GESTION DE LA CHAINE LOGISTIQUE
PLAN DU COURS
Première partie : Concepts de base de la GCL
Définition des concepts (logistique, chaîne logistique…)
Evolution de la gestion de la chaîne logistique
Les principaux objectifs pour l’entreprise et pour le client
Périmètre et domaines d'application : Les flux
Les outils et indicateurs de la GCL
Deuxième partie : la création de la valeur dans la Chaîne logistique
La création de la valeur comme principal objectif de la CL
Les activités créatrices de la valeur dans la CL
Etude de cas : SONOCO
CONCLUSION GENERALE
INTRODUCTION
La logistique aujourd’hui occupe plus que jamais une préoccupation majeure
tant au niveau des réflexions économiques, politiques et même scientifiques. Si
la logistique puise ses origines dans l’histoire antique grecque, et même si elle
s’est vue se donner un nouveau souffle surtout après la deuxième guerre
mondiale, connaissant son essor depuis les années 70, et atténuant l’apogée des
enjeux et préoccupations mondiales depuis le milieu des années 90, elle n’est
plus considérée uniquement comme un avantage concurrentiel.
Elle est devenue le déterminent du succès et de l’échec de toute une entreprise
ou même parfois de tout un pays. Si le TPS était pour longtemps considéré
comme un exemple où une chaine logistique réussite et optimisée était un levier
de réussite d’une entreprise et même de tout un mode d’organisation comme le
toyotisme le prouve, le revers d’une chaine logistique défaillante engendre de
colossale perte nette comme c’était le cas avec Boeing avec l’affaire du
Dreamliner 5 milliards de dollars de perte nette ( Xin James He,2013),, où plus
récemment avec l’affaire du Samsung Galaxy note 7, où toute l’industrie sud-
coréenne a été ébranlée.
Ainsi à travers ce cours, on commencera par une étude du cadre conceptuel,
pour illustrer l’importance de la configuration de la chaine logistique dans la
stratégie de l’entreprise, et comment l’adéquation stratégique impacte la
politique concurrentielle des entreprises.
CADRE CONCEPTUEL
Plusieurs recherches ont été effectuées pour étudier la corrélation qui existe
entre la chaine logistique et la performance de l’entreprise, en partant de la
recherche entre l’adéquation de la stratégie et du design la chaine logistique et
son impact sur l’entreprise (Grosse-Ruyken and Wagner, 2009 Chopra and
Meindl, 2009 Fisher, 1997), passant par l’affirmation qu’une chaine logistique
réussie c’est une la chaine logistique capable de créer de la valeur ajoutée pour
les actionnaires. Des recherches plus récentes ont démontré qu’il existe une
relation directe entre une bonne SCM et la profitabilité de l’entreprise
(Hendricks and Singhal, 2005).
D’autres recherches ont eu plus tendance à essayer de mettre l’accent sur l’étude
de l’impact du design et de l’élaboration de la chaine logistique, et sur la prise
de décision dans un contexte stimulé par l’incertitude, surtout dans une
dynamique où les entreprises cherchent à diversifier leurs produits entre ce qui
est fonctionnel et ce qui est innovateur, impactant ainsi de façon directe la
configuration de la chaine logistique, et affirmant que cette dernière devra
aboutir à la création de la valeur, que nous verrons dans la deuxième partie de ce
plan de cours.
PREMIERE PARTIE : DEFINITIONS DES CONCEPTS DE BASE
Définitions
La gestion de la chaîne logistique, ou supply chain management, désigne
l’ensemble des méthodes, moyens, ressources et processus destinés à gérer et à
améliorer les performances de la chaîne logistique. L’objectif de son responsable
est d’estimer son juste besoin à chaque étape, de la mise en production jusqu’à
la livraison du bien au client final.
La gestion des chaînes logistiques, aussi appelée Supply Chain Management
(SCM), est un concept qui a commencé à apparaître dans la littérature orientée
sur le management dans les années 1980.
Le concept du SCM est classé selon trois catégories : Une philosophie de
gestion, Une mise en œuvre de la philosophie Un ensemble de processus à
gérer
Le SCM comme « une philosophie de gestion » : Sous cet angle, le SCM est
une vision globale de la chaîne logistique. Elle définit les fondements du SCM et
les bonnes pratiques de cette dernière afin de permettre aux différents acteurs de
cerner ce concept et de les intégrer dans leur réseau. Les caractéristiques du
SCM selon cette approche peuvent être déclinées en trois points essentiels :
Dans la littérature, on trouve une multitude de définition de ce concept
d’actualité. Dans ce qui suit une présentation de quelques définition par des
spécialiste du domaine logistique
Définition 1 : La raison de gérer les chaînes logistiques est de synchroniser les
besoins des clients avec le flux de matières en provenance des fournisseurs dans
le but d’obtenir un équilibre entre les objectifs contradictoires suivants : avoir
une qualité de service élevée, peu de stock et réaliser des produits à moindre
coût.
