Le protocole EMDR pour les incidents critiques récents :
application à un contexte de continuum de soins
en santé mentale après une catastrophe
Ignacio Jarero
Lucina Artigas
Fondation latino-américaine et caraïbéenne pour la recherche sur les psychotraumatismes,
México City, Mexique
Marilyn Luber
Philadelphie, Pennsylvanie
Cette étude de terrain randomisée et contrôlée a été réalisée après un séisme de 7,2 en Basse-Californie
au Mexique. Le traitement a été offert selon les principes du continuum de soins. Un briefing de ges-
tion de crise a été proposé à 53 individus Ensuite, les 18 individus qui avaient obtenu des scores élevés
sur l’échelle IES (Impact of Event Scale : échelle d’impact des événements) ont bénéficié du protocole
EMDR pour les incidents critiques récents (EMDR-PRECI: EMDR Protocol for Recent Critical Events), un
protocole EMDR modifié à séance unique qui a été élaboré pour le traitement des traumatismes récents.
Les participants ont été assignés de manière aléatoire à deux groupes : le groupe de traitement immédiat
et le groupe de de traitement retardé/liste d’attente. Il n’y a pas eu d’amélioration dans le groupe de liste
d’attente ; les scores des participants du groupe de traitement immédiat se sont significativement amé-
liorés en comparaison avec les participants du groupe de liste d’attente. Une séance de EMDR-PRECI
a produit une amélioration significative des symptômes de stress post-traumatique tant pour le groupe
de traitement immédiat que pour le groupe de traitement retardé/de liste d’attente, avec des résultats
maintenus lors du suivi après 12 semaines, alors que des séismes d’après-choc effrayants continu-
aient à survenir fréquemment. Cette étude apporte des preuves préliminaires en faveur de l’efficacité
de ce protocole dans un contexte de continuum de soins en santé mentale après une catastrophe. Des
études contrôlées supplémentaires sont souhaitées afin d’approfondir l’évaluation de l’efficacité de cette
intervention.
Mots clés : intervention EMDR précoce ; santé mentale en contexte de catastrophe ; incidents critiques ;
catastrophe naturelle ; stress post-traumatique
E
n 2010, il y a eu 950 catastrophes naturelles ; plus de dix ans, les experts estiment que les séquelles
des séismes, des inondations, des sécheresses psychologiques d’une catastrophe seront plus qua-
et des éruptions volcaniques ont provoqué tre fois plus nombreuses que les séquelles physiques
295 000 décès et des dégâts matériels pour un coût de (Everly, Barnett, Sperry & Links, 2010). L’impact psy-
130 milliards de dollars US (Milenio agence de presse, chologique des catastrophes naturelles et d’origine
2011). L’un des coûts souvent oubliés des catastro- humaine peut être accablant pour les individus et
phes provient des blessures psychologiques qui ne pour leurs familles ainsi que pour les communau-
sont pas toujours visibles, soignées ou aiguës. Depuis tés. La recherche a démontré que ces effets délétères
This article originally appeared as Jarero, I., Artigas, L., & Luber, M. (2011) The EMDR Protocol for Recent Critical Incidents:
Application in a Disaster Mental Health Continuum of Care Context. Journal of EMDR Practice and Research, 5(3), 82-94.
Translated by Jenny Ann Rydberg.
E12 Journal of EMDR Practice and Research, Volume 6, Number 2, 2012
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p euvent comprendre le développement de problèmes • La santé mentale en contexte de catastrophe peut être
de santé mentale tels que des symptômes d’ESPT et conçue comme “les principes et les pratiques spéci-
de dépression (Norris et al., 2002), avec un rétablisse- fiques de l’intervention psychologique de crise mais
ment naturel nécessitant souvent jusqu’à 18 mois. aussi de santé mentale clinique et communautaire,
La littérature actuelle indique que la prévalence de appliqués à des catastrophes de grande échelle avec
l’état de stress post-traumatique (ESPT), le trouble de très nombreuses victimes” (p. 9).
psychologique post-catastrophe ayant fait l’objet du • Le continuum de soins peut être conçu comme “une
plus grand nombre d’études, se situe entre 11% et progression échelonnée de soins de santé appli-
40% chez les personnes exposées à une catastrophe qués d’une manière de plus en plus renforcée”.
d’origine naturelle ou humaine. Au niveau de l’intervention psychosociale, nous
Norris, Murphy, Baker et Perilla (2004) ont observé observons une progression depuis l’intervention de
que les traumatismes sont inhabituellement fréquents crise vers les conseils, la psychothérapie, la pratique
dans les pays en voie de développement, compliqués à médicale avec psychotropes, et enfin la réadapta-
traiter et difficiles à étudier. Ils lancent un appel à “des tion psychosociale” (p. 9).
interventions précoces et continues apportant des L’établissement de buts appropriés pour l’intervention
soins de santé mentale aux victimes de catastrophes psychologique de crise et la santé mentale en contexte de
de manière culturellement adaptée et praticable dans catastrophe doit être fondé sur une conception réaliste
des lieux... qui possèdent peu de professionnels de la de ce que sont ces interventions et de ce qu’elles ne sont
santé mentale sur lesquels s’appuyer” (pp. 290–291). pas. Everly et Mitchell (2008) proposent que ces buts soi-
Le nombre d’individus traumatisés dans le monde ent (a) la stabilisation du fonctionnement psychologique
est stupéfiant ; il est essentiel qu’un traitement soit à travers la satisfaction des besoins physiques fonda-
apporté pour aider de grands groupes de personnes mentaux puis celle des besoins psychologiques les plus
à reprendre un fonctionnement de base aussi rapide- essentiels ; (b) le soulagement de la détresse issue du
ment que possible. Des études randomisées contrôlées dysfonctionnement psychologique ; (c) le retour d’un
sont nécessaires en vue d’investiguer et d’évaluer le fonctionnement psychologique adaptatif aigu ; et/ou
traitement des incidents critiques afin que des thérapies (d) la facilitation de l’accès au niveau suivant de soins.
efficaces puissent être développées et proposées pour
soulager la souffrance des nombreuses victimes de ca-
L’EMDR et l’intervention précoce
tastrophes dans le monde (Luber, 2009).
pour les traumatismes
La santé mentale en contexte de L’EMDR possède une efficacité établie au niveau du
catastrophe et le continuum de soins traitement de l’ESPT (voir Bisson & Andrew, 2007 ;
Schubert & Lee, 2009) et s’applique également à une
Pour comprendre la conceptualisation récente de la large palette d’autres plaintes cliniques expérientielles
santé mentale et du continuum des soins en contexte (Shapiro, 2001 ; Solomon & Shapiro, 2008). Un ensem-
de catastrophes, il importe de préciser la définition ble émergent de recherches soutiennent l’utilisation
des termes clés concernant les traumatismes récents. de l’EMDR et de protocoles EMDR modifiés dans le
Selon Everly et Mitchell (2008) : traitement des traumatismes aigus dans des formats
• Les incidents critiques sont des événements stres- tant de groupe qu’individuels.
