CM3 : Die Brücke
Mouvement allemand très important mais peu connu en France, car on a peu
conservé les œuvres.
Créé en même temps que le mouvement fauve, en 1905, et vit durant les années 20,
avec la montée du nazisme.
Comme ils étaient en opposition avec le régime nazi, leurs œuvres ont été détruites.
…
Similitudes avec les fauves : volonté de créer un art nouveau qui se distingue de
l’académisme, mais se distinguer aussi de l’impressionnisme et le post-
impressionnisme. Rejet de l’académisme mais aussi rejet de l’avant-garde. Prennent
l’héritage de Van Gogh et de Munch.
De Van Gogh, la touche mais aussi l’aspect de la psychologie, la peinture qui restitue
la psychologie de l’auteur. Van Gogh parle de la mélancolie et de la tristesse, tandis
que les fauves célèbrent toujours la joie, donc une seule émotion, alors que chez Die
Brücke ils veulent aborder l’ensemble des émotions humaines, même à leur
paroxysme (sexualité, dépression), ça va très loin.
Thématiques que les fauves ne traitent pas : la position du corps, recherche de
l’arrondi chez les hommes et femmes.
Engagement politique très fort, lié aux mouvements syndicaux et les classes
ouvrières, ils veulent être solidaires.
Ex : Gravure sur bois, on dirait que c’est maladroit, mais ils disent que même si vous
avez pas de notions d’académisme, si vous avez des émotions réelles, alors vous
pouvez faire de l’art.
Munch : grand peintre de la mélancolie.
7 juin 1905 :
Ernst Ludwig Kirchner, sors d’une école d’architecture + beaux-arts de Dresde)
Fritz Bleyl (école d’architecture de Dresde)
école d’architecture = école d’ingénieurs, donc aucune base artistique sauf pour
Kirchner.
Les deux se rencontrent en 1901, ils forment une sorte de premier groupe passionné
par l’art et la philosophie.
De l’autre côté, on a Erich Heckel et Karl Schmidt-Rottluff se rencontrent, ils avaient
fondé une revue d’art contemporain au lycée.
Bleyl réunit les deux groupes.
Ils sont tous diplomés d’ingénieurs d’État, mais ils abandonnent leurs vocations,
parce que c’est leurs parents qui les ont mis là mais ils sont déçus par la société
allemande : nationalisme allemand, vie trop régulière.
Dès le départ, ils ne savent pas où aller.
Die Brücke, « le pont », mouvement fondé après avoir lu Ainsi parlait Zarathoustra
de Nietzsche.
Nietzsche dit que l’homme est un pont entre deux états : le côté animal, avec les
pulsions, la chair et les émotions, et de l’autre côté le monde immatériel, les anges.
L’homme fait partie des deux, il a la mort des animaux mais il peut se transcender. La
tragédie de l’homme est cette dualité.
…
Donc Die Brücke veut suivre cette philosophie, cet hédonisme.
Un autre philosophe intéresse les amis :
Kierkegaard, danois, il s’intéresse au concept de l’angoisse, il fait l’état de toutes les
sortes d’angoisse que les gens peuvent connaître, et il dit qu’il est simple de les
surmonter. En analysant son angoisse, on analyse sa subjectivité et on peut alors se
débarrasser de l’angoisse, Kierkegaard parle d’exemples dans sa vie.
Pour nos artistes, on a des philosophes qui parlent des émotions mais les replacent
dans la vie de tous les jours.
On essaie de peindre dans la maison, les voyages sur les lacs, les relations. Cet art va
accompagner les éléments de la vie quotidienne.
Ils admirent chez Nietzsche la recherche de la liberté, pour lui le but de la
philosophie, par la destruction de la morale, de l’éthique et des idoles (bien/mal), ce
qui passe chez nos artistes par la destruction des idoles de l’académisme et des
anciens mouvements.
Historiens de l’art et philosophes allemands développent le concept d’empathie, la
capacité d’éprouver les émotions de l’autre, l’émotion en dehors de la raison.
Avec ça, il a pu donner des significations à des œuvres grâce à l’empathie.
Sources :
Van Gogh, Les Iris, couleurs froides bleues et vertes. Parlent de sa tristesse après
l’échec de l’atelier d’Arles et de son amitié avec Gauguin.
Munch, Le Cri, tristesse.
Art Japonais : gravures sur bois, les artistes allemands s’aperçoivent qu’avec très eu
de technique on peut avoir de magnifiques choses. Ex : Hokusai a utilisé seulement
un seul bleu, le bleu de Prusse, pour toute la gravure. Ça les fait réfléchir sur une
technique de la simplicité.
Grand choc : découverte de l’art océanien. XIXe = lutte pour le colonialisme,
l’Allemagne qui arrive tard se rabat sur le Pacifique, et on fait des expositions pour
rapprocher les allemands de leurs colonies. Ces expositions ont un but raciste, pour
montrer que l’art océanien est barbare et donc légitimer la colonisation.
