Structures mémorielles et littérature
Structures mémorielles et littérature
Édition électronique
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DOI : 10.4000/enquete.116
ISSN : 1953-809X
Éditeur :
Cercom, Éditions Parenthèses
Édition imprimée
Date de publication : 2 mars 1989
Référence électronique
Régine Robin, « Structures mémorielles, littérature et biographie », Enquête [En ligne], 5 | 1989, mis en
ligne le 27 juin 2013, consulté le 19 avril 2019. URL : [Link] ;
DOI : 10.4000/enquete.116
Le passé fixé
1 Mes deux notions sont problématiques.
2 Malgré un grand livre de Maurice Halbwachs, malgré les recherches de ses continuateurs
et les nombreux commentaires que la notion de « mémoire collective » a suscités 1, nous
n’avons pas à ce jour une définition satisfaisante. Nous dirons simplement pour donner
un cadre à notre réflexion que nous engloberons par là tout le domaine de l’appropriation
sociale du passé, de la rétrospective collective, de la gestion, de la régie de ce passé. Il
faudra bien entendu mettre de l’ordre là-dedans et peut-être abandonner une vision aussi
englobante du phénomène.
3 Quant au « roman familial », la notion vient de Freud et désigne selon J. Laplanche et J.-
B. Pontalis « des fantasmes par lesquels le sujet modifie imaginairement ses liens avec ses
parents (imaginant par exemple qu’il est un enfant trouvé). De tels fantasmes trouvent
leur fondement dans le complexe d’Œdipe »2. Nous retiendrons ici l’aspect fantasmatique
de l’élaboration de la construction, son aspect de roman, de récit ou de scénario, et son
rapport à l’origine, au passé. Nous parlerons analogiquement de roman mémoriel par
lequel un individu, un groupe ou une société pense son passé en le modifiant, le
déplaçant, le déformant, s’inventant des souvenirs, un passé glorieux, des ancêtres, des
filiations, des généalogies.
4 La mise en rapport qu’institue le syntagme « roman mémoriel » implique qu’on ait affaire
à un ensemble de textes, de rites, de codes symboliques, d’images et de représentations
où se mêlent dans une intrication serrée l’analyse des réalités sociales du passé, des
commentaires, des jugements stéréotypés ou non, des souvenirs réels ou racontés, des
souvenirs écrans3, du mythe, de l’idéologique et de l’activation d’images culturelles ou de
syntagmes, vus, lus, entendus, qui viennent s’agglutiner à l’analyse.
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5 Autrement dit, pas de mémoire collective sans roman mémoriel, sans cette hybridité de
formes, de syncrétisme d’un réel déjà sémiotisé, déjà pris dans l’ordre du langage et de la
représentation et de l’imaginaire ; pas de séparation étanche entre le scientifique et le
mythe, l’explicatif et le récit, le légendaire et l’historique. C’est donc de roman mémoriel
que nous allons débattre. Disons pour qu’il n’y ait pas de malentendus que le terme de
roman introduit ici n’a rien de péjoratif. Il ne s’oppose pas à ce que serait un énoncé
scientifique au sens positiviste du terme. Il renvoie simplement à la double structure du
fonctionnement mémoriel dont nous venons de parler, structure d’hybridité, de
syncrétisme, et mise en forme narrative ou symbolique, ou imagée.
6 Le passé, nous le savons tous, n’est pas libre. Aucune société ne le laisse livré à lui-même.
La passéïté du passé est fixée. Le passé est régi, géré, conservé, expliqué, raconté,
commémoré, magnifié ou haï, gardé.
7 Il y a d’abord un espace officiel national qui sert de cadre à cette fonction de conservation
et de commémoration. Des archives, des musées, des hauts lieux comme le Panthéon,
toutes sortes de collines inspirées où souffle l’esprit national, des rues au nom symbolique
magnifiant des héros, des événements, des lieux, des dates ; des cimetières et des
cimetières militaires en particulier, des plaques, des monuments de la victoire, aux morts,
aux grands hommes. Il s’agit très précisément des « lieux de mémoire » selon la belle
expression de P. Nora et de son équipe4. La mémoire nationale ou officielle est encore
balisée par une temporalité propre. Elle est scandée par ses dates, ses jours fériés, ses
fêtes et en particulier ses fêtes nationales qui sont le rappel des temps héroïques et qui
constituent un temps épique, un retour aux origines, au légendaire national.
8 Le passé régi est enfin pris dans un ensemble de gestes, d’images et de rites qui marquent
le corps : rites des inaugurations, pose des plaques, des premières pierres, coupures de
rubans associés avec des hymnes nationaux exigeant une posture du corps, debout,
recueilli et digne ; hommages ; minutes de silence et commémorations multiples. Tout
cela dessine un milieu d’évidences façonnées, contribue à la création d’un « habitus
national » fait de récits et de rites. Il s’agit d’une gestion des traces5, une gestion des
« cendres de conséquences » ou anonymes, d’une gestion de la saga identitaire, saga de la
continuité de la nation et de l’État et de sa légitimité. Gestion sur le mode épique, public,
monumental6.
