Pour 7 millions d’habitants, 7 opportunités état de la population mondiale 2011
1 Réduire la pauvreté et les inégalités peut ralentir la croissance
démographique.
2 Libérer le pouvoir des femmes et des filles peut accélérer les progrès
sur tous les fronts.
3 Énergiques et ouverts aux nouvelles technologies, les jeunes peuvent
transformer la politique et la culture mondiales.
4 Veiller à ce que chaque enfant soit désiré et chaque accouchement
sans danger peut réduire la taille des familles et les renforcer.
5 Chacun de nous dépend d’une planète en bonne santé et nous
devons donc tous contribuer à la protection de l’environnement.
6 Promouvoir la santé et la productivité des personnes âgées peut
atténuer les défis auxquels fait face une société vieillissante.
7 Les deux prochains milliards d'humains vivront dans les villes;
c’est pourquoi nous devons planifier dès maintenant leur arrivée.
Fonds des Nations Unies pour la population
605 Third Avenue
New York, NY 10158 (États-Unis d'Amérique)
7 milliards
Tél. : +1-212 297-5000
[Link]
©UNFPA 2011
de personnes
USD $24.00
ISBN 978-0-89714-991-4
sales no. [Link].H.1
F/3 500/2011
leur monde,
leurs possibilités
[Link]
Imprimé sur papier recyclé.
État de la population mondiale 2011
Le présent rapport a été élaboré par la Division de ’information Ann Erb-Leoncavallo, Antti Kaartinen, Bettina Maas, Purnima
et des relations extérieures de l’UNFPA, le Fonds des Nations Mane, Niyi Ojuolape, Elena Pirondini, Sherin Saadallah et Mari
Unies pour la population. Simonen du Bureau du Directeur exécutif de l’UNFPA.
D’autres collègues de la Division technique et de la Division des
Équipe de rédaction
programmes de l’UNFPA, trop nombreux pour les mentionner
toutes et tous ici, ont également émis des remarques très
Reporter principale : Barbara Crossette
pertinentes sur les versions préliminaires du rapport, assuré
Reportage supplémentaire et rédaction : Richard Kollodge l’exactitude des données et précisé les orientations sur les
Commission consultative de l’UNFPA : Rune Froseth, problématiques traitées. La Division de la population du
Werner Haug, Aminata Toure, Sylvia Wong Département des affaires économiques et sociales des Nations
Rédacteur en chef : Richard Kollodge Unies, source de la plupart des données du rapport, a guidé
Rédacteur associé : Robert Puchalik l’analyse et la présentation des projections démographiques;
Rédactrice et administratrice associée : Mirey Chaljub l’élaboration du rapport n’aurait pas été possible sans son appui.
Responsable de la diffusion : Jayesh Gulrajani L’Institut de statistique de l’UNESCO, l’UNICEF, l’Organisation
mondiale de la santé, l’Organisation des Nations Unies pour
Remerciements l’alimentation et l’agriculture, la Banque mondiale et le Resource
Flows Project de l'UNFPA/NIDI et la Division de statistique
L’équipe de rédaction est particulièrement reconnaissante du Département des affaires économiques et sociales
envers la Commission consultative d’avoir guidé la des Nations Unies ont également fourni des données
conceptualisation et l’élaboration du présent rapport et des indispensables. Edilberto Loaiza du Service de la population
précieux retours d’information qu’elle a émis sur les versions et du développement de l’UNFPA a guidé le choix et la
préliminaires de celui-ci. Les chefs ou chefs par intérim de sept présentation des indicateurs.
bureaux de pays de l’UNFPA (et leur personnel) ont organisé
les interviews, pris les dispositions logistiques, aidé à repérer Grâce au généreux soutien financier de la Division technique
les sujets d’articles et guidé le reportage dans la région relevant de l’UNFPA, le présent rapport contient uniquement des
de leur compétence : Bernard Coquelin (Chine), Ziad Rifai clichés photographiques originaux des personnes et des
(Égypte), Benoit Kalasa (Éthiopie), Marc Derveeuw (Inde), lieux mentionnés dans le texte.
Diego Palacios (Mexique), Patricia Guzmán (Mozambique),
Agathe Lawson (Nigéria) et François Farah et Tatjana Sikoska Ces clichés photographiques sont dus à Guo Tieliu (Chine),
(ex-République yougoslave de Macédoine). Les directrices Matthew Cassel (Égypte), Antonio Fiorente (Éthiopie),
et directeurs régionaux de l’UNFPA ont fourni des appuis Sami Sallinen (Finlande), Sanjit Das et Atul Loke (Inde),
extrêmement utiles à l’élaboration du rapport : Hafedh Chekir Ricardo Ramírez Arriola (Mexique), Pedro Sá da Bandeira
(États arabes), Thea Fierens (Europe de l’Est et Asie centrale), (Mozambique), Akintunde Akinleye (Nigéria), et Antonin
Nobuko Horibe (Asie et Pacifique), Bunmi Makinwa (Afrique) Kratochvil (ex-République yougoslave de Macédoine).
et Marcela Suazo (Amérique latine et Caraïbes). Hilkka
Vuorenmaa, responsable principale du plaidoyer de Väestöliitto, L’équipe de rédaction tient également à remercier les personnes
la Fédération familiale de Finlande, s’est chargée des préparatifs qui ont courageusement fait le récit des expériences qu’elles ont
des reportages dans ce pays. vécues pour le rapport.
De précieux apports ont également été effectués par Safiye Photo de couverture :
Çağar, Directrice de la Division de l’information et des Classe de géographie à l’université Eduardo Mondlane L’UNFPA, Fonds des Nations Unies pour la population, est une organisation internationale au
relations extérieures, Neil Ford, Chef du Bureau des médias de Maputo (Mozambique).
et de la communication, et Delia Barcelona, Saturnin Epie,
service du développement qui promeut le droit de chaque femme, homme et enfant à vivre
©UNFPA/Pedro Sá da Bandeira
en bonne santé et à jouir de chances égales. L’UNFPA vient en aide aux pays qui utilisent
les données relatives à la population afin de concevoir des politiques et des programmes
visant à réduire la pauvreté et à faire en sorte que chaque grossesse soit désirée, chaque
accouchement sans danger, chaque jeune non contaminé par le VIH/sida, chaque fille et
chaque femme traitée avec dignité et respect.
L’UNFPA — parce que tout le monde compte.
état de la population mondiale 2011
7 milliards de personnes :
leur monde, leurs possibilités
Avant-propos page ii
1 5
7 milliards de gens, Partir : pouvoir et
vus de près page 1 impact des migrations page 65
2 6
Les jeunes : une nouvelle force Planification de la
pour refaçonner le monde page 9 croissance urbaine page 77
3 7
Sécurité, puissance économique et Partager et entretenir
indépendance durant la vieillesse page 29
les ressources de la Terre page 93
4 8
Facteurs influant Perspectives d’avenir :
sur la fécondité page 43 finir d’appliquer le programme du Caire page 101
Indicateurs page 110
Sources choisies page 124
©UNFPA Antonio Fiorente
Avant-propos
Au 31 octobre, la Terre comptera 7 milliards d’habitants. Au cours de mon
existence, j’ai vu presque tripler la population mondiale et dans 13 ans, je la verrai
s’accroître encore d’un milliard de personnes. Durant la vie de mes petits-enfants,
il pourrait y avoir jusqu’à 10 milliards d’êtres humains sur terre.
Comment sommes-nous devenus si nombreux ? Certaines des tendances relevées sont
Combien d’êtres humains notre planète peut-elle remarquables. On compte aujourd’hui dans
nourrir ? le monde 893 millions de personnes de plus
Questions importantes que celles-là, mais qui de 60 ans et leur nombre, au milieu du siècle,
ne sont peut-être pas celles que nous devrions atteindra 2,4 milliards. Une personne sur
nous poser ces jours-ci. En nous obnubilant sur deux vit actuellement en milieu urbain et,
la magnitude du chiffre, nous risquons de nous dans 35 ans seulement, cette proportion sera
croire dépassés et de perdre de vue les nouvelles de deux personnes sur trois. Les gens de moins
possibilités d’amélioration des conditions de vie de 25 ans représentent 43 % de la population
pour tous dont l’avenir est porteur. mondiale et 60 % de celle de certains pays.
Donc au lieu de : « Sommes-nous trop Le rapport de cette année donne un aperçu
nombreux ? », nous devrions nous demander des divers défis démographiques auxquels
« Que puis-je faire pour améliorer notre monde ? » font face la Chine, l’Égypte, l’Éthiopie, l’ex-
ou « Que pouvons-nous faire pour que nos République yougoslave de Macédoine, la
villes en pleine croissante contribuent à la Finlande, le Mexique, le Mozambique et le
durabilité ? » Nous devrions également nous Nigéria, depuis le vieillissement de la population
interroger sur ce que chacun de nous peut faire jusqu’aux taux de fécondité élevés, depuis
pour autonomiser les gens du troisième âge et l’urbanisation jusqu’à l’émergence de nouvelles
leur permettre de jouer un rôle plus actif au générations de jeunes. Les taux de fécondité
sein de leur communauté, pour libérer la créa- sont particulièrement forts dans certains de ces
tivité et le potentiel de la cohorte de jeunes la pays alors que dans d’autres, ils sont si faibles
plus vaste que l’humanité ait jamais connue, que les pouvoirs publics recherchent les moyens
et pour éliminer les obstacles qui s’opposent d’accroître le nombre d’habitants. Certains pays
à l’égalité des sexes afin que tous, hommes et connaissent des pénuries de main-d’œuvre et se
femmes, soient libres de décider de leur sort et tournent vers la migration pour répondre à la
de réaliser leur plein potentiel. demande d’emplois, alors que d’autres dépendent
L’État de la population mondiale 2011 des envois de fonds des travailleurs de l’étranger
examine les tendances, la dynamique, qui défi- pour maintenir leur économie à flot. Et si
nissent notre monde de 7 milliards d’habitants et certains pays assistent à des afflux de population
montre ce que les gens, dans des nations et des dans leurs mégalopoles émergentes où les
circonstances aussi différentes qu’elles peuvent emplois sont nombreux mais où la vie est chère,
l’être, font au sein de leurs communautés res- d’autres assistent à des vagues d’émigration qui
pectives pour bénéficier au maximum de la vident le centre de leurs villes et remplissent leurs
conjoncture actuelle. zones péri-urbaines où le coût de la vie est plus
ii AvAnT-ProPoS
Le Directeur exécutif
de l’UNFPA, le
Dr Babatunde Osotimehin.
©Brad Hamilton
bas mais où les services de base et les emplois ne tout le monde n’a pas bénéficié de cet accom-
sont pas à la hauteur de la demande. plissement ni de l’amélioration de la qualité de
La thèse avancée dans le présent rapport est vie qui en résulte. Il existe de grandes disparités
qu’en planifiant et avec les investissements voulus entre les pays et en leur sein. Il en existe aussi en
dès à présent dans les êtres humains, pour leur matière de droits et de chances entre les hommes
permettre d’opérer des choix qui servent non et les femmes, les filles et les garçons, et il est
seulement leurs intérêts mais aussi ceux des biens important, aujourd’hui plus que jamais, de tracer
communs planétaires, notre monde de 7 mil- une voie qui mènera à un développement qui
liards d’habitants peut avoir des villes durables promeuve l’égalité au lieu d’approfondir ou de
et prospères, une main-d’œuvre productive renforce les inégalités.
capable d’alimenter la croissance économique, Nous avons tous un enjeu dans l’avenir de
des populations jeunes qui contribuent au bien- l’humanité. Les gens, les gouvernements, les
être économique et social et une génération du entreprises sont tous plus interconnectés et inter-
troisième âge en bonne santé et participant acti- dépendants que jamais. En conséquence, ce que
vement aux affaires sociales et économiques des chacun de nous fait aujourd’hui aura sur nous
communautés. tous de longues répercussions. Nous pouvons,
Dans de nombreuses régions du monde en ensemble, changer et améliorer le monde.
développement, où la croissance démographique
prend le pas sur la croissance économique, les
besoins de services de santé reproductive et notre monde compte
notamment de planification familiale, restent
7 milliards de gens et
considérables. La stabilisation de la population
est une condition préalable indispensable d’une 7 milliards de possibilités.
croissance économique et d’un développement
accélérés et planifiés. Les gouvernements qui Babatunde Osotimehin
prennent au sérieux l’élimination de la pauvreté Directeur exécutif, UNFPA
devraient également prendre au sérieux l’offre des
services, des fournitures et des informations dont
les femmes ont besoin pour exercer leurs droits
en matière de reproduction.
Le chiffre record atteint par notre population
peut être perçu par beaucoup de côtés comme
une réussite pour l’humanité : les gens vivent
plus longtemps et sont en meilleure santé. Mais
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 iii
iv CHAP it r e 1 : 7 m i lliArDs De geNs, vUs De Près
CHAPitre 7 milliards de gens,
UN
vus de près
Le jalon des 7 milliards d’habitants est caractérisé par des réussites, des revers et des
paradoxes. Si les femmes ont, en moyenne, moins d’enfants que dans les années
1960, notre population continue de croître. Nous sommes, de par le monde, à la
fois plus jeunes et plus vieux que jamais auparavant. Dans certains des pays les plus
pauvres, des taux de fécondité élevés freinent le développement et perpétuent la
pauvreté, alors que dans certains des pays les plus riches, la faiblesse des taux de
fécondité et le nombre insuffisant de gens qui Chine, Égypte, Éthiopie, ex-République you-
accèdent au marché de l’emploi suscitent des goslave de Macédoine, Finlande, Mexique,
préoccupations quant à la croissance écono- Mozambique et Nigéria – dont les gens ordinaires
mique soutenue et à la viabilité des systèmes de qui y vivent, les experts nationaux qui étudient les
sécurité sociale. Tandis que les pénuries de main- tendances démographiques et les décisionnaires
d’œuvre menacent l’économie de certains pays qui doivent prendre des mesures sur la base de la
industrialisés, les chômeurs désireux d’émigrer situation locale s’expriment directement et parlent
de pays en développement voient se fermer les de leur existence et de leur travail.
unes après les autres des frontières nationales qui Globalement, les gens de ces pays présentés
interdisent l’apport de leurs compétences. Et si ici forment un collage des différentes expé-
l’on enregistre des progrès dans la réduction de la riences, aspirations et priorités humaines, qui
pauvreté extrême, l’écart entre riches et pauvres illustre toute la diversité de la population de
se creuse pratiquement partout. notre planète et de ses tendances.
L’État de la population mondiale 2011 Il ne faut pas longtemps, dans les entretiens
explore certains de ces paradoxes du point de vue avec les gens qui vivent et travaillent dans ces
des individus et décrit les obstacles auxquels ils pays, pour se rendre compte qu’aucune question
se heurtent, et qu’ils surmontent, alors qu’ils relative à la population n’est aujourd’hui perçue
s’efforcent de se faire une vie meilleure pour comme isolée des autres. La vie des gens qui vieil-
eux-mêmes, leur famille, leur communauté et lissent, par exemple, est universellement liée aux
leur nation. tendances notées chez les jeunes. Dans de nom-
Au travers du prisme d’histoires person- breux pays développés et en développement, les
nelles, le rapport de cette année jette un coup de jeunes demandeurs d’emploi migrent de régions
phare sur les défis que nous avons à relever dans rurales vers les villes ou vers d’autres pays où les
Piétons à Mexico. notre monde de 7 milliards de personnes. C’est perspectives de travail sont plus favorables, laissant
©UNFPA/ricardo ramirez Arriola essentiellement un rapport de terrain sur 9 pays – souvent derrière eux des membres âgés de leur
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 1
famille, parfois sans l’appui dont ceux-ci ont besoin examen attentif que l’on voit se révéler beaucoup
dans leur existence quotidienne. Dans certains des des défis et des opportunités immédiats. En Chine,
pays riches, la réduction du nombre des jeunes est par exemple, la province de Shaanxi recherche
source d’incertitudes concernant les soins à dis- des moyens de loger et de veiller à l’entretien des
penser aux personnes âgées et le financement des personnes âgées de plus en plus nombreuses. Au
prestations sociales qui leur sont versées. Nigéria, dans une mégalopole telles que Lagos, les
Chacun des pays analysés dans le présent urbanistes s’efforcent de rénover certains quartiers
rapport voit dans ses tendances démographiques et de créer des collectivités plus cohérentes, plus
spécifiques, telles que l’urbanisation, l’accroisse- gérables et plus viables. À Mexico, les parcs convi-
ment de l’espérance de vie et l’expansion rapide viaux, les espaces verts en bordure des routes et le
des populations en âge de travailler, non seu- développement des transports en commun sont
lement de sérieux défis mais aussi d’immenses des priorités dans les efforts visant à rendre la vie
possibilités, des opportunités d’exploiter ces ten- urbaine plus saine et plus durable.
dances pour obtenir des effets positifs. Les débats Des pays tels que l’ex-République yougoslave
relatifs à la taille de la population font parfois de Macédoine et la Finlande, où la fécondité est
oublier cette réalité et ce n’est que lors d’un plus basse et où les femmes procréent à un âge
AnnéeS où LA PoPuLATIon mondIALe S’eST ACCrue de 1 mILLIArd
10 milliards
la croissance rapide de la population mondiale est un phénomène récent. il y a 2 000 ans
environ, la population mondiale était d’environ 300 millions de personnes et il a fallu plus
9 milliards
de 1 600 ans pour qu’elle double. la croissance démographique rapide a commencé en
8 milliards
1950, sous l’effet des réductions de la mortalité dans les régions les moins développées,
et la population du globe a atteint 6,1 milliards d’habitants en 2000, soit près de 2,5 fois la
7 milliards population de 1950. sous l’effet de la baisse de la fécondité dans la plupart du monde, le
taux de croissance démographique mondial diminue aujourd’hui depuis son maximum de
6 milliards 2,0 % en 1965-1970.
5 milliards
Source : Division de la population, Département des affaires économiques et sociales, Nations Unies.
4
4 milliards
3
3 milliards 2 1959
1
1927
2 milliards
1804
1 milliard
INTERVALLES D'AUGMENTATION DE 1 MILLIARD D'HABITANTS (EN ANNÉES) 123 32 15
1800 1850 1900 1950
2 CHAP it r e 1 : 7 milliArDs De geNs, vUs De Près
plus tardif que dans la plupart des régions du jeunes font valoir leurs droits à la santé, à l’édu-
monde, recherchent des moyens d’appuyer les cation et à des conditions de travail décentes,
femmes qui ont plus d'enfants. Des pays tels ils deviennent une force puissante de dévelop-
que l’Éthiopie et l’Inde ont lancé des campagnes pement économique et de changement positif.
pour mettre fin aux mariages précoces et préve- Dans tout le monde en développement, socio-
nir les grossesses qui menacent le pronostic vital logues et décisionnaires souhaitent tirer parti au
chez les adolescentes. maximum des vastes populations de jeunes, pour
Les villes se développent quasiment par- répondre aux espoirs de ceux-ci ainsi que dans
tout. Une bonne planification et des politiques l’intérêt de la croissance économique et du déve-
judicieuses permettent aux pouvoirs publics loppement. Toutefois, la fenêtre d’opportunité
d’instaurer une croissance urbaine qui renforce du « dividende démographique » se referme vite
l’économie et crée des emplois tout en faisant un et il faut agir promptement pour ne pas risquer
usage plus efficace de l’énergie et en élargissant de perdre ce dividende.
l’accès des gens aux services sociaux. Dans les pays les plus pauvres, l’extrême
Les gens de moins de 25 ans constituent pauvreté, l’insécurité alimentaire, les taux de
43 % de la population mondiale. Lorsque les mortalité élevés et la forte natalité se conjuguent
en un cercle vicieux. La réduction de la pauvreté
par le biais d’investissements dans la santé et
l’éducation, notamment pour les femmes et les
filles, permet de sortir de ce cercle. Lorsque les
conditions de vie s’améliorent, les parents com-
prennent que la plupart de leurs enfants vivront
et beaucoup choisissent alors de réduire la taille
de leur famille. Ceci permet d’augmenter l’inves-
77
tissement dans la santé et l’éducation de chaque
enfant, accroît la productivité et améliore les
perspectives à long terme pour la famille et
66
2011 2011 pour la nation.
55 1999 1999 Célébrer les accomplissements,
planifier pour l’avenir
44 1974 1974
1987 1987
MES PETITS-ENFANTS
MES PETITS-ENFANTS
VIVRONT-ILS
VIVRONT-ILS
De nombreux accomplissements obtenus au
cours des six dernières décennies sont à célébrer,
notamment l’accroissement de l’espérance de
DANS UN MONDE
DANS UN MONDE
DE DE vie à la naissance qui est passé, progrès notable,
10 MILLIARDS
10 MILLIARDS d’environ 48 ans au début des années 1950 à
D'HABITANTS
D'HABITANTS? ? environ 68 ans durant la première décennie du
siècle nouveau. La mortalité infantile qui était
d’environ 133 décès pour 1 000 naissances
durant les années 1950 a chuté pour se situer à
46 pour 1 000 pour la période 2005-2010. Les
campagnes de vaccination ont réduit la préva-
lence des maladies d’enfance de par le monde.
5 13 13 12 12
12 12
Par ailleurs, la fécondité, mesurée d’après le
nombre moyen prévu d’enfants par femme au
2000 2000 2050 2050
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 3
cours de sa vie procréative, a diminué de plus tions, qui est 2,1 enfants dont une fille. En Asie
de moitié, étant passée d’environ 6,0 à 2,5, de l’Est, où il était d’environ 6 enfants en 1950,
en partie du fait de la croissance économique il est aujourd’hui de 1,6, bien en-dessous du taux
et du développement des pays mais aussi sous de remplacement. En revanche, dans certaines
l’effet d’un ensemble complexe de forces sociales régions de l’Afrique, le taux de fécondité total n’a
et culturelles et d’un accès élargi des femmes connu qu’un modeste fléchissement et il se situe
à l’éducation, aux possibilités de génération toujours à plus de 5 enfants par femme.
de revenus et aux services de santé sexuelle et Mais malgré cette diminution de la fécon-
reproductive, notamment aux méthodes de dité mondiale, la population du globe continue
contraception modernes. d’augmenter d’environ 80 millions de personnes
Dans certaines régions, le taux de fécondité par an, soit approximativement la population de
total (indice synthétique de fécondité) a dimi- l’Allemagne ou de l’Éthiopie. Cette croissance
nué considérablement de 1950 à nos jours. En démographique considérable qui se maintient
Amérique centrale, par exemple, ce taux qui était est due au nombre élevé de naissances dans les
d’environ 6,7 enfants s’est établi, 61 ans plus années 1950 et 1960, qui ont produit des popu-
tard, à 2,6, soit un demi-point de pourcentage lations de base plus nombreuses où des millions
de plus que le taux de remplacement des généra- de jeunes sont parvenus à l’âge de procréer,
génération après génération.
La Division de la population du Départe-
ment des affaires économiques et sociales des
ChIne eT Inde : LeS mILLIArdAIreS
Nations Unies, dans ses World Population
Ces deux géants que sont la Chine et l’Inde ont publié récemment les résul- Prospects : The 2010 Revision [Perspectives de la
tats de leur dernier recensement, donnant au reste du monde un aperçu de
population mondiale : la révision de 2010] (paru
l’évolution de leur population et de leur taux de croissance démographique.
en mai 2011) prévoit une population mondiale
On trouvera ci-dessous les informations relatives à ces deux pays, telles
qu’elles ressortent des chiffres officiels ou des projections des Nations Unies.
de 9,3 milliards d’habitants en 2050, révision
Selon les projections de la Division de la population du Département des à la hausse des estimations précédentes, et de
affaires économiques et sociales des Nations Unies, en 2025, l’Inde, avec plus 10 milliards d’ici la fin de notre siècle, ce
1,46 milliard d’habitants, dépassera la Chine, qui comptera alors 1,39 milliard scénario étant fondé sur l’hypothèse d’une baisse
d’habitants, pour devenir le pays le plus peuplé de la planète. La population progressive des taux de fécondité. Le total, avec
de la Chine, selon la variante moyenne, diminuera alors et s’établira à environ
une petite variation seulement de la fécondité, en
1,3 milliard d’habitants en 2050. La population de l’Inde, elle, continuera de
particulier dans les pays les plus peuplés, pourrait
croître jusqu’en 2060, où elle avoisinera 1,7 milliard d’habitants avant de
commencer à diminuer.
être plus grand, estime la Division de la popu-
lation : la Terre pourrait compter 10,6 milliards
d’habitants en 2050 et plus de 15 milliards en
Chine Inde 2100. « Une grande part de cette augmentation
proviendra vraisemblablement des pays à haute
Population totale, 2011 1,35 milliard 1,24 milliard fécondité, à savoir 39 pays d’Afrique, neuf pays
d’Asie, six pays d’Océanie et quatre pays d’Amé-
Augmentation 2001–2010 69,7 millions 170,1 millions
rique latine », signalent les Nations Unies.
Taux de fécondité 1,6 2,5
Selon John Cleland de la London School of
Hygiene and Tropical Medicine, expert interna-
Année prévue de stabilisation de 2025 2060 tional en matière de reproduction en Afrique,
la population
l’Afrique subsaharienne est « la seule région au
moyen où la population doit encore doubler ou
Source : Nations Unies, Département des affaires économiques et sociales,
Division de la population (2011).
tripler au cours des 40 ans à venir ». La raison
4 CHAP it r e 1 : 7 m i lliArDs De geNs, vUs De Près
pour laquelle les démographes concentrent leur tant que directeur du Bureau de la population de
attention sur la région est claire, dit-il : « Il est l’Agence des États-Unis pour le développement
plus difficile de s’extirper de la pauvreté et de international, professeur dans les domaines de la
la faim en présence d’une croissance démogra- population et de la santé familiale à l’université
phique rapide ». Columbia et directeur-général de la Fédération
« À l’évidence, nous vivons une période internationale pour la planification familiale.
extraordinaire de l’histoire de l’humanité, une « Le rythme de la croissance présente d’im-
époque de croissance sans précédent de notre menses défis pour un grand nombre des pays les
espèce », dit Steven Sinding qui observe les ten- plus pauvres, auxquels font défaut les ressources
dances démographiques depuis des années en nécessaires non seulement pour répondre à la
eSTImATIonS eT ProjeCTIonS de PoPuLATIon PAr grAndeS régIonS,
vArIAnTe moyenne : 1950-2100 (en mILLIArdS)
5,5
5,0
4,5
4,0
3,5
3,0
milliards
2,5
2,0
1,5
1,0
0,5
0,0
1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020 2030 2040 2050 2060 2070 2080 2090 2100
Asie Afrique Amérique latine et Caraïbes Europe Amérique du Nord Océanie
L’Asie restera la région du monde la plus même que sa fécondité qui était de 4,6 pour diminuer ensuite très lentement mais
peuplée au cours du XXIe siècle, mais enfants par femme durant la période tout en se maintenant aux alentours de
l’Afrique gagnera du terrain, sa population 2005-2010 se réduira et s’établira à 2 milliards d’ici la fin du siècle. La popu-
faisant plus que tripler et passant de 1 mil- 3,0 enfants par femme pour la période lation de l’Europe doit atteindre son
liard d’habitants en 2011 à 3,6 milliards en 2040-2045. maximum aux environs de 2025 où elle
2100. La population de l’Asie, actuellement de se situera à 740 millions d’habitants et elle
En 2011, 60 % de la population du 4,2 milliards d’habitants, parviendra selon diminuera ensuite.
globe vivent en Asie et 15 % en Afrique. les projections à son maximum au milieu
Le taux de croissance démographique de du siècle (5,2 milliards en 2052) et com-
l’Afrique se situera à 2,3 % par an, soit mencera alors à diminuer lentement. Source : Nations Unies, Département des
plus du double de celui de l’Asie (1 % par La population de toutes les autres affaires économiques et sociales, Division de la
an). La population de l’Afrique a dépassé grandes régions réunies (Amériques, population (2011).
un milliard en 2009 et devrait augmen- Europe et Océanie) est de 1,7 milliard d’ha-
ter encore d’un milliard en l’espace de bitants en 2011 et, selon les projections,
35 ans seulement (d’ici 2044), alors parviendra presque à 2 milliards en 2060
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 5
demande d’infrastructure, de services de santé Les programmes efficaces, note-t-elle, fournissent
et d’éducation de base et d’emplois pour les en temps utile des informations suffisantes et
jeunes en nombre croissant, mais également pour scientifiques adaptées aux besoins de chaque
s’adapter aux changements climatiques. » groupe d’âge. « Les études d’évaluation ont
La stabilisation de la croissance démogra- démontré que l’éducation sexuelle contribue à
phique, en particulier dans les pays les plus retarder les premiers rapports sexuels, à accroître
pauvres, exige un accès élargi et plus universel l’emploi de méthodes de contraception et de
aux services de santé reproductive, en particulier préservatifs et à réduire la violence à l’égard des
à la planification familiale. Ces services doivent filles, dit-elle. Cela a également pour effet de
être fondés sur les droits de la personne et les réduire le nombre de grossesses précoces et non
renforcer ; ils devraient inclure une éducation désirées et la propagation du VIH/sida. »
sexuelle à l’intention des jeunes et tout particu-
lièrement des adolescentes. 7 milliards d’habitants :
José Ángel Aguilar Gil, directeur de des chiffres et des gens
Democracia y Sexualidad, A.C., organisation Tandis qu’une bonne partie du monde se
non gouvernementale ayant son siège à Mexico concentrera sans aucun doute sur les chiffres
qui œuvre en faveur de la santé sexuelle et le 31 octobre, jour où selon les démographes
reproductive et des droits dans ce domaine, note la population mondiale atteindra les 7 mil-
que les adolescentes et les jeunes femmes « ont liards d’habitants, le présent rapport s’intéresse
le droit d’accéder à une éducation intégrée en aux individus et aux analystes qui étudient les
matière de sexualité dans le cadre d’un droit de tendances qui touchent les gens dans leur exis-
la personne général, le droit à l’éducation ». tence quotidienne. Il examine les décisions que
Gabriela Rivera, associée au programme au prennent les individus, ou qu’ils voudraient
Bureau de l’UNFPA de Mexico signale qu’il prendre si la possibilité leur en était donnée.
existe « de vastes preuves » des effets bénéfiques À la Conférence internationale sur la
d’une éducation sexuelle fondée sur les droits. population et le développement, en 1994,
les nations ont convenu que la résolution des
questions de population bénéficierait de l’auto-
Gabriela Rivera,
associée du programme
nomisation des femmes et des filles et de leur
national sur la santé participation à la vie sociale et économique
sexuelle et reproductive de leur pays sur un pied d’égalité avec les
pour les jeunes et les
hommes et les garçons, en leur permettant de
populations vulnérables,
UNFPA-Mexique prendre des décisions fondamentales sur leur
©UNFPA/ricardo ramírez existence, notamment des décisions concernant
Arriola
le moment et l’espacement des naissances de
leurs enfants. À l’époque où les délégations
assemblées au Caire ont émis leur Programme
d’action historique, une somme considérable
de recherches et d’expérience provenant de
nombreux pays documentait déjà le fait que
lorsque les femmes ont des droits et des chances
également dans leur société et que les filles
sont éduquées et en bonne santé, les taux de
fécondité diminuent. Le Programme d’action
précisait aussi clairement que l’autonomisation
6 C HAP it r e 1 : 7 m i lliArDs De geNs, vUs De Près
Amsalu Buke (à gauche)
et une assistante.
©UNFPA/Antonio Fiorente
des femmes n’est pas une simple fin en soi mais
PoPUlAtioN et PAUvreté
qu’elle constitue également une étape sur la voie
de l’élimination de la pauvreté.
L’État de la population mondiale 2011 extraits du Programme d’action de la Conférence
commence par un échantillon de jeunes et une internationale sur la population et le développement
analyse de la signification de l’augmentation de …La persistance de la pauvreté généralisée et l'existence de graves inéga-
leur nombre dans différents contextes. Les cha- lités entre les groupes sociaux et les sexes ont une grande influence sur
pitres qui suivent sont consacrés à l’examen du les paramètres démographiques tels que l'accroissement, la structure et
vieillissement des populations, des migrations, la répartition de la population et sont en retour influencées par eux…. Les
des relations qui existent entre la fécondité, efforts déployés pour freiner l'accroissement de la population, réduire la
pauvreté, faire progresser l'économie, améliorer la protection de l'envi-
les services de santé reproductive, le genre et
ronnement et restreindre les modes de consommation et de production
les droits des femmes et des filles, la gestion
non viables se renforcent mutuellement…. L'élimination de celle-ci [la
des vastes zones urbaines et les contraintes pauvreté] contribuera à freiner l'accroissement de la population et à en
environnementales. hâter la stabilisation.
Le rapport contient dans ses pages les propos
d’individus visionnaires venus du monde entier
et leurs mûres réflexions sur les défis qu’ils ont
à relever et les opportunités qu’ils peuvent saisir
pour façonner leur société et la population mon-
diale pour le siècle actuel et au-delà. Nombre
de ces individus sont jeunes et conscients du
fait démographique qu’ils participeront à la
conception du monde du XXIe siècle.
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 7
8 CHAP it r e 2 : le s j eUNes : UNe NoUvelle Fo rCe PoUr re FA ç oNN e r l e moND e
les jeunes : une nouvelle
force pour refaçonner
CHAPitre
deUx
le monde
Ethel Phiri, pair-éducatrice de 22 ans à l’Association de planification familiale du
Mozambique (AMODEFA), l’une des associations non gouvernementales qui
exécutent le programme national pour les jeunes dit Geração Biz, organise des
bancadas femininas, groupes de discussion dans les établissements scolaires, les
marchés ou ailleurs dans les collectivités des environs de Maputo pour fournir aux
jeunes des appuis dans les domaines de la santé sexuelle et reproductive et de la
prévention de l’infection par le VIH et pour les cales à l’épaule, est une révolutionnaire tranquille
informer sur les droits des femmes. Ses groupes, aux yeux des femmes qui vivent dans la région
dit-elle, « parlent beaucoup de la domination des sans médecins ni routes. Se déplaçant à pied par
femmes par les hommes ». « Les femmes, précise- les champs desséchés de hameau en hameau,
t-elle, n’ont pas voix au chapitre chez elles. Elles Amsalu Buke, qui n’a que 20 ans, apporte la plani-
veulent que la culture change et que le gouverne- fication familiale aux femmes; ses services sont très
ment s’intéresse davantage à leurs problèmes. » demandés et nombreuses sont celles qui l’arrêtent
En Chine, les jeunes cherchent des moyens en chemin et qui plaident discrètement avec elle
de s’informer sur les opportunités économiques pour obtenir des contraceptifs.
qui les attendent et s’efforcent de se positionner À Skopje, capitale de l’ex-République
de manière à pouvoir en bénéficier. À Xian, dans yougoslave de Macédoine, un groupe de jeunes
la province de Shaanxi, de jeunes travailleurs femmes a parlé des opportunités de création
chinois migrants décrivent leur emploi dans les d’entreprise qu’elles ont saisies dans une éco-
étals des marchés et les usines comme un moyen nomie en transition et de leurs efforts pour se
de gagner de l’argent avant de rentrer chez eux positionner favorablement afin d’assurer le succès
où ils fonderont leur entreprise. Han Qian, de leurs initiatives. Plusieurs d’entre elles ont
Ricardo Moreno et
Sara Gonzalez à
21 ans, a d’abord fait des études de médecine, vécu à l’étranger, acquis des compétences et pris
Mexico. Les deux puis s’est réorientée vers la pharmacie et a confiance en elles, comme le font tant de jeunes
jeunes, qui sont trouvé un emploi de laborantine où elle teste migrants, qu’ils se rendent soit dans d’autres pays
fiancés, ont décidé
des médicaments. Peu intéressée par ce travail, soit en milieu urbain dans leur propre pays. L’une
d’attendre que Sara
ait terminé ses études
mais fascinée par un marché au thé voisin, elle des nouvelles entrepreneures de Skopje, Marina
et trouvé un emploi fait des économies afin de disposer de fonds suf- Anchevska, a travaillé aux Pays-Bas avant de ren-
avant de se marier et fisants pour lancer un magasin et salon de thé. trer s’établir en tant que monitrice personnelle
d’avoir des enfants.
Dans le village de Tare, localité éthiopienne et d’entreprise, se spécialisant dans le yoga. Elle
©UNFPA/ricardo
ramírez Arriola isolée, Amsalu Buke, sa boîte de fournitures médi- souhaite changer l’atmosphère des bureaux et des
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 9
salles de conseils d’administration pour que ce continuer leurs études et de ne pas se marier
pays au passé socialiste attire des investissements tant qu’ils n’ont pas un bon emploi.
étrangers et des partenaires économiques inter- Et en Inde, des milliers de jeunes de niveau
nationaux qui l’aideront à se développer. universitaire ont rejoint l’économie mondiale en
Au Nigéria, Fauziya Abdullahi, habitante de tant qu’agents de centres d’appels, en espérant
la vaste métropole de Lagos, est l’organisatrice faire ainsi un premier pas sur la voie d’une car-
d’une campagne à base urbaine qui a inscrit rière technologique.
des jeunes sur les listes électorales pour qu’ils Tous ces jeunes ont des espoirs, des ambi-
participent aux récentes élections nationales de tions et la volonté d’améliorer leurs conditions
ce pays le plus peuplé de l’Afrique, où 70 % de de vie ainsi que celles de leurs pairs, voisins, col-
la population a moins de 35 ans. Sa campagne, lectivités et pays. Toutefois, leur succès dépendra
dite « Buggie the Vote », inspirée par un show de de leur aptitude à tirer parti des possibilités
télévision pour jeunes du nom de School Buggie, d’éducation et des opportunités économiques
promouvait le débat et la participation poli- lorsqu’elles se présenteront et à surmonter les
tiques et avait adopté pour slogan « La jeunesse obstacles qui s’opposent à leur santé et à leurs
négocie l’avenir par son vote ». droits dans les domaines de la sexualité et de
Au Mexique, les industries de la production la reproduction.
et des services alimentaires sont considérées
comme offrant d’intéressantes possibilités de des jeunes plus nombreux,
carrière. Leo Romero, 16 ans, s’arrête quelques un potentiel plus grand
instants pour parler au milieu du fracas des ska- Bien que les gens de 24 ans ou moins repré-
teurs et des cyclistes acrobatiques qui dévalent sentent près de la moitié des 7 milliards
les rampes aménagées pour eux sous un pont d’habitants du monde (et qu’il ait 1,2 milliard
routier de la ville; son intention, dit-il, est de de jeunes de 10 à 19 ans), selon les World
faire des études à un institut culinaire pour se Population Prospects : The 2010 Revision de la
t Une animatrice de jeunesse,
Pauzia Abdullahi, à Lagos
lancer dans la gastronomie. Musicien à temps Division de la population du Département des
(Nigéria). partiel dans un groupe de salsa pour gagner des affaires économiques et sociales des Nations
©UNFPA/Akintunde Akinleye sous, il nous fait savoir qu’il dit à ses amis de Unies, leur pourcentage de la population de
certains grands pays en développement est déjà
parvenu à son maximum. En fait, le pour-
centage de jeunes (gens de 10 à 24 ans selon
la classification des Nations Unies) a com-
mencé à diminuer dans de nombreux lieux,
pas seulement dans les pays industrialisés mais
également dans les pays à revenu intermédiaire.
Au Mexique, où la fécondité a marqué une
baisse notable au cours des dernières décennies,
la pyramide de la population se réduit régu-
lièrement à la base, le groupe compris entre la
naissance et 14 ans étant passé de 38,6 % du
total national en 1990 à 34,1 % en 2000, puis
à 29,3 % en 2010. L’âge médian du pays a donc
augmenté et est passé de 19 ans à 26 ans en
l’espace de deux décennies. La pyramide change
ainsi de forme, son renflement se déplaçant
10 CHAP it r e 2 : le s j eUNes : UNe NoUvelle ForCe PoU r re FAç oN N e r l e moND e
progressivement vers le haut pour atteindre la De nombreux démographes s’intéressent au
génération d’âge moyen. développement économique et social qui touche
Les statistiques telles que celles-là montrent les jeunes de l’Inde, avec ses 1,2 milliard d’habi-
que, dans les pays à revenu intermédiaire et dans tants, étant donné que le pays est en passe de
certains pays à bas revenu en développement dépasser la Chine, qui compte actuellement envi-
rapide, le nombre d’années durant lesquelles on ron 1,3 milliard d’habitants, pour devenir le pays
peut compter sur une population active jeune le plus peuplé du globe d’ici 2025 et que sa taille
pour alimenter le développement n’est pas illi- affectera le profil démographique mondial.
mité et que les pouvoirs publics et le secteur En Inde, où le taux fécondité se situe à t « Vous pouvez dire non
privé doivent agir promptement pour préparer 2,5 enfants par femme, soit bien au-dessus au sexe, mais jamais aux
préservatifs ! » Brochure
les jeunes à jouer un rôle productif et créer des du taux de remplacement de 2,1; plus de
présentée par Ethel Phiri,
emplois à leur intention suffisamment tôt durant 600 millions de gens ont 24 ans ou moins. Les militante à l’AMODEFA à
leur vie active. responsables officiels se disent confiants devant Maputo (Mozambique).
En Afrique subsaharienne, où les taux de cette vaste cohorte de jeunes et d’enfants qui, ©UNFPA/Pedro sá da Bandeira
croissance économique restent relativement éle-
vés, les pouvoirs publics ont été avertis, par le
biais du Rapport économique sur l’Afrique 2011
publié par la Commission économique pour
l’Afrique et l’Union africaine, que les emplois
nécessaires n’étaient pas au rendez-vous. Le
rapport plaide vigoureusement en faveur d’inter-
ventions gouvernementales plus efficaces pour
élaborer des politiques et des programmes de
création d’emplois.
À Skopje, la sociologue Antoanela Petkovska
de l’université Saint-Cyrille et Saint-Méthode
s’inquiète de l’effet démoralisateur qu’a l’absence
de débouchés satisfaisants sur les jeunes en cours
d’études. « Ils regardent l’avenir d’un œil très
pessimiste, dit-elle, tout particulièrement en rai-
son des taux de chômage élevés. Ils ne voient pas
de possibilités qui s’ouvrent. Alors ils s’acharnent
à obtenir des diplômes et pas à acquérir des
connaissances. » Elle demande à l’État une aide
accrue pour intégrer les jeunes dans la commu-
nauté intellectuelle européenne afin d’élargir
leur éducation et souhaite une réforme de
l’enseignement supérieur dans son pays, y inclus
de la recherche scientifique, pour autoriser les
échanges universitaires. « Je suis parfois très
triste pour mes étudiants, parce que ce sont des
jeunes intelligents mais qui ont besoin d’appuis
pour répondre à certains de leurs besoins,
explique-t-elle. Nous avons vraiment d’immenses
possibilités. »
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 11
l’entrée dans la vie active en
situation de pénurie d’emplois
Pratiquement partout, les emplois stables et
décemment rémunérés sont rares, tout particuliè-
rement pour les jeunes.
L’Organisation internationale du Travail
(OIT) a signalé en 2010 qu’au niveau mondial,
81 millions des 620 millions de jeunes de 15 à
24 ans économiquement actifs, soit 13 % de ce
groupe d’âge, étaient au chômage durant l’année
précédente, principalement en raison de la crise
financière et économique mondiale.
Au plus fort de cette crise, le taux de chô-
mage mondial des jeunes a connu sa plus forte
augmentation annuelle de tous les temps : il est
selon eux, sera bénéfique pour l’économie au passé de 11,9 % en 2007 à 13,0 % en 2009.
t
Jeunes Égyptiens près de
la place Tahrir au Caire. cours des années à venir. Les démographes et les Les jeunes femmes, ajoute l’OIT, ont éprou-
©UNFPA/matthew Cassel
sociologues, en revanche, se montrent sceptiques vé davantage de difficultés à trouver un emploi
et se demandent combien de jeunes seront prêts que les jeunes hommes, leur taux de chômage se
à mener une vie productive dans un contexte situant à 13,2 % en 2009, contre 12,9 % pour
économique de plus en plus complexe et sophis- leurs homologues masculins. La situation est
tiqué, alors que 48 % des enfants de l’Inde sont particulièrement grave dans les États arabes et
dénutris, que 66 % seulement terminent leurs « ne peut que s’aggraver car la crise économique
études primaires et que la moitié ou moins ferme les quelques portes qui s’ouvraient encore
font des études secondaires, comme le signale à ceux et à celles qui chercher à obtenir des
la Situation des enfants dans le monde 2011 de revenus et une certaine satisfaction par le biais
l’UNICEF. de l’emploi », signale l’OIT, qui y voit « un
C. Chandramouli, conservateur général et immense gâchis du potentiel productif des
commissaire du recensement de l’Inde, avance jeunes femmes ».
l’argument que l’on peut encore être optimiste Même dans la meilleure des conjonctures
en ce qui concerne la croissance industrielle économiques, les jeunes femmes trouvent généra-
car la vaste population de jeunes en âge de lement plus difficile de trouver un emploi que les
travailler a le potentiel d’alimenter l’économie jeunes hommes. Lorsqu’elles en trouvent un, il
pendant plusieurs décennies. Hors du pays, est souvent moins bien rémunéré et dans le sec-
les économistes voient ce facteur et la présence teur informel où il n’y a ni sécurité de l’emploi
d’un régime politique démocratique capable de ni avantages sociaux.
prendre des mesures correctives comme indi- Le chômage des jeunes et les situations dans
quant que la forte croissance économique de lesquelles ceux-ci abandonnent et cessent de
l’Inde se poursuivra. Mais M. Chandramouli chercher du travail « infligent des coûts à l’éco-
ajoute une mise en garde. « La question à pré– nomie, à la société, à l’intéressé et à sa famille »,
sent est de savoir comment l’on agira face à signale l’OIT, qui rappelle par ailleurs l’existence
cette forte augmentation de la population jeune, d’un lien démontré entre la chômage des jeunes
note-t-il. Quels types de compétences leur et l’exclusion sociale. Certains jeunes qui ne sont
donnera-t-on ? Comment en fera-t-on des pas capables de gagner leur vie doivent recourir
valeurs actives ? » à l’appui financier de leur famille, ce qui réduit
12 CHAP it r e 2 : le s j eUNes : UNe NoUvelle ForCe PoU r re FAç oNN e r l e moND e
les ressources disponibles pour les dépenses et
l’investissement des ménages. La société y perd,
elle, son investissement dans l’éducation et l’État
les contributions que les jeunes, s’ils étaient
employés, apporteraient au système de sécurité
social. « Tout cela fait peser une menace sur le
potentiel de croissance et de développement
de l’économie », note l’OIT. Il est impératif de
créer des possibilités d’obtention de revenus car
les jeunes ne sont pas seulement les générateurs
d’idées et d’innovations, mais aussi « les moteurs
du développement économique » des pays.
« Renoncer à ce potentiel est un gâchis
économique. »
En 2011, au milieu des révolutions dans les
rues des pays arabes, l’OIT a également estimé
que le chômage des jeunes, dont le taux est de
23,4 % dans le monde arabe, était un facteur
majeur qui contribuait aux soulèvements.
