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Rôle des gouvernements en agriculture

Le document examine le rôle des gouvernements dans le développement des chaînes de valeur agricoles en Afrique, en soulignant l'importance d'une approche 'chaîne de valeur' pour améliorer les politiques agricoles. Il aborde les défis et les avantages de cette approche, ainsi que les méthodes pour sa mise en œuvre, tout en se basant sur des études de cas et des données sur la consommation et la productivité agricoles. L'objectif est de favoriser un dialogue entre les pays pour optimiser les ressources et améliorer les résultats dans le secteur agricole.

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Rôle des gouvernements en agriculture

Le document examine le rôle des gouvernements dans le développement des chaînes de valeur agricoles en Afrique, en soulignant l'importance d'une approche 'chaîne de valeur' pour améliorer les politiques agricoles. Il aborde les défis et les avantages de cette approche, ainsi que les méthodes pour sa mise en œuvre, tout en se basant sur des études de cas et des données sur la consommation et la productivité agricoles. L'objectif est de favoriser un dialogue entre les pays pour optimiser les ressources et améliorer les résultats dans le secteur agricole.

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Dialogue sur les Politiques

Le rôle des gouvernements dans le


développement des chaînes de valeur
dans le secteur de l’agriculture
2019

Document de référence

#PlusQueDeSimplesCultures
Remerciements

Cette publication a été préparée par l’Initiative africaine concertée sur la réforme budgétaire.

Elle a été rédigée par Kit Nicholson, en tenant compte des conseils et des apports fournis par Joana Bento
et Shanaz Broermann du Secrétariat de CABRI.

Pour tout renseignement sur CABRI, ou pour obtenir des exemplaires de cette publication, veuillez
contacter :

CABRI Secretariat
Cnr John Vorster & Nellmapius Drive
Centurion, 0062
South Africa
[Link]

Conception et mise en page par Leith Davis


Correction par Laurie Rose-Innes

Cette publication a été financée par la Banque africaine de développement. Les résultats et les conclusions
contenus dans cette publication ne reflètent pas forcément ses positions ou ses politiques.
Table des matières
1 Introduction 5
1.1 Le Dialogue
1.2 Agricullture et développement en Afrique
1.3 Approches de la politique agricole
2 Quelle est la différence avec une approche « chaîne de valeur » ? 13

3 Comment une approche « chaîne de valeur » affecte les options de politiques ? 15

4 Les avantages d’une approche « chaîne de valeur » 17

5 Défis d’une approche « chaîne de valeur » 18

6 Méthodes d’une approche « chaîne de valeur » 19

7 Enseignements tirés et questions au sujet de l’expérience africaine du développement


de chaînes de valeur 24
Références 25

Tableau, figures et encadrés


Tableau
Tableau 1 : Principales contraintes liées aux chaînes de valeur en Afrique 14
Figures
Figure 1 : Consommation moyenne annuelle par habitant de cultures vivrières de base en Afrique 6
Figure 2 : Part de l’agriculture dans le PIB en Afrique 6
Figure 3 : Évolution de la productivité de la main-d’œuvre et des terres, de 1961 à 2014 7
Figure 4 : Liens entre l’agriculture et d’autres secteurs 8
Figure 5 : Catégories de dépenses publiques consacrées à l’agriculture, telles que définies par le SAPAA 9
Figure 6 : Part des dépenses agricoles dans les dépenses publiques totales avant et après 2003 10
Figure 7 : Note obtenue par pays, relative à la transformation de l’agriculture en Afrique 11
Figure 8 : Développement d’une chaîne de valeur dans le système de planification et de budgétisation 16
Figure 9 : Carte type de la chaîne de valeur 21
Figure 10 : Prix de la chaîne de valeur de l’anacarde (noix de cajou) au Sénégal et en Gambie 21
Figure 11 : Revenus et marges des acteurs d’une chaîne de valeur avant et après les réformes 22
Encadrés
Encadré 1 : Enseignements tirés des projets de développement rural intégré 12
Encadré 2 : L’analyse SAPAA des OMD en Afrique 20
Encadré 3 : Guides sur l’ACV 23

Acronymes et abréviations
ACA Analyse coûts-avantages GFP Gestion des finances publiques
ACET Centre africain pour la transformation IFPRI Institut international de recherche sur les
économique politiques alimentaires
ACV Approche « chaîne de valeur » MdA Ministère de l’Agriculture
AMC Analyse multicritère MdF Ministère des Finances
CABRI Initiative africaine concertée sur la réforme bud MdP Ministère de la Planification ou ministère
gétaire du Plan
CV Chaîne de valeur PDDAA Programme détaillé de développement
DCV Développement de chaînes de valeur de l’agriculture africaine
FAO Food and Agriculture Organisation PDRI Projet de développement rural intégré
FFPM Forces, faiblesses, possibilités et menaces SAPAA Suivi et analyse des politiques agricoles et
FIDA Fonds international de développement agricole alimentaires
« L’Afrique dispose de terres
arables et d’une main-
d’œuvre abondante qui, avec
des politiques rationnelles,
permettraient d’augmenter la
production et les revenus et
d’assurer la sécurité alimentaire.
Il n’en a pas été ainsi en raison
d’un manque de politiques
cohérentes et/ou de stratégies
de mise en œuvre efficaces. »
(Memfi 2015: 71)
1 Introduction

1.1 Le Dialogue l’efficacité des politiques publiques dans le secteur de


l’agriculture. Il ne traite pas des principes généraux de la
planification et de la budgétisation agricoles qui est un sujet
L’Initiative africaine concertée sur la réforme budgétaire
plus vaste. Le document se fonde sur une revue des ouvrages
(CABRI) collabore avec des gouvernements afin de les aider à
existants consacrés à ce sujet et sur les enseignements tirés
mettre en œuvre des réformes de gestion des finances
des trois études de cas réalisées pour ce dialogue.
publiques (GFP) plus fonctionnelles. L’une des principales
activités de CABRI est de faciliter l’apprentissage et l’échange
entre pairs par le biais de dialogues thématiques. L’un des 1.2 Agriculture et développement en
thèmes essentiels des dialogues est l’amélioration de
l’optimisation des ressources réalisée par les dépenses
Afrique
publiques, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de
Demande. La politique agricole conventionnelle met
l’éducation, de la santé et de l’eau et l’assainissement. Les
généralement l’accent sur les problèmes liés à la production ;
dialogues précédents dans le secteur de l’Agriculture, en ont
une ACV, considère cependant, que les fluctuations de la
inclus un en 2013 sur l’efficience des dépenses et un second,
demande sont tout aussi importantes et s’attache à découvrir
en 2014, sur l’évaluation de l’impact. Un troisième débat sur
comment le marché s’assure que l’offre répond à la demande.
l’agriculture se tiendra à Addis-Abeba en mars 2019, qui
Toutefois, les données basées sur l’observation directe de la
mettra l’accent sur la valeur ajoutée qui peut être réalisée en
consommation sont limitées aux enquêtes sur les ménages,
adoptant une approche « chaîne de valeur » (ACV) des
qui sont ponctuelles et difficiles à comparer entre les
politiques et des dépenses.
différents pays. Par conséquent, la majorité des estimations
Objectifs du Dialogue. Les objectifs de ce prochain dialogue de la consommation sont dérivées des statistiques sur la
sur l’agriculture sont de donner un aperçu de l’expérience la production et du calcul des importations moins les
plus récente de l’utilisation d’une ACV pour améliorer la exportations. La Figure 1 présente la consommation annuelle
politique agricole et d’identifier les contraintes de moyenne par habitant, de six cultures vivrières de base dans
compétences ainsi que les actions possibles pour les l’ensemble des pays africains. La figure montre que la
résoudre, afin de faciliter le dialogue entre pays et de consommation de toutes les cultures vivrières de base
promouvoir la coopération économique et environnementale combinées par habitant, a connu une forte augmentation.
régionale. Une hausse de la consommation de blé et de riz, est souvent
liée à l’urbanisation croissante, et l’augmentation de la
Le Dialogue sur les Politiques réunira des fonctionnaires des
production de maïs peut être attribuée en partie à la
ministères des Finances et du Budget (MdF), de la Planification
popularité croissante du maïs auprès des exploitants
(MdP), de l’Agriculture (MdA) et des ministères dépensiers
agricoles. L’augmentation spectaculaire de la consommation
associés (MD)1 afin de discuter du rôle et des fonctions du
de manioc, et les raisons qui la motivent, ne sont pas
gouvernement dans le développement de chaînes de valeur
évidentes. La consommation du sorgho et du millet a
agricoles (DCV). Les représentants gouvernementaux auront
légèrement décliné. Il est nécessaire de comprendre les
également l’occasion de faire part des expériences de leur
raisons sous-jacentes des tendances dans la demande de
pays, dans un environnement d’apprentissage et d’échange
cultures avant d’adopter une ACV de la politique agricole,
entre pairs.
notamment l’intégration d’une ACV dans la politique et les
Ce document de référence. Ce document se concentre en programmes courants d’une part, et la conceptualisation de
particulier sur la manière dont une ACV peut améliorer nouveaux programmes dédiés au DCV

