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Matrices et applications linéaires 2019-2020

Ce document traite des matrices, définissant des concepts clés tels que la transposition, la trace, et les types de matrices (carrées, diagonales, symétriques, etc.). Il établit également que l'ensemble des matrices forme un espace vectoriel et présente des propriétés importantes liées à l'addition et à la multiplication par un scalaire. Enfin, il aborde la matrice d'une application linéaire en relation avec des espaces vectoriels.

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Matrices et applications linéaires 2019-2020

Ce document traite des matrices, définissant des concepts clés tels que la transposition, la trace, et les types de matrices (carrées, diagonales, symétriques, etc.). Il établit également que l'ensemble des matrices forme un espace vectoriel et présente des propriétés importantes liées à l'addition et à la multiplication par un scalaire. Enfin, il aborde la matrice d'une application linéaire en relation avec des espaces vectoriels.

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IPGEI – MPSI M ATRICES A NNÉE : 2019-2020

M ATRICES
Dans tout ce chapitre, K est un sous-corps de C.

1 Matrices, lien avec les applications linéaires

1.1 Définitions
Définition 1 –
Soient n, p ∈ N∗ , on appelle matrice à n lignes et p colonnes à coefficients dans K, toute application
M : [[1 , n]]×[[1 , p]] → K. Pour (i , j ) ∈ [[1 , n]]×[[1 , p]], on pose M (i , j ) = M i , j (ou m i , j ), c’est le coefficient de
la matrice M d’indices i et j , le premier indice est appelé indice de ligne, et le second indice de colonne.
L’ensemble des matrices à n lignes et p colonnes à coefficients dans K est noté Mn,p (K), on a donc
Mn,p (K) = F [[1 , n]] × [[1 , p]] , K .
¡ ¢

 
m 1,1 · · · m 1,p
 . .. 
Notations : Si M ∈ Mn,p (K), on peut écrire : M = (m i , j ) 1≤i ≤n ou bien M =  .. .  .
1≤ j ≤p

m n,1 · · · m n,p

Remarques –
L’égalité entre deux matrices est en fait l’égalité entre deux fonctions, par conséquent deux matrices sont
égales lorsqu’elles ont la même taille et les mêmes coefficients.

Cas particuliers :

1. Lorsque n = p on dit que la matrice est carrée, l’ensemble des matrices carrées à n lignes est noté
Mn (K) au lieu de Mn,n (K).
³ ´
2. Lorsque n = 1 on dit que M est une matrice ligne : −1 3 −4 ∈ M1,3 (K).
 
0
−3 ∈ M3,1 (K).
 
3. Lorsque p = 1 on dit que M est une matrice colonne :  
8

Définition 2 –
Soit M ∈ Mn,p (K).

1. Pour k ∈ [[1 , p]] :


— On appelle k-ième vecteur colonne de M le vecteur C k (M ) = (m 1,k , . . . , m n,k ), c’est un élément
de Kn .  
m 1,k
 . 
— On appelle k-ième matrice colonne de M la matrice C k (M ) = 
 .  ∈ Mn,1 (K).
. 

m n,k
2. Pour k ∈ [[1 , n]] :
— On appelle k-ième vecteur ligne de M le vecteur L k (M ) = (m k,1 , . . . , m k,p ), c’est un élément de
Kn .

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³ ´
— On appelle k-ième matrice ligne de M la matrice L k (M ) = m k,1 · · · m k,p ∈ M1,p (K).

Définition 3 (transposition) –
Soit M ∈ Mn,p (K), on appelle transposée de M la matrice de Mp,n (K) notée t M et définie par :

[t M ]i , j = M j ,i pour (i , j ) ∈ [[1 , p]] × [[1 , n]].

Autrement dit, la ligne i de t M est la colonne i de M .


 
à ! 1 4
1 2 3
∈ M2,3 (K), on a : t M = 
2 5 ∈ M3,2 (K).
 
Exemples. Soit M = 
4 5 6
3 6

Proposition 1 –
On a les propriétés suivantes :
— Mn (K) est stable pour la transposition.
— t (t M ) = M , on en déduit en particulier que la transposition est une involution dans Mn (K).
— L k (t M ) = C k (M ) et C k (t M ) = L k (M ).

Preuve – Celle-ci est simple et laissée en exercice. 

Définition 4 (trace d’une matrice carrée) –


n
Soit M ∈ Mn (K), on appelle trace de M le scalaire noté tr(M ) et défini par : tr(M ) =
X
M i ,i , c’est donc la
i =1
somme des coefficients diagonaux de M .

Matrices particulières :
— Matrice nulle : la matrice nulle à n lignes et p colonnes est la matrice de Mn,p (K) dont tous les
coefficients sont nuls, celle-ci est notée On,p . Lorsque p = n, la matrice On,n est notée simplement
On , c’est la matrice nulle de Mn (K).
— Matrice unité : la matrice unité de Mn (K) est la matrice carrée de taille n, notée In et définie par
In = (δi , j )1≤i , j ≤n , c’est à dire, In est la matrice dont tous les coefficients diagonaux sont égaux à 1,
les autres (coefficients extra-diagonaux) sont tous nuls.
 
1 0 0
0 1 0 est la matrice unité de M3 (K).
 
Exemples. I3 =  
0 0 1

— Matrice diagonale : une matrice diagonale est une matrice carrée


 dont tous les coefficients
 extra-
a 0 ··· 0
 1
. . 

 0 a 2 . . .. 

diagonaux sont nuls. C’est donc une matrice de la forme M = 
 .. . . . .
, une telle ma-

. . . 0
 
0 · · · 0 an
trice est notée parfois M = diag(a 1 , . . . , a n ).

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— Matrice élémentaire : une matrice élémentaire de Mn,p (K) est une matrice dont tous les coef-
ficients sont nuls sauf un qui vaut 1. Il y a donc np matrices élémentaires dans Mn,p (K), pour
(i , j ) ∈ [[1 , n]] × [[1 , p]], on note Ei , j la matrice élémentaire qui possède un 1 ligne i colonne j , et
des 0 ailleurs, plus précisément : (Ei , j )k,` = δi ,k δ j ,` .
à !
0 1 0
Exemples. Dans M2,3 (K), on a E1,2 = .
0 0 0

— Matrice triangulaire supérieure : c’est une matrice carrée dont tous les éléments situés sous la
diagonale principale sont nuls. L’ensemble des matrices triangulaires supérieures de Mn (K) est
noté Tns (K), on a donc :

M ∈ Tns (K) ⇐⇒ ∀i , j ∈ [[1 , n]], i > j =⇒ M i , j = 0.

— Matrice triangulaire inférieure : c’est une matrice carrée dont tous les éléments situés au-dessus
de la diagonale principale sont nuls. L’ensemble des matrices triangulaires inférieures de Mn (K)
est noté Tni (K), on a donc :

M ∈ Tni (K) ⇐⇒ ∀i , j ∈ [[1 , n]], i < j =⇒ M i , j = 0.

— Matrice symétrique : c’est une matrice qui est égale à sa transposée (elle est donc nécessairement
carrée) : M =t M . L’ensemble des matrices symétriques de taille n est noté S n (K), on a donc :

M ∈ S n (K) ⇐⇒ ∀i , j ∈ [[1 , n]], M i , j = M j ,i .

— Matrice antisymétrique : c’est une matrice qui est égale à l’opposé de sa transposée (elle est donc
nécessairement carrée) : M = −t M . L’ensemble des matrices antisymétriques de taille n est noté
An (K), on a donc :
M ∈ An (K) ⇐⇒ ∀i , j ∈ [[1 , n]], M i , j = −M j ,i ,

on en déduit en particulier que M i ,i = 0 (les coefficients diagonaux sont nuls).

1.2 Structure d’espace vectoriel sur les matrices


Définition 5 (somme de deux matrices) –
Soient A, B ∈ Mn,p (K), on appelle somme de A et B la matrice de Mn,p (K) notée A + B et définie par :

∀(i , j ) ∈ [[1 , n]] × [[1 , p]], (A + B )i , j = A i , j + B i , j .

On additionne entre eux les éléments ayant les mêmes indices.


à ! à ! à !
1 2 3 −1 0 1 0 2 4
Exemples. + = .
4 5 6 −2 3 4 2 8 10

Proposition 2 –
(Mn,p (K) , +) est un groupe abélien. L’élément neutre est la matrice nulle : On,p , et si A ∈ Mn,p (K), l’op-
posé de A est la matrice −A définie par : ∀(i , j ) ∈ [[1 , n]] × [[1 , p]], (−A)i , j = −A i , j .

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Preuve – Celle-ci est simple et laissée en exercice. 


Définition 6 (produit par un scalaire) –
Soit M ∈ Mn,p (K) et soit λ ∈ K, on appelle produit de la matrice M par le scalaire λ la matrice de Mn,p (K)
notée λ · M et définie par : ∀(i , j ) ∈ [[1 , n]] × [[1 , p]], (λ · M )i , j = λ × M i , j . C’est à dire, chaque coefficient
de M est multiplié par λ.
   
