TEXTE SUPPORT 1 : Questions + résumé + Production écrite
Les enfants exploités
La question du travail des enfants a été largement médiatisé et, depuis quelques années,
des campagnes cherchent à mobiliser l’opinion publique. Pour mettre un terme à cette
exploitation, la convention des droits de l’enfant, votée par les Nations Unies, constitue une
déclaration de principe sans doute nécessaire mais bien rarement mise en application. Sans
doute reste-t-elle trop vague sur les définitions des notions d’enfance et de travail : jusqu’à
quel âge peut-on parler d’enfant, comment considérer les travaux domestiques ou agricoles
effectués au sein de la famille ?
L’absence de réflexion théorique et la défection des chercheurs en la matière
s’expliquent sans doute du fait que le domaine a été longtemps occupé par des acteurs de
terrain, ONG, ou organismes internationaux concernés par ce problème (UNICEF, BIT). Un
colloque réunissant des chercheurs de différentes disciplines (économistes, sociologiques,
ethnologues) a donné lieu à la première publication d’importance sur la question (l’enfant
exploité, oppression, mise au travail, prolétarisation, Ed. KARTHALA-ORSTOM, 1996).
L’indignation que suscite le travail des enfants masque parfois des réalités sociales et
économiques complexes. Par exemple, il faut savoir que l’appauvrissement de certains pays
amène inévitablement les familles, à la limite de la survie, à mettre leurs enfants au travail.
Beaucoup de spécialistes pensent donc que, compte tenu de cette réalité, il est illusoire
de vouloir contraindre les Etats à éradiquer le travail des enfants, quand on sait que la logique
impitoyable du capitaliste mondial conduit inévitablement à l’exploitation des plus faibles et
donc des mineurs et des enfants. Le poids de la dette, en effet, amène les Etats à développer
les exportations, et pour être compétitifs sur le marché mondial, à produire à moindre coût. Or
les industries du sud n’ont qu’un seul moyen de faire baisser leurs prix, c’est réduire le coût
de la main d’œuvre. C’est ce qui explique qu’elles vont choisir d’embaucher des femmes et
des enfants, moins payés que les hommes à travail équivalent. Les entreprises du nord sont
directement impliquées puisqu’elles organisent la concurrence entre les pays du sud pour
obtenir les meilleurs prix, et choisissent de se délocaliser pour avoir accès à une main d’œuvre
bon marché. On sait par exemple que l’Inde, premier producteur mondial de tapis noués,
n’occupe cette place que par le travail de 250 OOO enfants et que toute application stricte
d’une législation prohibant le travail des enfants aboutirait à une perte catastrophique en
devise.
Par ailleurs, le déclin de ces industries entraîne un accroissement du chômage, et donc
un développement de secteurs informels qui font particulièrement appel à la main d’œuvre
enfantine. La question se pose donc de définir ce qu’un enfant au travail, à quel âge il peut
travailler, et quel type de tâche il peut accomplir sans que cela perturbe son développement
physique et mental. Les situations en effet sont multiples : des enfants très jeunes (quatre ou
cinq ans), des travaux pénibles et dangereux (extraction minière, manipulation de produits
toxiques…), des horaires éprouvants (12 à 14 h par jour) des salaires misérables, mais aussi
des conditions plus descentes (travail domestique ou agricole dans le cadre de la famille,
apprentissage auprès d’un patron.) encore qu’il y ait des situations ambigües : le paternalisme
qui régit les rapports entre père et fils, oncle et neveu ou, sur ce modèle, patron et apprenti
peut servir de prétexte à la pire des exploitations. L’enfant lui-même ressent avec une certaine
fierté le fait d’assumer une partie de la subsistance des siens en effectuant des travaux durs.
La conséquence la plus grave est qu’est ainsi, rien ne leur permet de préparer leur avenir
d’adultes no scolarisés, affectés à des tâches non qualifiées, ils n’acquièrent la plupart du
temps aucun savoir-faire. Les spécialistes voient une corrélation évidente entre la faillite de
l’école et le travail des enfants. L’école a perdu sa crédibilité, les familles pensent qu’il est
inutile d’y envoyer les enfants. Cette école n’est pas pour eux, elle ne permet pas d’avoir un
métier, d’échapper à la misère, d’apprendre quelque chose d’utile, et de plus elle coûte trop
chère.
Julien DEBELQUE, Diagonales N° 42 Mai,
1997, p.8.
I. Questions
1. Quel est le thème abordé dans ce texte ?
2. Trouvez la thèse défendue par l’auteur.
3. Relevez dans le texte deux raisons qui font obstacles à la résolution définitive du travail des
enfants.
II. Résumé
Résumez ce texte au ¼ de son volume initial. Une marge de plus ou moins 10% est tolérée.
III. Production écrite
« Les contraintes de la pauvreté pèsent lourdement sur les économies familiales, et dans
beaucoup de cas le travail des enfants est vécu comme une nécessité. » Dans un
développement organisé et argumenté, vous étayerez ces propos de l’auteur. »