« Il est dur d’être un jeune au Mozambique,
dit Rui Pedro Cossa, 24 ans, étudiant en géo-
graphie à l’université Eduardo Mondlane de
Maputo. Normalement, la jeunesse est une
période de la vie où l’on acquiert de l’expérience
pour l’avenir. Mais ici, il y a plus de problèmes
que de possibilités et il est impossible de sur-
monter les obstacles. »
Fernanda Paola Manhique, camarade de
classe de Rui Pedro Cossa, opine et ajoute que
les perspectives d’emploi pour les jeunes sont
« difficiles ». budgets et comment l’on élabore les politiques.
t
Fernanda Manhique,
étudiante en géographie à
Quelles que soient les difficultés actuelles Fort de plus de 100 membres, le Parlement de
l’université Eduardo Mondlane
que connaissent actuellement ces deux jeunes à la jeunesse, qui siège à Abuja, capitale du pays, de Maputo (Mozambique).
trouver un emploi dans leur domaine de compé- dans les locaux de l’Assemblé nationale nigé- ©UNFPA/Pedro sá da Bandeira
tence, la situation est encore appelée à s’aggraver riane, a pour tâche d’émettre des résolutions
durant les années à venir pour les demandeurs consultatives qui sont soumises pour examen au
d’emploi sans éducation supérieure. gouvernement. Durant sa première année, il a
En divers lieux, des jeunes s’efforcent de proposé plusieurs mesures qui ont été adoptées
prendre des initiatives pour élargir la gamme depuis au niveau de l’administration fédérale, et
des opportunités. Au Nigéria, en 2008, les notamment un plan national d’emploi-jeunesse.
jeunes se sont vu confier un rôle officiel avec Olalekan Azeez-Iginla, coordonnateur
l’établissement du Parlement national de la jeu- du National Youth Network on HIV-AIDS,
nesse, conçu par le gouvernement fédéral pour Population and Development de l’État de Lagos,
apprendre aux générations montantes comment est déjà actif dans le domaine de l’emploi. Il note
l’on rédige les lois, comment l’on planifie les que jusqu’à une date récente, les jeunes n’avaient
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 13
pas effectué d’apports notables à l’élaboration des de créer des emplois pour un million de jeunes
politiques et à la gouvernance. Il tient un réper- qualifiés.
toire de jeunes possédant les qualités requises qui
« veulent aider à planifier l’avenir dont ils consti- Beaucoup de jeunes ont moins
tueront une composante ». Il entend demander d’enfants
au gouverneur de l’État de Lagos de trouver ou Les jeunes d’aujourd’hui, femmes et hommes,
et beaucoup d’eux encore dans leur adolescence
dans les pays les moins avancés, veulent une
meilleure éducation, des soins de santé de qualité
TAux de PArTICIPATIon deS jeuneS à LA et la possibilité de trouver un emploi qui leur
ForCe de TrAvAIL, PAr régIon eT PAr permettra de vivre et de faire vivre leur famille.
Sexe, 2010 Dans beaucoup de pays du Nord, ils se marient
plus tard et ont moins d’enfants et l’on assiste à
Les taux de participation des jeunes à la force de travail sont plus bas
pour les femmes que pour les hommes dans toutes les régions, sauf
l’émergence, encore lente, de la même tendance
en Asie de l’Est, ce qui reflète principalement les différentes traditions dans de nombreux pays en développement. Cette
culturelles et le manque pour les femmes d'opportunités qui leur per- tendance est liée non seulement à une amélio-
mettraient de concilier les responsabilités familiales et professionnelles, ration de l’éducation et de l’emploi, mais aussi
non seulement dans le monde en développement mais aussi dans le à un accès sans restrictions aux services de santé
monde industrialisé. Dans de nombreuses régions, les écarts constatés reproductive, et notamment de contraceptifs.
entre hommes et femmes se sont réduits au cours de la dernière décen-
En Éthiopie, pays à faible revenu dont 39 %
nie mais ils restent marqués en Asie du Sud, au Moyen-Orient et en
Afrique du Nord. Dans cette dernière région, le taux de participation des
des 82,9 millions d’habitants vivent en-deçà
femmes a diminué plus rapidement que celui des hommes ce qui a eu du seuil de pauvreté international (revenu de
pour effet de creuser l’écart entre les sexes. 1,25 dollar par jour), selon la Banque mondiale,
c’est le manque et non pas les attentes croissantes
Total hommes Femmes et l’amélioration du niveau de vie qui constitue
(en %) (en %) (en %) le principal facteur de décision pour les jeunes
monde 50,9 58,9 42,4 citadins des deux sexes en matière de choix
relatif à la famille. Assefa Hailemariam, ancien
Pays développés et 50,2 52,6 47,7
union européenne
directeur du Population Studies and Research
Centre de l’Institute of Development Studies de
europe centrale et du 41,7 47,7 35,5
Sud-est (hors union
l’université d’Addis-Abeba, fait remarquer que
européenne) et CeI les jeunes vivant en milieu urbain provoquent
une chute rapide des taux de fécondité pour des
Asie de l’est 59,2 57,0 61,6
raisons économiques.
Asie du Sud-est et 51,3 59,1 43,3
« La vie urbaine demande beaucoup, dit-il.
Pacifique
Vous ne pouvez pas compter sur vos parents
Asie du Sud 46,5 64,3 27,3 pour garder vos enfants. Vous ne pouvez pas en
Amérique latine et 52,1 61,3 42,7 avoir trop, les élever, vous occuper d’eux. Par
Caraïbes ailleurs, dans les villes, les gens ont accès aux
moyen-orient 36,3 50,3 21,5
médias et ils savent qu’avoir moins d’enfants
est meilleur pour leur avenir : vous pouvez leur
Afrique du nord 37,9 52,5 22,9
payer des études, les vêtir, etc. »
Afrique subsaharienne 57,5 62,7 52,2 Au niveau national, le taux de fécondité de
l’Éthiopie est de 3,8 pour la période 2010-2015.
Source : Global Employment Trends for Youth. Organisation internationale À Addis-Abeba, la capitale, M. Hailemariam
du Travail.
14 CHAP it r e 2 : le s j eUNes : UNe NoUvelle ForCe PoU r re FAç oN N e r l e moND e
Un animateur de jeunesse,
Olalekan Azeez-Iginla, au
cours d’une interview au
bureau de l’UNFPA de
Lagos (Nigéria).
©UNFPA/Akintunde Akinleye
signale que ce taux a chuté à moins de 1,5. « En à leurs jours, est en baisse, notent l’UNFPA et
2000, il était aux alentours de 1,9 et il devrait le Population Reference Bureau, organisation de
aujourd’hui être bien plus bas encore, dit-il. Pas recherche américaine indépendante. Mais dans
nécessairement du fait de la contraception, encore la région d’Amhara et dans d’autres régions de
que celle-ci ait joué un rôle, mais en raison de l’Éthiopie, il constitue toujours une pratique
diverses questions de développement, un âge du
mariage plus élevé à Addis, l’éducation, l’améliora-
tion de la santé, l’accès aux contraceptifs. » ArgumenT éConomIque en FAveur de
Mariage plus tardif L’InveSTISSemenT dAnS LA jeuneSSe
Encore très jeune elle-même, Amsalu Buke, qui L’adolescence est une période importante pour l’acquisition des compé-
apporte la planification familiale dans les collec- tences, la santé, les réseaux sociaux et autres composantes du capital
tivités éthiopiennes isolées où l’accès est limité, a social nécessaire pour mener une vie satisfaisante. Le fait que le capital
humain formé au cours de l’adolescence et de la jeunesse est aussi un
eu l’occasion d’observer de près la vie des adoles-
déterminant important de la croissance à long terme est un argument
centes et des petites filles. Au cours de ses quatre
macroéconomique qui milite fortement en faveur d’un accroissement de
ans à son poste dans le village de Tare, dit-elle, l’investissement dans les jeunes.
elle a constaté une diminution du nombre de Les investissements sociaux dans l’éducation, la santé et l’emploi des
mariages d’enfants. « Les filles se mariaient à jeunes peuvent permettre aux pays de se constituer une base économique
13 et à 14 ans, note-t-elle. À présent, grâce au solide et de mettre ainsi un terme à la pauvreté intergénérationnelle. Le
plaidoyer des organisations locales de femmes, renforcement des capacités des jeunes peut dégager des dividendes
importants au cours de leur participation à la vie économique active.
cette pratique disparaît. »
Les jeunes constituent également une immense ressource pour la
L’Éthiopie, où la moitié des filles sont
croissance dans le court terme. L’oisiveté des jeunes est coûteuse entre
mariées à l’âge de 18 ans, est l’un de plusieurs termes de manque à produire … La perte de revenus dans la jeune généra-
pays où le mariage d’enfants, qui réduit à néant tion se traduit par un manque d’épargne ainsi que par une réduction de la
les possibilités d’éducation des filles et qui risque demande globale. — Extrait de The Case for Investing in Young People as Part
de porter atteinte à leur santé ou de mettre fin of a National Poverty Reduction Strategy. UNFPA, 2010.
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 15
Amsalu Buke et son
assistante en chemin :
elles apportent la
planification familiale
à des collectivités
isolées de l’Éthiopie.
©UNFPA/Antonio Fiorente
réfractaire qui continue de priver les filles et les année, selon les estimations, à 6 000 décès lors
jeunes femmes de leurs droits, de leur éducation de grossesses chez les adolescentes, beaucoup
et de leur santé. résultant d’un mariage précoce, ainsi que l’in-
Le Population Reference Bureau signale dans dique un récent rapport de Swapna Majumdar
son rapport d’enquête de 2011 intitulé Who de Women’s eNews.
Speaks for Me? Ending Child Marriage [Qui « Le mariage d’enfants s’oppose à la réalisation
parle pour moi ? Mettre fin au mariage précoce], de pratiquement tous les objectifs du Millénaire
que huit des dix pays où les taux de mariage pour le développement; c’est un obstacle à la
d’enfants sont les plus élevés se trouvent en réduction de la pauvreté, à l’éducation primaire
Afrique; le Niger où les trois quarts des filles pour tous, à la promotion de l’égalité des sexes, à
sont mariées avant 18 ans vient en tête de liste. l’amélioration de la santé maternelle et infantile,
Les deux autres non africains sont le Népal, où et à la réduction de l’infection par le VIH et du
7 % des filles sont mariées à l’âge de 10 ans et sida », peut-on lire dans le rapport d’enquête du
40 % à l’âge de 15 ans, et le Bangladesh. La Population Reference Bureau. Le rapport ajoute
pratique est également très répandue dans plu- que du fait que les filles sont souvent mariées à
sieurs États de l’Inde. Dans ce pays, le Centre des hommes plus âges qui ont eu de nombreuses
for Health, Education, Training and Nutrition partenaires sexuelles, elles sont exposées à des
Awareness, organisation non gouvernementale risques d’infection par le VIH plus grands que
ayant son siège dans l’État du Gujarat, s’efforce les filles célibataires sexuellement actives.
de combattre l’anémie fréquente chez les filles, Obliger une enfant à se marier pour
qui affaiblit celles-ci et qui contribue chaque quelque raison que ce soit est une violation de
16 CHAP it r e 2 : le s j eUNes : UNe NoUvelle ForCe PoU r re FAç oN N e r l e moND e
la Convention sur l’élimination de toutes les de polygamie, situation qui est celle d’environ
formes de discrimination à l’égard des femmes et une Mozambicaine sur quatre.
de la Convention relative aux droits de l’enfant. Selon une étude de l’Institut national de la
L’inégalité des sexes est une cause sous-jacente statistique du Mozambique, plus de la moitié
du mariage d’enfants, dit Gayle Nelson, experte des femmes de 20 à 49 ans disent s’être mariées
en genre de l’UNFPA, qui note que « si l’on ne avant l’âge de 18 ans et environ une sur cinq
s’attaque pas à ce problème, il sera impossible avant l’âge de 15 ans. Au Mozambique comme
d’éliminer cette pratique ou toute autre pratique dans de nombreux autres pays, le mariage pré-
nuisible et discriminatoire. » coce est plus répandu chez les filles peu éduquées
Au Mozambique, le déséquilibre du pouvoir ou sans éducation formelle.
qui favorise l’homme dans les relations entre les Le gouvernement du Mozambique a interdit
deux sexes est encore aggravé par le mariage pré- le mariage avant l’âge de 16 ans et depuis l’entrée
coce; celui-ci porte atteinte au droit des jeunes en vigueur d’une nouvelle loi sur la famille en
femmes à déterminer de sa propre destinée en 2004, les enfants ne peuvent pas se marier avant
matière de reproduction et se traduit souvent par 18 ans sans le consentement parental, lequel est
des grossesses précoces et nombreuses. Le pou- toutefois souvent donné par les pères désireux de
voir décisionnel réduit des jeunes femmes peut marier leurs filles le plus tôt possible. En outre,
s’amoindrir encore davantage dans les situations cette loi est difficile à appliquer, en particulier
LeS PAyS à TAux de nATALITé éLevé Chez LeS AdoLeSCenTeS
SonT ConCenTréS en AFrIque SubSAhArIenne eT dAnS LA régIon
AmérIque LATIne eT CArAïbeS
100+
50 < 100
20 < 50
<20
Pas de données depuis 2000
les désignations retenues et la présentation générale des cartes contenues
dans le présent rapport n’impliquent l’expression d’aucune opinion de la part de
Taux de natalité chez les adolescentes par pays;
l’UNFPA concernant le statut juridique de tout pays, territoire, ville ou région ni de
estimations les plus récentes (nombre de naissances
leurs autorités, non plus que la délimitation de leurs frontières. la ligne pointillée
pour 1 000 femmes de 15 à 19 ans)
représente approximativement la ligne de démarcation au jammu-et-Cachemire
Source : How Universal is Access to reproductive Health? acceptée par l’inde et le Pakistan. les parties ne sont pas encore parvenues à un
UNFPA, 2010. accord définitif sur le statut du jammu-et-Cachemire.
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 17
dans les régions isolées, et elle ne fait rien pour des services intégrés fournis aux
empêcher les filles d’avoir des relations hors jeunes par des jeunes
mariage. Environ deux femmes mariées ou ayant En Éthiopie, où l’âge médian est de 18.7 ans et
un partenaire attitré sur cinq ont 10 ans de où la moitié de la population a de 15 à 29 ans,
moins, sinon plus, que leur conjoint. on voit partout des jeunes qui contribuent
Un rapport de l’UNFPA et du Population à l’exécution de programmes divers destinés
Council de 2003 décrit la « conséquence aux jeunes. À Addis-Abeba, il y a 56 clubs ou
démographique » du mariage d’enfants, à savoir centres de jeunes en activité, qui offrent toute
la réduction de l’espace intergénérationnel et la une gamme de programmes d’État bénéficiant
croissance démographique. « Le jeune âge de entre autres du concours de l’UNFPA et de
l’épouse, allié à l’âge souvent supérieur de son l’UNICEF; 50 autres centres sont en construc-
conjoint, intensifie les différences de pouvoir au tion. Dans l’un de ces clubs particulièrement
sein de la relation, note ce rapport. Son jeune fréquenté, Dawit Yitagesu du Bureau de
âge est indicatif d’un niveau d’éducation rela- prévention et de lutte contre le VIH/sida
tivement bas. Son manque de connaissances et d’Addis-Abeba énumère les services que les
t Amsalu Buke en visite
dans un village isolé de
d’aptitudes la rend plus dépendante d’un grand jeunes peuvent trouver dans ces centres : dépis-
l’Éthiopie. nombre d’enfants pour assurer sa sécurité dans le tage du VIH et conseils d’accompagnement,
©UNFPA/Antonio Fiorente mariage, ainsi que dans la société à long terme. » services de santé reproductive, programmes de
moyens d’existence et de formation aux affaires,
crédit et aide à l’épargne dans au moins un
grand centre, bibliothèques bien équipées où
viennent lire en silence des multitudes de jeunes
qui trouvent difficile de faire leurs devoirs
scolaires à la maison.
Les garçons dominent dans les clubs de
jeunes et sont considérablement plus nom-
breux que les filles à participer aux activités;
en conséquence, on conçoit actuellement des
programmes pour attirer les filles, notamment
les jeunes domestiques qui, isolées et astreintes
à leur travail pendant de longues heures dans
les maisons des autres, ont rarement le temps de
chercher de l’aide et des conseils. Les centres de
jeunes leur offrent des sessions d’apprentissage de
la vie et des groupes de discussion.
Il n’y a pas de centre de jeunes dans la région
de l’Éthiopie où Amsalu Buke, la travailleuse
de santé ambulante, dispense ses services, près
de Debre Tseige, au sud-est de la capitale. Mais
sa personnalité juvénile et enjouée la rend d’un
abord facile pour les jeunes femmes qui ont des
questions sur la santé reproductive comme pour
les femmes plus âgées qui demandent des contra-
ceptifs ou pour quiconque a besoin d’un remède
pour une indigestion, une diarrhée ou des maux
18 CHAP it r e 2 : le s j eUNes : UNe NoUvelle ForCe PoU r re FAç oN N e r l e moND e
de tête. Elle vaccine les villageois en enregistrant
soigneusement sur un tableau mural qu’elle a
« Le jeune âge de l’épouse, allié
confectionné elle-même chaque dose administrée à l’âge souvent supérieur de son
pour prévenir la méningite, le tétanos, la polio-
myélite et la tuberculose. conjoint, intensifie les différences
Le poste de santé de Tare Giorgis, base à par-
tir de laquelle Amsalu opère, n’a ni eau courante
de pouvoir au sein de la relation. »
ni électricité. Les vaccins sont stockés dans un
petit réfrigérateur alimenté par un générateur les patients viennent consulter, dit-il. La collec-
auxiliaire, don de l’UNICEF, placé dans l’une tivité est propriétaire du système et la société
des trois petites pièces du dispensaire, simple civile a le droit de s’en servir. » Il n’y a pas
hutte de boue et de paille. La pièce principale est encore de lecteur de DVD au poste de santé de
remplie par un bureau et quelques chaises. Et la Debre Tseige, mais Amsalu a placé en évidence
salle de la maternité située à côté, est juste assez sur son bureau une illustration d’une femme à
grande pour une table d’examen équipée pour les laquelle est administré un contraceptif injec-
accouchements et une petite table de rangement table, méthode de contraception très demandée
pour des bassines et des instruments médicaux en Afrique subsaharienne.
de base. Amsalu pratique également des accou- Amsalu, qui a une jeune assistante pour l’ai-
chements à domicile; elle se rend dans les villages der à tenir les registres et à faire les tournées dans
à pied, à cheval ou à dos d’âne, à moins d’avoir les villages, n’a qu’une éducation secondaire et
la chance de faire une partie du chemin dans un un an de formation aux soins de santé primaires,
véhicule de passage, une fois qu’elle est arrivée à y inclus à la profession de sage-femme. Elle
une route. touche un salaire mensuel de 570 birr (environ
Amsalu Buke est l’une des plus de 37 000 35 dollars).
auxiliaires de santé déployés ces dernières années M. Fisseha signale qu’il est prévu de renfor-
dans tout le pays, signale Fisseha Mekonnen, cer l’éducation et la formation des auxiliaires de
directeur exécutif de la Family Guidance santé pour les porter au moins au niveau des tra-
Association of Ethiopia, qui travaille avec les vailleurs paramédicaux professionnels, mais dans
autorités gouvernementales pour améliorer la l’intérim, dit-il, « nous considérons qu’ils font
santé et élargir l’accès à la planification familiale de leur mieux à leur niveau ». Ils savent quand
en milieu rural et aux services infirmiers dans une intervention plus spécialisée s’impose et sont
les villes. Le corps des auxiliaires de santé, dont censés orienter les patients vers les hôpitaux au
beaucoup sont très jeunes, fait figure de modèle premier signe de maladie grave. Amsalu, qui
de base pour les autres pays en développement dirige son poste de santé depuis quatre ans, a la
où la couverture sanitaire est limitée; c’est égale- chance de se trouver à moins de 8 km d’une ville
ment un modèle en ce qu’il donne aux jeunes un qui possède un établissement hospitalier, encore
rôle et un enjeu dans les programmes nationaux que cela puisse être une distance considérable
qui ont de l’importance pour les gens, indépen- en l’absence d’ambulance ou même de taxi pour
damment de leur âge. assurer le transport des patients en cas d’urgence.
Certains postes de santé primaire, indique Aujourd’hui, près de la moitié de la popula-
M. Fisseha, sont dotés de lecteurs de DVD ali- tion du Mozambique a 24 ans ou moins.
mentés par l’énergie solaire qui permettent de Les jeunes peuvent apporter des changements
visionner des vidéos sur diverses questions rela- positifs et contribuer à la vitalité de l’économie
tives à la santé, à la nutrition et au mode de vie. dans tout pays, mais au Mozambique, ils sont très
« Les DVD sont joués en permanence lorsque souvent parmi les groupes « les plus durement
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 19
touchés » par les difficultés conjoncturelles dans La nécessité de services axés sur les jeunes s’est
les domaines de l’économie, de l’éducation et de révélée urgente au lendemain de la guerre civile,
la santé, dit Emidio Sebastião Cuna, membre du où des milliers de jeunes chômeurs affluaient dans
personnel de l’UNFPA-Mozambique qui supervise les villes en quête de moyens d’existence. Mais en
le programme Geração Biz (« génération active », raison de la faiblesse de l’économie les emplois
en portugais), initiative gouvernementale qui vise étaient rares et les services sociaux étaient débor-
à réduire l’incidence des grossesses précoces et à dés par les demandes. Cette vague d’exode rural
prévenir l’infection par le VIH et les autres infec- a eu entre autres résultats l’arrivée dans les villes
tions sexuellement transmises chez les adolescents. d’un grand nombre de jeunes sexuellement actifs
Le programme est exécuté par trois ministères et et n’ayant qu’un accès limité ou nul aux informa-
des organisations non gouvernementales natio- tions sur la sexualité, la grossesse ou les risques
nales, avec l’assistance technique de Pathfinder d’infection sexuellement transmise.
International et de l’UNFPA, qui fournit égale- « Il est tabou, traditionnellement, de
ment des appuis financiers avec le Danemark, la parler de santé sexuelle aux adolescents, dit
Norvège et la Suède. Julião Matsinhe, conseiller de l’UNFPA au
Par le biais de Geração Biz, les ministères de Mozambique. Le domaine où le manque d’infor-
la santé, de l’éducation et de la jeunesse et des mation sur la santé sexuelle et reproductive s’est
sports fournissent conjointement des services de avéré le plus catastrophique a été celui du VIH/
santé sexuelle et reproductive conviviaux pour sida. » Le VIH touche aujourd’hui 11,5 % de la
les jeunes, organisent des campagnes d’informa- population de 15 à 49 ans.
tion en milieu scolaire sur la contraception et la Au moyen d’un réseau de 5 000 pairs-
t Ester Cabele, infirmière
à l’AMODEFA à Maputo prévention de l’infection par le VIH, et diffusent conseillers, Geração Biz passe outre les tabous
(Mozambique). des informations dans les collectivités pour et rompt le silence pour fournir des informa-
©UNFPA/Pedro sá da Bandeira atteindre les jeunes non scolarisés. tions et des services confidentiels aux jeunes du
Mozambique, sans juger leur comportement.
Yolanda, 24 ans, s’est présentée au bureau
de Maputo de l’Association de planification
familiale du Mozambique (AMODEFA)
pour une visite prénatale lors de sa première
grossesse. L’AMODEFA est l’une des organi-
sations non gouvernementales qui exécute le
programme Geração Biz et elle dispense des
services gratuits à tous les gens de 24 ans ou
moins. Yolanda s’est adressée la première fois
à l’organisation il y a plusieurs années, où elle
venait chercher des renseignements sur les
contraceptifs et sur la prévention de l’infection
par le VIH. « Il est plus facile ici, dit-elle, de
parler de ces sujets délicats, comme le VIH.
Plus facile qu’à la maison. »
Ester Cabele, prestataire de services à
l’AMODEFA, note qu’elle voit environ 120
nouveaux clients par mois, presque tous des
femmes, qui demandent des contraceptifs.
Elle leur offre systématique un test gratuit de
20 CHAP it r e 2 : le s j eUNes : UNe NoUvelle ForCe PoU r re FAç oN N e r l e moND e
dépistage du VIH ce qui, rien qu’en avril 2011,
a permis de repérer six cas de séropositivité.
Mme Cabele signale que les services de l’AMO-
DEFA sont plus demandés que ceux des centres
de santé de l’État parce que les locaux sont
moins encombrés, que l’association a un per-
sonnel formé au travail avec les jeunes et qu’elle
dispense des services et des conseils dans un
environnement sûr. Sans l’AMODEFA, dit-elle,
le nombre de grossesses non planifiées et d’infec-
tions par le VIH augmenterait sensiblement et
les jeunes concernées se verraient contraintes
d’interrompre leurs études, avec les conséquences
que cela comporte pour leur avenir.
À Coalisão, autre organisation non gouver-
nementale qui exécute le programme Geração
Biz, Maria Feliciana, 26 ans, coordonne les ser-
vices d’information et d’action communautaire
sur la santé sexuelle et reproductive ainsi que
t
sur la préparation à la vie active et la génération parler ouvertement », dit-il. Toutefois, l’expé- Jossias Chitive, militant
et superviseur des
de revenus. Elle pense que beaucoup de jeunes rience du programme Geração Biz montre que
activités de lutte contre
femmes tombent enceintes parce qu’elles sont l’on peut modifier les attitudes et les compor- le VIH, étudiant à
mal informées sur la contraception ou mal équi- tements en informant mieux les gens sur leurs l’université Eduardo
pées pour négocier l’usage du préservatif. « C’est options et leurs droits. Mondlane.
©UNFPA/Pedro sá da
difficile, parce que dans la culture, toute l’ini- Bandeira
tiative sexuelle vient de l’homme. Si une femme information et autonomisation des
demande à son partenaire d’employer un préser- jeunes par l’éducation sexuelle
vatif, il la soupçonne d’être séropositive. » Ils sont des millions, filles et garçons, qui rêvent
À Núcleo de Malavane, autre organisation d’une vie satisfaisante, heureuse et sans danger.
partenaire de Geração Biz, Jossias Chitive, Et cependant dans leur vaste majorité, ils n’ont
28 ans, est chargé des campagnes d’information que peu d’informations fiables sur la sexualité ou
sur la prévention du VIH. Les jeunes hommes le genre. On sait quelles sont les conséquences
qu’ils rencontrent en faisant du porte-à-porte de cet état de choses : les jeunes qui n’ont pas
« n’aiment pas parler de préservatifs », note-t-il, accès à une éducation sexuelle complète et à des
mais il signale qu’il faut remplir tous les matins services de santé sexuelle et reproductive, tout
le distributeur de préservatifs gratuits placé à la particulièrement les filles, sont plus vulnérables
porte des locaux de l’organisation. à de graves problèmes dans ces domaines. C’est
Il reste difficile d’amener les jeunes, hommes ce dont ont convenu encore tout récemment
et femmes, à parler de questions de sexualité, 80 experts réunis à une Consultation mondiale
en dépit de l’abondance d’informations et de sur l’éducation sexuelle qui s’est tenue à Bogotá
services mis aujourd’hui à leur disposition, (Colombie) en décembre 2010.
dit Fenius Matsinhe, conseiller de jeunes au L’éducation sexuelle contribue à promouvoir
Centre de santé de Boana situé à mi-chemin la santé et à prévenir les infections sexuellement
entre Maputo et la frontière du Swaziland. « Les transmises, notamment le VIH, et les grossesses
garçons comme les filles trouvent difficile de se non désirées chez les jeunes, mais elle promeut
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 21
également l’adoption de normes de genre équi- souvent débordés et sous-rémunérés, les fonds
tables et l’autonomisation des jeunes femmes, disponibles pour la formation et les matériels
note Mona Kaidbey, directrice adjointe de la limités, et les encouragements à l’adoption
Division technique de l’UNFPA qui supervise les d’une nouvelle matière, souvent sensible, rares.
initiatives du Fonds visant les jeunes et qui était Et avec les réductions des dépenses sociales, il
l’un des organisateurs de la réunion de Bogotá. est difficile de trouver les ressources financières
Les programmes d’éducation sexuelle qui nécessaires pour former les enseignements et
abordent les questions de genre et de pou- établir des méthodes efficaces. »
voir dans les relations sont plus efficaces pour La durabilité pose aussi problème. Les chan-
réduire les comportements à risque, dit-elle. gements de gouvernement peuvent avoir des
Mme Kaidbey cite en exemple le Programme répercussions sur les politiques du ministère de
H, initiative brésilienne qui intervient auprès l’éducation. « L’environnement politique est
de jeunes hommes pour remettre en question souvent peu favorable à un renforcement de
les attitudes et les pratiques inégales envers les l’éducation sexuelle; s’il n’y a pas de politiques
femmes. Une évaluation du programme a permis nationales en place et un engagement aux plus
de constater que les comportements à risque et hauts niveaux, certains ministres accordent de l’im-
l’incidence des infections sexuellement trans- portance à l’éducation sexuelle et d’autres pas. »
mises avaient diminué chez les participants. Les recherches ont démontré que l’éducation
sexuelle a des effets bénéfiques outre la préven-
« Il y a beaucoup trop de jeunes tion des comportements à risque. Axée sur les
questions de genre et fondée sur les droits, elle
qui n'ont pas accès à une peut améliorer le bien-être général des jeunes.
éducation sexuelle. » « Nous avons à présent une nouvelle génération
de programmes prometteurs, dit Mme Kaidbey,
parce qu’ils sont fondés sur la recherche et sur
Le droit à une éducation sexuelle complète et des évaluations qui mettent clairement en évi-
non discriminatoire est fondé sur le Programme dence leurs impacts positifs. »
d’action de la Conférence internationale sur la Mais s’il est important d’élargir la place faite à
population et le développement ainsi que sur l’éducation sexuelle dans les cursus d’étude, il l’est
plusieurs accords internationaux, rappelle Mme aussi de formuler des programmes à l’intention
Kaidbey, « mais il y a toujours beaucoup trop de des jeunes non scolarisés, notamment des jeunes
jeunes qui n’ont pas accès à une telle éducation ». femmes mariées, des migrants ou des jeunes
« Il est avéré que la plupart des jeunes n’ont vivant dans les zones de conflit ou les régions
pas accès à des renseignements appropriés sur la isolées. Les programmes doivent prendre en consi-
sexualité, dit-elle, et ne savent pas comment se dération la diversité et la complexité de la vie des
protéger des infections sexuellement transmises, jeunes. « Les programmes d’éducation sexuelles,
notamment par le VIH, ni prévenir les gros- note Mme Kaidbey, doivent être offerts dans des
sesses non planifiées. » Les décisionnaires et cadres divers et aller à la rencontre des jeunes. »
les dirigeants communautaires s’abstiennent
souvent de plaider en faveur de l’éducation les jeunes aux commandes
sexuelle, ajoute-t-elle, de peur de provoquer Au Nigéria, où l’âge médian est de 18,5 ans et
des controverses. Un autre obstacle à l’éduca- ou plus de la moitié de la population a 24 ans
tion sexuelle tient aux faiblesses des systèmes ou moins, les jeunes participent de plus en plus
d’éducation. « Les programmes scolaires sont largement à la vie politique afin de faire entendre
surchargés, explique-t-elle, les enseignants leur voix et d’accroître leur visibilité, et pas
22 CHAP it r e 2 : le s j eUNes : UNe NoUvelle ForCe PoU r re FAç oN N e r l e moND e
seulement au sein du Parlement de la jeunesse. Bien que l’importante présence des jeunes
La campagne d’inscription des jeunes sur les dans les manifestations qui se sont déroulées
listes électorales et de participation des jeunes au dans les rues des pays arabes en 2011 ait retenu
scrutin lancée par Fauziya Abdullahi et ses col- l’attention des médias, le pouvoir des jeunes
lègues pour les élections de 2011 se poursuit en qui sont restés hors des feux des projecteurs,
tant que campagne de sensibilisation civique. leur force numérique et leur vision de la société
Mme Abdullahi a déclaré que les élections qu’ils souhaitent instaurer pourront, dans le
avaient mis en évidence « le besoin d’une éduca- long terme, changer le monde de manière plus
tion civique et d’un renforcement des capacités fondamentale encore.
intensifs qui habilitent les jeunes et leur per- Lorsqu’un vendeur des rues de 26 ans s’est
mettent de prendre aux commandes et d’assumer immolé par le feu en Tunisie en un acte de déses-
la responsabilité de leur destin. » poir, il a aussi allumé la flamme de protestations
Dans la banlieue d’Ismaïlia (Égypte), ville qui ont embrasé toute la région arabe. Le rôle des
située en bordure du canal de Suez, un ado- jeunes dans le contexte du « printemps arabe » est
lescent d’une quinzaine d’année reflète dans ses sans précédent. S’appuyant sur les plateformes de
propos l’enthousiasme de sa génération et son médias sociaux telles que Facebook et Twitter, les t De gauche à droite :
Sharouq, Mona et
espoir d’acquérir une influence politique accrue manifestations de jeunes qui protestaient contre
Hossam se rendent à
au lendemain des récents changements surve- les violations des droits de l’homme, le chômage un concert au Caire.
nus dans le pays : « C’est nous qui avons fait la et l’immobilisme se sont répandues dans toute ©UNFPA/matthew Cassel
révolution. Nos familles nous disaient de nous
tenir tranquilles. Nous n’en avons rien fait. Nous
sommes descendus dans la rue en quête de notre
rêve. ». Cet adolescent a rejoint un groupe de
jeunes d’une quinzaine et d’une vingtaine d’an-
née actifs en politique, qui ont élaboré des plans
visant à faire connaître les préoccupations et les
priorités de la jeunesse.
Ce groupe, parrainé par le gouvernement
égyptien et l’UNFPA dans le cadre d’un partena-
riat avec Y-Peer, réseau d’organisations de jeunes
qui promeut l’adoption chez ceux-ci de styles de
vie, est l’un de nombreux autres réseaux compa-
rables en place dans les autres États arabes, en
Europe de l’Est, en Asie centrale et en Afrique de
l’Est. À Ismaïlia, il offre aux jeunes l’un des rares
forums où ils peuvent s’informer sur la santé
reproductive et les changements que subit leur
corps et en parler ouvertement. « De nos jours,
beaucoup de jeunes s’intéressent davantage à la
politique qu’à la santé », dit Heba Mohammed
Ahmed. Mais, ajoute-t-elle, ils doivent aussi
se garder d’oublier la santé, composante de la
sécurité humaine et des droits de la personne,
et le droit des femmes de participer aux débats
constitutionnels.
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 23
la région. De la Tunisie à l’Égypte, leurs voix se De nombreux jeunes appartenant au réseau
sont fait entendre aux quatre coins du monde. insistent sur le fait qu’il faut se garder de les per-
« Les jeunes des États arabes ont fait preuve d’un cevoir comme des victimes des problèmes de leur
extraordinaire sens de leurs responsabilités et ils société. « Nous devons travailler avec les jeunes
ont ainsi renouvelé la notion de l’universalité des pas parce qu’ils sont marginalisés, mais parce que
droits de la personne », déclare Mona Kaidbey, ce sont des acteurs intervenant de fait dans notre
directrice adjointe de la Division technique de société », explique Ahmed Awadalla, l’un des
l’UNFPA. membres de Y-PEER en Égypte.
Comptant pour environ un tiers de la À mesure que les systèmes traditionnels de
population totale de la région, les jeunes des valeurs évoluent dans les États arabes, les pro-
États arabes sont cependant souvent exclus des blèmes affectant les jeunes en font de même. Les
processus décisionnels, du fait d’un manque tensions entre modernité et religion continuent
d’éducation, de taux de chômage élevés et de la de se faire sentir, tandis que les questions liées
pauvreté. Quand les jeunes sont descendus dans à la santé reproductive figurent de plus en plus
la rue et que les régimes politiques de la Tunisie au nombre des préoccupations. En Tunisie,
et de l’Égypte se sont effondrés, nombre de gou- par exemple, on a assisté ces dernières années à
vernements et d’organisations ont dû repenser une augmentation notable des naissances hors
leurs relations avec la jeunesse. mariage. « L’engagement civique doit se situer au
Y-PEER, réseau d’éducation par les pairs cœur même de notre travail, dit Hafedh Chekir,
appuyé par l’UNFPA qui est actif dans la région directeur du Bureau régional de l’UNFPA pour
depuis plusieurs années, a crû en importance en les États arabes. Nous ne pouvons pas continuer
tant qu’instrument de sensibilisation aux pro- d’ignorer les besoins des jeunes. »
blèmes de la santé reproductive, particulièrement La participation à la politique et l’influence
en temps de crise. Par l’entremise de son réseau sur l’élaboration des politiques à une échelle
de jeunes éducateurs en Libye, par exemple, qui correspond au nombre des jeunes sont des
l’UNFPA a pu mener une évaluation virtuelle questions auxquelles ceux-ci s’intéressent, à en
au plus fort des conflits pour appréhender les juger d’après les demandes émises par les jeunes
besoins et les aspirations en évolution des jeunes; hommes et les jeunes femmes qui ont participé
des dirigeants de groupements de jeunes ont aux activités liées à une Conférence mondiale
réunis les réponses à des questionnaires distribués de la jeunesse tenue à Guanajuato (Mexique) en
à de petits groupes de jeunes. août 2010, au début de l’Année internationale
Âge médIAn de LA PoPuLATIon (en AnnéeS)
Pays monde
50
25
Chine1 Egypte Ethiopie Finlande2 Inde Mexique Mozambique Nigéria Ex- RYM3
1. Les données statistiques pour la Chine ne comprennent pas Hong-Kong et Macao, régions administratives spéciales de la Chine.
2. Y inclus les Îles Åland.
3. Ex-République yougoslave de Macédoine.
Source : Nations Unies, Département des affaires économiques et sociales, Division de la population. World Population Prospects : The 2010 Revision.
24 CHAP it r e 2 : le s j eUNes : UNe NoUvelle ForCe PoU r re FAç oN N e r l e moND e
de la jeunesse proclamée par l’Assemblée générale
des Nations Unies.
Les jeunes du Mexique, pays à revenu
intermédiaire de la tranche supérieure qui est
membre du Groupe des 20 et de l’Organisation
de coopération et de développement écono-
miques (OCDE), ont dominé les événements
associés à la conférence, attirant plus de
22 000 personnes en l’espace de plusieurs jours.
Diego Palacios, représentant de l’UNFPA au
Mexique, Iván Castellanos, coordonnateur de
projets sur les questions des jeunes, et leurs
collègues avaient créé un espace au sein d’un
forum interactif dénommé le Cube où les
jeunes étaient invités à s’exprimer en affichant
des messages et des illustrations sur un mur
vierge, entre autres activités d’apprentissage et
de partage axées sur les jeunes.
Les ministres et autres représentants officiels
participant au Forum gouvernemental mondial
organisé dans le cadre de la conférence ont émis
une déclaration appelant à une plus grande garantissent l’accès des jeunes à la santé sans
t
Jeune vendeur d’erk
implication des jeunes dans les initiatives de discrimination, et améliorer la qualité et la sous, boisson à base de
réglisse, place Tahrir.
développement, à un accès élargi à l’emploi, à couverture des systèmes de santé et des services
©UNFPA/matthew Cassel
l’éducation et aux services de santé reproductive de soins, y compris en ce qui concerne la santé
pour les jeunes, ainsi qu’à l’égalité des droits des sexuelle et reproductive », et prendre des mesures
femmes et des hommes. afin d’enrayer la propagation du VIH et du sida
Les signataires de la déclaration ont iden- et d’autres maladies chez les jeunes et d’inverser
tifié les priorités d’action suivantes qu’ils ont les tendances actuelles.
signalées aux gouvernements du monde entier : À l’écart du Forum gouvernemental mondial,
« Promouvoir l’accès et la permanence des jeunes un groupe de plus de 200 jeunes venus de 153
au sein des institutions éducatives …, en portant pays a participé à une réunion d’organisations
une attention particulière aux femmes et aux non gouvernementales, qui a émis sa propre
jeunes vivant dans des situations de pauvreté et déclaration indépendante des actes officiels de
de vulnérabilité » et « Améliorer la pertinence la conférence. Cette déclaration appelle à un
et la qualité des programmes scolaires … en élargissement des possibilités de participation à
vue du développement intégral de la jeunesse, la politique et à la vie civique ainsi qu’à l’octroi
comprenant les aspects suivants : éducation à d’un rôle significatif dans le développement de
l’inter‐culturalité, au civisme et à la paix, solida- technologies vertes et de mesures d’atténuation
rité, éducation aux droits de l’homme, éducation des changements climatiques. Pour notre géné-
au développement durable, éducation intégrale à ration, ont affirmé les jeunes, une action efficace
la sexualité humaine, promotion de l’égalité des contre les changements climatiques est une
genres et de l’octroi de pouvoir aux femmes ». question de survie.
Les gouvernements, ont-ils déclaré, devraient Ces jeunes ont également exigé des gou-
aussi « établir des politiques publiques qui vernements qu’ils développent des stratégies et
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 25
ImPorTAnCe de L’éduCATIon SexueLLe deS AdoLeSCenTS :
L’exPérIenCe de LA FInLAnde
Dan Apter, médecin-chef et direc- Il s’est produit une certaine inversion s’inverser, note-t-il : « Le nombre de
teur de la clinique de santé sexuelle de de tendance au milieu des années 1990, jeunes qui devenaient actifs à un âge pré-
Väestöliitto, la Fédération familiale de sous l’effet de la décentralisation des soins coce a chuté rapidement; il y a eu une
Finlande, qui est la principale organisation de santé (certaines municipalités étant augmentation du recours à la contracep-
non gouvernementale du pays dans le trop petites pour offrir la gamme idéale tion et une réduction substantielle du
secteur des questions sociales et de santé, de services) et de la réduction des bud- nombre d’avortements et d’accouche-
dit qu’il ouvre souvent les allocutions qu’il gets de la santé en raison d’un marasme ments chez les adolescentes. »
prononce sur la santé reproductive par économique qui a motivé une décision de Outre l’éducation sexuelle, des services
« quelques considérations historiques ». rendre facultative l’éducation en matière de santé reproductive pour les adolescents
À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, de santé. Les études effectuées à la fin ont été offerts. « Les infirmières des éta-
dit-il, la Finlande « n’était qu’un petit pays des années 1990 sont venues confirmer blissements scolaires peuvent dispenser
souffrant au lendemain du conflit, où la peu à peu le fait qu’il se produisait « une des contraceptifs pour les trois premiers
contraception ne se pratiquait guère, ou nette détérioration de l’éducation sexuelle mois », dit le Dr Apter. Les dispensaires de
les infections sexuellement transmises en milieu scolaire, tant qualitativement santé publique doivent aussi être convi-
étaient communes et où les femmes que quantitativement », dit le Dr Apter. viaux pour les jeunes.
mouraient d’avortements ». Leçon puissante que celle-là. Étant donné qu’une loi de 1970 fait
Les facteurs qui, six décennies plus « Nous avons constaté une augmen- de l’avortement la prérogative de la
tard, ont transformé la Finlande en tation du nombre d’avortements d’environ seule intéressée, explique-t-il, si une
un modèle de santé reproductive et 50 %, dit-il, ainsi que du nombre de gens adolescente demande un avortement, il
d’éducation dans ce domaine sont un pro- qui devenaient actifs sexuellement à un est recommandé qu’elle en parle à ses
cessus décisionnel éclairé en politique, très jeune âge, 14 ou 15 ans. Et il y a eu une parents, mais c’est à elle qu’il appartient
l’intégration de la santé reproductive réduction dans l’emploi de la contracep- de décider. Il y a très, très peu de filles
dans l’éducation générale et l’attention tion. » On a détecté un accroissement des de moins de 15 ans qui ont un bébé en
accordée aux services de santé sexuelle, infections sexuellement transmises, en Finlande. De tous les pays nordiques, c’est
explique-t-il. Väestöliitto a joué un rôle particulier des infections à chlamydia. « Il la Finlande qui a le moins de grossesses
dans cette évolution. fallait faire quelque chose, dit le Dr Apter. chez les adolescentes. »
« L’éducation sexuelle est devenue un Même les politiciens finlandais se sont Lorsque les parents ont des objections
sujet obligatoire en 1970, dit le Dr Apter. rendu compte que l’éducation sexuelle à l’éducation sexuelle, notamment chez
Nous avons une loi sur l’avortement, elle dispensée dans les établissements sco- certaines des populations d’immigration
aussi de 1970, qui autorise l’avortement laires était vraiment très médiocre. » récente qui ont des opinions différentes
pour des raisons sociales ou toute autre Un programme national d’éducation sur le comportement sexuel et l’éduca-
raison que l’intéressée souhaite invoquer en matière de santé et de sexualité a été tion en la matière, il n’est pas question
et qui fait des conseils en matière de élaboré et il est devenu obligatoire en qu’ils retirent leurs enfants de ces classes,
contraception une composante obliga- 2006. L’enseignement dispensé en vertu dit le Dr Apter. Encore que dans certains
toire du processus d’avortement. » de ce programme, qui met l’accent sur les établissements où il se présente des pro-
Après divers changements concer- comportements sains, commence la sep- blèmes culturels, les filles et les garçons
nant les lois sur la santé publique en 1972, tième année d’études et est confié à des puissent être séparés. Mais fondamenta-
les municipalités ont été tenues de fournir spécialistes ou à des enseignants ayant lement, c’est un sujet obligatoire. Sur les
des conseils gratuits sur la contraception reçu une formation dans le domaine, en quelque 114 heures de cours consacrés
et une longue période de diminution a sus de leurs attributions normales. à la santé jusqu’à la 9e année d’études,
commencé pour les avortements et les « Il y a des contrôles des connais- 20 heures le sont à l’éducation sexuelle.
naissances. « Au milieu des années 1990, sances dans cette matière comme dans « Comme l’éducation sexuelle commence
du point de vue international, le taux toutes les autres matières enseignées, à un âge précoce, dit le Dr Apter, il n’y a
d’avortement était très bas en Finlande, dit le Dr Apter. Et le programme, tou- plus besoin d’expérimentation. »
d’environ 10 pour 1 000 grossesses chez jours obligatoire, se poursuit jusqu’à la
les filles de 15 à 19 ans, dit-il, ce qui est fin des études secondaires. » La ten-
attribuable aux services ainsi qu’à l’édu- dance troublante constatée durant
cation sexuelle. » les années 1990 n’a pas été longue à
26 CHAP it r e 2 : le s j eUNes : UNe NoUvelle ForCe PoU r re FAç oN N e r l e moND e
mettent en application des actions « contre toute les jeUNes
manifestation de pratiques culturelles qui violent
les Droits de l’Homme basiques d’individus ou extraits du Programme d’action de la Conférence
de groupes, sans tenir compte de leur condition internationale sur la population et le développement
socioculturelle ou économique, de leurs identités
de genre, de leur orientation sexuelle, de leurs … La proportion d'enfants et d'adolescents reste élevée dans la
population d'un grand nombre de pays en développement …. Les
capacités, ou de leur origine géographique ou
pays devraient viser à satisfaire les besoins et les aspirations des
religieuse ».
jeunes, en particulier en ce qui concerne l'enseignement scolaire et
En dépit des divergences de vues entre les non scolaire, la formation, les possibilités d'emploi, le logement et la
déclarations officielles et officieuses, une chose santé, afin d'assurer leur intégration et leur participation dans toutes
était évidente pour tous : la génération actuelle les sphères de la société, notamment la participation au processus
de jeunes est prête à modifier fondamentalement politique et la préparation à l'exercice de tâches de responsabilité….
le monde; il y irait de l’intérêt des gouverne- Les jeunes devraient être particulièrement associés à la planification,
ments de cultiver et d’utiliser leur potentiel et à l'exécution et à l'évaluation des activités de développement qui ont
une incidence directe sur leur vie quotidienne.
de ne pas laisser passer les opportunités qu’ils
offrent pour le développement.
Leo Romero prévoit
d’étudier les arts
culinaires à Mexico.
©UNFPA/ricardo
ramirez Arriola
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 27
28 CHAP it r e 3 : séCU riTé, PUissANCe éCoNo miq Ue eT iND é P e NDA NC e D U rA NT lA v ie il l e sse
sécurité, puissance
CHAPitre
trois économique et indépendance
durant la vieillesse
Les images représentant la vieillesse dans un monde de 7 milliards d’habitants sont
d’une variété kaléidoscopique, reflétant les multiples impératifs culturels, facteurs
sociaux, niveaux de développement et ressources disponibles qui définissent un pays
ou une société. Par un matin de printemps à Xian, dans la province de Shaanxi, en
Chine, des flots de musique émanent d’un immense complexe résidentiel bourgeois,
érigé dans le cadre d’un partenariat entre le secteur privé et le gouvernement
provincial pour assurer une vie saine et agréable partis pour de distants centres urbains en quête
aux citoyens du troisième âge. À l’intérieur, d’emplois, mais ces édifices sont souvent d’un
dans les locaux d’un centre pour personnes vide fantomatique, signe révélateur s’il en est de
âgées, une chorale répète des airs son répertoire l’exode rural des jeunes en grands nombres qui
accompagnée à l’accordéon par l’un des éparpille les familles intergénérationnelles tradi-
pensionnaires. Dehors, sur une plazza spacieuse tionnelles et laisse dans les campagnes ces « nids
à l’écart des bruits de la rue, la séance d’exercice vides ». On y voit aussi des grands-parents qui
physique matinal – tai-chi plus une pincée de élèvent leurs petits-enfants que leur ont confiés
dance moderne et de gymnastique aérobique les parents qui travaillent dans les grandes villes.
