Histoire des idées politiques antiques
Histoire des idées politiques antiques
ran6e. Les Latins n'auraient-ils alors rien < invent6 > ? Les principales avanc6es
intel-
cles magistratures. Mais il est possible de lui accorder des fonctions d6lib6ratives et
,lectuelles de Rome sont en fait h chercher du c6t6 de ses institutions et clc sr)I1
surroutJudiciaires, )r la condition qu'elles soient rigoureusen-rent d6finids*bit.-rrcadr6es et lc
par des?gles-publiques. Les-lSfs constituent 6gale6ent un fondementEisen-tiel de la droit. La r6ussite des Romains est d'avoir fait entrer la raison dans I'organisation
la vie politique. On verra n6anmoins que certains [Link] oil
;O"-i-tfUt^"tf6inme-r Elles sont un frein )r la concentration du pouvoir au profit des fonctionnement de
tyranSoudesoligarques.Ellespr6Serventf6g@[Link] juristes latins, sans pour autant d6vier de la r6flexion classique sur la meilleure consti-
#lso-n= t pas pouvo istrats' Ceux- iution, ont jou6 un rfile important dans le renouvellement de la pens6e politiquc
ci doivent les respecter en toute circonstance. Ils ne peuve't prendre dEG6lsions per- antique.
sonnelles qo-e"6fiF;exceptionnelle, lorsque les lois sont impuissantes )r 6dicter des
dispositions 96n6rales.
La pens6e ar.istot6licienne constitue l'une des expressions les plus manifestes du
$1. LeS FONDATIONS INSTITUTIONNELLES DE LA COSMOPILIS RoMAINE
d6veloppement de la rarygq34iqge. Elle t6moigne de I'int6r0t croissant portd par les
philosophes )r la vie hffiine dans la cit6. Par la suite, aucun petlseur grec ne parvient
I i*poi"r une fEilE-xion politique aussi aboutie sur les id6es de justice et d'6galit6, Uhistoire de l'antiquit6 romaine s'6tend du V" s. avant J.-C. (alors que Ronre tl":sl
sur la fornte des constitutions ou sur le r'6le de la loi. Surtout, tout au long dLl III" s., qu'une cit6 parmi d'autres) aux IV€-V" s. aprbs J.-C. (lorsque i'Ernpire, conit'or'L[-
iL
l'ensentble des cit6s grecques [Link] un long d6clin politique et militaire qui ouvre liinesistible essor du christianisme, est partag6 en 395 en deux entit6s distinctes,
puis
< I'ige lrell6nistique > (lll"-ll" s.). A Athdnes, les institfiiions pil6fi8lEs se d6gradent disparait en 4':.6 dans sa partie occidentale). La R6publique romaine
(de 509 ir 27 avant
ra s change-
J.-C.) et I'Empire (de 27 avant J.-C. n 476 aprds J.-C.) n'en sont pas moins lc Lrreuscl
mbnts fr6quents-Ce-loiq-ta-eenee*tratiorrdes fortunes et I'exclusion des plus pauvres d'une exp6rience politique nouvelle marque par I'essor du droit savant.
de roure activir6 publique contribuent au renforcement deTtEnsi6-nsE-i-f?Eilin de
l gpllrclr1_que. rur re pTan international, les ci-t6s apparaissefi-liEiiite tro[-EFlguds.
. f--1-----a-----
de la Grdce au point que les historiens parlent de civilisation < gr6co-romaine )) pour
o
E
I66iotami"(@rl'Afriquedunord,la][Link]
55
<A Histoire des iddes politiques La plrilosophie de I'Antiquitd
velle fonne de l6gitimit6 fondde sur l'6thique de la discussion. Les Romains, en consa- 3. La cosmopolrc ou I'ambition universelle de Rome
crant le r6le central du droit, font entrer cette raison dans le fonctionnement concret
des institutions. L'id6e que la r6alisation du bien commun est intimement li6e d la mise Au-deli de la d6fense de la libert6 du citoyen, le droit est plac6 au servicc d'une
en place d'un ordre juridico-administratif stable et d I'universalit6 des droits en consti- ambition universelle: la r6alisation d'une unit6 politique sous 1'6gidc dc llonic.
tue le trait essentiel. Jusque-lh, les lois. traditions et coutumes des citds m6diterranienncs avaie nL lr)u.l(,!r,:
Le r6le que joue le droit dans la formation de la pens6e politique antique ne doit gard6 un caractbre essentiellement < local >. Dans l'esprit des Romains, le droit n'a
pas 6tre n6gli96. Il ne saurait 6tre sous-estimd par rapport aux productions philoso- pas vocation ir se limiter ir I'espace confin6 de la cit6. Au fur et d mesure que s'affiche
phiques. Il constituera d'ailleurs un point de discussion essentiel au cours du Moyen i'ambition dominatrice de Rome en Mdditerran6e (d partir du III" s. avant J.-C.), il cst
Age, dans les ceuvres scolastiques et, bien sOr, dans le travail des l6gistes. Il ne sera pergu comme I'instrument permettant d'unifier la cosmopolis (litt6ralemcnt lrr .trc '
pas absent des d6bats sur I'autonomie des < sphEres > religieuses et temporelles universelle >). Derridre ce lerme, les Romains d6signent 1'ensemble des pcuplcs .1tr
(voir chapitre 2). Il est en tout cas au cceur des nouveaux principes de l6gitimit6 par-deld leurs diff6rences de langue et de culture, sont rassembl6s dans la comttlunauti
qui s'affirment avec la formation de la pens6e latine. L'importance accord6e par les universelle dont Rome entend Otre le ceur. Le droit est donc cens6 f6d6rer I'ensemble
Romains au droit est r6v6latrice d'un nouvel < esprit > social : en reconnaissant un des hommes dans une m6me civilisation et leur dessiner un destin commun
rOle premier d la norme rationnelle, Rome fait du droit I'expression et le garant de L id6al r6publicain de la libertas sera largement contrari6, d paltil du l"'s. cjs rrotte
la sup6riorit6 de la soci6t6 romaine sur les communautds barbares. Non seulement il bre, par I'enracinement du r6gime imp6rial : les droits politiques d6pendront d[soi-
garantit I'ordre en permettant la stabilit6 des relations sociales (dans I'espace et dans mais de plus en plus du bon vouloir de I'empereur. En revanche, le droit contintlcrr
le ternps), mais il assure une 6gale justice entre tous les hommes (d I'exception bien d'alimenter le projet universel de Rome. Les premidres grandes compilations du droit
sOr de ceux qui ne jouissent pas des m6mes droits : les femmes, les 6trangers et les romain,6tablies tardivement (V"-Vf s.), seront significatives du r6le majeur que colltj-
esclaves). nuera de jouer la raison juridique jusqu'au cr6puscule de I'Antiquit6.