1 2 2 4
   
Exemples. 2 · 
3 4  =  6 8 .
  
5 6 10 12

Propriétés : On peut vérifier facilement, soient A, B ∈ Mn,p (K), soient λ, µ ∈ K :


— 1 · A = A.
— λ · (A + B ) = λ · A + λ · B .
— (λ + µ) · A = λ · A + µ · A.
— (λµ) · A = λ · (µ · A).
On peut donc énoncer le résultat suivant : (Mn,p (K) , + , ·) est un K-espace vectoriel .

Proposition 3 (dimension de Mn,p (K)) –


Mn,p (K) est un K-e.v de dimension np, et les matrices élémentaires (Ei , j ) 1≤i ≤n constituent une base de
1≤ j ≤p
Mn,p (K). Cette base est appelée base canonique de Mn,p (K), car les coordonnées d’une matrice M ∈
Mn,p (K) dans cette base sont les coefficients de M , c’est à dire :
X
M= M i , j · Ei , j .
1≤i ≤n
1≤ j ≤p

Preuve – Il reste à montrer que la famille des matrices élémentaires est libre et génératrice de Mn,p (K). Soit M ∈
Mn,p (K), posons B = M i , j · Ei , j , on a alors pour tout (k , `) ∈ [[1 , n]] × [[1 , p]], B k,` =
X X
M i , j (Ei , j )k,` , ce qui
1≤i ≤n 1≤i ≤n
1≤ j ≤p 1≤ j ≤p
M i , j δi ,k δ j ,` , et donc B k,` = M k,` , d’où B = M . Ce qui prouve que toute matrice M s’écrit de
X
donne B k,` =
1≤i ≤n
1≤ j ≤p
manière unique comme combinaison linéaire des matrices élémentaires, celles-ci constituent donc une base de
Mn,p (K), or elles sont au nombre de np, donc dim(Mn,p (K)) = np. 

Exercice 1 – Montrer que Tns (K), Tni (K), S n (K) et An (K) sont des s.e.v de Mn (K). Pour chacun d’eux
donner une base et la dimension.
Proposition 4 (propriétés de la transposition et de la trace) –
On a les propriétés suivantes :
1. La transposition est linéaire, plus précisément, c’est un isomorphisme de Mn,p (K) sur Mp,n (K).
2. La trace est une forme linéaire non nulle sur Mn (K).

Preuve – Pour le premier point, la linéarité est simple à vérifier. On peut voir ensuite que la transposition trans-
forme la base canonique de Mn,p (K) en la base canonique de Mp,n (K).
Pour le second point, il s’agit d’une simple vérification de la linéarité, d’autre part, tr(In ) = n 6= 0. 

Exercice 2 – Montrer que la transposition dans Mn (K) est une symétrie, déterminer ses éléments ca-
ractéristiques.

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1.3 Matrice d’une application linéaire


Soit E un K-e.v de dimension p, soit B = (e 1 , . . . , e p ) une base de E . Soit F un K-e.v de dimension
n, soit B 0 = (u 1 , . . . , u n ) une base de F . Soit f ∈ L (E , F ), on sait que f est entièrement déterminée par
la donnée de f (e 1 ), . . . , f (e p ), mais chacun de ces vecteurs est lui-même déterminé par ses coordonnées
dans la base B 0 de F . Notons Coord( f (e j )) = (a 1, j , . . . , a n, j ) pour j ∈ [[1 , p]], c’est à dire :
B0

n
X
∀ j ∈ [[1 , p]], f (e j ) = ai , j ui .
i =1

On obtient ainsi une matrice A = (a i , j ) 1≤i ≤n cette matrice est définie par : C j (A) = Coord( f (e j )).
1≤ j ≤p B0

Définition 7 –
Soit f ∈ L (E , F ), soit B = (e 1 , . . . , e p ) une base de E et soit B 0 = (u 1 , . . . , u n ) une base de F , on appelle
matrice de f relative aux bases B et B 0 la matrice de Mn,p (K) notée mat ( f ) et définie par : pour j ∈
B,B 0
[[1 , p]], le j -ième vecteur colonne de cette matrice est Coord( f (e j )), autrement dit, le coefficient de la
B0
ligne i colonne j est la coordonnée sur u i du vecteur f (e j ).

Construction de cette matrice :

f (e 1 ) · · · f (e p )
↓ ↓
 
a 1,1 · · · a 1,p → u 1
 . ..  ..
mat ( f ) =  .. .  .
B,B 0  
a n,1 · · · a n,p → u n

Exemples. Soit B = (e 1 , e 2 , e 3 ) la base canonique de K3 et soit B 0 = (u , v) la base canonique de K2 .


1. Soit f ∈ L (K3 , K2 ) définie pour tout (x , y , z) ∈ K3 par f (x , y , z) = (2x − y + z , x + 2y − 3z). Déter-
minons A = mat ( f ). On a :
B,B 0

 f (e 1 ) = f (1 , 0 , 0) = (2 , 1) = 2u + v




f (e 2 ) = f (0 , 1 , 0) = (−1 , 2) = −u + 2v ,



 f (e 3 ) = f (0 , 0 , 1) = (1 , −3) = u − 3v

donc la matrice de f est :


à !
2 −1 1
A= .
1 2 −3

2. Déterminons l’application linéaire g ∈ L (K2 , K3 ) donnée par :


 
6 4
 
mat (g ) = −2 5 .
B 0 ,B
 
1 −1

Pour tout (x , y) ∈ K2 , g (x , y) = xg (u) + y g (v) = x(6 , −2 , 1) + y(4 , 5 , −1) = (6x + 4y , −2x + 5y , x − y).

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Remarques –
Cas particuliers des endomorphismes : lorsque l’espace d’arrivée est le même que celui de départ (F =
E ), on choisit en général la même base à l’arrivée qu’au départ (B 0 = B), on note alors mat( f ) = mat( f ),
B,B B
c’est une matrice carrée.

Exercice 3 – 1. Soit E = K3 [X ] et soit B la base canonique de E .


(a) On note D la dérivation dans E , calculer mat(D).
B
(b) Soit ∆ définie par ∆(P ) = P (X + 1) − P (X ), calculer mat(∆).
B
X (X − 1) X (X − 1)(X − 2)
(c) Soit P 0 = 1, P 1 = X , P 2 = et P 3 = . Montrer que B 0 = (P 0 , P 1 , P 2 , P 3 )
2 6
est une base de E et calculer mat(∆).
B0
2. Calculer la matrice de la transposition dans la base canonique de M2 (K).
Proposition 5 (caractérisation de l’identité et de l’application nulle) –
Soit E un e.v de dimension n et soit B une base de E :
1. Soit f ∈ L (E ), alors f = IdE ⇐⇒ mat( f ) = In .
B
2. Soit F un e.v de dimension p et soit B 0 une base de F , f ∈ L (E , F ), alors :

f = 0 ⇐⇒ mat ( f ) = Op,n .
B,B 0

Preuve – Celle-ci est simple et laissée en exercice. 


Proposition 6 –
Soient E , F deux K-e.v, soit B une base de E et soit B 0 une base de F , soient f , g ∈ L (E , F ) et soit λ ∈ K.
On a :
mat ( f + g ) = mat ( f ) + mat (g ) et mat (λ · f ) = λ · mat ( f ).
B,B 0 B,B 0 B,B 0 B,B 0 B,B 0
Autrement dit, l’application : mat : L (E , F ) → Mn,p (K) (avec n = dim(F ) et p = dim(E )), est une appli-
B,B 0
cation linéaire. Plus précisément, cette application est un isomorphisme.

Preuve – La vérification de la linéarité est simple (elle découle de la linéarité de l’application coordonnées). Si
mat ( f ) = On,p , alors on sait que f est nulle, donc l’application mat0 est injective, la surjectivité étant évidente, on
B,B 0 B,B
a donc bien un isomorphisme. 
Proposition 7 –
Soit E un K-espace vectoriel de dimension p, soit F un K-espace vectoriel de dimension n, et soit u ∈
L (E , F ) une application linéaire de rang r , alors il existe une base B de E et une base B 0 de F telles que
mat (u) = J n,p,r où J n,p,r désigne la matrice de Mn,p (K) définie par :
B,B 0
 
1 0 ··· 0
 .
0 . . .. 
 .
. 
.
. 1

J n,p,r = .

0 · · · 0 · · · 0
 
. .. 
 .. . 
 
0 ··· 0
Il y a r fois le scalaire 1 sur la diagonale.

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Preuve – D’après le théorème du rang, dim(Ker(u)) = p − r , soit H un supplémentaire de Ker(u) dans E et soit
(e 1 , . . . , e r ) une base de H , soit (e r +1 , . . . , e p ) une base de Ker(u), alors B = (e 1 , . . . , e p ) est une base de E . On sait que
(u(e 1 ), . . . , u(e r )) est une base de Im(u), on peut compléter en une base de F : B 0 = (u(e 1 ), . . . , u(e r ), v r +1 , . . . , v n ) et
la matrice de u dans les bases B et B 0 a exactement la forme voulue. 