– se déroule au son d’un lecteur de CD de De l’autre côté de la planète, en Finlande, le
dimensions respectables. Pour les responsables personnel d’un centre pour personnes âgées à la
de l’UNFPA en Chine, la province de Shaanxi pointe du progrès a débarrassé la grande salle de
est en avance sur de nombreuses autres dans ses réunion pour y ménager une piste de danse et un
activités ciblant les populations vieillissantes. orchestre nostalgique joue de vieux airs finlandais
Ailleurs en Chine, de l’autre côté de la évoquant un passé révolu. Dans tout le centre, des
ligne de partage sociale et urbaine-rurale où les activités remplissent les journées et en chassent
conditions de vie sont notablement plus rudes, efficacement la solitude. Des repas nutritifs entre-
de vieilles femmes travaillent encore de longues tiennent la santé du corps et de l’esprit.
heures dans les champs et les cours de fermes, En Éthiopie, à Addis-Abeba, une demi-
indication des écarts de revenus qui se creusent douzaine de vieilles femmes célèbrent la Journée
dans certains des pays en développement où la internationale de la femme dans un petit foyer
Personnes âgées en croissance est la plus rapide. qu’administre à elle seule une philanthrope com-
promenade près des
murailles de la vieille
Dans de nombreuses villes paysannes, il peut patissante, Sasu Nina Tesfamariam, qui leur offre
ville de Xi'an (Chine). bien y avoir de grandes maisons neuves, bâties une nourriture simple, leur dispense des conseils
©UNFPA/guo Tieliu grâce aux revenus de membres de la famille et leur tient compagnie.
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 29
de la Division de la population du Département
des affaires économiques et sociales des Nations
Unies, World Population Ageing 1950-2050. C’est
là un phénomène reconnu qui pose de grands
problèmes de politique dans les pays où l’espé-
rance de vie est élevée et où la population jeune
diminue. Dans les pays à revenu intermédiaire
et bas, également, les pourcentages des gens
de plus de 60 ans, de plus de 70 ans et même
dans certains cas de plus de 80 ans augmentent
régulièrement.
Au cours de six décennies, de 1950 à 2010,
l’évolution des profils démographiques nationaux
montre que si l’espérance de vie à la naissance
a augmenté de 11 ans dans les pays développés,
l’augmentation a été plus grande (26 ans) dans
les régions moins développées, ainsi que dans les
pays les moins avancés (19,5 ans). À l’évidence,
Dans les campagnes mexicaines, où comme les pays développés sont partis d’une durée de
t
Sara Topelson Fridman,
sous-secrétaire chargée
en beaucoup d’autres lieux les anciens ne vie plus longue qui laisse moins de place à l’aug-
du développement urbain
et de l’aménagement du
peuvent plus compter sur une maison familiale mentation. Mais cela n’enlève rien aux immenses
territoire au ministère du rassurante dans leurs vieux jours, l’État a insti- avancées réalisées dans le monde en développe-
développement social tué un système d’allocations-vieillesse et verse ment où les gens sont de plus en plus nombreux
du Mexique.
un petit pécule aux personnes de plus de 70 à bénéficier des progrès médicaux qui sauvent
©UNFPA/ricardo ramirez
Arriola ans pour les aider à contribuer au revenu des des vies et prolongent l’existence, tout particu-
ménages et, peut-être, à atténuer les tensions lièrement chez les bébés et les enfants.
intergénérationnelles. « C’est très bien pour On relève des différences notables entre
les personnes âgées en milieu rural car, nous le les pays, pour ce qui a trait aux mesures qu’ils
savons tous, les enfants commencent à trouver prennent face au vieillissement de la population
que leurs parents septuagénaires pèsent lourd, dit et aux services offerts par l’État. De plus en plus,
Sara Topelson Fridman, sous-secrétaire chargée il est demandé aux organisations non gouverne-
du développement urbain. Avec le chèque qu’ils mentales, aux collectivités, aux philanthropes et
reçoivent tous les deux mois, ils ne sont plus un au secteur privé de compléter les efforts du sec-
fardeau ou du moins ils ont de quoi manger. teur public visant à prendre soin des personnes
Cela facilite les choses. » âgées, pour subvenir non seulement à leurs
besoins matériels les plus élémentaires mais aussi
Un monde qui vieillit à leurs besoins émotionnels, psychologiques,
Tous les pays, riches ou pauvres, industrialisés sociaux et même technologiques. À une époque
ou encore en développement, ont une popula- où la mobilité et les migrations s’accroissent
tion qui vieillit dans une mesure ou une autre. et où les familles éclatent, les grands-parents
Avec l’arrivée des jeunes d’aujourd’hui à l’âge demandent des leçons sur la façon de se servir
moyen, la population vieillissante est appelée à du courrier électronique, des médias sociaux et
croître plus rapidement que tout autre segment des hyperliens vidéo ou de Skype, seuls moyens
de la population mondiale, au moins jusqu’en par lesquels ils restent en contact avec leurs
2050, ainsi que le signale un rapport de 2009 petits-enfants. Des acteurs non gouvernemen-
30 CHAP it r e 3 : séCU riTé, PUissANCe éCoNomiq Ue eT iN D é P eN DA NC e D U rA N T lA v ie il l e sse
taux comblent souvent les lacunes des services avant d’obtenir un diplôme de troisième cycle
publics ou ajoutent de nouveaux programmes en santé préventive aux États-Unis et de rentrer
qui rendent l’existence plus intéressante et plus en Éthiopie où il est devenu administrateur au
satisfaisante. Une somme de recherche appré- ministère de la Santé.
ciable sur le troisième et le quatrième âges est Il ne s’agit pas seulement d’augmenter le
également effectuée par des organisations non nombre de foyers pour personnes âgées, dit-il,
gouvernementales ou intergouvernementales en mais aussi d’inspecter ceux qui existent déjà pour
partenariat avec les pouvoirs publics nationaux et s’assurer qu’ils fonctionnent à leur pleine capacité
des groupes locaux non gouvernementaux. et qu’ils offrent de meilleurs services.
En Éthiopie, à 75 ans, Tilahun Abebe s’est La campagne que mène M. Tilahun au nom
lancé dans une mission, armé des résultats d’un de l’Association nationale des personnes âgées a
sondage sur les personnes âgées réalisé en 2010 à son siège dans la capitale et deux antennes régio-
Addis-Abeba par HelpAge International, l’Orga- nales, dont il est prévu, c’est peut-être un rêve
nisation internationale pour les migrations et de sa part, de porter le nombre à dix ou plus.
le Bureau de la coordination des affaires huma- « Nous devons plaider en faveur d’une pensée
nitaires des Nations Unies. Ce sondage a révélé nouvelle et meilleure », dit-il. Il propose l’établis-
que dans un pays où le respect et le bien-être des sement de centres plus nombreux, et plus petits,
anciens sont des composantes d’une tradition dans tout le pays, où les résidents ou les visiteurs
séculaire, on trouve aujourd’hui des personnes pourraient trouver des soins, des formations à
âgées sans abri et qui souffrent de la faim. des emplois générateurs de revenus, ou diverses
t Tilahun Abebe,
L’Éthiopie, pays pauvre et sujet périodi- activités pour assurer leur santé psychologique. président adjoint de
l’Association nationale
quement à des sécheresses et autres calamités, Le sondage de 2010 dont parle M. Tilahun,
des personnes âgées
a un groupe relativement peu nombreux mais réalisé pour les ministères du travail et des et des pensionnés
croissant de personnes de 60 ans ou plus, qui affaires sociales de la République fédérale et d’Éthiopie.
représentent 5,2 % de sa population totale de de ses États avec l’aide de quatre organisations © UNFPA/Antonio Fiorentel
82,9 millions d’habitants. L’expérience de vie
à la naissance dépasse légèrement 57 ans. Dans
ce contexte, les besoins des personnes âgées
sont souvent négligés, dit M. Tilahun. Ce fonc-
tionnaire de la santé, à la retraite, est président
adjoint de l’Association nationale des personnes
âgées et des pensionnés et souhaite faire de cette
association un groupe de pression efficace en
faveur des anciens. En bonne place sur sa liste
de revendications, figure un filet de sécurité
social d’une forme ou d’une autre pour les
personnes âgées.
« Seuls les employés du gouvernement, les
militaires, la police et les membres de la fonction
publique ont une pension, dit-il. Il n’y a pas
de sécurité sociale. » Autre nécessité, ajoute-t-
il : des logements pour les personnes âgées qui
n’ont nulle part où vivre ou qui ont besoin de
soins spéciaux. M. Tilahun a travaillé pour un
projet américain de lutte contre le paludisme
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 31
versité Renmin, intitulé Examen et analyse du
vieillissement de la population de la Chine et de la
situation des personnes âgées, le professeur Jiang
souligne le fait que la Chine est un pays qui
vieillit avant de s’enrichir, contrairement aux
pays fortement développés où des ressources
plus grandes et des délais plus longs ont été
disponibles pour opérer la transition qu’impose
le vieillissement de la population. Lorsque les
pays développés sont parvenus à une époque où
leur population a commencé de vieillir notable-
ment, signale le Pr Jiang, ils avaient un niveau de
revenu par habitant considérablement plus élevé
que la Chine.
« Au milieu du XXIe siècle, alors que le pic
de vieillissement de la population s’approchera,
le niveau de développement économique de la
Chine ne pourra atteindre que celui des pays
non gouvernementales éthiopiennes, a permis modérément développés », notent dans leur rap-
t
Personnes âgées
pratiquant les arts de faire les constatations suivantes : 88 % des port les auteurs de l’étude. Si les gens âgés sont
martiaux dans une
personnes âgées sans abri et 66 % de celles qui plus nombreux à vivre seuls et à demander de
collectivité moderne
de Xi’an (Chine). vivaient dans la capitale ne mangent pas à leur l’aide hors de leur famille, « cela impose davan-
©UNFPA/guo Tieliu faim; 93 % de toutes les personnes âgées n’ont tage de tâches urgentes pour assurer leur sécurité,
ni baignoire ni douche; 78 % souffrent de pro- leur dispenser des soins médicaux et leur offrir
blèmes de santé chroniques; et 51 % déclarent des services sociaux ».
ne pas avoir d’appui familial. En Chine, le pourcentage de la population
Jiang Xiangqun est gérontologue et professeur âgée dans l’ensemble de la population augmente
de sciences de la population à l’université Renmin régulièrement et rapidement. Ce phénomène
de Beijing. Ses collègues et lui estiment que 98 % résulte de la combinaison des faibles taux de
des personnes âgées restent dans leur maison ou fécondité dus à la politique de planification fami-
s’efforcent d’y rester. Beaucoup d’entre elles, peut- liale qui limite la plupart des familles à un enfant
être jusqu’à 70 % à Beijing mais beaucoup moins et aux progrès de la santé qui prolonge la vie des
en milieu rural, occupent ces « nids vides » laissés personnes âgées et accroît leur nombre. Quand la
par le départ de leurs enfants, soit qu’ils travaillent Chine a commencé à publier les chiffres de son
ailleurs, soit qu’ils sont partis fonder leur famille et recensement de 2010, à la fin avril 2011, les offi-
vivent dans des logements unigénérationnels. Les ciels ont noté que le segment de la population des
démographes chinois disent que la politique gou- plus de 60 ans s’établissait à 13,3 %, soit près de
vernementale est de garder les gens chez eux dans 3 points de pourcentage au-dessus du taux consta-
leur vieil âge parce que c’est ce que ceux-ci veulent té dans le recensement de 2000.
et que cela réduit également les coûts entraînés Lors d’une réunion informelle d’experts en
par la construction de nouveaux logements et la démographie à l’université Renmin de Beijing
fourniture de services supplémentaires. ayant pour objet d’examiner l’évolution de la
Dans un article érudit récent qu’il a rédigé population, du développement et de l’envi-
avec Yang Qingfang, qui enseigne dans le ronnement de la Chine, le Pr Jiang et d’autres
Département des études permanentes de l’uni- gérontologues ont noté que leur spécialité
32 CHAP it r e 3 : séCU riTé, PUissANCe éCoNomiq Ue eT iN D é P eN DA NC e D U rA N T lA v ie il l e sse
connaissait une vogue soudaine auprès des étu- deux foyers, elle se consacre à aider des femmes
diants alors que ceux-ci ne la trouvait pas très âgées dont la vie, dit-elle, était devenue un
intéressante auparavant. « La gérontologie est véritable cauchemar.
un nouveau domaine, a déclaré l’un d’eux. Les Aux États-Unis, le National Prevention
gens font attention au vieillissement au sein de Information Network des Centres for Disease
leur propre famille. Il se manifeste un besoin de Control and Prevention signale que dans les
savoir comment s’occuper des personnes âgées, pays en développement, les personnes âgées sont
de veiller à ce qu’elles restent en bonne santé et exposées à des risques croissants d’infection par
de leur enseigner de bonnes habitudes du point le VIH. Aux États-Unis, au moins 20 % des
de vue du style de vie. » personnes séropositives ont plus de 50 ans et ce
taux est peut-être considérablement plus élevé
Problèmes de santé communs étant donné que les personnes âgées ne pensent
et émergents souvent pas à se faire tester. Il y a également cette
Dans un quartier résidentiel tranquille d’Addis- bonne nouvelle que les personnes séropositives
Abeba, Sasu Nina Tesfamariam fait face à une vivent plus longtemps grâce aux antirétroviraux.
affection commune chez les personnes âgées : Divers facteurs ont pour effet d’accroître les
les problèmes de vision dus aux cataractes. Elle risques que courent les personnes âgées, notent
mobilise des fonds comme elle peut pour payer les Centers for Disease Control. Parmi ces fac-
les interventions chirurgicales et offre un foyer teurs, qui dans une certaine mesure peuvent
temporaire aux candidates à l’opération. Plus être universels, figurent notamment le manque
t Résidente de l’un des
de 100 femmes âgées ont bénéficié de l’aide d’informations sur le VIH et le sida en raison
foyers de l’organisation
ainsi offerte dans ce petit établissement, où elles du fait que les personnes âgées ne sont pas Agar pour personnes
peuvent récupérer après l’intervention, sur des ciblées autant que les jeunes par les initiatives âgées en Éthiopie.
lits de camps avec des draps propres. « Et quand d’éducation sur le sujet. Elles peuvent aussi ©UNFPA/Antonio Fiorente
elles repartent, nous leur faisons don du lit de
camp », dit Sasu Nina.
Elle informe aussi les femmes sur la mala-
die d’Alzheimer et les autres troubles cognitifs
qu’elles peuvent présenter dans leur vieil âge.
Dans les sociétés où les personnes âgées doivent
subvenir elles-mêmes à leurs besoins, toute perte
de capacité mentale est grave pour les femmes
vulnérables.
À l’un des deux foyers d’accueil administrés
par l’organisation caritative de Sasu Nina, appe-
lée Agar (« aide » ou « assistante » en amharique),
une femme souffrant d’accès de panique parle
de ce qui l’a amenée au foyer. « J’avais de petites
économies, dit-elle. Mais elles sont épuisées. Si
je n’étais pas ici, je n’aurais rien à manger. Je n’ai
pas d’enfants qui peuvent s’occuper de moi. »
Sasu Nina, qui a fait ses études aux États-
Unis, raconte que lorsqu’elle a commencé à
étudier la gérontologie, elle a su qu’elle rentrerait
un jour en Éthiopie. Depuis son retour, dans
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 33
hésiter à parler d’activités sexuelles ou d’usage des mesures visant à stabiliser la population.
de drogues ou simplement supposer qu’une Le problème est complexe mais urgent. « Les
détérioration de leur état de santé est due à leur interventions face à ce défi urgent qu’est le vieil-
âge. Des études menées en Éthiopie et dans lissement de la population détermineront dans
d’autres pays en développement ont révélé que une certaine mesure la stabilité et la prospérité
les personnes âgées qui s’occupent de leurs petits- de la Chine » conclut-il dans l’article dont il est
enfants orphelins ou d’autres membres de leur co-auteur avec Yang Qingfang.
famille vivant avec le VIH peuvent contracter le Les problèmes qu’aura à résoudre la Chine,
virus en raison d’une insuffisance d’information pays le plus peuplé au monde (jusqu’à ce que
sur les précautions à prendre pour prévenir les l’Inde la dépasse aux alentours de 2025), au
infections accidentelles. cours des années à venir sont mis en exergue
dans une étude de 2009 de la Division de la
investir dans les personnes âgées population du Département des affaires éco-
À une époque où l’on parle beaucoup, officieu- nomiques et sociales des Nations Unies. Cette
sement, en Chine de repenser la politique de étude pose quatre grands constats au niveau
planification familiale, qui limite le nombre mondial : le vieillissement de la population est
d’enfants à un par ménage (mais qui autorise sans précédent; il est omniprésent; il est profond;
certaines exceptions), le Pr Jiang Xiangqun de il est durable.
l’université Renmin considère que l’accroisse- S’agissant de ce dernier point, la Division de
ment de la fécondité, préconisé par certains la population a constaté que la proportion
autres pays aussi divers que le Japon et la Russie, de gens de plus de 60 ans dans la population
ne suffirait pas pour neutraliser la tendance au mondiale était de 8 % en 1950, se situait à 11 %
vieillissement rapide du pays au cours du siècle en 2009 et, selon les projections, atteindra 22 %
présent et les officiels chinois souhaitent prendre en 2050. « Au niveau mondial, la population
de personnes âgées s’accroît à un taux de 2,6 %
par an, soit bien plus rapidement que l’ensemble
de la population …Une croissance d’une telle
ProPorTIon de PerSonneS ÂgéeS vitesse exigera des ajustements économiques et
dAnS LA PoPuLATIon nATIonALe sociaux de grande portée dans la plupart des
(PourCenTAge) pays », peut-on lire dans le rapport de 2009 sur
60 ans 65 ans 80 ans
ou plus ou plus ou plus le vieillissement de la population.
Chine 12,3 8,2 1,4 À quelque 1 200 km au sud-est de Beijing,
dans la ville historique de Xi’an, capitale de la
égypte 8,0 5,0 0,7
province de Shaanxi Province, le directeur du
éthiopie 5,2 3,3 0,4
Comité de travail de Shaanxi sur le vieillisse-
Finlande 24,8 17,2 4,7 ment, Ai Xiangdong, suggère un ajustement
inde 7,6 4,9 0,7 progressiste des politiques en décrivant l’amal-
mexique 9,0 6,3 1,3
game d’initiatives gouvernementales et de
contributions du secteur privé en cours d’adop-
mozambique 5,1 3,3 0,4
tion en tant que politique nationale. Parlant
Nigéria 5,0 3,2 1,1 d’abord de la démographie, il note que la pro-
ex-république vince compte plus de 5 millions de personnes
yougoslave de 16,7 11,8 2,1
macédoine
de plus de 60 ans et une proportion d’hommes
et de femmes de plus de 80 ans au-dessus de la
Source : Division de la population, Département des affaires sociales moyenne nationale.
et économiques, Nations Unies.
34 CHAP it r e 3 : séCU riTé, PUissANCe éCoNomiq Ue eT iN D é P eN DA NC e D U rA N T lA v ie il l e sse
« Nous ne savons pas pourquoi les gens
vivent plus longtemps ici, dit-il, mais nos ser-
vices de santé pour les gens de plus de 65 ans
se sont améliorés. Il y a des bilans de santé gra-
tuits et les citadins ont une assurance maladie.
La plupart des personnes âgées vivent avec leur
famille où ils ont un régime alimentaire auquel
ils sont habitués et qu’ils aiment bien. Les ins-
titutions ne peuvent pas tenir compte des goûts
individuels. » En 2010, la province de Shaanxi a
commencé à verser des allocations aux personnes
les plus âgées, en sus des autres allocations et des
pensions qu’ils peuvent toucher après 60 ans :
50 yuan (environ 7,70 dollars) par mois pour
les personnes de 80 à 89 ans; 100 yuan pour les
personnes de 90 à 99 ans; et 200 yuan pour les
centenaires. Dans la province, un membre de la
commission remet les allocations en main propre
aux personnes de plus de 90 ans.
t
Des comités de travail sur le vieillissement, que même dans les régions rurales, il y a Musicienne près des
murailles de la vieille
dont les membres proviennent de divers minis- aujourd’hui de nouveaux programmes.
ville de Xi'an (Chine).
tères compétents, ont été établis au niveau À Beijing, Wu Yushao, vice-président du
©UNFPA/guo Tieliu
national et provincial en Chine, certains étant Comité de travail national sur le vieillissement,
plus efficaces que d’autres. Ces organismes ont qui œuvre au niveau du Conseil d’État au-dessus
été institués, dit M. Ai, « pour coordonner les des ministères, note que ces derniers et divers
services, protéger les droits et les intérêts des services gouvernementaux ont fait équipe en
personnes âgées et organiser à leur intention 2006 pour formuler de nouveaux règlements
des activités culturelles, sociales et sportives. Les qui protègent les personnes âgées. Au vu des
intéressés se rendent compte des changements et différences de revenus entre les villes et les cam-
voient bien que l’on effectue des investissements pagnes, le gouvernement a prévu, d’ici 2015,
en leur faveur. » de verser à toutes les personnes âgées vivant en
La ville de Xi’an, qui se redéfinit comme milieu rural, soit environ 100 millions de per-
un centre technologique, possède une riche vie sonnes, une pension financée entièrement sur
culturelle et de nombreux agréments, ce qui, des fonds de l’État. Il est attendu des pension-
M. Ai le reconnaît, en fait un lieu convivial nés, en milieu rural ou urbain, qu’ils emploient
pour les personnes du troisième âge. « Elles une partie de leur pension pour bénéficier de
peuvent faire de l’exercice dans les parcs le services améliorés pour personnes âgées, dit
matin et le soir. Il y a des groupes de théâtre M. Wu. Conformément aux tendances inter-
amateur. Un collège pour personnes âgés dis- nationales, ils seront également encouragés à
pense des cours d’informatique, de peinture et contracter des polices d’assurance pour se pré-
de calligraphie. » En milieu rural, les services munir contre les dépenses à effectuer dans la
ne sont pas au même niveau, les responsables vieillesse et à envisager de faire des emprunts
officiels en conviennent, et dans un village garantis par leurs avoirs.
non loin de Xi’an, cela a suscité un certain À Xi'an, dit M. Ai, dans le but d’avoir les
mécontentement. Mais M. Ai fait remarquer moyens d’étendre les programmes destinés aux
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 35
personnes âgées, le gouvernement national aux personnes âgées de rester proches de leur
entend accorder une priorité plus élevée à la famille tout en ménageant la vie privée et l’indé-
construction de logements pour le troisième pendance des deux générations. Mais à Jinyuan
âge par le secteur privé et à l’amélioration des Xinshiji, les appartements de grande superficie
produits qui facilitent l’existence des personnes (et coûteux) peuvent accueillir sans problème
âgées. « Le secteur du troisième âge est un secteur une famille intergénérationnelle, dit Yao Naigup,
en plein essor, dit-il. On accorde une attention président de l’Association des personnes âgées de
croissance aux différents aspects du vieillissement. la communauté et directeur du Centre du troi-
Les universités réalisent des études; le secteur des sième âge qui se trouve dans le complexe.
affaires voit les possibilités. » Dans ce centre, M. Yao fait remarquer la
La tendance, reflétée dans le dernier plan présence d’une salle d’informatique, d’une salle
quinquennal national, est visible à Xi’an dans le de classe où répète la chorale, d’une salle de
district de Weiyang, où près de 12 % de la popu- visite médicale, d’un centre de culture physique
lation a plus de 60 ans. On y trouve le complexe et d’un groupe de tables de mah jong pour les
résidentiel de Jinyuan Xinshiji, résidence pro- distractions de l’après-midi. Il y a aussi une
tégée construite par le secteur privé, contenant pièce meublée de lits pour faire la sieste. Tout
des immeubles d’appartements bien conçus avec cela est gratuit, sauf le déjeuner pour ceux qui
des espaces paysagers et des allées piétonnes, où ne mangent pas chez eux. Les résidents âgés du
habitent environ 15 000 personnes dont 600 de complexe bénéficient de cartes à tarif réduit pour
plus de 60 ans et 30 de plus de 80 ans, toutes les transports publics, d’aide pour remplir les
dans des foyers familiaux. Des résidences ana- formulaires officiels, de prix spéciaux dans les
logues ont été construites récemment dans de magasins de la communauté et de la livraison
nombreuses grandes villes de Chine, bien que gratuite de leurs achats. La vente d’objets artisa-
n’offrant pas toujours toute la gamme de ser- naux produits par les résidents aide à financer les
vices pour personnes âgées disponibles à Jinyuan activités du centre.
Xinshiji, ce nom signifiant « beau jardin, siècle « Ce qu’il faut aux personnes âgées, ce n’est
nouveau ». pas seulement des appuis matériels, dit M. Yao.
t Résidents âgés présentant
un opéra local près des
La Chine n’a pas adopté la formule des stu- L’appui psychologique est en fait plus important.
murailles de la vieille dios pour grands-parents, modèle de Singapour, Après leur départ en retraite, beaucoup de gens
ville de Xi'an. où un petit logement avec son entrée privée est ont l’impression de ne plus avoir de but dans la
© UNFPA/guo Tieliu attaché aux appartements de manière à permettre vie. Maintenant qu’ils ont plus de moyens finan-
ciers, ils veulent davantage sur le plan spirituel et
culturel. »
Dans le district de Zhouzhi, le village de
Gengxi, à une heure de voiture de Xi’an, n’a que
1 365 habitants (179 d’entre eux ayant plus de
60 ans au début 2011) et, en raison de sa petite
taille, peu d’aménagements spéciaux pour les
personnes âgées. L’association locale des per-
sonnes âgées s’efforce toutefois d’y remédier.
L’association a été fondée en 1997, disent
ses responsables, après que certaines familles
eurent quitté le village en y laissant seuls leurs
parents âgés. Gengxi, situé dans une région
montagneuse, était alors un groupe de hameaux
36 CHAP it r e 3 : séCU riTé, PUissANCe éCoNomiq Ue eT iN D é P eN DA NC e D U rA N T lA v ie il l e sse
très pauvres vivant tant bien que mal de cultures in India: Challenges and Opportunities [État du
t
Des femmes âgées
diverses, blé, maïs et haricots. En 2003, il a vieillissement en Inde: défis et opportunités], attendent des visiteurs au
foyer St. Mary de New
connu une transformation agricole complète et dont il est aussi l’éditeur. Delhi (Inde).
ses habitants tirent aujourd’hui leurs revenus M. Nair cite des exemples de mauvais traite- ©sanjit Das/Panos
de l’exploitation de vergers et de treilles, dont ment et d’abandon, le manque de reconnaissance
les personnes âgées peuvent s’occuper. Il en est appropriée des problèmes des hommes qui vieil-
résulté en moins d’une décennie une remar- lissent et le fardeau que constitue pour les jeunes
quable augmentation du revenu annuel par familles, vu la pauvreté réfractaire et généralisée,
habitant qui est passé d’environ 1 000 yuan la prise en charge de leurs aînés. L’Inde a le plus
(155 dollars) à 6 480 yuan (1 000 dollars). grand nombre d’habitants au monde qui ne
disposent que de 1,25 dollars ou moins par jour
vers une indépendance plus grande pour vivre. M. Nair signale que l’adoption de lois
En Inde tout comme en Chine, l’intérêt pour la qui exigeraient des familles qu’elles s’occupent de
population croissante des gens de plus de 60 ans leurs parents âgés, actuellement envisagées par le
se traduit par des recherches considérables et par gouvernement, pourrait avoir pour effet de réduire
un réexamen de l’idée que les familles assument la responsabilité de l’État envers les personnes
naturellement la responsabilité des soins des âgées. Il conseille également de ne pas oublier le
anciens, ou devraient y être contraintes par la loi. potentiel des « vieux jeunes », sexagénaires qui
Il faut faire face aux nouvelles réalités, déclare sont encore capables de contribuer à l’économie
K. R.G. Nair, professeur honoraire chargé de et à la société. Il détecte une certaine réticence à
recherches au Centre for Policy Research de New continuer de les employer.
Delhi. Les personnes âgées, vivant plus long- Les dispensaires de santé de l’État sont sou-
temps, ne vivent pas toujours leurs derniers jours vent sous-dotés en personnel dans les régions
dans la joie et le bonheur, écrit-il dans un article rurales, où vit une grande proportion des
liminaire résumant des études d’experts publiées personnes âgées de l’Inde, indique dans l’ouvrage
dans l’ouvrage de 2009 intitulé Status of Ageing cité ci-dessus le Dr Oomen George, chef des
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 37
de dénuement chez les pauvres âgés en milieu
rural ». Mais cette Politique nationale pour les per-
sonnes du troisième âge 2011, qui au moment de
la rédaction du présent rapport attend l’approba-
tion du conseil des ministres, réaffirme que « la
responsabilité du soin des personnes du troisième
âge doit rester celle de la famille, qui agira en
partenariat avec la collectivité, le gouvernement
et le secteur privé ».
Les auteurs du projet de politique soulignent
le fait que les femmes âgées doivent faire l’objet
d’une attention particulière. Nombre d’entre elles,
notamment les veuves, mènent une existence à la
limite de la survie. « Les problèmes des femmes
âgés sont exacerbés par toute une vie de discrimi-
nation sexuelle, provenant souvent de préjugés
culturels et sociaux profondément enracinés et
aggravée par d’autres formes de discrimination
fondée sur la classe, la caste, le handicap, l’anal-
services médicaux de HelpAge India, et la méde- phabétisme, le chômage et la situation
t
Shiela Harrison Matthew
prend sa Bible sur une cine privée est trop coûteuse pour beaucoup de matrimoniale » peut-on lire dans le texte.
étagère dans sa chambre
gens. Le Dr George attire l’attention sur un son-
au foyer St. Mary de New
dage réalisé par le gouvernement de l’Inde et le Atteindre les groupes marginalisés
Delhi (Inde).
©sanjit Das/Panos bureau de l’Organisation mondiale de la santé en Mathew Cherian, directeur général de l’organisa-
Inde, qui signale aussi que « la santé mentale et tion non gouvernementale HelpAge India, était
la réadaptation doivent être pris en considération membre du comité de rédaction des propositions
sérieusement lors de la planification des soins visant à éclairer la nouvelle politique. Son orga-
des personnes âgées ». nisation est active dans de nombreux domaines
Les démographes étudiant les statistiques de la vie des personnes âgées. Elle assure un
récentes notent que même dans les États les service d’aide téléphonique d’urgence, mais
plus avancés du sud de l’Inde, où les indices de M. Cherian note en le déplorant que tout ce
développement humain se situent au niveau de que fait l’organisation « n’est qu’une goutte d’eau
ceux de pays développés, l’accroissement de la dans la mer ». Les petites allocations de la sécu-
population âgée présente de nouveaux défis. rité sociale aux personnes âgées, dit-il, ne vont
C. Chandramouli, conservateur général et com- pas très loin dans l’économie indienne contem-
missaire du recensement de l’Inde, note qu’au poraine et les compagnies d’assurance privées ne
Kerala, une pénurie de spécialistes en soins géria- veulent pas des gens du troisième âge.
triques figure parmi les nouveaux problèmes. La longévité augmente sans doute en Inde,
En 2011, l’Inde a publié un nouveau projet dit M. Cherian, mais avec des variations notables
de politique sur le vieillissement, tenant compte selon les secteurs de la société. « Pour les pauvres,
des tendances nationales les plus récentes, à pour les Dalits [« les intouchables »] et pour les
savoir « l’explosion démographique chez les per- populations tribales, ils mènent une existence si
sonnes âgées, l’évolution économique et sociale, dure qu’ils ne vivent pas très longtemps. »
les progrès de la recherche médicale, de la En 2010, l’État, répondant aux besoins
science et de la technologie et les niveaux élevés médicaux et économiques croissants des
38 CHAP it r e 3 : séCU riTé, PUissANCe éCoNomiq Ue eT iN D é P eN DA NC e D U rA N T lA v ie il l e sse
personnes âgées pauvres, a alloué des fonds Pekka Martikainen, démographe à l’unité de
dans 100 des 662 districts administratifs de recherche sur la population dans le département
l’Inde pour y assurer des prestations exclusives de sociologie, note que le vieillissement n’est
de services gériatriques, dit M. Cherian, et huit qu’une composante de multiples défis d’une
centres médicaux régionaux ont été choisis pour grande complexité. Le taux de fécondité reste
mettre en place des programmes. Le ministère bas, bien que l’on ait constaté en Finlande une
de la science et de la technologie collabore avec légère augmentation ces dernières années, qui
HelpAge India pour concevoir des produits et l’a porté d’environ 1,7 enfant par femme pour
des services à l’intention des personnes âgées, la période 1990-1995 à environ 1,8 enfant pour
tels que des dispositifs à commande vocale, des 2005-2010. (Au niveau mondial, un taux de
unités mobiles de physiothérapie et des liaisons remplacement de 2,1 stabilise la croissance; en
vidéo vers des conseils médicaux spécialisés pour dessous de ce taux, la population commence
les médecins locaux. à diminuer.) Mais les chiffres à eux seuls ne
Face au problème de la maltraitance des rendent pas compte de la réalité.
personnes âgées, HelpAge India a établi des « Il s’est produit de grands changements
lignes téléphoniques d’aide dans 20 villes, inter- dans la structure de la famille européenne,
vient en tant que médiateur auprès des familles dans les liens familiaux, qui ont partiellement à
en difficulté et, lorsqu’il y lieu, signale les cas voir avec la baisse des taux de fécondité : taux
t Danse du jeudi
de maltraitance aux autorités. Une étude du élevés de divorce, familles reconstituées, réduc-
après-midi pour
problème menée par l’organisation dans quatre tion rapide de la taille des ménages, dit le Pr des pensionnés
grandes régions métropolitaines et quatre villes Martikainen. La prévalence des personnes âgées à la Maison des
plus petites a constaté une augmentation géné- s’accroît, mais aussi celle des jeunes vivant seuls, travailleurs de Malmi,
établissement culturel
rale de la violence, mais plus particulièrement après avoir quitté le domicile parental. » Les très fréquenté à
au sein des familles. « La maison familiale reste femmes restent plus longtemps sur le marché du Helsinki (Finlande).
le lieu de résidence de la plupart des personnes travail, se marient et ont des enfants plus tard, ©UNFPA/sami sallinen
âgées », dit M. Cherian.
« Les logements avec assistance et les mai-
sons d’accueil pour personnes âgées not sont pas
courants en Inde », dit-il, en précisant qu’il n’y
en a qu’environ 3 600 dans tout le pays et que la
plupart soit sont des établissements privés, soit
ont été fondés par des organisations caritatives
ou confessionnelles. « Beaucoup n’hébergent que
de 20 à 50 personnes, ajoute M. Cherian. La
capacité totale reste très faible. »
la cellule familiale en état de flux
La Finlande, à l’instar de plusieurs pays
d’Europe, du Japon et de la République de
Corée a vu sa population vieillir si rapide-
ment, sous l’effet d’une très basse fécondité et
d’un allongement notable de la durée de vie,
que le vieillissement est devenu la première
préoccupation socioéconomique des décision-
naires. À l’université d’Helsinki, le professeur
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 39
ou décident de ne pas en avoir. Ces faits sont même, c’est-à-dire qu’il faut se demander si les
confirmés par un groupe de jeunes femmes réu- années de vie supplémentaires sont aussi des
nies à Helsinki après les heures de travail autour années de vie en bonne santé. » Il est urgent de
d’un verre de vin. Toutes ont des emplois qui répondre à ces questions en raison de l’arrivée
les intéressent et aucune n’est pressée de fonder à l’âge de la retraite de la génération du baby-
une famille. L’une d’elle déclare qu’elle n’a pas boom, ce qui vient accroître le nombre des
envie de se marier parce qu’elle ne veut pas être personnes âgées sans augmentation notable du
« immobilisée ». nombre des jeunes. Comme dans les autres pays
Les pouvoirs publics, dit le Pr Martikainen, développés, la question est la suivante : d’où
ne promeuvent pas ouvertement les familles viendra l’argent nécessaire pour continuer
plus nombreuses, mais ils offrent d’excellents d’assurer la qualité de la vie ? »
services sociaux, tels que les garderies d’enfants, Le Pr Martikainen relève dans la pensée
qui facilitent la vie aux parents; néanmoins, de finlandaise certains des concepts qui ont cours
nombreux jeunes préfèrent attendre, considérant dans les pays en développement où les ressources
que les services seront toujours là. Entretemps, de l’État sont considérablement moindres. « On
la population âgée continue de croître, et de parle davantage, en Finlande et ailleurs, de l’obli-
vieillir. Les gens de 60 ans et plus constituent gation familiale de s’occuper des personnes âgées,
aujourd’hui près d’un quart de la population dit-il. Mais c’est peut-être dû aussi à un désir
nationale et le pourcentage des septuagénaires et d’imputer le coût des soins des personnes âgées
des octogénaires augmentent. aux individus et aux familles, et on en revient là
« Les taux de mortalité ont diminué rapide- aux questions de solidarité intergénérationnelle
ment, notamment dans le segment des 70 ans et de soutien familial. On insiste beaucoup en
t Pensionnés finlandais,
Hannu et Armi, et plus, dit le Pr Martikainen. La question à se Europe sur les prestations de soins aux personnes
chez eux. poser est celle de savoir si ces personnes voient âgées dans la collectivité, pour permettre aux
©UNFPA/sami sallinen leur aptitude à la vie autonome s’améliorer de gens de vivre chez eux. Mais il se pose alors la
question de l’organisation de ces prestations. »
Étant donné l’évolution de la structure familiale
traditionnelle, la tâche s’avère redoutable.
En Finlande, les centres pour personnes
âgées relèvent de la responsabilité des services
sociaux des municipalités, de même que les
garderies d’enfants et les autres programmes
communautaires. Les personnes de plus de 75
ans ont accès à des activités dans la journée, à
une aide à domicile, à des soins hospitaliers et
au logement pour divers besoins spéciaux. Le
centre Riistavuori à Helsinki est un bon exemple
de la gamme des services que ces établissements
peuvent fournir.
À Riistavuori, il y a un foyer collectif pour
les personnes atteintes de démence et un autre
pour les malades mentaux. Il existe d’autres
unités pour les soins de crise ou la rééducation,
85 appartements d’une pièce avec assistance
à l’autonomie (possédant tous les dispositifs
40 CHAP it r e 3 : séCU riTé, PUissANCe éCoNomiq Ue eT iN D é P eN DA NC e D U rA N T lA v ie il l e sse
de sécurité nécessaires) et des studios et des de vie du troisième âge haut-de-gamme offert en
chambres pour les membres des familles en Europe sera-t-il menacé de disparition dans un
visite. Il y a sept saunas, une salle d’exercice, un monde sénescent où les pays riches commencent
café-restaurant, une bibliothèque, un salon de déjà à ressentir des contraintes et où les gens des
coiffure, des locaux pour travaux artisanaux et pays pauvres ne connaîtront jamais un tel luxe ?
t Les pensionnés
des salles pour les massages et pour les services
finlandais Hannu
de podologie et d’ostéopathie. Le centre emploie et Armi font du
43 auxiliaires de santé et 21 infirmières et infir- ski l’hiver.
miers en soins généraux, ainsi qu’un groupe ©UNFPA/sami sallinen
d’instructeurs dans divers domaines. Il est
également doté d’une unité de thérapie et une
magnifique salle de recueillement, au décor tout
blanc, dénommée Shangri La, réalisée par un
architecte décorateur ensemblier, avec lumière
douce, musique classique, aromathérapie et
des projections d’images muettes de paysages
forestiers, de vues sous-marines ou de quartiers
d’Helsinki sur un immense mur. Les visiteurs
pour la journée ainsi que les résidents du centre
ont accès à ces services et un « groupe bonne
humeur » se réunit tous les lundis.
Le centre n’est pas gratuit mais il y a une
échelle mobile de paiement selon le niveau
économique des usagers ou des résidents, pla-
fonnée à environ 80 % des revenus de retraite de
l’intéressé(e). Kirsi Santama, conseillère sociale
principale du centre, indique que les personnes
riches paient jusqu’à 3 500 euros par mois (envi-
ron 5 000 dollars) pour des soins 24 heures sur
24, mais que pour la plupart des gens, le tarif
mensuel est de moins de 1 000 euros (1 420 dol-
lars). Les clients paient leurs médicaments
lA PoPUlAtioN âgée
jusqu’à un maximum de 600 euros (850 dollars)
par an, après quoi ces frais sont pris en charge.
extraits du Programme d’action de la Conférence
La Finlande est un pays à revenu élevé dont
internationale sur la population et le développement
le produit national brut par habitant dépasse
46 000 dollars et qui possède certains des plans … Dans la plupart des sociétés, les femmes, parce qu'elles vivent plus long-
de pension publics et privés les plus généreux au temps que les hommes, représentent la majorité de la population âgée ...
L'accroissement régulier du nombre des personnes âgées dans les popula-
monde, selon l’Organisation de coopération et
tions nationales, à la fois en chiffres absolus et par rapport à la population
de développement économiques.
en âge de travailler, est lourd de conséquences dans la plupart des pays,
Le message à Riistavuori est que « la vieillesse tant développés qu'en développement, notamment en ce qui concerne la
n’est pas une maladie », dit Mme Santama. Mais future viabilité des structures actuelles, formelles et informelles, d'aide aux
combien de temps pourra-t-on assurer ce niveau personnes âgées. L'incidence économique et sociale de ce vieillissement
de soins à mesure qu’augmente le nombre de de la population représente pour toutes les sociétés à la fois une chance et
personnes âgées qui ont besoin d’aide ? Ce style une gageure.
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 41
42 CHAP it r e 4 : FACTeUrs iNFlUANT s Ur lA FéCo NDiTé
CHAPitre
Facteurs influant
qUAtre
sur la fécondité
Le taux de fécondité, nombre moyen d’enfants qu’a une femme, n’est pas un simple
baromètre qui permet de prévoir la croissance ou la réduction de la population. Il
peut également être une mesure de la qualité de la vie des femmes, qu’elles n’aient
pas d’enfants, ou qu’elles en aient quelques-uns ou beaucoup. D’autres facteurs
sont liés à cet indicateur de la taille des familles, de la population nationale ou de
la population mondiale : santé, éducation, opportunités économiques, égalité des
femmes et droit des femmes à décider du obtenues grâce à des améliorations de la santé
nombre d’enfants et de l’espacement des nais- reproductive, de la santé de l’enfant, de l’éduca-
sances, sans coercition de leur conjoint, de leur tion et de l’autonomisation des femmes, a-t-elle
famille, de leur communauté ou d’une politique déclaré, Dans tous les pays, les parents ont déci-
nationale. dé d’avoir moins d’enfants afin de pouvoir leur
Dans les pays développés, le taux de fécon- offrir de meilleurs chances. »
dité moyen est d’environ 1,7 enfant, soit moins Des taux de fécondité élevés peuvent s’ac-
que le taux de remplacement qui est de 2,1. compagner de coûts élevés dans les domaines
Dans les pays les moins avancés, le taux de de l’économie, de la santé et de la société dans
fécondité est d’environ 4,2 et il atteint 4,8 en certains pays. Au Mozambique, par exemple,
Afrique subsaharienne. Au niveau mondial, « les taux de fécondité élevés sont un problème
toutefois, les taux de fécondité diminuent pro- de santé publique », notamment dans le cas des
gressivement depuis le milieu du siècle dernier. mères dont les grossesses sont espacées de moins
Chaque région et chaque pays possèdent des de deux ans et qui sont de ce fait affaiblies et
caractéristiques spécifiques qui influent sur le plus vulnérables aux maladies, note Leonardo
nombre d’enfants qu’ont les femmes. Chavane du ministère de la santé. Les mères
Les faits indiquent que la réduction de la enceintes, dit-il, risquent de « ne pas avoir le
fécondité a, jusqu’ici, accéléré la croissance éco- temps de veiller à leur propre santé ou à celle
nomique et réduit la pauvreté, a noté Hania de leurs autres enfants ».
Zlotnik, directrice de la Division de la popula- Dans les régions rurales du Mozambique,
Ana Maria Sibanda, qui tion du Département des affaires économiques en particulier dans le nord, ce sont les femmes
a déjà deux filles, espère et sociales des Nations Unies lors d’une réunion qui sont chargées de tous les travaux agricoles
que son prochain sera
un garçon.
de la Commission de la population et du déve- et, si une grossesse ou une maladie les empêche
©UNFPA/Pedro sá da
loppement tenue à New York en avril 2011. « En de produire suffisamment de nourriture pour
Bandeira outre, les réductions de la fécondité ont été la famille, les enfants risquent de souffrir de la
é TAT D e l A P oPU l ATioN moND i A l e 2 0 1 1 43
Quels sont les obstacles qui empêchent les
gens de certains de pays analysés dans le présent
rapport de décider librement et de manière res-
ponsable du nombre d’enfants qu’ils auront ?
Quelles sont les forces qui contribuent à des taux
de fécondité inférieurs aux taux de remplacement
de la population ou à l’arrivée du taux de fécon-
dité à un palier dans d’autres ?
L’accord adopté par 179 pays réunis au
Caire en 1994 pour la Conférence internationale
sur la population et le développement a lancé
un programme d’action de 20 ans qui reflète
une nouvelle prise de conscience de ce que la
fécondité, la santé, la pauvreté, les modes de pro-
duction et de consommation et l’autonomisation
faim ou de malnutrition, explique M. Chavane. sont si étroitement liés qu’aucun ne peut être
t
Leonardo Chavane,
directeur national Dans l’ensemble du pays, 44 % des enfants considéré isolément.
adjoint de la santé
sont touchés par une malnutrition chronique, L’autonomisation des femmes en tant que
publique au ministère
de la santé du dit-il. Dans l’une des provinces septentrionales, condition essentielle pour amener les popula-
Mozambique. Cabo Delgado, où près d’une fille sur trois tions à se stabiliser d’elles-mêmes et pas sous
©UNFPA/Pedro sá da est mariée avant l’âge de 15 ans et où 3 % des l’effet d’exigences de l’État est un thème central
Bandeira
femmes seulement ont recours à des méthodes des mesures subséquentes et une pierre de touche
de contraception moderne, quelque 59 % des de l’élaboration des politiques. En parallèle à
enfants souffrent de malnutrition chronique. Les l’autonomisation des femmes, des hommes et de
enfants dénutris, note M. Chavane sont exposés leur famille pour effectuer des choix judicieux
à des handicaps cognitifs ou à des retards de en matière de reproduction est venu s’inscrire
croissance, ce qui risque de porter atteinte à leurs l’engagement de la communauté internationale
chances de mener une vie longue, productive et d’assurer d’ici 2015 l’accès aux soins de santé
en bonne santé. reproductive, notamment à la planification
Elisio Nhantumbo, chef du Service de familiale. Un tel accès a été reconnu comme une
l’analyse et des études de population au minis- condition nécessaire au libre choix du nombre
tère du développement et de la planification d’enfants et de l’espacement des naissances. Un
du Mozambique, qualifie le taux de fécondité effet escompté de tout un train de mesures visant
élevé du pays de « préoccupant »; le taux de à autonomiser les individus, à promouvoir le
croissance démographique dépasse en effet la développement, à améliorer la santé et à élargir
capacité de l’État à fournir des biens et des ser- l’accès à l’éducation, est que les taux de fécondité
vices et à offrir des possibilités de génération de évolueraient pour se rapprocher du taux de rem-
revenus, en particulier à sa population jeune de placement de 2,1 enfants par femme (l’un de ces
plus en plus nombreuse. Selon le plan-cadre des enfants étant une fille, future mère de la généra-
Nations Unies pour l’aide au développement tion à venir).
du Mozambique pour la période 2012-2015, la En 2011, le monde n’est plus qu’à trois ans
petite économie formelle du pays est « essentiel- de la date butoir adoptée au Caire et à quatre ans
lement incapable d’absorber les 300 000 jeunes de celle dont il a été convenu pour la réalisation
qui, selon les estimations, entrent chaque année des objectifs du Millénaire pour le développe-
sur le marché du travail ». ment, lesquels fixent de nombreuses cibles en
44 C HAP it r e 4 : FACTeUrs iNFlUANT s Ur lA FéCoNDiTé
vue de l’amélioration des conditions de vie et certains démographes et sociologues qui
du respect des droits des femmes et des filles. émettent des doutes à ce sujet, ayant vu la
Certains pays atteignent certaines de ces cibles, tendance à la baisse se ralentir et le taux de
mais l’accès à la planification familiale constitue fécondité parvenir à un plateau, et qui effec-
souvent une exception notable, de même que tuent des études pluri-annuelles du phénomène.
la garantie de l’exercice du droit des femmes à Certains défenseurs locaux de la planification
prendre elles-mêmes les décisions touchant à familiale attribuent ce plateau à une diminution
leur vie reproductive. On estime qu’aujourd’hui, de l’importance attachée par les pouvoirs publics
dans les pays en développement, 215 millions et les médias à la réduction de la taille de la
de femmes en âge de procréer pratiqueraient la famille durant la dernière décennie.
planification familiale si seulement elles y avaient « Ce serait un problème pour l’Égypte, si
accès. Des centaines de milliers de femmes l’on n’atteignait pas le taux de remplacement »,
meurent toujours chaque année de causes liées dit Hisham Makhlouf, président de l’Associa-
à la grossesse, un grand nombre de ces décès tion des démographes égyptiens et professeur à
étant évitables. l’Institut de statistique de l’université du Caire.
