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Différence entre science et opinion

Le document traite des critères de distinction entre science et pseudoscience, en explorant les idées de philosophes comme Karl Popper, qui propose la réfutabilité comme critère de scientificité, et Thomas Kuhn, qui introduit la notion de paradigmes scientifiques. Il souligne que la science se caractérise par sa recherche de justifications et de causes, contrairement à l'opinion, et met en lumière les défis de la définition de la science face à des discours qui en imitent la forme. Enfin, il aborde les limitations des approches empiristes logiques et la complexité des révolutions scientifiques dans le cadre des paradigmes.

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Différence entre science et opinion

Le document traite des critères de distinction entre science et pseudoscience, en explorant les idées de philosophes comme Karl Popper, qui propose la réfutabilité comme critère de scientificité, et Thomas Kuhn, qui introduit la notion de paradigmes scientifiques. Il souligne que la science se caractérise par sa recherche de justifications et de causes, contrairement à l'opinion, et met en lumière les défis de la définition de la science face à des discours qui en imitent la forme. Enfin, il aborde les limitations des approches empiristes logiques et la complexité des révolutions scientifiques dans le cadre des paradigmes.

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Terminale

La science Philosophie

RÉSUMÉ
La recherche d'un critère qui différencierait une hypothèse scientifique d'une hypothèse non scientifique fut
l'un des problèmes principaux de la philosophie des sciences du XXe siècle. L'empirisme logique a affirmé
qu'une hypothèse scientifique qui a du sens se reconnaissait car elle pouvait être décomposée en énoncés
simples directement vérifiables par l'expérience. Thomas Samuel Kuhn a critiqué cette vision simpliste de la
science en établissant qu'elle progressait par paradigmes, et qu'on ne pouvait réduire la scientificité à
l'analyse des énoncés. Karl Popper a proposé la réfutabilité comme critère pour reconnaître une hypothèse
scientifique.

I
Reconnaître la science
Si la science peut se distinguer de l'opinion par sa recherche des fondements, des raisons et des causes, il
existe toutefois des discours qui prennent la forme de la science, et qu'il faut pouvoir distinguer de la
science elle-même.

A La différence entre science et opinion


L'opinion, qu'elle soit vraie ou fausse, se caractérise par son absence de fondement. La science s'en
différencie par sa recherche de justifications, et par la connaissance des causes. Il existe toutefois des
discours qui prennent la forme de la science, sans en être. Il faut pouvoir distinguer la science de la
pseudoscience.
Pour le sens commun, l'opinion est un jugement qui n'est vrai que pour celui qui l'affirme. C'est ainsi que l'on
peut dire « c'est ton opinion », sous-entendant « ce n'est vrai que pour toi ». La science s'y opposerait par sa
vérité objective, c'est-à-dire sa correspondance avec la réalité.
Toutefois, définir la science par sa vérité ne permet pas de la distinguer d'une opinion vraie. Il faut alors
pouvoir différencier une opinion conforme à la réalité d'un énoncé scientifique.

« Socrate : (…) En effet les opinions vraies, tant qu'elles demeurent,


sont une belle chose, et produisent toutes sortes d'avantages ; mais
elles ne veulent guère demeurer longtemps, et elles s'échappent de
l'âme de l'homme : en sorte qu'elles ne sont pas d'un grand prix, à
moins qu'on ne les arrête en établissant entre elles le lien de la cause
à l'effet. C'est, mon cher Ménon, ce que nous avons appelé
précédemment réminiscence. Ces opinions ainsi liées deviennent
d'abord sciences, et alors demeurent stables. Voilà par où la science
est plus précise que l'opinion vraie, et comment elle en diffère par
l'enchaînement. »

Platon
Ménon -

Platon fait ici remarquer qu'une opinion, même vraie, se


caractérise par l'instabilité. Une autre opinion pourrait
INTERPRÉTATION
être choisie à tout instant, en apparaissant plus
séduisante. La recherche des causes permet de
stabiliser l'opinion, alors fondée dans les raisons qui la
justifient.

Un énoncé scientifique se distingue d'une opinion vraie car il peut être justifié par une explication des causes.
Pour produire un savoir, et s'approcher de la science, il faut ainsi fonder ce que l'on affirme en explicitant les
raisons et les principes.

EXEMPLE
Dire que l'eau bout à 100 °C est une opinion vraie ; elle ne devient un énoncé scientifique que justifiée par
les lois de la thermodynamique.

Certaines théories scientifiques sont invalidées, nuancées, ou considérées fausses. C'est le développement
normal de la science, qui vient corriger les énoncés passés, ou en proposer de nouveaux expliquant d'une
meilleure façon les phénomènes naturels. Il faut toutefois remarquer qu'une théorie scientifique, dont on a
identifié qu'elle était fausse, peut rester dans sa forme et dans ses méthodes, de la science.