9 En face de ou à côté de, ou contre la mémoire nationale (cela dépend des pays, des
régimes et des conjonctures), la mémoire savante construite par les historiens qui est plus
un travail d’élaboration des traces qu’une gestion de ces traces. Il ne s’agit pas ici de
reprendre de vieux débats sur l’histoire ou de récents ouvrages de synthèse qui, avec des
points de vue différents, ont renouvelé notre façon de poser les problèmes. Je voudrais
évoquer ici simplement pour mémoire Michel de Certeau7, P. Ricœur8 et Hayden White9.
10 L’histoire raconte, explique, elle est la science de l’intelligibilité du passé. Elle met en
intrigues des actions, des phénomènes complexes, des rapports. L’histoire comme
discipline institutionnalisée est plongée dans des conjonctures historiques mouvantes ;
formée, informée, déformée par la mémoire nationale (mais elle agit également sur elle
en retour) ; à l’écoute des mémoires collectives qu’elle renie, nie ou dénie ou au contraire
qu’elle contribue à mettre sur la place publique, qu’elle prend en charge, auxquelles elle
donne une nouvelle légitimité.
11 Il s’agit, comme l’exprime très bien Roger Chartier, de
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brique sur le mur. L’éparvérage, le crépi sur lequel la fresque était peinte est tombé,
et la fresque est à jamais perdue. À côté de ces morceaux de fresque conservés, il n’y
a pas de date, il faut que j’aille à la chasse des dates, actuellement en 1835.
Heureusement, peu importe un anachronisme, une confusion d’une ou deux années.
À partir de mon arrivée à Paris en 1799, comme ma vie est mêlée avec les
événements de la gazette, toutes les dates sont sûres. 2) En 1835, je découvre la
physionomie et le pourquoi des événements14. »
15 L’individu dans tout cela, pétri par les images-forces de la mémoire nationale d’un côté,
par le récit familial, la saga des parents et grands-parents, par ses généalogies plus ou
moins imaginaires, par les albums de photos, menus objets conservés, les bribes de
correspondance d’autre part, informé par le savoir des historiens même vulgarisé, par
cette forme de savoir que diffusent les média, le cinéma, la littérature légitime ou
arlequinisée, l’individu marqué par tous ces scénarios qui peuvent se renforcer l’un
l’autre mais aussi se contredire, l’individu dis-je, bricole comme il peut sa représentation
du passé, son imagerie, son récit, dans l’ordre d’un moule narratif obligé ou dans la
dispersion de souvenirs-flash, dans un sens préétabli dans un combat identitaire, dans
une contre-mémoire fragmentaire, ou dans une dispersion de mémoires migrantes.
16 Récapitulons quelque peu, dans le jeu de cette élaboration d’un roman mémoriel, les
types de mémoire que nous avons dégagés : une mémoire nationale (M1), une mémoire
savante (M2), une mémoire collective (M3), une mémoire culturelle (M4).
17 Première constatation : il n’y a pas de cloison étanche entre ces types de mémoire, au
contraire. Nous avons affaire à une grande circulation discursive et mémorielle des
formes d’appropriation du passé, à des rapports de hiérarchisation, selon les moments,
les régimes et les conjonctures. Toutes ces mémoires contribuent à leur façon à l’écriture
du roman mémoriel, à ce tissu composite fait d’images, de phrases, de syntagmes,
d’extraits de manuels scolaires, de films, de chansons, d’idées qu’une société se fait de son
propre passé.
18 Seconde constatation : chaque type de mémoire relève d’un chronotope particulier au
sens que M. Bakhtine donne à ce terme, c’est-à-dire d’une condensation spécifique de
l’espace-temps qui constitue le type de mémoire considéré en genre spécifique.
19 La mémoire nationale relève d’un espace-temps monumental, public et épique. Il s’agit de
la geste du temps origine des héros nationaux, d’une grande saga de fondation. La
mémoire collective de groupe, plus privée et plus locale, partage avec la mémoire
nationale le caractère épique de son chronotope, une temporalité cyclique, uchronique,
mythique. Ces deux mémoires se rapportent à ce que M. Bakhtine appelle l’épopée ou la
parole des pères :
« L’épopée, genre précis, comporte trois traits constitutifs : 1) Elle cherche son objet
dans le passé épique national, le “passé absolu” selon la terminologie de Goethe et
de Schiller. 2) La source de l’épopée c’est la légende nationale (et non une
expérience individuelle et la libre invention qui en découle). 3) Le monde épique est
coupé par la distance épique absolue du temps présent : celui de l’aède, de l’auteur
et de ses auditeurs15. »
20 À l’opposé, le savoir historien (la mémoire M2) développe un espace multi-dimensionnel
et une temporalité chronologique et/ou périodisée dans un effet de distanciation entre le
passé et le présent. Il s’agit du chronotope d’un discours explicatif, métadiscursif,
argumentatif, rationnel. Reste la mémoire culturelle M4, potentiellement polyphonique
qu’elle se donne dans le flash du souvenir, dans l’ordre narratif chronologique ou dans le
narratif métaphorique, mais qui a besoin de figuralisation. Elle n’est que potentielle. Sa
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mise en figure, sa mise en texte, je la vois infiniment plus développée dans le cadre de la
fiction que dans le cadre du dispositif qui débouche sur le récit de vie16.