Dans certains pays, le manque d’accès à la « Nous souffrons déjà d’une pénurie d’eau
planification familiale est dû à la faiblesse des potable et d’eau pour l’irrigation », indique-t-
réseaux de transport qui oppose un obstacle il. La demande de terre arable étant très forte
insurmontable à la livraison de fournitures dans et les Égyptiens ne peuvent exploiter que 5 à
les régions isolées. Dans d’autres, les forces 6 % du territoire national, « tout gouvernement
culturelles et l’inégalité des sexes empêchent doit savoir qu’une politique de population est
les femmes d’exercer leurs droits en matière de prioritaire », note-t-il. Il ajoute que, par ailleurs,
reproduction, alors que les services et les four- « en matière de planification familiale, nous
nitures de planification familiale sont aisément constatons un taux élevé d’arrêt de l’emploi
disponibles. Dans d’autres encore, la demande de contraceptifs, avec un tiers des femmes qui
de contraceptifs fléchit, pour une combinaison cessent d’y avoir recours dans le courant de la
de raisons économiques et sociales qui n’ont pas première année. »
toutes été élucidées par les démographes et les M. Makhlouf est de ceux qui attribuent
autres spécialistes qui étudient ces tendances. en partie la stabilisation du taux de fécondité
au progrès d’opinions plus conservatives sur la
réduction de la planification familiale société en Égypte, certains ayant été influencés
et plateau de la fécondité en égypte au fil de plusieurs décennies par les travailleurs
En Égypte, pays de 81 millions d’habitants, une migrants et autres voyageurs se rendant dans les
forte baisse de la fécondité a été attribuée par États du Golfe.
beaucoup à plusieurs décennies de programmes Au Caire, à l’université Al Azhar, Gamal
de planification familiale administrés par l’État Serour, directeur du Centre international isla-
ainsi que par des organisations non gouverne- mique pour les études et les recherches en
mentales. Le taux de fécondité qui était dans les matière de population, qui accueille des érudits
années 1950 de 6,37 a chuté pour se situer aux religieux musulmans du monde entier, dit que
environs de 3 pour la période 2005-2010, le but l’on ne saurait attribuer à la religion le plateau
visé il y a une décennie étant de ramener ce taux où se situe actuellement le taux de fécondité
au niveau du taux de remplacement de la popu- égyptien. L’expérience d’autres pays à majorité
lation de 2,1 aux alentours de 2017. musulmane tels que la Tunisie et l’Indonésie,
Les projections actuelles situent à présent qui ont connu des baisses spectaculaires de leurs
cette date plus près de 2030 et il y a même taux de fécondité, en est la preuve. L’Afrique du
é TAT D e l A P oPU l ATioN moND i A l e 2 0 1 1 45
Nord, où la Tunisie a joué un rôle de pionnier « parce que nous voulions faire savoir aux gens
dans le domaine de la santé reproductive et des que l’Islam n’est pas opposé à la planification
droits en matière de reproduction, possède des familiale, que l’Islam n’est pas contre la pro-
taux de fécondité inférieurs à ceux de la plupart tection de la santé des femmes ». Il a publié
du reste de l’Afrique. un guide sur le sujet, avec citations de textes
M. Serour, qui est aussi président de la religieux à l’appui, et il diffuse son message très
Fédération internationale de gynécologie et largement, jusqu’en Afghanistan, par le biais de
d’obstétrique, ayant son siège à Londres, dit formations qu’il dispense à des imams.
que l’université Al Azhar, qu’il décrit comme M. Serour note la nécessité d’une amélioration
l’établissement d’enseignement supérieur le plus de l’information et des services de santé pour les
conservateur du monde musulman, a établi le jeunes. L’Égypte, dit-il, ne peut pas risquer « une
centre de recherche sur la population en 1974 explosion démographique » ou refuser de lutter
ACCèS deS jeuneS FemmeS égyPTIenneS Aux InFormATIonS
eT Aux ServICeS de PLAnIFICATIon FAmILIALe
Dans une région semi-rurale proche de de planification familiale est opposée à Lorsqu’arrive le temps de la pla-
la ville d’Ismaïlia, sur la rive ouest du cette pratique, interdite par la loi qui est nification familiale, Le Dr Shams a à
canal de Suez, Dalia Shams offre des encore très répandue en Égypte mais proposer des stérilets, des préserva-
services depuis son petit bureau qui fait dont on pense qu’elle est en recul. tifs, des contraceptifs injectables, des
aussi fonction de salle d’examen dans Le Dr Shams conseille également les implants et des pilules contraceptives.
un Centre de l’Association égyptienne jeunes gens, hommes et femmes, sur le Elle doit attendre après le mariage, dit-
de planification familiale qui bénéficie point de se marier. La plupart des jeunes elle, parce que la mariée doit être vierge
de l’appui de l’UNFPA par le biais de son femmes qu’elle voit se marient entre 18 le jour de ses noces. Mais au moins, ce
programme de dispensaires conviviaux et 25 ans, dit-elle, encore qu’à Ismaïlia jour arrivé, elle a été informée des choix
pour les jeunes. Le Dr Shams consacre où elle a grandi, en milieu urbain, il n’est disponibles.
une grande part de son temps à écou- pas rare de voir des jeunes mariées de « Il y a beaucoup d’hommes qui
ter les jeunes et tout particulièrement 16 ans, ce qui est illégal. Par ailleurs, à essaient d’interdire la planification fami-
les adolescentes. « Nous commençons tout âge, les jeunes femmes et leurs liale, dit Le Dr Shams. Moi, j’essaie de
par bavarder, pour qu’elles se rendent époux savent très peu de choses sur leur parler de la santé de la mère, de la
compte qu’elles peuvent me faire ce à quoi ils peuvent s’attendre sexuel- nécessité d’espacer les naissances. Je
confiance, dit-elle, et très vite elles se lement, étant donné l’importance leur conseille d’attendre deux ans entre
confient sans rien me cacher. » attachée à la chasteté prémaritale. chaque enfant. »
« Les filles savent très peu de choses
de la sexualité et elles ont peur, dit-elle.
Dalia Shams, médecin au dispensaire pour jeunes de l’Association égyptienne de planification
Elles viennent demander comment familiale à Abo Attwa, près d’Ismaïlia. ©UNFPA/matthew Cassel
perdre leur virginité pendant qu’elles
prennent une douche, ou à dos d’âne.
Elles ont des questions sur les règles ou
les infections. Quelquefois, la mère vient
avec sa fille et elle a peur, elle aussi. »
Le Dr Shams leur parle franchement
des questions sexuelles ainsi que de la
nutrition, de l’hygiène et des modes de
vie sains. Lorsqu’une mère lui demande
son avis sur la coupure génitale pour sa
fille, dit-elle, « je dois aborder la ques-
tion avec beaucoup de tact, pour qu’elle
ne prenne pas la porte ». L’association
46 CHAP it r e 4 : FACTeUrs iNFlUANT sU r lA FéCo NDiTé
contre la mortalité maternelle, les avortements Carlos Arnaldo, professeur
non médicalisés et les autres problèmes de santé de démographie à
l’université Eduardo
néfastes pour les femmes et les filles, qui sont
Mondlane de Maputo
tous liés aux soins de santé reproductive. « Nous (Mozambique).
n’importons pas des idées occidentales, fait-il ©UNFPA/Pedro sá da Bandeira
remarquer. Nous n’importons pas des politiques
occidentales. Nous parlons de nos problèmes. »
Après avoir réalisé un sondage auprès
des étudiants sur leurs connaissances dans le
domaine de la santé sexuelle et reproductive,
dont il a trouvé les résultats « atterrants », dit-
il, il a décidé, avec l’appui de l’administration,
d’inscrire ces matières au programme d’études
de l’université Al Azhar. modernes ont pour effet conjugué de dissuader
M. Serour indique que les fortes réductions de nombreux hommes et femmes de recou-
de l’aide internationale pour la planification rir aux services de planification familiale au
familiale durant les deux dernières décennies ont Mozambique. Dans ce pays, la proportion des
contribué au ralentissement de la baisse du taux femmes en âge de procréer qui emploient des
de fécondité de l’Égypte. Il est critique de ceux méthodes de contraception modernes, telles que
qui considèrent l’aide à la planification familiale la pilule ou le préservatif, n’est que de 11,8 %.
comme une ingérence culturelle ou comme un Dans certaines régions du pays, les quan-
instrument de contrôle de la population dépassé tités de contraceptifs disponibles sont limitées,
et inacceptable. Et dit-il, lorsque des femmes des principalement en raison des difficultés d’ache-
pays pauvres qui n’ont pas de pouvoir se voient minement jusqu’aux centres de distribution
refuser des moyens de contraception pour des situés dans des zones isolées. Mais la prévalence
raisons idéologique, « c’est une violation des de la contraception est faible aussi parce que la
droits de la personne ». demande de contraceptifs l’est également dans
« La planification familiale peut prévenir certaines régions.
le décès d’un million d’enfants par an, dit Pour les ruraux pauvres du Mozambique,
M. Serour. En Afrique, il meurt chaque année la notion même de planification familiale
68 000 femmes des suites d’avortements prati- peut sembler sans pertinence, dit Patricia
qués dans des conditions dangereuses, parce que Guzmán, représentante de l’UNFPA à Maputo.
leurs besoins de planification familiale ne sont « Comment planifiez-vous votre famille quand
pas satisfaits. Alors pourquoi ne pas leur fournir vous n’êtes pas en mesure de planifier les autres
des moyens de contraception ? » Selon les esti- aspects de votre existence ? La question de savoir
mations, en Égypte, 9,2 % des femmes mariées combien d’enfants vous voulez se situe hors du
ou en concubinage ont des besoins de planifica- cadre de référence de la plupart des gens. »
tion familiale non satisfaits. Dans l’ensemble, toutefois, un profil du
Mozambique en matière de santé reproductive
jeu des forces maintenant la établi par la Banque mondiale en avril 2011
fécondité et limitant le recours indique l’existence dans le pays d’une « forte
à la planification familiale demande non satisfaite » de planification
Les traditions, l’inégalité des sexes, la croyance familiale, ce qui signifie que « les femmes
que les familles nombreuses sont un signe de risquent de ne pas avoir la famille de la taille
richesse et les idées fausses sur les contraceptifs qu’elles souhaitent ».
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 47
Selon la Direction nationale des études et des doit également veiller à adopter une approche de
analyses de politiques du ministère de la planifi- la planification familiale qui inclut les hommes.
cation et du développement du Mozambique, « Jusqu’ici, note-t-il, au Mozambique, la planifi-
le besoin non satisfait de planification familiale cation familiale s’est concentrée sur les femmes.
a effectivement augmenté, ce qui montre que Nous nous attachons à présent davantage à
les femmes ou les couples sont de plus en plus atteindre toute la famille, à encourager la discus-
informés sur les contraceptifs mais que le sys- sion et à accroître la demande. » Ce ne sont pas
tème de santé n’est pas en mesure de répondre seulement les hommes qui souhaitent avoir une
à la demande. famille nombreuse : selon un sondage réalisé en
La planification familiale est de plus en plus 2003, la Mozambicaine moyenne aimerait avoir
largement disponible en milieu urbain, mais le 5,3 enfants.
contexte culturel empêche beaucoup de gens Au Mozambique, comme dans de nombreux
d’y recourir, dit Carlos Arnaldo, démographe autres pays, les services de planification fami-
à l’université Eduardo Mondlane de Maputo. liale sont de plus en fréquemment intégrés aux
« La planification familiale est une réalité, mais programmes de santé sexuelle et reproductive,
ce ne sont pas les femmes qui décident, dit-il, et notamment aux programmes de prévention de
les hommes y sont opposés parce qu’ils veulent l’infection par le VIH, indique Mme Guzmán de
davantage d’enfants. » l’UNFPA. Le but visé est de renforcer les effets
Leonardo Chavane, du ministère de la synergiques de manière à réduire les grossesses
santé, estime que le Mozambique doit accélérer non planifiées ainsi qu’à lutter contre la pro-
t Des mères et leurs enfants
dans la salle d’attente le mouvement et élargir l’accès des femmes à pagation du VIH. Les services de planification
d’un dispensaire de l’information sur les méthodes modernes de familiale offrent donc aussi des tests de dépistage
l’Association égyptienne
planification familiale, de façon à ce que les gens du VIH qui complètent les examens proposés
de planification familiale
à Abo Attwa, près
soient plus nombreux à comprendre que ces par les prestataires de soins prénatals. Et les ser-
d’Ismaïlia. méthodes sont sans danger et qu’elles peuvent vices de prévention de l’infection par le VIH et
©UNFPA/matthew Cassel améliorer les conditions de vie. Le Mozambique de traitement de l’infection encouragent l’emploi
du préservatif et fournissent des antirétroviraux
aux futures mères pour prévenir la transmission
du virus aux nouveau-nés. Les services intégrés
sont déjà la norme dans les initiatives de Geração
Biz, effort conjoint de trois ministères visant à
prévenir l’infection par le VIH et les grossesses
non planifiées au sein de la population jeune du
pays en rapide croissance.
Selon Samuel Mills, spécialiste principal
en matière de santé de la Banque mondiale, le
Mozambique, ainsi que de nombreux autres
pays, pourrait faire davantage pour expliquer les
avantages de l’usage de contraceptifs, de l’espa-
cement des naissances et de la réduction de la
taille des familles. « Aux hommes, nous devons
dire qu’il est judicieux, du point de vue écono-
mique, d’espacer les naissances et d’avoir moins
d’enfants, note-t-il. Si vous avez moins d’enfants,
vous pouvez plus facilement leur payer des
48 CHAP it r e 4 : FACTeUrs iNFlUANT sU r lA FéCo NDiTé
études et vous dépensez moins pour les nourrir. réclame « à cor et à cris » une étude des raisons
Pour les femmes, le message à faire passer est que de la part disproportionnée des stérilisations dans
l’espacement des naissances est bénéfique pour la les méthodes de contraception, qui permettrait
santé des enfants et pour celle de la mère. » aussi de déterminer si toutes les normes natio-
M. Chavane, du ministère de la santé du nales de qualité, de sécurité et de choix sont
Mozambique, dit que l’emploi de la contracep- respectées. S’agissant de la qualité et de la sécu-
tion augmenterait dans ce pays si plus de femmes rité, M. Nanda note qu’un groupe de défense de
avaient accès à l’information. « Nous n’essayons l’intérêt public a intenté un procès au gouverne-
pas de convaincre les gens de réduire la taille ment concernant la façon dont les stérilisations
de leur famille, dit-il. Nous les encourageons à ont été pratiquées dans les sites médicaux tem-
attendre avant d’avoir leur premier enfant. Nous poraires communément dénommés « camps », ce
leur disons que pour que les enfants et les mères qui a abouti à une décision de la Cour suprême
soient en bonne santé, les familles devraient exigeant que tous les médecins et administrateurs
espacer les grossesses d’au moins deux ans. » des camps veillent à l’application de normes
M. Chavane signale que le gouvernement a lancé nationales de qualité, de sécurité et de procédure.
une campagne de sensibilisation aux avantages Selon ces normes, précise M. Nanda, les méde-
de l’espacement des naissances en ayant recours cins ne sont pas autorisés à pratiquer plus de
à des personnalités en vue, telle que la Première 30 stérilisations par jour. « Certains en faisaient
Dame Maria da Luz Guebuza, pour plaider la 50 ou 60 », dit-il, en ajoutant qu’il s’attend à ce
cause de la planification familiale. que l’application des normes de qualité réduise le
nombre de complications. Le respect de la liberté
la limitation des grossesses par la de choix des personnes qui décident de subir une
stérilisation en inde stérilisation irréversible figure parmi les priorités
La stérilisation est la plus commune des quelques des défenseurs des droits en matière de santé
méthodes modernes de contraception dispo- reproductive et des droits de l’homme depuis
nibles gratuitement dans les services gérés par les années 1970, époque à laquelle les pouvoirs
l’État. Selon la Division de la population du publics ont essayé de ralentir la croissance démo-
Département des affaires économiques et sociales graphique, en partie par des stérilisations forcées.
des Nations Unies, plus de 37 % des femmes de « En Inde, dit-il, le plus gros problème,
ce pays qui utilisent des méthodes modernes de c’est la maladie des cibles », entendant par là
contraception sont stérilisées, de même que 1 % le nombre de stérilisations qu’il est prévu que
des hommes. Au niveau mondial, la part de les médecins doivent pratiquer par jour ou par
la stérilisation dans les méthodes modernes de mois dans certaines régions du pays. M. Nanda
contraception est de 18,9 % chez les femmes et considère qu’il faudrait supprimer les cibles et
de 2,4 % chez les hommes. En Inde, par exemple, que les services de planification familiale, notam-
le préservatif masculin ne représente qu’un peu ment la contraception, devraient être dispensés,
plus de 5 % de tous les moyens de contraception non pas isolément mais dans le cadre d’un pro-
utilisés et 3,1 % des femmes utilisent la pilule gramme intégré de santé reproductive de l’État.
contraceptive. Les services de l’État ne fournissent « L’approche axée sur la santé reproductive est
pas de contraceptifs injectables. une bien meilleure idée, dit-il; elle est bien plus
A.R. Nanda, ancien commissaire du recense- efficace et bénéfique pour les femmes. »
ment, ancien secrétaire de la santé et du bien-être Les médias ont fait état de cas où des cibles
familial au gouvernement fédéral et ancien étaient fixées et des incitatifs offerts pour les
directeur exécutif de la Population Foundation stérilisations dans certaines régions du pays,
of India, organisme indépendant, indique qu’il mais ces pratiques sont contraires à la politique
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 49
nationale, signale le bureau de l’UNFPA de inégalité des sexes et fécondité
Delhi, qui note qu’il attire l’attention des pou- Au Mozambique, au Centre de santé de Boane,
voirs publics sur de tels rapports pour suite à environ une heure de distance de Maputo, la
à donner. capitale, une femme enceinte du nom d’Ana
Poonam Muttreja est le successeur de Maria qui est là pour un examen prénatal déclare
M. Nanda au poste de directeur exécutif de la en désignant son ventre arrondi : « Je veux trois
Population Foundation of India, organisation enfants; j’en ai déjà deux, un garçon et une fille,
non gouvernementale influente qui mène des et je veux que celui-ci soit mon dernier ». Élever
recherches et des activités de plaidoyer sur une des enfants coûte cher, explique-t-elle, et elle
large gamme de questions relatives à la popula- préfèrerait dépenser l’argent de la famille pour
tion, à la santé et au genre. Elle note que les choix s’acheter une nouvelle maison, de quatre pièces.
limités en matière de moyens de contraception, À peu près en même temps, dans une ban-
fortement biaisés en faveur de la stérilisation, lieue de Maputo, dans un marché improvisé où
qui sont disponibles gratuitement auprès des elle vend des tomates, Asucena, 22 ans, déclare
prestataires de services de l’État constituent à la qu’elle ne veut que trois enfants, opinion parta-
fois un dissuasif et un danger pour les femmes. gée par les femmes qui tiennent les étals voisins :
« Les besoins de contraception non satisfaits ne deux ou trois enfants, pas plus.
sont pas un échec du côté de la demande, dit-elle. Et cependant, malgré les déclarations de ces
La demande est là; c’est l’offre qui fait défaut. » femmes, ainsi que d’autres, la Mozambicaine
Le taux de mortalité maternelle de l’Inde, 230 moyenne a plus de cinq enfants au cours de sa
sur 100 000 grossesses, pourrait être réduit si les vie, ce chiffre étant de près de sept dans certaines
services de planification familiale étaient meil- régions rurales. D’où provient alors ce décalage
leurs, plus complets, dit-elle, ce qui sauverait de entre le nombre d’enfants que certaines femmes
nombreuses vies. « Il y a plus de 10 millions d’avor- souhaitent avoir et le nombre d’enfants qu’elles
tements en Inde, ajoute Mme Muttreja, beaucoup ont en réalité ? Un certain nombre d’experts
chez les femmes mariées. C’est tragique. » Les décès en matière de population et de développement
des suites d’avortement, précise-t-elle, représentent et des organismes d’aide actifs au Mozambique
8 % de la mortalité maternelle. attribuent le niveau élevé des taux de fécondité
Des études ont montré que dans des pays en partie au statut inférieur de la femme et au
tels que le Brésil et le Mexique, où l’on a adopté manque d’opportunités économiques et sociales
une approche de type « cafétéria » du choix de qui en découle.
contraceptifs, c’est-à-dire une offre de toute Sur 169 pays évalués du point de vue de la gra-
la gamme des moyens disponibles, les taux de vité de l’inégalité des sexes, le Mozambique se classe
fécondité ont chuté. Des approches analogues au 111e rang. « L’indice d’inégalité de genre »
ont contribué à stabiliser la croissance démo- selon lequel les pays ont été classés dans l’édition
graphique dans de nombreux pays de l’Asie de de 2010 du Rapport sur le développement humain
l’Est et du Sud-Est. En revanche, les recherches du Programme des Nations Unies pour le déve-
menées par Zoë Matthews et d’autres spécialistes loppement mesure les écarts entre les hommes et
de l’Institut Max Planck pour la recherche démo- les femmes dans les domaines de la santé repro-
graphique suggèrent que lorsque la stérilisation ductive, de la participation à la vie politique, des
est l’option la plus commune, ou la seule, les opportunités de génération de revenus et de l’édu-
taux de fécondité peuvent en fait augmenter, les cation. L’indice révèle que près des trois quarts
femmes pouvant décider d’avoir plus d’enfants, du développement humain du Mozambique sont
en espaçant moins les naissances, avant de subir perdus du fait de ces inégalités, en particulier dans
cette intervention irréversible. le domaine de la santé reproductive.
50 CHAP it r e 4 : FACTeUrs iNFlUANT sU r lA FéCo NDiTé
« L’inégalité persistante des sexes fait que
les femmes et les enfants sont disproportion-
nément victimes de la pauvreté, de l’insécurité
alimentaire et de la maladie », peut-on lire dans
le plan-cadre des Nations Unies pour l’aide au
développement du Mozambique pour la période
2012-2015.
Au Mozambique, « les femmes ne décident
pas », notamment en matière de choix du nombre
des enfants ou du moment de leur conception, dit
le démographe Carlos Arnaldo.
La violence domestique largement répandue,
en dépit d’une loi de 2009 qui la criminalise,
est un symptôme d’une situation où les femmes
n’ont guère la liberté de prendre les grandes déci-
sions qui touchent à leur existence, notamment
dans les domaines en rapport avec la reproduc-
tion. « Au Mozambique, la violence à l’égard des
t
femmes est directement liée au statut social des femme s’affirme en déclarant qu’elle veut plani- Berta Chilundo, avocate
et présidente adjointe de
femmes par rapport à celui des hommes », dit fier sa famille ou en demandant à son partenaire
la MULEIDE, organisation
Berta Chilundo, vice-présidente de l’Associação d’utiliser un préservatif lors des rapports sexuels, non gouvernementale
Mulher, Lei e Desenvolvimento (MULEIDE), dit Mme Chilundo de la MULEIDE. oeuvrant pour la
promotion de la femme
organisation non gouvernementale qui fournit Nombreuses sont aussi les femmes qui
au Mozambique.
une assistance juridique et un soutien psycholo- pensent qu’elles méritent d’être battues. Un
©UNFPA/Pedro sá da Bandeira
gique aux femmes maltraitées. sondage de 2003 sur la population et la santé a
Maria Fatima, 43 ans, s’est adressée à la révélé que plus d’une femme sur trois considère
MULEIDE l’an dernier après avoir conclu que les châtiments corporels sont justifiés pour
qu’elle ne pouvait plus vivre avec son partenaire des raisons diverses, depuis le fait d’avoir laissé
qui avait commencé à la battre au bout de deux brûler le dîner jusqu’à celui d’avoir oublié de
années de leur union. « Quand je l’ai rencontré dire au revoir en sortant. L’acceptation de la
en 1995, j’avais un emploi aux chemins de fer violence domestique est plus courante dans les
et je faisais des études d’économie à l’univer- régions rurales et le niveau d’acceptation est
sité, dit-elle, mais je suis tombée enceinte cette inversement proportionnel au niveau d’éduca-
année-là, mon partenaire m’a forcée à arrêter de tion de la femme.
travailler et à abandonner mes études, si bien que Graça Samo, directrice exécutive de Forum
je suis devenue entièrement dépendante de lui. » Mulher, groupe qui plaide en faveur des droits des
Après avoir subi des violences pendant des femmes et du développement, note que l’éduca-
années, Fatima est partie et a déclaré le dernier tion des femmes est indispensable pour remédier
incident à la police. Celle-ci a engagé des poursuites aux inégalités entre les sexes au Mozambique, mais
contre son partenaire en vertu d’une loi qui crimi- qu’elle ne pourra avoir d’effet que si l’on modifie
nalise la violence domestique et qui fait qu’une fois aussi la socialisation des filles qui fait que celles-ci
les poursuites engagées, la justice doit suivre son attendent très peu d’elles-mêmes. On apprend
cours, même si la victime retire sa plainte. aux femmes, dit-elle, que « c’est l’homme qui est
Les incidents de violence domestique sur- la solution et que le statut de la femme vient de
viennent parfois au Mozambique lorsqu’une l’homme, l’époux, le père ou le frère ».
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 51
LeS beSoInS de PLAnIFICATIon FAmILIALe Mme Samo fait valoir que l’égalisation du
non SATISFAITS reSTenT éLevéS terrain pour les femmes et les hommes exige
non seulement des interventions de l’État et du
En 2005, lors d’un Sommet mondial des Nations Unies, les participants
se sont engagés à rendre universel l’accès à la santé reproductive avant
secteur associatif, mais aussi des familles, qui
2015, conformément à la cible B du cinquième objectif du Millénaire pour peuvent avoir une influence énorme sur la façon
le développement et ont décidé qu’une mesure des besoins de contra- dont filles et garçons se perçoivent eux-mêmes et
ception non satisfaits constituerait un indicateur de progrès par rapport se perçoivent mutuellement dans la société. S’il
à la réalisation de cet objectif. En 2011, la Division de la population du est important de socialiser les filles de manière à
Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies a ce qu’elles reconnaissent leurs forces et leurs pos-
publié les données les plus récentes sur la contraception dans le monde,
sibilités, il l’est tout autant de modifier la façon
qui indiquent qu’en dépit de l’augmentation de l’usage des contraceptifs,
il y a 46 pays où 20 % ou plus des femmes mariées ou vivant en concubi-
dont on socialise les garçons pour les amener à
nage ont un besoin non satisfait de contraceptifs. Ce besoin non satisfait comprendre tôt dans la vie que l’égalité des sexes
de planification familiale se situe au même niveau modéré à élevé dans la bénéficie à tout le monde.
plupart des régions depuis 2000, mais c’est en Afrique subsaharienne et
dans les Caraïbes qu’il est le plus grand. Préférence pour les garçons
En Inde, les effets de la préférence pour les gar-
Proportion de femmes ayant un besoin de planification familiale
non satisfait chez les femmes de 15 à 49 ans, mariées ou en
çons préoccupe les démographes, les médias,
concubinage, en 1990, 2000 et 2008 (en pourcentage) les décisionnaires et nombre d’autres personnes
en raison de l’impact qu’elle a sur le rapport de
26
Afrique masculinité et du message qu’elle émet sur le
subsaharienne 24
25
peu de valeur que la société attache aux filles.
19,5 Le problème a été souligné par les résultats du
Caraïbes 20,4
20,2 recensement national de 2011, qui révèlent que
20 dans la catégorie des enfants depuis la naissance
Asie du Sud 17
jusqu’à l’âge de six ans, le rapport de masculinité
15
est tombé à 914 filles pour 1 000 garçons, alors
14
Caucase et qu’il était de 927 filles pour 1 000 garçons en
Asie central 12
12
2001. Cet écart entre filles et garçons n’a jamais
16 été aussi grand depuis l’indépendance du pays en
Asie de
l’Ouest 14
12 1947. Cette anomalie a pour causes principales,
15 estime-t-on très généralement, les avortements
Asie du
11
Sud-Est
11
sélectifs en fonction du sexe du fœtus, bien que
cette pratique soit illicite, et la négligence par-
19
Afrique fois mortelle à l’égard des petites filles. Autre
du Nord 11
10
pratique illicite mais de plus en plus largement
Amérique
16 disponible dans le pays et de moins en moins
latine 10
9 chère : l’emploi d’ultrasons pour déterminer le
3
sexe du fœtus, lui aussi illicite.
Asie
2 C. Chandramouli, conservateur général et
de l’Est
2
commissaire du recensement de l’Inde, qui a
14
Régions en dirigé le recensement de 2011, considère cette
12
développement
11 tendance comme gravement préoccupante. Il
0 5 10 15 20 25 30
1990
y voit non pas un problème démographique
2000 2008
mais un problème social, aggravé par le fait
Source : Rapport sur les objectifs du Millénaire pour le développement 2011. que les autorités n’appliquent pas les lois
Nations Unies.
52 CHAP it r e 4 : FACTeUrs iNFlUANT sU r lA FéCo NDiTé
relatives à la sélection du sexe de l’enfant à personne de la femme et les droits de celle-ci en
naître en surveillant les établissements qui font matière de santé reproductive ».
de la publicité pour la technologie à ultrasons. M. Chandramouli perçoit certaines raisons
« Le principal coupable est la technologie », d’espérer dans les résultats du recensement de
dit-il et il ajoute que la seule façon dont il sera 2011 qui indiquent que dans quelques États de
possible de mettre fin dans le pays à ce que cer- l’Inde où les écarts entre les sexes chez les enfants
tains critiques appellent le «meurtre de genre », étaient précédemment les plus marqués, ces écarts
gynécide dans le cas présent, est une campagne se réduisent quelque peu, bien que de nombreux t Graça Samo. directrice
sociale appuyée par des incitatifs plus efficaces autres États évoluent en direction inverse, leur exécutive de Forum
Mulher de Maputo
offerts par l’État, pour améliorer le statut de la rapport de masculinité à la naissance se situant
(Mozambique).
petite fille. dans les 800, soit bien au-dessous de la moyenne ©UNFPA/Pedro
Les organisations internationales sont du nationale de 914 filles pour 1 000 garçons. sá da Bandeira
même avis. Un rapport interorganisations de
2011 intitulé Preventing Gender-biased Sex
Selection [Prévention de la sélection du sexe à
base sexiste], dû au Haut-Commissariat aux
droits de l’homme, à l’Organisation mondiale
de la santé, à l’UNFPA, à ONU-Femmes et
à l’UNICEF, note que la santé de la femme
pâtit, dans quelque pays que ce soit, lorsque
les pressions familiales imposent des grossesses
successives dans l’espoir qu’elle mettra au monde
un garçon. Dans certains cas, les femmes qui
attendent une petite fille sont soumises à des
pressions qui les amènent à subir des avorte-
ments non médicalisés à haut risque et celles qui
donnent naissance à une petite fille s’exposent à
des violences, indique Gayle Nelson, spécialiste
en questions de genre à l’UNFPA.
« Le déséquilibre du ratio de masculinité est
une manifestation inacceptable de la discrimi-
nation sexuelle envers les filles et les femmes et
une violation de leurs droits de la personne »,
peut-on lire dans le rapport interorganisations.
égAlité des sexes
Il y est toutefois aussi noté que les technologies
telles que l’échographie et l’amniocentèse ne sont extraits du Programme d’action de la Conférence
pas la cause profonde du problème. Lorsque les internationale sur la population et le développement
pouvoirs publics tentent de limiter ou d’interdire … Améliorer la condition de la femme a aussi pour effet de rendre
l’usage des technologies, signalent les organisa- celle-ci plus apte à prendre des décisions à tous les échelons dans tous
tions, « l’expérience indique que les limitations les domaines de la vie, dont la sexualité et la procréation, ce qui est
juridiques sans larges politiques sociales et autres essentiel pour le succès à long terme des programmes de population….
Les hommes ont un rôle décisif à jouer dans le processus d’instauration
mesures visant la révision de normes sociales
de l'égalité entre les sexes car, dans la plupart des sociétés, ce sont eux
profondément enracinées et les changements de
qui exercent l’essentiel du pouvoir dans presque tous les domaines, des
comportement peuvent s’avérer inefficaces, voire décisions personnelles ayant trait à la taille de la famille, à l’élaboration
infliger des impacts négatifs sur les droits de la des politiques et programmes à tous les niveaux de gouvernement.
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 53
En Inde, des arguments économiques tradi- des familles moins nombreuses se conjugue avec
tionnels militent contre les filles, celle-ci étant la demande d’enfants de sexe masculine, on peut
souvent considérées comme un fardeau financier aboutir à l’avortement des fœtus de sexe féminin.
en raison de la dot coûteuse que les parents Les parents riches ne sont pas influencés par
doivent verser pour leur trouver un bon mari; il quelques milliers de roupies, dit M. Nanda.
y a également le fait que les femmes ne peuvent « Ils donnent des allocations pour élever
pas contribuer beaucoup au revenu familial. et éduquer les filles, mais ils ne veillent pas à
Mais il est possible de contrer ces arguments, l’application des lois sur la dot ou la propriété,
note Poonam Muttreja, directrice exécutive de la note-t-il. Cela devient un geste purement sym-
Population Foundation of India. « Nous pou- bolique. » En tant que premier haut responsable
vons réunir des preuves qui montre que les filles occupant un poste non politique au ministère de
comme les garçons peuvent soutenir la famille, la santé, il a envoyé des agents clandestins dans
dit-elle. L’Inde n’a pas investi suffisamment dans les établissements de santé pour repérer les méde-
les femmes et dans les gens en général. » cins disposés à pratiquer des procédures illégales
M. Nanda, ancien secrétaire de la santé et du de détermination du sexe du fœtus par échogra-
bien-être familial, considère que la détérioration phie, par exemple, et en a fait arrêter certains.
du rapport de masculinité chez les enfants est « Mais il faut ensuite les traduire devant la justice
« un problème gravissime » qu’il faut envisager en bonne et due forme », dit-il. Jusqu’à présent,
en connexion avec la baisse des taux de fécon- cela ne s’est pas produit très souvent.
dité. Avec d’autres experts, il évoque des données
qui indiquent que la plupart des avortements les familles nombreuses, facteur
sélectifs se pratiquent chez les gens riches habi- de sécurité
tant les quartiers aisés, qui souhaitent réduire la Au Mozambique, en particulier dans les régions
taille de leur famille. Lorsque la préférence pour rurales du nord, les enfants représentent des
richesses. Avoir davantage d’enfants équivaut
à disposer de davantage d’aide pour les tâches
sANté et droits eN MAtière
ménagères et les travaux à la ferme familiale.
de reProdUCtioN
Cela représente aussi un facteur de sécurité pour
extraits du Programme d’action de la Conférence les parents dans leur vieil âge.
internationale sur la population et le développement « Les enfants représentent un capital familial,
dit Graça Samo, directrice exécutive de Forum
… La santé en matière de reproduction … suppose qu’une personne Mulher. Avoir des enfants est perçu comme une
… est capable de procréer et libre de le faire aussi souvent ou aussi
façon d’acquérir du pouvoir. »
peu souvent qu'elle le désire. Cette dernière condition implique
Cette perception des enfants en tant que
qu'hommes et femmes ont le droit d'être informes et d'utiliser la
méthode de planification familiale de leur choix, ainsi que d'autres
richesse est logique dans un pays où les avoirs
méthodes de leur choix de régulation des naissances qui ne soient financiers sont rares. Avec un revenu intérieur
pas contraires à la loi, méthodes qui doivent être sûres, efficaces, brut par habitant de 440 dollars, le Mozambique
abordables et acceptables, ainsi que le droit d'accéder à des services se classe au 14e rang mondial parmi les pays
de santé qui permettent aux femmes de mener à bien grossesse et pauvres et les trois quarts de sa population ne dis-
accouchement et donnent aux couples toutes les chances d'avoir posent que de 1,25 dollar par jour pour subsister.
un enfant en bonne santé. … Les droits en matière de procréation La population est à 70 % rurale et vit dans sa
correspondent à certains droits de l'homme… Ces droits reposent
majorité de l’agriculture de subsistance agriculture,
sur la reconnaissance du droit fondamental de tous les couples et
selon le plan-cadre des Nations Unies pour l’aide
des individus de décider librement et avec discernement du nombre
de leurs enfants et de l'espacement de leurs naissances et de dispo- au développement du Mozambique pour 2012-
ser des informations nécessaires pour ce faire. 2015. « Un rendement agricole très faible allié
54 C HAP it r e 4 : FACTeUrs iNFlUANT sUr lA FéCo NDiTé
à une forte vulnérabilité aux chocs climatiques
signifie qu’un très grand nombre d’habitants vit
dans une insécurité alimentaire chronique et que
les revenus des produits agricoles sont bas et irré-
guliers », précise le plan-cadre.
C’est aussi dans les régions rurales que les
taux de fécondité sont les plus élevés, les niveaux
d’éducation les plus bas et le mariage précoce le
plus commun. Par ailleurs, relativement peu de
gens de ces régions pratiquent la planification
familiale.
La pauvreté s’accompagne d’une espérance
de vie plus courte et de taux de mortalité plus
élevés pour les mères et leurs enfants. « Les gens
ont plus d’enfants que la mortalité infantile est
forte, note Samuel Mills, spécialiste principal en
matière de santé à la Banque mondiale. Quand
la mortalité infantile est basse, les gens éprouvent
moins le besoin d’avoir une famille nombreuse. » nationale. De nombreuses femmes interrogées
t
Salle d’un jardin d’enfants
António Francisco, Rosimina Ali et Yasfir sur la question dans les régions d’Europe à faible pour la collectivité rom à
Skopje, en ex-République
Ibraimo de l’Institut d’études économiques natalité semblent considérer que c’est là une rai-
yougoslave de
et sociales de Maputo indiquent que « le fait son extraordinaire voire inacceptable d’accroître Macédoine.
d’avoir trop d’enfants a été pendant longtemps, la taille de la famille d’un enfant ou deux, même ©vii/Antonin Kratochvil
et est encore aujourd’hui, la principale forme si l’État offre des incitatifs monétaires ou autres
de protection sociale au Mozambique ». Cela dans ce sens.
provient, notent-ils, de ce que la plupart des À Skopje, capitale de l’ex-République yougos-
gens ne peuvent pas compter sur l’État pour leur lave de Macédoine, dans une conversation avec
assurer un revenu dans leur vieillesse ou en cas Spiro Ristovski, ministre adjoint du travail et des
d’incapacité de travail, et ils établissent alors leur politiques sociales, sur une nouvelle politique en
propre système de sécurité sociale. « Avoir des faveur d’un accroissement des naissances, certains
enfants reste la principale forme de protection chiffres viennent éclairer la situation. M. Ristovski
sociale pour la majorité de la population mozam- note, par exemple, que certains employeurs
bicaine », avancent-ils. mettent de six à neuf mois à trouver des employés
alors que le pays, qui a émergé relativement
Pour un accroissement des taux pauvre de la dissolution de la Yougoslavie dans les
de fécondité années 1990, s’efforce de renforcer son économie
En Europe, du nord au sud et de l’est à l’ouest, et de s’intégrer à l’Europe et au monde.
c’est la faiblesse des taux de fécondité et pas la Le taux de fécondité a baissé pour se situer à
croissance démographique qui inspire les plus environ 1,5 enfant par femme, selon les calculs
grandes craintes et certains pays ont adopté des des Nations Unies (1,3 d’après certains rapports
programmes incitatifs pour encourager leurs du gouvernement), ce qui, avec la migration des
ressortissants à avoir davantage d’enfants. Ces jeunes en quête de meilleurs emplois et d’un
politiques dites natalistes sont souvent assorties niveau de vie supérieur vers l’Europe de l’Ouest
d’appels aux ménages les invitant à avoir plus et l’Amérique du Nord, a réduit la masse des
d’enfants pour soutenir la croissance économique compétences disponibles. La fécondité est faible
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 55
Spiro Ristovski, ministre voyaient déjà d’avoir une famille nombreuse. Les
adjoint du travail et
femmes qui travaillent et qui prévoient d’avoir
des politiques sociales
de l’ex-République
moins d’enfants peuvent ne pas juger suffisant le
yougoslave de montant de l’allocation pour justifier un chan-
Macédoine. gement dans leur existence. Mme Dragovic note
© vii/Antonin Kratochvil
par ailleurs que ce programme nataliste fait peu
de choses, voire ne fait rien, pour l’autonomisa-
tion des femmes.
« Les jeunes pensent qu’il est préférable
d’avoir moins d’enfants », déclare une jeune
femme du village de Bogovinje, dans le nord,
lors d’une réunion avec des femmes plus âgées,
dans un quartier où prédominent les Albanais
ethniques musulmans, où elles parlent de leurs
conditions de vie. « La situation économique est
dans toute l’Europe méridionale et orientale, y mauvaise, dit-elle, mais nous voulons aussi avoir
inclus en Russie, le taux étant de 1,5 ou moins davantage de temps pour nous-mêmes. »
dans toute la région, sauf au Monténégro où il Dans la région de Bogovinje, où la croissance
atteint 1,6. Les taux de fécondité de l’Europe de économique commence à se manifester et où la
l’Ouest sont bas, eux aussi : la moyenne régio- fécondité est déjà juste en-dessous du niveau de
nale se situe à 1,6, les exceptions étant la France remplacement, les femmes disent que jusqu’à ce
et l’Irlande avec 2,0. que les attitudes masculines évoluent, c’est à elles
M. Ristovski note qu’il faudra de cinq à que continueront d’incomber tous les travaux
sept ans pour déterminer si l’incitatif monétaire ménagers ainsi que le soin des personnes âgées;
encourageant les familles à avoir un troisième avoir plus d’enfants ne ferait qu’ajouter à leur
enfant a eu pour effet d’accroître la population. charge de travail. Même si les maris ne décou-
Les femmes interrogées dans le pays ont des ragent pas leur épouse de travailler hors du foyer
réactions mitigées à ce projet et se demandent si ou ne le leur interdit pas, il n’y a pas de crèches
l’allocation offerte couvrira les coûts que repré- gratuites ou subventionnées ou de jardins d’en-
sente un troisième enfant. (Le taux de fécondité fants pour les enfants d’âge préscolaire, situation
total indique que beaucoup de familles n’ont pas commune dans une grande partie du pays.
encore deux enfants.) Les femmes d’âge moyen de Bogovinje, dont
Au cours des deux dernières années, 5 000 fa- certaines ont très peu d’éducation, ont égale-
milles ont tiré parti du programme d’allocations, ment recherché des possibilités de revenus. Elles
la majorité d’entre elles à Skopje, selon les disent que des cours pour adultes seraient les
chiffres officiels. Plus de la moitié des bénéfi- bienvenus, de même qu’une attention accrue à la
ciaires, 54 %, sont des Albanais ethniques, qui création d’emplois pour les femmes et des appuis
tendent traditionnellement à avoir des familles économiques pour celles qui veulent lancer des
nombreuses, 34 % des Macédoniens ethniques entreprises.
et près de 10 % des Roma. Leurs consœurs plus jeunes, encore céliba-
Anica Dragovic, spécialiste en démographie à taires, ont accédé à diverses carrières, depuis
l’Institut de sociologie de l’université Saint-Cyril l’enseignement jusqu’à des emplois de bureaux
et Saint-Méthode de Skopje, se dit sceptique à (l’une d’elles est assistante chez un orthodon-
l’égard du programme d’allocations et se demande tiste, d’autres travaillent dans des entreprises
si l’argent n’est pas versé à des gens qui pré- privées) et elles cherchent des formations dans
56 CHAP it r e 4 : FACTeUrs iNFlUANT sU r lA FéCo NDiTé
des établissements d’enseignement privés en indique Mme Novkovska. Ses services analysent
vue de l’acquisition de compétences techniques la tendance et prévoient de publier les données
et de langues étrangères pour se préparer au dans les années à venir. Reste la question de
développement économique futur appuyé par savoir si l’offre de possibilités de carrière aux
l’investissement étranger. Dans cette région mon- femmes s’opposera aux efforts visant à les per-
tagneuse, le secteur manufacturier et le tourisme suader d’avoir plus d’enfants, ou si ces femmes
offrent un bon potentiel de croissance. autonomisées viendront remplir de nombreux
Dans le sud du pays, les activités touris- postes vacants plus vite que les enfants qui
tiques aux alentours du lac d’Ohrid et les sites naîtront du fait des incitations de l’État.
historiques uniques de la région contribuent à
entretenir l’économie locale dans les villes de Faciliter la fondation d’une famille
Struga et d’Ohrid, ainsi que dans les villages et En Finlande, la disponibilité de garderies d’enfants
les fermes des environs. Bien que le chômage soit dans toutes les municipalités facilite considérable-
toujours un problème et que les salaires fémi- ment aux femmes qui travaillent et aux couples à
nins inférieurs aux salaires masculins, les jeunes deux carrières la décision d’avoir des enfants. Le
femmes trouvent du travail dans le secteur de taux de fécondité de la Finlande est en-dessous
l’hôtellerie. du taux de remplacement de 2,1 naissances par
Des représentantes de groupements de femme depuis les années 1970 et, à la fin du siècle t Dans le village
femmes et des femmes des professions libérales dernier, on se préoccupait de ce que, les niveaux de Bogovigne, en
ex-République
réunies à Struga pour parler de leurs conditions d’immigration étant peu élevés, le pays connaîtrait yougoslave de
de vie et de leurs préoccupations ont exprimé de graves pénuries de main-d’œuvre. Macédoine, un groupe
des opinions divergentes à l’égard du programme Pekka Martikainen de l’université d’Helsinki de femmes parle
de la nécessité d’un
d’allocations pour un troisième enfant; certaines indique que les généreuses politiques sociales
soutien économique
notent que ce programme apporte un complé- ne sont toutefois pas conçues pour accroître pour le lancement des
ment « non négligeable » au revenu familial, la fécondité mais pour soutenir les familles de entreprises.
mais d’autres font valoir que dans les villes où multiples manières afin qu’elles puissent prendre ©vii/Antonin Kratochvil
les femmes se marient plus tard et où les taux de
divorce augmentent, une formation profession-
nelle et un soutien aux femmes entrepreneurs
sont plus nécessaires. Au ministère du travail et
des politiques sociales, M. Ristovski indique que
l’autonomisation économique des femmes figure
dans les plans et programmes de développement
du gouvernement central.