1 Les autres ministères peuvent inclure ceux de l’Industrie, du Commerce, de l’Eau et de l’Environnement.

Le rôle des gouvernements dans le développement des chaînes de valeur dans le secteur de l’agriculture 5
Figure 1 : Consommation moyenne annuelle par habitant de cultures vivrières de base en Afrique

120

100
Consommation (en Kg/habitant/an)

80

60

Manioc et produits à base de manioc


40
Maïs et produits à base de maïs

Millet et produits à base de millet


20 Riz (en équivalent blanchi)

Sorgho et produits à base de sorgho

0 Blé et produits à base de blé


1961

1965

1970

1975

1980

1985

1990

1995

2000

2005

2010
Source : Données FAOSTAT sur le bilan alimentaire.

Production. L’agriculture emploie 70 pour cent de la main dans le PIB a décliné progressivement, comme le montre la
d’œuvre dans les pays africains à faible revenu, et plus de 50 Figure 2. Le secteur agricole représente seulement 25 pour
pour cent de la main d’œuvre dans les économies à revenu cent du PIB de l’Afrique subsaharienne, bien que la réduction
intermédiaire de la tranche inférieure, bien que ce chiffre de la part de l’agriculture dans le PIB ait ralenti depuis une
varie considérablement d’un pays à l’autre (voir Figure 2). quinzaine d’années. Les premiers modèles de développement
L‘agriculture occupe une place importante dans de nombreux économique ne sont que partiellement pertinents, car la
plans économiques, en tant que moyen pour réduire la main d’œuvre disponible pour la croissance dans les secteurs
pauvreté, la malnutrition et les inégalités en matière de genre industriel et des services, émane principalement de la
(NEPAD, 2013). Les premiers modèles de développement croissance démographique et non de la productivité agricole.
économique, comme le modèle économique de Lewis Dual, Selon certains, les multiplicateurs agricoles seraient élevés et
prévoyaient que l’industrie et les services allaient croître plus la croissance agricole produirait de grands bénéfices dans
rapidement que le secteur agricole, dans la mesure où d’autres secteurs (Christiaensen, Demery & Kühl, 2006).
l’amélioration de la productivité agricole devait promouvoir la Toutefois, une recherche menée pour trouver des études sur
disponibilité d’un surplus de main-d’œuvre et de profits, la différence des effets multiplicateurs dans divers secteurs
grâce aux exportations, pour alimenter la croissance de en Afrique, n’a produit aucun résultat.
l’industrie et des services. En Afrique, la part de l’agriculture

Figure 2 : Part de l’agriculture dans le PIB en Afrique

Madagascar
Rwanda 40
Guinée
Éthiopie
Ouganda
Tanzanie
Zimbabwe
Malawi 30
Zambie Afrique subsaharienne
Libéria
Sénégal
Bénin Afrique
Ghana
Soudan 20 ACET 15
Maroc
Gambie Afrique du Nord
Namibie
Nigéria
Égypte
Botswana 10
São Tomé-et-Príncipe
Tunisie Pays de comparaison
Lesotho
Algérie
Maurice
Afrique du Sud 0
0 20 40 60 80 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015
Pourcentage

Source: ACET (2017).

6 Document de référence
Productivité. La croissance de la productivité en Afrique une moindre mesure, en Afrique de l’Ouest. En revanche, les
subsaharienne est généralement considérée comme faible autres pays en développement ont progressé à la fois dans la
en comparaison avec la croissance en Asie. La Figure 3, par productivité des terres et de la main-d’œuvre. Ces chiffres
exemple, montre l’évolution de la productivité de la main- sont tirés de la base de données de la FAO (FAOSTAT)
d’œuvre et des terres en Afrique et en Asie depuis 43 ans. concernant la production agricole, divisés par le total des
Pendant la période comprise entre 2001 et 2012, la croissance emplois dans le secteur agricole. D’autres recherches
de la productivité totale des facteurs (PTF)2 a atteint en cependant, indiquent que beaucoup de ménages ruraux
moyenne 0,6 pour cent par an en Afrique subsaharienne, 2,9 effectuent de multiples tâches et que la productivité de la
pour cent en Asie de l’Est et Pacifique, et 2 pour cent en Asie main d’œuvre agricole calculée en fonction des heures
du Sud, en Amérique latine et aux Caraïbes (Banque mondiale, passées à travailler dans l’agriculture est comparable à celle
2016). L’augmentation de la productivité en Afrique des autres secteurs (McCullough, 2015). Pour avoir une ACV
subsaharienne résulte de l’amélioration de la productivité dans le secteur, il est essentiel de mieux comprendre le
des terres, mais la productivité de la main-d’œuvre n’a pas rendement de la main-d’œuvre.
évolué de façon significative, sauf en Afrique du Sud, et dans

Figure 3 : Évolution de la productivité de la main-d’œuvre et des terres, de 1961 à 2014


Rendement par hectare de 1961 à 2014 (Int. 2004 à 2006 en USD)

Rendement par hectare de 1961 à 2014 (Int. 2004 à 2006 en USD)


Afrique et Asie Régions d’Afrique
3,000
Chine Productivité de la main-d’œuvre et des terres
Asie du Sud-Est
1,100 400
Afrique occidentale
Afrique orientale
400 Asie du Sud 148

Afrique subsaharienne sans l’Afrique du Sud Afrique du Sud


148 54
Afrique subsaharienne sans l’Afrique du Sud
Asie de l’Est sans la Chine Afrique centrale
54 20

20 Afrique australe sans l’Afrique du Sud


7
245 400 600 1100 1800 3,000 4,900 8,100 245 660 1,800 4,900 13,400
Production par travailleur de 1961 à 2014 (Int. 2004 à 2006 en USD) Production par travailleur de 1961 à 2014 (Int. 2004 à 2006 en USD)

Source : AGRA (2017) en utilisant les données FAOSTAT.

L’augmentation de la productivité n’a pas suivi la croissance moderne ainsi que les taux élevés de sous-emploi. Quatre-
démographique ni l’évolution des habitudes de vingt pour cent de l’ensemble des exploitations agricoles ont
consommation, qui sont partiellement dues à l’urbanisation une superficie inférieure à deux hectares (NEPAD, 2013). La
croissante et à l’évolution des revenus (Banque mondiale, majorité de la production provient des petits exploitants
2015). Par conséquent, les pays africains sont des agricoles, qui utilisent des méthodes traditionnelles
importateurs nets de denrées alimentaires depuis le milieu d’agriculture pluviale. Les petits exploitants agricoles
des années 1970 (FAO, 2011), et cette tendance devrait se dispersés dans des villages isolés doivent confronter des
poursuivre pendant la période allant de 2015 à 2025, dans la difficultés supplémentaires pour s’organiser en associations
mesure où, selon les prévisions, les importations nets et autres groupes commerciaux, avoir accès à la fourniture
d’aliments devraient augmenter considérablement, passant d’intrants de bonne qualité et aux informations sur les
de 35 milliards USD à 110 milliards USD (BAD, 2016). La marchés, et pour transporter leurs produits périssables vers
dépendance de l’Afrique vis-à-vis des cultures vivrières de les marchés. Le changement climatique pose un problème
base importées, est une menace pour la sécurité alimentaire, supplémentaire, car il rend le secteur agricole plus vulnérable
qui est gravement affectée durant les périodes où les prix aux chocs climatiques dus à l’évolution des tendances
internationaux des denrées alimentaires sont élevés. pluviométriques, aux températures croissantes et aux
événements météorologiques extrêmes comme les
Parmi les raisons expliquant les faibles niveaux de productivité,
inondations et les sécheresses (Sanderson, Hemming & Betts,
on peut citer le recours aux techniques traditionnelles à forte
2011).
intensité de main-d’œuvre qui n’utilisent pas la technologie

2 La productivité totale des facteurs tient compte de l’apport des intrants conventionnels à la production, (à savoir les terres, la main-d’œuvre, le
capital et les équipements) (Banque mondiale, 2016).

