Définitions et typologies des parties prenantes
Définitions et typologies des parties prenantes
renvoie à « tout groupe ou toute personne qui peut affecter la réalisation des
objectifs organisationnels ou qui est affecté par la réalisation des objectifs
organisationnels ». Ces deux auteurs offrent également une définition beaucoup
plus restreinte des parties prenantes, envisagées alors comme « tout groupe ou
toute personne de laquelle l’organisation dépend pour assurer sa survie ».
La définition la plus étroite est sans doute celle proposée par Clarkson
(1995) en faisant appel à la notion de « prise de risque » dans la mesure où les
parties prenantes seront considérées comme tout groupe ou personne qui
supporte un risque (qu’il soit d’une manière volontaire ou involontaire). Dans
ce sens, « Les parties prenantes volontaires supportent une certaine forme de
risque dans la mesure où elles ont investi une forme de capital – humain ou
financier – quelque chose de valeur dans l’entreprise. Les parties prenantes
involontaires sont placées en situation de vulnérabilité du fait des activités de
l’entreprise » (Clarkson, 1995).
À la suite de ces travaux, Mercier (1999) a élargi la définition des parties
prenantes de Freeman. Ces dernières désignent « l’ensemble des agents pour
lesquels le développement et la bonne santé de l’entreprise constituent des enjeux
importants ». Ainsi, tout individu ou groupe d’individus ayant un intérêt dans et
pour l’organisation doit être considéré comme une partie prenante.
Cette approche a élargi l’étendue de l’environnement de l’entreprise en
incluant dans l’analyse stratégique d’autres acteurs auparavant négligés dans
les travaux en sciences de gestion, tels que les organisations non
gouvernementales, les groupes politiques, les associations de consommateurs
ou encore les riverains. Ce faisant, elle s’offre comme un moyen de penser
l’environnement sociopolitique de l’entreprise, au-delà des aspects purement
économiques et commerciaux (Martinet, 1984).
Toutefois, il existe de nombreuses tentatives de définition du concept de « parties
prenantes ». Le tableau ci-dessous présente une chronologie de ces tentatives.
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Freeman & Gilbert « can affect or is affected by a business »
(1987)
Cornell & Shapiro « claimants » who have « contracts »
(1987)
Evan & Freeman « have a stake in or claim on the firm »
(1988)
Bowie (1988) « without whose support the organization would cease to exist »
Alkhafaji (1989) « groups to whom the corporation is responsible »
« asserts to have one or more of these kinds of stakes »
Carroll (1989) « ranging from an interest to a right (legal or moral) to ownership or
legal title to the compagny’s asserts or property »
Freeman & Evan contract holders
(1990)
Thompson et al in « relationship with an organization »
(1991)
« have an interest in the actions of an organization and… the ability to
Savage et al (1991)
influence it »
« constituents who have a legitimate claim on the firm… established
through the existence of an exchange relationship » who supply « the
Hill & Jones (1992)
firm with critical resources (contributions) and in exchange each
expects its interests to be satisfied (by inducements) »
« having some legitimate, non-trivial relationship with an organization
Brenner (1993) (such as) exchange transactions, actions impacts, and moral
responsibilities »
Freeman (1994) participants in « the human process of joint value creation »
Wicks et al (1994) « interact with and give meaning and definition to the corporation »
« bear some form of risk as a result of having invested some form of
Clarkson (1994)
capital, human or financial, something of value, in a firm »
« the firm is significantly responsible for their well-being, or they hold
Langtry, 1994
a moral and legal claim on the firm »
« can and are making their actual stakes known »
Starik, 1994 « are or might be influenced by, or are or potentially are influencers of,
some organization »
« have or claim, ownership, rights, or interests in a corporation and its
Clarkson, 1995
activities »
Näsi, 1995 « interact with the firm and thus make its operation possible »
Brenner, 1995 « are or which could impact or be impacted by the firm / organization »
Donaldson & « persons or groups with legitimate interests in procedural and/or
Preston, 1995 substantive aspects of corporate activity »
81
La seconde, elle, escompte d’englober tous les acteurs pouvant revendiquer un
intérêt dans une organisation et donc susceptibles d’intervenir à tout moment
dans les opérations de cette dernière.
Cependant, les travaux de Freeman et Reed (1983) montrent l’existence de
sérieuses divergences d’opinions sur « le principe de qui ou quoi compte
réellement » un tel concept et surtout la manière de son opérationnalisation
dans un contexte organisationnel. En effet, il n’existe, aujourd’hui, pas de réel
consensus sur la définition du concept de Stakeholder. Bien que la norme ISO
26000 a tenté en 2010 de proposer une définition synthétique.
2. Typologies de stakeholders
Dans un souci d’opérationnalisation du concept des parties prenantes en
contexte organisationnel, plusieurs auteurs ont essayé de proposer des grilles
de lecture permettant de déterminer ce que sont (ou seraient) les parties
prenantes pour une entreprise.
82
De là, lorsque la légitimité s’associe au pouvoir, elle conduit à une relation
d’autorité. En revanche, ces deux attributs demeurent statiques, d’où le
troisième et dernier attribut : l’urgence des attentes des parties prenantes.
- L’urgence : est fondée sur deux éléments : la sensibilité au temps et
l’importance de la demande.