2 Produit matriciel
Matrice d’une composée : Soient B = (e 1 , . . . , e q ) une base de E , B 0 = (u 1 , . . . , u p ) une base de F ,
et B 00 = (v 1 , . . . , v n ) une base de G, soit f ∈ L (E , F ), g ∈ L (F ,G), on pose B = mat ( f ) ∈ Mp,q (K),
B,B 0
A = mat (g ) ∈ Mn,p (K) et C = mat ( f ◦ g ) ∈ Mn,q (K). Il s’agit de calculer g ◦ f (e j ) dans la base B 00 ,
B 0 ,B 00 B,B 00
p
X Xp Xp X n
on a : f (e j ) = B k, j u k , donc : g ◦ f (e j ) = B k, j g (u k ) = B k, j A i ,k v i , c’est à dire : g ◦ f (e j ) =
à k=1
! k=1 k=1 i =1
n p p
A i ,k B k, j v i . On doit donc avoir : C ∈ Mn,q (K) avec C i , j =
X X X
A i ,k B k, j . On voit que l’opération à
i =1 k=1 k=1
effectuer sur les matrices A et B pour obtenir C n’est pas aussi simple que pour la somme. Nous allons
définir cette opération comme étant le produit entre les deux matrices A et B .

2.1 Définition
Définition 8 –
Soient A ∈ Mn,p (K), soit B ∈ Mp,q (K), on appelle produit de A par B la matrice de Mn,q (K) notée A × B
et définie par :
p
X
∀(i , j ) ∈ [[1 , n]] × [[1 , q]], [A × B ]i , j = A i ,k B k, j .
k=1

On retient ceci en disant que le coefficient [A × B ]i , j est le résultat du « produit de la ligne i de A avec la
colonne j de B ».

Disposition des calculs :


 
b 1,1 · · · b 1, j · · · b 1,q
 . .. .. 
B=  .
 . . .  
b p,1 · · · b p, j · · · b p,q
 
  ∗ ··· ··· ∗
a 1,1 · · · a 1,p .
 .  .. .. 
 .. ..  .
 .  

 p


   X 
A= 
 a i ,1 · · · a i ,p 
 ∗ · · ·
 a i ,k b k, j · · · ∗  = AB
 . ..  k=1
 ..
 
.  . .. 
   .. .
 
a n,1 · · · a n,p
∗ ··· ··· ∗

Remarques –
— Le produit A × B n’est possible que si le nombre de colonnes de A est égal au nombre de lignes
de B . Le résultat a alors autant de lignes que A et autant de colonnes que B .

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— Dans Mn (K) le produit matriciel est interne.


— En général A × B 6= B × A, il se peut même que A × B soit défini, mais pas B × A.

Exemples.
     
³ ´  0 1 1 ´ 1 −1 3
 ³ ´   ³ 
×
1 −1 3 −1 2
  = 7 2 2 × 1 −1
  3 =
2 −2 6

2 1 3 3 −3 9
 
´ 1  ³ ´
à ! à ! à !
³ 1 2 0 1 1 −2 1 3
1 −1 2 ×  2  = 5
 × =
2 −1 −1 0 1 1 2 1
3
     
à ! 0 1 0 1 à 2 −1
!
1 2     1 2  
−1 2 n’est pas défini
× −1 2 × =
3 −4
 
2 −1 2 −1
 
0 1 0 1 2 −1

2.1.1 Retour aux applications linéaires


Proposition 8 –
Soit B une base de E , soit B 0 une base de F et soit B 00 une base de G, soit f ∈ L (E , F ) et soit g ∈ L (F ,G)
avec A = mat (g ) et B = mat ( f ), alors :
B 0 ,B 00 B,B 0

mat (g ◦ f ) = A × B = mat (g ) × mat ( f ).


B,B 00 B 0 ,B 00 B,B 0

Remarques –
Cas particulier des endomorphismes : Soit E un K-e.v et B une base de E et soit u, v ∈ L (E ) avec
A = mat(u) et B = mat(v), on a alors : mat(u ◦ v) = mat(u) × mat(v) = A × B , en particulier :
B B B B B
· ¸n
∀n ∈ N, mat(u ) = mat(u) = A n .
n
B B

Proposition 9 (relation fondamentale) –


Soit B = (e 1 , . . . , e p ) une base de E , soit B 0 = (u 1 , . . . , u n ) une base de F , et soit f ∈ L (E , F ). Pour x ∈ E ,
on pose X la matrice colonne des coordonnées de x dans la base B, ce que l’on note : X = CoordB (x) ∈
Mp,1 (K) et Y la matrice colonne des coordonnées de y = f (x) dans la base B 0 : Y = CoordB 0 ( f (x)) ∈
Mn,1 (K). En posant A = mat ( f ), on a alors la relation suivante :
B,B 0

Y = A×X i.e. CoordB 0 ( f (x)) = mat ( f ) × CoordB (x).


B,B 0

  
x1 y
 1
 ..   .. 
 
Preuve – Posons X =  .  et Y =  . , comme A ∈ Mn,p (K) on voit que le produit A × X est bien défini et que
   
xp yn
p
X n
X
c’est une matrice colonne à n lignes. On a f (x) = x k f (e k ), mais on a f (e k ) = a i ,k u i , ce qui donne :
k=1 i =1
à !
n
X p
X n
X n
X
f (x) = a i ,k x k,1 u i = [A × X ]i u i = y i ui .
i =1 k=1 i =1 i =1

Ce qui prouve que Y = A × X . 

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Exercice 4 – 1. Soit B la base canonique de K3 et B 0 la base canonique de K2 , soit f ∈ L (K3 , K2 )


à !
0 1 −2 3
définie par sa matrice dans les bases B et B : mat ( f ) = A = , calculer f (x , y , z).
B,B 0 2 1 −5
2. Soit B = (i , j , k) la base canonique de K3 , on pose B 0 = (i , i + j , i + j + k), on vérifie que B 0 est
1 −1 0
une base de K3 . Soit f ∈ L (K3 ) définie par : mat( f ) = A = 
 
0 2 −1 , calculer f (x , y , z).
B0
 
0 0 1
3. Soient A, B ∈ Mn,p (K) telles que pour tout X ∈ Mp,1 (K), AX = B X , montrer que A = B .

Définition 9 (application linéaire canoniquement associée) –


Soit A ∈ Mn,p (K), on appelle application linéaire canoniquement associée à A l’application linéaire f A ∈
L (Kp , Kn ) dont la matrice dans les bases canoniques de Kp et Kn est A.

2.2 Propriétés du produit matriciel


— « Associativité » : Si A ∈ Mn,p (K), B ∈ Mp,q (K) et C ∈ Mq,r (K), alors :

(A × B ) ×C = A × (B ×C ) ∈ Mn,r (K).

Preuve – Soit f ∈ L (Kp , Kn ) l’application linéaire canoniquement associée à A, g ∈ L (Kq , Kp ) canoni-


quement associée à B et h ∈ L (Kr , Kq ) canoniquement associée à C . On a f ◦ (g ◦ h) ∈ L (Kr , Kn ) et sa
matrice dans les bases canoniques est A × (B × C ). De même ( f ◦ g ) ◦ h ∈ L (Kr , Kn ) et sa matrice dans les
bases canoniques est (A×B )×C , or la composition des applications est associative, ce qui donne l’égalité.

— « Élément neutre » : Soit A ∈ Mn,p (K), on a : A × Ip = A et I n × A = A.

Preuve – Soit f ∈ L (Kp , Kn ) l’application linéaire canoniquement associée à A, IdKn est l’application li-
néaire canoniquement associée à In , la matrice dans les bases canoniques de IdKn ◦ f est donc I n × A = A,
or IdKn ◦ f = f , donc I n × A = A. De même, on montre que A × Ip = A. 

— « Distributivité » : Si A, B ∈ Mn,p (K), C ∈ Mp,q (K) et D ∈ Mr,n (K), alors :

(A + B ) ×C = A ×C + B ×C et D × (A + B ) = D × A + D × B.

Preuve – Soit f ∈ L (Kp , Kn ) l’application linéaire canoniquement associée à A, g ∈ L (Kp , Kn ) canoni-


quement associée à B et h ∈ L (Kq , Kp ) canoniquement associée à C . L’application linéaire canonique-
ment associé à la matrice (A + B ) × C est ( f + g ) ◦ h ∈ L (Kq , Kn ), et l’application linéaire canoniquement
associée à A ×C + B ×C est f ◦ h + g ◦ h ∈ L (Kq , Kn ), or ( f + g ) ◦ h = f ◦ h + g ◦ h, ce qui donne la première
égalité. La seconde se montre de la même façon. 

— Transposée d’un produit : Si A ∈ Mn,p (K) et B ∈ Mp,q (K), alors : t (A × B ) =t B ×t A.


p p
Preuve – [t (A × B )]i , j = [A × B ] j ,i = [t B ]i ,k [t A]k, j = [t B ×t A]i , j .
X X
A j ,k B k,i = 
k=1 k=1

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Exercice 5 – Calculer le produit entre deux matrices carrées élémentaires de Mn (K).