Le rôle des gouvernements dans le développement des chaînes de valeur dans le secteur de l’agriculture 7
Transformation et commercialisation. Malgré les défis toujours lié à l’agriculture. Le Centre africain pour la
auxquels fait face le secteur agricole, la plupart des stratégies transformation économique (ACET) souligne les relations
économiques reconnaissent que le développement durable étroites qui existent entre le secteur agricole et d’autres
doit être fondé, dans une certaine mesure, sur la croissance secteurs, comme le montre la Figure 4, et conclut que
de l’agriculture. Il est largement reconnu que le secteur l’agriculture contribue considérablement à la transformation
agricole et d’autres secteurs de l’économie sont étroitement économique de l’Afrique (ACET, 2017).
liés et que, par conséquent, le développement durable sera

Figure 4 : Liens entre l’agriculture et d’autres secteurs

OUTILS/MACHINES AGROCHIMIE
• Fabrication ou réparation Production d’engrais,
de coutelas, houes, pioches et d’insecticides,
autres outils simples de pesticides, etc.
• Réparation de tracteurs
simples
• Fabrication ou assemblage FABRICATION DE
de tracteurs simples
MATÉRIAUX
IRRIGATION D’EMBALLAGE
• Fabrication ou réparation
de pompes, tuyaux et
matériel d’irrigation simple

PRODUCTION D’ALIMENTS
POUR ANIMAUX
EXPLOITATIONS
AGRICOLES

SERVICES AGRICOLES
• Machines (préparation
de la terre, plantation
et moisson)
• Épandage
• Stockage REPRODUCTION DE
• Transport à l’exploitation SEMENCES/PRODUCTION
• Applications technologiques DE POUSSINS

SERVICES DE VULGARISATION
ET SERVICES VÉTÉRINAIRES

MARCHÉS INTÉRIEURS
(y compris supermarchés)
SERVICES AGRICOLES • Transport entre exploitation
MARCHÉ D’EXPORTATION AGRO-ALIMENTAIRE et marché de village local
• Transport depuis • Grossistes dans les zones
(y compris aliments pour animaux)
l’exploitation urbaines ; supermarchés et magasins
• Transport jusqu’aux usines
• Emballage • Publicité et emballage
• Emballage et
• Entreposage pour les supermarchés
commercialisation des
• Commissionnaires de
produits transformés
transport à l’exportation
• Emplois en gestion, ingénierie,
et agents logistiques
transformation, technologie
et autres professions

Source : ACET (2017).

8 Document de référence
1.3 Approches de la politique agricole l’État a été théoriquement limité principalement à la
fourniture de biens publics et à la création d’un environnement
propice aux affaires pour assurer la prospérité du secteur
Types de politiques. Le projet de Suivi et analyse des
privé (Banque mondiale, 2015). La sous-performance du
politiques agricoles et alimentaires (SAPAA) de l’Organisation
secteur agricole a révélé l’absence de certains marchés et
des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
l’existence de défaillances du marché (FAO, 2006).
définit trois grandes catégories et 14 sous-catégories de
L’importance du rôle joué par l’État pour atténuer l’inefficacité
dépenses publiques en agriculture, comme on le voit à la
et les défaillances des marchés, et lutter contre l’augmentation
Figure 5 (Pernechele, Balie & Ghins 2018). Certaines sous-
des inégalités résultant de la distribution des biens et des
catégories sont ventilées en composantes plus détaillées.
services sur les marchés, est aujourd’hui largement reconnue
Rôle du gouvernement. Depuis la crise de l’endettement et (Banque mondiale, 2016).3
les réformes intervenues durant les années 1980, le rôle de

Figure 5 : Catégories des dépenses publiques consacrées à l’agriculture telles que définies par le SAPAA

Catégories Catégories Sous-catégories Composantes


globales
Aide alimentaire

Transferts en espèces

Paiements aux consommateurs Programme alimentaire


scolaire

Paiements aux agents Paiements aux producteurs


Subventions à la
Paiements aux autres agents production

Subventions aux intrants


Recherche agricole
Dépenses spécifiques à Soutien au revenu
l’agriculture
Assistance technique

Formation

Vulgarisation
Soutien général
Inspection Routes de desserte

Infrastructures agricoles Irrigation hors-ferme

Stockage Autres infrastructures


hors-ferme
Commercialisation

Éducation rurale Routes rurales

Dépenses en faveur de l’agriculture Santé rurale Eau et assainissement


ruraux
Infrastructures rurales
Énergie rurale

Autres infrastructures
rurales

Source : (Pernechele et al. (2018).

3 Les interventions précédentes de l’État dans le secteur agricole mettaient l’accent sur la production sur l’exploitation agricole au travers de
services de vulgarisation agricole et de divers intrants de production. Toutefois, les résultats étaient décevants - car cette approche produit des
niveaux d’inefficacité très élevés.

Le rôle des gouvernements dans le développement des chaînes de valeur dans le secteur de l’agriculture 9
Niveaux des dépenses. Suite à l’intérêt renouvelé porté à leurs dépenses au secteur de l’agriculture (NEPAD, 2018),
l’agriculture, 41 États africains ont signé la Déclaration de mais les pays ayant atteint ce pourcentage sont peu
Madagascar
Maputo en 2003, et le Programme détaillé de développement
Rwanda nombreux. La Figure 6 montre la part de l’agriculture dans les
Guinée
de l’agriculture
Éthiopie africaine (PDDAA) a été publié dans le cadre
Ouganda
dépenses publiques totales au cours de la décennie précédant
Tanzanie
du Nouveau
Zimbabwe partenariat pour le développement de l’Afrique. et suivant la Déclaration de Maputo. La figure montre que la
Malawi
La Déclaration
Zambie de Malabo date de 2014, et fournit un cadre part de l’agriculture avait augmenté dans 20 pays sur 40, et
Libéria
stratégique pour la transformation de l’agriculture, la
Sénégal
Bénin
avait diminué dans les 20 autres pays, ce qui donne à penser
croissanceSoudanéconomique et la prospérité pour tous (ONU,
Ghana
que la Déclaration de Maputo n’avait eu qu’un un impact
Maroc
2018). Gambie limité sur les décisions relatives aux affectations budgétaires
Namibie
Nigéria dans le secteur agricole. Trois pays (le Malawi, le Zimbabwe
Le PDDAA demande un investissement accru dans le secteur
Égypte
Botswana
São Tomé-et-Príncipe et la Zambie) ont enregistré une augmentation considérable
de l’agriculture
Tunisie pour atteindre le taux de croissance ciblé du
Lesotho des affectations budgétaires au secteur agricole, et deux pays
secteur, qui est de 6 pour cent par an. Les gouvernements
Algérie
Maurice (le Burkina Faso et le Niger) ont enregistré une baisse
des pays
Afriqueafricains
du Sud se sont engagés à affecter 10 pour cent de
importante à cet égard.

Figure 6 : Part des dépenses agricoles dans les dépenses publiques totales avant et après 2003

20

2005–14
1995–2004
15

Dépenses budgétaires en pour cent


10

0
Cameroun

Kenya

Érythrée
Ouganda

Algérie
Burundi
Tanzanie

Tchad
Éthiopie

Ghana
Nigéria
Côte d’Ivoire

Lesotho
République du Congo
République centrafricaine
Rép. démo. du Congo

Guinée-Bissau

Sierra Leone
Gambie
Libéria
Togo
Bénin
Sénégal
Mali

Niger
Seychelles

Angola
Burkina Faso

Afrique du Sud

Maurice
Swaziland
Botswana
Namibie
Zambie
Madagascar
Zimbabwe
Malawi

Maroc
Égypte

Tunisie
Source : ACET (2017).

Planification et processus budgétaires. Outre le faible L’amélioration du processus budgétaire permettrait


niveau de financement, on constate dans certains pays un d’accroître l’efficacité des dépenses publiques. Le PDDAA
écart significatif entre la préparation budgétaire et la capacité reconnaît que les fonds publics et les compétences actuelles
d’exécution du budget. Bien que les pays de l’Afrique sont insuffisants pour permettre les investissements
subsaharienne disposent de cadres nationaux nécessaires à la transformation agricole, faisant ainsi de la
d’investissement dans l’agriculture, les priorités collaboration avec le secteur privé un facteur essentiel de
correspondantes en matière de dépenses ne sont pas réussite (BAD, 2016).
intégrées aux processus budgétaire. Ce facteur est associé à
Enseignements tirés des politiques agricoles. L’Institut
un faible taux d’exécution du budget, qui est seulement de 34
international de recherche sur les politiques alimentaires
pour cent en République démocratique du Congo et de 37
(IFPRI) publie un rapport annuel sur les politiques alimentaires
pour cent à Madagascar (Banque mondiale, 2016). Les
mondiales (voir IFPRI, 2018). La dernière édition de ce rapport
problèmes liés à l’exécution du budget sont particulièrement
attribue la forte croissance agricole aux investissements,
graves dans le secteur agricole à cause du caractère saisonnier
notamment l’investissement direct étranger (IDE), qui était
des dépenses et du fait que les campagnes agricoles ne
initialement encouragé par le prix avantageux des matières
coïncident généralement pas avec les cycles budgétaires, et
premières au début de l’an 2000. Les dépenses publiques
que les incertitudes dans le secteur agricole sont nombreuses,
pour l’agriculture, calculées en tant que pourcentage des
tant du point de vue de la production que du point de vue
dépenses publiques, sont tombées de 3,5 pour cent à 3 pour
des prix.
cent sur le continent africain. La Déclaration de Malabo en

10 Document de référence
2014, comprenait l’engagement d’établir des rapports sur la La BAD a récemment produit une évaluation de l’efficacité de
transformation agricole, et définissait le nouveau Tableau de l’aide au développement en matière agricole, en mettant
bord de la transformation de l’agriculture africaine (AATS), qui l’accent tout particulièrement sur ses propres activités (BAD,
a été lancé au Sommet de l’Union africaine en janvier 2018. 2016). La revue a conclu que les gouvernements africains ont
L’AATS est basé sur 43 indicateurs dans 23 catégories de désormais reconnu l’importance de l’agriculture, mais que la
performance et 7 domaines thématiques. Les résultats productivité est toujours sujette à des contraintes,
indiquent que 20 pays sur 47 ont obtenu une note AATS d’au notamment la vulnérabilité à l’instabilité des prix mondiaux
moins 3,9, ce qui montre que ces pays sont en bonne voie de et aux pressions sur les ressources naturelles. La BAD
réaliser les engagements de Malabo. De nombreux pays ont maintient son opinion selon laquelle les programmes
également élaboré de nouveaux plans d’investissement pour conventionnels de soutien à la productivité des exploitations
l’agriculture et la sécurité alimentaire, qui remplacent les agricoles produisent de bons résultats. Cependant, la Banque
plans établis en amont de la Déclaration de Maputo en 2003. se concentre davantage maintenant sur les progrès accomplis
dans les chaînes de valeurs, et la croissance des petites
entreprises et des infrastructures en milieu rural.