sants qui ont le potentiel de dépasser les capacités L’EMDR standard a été évalué en tant que trait-
de coping habituelles, provoquant une détresse ement pour les traumatismes récents dans plusieurs
psychologique et un amoindrissement du fonc- études. Une étude de cas de Fernández (2008) a
tionnement adaptatif normal tant individuel que montré que trois séances d’EMDR suffisaient pour
collectif” (p. 4). soulager tous les symptômes, restaurer le fonction-
• Une crise psychologique “est une réponse à un inci- nement antérieur et éliminer le diagnostic d’ESPT
dent critique lors duquel l’équilibre psychologique aigu d’un citoyen italien qui avait survécu au tsuna-
de l’individu a été rompu” (p. 5). mi en Thaïlande en 2004. Les victimes de l’ouragan
• L’intervention de crise correspond aux “soins psy- Andrew qui ont bénéficié d’une séance d’EMDR deux
chologiques ou comportementaux urgents destinés mois et demi après la catastrophe ont manifesté une
d’abord à stabiliser, ensuite à réduire les symptômes amélioration importante en comparaison avec les
de détresse ou de dysfonctionnement afin d’établir un sujets contrôle du traitement retardé/liste d’attente
état de fonctionnement adaptatif, ou alors à faciliter le (Grainger, Levin, Allen-Byrd, Doctor & Lee, 1997).
cas échéant l’accès à un continuum de soins” (p. 8). Ichii (1997) a décrit le traitement EMDR réussi de
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Le protocole EMDR pour les incidents critiques récents
deux femmes survivantes du séisme Hanshin-Awaji intervention thérapeutique utile tant immédiatement
au Japon en 1995, avec des effets maintenus lors du après les catastrophes que par la suite” (p. 29). L’examen
suivi après cinq mois. subséquent de trois de ces cas par Colelli et Patterson
Le protocole EMDR intégratif de traitement (2008) a montré que l’utilité de ce protocole se pro-
de groupe (EMDR-IGTP : EMDR Integrative Group longeait au-delà de la limite des trois mois suggérée par
Treatment Protocol) a été utilisé dans son format F. Shapiro (2001). Une autre évaluation de ce protocole
original ou avec des adaptations en réponse aux cir- consiste en une étude de cas sur le terrain de Wesson
constances de divers environnements à travers le et Gould (2009) qui ont offert quatre séances lors de
monde (Gelbach & Davis, 2007 ; Maxfield, 2008). Des jours consécutifs à un soldat anglais en service actif de
études de cas et de terrain ont documenté son efficaci- 27 ans qui manifestait une réaction de stress aigu deux
té avec les enfants et les adultes après des catastrophes semaines après le traumatisme ; le traitement a permis
naturelles ou d’origine humaine ainsi qu’en contexte le retour immédiat du soldat à ses fonctions sur le front,
de guerre (Adúriz, Bluthgen & Knopfler, 2009 ; Jarero avec des effets maintenus lors du suivi après 18 mois.
& Artigas, 2009 ; Jarero, Artigas & Hartung, 2006 ; E. Shapiro et Laub (2008) ont développé le proto-
Jarero, Artigas & Montero, 2008 ; Zaghrout-Hodali, cole de l’épisode traumatique récent (R-TEP : Recent
Alissa & Dodgson, 2008). Des études récentes de Traumatic Episode Protocol) et ont décrit son efficacité à
Jarero et Artigas (2010) ont appliqué l’EMDR-IGTP travers plusieurs cas ; toutefois aucune recherche n’a
avec succès à des adultes dans une situation de crise encore été menée sur leur protocole. Une autre modi-
géopolitique et de violences chroniques, réduisant fication est celle de Kutz, Resnik et Dekel (2008) qui ont
significativement les scores IES, avec des effets main- montré qu’une séance unique d’EMDR modifié était
tenus tout au long de la crise. efficace dans le traitement de 86 patients atteints d’un
syndrome de stress aigu et souffrant d’intrusions après
des accidents et des attentats terroristes. Cinquante
Modifications de l’EMDR pour les
pour cent ont rapporté que les symptômes intrusifs
interventions précoces
s’étaient estompés et que leur détresse s’était globale-
Plusieurs protocoles ont été développés afin d’offrir ment réduite, 27% ont décrit un allègement partiel des
des versions modifiées de l’EMDR à des individus symptômes et de la détresse, tandis que 23% n’ont décrit
présentant un stress traumatique aigu. La raison prin- aucune amélioration. Pour un résumé des autres mod-
cipale de ces modifications correspond au fait que la ifications proposées, voir E. Shapiro et Laub (2008).
consolidation de la mémoire semble changer au cours
des semaines et des mois suivant un incident critique.
Le protocole EMDR pour les incidents
Shapiro (2001) a développé le protocole des événe-
critiques récents
ments traumatiques récents (Recent Traumatic Events
Protocol), également appelé le protocole des événe- Selon les auteurs, l’EMDR pourrait jouer un rôle cru-
ments récents (Recent Events Protocol), après le séisme cial dans l’intervention précoce après des événements
de 1989 à San Francisco, quand elle a constaté que le traumatiques en constituant une modalité brève de
traitement d’une partie du souvenir n’avait aucun traitement. L’utilisation de l’EMDR peut permettre
effet sur toute autre partie de l’incident. Elle a formulé le traitement adaptatif des souvenirs traumatiques, la
l’hypothèse suivante : bien que le souvenir d’un évé- prévention de l’accumulation de liens négatifs associés,
nement traumatique récent soit consolidé à un certain et la diminution de la souffrance et des complications
niveau puisque le client peut donner une description ultérieures (E. Shapiro, 2009). Ainsi il favorise la santé
séquentielle de l’expérience, pour la majeure partie, mentale et la résilience (particulièrement dans le cas
l’information est fragmentée et n’est pas intégralement du trauma continu). Notre compréhension de la santé
reliée. Sur la base de l’observation clinique, elle a es- mentale et du continuum des soins en situation de ca-
timé que la période requise pour la consolidation corre- tastrophe récente montre clairement que l’intervention
spond à environ 2 à 3 mois. Elle pense maintenant que EMDR précoce occupe une place naturelle dans le
cette période peut être plus longue si les individus sont contexte de l’intervention de crise et du continuum de
continuellement exposés au danger et à la menace. soins en santé mentale post-catastrophe.
Le protocole des événements récents de F. Shapiro Nous avons développé l’EMDR-PRECI (Tableau 1).