Proposition 10 (structure de Mn (K)) –


(Mn (K) , + , × , ·) est une K-algèbre (non commutative si n ≥ 2).

Preuve – On sait déjà que (Mn (K) , + , ·) est un K-espace vectoriel, les propriétés du produit matriciel montre que
(Mn (K) , + , ×) est un anneau, il reste simplement à vérifier la compatibilité entre le produit interne et le produit
externe, i.e. :
∀λ ∈ K, ∀A, B ∈ Mn (K), λ · (A × B ) = (λ · A) × B = A × (λ · B ),

ce qui est laissé en exercice.


à ! à ! à !
0 0 1 1 0 0
Donnons un contre-exemple pour la non commutativité : soit A = et B = . On a : AB = mais
1 0 0 1 1 1
à !
1 0
BA= . 
1 0

Remarques – Ã ! Ã !
0 0 0 0
— L’algèbre Mn (K) n’est pas intègre lorsque n ≥ 2. Par exemple : × = O2 . De ce fait, il y
1 0 1 1
à !
0 0
a dans Mn (K) des éléments nilpotents, par exemple : A = .
1 0
— On peut utiliser dans Mn (K) les règles du calcul algébrique, en prenant garde toutefois au fait que
le produit n’est pas commutatif. Par exemple, si A, B ∈ Mn (K) commutent (i.e. AB = B A), alors
on peut utiliser le binôme de Newton pour calculer (A +B )n . Mais si AB 6= B A on peut néanmoins
développer, par exemple : (A + B )2 = A 2 + AB + B A + B 2 .
 
1 1 0
n
0 1 1. En écrivant A = I3 + J , calculer A pour n ∈ N.
 
Exercice 6 – Soit A =  
0 0 1

3 Matrices carrées inversibles

3.1 Définition
L’ensemble (Mn (K) , + , ×) a une structure d’anneau, on peut donc s’intéresser aux éléments inver-
sibles de cet anneau. C’est à dire aux matrices M ∈ Mn (K) pour lesquelles il existe une matrice N ∈
Mn (K) telle que M × N = N × M = In . Si M ∈ Mn (K) est inversible, son inverse sera noté M −1 .
Définition 10 –
Le groupe multiplicatif des inversibles de l’anneau (Mn (K) , + , ×) est noté GLn (K).

Remarques –
Puisque (GLn (K), ×) est un groupe, on a :
— Le produit de deux matrices inversibles est inversible.
— Si M , N ∈ GLn (K) alors (M × N )−1 = N −1 × M −1 .

Cas particuliers :

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— Matrices diagonales inversibles : Soit D = diag(a 1 , · · · , a n ) ∈ Mn (K), alors


µ D est inversible
¶ ssi les
−1 1 1
coefficients diagonaux sont tous non nuls, auquel cas on a : D = diag ,··· , .
a1 an
Preuve – Si les coefficients diagonaux sont tous non nuls, il est facile de vérifier que la matrice proposée
est bien l’inverse de D.
Réciproquement, supposons D ∈ GLn (K), alors l’équation D X = On,1 d’inconnue X ∈ Mn,1 (K) admet
comme unique solution X = D −1 × On,1 = On,1 . Supposons a 1 = 0 et prenons X ∈ Mn,1 (K) définie par
X i ,1 = δi ,1 , il est facile de voir que le produit D X donne la première colonne de D, c’est à dire On,1 , pour-
tant X 6= On,1 : contradiction, donc a 1 6= 0. Le raisonnement est similaire pour les autres coefficients. 
r
— Polynômes de matrices : Soit P ∈ K[X ] et A ∈ Mn (K), si P = a k X k , alors la matrice P (A) est
X
k=0
r
k
X
P (A) = a k A , on a alors le résultat suivant : Si P (A) = On et si P (0) 6= 0, alors A est inversible.
k=0

Preuve – P (0) 6= 0 signifie que a 0 6= 0, on a alors :


" # " #
r −a r −a
X k k−1 X k k−1
In = A × A = A × A.
k=1 a 0 k=1 a 0
à !
a b
Par exemple, si A = avec ad − bc 6= 0, on vérifie que A 2 − (a + d )A + (ad − bc)I2 = O2 , donc A est
c d
à !
−1 1 1 d −b
inversible et A = [(a + d )I2 − A] = . 
ad − bc ad − bc −c a

3.2 Retour aux applications linéaires


Proposition 11 –
Soient E et F deux K-e.v de même dimension n, soit B une base de E et B 0 une base de F , soit u ∈
L (E , F ), alors u est un isomorphisme de E vers F si et seulement si mat (u) ∈ GLn (K), si c’est le cas,
B,B 0
· ¸−1
alors : mat (u −1 ) = mat (u) .
B 0 ,B B,B 0

Preuve – Si u est un isomorphisme, posons A = mat0 (u) et B = mat (u −1 ), on a A, B ∈ Mn (K). On sait que u ◦ u −1 =
B,B
0 B ,B
IdF , d’où In = mat(IdF ) = mat0 (u) × mat (u −1 ) = A × B , de même B × A = mat(IdE ) = In .
B0 B,B 0 B ,B B
Si la matrice de u est inversible, soit v ∈ L (F , E ) telle que mat (v) = A −1 alors en considérant la matrice de v ◦ u
0 B ,B
dans la base B, on vérifie que v ◦ u = IdE , donc u est un isomorphisme (théorème de la dimension finie). 

Cas des endomorphismes : Si E est un K-espace vectoriel de dimension n et B une base de E , alors on
sait déjà que l’application mat : L (E ) → Mn (K) est un isomorphisme d’espaces vectoriels, mais comme
B
(L (E ) , + , ◦ , ·) et (Mn (K) , + , × , ·) sont des K-algèbres et que mat(u◦v) = mat(u)×mat(v) et mat(IdE ) = In ,
B B B B
on peut affirmer que l’application mat est un isomorphisme d’algèbres. En particulier celui-ci induit un
B
isomorphisme de groupes : mat : GL(E ) → GLn (K).
B

Proposition 12 (caractérisations des matrices carrées inversibles) –


Soit A ∈ Mn (K), alors les assertions suivantes sont équivalentes :
1. A est inversible.

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2. Il existe une matrice B ∈ Mn (K) telle que B A = In .


3. L’équation AX = On,1 d’inconnue X ∈ Mn,1 (K) admet une unique solution X = On,1 .
4. ∀Y ∈ Mn,1 (K), l’équation AX = Y d’inconnue X ∈ Mn,1 (K) admet une unique solution.
5. ∀Y ∈ Mn,1 (K), l’équation AX = Y d’inconnue X ∈ Mn,1 (K) admet au moins une solution.

Preuve – L’implication 1. =⇒ 2. est évidente en prenant B = A −1 .


Montrons 2. =⇒ 3. : On a B A = In , d’où AX = On,1 =⇒ B AX = On,1 = X .
Montrons 3. =⇒ 4. : Soit B ∈ L (Kn ) l’endomorphisme de Kn canoniquement associé à A, soit x ∈ Ker( f ), posons
X = CoordB (x) où B désigne la base canonique de Kn , on a alors CoordB (x) = AX = On,1 donc X = On,1 i.e.
x = 0 , l’application f est donc injective, mais alors elle est bijective : ∀y ∈ Kn , ∃!x ∈ Kn , f (x) = y, ce qui entraîne
∀Y ∈ Mn,1 (K), ∃!X ∈ Mn,1 (K), AX = Y (remarquons que A est inversible puisque f est bijective, et que X = A −1 Y ).
L’implication 4. =⇒ 5. est évidente.
Montrons 5. =⇒ 1. : Avec les notations précédentes, l’application f est surjective par hypothèse, donc f est
bijective et par conséquent sa matrice A est inversible. 
Remarques –
Il découle en particulier de ce théorème que si B A = In alors AB = In (car A ∈ GLn (K) et donc B = A −1 ),
ce qui est remarquable.

Exercice 7 – 1. Si A ∈ GLn (K), montrer que t A est inversible et que (t A)−1 =t (A −1 ).


 
1 λ −1
, déterminer en fonction de λ si A est inversible ou non, si c’est le cas, calcu-
 
2. Soit A = 
0 2 1
1 0 1
ler A −1 .
3. Soit T ∈ Mn (K) une matrice triangulaire supérieure, montrer que T ∈ GLn (K) ssi ses éléments
diagonaux sont tous non nuls, si c’est le cas, montrer que T −1 est également triangulaire supé-
rieure.

4 Changement de bases

4.1 Matrice de passage


Définition 11 –
Soit E un K-espace vectoriel, soit B = (e 1 , . . . , e n ) une base de E , soit S = (x 1 , . . . , x p ) une famille de
vecteurs de E , on appelle matrice de la famille S dans la base B, la matrice A ∈ Mn (K) définie par :
∀(i , j ) ∈ [[1 , n]] × [[1 , p]], a i , j est la coordonnée sur e i de x j . Autrement dit, pour j ∈ [[1 , p]], le j -ième vec-
teur colonne de A est C j (A) = CoordB (x j ). Cette matrice est notée P B,S et appelée matrice de passage
de B à S , elle exprime les vecteurs de S dans la base B :

x1 · · · x p → vecteurs de S
↓ ↓
 
a 1,1 · · · a 1,p → coordonnée sur e 1 premier vecteur de B
 . . ..
P B,S . .. 