Figure 7 : Note obtenue par pays, relative à la transformation de l’agriculture en Afrique

0
Rwanda
Mali
Maroc

Maurie
Éthiopie

Togo
Malawi
Mautitanie
Kenya
Burundi
Cap-Vert
Ouganda
Botswana
Bénin

Namibie

Niger
Burkina Faso
Mozambique

Seychelles

Côte d’Ivoire
Égypte
Nigéria
Guinée équatoriale
Zambie

Guinée
Zimbabwe

Gambie
Madagascar

Soudan
Tunisie
Afrique du Sud

Swaziland
Ghana
Sénégal
Lesotho

Djibouti

Tanzanie
Gabon
Congo
RCA
Tchad
Cameroun
Angola

São Tomé-et-Príncipe
Sierra Leone
RDC
Libéria
TA1 TA2 TA3 TA4 TA5 TA6 TA7 En bonne voie (3,94)

Source : Benin, Ulimwengu & Tefera (2018).

TA1 : Réengagement au processus du PDDAA


TA2 : Renforcement du financement des investissements dans l’agriculture
TA3 : Éradication de la faim d’ici 2025
TA4 : Réduire de moitié la pauvreté à travers l’agriculture d’ici 2025
TA5 : Intensification du commerce intra-africain dans le domaine des produits agricoles de base
TA6 : Renforcement de la résilience à la variabilité climatique
TA7 : Renforcement de la responsabilité mutuelle par rapport aux actions et aux résultats

Le rôle des gouvernements dans le développement des chaînes de valeur dans le secteur de l’agriculture 11
Encadré 1 : Enseignements tirés des projets de développement rural intégré
Au cours des deux décennies qui ont suivi l’indépendance de beaucoup de pays africains, un fort accent a été mis sur
l’agriculture. Cependant, beaucoup des projets entrepris n’ont rencontré qu’un succès limité, souvent du fait qu’ils se
concentraient sur une seule question très spécifique. En réaction à cette lacune, on a observé dans les années 1970 et
1980 une hausse des projets de développement rural intégré (PDRI) visant à couvrir tous les aspects du développement
rural. Une évaluation des PDRI a trouvé que la plupart d’entre eux avaient obtenu des résultats nettement plus mauvais
que ceux prévus pour les raisons suivantes : des conditions économiques hostiles, avec notamment de faibles prix reçus
par les producteurs ; des connaissances insuffisantes des systèmes de culture et des prévisions de rendement trop
optimistes ; les bas salaires de la main d’œuvre agricole ; le manque d’efficience de la commercialisation ; les coûts de
vulgarisation insoutenables ; la saturation de la gestion par l’inclusion de toutes les composantes sous une structure
unique ; et une dépendance trop importante vis-à-vis des nouvelles institutions. (DFID, 2004). Ces enseignements sont
d’une grande pertinence dans le cadre de la conception des politiques et des investissements fondés sur l’ACV.
Un document de référence du Centre africain pour la transformation économique (ACET) dans le cadre du Rapport 2017
sur la transformation de l’Afrique identifie sept raisons à l’origine de la mauvaise performance des PDRI : les problèmes de
conception ; la complexité des projets ; l’environnement macroéconomique et politique ; la participation des bénéficiaires
; les unités de gestion de projet ; les effectifs des institutions du développement ; et la mauvaise compréhension des
systèmes agricoles (Baah-Dwomoh, 2016). Chose surprenante vu les perspectives de l’ACET, le document ne prête pas
beaucoup attention au DCV, bien qu’il cite certaines initiatives adoptant une ACV. Certaines des conclusions semblent
toutefois être semblables à celles des évaluations de l’ACV (par ex., concernant la complexité et les politiques
macroéconomiques), ce qui mène à penser que les travaux de conception de l’ACV devraient tenir compte de l’expérience
des PDRI et éviter de faire les mêmes erreurs.
Plus récemment, un bulletin de l’Institut des études sur le développement (IDS) s’est concentré sur les méthodes
d’évaluation du développement rural intégré des quarante dernières années (IDS, 2018). Le bulletin concluait qu’il était
très difficile d’évaluer si une approche intégrée avait réellement eu un impact sur la performance des politiques et
investissements publics, en grande partie du fait que le monde réel est si complexe et désordonné qu’il est impossible
d’isoler de manière spécifique les implications de la conception intégrée du développement rural. Les principaux
enseignements portent ainsi sur les méthodes d’évaluation, et semblent indiquer que l’intégration ne devrait pas
nécessairement être conçue pour être exhaustive ; elle pourrait s’avérer la plus efficace lorsqu’elle ne se concentre que
sur quelques initiatives apparentées, où le suivi et l’évaluation sont minutieusement reliés à la gestion.
Il existe beaucoup d’évaluations de PDRI spécifiques pour illustrer l’éventail des différentes expériences. Par exemple, une
évaluation en Inde a observé un bon niveau de bénéfices tout en soulignant d’importantes et fréquentes contraintes au
niveau de la gestion et des finances, ainsi qu’une tendance à se concentrer sur les crédits et la vulgarisation, en ne prêtant
pas assez attention aux intrants, à la commercialisation des cultures et aux besoins en infrastructures (PEO, non daté).

Une approche ACV commence par la demande de


produits agricoles, et son rôle dans l’amélioration de la
nutrition et des recettes à l’exportation, et vise à
comprendre comment la production agricole y répond.

12 Document de référence
2
Quelle est la différence avec
une approche « chaîne de
valeur » ?

L’accent est mis sur la demande. La plupart des stratégies Complémentarité avec la planification sectorielle
agricoles se concentrent sur le rôle de l’agriculture au niveau conventionnelle. L’ACV fournit un appui focalisé et équilibré
du PIB et de l’emploi. En revanche, une approche « chaîne de pour une sélection de produits tout au long de la chaîne. Elle
valeur » (ACV) commence par la demande de produits exige ainsi une collaboration entre les institutions qui
agricoles, et son rôle dans l’amélioration de la nutrition et des appuient la production agricole et celles qui appuient le
recettes à l’exportation, et vise à comprendre comment la développement du marché. L’accent mis sur une sélection de
production agricole y répond. Parallèlement, elle vise à produits implique inévitablement que d’autres produits
capturer les avantages potentiels pour tous les acteurs de la bénéficient d’un appui réduit. Il est toutefois rarement
chaîne d’approvisionnement, et par là, à garantir qu’aucun adéquat de concentrer un grand pourcentage d’aide publique
acteur ne bloque son développement et que l’aide publique sur quelques produits seulement ; en effet, une part
disponible, quoique limitée, soit déployée de manière considérable d’aide à l’agriculture et à l’industrie
optimale tout au long de la chaîne. agroalimentaire doit être à la disposition de tous les produits,
et permettre ainsi à de nouveaux produits d’émerger pour
Couverture de tous les acteurs de la chaîne. L’ACV adopte le
éventuellement faire l’objet de l’attention de l’ACV.
point de vue du système de marché, des fournisseurs
d’intrants jusqu’aux utilisateurs finaux, et tient compte du fait Contraintes et possibilités au sein de la chaîne de valeur.
que des contraintes associées peuvent être applicables au Bon nombre de programmes de DCV sont conçus pour
sein du système ou de l’environnement dans lequel elle opère répondre aux contraintes de la CV, qui varient
(USAID, 2018). La Figure 9 ci-dessous offre un exemple de considérablement entre pays et entre CV. L’ACV est néanmoins
représentation de la chaîne de valeur. En identifiant les la plus adaptée pour appuyer les possibilités émergentes
différentes activités qui ajoutent de la valeur à un produit, suite à l’évolution de la demande ou aux nouvelles options de
l’ACV facilite l’amélioration de la compréhension des l’offre. L’ACV se prête ainsi parfaitement à l’analyse FFPM, que
contraintes et des possibilités de chaque activité, et ce, en l’on retrouve dans beaucoup de programmes de DCV.
mettant en exergue les coûts économiques associés, les
acteurs importants et le cadre institutionnel (ONUDI, 2009).

