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Formules de Taylor et définitions clés

Le chapitre 9 présente deux théorèmes distincts sur les formules de Taylor, le premier généralisant la formule des accroissements finis et le second la définition de la dérivée. Il introduit des définitions clés sur les fonctions n fois dérivables et le théorème de Taylor-Lagrange, qui établit une relation entre les valeurs d'une fonction et ses dérivées à un point donné. Enfin, le théorème de Taylor-Young est évoqué, soulignant le comportement des fonctions lorsque la variable tend vers un point où la dérivée est nulle.

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Formules de Taylor et définitions clés

Le chapitre 9 présente deux théorèmes distincts sur les formules de Taylor, le premier généralisant la formule des accroissements finis et le second la définition de la dérivée. Il introduit des définitions clés sur les fonctions n fois dérivables et le théorème de Taylor-Lagrange, qui établit une relation entre les valeurs d'une fonction et ses dérivées à un point donné. Enfin, le théorème de Taylor-Young est évoqué, soulignant le comportement des fonctions lorsque la variable tend vers un point où la dérivée est nulle.

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Chapitre 9 - Les deux formules de Taylor

Ce chapitre contient deux théorèmes bien distincts et à ne pas confondre. Le premier d’entre eux généralise
la formule des accroissements finis, le second généralise la définition de dérivée.
1 - Un peu de vocabulaire

Les concepts définis ci-dessous sont bien connus de tous, et il est vivement recommandé de ne pas regarder
avec trop d’attention les définitions ci-dessous, qui m’ont demandé la plus grande attention (toujours ces
problèmes de restrictions...) mais n’en méritent pas autant de votre part. (N’oubliez tout de même pas de
connaı̂tre la terminologie “de classe C n ”).
Définition 9-1-86 : (présentée sous forme récursive, qui mèle cette définition, la suivante et la notation qui
les suit) Soit n ≥ 2 un entier. Soit f une fonction réelle d’une variable réelle, définie sur un ensemble Df
et soit a un point de Df . On dit que f est n fois dérivable en a lorsqu’il existe un intervalle ouvert I
contenant a tel que f soit n − 1 fois dérivable en tous les points de I ∩ Df , et que f (n−1) est elle-même
dérivable en a. (On convient pour initier les récurrences que“1 fois dérivable” est synonyme de “dérivable”,
et, si on aime les cas dégénérés, on pourra même convenir que “0 fois dérivable” s’applique à n’importe quelle
fonction en n’importe quel point et appliquer cette définition dès n = 1.).
Définition 9-1-87 : Soit n ≥ 2 un entier. Soit f une fonction réelle d’une variable réelle, définie sur un
ensemble Df et soit En l’ensemble des points où f est n fois dérivable. L’application de En vers R qui associe
à un réel a la valeur en a de la dérivée de f (n−1) est appelée la dérivée n-ème de f . (On convient pour
initier les récurrences que la “dérivée 1-ème de f ” est f ′ , et même, si on aime les cas dégénérés, que sa
dérivée 0-ème est elle-même).
Notation 9-1-41 : La dérivée n-ème d’une fonction f est notée f (n) . (Pour les petites valeurs de n on peut
utiliser des apostrophes : f ′′ pour f (2) , etc...)
Définition 9-1-88 : On dit qu’une fonction réelle d’une variable réelle est n fois dérivable sur son ensemble
de définition (ou sur un intervalle ouvert contenu dans celui-ci) lorsqu’elle est n fois dérivable en tout point
de cet ensemble (ou intervalle ouvert).
Définition 9-1-89 : On dit qu’une fonction réelle d’une variable réelle est n fois continûment dérivable
sur son ensemble de définition (ou sur un intervalle ouvert contenu dans celui-ci) (ou “de classe C n ”)
lorsqu’elle y est n fois dérivable et que sa dérivée n-ème est continue. On complète cette définition en
définissant “de classe C 0 ” comme synonyme de “continu” et “de classe C ∞ ” comme signifiant “de classe C n
pour tout n ≥ 0”.
2 - Le théorème de Taylor-Lagrange