[Link] 1/10 Chapitre 13 : La science


Terminale
La science Philosophie

Le problème est alors que certains discours prennent la forme de la science : ils proposent des principes, des
causes, mais ne peuvent être qualifiés de scientifiques. C'est pour reconnaître la science et pour la définir qu'il
est alors nécessaire de trouver un critère qui la distingue de ces discours non scientifiques.

EXEMPLE
Le créationnisme refuse la théorie de la sélection naturelle comme moteur de l'évolution. Ses partisans
remplacent l'évolution par des récits où une création divine serait la seule explication valable de la vie et de
l'univers tel qu'on le connaît.

B La différence entre science et pseudoscience


La question de la différenciation entre science et discours non scientifiques a été au cœur des débats des
philosophes des sciences du XXe siècle. L'empirisme logique du cercle de Vienne a affirmé qu'un énoncé
scientifique avait comme caractéristique de pouvoir être décomposé en énoncés simples vérifiables par
l'expérience. Thomas Samuel Kuhn s'est opposé à cette vision simple de la science en établissant qu'elle
fonctionnait par paradigmes, et qu'il fallait prendre en considération des éléments contextuels plus larges
que les seuls énoncés pour comprendre les conditions de la scientificité, et interpréter les théories. Karl
Popper a affirmé que seule la réfutabilité possible d'un énoncé lui permettait d'être qualifié de scientifique.

1. L'empirisme logique : la science vérifiable par l'expérience


L'empirisme logique propose un critère pour différencier une théorie scientifique des autres discours non
scientifiques : une théorie scientifique serait toujours décomposable en énoncés simples directement
observables et vérifiés par l'expérience.
Il a toujours existé de nombreux discours qui prétendent concurrencer la science. L'empirisme logique a
recherché un critère pour différencier les discours scientifiques de la pseudoscience. L'empirisme logique est
une position principalement développée et promue par le cercle de Vienne, qui était un groupe de philosophes
et de scientifiques dans la première moitié du XXe siècle.
L'hypothèse fondamentale de l'empirisme logique quant à ce qui est de la science et ce qui n'en est pas est la
suivante : toute théorie scientifique doit être décomposable en un ensemble fini d'énoncés simples vérifiables
par l'expérience. On appelle « énoncé protocolaire » la description aussi précise que possible d'un fait observé.
Une théorie est alors scientifique si elle n'est déduite qu'à partir d'énoncés protocolaires, et de relations
logiques entre ces énoncés.

« Lorsque quelqu'un affirme : "Il y a un Dieu", "L'inconscient est le


fondement originaire du monde", "Il y a une entéléchie comme
principe directeur du vivant", nous ne lui disons pas "Ce que tu dis est
faux", mais nous lui demandons : "Qu'est-ce que tu signifies avec tes
énoncés ?" Une démarcation très nette apparaît alors entre deux
espèces d'énoncés : d'un côté les affirmations telles que les formules
de la science empirique ; leur sens peut être constaté par l'analyse
logique, plus précisément par le retour aux énoncés les plus simples
portant sur le donné empirique. Les autres énoncés, parmi lesquels
ceux que l'on vient de citer, se révèlent complètement dénués de
signification quand on les prend au sens où l'entend le métaphysicien.
»
Manifeste du cercle de Vienne, La conception scientifique du monde. 1929.
Dans Manifeste du Cercle de Vienne et autres écrits -
Sous la direction d'Antonia Soulez, © PUF, 1985, p. 116.

Ainsi, pour l'empirisme logique du cercle de Vienne, les seuls énoncés qui ont un sens sont ceux qui peuvent
être décomposés en énoncés simples, appelés « énoncés protocolaires », vérifiés par une observation directe
de l'expérience.

EXEMPLE
L'énoncé suivant est protocolaire : à 10 h 52, le vendredi 12 octobre, un précipité vert est apparu dans le
tube à essai numéro 13.

Le problème d'une telle conception de la science est sa rigidité excessive. Une théorie scientifique mise en
difficulté par une expérience n'est pas nécessairement abandonnée. Dans les faits, la science ne s'est pas
construite par une accumulation progressive d'observations directement vérifiables par les sens.

