L’assertivité
Origines. Le mot assertivité vient de l'anglais assertiveness, substantif formé à partir du verbe
« to assert » : affirmer, assertion, s'affirmer, défendre ses droits, défendre son opinion.
Assertiveness peut se traduire en français par affirmation de soi. L’assertivité est donc le fait
d’exposer son opinion de façon claire et précise, sans faux fuyant, sans manipulation de son
interlocuteur, sans passion, sans colère, sans fuite, de façon directe : joli programme, mais
difficile à réaliser.
L’assertivité, c’est :
Respecter les autres et savoir se faire respecter des autres
Avoir des relations basées sur la franchise et la confiance avec les autres
Accepter facilement les critiques quand elles sont constructives
Savoir s’exprimer sans avoir peur (assurance personnelle)
Ne pas être agressif ou dominant vis-à-vis d’autrui
Ne pas se soumettre aux autres
Ne pas chercher à manipuler les autres
Être capable de dire « non »
Ne pas chercher à plaire à tout prix et à tout le monde
Être capable d’exprimer son opinion même si elle est différente de celle des autres
Ne pas se sentir contrarié ou attaqué par quelqu’un qui exprime une opinion différente
de la sienne
’ouvrir avant d’expliquer
Quand vous souhaitez sortir d'une pièce, vous respectez intuitivement un excellent
protocole qui consiste d'abord à ouvrir la porte et ensuite à sortir. Il ne vous
viendrait pas à l'idée de faire l'inverse, d'essayer de sortir avant d'ouvrir la porte.
Quand nous sommes communicants, nous respectons aussi ce protocole: d'abord
j'ouvre mon esprit, ensuite je peux faire sortir des informations de moi vers l'autre.
Dans le mode relationnel, la tendance est d'essayer de forcer l'autre à s'ouvrir
à nous sans, nous, nous être ouvert à lui. Nous nous plaindrons ensuite de son
manque d'ouverture car il aura tendance à ne pas nous entendre.
Oser entendre
Nous trouvons cela fréquemment dans les services d'accueil où, quand on ne peut
satisfaire la demande d'un client, on lui explique directement cette impossibilité, sans
entendre le problème que ça lui pose. Pareillement, dans les services de soin
quand un patient refuse un traitement, une toilette, sa nourriture... etc... on lui
explique ce qu'il doit faire sans entendre sa raison. Voir à ce sujet le chapitre
"Douceurs et violences ordinaires" dans l'article de mai 2001 "Personnes âgées"
Une des bases fondamentales de la communication et de l'assertivité est de ne pas
avoir peur de s'ouvrir à ce que l'autre a à dire, car quoi qu'il dise nous savons qu'il
a une raison et nous n'avons pas peur de l'entendre. Nous cessons alors de nous
comporter comme un animal menacé par un prédateur, les oreilles aux aguets, prêt à
mordre au moindre danger... voir même sans qu'il y ait danger, comme ces chiens
qui aboient dès qu'on passe près de la barrière de leur maison.
L'assertivité, c'est humaniser ses comportements et se détendre un peu... tout
en permettant ainsi à son entourage de se détendre aussi... car notre entourage
également réagit trop souvent comme s'il était menacé.
Le moins qu'on puisse dire est que nous ne sommes pas entourés par un
environnement communicant. Raison de plus pour adopter un comportement plus
performant qui apaisera les situations et désamorcera les mines posées ça et là dans
les conversations.
Cependant, cela ne doit jamais nous empêcher d'exprimer ce que nous avons à dire
sans détour, car le respect d'autrui ne doit pas s'exercer au détriment du
respect qu'on s'accorde à soi-même. D'ailleurs, l'efficacité de notre façon de gérer
les situations qui se présentent en dépend.
L'assertivité n'est surtout pas une attitude dans laquelle on accepte tout sans rien
dire. Celui qui fait tout pour les autres mais ne veut rien pour lui, celui qui
accepte tout sans jamais rien dire, n'est pas dans l'assertivité mais dans la
négation de soi. Dans la négation de soi, même si on est généreux, on reste
absent et inefficace. L'autre se plaindra de notre inexistence et les situations seront
tendues et embrouillées. Donc s'affirmer et oser dire est très important pour la qualité
des échanges.