2. La libert6 romaine
G. De la jurisprudence d la codification,
Le rOle du droit dans la R6publique romaine est indissociable du principe de libert6. la formation d'un corpus iuris
Pour les Romains, la libert6 n'est pas seulement un principe moral : elle acquiert une
dimension proprement politique; elle est indissociablement li6e ?r la citoyennet6. Le droit romain ne forlne pas, sous la R6publique et I'Empire , un corpus coh6rent
La libertas romaine est cens6e €tle garantie dans les faits de plusieurs fagons. Elle de rbgles 6crites. S'il a 6t6 < red6couvert > au Moyen Age par l'interm6diaile du
est d6finie par I'ensemble des droits civiques et personnels accord6s, dds le v's', d Digeste (< somme > d'extraits et de textes juridiques divers rassembl6s au \Ilc s. pai
chaque citoyen. Elle est ensuite port6e par le moddle r6publicain dont les institutions I'empereur Justinien), il ne s'est [Link] sous I'Antiquit6 que trds [Link]. :-ttr
(consuls, S6nat et assembl6es du peuple), par leur 6quilibre, peuvent d tout montent se plusieurs sibcles, par la sddimentation de rbgles de multiple nature.
neutraliser I'une I'autre. Elle est 6galement li6e au respect de la loi humaine, une loi
qui acquiert une valeur Sacr6e dans la mesure oi elle s'impose, aux yeux des Romains,
comme le seul vrai rempart contre le despotisme. Dans la conception romaine, la 1. Les sources du droit romain
libert6 citoyenne n'a enfin de sens que si elle est 6gale pour tous. Cctte 6galit6 est cen- z
{
s6e 6tre maintenue grdce h la loi commune. Les origines du droit romain sont diverses. Dans le pretn ier sidcle dc le llfpLrb)iqirc.
L id6e de citoyennet6 est donc g6n6reuse. Elle demeure n6anmoins profond6ment n la loi des Douze Tables constitue le prcmier texte juridique romain ayant force de loi :
o
arnbigue, car dans les faits, de nombreux citoyens ne disposent pas de la libert6 pro- .E elle entendait pr6ciser par 6crit la r6partition des droits civils et politiques entre lcs
q
clamfe. Les institutions r6publicaines conservent des traits aristocratiques. Elles grandes familles romaines et les nouveaux arrivants, g6n6ralement pauvrcs. La loi
accordent I'essentiel des pouvoirs de commandement aux grandes familles, aux riches 5
o pose ainsi les fbndations d'un < droit civil > (jus civile) dont la particularitd est d'0trt'
et aux hommes les plus m6ritants. Le rang social, la fortune et la vertu d6terminent attach6 h la citoyennet6 romaine. Mais ) I'exception de quelques textes, la loi rotrlaittc
ainsi largement la distribution des charges politiques. A travers la reconnaissance .c n'entend pas d6finir de fagon contraignante des rdgles collectives : la garantie dcs
publique de la dignitas (l'autorit6 due au prestige) et du cursus honorum (long par- droits des citoyens reldve encore largement de la coutume. Au cours des sidcles sui-
Io vants, c'est moins par la ldgislation que par des m6canismes jurisprudentiels qLre se
cours exig6 pour acc6der ir toute fonction), la soci6t6 romaine continue de v6hiculer E
une conception 6litiste du pouvoir. cL
ddveloppe le droit. Et c'est plus dans le domaine des relations priv6es que clans I'es-
Au total, si la question de la libert6 est aussi centrale pour les Romains, c'est certes
-5
i) pace public qu'il s'6panouit.
