo Giovanni Bellù, Service de soutien aux politiques agricoles, Division de l'assistance
aux politiques, FAO, Rome, Italie
9. Sujets
secondaires traités
dans ce module