L’urgence identifie les parties prenantes ayant besoin d’une attention
immédiate. Ainsi, la sensibilité au temps correspond à la frontière à partir de
laquelle la partie prenante considère que le délai de réaction du dirigeant face à
sa demande est inacceptable. L’importance de la demande, elle, renvoie à
l’importance de la relation pour le demandeur.
L’agencement de ces trois attributs permet de distinguer sept parties
prenantes (comme le décrit la figure suivante).
Ainsi, les sept types de parties prenantes sont regroupés en trois catégories.
La première est constituée des parties prenantes « latentes » auxquelles le
dirigeant ne reconnaît qu’un seul attribut, quel qu’il soit. La deuxième
catégorie est constituée des parties prenantes « en attente » auxquelles les
dirigeants reconnaissent deux critères. Enfin, la troisième catégorie est
constituée des parties prenantes « qui font autorité » auxquelles les dirigeants
reconnaissent trois critères.
Au sein de ces catégories, les auteurs identifient des sous-catégories
(Tableau ci-dessous).
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Tableau 6 : Catégories des PP selon Mitchell, Agle et Wood
Catégories Sous-catégories Description
Elles possèdent uniquement le pouvoir en vue
d’imposer leurs demandes et/ou attentes à une
entreprise. Toutefois, leur pouvoir reste limité étant
donné qu’elles n’ont pas de légitimité et leurs
PP « dormantes »
demandes ne sont nullement urgentes.
Les dirigeants seraient attentifs à ces PP « en
sommeil » au risque de devenir « influents » à
Parties l’imprévu.
prenantes Cette catégorie possède uniquement l’attribut de la
« latentes » « légitimité ». Leurs demandes n’étant pas urgentes et
PP
ne disposant pas de pouvoir. Ces PP n’ont pas la
« discrétionnaire »
capacité d’influer les décisions et activités de
l’entreprise.
Leurs demandes demeurent urgentes, sans pouvoir ni
PP légitimité. Elles n’exercent aucune pression sur
« revendicatrices » l’entreprise. Il s’agit d’un « bourdonnement : pénible,
mais pas dangereux ».
Ces PP disposent des deux attributs les plus
importants, notamment : le pouvoir et la légitimité.
PP
Les dirigeants doivent s’efforcer à prendre en
« dominantes »
considération leurs demandes et attentes.
Exemple : Actionnaires, gouvernements, tribunal..
Elles ont des demandes urgentes, mais illégitimes. Ces
Parties PP abusent, parfois, de leur pouvoir en vue d’imposer
prenantes « en leurs revendications.
PP « dangereuse »
attente » Exemple : Les employés qui procèdent à des grèves ou
sabotages pour faire pression sur la direction (au sens
du Mitchell et al.)
N’ayant pas de pouvoir et disposant de revendications
légitimes et urgentes ; elles sont tenues de faire passer
PP « dépendante »
par un intermédiaire ayant le pouvoir afin de faire
valoir leurs demandes.
On y retrouve les PP de l’entreprise possédant les trois
attributs.
Parties
PP « qui font Les dirigeants s’efforcent d’établir avec elles des
prenantes
autorité » relations durables afin de satisfaire leurs besoins et
« définitives »
demandes. Il s’agit des principales parties prenantes
auxquelles l’entreprise donne plus de privilèges.
Ainsi, toutes les personnes et les groupes ne possédant aucun des trois
attributs ne seront pas considérés comme des parties prenantes à l’entreprise.
Signalons que cette distinction n’est qu’une question de perception. En
effet, la classification des parties prenantes selon ces attributs dépend
étroitement des représentations que les dirigeants s’en font. Ces caractères
définis ne sont pas figés, ni stables ou absolus. Il n’est pas question alors de
prétendre une quelconque exhaustivité. Chaque entreprise est tenue de
84
« spécifier » une telle identification de ses propres parties prenantes,
conformément à ses activités, à son contexte d’affaires et surtout aux
représentations de ses dirigeants. C’est dans ce sens même que de telles
typologies sont très présentes dans les approches instrumentales de la RSE.
85
Figure 3 : Classification des parties prenantes préconisée par Clarkson (1995)
Selon cet auteur, les parties prenantes primaires sont celles dont la survie de
l’entreprise dépend. Donc, les parties prenantes qui ne sont pas indispensables
au fonctionnement de l’entreprise seront qualifiées comme étant
« secondaires ».
La première catégorie renvoie aux groupes ou individus ayant une relation
contractuelle et formelle avec l’entreprise. Dès lors, leur participation continue
est cruciale pour le fonctionnement de l’entreprise. Il s’agit, selon l’auteur, des
propriétaires, des employés, des clients et des fournisseurs.
À l’opposé, la seconde catégorie, elle, renvoie aux groupes (ou individus)
qui ne sont pas essentiels à la survie de l’entreprise. Selon cet auteur, sont
considérées comme parties prenantes secondaires les médias, les
consommateurs, les groupes de pression, les gouvernements, les concurrents,
le public et la société en général.
Signalons que Clarkson (1994) avait distingué les parties prenantes
« volontaires » de celles « involontaires ». La première catégorie renvoie aux
parties prenantes ayant investi un capital financier ou un élément de valeur
dans l’entreprise. De là, elles courent volontairement un risque quant à
l’activité et les décisions menées (Actionnaires, clients, fournisseurs, prêteurs,
créanciers. etc.). La seconde catégorie caractérise les parties prenantes qui
subissent involontairement les répercussions des activités de l’entreprise (les
riverains et la population locale à titre d’exemples).