parce qu'elle amdliore leur sort. C'est aussi et surtout parce qu'elle 6tablit une frontibre o
o R6publique et au d6but de I'Empire, I'essor du droit romain est stimul6 par
Sous la
irr6m6diable entre Rome et le reste du monde, et plus g6n6ralement entre le citoyen et z le d6veloppement du commerce et par la n6cessit6 d'entretenir des relations avec les
-58 Histoire des iddes politiques de I'Antiquitd 59
rable est accompli par les magistrats charg6s de I'organisation des procbs : les < pr6-
teuLs > i Rome et les < gouverneurs > dans les provinces de I'empire. Sous la LE crrure DE LA coNsTtruloN RoMAtNE
forme
I
d'6dits ou d'attendus particuliers laisant jurisprudence (c'est-h-dire clonnant force
obligatoire ir leur d6cision pour les futurs procbs), ces magistrats concourent au d6ve- [Link] nombreux historiens de I'antiquit6 ont soulign6 qu'il n'existait pas de pcnsdo
loppement d'un < droit prdtorien > venant s'ajouter i I'ancien droit civil (souvent pour glitique proprement romaine. Il est vrai que la plupart des auteurs latins n'ont lail
le renforcer et le compl6ter, parfois pour Ie coniger). Le droit romain ne se limite reprendre les grandes id6es forg6es par la pens6e grecque er les inrenoger ) la
plus,
d6sormais, aux seuls citoyens de Ronre : il forme un 6difice doctrinal r6glementant les de I'histoire r6publicaine et imp6riale. La r6flexion romaine s'est c<-.nsrEnr-
libert6s et devoirs de tous les individus, libres ou asservis, qui vivent sous la d6pen- nourrie, d cet 6gard, de la pens6e stoicienne, au moins jusqu'au ll,,s. (lo I'ifc
dance cle la cit6 du Latium. chrdtienne. Fond6 i Athbnes par zdnon (nr" s. avant J.-c.), le stoicisme esr un mou-
'vement philosophique
De sulcroit, d partir du It" s. avant J.-c., cles < jurisconsultes > ne jouant aucun r6le pr6nant la connaissance de la nature, lieu de la sagesse. L'une
formel dans les procds, mais dont la connaissance de lajurisprudence leur donne une r'de
ses id6es centrales est de consid6rerla nature comme le lieu oD s'exprirlc ia rai-
grande autorit6, participent activement )r I'interpr6tation et i I'application du lion. Ace titre, les Stoiciens soutiennent que I'homme,
droit. pour acc6der d la vic [Link]
c'est ainsi moins par la l6gislation (la < loi >> et le < sdnatus-consulie o) que par l'6dit (celle de la raison), doit rechercher une vie conforme d sa nature. Invcrsernenl. ruur
et le commentaire que le droit romain se d6veloppe dans le domaine des activit6s homme vertueux doit afficher un m6pris pour la vie mat6rielle, cxpression cl'un
priv6es. monde artificiel qui le d6tourne de sa vraie nature. Nature et raison 6tant li6es, l'Otre
humain doit pouvoir r6fr6ner ses passions, apprendre le contr6le de soi et affichcr Lr6
ddtachement total vis-)r-vis du monde qui I'entoure (d'oi I'expression conturullr.: rin'
2. L'empereur et la loi << €tre stoique > pour signifier I'insensibilit6 aux affectations provenant
ciir r.lg1tlc
physique). La vertu stoicienne r6side essentiellement dans I'exercice de la volont6 et
Avec le renforcement du r6gime imp6rial, la volont6 de I'empereur devient une la recherche du perfectionnement moral.
source essentielle du droit romain. La l6gislation impdriale (6dits, rescrits, d6crets.
Dans-la vie politique romaine, le stoiQis4e tro_uve une nouvelle vigueur. Ii cst uti-
mandats) prend en effet une importance d6cisive d [Link] clu tf s. aprds J.-c., notam-
: tirc poui rupp"i". les exigences oe ri vie-rnorir"-q; aai"a"ip""r"rii; ae sLrrqoprcl
ment avec la disparition des assembl6es qui votaient la loi, la domestication du S6nat '-
tous les obstacles. Il sert surtout de point d'appui i la vision universelle de I'humaniii :
et I'abandon de fait des 6dits pr6toriens. Seule lajurisprudence des tribunaux,
resranr les hommes 6tant reli6s h une nature commune (insuffl6e par la loi divine), il est nor-
pour un temps ind6pendante, ainsi que les commentaires de juristes r6put6s (comme
mal qu'ili se retrouvent dans un m6me mouvement de civilisation. La pens6c stoi-
Paul ou Ulpien), peuvent alors influer sur les d6cisions de l;[Link]. Moi, d partir
bienne est ainsi favorable au cosmopolitisme et, plus avant, justifie I'ambition civili-
du IV's., plus rien ne semble s'opposer d I'autorit6 des < constitutions imp6riales ,
satrice de Rome en M6diterrande, au Nord et dans les r6gions du Levant. Norrbr.r ,jc
promulgu6es depuis Constantin (306-337). Celles-ci deviennent I'unique source du ;philosophes latins contribuent ainsi h diffuser l'id6e d'un moddle romain unilur.-sci.
droit romain.
- chacun )r sa manibre, Polybe, Cic6ron, s6"bque ei Mileuieie, [Link] a ccue
Des tentatives de compilation sont alors entreprises afin de donner une coh6r-ence c6l6bration du ginie romain
)r
un 6difice doctrinal encore trop 6clat6. Le cocle de Th6odose II (6crit en 43s_43g)
constitue ainsi la premidre v6ritable tentative publique de compilation des constitu-
tions imp6riales d'Orient et d'Occident, mais lc travail le plus abouti est ilcontesta-
blernent celui de I'empercur d'orient Justinien. Au d6but du vr. s. (5zg-533),celui_ci A. Polybe, de la constitution 6quilibr6e i la d6gradation
fait successivement paraitre le Code (recueil rassentblant tles constitutions depuis . des r6gimes
Hadrien), les Institutes (manuel d I'usage des 6tudiants) et surtout le Digeste (compi-
lation rassemblant un grand nombre de fragments de jurisprudence et les commen-
Polybe (v.205-v. 125) est I'un des premiers grands vulgarisateurs romajns cji: l1
taires des grands juristes).
En d6pit de I'important travail de synthdse doctrinale, la partition de I'Empire Jglseg-gfecque. N6 en Grdce, d6port6 h Rome en l-68,-il-se lie d'amitid avcc Scipion
-Emilien et I'accoinfagne dtns
sa campatne;f6rieuse conrre carrhage 1en i+01.
I
I (395)' puis I'incapacit6 de I'Empire d'Occident i r6sister aux invasions barbares, Httlglgl l"pgtg,
'"
il analyse en d6tail l'expansion polirique et militaire de Romc. Ses
contribuent au d6clin rapide du droit universel et h I'essor-cles droits < vulgaires > .r7-:--'
I
I
(propres d chaque province). L'6difice juridique de I'antiquitd [Link] disparait
Histoiresconstitueri1iInegiande@[Link]...