21 Passé figé, fixé, conservé, magnifié, commémoré. Le passé pèse. Il y a une pesanteur de la
mémoire, un encombrement de l’esprit. Nietzsche, dans les Considérations intempestives,
écrivait :
« L’Histoire est le bien de l’homme qui veut conserver et vénérer le passé, de celui
qui jette un regard un regard frileux et aimant vers les origines, vers le monde où il
a grandi. Par cette piété, il s’acquitte en quelque sorte de sa dette de reconnaissance
envers le passé. Mais attention à l’excès d’Histoire, attention à une piété trop
grande. Si l’homme se livre à cette curiosité nostalgique et quasiment religieuse et
sombre ainsi dans le culte des morts, alors il étouffe, le passé l’alourdit. Cette
pesanteur du passé l’empêche justement de créer. Il a besoin d’une légèreté, d’une
innocence, d’une sorte d’insouciance pour créer17. »
22 Il peut en effet y avoir captation mortifère du passé et à ce moment-là, le passé sur le plan
fantasmatique doit se transformer pour diverses raisons, pour combler l’abîme
hallucinatoire d’une origine perdue, pour combler un manque, ou pour s’adapter à une
conjoncture qui réclame un autre passé. Le roman mémoriel se transforme.
Le passé réaménagé
23 Les modalités à travers lesquelles la trace bouge, se remodèle, sont multiples. J’en
présenterai ici quelques-unes parmi les plus connues.
24 D’abord le silence, le silence structuré si bien étudié par L. Passerini18. Le silence refus, le
silence tabou, le silence sur ce qui gêne et sur ce qui fait mal. La chose nommée prend
corps. Non verbalisée, elle reste dans le flou. Tous ceux qui ont travaillé en histoire orale
ont rencontré ces moments où la personne déclare « je ne parlerai pas de ça », volontaire,
décidée, ou au contraire ces moments où elle voudrait parler mais sa voix s’étrangle et
c’est le silence qui s’installe. Moments d’émotion intense voire intolérable.
25 Le silence qui permet le refoulement, le déni ou l’oubli. La psychanalyse nous a appris que
c’était à ces moments-là que quelque chose d’important se passait, qu’une résistance
énorme était rencontrée. Le silence et son cortège d’associés, l’oubli par refoulement et
qui par conséquent peut être levé, l’oubli libérateur ou aliénant, enfin la négation du passé
par dénégation, refus de savoir, négation volontaire comme la remise en question de
l’existence des chambres à gaz et de la tragédie du Génocide.
26 Mieux connues, mieux étudiées, les réécritures politiques de l’histoire comme dans l’URSS
stalinienne et post-stalinienne, la réécriture du rapport entre le peuple russe et les
peuples non russes après la liquidation de l’école historique de Prokovskii dans les années
1930, les réécritures périodiques de l’histoire du Parti, la disparition de certains
personnages des photographies officielles19, Trotskii, Boukharine, etc., l’élimination des
dictionnaires et encyclopédies du nom des victimes des purges de 1937, etc.
27 Réécriture, mais aussi relecture du passé en fonction d’une utilisation politique immédiate,
ou en fonction d’élaborations idéologiques plus complexes. Deux exemples rapides. En
1980, la Province du Québec soumet ses habitants à un referendum sur le thème de la
souveraineté-association avec le Canada, ouvrant par là une voie possible à
l’indépendance du Québec à moyen terme. Le referendum est précédé d’un long débat,
d’une campagne électorale peu commune où l’histoire, le passé joue un rôle de premier
plan. On se bat à coups de passé. Sur les murs de Montréal, cette affiche tout droit sortie
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d’un ancien manuel scolaire où l’on voit Madeleine de Verchères, héroïne du XVIIe siècle
ayant courageusement arrêté la progression des Indiens, et cette légende : « Madeleine de
Verchères aurait-elle dit OUI ? »
28 L’autre exemple a trait à l’idéologie, la mythologie politique de Begin et dont il a usé et
abusé jusqu’à son départ du pouvoir20. À partir du passé tragique du peuple juif et en
particulier du Génocide de la dernière guerre mondiale, Begin se forge tout un discours
qui a sa cohérence interne accrochée à l’interprétation du passé. Il s’agit, comme le sous-
titre du livre auquel je fais allusion l’indique, d’un mythe de la rédemption par le retour,
par l’établissement d’un État et d’un État exclusivement juif. L’auteur de l’ouvrage défend
la thèse selon laquelle la réponse ou les réponses à l’horreur de l’Holocauste ne pouvaient
qu’être mythiques voire théologiques. Le premier volume des mémoires de M. Begin, La
révolte21, est construit comme les aventures d’un héros selon la formule : séparation de
l’objet de valeur, initiation et retour. Toute la pensée politique obsessionnelle va
dépendre de cette représentation d’une odyssée tragique, depuis l’Holocauste jusqu’au
retour à Sion.