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Pesqueux (2002) suggère une classification en fonction du caractère
explicite ou implicite de la relation des parties prenantes avec l’entreprise. Il
distingue les parties prenantes « contractuelles » de celles « diffuses ». Les
PP contractuelles sont contractuellement reliées avec l’entreprise. Elles sont
dans une relation directe. C’est le cas des actionnaires, des salariés, des
fournisseurs et des clients. Les PP diffuses sont celles qui peuvent impacter ou
être impactées par les activités et décisions de l’entreprise sans même être
reliées par un contrat formel à l’instar des autorités publiques, des associations,
des collectivités territoriales… etc.
1. L’approche descriptive
La théorie des parties prenantes est incontestablement descriptive (Donaldson
et Preston, 1995). Elle est mobilisée pour décrire, voire même d’expliquer,
certaines caractéristiques et des comportements spécifiques à l’entreprise.
Plusieurs travaux peuvent être cités à ce sujet : entre autres, les contributions de
Brenner et Cochran (1991) à la description de la nature de la firme. Les deux
auteurs ont décrit comment les parties prenantes affectent (ou sont affectées par)
les décisions de l’entreprise. Ceux de Brenner et Molander (1977) renvoient à la
perception des dirigeants quant à la gestion de l’entreprise. Ces travaux
appréhendent la manière suivant laquelle les dirigeants prennent en compte,
effectivement, les intérêts de leurs parties prenantes.
Ainsi cette approche descriptive est très importante puisqu’elle permet une
meilleure compréhension, voire même une profonde explication, des
conditions d’émergence de nouvelles formes organisationnelles prenant
davantage en compte les intérêts des parties prenantes. Dès lors, elle offre
aussi une perspective prédictive du comportement organisationnel des firmes
(Brenner & Cochran, 1991, cités par Donaldson & Preston, 1995).
2. L’approche instrumentale
L’approche instrumentale repose sur la recherche de la nature des
connexions potentielles entre la gestion des relations avec les parties prenantes
et la performance de l’entreprise. Partant de l’idée que la prise en compte des
intérêts des parties prenantes de l’entreprise pourrait être créatrice de valeur
(profit, stabilité, croissance), l’approche instrumentale tente de montrer que les
87
firmes qui tiennent compte de leurs parties prenantes s’octroient un avantage
compétitif par rapport à celles qui ne le font pas (Jones, 1995) et obtiennent
des performances aussi bonnes sinon meilleures que les autres.
La théorie des parties prenantes contribue aussi à cette perspective
utilitariste basée sur l’efficacité organisationnelle. L’entreprise serait motivée à
engager des démarches RSE en tenant compte des diverses attentes et
demandes de ses parties prenantes non pas grâce aux considérations morales
ou éthiques, mais et surtout pour des perspectives de performance.
3. L’approche normative
Selon Donaldson et Preston (1995) la théorie des parties prenantes puise ses
fondements à travers sa perspective normative. En effet, cette théorie ne peut
être appréhendée dans une orientation stratégique consistant à assister
l’entreprise dans sa recherche de la performance d’une manière aussi efficace.
La théorie des parties prenantes s’efforce d’identifier les principes moraux ou
philosophiques qui justifient, voire légitiment, la prise en compte des intérêts
des parties prenantes.
Enfin, ces deux auteurs considèrent que les trois approches de la théorie des
parties prenantes sont imbriquées les unes dans autres (comme le montre la
figure ci-dessous).
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4. La justification du choix de la théorie des parties prenantes
Par opposition aux théories contractuelles de la firme, la théorie des parties
prenantes fait passer la responsabilité de l’entreprise d’une seule et unique
sphère à caractère exclusivement économique à une autre perspective
beaucoup plus large embrassant le social, le sociétal et l’environnemental.
Cette théorie était à l’origine de l’élargissement des responsabilités de
l’entreprise et a marqué le passage d’une logique actionnariale à une logique
partenariale.
En effet et à travers le concept des parties prenantes, l’entreprise est
considérée comme une propriété plurielle, voire même collective. Selon les
contributions de cette théorie, les actionnaires, voire les apporteurs des
capitaux, ne sont pas les seuls propriétaires de l’entreprise. Dès lors, les
dirigeants doivent agir dans le sens des intérêts de l’ensemble des parties
prenantes de l’entreprise, au-delà des seuls actionnaires.
Ainsi, cette théorie se vaut comme une opérationnalisation de la démarche
RSE dans le contexte organisationnel. En effet, et comme expliqué
précédemment, l’approche instrumentale de la théorie des parties prenantes
offre une estimation de l’impact d’une prise en compte des intérêts des parties
prenantes sur l’amélioration des performances de l’entreprise.
En plus, et à travers son approche descriptive, cette théorie identifie les
principaux acteurs auxquels l’entreprise doit tenir compte (leurs demandes et
attentes). Enfin, et suivant sa perspective normative, la théorie des parties
prenantes confère une base normative et éthique à la gestion de la relation avec
les parties prenantes.