Convaincu que I'on ne peut eipliqfieiFd;naeur il;une?ivitlJition en rcrrxqinr s]1r-
pour quelques sidcles. Il sera < red6couvert > par les l6gistes du Moyen Age et
plement les exploits de ses grands personnages, il fait le choix, pourjustifier la sup6-
constituera une source in6puisable d'arguments utilis6s dans les luttes entre le pape
I riorit6 de Rome, de ddcrire minutieusement le fonctionnement de la R6oublioue. Il
et les grands monarques. Il influera plus largement sur le mouvement de s6cularisa-
parvient ainsi d combiner adririfemenil'dudii Compard-di6t ., consriru;ons ,, cj,rnt
tion du pouvoir politique en Europe et, notamment, sur la formation de I'Etat
I Aristote a 6t6 I'initiateur avec la r6flexion sur ta-aeiia"nce historique inspir'6e de
La pens6e de Polybe est profond6ment d6terministe. Elle ne met pas I'arccent sut'
1. La R6publique ou la constitution 6quilibr6e la complexit6 des Squilibres internes entre les [Link]-le.s institutious clans
chaque soci6t6. Elle ldeulir" le fonctionnement de la R6publique romaitic
ct nc
selon Polybe, dans la sup6-
Les raisons de la supr6matie romaine sont h rechercher, ."niionn" pas les profondes tensions qui s6parent les grandes familles de riobilc.i
avoir-expliqu6 les succds de la conf6d6ration 'l.:it'rl-
riorit6 du r6gime repuUii"uiir. Aprbs la force de et les repr6ientantide la pldbe. Elle ignore singuliErement les cha'getnct.t": tl
dans I'hiitoiie antique, en montrant ies p6riodes dc rctiliirci-
Ach6enne, de Sparte ou-0" Curtnuge
un r6gime original libre dans la vie politique romaine, marqu6s tant6t par
comme
leur constitution, polyue prer"nt" io R6publique romaine ment de I'aristociatie, fantdt par I'ouverture du r6gime aux revendications
pt)pu-
du iubtil 6quilibre 6difi6 entre ses institutions' peu avant [Link] dc Pqlybe,
tirant sa puissance laires (une ouverture qui s'exprime par exemple,
"*c"ftionnelle aristocratie, d6mocra-
n"f."nuni la typologie cfassique des con_stitutions (monarchie, dans lcprogramme des Gracques). Mal916 la richesse des interprdtations.
I'anall'sc
r6aliser une combinaison vertueuse des diff6- conibler lcs rn'-ci-
tie), il montre qu" ru nipuulilue a su_
est doni paitielle. L €tude scrupuleuse de Cic6ron tentera d'en
romains renvoie au moddle de la
rentes constitutions : l" iouuoi. des deux consuls titudes.
politique accord6e au
.onarchie, celui clu s6nit i I'aristocratie et la repr6sentation
Ainsi, le meilleur r6gime est pour Polybe celui qui
ltoptrlus rotlranus a tu oJmocratie.
parvientdassurerl,Equilibredesdiff6rentspouvoirsdefagon}rcequechacunait
qu'aucun ne putsse imposer seul sa volont6' Ld est la
besoin du soutien cles autres et B. Cic6ron, de ta loi naturelle i la res publica
ne d6g6nbre pas versl'omnipotence d'un pouvoir et
condition pour que fu
"*rtituiion
pourquelaconcordesoitmuintenu"",,t'"[Link]
grecque de la.< constitution 6i1[at>> I Brillant orateur, avocat influent, homme politique parvenu aux plus hautcs lb1c-
voit, les Histoiresa" rotyt" r6actualisent-l'id6e puis dc c6sar,
qu'il parvient )r r6aliser entre des tions (le consulat), admir6 par ses contemporains, alli6 de Pomp6e
la vertu du modble ro-uin reside dans I'harmon-ie Cicdron (106-'13) cst
C'est lui qui [Link] d'expli- ennemi jur6 de Marc Antoine (qui d6cidera de son assassinat),
pouvoirs dissemblables mais n6cessairement solitlaiies. la pens6e politique romaine' Profond6nicnl hrttria-
force de Rome, bien avant les exploits r6alis6s par
ses arm6es. I'une dei plus illustres figures de
lu", i;"*""p,ionnelle niste, accordant une place essentielle h la morale, sa r6flexion est aussi l'uno cics plus
belles e*pressions de I'esprit juridique et du souci d'universalit6 qui dominent les
d6bats politiques sous la R6publique.
2. La th6orie de I'anacYclosis,
poli-
La pens6e cic6ronienne est directement inspir6e par la succession de cliscs
qui secouent Rome au I"'s. avant J.-C. (conjuration de Catilina en 63 avrtnl -l -"-
tiques '
S'il fait confiance une loi transcendante, Cic6ron n'en considbre pas moins la
2r
fJ;fi','J":'J;,l fJi ;':Jl tT l""r:il ;:
: :ffi ;;
;r",;ii,lxk?,li'"!",i'i'""iiiij":i:,;il;i*:g***:1;,'""1;:il::9::,:ll:';
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n' e c, r r i' r'
rn e i l r cii 1c
I r
prince en question
Ilreste que Cic6ron ne peut concevoir I'ordre politique d Rorne sans la participa- C. Uattitude morale du
tion du peuple. En effet, la recherche de la conformit6 h la loi naturelle ne doit pas
emp6cher les magistrats d'obtenir I'adh6sion des gouvern6s, car la < chose publique > .""Lesddbutsdel,[Link]):'L...i]t'.-
(res publica) est la < chose du peuple >> (res populi). A cet 6gard, le peuple est bien
i ci se r6vdlent en eret tffiffi';;
plus qu'une masse inorganique; il est une communaut6 de citoyens rassembl6s < par "n
a
jrr,i"",':"rq""-lh vant6e par [Link] philcrsopircs'
"ir"tPi',i;"'r;#;.;;tt'"ll;11::::t",'::T,::'i:1"il'l;Jil:':,:;i,",,
leur adh6sion )r une m6me loi et par une certaine communaut6 d'int6r0ts >> (De la Leur.capacit6
i:::::" t" u milip* institu6 : le r6gime reposc
R,lltublique,I). Dans cette conception, le pouvoir juste est forc6ment plac6 au service .'' clairement contester
est clairemenl conteste'Avec octave,----.^,- .,,." ra
^-*-.i le
"<11"r,
nrenrier
premier citoyen Rotlc >
citoven de Rotrc
sur un partage fictif du pouvolr eI
de la soci6t6. A l'inverse, il perd toute l6gitimit6 lorsqu'il devienl I'instrument d'une ;r d6sormais
faction. qu i pre n d
quiprend:n :"*
tn".:g:,]..:
"*:' :lT' :ii*1l*l:":J: r' ' rr l:
1g' ::ii"'.,'
ccrte'' ]:l
"""i,n il:J' [:;.'J'
pro,vtnctJl.;ffi
:s plus loinraincs.