[Link] 2/10 Chapitre 13 : La science


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La science Philosophie

2. Les paradigmes scientifiques


Contre la conception de la science proposée par l'empirisme logique, Thomas Samuel Kuhn thématise
l'existence de paradigmes scientifiques. Un paradigme est un ensemble de présupposés partagés par une
communauté scientifique et déterminant ce qui appartient à la science d'une époque ou d'un contexte
donné. Penser le progrès scientifique sous forme de paradigmes peut toutefois inciter au relativisme.
C'est contre la vision simplifiée et rigide de la science proposée par les empiristes logiques que Thomas
Samuel Kuhn affirme la progression de la science par paradigmes et par révolutions scientifiques.
DÉFINITION Paradigme scientifique
Un paradigme scientifique est pour Thomas Samuel Kuhn un ensemble de valeurs explicites ou implicites, de
méthodes, d'exemples-types et de modèles partagés par une communauté scientifique.
Thomas Samuel Kuhn identifie quatre éléments fondamentaux des paradigmes scientifiques, qu'il appelle
aussi « matrices disciplinaires » :

Les « généralisations symboliques », ce sont les lois formelles connues, ou les formules mathématiques, qui
appartiennent au paradigme et à la communauté scientifique.
Les exemples-types, que sont les problèmes scientifiques et leurs solutions habituellement rencontrés dans
les manuels, dans les laboratoires, ou dans les salles de travaux pratiques.
Les modèles ou principes qui déterminent les conceptions du monde auxquelles tous les scientifiques
adhèrent. Ils permettent d'avoir une certaine idée de la réalité. Ce sont les croyances fondamentales de la
communauté scientifique. La physique mécanique en est un exemple.
Les valeurs partagées par la communauté scientifique, qui définissent ce qui est acceptable et ce qui ne l'est
pas comme preuve, ou comme conditions de vérité.
L'idée fondamentale de Thomas Samuel Kuhn est que la scientificité, c'est-à-dire le fait qu'une théorie soit
scientifique ou non, dépend d'un cadre contextuel plus large que la seule analyse des théories. Elle dépend des
paradigmes dans lesquels les théories sont constituées et interprétées. Toute observation n'intervient qu'à
l'intérieur d'un paradigme qui lui donne sens. Ce sont donc les théories qui correspondent aux normes du
paradigme actuel qui sont scientifiques. C'est ce que Kuhn appelle la « science normale ».

EXEMPLE
La différence entre la physique d'Aristote et celle de Newton ne doit pas se comprendre en termes de
progression de l'une à l'autre, et de vérité de l'une ou de l'autre. Il faut davantage identifier la révolution
scientifique et les différences radicales de paradigmes entre ces différentes conceptions du mouvement.

Pour Thomas Samuel Kuhn, lorsqu'un paradigme présente de trop nombreuses anomalies face à de nouvelles
expériences, ou lorsque de nouveaux problèmes vont sembler trop difficiles à résoudre à l'intérieur du
paradigme, la science va entrer en crise jusqu'à potentiellement produire une révolution scientifique. Les
anciens problèmes vont alors être abandonnés car une nouvelle manière d'aborder les phénomènes va
émerger. C'est la création d'un nouveau paradigme.

« En apprenant un paradigme, l'homme de science acquiert à la fois


une théorie, des méthodes, et des critères de jugement,
généralement en un mélange inextricable. C'est pourquoi, lors des
changements de paradigme, il y a généralement déplacement
significatif des critères déterminant la légitimité des problèmes et
aussi des solutions proposées. »

Thomas Samuel Kuhn


La Structure des révolutions scientifiques -
trad. Laure Meyer, © Flammarion, collection Champs (1972), p. 155, 1962

Il faut toutefois remarquer que cette conception de la science rend très difficile la comparaison de théories
appartenant à différents paradigmes. Ces théories sont « incommensurables » selon Thomas Samuel Kuhn,
car elles n'ont rien de commun, pas même le sens des mots. Les paradigmes de Thomas Samuel Kuhn sont
alors utilisés par les relativistes pour affirmer que la vérité d'une théorie dépend seulement d'une idéologie,
d'un moment de l'histoire, ou de son utilité. C'est alors le problème de la vérité scientifique qui ne trouve pas
de solution.

3. La réfutabilité

[Link] 3/10 Chapitre 13 : La science


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La science Philosophie

Karl Popper affirme que la science se distingue des autres discours non scientifiques car elle produit des
énoncés réfutables. La scientificité se reconnaît alors par la réfutabilité. Pour qu'une hypothèse soit
scientifique, il doit être possible d'imaginer des expériences qui pourraient la réfuter. Une hypothèse qui
résiste à la réfutation est corroborée.
Il est toujours facile, pour une hypothèse donnée, d'imaginer des expériences qui lui seront favorables. La
confirmation n'est pas un critère suffisant pour assurer la scientificité d'un énoncé. Une bonne hypothèse
scientifique ne s'identifie pas par sa décomposition en observations vérifiées par l'expérience.

EXEMPLE
L'hypothèse « il pleut tous les jours » peut être confirmée par deux semaines de pluie consécutives, sans
pour autant être ni une hypothèse vraie ni une hypothèse scientifique.