Le rôle des gouvernements dans le développement des chaînes de valeur dans le secteur de l’agriculture 13
Tableau 1 : Principales contraintes liées aux chaînes de valeur en Afrique

Constraint Riz : Maïs : Cacao : Lait : Haricots verts:


Ghana et Zambie Ghana Kenya Kenya
Sénégal

Marchés des produits

Politiques de distorsion des


* *** * **
marchés

Problème de qualité ** * ** ***

Sécurité alimentaire * * ** ***

Problèmes sociaux et
** ***
environnementaux

Problème d’intégration
** *** **
régionale

Risque de fluctuation des prix ** *** ** * *

Intrants et technologie

Politiques de distorsion des


** *** * *
marchés

Problèmes d’accès *** *** *** *

Problèmes d’accès aux terres *** ** **

Problèmes d’infrastructures

Transport ** ** ** *

* * *
*** **
Autre (énergie pour (points de (chaîne du
(irrigation) (routes rurales)
broyer) collecte) froid)
Problèmes d’accès au
** ** *** *
financement

Problèmes de compétences * * ** * ***

Problèmes d’implication des


* ***
petits exploitants

Source : Banque mondiale (2013).

14 Document de référence
3 Comment une approche
« chaîne de valeur » affecte
les options de politiques ?

Rôle du gouvernement dans le DCV. La partie 1.3 ci-avant privés et coopératifs sur le marché, afin d’améliorer les
s’est penchée sur le rôle du gouvernement dans l’agriculture. choix et l’efficience. Une ACV apporte de la rigueur à cette
Adopter une ACV a les implications suivantes pour chaque démarche en nécessitant une analyse solide des
domaine d’appui potentiel du gouvernement. implications d’une intervention sur le marché pour tous les
acteurs de la chaîne, notamment la compréhension des
• La recherche et la vulgarisation constituent des aspects
facteurs déterminant la rentabilité.
centraux des politiques agricoles conventionnelles et un
domaine essentiel des programmes de DCV. L’ACV ne • Les contrôles de la qualité (notamment la sécurité
cherche toutefois pas à optimiser uniquement la alimentaire et les normes sur les intrants) sont parfois
production et les rendements, mais aussi la qualité et le négligés dans l’aide conventionnelle à l’agriculture ; l’ACV
caractère saisonnier de la production, ce qui affecte la veille à ce qu’un appui soit fourni s’il est nécessaire pour
capacité des agriculteurs à mettre leurs produits sur le parvenir à une chaîne de valeur efficiente répondant aux
marché, que ce soit pour les consommateurs ou l’industrie exigences de qualité des consommateurs et des
agroalimentaire. Par ailleurs, l’ACV encourage la recherche transformateurs et offrant des incitations aux exploitants
et la vulgarisation à se concentrer sur l’utilisation d’intrants agricoles.
vraisemblablement à la disposition des agriculteurs, en
• Les infrastructures publiques représentent souvent un
fonction des capacités des fournisseurs d’intrants. Cette
aspect essentiel de l’aide publique à l’agriculture. Elles sont
démarche garantira également que les exploitants
également importantes dans le cadre d’une ACV, ce qui
agricoles ou autres acteurs prêtent attention aux activités
garantit que les investissements dans les infrastructures de
après-récolte.
transport et de marché ne soient pas négligés au profit
• Des services d’information sur le marché sont parfois d’autres grands bénéficiaires d’investissements classiques,
inclus aux politiques agricoles conventionnelles, souvent à comme l’irrigation et le drainage.
titre d’activités individuelles visant à renseigner les
• Le développement des entreprises est souvent un
agriculteurs sur le cours des cultures. Dans le contexte
élément clé des programmes de DCV et peut comprendre
d’une ACV, les services d’information peuvent inclure un
des subventions, des fonds propres publics et le soutien en
éventail de services commerciaux, comme mettre en
faveur des services financiers (l’épargne, les prêts ou
rapport les agriculteurs et associations avec les négociants
l’assurance). Il peut nécessiter la collaboration avec le
et transformateurs ; des services commerciaux ; l’aide
ministère du Commerce et de l’Industrie.
publique à la médiation ; la sensibilisation sur les avantages
de CV plus stables ; et des actions commerciales pour • Les politiques commerciales peuvent également figurer
influencer la demande. dans les programmes de DCV. Les conseils coopératifs
peuvent jouer des rôles de lobbying importants pour
• Les interventions sur le marché sont de moins en moins
influencer les négociations commerciales de haut niveau,
répandues en Afrique du fait que les marchés arrivent à
et les programmes de DCV peuvent s’impliquer
maturité, qu’ils sont plus efficients et qu’il y a plus
directement dans l’amélioration de l’activité des
d’acteurs. Des interventions peuvent toutefois être
procédures commerciales détaillées (par ex., les
justifiées dans le cas de certains produits dans certains
procédures douanières, la reconnaissance mutuelle,
pays, où des marchés spécifiques sont encore peu
l’harmonisation des normes et la facilitation du commerce
développés. Elles peuvent prendre la forme d’interventions
régional). La collaboration entre les institutions concernées
directes (par ex., en acquérant des réserves alimentaires
est rare mais importante (CEA, 2009 ; FAO, 2018).
stratégiques) ou de réglementation pour fixer des
planchers ou plafonds de prix, ou pour orienter les prix et
influencer les marchés. Il convient de déterminer
soigneusement si les interventions sur le marché
encouragent, plutôt que sapent, l’émergence d’acteurs

Le rôle des gouvernements dans le développement des chaînes de valeur dans le secteur de l’agriculture 15
Le cycle de planification. Les principaux stades auxquels une politiques prioritaires au sein de chaque programme de
ACV peut améliorer les activités de planification et de DCV.
budgétisation sont les suivants.
• La mise en œuvre des programmes de DCV est soumise
• Les documents de stratégie agricole peuvent avoir recours aux procédures habituelles d’exécution du budget, mais
à une ACV pour veiller à ce que toutes les contraintes peut nécessiter des mesures supplémentaires (par ex., des
possibles s’exerçant sur le développement soient abordées agences partiellement indépendantes) pour accueillir des
et pour aider à orienter de manière efficace la collaboration partenariats public-privé.
entre les ministères, notamment ceux chargés de
• Les activités de suivi peuvent se servir d’une ACV pour
l’agriculture, du commerce, de l’industrie et de la politique
s’assurer que l’évolution des conditions du marché, surtout
budgétaire. Ils peuvent également inclure une
de la demande, est traitée rapidement en matière de
hiérarchisation stratégique à long terme des chaînes de
gestion et d’amélioration des projets et des politiques.
valeur, en utilisant une approche structurée, telle que
l’analyse économique, l’analyse multicritère et/ou l’analyse • Les orientations budgétaires, y compris le cadre
FFPM. macroéconomique du budget, peut se rapporter aux
dernières données probantes de suivi pour connaître la
• La préparation et l’appréciation (estimation) des
croissance potentielle des principales CV et les implications
programmes peuvent utiliser une ACV pour améliorer la
pour les postes importants des dépenses publiques (par
pérennité des interventions, en veillant à ce que les
ex., concernant les subventions ou les taxes à
incitations offertes à tous les acteurs de la chaîne soient
l’importation).
prises en compte, atténuant ainsi le risque de voir un
acteur bloquer la progression des autres. • Les évaluations ponctuelles (occasionnelles) peuvent
employer une ACV afin de veiller à ce que l’évaluation soit
• Au cours des négociations budgétaires, les ministères
suffisamment globale pour couvrir tous les acteurs qui
chargés de l’agriculture, du commerce et de l’industrie
peuvent influencer l’efficacité, l’impact et la durabilité.
peuvent justifier leur choix de CV prioritaires et de

Figure 8 : Développement d’une chaîne de valeur dans le système de planification et de budgétisation

Stratégies nationales et sectorielles


Évaluation ponctuelle Hiérarchisation stratégique des
Examen des incitations tout principales chaînes de valeur (par Cycle de planification
au long de la CV ex., ACA/AMC/FFPM)
Concertation du secteur privé Cycle budgétaire
START

Cadre macroéconomique et Projets de budget


Suivi
orientations budgétaires Définition et appréciation des
Efficacité du DCV
Gros postes CV (subventions/droits) Programmes de DCV
START

Conditions de marché
Mise à jour des priorités de CV

Exécution du budget Négociations budgétaires


Collaboration avec les acteurs Justification de l’équilibre et de la
privés de la CV portée de tous les programmes
de DCV