Senat a qui est attrihu6e la gestion des
La position de Cic6ron a deux cons6quences impoltantes. Tout d'abord, les magis-
. opp ose nt d an,.r
pTil
p.""'l#:
1i*:i* T ;t [
r", s. aplds ?:;:
J.-C.. i lo
T,il : bon ;:;
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trats n'ont pour fonction que d'appliquer strictement le droit dans I'int6r€t de tous. Ils opposentdan:.t"t ",sont progressivement *: J du 1::l
au p as. A la fin
ne font que repr6senter la loi. Ils doivent se rappeler qu'ils sont soumis aux lois qu'ils o"l"ut Mais ils
r;: t
6dictent et que leurs fonctions cr6ent des obligations dont ils sont tsnus de se montrer vouloir i mp6ri al r'
"'po"'i"Gffi ';';
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i"" c o n,m a. ci ci'c" 1 i)'ii
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digne. Leur honneur rdside dans le d6vouement et la loyaut6 dont ils font preuve i [Link]:Ii:,t, ig;i;
pouv
(;;;;;;;i ;rt sans rimites. En tunt qt' intperat.t, il c:;i it: : lt':':i
l'6gard des citoyens. Ensuite, la r6publique doit promouvoir une r'6partition < 6qui- , aroit ae commander
65
Histoire des iddes politiques de I'Antiquitd
o4
,*Bibliographie
v" s., la religion du Christ ne cessera d6sormais d'influer sur les nouvelles conceptions
du pouvoir dans I'Europe m6di6vale. Mettant radicalement en cause la pens6e ration- (Euvres citdes
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o
l
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o
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2
1
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68 In pensde politique du MoYen Age
i; Chapitre 2
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200 - Ulpien
de I'ordre chretien
d la " renaissance )) philosophique
300 :
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sotnUr"*ine par la violence, les guerres, les invasions barbares, les supcrstitions
ie dogmatisme religieux. L histoire m6di6vale contemporaine a permis de relativiser
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€El FI de Reims Moven Age co-re une longu_epar-e.p$bse entre les soci6t6s civiqucs de l'Antiquitu e t
i,.,f Hincmar
: Plrx.
.a: 900;,1 ifiijietSi,oOernes, et-sur i-e,'pian des id6es, comme un vaste ddsert intcll,:clue I \'ri1i'|
d9* I
de distinguer piu-
deux p6riodes de trds grande activit6 culturell-el-Il-Ctjnvienf ainsi
*t r"
il Naissance du Saint EmPire (962)- ::i sieurs p6riodes. Du Vr. iu Xl" s., I'Occident est marqu6 par la
-d_i_sp_atitlq!
deg structures
I -l
h6rit6ts du monde gr6co-romain, auxquelles se substituent des < royartmes
1 *'0"', oe chartres oolitiques
I
I
I
I $[[,i [ffiCi-vrrr i.) irnft, ;-pt€r"ia tEirTative cirolingie-nne de restatration de 1'eir-
oire (ddbut ix" s.), la soci6t6 f6odal-e (finlF:Xf$. Ceite dernidre
ne disparait 1\ir( t'r-'1i t'
-l l
Rdforme g169orienne - i filiJl" u",, ictatus Popoe t1o75l I'Occident mddi6val cst nlirrllu\: p;rf
I i" *tt. et le xrv" s. M-aG ciurant-ces trois sidcles,
6l D6but de la querelle des investitures - ,'! Weide Chartres, Burchard de Worms
une transformation rapide de ses structures sociales, 6conomiques et cultureiles,
I iL
1 100
i- 4n5s1rns de Canterbury
EI XV"-1VIII" s. (appari-
I D 6v e lo pp em e nt de s vi lle s
' l- Ab6lard, Bernard de Clairvaux
:jljt Ddcret de Gratien (1 1 40\
I'orisifrtddiliandes-nrfitations politiques et intellectuelles des
+ Xll.
€l lion"O" I'Etat"monarchique, reconnaissance philosophique de I'individr-r,
Concordat de Worms (l 1 22) - ' d6r'e1.p1le-
Pl al+ i,fl Jean de Salisbury, Pierre le Chantre
ment de la pens6e rationnelle).
il ,31
6l
DdveloPPement de
la scolaliique et du droit -
1200 i:ll- AverroEs
t,.?