Définition 2 : Le SCM est la gestion des relations en amont et en aval, avec les
fournisseurs et les clients, pour fournir à la chaîne logistique une valeur client
supérieure au moindre coût.
Définition 3 : Le SCM est une philosophie intégratrice pour gérer le flux de
distribution depuis le fournisseur jusqu’au client final.
Définition 4 : Le SCM est la gestion des flux de matière et des flux
d’information à la fois à l’intérieur et entre les entités de la chaîne logistique
(fournisseurs, centres de fabrication et d’assemblage et site de distribution).
Définition 5 : Le SCM concerne l’amélioration à la fois de l’efficience (c’est-à-
dire la réduction des coûts) et de l’efficacité (c’est-à-dire le service client) dans
un contexte stratégique (création de la valeur client et de la satisfaction à travers
une gestion intégrée de la chaîne logistique) pour obtenir des avantages
compétitifs qui rapportent du profit.
La logistique
La logistique est une discipline de pilotage des flux physiques par les flux
d’informations dans les meilleures conditions de coûts et de délais pour
satisfaire le client.
La logistique dans l’entreprise C’est la gestion efficace des flux physiques et
d'informations d'une entreprise, de façon à satisfaire le client c’est à dire lui
livrer le bon produit, à l'endroit voulu, au moment voulu, au prix voulu.
La logistique a principalement pour mission de maîtriser et d'optimiser les flux
physiques depuis les fournisseurs jusqu'à ses clients.
Évolution des concepts
La première définition, qui date de 1948, a été formulé par le comité des
définitions de l’American Marketing Association : « la logistique concerne le
mouvement de manutention du point de production au point de consommation »
En 1962 le National Council of Physical Distribution Management a proposé la
définition suivante « Toutes les activités physiques et administratives nécessaires
au mouvement de produits, des lieux de production aux lieux de consommation
»
En 1968, John Magee a défini la logistique comme suit « technique de contrôle
et de gestion des flux de matières et produits depuis leur source
d’approvisionnement jusqu’à leur point de consommation »
En 1978 : « La logistique englobe les activités qui maîtrisent les flux de
produits, la coordination des ressources et des débouchés, en réalisant un niveau
de service donné au moindre coût » (James Heskett)
En 2005, l’association française de la logistique Aslog a présenté la définition
suivante : « la logistique est une fonction qui a pour objectif de mettre à
disposition, au moindre coût et avec la qualité requise, un produit, à l’endroit et
au moment où la demande existe. Elle concerne toutes les opérations
déterminant le mouvement des produits tel que la localisation des usines, des
entrepôts, l’approvisionnement, la gestion des stocks, la manutention et la
préparation de commandes, le transport et les tournées de livraison »
La logistique peut se définir comme l’art de gérer les flux au meilleur coût. Non
seulement les flux de produits, mais aussi les flux d’information associés aux
flux physiques, depuis le fournisseur initial jusqu’au client final. Elle permet
l’adéquation entre une demande et une offre, ainsi qu’une meilleure rentabilité
des investissements.
Aujourd’hui, « la logistique est un secteur essentiel de l’activité économique et
constitue une nouvelle forme de l’activité industrielle et de services »
Enjeux du système logistique
La logistique recouvre en réalité un ensemble complexe de tâches et de
fonctions induites par les activités productives et commerciales des entreprises.
La fonction logistique joue un rôle vital dans l’entreprise. Les chiffres suivants
montrent la place et l’importance de la fonction logistique à l’entreprise :
Un produit passe 15% de son temps en fabrication
85% de son temps dans les opérations de flux
Coût de la logistique 10% du CA
40% transport - Stockage 40% - Administratif 20 %
85 % des entreprises font appel à des prestataires de services (50% pour
les opérations hors transport)
La chaîne logistique
Il n’existe pas une définition unique pour la chaine logistique, elle peut être
considérée sous des angles différents (point de vue de l’entreprise, du client, du
fournisseur) et qu’elle peut être plus ou moins étendue (chaîne logistique centrée
sur l’entreprise seule, étendue du fournisseur au client ou du fournisseur du
fournisseur au client du client).
Dans le cas des chaînes logistiques de taille modeste, l’entreprise est vue comme
une succession de fonctions, pouvant être assimilées à une chaîne logistique de
fonctions ou une chaîne logistique interne.
Définition
La chaîne logistique est le système grâce auquel les entreprises amènent leurs
produits et leurs services jusqu’à leurs clients.