La confirmation par une expérience ou par une observation est insuffisante, et c'est à cette insuffisance que
s'attaque Karl Popper.
Il est important de remarquer que, si la confirmation par une expérience singulière n'est pas suffisante pour
assurer la vérité d'une hypothèse, la réfutation par une expérience singulière peut assurer la fausseté d'une
hypothèse.

EXEMPLE
Observer des semaines entières de pluie ne permet pas d'assurer la vérité de l'hypothèse « il pleut tous les
jours » tandis qu'un seul jour sans pluie permet de réfuter l'hypothèse.

C'est face à cette différence fondamentale entre la confirmation et la réfutation que Popper affirme la priorité
de la réfutation pour assurer la scientificité d'une théorie. Pour qu'une hypothèse soit scientifique, il doit
exister des expériences possibles qui pourraient réfuter l'hypothèse par des observations contradictoires. Si
une hypothèse se prête à la réfutation par des expériences, et si elle résiste à ces expériences qui auraient pu
la réfuter, elle est alors provisoirement vraie. Une hypothèse qui a résisté à la réfutation est dite corroborée.

« 3) Toute "bonne" théorie scientifique consiste à proscrire : à


interdire à certains faits de se produire. Sa valeur est proportionnelle
à l'envergure de l'interdiction.
4) Une théorie qui n'est réfutable par aucun événement qui se puisse
concevoir est dépourvue de caractère scientifique. Pour les théories,
l'irréfutable n'est pas (comme on l'imagine souvent) vertu mais
défaut. »

Karl Popper
Conjectures et réfutations : la croissance du savoir scientifique, (Conjectures
and refutations) -
trad. Michelle-Irène Buhot de Launay, Marc Buhot de Launay, © Payot, collection
Bibliothèque scientifique (2006), p. 64-65, 1963

L'hypothèse la plus scientifique est toujours chez Popper celle qui a le plus de falsificateurs virtuels.
DÉFINITION Falsificateurs scientifiques
Les falsificateurs virtuels sont des faits possibles, ou des effets observables qui, s'ils existaient, réfuteraient
l'hypothèse scientifique. À l'inverse, une hypothèse qui n'a pas de falsificateur virtuel n'est pas scientifique.

EXEMPLE
Provenant d'un horoscope, l'énoncé « Jupiter vous apportera soutien et force durant cette journée » n'est
pas réfutable. Il est toujours facile de confirmer cette hypothèse par une expérience, mais il n'est possible
d'imaginer aucune expérience qui mettrait précisément en difficulté cette hypothèse.
À l'inverse, l'énoncé « toute planète a une orbite ellipsoïdale dont le Soleil occupe l'un des foyers »
présente un grand nombre de falsificateurs virtuels ou, autrement dit, d'expériences imaginables qui
pourraient réfuter la théorie ; l'hypothèse y résiste, et est donc corroborée.

II
Induction, théorie et expérience

[Link] 4/10 Chapitre 13 : La science


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La science Philosophie

Si une certaine vision de la science consiste à croire qu'elle repose sur le principe de l'induction, il est
nécessaire de nuancer cette conception de la méthode scientifique en s'intéressant à la relation
qu'entretiennent la théorie et l'expérimentation.

A L'induction et ses difficultés


L'induction est un raisonnement qui part de cas particuliers pour arriver à une conclusion générale. C'est
une inférence qui permet de passer de faits singuliers observés dans l'expérience à un énoncé général. Faire
reposer la méthode scientifique sur la conception commune de l'induction est toutefois une vision erronée
de la science.
DÉFINITION Induction
L'induction consiste à partir de faits particuliers, tirés de l'expérience et de l'observation, pour arriver à une
conclusion générale.
Il est courant de penser que la science fonctionne à partir d'observations particulières, telles que « j'observe
que le soleil se lève à telle heure ce matin du 20 novembre 2020 ». Une fois recueilli un nombre relativement
élevé d'observations particulières, il serait légitime de passer à une conclusion générale telle que « le soleil se
lève tous les matins ». À partir de ces conclusions générales induites d'observations particulières, la science
permettrait alors de prédire par déduction de nouvelles observations particulières, telles que « le soleil se
lèvera demain ». C'est ce que Alan Francis Chalmers, dans Qu'est-ce que la science ?, appelle « l'inductivisme
naïf ». Cette vision de la science est courante. En plus d'être incorrecte, elle pose un problème fondamental
quant à la méthode inductive, problème précisément développé par Chalmers dans son ouvrage.