29 Autre relecture de l’histoire, non pas directement politique celle-là mais venue de
l’institution historienne, celle de la réévaluation du passé nazi en Allemagne. Ernst Nolte
est un historien connu22. Quant à M. Andreas Hillgruber, il a beaucoup écrit sur la
stratégie militaire hitlérienne. Récemment, les deux auteurs se sont lancés dans une
réévaluation du régime nazi qui surprend. Sous le prétexte cohérent et à mes yeux fort
juste pour un historien de traiter la société nazie avec objectivité, comme une autre, de
l’étudier dans toutes ses dimensions, y compris sa quotidienneté, sous ce prétexte,
s’instaure une entreprise de banalisation du régime, banalisation d’autant plus grande
qu’on fait ressortir que le véritable ennemi était le bolchevisme, que le goulag avait
innové en matière d’extermination et avait le privilège de l’antériorité. On ne se contente
plus, comme il y a vingt ans, de renvoyer dos à dos l’URSS stalinienne et l’Allemagne
hitlérienne dans une même horreur totalitaire, désormais l’Allemagne apparaît plus
« normale » ou, comme le dit un journaliste, on peut « refouler Hitler grâce à Staline et
Pol Pot »23.
30 Autre réévaluation entraînant des bougés de l’interprétation du passé en fonction de
larges conjonctures politiques et culturelles : la levée de censure ces dernières années en
France qui permet de parler de la collaboration à la limite de la réhabilitation : passage de
M. Bardèche à l’émission « Apostrophes » où, en toute impénitence, il tient les propos
qu’il tient sur l’histoire en renvoyant tout le monde dos à dos, biographie innommable
d’Anne Brassié sur R. Brasillach (à quand en « 10/18 » ou en « Folio » Gallimard Les
décombres de Rebatet 24 ?), argumentations du défenseur de Barbie, cherchant lui aussi à
banaliser le Génocide des Juifs pendant la dernière guerre et à nous présenter Barbie
comme un vieil homme malade qu’on importune inutilement.
31 Dernier exemple de ce type de réinterprétation du passé en fonction de conjonctures
politiques nouvelles, la réaction d’une partie de la population soviétique en face non
seulement des réformes de Gorbatchev, mais du nouvel état d’esprit qui entoure ces
réformes. On peut y voir dans le domaine culturel du moins une lutte pour retrouver une
vraie mémoire, un vrai passé.
32 La Literaturnaia Gazeta formulait le 22 octobre 1986 le programme suivant : « Si nous nous
tournons vers le passé, c’est pour pouvoir recevoir des réponses aux questions qui nous
torturent ». Parmi ces questions brûlantes, le stalinisme, Staline, non seulement
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légitimité des cercles restreints, est en train de s’exténuer, de s’isoler, de s’étioler. Dans
son discours de Stockholm, lors de la remise du prix Nobel, Claude Simon déclare :
« Lorsque je me trouve devant ma page blanche, je suis confronté à deux choses :
d’une part le trouble magma d’émotions, de souvenirs, d’images qui se trouvent en
moi, d’autre part la langue, les mots que je vais chercher pour le dire, la syntaxe par
laquelle ils vont être ordonnés et au sein de laquelle ils vont en quelque sorte se
cristalliser. Et tout de suite, un premier constat : c’est que l’on n’écrit (ou ne décrit)
jamais quelque chose qui s’est passé avant le travail d’écriture, mais bien ce qui se
produit (et cela dans tous les sens du terme) au cours de ce travail, au PRESENT de
celui-ci, et résulte, non pas du conflit entre le très vague projet initial et la langue,
mais au contraire d’une symbiose entre les deux29. »
42 Mais la plupart des critiques français sont restés stupéfaits à l’annonce de l’attribution du
prix Nobel de littérature à Claude Simon. Pour eux c’est la mort du roman qu’on
couronnait.
43 Le second danger qu’on dénonce, aussi bien en peinture qu’en littérature, serait le retour
au naturalisme, aux plates conventions du XIXe siècle, aux Bouguereau, à l’art pompier et
autres « porteuses de pain » qui seraient devenus à la mode, doubles scripturaires et
picturaux de l’échec de l’architecture des Halles, du quartier de l’Horloge ou de tous les
espaces piétonniers à Paris. Le grand danger démagogique serait celui du kitsch défini par
Milan Kundera dans les termes suivants :
« Le mot kitsch désigne l’attitude de celui qui veut plaire à tout prix et au plus
grand nombre. Pour plaire, il faut confirmer ce que tout le monde veut entendre,
être au service des idées reçues. Le kitsch, c’est la traduction de la bêtise des idées
reçues dans le langage de la beauté et de l’émotion. Il nous arrache des larmes
d’attendrissement sur nous-mêmes, sur les banalités que nous pensons et sentons.