Albert le Grand
Sur le plan des id6es, le Moyen Age est marqu6 en tout_pfemier lieu
de
par l'cxpiLn-
< christiani-
des unive r sit Cs
:1.?-
sion extrabrdinaire de la religiq.p-chr6tienne. Dans la phase historique
I
I
el
!l
N aissa nce
SuccEs de I'aristotelisme -
, l {- Thomas d'Aquin :
.o
rm-r;ael'O;cident (vf-lf i), t" politique perd progressivement son arrtorronrir- et
',1-
6l 1300 sufleam Sanctom (1302') tc i'j't:
d6finit qu'cn rapporl_ayeg l4 qgLlgion. certes, la pr6dicution ch|Jticrtric
Un
c
I
Jl rF Marsile de Padoue : ne se
GnGiisentruii"nt"niion.t*e une ( doctrj4g-dg la-foi >' Elle refuse a cet dgaltl totric
I
i?. Guillaume d'occam o
V
I
r4oo j
o
.o
'c
immixtion dans les questions temporellei.-Maiien r6alit6, les penseurs chrdtiens
Je la parole du Chriit des concepiions politiques d'une rare originalit6 : en
tir crri
6tablissant
une doctrinc qtti
une fiontibre entre I'ordre divin efl6Foci6t6 des hommes, ils forgent
l
Prise de ConstantinoPle o
par lesTurcs (1453) -
ia
principales sources du processus historique, propre ir I'occident,
c est I'un-e des 9. .l6p:-
> (section 1) A 1a tin 'Ju
.9
o ration des pouuoirs < s6culiers->> et des,autorit6s < spirituelies
1 500; o
xr{iu soci6t6 m6di6vale entre dans une p6riode de renouveau intellectuel ctpensdc moral
o
de la philosophie et I'essor de la
co sans pr6c6dent, marqu6e par la red6couverte
juridique, nouveaux d6fis pos6s h la thdologie. Durant cette p6riode d'intense renou-
J permettent de
il vellement, savants et cleris d6couvrent de nouveaux savoirs qui leur
\ o
o r6interroger la conception chr6tienne de I'univers, tantdt pour l'enrichir, tantOt potrr
plul got.ttt1c lrL
I'amendei. Ainsi, en moins de deux sidcles, la th6ologie n'apparait
o
z
70 Histoitz des iddes politiques Ia pensie politique du Moyen Age
Religion et politique
Section 1
La r6v6lation clr6tienne se pr6sente comme une doctrine du salut vou6e au rachat ies in6galit6s, I'amour et la guene...). Elle restera pratiquement la seule ct)rllliri:5irr1!''
de I'humanit6. Elle introduit une rupture avec le judaisme dans la mesure oD elle savantJ durant tout le Haut Moyen Age, avant d'6tre confront6e, h partir
du Xtl" s', iltr
affirme la nfcessaire s6paration du religieux et du politique. Elle invite en effet les renouveau spectaculaire de la philosophie et du droit'
chr6tiens )r suivre la voie de Dieu, engagement du seul ressort de la foi, et les enjoint
-pour Les liens entre la pens6e religieuse et les representations politiques au Mol'cn
;\gc
ceia cie' ne pds i'impiiquer dgns]9s afflire,s terrestres. Cette affirmation aura des sont particuliBremeni complexei. Sur le plan doctrinal, la religion chr6ticnnc d['lcnri
cons6quences importantes :-elle fivoiisera i'esior cl;un6 Eglise romaine autonome et la thdse de la s6paralion 6tirn9!!9-{tr--qplllygl g-!gu-temporel.' Dans la rrjalit6'
I'iristo'r''
bien oiganis6e, toujours soucieuse de rester h l'6cart des pouvoirs temporels' Mais Ju Haut Moybn Ale est loin ae-zuiwe ce fondement doctrinal : les institutions poii-
cette distinction du religieux et du politique ne doit pas laisser imaginer que le chris- tiques m6di6vales sont en effet fondamentalement marqu6es par la confusion du reli-
tianisme se d6veloppe au fil des sibcles ind6pendamment d'une r6flexion sur les fon- gieux et du politique. On peut en retenir deux raisons principales'
dements et les limites du pouvoir. Elle ne doit pas laisser penser non plus que le pape,
Les docteurs de I'Eglise puis les th€ologiens n'h6sitent pas, tout d'abord. i i'rtrcttr.':
chef de I'Eglise, est vou6 ir rester une simple autorit6 spirituelle d I'abri des jeux de sr)tl-
de nOmbreuses opinions sur les Sources et la nature du pouvoir temporcl, iLr l)ltrs
puissancc entre monarques, princes et seigneurs'
vent dans le but de prot6ger I'autonomie et les pr6rogatives -de I'Eglisc En s'inspirrrrt
de la lecture Oes Ecritu-re-s, iG-forrnutent ainsi-des sentenaes abordant des qrrestions
L'irr6sistible ascension du christianisme proprement < politiques , : I'origine de la puissance dans la soci6t6, 1'adnrinistratiorr
de la justice ou encore les relati-ons entre ies pouvoirs s6culiers et la plrprtulr.' ''\
ct'i
6gard, la place essentielle tenue par le dogry dans la formulation dc doctrinc ch'
Durant les trois premiers sidcles de notre bre, le christianisme ne cesse de gagner "-
ti'enne a des effets importants , en [Link] toutes les interpr6tations th6ologiques
du terrain dans I'Empire romain. Les chr6tiens s'attirent rapidement I'hostilit6 des le dogme favorise l'essor
< locales > qui ne Sonfpas ratifides par les conciles romains,
empereurs. Certes, ils affichent leur loyalisme politique i l'6gard de Rolne. Mais ils
d'une doctrine politiqui unifi6e dans I'ensemble de I'Occident christianis6.
refusent de participer au culte imp6rial et pr0chent une parole de paix 6trange pour
rles Romains 6pris de guerres et de conqu€tes. Refusant I'id6e de < peuple 6lu >, ils .o
= Ensuite, le lien 6troit entre la doctrine chr6tienne ct la pcns6e politrt;tr.' tj.'irl .':'
grande partie au fait que I' Egl is-e_de Rome se transl'orme peu i peu cn puu \ t,i t u t I r1'
E I
portent de surcroit un message universel et pratiquent la conversion,par le biais du c
bapt6me. La religion du Christ a donc un formidable potentiel de d6veloppement. Elle rel entre le IX' et le xr" qj6cl.a tffapautd profite poui ceta ae'Sa'forte centralisation
o
ne peut qu'inqui6ter le pouvoir central de Rome. Pers6cut6s, les chr6tiens n'en conti- o
.o eT de-sa reprise nriin A"i clergds locaux. Elle b6n6ficie 6galement du m-ouveBent
o
de frasmentation
"n politique qui affecte le continent europ6cn (dislocation des grattcls
nuent pas moins de pr6cher la non-violence, vivent leur condition sous la forme du o
;; ance du systdme fcudal t l-':s prt't':
martyre et attirent de nouveaux fidbles. La situation 6volue subitement lorsque I'em- 6
[Link] fait du christianisme la religiein-etreietle{e-lempire en 313 (6dit deviennent aussi puiss.a".lts que les grands rois. Ils ne se contentent pas dc la <iili:ctrt'rt
'i:i ;
be Milan), puis r6unit le Concile de Nic6e en 325 (premier concile cecum6nique de .o spirituelle de la chr6tient6. A la t6te de la seule qlg.,o's_4t!Sn_q41v-9rselle, ils r6veut
),\fr .