16 Document de référence
4 Les avantages d’une approche
« chaîne de valeur »

Les principaux avantages d’une ACV sont les suivants : Les catalyseurs, quant à eux, sont énumérés ci-après. Ils
coïncident quelque peu avec les sept catalyseurs répertoriés
• Une ACV tient compte de la demande de produits agricoles
dans la stratégie « Nourrir l’Afrique » de la BAD, qui inclut une
et des avantages pour les consommateurs ainsi que les
certaine importance accordée à la productivité, à la
agriculteurs.
production et à l’inclusion (BAD, 2016).
• Elle se concentre sur tous les acteurs pour identifier et
1. La disponibilité d’infrastructures et de TIC appropriées ;
résoudre les principaux blocages potentiels.
2. Un environnement de politique générale et de
• Le champ élargi d’une ACV l’encourage par ailleurs à
réglementation propice ;
aborder le rôle potentiel de l’État à l’égard de toutes les
politiques et de tous les investissements. 3. La disponibilité de services d’aide aux entreprises ;
• Une ACV étudie la viabilité de tous les acteurs de la chaîne 4. L’accès aux services financiers ; et,
et, outre une évaluation qualitative, elle a souvent recours
5. La forte participation du secteur privé.
à une analyse de la viabilité économique et financière
(englobant les questions liées aux risques, à la demande, à
la qualité, au prix et au négoce). Semblable aux analyses
Les conclusions de l’expérience de la BAD mènent à penser
réalisées dans le secteur privé, cette démarche facilite
que même si l’ACV apparaît dans beaucoup de projets, la
ainsi les PPP et encourage la coopération avec ce secteur.
façon dont les projets en tiennent compte varie grandement
L’évaluation indépendante du développement (IDEV) de la et il faut se concentrer davantage sur les marchés et la
BAD a récemment évalué l’appui de cette banque aux rentabilité. L’évaluation qui a également examiné la façon
programmes incluant des CV agricoles (BAD, 2018). Cette dont une ACV apportait équité et inclusion, est parvenue à la
évaluation reposait sur : neuf études de cas ; des examens de conclusion que même si bon nombre de projets comportent
la documentation des politiques et stratégies et de tout autre des activités pour veiller à la participation de la jeunesse, des
document de la BAD ; et des entretiens avec le personnel de femmes et d’autres groupes vulnérables, peu d’efforts sont
la BAD, des fonctionnaires, des partenaires du développement investis pour veiller à ce que cette participation mène ensuite
et des acteurs privés de projets. Elle s’est efforcée de tirer des à des résultats durables pour ces groupes
enseignements à partir des réussites et difficultés, avec un
intérêt particulier pour les leçons utiles à la stratégie « Nourrir
l’Afrique » de la BAD. Cette évaluation a identifié cinq
principes fondamentaux et cinq catalyseurs qui déterminent
généralement la réussite d’une politique axée sur l’ACV. Les
principes fondamentaux sont les suivants :
1. Veiller à ce que l’évaluation couvre toute la CV ;
2. Élaborer une stratégie d’appui pour s’assurer qu’elle soit
aussi inclusive que possible, compte tenu des ressources
limitées ;
3. Mettre particulièrement l’accent sur l’évolution des
conditions du marché et la façon de s’y adapter ;
4. S’assurer que tout ajout de valeur tout au long de la
chaîne soit rentable ; et,
5. Se concentrer sur la durabilité de l’impact.

Le rôle des gouvernements dans le développement des chaînes de valeur dans le secteur de l’agriculture 17
5 Défis d’une approche
« chaîne de valeur »

Principaux défis. Les principaux défis de l’application d’une diffèrent aussi au niveau de l’évaluation de la performance
ACV aux domaines de développement du secteur agricole des dépenses : le secteur privé se concentre sur une
sont les suivants. analyse financière détaillée tandis que le secteur public,
lui, prête plus attention aux avantages généraux.
• L’accent mis sur les CV prioritaires implique moins de
ressources pour les CV non-prioritaires. Il n’existe pas de • Adopter une ACV ne signifie pas automatiquement qu’une
méthode standard pour déterminer le bon pourcentage de initiative de développement soutiendra plus, ou moins, la
dépenses agricoles totales à affecter aux programmes de réduction de la pauvreté. Les ACV ont néanmoins
DCV, par rapport aux programmes sectoriels ordinaires. tendance à porter une attention particulière au
développement du marché, et les acteurs clés du marché
• Le renforcement des marchés est une tâche à moyen,
sont souvent issus des tranches plus aisées de la société.
voire long terme, mais les conditions du marché peuvent
Le raisonnement sous-jacent à une ACV est d’une part,
être imprévisibles et changer rapidement d’une année sur
qu’il est utile de permettre à des acteurs du marché
l’autre. Faire la distinction entre les changements à court
relativement aisés de tirer un certain niveau de bénéfices
terme et les tendances à plus long terme requiert des
si les acteurs plus défavorisés (par ex., les petits
capacités et de l’expérience, et doit s’accompagner d’une
agriculteurs et les ouvriers) vont bénéficier du
prise de décision souple pour savoir s’il faut changer
développement durable, et d’autre part, que l’utilisation
l’importance accordée aux différentes CV prioritaires.
d’une ACV peut aider à garantir que les acteurs plus
• La conception d’un programme de DCV nécessite un défavorisés reçoivent une part aussi grande que possible
examen de toutes les contraintes et possibilités d’une CV, de la valeur ajoutée par la chaîne.
et de toutes les options d’intervention pour y répondre. Il
• L’impact d’une ACV sur les genres et la jeunesse mérite
est tentant de chercher à couvrir beaucoup de politiques,
une attention particulière. Dans un grand nombre de pays,
mais l’expérience mène à penser que les programmes de
les propriétaires d’entreprises sont majoritairement des
DCV s’enlisent dans la complexité de la gestion s’ils
hommes, même si l’on trouve des exemples dans l’agro-
essaient de gérer plus que quelques interventions à la fois.
industrie, de femmes bénéficiant d’une part plus grande
• Un programme de DCV requiert généralement un de prestations à l’emploi que les hommes. Par exemple,
partenariat fort entre le secteur public et le secteur privé. l’évaluation du Centre for Public Impact (CPI) concernant
Cet aspect peut toutefois s’avérer problématique car le les activités de l’ICA rapporte que 73 pour cent des emplois
secteur privé utilise des pratiques de gestion et de prise créés dans la transformation du cajou reviennent aux
de décision difficiles à appliquer au secteur public, étant femmes (CPI, 2017 ; GIZ, 2017).
donné le besoin de poids et contrepoids des procédures
publiques. Les pratiques des secteurs public et privé

18 Document de référence
6 Méthodes d’une approche
« chaîne de valeur »

L’examen réalisé par la Banque mondiale de la compétitivité Les produits prioritaires sont habituellement sélectionnés en
de la chaîne de valeur alimentaire en Afrique a identifié les 12 utilisant des techniques qui combinent : (i) l’analyse
questions suivantes qui doivent être prises en considération économique et financière ; et (ii) l’analyse multicritère (AMC).
dans une ACV (Webber & Labaste, 2010) :
L’analyse économique d’une ACV peut utiliser toute méthode
1. Le choix des secteurs prioritaires ; d’appréciation économique puis l’appliquer simplement à
tous les acteurs de la chaîne. Ces méthodes peuvent inclure
2. L’élaboration de stratégies fondées ;
l’évaluation financière, afin d’évaluer la rentabilité de chaque
3. La conception d’évaluations des points de référence et acteur et l’analyse coûts-avantages (ACA), qui comprend les
des écarts ; coûts et les avantages plus généraux pour la société qui ne
peuvent pas être saisis par les prix du marché utilisés pour
4. L’amélioration et l’approfondissement de la CV ;
l’appréciation financière. Elle peut également inclure l’analyse
5. L’identification de modèles commerciaux à reproduire ; de l’incidence des prestations, telle que l’analyse des impacts
sur la pauvreté et le social (AIPS) pour évaluer l’impact
6. La prise en compte de la valeur par le biais de
différentiel sur les groupes cibles, tels que les pauvres, les
l’intégration vers l’aval et vers l’amont ;
femmes, les jeunes ou les minorités ethniques. Elle
7. La collaboration horizontale et les économies d’échelle ; correspond donc à une approche spécifique à l’application de
l’ACA plutôt qu’à une approche complètement différente
8. Le positionnement pour la valeur et la compétitivité ;
(FIDA, 2016).
9. L’identification du soutien requis ;
L’AMC définit un certain nombre de critères puis adopte une
10. L’amélioration de l’environnement du dialogue public- évaluation semi-structurée qui vise à donner des notes
privé ; cohérentes à chacun d’entre eux. Les notes (ou scores) sont
ensuite ajoutées afin d’obtenir une note combinée. Des
11. Les synergies résultant du regroupement ; et,
coefficients de pondération peuvent être appliqués aux
12. Le suivi de la performance de la chaîne de valeur. critères, selon les priorités de développement des pays, pour
obtenir une note globale pondérée. L’un des systèmes
couramment utilisés est le système des « 5E » (économie,
Choix de CV. En théorie, il devrait être possible de demander efficience, efficacité, équité et éthique/environnement), qui
un soutien pour adopter une ACV pour l’ensemble des peut également s’étendre pour inclure l’effectivité).
produits agricoles. En pratique, une ACV est souvent mise en L’évaluation cohérente des notes de l’ensemble des options
œuvre en débutant avec un ou deux produits, surtout quand est la clé d’une AMC efficace, ce qui exige, soit une seule
l’ACV est utilisée dans le cadre d’un projet, plutôt que d’un personne responsable de la coordination, soit des instructions
programme sectoriel. Une évaluation récente du Fonds très claires et structurées sur la façon d’évaluer les notes.
international de développement agricole (FIDA) de l’ACV D’autres méthodes d’AMC qui peuvent s’avérer utiles pour
semblait indiquer que, même si les projets devaient garder une ACV comprennent la matrice d’évaluation des politiques
clairement l’accent sur un petit nombre de produits, il serait et l’analyse FFPM (Coulibaly et al. 2010).
avantageux d’appliquer l’ACV à un nombre plus important de
Le FIDA recommande une approche multicritère pour choisir
produits afin de permettre aux projets de changer de niveaux
les CV en utilisant cinq critères liés au potentiel de croissance
de soutien entre cultures, au cas où les conditions du marché
de la CV (la demande du marché, l’avantage concurrentiel, le
viendraient à changer (FIDA, 2014). Une telle approche serait
potentiel du progrès technique, les infrastructures et les
analogue à celle utilisée par les acteurs du secteur privé lors
intrants, et les contraintes au niveau des ressources
du suivi de la rentabilité potentielle des différentes cultures
naturelles) et six critères associés au potentiel de
et entreprises.
développement/de réduction de la pauvreté (la participation
actuelle des groupes cibles, les barrières à l’entrée, la