Définition : La chaîne logistique est : « Un réseau d’organisations connectées et
interdépendantes qui coopèrent et travaillent ensemble pour contrôler, gérer et
améliorer les flux physiques et d’information depuis les fournisseurs jusqu’aux
clients finaux ». (Martin Christopher, dans son ouvrage « supply chain mgt »
1998)/ Cette définition m’a l’air la plus complète.
Les flux dans la chaîne logistique
Les trois flux principaux de la chaîne logistique :
Flux d’information
Flux physique
Flux financier
Le flux d’information représente l’ensemble des transferts ou échanges de
données entre les différents acteurs de la chaîne logistique. Il s’agit en premier
lieu des informations commerciales, notamment les commandes passées entre
clients et fournisseurs. D’autres éléments peuvent s’ajouter à cette liste : la liste
des options désirées pour le produit, la fréquence de livraison si besoin, …
Mais les entreprises s’échangent aussi des informations plus techniques :
paramètres physiques du produit, gammes opératoires, capacités de production
et éventuellement de transport, informations de suivi des niveaux de stock.
les informations ici concernent le comportement des consommateurs. Savoir
combien de marchandises ont été vendues ou encore s’il y a des pics de
demande permet aux entreprises une meilleure gestion des flux
d’approvisionnement. Les informations sur le moyen de transport par exemple
sont aussi importantes pour une meilleure gestion de la chaîne logistique
Le flux physique est constitué par le mouvement des marchandises transportées
et transformées depuis les matières premières jusqu’aux produits finis en passant
par les divers stades de produits semi-finis. Il justifie l’organisation d’un réseau
logistique : les différents sites - les moyens de transports pour relier ces sites et
les espaces de stockage.
En bref, l’écoulement du flux physique résulte de la mise en œuvre des diverses
activités de manutention et de transformation des produits quel que soit leur état.
Le flux physique est généralement considéré comme étant le plus lent des trois
flux.
Le flux financier concerne toute la gestion pécuniaire des entreprises : ventes
des produits, achats de composants ou de matières premières, mais aussi des
outils de production, de divers équipements, de la location d’entrepôts, … et
bien sûr du salaire des employés. Le flux financier est généralement géré de
façon centralisée dans l’entreprise dans le service financier ou comptabilité.
Ces flux sont aussi essentiels à la gestion de la chaîne logistique, pour parvenir à
une diminution des coûts et donc une augmentation des profits pour les
partenaires et fournisseurs. C’est donc une façon pour chaque maillon de la
chaîne de contrôler et optimiser ses flux financiers, pour mieux assouvir leurs
intérêts.
Sur le long terme, il correspond aussi aux investissements lourds tels que la
construction de nouveaux bâtiments et de lignes de fabrication. Encore s’agit-il
d’échanges avec des organismes bancaires extérieurs au réseau d’entreprises.
:
EVOLUTION DES CONCEPTS (LOGISTIQUE & GCL)
Le terme « logistique » vient d’un mot grec qui signifie l’art du raisonnement et
du calcul (Pons, 1996). La logistique est apparue en premier lieu dans un
contexte militaire qui concernait tout ce qui est nécessaire (physiquement) à
l’application sur le terrain des décisions stratégiques et tactiques. Certains
remontent même jusqu’au temps d’Alexandre le Grand (Engles, 1978) et ils
mettent en évidence le sens qu’il avait pour gérer la chaîne logistique de son
armée. On peut dire qu’Alexandre le Grand était un précurseur.
Après la logistique militaire vint la logistique industrielle, celle-ci repose plus
particulièrement sur les activités de soutien à la production. Elle est apparue à la
fin de la seconde guerre mondiale, notamment avec la reconversion dans les
entreprises des spécialistes militaires de la logistique. Le concept de logistique a
évolué avec l’évolution du marché et des systèmes industriels
Depuis, 19ème siècle, le développement du terme logistique a prend son chemin.
Ce terme est entré dans le langage courant à partir du début des années quatre-
vingt-dix. La presse a, à partir de cette période, démocratisé le mot en parlant de
« soutien logistique » dans le cadre d’actions militaires ou humanitaires. Il est
classiquement reconnu qu’une des principales organisations logistiques à
caractère militaire du 20ème siècle fut la coordination du débarquement des
troupes alliées en Normandie en juin 1944 (Lyonnet & Senkel, 2015).
Jusqu’aux années 70, la logistique n’avait que peu d’importance dans la gestion
des entreprises, considérée comme une fonction secondaire, limitée aux tâches
d'exécution dans des entrepôts et sur les quais d'expédition. Mais la logistique
est ensuite comprise comme un lien opérationnel entre les différentes activités
de l'entreprise, assurant la cohérence et la fiabilité des flux-matière, en vue de la
qualité du service aux clients tout en permettant l'optimisation des ressources et
la réduction des coûts.