« Ces défauts [du principe de l'induction] proviennent du caractère


vague et douteux de la revendication qu'un "grand nombre"
d'observations sont faites dans des circonstances "fort variées".
Combien d'observations faut-il accumuler pour en obtenir un grand
nombre ? Doit-on chauffer une barre métallique dix fois, cent fois,
avant de pouvoir conclure qu'elle se dilate toujours quand on la
chauffe ? »

Alan Francis Chalmers


Qu'est-ce que la science ? Récents développements en philosophies des
sciences : Popper, Kuhn, Lakatos, Feyerabend -
© La Découverte, 1987

Le problème de l'induction consiste à se demander s'il est légitime de passer d'observations particulières à
une conclusion générale. Comment, sur la base d'un nombre même répété d'expériences particulières, est-il
possible de passer à une conclusion générale ? Est-il possible d'identifier le nombre suffisant d'observations
singulières pour passer à la conclusion générale ? Et y a-t-il un principe qui permettrait de justifier ce passage
de l'expérience particulière à la loi générale ? Si les observations particulières trouvent leur fondement dans
l'expérience, l'énoncé général n'est pas lui-même tiré de l'expérience.

EXEMPLE
Karl Popper a utilisé un exemple aujourd'hui célèbre : un individu qui n'aurait jamais rencontré un cygne noir,
et qui aurait observé un grand nombre de cygnes blancs, pourrait être tenté de conclure que « tous les
cygnes sont blancs ». Cet énoncé ne provient pas lui-même de l'expérience. Il suffirait à cet individu de
croiser un seul cygne noir pour qu'il reconnaisse la fausseté de cet énoncé. Il faut alors se demander s'il
était légitime de passer par induction de « un très grand nombre de cygnes, tous blancs, ont été observés »
à « tous les cygnes sont blancs ».

« Mais c'est dans la forme même de l'induction, et dans le jugement


qui en résulte, que nous avons à introduire les plus grands
changements. Car l'induction dont parlent les didacticiens, et qui
procède par simple énumération, est quelque chose de puéril ; elle
conclut de manière précaire, s'expose au risque d'une instance
contradictoire, et ne prend en vue que les choses familières, sans
déboucher sur rien. »

Francis Bacon
Novum Organum - 1620

[Link] 5/10 Chapitre 13 : La science


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La science Philosophie

B Théorie et expérience
Si une théorie scientifique n'est pas produite à partir de la généralisation d'expériences particulières, c'est
parce qu'une théorie doit toujours précéder l'expérience pour la déterminer et l'organiser. Dans l'examen de
la méthode expérimentale, généralisation et expérimentation ne doivent pas être abstraitement distinguées.
Concevoir la méthode scientifique comme simplement inductive revient à oublier la place que joue la théorie
scientifique dès l'observation et l'expérimentation.
En effet, dans la suite de son ouvrage Qu'est-ce que la science ?, après avoir exposé le problème de l'induction,
Alan Francis Chalmers remarque que le point de vue « inductiviste naïf » a un présupposé implicite
fondamental, qui est « que la science commence par l'observation ». Il existe en effet une certaine vision de la
méthode expérimentale qui consiste à croire que l'expérience apporte des données sans préjugés qui sont
seulement ensuite interprétées. Ainsi, selon cette vision de la méthode expérimentale, toute hypothèse
scientifique débuterait par une observation neutre de la réalité, et par le recueil de faits exempts de toute
théorie scientifique.
Il est important toutefois de remarquer que la réalité des pratiques expérimentales contredit largement cette
vision de la méthode scientifique. En effet, les processus expérimentaux sont conçus à partir d'hypothèses de
recherches. C'est-à-dire qu'une certaine théorie scientifique détermine l'observation des faits, et que les
expériences sont menées dans le but de répondre à une certaine problématique. Il est donc difficile d'affirmer
que la science commence par l'observation et par l'expérience, car l'expérience est toujours déterminée par la
théorie qui la nécessite. C'est ce point que Bergson développe dans son discours prononcé au Collège de
France en 1913 sur « la philosophie de Claude Bernard ».

« Trop souvent nous nous représentons encore l'expérience comme


destinée à nous apporter des faits bruts : l'intelligence, s'emparant de
ces faits, les rapprochant les uns des autres, s'élèverait ainsi à des
lois de plus en plus hautes. Généraliser serait donc une fonction,
observer en serait une autre. Rien de plus faux que cette conception
du travail de synthèse, rien de plus dangereux pour la science et pour
la philosophie. Elle a conduit à croire qu'il y avait un intérêt
scientifique à assembler des faits pour rien, pour le plaisir, à les noter
paresseusement et même passivement, en attendant la venue d'un
esprit capable de les dominer et de les soumettre à des lois. Comme
si une observation scientifique n'était pas toujours la réponse à une
question, précise ou confuse ! Comme si des observations notées
passivement à la suite les unes des autres étaient autre chose que
des réponses décousues à des questions posées au hasard ! »

Henri Bergson
La Pensée et le Mouvant. Essais et conférences. VII - « La philosophie de
Claude Bernard » -
1969

Bergson rappelle ici qu'il est fréquent de séparer


l'observation de la généralisation, en oubliant qu'une
INTERPRÉTATION
observation intervient toujours dans le cadre d'une
question posée au réel. On pourrait d'ailleurs noter qu'à
l'ère actuelle du big data, où les données collectées
n'ont jamais été aussi nombreuses, les remarques de
Bergson sont particulièrement précieuses : les données
ne peuvent être recueillies qu'à partir de théories
préalables qui déterminent quoi recueillir et comment
le recueillir.