Une telle imbrication est très rarement observable dans un corpus théorique
bien élaboré au sujet de la RSE. Dans ce sens, Jones et Wicks (1999),
rappellent le caractère indissociable entre l’approche empirique (instrumentale
et descriptive) et celle normative (morale et philosophique), en esquissant une
théorie des parties prenantes « hybride », l’aboutissement de la convergence de
ses trois perspectives. Selon ces auteurs, cette théorie cherche à légitimer
l’existence de l’entreprise par rapport à son contexte d’affaires (approche
normative) tout en conciliant les divers intérêts de ses parties prenantes
(approche empirique).
La théorie des parties prenantes sera ainsi mobilisée afin de déterminer les
facteurs susceptibles d’expliquer l’appropriation des démarches RSE dans le
contexte marocain. La relation avec les PP pourrait pousser l’entreprise à
engager des actions RSE. De même, les pressions institutionnelles peuvent
également comprendre l’engagement responsable de certaines entreprises qui
cherchent, à travers la démarche RSE, une légitimité de leur action
managériale vis-à-vis de la société et de l’environnement global dans lequel
elles opèrent et évoluent. La prochaine section s’intéressera à ces
questionnements en se basant sur une approche sociologique de la RSE.
89
SECTION 3 : APPROCHE SOCIOLOGIQUE DE LA LÉGITIMITÉ
Les pressions exercées par les parties prenantes ne sont pas les seules à
pouvoir influer la stratégie de l’entreprise et son devenir. En effet, les
changements au niveau de la législation et de la réglementation, le degré de
développement économique d’un secteur déterminé, les innovations
technologiques, peuvent également pousser l’entreprise à développer une
stratégie RSE afin de se légitimer dans son environnement.
Ainsi, l’approche sociologique de la RSE repose sur une représentation de
l’entreprise comme entité totalement encastrée dans la société, ses valeurs et sa
culture. Les attentes des parties prenantes reflètent, à priori, les valeurs
véhiculées par le contexte sociétal dans lequel l’entreprise mène ses activités31.
De là, les dirigeants s’efforcent de s’engager dans une démarche RSE en
adoptant des stratégies d’image et/ou de conformité symbolique ou effective
avec les valeurs partagées par la société, pour une seule finalité : acquérir de la
légitimité sociétale.
1. La théorie néo-institutionnelle
La théorie néo-institutionnelle appréhende la RSE comme un levier de la
légitimité sociétale. En effet, selon Suchman (1995), la légitimité est
« l’impression partagée que les actions des organisations sont désirables,
convenables ou appropriées par rapport au système socialement construit de
normes, de valeurs ou de croyances sociales ».
Au sens stratégique, la légitimité se manifeste au sein d’un environnement
institutionnalisé, dans lequel des lois et des normes déterminent les relations
entre individus et poussent les entreprises à jouer un rôle défini. Le concept de
légitimité révèle que les conditions de l’environnement ne peuvent être
distinguées des perceptions qu’en ont les acteurs (Capron et Quairel-
Lanoizelée, 2004). Dès lors, l’engagement RSE aura pour but la satisfaction
des diverses attentes de la société civile et s’attachera en particulier à apporter
une réponse aux groupes d’acteurs pouvant influer le devenir de l’entreprise.
De là, dans un environnement institutionnalisé imposant des exigences
sociales et culturelles, l’entreprise va rechercher une légitimité en apprenant à
paraître selon les critères convenus socialement. Une fois cette légitimité
acquise, ses activités réelles peuvent s’écarter des apparences qui lui confèrent
le soutien de cet environnement.
31 La relation entre les parties prenantes et la société peut faire l’objet de confusions. En effet,
« il convient que l’organisation comprenne le lien existant entre les intérêts des parties prenantes
qui sont touchés par l’organisation d’une part, et les attentes de la société d’autre part. Bien que
les parties prenantes soient intégrées dans la société, elles peuvent avoir un intérêt qui ne soit
pas en cohérence avec les attentes de la société. Les parties prenantes ont des intérêts qui leur
sont propres par rapport à l’organisation et qui peuvent se distinguer des attentes de la société
quant au comportement sociétalement responsable. » (Norme ISO 26 000, p. 17).
90
La diffusion d’informations correspondant aux engagements sociaux,
sociétaux et environnementaux de l’entreprise vise donc à créer une image
favorable et à asseoir sa réputation afin d’influencer ses parties prenantes et la
société (Quairel, 2004).
La théorie néo-institutionnelle (TNI) appréhende la RSE comme une
stratégie de réponse aux contraintes institutionnelles émanant de son contexte
d’affaires. Dans leur quête de légitimité sociétale, les entreprises adopteraient
des comportements RSE qui vont dans le sens d’une conformité totale ou
partielle, d’une stratégie d’évitement ou encore d’une simple manipulation.
Selon cette même théorie, le processus d’institutionnalisation des pratiques
RSE peut être étudié à travers trois contraintes institutionnelles majeures.
Celles-ci poussent les dirigeants à se conformer aux attentes sociales et
sociétales véhiculées32 (Di Maggio et Powell, 1983).
Ainsi et en premier lieu, la TNI met en relief les contraintes coercitives
correspondant aux pressions réglementaires imposées par la législation ou
encore les divers mécanismes de régulation (sectorielle, régionale, nationale ou
internationale). Ces contraintes sont assorties de sanctions. Elles régulent les
comportements des entreprises non conformes aux valeurs sociétales traduites
dans les lois et textes en vigueur.
