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Murs en pierre sèche en Provence XVIIe siècle

Au XVIIᵉ siècle, la construction de murs en pierre sèche en Provence répond à des besoins pratiques et économiques face à un environnement difficile. Ces murs, réalisés sans mortier, jouent un rôle essentiel dans l'organisation de l'espace rural, délimitant les parcelles et soutenant les cultures. Ils témoignent d'un savoir-faire collectif et d'une harmonie avec le paysage, incarnant une approche durable et respectueuse de l'environnement.

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Murs en pierre sèche en Provence XVIIe siècle

Au XVIIᵉ siècle, la construction de murs en pierre sèche en Provence répond à des besoins pratiques et économiques face à un environnement difficile. Ces murs, réalisés sans mortier, jouent un rôle essentiel dans l'organisation de l'espace rural, délimitant les parcelles et soutenant les cultures. Ils témoignent d'un savoir-faire collectif et d'une harmonie avec le paysage, incarnant une approche durable et respectueuse de l'environnement.

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Traité de la construction des murs en pierre sèche en Provence au XVIIᵉ siècle

Introduction : la pierre, la terre et l’homme

En Provence, au XVIIᵉ siècle, la pierre n’est pas un matériau choisi par goût
esthétique, mais par nécessité. Le sol, souvent maigre, caillouteux, difficile à
labourer, offre pourtant une ressource abondante : la pierre calcaire, extraite des
champs eux-mêmes. La construction en pierre sèche — c’est-à-dire sans mortier ni
liant — s’impose comme une réponse pragmatique, économique et durable aux
contraintes du territoire et aux besoins des communautés rurales.

Les murs en pierre sèche structurent le paysage provençal depuis des siècles. Ils
délimitent les parcelles, soutiennent les terrasses agricoles, protègent les
cultures, canalisent les eaux, et témoignent d’un savoir-faire transmis oralement,
de génération en génération. Au XVIIᵉ siècle, cette technique atteint une maturité
remarquable, intégrée à la vie économique, sociale et agricole de la Provence.

Ce traité se propose d’exposer les principes, les méthodes et les significations de


la construction des murs en pierre sèche en Provence au XVIIᵉ siècle, en tenant
compte des réalités historiques, des contraintes environnementales et des usages
sociaux de cette architecture vernaculaire.

I. Le contexte provençal au XVIIᵉ siècle


1. Une société majoritairement rurale

Au XVIIᵉ siècle, la Provence est une région majoritairement agricole. La population


vit essentiellement de la culture des céréales, de la vigne, de l’olivier et de
l’élevage ovin. La terre est morcelée, souvent pauvre, et soumise à des aléas
climatiques importants : sécheresses estivales, pluies violentes, vents forts.

Dans ce contexte, l’aménagement du sol est une nécessité vitale. Les murs en pierre
sèche participent à cette organisation rationnelle de l’espace rural. Ils
permettent de rendre cultivables des terrains en pente, de protéger les sols contre
l’érosion et de marquer les limites de propriété dans un monde où les cadastres
sont encore imprécis.

2. L’abondance de la pierre

La Provence est riche en pierres calcaires, issues de formations géologiques


anciennes. Lors du défrichement des terres, ces pierres sont extraites du sol en
grande quantité. Les paysans se trouvent alors confrontés à un double problème :
débarrasser les champs des pierres pour les cultiver, et utiliser ces matériaux de
manière utile.

La pierre sèche répond parfaitement à cette double exigence. Elle transforme un


obstacle agricole en ressource constructive, sans nécessiter d’outillage complexe
ni de matériaux coûteux.

II. La pierre sèche : définition et principes généraux


1. Une construction sans liant

La pierre sèche se définit par l’absence totale de mortier, de chaux ou de tout


autre liant. La stabilité de l’ouvrage repose uniquement sur :

le poids des pierres,

leur agencement précis,

l’équilibre des forces,


la maîtrise de la gravité.

Cette technique exige une grande connaissance empirique des matériaux et des lois
mécaniques, même si ces lois ne sont pas formulées de manière scientifique à
l’époque.

2. Une architecture de la patience

Construire un mur en pierre sèche est un travail lent, méthodique, qui ne tolère ni
précipitation ni approximation. Chaque pierre doit être choisie, orientée et posée
avec soin. Une erreur à la base compromet l’ensemble de l’ouvrage.

Au XVIIᵉ siècle, cette patience est intégrée au rythme de la vie paysanne. Les murs
sont souvent construits ou réparés en dehors des périodes de semailles et de
récoltes, dans un temps long, parfois sur plusieurs années.

III. Les fonctions des murs en pierre sèche


1. Délimitation des parcelles

L’une des fonctions premières des murs est la délimitation des terres. Dans une
société où la propriété foncière est essentielle à la survie, le mur matérialise le
droit, protège contre les empiètements et réduit les conflits.

Ces murs ne sont pas seulement des frontières physiques, mais aussi des marqueurs
sociaux, indiquant l’étendue du domaine d’une famille ou d’une communauté.

2. Soutènement des terrasses agricoles

Dans les zones de relief, notamment le Luberon, les Alpilles ou l’arrière-pays


varois, les murs en pierre sèche servent à créer des restanques, ces terrasses
soutenues qui permettent de cultiver des pentes abruptes.

Ces murs de soutènement retiennent la terre, ralentissent l’écoulement de l’eau et


empêchent l’érosion. Sans eux, une grande partie de l’agriculture provençale serait
impossible.