Au Bureau national de la statistique, à
Skopje, Blagica Novkovska, la directrice, note
que plus de femmes trouvent des emplois dans le
secteur privé, ce qui représente une modification
de la structure traditionnelle de l’emploi féminin
où plus de 80 % des femmes actives travaillaient
dans le secteur public. Les étudiantes rompent
elles aussi avec la tradition en choisissant de faire
des études dans les domaines technologiques et
scientifiques au lieu des humanités et en suivant
des cours de gestion dans des instituts privés,
é TAT D e l A P oPU l ATioN moND i A l e 2 0 1 1 57
des décisions librement sans craindre de graves Toutes les mères ont droit en Finlande à
conséquences économiques. « Les Finlandaises, 105 jours de congé de maternité payé; elles
dans une grande mesure, restent sur le marché ont également le droit de retrouver leur emploi
du travail, dit-il. Leur participation est presque ou un emploi analogue de niveau comparable
aussi forte que celle des hommes et l’on ne lorsqu’elles reprennent le travail. Les femmes
constate qu’un léger fléchissement à certains enceintes reçoivent une allocation de 140 euros
âges, qui correspond généralement aux femmes (200 dollars) en numéraire ou une trousse de
qui restent au foyer lorsque leurs enfants sont soins pour elles-mêmes et pour l’enfant à naître
tout jeunes. En Finlande, les femmes restent pour se préparer à l’accouchement et répondre
typiquement à la maison jusqu’à la fin de aux besoins du nouveau-né. À la fin du congé de
l’allaitement au sein. » maternité, l’État octroie à l’un ou l’autre parent
Les avantages sociaux accordés aux femmes une allocation parentale pendant 158 jours, d’un
qui travaillent en Finlande, en particulier en montant variable compte tenu des ressources et
milieu urbain, sont considérés à la fois comme des besoins individuels. Les pères ont un congé
généreux et comme des droits. À Helsinki, par de paternité de 18 jours en sus d’un congé de
exemple, ces avantages comprennent un droit paternité payé de 12 jours ce qui constitue ce
inconditionnel aux services de garderies pour que les Finlandais appellent « le mois du papa ».
tous les enfants à raison de cinq heures par jour Tout ceci, qui a peut-être joué un rôle dans
et des services pour la journée entière, le soir et la récente augmentation de la fécondité en rai-
le week-end contre paiement d’une redevance son de l’atmosphère conviviale qui encourage
basée sur le revenu des clients mais ne dépassant les futurs parents à surmonter d’éventuelles
pas 254 euros (environ 365 dollars) par mois. hésitations, n’a pas nécessairement abouti à des
Les repas sont inclus dans tous les plans offerts familles plus nombreuses, situation commune
aux parents. Les parents des enfants de moins de dans la plupart des pays d’Europe.
3 ans qui n’ont pas recours aux services de garde- Anneli Miettinen, chercheuse dans les
rie municipaux reçoivent une allocation familiale domaines de la fécondité et de la stérilité à
qui, à Helsinki, va de 448 euros (645 dollars) à Väestöliitto, la Fédération familiale de Finlande,
746 euros (1 075 dollars) par mois. Les services ne se préoccupe pas tant de la faiblesse du taux
privés de garderie d’enfants par un prestataire qui de fécondité que des naissances retardées. « Nous
n’est pas membre de la famille sont également avons besoin d’une population stable, dit-elle.
subventionnés. Nous avons besoin de deux enfants par famille
Les garderies d’enfants municipales sont et nous y sommes presque avec notre taux de
amplement dotées en personnel; le nombre fécondité de 1,85. »
d’enfants dont chaque employé a la charge varie « Mais il y a plusieurs problèmes, note-t-elle.
selon la catégorie d’âge et va d’une personne L’un d’eux tient à l’augmentation progressive de
pour deux enfants pour les moins d’un an à l’âge moyen auquel les femmes ont leur premier
une personne pour 13 enfants d’âge préscolaire. enfant, qui s’établit actuellement à 28 ou 29 ans
Étant donné l’augmentation progressive du et à environ 30 ans dans la région de la capi-
nombre d’enfants émigrants, Helsinki forme tale. Les femmes ne sont plus jeunes lorsqu’elles
des enseignants aux questions multiculturelles fondent une famille ou songent à le faire. Je ne
et dispense un enseignement du finnois seconde crois pas que nous nous rendions compte que
langue au niveau des garderies d’enfants. Des cela signifie, à terme, que beaucoup de ces jeunes
classes spéciales sont réservées aux enfants han- adultes qui décident de retarder leur période
dicapés physiques ou présentant des troubles de procréation se trouvent confrontés à des
d’apprentissage. problèmes d’infécondité. »
58 CHAP it r e 4 : FACTeUrs iNFlUANT sU r lA FéCo NDiTé
« L’âge biologique de 35 ans est un peu
avancé du point de vue de la fécondité, indique
Mme Miettinen. Elles disent parfois : rien ne
presse et je pourrai y penser plus tard; je dois
d’abord terminer mes études, trouver un emploi
permanent et un bon père avant de penser à
fonder une famille. »
Un sondage réalisé auprès des Finlandaises
dans les années 1970 a permis de constater que
celles-ci considéraient que l’âge le plus avancé où
elles devraient avoir des enfants était de 37 ans.
De nos jours, les femmes ne veulent pas fixer de
limite d’âge. « Aujourd’hui, les gens commencent
seulement à avoir des enfants à 37 ans, dit
Mme Miettinen, ce qui change complètement
le tableau. »
L’infécondité risque de s’accroître en raison
de ces décisions, note-t-elle. Les femmes de
plus de 35 ans ont déjà davantage de difficultés
à concevoir et elles sont plus nombreuses à
avoir recours à la fécondation in vitro. « Il n’y au système de santé publique de la région où
t
Katariina Sorsa, pasteur
de l’Église luthérienne,
a pas de limite d’âge prévue par la loi, dit ils vivent, au nord d’Helsinki. Les deux implanta-
attend son deuxième
Mme Miettinen. Il appartient aux médecins tions ont été réalisées dans un hôpital public enfant, conçu par
de déterminer si la femme est capable de pro- local, à très peu de frais pour le couple. fécondation in vitro.
créer sans que cela présente des problèmes de Mme Sorsa indique qu’elle et son mari n’ont ©UNFPA/sami sallinen
santé pour elle ou pour l’enfant. Je trouve que dépensé que quelques centaines d’euros pour
c’est accorder trop de place aux considérations divers frais et médicaments associés à ces inter-
éthiques des médecins. Lorsqu’un médecin doit ventions et aux accouchements; un hôpital privé
déterminer si une femme de 45 ans est trop âgée aurait coûté des milliers d’euros. « Pour mon mari
pour un traitement de fécondation in vitro, cela et pour moi, tout s’est très bien passé », dit-elle.
pèse vraiment lourd sur lui. » En tant que pasteur, Mme Sorsa voit des
Katariina Sorsa est une femme pasteur luthé- bébés de plus en plus nombreux que l’on amène
rienne de 36 ans qui a bénéficié des services de se faire baptiser et en général des enfants plus
santé de l’État pour procréer grâce à la féconda- nombreux nés depuis 2006 ou 2007, enfants
tion in vitro. Son premier enfant, un garçon du de parents mariés, mais aussi non mariés et de
nom de Martti, est né en 2008, alors qu’elle avait mères célibataires. Il n’y a pas d’obstacles sociaux
34 ans; son second fils, Janne, est né en juin aux traitements de fécondité en Finlande.
2011. Mme Sorsa et son mari s’étaient mariés
durant leurs études universitaires mais n’avaient l’infécondité chez les pauvres
découvert qu’ils ne pouvaient pas avoir d’enfants Dans le monde en développement, l’infécon-
qu’une fois arrivés dans la trentaine. dité est souvent un motif de tristesse que l’on
Ils avaient songé à l’adoption mais avaient néglige de par l’attribution de priorités plus
rejeté cette option et l’insémination artificielle élevées aux questions de planification familiale
n’avait pas donné de résultat. Ils se sont alors et de contraception. Les femmes qui n’ont
adressés au médecin de Mme Sorsa, qui appartient pas d’enfants sont fréquemment considérées
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 59
comme ayant failli à leur tâche d’êtres humains Selon l’étude de l’Organisation mondiale de
et leurs problèmes peuvent ne pas être inclus la santé, l’Égypte et l’Inde ont établi des pro-
dans les soins de santé reproductive disponibles. grammes pionniers pour traiter l’infécondité et
En décembre 2010, l’Organisation mondiale parvenir à réduire les coûts du traitement. Au
de la santé (OMS) a publié une étude intitu- Caire, Gamal Serour de l’université Al Azhar
lée Mother or Nothing: The Agony of Infertility déclare que les femmes pauvres devraient avoir
[Mère ou rien : l’agonie de l’infécondité], qui droit à ce type de traitement. « Les études
énumère les multiples causes de ce phénomène, démographiques de l’OMS ont indiqué qu’il
notamment les grossesses ectopiques, la tuber- y a dans les pays dotés de ressources limitées
culose génitale, l’occlusion des trompes de (Chine exclue) plus de 186 millions de femmes
Fallope due à des infections du tractus génital, en âge de procréer qui sont infertiles, dit-il.
les avortements non médicalisés et les infections L’infécondité est une maladie qui contribue à
sexuellement transmises. la charge globale de morbidité, qui inflige des
Des experts de l’Organisation mondiale de souffrances liées au genre et à laquelle il faudrait
la santé signalent que bien que dans plus de la remédier par tous les moyens, car sa préven-
moitié des cas où les couples ne peuvent pas tion et son traitement sont un droit en matière
avoir d’enfant, c’est la stérilité masculine qui est de reproduction. » En outre, les programmes
en cause, les femmes sont tenues responsables de planification familiale qui encouragent les
de manière disproportionnée. Dans cette éven- couples à remettre à plus tard les grossesses ou
tualité les hommes peuvent répudier leur épouse à les espacer largement « devraient donner aux
et divorcer, ou les femmes peuvent être en but à intéressées des assurances qu’elles trouveraient de
l’opprobre social et à l’ostracisme. Bien que l’infé- l’aide à concevoir si elles le souhaitent plus tard.
condité soit un phénomène mondial, l’Afrique La planification familiale ne se limite pas à la
possède une « ceinture d’infécondité » qui s’étend contraception. Elle consiste également à planifier
d’est en ouest depuis la Tanzanie jusqu’au Gabon, la fondation d’une famille. »
indique cette étude. Des interventions chirurgi-
cales réparatrices peuvent souvent aider la femme, le pouvoir de choisir en connaissance
mais la fécondation in vitro telle qu’elle se pra- de cause
tique en Finlande est généralement trop coûteuse L’expérience de l’Égypte, de l’Inde et du
pour que les familles y aient recours ou pour que Mozambique montrent que l’infertilité élevée
les prestataires de soins la proposent. ne se prête pas à des explications faciles et qu’il
TAux de FéCondITé 1950-2010 (enFAnTS PAr Femme)
Pays monde
10
Chine1 Egypte Ethiopie Finlande2 Inde Mexique Mozambique Nigéria Ex- RYM3
1. Les données statistiques pour la Chine ne comprennent pas Hong-Kong et Macao, régions administratives spéciales de la Chine.
2. Y inclus les Îles Åland.
3. Ex-République yougoslave de Macédoine.
Source : Nations Unies, Département des affaires économiques et sociales, Division de la population. World Population Prospects : The 2010 Revision.
60 CHAP it r e 4 : FACTeUrs iNFlUANT sU r lA FéCo NDiTé
eFFeTS à Long Terme de LA FéCondITé éLevée Sur LA CroISSAnCe
démogrAPhIque en AFrIque
Les pays du continent africain, depuis la élevé pour le repérer sur les graphiques croissance démographie mondiale. (Il
région septentrionale en bordure de la représentant les autres scénarios et si note également que si l’Inde, qui vise
Méditerranée en passant par le Sahara parfaitement impossible qu’il indique à stabiliser sa population d’ici 2045,
et la région subsaharienne jusqu’à que les taux actuels de fertilité et de ne réduit pas ses taux de fécondité, sa
l’extrême pointe du cap de Bonne- mortalité ne sont pas durables. Si nous population qui est actuellement de 1,2
Espérance, présentent une remarquable examinons les résultats en détail, nous milliard d’habitants pourraient atteindre
diversité et échappent aux généralisa- constatons que les taux de fertilité les 2 milliards d’ici 2050.)
tions. Collectivement, l’Afrique abrite élevés des pays africains, s’ils se main- « Si les taux de fécondité de l’Afrique
aujourd’hui près de 15 % de la popula- tenaient pendant 300 ans, aboutiraient devaient rester inchangés au cours
tion du globe. en 2300 à une population de 3,1 billions des décennies à venir, la population
Alors que les démographes com- d’habitants rien que pour l’Afrique. » du continent s’accroîtrait à une vitesse
mençaient à analyser les données L’année 2300 est trop lointaine et extrêmement élevée pour atteindre
publiées dans World Population Prospects: difficile à imaginer pour la plupart des 3 milliards d’habitants d’ici 2050 et le
The 2010 Revision, paru en avril 2011, gens, mais les années 2050 ou 2100 se nombre incroyable de 15 milliards d’ici
Th o m a s B u e t t n e r , s o u s - d i re c te u r situent dans la période que connaîtront 2100, soit environ 15 fois sa popula-
de la Division de la population du les petits-enfants ou les arrière-petits- tion actuelle », écrit M. Chamie dans
Département des affaires économiques enfants de la population actuelle. Joseph The Globalist, magazine électronique
et sociales des Nations Unies, a tenu les Chamie, ancien directeur de la Division publié par le Globalist Research Center
propos suivants lors d’une réunion de de la population du Département des de Washington en juin 2011. « Au
la Commission de la population et du affaires économiques et sociales des niveau mondial, indique-t-il, il semble
développement : Nations Unies et actuel directeur des aujourd’hui probable que l’Afrique sera
« Que se passerait-il dans le long recherches au Center for Migration le dernier continent à opérer la transition
terme si les taux actuels de fécondité Studies de New York, a analysé récem- démographique, à savoir la réduction à
et de mortalité restaient inchangés au ment les toutes dernières projections et la fois des taux de natalité et des taux de
niveau national ? Un tel scénario mènerait signale qu’il semble que l’Afrique, et le mortalité. »
à une population mondiale de 3,5 bil- Nigéria en particulier, pourraient exer-
lions d’habitants en 2300, chiffre trop cer une influence extraordinaire sur la
n’existe pas une méthode unique pour s’assurer en ont convenu lors de la Conférence internatio-
que les femmes disposent des informations, des nale sur la population et le développement.
outils et des libertés nécessaires pour prendre Les recherches menées au cours des deux der-
librement des décisions sur le moment et l’espa- nières décennies ont montré à de multiples reprises
cement des grossesses. que lorsque les femmes sont en bonne santé et
L’expérience de la Finlande et de l’ex-Répu- éduquées et qu’elles ont accès à des services inté-
blique yougoslave de Macédoine montrent que la grés de santé sexuelle et reproductive, notamment
voie de l’augmentation des taux de fécondité est, de planification familiale, les taux de fécondité et
de manière analogue, complexe. la taille moyenne de la famille diminuent.
Quel que soit l’objectif visé, qu’il s’agisse Une « enquête en grappes à indicateurs mul-
d’amener les couples à avoir moins d’enfants ou tiples » effectuée en 2008 par l’Institut national
plus, les pouvoirs publics doivent fonder leurs de la statistique du Mozambique, par exemple, a
actions sur les principes de la liberté de choix et montré que l’usage des contraceptifs était forte-
de l’autonomisation, ainsi que les pays du monde ment corrélé au niveau d’éducation et de richesse
é TAT D e l A P oPU l ATioN moND i A l e 2 0 1 1 61
perçue comme occupant une place centrale
dans les efforts du Mozambique visant à réduire
les taux de fécondité à l’avenir; selon Leonardo
Chavane, du ministère de la santé, la pre-
mière mesure à prendre consiste à éduquer les
femmes. « Les femmes doivent être éduquées
pour maîtriser leur situation », dit-il.
En Chine, certains démographes consi-
dèrent que les faibles taux de fécondité du pays
ne sont pas nécessairement le résultat de la
politique actuelle de planification familiale qui
limite à un le nombre d’enfants de la plupart
des couples. Ils attribuent plutôt la diminution
de la fécondité au développement économique
et social qui, selon eux, a fait baisser la fécon-
dité avant la mise en application de la politique
actuelle de planification familiale. Et si les pou-
voirs publics décidaient soudain d’assouplir ou
d’abroger cette politique, disent-ils, la plupart
des familles ne se mettraient pas à avoir davan-
des femmes. Seuls 12 % des femmes qui n’ont tage d’enfants, qu’elles n’ont pas les moyens
t
Dans un hôpital
municipal de Xialiang
pas d’éducation formelle emploient des contra- d’élever, car elles ont appris la valeur et les
(Chine), une mère
vient faire vacciner
ceptifs; ce taux est de 37 % chez les femmes avantages de la réduction du nombre d’enfants
son enfant. qui ont au moins une éducation secondaire. Les pour l’économie familiale et pour les enfants
©UNFPA/guo Tieliu femmes qui recourent aux services de planifica- eux-mêmes. Certains des voisins de la Chine
tion familiale sont mieux à même de déterminer en Asie de l’Est et du Sud-Est sont parvenus à
le nombre, le moment et l’espacement des des taux de fécondité peu élevés sans politiques
grossesses. limitant le nombre d’enfants que les familles
A.R. Nanda, ancien secrétaire de la santé et sont autorisées à avoir. On sait aussi que le taux
du bien-être familial de l’Inde, note que dans de fécondité de la Province chinoise de Taiwan
les régions du pays qui ont mis l’accent sur est tombé à un niveau inférieur à celui de la
l’autonomisation des filles et des femmes sont Chine continentale sans restrictions imposées
aussi celles où les taux de fécondité ont baissé. pour la taille de la famille. Selon le Population
Dans le sud du pays, l’État du Kerala est ainsi Reference Bureau de New York, le taux de
parvenu à des niveaux de fécondité et de déve- fécondité de Taiwan qui est de 0,9 enfant
loppement comparables à ceux des pays riches est, pense-t-on, le plus bas du monde, encore
grâce à des politiques sensibles aux sexospé- que les nouveaux chiffres du recensement de
cificités qui comprennent de longue date une la Chine de 2010 indiquent que celui de la
éducation quasi universelle pour les filles et un région métropolitaine de Shanghai atteint
accès facile aux soins de santé. L’expérience du aujourd’hui 0,8.
Kerala, fait valoir M. Nanda, montre que des La République de Corée, qui a réduit sa
baisses notables de la fécondité sont possibles croissance démographique en grande partie sans
sans que les pouvoirs publics fassent pression politiques coercitives, est également considérée
sur les femmes pour les amener à avoir moins comme un cas de succès pour la réduction de
d’enfants. L’éducation des filles est également la sélection en fonction du sexe et de l’écart
62 CHAP it r e 4 : FACTeUrs iNFlUANT sU r lA FéCo NDiTé
entre les sexes chez les jeunes. L’expansion éco- dans le ménage et une campagne multimé-
nomique accompagnée d’une offre d’emplois dias sur le thème « Aimez votre fille » ont eu
accrue pour les femmes, l’exode rural vers les pour effet combiné d’améliorer la proportion
villes, l’application efficace des règlements hommes-femmes en un peu moins d’une
contre la sélection en fonction du sexe ainsi décennie.
que des lois relatives aux droits des femmes
LA CIPd eT LeS objeCTIFS du mILLénAIre Pour Le déveLoPPemenT
Six ans après la Conférence inter- CIPD qui est porteur des plus grands un effort mondial concerté visant à
nationale sur la population et le espoirs de progrès. Tous les objec- sauver la vie de plus de 16 millions de
développement (CIPD) du Caire, évé- tifs touchent à la vie et aux droits des femmes et d’enfants. Lors d’une mani-
nement historique, les États Membres femmes : élimination de la pauvreté, festation spéciale des Nations Unies
des Nations Unies rassemblés à New enseignement primaire universel, pro- pour le lancement de la Stratégie
York ont adopté une Déclaration du motion de l’égalité des sexes, réduction mondiale pour la santé de la femme
Millénaire et des directives ambi- de la mortalité infantile, amélioration et de l’enfant, les parties prenantes ont
t i e u s e s e t e x h a u s t i ve s v i s a n t à de la santé maternelle, lutte contre annoncé des contributions de plus de
réduire la pauvreté, la maladie, la le VIH/sida, le paludisme et d’autres 40 milliards de dollars. « Nous savons
destruction de l’environnement et les maladies, durabilité environnemen- ce que nous devons faire pour sauver la
inégalités sociales et économiques tale et partenariats mondiaux pour le vie des femmes et des enfants et nous
en 2015. Ces objectifs du Millénaire développement. savons que le rôle des femmes et celui
pour le développement, et les cibles Aucun de ces objectifs ne peut être des enfants sont essentiels à la réalisa-
et indicateurs concrets qui leur ont été atteint en l’absence de progrès sup- tion de tous les objectifs du Millénaire
ajoutés ultérieurement pour les mesu- plémentaires dans les domaines de la pour le développement », a déclaré le
rer, constituent pour les Nations Unies santé reproductive de la femme et de la Secrétaire général.
un tableau de bord utile pour assurer protection de la santé de la mère et du Bien que les questions relatives à la
un suivi des progrès réalisés. nouveau-né. Mais de tous les objectifs jeunesse ne figurent pas parmi les huit
La décennie 1990 a été particulière- du Millénaire pour le développement, objectifs du Millénaire pour le dévelop-
ment active pour les Nations Unies, qui c’est pour le cinquième, celui de l’amé- pement, les jeunes ont le potentiel de
ont tenu d’importantes conférences lioration de la santé maternelle, que contribuer à la réalisation des objec-
internationales : sur l’environnement, l’on a enregistré le moins de progrès; tifs, en particulier à l’objectif 1 qui est
à Rio de Janeiro en 1992, sur les droits c’est également le plus sous-financé celui de la réduction de la pauvreté,
de l’homme, à Vienne en 1993, sur la des objectifs en rapport avec la santé. a dit Samuel Kissi, jeune militant du
population et de développement au En 2007, les dirigeants mondiaux ont Ghana, lors d’un événement parallèle
Caire et sur la promotion des femmes à ajouté une seconde cible à cet objectif, à la réunion de haut niveau de 2010
Beijing en 1995. Les déclarations et les à savoir rendre l’accès à la médecine de l’Assemblée générale des Nations
plans d’action de toutes ces manifesta- procréative universel. Unies. « Nous sommes 1,8 milliard
tions sont venus éclairer l’élaboration Point culminant d’un sommet et nous sommes prêts à nous impli-
de la Déclaration du Millénaire et des mondial sur les objectifs du Millénaire quer, a-t-il déclaré. Nous ne sommes
objectifs du Millénaire pour le dévelop- pour le développement en septembre pas de simples ressources, mais des
pement. Toutefois, alors que le monde 2010, le Secrétaire général des Nations partenaires et nous sommes prêts à
prenait conscience du rôle central que Unies Ban Ki-moon et les chefs d’État apporter une contribution notable à la
les femmes, la moitié de la popula- et de gouvernement, ainsi que des réalisation des objectifs du Millénaire
tion mondiale, ont à jouer dans tous représentants du secteur privé, du pour le développement. »
les domaines du développement pour secteur associatif, d’organisations
vaincre la pauvreté protéiforme, c’est internationales, de la société civile et
peut-être le Programme d’action de la d’organismes de recherche, ont lancé
é tat d e l a popu l at ion mond ia l e 2 0 1 1 63
64 CHAP it r e 5 : PArTir : PoUvo ir eT imPACT Des migrAT ioN s
CHAPitre
Partir : pouvoir et
impact des migrations
CiNq
À Rostushe, pittoresque village de montagne de l’ex-République yougoslave de
Macédoine, dans la grisaille d’une journée d’hiver, des femmes au visage triste
parlent de la migration et de son effet dévastateur sur le cœur et la vie de leur
collectivité. La migration n’est pas un phénomène nouveau dans ce village, disent-
elles. Les jeunes hommes s’en allaient travailler à l’étranger depuis les années 1960;
ils partaient d’abord en Turquie, puis se sont tournés vers l’Europe de l’Ouest
et l’Amérique du Nord. Ils partaient puis reve- Le marasme économique qui a suivi la
naient périodiquement passer du temps dans dissolution de la Yougoslavie dans les années
leur famille. 1990 et la création de nouveaux pays, dont l’ex-
Ce qui s’est produit récemment, disent les République yougoslave de Macédoine est le plus
habitants de Rostushe, c’est que les jeunes femmes pauvre, a hâté le départ des jeunes. Les usines
et les enfants ont, eux aussi, quitté la localité. ont fermé leurs portes, notamment une usine
Qu’elles rejoignent les hommes ou qu’elles textile connue qui employait des femmes et les
cherchent elles-mêmes un emploi, les femmes et efforts visant à trouver des sources de revenus
leur famille se font une nouvelle vie dans de nou- de substitution n’ont abouti à rien. Il existe
veaux pays. Les grandes maisons et les chalets que certaines possibilités de tourisme en montagne
les migrants se sont fait construire restent vides la à Rostushe, avec son minaret au toit de cuivre
plupart du temps et ne sont occupés que durant qui brille au soleil et domine les vieilles mai-
les quelques semaines ou le mois de vacances que sons alignées le long de rues escarpées sur un
les familles reviennent passer dans le pays. arrière-fond de collines boisées. Mais il n’y a pas
Sanida Ismaïli, institutrice à l’école du d’investissements pour développer les activités.
village, dit qu’il n’y a presque plus d’enfants Quelques habitants ont conçu un plan de com-
à Rostushe : trois seulement dans l’une de ses mercialisation d’eau de source en bouteille, mais
classes, aucun dans d’autres classes. L’âge de la l’État ne leur a offert aucune aide et ils n’ont pas
population, forte de 8 500 habitants, va de 45 à trouvé d’investissements privés non plus.
90 ans, disent les femmes. Le système de santé « L’influence socialiste perdure, note l’un des
n’offre pratiquement plus de soins gynécolo- habitants. Il n’y a plus d’entreprises d’État et les
giques et les services d’obstétrique n’ont plus usines ont fermé, mais la création d’emplois dans
Arrivées et départ à la
gare centrale d’Helsinki
guère d’utilité. Il n’y a pas de services spéciaux le secteur privé n’a pas suivi. »
(Finlande). pour les personnes âgées. « Nous survivons seuls La Division de la population du Département
©UNFPA/sami sallinen ou avec des amis », dit l’une des villageoises. des affaires économiques et sociales des Nations
é TAT D e l A P oPU l ATioN moND i A l e 2 0 1 1 65
Unies estime que sur les 7 milliards d’habitants Les Nations Unies définissent les migrants
de notre planète, au moins 214 millions vivent comme des personnes qui résident dans un pays
hors de leur pays d’origine; on ne connaît pas le étranger pendant plus d’un an, quelles que soient
nombre des migrants intranationaux. En Chine, les causes, volontaires ou involontaires, ou les
les chiffres du recensement de 2010 récemment moyens employés, licites ou non. Les gens qui
publiés indiquent que plus de 260 millions de habitent un autre pays sans autorisation sont dits
personnes, principalement d’origine rurale, vivent « migrants en situation irrégulière » tandis que
ailleurs qu’à leur domicile officiellement déclaré, ceux qui sont entrés dans le pays en ayant fait
soit une augmentation de 81 % en l’espace d’une l’objet d’un trafic sont des « immigrants clandes-
décennie, a noté le directeur du Bureau national tins ou sans papiers ».
de la statistique, Ma Jiantang, lors d’une confé- La Chine et l’Inde, les deux pays du monde
rence de presse en avril 2011. les plus peuplés, connaissent à la fois l’émigra-
L’Organisation internationale pour les tion et l’immigration. En Inde, la plupart des
migrations (OIM), entité intergouvernementale immigrants viennent du Bangladesh et du Népal
comptant 132 nations et 17 pays observateurs, voisins. On estime que 5 millions de Népalais
voit dans l’immigration internationale l’une des travaillent en Inde. Mais tous les immigrants d’un
« grandes questions mondiales qui définissent le pays donné ne comptent que pour 0,4 % de la
début du XXIe siècle ». L’appel au départ, facilité population indienne totale. L’émigration indienne
t Dirigeants civiques et par les transports intercontinentaux et l’accrois- est un phénomène plus important, les estimations
militants à Rostushe
sement des connaissances sur le monde dû aux officielles de l’Inde situant à plus de 24 millions
(ex-République
yougoslave de
médias et aux réseaux sociaux, a valu de meil- de personnes la population des « Indiens non
Macédoine). leures conditions de vie à beaucoup de ceux et résidents » et des « personnes d’origine indienne »
© vii/Antonin Kratochvil de celles qui y ont répondu. (désignation des personnes de la diaspora qui ont
soit conservé leur nationalité indienne soit opté
pour une autre nationalité). La diaspora chinoise,
résultat comme celle de l’Inde de siècles d’émigra-
tion, se situe selon les estimations aux environs de
35 millions de personnes.
évaluation des opportunités
La décision de quitter son pays dépend de divers
facteurs, tels que la présence ou non d’amis, de
familles ou de compatriotes au point de desti-
nation. Elle dépend aussi parfois des possibilités
d’emploi, de logement ou d’éducation supé-
rieure disponibles. Nombreux sont les migrants
éventuels qui se procurent des informations par
l’entremise de réseaux internationaux, informa-
tions sur la base desquelles ils décident de partir
ou de rester.
Au Mexique, les organismes officiels ont
remarqué que les supputations et l’évaluation des
risques d’une émigration vers les États-Unis sont
fondées en partie sur les renseignements que les
migrants éventuels obtiennent auprès de leurs
66 CHAP it r e 5 : PArTir : PoUvo ir eT imPACT Des migrAT ioN s
amis ou parents sur les emplois et autres oppor- Félix Vélez, secrétaire
tunités disponibles de l’autre côté de la frontière. général du Consejo
« Tout fléchissement du PIB réel par habitant Nacional de Población,
à Mexico.
aux États-Unis se répercute très vite sur les flux
©UNFPA/ricardo
de migration », dit Félix Vélez, secrétaire général ramirez Arriola
du Consejo Nacional de Población (CONAPO),
organisme gouvernemental. « Cela provient en
partie des liens entre les Mexicains qui habitent
au Mexique et les Mexicains qui habitent aux
États-Unis, explique-t-il. Il y a une masse consi-
dérable d’information qui circule et lorsqu’il
devient pratiquement impossible de trouver un
emploi aux États-Unis, les gens décident de ne
pas partir. »
Mais d’autres facteurs ont aussi affecté la
migration mexicaine vers les États-Unis, où
les autorités et les défenseurs des immigrants
estiment à 11 ou 12 millions le nombre des sans-
papiers, en majorité d’origine mexicaine. « À
présent que la population du Mexique n’est plus
aussi jeune, la probabilité de migration baisse, En Finlande, où les émigrants de Russie et
étant donné que le phénomène concerne majori- des États baltes s’établissent depuis des années,
tairement les gens de 15 à 29 ans, dit M. Vélez. on voit à présent arriver des Africains en nombre
Donc même si l’économie américaine se redresse croissant, encore que très peu élevé. Se sentant
et si le contrôle des frontières se relâche, même plus isolés que les migrants européens, ils se
dans un tel cas de figure, je prévois une diminu- constituent leurs propres réseaux avec l’aide d’or-
tion pour l’avenir. » ganisations non gouvernementales et parfois des
M. Vélez ajoute : « Les Mexicains s’enri- services sociaux de l’État. Le centre multiculturel
chissent. Le recensement indique que le nombre de la Fédération familiale de Finlande, qui offre
de Mexicains aisés, possédant voiture, ordinateur, une ligne d’assistance téléphonique multilingue,
machine à laver, a augmenté considérablement, estime que de 11 000 à 12 000 Somaliens, dont
et c’est là l’effet des faibles taux d’inflation et beaucoup sont arrivés en tant que demandeurs
des faibles taux d’intérêt. Pour la première fois d’asile avant d’être rejoints par leur famille,
depuis les années 1960, nous connaissons une se sont établis dans le pays au cours des deux
période de stabilité macroéconomique relati- dernières décennies.
vement longue, avec des facilités de crédit plus
grandes que jamais. » Il est un autre facteur dont émigrer malgré les risques
il faut tenir compte, note M. Vélez, à savoir En Afrique, à Addis-Abeba, capitale de l’Éthiopie,
les risques du passage de la frontière entre le un centre de transit offre un refuge à des jeunes
Mexique et les États-Unis, où la forte crimina- des deux sexes, beaucoup encore dans leur adoles-
lité associée à la contrebande des stupéfiants et cence, qui ont tenté sans réussir d’échapper à la
la campagne des autorités mexicaines contre les pauvreté en entreprenant un périple épuisant et
narcotrafiquants ont causé un grand nombre de dangereux par terre et par mer à destination de ce
morts. « L’âge d’or de la migration vers les États- pays d’avenir qu’est à leurs yeux l’Arabie saoudite.
Unis » est fini, affirme M. Vélez. La plupart des jeunes résidents du centre, nourris
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 67
jusqu’à la côte de Djibouti, sur le golfe d’Aden,
se nourrissant en chemin d’une bouillie de farine
de sorgho et d’eau et dormant sans protection
la nuit, à même le sol. Mis sur un bateau qui l’a
amené au Yémen, il a repris sa marche pour par-
venir jusqu’en Arabie saoudite. Trois mois plus
tard, la police saoudienne l’a refoulé au Yémen,
où il a demandé de l’aide à un bureau de l’OIM.
La vraie tragédie est en fait pour lui la perte
que sa tentative malheureuse de migration a cau-
sée à sa famille. Shemen, qui habite Siltea, dans
le sud de l’Éthiopie, avait besoin de 5 500 birr
(environ 325 dollars) pour payer un passeur qui
l’aiderait à faire son difficile voyage. Ses parents,
qui étaient opposés à son départ dès le début,
ont refusé de l’aider ou n’avaient pas les moyens
de le faire. Mais l’un de ses frères aînés, sachant
tous les espoirs que Shemen avait investi dans
son projet, avait vendu son bœuf pour lui trou-
ver l’argent demandé.
À ce point de son récit, Shemen se prend la
tête dans les mains et ne peut plus continuer :
un bœuf est un investissement majeur pour un
agriculteur éthiopien, et il est peiné et honteux
d’avoir causé une telle perte à son frère par ses
espoirs irréfléchis. À la question de savoir s’il
réessaiera de quitter l’Éthiopie, il relève la tête et
déclare d’un ton résolu : « Jamais ! »
Assis à côté de lui, un autre adolescent,
Abrham Tamsat, de retour lui aussi d’une tenta-
tive sans lendemain qui devait l’amener en Arabie
saoudite, ou n’importe où ailleurs où il trouverait
et soignés en attendant que l’UNICEF les remette un sort meilleur, a l’intention de réessayer. Sur
t
Shemen Sunamo (à
droite) et Abrham en contact avec leur famille éthiopienne, ont été un ton un peu bravache il dit : « Je ne veux pas
Tamrat (à gauche)
retrouvés au Yémen et rapatriés avec l’aide de travailler en Éthiopie; j’attends davantage de la
parlent des difficultés
de la vie dans un centre l’OIM. Ils partagent les locaux avec des Somaliens vie. » Il a entendu parler d’autres garçons et de
de transit de l’OIM à qui ont fui leur pays ravagé. jeunes hommes qui se procurent les 15 000 birr
Addis-Abeba (Éthiopie).
Pendant qu’une marmite de spaghetti est (environ 890 dollars) que demandent des pas-
©UNFPA/Antonio Fiorente
entrain de chauffer à un bout de la pièce en pré- seurs pour les introduire clandestinement en
vision du déjeuner, Shemen Sunamo, adolescent Afrique du Sud. De là, les trafiquants emmènent
éthiopien, raconte ses tribulations sur la route de certains d’entre eux jusqu’au Mexique et en
l’Arabie saoudite, où, avait-il entendu dire, il y Amérique centrale, leur promettant de les ame-
avait des emplois de gardiens de troupeaux ou de ner aux États-Unis, signalent des groupes d’aide
manœuvres agricoles pour arroser les cultures. Il aux migrants qui travaillent à la frontière des
a commencé par plus d’une semaine de marche États-Unis et du Mexique.
68 CHAP it r e 5 : PArTir : PoUvo ir eT imPACT Des migrAT ioN s
En Éthiopie, des filles et des jeunes femmes ouvrage intitulé The Demographic Transition
font aussi le pari de la migration internationale, and Development in Africa: The Unique Case of
pour trouver du travail loin de chez elles, alors Ethiopia [Transition démographique et dévelop-
que d’autres partent pour d’autres régions du pement en Afrique : le cas unique de l’Éthiopie],
pays, parfois pour éviter un mariage arrangé par note que chez les garçons, le manque de terres
leurs parentes. Un centre d’aide administré par le à répartir entre les fils de la famille peut inciter
gouvernement et appuyé par l’UNFPA à Addis- ceux-ci à la migration. Un problème lié à celui-là
Abeba dispense un enseignement informel en est que cette situation impose des pressions aux
mathématiques, en anglais et dans le domaine familles qui cherchent un mari relativement bien
de la santé reproductive et de la préparation à la placé pour leur fille. Les officiels des services de
vie active à des centaines de filles qui ont quitté migration notent que lorsque les membres des
le foyer familial pour éviter un mariage précoce.
L’une d’elles, Mulu, n’avait que 12 ans quand
elle s’est enfuie après avoir appris, par une voi-
sine, que ses parents lui avaient trouvé un mari mIgrATIon InTernATIonALe
et préparaient ses noces.
Elle travaille depuis trois ans comme domes-
Population de migrants internationaux, 2010
tique et ne s’en plaint pas, car son employeur
la laisse aller régulièrement au centre d’aide, europe 69,8 millions
proche de la gare d’autobus principale de la ville, Asie 61,3 millions
où arrivent des filles dont beaucoup ne savent Amérique du Nord 50,0 millions
que faire. Le personnel de maison comme Mulu Afrique 19,3 millions
est évidemment très peu rémunéré : une jeune Amérique latine 7,5 millions
femme de 23 ans, du nom de Wude, gagne océanie 6,0 millions
l’équivalent de 3 dollars par mois.
Une autre jeune femme raconte qu’elle a volé
un mouton du troupeau familial pour payer un
Pays accueillant le plus grand nombre
guide qui l’a amenée de son village natal dans le
de migrants internationaux en 2010
sud du pays jusqu’à Addis-Abeba et qu’elle avait
dû repousser ses avances sexuelles en chemin. états-Unis 42,8 millions
Elle a été retrouvée dans la rue, près de la gare Fédération de russie 12,3 million
d’autobus, en pleurs parce qu’elle n’avait pas pu Allemagne 10,8 millions
trouver ses parents dont elle ne connaissait pas Arabie saoudite 7,3 millions
l’adresse exacte dans l’immense métropole. Après Canada 7,2 millions
qu’elle les eut enfin retrouvés, ils l’ont mise au
travail chez eux pendant de longues heures et
sans la payer. Au bout de deux ans, elle a ren- trois premiers pays d’origine de
contré par hasard à l’église une femme qui lui a migrants et diaspora estimée
offert un emploi, ce qui a amélioré, encore que
Chine 35,0 millions
marginalement, ses conditions de vie.
inde 20,0 millions
vulnérabilité aux passeurs et Philippines 7,0 millions
aux trafiquants
À l’université d’Addis-Abeba, le démographe Source : Division de la population du Département des affaires
Assefa Hailemariam, co-éditeur d’un nouvel économiques et sociales des Nations Unies
é TAT D e l A P oPU l ATioN moND i A l e 2 0 1 1 69
familles perçoivent la migration comme la seule ni qui que ce soit pour les informer de son hor-
option disponible, ils peuvent rechercher de rible situation.
l’aide auprès de passeurs ou se laisser attirer par Au bout d’un peu moins de trois ans,
des trafiquants. raconte-t-elle, alors qu’elle prévoyait de s’enfuir,
Sasu Nina Tesfamariam, qui gère des foyers son employeur l’a poussée et l’a fait tomber
pour femmes âgées à Addis-Abeba, donne aussi d’un balcon du deuxième étage. Elle a subi de
refuge à des filles qui ont été victimes de cette multiples fractures de la mâchoire et a été gra-
émigration clandestine et qui sont rentrées au vement défigurée (elle se cache le visage derrière
pays dans un complet dénuement. Les jeunes ses mains en parlant pour dissimuler ses blessures
femmes cherchent des emplois de bonnes à les plus visibles). Un tribunal de Doubaï l’a ren-
tout faire en Arabie saoudite, mais aussi au voyée en Éthiopie, où un cousin l’a emmenée
Yémen, à Doubaï, au Koweït et en Syrie, dit-elle. dans un hôpital d’Addis-Abeba administré par
Beaucoup sont appréhendées par les autorités des Coréens du Sud, où des chirurgiens esthé-
et expulsées du pays où elles travaillaient, et tiques ont commencé à la traiter. Son cas a fait
n’ont souvent nulle part où aller à leur retour l’objet d’une attention prioritaire après qu’elle
en Éthiopie. eut rencontré par hasard Yoo Soon-taek, épouse
L’un de ces foyers a ouvert ses portes à du Secrétaire général des Nations Unies Ban
Halima, jeune femme très timide de 19 ans. Ki-moon, en visite officielle en Éthiopie.
Contrairement à beaucoup de ses consœurs Les défenseurs des migrants notent qu’il est
qui sont entrées clandestinement dans d’autres difficile de déterminer le nombre exact d’Éthio-
pays, c’est l’un de ses parents qui s’est chargé de piens et d’Éthiopiennes qui quittent le pays pour
l’envoyer, dans la légalité et titulaire d’un passe- s’en aller travailler à l’étranger, étant donné que
port valide, à Doubaï. Mais en tant que servante beaucoup d’entre eux le font sans papiers ou à
dans une famille, elle était en butte à de mauvais l’insu des organismes officiels. Des informations
traitements constants, n’était jamais payée et de presse éthiopiennes, citant un porte-parole du
était gardée essentiellement prisonnière chez son ministère du travail et des affaires sociales, ont
employeur, dit-elle. L’usage du téléphone lui signalé au début 2011 qu’il y avait 78 agences de
étant interdit, elle n’a pas pu contacter sa famille placement autorisées à envoyer des travailleurs
migrants en Arabie saoudite, à Djibouti et au
Assefa Hailemariam,
t
Koweït, et que depuis septembre 2009, plus de
démographe à
26 000 personnes avaient émigré légalement
l’université
d’Addis-Abeba. pour aller trouver un emploi à l’étranger.
©UNFPA/ Le transport transfrontières d’émigrants par
Antonio Fiorente
des contrebandiers ou des trafiquants illustre à
quel point cette activité criminelle, qui se pratique
dans le monde entier, est aujourd’hui lucrative.
Des milliers de femmes du Nigéria et d’autres
pays de l’Afrique de l’Ouest, par exemple, se font
exploiter tous les ans par des passeurs qui exigent
parfois plus de 50 000 dollars pour les introduire
clandestinement dans des pays tels que l’Italie ou
les Pays-Bas, signale l’Office des Nations Unies
contre la drogue et le crime.
Par ailleurs, un nouvel ouvrage académique
sur le sujet dû à Aderanti Adepoju et Arievan
70 CHAP it r e 5 : PArTir : PoUvo ir eT imPACT Des migrAT ioN s
Der Weil, Seeking Greener Pastures Abroad: A
Migration Profile of Nigeria [À la recherche de
verts pâturages à l’étranger : profil de la migration
du Nigéria], rapporte qu’un sondage effectué
par l’Organisation internationale du Travail au
Nigéria a conclu qu’environ 8 millions d’enfants
sont en danger de tomber victimes du trafic des
personnes et réduits à un travail forcé en tant
que personnel de maison, vendeurs de marché,
ouvriers agricoles ou marins dans l’industrie de
la pêche, dans le pays ou dans toute la région de
l’Afrique de l’Ouest.
l’appui vital des envois de fonds
de l’étranger
Le montant des fonds envoyés dans leur pays
d’origine par les migrants travaillant à l’étran-
ger a marqué un fléchissement prononcé mais
de courte durée lors de la crise économique de
2008-2010, pour remonter rapidement, signale
un rapport de mai 2011 de la Banque mon-
diale, Outlook for Remittance Flows 2011-13
[Perspectives des transferts de fonds 2011-2013]. et atteindre 404 milliards de dollars d’ici 2013, Sasu Nina Tesfamariam
Selon le rapport, qui ne porte que sur les selon les prévisions de la Banque mondiale. Les (à droite) et une
journaliste à un foyer
transferts de fonds enregistrés officiellement à envois de fonds déclarés se sont situés à un total
de l’organisation Agar
destination des pays en développement, ce sont de 325 milliards de dollars en 2010. pour femmes âgées à
les flux vers l’Amérique latine et les Caraïbes qui Le rapport signale que certains pays ont Addis-Abeba.
se sont rétablis le mieux en raison de la stabili- commencé à émettre des « obligations de la
sation de l’économie des États-Unis. En Europe, diaspora », garanties par les envois de fonds,
les transferts de fonds de travailleurs migrants pour mobiliser des ressources pour des projets
ont subi le contrecoup des taux de chômage de développement. L’Éthiopie, la Grèce et
élevés, des réductions des dépenses publiques, l’Inde figurent parmi les pays qui ont employé
des crises financières qui ont touché plusieurs ces instruments novateurs ou qui envisagent
pays de l’Union européenne, du resserrement de le faire. Les diasporas des migrants sont
des contrôles à l’immigration et des attitudes immenses et leurs contributions potentielles
négatives envers les migrants. considérables. Dans son rapport, la Banque
« Les transferts de fonds de la Russie et des mondiale estime à 161,5 millions de personnes
pays du GCC [Conseil de coopération du Golfe] le total des diasporas réunies des pays en déve-
sont substantiels en raison des prix élevés du loppement, le plus grand nombre d’émigrés
pétrole, lit-on dans le rapport. En revanche, la provenant de l’Amérique latine et des Caraïbes,
faiblesse des marchés du travail en Europe de de l’Asie du Sud, de l’Afrique subsaharienne et
l’Ouest induit des pressions dans le sens d’une de l’Asie de l’Est et du Pacifique.
réduction de la migration. » Au niveau mondial, Le Nigéria, pays le plus peuplé de l’Afrique,
les envois de fonds de l’étranger devraient conti- a une longue histoire de migration internationale
nuer d’augmenter, encore que plus lentement, remontant à l’époque précoloniale. « Durant la
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 71
période qui a suivi l’indépendance du Nigéria en de revenus plus élevé en raison de leurs aspira-
1960, les Nigérians ont continué de se rendre à tions croissantes et du manque d’opportunités
l’étranger, d’abord dans les pays africains voisins, meilleures en milieu rural. » M. Bhagat attire
mais aussi et de plus en plus vers l’Europe et les l’attention depuis un certain temps sur le fait que
États-Unis, en quête d’opportunités d’éduca- les Indiens pauvres ne sont pas les principaux
tion et d’emploi », disent les auteurs de Seeking bénéficiaires de la migration.
Greener Pastures. Il met en évidence une autre tendance qui
Le nombre de migrantes nigérianes s’est apparaît à l’analyse des données qui proviennent
accru ces dernières années, cette migration étant peu à peu du recensement de 2011. « Les
souvent motivée par une recherche d’emploi résultats préliminaires du recensement de 2011
et pas pour accompagner un mari ou un autre révèlent une réduction phénoménale du taux de
membre de la famille. La tendance est dans une croissance de certaines des grandes villes telles
certaine mesure un reflet du cosmopolitisme et que Mumbai, Delhi et Chandigarh, écrit-il dans
de l’adaptabilité des Nigérians, qui constituent un courriel. À Mumbai, par exemple, le taux de
le plus grand groupe d’immigrants africains au croissance décennal est passé de 20 % en 1991-
Royaume-Uni, leur ancien maître colonial, et 2001 à 4,7 % en 2001-2011. »
qui sont présents dans d’autres pays membres de M. Bhagat n’est pas convaincu que ces
l’Organisation de coopération et de développe- chiffres indiquent nécessairement une réduc-
ment économiques. tion de la migration rurale vers les centres
urbains. « Il est possible que le nombre absolu
Migration intranationale de migrants ruraux vers les villes n’ait pas bais-
Si l’OIM voit dans les migrations internationales sé », écrit-il, en notant que l’on pourra mieux
un phénomène mondial définissant le XXIe siè- appréhender le phénomène lorsque davantage
cle, nombre de pays s’intéressent davantage aux de données du recensement seront publiées, ce
caractéristiques de la migration interne et aux qui permettra notamment aux démographes de
effets sociaux et économiques des déplacements discerner les caractéristiques des déplacements
de centaines de milliers de personnes en quête de quotidiens entre le lieu de travail et le domicile
moyens d’existence, qui ne suivent pas toujours dans les zones urbaines et les effets du Système
l’itinéraire familier de la campagne à la ville. Mahatma Gandhi de garantie de l’emploi rural
En Inde, par exemple, Ram B. Bhagat, par lequel l’État assure 110 jours de revenus par
professeur et chef des études sur la migration an aux ménages ruraux pour les aider à rester sur
et le milieu urbain à l’Institute for Population leurs terres.