Les contraintes normatives viennent, ainsi, en second lieu. Elles se
matérialisent à travers les normes édictées par les milieux professionnels. Bien
que ces normes n’ont pas de caractère obligatoire, contraignant, du point de
vue juridique, mais elles orientent catégoriquement les comportements des
entreprises (en particulier des chefs d’entreprises).
Enfin, les contraintes mimétiques conduisent les entreprises à imiter les
« meilleures pratiques » observées dans leur secteur d’activité en prenant
comme « modèle » d’autres entreprises considérées comme proactives,
d’autant plus à l’ère des contextes managériaux où l’instabilité et la complexité
règnent par excellence.
Dans la réalité, la publication d’informations extra-financières fournit une
illustration des contraintes mimétiques dans la mesure où les grandes
structures imitent les « best practices » en matière de reporting extrafinancier
(surtout celles cotées en bourse) afin de témoigner de son action responsable et
de sa « citoyenneté ».
De même le rapprochement vers les normes internationales de la RSE (ou
RSO) peut également être analysé comme une contrainte normative imposant
aux entreprises une telle conformité sociale, sociétale et/ou environnementale
(Charte RSE de la CGEM, la norme ISO 26000, les normes GRI (Global
32S’il est incontestable que les valeurs de la RSE sont en cours d’institutionnalisation dans la
société, les PME ne voient pas néanmoins leur légitimité contestée, comme c’est le cas pour les
grandes entreprises. Leur mode de gouvernance, leurs impacts plus faibles sur l’environnement
naturel et humain, leur proximité avec les autres acteurs du territoire leur confèrent une
légitimité plus forte (cf. section 2 du troisième chapitre). En revanche, les PME n’échappent pas
aux attentes de la société qui, progressivement, leur demande d’intégrer dans leurs pratiques les
impacts environnementaux et sociaux de leur activité.
91
Reporting Initative) en matière de reporting RSE, norme IMANOR 26000
dans le contexte marocain …).
Dans le même ordre d’idées, les contraintes coercitives peuvent aussi être
appréhendées à travers le renforcement de l’encadrement juridique et
institutionnel de la RSE (par exemple : l’obligation de publier sur ses
engagements extrafinanciers pour les entreprises cotées, le dispositif
institutionnel promouvant l’intégration des critères de RSE comme une
condition à la soumission aux appels pour les marchés publics, l’adoption
d’une charte nationale du développement durable au Maroc, ainsi qu’une
stratégie nationale dédiée…).
En capitalisant sur les contributions de cette théorie, Capron et Lanoizelée
(2010) proposent une typologie comportementale en matière de RSE. Ces deux
auteurs considèrent qu’un engagement RSE pourrait être expliqué par le degré de
pression des parties prenantes et surtout de la visibilité médiatique de l’entreprise ;
en plus des éventuelles opportunités et menaces émanant de l’environnement
institutionnalisé (comme est mentionné sur le tableau en dessous).
Ainsi quatre stratégies sont à distinguer : l’Ignorance traduisant une
conformité faible ou symbolique ; des stratégies défensives préconisées à
travers des actions d’évitement, voire de manipulation ; des stratégies
réactives : stratégies de compromis et enfin, des stratégies proactives allant
d’une intégration faible à une intégration substantielle de la RSE dans les
choix et décisions de l’entreprise.
92
Surtout que la visibilité médiatique de l’entreprise est forte (critique) eu égard
aux pressions des parties prenantes.
Les stratégies réactives, elles, représentent des actions RSE en réponse
aux demandes des partenaires sociaux, des riverains, des pouvoirs publics ….
C’est une forme de compromis sans une réelle stratégie RSE alignée à la
vision de l’entreprise. La visibilité médiatique de l’entreprise étant critique et
la pression des parties prenantes demeure forte.
Enfin, les stratégies proactives traduisant une intégration d’objectifs RSE
à la stratégie des entreprises avec une attitude proactive (anticipation des
risques sociétaux et des attentes des PP, de l’environnement….). L’influence
de l’environnement institutionnel étant forte ainsi que la visibilité médiatique
de l’entreprise et les pressions exercées par ses parties prenantes.
La TNI inscrit ces stratégies dans une perspective de recherche d’une
« réputation ». En effet, l’analyse de la RSE au travers ce prisme permet de relever
l’intention de l’entreprise – à travers un engagement RSE – consistant à créer « une
image » comme étant « socialement responsable », voire même une « entreprise
citoyenne ». C’est cette même motivation qui pousse les entreprises, en vertu de
cette théorie, à engager des actions RSE (au sens de Meyer et Rowan, 1977).
La réputation de l’entreprise constitue un des éléments déterminants de son
capital immatériel. Il s’agit d’un « signal » que l’entreprise diffuse à toutes ses
parties prenantes et à la société au sens large du concept. Les médias, à titre
d’illustration, détectent les « signaux » diffusés par l’entreprise et, sur cette
base, participeraient à la formation de l’opinion publique et influenceraient
incontestablement les demandes et attentes des parties prenantes ou du moins
leurs perceptions à l’égard de l’entreprise, voire de la société en général. De là,
la RSE est considérée comme un attribut ou une dimension intrinsèque de la
réputation (Schnietz et Epstein, 2005, Zyglidopoulos, 2001).