= 
 .  .
a n,1 · · · a n,p → coordonnée sur e n dernier vecteur de B

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Exemples. — Soit B la base canonique de K3 , soit x 1 =(1 , −1 , 0) et x 2 = (2 , −1 , 3), alors la matrice
1 2
de la famille S = (x 1 , x 2 ) dans la base B, est P B,S = −1 −1
 
.

0 3
— Soit B = (i , j , k) la base canonique de K3 , soit B 0 = (i , i + j , i + j + k), on vérifie que B 0 est une
base de K3 . Déterminons la matrice de la famille S précédent dans la base B 0 : on ax 1 = i − j =
2 3
2i − (i + j ) et x 2 = 2i − j + 3k = 3(i + j + k) − 4(i + j ) + 3i , on a donc P B 0 ,S = 
 
−1 −4 .
 
0 3

Interprétations de la matrice de passage :

1. Dans le cas où p 6= n : soit B = (e 1 , . . . , e n ) une base de E et soit S = (x 1 , . . . , x p ) une famille de


p vecteurs de E . Soit B 0 = (u 1 , . . . , u p ) la base canonique de Kp , on définit l’application linéaire
f : Kp → E en posant pour i ∈ [[1 , p]], f (u i ) = x i , alors : P B,S = mat ( f ).
B 0 ,B
2. Dans le cas où p = n : on a S = (x 1 , . . . , x n ), soit u ∈ L (E ) défini par ; ∀i ∈ [[1 , p]], u(e i ) = x i , on a
alors : P B,S = mat( f ).
B

Proposition 13 (caractérisation des bases) –


Soit B = (e 1 , . . . , e n ) une base de E et soit B 0 = (x 1 , . . . , x n ) une famille de n vecteurs de E . alors B 0 est une
base de E ssi la matrice de passage de B à B 0 est inversible ,i.e. P B,B 0 ∈ GLn (K).

Preuve – Cela découle directement de la deuxième interprétation. 

Interprétation de la matrice de passage entre deux bases : Soient B et B 0 deux bases de E , en considé-
rant l’application IdE : (E , B 0 ) → (E , B) avec B 0 comme base au départ et B comme base à l’arrivée, on
a la relation : P B,B 0 = mat (IdE ).
B 0 ,B

Proposition 14 (application) –
¤−1
Soient B, B 0 , B 00 trois bases de E , on a : P B 0 ,B = P B,B 0 et P B,B 00 = P B,B 0 × P B 0 ,B 00 .
£

· ¸−1
¤−1
Preuve – on a P mat (Id−1 = P B,B 0 car Id−1
£
B 0 ,B = mat (IdE ) = E ) E = IdE , ce qui prouve le premier point.
B ,B
0 B 0 ,B
Pour le second, on considère la composition : IdE ◦ IdE : (E , B 00 ) → (E , B 0 ) → (E , B), ce qui donne mat (IdE ) =
00 B ,B
mat (IdE ) × mat (IdE ), c’est-à-dire P B,B 00 = P B,B 0 × P B 0 ,B 00 . 
B ,B
0 B ,B
00 0

4.2 Formules du changement de bases


Soient B et B 0 deux bases de E , pour tout vecteur x ∈ E on peut calculer ses coordonnées dans la
base B : X = CoordB (x), ou bien ses coordonnées dans la base B 0 : X 0 = CoordB 0 (x), on cherche le lien
entre X et X 0 .
Considérons l’identité : IdE : (E , B 0 ) → (E , B), on sait que mat (IdE ) = P B,B 0 , mais on a IdE (x) = x, d’où
B 0 ,B
CoordB (IdE (x)) = P B,B 0 ×CoordB 0 (x), ce qui donne la relation : X = P B,B 0 ×X 0 , et donc X 0 = P B 0 ,B ×X =
¤−1
P B,B 0
£
× X , on peut donc énoncer :

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Proposition 15 –
Soient B et B 0 deux bases de E , soit x ∈ E , on pose : X = CoordB (x) et X 0 = CoordB 0 (x), on a les formules
suivantes : X = P B,B 0 × X 0 , et donc X 0 = P B 0 ,B × X .

Preuve – Soit B la base canonique de K3 [X ], on pose B 0 = (1 , X , X (X − 1) , X (X − 1)(X − 2)), montrer que B 0 est
une, base de K3 [X ] et pour P ∈ K3 [X ] calculer CoordB 0 (P ). 

4.3 Changement de bases et applications linéaires


Soient E et F deux K-espaces vectoriels, soit B1 une base de E et soit B2 une base de F . Si u ∈
L (E , F ) on peut calculer A = mat (u). Si on prend une autre base dans E : B10 et une autre base dans F ,
B1 ,B2
B20 , alors on peut calculer A 0 = mat (u), on cherche le lien entre ces deux matrices.
B10 ,B20
Soit x ∈ E et y = u(x), on pose X = CoordB1 (x), Y = CoordB2 (u(x)), X 0 = CoordB 0 (x) et Y 0 = CoordB 0 (u(x)).
1 2
On a la relation Y = A × X = A × P B1 ,B 0 × X 0 , d’autre part Y 0 = P B 0 ,B2 × X 0 , d’où finalement Y 0 =
1 2
P B 0 ,B2 × A × P B1 ,B 0 × X 0 , c’est à dire Y 0 = P B
−1
,B 0
× A × P B1 ,B 0 × X 0 , mais de plus Y 0 = A 0 × X 0 , l’éga-
2 1 2 2 1
lité ayant lieu pour toute colonne X 0 , on a : A 0 = P B
−1
,B 0
× A × P B1 ,B 0 , on peut donc énoncer :
2 2 1

Proposition 16 (effet d’un changement de bases sur la matrice d’une application linéaire) –
Soient B1 , B10 deux bases de E et P = P B1 ,B 0 la matrice de passage, soient B2 , B20 deux bases de E et
1
Q = P B2 ,B 0 la matrice de passage, soit u ∈ L (E , F ), on pose A = mat (u) et A 0 = mat (u). On alors la
2 B1 ,B2 B10 ,B20
0 −1
relation : A = Q × A ×P.

Proposition 17 (cas des endomorphismes) –


Soient B, B 0 deux bases de E et P = P B,B 0 la matrice de passage, soit u ∈ L (E ), on pose A = mat(u) et
B
A 0 = mat(u). On alors la relation : A 0 = P −1 × A × P .
B0

Preuve – Cela découle du théorème précédent, puisque l’on a Q = P . 


à !
2 −1
Exercice 8 – Soit B = (i , j ) la base canonique de K2 et soit u ∈ L (K2 ) défini par mat(u) = . On
B −1 2
pose e 1 = (1 , 1) et e 2 = (1 − 1), montrer que B 0 = (e 1 , e 2 ) est une base de K2 , et calculer la matrice de u
dans la base B 0 . En déduire l’expression de u n (x , y).

Définition 12 –
Soient A, B ∈ Mn (K), on dit que les matrices A et B sont semblables si et seulement si il existe une
matrice carrée inversible P ∈ GLn (K) telle que A = P −1 × B × P .

Remarques –
1. Les matrices d’un endomorphisme dans deux bases sont semblables.

2. Deux matrices sont semblables lorsque ce sont deux matrices d’un même endomorphisme ex-
primées dans deux bases (P étant la matrice de passage).

3. La relation « ... est semblable à ... » est une relation d’équivalence dans Mn (K).

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4.4 Trace d’un endomorphisme


Proposition 18 –
Soient A, B ∈ Mn (K), on a la propriété : tr(A × B ) = tr(B × A).
à ! à !
n
X n
X n
X n
X n
X n
X
Preuve – On a tr(A × B ) = [A × B ]i ,i = A i ,k B k,i , ce qui donne tr(A × B ) = B k,i A i ,k = [B ×
i =1 i =1 k=1 k=1 i =1 k=1
A]k,k = tr(B × A). 

Proposition 19 (conséquence) –
Si A ∈ Mn (K) et si P ∈ GLn (K), alors tr(A) = tr(P −1 × A × P ).

Soit E un espace vectoriel de dimension n, soient B et B 0 deux bases de E , et soit u ∈ L (E ), on note


A = mat(u) et A 0 = mat(u), on sait alors que A 0 = P −1 × A × P avec P = P B,B 0 la matrice de passage,
B B0
d’après le théorème précédent, on peut affirmer que tr(A) = tr(A 0 ).
Définition 13 –
Soit u ∈ L (E ) et soit B une base de E , on appelle trace de l’endomorphisme u le scalaire noté tr(u) et
µ ¶
défini par tr(u) = tr mat(u) , ce scalaire est indépendant de la base B choisie.
B

Proposition 20 –
L’application trace, tr : L (E ) → K, est une forme linéaire non nulle sur L (E ), qui vérifie :

∀u, v ∈ L (E ), tr(u ◦ v) = tr(v ◦ u).