Sciences de Mumbai, recommande depuis des En Chine, la migration interne fait
années que les démographes fassent porter aujourd’hui l’objet d’analyses et de débats
leurs recherches davantage sur les déplacements intenses en raison de sa croissance rapide et des
internes des populations, qu’il décrit comme problèmes sociaux qui en découlent. En 1982,
« un phénomène important du point de vue selon les statistiques chinoises officielles, il y
de l’économie, de la politique et de la santé avait 6,6 millions de migrants internes dans la
publique ». Il perçoit dans ce domaine deux « population flottante » du pays. En 2010, au
changements récents importants. dernier recensement, leur nombre avait atteint
« La migration interne connaît en Inde une 260 millions et, selon les projections du Centre
évolution notable, avec une mobilité accrue entre chinois de recherche sur la population et le déve-
les régions urbaines, dit-il. Par ailleurs, la migra- loppement, sera de 350 millions en 2050.
tion rurale à destination des villes est de plus en La majorité des flux de migration est orientée
plus le fait de groupes à niveau d’éducation et vers les villes du littoral du sud-est, notamment
72 CHAP it r e 5 : PArTir : PoUvo ir eT imPACT Des migrAT ioN s
celles des provinces de Guangdong, Jiangsu, Le débat général sur le sort des jeunes
Zhejiang, Shandong et Fujian, ainsi que Beijing et migrants internes est directement lié à la ques-
Shanghai. L’espoir des planificateurs de l’État est tion du système officiel d’enregistrement des
que le développement des villes des régions nord ménages, the hukou, qui attache les citoyens
et centre-ouest fera peu à peu de celles-ci d’autres à leur domicile initial, même lorsqu’ils ont,
pôles d’attraction pour les travailleurs, en parti- eux-mêmes ou leur famille, déménagé et élu
culier pour les populations locales qui préfèreront domicile dans une autre région du pays. Les
peut-être travailler plus près de leur domicile. migrants chinois sont répartis en différentes
La toute dernière vague de migrants internes, catégories selon leur lieu d’enregistrement et/ou
ceux que la Chine appelle les « migrants de de résidence, système qui crée un grand nombre
seconde génération » présente de nouveaux pro- de déracinés. En avril, le directeur du Bureau
blèmes. Dans un long article de fond révélateur national de la statistique, Ma Jiantang, a déclaré
paru dans le China Weekly en août 2010, le que la « population flottante », de par sa seule
rédacteur Yuan Ye décrit « un groupe disparate ampleur, posait problème pour le développement
de quelque 100 millions de jeunes » qui com- et la stabilité sociale. Et le président Hu Jintao a t Clients attendant
mencent à s’affirmer de manières radicalement reconnu, selon un rapport du China Daily, qu’il d’être servis dans un
nouvelles. faudrait apporter des améliorations aux services restaurant géré par
des agriculteurs locaux
« Nés à la fin des années 1980 et au début sociaux pour les migrants.
du village de Geng
des années 1990, époque marquée par une Dans le système actuel, par exemple, même Xi, dans la province
robuste montée de l’économie, écrit-il, ces jeunes si une personne hautement qualifiée en prove- chinoise de Shaanxi.
migrants viennent à présent remplacer des cen- nance d’une lointaine province trouve un bon ©UNFPA/guo Tieliu
taines de millions de migrants de la première
génération qui ont afflué dans les villes pour
gagner leur vie dans le secteur manufacturier, le
secteur tertiaire et l’industrie du bâtiment. »
Contrairement à ceux de la première généra-
tion, ces nouveaux travailleurs migrants ne sont
plus des agriculteurs ruraux connaissant mal la
vie urbaine. Plus éduqués et considérablement
mieux informés par les médias nouveaux ainsi
que traditionnels, ils sont aussi plus engagés
politiquement.
Le China Weekly a donné un visage humain
à ces migrants de la seconde génération dans
une série d’articles de fond sur l’existence de ces
jeunes, hommes et femmes, qui fréquentent les
cybercafés ou les salles de billard, s’efforcent de
se trouver une place dans les dortoirs d’usine
surpeuplés et tâchent de se faire accepter en tant
que ces citadins sophistiqués qu’ils sont entrain,
espèrent-ils, de devenir. Beaucoup déclarent
n’avoir aucune intention de rentrer dans les
campagnes, fût-ce dans un avenir lointain pour
y prendre leur retraite comme tendent à le faire
leurs homologues plus âgés.
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 73
emploi à Beijing ou dans une autre grande ville, investir plus près de chez eux, ou comme une
elle ne peut généralement pas s’attendre à une possibilité d’acquisition de nouvelles aptitudes
modification de son lieu d’enregistrement offi- et de connaissance du milieu urbain. Certains
ciel et elle reste, du point de vue administratif, se rendent dans une ville de l’intérieur pour
un résident extérieur qui ne peut prétendre aux des raisons analogues au lieu de se joindre aux
services et avantages sociaux dans son nouveau masses qui affluent vers la côte. Dans la ville
lieu de résidence. Les enfants de ces personnes se de Xialiang, à quelques heures de route à l’est
voient généralement refuser l’accès aux services de Xi’an, dans une zone rurale boisée d’intérêt
publics d’éducation et de santé. Les personnes écologique en cours de développement pour
âgées établies ailleurs que dans leur lieu d’enre- en faire une réserve naturelle, un groupe de
gistrement initial ne peuvent bénéficier des migrants dans la vingtaine parle de leur expé-
avantages sociaux qu’à condition d’y retourner. rience du travail en usine et d’autres emplois
De tels cas sont légion. divers.
Des entretiens avec de jeunes migrants Hua Gongmei, 24 ans, titulaire de son
t À Xia Liang, dans la dans la province de Shaanxi ont révélé qu’au diplôme d’études secondaires comme tous les
province chinoise de moins certains d’entre eux parviennent à évi- autres jeunes du groupe, a commencé sa vie
Shaanxi, une jeune ter les inconvénients du système en traitant active dans une entreprise locale où elle empa-
femme et son fiancé
la migration en quête d’emploi comme une quetait les produits, mais a vite décidé de partir
tiennent une petite
épicerie. situation provisoire ou un rite de passage, qui pour la province de Shandong pour travailler en
©UNFPA/guo Tieliu leur permet de se procurer des fonds pour les usine. Dix jeunes s’étaient suicidés dans l’usine
où elle a été embauchée, dit-elle, mais en ce qui
la concerne, elle n’a pas trouvé le travail particu-
lièrement stressant. Elle est rentrée à Xialiang au
bout d’un an avec suffisamment d’argent pour
ouvrir un une supérette près de l’entrée de la
réserve. Zhang Li, 29 ans, a travaillé dans une
usine de produits électroniques, à une chaîne
de montage, dans la province de Fujian, puis
à Shandong dans une usine de transforma-
tion alimentaire, où elle a rencontré son mari.
« L’expérience m’a rendue plus adulte, et plus
libre », dit-elle. Mère d’un garçon de six ans,
elle est satisfaite d’être revenue chez elle où elle
travaille dans une usine de tofu. Dang Meng, 21
ans, dit qu’il a migré l’an dernier pour exercer
la profession de coiffeur dans le but de pouvoir
revenir à Xialiang et d’y ouvrir son salon de
coiffure.
Tous les jeunes migrants interviewés pour
le présent rapport ont des conseils à donner. Ils
connaissent la menace constante du cambrio-
lage, commune lors des jeunes vulnérables vivent
dans des locaux surpeuplés dans un environne-
ment peu familier, et les accidents du travail et
autres dangers. Ils connaissent aussi le mal du
74 CHAP it r e 5 : PArTir : PoUvo ir eT imPACT Des migrAT ioN s
pays, la solitude et la dépression qui touchent Ce dernier avait un ami qui a été drogué et s’est
certains jeunes migrants. fait voler, et cela, dit-il, lui a appris une leçon, à
« Si vous avez le mal du pays, téléphonez savoir qu’il ne faut jamais accepter de nourriture
chez vous », dit Zhang Li. « Faites attention à la ou de boissons offertes par des étrangers.
sécurité au travail », conseille Zhu Qibo, 21 ans.
Une rue de Skopje
(ex-République
yougoslave de
Macédoine).
©vii/Antonin Kratochvil
mIgrATIon, demAnde de mAIn-d’Œuvre eT déveLoPPemenT
Avec 214 millions de personnes qui Selon l’Organisation internationale migration de main-d’œuvre un caractère
vivent hors de leur pays d’origine, la pour les migrations (OIM), les mou- mondial. »
migration internationale pourrait être vements de population sont appelés à On constate une prise de conscience
une force importante pour le développe- s’accroître encore au XXIe siècle sous croissante de la réalité selon laquelle les
ment. Les migrants peuvent contribuer l’effet de la mondialisation et de la libé- migrations sont un élément essentiel et
à répondre à la demande de main- ration économique qui se poursuivent. incontournable de la vie économique et
d’œuvre des pays industrialisés dont « Le climat régnant dans le domaine des sociale de chaque État, signale l’OIM,
le taux de fécondité et la population en échanges commerciaux et des investis- qui ajoute que les migrations « sous
âge de travailler ont diminué. Les déci- sements a eu pour effet d’alimenter des réserve d’être correctement gérées,
sionnaires devraient donc considérer la flux migratoires soutenus, note l’OIM. … peuvent se révéler bénéfiques tant
migration comme un outil de dévelop- La demande accrue de main-d’œuvre pour les individus que pour les sociétés
pement et une importante source de dans les pays développés et l’offre concernés.
capital, et pas comme le résultat d’un de main-d’œuvre dans les économies
échec du développement. peu développées ont conféré à la
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 75
76 CHAP it r e 6 : PlA NiFiCAT io N De lA CroissANC e Ur BA i N e
CHAPitre Planification de la
croissance urbaine
six
Dans notre monde de 7 milliards d’habitants, la répartition de la population entre
milieu rural et milieu urbain s’est accrue de manière irréversible en faveur de
ce dernier. Mais qu’est-ce exactement qu’une « ville » en 2011 ? Hania Zlotnik,
directrice de la Division de la population du Département des affaires économiques
et sociales des Nations Unies, met en garde contre l’adoption d’une définition trop
facile, étant donné que les pouvoirs publics et les zones urbaines elles-mêmes
définissent la ville de multiples manières et que d’habitants; et Karachi, 13 millions d’habitants.
ses limites peuvent fluctuer, parfois pour des Chacune de ces villes présente des caractéris-
raisons politiques, démographiques ou écono- tiques distinctes en matière de planification et
miques. Les zones métropolitaines s’étalant sur de gouvernance ainsi que des différences de
de vastes territoires absorbent des villes com- composition du point de vue de la richesse
pactes et fusionnent parfois avec d’autres zones et de la pauvreté.
métropolitaines le long de couloirs fortement En l’absence de planification, les villes
peuplés. Les populations urbaines peuvent égale- peuvent connaître un développement sauvage
ment être comptées de différentes manières selon et s’étaler en remplissant tous les espaces vides
le pays ou selon la ville. disponibles, les services publics, lorsqu’il y en a,
Le rapport World Urbanization Prospects: étant alors dépassés et incapables de répondre
The 2009 Revision [Perspectives de l'urbanisation aux demandes ou de faire face à la croissance
mondiale : révision de 2009] de la Division de la des taudis. Promoteurs immobiliers, entreprises,
population désigne ces vastes centres de popula- travailleurs migrants, administrations gouver-
tion par le terme « d’agglomérations urbaines ». nementales et institutions publiques en quête
Tokyo émerge selon cette définition comme d’espace pour s’étendre jouent tous un rôle dans
la plus vaste zone urbaine du monde, avec la croissance, le réaménagement ou, récemment
36,7 millions d’habitants, soit plus d’un quart de dans plusieurs pays, la contraction des zones
la population japonaise. Elle est suivie par Delhi, urbaines. Si nombre de villes font face à des
22 millions d’habitants; São Paulo, 20 millions difficultés difficilement surmontables, d’autres
d’habitants; Mumbai, 20 millions d’habitants; sont porteuses d’avantages spécifiques au milieu
De jeunes Égyptiens Mexico, 19,5 millions d’habitants; New York- urbain qu’elles peuvent offrir à leur population.
se rencontrent sur le
pont Qasr al-Nil, au
Newark, 19,4 millions d’habitants; Shanghai, Les organismes de plaidoyer, les associations
centre-ville du Caire. 16,6 millions d’habitants; Kolkata (Calcutta), civiques et les habitants plus hardis et mieux
©UNFPA/matthew Casseln 15,5 millions d’habitants; Dacca, 14,7 millions informés exigent que l’on les entende. En Chine,
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 77
où les décisions des pouvoirs publics relatives Les tendances de l’urbanisation ne sont
aux projets d’aménagement urbain n’étaient pas toutefois pas uniformes. En Inde, par exemple,
faciles à remettre en question, on voit se mani- les statistiques le révèlent, la population du
fester un esprit de coopération, tout récemment centre-ville diminue alors que celles des zones
sur la question de l’emplacement d’incinérateurs périphériques s’accroît. Mumbai est souvent citée
de déchets dans la région de Beijing, note un à titre d’illustration de ce phénomène. Les nou-
responsable des Nations Unies actif dans le veaux chiffres du recensement de 2011 indiquent
domaine de l’environnement. que dans l’État du Maharashtra, la ville séculaire
La façon dans les planificateurs et les poli- de Thane, précédemment agglomération bour-
ticiens abordent l’urbanisation dans trois pays geoise, satellite de Mumbai situé en banlieue à
retenus à titre d’exemple, l’Inde, le Nigéria et 43 kilomètres au nord-est de cette ville, avait
le Mexique, illustre diverses politiques et pro- aujourd’hui une population défavorisée en plein
grammes conçus pour faire face à une croissance essor. Thane abrite à présent 9,84 % de la popu-
urbaine rapide ou pour corriger les erreurs qui lation de l’État, 11 millions de personnes, soit
ont contribué à une croissance mal planifiée un taux de croissance de près de 36 % en une
ou insuffisamment préparée. Mais bien que les décennie. La ville de Mumbai proprement dite,
villes se distinguent par leur histoire et leurs elle, avec ses 3,14 millions d’habitants, a enregis-
problèmes, les objectifs déclarés des responsables tré une croissance négative de 5,75 % au cours
municipaux sont pratiquement partout les de la même période.
mêmes : ils souhaitent créer des environnements Amitabh Kundu, professeur d’économie au
améliorés et plus sûrs, offrir des services publics Centre for the Study of Regional Development
et une infrastructure de niveau acceptable et et doyen de la School of Social Sciences à l’uni-
faire face à l’explosion de la circulation automo- versité Jawaharlal Nehru de New Delhi, dit que
bile et piétonne. certaines des grandes villes de l’Inde connaissent
ce qu’il appelle une « périphérisation dégéné-
Perspectives sur l’urbanisation rative », leurs habitants étant repoussés de leur
On débat depuis quelques années de la question centre par la cherté de la vie et la rareté des
de savoir si la croissance des agglomérations emplois décemment rémunérés et s’installant
urbaines doit être déplorée en raison du foi- dans des quartiers extérieurs non planifiés. Ces
sonnement des taudis où l’assainissement est quartiers périphériques offrent les avantages de la
inexistant, où les maladies épidémiques peuvent vie urbaine et de la vie rurale. Les récents efforts
se propager, où l’exploitation est généralisée et déployés pour nettoyer et embellir les villes de
où les dangers physiques guettent la population l’Inde, dit M. Kundu, que beaucoup applau-
en l’absence des autorités légitimes qui laissent dissent, modifient le caractère des villes et pas
les gangs criminels y faire la loi, ou s’il faut s’en nécessairement en mieux.
féliciter en raison des possibilités qu’offrent Selon M. Kundu, ces changements sont
la vie urbaine : emplois, accès aux services de motivés par des considérations économiques.
santé, de planification familiale et d’éduca- « Les pays en développement rapide, tout par-
tion, et ouverture à la vie économique pour les ticulièrement en Asie, s’efforcent d’accéder au
femmes. Les grands défis à relever en matière de marché mondial des capitaux et ce sont leurs
développement dans le contexte de l’urbanisa- grandes villes qui leur offrent leur seule voie
tion croissante actuelle consistent à accroître les d’accès », dit-il. L’augmentation des investisse-
opportunités qu’offrent les villes tout en rédui- ments et des apports de capitaux étrangers se
sant autant que faire se peut les dangers et les répercute sur les prix, et le coût de la vie urbaine
difficultés qu’elles présentent. monte. Beaucoup des améliorations apportées
78 CHAP it r e 6 : PlA NiFiCAT io N De lA CroissANC e Ur BA i N e
aux villes de l’Inde bénéficient principalement à Faujdar Ram, directeur de l’Indian Institute
la classe moyenne, ajoute-t-il. for Population Sciences, établissement d’ensei-
« Les grandes villes perdent leurs pauvres gnement supérieur, fait remarquer que bien
parce que ceux-ci n’ont plus les moyens d’y vivre, que les gens à revenu marginal et même moyen
explique M. Kundu. Dans le temps, les gens aient été repoussés hors de la ville de Mumbai,
amassaient environ 1 000 roupies [22 dollars] et ils souhaitent toujours y travailler. Il y a, dit-
venaient passer un mois à Delhi pour y trouver il, des gens qui font la navette tous les jours
du travail. Aujourd’hui, avec 1 000 roupies, on depuis les nombreuses banlieues, y inclus Pune,
ne peut même plus rester une semaine. Si bien à 163 kilomètres au sud-est de Mumbai, qui
qu’à Delhi, en trois décennies, le pourcentage des connaît aussi une croissance démographique
pauvres est passé de 55 % à 7 %. » rapide. Pune est aujourd’hui reliée à Mumbai
« Le résultat, dit M. Kundu, c’est que nous par une route à six voies de circulation qui
assainissons nos villes. C’est-à-dire que nous réduit la durée du trajet pour les gens qui ont
assainissons l’environnement,… nous nettoyons une voiture ou qui peuvent se payer l’autocar
les taudis et nous repoussons à l’extérieur les interurbain. « Pourquoi les gens viennent-ils de
colonies à faible revenu. » Ce processus, consi- Pune ? Pune a besoin d’emplois sur place », dit
dère-t-il, a pour effets de priver les villes de M. Ram. Par ailleurs, note-t-il, il y également
la possibilité de faire des citadins pauvres des lieu d’améliorer les transports publics qu’em-
moteurs de croissance et de développement et, pruntent des passagers toujours plus nombreux.
au contraire, de considérer les travailleurs non Les trains de banlieue de Mumbai sont connus
spécialisés et illettrés comme des poids morts, pour leur surpeuplement, la lenteur du service
ayant des effets préjudiciables pour la santé, et le harcèlement sexuel auquel sont exposées
l’hygiène et l’ordre public. les passagères.
La modification de l’équilibre social des villes
de l’Inde est un sujet d’étude important pour les Nouvelles opportunités pour
démographes et les économistes, car 410 millions les femmes
des 1,2 milliard d’habitants du pays vivent déjà Pour beaucoup de femmes, l’évolution du centre-
en-deçà du seuil de pauvreté. Il y a en Inde un ville de Mumbai présente un aspect positif, dit
tiers des pauvres du monde, indique la Banque Sajana Jayraj, rédactrice à Media Matters, une
mondiale, qui note par ailleurs que les écarts des organisation non gouvernementale active dans le
revenus se creusent dans ce pays. domaine des communications de développement
« À Mumbai, dans le district central, la et des études sur les femmes en milieu urbain.
croissance a ralenti considérablement, note L’expansion du secteur des services et de celui
M. Kundu. Même chose pour Chennai, de la technologie amène un nombre considé-
Hyderabad, Kolkata, toutes les grandes villes, rablement plus grand de femmes dans les villes
tous les quartiers urbains centraux. Avant, les pour y travailler ainsi que pour y acquérir des
gens arrivaient des campagnes et se mettaient connaissances théoriques et pratiques. Le groupe
cireurs de chaussures ou pousseurs de charrette. de population qu’elle décrit comme « une tribu
Il y a de moins en moins de ces emplois, parce croissante de jeunes femmes, qui travaillent et
que l’émigration rurale diminue, dit M. Kundu. font en même temps leurs études », effectue des
Il estime, ainsi que d’autres démographes, que déplacements quotidiens de deux heures ou plus
l’Inde doit développer des petites villes et des entre le centre-ville de Mumbai et les banlieues
villes de taille moyenne, qui seront plus acces- extérieures. Ces femmes, avec leur éducation
sibles pour les pauvres et qui peuvent offrir solide et menant une vie bourgeoise, sont un
des emplois. autre type de migrants urbains. « Il n’est pas rare
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 79
de voir des femmes éplucher des légumes dans le se trouvent maintenant en concurrence avec les
train en rentrant chez elles », écrit Mme Jayraj. promoteurs immobiliers qui voient dans les sec-
Le phénomène de la croissance périphérique teurs non constitués en municipalités et aux titres
due aux groupes à faible revenu est manifeste à de propriété incertains des cibles de choix pour
Thane, où quelque 30 % de la population vivent le développement privé, note M. Ram. Lorsqu’ils
actuellement dans des taudis. Dans l’un de ceux- jouissent de l’appui de gens puissants et bien pla-
ci, Bhim Nagar, chaque petit logement (souvent cés, ils peuvent faire raser tout un taudis par des
d’une pièce) abrite de 10 à 15 personnes, signalent bulldozers dans de très brefs délais et en éparpiller
les habitants. Beaucoup sinon la plupart des les familles. Il est rare, précise M. Ram, que les
hommes sont au chômage ou ne peuvent trouver promoteurs privés soient tenus de réserver dans
que des emplois occasionnels à cette distance de leurs bâtiments certains logements à loyer modéré.
Mumbai. La situation des femmes est meilleure, Bien que la migration rurale vers les villes
car elles peuvent travailler comme domestiques, se réduise, l’État du Maharashtra continuera
encore que ces emplois ne leur apportent ni sécu- d’attirer des migrants non spécialisés en quête
rité à long terme ni avantages sociaux. La plupart d’emplois car les obstacles linguistiques ne sont
des familles ont pour objectif une survie au jour pas insurmontables dans la région polyglotte de
le jour et elles ne savent pas quand viendra l’heure Mumbai, dit M. Ram. La langue peut toutefois
où elles se feront expulser des édifices tassés les constituer un obstacle pour les habitants du nord
uns sur les autres le long de ruelles fangeuses qui parlant hindi, par exemple, qui recherchent des
leur servent de logement. emplois dans les villes d’autres régions, notam-
« Les quartiers de taudis sont complexes, ment au Kerala, au Tamil Nadu et au Karnataka,
dit M. Ram de l’Indian Institute for Population qui connaissent des pénuries de main-d’œuvre.
Sciences de Mumbai. La plupart des habitants
sont des locataires, les propriétaires étant des l’attraction des emplois
t Habitants du bidonville dirigeants locaux, des politiciens élus. » Dans Un peu plus loin vers le nord-est, à une soixan-
Bengali Colony dans les villes de l’Inde, les politiciens se servent des taine de kilomètres de Mumbai mais dans une
le quartier d’East taudis et des bidonvilles en tant que « banques zone encore considérée comme appartenant
Kidwai Nagar de Delhi
(Inde), vaquant à leurs
à votes » dans leur circonscription électorale et à la mégalopole, la ville de Bhiwandi offre un
occupations. ils ont tout intérêt à y maintenir les pauvres en exemple type de la convergence de l’industrialisa-
©sanjit Das/Panos grand nombre. Mais les propriétaires de taudis tion et de l’urbanisation indiennes. Elle est restée
pendant des années une petite ville, connue pour
ses tisserands artisanaux, puis, avec l’électrifica-
tion et l’arrivée de métiers à tisser mécaniques,
est devenue « la Manchester de l’Inde », possé-
dant le plus grand nombre d’usines textiles du
pays qui ont relégué au second plan l’agriculture
traditionnelle, la pêche et le commerce de divers
biens et des épices.
Les ateliers de tissage de Bhiwandi emploient
une grande partie de la main-d’œuvre de la ville,
mais tournant 24 heures sur 24, ils ont toujours
besoin de plus d’ouvriers. Les migrants d’autres
régions de l’Inde sont donc devenus à Bhiwandi
une composante permanente de la population.
Les jeunes hommes continuent d’y arriver en
80 CHAP it r e 6 : PlA NiFiCAT io N De lA CroissANC e Ur BA i N e
provenance des États pauvres du nord, de l’Uttar
Pradesh en particulier, pour travailler dans des
usines qui ressemblent à celles que l’on voyait en
Angleterre au XIXe siècle.
Bhiwandi pourrait être un bon exemple de
petite ville économiquement durable et autar-
cique si les conditions de vie y étaient améliorées
pour rendre l’environnement plus convivial
et plus sain. Les ateliers sont sales, chauds et
dangereux. Les hangars, immenses, sordides,
étouffants, où s’entassent les métiers à tisser
n’ont souvent ni eau courante ni toilettes. Mais
cela n’empêche pas les migrants, essentiellement
tous des hommes et des garçons, d’y rester Diplômé de l’enseignement secondaire Narendra Tiwari dans
t
un atelier de tissage
pendant des années ou des décennies, car les et possédant des capacités en gestion, il a pu
de Bhiwandi (Inde). Il
conditions de vie sont meilleures ici que dans passer d’une usine à l’autre, mais le travail n’a a émigré il y a 10 ans
leur région d’origine et qu’ils assurent la survie jamais été facile. « On travaillait par équipes de et, avec son salaire, fait
de leur famille et de leurs villages par leurs envois 12 heures et on était payé tous les quinze jours, vivre toute sa famille
restée au pays.
de fonds. sans jours de congé », dit-il. Payé à la pièce, il
©Atul loke/Panos
Dans leur maillot et leur pantalon à bon mar- gagnait moins de l’équivalent de 20 dollars par
ché trempés de sueur, chaussés de simples tongs mois et payait 250 roupies (5,60 dollars) par
ou de sandales, ils sont assis devant des métiers mois de loyer pour une pièce qu’il partageait
qui tournent dans un vacarme assourdissant, avec trois autres hommes. Quand il a enfin
équipés de dispositifs de protection rudimen- trouvé un patron qui l’a autorisé à assister à
taires pour les isoler des pièces en mouvement des cours hebdomadaires sur la prévention de
des énormes machines. Les ouvriers sont victimes l’infection par le VIH dispensés par l’agence
d’accidents du travail et souffrent de problèmes de locale de l’Association de planification familiale
santé : électrocution, blessures dues aux navettes, de l’Inde, il s’est lancé avec enthousiasme et
infections cutanées et tuberculose. Ils dorment vigueur dans la campagne en faveur des pra-
à tour de rôle, 10 à la fois dans une seule pièce, tiques sexuelles sans danger.
dans des locaux sans fenêtres ressemblent à des « Pendant six mois, je passais ma semaine
boîtes de béton empilées sur plusieurs étages. Ils à attendre le vendredi, dit-il. J’ai perdu un
sont plusieurs dizaines à se partager une toilette et cousin, victime du sida, dans mon village et je
un robinet à eau communautaires. voulais y retourner et informer les villageois qui
Les travailleurs qui avaient passé des années ne savent rien de cette maladie. » En raison du
dans les usines textiles, interviewés pour le pré- grand nombre d’hommes qui vivent séparés de
sent rapport, se sont montrés très désireux de leur famille à Bhiwandi, l’industrie du sexe y
raconter leur histoire. Nagendra Tiwari, 42 ans, est florissante.
de Gorakhpur dans l’Uttar Pradesh, est venu Impressionnée par sa motivation et ses
à Bhiwandi en 1988 car son père, agriculteur aptitudes à la communication, l’Association
pauvre, n’avait pas les moyens de trouver des de planification familiale a fait de lui un pair-
maris à ses cinq filles; Nagendra Tiwari s’est éducateur de groupe, puis l’a engagé dans son
donc vu contraint d’émigrer, laissant au pays sa personnel. M. Tiwari note qu’il vit toujours avec
femme et ses quatre enfants, afin de trouver de les ouvriers d’usine, la plupart originaires du
l’argent pour constituer une dot à ses sœurs. même État que lui. Quelque 20 000 travailleurs
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 81
et ne craint pas de perdre son travail en raison
des compétences qu’il a acquises en tant que tis-
serand. « Si je rentre chez moi, dit-il, je pourrai
toujours me faire réembaucher à mon retour. »
Planification et spontanéité
À Lagos, capitale commerciale et financière du
Nigéria, et l’un des grands ports maritimes de
l’Afrique, Francisco Bolaji Abosede déclare que la
première chose qu’il a faite en 2007 lorsqu’il est
devenu commissaire de la planification de l’État
migrants célibataires (sur les 400 000 présents de Lagos, où est située la zone métropolitaine, a
t
Le commissaire de la
planification de l’État
dans la région) participent aux projets de sensibi- été de regarder un plan directeur de 1980, ce qui
de Lagos, Francisco
Bolaji Abosede, au
lisation au VIH/sida, de prévention de l’infection l’a amené à se demander : « Où nous sommes-
cours d’une interview et de dépistage mis en œuvre par l’Association nous fourvoyés ? »
avec des représentants de planification familiale locale, qui informe Les gouvernements successifs ont abandonné
de l’UNFPA dans son
aussi les travailleurs sur les autres maladies le plan et le concept de l’aménagement urbain,
bureau d’Ikeja (État de
Lagos, Nigéria). sexuellement transmises et les questions générales explique M. Abosede, de sorte que la ville s’est
©UNFPA/Akintunde Akinleye relatives à la santé reproductive. Les travailleurs étendue indéfiniment et que, faute de plani-
disent qu’ils ont bénéficié de cette expérience fication digne de ce nom, la vie urbaine s’est
urbaine et ils transmettent les informations qui détériorée.
leur ont été communiquées aux membres de leur « Lagos a grandi, dit-il. Les gens étaient atti-
communauté lorsqu’ils retournent chez eux pour rés par le style de vie. La criminalité était élevée.
leurs congés annuels. Il y avait un malaise social. » Après avoir analysé
En dépit des difficultés et des dangers de la situation de la ville-État, dit M. Abosede, il
leur travail quotidien, les hommes soulignent le a compris qu’il n’était pas question d’attendre
fait qu’ils n’ont pas d’autre solution, pas d’avenir quatre ans pour commencer à agir. « Alors que
dans leur village ou leur ville d’origine. Seul l’un pouvions-nous faire ? Nous avons repris des élé-
d’eux du nom de Shyam Narayan Prajapati, ments du plan directeur, çà et là, et nous nous
45 ans, qui a un diplôme d’études supérieures sommes lancés. Nous avons divisé Lagos en neuf
et qui appartient aussi maintenant au personnel zones présentant des caractéristiques communes,
de l’Association de planification familiale locale, et nous avons évalué leurs points forts et leurs
déclare que bien qu’il travaille depuis plus de points faibles pour déterminer ce dont chacune
20 ans dans les usines de textile, il espère tou- avait besoin. »
jours pouvoir rentrer un jour chez lui dans l’Uttar M. Abosede est né à Lagos et a étudié l’amé-
Pradesh. Il veut se lancer dans la politique pour nagement de l’espace urbain et rural à l’Institut
lutter contre la corruption et contre la médiocrité polytechnique d’Ibadan avec d’entrer au Centre
des résultats économiques de son État. for Urban and Regional Planning de l’univer-
Les ouvriers savent que la ville et l’industrie sité de Strathclyde, en Écosse, puis de travailler
a besoin d’eux et que cela constitue pour une pour une entreprise britannique d’aménagement
forme d’assurance. Santlal Bind, qui rentre dans urbain. « J’ai appris à connaître les gens locaux,
le nord voir sa famille aussi souvent qu’il le peut dit-il. Les gens locaux sont très locaux. Vous
et qui admet qu’il est trop fatigué pour faire vous asseyez avec eux et vous leur demandez ce
autre chose à Bhiwandi que travailler, manger et qui leur bénéficiera. » M. Abosede a occupé de
dormir, ne se fait pas de soucis pour son avenir nombreux postes de planification au Nigéria.
82 CHAP it r e 6 : PlA NiFiCAT io N De lA CroissANC e Ur BA i N e
En tant que commissaire de la planification lement vide au début de cette année car, disent
de l’État de Lagos, M. Abosede a retenu parmi les résidents, les loyers sont trop élevés pour
ses premiers projets le redéveloppement de l’île d’anciens vendeurs de rue, et beaucoup de ceux-
de Lagos, partie la plus ancienne de la région ci semblent peu disposer à renoncer aux stands
urbaine, qui était devenu protectorat britannique informels placés sur les trottoirs. Certains vieux
en 1861 et qui est, en quelque sorte, le berceau bâtiments de l’époque coloniale se trouvant sur
du Nigéria moderne. L’île de Lagos était conges- l’île, qui a été reliée au reste de la ville par des
tionnée, et l’est toujours, et selon M. Abosede chaussées et des ponts, ont été restaurés.
ainsi que d’autres, était connue pour ses activités Les bâtiments les plus anciens permettent de
illicites. L’État a entrepris de construire de nou- se faire une idée de ce qu’était cette île pittoresque,
velles routes et de raser certains des quartiers les avec ses petites rues tortueuses et son architecture
plus mauvais pour y bâtir un centre commercial unique. Mais selon des aides du commissaire,
s’élevant sur plusieurs étages et des immeubles seuls les édifices présentant un réel intérêt histo-
d’appartements. rique seront conservés. Cette décision rappelle
celle qu’a prise Singapour, il y a plusieurs décen-
renouveau d’une ville historique nies, où les pouvoirs publics avaient décidé de
Le projet de l’île de Lagos est une œuvre encore raser de vieux quartiers de la ville chinoise, après
inachevée. Le centre commercial était essentiel- quoi ils se sont aperçus que la ville avait perdu de
PoPuLATIon urbAIne PAr grAndeS régIonS géogrAPhIqueS
(en PourCenTAge de LA PoPuLATIon ToTALe)
95
90
85
80
75
70
65
60
55
50
45
40
35
30
25
20
15
10
5
0
1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050
Source : Division de la Asie Amérique latine Amérique du Nord
population du Département
Afrique Europe Océanie
des affaires économiques et
sociales des Nations Unies
© UNFPA/
Akintunde Akinleye
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 83
son caractère, ainsi que des touristes. Certains de personnes. Son objectif est de redynamiser les
ces quartiers ont été recréés depuis. quartiers et zones de la ville qui existent déjà.
Parmi les autres projets envisagés pour « Nous réduirons la durée des déplacements,
l’avenir à Lagos figure le développement du pour amener les gens à vivre, à travailler et à
quartier de Lekki pour en faire une zone franche bénéficier des services sociaux au même endroit,
industrielle, où les entreprises pourront opérer note-t-il. Comment puis-je réduire la durée des
sous un régime fiscal préférentiel, en évitant déplacements ? Comment puis-je vous encoura-
les lourdeurs administratives. Les planificateurs ger à vous rendre à pied de chez vous au travail
espèrent ainsi attirer dans la ville des emplois et aux centres sociaux ? » Les gens peuvent vivre
dans le secteur manufacturier. « Les gens une vie plus saine et plus longue dans des zones
viendront y vivre et y travailler, dit M. Abosede urbaines intégrées dotées de logements plus
avec optimisme. Ce sera une ville modèle de trois denses aménagés avec des espaces verts, dit-il.
ou quatre millions d’habitants. Il y aura aussi le Il n’est pas prévu non plus de doter Lagos de
nouvel aéroport de Lagos, qui sera environ systèmes de transports publics plus grands que
cinq fois plus grand que l’aéroport actuel. » ceux qui déjà inclus dans les propositions de pro-
Un autre projet ambitieux est en cours sur jets car, dit M. Abosede, l’objectif est d’amener
l’île Victoria, composante elle aussi de la région les gens à travailler et à se distraire près de leur
métropolitaine de Lagos. C’est le projet dénommé domicile. Il ajoute néanmoins qu’il s’intéresse
Eko Atlantic, ville qui doit s’élever sur une île aux possibilités de transports par voie d’eau sur
artificielle construite au moyen de sable pompé la vaste lagune située en bordure de la ville. Il a
sur le fond océanique; selon ses promoteurs, il examiné des bateaux à Singapour et en Malaisie
s’agit d’une agglomération mixte à destination et a parlé du fonctionnement d’un tel système
résidentielle et commerciale qui logera au moins à l’ambassadeur des Pays-Bas. Les autorités
250 000 personnes et qui offrira des espaces de de Lagos sont disposées, dit-il, à accorder des
bureau pour 150 000 employés. Une société com- concessions à des sociétés privées de ferry-boats.
merciale a été créée spécifiquement pour assurer la L’une des décisions en matière de planifica-
mise en œuvre du projet, qui est financé intégrale- tion qui a suscité de vives préoccupations chez
t Femme se déplaçant en ment par des banques et des investisseurs privés. les défenseurs des groupes pauvres de l’État de
pirogue dans le bidonville
M. Abosede ne voit pas, dit-il, la nécessité Lagos est la solution retenue par les pouvoirs
de Makoko, dans la
capitale commerciale du
de construire un grand nombre de nouvelles publics qui consiste à autoriser les promoteurs
Nigéria, Lagos. villes dans une région métropolitaine dont il immobiliers et les entreprises de construction
©UNFPA/Akintunde Akinleye pense qu’elle hébergera, à terme, 40 millions de à bâtir des logements et des centres de quar-
tier et à les vendre à l’État qui les revendra aux
particuliers, sur prêts hypothécaires. « Nous
souhaitons que les gens adoptent une culture de
l’hypothèque », dit M. Abosede. Il y a trop de
transactions effectuées en numéraire, estiment les
autorités, ce qui interdit aux gens à bas revenus
d’acheter des biens immobiliers.
Le Social and Economic Rights Action
Centre [Centre d’action pour les droits sociaux
et économiques] (SERAC) est une grande orga-
nisation non gouvernementale nigériane ayant
son siège à Lagos qui mène des activités d’action
communautaire, d’aide juridique et de plaidoyer
84 C HAP it r e 6 : PlANiFiCAT ioN De lA CroissANC e Ur BA i N e
pour promouvoir les droits économiques, sociaux Felix Morka, directeur
et culturels. Felix Morka, son directeur exécu- exécutif du Social
and Economic Rights
tif, estime que les plans des pouvoirs publics Action Centre, dans son
pourront bénéficier à la classe moyenne mais bureau situé dans le
n’aideront pas les pauvres de la ville. district d’Ojodu à Lagos
(Nigéria).
« Lagos a besoin de cinq millions de loge-
©UNFPA/Akintunde
ments supplémentaires ou plus, dit M. Morka. Akinleye
L’État investit dans des logements pour la classe
moyenne qui sont hors de portée de la bourse
de beaucoup de gens. Il n’y a pas vraiment de
solution pour enrayer la croissance des bidon-
villes. » M. Morka indique que moins de 12 %
des habitants de Lagos sont propriétaires de leur les citadins se mobilisent
logement. Résidents et anciens résidents sont bien organisés
Le SERAC met en question la validité de à Makoko; ils ont formé un groupe de défense
l’approche secteur par secteur adoptée par les res- de leurs droits, le Forum des communautés mar-
ponsables municipaux. M. Morka considère que ginalisées de Lagos, qui se pourvoit en justice
le manque de réseau de transports publics est une contre l’État depuis 1990, avec l’aide d’organi-
réflexion du manque de planification intégrée. sations telle que le SERAC. D’anciens habitants
Il faut pour l’ensemble de la ville de meilleurs montrent, derrière une rangée de petites
services de santé et d’éducation, dit-il. Beaucoup boutiques, un terrain vacant où se dressaient
de jeunes sont au chômage ou ne possèdent précédemment quelque 500 huttes d’une pièce.
qu’une formation médiocre aux emplois qui sont Seuls 3 000 des occupants de cette zone ont été
disponibles. Il note que le SERAC reçoit parfois réinstallés sur un nombre de personnes expulsées
500 demandes d’emplois et que seuls deux des supérieur de plusieurs fois à ce chiffre, disent-ils.
demandeurs possèdent les qualités requises pour Selon un dirigeant local, il y a eu au fil des ans
que l’on envisage de les embaucher. 300 000 expulsions.
Le bidonville de Makoko est l’une des zones Les questions relatives à l’aménagement de
marginalisées dans lesquelles le SERAC est à la partie de Makoko construite sur la lagune
l’œuvre. C’est une communauté de dizaines de illustrent la complexité du type d’affrontements
milliers de personnes qui, au cours de nom- qui peuvent se produire dans de nombreux pays
breuses années, ont migré des régions côtières en développement lorsque les pouvoirs publics
du Nigéria, du Bénin, du Togo et du Ghana. désireux de moderniser et de réaménager se
Construite en partie sur la terre ferme, elle com- heurtent à une communauté farouchement
porte aussi un très grand village de pêcheurs indépendante qui résiste au changement, même
sur pilotis en bordure de la lagune de Lagos. en présence d’un délabrement inéluctable. Les
Sur sa zone terrestre, des petits vendeurs et des mots ne suffisent pas pour décrire la vie dans le
travailleurs du secteur informel disent subir village de pêcheurs de Makoko, où se trouvent
des expulsions depuis plusieurs années, la plus également des scieries de bois d’œuvre et des
récente datant de décembre 2010. D’autres ten- saurisseries où l’on fume les prises de poisson
tatives de les déloger ont eu lieu avant l’arrivée quotidiennes avant de les commercialiser.
au pouvoir de l’actuel gouvernement de l’État Le village de pêcheurs, qui est en fait une
de Lagos en 2007, mais toutes ces perturbations véritable ville sur pilotis dont la population est
semblent être considérées collectivement par la estimée à 50 000 habitants ou plus, est entiè-
population locale comme une attaque. rement dénué de services publics. Il n’y a pas
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 85
d’eau douce. L’alimentation en électricité se fait communauté établie depuis plus de 100 ans, note
au moyen de lignes de dérivation illégales placées qu’il n’existe qu’une petite école administrée par
sur les lignes municipales. Le seul mode de trans- une organisation caritative et pas de soins de santé
port dans le village est la pirogue, de fabrication modernes, mais un seul dispensaire où pratique
manuelle, dont des centaines sinon des milliers un médecin traditionnel. Il n’y a pas de service
se déplacent dans une eau saturée de déchets. de planification familiale. Le chef dit que les
Un chef local, selon lequel la population est membres de la collectivité n’ont jamais demandé
actuellement de 200 000 personnes dans cette à ce que le marais fétide sur lequel ils vivent soit
nettoyé, ni essayé d’évacuer eux-mêmes les déchets
accumulés. Il attribue la responsabilité de la
bIen que ConSIdérAbLe, L’AméLIorATIon solution aux établissements implantés sur la terre
deS TAudIS ne SuFFIT PAS FACe Au nombre ferme, de l’autre côté de la lagune, et signale qu’il
CroISSAnT de PAuvreS dAnS LeS vILLeS y a des flambées de typhoïde et de paludisme,
Population vivant dans des taudis urbains et proportion de maladies toutes deux évitables.
la population urbaine vivant dans des taudis, régions en
développement, 1990-2010 La communauté de pêcheurs de Makoko est
Population vivant dans Proportion de la population urbaine polygame, dit le chef, qui précise que la limite
des taudis (en millions) vivant dans des taudis (en pourcentage)
900 60
est de deux épouses. Les familles ont entre 10
800
et 20 enfants qui partagent des cabanes de bois
46,1 50 d’une seule pièce équipée de petits appontements
700 42,8
39,3 où accostent et sont amarrées les pirogues. La
600 35,7 40
34,3
32,7 majorité des gens parlent egun, langue apparentée
500
30 selon les spécialistes au yoruba qui domine dans
400
le sud-ouest du Nigéria. Il existe néanmoins un
300 20
sentiment de clivage ethnique fondé sur l’histoire
200
10 et les attitudes de chaque côté. Lorsqu’on lui
100
demande pourquoi la population de Makoko a
0 0
1990 1995 2000 2005 2007 2010 refusé l’aide gouvernementale alors qu’elle vit dans
Pourcentage de la population Population vivant
un environnement malsain, un fonctionnaire de
urbaine vivant dans des taudis dans des taudis l’État caractérise l’attitude locale comme « un truc
Au cours des dix dernières années, le pourcentage de la population urbaine ethnique » et émet l’hypothèse que l’environne-
vivant dans des taudis a fortement diminué dans les régions en développe- ment détérioré est une sorte de badge de révolte.
ment : il est passé de 39 % en 2000 à 33 % en 2010. À l’échelle mondiale, Mais les villages sur pilotis établis dans
cela justifie un certain optimisme. Le fait que plus de 200 millions d’habi- les baies et les lagunes peuvent être considérés
tants des taudis ont maintenant accès soit à une source d’eau améliorée
comme autre chose que des cibles de démolition.
et à l’assainissement, soit à des habitations durables et moins surpeuplées
En Asie du Sud-Est, il y en a beaucoup où les
montre que les autorités nationales et municipales ont fait de sérieux
efforts pour améliorer les conditions de vie des bidonvilles, augmentant gens se sont adaptés à l’évolution des temps sans
ainsi les chances d’échapper à la pauvreté, à la maladie et à l’analphabé- pour autant perdre leurs modes de vie tradition-
tisme de millions d’individus. nels sur l’eau. Le plus connue de ces collectivités
Malgré cela, le nombre d’habitants des taudis est en augmentation est Kampong Ayer à Bandar Seri Begawan, capi-
en termes absolus dans le monde en développement, et cette tendance tale du Brunéi Darussalam, pays riche en pétrole
va se poursuivre dans le proche avenir. Les progrès enregistrés pour la
comme le Nigéria.
cible relative aux taudis sont insuffisants pour compenser la croissance
Les habitants de Kampong Ayer, ce qui signi-
des établissements informels dans le monde en développement, où le
nombre d’habitants vivant dans des taudis urbains atteint, estime-t-on, fie « village aquatique », ont repoussé les efforts
828 millions de personnes. passés visant à les réinstaller ailleurs. L’État a fini
par changer son fusil d’épaule et a modernisé le
Source: Objectifs du Millénaire pour le développement, Rapport 2010.
86 CHAP it r e 6 : PlA NiFiCAT io N De lA CroissANC e Ur BA i N e
village en y ajoutant un réseau d’assainissement, et les contraintes qui en résultent pour les res-
l’électricité et un système d’alimentation en eau sources de celles-ci. Ceci a permis de constater
propre, amenée par de tuyaux situés au-dessus des différences notables entre les régions urbaines
du niveau de la rivière de Brunéi sur laquelle établies de longue et date et les centres de popu-
le village est construit, qui dessert 30 000 per- lation relativement récents.
sonnes. Outre l’amélioration des conditions de Il est urgent de réfléchir à la façon dont
vie, Kampong Ayer est devenu aujourd’hui une les villes se développent, dit Mme Topelson.
attraction touristique. « Prenons une ville de 800 000 habitants,
explique-t-elle. Ce nombre peut tripler, ce qui
expansion et contraction des villes est énorme, voire quintupler ou décupler. Nous
Au Mexique, le recensement national de 2010 subissons une grande influence des modèles
a constaté que la population avait atteint américains de logement et de croissance, et
112 millions d’habitants, soit 4 millions de nous parlons donc d’étalement. Nos villes se
plus que le chiffre projeté, ce qui a amené les sont donc étalées, et lorsqu’une ville commence
pouvoirs publics à s’interroger sur les causes et à grandir, il y a de nombreux intérêts liés à cet
les modalités du phénomène ainsi que sur les étalement. »
relations entre la croissance démographique et la Elle sort d’un tiroir des cartes illustrant la
culture et l’histoire des villes et des régions mexi- croissance démographique de diverses villes
caines. « Certaines villes du Mexique perdent du Mexique et s’arrête à deux d’entre elles :
des gens alors que d’autres se développent à une Acapulco, ville balnéaire située sur la côte ouest, et
cadence rapide », dit Sara Topelson Fridman, Guadalajara, au centre du pays, à 460 kilomètres
sous-secrétaire chargée du développement urbain au nord-ouest de Mexico. La région métropoli-
et de l’aménagement du territoire au ministère taine d’Acapulco était à l’origine un petit centre
du développement social. urbain en bordure d’une baie de l’océan Pacifique
« La croissance est due à de multiples raisons, qui s’est développé rapidement du fait d’un boom
de même que la diminution de la population, du tourisme le siècle dernier. Des hôtels et des
dit Mme Topelson. Au Mexique, ces raisons condominiums ont fait leur apparition sur les
tiennent pour la plupart à la migration, qu’elle hauts-lieux touristiques, mais il existe aussi dans
provienne d’un autre État, d’une autre ville ou Acapulco des quartiers où vit une population per-
d’un autre pays, avant tout des États-Unis. » Ses manente d’environ un million de personnes.
services recueillent des documents qui analysent La municipalité ne peut plus faire face à
la croissance démographique des villes du pays l’entretien de ce territoire, dit Mme Topelson,
PourCenTAge de LA PoPuLATIon urbAIne 1950-2010
Pays monde
100
50
Chine1 Egypte Ethiopie Finlande2 Inde Mexique Mozambique Nigéria Ex-RYM3
1. Les données statistiques pour la Chine ne comprennent pas Hong-Kong et Macao, régions administratives spéciales de la Chine.