La vision de la science expérimentale qui fait de l'induction le cœur de sa méthode n'est pas satisfaisante. La
science ne progresse pas depuis un recueil neutre des données d'observation pour aller vers des
généralisations, des lois, et des théories scientifiques. Toute expérience a comme point de départ une
certaine théorie qui détermine son élaboration, son sens, le recueil des données, les concepts utilisés pour
observer, sélectionner les faits, et les organiser.

[Link] 6/10 Chapitre 13 : La science


Terminale
La science Philosophie

« Il y a donc deux opérations à considérer dans une expérience. La


première consiste à préméditer et à réaliser les conditions de
l'expérience ; la deuxième consiste à constater les résultats de
l'expérience. Il n'est pas possible d'instituer une expérience sans une
idée préconçue ; instituer une expérience, avons-nous dit, c'est poser
une question ; on ne conçoit jamais une question sans l'idée qui
sollicite la réponse. »

Claude Bernard
Introduction à l'étude de la médecine expérimentale - 1865

III
L'ambition scientifique
Si l'ambition de la science consiste à décrire le réel et à se donner les moyens d'agir sur ou avec lui, il n'est
pas certain que l'objet de cette ambition soit le réel lui-même. L'analyse du cas particulier de l'expérience
vécue met en difficulté l'ambition scientifique qui voudrait réduire toute connaissance à des connaissances
physiques ou matérielles.

A L'objet de la science : réalisme et antiréalisme


Si la science a comme ambition de connaître le réel, de le décrire et d'agir à partir de cette connaissance, il
est important de se demander si cette connaissance et ces descriptions visent le réel lui-même. Deux
théories s'opposent : le réalisme scientifique et l'antiréalisme scientifique.

1. Connaître et agir sur le réel


La science semble se diviser entre des connaissances fondamentales du réel et des connaissances
destinées à l'application. Il faut cependant s'interroger sur l'objet visé par ces connaissances. Selon les
positions philosophiques, l'objet décrit est le réel lui-même, ou une modélisation fictionnelle permettant
l'action.
Il semble communément admis que la science a deux finalités :

la connaissance du réel et des lois de la nature ;


la maîtrise des lois de la nature pour agir sur le réel et appliquer les sciences au soin, à la construction, à
l'amélioration de la vie, et à l'accroissement des connaissances.

« Sans doute, quand on envisage l'ensemble complet des travaux de


tout genre de l'espèce humaine, on doit concevoir l'étude de la nature
comme destinée à fournir la véritable base rationnelle de l'action de
l'homme sur la nature, (…) [Mais] quels que soient les immenses
services rendus à l'industrie par les théories scientifiques, quoique,
suivant l'énergique expression de Bacon, la puissance soit
nécessairement proportionnée à la connaissance, nous ne devons
pas oublier que les sciences ont, avant tout, une destination plus
directe et plus élevée, celle de satisfaire au besoin fondamental
qu'éprouve notre intelligence de connaître les lois des phénomènes. »

Auguste Comte
Cours de philosophie positive, deuxième leçon - 1830-1842

Ainsi, la science aurait à la fois une fin en soi, recherchant la connaissance du réel pour la seule connaissance,
et serait un moyen en vue d'une action sur le réel. On pourrait d'ailleurs remarquer que de nombreuses
sciences se divisent en une science dite « fondamentale », et une science dite « appliquée ».

EXEMPLE
On peut distinguer, au sein de la biologie, la biologie fondamentale qui tente entre autres de décrypter les
mécanismes cellulaires, et la biologie appliquée qui utilise ces connaissances notamment à des fins
médicales.

2. Le réalisme : la science comme description du réel

[Link] 7/10 Chapitre 13 : La science


Terminale
La science Philosophie

Le réalisme affirme que les entités et objets examinés par la science, qu'ils soient directement observables
ou non (la gravité), existent au même sens que les objets les plus communs (un stylo). La science décrirait
alors le réel lui-même.
Cependant, dans le cas de ces deux finalités, il est présupposé que la science vise le réel lui-même, c'est-à-dire
les choses telles qu'elles sont indépendamment de l'être humain. Qu'il s'agisse de connaître le réel, ou d'agir
sur lui, c'est toujours le réel lui-même qui est visé, en considérant ainsi que la science a un accès véritable à
l'essence des choses. Cette position philosophique s'appelle le réalisme scientifique.
DÉFINITION Réalisme scientifique
Le réalisme scientifique est la thèse selon laquelle les objets dont parle la science, ses concepts, ses entités,
existent tels qu'ils sont décrits, sans dépendre de la connaissance que nous en avons.