Le lemme qui suit n’est pas à retenir. Il est destiné à mettre au maximum en relief l’analogie entre le
théorème des accroissements finis et le théorème de Taylor-Lagrange. Le plan de la preuve est le même : le
lemme est une variante améliorée du théorème de Rolle, puis on passe du lemme au théorème par utilisation
d’une fonction auxiliaire pas trop compliquée.
Lemme 9-2-3 : Soit f une fonction réelle définie sur le segment [a, b] (a 6= b) et soit n ≥ 0 un entier. On
suppose f de classe C n sur le segment [a, b] et n + 1 fois dérivable sur le segment ]a, b[.
On suppose en outre que f (a) = f (b) et que f ′ (a) = . . . = f (n) (a) = 0. Alors il existe un c strictement
entre a et b tel que f (n+1) (c) = 0.
Démonstration : C’est une récurrence sur l’entier n.
* Cas où n = 0. La condition énumérative “f ′ (a) = . . . = f (n) (a) = 0” est alors une condition vide, et
l’énoncé est exactement celui du théorème de Rolle. Le résultat est donc déjà connu.
* Soit un n ≥ 1 fixé ; supposons le lemme vrai pour la valeur n − 1 et montrons le pour la valeur n. Soit f
comme dans l’énoncé. On peut dans un premier temps lui appliquer le théorème de Rolle, obtenant ainsi un
point c1 strictement compris entre a et b tel que f ′ (c1 ) = 0. On remarque alors que f ′ (a) = f ′ (c1 ), ce qui
invite à appliquer le lemme à l’ordre n − 1 à la fonction f ′ sur le segment [a, c1 ] (si on est pointilleux, on dira
“à la restriction de f ′ au segment [a, c1 ]”). Cette fonction est en effet de classe C n−1 sur le segment fermé
Cours - Pierre Lavaurs - DEUG MIAS - Unité d’enseignement 11 - Université Lyon I - Année 2002-2003 47

[a, c1 ], et n fois dérivable sur le segment ouvert ]a, c1 [. Il existe donc un point c strictement compris entre a
et c1 (et a fortiori strictement compris entre a et b) tel que f ′(n) (c) = 0, soit f (n+1) (c) = 0.

Théorème 9-2-15 : Soit f une fonction réelle définie sur le segment [a, b] (a 6= b) et soit n ≥ 0 un entier.
On suppose f de classe C n sur le segment [a, b] et n + 1 fois dérivable sur le segment ]a, b[.
Alors il existe un c strictement entre a et b tel que

(b − a) (b − a)2 (b − a)n (b − a)n+1


f (b) = f (a) + f ′ (a) + f ′′ (a) + · · · + f (n) (a) + f (n+1) (c) .
1! 2! n! (n + 1)!
Démonstration : Le principe est le même que pour le théorème des accroissements finis : la fonction f ne
vérifie a priori pas toutes les égalités f (a) = f (b) ni f ′ (a) = . . . = f (n) (a) = 0 ; on la remplace par une
fonction vérifiant toutes ces égalités ; on applique le “super-Rolle” qui précède, et on conclut.
On pourrait parachuter d’un seul coup une fonction auxiliaire qui marche. Cela donne une démonstration
vérifiable mais un peu mystérieuse. En décomposant la difficulté en deux morceaux, on verra —je l’espère—
un peu mieux comment s’organisent les calculs.
Dans un premier temps, montrons le théorème de Taylor-Lagrange pour les fonctions g vérifiant l’hypo-
thèse supplémentaire (évidemment des plus restrictives !) : g ′ (a) = g ′′ (a) = · · · = g (n) (a) = 0. Pour pouvoir
appliquer “super-Rolle” il manque seulement l’égalité des valeurs prises par g en a et en b.
Pour obtenir cette égalité, on va modifier g par l’addition d’une fonction de la forme λ(t − a)n+1 ; une
telle expression a en effet le bon goût d’avoir des dérivées nulles en a jusqu’à la n-ème incluse, donc de ne
pas perturber ce qui fonctionnait bien chez g tout en prenant des valeurs différentes en a et en b, donc en
pouvant amender la tare originelle de g.
Posons, conformément à ce programme :