Après cinquante ans, aujourd’hui, la phrase de Broch devient encore plus vraie. Vu
la nécessité impérative de plaire et de gagner ainsi l’attention du plus grand
nombre, l’esthétique des mass media est inévitablement celle du kitsch ; et au fur et
à mesure que les mass media embrassent et infiltrent toute notre vie, le kitsch
devient notre esthétique et notre morale quotidiennes30. »
44 Pour sortir de ces deux alternatives néfastes, là encore depuis quelques années, la critique
s’est tournée vers Vienne, vers l’Europe centrale, vers un art du roman venu d’une tout
autre tradition. Musil et Broch étaient les deux grandes figures tutélaires parce que leur
œuvre se tenait à égale distance des faderies naturalistes et de l’expérimentation
formaliste. À la fois œuvre d’idées, d’échos philosophiques, œuvre romanesque au sens
plein du terme, elles se laissaient traverser par de multiples voix, idéologies, rythmes et
discours. Cette polyphonie généralisée, cette hybridité très proche de Bakhtine, ce
cosmopolitisme intégrant tous les exils comme seule position d’écriture, semblaient le
seul recours qui permît de mettre fin aux idéologies de l’enracinement, et qui ouvrît
l’espace du roman au transverse, à un espace multiculturel, pluriel, à une respiration
libre. La voie viennoise ou la représentation imaginaire de ce qu’avait pu être Vienne,
c’était aussi une façon de prendre acte dans l’esthétique de la prétendue mort des
idéologies. Comme le dit très bien Guy Scarpetta dans L’impureté :
« S’affranchir des idéologies modernistes ou avant-gardistes, c’est aussi
s’émanciper des grands systèmes utopiques, issus du XIXe siècle, auxquels elles
furent le plus souvent liées […] Autrement dit, il me semble que ce qui “revient”
aujourd’hui dans tout un pan de l’art et de la littérature, c’est l’affirmation d’une
impureté fondamentale – pas très éloignée, peut-être, de ce que les discours
religieux désignaient comme le péché originel. Façon de renouer, sans doute, avec
cette fonction de l’art que l’avant-gardisme avait plus ou moins refoulée : dire le
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Mal, désigner le négatif du lien social, l’envers des optimismes idéologiques et des
utopies communautaires31. »
45 Depuis un certain nombre d’années, en France, sortent des romans, dans de grandes
maisons d’édition, qui sont parfois primés, parfois pas, mais toujours accueillis par la
critique qui leur consacre de nombreuses pages dans les principaux quotidiens et dans les
magazines littéraires. Ces romans viennent des horizons les plus divers. Certains de leurs
auteurs sont de grands noms de l’institution littéraire, d’autres sont moins connus. Je
veux parler, pêle-mêle, de Le miroir qui revient (Minuit) d’Alain Robbe-Grillet, de L’amant
(Minuit) de Marguerite Duras, du Valet de nuit (Grasset) de Michel Host, de La vie fantôme
(POL) de Danièle Sallenave, de Le salon du Wurtemberg (Gallimard) de Pascal Quignard, de
Prise d’otage (Denoël) de Marcelin Pleynet, et de Course d’amour pendant le deuil (Gallimard)
de Florence Delay. Cette liste bien entendu, n’a rien d’exhaustif. Elle signale un problème,
elle balise un symptôme littéraire et sociologique. Plusieurs de ces écrivains viennent du
cercle restreint de l’avant-garde ou de l’expérimentation. Ils ont tous fait le même chemin
de façon consciente ou inconsciente. Ils veulent être lus par le grand public et pour cela
ils réinscrivent une intrigue, un récit, des personnages et ont recours à une écriture qui
rappelle (tout en prenant pour acquise la période formaliste) le code réaliste, voire
naturaliste. Dans sa définition du kitsch, Milan Kundera poursuivait :
« Jusqu’à une époque récente, le modernisme signifiait une révolte non conformiste
contre les idées reçues et le kitsch. Aujourd’hui, la modernité se confond avec
l’immense vitalité mass-médiatique, et être moderne signifie un effort effréné pour
être à jour, être conforme, être encore plus conforme que les plus conformes. La
modernité a revêtu la robe du kitsch32. »
46 Le retour du lisible aujourd’hui serait en somme cette rencontre de la modernité et du
conforme, du plaire-à-tout-prix. Dans Le miroir qui revient, Robbe-Grillet nous raconte la
chronique familiale de son horrible famille fasciste dans une structure somme toute
linéaire et sans mystère, tout en truffant son livre d’intrusions d’auteur sur l’écriture et le
pourquoi de ses transformations d’écriture. L’autobiographie est impossible, bien
entendu, mais on n’échappe pas à la vague du biographique, du narcissisme, de ces
« tyrannies de l’intimité » dont on sait depuis longtemps à quel point elles sont
pernicieuses. Le miroir qui revient pourrait bien être aussi celui de Stendhal et de
l’esthétique réaliste. Quel paradoxe de la part d’un écrivain qui a commencé sa carrière
en désignant à tous Balzac comme l’ennemi à abattre. Marcelin Pleynet est associé à
l’entreprise moderniste, à l’expérimentation, à Tel Quel. Prise d’otage est un roman qui
distribue des thèmes à la mode, le terrorisme en Italie, et le « light porn », expression
intraduisible. Confusion des genres, des écritures, le roman réinscrit bien le souvenir de
l’écriture moderniste avec ses longues phrases, ses récurrences, ses points de suspension,
mais c’est pour mieux nous piéger dans son affaire d’otage.