(2001, 2009b) a été testé dans une étude de Silver, Il s’agit d’une version modifiée du protocole des évé-
Rogers, Knipe et Colelli (2005) avec des survivants nements traumatiques récents de Shapiro (2001),
de l’attaque du World Trade Center du 11 septembre fondée sur les observations de Jarero et Artigas (2010)
2001. Les auteurs ont conclu que “l’EMDR est une au cours de leurs nombreuses années d’expérience sur
E14 Journal of EMDR Practice and Research, Volume 6, Number 2, 2012
Jarero et al.
TABLEAU 1. Le protocole EMDR pour les incidents critiques récents
Phase 1 : Histoire du client
1. Le clinicien demande au client de décrire l’événement sous forme d’un récit, depuis peu avant le début de l’événement
jusqu’au moment présent. Si le client est en grande détresse (e.g., pleure et ne peut pas parler) ou a des plaintes phy-
siques (e.g., céphalées, vertiges, nausées, etc.), n’insistez pas pour obtenir un récit. Dites simplement, “Donnez-moi une
brève description de ce qui s’est passé.”
2. Le clinicien identifie une série d’aspects séparés de l’événement prolongé (fragments).
3. Le clinicien n’interroge ni n’insiste pour identifier les aspects les plus perturbants de l’événement afin d’éviter de
déclencher une abréaction à cette étape du protocole.
4. Le clinicien ne fait pas de stimulations bilatérales alternées au cours de cette phase afin d’éviter que le traitement ne
commence pas prématurément.
5. Si possible, administrez une échelle avant le traitement afin d’avoir des mesures initiale et post-traitement en vue
d’évaluer l’efficacité.
Phase 2 : Préparation
1. Le clinicien évalue le client afin de s’assurer qu’il est un candidat approprié pour le protocole EMDR pour les incidents
critiques récents (EMDR-PRECI).
2. Le clinicien apporte des informations sur l’EMDR-PRECI au client.
3. Le client explique le déroulement de l’EMDR-PRECI au client, incluant les ailes du papillon (voir Tableau 3).
4. Le clinicien enseigne des stratégies d’auto-apaisement hautement efficaces qui sont simples à apprendre et qui favorisent
un sentiment d’efficacité personnelle (voir Tableau 4 pour des exemples).
Phase 3 : Evaluation
1. Le clinicien dit : “Faites dérouler mentalement le film de tout l’événement depuis peu avant le début jusqu’à aujourd’hui
et à la fin dites-moi quelle est la pire partie, le pire fragment.”
2. Le pire fragment est développé en tant que première cible. Le client identifie l’image, une cognition négative et une
émotion. Le niveau de perturbation (SUD) est évalué de 0 à 10 et la localisation de la sensation physique est identifiée.
Le clinicien n’offre une cognition négative telle que “je suis en danger” que si le client est incapable de trouver sa propre
cognition négative.
Phase 4 : Séquence de retraitement
Ciblez et retraitez selon la séquence suivante :
1. Demandez le pire fragment.
2. Demandez d’autres fragments.
a. Le pire fragment mnésique est désensibilisé utilisant les procédures standards jusqu’à ce que le SUD soit égal à 0 ou
ait une valeur écologique.
b. Le fragment mnésique perturbant suivant est identifié en disant : “ Fermez les yeux et faites dérouler mentalement le
film de tout l’événement depuis peu avant le début jusqu’à aujourd’hui et à la fin indiquez-moi toute autre partie qui
vous perturbe maintenant.”
Cette procédure est répétée jusqu’à ce que tout l’événement puisse être visualisé depuis le début jusqu’à la fin sans détresse
émotionnelle, cognitive ou somatique.
Phase 5 : Phase d’installation globale
1. Le clinicien sollicite une cognition positive représentative de l’événement prolongé entier. Dites : “Quand vous faites
revenir cet événement, qu’aimeriez-vous penser de vous maintenant ?” ______________________________________
2. Le clinicien vérifie le VOC. Dites : “Pensez à l’incident et à ces mots (répétez la CP choisie). De 1, complètement faux, à 7,
complètement vrai, dans quelle mesure les ressentez-vous comme vrais maintenant ?
(Continued)
Journal of EMDR Practice and Research, Volume 6, Number 2, 2012 E15
Le protocole EMDR pour les incidents critiques récents
TABLEAU 1. Le protocole EMDR pour les incidents critiques récents (Continued)
3. Le clinicien relie la CP et l’événement entier, ajoutant des SBA.
Dites : “Pensez à tout l’événement (ou incident) et gardez-le avec les mots __________________________________
(répétez la cognition positive choisie) et laissez venir ce qui vient.”
• Faites des séries de SBA (même vitesse et durée approximative que lors de la désensibilisation) afin d’installer
pleinement la CP (VOC 5 7).
• A la fin de la série, dites : “Prenez une bonne respiration . . . que remarquez-vous maintenant ?
• Si du matériel perturbant surgit, dites : “continuez avec ça” ou “remarquez ça”.
• Continuez à faire des SBA tant que l’information se déplace.
• Quand les SBA s’arrêtent, vérifiez le VOC jusqu’à ce que la CP soit pleinement installée (VOC 5 7 ou écologique).
• Si VOC , 7, vérifier l’existence d’une croyance bloquante.
• Dites : “Qu’est-ce qui l’empêche d’être à 7 ?”
• Retraitez avec des SBA jusqu’à ce que le client rapporte que VOC 5 7 ou écologique.
Etape supplémentaire
Dites : “Fermez les yeux, pensez à la cognition positive et visionnez toute la séquence dans votre esprit en gardant
également en tête la CP.”
Lorsque le client a terminé, dites : “Ressentez-vous la cognition positive comme moins vraie pour une partie de la
séquence ?” Si tel est le cas, ciblez cette partie.
Phase 6 : Scanner corporel
1. Le clinicien invite le client à réaliser un scanner des sensations corporelles suivant les procédures standard.
Phase 7 : Clôture
1. Le clinicien emploie les procédures standard pour clore la séance.
Approche en trois temps
1. Les souvenirs du passé sont les souvenirs de l’incident traumatique qui ont déjà été retraités.
2. Le clinicien retraite les déclencheurs présents avec le client. Chaque déclencheur peut être relié à différentes situations
qui requièrent des compétences ou des informations différentes afin d’optimiser le fonctionnement futur. Un scénario de
l’avenir est également réalisé pour chaque déclencheur qui est traité.
3. Scénario de l’avenir. Le clinicien demande au client de faire défiler le film de la réponse désirée destinée à faire face à
l’avenir.