I'Eglise chr-6tienne). Dds lors, les 6v€ques chr6tiens ne cessent d'6tendre leur influence
o
o d6sormais de la constitution d'un vaste royaume sous l'6gide de Rome. I es pouvoirs
s6culiers ne peuvent faire autrement, dans ce contexte, que de tlllT lYt le terrain do
i,l J)'- o la
toui en cherchant, le plus souvent, )r maintenir leur religion hors de la tutelle impdriale.
, ,
o
i'!'"' "' ''o religion en t;ntant de l6gitimer leur pouvoir par r6f6rence ir la th6ologie chtctie tr rti'. .lc
;,.),\ A la mort de I'empereur Th6odose (395), I'Empire est partag6 en deux entit6s. Le J
sd'iEipproprier un rdle religieux et de tenter d'infdoder les clergds locitux
christianisme suit dbs lors deux voies distinctes. En Orient, le maintien d'une structure I
imp6riale (l'empire d'Orient, puis I'empire byzantin) conduit progressivement i I'in- Au total, la soci6t6 m6di6vale n'envisage pas la vie terrestre en dehors de la volont[
t6gration des pouvoirs politiques et religieux sous l'autorit6 de I'empereur. En Occi- z divine : la repr6sentation de l'ordre social ddcoule entibrement de la vision chr6tienne
't3
In pensde politique du MoYen Age
Histoire des iddes Politiques
72
le sacrificc onvcrs
tion qu'en poursuivant une voie interne, individuelle, recherchant
le Jugement de Dieu, apris la mort'
confondentlargementaupointquelepaperOved'unr6letemporeletquelesroisles [Link], tu misdricorde et I'am6ui cle Dieu. Seul
vie 6ternelle >' Les fins de 1'existence changent
pluspuissantssevoient,oun"nt.o,n,n"[Link] ;ft car il permet d'acc6der d la <
monde c6leste i-'esp6-
del,histoirem6di6valeestn6anmoinsquecetteintimit6desliensentrereligieuxet aon" ruai"ut"n1"nt, reposent entidrement sur I'accbs au
d'une sdparation infinie entre le "ll"r
politique cohabite,ou,out' avec l'id6e ih6ologique rance des hommes est < hors du monde >'
_-f3pi{di6ation de 1a justice' Da.s le Sr:r-
[Link]
)r la naissance d'Etats dhi6tienn"aaf;il une conception in6dite
::ii";;"';;;;;;; rtes effets concrets en conrribuant jqqlgg-d-gP19-U!9ldis!!nqte de la 1us-
"-".er mont sur la Montagne,J6sus d6fend I'id6e que la
inscrire la rradition talmudic'1uc
<s6cularis6s>(|itt6ra|ement:quisont<danslesidcle>,c'est-}r-diredanslavieprofane). ii*gu_itLqfr.Ss. in refusant la < Loi du Talion > dans
rnidre cloit sa sup6riorit6 au fait qu'elle relbve de [Link] est une 1jg_!t-i,ce univer- 1. La pens6e de saint Augustin
selle > exprimant les finalit6s que Dieu assigne h la vie humaine, ir tous les hommes
petite cit6 romano-berbdle de Nutnr'ir'.l
quels que soient leur condition sociale, leur rang et leur origine. Elle incarne en parti- $atut-AUgqslil -(3--5"4:41Q)-rrait-i lh3&aste,
I'Afrique du ville
i,irf" d; I'EmpiieGicarthaCe]9?:rixidrne
culier le passage du rdgne dela chair lieu de concupiscence et de d6sordre, )r celui de au moment oir
""ra "rifu c6toie quelquc
la grdce. Cela ne signifie pas e ses yeux que la Loi du judaisme soit disqualifi6e; elle cl'occident. Brillant zlcve, it devient professeur de lettres latines. I1
> carthaginois (doctrine religieuse admettant I'cxjstence
doit 6tre respect6e. Mais elle est secondaire et ne saurait Otre appliqu6e en dehors de temps le milieu < manich6en
simultan6e du Bien et du Mal). Ce n'est qu')r 32 ans qu'il se convertit art chlrstilL-
la volont6 de Dieu. Milan >, club nt:c'.
nisme, ir la suite d'un voyage )r Rome oi il fr6quente |e < Cercle de
La strp6ricrrit6 de I'r-rrlre rlivin esl en(:()re plrrs ttelletrrettt affit:h6e rlansl'Etitre ttut' piu,oni","n animd par i'dvbque Ambroise (qui est alors i'une des irnposarrtes
figurt-'s
Romains oir Paul affirme que tout pouvoir est n6cessairement I'ceuvre de D!99 @mnis iu ckistianisme). De retour en Afrique, Augustin renonce au mariage et ) l'enseigne-
potestas a Dea). Dieu est i I'origine de tout. ii ntest poini de- pcuvbiiGinpcrel qui ment pour vivre pleinement la lbi rellgteuse. En 396, il devient 6v6que
ci'Hippone ii
n'en procbde. Paul n'en cl6duit pas-que les autorit6s politiques doivent se soumetlle )l dfploie irrsnrr'i sn mort rrne nrodi-sieuse activit6 doctrinale'
l'Bgtlse (ce que se chargeront clc fairc, quclqucs slcclcs plus tard, lcs partlsans d'un SaintAugustin constitue la principale r6fdrence intellectuelle de 1'Occidcnt
nrt:i'[ji:-
gouvernement < th6ocratique >). Il affirme au contraire que les chr'6tiens, parce qu'ils val, au rnoi-ns jusqu'au xIIf ,. iuu- -ot"nt oD I'on reddcouvre Aristote) Lorsclu',il
doivent une ob6issance absolue ) Dieu, sont tenus d'ob6ir 6galement aux rois : < Que accbde aux charges 6PiscoPales,
nces
chacun se soumette aux autorit6s en charge. Car il n'y a point d'autolit6 qui ne vienne (dont le fort courant < donatiste > nord,
de Dieu, et celles qui existent sont constitu6es par Dieu. Si bien que celui qui r6siste i > r6siste (alors m6me qu'il a 6t6 intcrtlit ctr
I'autorit6 se rebelle contre I'ordre 6tabli par Dieu >. ;trffi*;ose)ffirc6eparl'empereursurl'[Link]..tr,.'
de I'Eglise est toute relative
Cette position est cat6gorique : le devoir d'ob6issance au pouvoir civil est total. ne faiUtit pas. Hois de la capitale imp6riale, I'autonomie
et d6pend le plus souvent des liens entretenus avec les autoritds
locales.