(t − a)n+1
g1 (t) = g(t) + (g(a) − g(b)) .
(b − a)n+1
Ainsi, pour tout t du segment fermé [a, b] :

(t − a)n
g1′ (t) = g ′ (t) + (n + 1) (g(a) − g(b))
(b − a)n+1
donc g1′ (a) = g ′ (a) + 0 = 0.
Puis, pour tout t du segment fermé [a, b] :

(t − a)n−1
g1′′ (t) = g ′′ (t) + n(n + 1) (g(a) − g(b))
(b − a)n+1
donc on garde bien encore la bonne propriété g1′′ (a) = 0.
Tout continue pour le mieux jusqu’à la dérivée n-ème de g, encore nulle en a. Sur notre élan, nous
pouvons même calculer (mais pour les seuls t du segment ouvert ]a, b[) :

(n+1) 1
g1 (t) = g (n+1) (t) + (n + 1)! (g(a) − g(b)) .
(b − a)n+1
La nullité des n premières dérivées de g1 au point a conjointement avec g1 (a) = g1 (b) nous permet
d’appliquer le lemme de “super-Rolle” ; on obtient donc un c strictement entre a et b tel que
(n+1)
g1 (c) = 0

c’est-à-dire

1
g (n+1) (c) + (n + 1)! (g(a) − g(b)) = 0
(b − a)n+1
ou encore, en regroupant le tout différemment :

Les deux formules de Taylor


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g (n+1) (c)(b − a)n+1


g(b) = g(a) +
(n + 1)!
qui est bien la formule de Taylor-Lagrange pour g (n’oublions pas que les dérivées de g en a sont nulles
jusqu’à la n-ème...)
Il nous reste à montrer la formule pour la fonction f de l’énoncé dont aucune dérivée ne s’annule a priori
en a. On va la modifier en ajoutant des facteurs polynomiaux de degré compris entre 1 et n dont la finalité
est de modifier les dérivées au point a.
Posons donc, conformément à ce programme :

(t − a)2 (t − a)n
g(t) = f (t) − f ′ (a)(t − a) − f ′′ (a) − · · · − f (n) (a) .
2! n!
On en déduit, pour tout t du segment fermé [a, b] :

(t − a)n−1
g ′ (t) = f ′ (t) − f ′ (a) − f ′′ (a)(t − a) − · · · − f (n) (a)
(n − 1)!
et en particulier g ′ (a) = f ′ (a) − f ′ (a) − 0 − · · · − 0 = 0.
On continue ainsi jusqu’à la dérivée n-ème et on pousse le calcul jusqu’à la dérivée n+ 1-ème (ceci n’étant
valide que pour t dans le segment ouvert ]a, b[ :

g (n+1) (t) = f n+1 (t).


On peut alors appliquer le théorème de Taylor-Lagrange à g, qui vérifie l’hypothèse restrictive sous
laquelle il est déjà connu.
On obtient l’existence d’un c tel que :

g (n+1) (c)(b − a)n+1


g(b) = g(a) +
(n + 1)!
soit, en allant repêcher l’expression de g d’une part, l’expression de g (n+1) d’autre part :

(b − a)2 (b − a)n f (n+1) (c)(b − a)n+1


f (b) − f ′ (a)(b − a) − f ′′ (a) − · · · − f (n) (a) = f (a) − 0 − · · · − 0 + .
2! n! (n + 1)!

3 - Le théorème de Taylor-Young

Ce théorème n’utilise qu’un seul point a, et donne une information précieuse sur le comportement quand
t tend vers a d’une fonction de la variable réelle t supposée n fois dérivable au point a quand t tend vers a
(t 6= a).
Il est intéressant de partir de la remarque suivante, qui n’est qu’une conséquence de la définition même
de dérivée :
Remarque : Soit f une fonction réelle d’une variable réelle définie sur un ensemble Df et soit a un point
de Df . On suppose que f ′ (a) = 0. Alors :