2. Y inclus les Îles Åland.
3. Ex-République yougoslave de Macédoine.
Source : Nations Unies, Département des affaires économiques et sociales, Division de la population. World Urbanization Prospects : The 2009 Revision.
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 87
qui attire l’attention sur l’ampleur de l’étalement rieur à celui de Guadalajara, mais sa superficie a
urbain d’Acapulco et sur les problèmes auxquels pratiquement décuplé.
les services publics et les services de sécurité ont « L’un des défis, dit Mme Topelson, consiste
à faire face. « À l’évidence, dit-elle, il y a des à ne pas accroître la superficie urbaine, mais à
différences pour les zones touristiques. Il y a là grandir à l’intérieur de la ville telle qu’elle existe.
des condos de luxe qui ne sont occupés que de Il y a des parcelles vacantes, des espaces vides. Il
deux à quatre mois par an. Mais la municipalité y a des industries qui sont parties. Il faut regar-
doit tout de même ramasser les ordures, nettoyer der à l’intérieur. » À la périphérie, ajoute-t-elle,
les rues, payer l’éclairage des voies publiques, on peut aménager des ceintures vertes pour
inspecter tous les ouvrages d’infrastructure, circonscrire la croissance.
câbles électriques, égouts, et ainsi de suite. » Et
le niveau de sécurité souffre lorsque les budgets établissements informels
municipaux sont surchargés. Le développement des établissements infor-
« Pour Guadalajara, c’est une autre histoire », mels, souvent des taudis, est une composante
dit Mme Topelson. À Guadalajara, l’histoire et de la croissance urbaine depuis des années au
la géographie ont joué un rôle considérable et Mexique, et plus généralement en Amérique
ont fait obstacle à l’étalement urbain. Le vieux latine, où il est symbolisé éloquemment par les
Guadalajara, son centre-ville avec sa cathédrale, favelas de Rio de Janeiro et d’autres villes du
ses monuments et ses places publiques, continue Brésil. Mme Topelson ne souhaite pas voir ce
d’attirer les résidents et constitue toujours un type de croissance se poursuivre au Mexique.
point focal important de la vie urbaine. « Un Les collectivités informelles exigent des services
énorme ravin situé au nord-est de la ville a blo- publics à plus ou moins brève échéance, ajoute-
qué le développement dans cette direction », dit t-elle. Les projets résidentiels des promoteurs
Mme Topelson. D’autres établissements se sont privés pèsent également sur les budgets muni-
implantés sur un pourtour circulaire autour du cipaux. « Même si le développement est privé,
centre-ville historique. la connectivité ne l’est jamais, indique-t-elle.
La population de Guadalajara a presque dou- La connexion avec la ville, avec les routes, avec
t Jeunes attendant le
blé en près de trois décennies et sa superficie a les établissements d’enseignement, avec les
métro à Mexico.
plus que triplé. La population d’Acapulco a elle hôpitaux », imposent de lourdes charges aux
©UNFPA/ricardo
ramírez Arriola aussi presque doublé, à un taux légèrement infé- administrations municipales.
Le District fédéral du Mexique, zone auto-
nome où se trouve la capitale du pays, est situé
au cœur de la région métropolitaine de Mexico
qui englobe aussi certaines parties des États
voisins de Mexico (entité politique distincte) et
d’Hidalgo. Dans toute cette zone métropolitaine,
avec ses quelque 20 millions d’habitants ainsi
que dans les autres villes du pays, les autorités
accordent leur attention et allouent des moyens
financiers à l’entretien des espaces publics.
Au niveau fédéral, les pouvoirs publics
créent et restaurent des parcs publics et des
espaces de loisirs. Mme Topelson signale que,
dans tout le pays, 3 400 parcs publics ont été
récupérés et réaménagés en vue d’améliorer la vie
88 CHAP it r e 6 : PlA NiFiCAT io N De lA CroissANC e Ur BA i N e
communautaire et de réduire la criminalité. Les parcs ont été aménagés à Toluca, centre d’affaires
habitants des collectivités ont été consultés sur ce international en pleine croissance, et d’autres
dont ils souhaitaient disposer dans leurs parcs et, projets sont dans la filière. Des membres de la
conformément à leurs réponses, les autorités ont société civile siègent aux conseils consultatifs de
construit des rampes de skate, des salles d’infor- l’État de Mexico, dit Mme Chemor.
matique, des salles de couture, des pistes cyclables Sur l’emplacement d’une ancienne caserne
et des chemins de promenade. Le secteur privé des forces armées, 12 hectares ont été transfor-
a été encouragé à participer à des programmes més en un espace vert pour la course à pied et
« d’adoption de parcs » qui garantissent l’entretien la bicyclette et des rampes ont été construites
de ces espaces pendant 5 ou 10 ans. pour les amateurs de skateboard. Un autre parc,
Le gouvernement du District fédéral du plus grand, a des installations d’athlétisme et un
Mexique a réservé davantage de rues aux piétons musée pour enfants du type « Touchez SVP ».
dans plusieurs quartiers et mis des fauteuils rou- Pour réaliser ces deux projets, les planificateurs
lants à la disposition de personnes handicapées municipaux ont dû se battre contre les services de
dans divers kiosques. La capitale fédérale et ses l’État qui voulaient réquisitionner les terrains pour
administrations locales constituantes, qui fonc- y construire de nouveaux bâtiments administratifs.
tionnent en tant que petites villes ou quartiers Toluca et l’État de Mexico en général
au sein de la métropole, établissent des espaces exercent une grande attraction sur les migrants
ouverts autour des bâtiments et monuments his- d’autres régions du pays. En un effort visant
toriques et y ajoutent des arbres et des fontaines. à prévenir l’apparition de taudis urbains ou
Le Zócalo, centre historique de Mexico depuis périphériques plus nombreux et d’empêcher
l’époque des Aztèques et l’une des plus grandes davantage de gens de s’installer dans des zones
places de la ville, a été rénové. Les artères prin- sujettes aux inondations, dit Mme Chemor, les
cipales de la ville ont été élargies en ménageant autorités œuvrent avec des entrepreneurs privés
de la place pour de la verdure et des fleurs sur pour construire de nouvelles villes intégrées
un terre-plein central ou sur les trottoirs.
Une pièce maîtresse du développement UrBANisAtioN
récent est le train léger qui traverse l’agglomé-
exTrAiTs DU ProgrAmme D’ACTioN De lA
ration, relié au métro et aux lignes d’autobus. CoNFéreNCe iNTerNATioNAle sUr lA PoPUlATioN
Des bicyclettes dites ecobici sont largement eT le DéveloPPemeNT
disponibles dans divers quartiers de la ville avec Les gouvernements devraient déléguer aux autorités des villes et des
un système d’abonnement annuel qui donne le municipalités des pouvoirs et des responsabilités accrus, pour gérer
droit de s’en servir. Les responsables de services l’aménagement urbain, protéger l’environnement; satisfaire les besoins
de tous leurs habitants (y compris les occupants sans titre de locaux
du développement urbain et du logement de la
urbains) en matière de sécurité personnelle ainsi que d’infrastructures
ville disent que ces nouvelles mesures, ainsi que
et services de base; apporter des solutions aux problèmes sanitaires
d’autres, ont réduit de 37 % les émissions de et sociaux, notamment les problèmes de la drogue et de la criminalité
gaz à effet de serre. Mexico, jadis connu pour et ceux qui résultent du surpeuplement et de catastrophes, et offrir à
sa pollution atmosphérique, a changé. la population des possibilités de vivre ailleurs que dans des zones pré-
Dans l’État de Mexico, qui borde le District disposées aux catastrophes naturelles ou causées par l’homme. … Les
fédéral sur trois côtés, la capitale de Toluca a éga- gouvernements sont instamment invités à promouvoir l’intégration en
milieu urbain des migrants en provenance des zones rurales et à dévelop-
lement entrepris d’ambitieux projets de création
per et améliorer leur capacité de gain en facilitant leur accès à l’emploi,
de parcs ou d’expansion des parcs existants. « Il
au crédit, aux possibilités de production et de commercialisation, à l’édu-
y a une forte demande d’espaces urbains », dit cation de base, aux services de santé, à la formation professionnelle et
Patricia Chemor Ruiz, secrétaire technique du aux transports, en apportant une attention particulière à la situation des
Conseil de la population de l’État. Deux grands femmes qui travaillent et des femmes chefs de famille.
é TAT D e l A P oPU l ATioN moND i A l e 2 0 1 1 89
offrant des logements à des prix abordables entreprises de construction sont tenues de bâtir
pour les familles à revenu peu élevé. L’un de des établissements scolaires et des hôpitaux, dit
ces projets, du nom de Bonanza, est situé à Mme Chemor au sujet des projets de logements
bonne distance de la ville et n’a pas accès aux pour les économiquement faibles, ce qui est une
transports publics. Les autorités notent que chose rare ailleurs qu’ici. »
des entreprises de transport privées ont déjà Partout, la croissance des villes présentent
répondu à ce besoin, ce qui reflète une ten- de réels défis pour les autorités gouvernemen-
dance à exiger du secteur privé mexicain qu’il tales et les gens qui y vivent. Mais l’urbanisation
contribue davantage au développement. « Les peut être un facteur favorable au développement
LA vIe dAnS un TAudIS de L’Inde : Ce que dISenT LeS FemmeS
La sagesse des femmes pauvres n’est peut- tion formelle du monde, tandis qu’elles mari et ont trouvé à se loger dans ces ran-
être pas prise en considération dans les émettent des réflexions sur les forces gées de bicoques dont le propriétaire peut
plans des instances gouvernementales, sociales et économiques qui les ont ame- les expulser du jour au lendemain. Toutes
des institutions internationales et des nées ici. Reflétant les préoccupations et ces femmes se sont mariées dans leur ado-
organisations de recherche, mais celles-ci les espoirs des femmes d’autres sociétés lescence. Le mariage enfantin est illégal
passent leur existence quotidienne précaire en développement, les femmes de Bhim en Inde, où une loi de 1978 fixe l’âge du
aux premières lignes de notre monde de Nagar parlent non seulement de leur vie mariage à 18 ans pour les filles; mais cette
7 milliards d’habitants. Statistiquement, les quotidienne mais aussi de questions de loi reste lettre morte pratiquement par-
femmes des villages et des quartiers les tout et surtout en milieu rural. Une femme
plus pauvres des pays en développement indique qu’elle ne savait même pas qu’elle
sont ou seront les mères de la plupart des avait été mariée quand ses parents l’ont
nouveaux habitants de notre planète au remise à un homme à la suite d’un arran-
cours du siècle présent. Illettrées ou très gement entre les deux familles : elle était
peu éduquées, elles souhaitent cependant prise au piège.
faire connaître leurs expériences, leurs pen- Les femmes de Bhim Nagar, qui tra-
sées et leurs conseils. vaillent comme domestiques ou comme
Bhim Nagar est l’un des nombreux récupératrices de produits recyclables
bidonvilles qui se sont développés sur des parmi les déchets et les ordures, sont
terrains jadis vacants à Thane, ville bour- souvent le seul soutien économique du
geoise satellite de Mumbai, la capitale du ménage et règlent la plupart des factures,
secteur financier et de l’industrie des loisirs notamment un loyer d’environ 38 dollars
de l’Inde. On estime que 30 % de la popu- Habitantes du bidonville de Bhim Nagar, toutes par mois sur un revenu mensuel dépassant
lation de cette ville occupent aujourd’hui originaires de l’ouet de l’État du Maharashtra rarement 50 dollars. Leurs maris, disent-
ces établissements en croissance rapide. (Inde). Elles travaillent comme domestiques dans elles, sont des journaliers qui ne trouvent
Mais pour ses habitants, Bhim Nagar est des quartiers résidentiels voisins. ©Atul Loke/Panos de travail qu’occasionnellement.
un quartier plein de vitalité et d’ingénio- Beaucoup de familles connaissent des
sité, malgré un dénuement partagé et une plus vaste portée : hausse des prix alimen- problèmes d’alcoolisme et de violence. « Je
violence domestique omniprésente. En son taires, possibilités et normes en matière travaille toute la journée, je rentre à la mai-
cœur se trouvent des femmes dures à l’ou- d’éducation, carences des soins de santé, son, je fais la cuisine et je ne peux même
vrage qui, contre vents et marées, assurent mariages trop précoces et menace de la pas manger avant d’avoir été battue par
la cohésion de leurs familles nombreuses. violence domestique qui les empêche de mon mari », déclare par l’entremise d’un
Une après-midi passée à Bhim Nagar recourir aux services de planification fami- interprète une femme d’âge moyen. Son
en compagnie de quelques dizaines de liale disponibles. Des enfants aux grands époux cherche des prétextes pour la mal-
femmes assises sur le sol près de leurs yeux regardent et écoutent. traiter. « Un plat est froid, ou la nourriture
petits logements, la plupart sans fenêtres, Toutes les femmes, la plupart origi- n’a pas de goût, ou il y a trop de sel » dit-
donne un aperçu du bon sens inné que naires de l’État du Maharashtra où se elle en décrivant les reproches qu’elle subit.
possèdent tant des femmes sans éduca- trouve Mumbai, ont émigré ici avec leur Les femmes battues disent qu’elles ne
90 CHAP it r e 6 : PlA NiFiCAT io N De lA CroissANC e Ur BA i N e
économique, environnemental et social durable, de vue économique et écologique que les gens
ainsi que le signale le rapport publié en 2011 se rapprochent des zones urbaines, ajoute le rap-
par l’UNFPA, Population Dynamics in the Least port. L’urbanisation crée des emplois et permet
Developed Countries: Challenges and Opportunities aux pays de fournir les services essentiels à des
for Development and Poverty Reduction [Dynamique coûts inférieurs par habitant. Elle peut également
de la population dans les pays les moins avancés : réduire la consommation d’énergie, notamment
défis et opportunités pour le développement et la dans les domaines des transports et du logement,
réduction de la pauvreté]. À mesure que la popu- et atténuer les pressions démographiques dans les
lation s’accroît, il devient plus logique du point régions rurales.
peuvent pas arrêter de faire le ménage ou et une source de stress et de tension dispense des conseils psychosociaux,
la cuisine pour se remettre de leurs bles- énormes pour ces femmes. Elles savent une aide juridique ou un abri (et un pla-
sures, par crainte de perdre leur travail à la qu’elles devraient pouvoir bénéficier des cement en foyer ou en pensionnat pour
concurrence. Les familles n’ont ni sécurité programmes d’assistance publique qui leurs enfants) si la crise présente des dan-
sociale, ni retraite ni assurances. permettent de se procurer des aliments gers extrêmes. Des bénévoles, dont des
Les femmes de Bhim Nagar ont en de base et du kérosène à prix réduit. Mais, enseignants, des travailleurs sociaux et
moyenne de quatre à sept enfants. Elles disent-elles, les aliments sont détournés un psychiatre, font don de leur temps au
ont entendu parler de la planification fami- vers le marché noir avant de les atteindre centre géré par l’organisation à Thane. Une
liale et savent où s’adresser, disent-elles, et, même si elles ont des coupons alimen- troupe de spectacles de rue s’est formée
mais elles n’ont pas le droit d’y recourir. taires, elles ne peuvent s’en servir et sont pour émettre des messages à l’intention
« Les hommes sont si exigeants, dit l’une contraintes d’acheter au prix du marché. des collectivités défavorisées. L’un de ses
d’elles tandis que ses voisines opinent Au milieu de toutes ces épreuves, les grands succès, avec plus de 2 500 repré-
du bonnet. Ils ne veulent que des gar- femmes de Bhim Nagar se montrent éton- sentations, est intitulé « Sauver les filles et
çons et c’est eux qui commandent. » À namment résilientes. Beaucoup ont envoyé sauver le pays ». Le groupe a retenu l’atten-
la question de savoir quelle serait la taille leurs enfants dans des écoles informelles tion d’un vaste public et a été invité à se
idéale de la famille, elles s’entendent pour ou dans des établissements d’enseigne- produire en Allemagne.
répondre qu’elle est de deux enfants, ce ment officiels locaux dans l’espoir que Prabha Rathor, l’une des femmes du
qui est très proche du taux de fécondité l’existence de ceux-ci serait différente de bidonville, raconte ce que le centre des
de remplacement de 2,1, qui stabiliserait la la leur. Certains de ces enfants ont ensuite femmes a fait pour l’aider à s’extraire d’une
population dans leur région de l’Inde, pays suivi des formations professionnelles ou relation maritale marquée par la violence,
qui compte 1,2 milliard d’habitants. À Bhim fait des études supérieures. Pour les filles, elle qui avait été contrainte de se marier
Nagar, il n’y a que 10 latrines, cinq pour toutefois, la vie peut être plus difficile. à l’âge de 14 ans. La jeune femme ren-
les hommes et cinq pour les femmes, que Certaines travaillent déjà comme domes- fermée et terrifiée pendant des années,
se partagent des milliers de personnes. tique dans le quartier, ayant dû interrompre dit-elle, a su reprendre confiance en elle
Les latrines des femmes ne sont nettoyées leurs études pour aider leur famille, ce qui et bien gagner sa vie en préparant et en
que sporadiquement. Le bidonville n’a pas les destine à une existence comparable vendant des déjeuners en conteneurs dits
l’eau courante. Le propriétaire, qui ouvre à celle de leur mère. D’autres se marient « boîtes tiffin » pour lesquels la région de
les robinets quelques heures par jour (ou jeunes – cet après-midi-là, on célébrait les Mumbai est renommée. Elle vit toujours
du moins la plupart des jours), fait payer fiançailles d’une adolescente de 14 ans – dans le bidonville où elle aide les enfants
aux ménages 100 roupies (2,50 dollars) ce qui risque d’en faire des victimes qui abandonnés ou vivant dans une misère
pour remplir leurs bassines et leurs pots. Il contribueront à la perpétuation intergéné- profonde à survivre. Elle est triste d’avoir
leur vend également l’électricité, à raison rationnelle de la violence domestique. dû renoncer à la garde de ses deux fils pour
de 100 roupies par mois et par prise élec- Dans ce quartier et dans quelques obtenir son divorce, mais, dit-elle, « je peux
trique. La plupart des maisons sont dans autres de la zone, les femmes peuvent dire à présent que je n’ai pas que deux
l’obscurité ou très peu éclairées. trouver aide et conseils auprès d’une petite enfants, puisque j’en ai des milliers dans la
Trouver de quoi nourrir leur famille agence de la Fédération Bhartiya Mahila, communauté ».
est un sujet de préoccupation constante lancée avec un appui de l’UNFPA, qui leur
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 91
92 CHAP it r e 7 : PArTAger eT eNTreTeNir les ressoUrCe s D e l A T e rre
CHAPitre Partager et entretenir
les ressources de la terre
sePt
La croissance économique mondiale survenue depuis le Sommet Planète Terre
de 1992, qui a extirpé des millions de gens de la pauvreté, avait « une étiquette
de prix ». Elle était assortie d’un coût qui, comme l’a fait remarquer Achim
Steiner, directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environne-
ment lors d’une conférence des Nations Unies en mai 2011, « est de plus en
plus assumé par les populations pauvres et vulnérables de notre planète, dont
un grand nombre de gens des pays les moins sibilité des prix des aliments, du carburant et
avancés ». des autres produits de base qui ont marqué ces
Les deux dernières décennies ont été témoins deux ou trois dernières années sont destinés à
« de changements économiques, sociaux et envi- devenir encore plus extrêmes et plus difficiles à
ronnementaux remarquables mais qui constituent gérer socialement. »
aussi un rappel à la réalité dans de nombreuses M. Steiner a appelé au développement
régions du globe », a noté M. Steiner. d’une « économie verte » qui induirait non
Depuis les changements climatiques seulement une croissance économique mais qui
jusqu’aux pertes de biodiversité, depuis l’inten- contribuerait aussi à l’élimination de la pau-
sification de la dégradation des terres jusqu’à la vreté. « Il est possible, a-t-il noté, de catalyser
rareté croissante de l’eau douce, l’évolution de la croissance et l’emploi tout en maintenant
l’environnement se traduit par des impacts et l’empreinte de l’humanité dans des limites
des pénuries de plus en plus graves sur le plan écologiques. »
social et économique, a-t-il dit. L’empreinte écologique de l’humanité est
« Nous savons que nous devons développer déjà considérable, selon le groupe de réflexion
notre économie pour extraire des gens de plus californien Global Footprint Network : depuis
en plus nombreux de la pauvreté et pour trou- les années 1970, l’humanité se trouve en « dépas-
ver des emplois décents pour […] les jeunes sement écologique », la demande de ressources
sous-employés ou au chômage, notamment étant, sur une base annuelle, supérieure à la
dans le monde en développement et en parti- capacité de régénération de la Terre. « Il faut
culier dans les pays les moins avancés », a dit aujourd’hui, note le groupe, un an et demi à la
M. Steiner. « Mais cette croissance doit devenir Terre pour régénérer ce que nous consommons
Jeune vendeur de
boissons en bouteilles
considérablement plus intelligente » dans un en un an. »
à Lagos (Nigéria). monde de 7 milliards d’habitants. « Sinon, L’empreinte écologique mesure la super-
©UNFPA/Akintunde Akinleye a-t-il averti, les risques, les chocs et l’imprévi- ficie de terre et d’eau dont une population
é TAT D e l A P oPU l ATioN moND i A l e 2 0 1 1 93
sité Yale. « C’est la surconsommation, pas la
croissance démographique, qui est le problème
fondamental », avance Pearce, en se référant aux
recherches de l’université d’État de l’Oregon
dues à Paul Murtaugh qui calcule « l’héritage
intergénérationnel » des enfants d’aujourd’hui.
Un enfant de plus né aujourd’hui aux États-
Unis produirait, au fil des générations, une
empreinte carbone supérieure de sept fois à celle
d’un enfant de plus né en Chine, de 55 fois à
celle d’un enfant indien ou de 86 fois à celle
d’un enfant nigérian, indiquent les recherches
de Murtaugh.
Croissance démographique et
t
Jeune homme sur humaine a besoin pour produire les ressources changement climatique
le pont Qasr al-Nil, qu’elle consomme et absorber ses émissions de Un nombre croissant de données montre que les
au centre du Caire.
dioxyde de carbone, au moyen des technolo- changements climatiques récents sont en premier
©UNFPA/matthew Cassel
gies généralement employées. lieu le résultat de l’activité humaine, signale
La moitié de l’empreinte mondiale était l’État de la population mondiale 2009 – Face à un
attribuable en 2007 à 10 pays, les États-Unis et monde qui change : les femmes, la population et le
la Chine utilisant respectivement 21 % et 24 % climat. Mais ce rapport de l’UNFPA avertit son
de la « biocapacité » de la Terre. lectorat de la complexité et de la non-linéarité de
Il faut pour entretenir l’existence de l’Amé- l’influence humaine sur les changements clima-
ricain moyen 9,5 hectares de la superficie ter- tiques. « Il s’agit de ce que nous consommons,
restre, contre 2,7 hectares pour l’être humain des types d’énergie que nous produisons et utili-
moyen de par le monde, et seulement l’habitant sons, du lieu – ville ou exploitation agricole – où
moyen de l’Inde et de la plupart de l’Afrique. nous vivons, du pays – riche ou pauvre – où
« Si tout le monde pratiquait le mode de vie de nous vivons, de notre âge – jeunes ou vieux –,
l’Américain moyen, nous aurions besoin de cinq de notre nourriture et même de la mesure dans
planètes », note le Global Footprint Network. laquelle femmes et hommes jouissent de l’égalité
Le journaliste environnementaliste Fred des droits et des chances, peut-on lire dans le
Pearce se fait l’écho de l’opinion qui veut rapport. L’influence des changements climatiques
qu’une petite proportion de la population du sur les humains est également complexe, car elle
globe absorbe la majorité de ses ressources et stimule la migration, détruit des moyens d’exis-
produit la majorité de sa pollution. tence, perturbe les économies, sape le développe-
Les 500 millions de gens les plus riches ment et exacerbe les inégalités entre les sexes. »
du monde, environ 7 % de la population du Du fait de leur pauvreté plus grande, du
globe, sont responsables d’environ 50 % des contrôle moindre qu’elles exercent sur leur
émissions mondiales de dioxyde de carbone, propre existence, de la reconnaissance inférieure
mesure de substitution de la consommation de leur productivité économique et du fardeau
de combustible fossile. En revanche, les 50 % disproportionné qui est le leur en matière de
les plus pauvres ne produisent que 7 % des reproduction et d’éducation des enfants, les
émissions, signale Pearce dans un article pour femmes font face à des difficultés supplémen-
le site Web « Environment 360 » de l’univer- taires en raison des changements climatiques.
94 CHAP it r e 7 : PArTAger eT eNTreTeNir les ressoUrCe s D e l A T e rre
« Les femmes sont touchées le plus durement émigration des zones côtières de faible altitude
par les problèmes environnementaux, notam- vers les régions urbaines, celles-ci ne pouvant
ment les changements climatiques, dit Aminata offrir aux nouveaux résidents des services, des
Touré, chef du Service Genre, Culture et Droits logements et des emplois suffisants.
humains de l’UNFPA. Comme les femmes des À la Conférence des Parties à la Convention-
pays en développement sont chargées de pro- cadre des Nations Unies sur les changements
duire la nourriture et de nourrir la famille, elles climatiques, qui s’est tenue Cancún en 2010, les
sont les premières à ressentir les effets de pro- négociateurs ont fait mention pour la première
blèmes environnementaux tels que les sécheresses fois de la nécessité que les pouvoirs publics
ou les inondations. » tiennent compte des données et des tendances
Selon la Banque mondiale, les changements démographiques lors de la formulation de
climatiques risquent d’inverser les acquis du leur stratégie d’adaptation aux changements
développement durement obtenus et les pro- climatiques.
grès accomplis sur la voie de la réalisation des Également en 2010, les représentants de
objectifs du Millénaire pour le développement. 20 organisations non gouvernementales et de
Les pays subiront des revers du fait des pénuries l’UNFPA se sont mobilisés à New York pour
d’eau, des tempêtes tropicales et des marées de forger des partenariats qui plaideraient en faveur
tempête intenses, des inondations, des pertes de l’inscription des questions de population à
d’eau de la fonte des glaciers pour l’irrigation des l’ordre du jours des futurs événements inter-
cultures, des pénuries alimentaires et des crises nationaux relatifs à l’environnement, et tout
de santé. Les changements climatiques menacent particulièrement de « Rio + 20 », conférence de
d’aggraver la pauvreté ou d’infliger des fardeaux suivi qui aura lieu en juin 2012, 20 ans après le
supplémentaires aux groupes marginalisés et Sommet Planète Terre de 1992.
vulnérables. Des experts quantifient déjà les liens entre
En Asie du Sud-Est, par exemple, 221 mil- diverses composantes de la dynamique démo- t Vignoble adjacent à
une centrale électrique
lions de personnes vivent déjà en dessous du graphique et certaines tendances environnemen-
dans une banlieue de
seuil de pauvreté de 2 dollars par jour. Beau- tales, telles que les changements climatiques. Xi’an (Chine).
coup des pauvres de la région vivent dans les C’est ainsi que dans un rapport de 2010 publié ©UNFPA/guo Tieliu
zones côtières et les deltas de faible altitude et
comptent un grand nombre de petits agriculteurs
et de gens qui vivent de la mer. Les ménages
pauvres sont particulièrement vulnérables aux
changements climatiques parce que leurs revenus
ne leur permettent guère d’accéder aux services
de santé ou autres filets de sécurité pour se
protéger des menaces présentées par ces change-
ments et qu’ils ne disposent pas des ressources
nécessaires pour se réinstaller ailleurs lorsque des
crises surviennent.
La dynamique de la population présente une
pertinence particulière dans le débat concernant
l’adaptation aux changements climatiques. Cer-
tains pays pauvres à croissance démographique
rapide risquent de ne pas pouvoir s’adapter par
certains moyens, par exemple en recourant à une
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 95
dans les Proceedings of the National Academy of de la population mondiale, est que dans le long
t
Felismina Bacela et son
mari Silvestre Celestino Sciences in the United States of America [Actes de terme, le vieillissement réduira les émissions
Uele au travail dans leur
potager où ils cultivent
l'Académie nationale des sciences des États-Unis dans des proportions pouvant atteindre 20 %.
des choux, des pommes d'Amérique], Brian C. O’Neill, climatologue au Le vieillissement est aujourd’hui un facteur
de terre et des légumes National Center for Atmospheric Research de principalement dans les pays industrialisés à taux
divers qu’ils vendent au
Boulder (Colorado), et une équipe de spécialistes d’émissions élevés. « Dans le modèle employé, le
marché à Maputo.
internationaux ont énoncé les constats de ce vieillissement de la population est associé à une
©UNFPA/Pedro
sá da Bandeira qu’ils décrivent comme « la première évaluation réduction de la productivité de la main-d’œuvre
complète des implications des changements ou de la participation à la force de travail dans
démographiques pour les émissions mondiales les catégories de population âgées, ce qui [toutes
de dioxyde de carbone ». choses égales par ailleurs] mène à un ralentisse-
Les conclusions présentées dans le rapport ment de la croissance économique », indique le
intitulé Global Demographic Trends and Future rapport. Cette conclusion met en exergue une
Carbon Emissions [Tendances démographiques autre dimension du débat sur les coûts et les
mondiales et futures émissions de carbone] pro- avantages du vieillissement de la population.
viennent d’un nouveau modèle de croissance Toutefois, même si l’on parvenait à une
énergie-économie tenant compte de toute une croissance démographique zéro, cela n’aurait
gamme de facteurs démographiques. « Nous qu’un effet marginal sur le problème du climat,
montrons qu’un ralentissement de la croissance qui exigerait que l’on réduise les émissions de
démographique pourrait assurer 16 % à 19 % 50 % à 80 % d’ici le milieu du siècle, indique
des émissions [de carbone] suggérées comme Fred Pearce dans son article de l’université Yale.
nécessaires d’ici 2050 pour éviter des change- « Vu les inégalités de revenu existantes, note-t-il,
ments climatiques dangereux », dit O’Neill. il est incontestable que la surconsommation de
L’une des conclusions de l’étude, fondées la petite minorité riche est le problème clé, pas la
sur des données de 34 pays représentant 61 % surpopulation de la majorité pauvre. »
96 CHAP it r e 7 : PArTAger eT eNTreTeNir les ressoUrCe s D e l A T e rre
En Chine, les travaux du professeur Cai Lin gouvernement central et des fonctionnaires et
du Centre d’études de population et de dévelop- des chercheurs chinois œuvrent avec les Nations
pement de l’université Renmin, reflètent le sen- Unies dans des domaines tels que les technolo-
timent croissant de beaucoup que de nombreux gies du charbon propre et la gestion de l’eau. Le
facteurs doivent nécessairement être inclus et mis développement, compris dans son sens le plus
dans la balance dans les débats sur les questions large, fait l’objet d’évaluations dans les débats
de population et de développement. Le profes- relatifs à la taille de la population du pays.
seur Cai Lin indique que la Chine s’attache à La Banque mondiale aide la Chine à conti-
formuler une vue globale et exhaustive des rela- nuer d’accroître sa production d’énergie de
tions entre la population, l’environnement et les source renouvelable et le pays figure déjà parmi
changements climatiques, qui englobe non seu- les chefs de file mondiaux dans le domaine de
lement les politiques de population mais aussi la l’énergie propre. La Banque note qu’au cours
réorganisation des industries et les améliorations de la dernière décennie, en Chine, 90 % de
des secteurs de l’énergie, de l’agriculture, de ses investissements dans l’énergie ont été effec-
l’élevage et de la foresterie. tués dans ce domaine. De tels changements
Un Rapport d’évaluation nationale sur les contribuent non seulement à nettoyer l’air dans
changements climatiques en Chine a été publié certaines villes et zones industrielles connues
en 2006 et suivi en 2008 par un plan d’action pour leur pollution, mais aussi à s’assurer qu’une
national. Des efforts concrets ont été déployés population plus aisée aura suffisamment d’élec-
depuis pour réduire la pollution industrielle, tricité pour alimenter leurs appareils ménagers et
assainir l’air des villes et développer des systèmes dispositifs d’éclairage nouvellement acquis. Par
de mise au rebut des déchets urbains et l’on ailleurs, tous les secteurs industriels ont besoin
plante actuellement des arbres et des buissons d’une alimentation en énergie fiable pour se
le long des grandes artères dans les villes et en développer.
bordure des grand-routes dans les campagnes. Au niveau du globe, la Banque mondiale
Des experts mènent également des études sur la et les Nations Unies encouragent les pays en
pollution en mer résultant des déchets industriels développement à recourir davantage à l’énergie t Les populations
et des eaux usées non épurées. propre pour leur consommation intérieure ainsi vieillissantes sont
associées à une
Les problèmes environnementaux et les que pour l’exportation. Les spécialistes en énergie
réduction des émissions
changements climatiques inspirent à la Chine, solaire notent, par exemple, que les pays africains de carbone.
qui est aujourd’hui le plus grand émetteur mon- pourraient vendre suffisamment d’énergie solaire ©UNFPA/Antonio Fiorente
dial de dioxyde de carbone provenant de com-
bustibles fossiles, des préoccupations au niveau
national ainsi que régional, étant positionnée
entre les glaciers de l’Himalaya qui fondent et
les tempêtes provenant du Pacifique. Dans le
12e plan quinquennal approuvé en mars 2011,
les responsables chinois se sont engagés à
accorder une attention accrue à l’évolution de
l’environnement.
Ce plan a fait l’objet d’éloges de par le
monde en raison du fait qu’il reconnaît la néces-
sité de nouvelles orientations. Des centaines de
milliards de dollars ont été alloués pour finan-
cer un développement « propre et vert » par le
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 97
pour répondre à une grande par des besoins de et œuvrer avec les États Membres pour veiller
l’Europe. L’Égypte, qui reprend son souffle après à ce que les femmes et en particulier les petites
sa révolution, s’intéresse à un renforcement du filles aient accès à l’éducation, y inclus l’éduca-
développement de l’énergie solaire dans ses zones tion sexuelle, et aux services de santé et de santé
désertiques, impropres à l’agriculture. reproductive, y inclus la planification familiale »,
Les changements climatiques et la croissance a-t-il dit. En soulignant la nature volontaire des
démographique rapide figurent parmi les nom- politiques de planification familiale appuyées
breux facteurs qui contribuent à la sécheresse et par son organisation, le Dr Osotimehin a noté
à la famine actuelles dans la Corne de l’Afrique, que l’objectif visé à long terme était d’aider les
lesquelles, selon l’Organisation des Nations femmes « à avoir des enfants au moment où
Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), elles veulent en avoir et à choisir leur nombre,
ont touché plus de 12 millions de personnes. compte tenu des ressources dont elles disposent
« Avec la croissance démographique rapide, la dans leur situation ».
réduction des terres arables mises en valeur par
les agriculteurs de subsistance et la migration l’eau
vers des terres marginales, les effets accrus des L’amenuisement des ressources en eau est le
changements climatiques et la marginalisation problème environnemental le plus fréquemment
accentuée de la Corne de l’Afrique dans l’écono- évoqué dans les pays en développement, tant en
mie mondiale, les ressources rares de cette sous- raison de la nécessité de maintenir la productivité
région subissent des pressions continues. » des terres agricoles afin de répondre aux besoins
La crise de la Corne de l’Afrique souligne alimentaires vitaux d’une population croissante
la nécessité d’une approche intégrée des chan- que pour assurer la réduction des risques pour
gements climatiques qui comporte des actions la santé auxquels sont exposés les gens dans les
visant à aider les gens à s’adapter aux sécheresses zones urbaines surpeuplées où les services publics
et aux phénomènes météorologiques dans les d’alimentation en eau et d’assainissement se sont
régions qui connaissent des difficultés pour laissé distancer par la croissance.
t Autobus dans une voie entretenir la vie humaine, a déclaré au mois Un rapport du World Economic Forum de
de circulation réservée
d’août à l’agence Reuters le directeur exécutif 2010 notait qu’il faut s’attendre à une augmen-
à Mexico.
©UNFPA/ricardo
de l’UNFPA Babatunde Osotimehin. « Nous tation de la demande d’eau et l’analyse suggère
ramirez Arriola devons améliorer la production alimentaire […] que le monde fera face à un écart de 40 % entre
la demande prévue et les quantités disponibles
d’ici 2030.
L’Égypte est l’un des nombreux pays qui sont
exposés à des déficits hydriques potentiellement
graves et au Caire, des démographes comme
Hisham Makhlouf, président de l’Association des
démographes égyptiens, souhaitent qu’une atten-
tion accrue soit accordée à cette crise éventuelle.
La sécurité de l’eau douce en Égypte a fait
l’objet d’une étude de Lester R. Brown, fonda-
teur et président de l’Earth Policy Institute de
Washington et auteur de World on the Edge [Un
monde au bord de la crise], qui établit un rap-
port entre l’alimentation en eau en Égypte et la
récente acquisition de terres agricoles africaines
98 CHAP it r e 7 : PArTAger eT eNTreTeNir les ressoUrCe s D e l A T e rre
au Soudan (notamment au nouveau Soudan
eNviroNNeMeNt
du Sud) et en Éthiopie par des nations d’autres
régions, parmi lesquelles la République de Corée, extraits du Programme d’action de la Conférence
la Chine, l’Inde et l’Arabie saoudite. internationale sur la population et le développement
Dans un article intitulé « When the Nile Il est essentiel de créer un milieu salubre pour répondre aux besoins
Runs Dry » [Quand le Nil se tarira], M. Brown humains fondamentaux de populations croissantes. […] Les fac-
note que l’Accord relatif aux eaux du Nil de 1959 teurs démographiques conjugués à la pauvreté, à l’absence de
accordait à l’Égypte le droit d’utiliser 75 % du ressources dans certaines régions, à la consommation excessive, et
aux modes de production inéconomiques dans d’autres entraînent
débit du fleuve après son passage par l’Éthiopie,
ou exacerbent les problèmes de détérioration de l’environnement
le Sud-Soudan et le Soudan, où ses deux branches
et d’épuisement des ressources, compromettant ainsi le dévelop-
s’unissent. « La situation change abruptement, pement durable.
écrit-il, dès lors que de riches gouvernements
étrangers et des sociétés agro-industrielles inter-
nationales s’accaparent de vastes superficies de
terre arable dans le bassin supérieur du fleuve. » versités du monde les plus sélectives et les plus
Les pays développés et en développement riches compétitives, et nombre d’entre eux occuperont
d’autres régions que l’Afrique se constituent en des postes de décision influents dans l’adminis-
fait des banques alimentaires pour se prémunir tration gouvernementale ou dans le secteur privé.
contre de futures pénuries en achetant les terres Michael Wadleigh est surtout connu pour
agricoles de pays pauvres. son film de 1970, Woodstock, chronique d’une
« À présent, signale M. Brown, dans la génération antérieure de jeunes qui lui a valu
concurrence pour l’eau du Nil, le Caire doit l’Oscar du meilleur documentaire. Plus récem-
traiter avec plusieurs gouvernements et intérêts ment, il s’est employé à documenter les dan-
commerciaux qui n’étaient pas parties à l’accord gers de la culture consumériste partout dans
de 1959. » Les acquisitions de terres sont aussi le monde et il fait à présent des conférences
des acquisitions d’eau, dit-il, et l’Égypte située dans les universités et devant des organisations
en aval a besoin de l’eau pour produire le blé, civiques. Il est venu au Caire armé de données
culture vivrière de base dont dépend l’existence provenant du Rapport sur le développement
de sa population encore croissante. humain de l’Égypte de 2010 qui a pour thème
Lorsque Ghada Barsoum, professeur assis- Youth in Egypt: Building Our Future [La jeunesse
tante au Département de politiques publiques en Égypte : bâtir notre avenir].
et d’administration de l’American University Mme Barsoum, qui avait réalisé un sondage
du Caire, a constaté le peu d’intérêt ou de souci de la jeunesse égyptienne en 2010 avec l’appui
que manifestaient ses étudiants lorsqu’elle parlait technique de l’UNFPA, alors qu’elle dirigeait
dans ses cours des problèmes liés à la croissance le programme du Population Council sur la
démographique de l’Égypte, elle a organisé pauvreté, le genre et la jeunesse pour l’Asie
une sortie éducative. Mais au lieu de partir en de l’Ouest et l’Afrique du Nord, signale que
excursion dans le désert, ils sont allés assister à l’exposé de M. Wadleigh a eu un impact sur ses
une conférence de Michael Wadleigh, cinéaste étudiants qui n’avaient jusqu’alors pas beaucoup
documentaire ayant reçu un Oscar, intitulée réfléchi à la population en tant que question de
The Future of Humanity: The Future of Egyptians politique. Mais lorsqu’ils ont relié la croissance
[L’avenir de l’humanité : l’avenir des Égyptiens]. démographique et les contraintes imposées à
Les jeunes que Mme Barsoum rencontre l’environnement, en particulier aux ressources en
à l’École d’affaires mondiales et de politiques eau du pays, ses étudiants ont vite saisi l’intérêt
publiques font leurs études dans l’une des uni- de la question.
é TAT D e l A P oPU l AT ioN moND i Al e 2 0 1 1 99
100 CHAP it r e 8 : Pe rsPeCTives D’AveN ir : FiNir D’AP PliqU e r l e Prog rA mme D U CAire
Perspectives d’avenir :
finir d’appliquer
CHAPitre
HUit
le programme du Caire
Notre monde parvenant à une population de 7 milliards d’habitants, dont près de
2 milliards d’adolescents et de jeunes, le programme de la Conférence internationale
sur la population et le développement (CIPD ) de 1994 est plus pertinent que
jamais, note Babatunde Osotimehin, directeur exécutif de l’UNFPA, le Fonds
des Nations Unies pour la population.
Le jalon des 7 milliards d’habitants atteint par je veux voir dans ce jalon un point d’entrée
notre monde le 31 octobre offre « de grandes qui nous permettra d’examiner les questions de
possibilités et de grands défis », note le Dr Oso- la population, du développement, de la santé
timehin, médecin et ancien ministre de la santé reproductive, des services – y inclus la planifi-
du Nigéria, qui a apporté au poste qu’il a pris cation familiale – et les questions relatives aux
en janvier une vaste expérience de l’Afrique sub- jeunes. » Dans tous ces domaines, les droits
saharienne, où les taux de fécondité sont élevés universels sont d’une importance primordiale.
et la pauvreté largement répandue. Il a égale- « Pour moi, la question des droits est ce qui
ment apporté avec lui une somme considérable impulse tout », a-t-il déclaré dans une interview
de leçons à retenir sur les mesures à prendre sur la définition de son approche.
pour accélérer le mouvement afin de tenir les « La dynamique démographique en évolu-
promesses de la CIPD, laquelle a lancé un Pro- tion – tels que le vieillissement dans les pays
gramme d’action d’une durée de 20 ans qui développés et à revenu intermédiaire, les vastes
reflète ce constat que les tendances de popula- populations de jeunes dans les pays en dévelop-
tion, à savoir la « dynamique démographique », pement, la migration et l’urbanisation – a des
la santé reproductive, la pauvreté, les modèles de répercussions sur le développement durable
production et de consommation et l’environne- pour tous », dit le Dr Osotimehin.
ment sont si étroitement liés entre eux qu’il n’est À l’UNFPA, principal organisme des
pas possible d’agir efficacement sans les considé- Nations Unies chargé des questions de popu-
rer globalement. lation et de développement, le Dr Osotimehin
« Étant donné que notre point de départ espère à présent focaliser l’attention de l’orga-
est le jalon des 7 milliards d’habitants, il y a de nisme lui-même, des donateurs, de la société
Jeunes femmes à la
Commission du Centre nombreuses choses que nous devons prendre civile et des pouvoirs publics des pays desservis
des jeunes d’Addis-Abeba. en considération, dit-il en se concentrant sur sur des mesures pratiques et concrètes qui accé-
©UNFPA/Antonio Fiorente. un ordre du jour mondial. La première est que lèreront les progrès de la réalisation des objectifs
é TAT D e l A P oPU l ATioN moND i A l e 2 0 1 1 101
de la CIPD ainsi que des objectifs du Millénaire satisfaite de planification familiale. « Il y a
pour le développement, en particulier en vue 215 millions de femmes qui veulent planifier
d’atteindre la cible 5-b, qui est celle de l’accès leur famille et que n’ont pas accès aux services,
universel à la santé reproductive, d’ici 2015. dit le Dr Osotimehin. Il est très important
« Et nous savons que pour parvenir à ces que l’UNFPA agisse en chef de file dans ce
buts en matière de développement, nous devons domaine, mais cette action doit, pour avoir un
accorder une attention accrue aux adolescents et sens, se situer dans le cadre fondamental des
aux jeunes », note le Dr Osotimehin, en rappe- droits en matière de santé reproductive et de
lant qu’il y a plus de 1,2 milliard d’adolescents reproduction. »
de 10 à 19 ans, et que 90 % d’entre eux vivent Par ailleurs, note le Dr Osotimehin, l’appli-
dans les pays en développement. cation d’une approche intégrée de la santé repro-
Dans sa conception des futures politiques de ductive et des droits signifie que la planification
l’UNFPA et de ses partenaires, le Dr Osotimehin familiale ne peut pas être offerte dans le vide. Il
distingue dans le monde trois catégories de pays faut non seulement que planification familiale
se situant à différents niveaux de développe- fasse partie intégrante d’efforts généraux visant à
ment, faisant face à différents défis et ayant donc l’amélioration des services de santé reproductive,
différents besoins : les pays en développement, mais il faut aussi que la santé sexuelle et repro-
notamment les pays pauvres et parfois à taux ductive soit intégrée dans les systèmes de santé
de croissance démographique élevé, les pays à généraux.
revenu intermédiaire, où la population s’est sta- « Je vous donne un exemple, dit-il : dans
bilisée mais qui connaissent d’autres phénomènes le cas où vous fournissez des services au niveau
dynamiques tels que la migration, et les pays à des soins primaires pour le dépistage du VIH et
revenu élevé, qui sont de plus en plus nombreux les conseils psychosociaux, [il pourrait y avoir]
à voir leur population se réduire et vieillir. des services prénatals pour les femmes et une
éducation sanitaire pour parler des questions de
défis à relever dans les pays en prévention. À partir de là, vous veillez à ce que la
développement planification familiale soit bien intégrée. Ces ser-
Dans les pays en développement, dit le Dr Oso- vices, ainsi que d’autres, peuvent être coordonnés
timehin, « les États Membres ont exprimé les et fournis à moindre coût, et nous commençons
préoccupations que leur inspirent la croissance de déjà à voir des exemples de ce processus. »
leur population et nous devons, à l’UNFPA, nous Non seulement l’approche intégré donne-t-
engager par des politiques et des programmes qui elle de meilleurs résultats, mais elle est également
renforcent le programme du Caire [de la CIPD], logique du point de vue économique. Elle per-
dans lesquels les droits des femmes seront pri- met d’éviter les redondances et les chevauche-
mordiaux et où les choix des femmes occuperont ments des services, d’utiliser les ressources rares
une place centrale. » Dans ces pays, note-t-il, les de manière plus efficace et de réduire le risque de
services de santé reproductive devraient être mis voir certains services se développer excessivement
à la disposition de toutes et tous « sur toute la aux dépens d’autres.
ligne ». « Et étant donné le travail qui est pour Le Dr Osotimehin, qui a administré pen-
nous à l’UNFPA un motif de fierté, nous devons dant 10 ans le programme de lutte contre le
nous assurer que chaque grossesse soit désirée et VIH/sida du Nigéria, déclare qu’il pense que les
que chaque enfant naisse avec les meilleurs soins efforts visant à faire face à l’épidémie auraient
possibles, dans la dignité », ajoute-t-il. pu être plus efficaces s’ils avaient été coordonnés
Ces efforts doivent inclure l’apport d’une avec des mesures destinées à améliorer la santé
aide aux pays pour répondre à la demande non sexuelle, reproductive et maternelle. « Pourquoi
102 CHAP it r e 8 : Pe rsPeCTives D’AveN ir : FiNir D’AP PliqU e r l e Prog rA mme D U CAire
n’avons-nous pas alors pris en considération la
santé reproductive et la mortalité maternelle ?