Uargument a une portee politique consid6rable: il ouvre la voie ir une doctrine chr6-
tienne profond6ment << conservatrice > dans la mesure oi il justifie la n6cessit6 de se Toutes ces raisons incitent Augustin ) r6diger une somme th6ologique, La Cit( tle
Dieu (413-426), dont l'qbj""-qf p-Ig4ler-rst !q qv-9c force 1'autorit6 spi|i-
plier h ious les pouvoirs, y compris les plus arbitraires. Il incitera les lrommes d'Eglise, 1_€efflMr
*rfi"i" ifgf ir". ll V prOnlin plrticufier iutonomie de la sphdre religieusc 1'':3rrr ir
pendant dcs sidcles, ir ne pas condamner les gouvernements absolutistes, voire )r en f '\
d6veloppe pour cela f id6e que le monde est divis6 en ciclt't
devenir les fiddles auxiliaires. a-ilpitivoir fiolitique.'lt
u cit6s o distinctes, tenues de coexister dans la soci6t6 humaine malgr6 leur
anta;o-
Le chrd-
nisme. La Cit6 c6leste est une cit6 parfaite gouvern6e par des lois 6ternelles'
recherche du salut dtelnel'
tien qui s'/iiS$-poursuit une fin sup6rieure : la -[Link]-Clt'
B. Cit6 de Dieu et cit6 des hommes tenestre eit celle du gouvernement des hommes. Elle n'est le lieu d'aucullL-
rili' i;e
distinction de puissance qu'une diff6rence d.'autour qut lcs
sfltuelle. C'est moins une
. deux amours ont fait deux cit6s : I'amour de soi jusqu'au m6pris de Dir:u a
S6Ffr!
Le message du Christ ne d6termine pas d lui seul l'6volution ult6rieure des positions ' afaitlaCit6c6lestc L'tttre
faitlaciteterrestre;I'amourdeDieujusqu'aum6prisdesoi
de I'Eglise sur les rapports entre les ordres spirituels et temporels, C'est I'ensemble
se glorifie elle-meme, I'autre dans le Seigneur ,
(XIV 28). Tandis que la Cit6 de T)it'u
<Jes consid6rations expos6es par les Pdres de I'Eglise (Paul, Tertullien, Origbne, L6on contingente : elle subit les cpLeur L:'r lltt
a lipromesse de l'6ternit6, la cit6 humaine est
Le Grand, Ambroise, J6rfime, Saint Augustin, Jean Chrysostome, G6lase I"', Gr6goire t t"rir; elle est vou6e h disparaitre. Le d6clin de Rome et son incapacitd d lutter cotrircr
.o
le Grancl...) qui < fixe > progressivement, au cours des cinq premiers sibcles, la doc- les invasions barbares tonfl"t signes manifestes de cette fragilit6 (l'6v6que d'Hippone
trine de la clualit6 des sphdres. Le contexte politique propre )r I'Empire,qxpligue pour est afflig6 par le < sac de Rome > par Alaric en 410)' Saint Augustin prone la coop6-
une grande part cette 6volution. E4 3i3,la conversion de Constantin;'ttruldh favori- ration rEciproque entre les deux cii6s; mais c'est pour mieux-rappeler
qttc lt'ut's'i'r-
.o
sant la cliffusion {u christianisrne, orivre une pdriode de confusion des pouvoirs. Le o
*ti--"rl infinle. Ainsi, ii n'ti3t pas possible de confondre, comme le font le s iralrrtrs,
o
culte clr6tien devient en effet d ce moment, dans la tradition gr6co-romaine, un culte l
G
I'Empire et I'Eglise.
public : I'iiglise passe sous la tutelle imp6riale. C'est en rdaction ir ce contrdle poli- c
o (annnelnrnf I'nh6iscrnee civile qnint Artqrrstin srrit les recommandations des Fvan-
trque que ies ecciesrastlqucs vont s ernployer a delettrtre i autotlottlte ue i rgttse ert .9 giles : il rappelle que le chr6tien, qui consacre sa vie )r I'amour de Dieu, doit ob6il
au
1'eiplicetitx
pr6cisant la frontibre qui la sdpare du pouvoir temporel. iouvoir temporel.'Il forge i cet 6gard une argumentation
e
doctrinale oir
UEmpire romain d'Orient ne suit pas ce cours : le maintien de son unit6 et la [Link]@'()if(.lI.:-'...
ment de Paul), mais aussi sur li mythe du f6ch6-oii$nelet de la Chute'
Si la soci6:f6
conception sacr6e de la fonction imp6riale permettent h I'empereur de maintenir
parce clue
est voude d vivre sous I'administration du pouvoir temporel,6crit-il,c'est
-5
I'Eglise d'Orient sous sa tutelle. En revanche, dans I'Empire d'Occident, I'affaiblis- z
n'a]l-s terrestre et qu'il a faut6. Depuis sa
sement clu pouvoir imp6rial au v' s. permet i I'Eglise de reconstituer son autorit6. I'homme su vivre d'amour dans le Paradis
'z chute, il vit dans la haine et les passions. Il ne peut ainsi se dispenser
d'ttnc aulolitJ
Celle-ci cherche alors )r se lib6rer du joug politique. Elle trouve dans la doctrine de