Note. SBA 5 stimulations bilatérales alternées ; EMDR-PRECI 5 protocole EMDR pour les incidents critiques récents ;
CN 5 cognition négative ; SUD 5 unités subjectives de perturbation ; VOC 5 validité de la cognition ; CP 5 cognition positive.
le terrain, travaillant auprès de survivants de catastro- L’EMDR-PRECI possède quelques caractéristiques
phes naturelles ou d’origine humaine en Amérique uniques développées par Jarero et Artigas (2010) à
Latine et dans les Caraïbes. partir de leurs expériences accumulées au cours de
nombreuses années auprès de victimes de catastro-
Similitudes et dissemblances entre phes. La section suivante souligne quelques éléments
l’EMDR-PRECI et d’autres protocoles importants de l’EMDR-PRECI.
L’EMDR-PRECI est une version modifiée du protocole
des événements récents de F. Shapiro (2001, 2009b). Eléments centraux du protocole EMDR
Malgré la similarité, il s’en distingue aussi de plusieurs pour les incidents critiques récents
façons importantes afin de tenir compte de la période
Une catastrophe est un événement prolongé
étendue comprenant un continuum d’événements
avec un continuum de marqueurs importants
stressants. L’EMDR-PRECI comporte également des
similitudes et des dissemblances avec le protocole de L’EMDR-PRECI est souvent utilisé auprès de survi-
l’épisode traumatique récent de E. Shapiro et Laub vants de catastrophes jusqu’à 6 mois après l’événement.
(2008). Se référer au Tableau 2 pour une comparaison Dans le travail de Jarero et Artigas (2010) avec les
des protocoles. survivants de catastrophes en Amérique Latine et
E16 Journal of EMDR Practice and Research, Volume 6, Number 2, 2012
Jarero et al.
TABLEAU 2. Similitudes et dissemblances entre l’EMDR-PRECI et d’autres protocoles
Protocole EMDR pour les Protocole des événements
incidents critiques récents traumatiques récentsa Protocole des épisodes traumatiques récentsb
Phase 1
Demande au client de décrire l’événement Recueille l’histoire selon les Demande une description générale du trauma
traumatique sous forme narrative, depuis procédures EMDR standard. à cette étape. Pas de SBA.
peu avant le début de l’événement
jusqu’au moment présent. Pas de SBA.
Conçoit l’incident critique comme un Conçoit l’événement trauma- Conçoit l’épisode traumatique comme un
événement prolongé, au sein d’un con- tique comme étant composé continuum traumatique composé de frag-
tinuum d’événements stressants conti- de plusieurs moments ou ments, d’expériences et d’événements
nus avec des émotions et des sensations aspects distincts. multiples.
physiques similaires, interférant avec la
consolidation de la mémoire.
Phase 2
Propose spécifiquement d’utiliser Ne propose pas spécifique- Ne propose pas spécifiquement d’utiliser les
les ailes du papillon à des fins de ment d’utiliser les ailes ailes du papillon à des fins de retraitement.
retraitement pendant la séance, du papillon à des fins de
en tant qu’alternative aux mouvements retraitement.
oculaires, ou entre les séances.
Emploie les stratégies d’auto-apaisement Emploie des stratégies EMDR Utilise les stratégies d’auto-apaisement des
post-catastrophe de Jarero & Artigas. standard de lieu sûr et de 4 éléments d’E. Shapiro ainsi que la connexion
phase 2. aux ressources de Laub.
Phase 3 pour le fragment/point de perturbation initial
Evalue l’aspect ou le fragment le plus Obtient une histoire narrative Obtient une histoire narrative de l’épisode
perturbant, en demandant au client de l’événement. Si applicable, traumatique avec des SBA, puis tout de
d’identifier l’image, la CN, l’émotion, demande au client d’évaluer suite après, utilise la recherche Google
le SUD, et la localisation de la sensation le moment le plus perturbant pour identifier le premier PoD et l’évalue
corporelle, mais pas la CP ou le VOC. en tant que cible complète avec une image, une CN, une CP, un VOC,
avec une image, une CN, une une émotion, un SUD et la localisation de
CP, un VOC, une émotion, sensation corporelle (une certaine souplesse
un SUD et une localisation de est permise).
la sensation corporelle.
Attend que les clients fournissent leur Propose une CN et une Attend que le client formule sa propre CN
propre CN avant d’en proposer une. CP provisoires au client s’il avant d’en offrir une autre. Propose une CN
Aucune CP n’est élaborée. éprouve des difficultés pour et une CP provisoires au client s’il éprouve de
les formuler. la difficulté à les formuler.
Phase 4 pour le pire fragment/aspect/point de perturbation
Utilise le traitement par association libre Utilise le traitement par Utilise le “traitement téléscopique” 5 stratégie
de l’EMDR standard. association libre de l’EMDR en trois temps, EMD → EMDr → EMDR, afin
standard. d’étendre graduellement le traitement associatif.
Le traitement associatif libre est e mployé si le
traitement centré sur les traumas ne suffit pas.
Utilise principalement les ailes du Utilise des formes variées Utilise des formes variées de SBA mais recom-
papillon et les MO pour les SBA. de SBA. mande les MO et de toujours garder les yeux
ouverts.
Phase 5 pour le pire fragment/aspect/point de perturbation
La phase 5 n’est pas réalisée pour les Le moment est traité jusqu’à Le point de perturbation est traité jusqu’à un
fragments. pouvoir compléter la phase 5, niveau écologique.
si approprié ; VOC 5 7.
(Continued)
Journal of EMDR Practice and Research, Volume 6, Number 2, 2012 E17
Le protocole EMDR pour les incidents critiques récents
TABLEAU 2. Similitudes et dissemblances entre l’EMDR-PRECI et d’autres protocoles (Continued)
Protocole EMDR pour les Protocole des événements Protocole des épisodes
incidents critiques récents traumatiques récentsa traumatiques récentsb
Phase 3 pour les fragments/aspects/points de perturbation subséquents
Quand le pire fragment a été traité, de- D’autres moments pertur- Quand un point de perturbation a été retraité,
mander au client de “faire défiler le film bants sont traités par ordre utiliser la recherche Google avec des SBA con-
de tout l’incident”, les yeux fermés, afin chronologique. Ensuite, tinues pour trouver un autre point. L’ordre
de trouver les fragments perturbants res- demander au client de vi- n’est pas nécessairement chronologique.
tants. Pas de SBA. sualiser tout l’événement, les
yeux fermés, afin de trouver
d’éventuels moments pertur-
bants restants.
Chaque fragment perturbant est évalué Chaque moment/aspect per- Chaque point identifié est évalué en tant que
avec l’image, la CN, l’émotion, le SUD et turbant est évalué comme une cible complète, avec l’image, la CN, la CP, le
la localisation de la sensation corporelle, cible complète avec l’image, la VOC, l’émotion, le SUD et la localisation de
mais pas de CP ou de VOC. CN, la CP, le VOC, l’émotion, la sensation corporelle (autant que possible).
le SUD et la localisation de la
sensation corporelle.
