Module 1 Les AMP : définition et concepts de base
Séquences 1.2 à 1.6
SÉQUENCE 1.2 QU’EST-CE QU’UNE AMP ?
Aire protégée : espace géographique clairement défini, reconnu, consacré et géré par tout
moyen efficace, juridique ou autres, afin d’assurer à long terme la conservation de la nature
ainsi que les services écosystémiques et valeurs culturelles qui y sont associées.
Cette définition est également valable pour les Aires Marines Protégées, dites AMP.
LA CONSERVATION COMME PRIORITÉ
Une AMP doit être centrée en priorité sur la conservation. La taille et les limites d’une AMP doivent
être définies pour convenir aux objectifs de conservation. Son plan de gestion doit prendre en
compte les besoins de conservation et les objectifs socio-économiques.
OBJECTIFS VARIÉS
Parmi les objectifs: la pêche, l’aquaculture, le tourisme et l’éducation.
Les ressources marines vivantes doivent être conservées afin que les communautés locales
puissent les utiliser de façon durable.
La gestion du tourisme et de l’éducation doivent prendre en compte les risque liés à la dégradation
des habitats.
Approche holistique. Quels que soient ses objectifs, une AMP doit prendre en compte et intégrer
toutes les activités qui ont lieu dans son périmètre. Par contre, toutes les approches de gestion
spatiale qui s’intéressent à un seul secteur d’activités comme le tourisme ou la pêche, ne sont pas
des AMP.
LONG-TERME
Une AMP doit être mise en place pour une conservation à long terme.
AMCEZ (OECM EN ANGLAIS)
AMCEZ (Autres mesures de conservation efficaces par zone) : zone géographiquement
délimitée, autre qu’une aire protégée, qui est réglementée et gérée de façon à obtenir des
résultats positifs et durables à long terme pour la conservation in situ de la diversité biologique,
y compris des fonctions et services écosystémiques connexes et, le cas échéant, des valeurs
culturelles, spirituelles, socioéconomiques et d’autres valeurs pertinentes localement.
(Sur la base de la définition) Les AMCEZ doivent répondre aux critères des AMP. Ce sont des
zones qui sont efficaces en termes de conservation quels que soient leurs objectifs. Toutes les
autres approches, en particulier sectorielles ou temporelles, ne peuvent pas être considérées
comme des AMP. ●
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SÉQUENCE 1.3 RÔLES ET BÉNÉFICES DES AMP
PROTECTION DU MILIEU MARIN
Rôle fondamental des AMP : maintenir le milieu marin en bonne santé.
Une milieu marin sain ? Un milieu vivant, productif et équilibré, où la faune et la flore se développent et
où l’écosystème fonctionne. Un milieu qui, grâce à l’absorption de CO2, à la production d’oxygène,
et à la régulation thermique, joue son rôle de véritable « moteur » de notre planète.
Rôles associés. Les AMP soutiennent les ressources vivantes, protègent les fonctions
écosystémiques variées et les paysages. Elles sont précieuses pour tous les secteurs économiques
qui dépendent de la qualité du milieu, et sont directement responsables de la qualité de la vie des
communautés vivant sur les côtes ou dépendant du milieu marin.
LA PÊCHE
Les AMP protègent les zones de reproduction des espèces marines, elles servent de nurserie pour
leurs larves et leurs alevins ou d’aires de nourrissage.
Processus de « spill-over ». Les organismes marins rejoignent les zones marines extérieures à
l’AMP en grandissant. Ainsi les AMP, en particulier les réserves, ont un rôle de soutien à la pêche
en donnant l’occasion aux poissons de se reproduire et de grandir.
AQUACULTURE
Les AMP participent au maintien de la bonne qualité écologique, ce qui est nécessaire au
développement de cette activité.
TOURISME ET LOISIRS
La qualité de l’eau pour la baignade, la ressource en poisson pour la pêche récréative, ou la beauté
des milieux sous-marins pour les activités subaquatiques, ou encore la présence de mammifères
marins pour les activités d’observation en mer, sont des éléments nécessaires qui sont fournis par
les AMP. Par ailleurs, certains sites marins ont également une haute valeur culturelle, sacrée ou
archéologique qu’il convient de protéger.
LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES
les AMP peuvent jouer un rôle important dans la lutte contre le changement climatique et les
phénomènes associés aux émissions de CO2 comme l’acidification ou la désoxygénation de
l’océan.