Le rôle des gouvernements dans le développement des chaînes de valeur dans le secteur de l’agriculture 19
possibilité d’amélioration de la distribution des bénéfices le mesure le niveau des coûts excessifs d’accès au marché,
long de la CV, le potentiel de production de revenus, le exprimé en pourcentage du prix reçu par les producteurs. Les
potentiel d’une meilleure résilience et les contraintes coûts excessifs du marché sont liés à ceux découlant de
culturelles/sociales)(FIDA, 2014). mauvaises infrastructures, des coûts élevés de l’industrie
agroalimentaire, des taxes et des frais, des marges
Une autre méthode est celle utilisée par le projet SAPAA de la
bénéficiaires excessives et des coûts informels, tels que les
FAO, à savoir l’écart de développement de marché (EDM), qui
pots-de-vin.

Encadré 2 : L’analyse SAPAA des OMD en Afrique


Le SAPAA a travaillé avec 12 pays africains, en mettant particulièrement l’accent sur le maïs, le riz, le coton, le café, le
manioc, l’arachide, le sorgho et le thé. Les résultats de l’analyse EDM, présentés dans la figure ci-dessous à gauche,
semblent indiquer que le niveau des coûts excessifs d’accès au marché qui a été relativement constant entre 2005 et
2016 se situe normalement entre 3 et 5 pour cent du prix reçu par les producteurs, ce qui est modeste. La figure ci-
dessous à droite montre aussi qu’il existe de très grandes variations entre les pays, avec des niveaux particulièrement
élevés de coûts excessifs d’accès au marché, au Ghana, au Burkina Faso, en Ouganda, au Mozambique et en Tanzanie.
Trois pays (le Nigéria, le Rwanda et le Burundi) ont des EDM nettement positives résultant des niveaux de l’aide publique
à des éléments clés du marché.
MLI
0 -4.7

SEN BEN
0.4 -2.8
-1 ETH
NGA -2.8
8.4
-2 UGA
-12.8
Pourcentage

-3 RWA
BFA 5.6
-15.6 KEN
1.2
GHA BDI
-4 -16.3 4.6
TZA
Écart de développement de marché -9.2
(en % du prix à la production) MWI
-5 -3.5
5
0
-6 -5
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 -10 MOZ
Écart de développement de marché -15 -10.2

La carte de la CV. La réalisation d’une carte CV de manière le détaillant et le consommateur). L’idéal ensuite, serait de
précise constitue le point de départ d’une ACV. Cette activité pouvoir l’étendre en désagrégeant certains des principaux
peut commencer par l’élaboration d’un simple diagramme de acteurs et en ajoutant les acteurs de soutien, y compris les
flux qui relie les principaux acteurs (c.-à-d., le fournisseur services financiers.
d’intrants, l’exploitant agricole, le négociant, le transformateur,

20 Document de référence
Figure 9 : Carte type de la chaîne de valeur

Environnement propice, national et international

Marchés mondiaux

Flux physiques
Marché national
Services
de soutien
Exporters Détaillants

Flux financiers
Logistiques Transformateurs

Flux d’informations
Financiers Intermédiaires

Techniques Producteurs

Fournisseurs d’intrants

Source : Jaffee, Siegel & Andrews (2010).

Valeur ajoutée dans la CV. En théorie, une ACV évalue la mais qui, pour estimer la valeur ajoutée, ne tient compte que
valeur ajoutée pour tous les acteurs de la chaîne, notamment des prix payés le long de la chaîne et ne déduit pas le coût des
la rémunération du travail (pour veiller à ce que les gens intrants. L’idéal serait d’évaluer la valeur ajoutée tout au long
soient incités à participer) et le rendement du capital (pour de la chaîne au fil des ans, et la meilleure façon de la présenter
s’assurer que l’investissement perdure). En pratique, il est serait sous forme d’un diagramme à barres empilées, qui
difficile de trouver des évaluations claires de la valeur ajoutée montre comment les variations du rendement et des prix à
par le biais de la chaîne. La Figure 10 présente une analyse long terme, affectent la répartition de la valeur ajoutée entre
très simple de la valeur ajoutée, concernant la chaîne les acteurs de la chaîne.
d’exportation des noix de cajou au Sénégal et en Gambie,

Figure 10 : Prix de la chaîne de valeur de l’anacarde (noix de cajou) au Sénégal et en Gambie

800

700

600
USD/tonne

500

400

300

200

100

0
Prix reçu par l’agriculteur Intérieur à Banjul Coûts d’exportation Entrepôt à FAB

Source : Peters, Jaeger & Gomez (2011).

Une version plus avancée de l’analyse de la chaîne de valeur tout en retenant les informations sur les liens entre les
est présentée à la Figure 11. Théoriquement, il serait possible acteurs. Il serait même possible d’inclure des carrés pleins
de combiner cette analyse avec une carte conventionnelle et pour la situation actuelle, et des traits discontinus pour
de rendre les cases de la carte proportionnelles aux revenus montrer des cases redimensionnées pour la situation
(sur le plan horizontal) et aux marges (sur le plan vertical), potentielle suite à la réussite des réformes. Cette démarche

Le rôle des gouvernements dans le développement des chaînes de valeur dans le secteur de l’agriculture 21
n’est cependant jamais effectuée, peut-être, à cause du fait Le secteur financier. Une analyse FFPM des CV conclut
que la plupart des acteurs n’ont que peu ou pas de revenus souvent que l’accès limité au financement est une contrainte
et/ou de marges, qui sont néanmoins essentiels pour la CV. critique. Dans la plupart des cas, cette constatation reflète la
Une option plus pratique pour intégrer la valeur ajoutée à la combinaison d’une faible disponibilité de services financiers
carte de la CV, serait d’ajouter les chiffres aux cases dans la avec des questions de rentabilité des acteurs du marché,
carte de la CV. pendant la mise en place des marchés. L’adoption d’une ACV
exige une compréhension de la rentabilité de tous les acteurs
Risque. Une ACV peut être basée sur des modèles de
participant à la CV. Ce résultat est obtenu en utilisant des
profitabilité type pour tous les acteurs en années moyennes.
techniques de l’appréciation financière, qui contribuent à
Toutefois, elle doit aussi tenir compte des incertitudes, qui
l’amélioration de la communication entre les secteurs public
affectent la production et les marchés, et de la façon dont
et privé et avec les banques (GIZ, 2011).
l’ensemble des acteurs prévoient de survivre à ces risques. La
Banque mondiale a mis en place un cadre pour les méthodes L’expérience africaine de la démarche M4P. « Faire
rapides d’intégration des risques à une ACV (Jaffee et al., fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres » (M4P) est
2010). une initiative qui a adopté une ACV et l’a appliquée à de
nombreux pays en développement. L’approche est une ACV
Effets multiplicateurs. Certains soutiennent parfois, que
classique, qui accorde toutefois une forte importance
l’ACV facilite et encourage l’identification des effets
explicite à l’impact sur les pauvres. M4P comprend une
multiplicateurs. Une convention en économie appliquée
approche standard, et une récente évaluation de M4P au
postule que la meilleure façon d’analyser les effets
Nigéria a conclu que de nombreuses caractéristiques de
multiplicateurs est dans le contexte d’activités de recherche
cette approche sont valables, y compris l’importance du
détaillées et qu’ils ne devraient pas être utilisés dans l’analyse
financement, le rôle potentiel des femmes, la nécessité de
appliquée des politiques pour sous-entendre des avantages
tirer parti des institutions existantes, l’importance du suivi du
supplémentaires de l’intervention publique. Cette convention
marché et la nécessité de comprendre les risques (Propcom
ne conteste pas le fait que les effets multiplicateurs sont
Mai-karfi, 2018). Cependant, l’évaluation de Propcom Mai-
importants et doivent être analysés, mais elle est basée sur la
karfi est également arrivée à la conclusion qu’il est souvent
constatation qu’il est difficile d’assurer la comparabilité des
nécessaire d’aller au-delà des pratiques habituelles de M4P, si
données et des méthodes d’évaluation des effets
les marchés se trouvent en situation d’extrême faiblesse.
multiplicateurs pour les diverses interventions. En
Bon nombre d’études ont été réalisées sur la méthodologie
conséquence, les interventions qui sous-entendent des effets
de l’évaluation de M4P ; par exemple, malgré leur analyse
multiplicateurs supérieurs à la moyenne, risquent de se baser
détaillée Ruffer & Wach (2013) n’identifient que trois projets
sur des différences de méthode et de données, plutôt que sur
en Afrique (au Kenya, au Nigéria et en Zambie) et leur
des différences réelles.
évaluation s’est surtout penchée sur la méthode plutôt que
sur la pratique.