Die Brücke trouve cet art magnifique, imperméables au discours racistes. Société où
on a pas beaucoup de différences sociales, et où on a pas d’artistes, car pas de
signatures, tout le monde participe à la société. Acte magique : les statues
représentent des forces de la nature.
Pour eux, art beaucoup plus puissant que ce qu’on voit dans l’art occidental, qui pour
eux est un simple art décoratif, recopié.
Donc l’art océanien est une clé.
On expose les gravures de Dürer, grand graveur du XVe, et on expose aussi les
matrices. Pour Die Brücker, ils voient le côté artisanal et surtout l’accessibilité de ses
œuvres qui étaient tirés à de nombreux exemplaires.
S’intéressent aux gravures populaires qui étaient surtout distribuées lors des guerres
de Religion.
Pour eux, pas de hiérarchie entre les arts.
Ce groupe travaillent avec des modèles : la plupart des modèles deviennent
compagnes des peintres, qui, pour casser l’inégalité h/f, vont en faire des peintres.
La plus connue est Franzi FeHrmann, collégienne, qui intéresse les peintres car elle
n’a pas le corps déformé par le corset, qui pour eux opprime les femmes.
Photographie :
Delacroix faisait une course avec un photographe, les « dessins en 15 min » qui prend
la photo en 10/15min parce que c’est le temps à l’époque. Donc Delacroix était
beaucoup plus fluide, on a une énergie de l’instantané.
Die Brücke va plus loin : les « peintures en 15 min », donc on a une peinture très
spontanée, on saisit une émotion qui n’a pas été travaillée.
Leur mode de vie :
Quand ils quittent l’école, ils ont pas beaucoup d’argent, donc ils s’installent dans un
quartier ouvrier, proche de la gare. Utilisent des ateliers collectivement, ils
privilégient les boucheries, car c’est plus facile de faire le ménage.
Ils décorent leurs ateliers.
Plaisir hédoniste : refus du monde du travail, installent la sexualité comme élément
déterminantt, ils se foutent à poil sur les bords des rivières. On est à un moment où ça
se développe : pollution, risque de santé lié aux vêtements/corsets, etc. donc le
naturisme se développe.
Mais ils n’ont aucun acheteur potentiel, donc ils créent en 1906 la revue Die Brücke,
ils écrivent leur manifeste mais écrivent aussi des textes qui parlent de l’art extra-
européen.
Donc c’est par cette revue que les marchands d’arts trouvent qu’il y a quelque chose
d’intéressant.
Expositions : ils rencontrent des artistes, ils arrivent à convaincre. L’un des premiers
qu’ils arrivent à convaincre c’est Kandinsky, qui les expose.
Tableaux en moins de 10 min, n’arrivent plus à les stocker dans l’atelier donc ils les
envoient dans les expos temporaires des grands artistes qui les prennent sous leurs
ailes.
Peu à peu ils sortent de la misère, ils ne vendent pas mais les œuvres tournent en
Europe.
Collectionneur historien de l’art… qui vend en premier leurs tableaux car il est connu
donc les collectionneurs sont intéressés.
1911 : aux côtés de Braque, Picasso…
Leurs affiches sont des gravures sur bois originales qu’ils tirent eux-même.
II) Kirchner
Leur atelier ressemble plus à une grotte, une maison océanienne plutôt qu’un bel
atelier.
L’un des premiers tableaux qu’il réalise : 1906, Modèle avec ombrelle. Il a déjà vu
Matisse et le fauvisme, on voit qu’il est proche car y a du vert et du rose mais
l’interprétation est très différente. Chez Matisse, on veut montrer le contraste
lumineux et le remplacer par un contraste coloré.
Pour Kirchner, on veut associer les couleurs aux émotions : vert/bleu pour la tristesse,
mais aussi couleurs criardes qui montrent l’attirance érotique. Joie érotique de voir le
modèle nu, mais aussi tristesse car il peint, donc frustration.
Derrière, frises tel les maisons océaniennes.
Ombrelle = inspiration de l’impressionnisme.
Couple, 1908 : dessin très rapide, il dessine Bleyt et sa compagne. Bouillonnement
montré par les zigzags des traits et les couleurs chaudes.
Trois baigneuses, 1908 : peinture en pleine nature. Compagnes et artistes à poil sur le
bord d’une rivière. Corps marqués de vert (froid de l’eau) et rouge de l’attirance. On
ne cherche pas l’harmonie des couleurs, on a une stridence, montrer l’éclat des
voix/l’éclaboussements de l’eau, etc.