47 Danièle Sallenave, qui elle aussi vient d’un horizon d’expérimentation, nous présente
dans La vie fantôme une histoire d’adultère banale et sans relief, quelque chose de notre
médiocrité d’aujourd’hui, disait un critique, notre monde petit-bourgeois sans horizon. La
couverture du livre montre un lit aux draps froissés, sur la moquette des souliers de
femme. Il est bien connu que dans les époques de crise, sans horizon, sans idéal, sans
dessein sociétal, il ne reste que le lit. Le roman en est l’expression la plus achevée, dans
une écriture lisse, sans aspérités. Pascal Quignard vient également d’un cercle restreint et
de l’expérimentation. Le salon du Wurtemberg se lit avec plaisir. On y rencontre les
couleurs pastel des comptines et des bonbons au nom magique. Le travail du souvenir y
est remarquable. Mais là encore, l’intrigue marquée par des dates précises, des repères,
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finit par tout emporter. L’intrigue n’est plus le support de l’écriture mais devient la
définition du romanesque33.
48 La littérature participe donc de ce grand remaniement qui ramène au lisible. Pourtant, je
le répète, même dans ce grand mouvement régressif, la fiction bat en brèche l’illusion
biographique, la continuité et l’homogénéité. Elle seule jusqu’à présent sait « laisser
battre le discontinu » selon la belle expression de D. Oster34. Même le nouveau Robbe-
Grillet se sent obligé d’ironiser sur le roman biographique qu’il se propose à écrire :
« Quand je relis des phrases du genre “ma mère veillait sur mon difficile sommeil”
ou “son regard dérangeait mes plaisirs solitaires”, je suis pris d’une grande envie de
rire, comme si j’étais en train de falsifier mon existence passée dans le but d’en
faire un objet bien sage, conforme aux canons du regretté Figaro littéraire : logique,
ému, plastifié. Ce n’est pas que ces détails soient inexacts (au contraire peut-être).
Mais je leur reproche à la fois leur trop petit nombre et leur modèle romanesque, en
un mot ce que j’appellerai leur arrogance. Non seulement je ne les ai vécus ni à
l’imparfait ni sous une telle appréhension adjective, mais en outre, au moment de
leur actualité, ils grouillaient au milieu d’une infinité d’autres détails, dont les fils
entrecroisés formaient un tissu vivant. Tandis qu’ici j’en retrouve une maigre
douzaine, isolés chacun sur un piédestal, coulés dans le bronze d’une narration
quasi historique (le passé défini lui-même n’est pas loin) et organisés suivant un
système de relations causales, conforme justement à la pesanteur idéologique
contre quoi toute mon œuvre s’insurge35. »
49 Et la place des récits de vie dans ce grand paradigme du biographique ? Elle peut être
centrale, car en lui s’articulent le récit individuel, les habitus, les moules narratifs, les
divers stéréotypes et les différents types de mémoire que j’ai évoqués36. Le récit de vie
révélera les trous, les oublis, les silences, les interactions entre le vécu, le déjà-connu, le
raconté et le transmis, il mettra en avant l’encadrement dont il est l’objet et les différents
modèles identificatoires qui le constituent. Il est décisif comme maillon de la construction
du roman mémoriel. Je proposerais simplement qu’on ne l’étudie pas seul, comme fin en
soi, si passionnant qu’il puisse être. Je voudrais qu’on le rapporte à cette circulation
discursive et mémorielle qui balise à la fois la mémoire nationale, la mémoire savante, la
mémoire collective et la mémoire culturelle. En intégrant le récit de vie à cette
circulation discursive, quatre questions pourraient lui être adressées. Y a-t-il conformité,
synchronie entre le récit de vie et ce que l’on sait par ailleurs des différents types de
mémoire ? De laquelle le récit de vie se rapproche-t-il le plus, ou encore, comment ces
différentes mémoires le traversent-elles et dans quelle mesure ? Y a-t-il ambivalence,
symptôme d’une résistance ? Luisa Passerini rencontre cette ambivalence chez les
ouvriers de l’usine Fiat-Miraflori à Turin. Elle met en relief
« le cadre d’un conflit au plan symbolique, entre le régime et les cultures populaires
des classes laborieuses. Les attitudes verbales et les comportements ainsi
reconstruits (comme le port de la cravate rouge ou de la chemise noire, le chant de
chansons socialistes ou d’hymnes fascistes dans une version ironique, les graffiti et
les jurons) montrent à la fois une résistance et une compensation symbolique de
l’acceptation. L’ambivalence est maximale dans les manifestations propres du rire
qui vont du bon mot contre le régime jusqu’à l’auto-dénigrement et à la reprise de
formes du répertoire comique populaire37. »
50 Seconde question : quel est le chronotope, l’espace-temps particulier du récit de vie ou de
tel récit de vie ? Est-il chronologique, est-il uchronique, mythique-cyclique ? Balaie-t-il
toutes ces formes ? Le trouve-t-on à des moments différents du récit, mais alors pourquoi
passe-t-on de l’uchronie à la chronologie et de la chronologie au cyclique ? Quel rapport
peut-on établir entre la temporalité inscrite et le contenu ? Troisième question touchant
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la kyrielle de mes bobos mortels. Je ne retrouve toujours pas le 8 mai. Une date
aussi prodigieuse. Une épiphanie de l’histoire. Je me replonge dans mes bas-fonds,
jusqu’au tréfonds. Désespérément, je sonde, je fouille. Pas un reste, pas une trace.