Figure 11 : Revenus et marges des acteurs d’une chaîne de valeur avant et après les réformes

Marges d’exploitation

Était … Est devenu …

100 % des 100 % des


revenus de revenus de
l’industrie l’industrie
Fabrication
(production primaire)

Distribution

Services
« traditionnels »
Nouveaux
services & produits
connexes

Source : Buxton, Farr & MacCarthy (2005).

22 Document de référence
Encadré 3 : Guides sur l’ACV
De nombreuses organisations ont produit des guides sur l’ACV et ceux-ci peuvent être facilement consultés sur Internet.
Ces organisations comprennent des institutions donatrices [comme, la FAO, la GIZ, le FIDA, l’IFC, l’OIT, la Direction du
développement et de la coopération suisse (DDC), l’USAID et la BM], des centres de recherche agricole [par ex., le Centre
international d’agriculture tropicale (CIAT), le Centre international de la pomme de terre (CIP), l’Institut international pour
l’agriculture tropicale (IIAT) et le Centre mondial de l’agroforesterie (CMA) et des ONG (comme les Services de secours
catholique américains (CRS), l’Institut danois d’études internationales (DIIS), le Centre de recherches pour le développement
international (CRDI), l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED) et KIT). Une revue des
ouvrages consacrés à ce sujet par la Banque mondiale a identifié 27 guides relatifs à l’ACV, dont beaucoup ont été écrits
principalement à l’intention du secteur privé (voir Webber & Labaste, 2010). La revue de la Banque mondiale définit 5
thèmes principaux (la confiance, la gouvernance, sur le marché, l’innovation et de connaissances et intervention) et
indique que les sujets abordés plus fréquemment par les guides ont pouvoir de gouvernance et de marché.
Le guide de la Société financière internationale (IFC ou SFI) est produit principalement pour les « responsables de la
durabilité et de l’approvisionnement, les marques mondiales, les preneurs, les sociétés d’intrants, les prestataires de
services et les banques » et met l’accent sur la promotion d’une collaboration efficace entre les grandes entreprises et les
petits exploitants agricoles (IFC, 2019). Il vise aussi à être utile aux responsables gouvernementaux et aux ONG. Le guide
souligne les avantages que représentent les petits exploitants agricoles dans l’offre non seulement des cultures
d’exportation traditionnelles, mais aussi des cultures horticoles et floricoles à forte valeur ajoutée, qui tirent parti
également de « tâches précises, à forte intensité de main-d’œuvre » que les petits exploitants agricoles sont plus aptes à
fournir. Le guide souligne les avantages pour les agro-industries et les petits producteurs de la commercialisation directe
entre les deux, non seulement pour réduire les coûts de commercialisation, mais aussi pour créer des opportunités de
collaborer avec de nouvelles techniques, d’améliorer la qualité et de tirer parti de la demande de commerce équitable et
de traçabilité. La collaboration contribue également à l’adaptation des petits exploitants à l’évolution des marchés, surtout
lorsque ceux-ci sont associés à l’urbanisation. Elle peut également aider à la mécanisation en réponse à la réduction de la
disponibilité de main-d’œuvre dans les zones rurales. Les éléments clés de la CV de l’industrie agroalimentaire peuvent
être répertoriés comme : les fournisseurs d’intrants, les agriculteurs, les transformateurs, les distributeurs et les détaillants,
avec les activités de soutien intégré de commercialisation, de politiques, d’infrastructures, de PPP, de services financiers,
de services consultatifs et de services écosystémiques, dont la plupart fonctionnent dans la chaîne entre les agriculteurs
et les distributeurs. Le guide souligne l’importance d’examiner les moyens d’améliorer la rentabilité de tous les acteurs de
la chaîne en utilisant à la fois le progrès technique et les nouvelles pratiques commerciales.

Le rôle des gouvernements dans le développement des chaînes de valeur dans le secteur de l’agriculture 23
7
Enseignements tirés et questions au
sujet de l’expérience africaine du
développement de chaînes de valeur

Les ACV sont devenues une caractéristique commune des méthode utile de couverture de plusieurs politiques, mais en
stratégies agricoles, notamment par le biais des Agendas se concentrant sur un nombre limité à la fois. Comment
pour la transformation de l’agriculture (ATA). Cela signifie choisiriez-vous et échelonneriez-vous les différentes
habituellement que des fonds publics destinés au secteur politiques des programmes de DCV ?
agricole passent d’un soutien direct aux agriculteurs à un
L’intervention directe sur le marché s’est avérée
soutien à la commercialisation et aux entreprises de
problématique en Afrique, sauf dans certains cas où la
transformation. Ce nouveau soutien peut être concentré
transformation et la commercialisation sont fortement
entre un petit nombre de ménages, qui peuvent ne pas se
centralisées, ce qui concerne surtout les cultures
trouver parmi les plus pauvres. Les ATA soutiennent que cette
d’exportation. Existe-t-il des méthodes permettant
démarche offre des avantages indirects nets aux petits
d’influencer le comportement des prix de manière sélective
exploitants agricoles parce qu’ils profitent d’options de
qui n’aboutiront pas à la dépendance du marché vis-à-vis
commercialisation considérablement améliorées, et donc,
de l’aide publique ?
d’une augmentation des prix et de meilleurs choix de cultures.
Quels critères utiliseriez-vous pour déterminer la part d’un L’expérience de nouveaux types de PPP qui vont au-delà des
programme de DCV qui devrait être consacrée à la approches traditionnelles de prise de participation partagée,
commercialisation et à la transformation ? ne cesse de croître. Quels sont les domaines les plus
prometteurs des nouveaux PPP (par ex., la collaboration
L’expérience en matière de DCV semble indiquer qu’il est
aux services aux entreprises, le soutien public à la
utile de soutenir plusieurs DCV et d’intégrer une certaine
médiation, la sensibilisation aux avantages de chaînes de
souplesse dans un programme, de façon à ce que le soutien
valeur plus sûres et des campagnes commerciales pour
puisse s’adapter à l’évolution des opportunités qui découlent
influencer la demande) ?
des changements apportés aux marchés et aux politiques. Le
FIDA suggère de mettre l’accent sur cinq CV à la fois. La Le caractère général et intégré d’une ACV requiert la
suggestion du FIDA est-elle appropriée en toutes collaboration entre un éventail d’institutions. Certains pays
circonstances ? Que prendriez-vous en considération avant ont créé des conseils pour assurer la coordination d’une ACV
de vous prononcer sur le nombre de programmes de DCV à en tant que mécanisme destiné à guider un ATA. Cependant,
mettre en place dans votre pays? ces conseils impliquent des coûts, en particulier en ce qui
concerne l’utilisation des compétences rares et les risques
La sélection des CV qui doivent être couvertes dans un
de répétition inutile d’efforts. Existe-t-il d’autres moyens de
programme de DCV requiert une approche structurée pour
faciliter la coordination institutionnelle, surtout compte
veiller à ce que cette sélection soit rigoureuse et que les
tenu de l’importance d’inclure la représentation du secteur
hypothèses sur lesquelles repose la sélection s’intègrent
privé ?
clairement dans la conception du programme. Peu de
programmes de DCV sont conçus en ayant recours à une
bonne analyse des marchés et de la rentabilité du genre de
celle à laquelle on s’attendrait normalement à avoir pour les
investissements du secteur privé. Les grands programmes
africains de DCV devraient-ils inclure une analyse financière
et économique plus rigoureuse ?
Une ACV exige d’évaluer l’ensemble des politiques qui
peuvent affecter toutes les parties de la CV. Toutefois,
l’expérience des programmes de DCV semble indiquer que la
couverture de plus de trois politiques environ peut affaiblir la
focalisation du programme et conduire à des blocages et à
l’inefficacité. L’échelonnement des politiques peut être une

24 Document de référence
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