Grandes œuvres :
Marcella et Franzi dans l’atelier, 1910 : Marcella, compagne et peintre, en
conversation avec Franzi qui prend son bain. Harmonie, complicité des deux femmes.
L’artiste Marcella, 1910 : représentée sur son canapé, un lendemain de cuite. État
nauséeux (beaucoup de vert), contraste avec le chat en blanc. Peinture faite
rapidement, avant qu’elle ne change de position. Vert : cercle vert autour du visage de
Marcella, comme pour intégrer le visage au décor, mais on a un trait vert sur la main,
comme s’il avait voulu faire un cercle.
Ces tableaux sont superposables jusqu’en 1913 car les artistes vivent ensemble.
Modèles nus de Kirchner : l’art occidental, art de Cranach, Renaissance allemande.
Ça montre que Kirchner s’inscrit dans la Renaissance, comme s’il était le nouveau
Cranach.
Cette première période se termine avec le déménagement du groupe à Berlin en 1913,
plusieurs raisons : Ils ont fait le tour de Dresde, ils sont vendus, et Dresde est à ce
moment-là une ville touristique. Berlin les attire car on a un bouillonnement
politique, et c’est là qu’on trouve les mouvements syndicaux.
Loyer cher à Berlin, donc ils veulent vendre aux collectionneurs, qui les poussent à
vendre chacun de leur côté plutôt qu’en collectif.
De plus, dans un numéro Die Brücke, Kirchner raconte l’histoire du groupe mais les
autres ne se reconnaissent pas dedans, donc séparation mais restent en très bon
termes.
Kirchner est changé par la découverte d’Ajanta, ville indienne troglodyte (dans la
roche), on trouve des temples magnifiques, beaucoup de sculptures, et surtout ce qui
intéresse Kirchner c’est qu’on a un attachement à la sexualité, aux plaisirs physiques.
Donc il change son style : il arrondit ses modèles.
À Berlin, il crée une école de peinture, le MIUM. Suspicion des autorités car on fait
poser des modèles nus en pleine nature + pas beaucoup d’élèves = fermeture du
MUIM, il va devoir vivre en vendant ses peintures.
Kirchner va abandonner les couleurs criardes pour adopter des teintes étouffées,
basées sur des ocres et bleus foncés.
Nu de dos au miroir, 1912 : on a un modèle nu mais porte des talons (= code sociaux)
et homme habillé en face d’elle, c’est une représentation de la prostitution, la femme
soumise. Car on a des mariages arrangés dans la bourgeoisie.
Potsdamerpiatz, 1914 : la ville arrive au sein de ses tableaux. Femmes habillées sur
un rond-point comme des marchandises, et des hommes qui tournent autour = critique
du mariage arrangé bourgeois.
Intérêt de Kirchner pour Berlin, ville médiévale. Pour représenter la beauté de la
ville, il enlève les hommes. Chromatismes : rose et bleu dans le fond, gris et ocre au
premier plan.
Ces tableaux auront des influences sur le cinéma des expressionnistes, comme Wiene,
qui dénoncent les inégalités sociales.
Lang fait un hommage à la Tour Rouge de Kirchner (1915).
WW1 : Kirchner est mobilisé, là où il était dans un cadre hédoniste, harmonie des
hommes entre eux et dans la nature. Il finit par perdre la tête.
Autoportrait en soldat, 1915 : représenté fatigué, amputé d’une main (amputation
symbolique).
Kirchner devient fou, il finit interné dans un hôpital psychiatrique.
À la fin de la guerre, il ressort de l’asile et se remet à peindre. Il peint des paysages,
ce qui lui permet de respirer et de reprendre goût à la vie. On se souvient de lui, il
devient professeur à l’école des Beaux-Arts.
Paysages : équilibre chromatique. Souvent des ponts sont représentés, sûrement pour
se rappeler de ses amis, mais aussi pour parler d’harmonie des hommes avec la
nature.
Ça finit mal pour Kirchner : les nazis arrivent, il est destitué de son poste
d’enseignement et on l’interdit de peindre, descentes de police toutes les semaines
pour vérifier. Ses tableaux sont détruits en autodafés, exposition « l’art dégénéré » par
Goebbels, on moque Die Brücker.
Kirchner finit par se suicider en 1938.
Art post WW2 :
Lüpertz, Baselitz = post expressionnistes.
Autres membres du groupes :
Bleyl, reprend les gravures japonaises ; dessins rapides ; grand affichiste du groupe,
fait des affiches sensuelles qui caractérisent son indépendance.
Heckel : nouveau style de gravure : si on veut plusieurs couleurs, on doit faire
plusieurs morceaux de bois. Heckel fait les parties séparées et réunis en une seule
planche.
Schmidt-Rottluff : puissance architecturale de ses tableaux. Il réinvente la gravure, on
a les veines du bois qui apparaissent = lien avec l’artisanat et les ouvriers.