Phase 4 et phase 5 pour les fragments/aspects/points subséquents
Chaque aspect perturbant subséquent Chaque cible perturbante Chaque point de perturbation subséquent
est traité jusqu’à la fin de la phase de restante est traité, par ordre est traité à l’aide du traitement télescopique
désensibilisation. chronologique, jusqu’à la fin jusqu’à la fin de la phase d’installation (pas
de la phase d’installation. nécessairement par ordre chronologique).
La CP n’est pas identifiée pour les frag- L’installation de la CP L’installation de la CP suit la procédure
ments et aucune installation de CP n’est emploie la procédure EMDR EMDR standard avec une vérification
réalisée. standard avec une vérifica- fréquente du VOC.
tion fréquente du VOC.
Phase 5 pour tout l’événement étendu
Est réalisée lorsque le client n’identifie Est réalisée quand le client Est réalisée lorsque le client n’identifie plus
plus de perturbation en visualisant n’identifie plus de perturbation de point de perturbation en effectuant une
l’événement étendu du début à la fin les en visualisant l’épisode depuis “recherche Google” sur l’épisode.
yeux fermés. le début jusqu’à la fin, les yeux
ouverts.
Une CP est élaborée pour l’événement L’installation de la CP suit la La CP est développée pour tout l’épisode.
entier. L’installation de la CP n’implique procédure EMDR standard L’installation de la CP de l’épisode suit la
pas la vérification fréquente du VOC avec une vérification procédure EMDR standard avec une
mais un retraitement complet avec des fréquente du VOC. vérification fréquente du VOC.
SBA tant que l’information évolue. Une
étape supplémentaire est effectuée pour
revoir toute la séquence en gardant la
CP à l’esprit.
Phase 7
Utilise les stratégies d’auto-apaisement Utilise le lieu sûr et d’autres Utilise les stratégies d’auto-apaisement des
post-catastrophe de Jarero et Artigas. stratégies EMDR de clôture 4 éléments d’E. Shapiro (qui incluent le lieu
de séance. sûr) et la connexion des ressources de Laub.
Note. Ce tableau ne contient pas tous les détails des étapes de ces protocoles mais énumère simplement les éléments qui sont
s imilaires à ou différents de ceux de l’EMDR-PRECI. SBA 5 stimulation bilatérale alternée ; CN 5 cognition négative ;
SUD 5 unités subjectives de perturbation (Subjective Units of Disturbance) ; CP 5 cognition positive ; VOC 5 validité de la cognition
(Validity of Cognition).
a
F. Shapiro (2001, 2009b).
b
E. Shapiro & Laub (2008).
E18 Journal of EMDR Practice and Research, Volume 6, Number 2, 2012
Jarero et al.
TABLEAU 3. Les ailes du papillon
“Croisez vos bras sur votre poitrine de telle sorte que votre majeur se place sous la connexion entre la clavicule et le ster-
num. Les mains et les doigts doivent être aussi verticaux que possible (les doigts dirigés vers le cou plutôt que vers les bras).
Ensuite vous pouvez joindre vos pouces (formant le corps du papillon) et l’extension de vos autres doigts vers l’extérieur
formeront les ailes du papillon. Vos yeux peuvent être fermés ou partiellement fermés, regardant vers le bout de votre nez.
Ensuite, vos alternez le mouvement de vos mains, simulant les battements d’aile d’un papillon. Vous respirez lentement et
profondément (respiration abdominale) tout en observant ce qui vous traverse l’esprit et le corps (cognitions, images, sons,
odeurs, affects et sensations physiques) sans les changer, réprimer ou juger. Vous pouvez faire semblant que ce que vous
observez ressemble à des nuages qui passent.”
A des fins de retraitement : cet exercice peut être réalisé pendant 1 à 3 minutes.
A des fins d’auto-apaisement : lorsque les clients ont appris à effectuer les ailes du papillon, ils peuvent les utiliser entre les
séances pour moduler les émotions perturbantes si d’autres techniques d’auto-apaisement ne sont pas efficaces.
Source : Le protocole traduit en script. Artigas, L., & Jarero, I. (2009). The butterfly hug. In M. Luber (Ed.) Eye movement desensitization
and reprocessing (EMDR) scripted protocols: Special populations (pp. 5–7). New York: Springer Publishing.
dans les Caraïbes, ils ont noté que même 6 mois après passe comme dans un continuum, souvent selon des
l’événement, l’impact et les souvenirs agissent comme thèmes de sécurité, de responsabilité et de choix (e.g.,
un événement traumatique récent non consolidé et ce qu’ils faisaient juste avant le séisme ; au moment
que le fait de se concentrer sur ou de retraiter une où le séisme a frappé ; ce qui s’est passé lors du tsu-
partie du souvenir n’a aucun effet sur d’autres parties nami ; des sentiments d’insécurité ; la manière dont
de l’incident. Jarero et Artigas conçoivent la catas- les personnes se comportaient les unes envers les au-
trophe comme un événement prolongé au sein d’un tres après l’événement et qui pouvait être source de
continuum de marqueurs importants : phase de pré- détresse, comme dans les cas d’agression, de viol ou
impact, phase d’impact, phase héroïque, phase de lune d’autres blessures ; les choses qu’elles ont l’impression
de miel, phase de désillusion, phase des anniversaires qu’elles auraient dû prévenir mais qu’elles n’ont pas
et phase de reconstruction (Everly & Mitchell, 2008). pu empêcher ; des problématiques de perte ; des
Ils ont émis l’hypothèse selon laquelle l’événement problèmes médicaux ; des préoccupations concernant
n’a pas été consolidé dans la mémoire parce que
l’expérience d’un continuum d’événements stres-
sants avec des émotions et des sensations physiques TABLEAU 4. Stratégies d’auto-apaisement
similaires n’accorde pas suffisamment de temps à la Respiration abdominale
mémoire traumatique dépendante d’état (van der
Fermez les yeux ; placez une main sur votre abdomen et
Kolk & van der Hart, 1991) pour se consolider en
imaginez que vous avez un ballon gonflable dans le ventre.
un tout intégré. Par conséquent, le réseau mnésique Maintenant, inspirez et voyez comme votre ballon se gonfle et
reste dans un état d’excitation permanent, prenant de soulève votre main. Maintenant vous pouvez expirer et voir
l’ampleur avec chaque événement subséquent dans ce comment votre ballon se dégonfle et votre main descend. Placez
continuum. Il n’y a pas eu de recherche déterminante toute votre attention là-dessus. Faites cet exercice pendant
visant à mesurer le processus de consolidation de la 5 minutes.