Ainsi, la théorie néo-institutionnaliste nous amène à appréhender la RSE à
travers non seulement une perspective exclusivement normative, mais également par
un prisme reposant sur la légitimité de ses pratiques. D’ailleurs, la TNI considère
que l’engagement RSE n’est qu’une réponse institutionnelle des entreprises face aux
contraintes émanant de leur environnement et contexte d’affaires.
Dans cette réflexion, Ménard (2003) précise que l’analyse économique néo-
institutionnelle repose sur deux concepts clés, à savoir : l’environnement
institutionnel et les arrangements institutionnels. Le premier concept correspond
aux règles du jeu, de nature aussi bien politique, sociale ou que réglementaire
décrétées par le cadre institutionnel de l’entreprise (North, 1990). Le second
concept, en l’occurrence les arrangements institutionnels, illustre les modes
organisationnels développés par les acteurs dans le cadre de ces règles.
93
Cette théorie se penche précisément sur l’identification de formules de
coordination entre les acteurs qui dépendent de l’établissement de principes
communs (Enjolras, 1994). En effet, il est admis que les parties prenantes sont
les porteurs d’enjeux dans le monde des affaires. Les entreprises sont amenées
à tenir compte de leurs demandes et attentes lorsqu’elles engageront des
actions RSE (depuis Wood et Jones, 1995). Dès lors et afin de parvenir à une
situation favorable aux projets et ambitions escomptés par l’entreprise, les
logiques différentes et contradictoires de ses acteurs en présence doivent être
harmonisées.
En ce sens, « la théorie des conventions repose sur l’idée que les acteurs
d’un espace-temps donné partagent une base de connaissances communes
influençant leur comportement » (Verstaete et Jouison-Laffitte, 2010). Ces
conventions agissent comme un cadre de référence accompagné de toute une
panoplie de contraintes acceptées par tous et en vertu desquelles des groupes
d’individus se coordonnent.
De Montmorillon (1999) indique que cette théorie se caractérise par sa
capacité à « rendre compte de plusieurs situations économiques caractérisées
par l’interaction durable entre acteurs… et du comportement de l’acteur dans
des situations d’interaction notamment productive ».
Gomez (1994 ; 1995) précise que la prise de décision des individus est
imprégnée dans un corpus social. Elle se détermine par rapport aux règles
communes partagées par une communauté donnée. En effet, « l’acteur peut
agir et sortir de l’incertitude en appliquant une convention grâce à
l’interprétation de l’information qu’elle lui propose parce qu’il s’est persuadé,
grâce à l’activation du dispositif, que l’énoncé est normalement suivi par ses
partenaires » (De Montmorillon, 1999).
Par ailleurs, « l’individu peut aussi analyser la situation d’incertitude en
fonction de ses savoirs et de son expérience, s’informer, créer une solution au
terme d’un échange, expérimenter et/ou créer du savoir » Romelaer (1999). De
là, la RSE est envisagée comme une nouvelle convention sociale qui
permettrait un accord commun, voire même une conviction partagée entre
l’entreprise et ses parties prenantes quant à la prise en compte des enjeux RSE
dans sa stratégie d’affaires.
L’intégration des enjeux RSE dans le management stratégique des
entreprises se heurterait à des conflits liés principalement aux divergences
d’actions de leurs parties prenantes. En guise d’illustration, les dirigeants de
l’entreprise – s’inscrivant le plus souvent dans une posture industrielle et
managériale - ne seraient pas habitués à coopérer, voire répondre, aux diverses
demandes et attentes de la société civile (associations, ONG).
Cela s’explique par le fait que les dirigeants sont souvent guidés par la
recherche continuelle de la performance et la compétitivité durable de leurs
affaires. Tandis que les associations et ONG plaident pour l’intérêt général de
la société. Ce qui renvoie à deux logiques d’actions structurellement
divergentes.
94
Partant de ce constat, ce sont même les dispositifs de RSE qui créent des
possibilités de rapprochement entre ces deux visions divergentes en poussant
ces parties prenantes à coopérer entre elles et de conclure des accords
communs. C’est dans cette perspective que la théorie des conventions
considère l’engagement RSE comme une nouvelle forme de « conventions
sociales » ayant pour finalité la conciliation des éventuels conflits d’intérêts
entre les acteurs de l’entreprise.
« Les nouvelles conventions, construites dans l’action par les individus et
les entreprises, sont soutenues par des « dispositifs » qui contribuent à la
coordination et renforcent les relations entre les acteurs. Les dispositifs
réconcilient et stabilisent des rationalités qui semblent d’abord antagoniques.
Ils sont composés d’objets, de règles et d’institutions qui relèvent de différents
registres » (Labelle et al, 2013).
Ainsi, l’approche conventionnaliste inscrit l’engagement responsable des
entreprises dans une perspective sociocognitive. La théorie des conventions
considère que la RSE est un concept co-construit par les acteurs et évolue en
fonction de leurs interactions dans un processus continuel d’apprentissage.
Dans une synthèse, le tableau ci-dessous récapitule les principaux postulats
des différentes approches théoriques ayant faisant l’objet de cette section.