Oser dire
Oser dire est aussi important que de savoir entendre, même si "savoir entendre"
doit toujours précéder "oser dire". Même quand il est nécessaire de s'exprimer, sans
auparavant permettre à notre interlocuteur de donner le fondement de son attitude
ou de son propos, il y aura néanmoins toujours un état d'esprit ouvert, dans lequel on
accorde à l'autre qu'il a une raison. Cela modifiera favorablement notre non-verbal et
évitera les réactions intempestives de celui à qui on s'adresse.
Oser dire est trop rare. Alors, sous prétexte de ménager l'autre, nous n'avons en fait
que trop peur de sa réaction, ou trop honte de nous affirmer. C'est plus cette peur
qu'un souci de délicatesse qui nous anime quand nous n'osons pas dire.
Alors, par cette pseudo délicatesse, nous taisons ce que nous aurions souhaité
exprimer... puis nous adoptons involontairement une attitude frustrée ou un peu
coléreuse. Ce reproche non-verbal conduira l'autre à réagir. Lui même n'osant pas
dire, les échanges vont devenir complexes, tendus et stressants. Dans le meilleur
des cas ils seront stériles, dans le pire des cas ils seront destructeurs.
Oser dire peut paraître simple, mais en fait il nous arrive souvent lors d'un
mécontentement, de nous taire avec une personne, puis de ruminer... pour
ensuite nous plaindre à une autre de ce qui vient de se passer. Les ragots, les
cancans et le "radio couloir" sont généreusement alimentés par ce genre de verbiage
qui n'est plus une expression de soi mais seulement une situation dans laquelle on
tente de se soulager... j'oserai même dire "se soulager comme si on allait aux
toilettes" pour y déverser ce qu'on n'a pas digéré. Prenant ainsi notre interlocuteur
pour un déversoir (et je choisis là un terme pudique) nous ne faisons que
l'encombrer, pour ne pas dire le souiller, et générons ainsi toute une succession de
tensions... car suite à l'échange avec nous, ce dernier fera pareil avec un autre.
Oser dire c'est, sans attendre, exprimer ce qu'on ressent, ce qui nous semble
important, ou ce qui doit être dit
- Si par exemple quelqu'un nous dit "Tu viens au cinéma voir ce film?", alors que
ce film ne nous intéresse pas, nous lui dirons simplement "Tu sais, ça ne me dit pas
trop" plutôt que de lui lancer d'un air faussement délicat "Tu es sûr que ce film vaut le
coup?" (comme si nous voulions lui éviter un mauvais spectacle).
- Si nous sommes avec quelqu'un en voiture, et qu'il se gare sans fermer sa
portière alors que nous avons notre sac dans son coffre. Nous lui dirons simplement
"Je serai plus tranquille si tu fermes tes portières" plutôt que de jouer le donneur de
conseils, faussement délicat, du genre "Tu es sûr que c'est prudent de ne pas fermer
ta voiture?".
- Dans le travail, si un collaborateur passe trop de temps à la pose café, nous lui
dirons simplement "Tu sais, ton absence prolongée pose des problèmes", plutôt que
de sous-entendre d'un air faussement humoristique "Alors! il était bon le café?"
- Dans un hôpital, une infirmière s'approchant d'un patient à qui elle doit faire une
piqûre lui dit simplement "Je vais vous faire votre piqûre" et non une phrase du genre
"On va faire une petite piqûre"
- Face à un patient lui demandant "Dites moi ce que j'ai", un médecin annoncera
directement le diagnostic plutôt que d'utiliser des paraphrases, des mots techniques
incompréhensibles ou pire encore, des mots inadaptés du genre "grosseur" ou
"kyste" pour "cancer". Nous trouvons souvent cela dans l'annonce de pathologies
graves où le médecin argumente son attitude en disant qu'il faut protéger le malade.
En vérité, c'est surtout le médecin qui se protège lui-même de la réaction du patient,
car il ne saurait pas quoi en faire. D'autres, croyant avoir compris cela, annoncent au
contraire le diagnostic brutalement et sans aucun accompagnement. Je pense par
exemple à cette patiente accidentée, dont le médecin se met à distance au pied du
lit, et lui annonce "Eh bien mon petit, pour vos jambes, c'est foutu!" pour lui dire
qu'elle est dorénavant paraplégique... puis il s'en va. C'est évidemment abominable!
Dire directement c'est bien, mais encore faut-il le faire avec humanité et ne pas
s'esquiver au moment où il faut gérer le retour de ce qu'on vient de dire. En
aucun cas, être dans l'assertivité ne doit signifier "lancer dans la figure de l'autre ce
qu'on a à lui dire" et ensuite "qu'il se débrouille!".
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