mémoire ou à déterminer les variables individuels qui
Exercice de concentration
pourraient influencer la consolidation. Il apparaît que
la durée de la consolidation de la mémoire peut varier En faisant la respiration abdominale, répétez mentalement :
“Je sais que j’inspire . . . je sais que j’expire.” Placez votre
considérablement (Maxfield, 2008).
attention là-dessus. Si quelque chose vous distrait, revenez en
Jarero et Artigas ont également observé que douceur à l’exercice. Faites cet exercice pendant 5 minutes.
lorsqu’ils demandaient aux clients de raconter
l’histoire de la catastrophe, ils décrivaient l’événement Souvenir agréable
sous forme narrative depuis les moments précédant Rappelez-vous un moment où vous étiez calme ou heureux . . .
le début de la catastrophe jusqu’au moment présent placez votre main sur votre poitrine . . . laissez grandir ces bons
(même 6 mois plus tard). Pour eux, il n’y avait pas sentiments et ces sensations physiques dans votre corps.
une seule journée ni un moment précis lors duquel le Placez toute votre attention là-dessus. Si quelque chose vous
souvenir de l’événement originel s’arrêtait et de nou- distrait, revenez en douceur à l’exercice. Faites cet exercice
pendant 5 minutes.
veaux événements stressants commençaient. Cela se
Journal of EMDR Practice and Research, Volume 6, Number 2, 2012 E19
Le protocole EMDR pour les incidents critiques récents
la contamination de l’eau et de la nourriture ; les du développement, de son appartenance ethnocul-
conséquences actuelles ; les problèmes économiques turelle et de l’ampleur de son exposition au trauma
dans le présent et à l’avenir). Ces observations ressem- (Macy et al., 2004).
blent à la conceptualisation de Shapiro et Laub
(2008) concernant les épisodes traumatiques récents
L’étude actuelle
qui recommande de cibler l’incident originel ainsi
que toute autre expérience importante subséquente Le 4 avril 2010, un séisme de 7,2 sur l’échelle Richter a
jusqu’au moment présent. frappé la Basse-Californie au Mexique (par comparai-
son, le séisme de janvier 2010 à Haïti était de 7,0). Il
La cognition positive n’est élaborée et installée s’agissait du plus important séisme qui se soit produit
que pour l’événement entier dans la région au cours des 120 dernières années. Peu
après ce tremblement de terre, une entreprise privée
Contrairement au protocole des événements récents a demandé à l’Association mexicaine de soutien en
de F. Shapiro (2001), l’EMDR-PRECI n’essaie pas santé mentale de Crisisto d’aider ses 53 salariés qui
d’élaborer des cognitions négatives et positives pour vivaient dans cette région.
chaque fragment mnésique. Les auteurs ont ob- Le 19 avril 2010, deux cliniciens EMDR sont arrivés
servé qu’il est trop stressant pour les clients de ten- dans la région affectée. Ils ont réalisé une intervention
ter de les articuler au cours de la procédure parce que de gestion de crise (CMB : Crisis Management Briefing
l’événement contient des fragments multiples dont ou Briefing de gestion de crise ; Everly, 2000) auprès
chacun peut être associé avec différentes cognitions des 53 salariés de l’entreprise. Ensuite, l’IES a été
négatives et positives. Les auteurs ont également ob- administré à tous les participants afin d’obtenir des
servé que tout le continuum de l’événement étendu critères de sélection pour le continuum de soins.
doit être désensibilisé avant de tenter d’élaborer et Sur la base des scores d’évaluation de l’IES, les
d’installer une cognition positive. cliniciens ont invité les 18 adultes (8 femmes et
10 hommes) ayant obtenu des scores IES de 44 ou plus
La validité de la cognition (VOC) n’est pas à bénéficier du pallier de soins suivant ; ils ont accepté.
évaluée après chaque série La focalisation sur les réactions intenses, plutôt que
Au cours d’une période de plusieurs années, il a été sur des réactions modérées, correspond à l’idée que
constaté que la plupart des survivants continue à des niveaux modérés de détresse sont attendus après
traiter l’événement pendant les phases d’installation des catastrophes et peuvent se résoudre d’eux-mêmes
et du scanner corporel. Ceci s’explique peut-être par le ou par des interventions moins intensives, telles que
continuum d’événements stressants, la nature dépen- des entretiens de soutien de crise (Norris, Hamblen,
dante de l’état de la mémoire traumatique et/ou l’état Brown & Schinka, 2008).
continu des difficultés liées à la catastrophe, causant En suivant les directives opérationnelles de
de nombreux déclencheurs actuels (des personnes vi- l’entreprise, les cliniciens devaient diviser le groupe
vant dans des tentes, avec une pénurie de nourriture, en deux de manière aléatoire en vue d’un traitement
l’existence de nombreuses personnes blessées, etc.) d’une séance d’EMDR-PRECI. Les participants du
Par conséquent, nous n’évaluons pas le VOC après groupe qui a reçu un traitement immédiat (N 5 9 ;
chaque série, contrairement à l’EMDR standard et 5 femmes, 4 hommes) ont bénéficié de ce traitement
au protocole des événements traumatiques (Shapiro, dès le lendemain et l’IES a été administré à nouveau
2001), afin de permettre un retraitement ininterrompu quatre jours plus tard, le 24 avril. Les participants du
du souvenir. groupe de traitement retardé/liste d’attente (N 5 9 ;
3 femmes, 6 hommes) ont bénéficié d’un traitement
le 24 avril ; l’IES a été administré ce jour-là, avant
Continuum des soins
le traitement, et quatre jours plus tard, le 28 avril.
Jarero et Artigas proposent que l’EMDR-PRECI Lors du suivi après 12 semaines, les participants ont
s’inscrive dans un programme communautaire de été contactés et tous ont à nouveau complété l’IES,
réponse à la catastrophe qui fournit un continuum rapportant leur détresse en lien avec les incidents
de soins pour le traitement et la gestion des réactions originels. Lors du suivi, les participants étaient tou-
individuelles et de groupe à des événements trauma- jours exposés à des niveaux élevés de stress en lien
tiques communs. Ce continuum des soins doit être avec des après-chocs et les prédictions des médias
accessible aux membres de la communauté et tenir qu’un autre séisme encore plus important et dévasta-
compte du sexe de chaque participant, de son étape teur était imminent.
E20 Journal of EMDR Practice and Research, Volume 6, Number 2, 2012
Jarero et al.