95
• L’entreprise est une entité totalement encastrée dans la
société, ses valeurs et sa culture.
DiMaggio et Powell
• Les dirigeants adoptant des stratégies d’image et/ou de
(1983) ; Meyer et
conformité symbolique ou effective avec les valeurs
Théorie Néo- Rowan (1977) ;
partagées par la société, pour une seule finalité :
institutionnelle Olivier (1991) ;
acquérir de la légitimité sociétale.
Suchman (1995) ;
Scott (2001) ; • Responsabilité sociétale (les actions de l’entreprise
sont guidées principalement par le désir de son
Approche conformer aux valeurs de la société).
Sociologiq Boltanski et
ue de la • La RSE est envisagée comme une convention sociale
Thévenot, (1991) ;
légitimité qui permettrait un accord commun, voire même une
Enjolras, (1994) ;
conviction partagée entre l’entreprise et ses PP quant à
Gomez, (1994 ;
la prise en compte des enjeux RSE dans sa stratégie
Théorie des 1995) ; Romelaer
d’affaires.
conventions (1999) ; (De
• Les dispositifs RSE concilient les éventuels conflits
sociales Montmorillon,
d’intérêts entre les acteurs de l’entreprise.
1999) ; Verstaete et
Jouison-Laffitte, • L’approche conventionnaliste inscrit l’engagement
(2010). responsable des entreprises dans une perspective
sociocognitive.
96
CONCLUSION DU DEUXIÈME CHAPITRE
97
l’entreprise. La conception sous-jacente de la société paraît bien limitée : la
société peut-elle se réduire aux parties prenantes ? La théorie des PP est
porteuse d’une vision de la société comme mosaïque d’agents portés par des
intérêts spécifiques et irréductibles et dotés de droits et d’obligations mutuels.
En effet, les pressions institutionnelles peuvent également comprendre
l’engagement responsable de certaines entreprises qui cherchent, à travers la
démarche RSE, une légitimité de leur action managériale vis-à-vis la société et
l’environnement global dans lequel elles opèrent et évoluent.
C’est dans cette réflexion que nous avons fait appel à un courant
sociologique préconisé par la théorie néo-institutionnelle et la théorie des
convections sociales. La TNI apporte des éléments pour comprendre les
spécificités de l’appropriation des démarches RSE principalement à travers la
recherche d’une réputation, voire d’une image qui consolide le capital
immatériel de l’entreprise.
La conformité avec les valeurs véhiculées par le contexte sociétal de
l’entreprise permet d’obtenir une « licence to operate » dans certains cas ; de
même que l’amélioration de la visibilité de l’entreprise et la divulgation d’une
bonne image sur ces actions responsables. D’autant plus qu’elles sont
contraintes par leur environnement institutionnalisé (lois et réglementations,
normes professionnelles…).
La théorie des conventions sociales, elle, considère que la RSE est un
concept co-construit par les acteurs et évolue en fonction de leurs interactions
dans un processus continuel d’apprentissage. Elle inscrit l’engagement
responsable des entreprises dans une perspective sociocognitive. La RSE est
envisagée comme une convention sociale qui permettrait un accord commun,
conciliant les éventuels conflits d’intérêts entre les acteurs de l’entreprise,
voire même une conviction partagée entre l’entreprise et ses parties prenantes
quant à la prise en compte des enjeux RSE dans sa stratégie d’affaires.
98
CHAPITRE 3
33 Une conférence des parties se réunit annuellement lors de conférences mondiales qui
analysent les avancées de la convention-cadre des Nations unies sur les changements
climatiques et prend des décisions pour atteindre les objectifs de lutte contre les changements
climatiques.
99
C’est dans cette perspective que nous nous sommes interrogés sur les
éventuels facteurs déterminants de l’engagement RSE des entreprises au
Maroc.
Dans ce chapitre, nous essaierons de formuler un modèle conceptuel des
facteurs susceptibles d’influer sur l’appropriation des démarches RSE par les
entreprises au Maroc. Et ce, sur la base d’une revue de la littérature à la fois
théorique et empirique.
Dans la continuité des travaux de Wood (1991), nous analyserons ces
facteurs selon trois perspectives : institutionnelle liée au contexte d’affaires
des entreprises au Maroc (facteurs contextuels), organisationnelle liée aux
particularités du comportement organisationnel des entreprises marocaines
(facteurs organisationnels) et individuelle liée au profil du chef d’entreprise
(facteurs individuels).
Ainsi la première section abordera succinctement les principaux modèles
explicatifs de l’engagement RSE des entreprises, notamment, le modèle de
Carroll (1979 ; 1991), le modèle de Wood (1991) et le modèle de Wahick et
Cochnan (1985). Ces modèles théoriques sont pertinents puisqu’ils
synthétisent les dimensions de la RSE. Ils distinguent clairement les principes
de la RSE sur lesquels doit s’appuyer une entreprise.
La seconde section, elle, discutera des spécificités de la RSE dans le
contexte des PME. En effet, la RSE n’est pas l’affaire des seules grandes
entreprises. Les PME seraient aussi concernées par ses enjeux, voire ses
interpellations à caractère social, sociétal et environnemental. En revanche, la
RSE ne peut s’appréhender indépendamment du contexte dans lequel
l’entreprise évolue d’autant plus lorsqu’il s’agit de la PME, souvent encastrée
dans son territoire d’implantation.