Aujourd’hui, le terme « logistique » recouvre des interprétations diverses, et
certains pensent que le concept de la logistique est une problématique en soi
(Moller, 1995). Un synonyme de « logistique » pourrait être « gestion des flux »
mais la logistique ne se limite pas à la gestion des flux, elle nécessite également
la conception de systèmes physiques qui vont créer et déplacer les flux, de
manière interne sur un même site de production ou de manière externe entre
plusieurs sites de production au sein d’un groupe ou d’un réseau d’entreprises.
L’évolution des chaînes logistiques au cours du temps
L’environnement industriel dans lequel se place l’entreprise aujourd’hui est de
plus en plus contraignant : marchés versatiles, produits plus complexes et variés,
concurrence vive et, aspect qui n’est pas des moindres, exigeant et capricieux, le
client est roi. Parmi les bouleversements les plus significatifs subis par
l’entreprise, figure celui de son rapport avec ses clients, à travers la relation liant
son offre (produit/service) à la demande (besoins) [Berrah, 2002].
De ce point de vue, 3 grandes phases chronologiques peuvent être distinguées
avec des caractéristiques différentes. Il en découle une évolution du management
de la logistique [Akbari Jokar et al.,2000].
. La période de la logistique séparée
Cette période fait référence aux années antérieures à 1975 où la demande était
supérieure à l’offre. Les produits étant attendus par les clients, le producteur
n’avait pas de raison de raccourcir ses délais de livraison, d’améliorer la qualité
des produits ou d’aller au-devant de nouveaux besoins. Sa priorité était la
production. Les cycles de vie des produits étaient longs, l’entreprise n’offrait pas
un large choix de produits, le client avait peu d’influence sur le producteur. Il
n’y avait pas vraiment de relation entre le producteur et le client, c’est le
producteur qui était roi. La philosophie de management était à la production de
masse et au zéro temps d’inoccupation. La performance industrielle était
synonyme de productivité, son évaluation était uniquement financière. Cette
période était dite de logistique séparée dans le sens où chaque maillon de
l’entreprise travaillait de manière indépendante sans se soucier des répercutions
de ses décisions sur l’ensemble des activités de l’entreprise. On avait ainsi un
ensemble d’optimisations locales, et non une recherche d’optimisation globale.
La période de la logistique intégrée
Dans un second temps, après 1975, l’offre est venue égaler le niveau de la
demande en raison de l’apparition de nombreuses entreprises pour un même
segment de marché, ce qui amena la concurrence. Le producteur devait donc
fournir des produits de qualité et être flexible en s’adaptant à une demande
variable, pour conserver ses clients. Le cycle de vie des produits s’est un peu
réduit, le choix du client est devenu plus diversifié. Cette fois c’est le client qui
était devenu roi. La philosophie de management était au zéro défaut et zéro
stock. Pour augmenter le niveau de satisfaction client, tous les services devaient
collaborer et échanger des données techniques. On visait donc une optimisation
globale dans le cadre de l’entreprise, c’était la période de la logistique intégrée.
La période de la logistique coopérée
Depuis les années 1990, l’offre est devenue plus abondante que la demande, la
compétition s’est accrue. La demande se fait incertaine en raison du
comportement de consommation imprévisible du client, la priorité du producteur
est la vitesse de réponse qui doit être la plus courte possible, le cycle de vie des
produits s’est considérablement réduit. Le choix du client est désormais
personnalisé. Pour rester sur le marché, l’entreprise doit trouver de nouveaux
marchés, les produits doivent être de bonne qualité, à un faible coût et les temps
de réponse aux évolutions du marché doivent être toujours plus courts. Pour
atteindre ces objectifs, le mot d’ordre est la coopération. La coopération entre le
producteur et le fournisseur contribue à augmenter la qualité des matières
premières et ainsi des produits semi-finis et finis. La coopération entre le
fournisseur et son client peut diminuer les coûts pour les 2 parties. La relation
entre le producteur et le client fait donc l’objet d’une coopération forte. La
philosophie de management est au zéro temps de réponse, à l’ingénierie
simultanée et au concept de chaîne logistique.
Le système logistique :
On définit un système comme un « Ensemble de procédés, de pratiques
organisées, destinés à assurer une fonction définie ». Le système logistique est
donc l’ensemble des procédés, de moyens et des pratiques destinés à assurer une
fonction logistique. Suite à nos travaux de recherche, une analyse du système
logistique nous a conduits à adopter deux approches de décomposition : une
décomposition par fonction et une décomposition par processus.