Méthode Traitement
Evaluation Intervention de briefing de gestion de crise. L’intervention
de briefing de gestion de crise (Everly, 2000) est un com-
L’IES (Horowitz, Wilmer & Alvarez, 1979) est un ques- posant du système d’intervention de crise de la gestion du
tionnaire d’auto-évaluation en 15 items destiné à mesurer stress des incidents critiques (Critical Incident Stress Man-
le stress post-traumatique subjectif. Les réponses sont agement : CISM), une approche complète, intégrative et
cotées à l’aide d’une échelle Likert, où 0 signifie pas du à composants multiples de la réponse aux crises (Everly,
tout, 1 rarement, 3 parfois et 5 souvent. Les scores entre Flannery & Eyler, 2000). Le briefing de gestion de crise est
0 et 8 sont considérées sous-cliniques ; les scores entre une intervention de crise de groupe pratique en 4 phases.
9 et 25 sont considérés comme reflétant une détresse Il est hautement efficace, durant entre 45 et 75 minutes,
légère ; les scores entre 26 et 43 sont considérés comme et peut être utilisé avec des groupes importants de 10
reflétant une détresse modérée ; et les scores entre 44 et à 300 individus. Même s’il a été conçu pour être utilisé
75 sont considérés comme reflétant une détresse impor- principalement avec des populations civiles de victimes
tante. L’IES est reconnue comme possédant de bonnes primaires à la suite d’actes terroristes, de catastrophes de
propriétés psychométriques (Horowitz et al., 1979). masse, de violences et d’autres crises de grande enver-
L’IES a été administré aux 53 participants après la gure, il peut aussi être indiqué dans d’autres contextes et
première intervention de traitement, le briefing de ges- avec d’autres populations. Le briefing de gestion de crise
tion de crise, le 19 avril (temps 1). Les 18 participants qui est destiné à être utilisé au sein d’un cadre plus vaste de
ont obtenu un score supérieur à 44 à l’IES sont passés à gestion du stress des incidents critiques et ne devrait pas
la deuxième phase du continuum de soins. L’IES a été être utilisé en tant qu’intervention unique. L’évaluation
administré au groupe de traitement immédiat lors du et les références vers des soins psychologiques continus
post-traitement EMDR-PRECI le 24 avril (Temps 2) et constituent l’un des composants essentiels de l’approche
lors du suivi après 3 mois (Temps 4). L’IES a été admin- de la gestion du stress des incidents critiques.
istré au groupe de traitement retardé/liste d’attente Les phases du briefing de gestion de crise sont :
après la période d’attente (prétraitement) le 24 avril
(temps 2), lors du post-traitement EMDR-PRECI le 28 Phase 1 : des groupes d’individus ayant vécu un même
avril (Temps 3) et lors du suivi après 3 mois (Temps 4) événement de crise sont réunis.
(voir Figure 1). Des professionnels indépendants ont Phase 2 : les sources ou représentants des autorités les
effectué le recueil des données et l’analyse statistique a plus appropriés et crédibles expliquent les faits de
été réalisée par un autre professionnel indépendant. l’événement de crise.
70
60
50
40
Immediate
30 Waitlist
20 Delayed
10
0
1 2 3 4
Assessment Times
FIGURE 1. Scores moyens de l’IES.
“Note. Immediate = immédiat ; Waitlist = liste d’attente ; Delayed = reporté ;
Assessment Times = Moments de l’évaluation.”
Journal of EMDR Practice and Research, Volume 6, Number 2, 2012 E21
Le protocole EMDR pour les incidents critiques récents
Phase 3 : des professionnels de la santé crédibles (par exemple, “Pourquoi planifier l’avenir si je peux
décrivent les réactions les plus fréquentes (signes, mourir ou tout perdre en quelques secondes ?”) ; con-
symptômes et thèmes psychologiques) qui sont centration défaillante ; problèmes de mémoire ; peurs
pertinentes par rapport à l’événement de crise en concernant la sécurité structurelle des maisons et des
question. écoles (par exemple, dormir dans le jardin, ne pas
Phase 4 : les professionnels enseignent des stratégies envoyer les enfants à l’école, examiner attentivement
individuelles destinées à faire face et à prendre soin les bâtiments avant d’y entrer) ; pensées récur-
de soi et permettant de limiter les réactions pertur- rentes (rumination) ; dysrégulation émotionnelle
bantes à l’événement de crise. Des stratégies simples (anxiété, colère, attaques de panique, dépression) ;
et pratiques de gestion du stress sont abordées. Les et symptômes physiques (démangeaisons, perte
ressources communautaires et organisationnelles d’appétit, diarrhée, vomissements, sensation que la
disponibles pour favoriser le rétablissement sont terre bouge, hyperactivation).
présentées. Les questions sont activement encoura- Ces symptômes coïncident avec ceux décrits par
gées et considérées comme étant appropriées. Jarero lors de son intervention d’un mois en Haïti
EMDR-PRECI (tel que décrit ci-dessus) a été ad- après le séisme de janvier 2010. D’autres symptômes
ministrée à 18 participants dont les scores à l’IES qu’il a observés en Haïti à cause de la destruction ter-
étaient supérieurs à 44. Les participants du groupe de rible (la Basse-Californie au Mexique n’a pas connu
traitement immédiat ont bénéficié d’un traitement le de telles conséquences) étaient la perte profonde
20 avril, avec des séances durant entre 80 et 130 min- d’espoir en raison de la perte des maisons, du travail
utes. Le groupe de traitement retardé/liste d’attente a (pas d’argent pour survivre), des écoles et des églises
bénéficié d’un traitement le 28 avril, avec des séances pour le réconfort spirituel ; l’incapacité à assimiler
durant entre 85 et 125 minutes. l’impossibilité d’enterrer convenablement les proches
qui se trouvaient sous des tonnes de débris ; des peurs
concernant l’avenir en raison de l’insécurité, de la
Résultats criminalité et des maladies pandémiques ; la crainte
de devenir fou comme les personnes qui hurlaient en-
Symptômes avant l’EMDR-PRECI
core dans les rues.