f (t) − f (a)
→ 0 quand t → a (t 6= a).
t−a
Il n’y a rien à prouver, c’est la définition même de la dérivée !
Le théorème de Taylor-Young n’est guère qu’une reformulation du lemme qui suit, qui généralise la
remarque qui précède :
Lemme 9-3-4 : Soit f une fonction réelle d’une variable réelle définie sur un intervalle I et soit a un point
de I ; soit n ≥ 1 un entier. On suppose que f ′ (a) = · · · = f (n) (a) = 0. Alors :
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f (t) − f (a)
→ 0 quand t → a (t 6= a).
(t − a)n
Démonstration : C’est, sans surprise, une récurrence sur l’entier n.
* Cas où n = 1 : c’est la remarque qui précède, il n’y a rien à prouver !
* Soit un n ≥ 2 fixé ; supposons le lemme vrai pour la valeur n − 1 et montrons le pour la valeur n.
Soit donc une fonction f qui ait ses n premières dérivées nulles en a. On peut appliquer l’hypothèse de
récurrence à la fonction f ′ qui a ses n − 1 premières dérivées nulles en a et obtenir :

f ′ (t)
→ 0 quand t → a (t 6= a)
(t − a)n−1
(la formule ne contient pas de terme f ′ (a) puisqu’on a supposé f ′ (a) = 0).
f (t) − f (a) f (t) − f (a) 1
Pour t ∈ I (t 6= a), commençons alors à examiner le quotient = .
(t − a)n t−a (t − a)n−1
Comme on a supposé n ≤ 2, f (a) existe, donc il existe un intervalle ouvert J contenant a tel que f ′
′′

existe sur I ∩ J ; en utilisant plus ou moins implitement la proposition 5-4-29, on travaillera pour t dans cet
intervalle I ∩ J. Dès lors que l’on prend t dans cet intervalle (t 6= a), f est dérivable (donc continue) sur
tout le segment fermé [a, t]. On peut donc lui appliquer le théorème des accroissements finis, et trouver un
f (t) − f (a)
ct strictement entre a et t tel que = f ′ (ct ), donc
t−a
f (t) − f (a) 1 f ′ (ct ) (ct − a)n−1
n
= f ′ (ct ) n−1
= .
(t − a) (t − a) (ct − a)n−1 (t − a)n−1
Remarquons maintenant que ct est plus proche de a que t, ou, dit avec des formules, que |ct − a| ≤ |t − a|.
(ct − a)n−1
Le quotient a donc une valeur absolue plus petite que 1 et on obtient la majoration :
(t − a)n−1
f (t) − f (a) f ′ (ct )
0≤ n
≤ .
(t − a) (ct − a)n−1
f ′ (t)
Or ct → a quand t → a (t 6= a), et → 0 quand t → a (t 6= a). Par composition des limites, on
(t − a)n−1
f ′ (ct )
en déduit donc que → 0 quand t → a (t 6= a). En appliquant alors le principe des gendarmes,
(ct − a)n−1
on conclut que :

f (t) − f (a)
→ 0 quand t → a (t 6= a).
(t − a)n

En utilisant une fonction auxiliaire, on obtient, lorsqu’on supprime les hypothèses simplificatrices d’annu-
lation de dérivées le
Théorème 9-3-16 : Soit f une fonction réelle d’une variable réelle définie sur un intervalle I et soit a un
point de I ; soit n ≥ 1 un entier. On suppose que f est (au moins) n fois dérivable au point a. Alors :

(t − a)2 (t − a)n
f (t) − f (a) − f ′ (a)(t − a) − f ′′ (a) − · · · − f (n) (a)
2! n! → 0 quand t → a
(t − a)n
Démonstration :
La bonne fonction auxiliaire est la même que celle utilisée vers la fin de la preuve de Taylor-Lagrange :
on introduira

(t − a)2 (t − a)n
g(t) = f (t) − f ′ (a)(t − a) − f ′′ (a) − · · · − f (n) (a) .
2! n!
En récupérant les calculs faits plus haut, qui montrent que g ′ (a) = · · · = g (n) (a) = 0, on peut appliquer
le lemme à g et le théorème tombe alors aussitôt.

Les deux formules de Taylor

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