µ ¶
Preuve – Soit B une base de E , soit A = mat(u) et B = mat(v), on a par définition, tr(u + v) = tr mat(u + v) =
µ ¶ µ ¶ B B B

tr mat(u) + tr mat(v) = tr(u) + tr(v). De la même façon, on montre que tr(λu) = λtr(u) avec λ ∈ K. On a donc
B B
une
µ forme linéaire
¶ µsur L (E
¶ ), celle-ci
µ ¶ non nulle, car tr(IdE ) = tr(In ) = n = dim(E ) ≥ 1. D’autre part : tr(u ◦ v) =
est
tr mat(u ◦ v) = tr mat(u) × tr mat(v) = tr(u) × tr(v). 
B B B

Exercice 9 – Soit E un espace vectoriel de dimension n, et soit p ∈ L (E ) un projecteur, montrer que


tr(p) = rg(p).

5 Opérations élémentaires

5.1 Rang d’une matrice


Définition 14 –
Soit A ∈ Mn (K) une matrice, on appelle rang de la matrice A, le rang dans Kn de la famille constituée
par ses p vecteurs colonnes, notation : rg(A) = rg(C 1 (A), . . . ,C p (A)).

Proposition 21 –
Soit u ∈ L (E , F ) soit B une base de E , soit B 0 une base de F , et soit A = mat (u), alors rg(u) = rg(A).
B,B 0

Preuve – Soit B = (e 1 , . . . , e p ), B 0 = (e 10 , . . . , e n0 ) et soit B 00 = (e 100 , . . . , e n00 ) la base canonique de Kn . Soit v ∈ L (F , Kn )


défini par : ∀i ∈ [[1 , n]], v(e i0 ) = e i00 , alors v est bijective (transforme une base en une base), donc rg(u) = rg(v ◦ u) =
n
A k, j e k00 = C j (A), donc rg(u) = rg(A) d’après la définition précédente. 
X
rg(v(u(e 1 )), . . . , v(u(e p ))) ; or v(u(e j )) =
k=1

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Proposition 22 (conséquence) –
Soit E un espace vectoriel de dimension n, soit S = (x 1 , . . . , x p ) une famille de p vecteurs de E et soit B
une base de E , alors le rang de la famille S est égal au rang de la matrice de cette famille dans la base B.

Preuve – Posons B = (e 1 , . . . , e n ), soit B 0 = (e 10 , . . . , e p0 ) la base canonique de Kp , soit u ∈ L (Kp , E ) l’application


linéaire définie par : ∀i ∈ [[1 , p]], u(e i0 ) = x i , alors A = mat0 (u) est la matrice de la famille S dans la base B, or
B,B
rg(A) = rg(u) = rg(x 1 , . . . , x p ), ce qui donne le résultat. 

Remarques –
Calculer le rang d’une application linéaire, ou d’une famille de vecteurs, revient à calculer le rang d’une
matrice.

5.2 Propriétés du rang d’une matrice


Les propriétés suivantes découlent de celles du rang des applications linéaires.

1. Soit f ∈ L (E , F ), soit B une base de E avec dim(E ) = p, soit B 0 une base de F avec dim(F ) = n,
et soit A = mat (u) ∈ Mn,p (K), on a :
B,B 0
(a) rg(A) ≤ min(n , p).

(b) rg(A) = n ⇐⇒ f est surjective.

(c) rg(A) = p ⇐⇒ f est injective.

2. Si A ∈ Mn (K), alors A ∈ GLn (K) ⇐⇒ rg(A) = n.

3. Si A ∈ Mn,p (K), B ∈ Mp,q (K), alors rg(A × B ) ≤ min(rg(A) , rg(B )).

4. Si A ∈ GLn (K), B ∈ Mn,p (K), alors rg(A × B ) = rg(B ).

5. Si A ∈ Mn,p (K), B ∈ GLp (K), alors rg(A × B ) = rg(A).

Proposition 23 –
Soit A ∈ Mn,p (K), alors : rg(A) = r ⇐⇒ ∃U ∈ GLn (K), ∃V ∈ GLp (K), U AV = J n,p,r .

Preuve – Si U et V existent alors rg(A) = rg(U AV ) = rg(J n,p,r ) = r .


Réciproquement, si rg(A) = r , soit B la base canonique de Kp , soit B1 la base canonique de Kn , et soit u ∈
L (Kp , Kn ) défini par mat (u) = A (u est l’application linéaire canoniquement associée à A), on a rg(u) = rg(A) = r ,
B,B1
on sait alors qu’il existe une base B 0 de de Kp et une bases B10 de Kn telles que mat0 (u) = J n,p,r , soit P = P B,B 0 et
B 0 ,B1
−1
Q = P B1 ,B10 , d’après les formules de changement de bases, on a J n,p,r = Q × A × P , ce qui termine la preuve, en
−1
prenant U = Q et V = P . 

Exercice 10 – Montrer qu’une matrice A ∈ Mn,p (K) et sa transposée ont le même rang.

5.3 Opérations élémentaires


Définition 15 –
Soit A ∈ Mn,p (K), on appelle opérations élémentaires sur A les opérations suivantes :
— Permuter deux lignes de A (ou deux colonnes), notation : L i ↔ L j (respectivement C i ↔ C j ).

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— Multiplier une ligne (ou une colonne) par un scalaire non nul, notation : L i ← αL i (respective-
ment C i ← αC i ).
— Ajouter à une ligne (ou une colonne) un multiple d’une autre ligne (respectivement une autre
colonne), notation : L i ← L i + αL j , avec i 6= j (respectivement C i ← C i + αC j )).

Proposition 24 –
Effectuer une opération élémentaire sur une matrice A ∈ Mn,p (K) revient à multiplier A à gauche par
une matrice inversible pour les opérations sur les lignes (à droite pour une opération sur les colonnes).

Preuve – On désigne par L i (A) la ligne i de A sous forme d’une matrice ligne.
Pour l’opération L i ↔ L j (avec i 6= j ) : soit P i , j ∈ Mn (K) la matrice obtenue en effectuant cette opération sur
la matrice In , alors P i , j × A est la matrice que l’on obtient en effectuant l’opération L i ↔ L j dans A, en effet :
si k ∉ {i , j }, alors L k (P i , j × A) = L k (P i , j ) × A = L k (In ) × A = L k (A), si k = i , alors L i (P i , j × A) = L i (P i , j ) × A =
L j (In ) × A = L j (A), de même L j (P i , j × A) = L i (A). De plus, par définition même, P i , j × P i , j = In , donc P i , j est
inversible et P i−1
, j = Pi , j .
Pour l’opération L i ← αL i , avec α ∈ K∗ : soit D i (α) ∈ Mn (K) la matrice obtenue en effectuant cette opération sur
In , alors D i (α)× A est la matrice que l’on obtient en effectuant cette même opération sur A, en effet : si k 6= i , alors
L k (D i (α)× A) = L k (D i (α))× A = L k (In )× A = L k (A), et L i (D i (α)× A) = L i (D i (α))× A = α·L i (In )× A = α·L i (A).
De plus, il est clair que D i (α) × D i (1/α) = In , donc cette matrice est inversible et D i (α)−1 = D i (1/α).
Pour l’opération L i ← L i + αL j , avec i 6= j et α ∈ K : soit Ti , j (α) ∈ Mn (K) la matrice obtenue en effectuant cette
opération sur la matrice In , alors Ti , j (α)× A est la matrice que l’on obtient en effectuant cette même opération sur
A, en effet : si k 6= i , alors L k (Ti , j (α)× A) = L k (Ti , j (α))× A = L k (In )× A = L k (A), et L i (Ti , j (α)× A) = L i (Ti , j (α))×
A = (L i (In )+α·L j (In ))× A = L i (A)+α·L j (A). De plus, il est clair que D i (Ti , j )×Ti , j (−α) = In , donc cette matrice
est inversible et Ti , j (α)−1 = Ti , j (−α). 

Proposition 25 –
Les opérations élémentaires conservent le rang de la matrice.

Preuve – Découle directement des propriétés du rang et du théorème précédent. 

5.4 Calcul pratique du rang d’une matrice


Définition 16 –
Soient A, B ∈ Mn,p (K), on dit que A et B sont équivalentes lorqu’il existe Q ∈ GLn (K) et P ∈ GLp (K) telles
que B = Q AP .

Remarques –
— On définit ainsi une relation d’équivalence dans Mn,p (K).
— Deux matrices équivalentes ont le même rang.
— Une opération élémentaire donne une matrice équivalente.
— Deux matrices carrées semblables sont équivalentes.
— A ∈ Mn,p (K) a un rang égal à r si et seulement si A est équivalente à J n,p,r .

Proposition 26 –
Deux matrices sont équivalentes si et seulement si elles ont le même rang.

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Preuve – Celle-ci est simple et laissée en exercice. 


 
p1 ∗ ··· ··· ··· ∗

.. .. .. 
0 . . .
 
Proposition 27 –  ..

..