Tout a disparu dans un absolu naufrage. Comme une épave, je suis là, pétrifié, sur le
terre-plein de l’Étoile. 8 MAI 45 : TROU DE MÉMOIRE40. »
NOTES
1. Voir le livre de Gérard Namer, Mémoire et société, Paris, Méridiens Klincksieck, 1987.
2. J. Laplanche & J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, Presses universitaires de
France, 1967, p. 427.
3. S. Freud définit ainsi les souvenirs écrans : « Nos souvenirs d’enfance nous montrent les
premières années de notre vie, non comme elles étaient, mais comme elles sont apparues à des
époques ultérieures d’évocation ; les souvenirs d’enfance n’ont pas émergé, comme on a coutume
de le dire, à ces époques d’évocation, mais c’est alors qu’ils ont été formés et toute une série de
motifs, dont la vérité historique est le dernier souci, ont influencé cette formation aussi bien que
le choix des souvenirs » (« Sur les souvenirs écrans », in Névrose, psychose et perversion, trad. fr.
Paris, Presses universitaires de France, 1973, p. 113-132.).
4. P. Nora, ed., Les lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 1984-1986, 3 vol. parus.
5. Voir le lumineux article de C. Ginzburg, « Signes, traces, pistes. Racines d’un paradigme de
l’indice », Le Débat, 6, 1980, p. 3-44.
6. Voir Eric Hobsbawm et Terence Ranger, eds, The Invention of Tradition, Cambridge-New York,
Cambridge University Press, 1983.
7. M. de Certeau, L’écriture de l’histoire, Paris, Gallimard, 1975.
8. P. Ricœur, Temps et récit, Paris, Seuil, 1985, t. 1.
9. H. V. White, The Content of the Form. Narrative Discourse and Historical Representation, Baltimore,
Johns Hopkins University Press, 1987.
10. R. Chartier, « Le passé composé », Traverses, 40, 1987, Théâtre de la mémoire, p. 9.
11. M. Halbwachs, La mémoire collective, Paris, Presses universitaires de France, 1968, rééd.,
p. 38-39.
12. D. Veillon, « La Seconde Guerre mondiale à travers les sources orales », Questions à l’histoire
orale, Table ronde du 20 juin 1986, n° sp. de : Cahiers de l’IHTP, 4, 1987, p. 54.
13. Voir l’étude entre autres de Maurizio Catani, « Les migrants et leurs descendants entre
devenir individuel et allégeance chtonienne », Cahiers internationaux de Sociologie, LXXXI, 1986,
p. 281-298.
14. Stendhal, « La vie de Henry Brulard », in Œuvres intimes, Paris, Gallimard, 1955, p. 147-148
(« Pléiade »).
15. M. Bakhtine, « Récit épique et roman », in Esthétique et théorie du roman, trad. fr. Paris,
Gallimard, 1978, p. 452.