3. Protection des cultures et du bétail

Les murs servent également à protéger les cultures des animaux errants et à
contenir le bétail. Ils jouent un rôle essentiel dans l’organisation de l’espace
agricole, en séparant les zones de pâturage des terres cultivées.

IV. Les matériaux utilisés


1. La nature des pierres

Les pierres utilisées sont presque exclusivement locales. Il s’agit principalement


de calcaire, sous différentes formes :

pierres plates,

blocs irréguliers,

éclats issus du défrichage.

Les constructeurs ne taillent que rarement les pierres. La taille est limitée à
l’ajustement sommaire, à l’aide de marteaux ou de ciseaux rudimentaires. La forme
naturelle de la pierre est respectée autant que possible.

2. Le tri des pierres


Avant la construction, les pierres sont triées par taille et par forme. Les plus
grosses sont réservées à la base du mur, les plus plates aux parements, et les plus
petites servent au calage interne.

Ce tri est une étape essentielle, souvent négligée par les novices, mais bien
comprise par les bâtisseurs du XVIIᵉ siècle.

V. Les fondations : base de la stabilité


1. L’absence de fondations creusées

Contrairement aux constructions maçonnées, les murs en pierre sèche ne reposent


généralement pas sur des fondations creusées profondément. Ils sont posés
directement sur le sol naturel, parfois légèrement nivelé.

Cette apparente fragilité est compensée par la largeur de la base, souvent


supérieure à celle du sommet du mur.

2. L’importance de l’assise

La première rangée de pierres, appelée assise, est la plus importante. Elle doit
être composée de pierres larges, stables, bien ancrées dans le sol. Toute erreur à
ce niveau se répercute sur l’ensemble de l’ouvrage.

Les bâtisseurs provençaux du XVIIᵉ siècle accordent une attention particulière à


cette étape, conscients que la longévité du mur en dépend.

VI. L’élévation du mur


1. Le double parement

La majorité des murs en pierre sèche sont construits selon la technique du double
parement. Deux faces externes sont élevées simultanément, entre lesquelles on place
un remplissage de petites pierres.

Ce remplissage, loin d’être anarchique, est soigneusement calé afin d’éviter les
vides et d’assurer une bonne répartition des charges.

2. Le fruit du mur

Les murs ne sont jamais parfaitement verticaux. Ils présentent un léger fruit,
c’est-à-dire une inclinaison vers l’intérieur. Cette inclinaison améliore la
stabilité et permet au mur de mieux résister aux poussées de la terre ou du vent.

VII. Les clés et les pierres de liaison


1. Les pierres traversantes

À intervalles réguliers, des pierres plus longues, appelées clés ou boutisses,


traversent toute l’épaisseur du mur. Elles lient les deux parements et renforcent
la cohésion de l’ensemble.

Ces pierres sont rares et précieuses. Leur placement est stratégique et témoigne de
l’expérience du bâtisseur.

2. L’équilibre des forces

La construction en pierre sèche repose sur une compréhension intuitive de


l’équilibre. Chaque pierre doit reposer solidement sur celles du dessous, sans
créer de points de faiblesse.
VIII. Le couronnement du mur
1. La dernière assise

Le sommet du mur, ou couronnement, est traité avec soin. Il est souvent constitué
de pierres plates posées transversalement, qui stabilisent l’ensemble et protègent
le mur des infiltrations d’eau.

2. Une fonction symbolique

Le couronnement marque l’achèvement de l’ouvrage. Il peut également servir de


support à des clôtures végétales ou de passage pour les hommes.

IX. Entretien et durabilité


1. Une architecture vivante

Les murs en pierre sèche ne sont pas des constructions figées. Ils évoluent avec le
temps, se tassent, se déplacent légèrement. Leur entretien fait partie de la vie
agricole.

Au XVIIᵉ siècle, chaque paysan sait réparer un mur effondré. Ce savoir est partagé,
collectif, intégré à la culture locale.

2. Une longévité remarquable

Bien construits et entretenus, ces murs peuvent durer plusieurs siècles. Leur
capacité à laisser passer l’eau, sans la bloquer, les rend particulièrement
résistants aux intempéries.

X. Signification sociale et culturelle


1. Un savoir-faire collectif

La construction des murs en pierre sèche n’est pas l’œuvre d’architectes, mais de
communautés rurales. Elle repose sur la transmission orale, l’observation et la
pratique.

Ce savoir-faire est un élément fondamental de l’identité provençale.

2. Une harmonie avec le paysage

Les murs en pierre sèche s’intègrent parfaitement au paysage. Ils ne cherchent pas
à dominer la nature, mais à composer avec elle. Cette harmonie explique leur
persistance et leur valeur patrimoniale.

Conclusion : l’intelligence de la simplicité

Au XVIIᵉ siècle, la construction des murs en pierre sèche en Provence témoigne


d’une intelligence constructive profondément enracinée dans le territoire. Sans
calculs savants ni matériaux sophistiqués, les bâtisseurs ont su développer une
technique efficace, durable et respectueuse de l’environnement.

Ces murs, modestes en apparence, sont le fruit d’une connaissance fine du sol, de
la pierre et du temps. Ils incarnent une forme de sagesse pratique, où l’économie
de moyens s’allie à la solidité et à la beauté.

Étudier ces murs, c’est comprendre comment une société a su répondre à ses besoins
essentiels par l’observation, l’expérience et la transmission. C’est aussi
reconnaître que certaines solutions anciennes conservent une pertinence
remarquable, bien au-delà de leur époque.

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