La troisième section aboutira à la formulation d’un modèle explicatif des
facteurs déterminant l’engagement responsable des entreprises marocaines.
Elle disséquera les principales hypothèses à vérifier sur la base d’une étude
quantitative, à réaliser auprès d’un échantillon d’entreprises marocaines.
100
notamment, le modèle de Carroll (1979 ; 1991), le modèle de Wood (1991) et
le modèle de Wahick et Cochnan (1985).
La pertinence de ces modèles théoriques s’illustre à travers la synthèse
qu’ils apportent au sujet des dimensions de la RSE, la distinction qu’ils font
aux principes fondamentaux de la RSE sur lesquels doit s’appuyer une
entreprise ; sans oublier leurs formulations quant aux principes de gestion que
l’entreprise doit déployer ainsi que les résultats qu’elle obtient en matière de
RSE (modèles Carroll, 1979 et de Wood, 1991).
Le modèle de Clarkson (1995), quant à lui, complètera l’analyse en
insistant sur le fait que l’évaluation de la RSE devra s’effectuer par chacune
des parties prenantes des entreprises.
101
En effet, Carroll considère que la responsabilité de l’entreprise renvoie
d’abord à la dimension économique. L’entreprise étant une organisation à but
lucratif, elle doit être profitable et rentable pour assurer sa survie et pérennité
comme un moyen garantissant la continuité de ses activités.
Ensuite vient la dimension légale étant donné que l’entreprise est obligée de
respecter les lois et réglementations régissant ses champs d’interventions.
L’entreprise est interpellée à se conformer aux règles et obéir aux lois qui
organisent ses relations avec ses partenaires sociaux et la société en général.
Par ailleurs, l’entreprise est également sollicitée à respecter l’éthique des
affaires et la déontologie professionnelle. Sa responsabilité est aussi de nature
éthique dans la mesure où elle est amenée à faire ce qui est droit, juste et loyal
en adoptant un comportement exemplaire.
Enfin et au sommet arrive la responsabilité philanthropique qui concrétise
l’engagement citoyen de l’entreprise par sa contribution au développement
local et territorial, la prospérité des communautés et l’amélioration de la
qualité de vie des riverains.
Ainsi, le modèle de Carroll prend en considération la RS dans plusieurs
dimensions tout en reconnaissant la suprématie des aspects économiques qui
conditionneront l’engagement de l’entreprise dans les autres voies puisque
chaque niveau de responsabilité dépendra de celui qui le précède (Capron et
Quairel-Lanoizelée, 2007).
Ceci dit, le passage d’un niveau de responsabilité à l’autre implique
l’expression complète de la responsabilité du niveau inférieur. En revanche, cette
classification peut être réductrice dans la mesure où une entreprise peut tout à fait
avoir une expression partielle de chacune de ces quatre responsabilités.
La catégorisation des diverses responsabilités de l’entreprise est complétée
par un éclairage sur la philosophie de réponse des entreprises en la matière.
Carroll (1991) distingue les stratégies défensives, réactives, d’accommodations
et proactives.
De telles stratégies définissent une typologie comportementale 34 en
matière de RSE :
– Stratégies défensives : l’entreprise adopte des actions RSE
ponctuellement sans lien direct avec ses plans stratégiques en vue de
manipuler l’opinion publique et les partenaires sociaux ou d’éviter
certains problèmes.
– Stratégies réactives : L’entreprise adopte des actions RSE en réponse
aux demandes des partenaires sociaux, des riverains, des pouvoirs
publics, etc. Il s’agit d’une forme de compromis, sans réelle stratégie
RSE alignée à la vision de l’entreprise.
– Stratégies d’accommodations : c’est le fait d’accommoder, d’adapter.
L’entreprise adapte des pratiques RSE aux exigences sociales, sociétales
et environnementales émanant de son contexte d’affaires.
34 Il est à noter qu’une telle typologie converge avec les postulats de la théorie néo-
102
– Stratégies proactives : Une intégration d’objectifs RSE à la stratégie
des entreprises avec une attitude proactive (anticipation des risques
sociétaux et des attentes des PP, de l’environnement….).
103
2. Modèle de Watrick et Cochran (1985)
Wahick et Cochran (1985) ont essayé de rendre le modèle de Carroll (1979)
plus simple et opérationnel. Pour ce faire, ils ont remplacé le concept flou de
« philosophies de réponses » par le terme « les politiques mises en place pour
faire face aux problèmes sociaux ».
Les deux auteurs ont élargi l’approche de Carroll en mettant en exergue la
spécificité de la PSE comme une résultante de l’interaction de trois
dimensions : les principes de la RSE, le processus de sensibilité sociale et les
politiques mises en œuvre pour faire face aux problèmes sociaux (principes /
processus / politiques).
Ils inscrivent la RSE dans une optique microéconomique étant donné
qu’elle reflète la relation entre l’entreprise, en tant que prolongement du
marché, et son environnement sans tenir compte de sa dimension
institutionnelle étudiant les liens entre les entreprises, en tant qu’institution, et
la société dans son ensemble.
104
performance de l’entreprise peut être améliorée sans nécessairement mettre en
place des politiques sociétales.
105