Les scores IES moyens d’évaluation initiale le 19 avril
indiquaient chez le groupe de traitement immédiat
Amélioration des symptômes
(moyenne 5 54,22) et chez le groupe de traitement
retardé/liste d’attente (moyenne 5 55,67) la présence Le groupe de traitement immédiat a montré une
d’une détresse importante, indiquant un niveau élevé diminution significative des scores IES entre le pré-
de détresse psychologique en réaction à un événe- traitement (Temps 1) et le post-traitement (Temps 2),
ment de vie stressant. Il n’y avait pas de différence t(8) 5 13,19, p , 0,001, tandis que le groupe de trait-
significative entre les groupes lors du prétraitement ement retardé/liste d’attente n’a montré aucune
(Temps 1), t(16) 5 21,10, p , 0,29. amélioration entre le Temps 1 et le Temps 2 (voir
Au cours de la phase de recueil de l’histoire de Tableau 5). Une comparaison des deux groupes
l’EMDR-PRECI, les participants ont mentionné au montre une amélioration sur l’échelle IES significa-
moins trois des symptômes suivants : flash-backs, tivement plus importante lors du post-traitement
cauchemars (par exemple de l’effondrement du pla- (Temps 2) pour le groupe de traitement immédiat
fond ou de la course pour sortir de la maison qui par rapport au groupe de traitement retardé/liste
s’écroule) ; réveil en état de terreur, avec l’impression d’attente, t(16) 5 27,79, p , 0,001. Ces résultats
que le séisme est en train de se produire ; peur de suggèrent que les effets du temps et l’intervention de
mourir lors du prochain séisme ; perte de l’avenir briefing de gestion de crise étaient insuffisants pour
TABLEAU 5. Scores de l’Echelle d’impact des événements (IES)
Moyenne (s) lors Moyenne (s) lors Moyenne (s)
du prétraitement du post-traitement lors du suivi
Traitement immédiat (N59) 54,22 (11,00) 24,89 (4,83)
Traitement retardé/liste d’attente (N59) 55,67 (8,37) 49,22 (8,03)
49,22 (8,03) 25,33 (4,74) 22,78 (5,47)
E22 Journal of EMDR Practice and Research, Volume 6, Number 2, 2012
Jarero et al.
alléger la détresse des participants du groupe de trait- symptômes ne se sont pas améliorés entre le Temps 1
ement retardé/liste d’attente, tandis qu’une séance et le Temps 2.
d’EMDR-PRECI a apporté un changement significatif Les résultats ont indiqué qu’une séance d’EMDR-
pour le groupe de traitement immédiat. PRECI entraînait une amélioration significative des
L’application de l’EMDR-PRECI au groupe de trait- mesures de stress post-traumatique tant pour le groupe
ement retardé s’est accompagné d’effets similaires à de traitement immédiat que pour celui de traitement
ceux obtenus dans le groupe de traitement immédiat. retardé/liste d’attente, avec des résultats maintenus
Il y avait une diminution significative des scores IES lors du suivi après 12 semaines. Ce maintien des effets
entre le prétraitement (Temps 2) et le post-traitement indique que l’événement traité n’était plus perturbant
(Temps 3), t(8) 5 15,88, p , 0,001. Une comparai- pour les participants, malgré les après-chocs qui per-
son des scores de post-traitement des groupes de sistaient. Ceci est cohérent avec l’hypothèse énoncée
traitement immédiat et de traitement retardé/liste dans le modèle TAI de Shapiro (2001) : le traitement
d’attente a montré des effets équivalents, t(16) 5 2,20, intégral d’un souvenir perturbant modifie la manière
p . 0,85. dont ce souvenir est stocké en mémoire, de sorte que
Le suivi a été effectué tant pour le groupe de la détresse n’est plus déclenchée par des événements
traitement immédiat que pour le groupe de traite- similaires. Le développement de la résilience n’a pas
ment retardé/liste d’attente après 12 semaines. Il y été évalué dans cette étude car nous n’avons pas
avait une différence significative entre le prétraite- évalué si des incidents similaires subséquents provo-
ment (Temps 1) et le suivi (Temps 4) pour le groupe quaient moins de détresse chez les participants. Il est
de traitement immédiat, t(8) 5 13,992, p , 0,001, possible que la résolution de la détresse initiale ait pu
et une différence significative entre le prétraitement augmenter la résilience de sorte que les participants
(Temps 2) et le suivi (Temps 4) pour le groupe de trait- soient moins perturbés par des événements similaires
ement retardé/liste d’attente, t(8) 5 20,82, p , 0,001. subséquents (Jarero & Artigas, 2010).
Une comparaison des scores de suivi des deux Cette étude soutient le point de vue selon lequel
groupes de traitement n’a révélé aucune différence, l’EMDR-PRECI peut être utilisé efficacement avec
t(16) 5 2,046, p w . 0,96. Ces effets lors du suivi sont des adultes en tant qu’intervention précoce dans la
particulièrement significatifs au regard des après-chocs phase aiguë d’une réaction post-traumatique à un in-
répétés et de la dramatisation des médias. cident critique en réduisant les symptômes de stress
post-traumatique et en maintenant ces effets mal-
gré les menaces et le danger continus. La possibilité
Discussion
d’utiliser ce protocole EMDR modifié en tant que l’un
Cette étude correspond à une étude contrôlée de ter- des composants d’un système complet d’interventions
rain, avec un traitement fourni à un groupe d’adultes post-catastrophe comporte des implications globales
dans un contexte naturel après un séisme de 7,2 au (Shapiro, 2009a). Parmi les bénéfices, on trouve le
cours d’une période d’après-chocs fréquents. Le trait- caractère transposable et l’efficacité temporelle – une
ement a été apporté dans le cadre d’un continuum de seule séance était nécessaire pour obtenir la résolution
soins qui est une approche vivement recommandée des symptômes post-traumatiques. Ceci est particu-
par les auteurs. La première étape dans ce continuum lièrement important en considération de la grande
de soins consiste en un travail d’intervention de crise, mobilité des survivants dans un contexte de catastro-
et dans cette étude, les 53 salariés ont bénéficié d’un phe (voir Silver et al., 2005).
briefing de gestion de crise. Suivant cette interven- Des recherches supplémentaires sont nécessaires
tion, en accord avec les principes du continuum de pour investiguer l’efficacité et l’utilité de l’EMDR-
soins, une évaluation a été menée afin d’identifier les PRECI. Plusieurs essais préliminaires et non contrôlés
individus qui nécessitaient des soins plus complets. ont été effectués auparavant en Haïti, dans les
Ces individus ont bénéficié de l’EMDR-PRECI au sein Caraïbes et en Amérique Latine au cours d’une péri-
de deux groupes : le groupe de traitement immédiat ode de plusieurs années. Des nouvelles études sont
et le groupe de traitement retardé/liste d’attente. actuellement en cours au Mexique et en Colombie,
Aucune évaluation n’a été effectuée concernant recueillant des données pour l’utilisation de ce pro-
l’intervention de briefing de gestion de crise ; il ap- tocole dans ce que Jarero appelle des “catastrophes
paraît toutefois clairement que l’intervention de urbaines” provoquées par la guerre des narcotiques,
briefing de gestion de crise était insuffisante pour les les guérillas et les opérations paramilitaires avec des
participants fortement perturbés qui ont été assignés attaques à la grenade, des enlèvements, des assassi-
au groupe de traitement retardé/liste d’attente. Leurs nats, des viols, etc.
Journal of EMDR Practice and Research, Volume 6, Number 2, 2012 E23
Le protocole EMDR pour les incidents critiques récents
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Le protocole EMDR pour les incidents critiques récents