Pourquoi ?
- Un milieu protégé sera capable d’être résilient face au changement climatique contrairement à
un milieu dégradé.
- Les milieux protégés peuvent mieux réagir à la hausse du pH qui est dû à l’acidification de
l’océan, elle-même due à l’excès de CO2 dans l’atmosphère.
Dans ces deux cas, il s’agit plus d’adaptation que d’atténuation, mais certains habitats peuvent
également jouer un rôle d’atténuation grâce à leur qualité de puits de carbone (les herbiers par
exemple). ●
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SÉQUENCE 1.4 LES AMP ET LES MENACES QUI PÈSENT SUR L’OCÉAN
Les menaces qui pèsent sur les océans peuvent être classées suivant deux approches :
- celles qui découlent d’activités qui utilisent les ressources marines (vivantes ou inertes) ;
- celles liées aux activités humaines en mer et sur terre (souvent liées à un problème de pollution).
LA PÊCHE
Risque. Un tiers des stocks de poissons est actuellement en surexploitation et plus de la moitié
pleinement exploitée (source : FAO). Une grande partie de la pêche reste illicite, non déclarée et
non réglementée, ce qui ne permet pas de gérer les stocks correctement.
Pêche durable ? Répond à des critères scientifiques qui reposent sur l’évaluation des stocks de
poissons et sur l’évaluation des impacts de l’exploitation de ces stocks sur la biodiversité et sur
l’équilibre de l’écosystème.
Rôle des AMP. Permettent de mieux contrôler et réguler les activités de pêches, en particulier les
pêches côtières et artisanales, tout en soutenant la régénération des stocks, en protégeant les
zones de reproduction, de grossissement et de nourrissage. La relation entre AMP et la pêche est
intime et très souvent, les AMP sont considérées comme un outil de gestion spatiale des pêches.
AQUACULTURE
Risque. Correspond actuellement à la moitié de la production mondiale de produits aquatiques,
peut être une menace pour l’environnement marin quand elle ne suit pas des critères de durabilité.
Problèmes potentiels :
- pollution par production d’un excès de matière organique ou de divers produits utilisés comme
les médicaments ;
- introduction dans le milieu d’espèces exogènes (potentiellement envahissantes), de parasites
ou de pathologies pouvant contaminer les espèces sauvages.
Rôle des AMP. Synergie : l’aquaculture a besoin des AMP pour une bonne qualité de l’eau et les
AMP ont besoin d’activités économiques durables pour soutenir les communautés locales.
TOURISME
Risque. La fréquentation intense du littoral en période estivale présente une série de menaces sur
les écosystèmes marins : la pollution causée par divers produits et la pollution sonore due aux
divers loisirs nautiques pratiqués en mer.
Rôle des AMP. Souvent situées dans les plus beaux sites, attractifs pour les touristes, elles
permettent de gérer la fréquentation de façon à limiter leurs impacts à des niveaux acceptables.
EXTRACTION
Risque. Les perturbations infligées à l’écosystème sont importantes. Dans bien des cas, il s’agit
même de destruction des habitats. Dans les AMP, sauf exception, tout type d’extraction est interdit.
Alternatives. Les énergies renouvelables en mer (par exemple : l’énergie éolienne, marémotrice,
ou l’énergie des courants ou de la houle), présentent des alternatives intéressantes aux énergies
classiques. Leurs impacts sur la faune varient selon les technologies utilisées et sont en général mal
connus. Cependant, le fait que ces installations créent des zones interdites d’accès leur permet de
jouer un rôle de « réserve » et peuvent éventuellement être associées à des AMP.
LE TRAFIC MARITIME
Risque. La pollution sonore, les collisions, les déchets qui proviennent des bateaux et les
problèmes d’échouage ou d’autres types d’accident qui peuvent s’avérer tragiques quand les
produits transportés sont toxiques. En général, les voies du trafic maritime évitent de passer à
l’intérieur ou près des AMP.
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ESPÈCES ENVAHISSANTES
Cause principale. Il est impossible de lutter contre la plupart de ces invasions, mais leur apparition
semble liée à la dégradation du milieu.
Rôle des AMP. Dans les AMP, la nature en pleine santé ne permet pas aux espèces exotiques de
s’implanter facilement, et la surveillance qui s’y exerce permet d’éradiquer ces espèces dès leur
apparition.