. p r ∗ · · · ∗

 .
Si A ∈ Mn,p (K) est équivalente à B = 
 ..
, avec p 1 × · · · × p r 6= 0, alors rg(A) = r .

 . 0 0 · · · 0
 
 . .. .. .. 
 .. . . .
 
0 ··· 0 0 ··· 0

Preuve – Le rang de B est le rang de ses vecteurs lignes, d’où rg(B ) = rg(L 1 (B ), . . . , L r (B )) = r , or A est équivalente
à B donc rg(A) = rg(B ) = r . 

La méthode :
Celle-ci consiste à transformer la matrice A en la matrice B ci-dessus à l’aide des opérations élémen-
taires sur les lignes ou les colonnes (méthode de Gauss), à chaque étape, la matrice obtenue a le même
rang que A, plus précisément, à chaque étape la nouvelle matrice s’écrit sous la forme Uk × A × Vk avec
Uk ,Vk inversibles.
À l’étape n° k, le principe est le suivant :

1. On choisit un pivot (i.e. un coefficient non nul) dans les lignes L k à L n et dans les colonnes C k à
Cp .

2. On amène le pivot à sa place, c’est à dire sur la ligne L k dans la colonne C k en échangeant éven-
tuellement deux lignes et/ou deux colonnes.

3. On fait des éliminations en dessous du pivot pour faire apparaître des 0, avec les opérations du
type : L i ← L i + αL k .
 
3 1 1
 
Exemples. Soit A =  1 0 2 .
−1 2 −12
Étape 1 : premier pivot : 1 (ligne L 1 colonne C 2 )
 
1 3 1
 
C1 ↔ C2 et L 3 ← L 3 − 2L 1 donnent 0
 1
2 .
0 −7 −14

Étape 2 : premier pivot : 1 (ligne L 2 colonne C 2 )


 
1 3 1
 
L 3 ← L 3 + 7L 2 donne 0
 1 .
2
0 0 0

Étape 3 : pas de troisième pivot.


Donc rg(A) = 2.

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Exercice 11 – Avec la matrice A précédente, déduire de la méthode deux matrices inversibles U et V


telles que U AV = J 3,3,2 .

Exemples. (Variante) Il peut être parfois avantageux de n’effectuer que des transformations sur les co-
lonnes, les éliminations se font alors à droite du pivot avec les opérations du type C i ← C i +αC k (à l’étape
k). Voici quel peut être l’intérêt : Soit B = (i , j , k) une base de E et soit u ∈ L (E ) défini par mat(u) = A (la
B
matrice précédente), calculons le rang de A (donc le rang de u) en faisant uniquement des opérations
sur les colonnes :
Étape 1 : premier pivot : 1 (ligne L 1 colonne C 2 )
 
1 3 1
 
C1 ↔ C2 donne 0
 1 2 .
2 −1 −12

La matrice obtenue est la matrice dans la base B de la famille (u( j ) , u(i ) , u(k)).
 
1 0 0
 
C 2 ← C 2 − 3C 1 et C 3 ← C 3 −C 1 donnent 0
 1 2 .
2 −7 −14

La matrice obtenue est la matrice dans la base B de la famille (u( j ) , u(i − 3 j ) , u(k − j )).
Étape 2 : deuxième pivot : 1 (ligne L 1 colonne C 2 )
 
1 0 0
 
C 3 ← C 3 − 2C 2 donne 0
 1 .
0
2 −7 0

La matrice obtenue est la matrice dans la base B de la famille (u( j ) , u(i − 3 j ) , u(k + 5 j − 2i )).
On en déduit que le rang de u est égal à 2 et Im(u) = Vect[(u( j ) , u(i − 3 j ))] = Vect[(u( j ) , u(i ))]. Le théo-
rème du rang permet d’en déduire que dim(Ker(u) = 3 − 2 = 1, or −2i + 5 j + k est dans Ker(u) et non nul,
donc Ker(u) = Vect[−2i + 5 j + k].

5.5 Calcul pratique de l’inverse d’une matrice


Soit A ∈ Mn (K), supposons qu’en r opérations sur les lignes de A on obtienne la matrice In , on a
alors une relation du type G r ×· · ·×G 1 × A = In , où G i est la matrice correspondant à l’opération numéro
i . On peut alors en déduire que la matrice A est inversible et que son inverse est A −1 = G r ×· · ·×G 1 , pour
obtenir cette matrice, il suffit d’effectuer les mêmes opérations (dans le même ordre) sur la matrice In
en même temps que sur A. La méthode consiste donc à écrire la matrice A suivie de la matrice In :

A In
a 1,1 · · · a 1,n 1 ··· O
.. .. ..
. . .
a n,1 · · · a n,n O ··· 1

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Les opérations sont effectuées sur toute la longueur de chaque ligne. L’objectif est d’obtenir la matrice
In à la place de A, alors on pourra conclure que A est inversible, et là où il y avait In on aura A −1 , on
utilise la méthode de Gauss-Jordan :
À l’étape k :
— On choisit un pivot (i.e. un coefficient non nul) dans les lignes L k , . . . , L n et dans la colonne C k .
— On amène le pivot à sa place : ligne L k (en échangeant éventuellement deux lignes).
— On fait les éliminations (pour faire apparaître des zéros) en dessous et au-dessus du pivot avec
les opérations : L i ← L i + αL k .

Il y a donc au plus n étapes.

Il y a deux cas possibles au cours du processus :


1. Si à chaque étape on peut trouver un pivot, alors après l’étape n, il ne reste plus qu’à diviser
chaque ligne par le pivot correspondant pour obtenir la matrice In : c’est le cas où la matrice A
est inversible.
2. Si au cours de l’étape k on ne peut pas trouver de pivot dans la colonne C k et dans les lignes
L k , . . . , L n , alors on est dans la situation suivante, à l’issue de l’étape k − 1 :
p1 0 0 ∗ ∗ ∗ ∗ ··· ··· ∗
.. .. .. .. .. ..
0 . 0 . . . . .
.. .. ..
. p k−1 ∗ ∗ ∗ . .
.. .. ..
. 0 0 ∗ ∗ . .
.. .. .. .. .. .. ..
. . . . . . .
0 ··· 0 0 ∗ ∗ ∗ ··· ··· ∗
p 1 , . . . , p k−1 désignent les pivots des k − 1 étapes précédentes, ces pivots étant non nuls, il est
facile de voir qu’avec des opérations sur les colonnes, on peut faire apparaître des zéros dans
la colonne k sur les lignes L k , . . . , L n , sans changer les coefficients des lignes L k , . . . , L n de cette
même colonne. La matrice ainsi obtenue possède une colonne nulle, donc son rang est inférieur
ou égal à n − 1, or cette matrice a le même rang que A, donc nous sommes dans le cas où A est
non inversible.
 
2 4 2 2 4 2 1 0 0
 
Exemples. Soit A = 0 1 1 , appliquons la méthode de Gauss-Jordan : 0 1 1
  0 1 0 .
2 2 −1 2 2 −1 0 0 1
Étape 1 : pivot p 1 = 2, ligne L 1 colonne C 1 , éliminations : L 3 ← L 3 − L 1 , ce qui donne :

2 4 2 1 0 0
0 1 1 0 1 0
0 −2 −3 −1 0 1

Étape 2 : pivot p 2 = 1, ligne L 2 colonne C 2 , éliminations : L 1 ← L 1 − 4L 2 et L 3 ← L 3 + 2L 2 , ce qui donne :

2 0 −2 1 −4 0
0 1 1 0 1 0
0 0 −1 −1 2 1

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Étape 3 : pivot p 3 = −1, ligne L 3 colonne C 3 , éliminations : L 1 ← L 1 − 2L 3 et L 2 ← L 2 + L 3 , ce qui donne :

2 0 0 3 −8 −2
0 1 0 −1 3 1
0 0 −1 −1 2 1

3
 
 2 −4 −1
−1
En conclusion, la matrice A est inversible et son inverse est : A = −1 3 .
 
 1
1 −2 −1

6 Matrices par blocs, matrices extraites

6.1 Matrices par blocs


Soit U ∈ Mn,p (K), alors on peut découper la matrice U en quatre (par exemple) blocs de la manière
suivante :  
u 1,1 · · · u 1,r u 1,r +1 · · · u 1,p
 .. .. .. .. 
. . . .
 
 
 
 u
q,1 · · · u q,r u q,r +1 · · · u q,p 
U =
 

 u q+1,1 · · · u q+1,r u q+1,r +1 · · · u q+1,p 
 
 .. .. .. .. 