16. À ce propos, je voudrais faire un certain nombre de précisions qui éclaireront je crois la
portée de la discussion qui s’est établie depuis plusieurs années, à propos des récits de vie et/ou
l’histoire orale. On me permettra de mettre le problème en place à l’aide de deux réflexions de
M. Pollak : « … et en évitant aussi la tentation de transformer en une forme exclusivement
littéraire l’approche biographique en sciences sociales », écrit-il à propos de moi (M. Pollak avec
Nathalie Heinich, « Le témoignage », in L’illusion biographique, n° sp. de : Actes de la Recherche en
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Sciences sociales, 62-63, 1986, p. 7) ; et : « … la vertu qu’attribue Régine Robin à la fiction réside
dans la pluralité et dans l’ouverture des discours. La construction scientifique, par contre, tend à
produire du discours fermé et clos, obsédée qu’elle est par le principe de cohérence. Ce reproche
est autrement sérieux qu’une discussion qui s’arrêterait au seul style littéraire. Car comment
décider pour les meilleurs travaux en sciences humaines qu’ils ne forment pas également un
genre littéraire ? Les enfants de Sanchez d’Oscar Lewis, illustre exemple de la méthode
biographique en ethnologie, a toutes les qualités d’un roman familial, ce qui ne lui enlève rien de
sa scientificité. De plus, cet écrit semble infirmer le procès fait par Régine Robin à l’écriture
scientifique, à savoir d’être fermée et close, et donc insensible à la pluralité des voix et à
l’ambiguïté de la réalité » (M. Pollak, « Pour un inventaire », in Questions à l’histoire orale, p. 24-25).
La réponse un peu fournie à l’argument de M. Pollak demanderait de longs développements qui
viendront en leur lieu et place. Je n’avais et je n’ai jamais opposé la fiction au discours
scientifique (vieux débats), j’avais opposé la fiction dans ses plus riches potentialités aux récits de
vie. Nuance. Et ici, en ce qui concerne mon propos, je dirais que c’est la fiction qui rendrait le
mieux compte de cette mémoire culturelle (M4) dont j’ai parlé, de Proust à Musil, de Flaubert à
Claude Simon. Je m’en explique, il est vrai trop rapidement, dans trois articles : R. Robin,
« Enjeux : récit de vie, discours social et parole vraie », Vingtième Siècle, 10, 1986, p. 103-110 ;
« Frontières du fantasme ou récit du vécu ? », Cahiers de Sémiotique textuelle, 8-9, 1986, p. 9-20 ;
« L’histoire orale : quelques interrogations sur une pratique », in B. Jewsiewicki, ed., Récits de vie
et mémoire : pour une anthropologie historique du souvenir, à paraître.
17. F. Nietzsche, Considérations intempestives, cité par A. Finkielkraut, « Âge de l’idéologie, âge des
cultures », in J. Halpérin & G. Lévitte, eds, Mémoire et histoire, données et débats, Actes du XXV e
Colloque des intellectuels juifs de langue française, Paris, Denoël, 1986, p. 110.
18. L. Passerini, « Work ideology and consensus under Italian fascism », History Workshop, 8, 1979.
19. Voir le livre récent d’A. Jaubert, Le Commissariat aux archives. Les photos qui falsifient l’histoire,
Paris, Barrault, 1986.
20. R. C. Rowland, The Rhetoric of Menachem Begin. The Myth of Redemption through Return, Boston,
University Press of America, 1985.
21. M. Begin, La révolte d’Israël, trad. fr. Paris, Plon, 1953 (The Revolt. Story of the Irgun, 1951) [NdE].
22. Voir en particulier Le fascisme dans son époque, trad. fr. Paris, Julliard, 1970, 3 vol.
23. J. Kocka, 23 septembre 1986, cité par Jean-Jacques Guinchard, « Passé nazi, passé allemand »,
Le Monde diplomatique, juil. 1987, p. 17.
24. L. Rebatet, Les décombres, Paris, Denoël, 1942 [NdE].
25. A. N. Rybakov, Les enfants de l’Arbat. Roman, trad. fr. Paris, A. Michel, 1988 [NdE].
26. T. Aïtmatov, Les rêves de la louve, trad. fr., Paris, Messidor, 1987, p. 239 (Plakha).
27. Voir le texte pionnier de D. Bertaux, Histoires de vies ou récit des pratiques ?, Rapport au C ORDES,
n° 23, mars 1976 ; et D. Bertaux, ed., Biography and Society. The Life History Approach in the Social
Sciences, Beverly Hills, CA, Sage, 1981.
28. G. Lipovetsky, L’ère du vide, Paris, Gallimard, 1983.
29. C. Simon, « Discours à Stockholm », Lettre internationale, 8, 1986, p. 68.
30. M. Kundera, « Discours de Jérusalem : le roman et l’Europe », in L’art du roman, Paris,
Gallimard, 1986, p. 198-199.
31. G. Scarpetta, L’impureté, Paris, Grasset, 1985, p. 307.
32. M. Kundera, « Discours de Jérusalem… », p. 199.
33. Je reprends ici l’essentiel d’un article que j’ai fait paraître dans une revue littéraire
québécoise : R. Robin, « Le retour du lisible », Spirale, 68, 1987, p. 2-3.
34. D. Oster, Dans l’intervalle, Paris, POL, 1987, p. 102.
35. A. Robbe-Grillet, Le miroir qui revient, Paris, Minuit, 1984, p. 17.
36. Voir à ce sujet l’article stimulant de F. Ferrarroti, « Sur l’autonomie de la méthode
biographique », in J. Duvignaud, ed., Sociologie de la connaissance, Paris, Payot, 1979, p. 131-152.
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