POLLUTIONS TERRIGÈNES
Risque. Quand les pollutions d’origine terrestre impactent le milieu marin localement, les effets
sont contrôlables et parfois limités bien que spectaculaires.
POLLUTION PAR LE PLASTIQUE
Risque. Les macro-, micro- et nano-plastiques sont préjudiciables pour la biodiversité et ont un
impact dans tout l’océan quelle que soit l’origine de ces plastiques. Ces particules intègrent les
chaînes alimentaires en mer.
Rôle des AMP. Les AMP ne peuvent pas jouer un grand rôle, si ce n’est la surveillance permettant
de contrôler les arrivées de plastique. ●
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SÉQUENCE 1.5 LES AMP DANS LE MONDE
LES AMP TRADITIONNELLES
Dans certaines parties du monde, cela fait des siècles que délimiter une zone terrestre ou marine
pour son exploitation est chose commune. Ces zones étaient généralement mises en place par une
communauté ou ses dirigeants, souvent pour une période définie, soit le temps de laisser du repos
aux ressources. Aujourd’hui, des AMP traditionnelles come celles du Pacifique ou de Madagascar
font partie du système moderne d’AMP et sont appelées Aires marines sous gestion locale (AMGL).
CHRONOLOGIE DES AMP
Fin XIXe. Création d’aires protégées terrestres au sens moderne de « parc national ».
Années 1920. De nombreux sites ont inclus les eaux marines et certaines AMP ont été mises en
place pour protéger d’importantes espèces telles que les mammifères marins surexploités.
Années 1950. Première proposition de création d’aires « marines » protégées. Des scientifiques
ont, en effet, réalisé que la vie marine était de plus en plus menacée.
1962. Premier Congrès mondial des parcs organisé (par l’UICN à Seattle), recommandation officielle
de créer des AMP.
1974. Le Programme des mers régionales du PNUE a vu le jour suite à la reconnaissance du fait
que la connectivité des océans requiert une gestion régionale.
Années 1980. Création des premières réserves de biosphère marines (Programme sur l’Homme et
la biosphère de l’UNESCO).
L’IMPLICATION DES PARTIES PRENANTES
L’implication des parties prenantes est essentielle pour la conception et la gestion d’AMP.
Années 1970-80. Création de réserves gérées par les communautés incluant des zones d’interdiction
à la pêche. l’approche a officiellement été formalisée en 2000 avec les AMGL.
1981. Premier site marin du Patrimoine mondial, la Grande barrière de corail. 2015 : 47 sites marins
du Patrimoine mondial dans 36 pays.
1994. Convention des Nations unies portant sur le Droit de la Mer : les pays ont des droits souverains
sur les ressources de leurs Zones Économiques Spéciales (ZEE), et les États ont l’obligation de
protéger leurs ressources marines.
SYSTÈMES D’AMP
1995. 1300 AMP avec des habitats intertidaux, 37 000 aires protégées terrestres. Objectif : établir
des systèmes d’AMP représentatifs, et assurer la protection des zones clés pour la biodiversité.
2004. Les parties de la Convention sur la diversité biologique (CBD) s’accordent pour établir d’ici
2012, des systèmes d’AMP complets, efficacement gérés et écologiquement représentatifs, le tout
représentant au moins 10% de chaque région écologique.
2008. 20 réseaux AMP régionaux, 30 nationaux et 35 sub-nationaux en cours de développement.
CIBLES POUR LES AIRES PROTÉGÉES
2010. Création des Objectifs d’Aichi de la CBD. L’objectif 11 a conduit à la création de grandes
AMP, souvent de plus de 100,000 km². Moins d’attention est prêtée à leur efficacité.
2013. Création du groupe de travail de la CMAP sur les Très grandes AMP.
Aujourd’hui. Les AMP couvrent +7% des océans. Les AMP couvrent 18% des eaux nationales.
Avenir. Couvrir au moins 30% de la planète (terre et mer) d’ici 2030.
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SÉQUENCE 1.6 AMP DANS LES CONVENTIONS ET TRAITÉS INTERNATIONAUX
OU RÉGIONAUX
LA CONVENTION SUR LA DIVERSITÉ BIOLOGIQUE (CDB)
Convention la plus importante pour les aires protégées.
2004. Décision à la Conférence des parties (COP) :
- les aires protégées marines et côtières sont un outil essentiel pour la conservation et l’utilisation
durable de la biodiversité ;
- un cadre national portant sur les aires protégées marines et côtières devait inclure différents
niveaux de protection, englobant aussi bien les aires qui permettent des utilisations durables
que celles qui interdisent toute utilisation extractive, « aire de non-prélèvement ».