 . . . . 

u n,1 · · · u n,r u n,r +1
u n,p ···
à !
A B
ce que l’on peut écrire plus simplement sous la forme U = ∈ Mn,p (K), avec les blocs A ∈
C D
Mq,r (K), B ∈ Mq,p−r (K), C ∈ Mn−q,r (K) et D ∈ Mn−q,p−r (K), et les correspondances suivantes :

1. A i , j = Ui , j pour i ∈ [[1 , q]] et j ∈ [[1 , r ]] ;

2. B i , j = Ui ,r + j pour i ∈ [[1 , q]] et j ∈ [[1 , p − r ]] (attention au décalage sur les colonnes !) ;

3. C i , j = U q+i , j pour i ∈ [[1 , n − q]] et j ∈ [[1 , r ]] (attention au décalage sur les lignes !) ;

4. D i , j = U q+i ,r + j pour i ∈ [[1 , n − q]] et j ∈ [[1 , p − r ]] (attention au décalage sur les lignes et les
colonnes !) ;

Bien entendu on peut faire moins ou bien plus de quatre blocs. Voici plusieurs cas particuliers :
³ ´
Exemples. 1. U = C 1 (U ) · · · C p (U ) , c’est à dire une ligne de blocs et p colonnes, dans ce cas
les blocs sont les matrices colonnes de U ;
 
L 1 (U )
 .. 
2. U =  . , c’est à dire n lignes de blocs et une colonne, dans ce cas les blocs sont les matrices

L n (U )
lignes de U ;

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 
A1 (0) ··· (0)
.. ..
 
.

A2

 (0)  .
3. Matrices diagonales par blocs, ce sont des matrices carrées de la forme A = 
 .. ..
,
 ..
 . . (0)  .
 
(0) · · · (0) A n
 
1 2 0
 
où les matrices A i sont carrées (par forcément de même taille). Par exemple A =  −1 3 0 est

0 0 1
diagonale par blocs.
 
A ∗ ··· ∗
 1
.. .. 

.

 (0) A2 . 
4. Matrices triangulaires par blocs, ce sont des matrices carrées de la forme A = 
 .. . .
,
 . . . . . ∗ 

 
(0) · · · (0) A n
 
1 2 5
 
où les matrices A i sont carrées (par forcément de même taille). Par exemple A =  −1 3 2  est

0 0 1
triangulaire par blocs.

PropositionÃ28 (produit
! par blocs) – Ã !
A B A0 B 0
Soient U = ∈ Mn,p (K), V = ∈ Mp,m (K), avec A ∈ Mq,r (K), B ∈ Mq,p−r (K), C ∈
C D C 0 D0
Mn−q,r (K), D ∈ Mn−q,p−r (K), A 0 ∈ Mr,s (K), B 0 ∈ Mr,m−s (K), C 0 ∈ Mp−r,s (K), D 0 ∈ Mp−r,m−s (K), alors :
à ! à ! à !
A B A0 B0 A A 0 + BC 0 AB 0 + B D 0
U ×V = × = .
C D C 0 D0 C A 0 + DC 0 C B 0 + DD 0

Preuve – On vérifie que U est bien de taille (n , p) et V de taille (p , m), donc le produit W = U × V est défini et de
p
X
taille (n , m). Calculons les coefficients w i , j = u i ,k v k, j , dans les différents « quarts » :
k=1
1. Premier « quart » (i ∈ [[1 , q]] et j ∈ [[1 , s]]) :
r p p−r
a i ,k a 0 k, j + b i ,k−r c 0 k − r, j = [A A 0 ]i , j + b i ,k c 0 k, j = [A A 0 ]i , j + [BC 0 ]i , j = [A A 0 + BC 0 ]i , j .
X X X
wi , j =
k=1 k=r +1 k=1

2. Deuxième « quart » (i ∈ [[1 , q]] et j ∈ [[1 , m − s]]) :


r p p−r
a i ,k b 0 k, j + b i ,k−r d 0 k − r, j = [AB 0 ]i , j + b i ,k d 0 k, j = [AB 0 ]i , j + [B D 0 ]i , j = [AB 0 + B D 0 ]i , j .
X X X
w i , j +s =
k=1 k=r +1 k=1

3. Troisième « quart » (i ∈ [[1 , n − q]] et j ∈ [[1 , s]]) :


r p p−r
c i ,k a 0 k, j + d i ,k−r c 0 k − r, j = [C A 0 ]i , j + d i ,k c 0 k, j = [C A 0 ]i , j + [DC 0 ]i , j = [C A 0 + DC 0 ]i , j .
X X X
w i +q, j =
k=1 k=r +1 k=1

4. Quatrième « quart » (i ∈ [[1 , n − q]] et j ∈ [[1 , m − s]]) :


r p p−r
c i ,k b 0 k, j + d i ,k−r d 0 k − r, j = [C B 0 ]i , j + d i ,k d 0 k, j = [C B 0 ]i , j +[DD 0 ]i , j = [C B 0 +DD 0 ]i , j .
X X X
w i +q, j +s =
k=1 k=r +1 k=1

ce qui prouve la formule. 

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Remarques –
— Cette formule n’est valable qu’à certaines conditions. Le nombre de colonnes de blocs de la ma-
trice de gauche doit correspondre au nombre de lignes de blocs de la matrice de droite, mais il y a
aussi des conditions sur les tailles des différents blocs (la largeur de la colonne de blocs numéro j
de la matrice de gauche, doit être égale à la hauteur de ligne de blocs numéro j de celle de droite,
on dit qu’ils doivent être compatibles). C’est la première chose à vérifier avant de faire un produit
par blocs.
— La formule a été donnée avec 4 blocs, mais elle est évidemment plus générale. Le résultat a autant
de lignes de blocs que la matrice de gauche, et autant de colonnes de blocs que la matrice de
droite (sous réserve de compatibilité).

Applications :
— Si A est une matrice diagonale par blocs, alors ∀p ∈ N, A p s’obtient en élevant tous les blocs
diagonaux à la puissance p.
— Si A est une matrice diagonale par blocs, alors A est inversible si et seulement si tous les blocs
diagonaux sont inversibles, auquel cas la matrice inverse s’obtient en inversant chaque bloc de
la diagonale.
— Si A est une matrice triangulaire par blocs, alors A est inversible si et seulement si tous les blocs
diagonaux sont inversibles.

Exercice 12 – Démontrer ces trois applications.


 
1 2 0 Ã !
  1 2
Exemples. Soit A =  −1 3 0, cette matrice est diagonale par blocs. Le bloc
 est inversible est
−1 3
0 0 2
à !
1 3 −2
µ ¶
1
son inverse est , le deuxième bloc (2) est inversible lui aussi d’inverse , donc A est inversible
5 1 1 2
 
3 −2 0
1 
et son inverse est A −1 = 1 1 0 .
 
5 5
0 0
2

6.2 Matrices extraites


Définition 17 –
Soit A ∈ Mn,p (K), soient r entier strictement positif et inférieur ou égal à n et q entier strictement positif
et inférieur ou égal à p, soient i 1 < i 2 < · · · < i r des entiers de l’intervalle [[1 , n]], et j 1 < j 2 < · · · < j q
des entiers de l’intervalle [[1 , p]], la matrice M ∈ Mr,q (K) définie par m k,l = a i k , j l est dite matrice carrée
extraite de A.
 
1 2 3 4 Ã !
  1 2 4
Exemples. Soit A =  5 6 7 8 , alors la matrice M =
 est une matrice extraite de A en
9 10 12
9 10 11 12
prenant les lignes 1 et 3, et les colonnes 1, 2 et 4.

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Lemme 1 –
Si A ∈ Mn,p (K) et si M ∈ Mr (K) est une matrice carrée inversible extraite de A et de taille r , alors rg(A) ≥
r.

Preuve – Notons 1 ≤ j 1 < j 2 < · · · < j r ≤ p les numéros des colonnes qui ont été extraites de A. Si les colonnes
C j 1 (A), . . . ,C j r (A) étaient liées, alors les colonnes de la matrice extraite M serait liées (avec les mêmes coefficients),
et donc la matrice M ne serait pas de rang r ce qui est absurde car elle est inversible, on en déduit que les colonnes
C j 1 (A), . . . ,C j r (A) forment une famille libre, et donc rg(A) ≥ r . 

Lemme 2 –
Si A ∈ Mn,p (K) est de rang r alors toute matrice carrée inversible extraite de A a une taille inférieure ou
égale à r . Et il existe une matrice carrée extraite de A qui est inversible et de taille r .

Preuve – D’après le premier lemme, si une matrice carrée inversible extraite de A a une taille égale à t , alors on a
t ≤ rg(A) = r .
Le rang de la matrice A est le rang de ses colonnes, celui vaut r , donc il existe des entiers 1 ≤ j 1 < j 2 < · · · < j r ≤ p
tels que la famille (C j 1 (A), . . . ,C j r (A)) est libre dans Mn,1 (K).
Considérons la matrice B obtenue en ne prenant que les colonnes C j 1 (A), . . . ,C j r (A), le rang de cette matrice est
r , or son rang est aussi le rang de ses vecteurs lignes, il existe donc des entiers 1 ≤ i 1 < i 2 < · · · < i r ≤ n tels que les
lignes L i 1 (B ), . . . L i r (B ) forment une famille libre, par conséquent la matrice carrée extraite M ∈ Mr (K) définie par
m k,l = a i k , j l est inversible (car de rang r ). 

Ceci permet d’énoncer le théorème suivant :


Proposition 29 –
Le rang d’une matrice est la taille maximale de ses matrices carrées extraites inversibles.

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