« Pour le réalisme scientifique, les entités, états et processus décrits


par les théories existent vraiment, pour peu que ces théories soient
exactes. Protons, photons, champs de force et trous noirs sont aussi
réels qu'ongles d'orteils, turbines, tourbillons dans un cours d'eau ou
volcans. »

Ian Hacking
Concevoir et expérimenter : thèmes introductifs à la philosophie des sciences
expérimentales -
trad. Bernard Ducrest, © Christian Bourgois Éditeur, p. 59, 1989

Ainsi, pour un partisan du réalisme scientifique, la science décrit le réel lui-même ou, autrement dit, le monde
tel qu'il est. Les concepts utilisés par les scientifiques, mêmes ceux non directement visibles tels que la
gravité, un courant électrique, ou des photons, sont alors des descriptions précises de la réalité telle qu'elle est
en elle-même. Dire que ces entités existent, c'est dire qu'elles sont au même sens qu'un stylo, une pierre, ou
une table.
L'argument le plus connu utilisé pour défendre simplement le réalisme scientifique est celui du philosophe
américain Hilary Putnam.

Hilary Putnam
« L'argument positif pour le réalisme est
que c'est la seule philosophie qui ne rend
pas le succès de la science miraculeux. »

« Qu'est-ce que la vérité mathématique ?


»
1975

Cet argument repose sur le


constat simple que la
science est capable d'agir
INTERPRÉTATION
sur le réel en lançant des
fusées, en opérant un
cerveau, en produisant des
prédictions des
phénomènes naturels, etc.
Considérant ce « succès »
de la science, il faudrait
alors nécessairement
admettre que son objet est
bien le réel lui-même, car
sinon les explications et
applications pratiques de la
science ne pourraient tenir
qu'aux miracles.

3. L'antiréalisme : la science comme création de modèles et d'instruments


L'antiréalisme affirme que les entités décrites par la science qui ne sont pas directement observées ne sont
que des modèles, des fictions, qui permettent de faciliter l'explication du réel, sa compréhension, les
mesures et les prédictions.

[Link] 8/10 Chapitre 13 : La science


Terminale
La science Philosophie

Il est possible de défendre la position inverse, que l'on appelle « antiréalisme scientifique ».
DÉFINITION Antiréalisme
Selon l'antiréalisme, les objets dont parle la science qui ne sont pas directement observables, tels que les
gènes, un courant électrique ou un photon, n'existent pas au même sens qu'un arbre, un verre ou une pierre.

Ian Hacking
« L'antiréaliste s'oppose à ces entités qui
ne sont pour lui que fictions,
constructions logiques ou éléments d'un
processus intellectuel d'appréhension du
monde. »

Concevoir et expérimenter : thèmes


introductifs à la philosophie des sciences
expérimentales
trad. Bernard Ducrest, © Christian Bourgois
Éditeur, p. 59, 1989

Une variation particulièrement connue de la thèse antiréaliste est l'instrumentalisme.


DÉFINITION Instrumentalisme
L'instrumentalisme affirme que les entités qui ne sont pas directement observées le plus simplement par les
sens sont des fictions utilisées pour comprendre, manipuler ou mesurer le réel. Elles ne correspondent pas
directement à l'essence du réel, mais sont une construction scientifique permettant d'appréhender d'une
manière structurée les choses qui ne sont pas immédiatement observables.
Ainsi, selon l'instrumentalisme, les théories scientifiques ne seraient pas une description directe du réel, mais
davantage des créations de modèles qui permettent, comme le fait un instrument de mesure, de prédire et
d'agir sur le réel.