2011. La CDB crée les EBSA (Ecologically or Biologically Significant marine Area, zones d’importance
écologique et biologique). Les EBSA ne sont pas des AMP mais peuvent servir de base pour la
création de nouvelles AMP. Les EBSA s’étendent à tous les océans et mers (mers territoriales, zone
d’exclusivité économique ou eaux internationales).
UNESCO
Deux statuts de protection sont applicables aux aires marines.
Sites du patrimoine mondial. 50 sites marins et côtiers dans le monde.
Réserves de biosphère du Programme de l’Homme et la biosphère. Objectifs de développement
durable et étude des interactions entre systèmes sociaux et écologiques. (700 sites dans le monde).
CONVENTION DE RAMSAR
S’intéresse aux zones humides et cela inclut les zones côtières jusqu’à huit mètres de profondeur.
PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR L’ENVIRONNEMENT (PNUE)
Met en œuvre les Programmes des mers régionales, qui intègrent la création d’AMP.
Le continent africain est entouré par trois Programme de mers régionales :
- Convention de Barcelona et son plan d’action pour la Méditerranée ;
- Convention d’Abidjan pour la côte atlantique ;
- Convention de Nairobi pour l’océan Indien.
Ces programmes concentrent leurs actions sur les zones marines sous juridiction nationale mais
montrent de plus en plus d’intérêt pour la haute mer également. Ils permettent le renforcement
des statuts nationaux des AMP, comme le statut de l’Aire spécialement protégée d’importance
méditerranéenne (ASPIM) de la Convention de Barcelone. Ils travaillent en collaboration avec les
réseaux régionaux d’AMP comme le RAMPAO et le PRCM pour Afrique de l’Ouest, le MedPAN
pour la Méditerranée et la Commission de l’Océan Indien.
ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE (FAO)
Considère les AMP comme un outil de gestion des pêches. Deux approches existent :
1. Protection des zones importantes pour le cycle de vie des poissons pêchés (sites de reproduction
ou sites de grossissement). La pêche y est réglementée et parfois interdite.
2. Liée à l’impact que la pêche peut avoir sur un site. À partir du moment où l’impact d’un engin
de pêche sur un milieu fragile est démontré, le site est classé comme « écosystème marin
vulnérable (EMV) » et est fermé à la pêche.
Dans les deux cas, il est souvent considéré que ces sites ne sont pas des AMP car la protection
dont ils bénéficient n’est liée qu’à l’activité de pêche, en particulier pour les EMV.
Mise en œuvre. Ces mesures de pêche sont mises en œuvre au niveau national ou international
grâce aux organisations régionales des pêches (ORP). Les ORP qui existe autour du continent
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africain (Commission générale des pêches pour la Méditerranée, la Commission sous-régionale
des pêches pour l’Afrique de l’Ouest, ou la South West Indian Ocean Fisheries Commission pour
les côtes de l’Océan indien), sont amenées à prendre des mesures de fermeture de zones, en tant
qu’instrument de gestion des pêches, qui peuvent être assimilées à des AMP.
L’ORGANISATION MARITIME INTERNATIONALE (OMI)
Zone maritime particulièrement vulnérable (PSSA). L’OMI permet la création de PSSA, des zones
de protection contre les impacts potentiels liés au trafic maritime. Ces zones permettent de modifier
les règles du transport maritime de façon à atténuer ses impacts. Ce peut être la limitation de la
vitesse des navires, l’interdiction de certaines cargaisons dangereuses ou le détournement des
voies maritimes pour éviter un site sensible.
L’AUTORITÉ INTERNATIONALE DES FONDS MARINS (AIFM)
L’organisation en charge des ressources du fond et du très-fond (le sous-sol de l’océan et des
mers). C’est l’AIFM qui octroie les licences d’exploration minière dans les zones au-delà des
juridictions nationales.
APEI (Areas of Particular Environmental Interest). L’AIFM a mis en place un système d’aires
protégées qui couvriront des surfaces équivalentes aux surfaces mises en exploitation.
CONVENTION DES NATIONS UNIES SUR LE DROIT DE LA MER
Cite explicitement l’importance des AMP. Un nouveau protocole de mise en œuvre de cette
convention est actuellement en négociation. ●
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