« Entrez dans ce laboratoire ; (…) un observateur enfonce dans de


petits trous la tige métallique d'une fiche dont la tête est en ébonite ;
le fer oscille et, par le miroir qui lui est lié, renvoie sur une règle en
celluloïd une bande lumineuse dont l'observateur suit les
mouvements ; voilà bien sans doute une expérience ; au moyen du va-
et-vient de cette tache lumineuse, ce physicien observe
minutieusement les oscillations du morceau de fer. Demandez-lui
maintenant ce qu'il fait ; va-t-il vous répondre : « J'étudie les
oscillations du barreau de fer qui porte ce miroir » ? Non, il vous
répondra qu'il mesure la résistance électrique d'une bobine (…) pour
pouvoir faire cette interprétation, il ne suffit pas d'avoir l'attention en
éveil et l'œil exercé ; il faut connaître les théories admises, il faut
savoir les appliquer, il faut être physicien. »

Pierre Duhem
La Théorie physique. Son objet, sa structure - 1906

B Les limites de la science : l'exemple de l'expérience vécue


L'ambition scientifique de description du réel comporte bien souvent un présupposé physicaliste, c'est-à-
dire un présupposé qui affirme que toutes les connaissances sont réductibles à des connaissances
physiques ou matérielles. Cette thèse physicaliste est mise en difficulté par l'expérience vécue ou « effet
que cela fait » de vivre quelque chose.
Si la science a comme ambition de décrire le réel, elle présuppose donc qu'elle en a entièrement la possibilité.
Les sciences physiques, telles que la physique et la chimie que l'on trouve dans les manuels, se caractérisent
par la thèse selon laquelle toutes les connaissances sont réductibles à des connaissances physiques.
Autrement dit, la totalité de ce qui existe, la totalité de ce que l'on vit, perçoit, comprend, est explicable par les
propriétés physiques des choses. Ainsi, toutes les choses qui existent seraient réductibles à des propriétés
physico-chimiques, et leur constitution serait donc entièrement réductible à la connaissance physique.

[Link] 9/10 Chapitre 13 : La science


Terminale
La science Philosophie

L'expérience vécue, ou « l'effet que cela fait » de vivre, de percevoir, de ressentir, a toutefois mis en difficulté ce
présupposé des sciences physiques. En effet, s'il est facile d'accepter que les sciences physiques pourront
dans le futur donner toutes les informations physiques, chimiques, à propos par exemple de la vision d'une
couleur ou du ressenti d'un sentiment, il semble difficile d'admettre que « l'effet que cela fait » d'éprouver un
sentiment, ou de voir une couleur, pourra être réductible à des propriétés physiques.

EXEMPLE
Frank Jackson, dans son article Ce que Marie ne savait pas (What Mary Didn't Know) (1982), propose une
expérience de pensée célèbre. Il imagine que l'on enferme depuis toujours une brillante scientifique dans
une pièce sans aucune couleur. Elle apprend alors toutes les connaissances physiques possibles à propos,
par exemple, de la couleur rouge, sans avoir jamais vu cette couleur. Frank Jackson demande alors : « Que
se produira-t-il quand Marie sortira de sa chambre noire et blanche (…) ? ». Marie fera en effet l'expérience,
pour la première fois, de la couleur rouge, de « l'effet que cela fait » de voir une couleur, et on peut donc
conclure que l'expérience vécue n'était pas réductible aux connaissances physiques du rouge.

On appelle qualia les propriétés de l'expériences vécue, telles que l'effet que cela fait de voir une couleur, ou le
fait d'éprouver un sentiment, qui semblent irréductibles à toute connaissance physique. L'expression « effet
que cela fait » provient d'un article célèbre de Thomas Nagel.

« J'ai dit que l'essence de la croyance selon laquelle les chauve-souris


ont une expérience est que cela fait un certain effet d'être une
chauve-souris. À l'heure actuelle, nous savons que la plupart des
chauve-souris (…) perçoivent le monde extérieur principalement par
sonar, ou écholocalisation (…). Nous ne pouvons nous former plus
qu'une conception schématique de l'effet que cela fait. »

Thomas Nagel
Quel effet cela fait-il d'être une chauve-souris ?, (What is it like to be a bat?) -
The Philosophical Review (n° 83, 4), octobre 1974

Si l'on simplifie l'argument de Nagel, il consiste à


remarquer que si l'on peut très précisément expliquer
INTERPRÉTATION
les processus physiques par lesquels la chauve-souris
perçoit, les connaissances physiques ne remplacent
pas « l'effet que cela fait » de percevoir comme une
chauve-souris. On ne pourra jamais connaître
directement cet effet vécu. La chauve-souris perçoit en
effet par écho-localisation, c'est-à-dire par un
mécanisme de sonar, et il semblerait que toutes les
connaissances physiques à propos de ce système ne
permettront jamais de ressentir « l'effet que cela fait »
de percevoir comme un sonar. Toute « extrapolation » à
partir de sa propre expérience ou à partir de ses
connaissances de l'écho-localisation échouerait à
appréhender ce vécu.

L'ambition scientifique de réduction du réel à des explications physiques et de description à partir des
sciences physiques semble mise en difficulté par l'expérience vécue, ou par le phénomène de la conscience.
Les qualia semblent en effet résister à la description qui réduirait « l'effet que cela fait » à des informations
physiques.

[Link] 10/10 Chapitre 13 : La science

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