Vingt pour cent de la mortalité maternelle sont
liés en Afrique au VIH, dit-il. Pourquoi n’avons-
nous pas pris une position plus active sur la
prévention de la transmission du virus de la mère
à l’enfant ? C’est ma position aujourd’hui et c’est
pour cela que chaque fois que je pense à ce que
nous devrions faire à présent, je me dis : essayons
de faire quelque chose de plus inclusif, qui fera
que nous pourrons obtenir ces résultats avec des
ressources limitées. Nous pouvons aller un peu
plus loin. »
Un moyen de coordonner ces actions
consiste à encourager les pays à intégrer les ser-
vices dans leurs budgets nationaux et leur admi-
nistration. Le Dr Osotimehin dit qu’il entend
s’attacher tout particulièrement à intervenir
auprès des membres des législatures nationales,
parce que ceux-ci ont non seulement des res-
ponsabilités envers leurs mandants mais qu’ils
contrôlent aussi souvent les dépenses publiques.
« Ce sont eux qui décident de l’allocation des
t
fonds », note-t-il. principale des fonds, souligne le Dr Osotimehin. Le Dr Babatunde
Osotimehin (à droite),
Le Dr Osotimehin signale qu’il entend aussi Je crois qu’à l’UNFPA, il est de notre devoir de
Directeur exécutif de
plaider en faveur d’une approche intégrée auprès parler aux États Membres et aux donateurs qui l'UNFPA, en visite au
des ministères des finances et du plan ainsi que les appuient et de leur dire : vous devez inscrire Bangladesh.
des responsables de la santé dans les pays où ça à votre ordre du jour. » ©UNFPA/William ryan
l’UNFPA est actif. « C’est un grand problème « L’UNFPA reste attaché à un développe-
dans les systèmes de nombreux pays en dévelop- ment dû à l’initiative des pays, qui soit leur
pement, dit-il. Les politiques sanitaires et sociales propriété, ainsi qu’au renforcement des systèmes
n’ont pas la place prioritaire qu’elles méritent. » nationaux. »
Les autorités gouvernementales doivent Dans le monde entier, mais tout particuliè-
inclure les services de santé sexuelle et repro- rement en Afrique subsaharienne, les ressources
ductive, y inclus la planification familiale, dans destinées à la santé sexuelle et reproductive, y
leur budget ordinaire, faute de quoi ces services inclus la planification familiale, ont subi des
risquent d’être traités comme des éléments facul- pressions sous l’effet de la crise du VIH/sida qui
tatifs faciles à supprimer lorsque les fonds des s’aggravait. Bailleurs de fonds et pays en déve-
donateurs alloués à des activités spécifiques sont loppement ont accru la part de leurs ressources
tous dépensés. « Vous devez prévoir un poste alloués au dépistage du VIH et au traitement de
budgétaire pour tous les services de santé repro- l’infection, alors que les fonds destinés à la santé
ductive sur des bases annuelles. Il faudrait que sexuelle et reproductive stagnaient.
des ressources intérieures soient allouées à ces « Et il n’y a pas eu que l’argent, dit le
services; les donateurs peuvent apporter des com- Dr Osotimehin. Il y a aussi eu des changements
pléments mais ils ne doivent pas être la source d’affectation des personnels formés aux services
é TAT D e l A P oPU l ATioN moND i A l e 2 0 1 1 103
de santé reproductive et de planification familiale note le Dr Osotimehin. Et les droits des femmes
qui ont été employés comme conseillers pour n’ont donc pas été respectés dans certains lieux.
le dépistage du VIH. Nous avons déplacé tout Mais il y a des pays, comme le Bangladesh, qui
le monde. C’est pourquoi rétrospectivement, je ont fait de grands progrès pour répondre à la
crois que nous aurions tous dû dire : « Exact, demande non satisfaite de services.
nous avons ce problème et nous allons nous y T. Paul Schultz, économiste à l’Economic
attaquer. Mais il est tellement lié au travail que Growth Center de l’université Yale, a étudié le
font ces gens, alors, pourquoi ne pas étendre programme expérimental de planification fami-
notre action à tous ? » On ne devrait pas choi- liale volontaire et d’information mené par le
sir une activité ou l’autre; on devrait avoir les Bangladesh dans le district de Matlab. Le Ban-
deux. » Les préservatifs, par exemple, ne doivent gladesh, qui a vu diminuer ses taux de fécondité,
pas être perçus alternativement comme une a également fait de grands progrès dans l’éduca-
méthode de planification familiale ou comme tion des filles et dans la réalisation d’autres cibles
un moyen de prévenir l’infection par le VIH. des objectifs du Millénaire pour le développe-
Ils peuvent avoir une double fonction et il n’est ment. L’étude de M. Shultz, dont les résultats
donc pas très logique de les classifier dans deux ont été publiés en 2009, s’intitulait How Does
catégories distinctes ou de les inscrire dans Family Planning Promote Development?: Evidence
deux budgets distincts. Les préservatifs, dit le from a Social Experiment in Matlab, Bangladesh,
Dr Osotimehin, dans la majorité des lieux, sont 1977-1996 [Comment la planification familiale
perçus aujourd’hui comme un instrument de promeut-elle le développement ? Données d’une
prévention de l’infection par le VIH et la plupart expérience sociale au Matlab (Bangladesh),
des gens semblent avoir oublié qu’ils étaient à 1977-1996].
l’origine destinés à la planification familiale. Le programme du Matlab, dans le cadre
Certains gouvernements n’ont pas toujours duquel des travailleurs de la santé recrutés sur le
fait de la planification familiale une priorité, plan local se sont rendus dans les villages et ont
AIde en mATIère de PoPuLATIon, 1998-2008
12,0
10,1
10,0
En milliards de dollars EU (valeur actuelle)
8,2
8,0
7,3 Y inclus l’aide pour la lutte
7,0
contre le VIH/sida
6,0 Sans l’aide pour la lutte
contre le VIH/sida
5,2
Planification familiale
4,2 seulement
4,0
2,9 2,7
2,0 2,1
2,0 1,7 1,7
1,3
0,7 0,6
0,0
1998 2000 2002 2004 2006 2008
Source : Financial Resource Flows for Population Activities in 2008. UNFPA (2010)
104 CHAP it r e 8 : Pe rsPeCTives D’AveN ir : FiNir D’AP PliqU e r l e Prog rA mme D U CAire
offert aux femmes mariées toute une gamme de à ces besoins. Mais c’est le défi qu’elles doivent
choix de moyens contraceptifs et d’informations relever. […] Notre responsabilité consiste à veil-
sur leur emploi et leur sécurité, a abouti en l’es- ler, une fois qu’elles sont en mesure de relever
pace de deux décennies à une réduction des taux ce défi, à ce que nous soyons en mesure de leur
de fécondité de 10 % à 15 % et à une augmen- fournir les services de qualité dont elles ont
tation d’un tiers des salaires féminins, a constaté besoin. C’est tout ce que nous pouvons faire. »
M. Schultz. De même, la survie et l’éducation
des enfants ainsi que la santé des mères et des défis à relever dans les pays à
filles ont connu des améliorations, et les avoirs revenu intermédiaire et élevé
des ménages, tels que l’épargne, les bijoux, les Dans les pays à revenu intermédiaire où les
biens de consommation, les logements, les ver- taux de fécondité ont diminué pour se situer
gers et les mares, ont atteint dans les villages par- en-dessous du niveau de remplacement et où
ticipant au programme une valeur supérieure de les services de santé reproductive, y inclus de
25 % à celle des avoirs des ménages de villages planification familiale, peuvent être bien établis,
comparables n’y ayant pas participé. dit le Dr Osotimehin, des questions telles que
« Il conviendra, a noté M. Schulz, que de la migration se situent au centre des préoccu-
futures analyses viennent examiner comment pations. Il y a également des problèmes tels que
ces interventions ont apporté des améliorations la répartition inégale des richesses, la violence à
essentielles pour doter les générations futures des l’égard des femmes ou le déni de leurs droits et
moyens de s’extirper de la pauvreté, telles qu’une l’exclusion des populations autochtones.
baisse de la fécondité, une augmentation des pos- « Dans le second groupe de pays, indique-
sibilités d’emploi rémunéré pour les femmes, des t-il, nous renforcerons considérablement nos
changements des taux d’épargne privée au niveau interventions en amont. » Il s’agira des politiques
des ménages, des changements dans la composi- sociales et des apports aux pays pour les aider
tion des avoirs des ménages et enfin, des amélio- au suivi et à l’évaluation de leurs programmes
ration de la survie, de la santé et de la nutrition de manière à déterminer s’ils atteignent bine les
dans la petite enfance et de l’éducation. » populations marginalisées ou vulnérables et s’ils
Geeta Rao Gupta, ancienne présidente de autonomisent les femmes et les jeunes. Dans
l’International Center for Research on Women les pays à revenu intermédiaire, l’UNFPA peut
et attachée supérieure pour le développement également aider en contribuant au recueil de
mondial à la Fondation Bill et Melinda Gates, données de qualité et à leur analyse, de manière
qui est actuellement directrice exécutive adjointe à mieux appréhender les tendances, et en
de l’UNICEF, le Fonds des Nations Unies pour dispensant des conseils aux décisionnaires
l’enfance, plaide résolument en faveur d’un accès gouvernementaux.
des femmes aux services qui leur permettraient Le Mexique illustre certains des problèmes
d’exercer une influence primordiale dans les déci- auxquels font face aujourd’hui les pays à revenu
sions et les choix relatifs à la taille de la famille. intermédiaire, dit le Dr Osotimehin. « La
« C’est une décision qui revient à la femme, population est stable, indique-t-il, et le taux de
dit-elle. Si vous mettez à sa disposition l’infor- prévalence de la contraception est très élevé. »
mation et les contraceptifs disponibles, elle Mais le pays connaît aussi de vastes mouvements
choisit de les employer de la façon qu’elle de population, des zones rurales vers les zones
considère optimale pour elle-même et pour sa urbaines, des centres urbains vers les zones
famille. Effectivement, les femmes peuvent avoir périurbaines, et vers d’autres pays. Une impor-
à remettre en question les normes culturelles, à tante composante du travail de l’UNFPA au
négocier dans leur famille pour pouvoir répondre Mexique porte donc sur l’apport aux pouvoirs
é TAT D e l A P oPU l ATioN moND i A l e 2 0 1 1 105
permettent d’accueillir les personnes âgées et de
les traiter avec dignité », dit le Dr Osotimehin.
Irma Guevara et ses
enfants à Metlatónoc
Après 2014
(Mexique); ancienne Le Programme d’action de la CIPD arrivera à
travailleuse migrante
aux États-Unis, elle
expiration en 2014, nombre de ses objectifs étant
appartient à l’ethnie toujours hors de portée de beaucoup de pays. « Il
na savi. y a heureusement une résolution de l’Assemblée
©UNFPA/ricardo générale qui prévoit une extension possible du
ramirez Arriola
programme de la CIPD au-delà de 2014, car il
reste beaucoup à faire », note le Dr Osotimehin.
Mais il en va autrement des objectifs du Millé-
naire pour le développement, qui doivent être
atteints d’ici 2015. Les travaux de l’UNFPA
contribuent à la réalisation de plusieurs de ces
objectifs qui concernent la pauvreté, l’égalité des
sexes, la santé maternelle et la cible spéciale de
l’accès universel aux soins de santé reproductive.
« Nous n’avons pas pour le moment de position
publics d’une aide à la gestion des migrations, et d’engagements définis sur ce que sera l’ordre
en particulier dans les villes, pour faire en sorte du jour du développement après les objectifs
que celles-ci amènent des améliorations dans la du Millénaire pour le développement », dit le
vie des gens et n’intensifient pas les inégalités. Dr Osotimehin, qui précise que quoi qu’il arrive
« Comment nous assurons-nous que Mexico, d’ici 2015 et dans un avenir bien plus lointain,
dans sa croissance, soit capable de répondre aux « il faudra que des voix plus nombreuses s’élèvent
besoins de toutes et de tous en ce qui concerne du Sud, et beaucoup d’entre elles devront être
l’accès aux services de santé reproductive et la des voix de jeunes ». « Ces voix, jeunes ou
capacité de choix que chaque individu doit nor- vieilles, ajoute-t-il, devront se faire entendre à
malement posséder ? Comment procédons-nous tous les niveaux, national, régional et mondial. »
pour réduire la prévalence de la violence sexiste ? Lola Dare, secrétaire exécutive de l’African
Comment faisons-nous en sorte que les jeunes Council for Sustainable Health Development
femmes aient toujours accès à l’éducation et et présidente-directrice générale du Centre for
puissent réaliser leur plein potentiel lorsqu’elles Health Sciences Training and Research, enre-
viennent s’installer en milieu urbain ? » gistré au Nigéria et au Royaume-Uni, s’est fait
Les pays du troisième groupe, les pays à reve- l’avocate d’une participation plus active de la
nu élevé, connaissent eux aussi des problèmes de société civile ainsi que des instances gouver-
migration qu’ils s’efforcent de gérer, mais il s’agit nementales des pays en développement pour
généralement de l’immigration. La plupart de influencer l’opinion sur la scène mondiale.
ces pays font également face à l’importante pro- « C’est une carence du plaidoyer du Sud »
blématique du vieillissement de la population et qui fait que les fonds alloués à la santé repro-
de la formulation de politiques appropriées pour ductive peuvent si facilement être supprimés,
répondre aux besoins des personnes âgées et pour dit-elle. Dans les pays donateurs, « les gens ne
continuer de les associer aux activités de leur com- nous entendent pas, explique-t-elle. Ils ont vu
munauté. « Chaque société, chaque collectivité quelques photos d’enfants dénutris, mais [sont
doit élaborer et mettre en place des structures qui peu informés] de la réalité de notre existence.
106 CHAP it r e 8 : Pe rsPeCTives D’AveN ir : FiNir D’AP PliqU e r l e Prog rA mme D U CAire
Nous devons leur dire : « Ces questions sont Cette étude a également conclu que « les
importantes pour nous ». Il ne s’agit pas de jeunes » constituaient une catégorie trop
ménager un espace. L’espace est là. Il s’agit générale et qu’il conviendrait de formuler des
que nos voix du Sud le remplissent et fassent stratégies de communication en fonction de
connaître notre perspective. » l’âge, pour atteindre les jeunes de différentes
Le Dr Osotimehin regarde déjà vers une classes d’âge par des messages appropriés diffé-
série de grandes conférences des Nations Unies à renciés, que l’éducation sexuelle soit dispensée
venir, telles que le 20e anniversaire du Sommet dans le cadre d’un cursus formel ou qu’elle se
Planète Terre en 2012 et le 20e anniversaire de la situe dans divers contextes plus informels,
CIPD en 2014, dans lesquelles il voit des possi- groupements de jeunesse, centres de planifi-
bilités de se concentrer sur l’immense population cation familiale conviviaux pour les jeunes ou
des jeunes du monde, pour que ceux-ci puissent dispensaires de soins de santé reproductive. Les
« être inclus dans la conversation ». adolescents les plus jeunes, note Mme Dare,
Il s’agit à présent, dit-il, que la communauté n’ont pas nécessairement atteint le stade de
mondiale associe les jeunes aux activités et qu’elle la sexualité active.
garantisse qu’ils aient une éducation appropriée, À l’âge de 15 ans, votre corps vous fait
pas seulement une éducation au sens traditionnel demander quand et pourquoi vous pourrez dire
mais une éducation qui fera une différence dans oui, dit-elle. De 18 à 22 ans, ajoute-t-elle, les
leur existence, et cela « doit inclure une éduca- jeunes peuvent dire : « Je veux devenir sexuelle-
tion sexuelle adaptée à l’âge, afin qu’ils puissent ment actif/active. J’ai besoin de connaître mes
faire choisir leur vie, décider quand ils veulent options ». Les jeunes adultes, déjà sexuellement
avoir des enfants, combien ils en veulent, s’ils actifs, ont eux aussi besoin d’informations. Dans
en veulent, et quel sera l’espacement des nais- l’éducation sexuelle, signale Mme Dare, il faut
sances ». Le Dr Osotimehin déclare que l’organi- prendre en considération « le continuum de la
sation contribuera à autonomiser les jeunes pour sexualité depuis l’adolescence jusqu’à l’âge adulte,
leur permettre de prendre ces décisions et élar- pour que l’éducation soit vraiment habilitante et
gira l’accès aux services dont ils ont besoin. « Les ne s’arrête pas à la simple communication d’in-
jeunes, note-t-il, sont l’un des facteurs détermi- formation ». Ces stratégies adaptées en fonction
nants de demain. Ce sont eux qui détermineront de l’âge, pour les filles et les garçons ainsi que
le dynamisme de la croissance. » pour les hommes et les femmes, ajoute-t-elle,
S’exprimant sur la santé reproductive et la « les guident aux fils d’années tumultueuses de
sexualité des jeunes, et des filles en particulier, leur vie personnelle et les préparent à opérer des
Mme Dare dit qu’à son avis le message du Caire choix judicieux alors qu’ils établissent leur place
a souvent été interprété comme une invitation à dans la société ».
« dire non tout simplement » et qu’il faut accor- Pour que les filles et les femmes puissent
der une attention bien plus grande à aider les réaliser leur potentiel et faire les choix concer-
jeunes tout au long des sentiers de l’auto- nant leur vie qu’a envisagés la communauté
découverte. Une étude de cinq ans menée au internationale lors de la CIPD, dit Mme Rao
Nigéria, à laquelle le Dr Osotimehin a parti- Gupta de l’UNICEF, « elles ont besoin d’une
cipé, a permis de constater que les gens avaient éducation, elles ont besoin d’une protection
absorbé une somme considérable d’information contre la violence, et de toutes les autres choses
sur la santé reproductive, explique Mme Dare, qui font la qualité de la vie. […] Le pro-
« mais les filles émettent cette objection : Cela gramme du Caire a reconnu que la planification
me dit quand je dois dire non à l’acte sexuel; cela familiale était une composante des droits des
ne met dit pas quand et comment dire oui. » femmes et que nous devons créer les conditions
é TAT D e l A P oPU l ATioN moND i A l e 2 0 1 1 107
qui permettront la réalisation de ces droits et l’avertissement suivant : « Sans un ferme enga-
qui préviendront toute discrimination à l’égard gement en matière de population, de santé de la
des femmes. » procréation et d’égalité entre les sexes, il est peu
Un rapport du Secrétaire général sur les probable qu’il sera possible de réaliser les buts et
ressources nécessaires pour l’application du Pro- objectifs de la Conférence internationale sur la
gramme d’action du Caire indique qu’il faudrait population et le développement et du Sommet
environ 68 milliards de dollars pour la seule du Millénaire.”
année 2011 pour couvrir les coûts des initiatives « Ce sont les investissements qui auto-
de santé sexuelle et reproductive, y inclus la nomisent les individus et leur permettent de
planification familiale, la prévention de l’infec- prendre eux-mêmes leurs décisions » qui auront
tion par le VIH et le traitement du sida, et la le plus grand impact sur les tendances en matière
recherche et le recueil des données. de population telles que la croissance démo-
Il est attendu des pays que, sur cette somme, graphique, a dit le Dr Osotimehin lors d’une
ils contribuent eux-mêmes 34 milliards de dol- réunion de la Commission de la population et
lars. Les donateurs internationaux et bilatéraux, du développement en avril 2011. « En dernière
quant à eux, devraient fournir 10,8 milliards de analyse, ce sont les choix et les opportunités dont
dollars, ce qui laisse un écart de près de 25 mil- disposent les individus qui déterminent la dyna-
liards de dollars. Le rapport lance en conclusion mique démographique. »
L’unFPA à L’Œuvre
L’UNFPA est le premier fournisseur d’aide population et le développement de 1994 l’Asie centrale (16,9 millions de dollars).
des Nations Unies dans le domaine de la et les promeut. Les objectifs de la CIPD, Sur le total des dépenses financées au
population depuis sa création en 1969 et tout particulièrement ceux qui ont trait moyen de ses ressources ordinaires,
la plus grande source d’assistance dans à la santé reproductive, aux droits en l’UNFPA a affecté 174,1 millions de dollars
ce domaine au niveau mondial. Il œuvre matière de reproduction, à l’égalité des à l’assistance à la santé reproductive,
avec des pays en développement, des sexes, à l’autonomisation des femmes et 76,6 millions de dollars à la population
pays à économie en transition et d’autres à l’éducation des filles, font partie inté- et au développement, 43,5 millions
pays à leur demande pour les aider à trai- grante des efforts visant à améliorer la de dollars à l’égalité des sexes et
ter des questions relatives à la santé et qualité de vie et à instaurer un dévelop- à l’autonomisation des femmes et
à la population. Il mène des activités de pement social et économique durable. 72,1 millions de dollars à la coordination
sensibilisation à ces questions dans tous En 2010, l’UNFPA a fourni son des programmes et à l’assistance aux
les pays. appui à 123 pays, zones et territoires programmes.
Les principales activités de l’UNFPA en développement: 45 en Afrique En tant que chef de file des
consistent à aider à assurer l’accès aux subsaharienne, 14 dans la région des organisations des Nations Unies pour
soins de santé reproductive, y inclus aux États arabes, 20 en Europe orientale le suivi et l’application du Programme
services de planification familiale et de et en Asie centrale, 21 en Amérique d’action de la Conférence internationale
santé sexuelle, pour tous les couples et latine et dans les Caraïbes, et 23 en sur la population et le développement,
les personnes, à appuyer les stratégies Asie et dans le Pacifique. L’Afrique l’UNFPA est pleinement déterminé
de population et de développement qui subsaharienne est la région qui a reçu le à œ u v re r e n p a r t e n a r i a t ave c l e s
comportent des programmes de ren- pourcentage le plus élevé des ressources instances gouvernementales, le système
forcement des capacités, et à plaider en ordinaires de l’UNFPA (135,9 millions de des Nations Unies, les banques de
faveur de la mobilisation des ressources dollars), suivie par l’Asie et le Pacifique dével o ppemen t , l es o rgan i s at i o n s
et de la volonté politique requises pour (96 millions de dollars), l’Amérique latine d’aide bilatérales, les organisations non
accomplir son travail. L’UNFPA est guidé et les Caraïbes (38,8 millions de dollars), gouvernementales et la société civile
par les principes du Programme d’action la région des États arabes (27,3 millions pour veiller à ce que les buts et les
de la Conférence internationale sur la de dollars), enfin l’Europe orientale et objectifs de la CIPD soient atteints.
108 CHAP it r e 8 : Pe rsPeCTives D’AveN ir : FiNir D’AP PliqU e r l e Prog rA mme D U CAire
À Maputo (Mozambique)
des militants de la lutte
contre le VIH et pairs-
éducateurs à Geração Biz
(de gauche à droite) :
Katarina Muzima, Celeste
Alberto, Ancha Daniel,
Adriano Andrade, Lina
Tivane et Maria Salomé.
©UNFPA/Pedro
sá da Bandeira
« En matière de population, il s’agit des gens, enfants avant d’y être mentalement et phy-
des appuis en faveur des droits de la personne siquement prêtes, tant que les femmes et les
et de la dignité humain et de la création des couples ne pourront pas planifier et espacer les
conditions qui permettront à chacun et chacune naissances comme ils le souhaitent, tant que les
d’entre nous de vivre sur une planète saine et de femmes souffriront de fistules ou mourront de
réaliser notre plein potentiel », a-t-il déclaré à complications durant la grossesse ou à l’accou-
cette occasion. chement, tant que les jeunes resteront exposés à
L'UNFPA, dit le Dr Osotimehin, a pour des risques élevés et ne disposeront pas d’infor-
but de promouvoir la santé sexuelle et reproduc- mations et de services de santé appropriés, tant
tive et les droits en matière de reproduction, de que les gens continueront de contracter le VIH,
réduire la mortalité maternelle et d’accélérer la l’UNFPA restera le champion des droits de toute
réalisation de l’objectif du Millénaire 5, qui est personne à la santé sexuelle et reproductive.
celui où il a été enregistré le moins de progrès. Nous promouvrons l’accès universel à la santé
« Nous devons autonomiser les populations sous- reproductive d’ici 2015. Nous appuierons les
desservies, notamment les femmes, les jeunes et pays pour les aider à recueillir, à analyser et à
les adolescents, et améliorer leurs conditions de utiliser les données démographiques pour guider
vie », note-t-il, et les actions de l’organisation leurs politiques, leurs programmes et leurs bud-
doivent être « éclairées par notre compréhension gets. L’avenir dépend des choix que nous faisons
de la dynamique démographique, des droits de la aujourd’hui. »
personne et de l’égalité des sexes ».
« Tant que les filles continueront d’être
mariées dans leur enfance et de concevoir des
é TAT D e l A P oPU l ATioN moND i A l e 2 0 1 1 109
Suivi des objectifs de la CIPD :
indicateurs retenus
Santé maternelle et néonatale Éducation Santé sexuelle et reproductive
Pays, Taux de Ratio de Taux de Naissances Taux net de Taux net de Taux Taux de Taux de Besoin de Population âgée de Taux de
mortalité mortalité natalité chez les avec assistance scolarisation scolarisation prévalence de la
d’alphabétisation, prévalence de la planification 15 à 24 ans ayant prévalence du
territoire des moins maternelle, adolescentes, qualifiée, en %, dans le dans le contraception,
population de 15 contraception, familiale non des connaissances VIH/sida dans la
de 5 ans, pour 100 000 pour 1 000 1992/2009* primaire, en %, secondaire en %, femmes de
à 24 ans, en %, femmes de 15 à satisfait, en %, exactes et complètes population âgée
ou zone pour 1 000
naissances
naissances
vivantes,
femmes de
15 à 19 ans,
1991/2009* 1999/2010* 1991/2008* 15 à 49 ans,
toute méthode,
49 ans, méthode
moderne,
1992/2009* au sujet du VIH/sida,
en %, 2000/2008*
de 15 à 24 ans,
en %, 2009
vivantes, 2009 2008 1996/2008* Garçons Filles Garçons Filles Hommes Femmes 1990/2010* 1990/2010* Hommes Femmes Hommes Femmes
Afganistan 198,6 1400 151 14 38 15 23 15
Afrique du Sud 61,9 410 54 91 92 94 59 65 96 98 60 60 14 4,5 13,6
Albanie 15,3 31 17 99 91 91 75 73 99 100 69 10 13 6
Algérie 32,3 120 4 95 96 95 65 68 94 89 61 52 13 0,1 <0,1
Allemagne 4,2 7 10 99 99 70 66 0,1 <0,1
Angola 160,5 610 165 47 81 65 6 5 0,6 1,6
Antigua-et-Barbuda 11,7 67 100 91 87 89 87
Arabie saoudite 21,0 24 7 91 85 84 70 76 98 96 24 29
Argentine 14,1 70 65 99 75 84 99 99 65 64 0,3 0,2
Arménie 21,6 29 26 100 92 94 86 89 100 100 53 19 13 15 23 <0,1 <0,1
Australie1 5,1 8 18 100 97 98 87 89 71 71 0,1 0,1
Autriche 4,1 5 11 100 97 98 51 47 0,3 0,2
Azerbaïdjan 33,5 38 42 88 97 95 91 94 100 100 51 13 23 5 5 <0,1 0,1
Bahamas 12,4 49 44 99 91 93 83 87 1,4 3,1
Bahreïn 12,1 19 14 98 100 99 87 91 100 100 62 31
Bangladesh 52,0 340 133 18 88 89 40 43 73 76 56 48 17 18 8 <0,1 <0,1
Barbade 11,0 64 53 100 0,9 1,1
Belarus 12,1 15 22 100 94 96 87 89 100 100 73 56 34 <0,1 0,1
Belgique 4,6 5 11 98 99 89 85 75 73 3 <0,1 <0,1
Belize 18,0 94 91 95 100 100 62 68 76 77 34 31 21 40 0,7 1,8
Bénin 118,0 410 114 74 99 87 26 13 64 42 17 6 30 35 16 0,3 0,7
Bhoutan 78,6 200 46 71 87 90 46 49 80 68 31 35 0,1 <0,1
Bolivie, État
plurinational de 51,2 180 89 66 95 95 69 69 100 99 61 34 20 28 24 0,1 0,1
Bosnie-Herzégovine 14,4 9 15 100 100 99 36 11 44
Botswana 56,9 190 51 94 88 91 56 64 94 96 44 42 33 40 5,2 11,8
Brésil 20,6 58 56 97 96 94 78 85 97 99 80 77 6
Brunéi Darussalam 6,7 21 26 99 97 97 88 91 100 100
Bulgarie 10,0 13 42 99 97 98 85 82 97 97 63 40 30 15 17 <0,1 <0,1
Burkina Faso 166,4 560 131 54 68 61 18 14 47 33 17 13 29 23 19 0,5 0,8
Burundi 166,3 970 30 34 91 89 10 8 77 75 9 8 29 30 1,0 2,1
Cambodge 87,5 290 52 44 90 87 36 32 89 86 40 27 25 45 50 0,1 0,1
Cameroun,
République du 154,3 600 141 63 94 82 88 84 29 12 20 34 32 1,6 3,9
Canada 6,1 12 14 98 99 100 74 72 0,1 0,1
Cap-Vert 27,5 94 92 78 86 84 97 99 61 57 17 36 36
Chili 8,5 26 51 100 95 94 83 86 99 99 64 58 0,2 0,1
110 I NDI CAT e urS
Suivi des objectifs de la CIPD : indicateurs retenus
Santé maternelle et néonatale Éducation Santé sexuelle et reproductive
Taux de Ratio de Taux de Naissances Taux net de Taux net de Taux Taux de Taux de Besoin de Population âgée de Taux de
mortalité mortalité natalité chez les avec assistance scolarisation scolarisation prévalence de la
d’alphabétisation, prévalence de la planification 15 à 24 ans ayant prévalence du
des moins maternelle, adolescentes, qualifiée, en %, dans le dans le contraception,
population de 15 contraception, familiale non des connaissances VIH/sida dans la
de 5 ans, pour 100 000 pour 1 000 1992/2009* primaire, en %, secondaire en %, femmes de
à 24 ans, en %, femmes de 15 à satisfait, en %, exactes et complètes population âgée
pour 1 000 naissances femmes de 1991/2009* 1999/2010* 1991/2008* 15 à 49 ans, 49 ans, méthode 1992/2009* au sujet du VIH/sida, de 15 à 24 ans,
Pays, territoire naissances vivantes, 15 à 19 ans, toute méthode, moderne, en %, 2000/2008* en %, 2009
ou zone vivantes, 2009 2008 1996/2008* Garçons Filles Garçons Filles Hommes Femmes 1990/2010* 1990/2010* Hommes Femmes Hommes Femmes
Chine 19,1 38 5 98 99 99 85 84 2
Chypre 3,5 10 5 100 99 99 95 97 100 100
Colombie 18,9 85 96 96 94 94 71 77 98 98 78 68 6 0,2 0,1
Comores 104,0 340 95 62 79 67 86 84 26 19 35 10 <0,1 <0,1
Congo, République
démocratique du2 198,6 670 127 74 34 32 69 62 21 6 24 21 15
Congo, République du 128,2 580 132 83 66 62 87 78 44 13 16 22 10 1,2 2,6
Corée, République de 4,9 18 2 100 100 98 97 94 80 70 <0,1 <0,1
Corée, République populaire
démocratique de 33,3 250 1 97 100 100 69 58
Costa Rica 10,6 44 69 99 87 88 44 49 98 99 80 72 5 0,2 0,1
Côte d'Ivoire 118,5 470 111 57 64 51 72 60 13 8 28 28 18 0,7 1,5
Croatie 5,4 14 14 100 98 100 87 89 100 100 <0,1 <0,1
Cuba 5,8 53 44 100 100 99 82 83 100 100 73 72 52 0,1 0,1
Danemark 4,0 5 6 95 97 88 92 0,1 0,1
Djibouti 93,5 300 27 61 51 44 28 20 18 17 22 18 0,8 1,9
Dominique 9,8 47 94 72 80 88 91
Égypte 21,0 82 50 79 97 93 73 69 88 82 60 58 9 18 5 <0,1 <0,1
El Salvador 16,6 110 68 92 95 97 54 56 95 97 73 66 9 27 0,4 0,3
Émirats arabes unis 7,4 10 22 99 99 99 82 84 94 97 28 24
Équateur 24,2 140 100 99 98 100 59 60 95 96 73 59 7 0,2 0,2
Érythrée 55,2 280 85 28 43 37 32 23 91 84 8 5 27 37 0,2 0,4
Espagne 4,1 6 13 100 100 93 97 100 100 66 62 12 0,2 0,1
Estonie 5,5 12 25 100 96 97 88 91 100 100 70 56 0,3 0,2
États-Unis d'Amérique 7,8 24 41 99 93 94 88 89 79 73 7 0,3 0,2
Éthiopie 104,4 470 109 6 82 76 17 11 62 39 15 14 34 33 21
Ex-République yougoslave
de Macédoine 10,5 9 21 99 92 92 82 81 99 99 14 10 27
Fidji 17,6 26 30 99 90 89 76 83 0,1 0,1
Finlande 3,2 8 9 100 96 96 96 97 0,1 <0,1
France 3,9 8 11 99 99 99 98 99 77 75 2 0,2 0,1
Gabon 68,9 260 144 86 82 81 98 96 33 12 28 22 24 1,4 3,5
Gambie 102,8 400 104 57 69 74 43 42 70 58 18 13 39 0,9 2,4
Géorgie 29,1 48 44 98 96 93 82 79 100 100 47 27 16 15 <0,1 <0,1
Ghana 68,5 350 70 57 77 78 48 44 81 78 24 17 35 34 28 0,5 1,3
Grèce 3,4 2 11 99 100 91 91 99 99 76 46 0,1 0,1
Guatemala 39,8 110 92 41 98 95 41 39 89 84 43 34 28 0,5 0,3
Guinée 141,5 680 153 46 77 67 36 22 67 51 9 4 21 23 17 0,4 0,9
Guinée-Bissau 192,6 1000 170 39 61 44 12 7 78 62 10 6 18 0,8 2,0
Guinée équatoriale 145,1 280 128 65 72 65 98 98 10 6 4 1,9 5,0
Guyana 35,3 270 90 83 99 99 43 40 47 50 0,6 0,8
Haïti 86,7 300 69 26 21 22 32 24 38 40 34 0,6 1,3
É TaT d e l a P o Pu l aT Io N moN d I a l e 2 0 1 1 111
Suivi des objectifs de la CIPD : indicateurs retenus
Santé maternelle et néonatale Éducation Santé sexuelle et reproductive
Taux de Ratio de Taux de Naissances Taux net de Taux net de Taux Taux de Taux de Besoin de Population âgée de Taux de
mortalité mortalité natalité chez les avec assistance scolarisation scolarisation prévalence de la
d’alphabétisation, prévalence de la planification 15 à 24 ans ayant prévalence du
des moins maternelle, adolescentes, qualifiée, en %, dans le dans le contraception,
population de 15 contraception, familiale non des connaissances VIH/sida dans la
de 5 ans, pour 100 000 pour 1 000 1992/2009* primaire, en %, secondaire en %, femmes de
à 24 ans, en %, femmes de 15 à satisfait, en %, exactes et complètes population âgée
pour 1 000 naissances femmes de 1991/2009* 1999/2010* 1991/2008* 15 à 49 ans, 49 ans, méthode 1992/2009* au sujet du VIH/sida, de 15 à 24 ans,
Pays, territoire naissances vivantes, 15 à 19 ans, toute méthode, moderne, en %, 2000/2008* en %, 2009
ou zone vivantes, 2009 2008 1996/2008* Garçons Filles Garçons Filles Hommes Femmes 1990/2010* 1990/2010* Hommes Femmes Hommes Femmes
Honduras 29,7 110 108 67 96 98 93 95 65 56 17 30 0,3 0,2
Hongrie 6,3 13 19 100 96 95 91 91 98 99 81 71 7 <0,1 <0,1
Îles Salomon 35,8 100 70 70 67 67 32 29 90 80 35 27 11
Inde 65,6 230 45 47 97 94 88 74 56 49 13 36 20 0,1 0,1
Indonésie 38,9 240 52 79 69 68 97 96 61 57 9 15 10 0,1 <0,1
Iran (République
islamique d') 30,9 30 31 97 95 92 97 96 73 59 <0,1 <0,1
Iraq 43,5 75 68 80 93 81 48 38 85 80 50 33 3
Irlande 4,2 3 17 100 96 98 86 90 65 61 0,1 0,1
Islande 3,0 5 15 98 98 89 91 0,1 0,1
Israël 4,4 7 15 97 98 85 88 0,1 <0,1
Italie 4,0 5 7 100 99 94 95 100 100 63 41 12 <0,1 <0,1
Jamaïque 30,9 89 60 97 82 79 75 78 92 98 69 66 12 60 1,0 0,7
Japon 3,3 6 5 100 98 98 54 44 <0,1 <0,1
Jordanie 25,3 59 28 99 93 94 80 84 99 99 59 41 12 13
Kazakhstan 28,7 45 31 100 99 100 90 91 100 100 51 49 9 22 0,1 0,2
Kenya 84,0 530 103 44 82 83 51 48 92 93 46 39 26 47 34 1,8 4,1
Kirghizistan 36,6 81 29 98 91 91 79 80 100 100 48 46 12 20 0,1 0,1
Kiribati 46,2 39 63 64 71 36 31
Koweït 9,9 9 13 98 94 93 77 80 98 99 52 39
La Grenade 14,5 54 99 98 99 93 85 54 52
Lesotho 83,5 530 98 55 71 75 22 36 86 98 47 46 31 18 26 5,4 14,2
Lettonie 8,0 20 18 100 99 98 100 100 68 56 17 0,2 0,1
Liban 12,4 26 18 98 92 90 71 79 98 99 58 34 0,1 <0,1
Libéria 112,0 990 177 46 85 66 25 14 70 80 11 10 36 27 21 0,3 0,7
Libye 64 4 94 100 100 45 26
Lituanie 6,2 13 19 100 96 96 91 92 100 100 51 33 18 <0,1 <0,1
Luxembourg 2,6 17 10 100 97 98 82 85 0,1 0,1
Madagascar 57,7 440 148 51 99 100 23 24 73 68 40 28 19 16 19 0,1 0,1
Malaisie 6,1 31 12 98 96 96 66 71 98 99 55 30 0,1 <0,1
Malawi 110,0 510 177 54 89 94 26 24 87 85 41 38 28 42 42 3,1 6,8
Maldives 12,7 37 14 84 97 95 47 54 99 99 35 27 <0,1 <0,1
Malí 191,1 830 190 49 84 70 37 23 47 31 8 6 31 22 18 0,2 0,5
Malte 6,7 8 17 98 91 92 79 82 98 99 86 46 <0,1 <0,1
Maroc 37,5 110 18 63 92 88 37 32 85 68 63 52 10 12 0,1 0,1
Martinique 21
Maurice 3
17,0 36 35 98 93 95 79 81 95 97 76 39 4 0,3 0,2
Mauritanie 117,1 550 88 61 74 79 17 15 71 63 9 8 32 14 5 0,4 0,3
Mélanésie4 57,7 222 66 58 83 82 55 57 67 70 36 21 11 15 0,3 0,7
Mexique 16,8 85 90 93 99 100 71 74 98 98 71 67 12 0,2 0,1
Micronésie 5
29,9 51 80 73 72 59 65 - - 52 46 8 39 27
112 I NDI CAT e urS
Suivi des objectifs de la CIPD : indicateurs retenus
Santé maternelle et néonatale Éducation Santé sexuelle et reproductive
Taux de Ratio de Taux de Naissances Taux net de Taux net de Taux Taux de Taux de Besoin de Population âgée de Taux de
mortalité mortalité natalité chez les avec assistance scolarisation scolarisation prévalence de la
d’alphabétisation, prévalence de la planification 15 à 24 ans ayant prévalence du
des moins maternelle, adolescentes, qualifiée, en %, dans le dans le contraception,
population de 15 contraception, familiale non des connaissances VIH/sida dans la
de 5 ans, pour 100 000 pour 1 000 1992/2009* primaire, en %, secondaire en %, femmes de
à 24 ans, en %, femmes de 15 à satisfait, en %, exactes et complètes population âgée
pour 1 000 naissances femmes de 1991/2009* 1999/2010* 1991/2008* 15 à 49 ans, 49 ans, méthode 1992/2009* au sujet du VIH/sida, de 15 à 24 ans,
Pays, territoire naissances vivantes, 15 à 19 ans, toute méthode, moderne, en %, 2000/2008* en %, 2009
ou zone vivantes, 2009 2008 1996/2008* Garçons Filles Garçons Filles Hommes Femmes 1990/2010* 1990/2010* Hommes Femmes Hommes Femmes
Moldova,
République de 16,7 32 26 100 91 90 79 80 99 100 68 43 7 39 42 0,1 0,1
Mongolie 28,8 65 19 99 99 99 79 85 93 97 66 61 5 31 <0,1 <0,1
Monténégro 9,0 15 17 99 39 17 30
Mozambique 141,9 550 185 55 82 77 17 15 78 62 17 12 18 33 14 3,1 8,6
Myanmar 71,2 240 17 57 49 50 96 95 41 38 19 0,3 0,3
Namibie 47,5 180 74 81 88 93 49 60 91 95 55 54 21 62 65 2,3 5,8
Népal 48,2 380 106 19 81 66 86 75 48 44 25 44 28 0,2 0,1
Nicaragua 25,6 100 109 74 93 94 42 48 85 89 72 69 8 22 0,1 0,1
Níger 160,3 820 199 33 60 48 11 7 52 23 11 5 16 16 13 0,2 0,5
Nigéria 137,9 840 123 39 66 60 29 22 78 65 15 8 20 33 22 1,2 2,9
Norvège 3,3 7 9 99 99 96 96 88 82 <0,1 <0,1
Nouvelle-Zélande 6,2 14 32 100 99 100 90 92 75 72 <0,1 <0,1
Oman 12,0 20 8 99 71 73 83 81 98 98 32 25 <0,1 <0,1
Ouganda 127,5 430 159 42 96 99 16 15 89 86 24 18 41 38 32 2,3 4,8
Ouzbékistan 36,1 30 26 100 92 90 93 91 100 100 65 59 14 7 31 <0,1 <0,1
Pakistan 87,0 260 20 39 72 60 36 29 79 59 27 19 25 3 0,1 <0,1
Panama 22,9 71 83 92 99 99 63 69 97 96 0,4 0,3
Papouasie-
Nouvelle-Guinée 68,3 250 70 53 65 69 36 20 0,3 0,8
Paraguay 22,6 95 65 82 91 91 57 62 99 99 79 70 5 0,2 0,1
Pays-Bas 4,4 9 4 100 99 99 88 89 69 67 0,1 <0,1
Pérou 21,3 98 59 71 97 98 75 75 98 97 73 50 7 19 0,2 0,1
Philippines 33,1 94 53 62 91 93 55 66 94 96 51 34 22 18 12 <0,1 <0,1
Pologne 6,7 6 14 100 95 96 93 95 100 100 73 28 <0,1 <0,1
Polynésie 6
20,5 26 98 95 94 62 73 99 100 30 28 35
Portugal 3,7 7 17 100 99 99 84 92 100 100 87 83 0,3 0,2
Qatar 10,8 8 16 99 99 98 65 96 99 99 43 32 <0,1 <0,1
République arabe syrienne 16,2 46 75 93 99 93 70 69 96 93 58 43 7
République centrafricaine 170,8 850 133 53 77 57 13 8 72 56 19 9 16 26 17 1,0 2,2
République démocratique
populaire lao 58,6 580 110 20 84 81 39 33 89 79 38 29 27 0,1 0,2
République dominicaine 31,9 100 98 98 82 83 58 65 95 97 73 70 11 34 41 0,3 0,7
République tchèque 3,5 8 12 100 88 91 72 63 11 <0,1 <0,1
République-Unie
de Tanzanie 107,9 790 139 43 96 95 79 76 34 26 22 42 39 1,7 3,9
Roumanie 11,9 27 36 98 96 97 74 72 97 98 70 38 12 1 3 0,1 <0,1
Royaume-Uni 5,5 12 26 99 100 100 92 95 84 84 0,2 0,1
Russie, Fédération de 12,4 39 29 100 100 100 80 65 0,2 0,3
Rwanda 110,8 540 43 52 95 97 77 77 36 26 38 54 51 1,3 1,9
Saint-Kitts-et-Nevis 14,9 67 100 93 98 85 92
Saint-Vincent-et-les
Grenadines 12,4 72 100 100 97 85 95
É TaT d e l a P o Pu l aT Io N moN d I a l e 2 0 1 1 113
Suivi des objectifs de la CIPD : indicateurs retenus
Santé maternelle et néonatale Éducation Santé sexuelle et reproductive
Taux de Ratio de Taux de Naissances Taux net de Taux net de Taux Taux de Taux de Besoin de Population âgée de Taux de
mortalité mortalité natalité chez les avec assistance scolarisation scolarisation prévalence de la
d’alphabétisation, prévalence de la planification 15 à 24 ans ayant prévalence du
des moins maternelle, adolescentes, qualifiée, en %, dans le dans le contraception,
population de 15 contraception, familiale non des connaissances VIH/sida dans la
de 5 ans, pour 100 000 pour 1 000 1992/2009* primaire, en %, secondaire en %, femmes de
à 24 ans, en %, femmes de 15 à satisfait, en %, exactes et complètes population âgée
pour 1 000 naissances femmes de 1991/2009* 1999/2010* 1991/2008* 15 à 49 ans, 49 ans, méthode 1992/2009* au sujet du VIH/sida, de 15 à 24 ans,
Pays, territoire naissances vivantes, 15 à 19 ans, toute méthode, moderne, en %, 2000/2008* en %, 2009
ou zone vivantes, 2009 2008 1996/2008* Garçons Filles Garçons Filles Hommes Femmes 1990/2010* 1990/2010* Hommes Femmes Hommes Femmes
Sainte-Lucie 19,8 50 98 94 93 77 82
Samoa 25,3 29 100 94 94 60 68 99 100 29 27 46
Sao-Tomé-et-Principe 77,8 91 82 88 87 30 35 95 96 38 33 37 44
Sénégal 92,8 410 96 52 75 76 24 18 58 45 12 10 32 24 19 0,3 0,7
Serbie 7,1 8 22 99 96 96 89 91 99 99 41 19 42 0,1 0,1
Seychelles 12,4 59 94 96 95 99 99 99
Sierra Leone 192,3 970 143 42 30 20 66 46 8 6 28 28 17 0,6 1,5
Singapour 2,8 9 5 100 100 100 62 55 <0,1 <0,1
Slovaquie 6,9 6 21 100 80 66 <0,1 <0,1
Slovénie 3,0 18 5 100 98 97 91 92 100 100 79 63 9 <0,1 <0,1
Somalie 180,0 1200 123 33 15 1 4 0,4 0,6
Soudan 7
108,2 750 72 49 46 38 89 82 8 6 26 0,5 1,3
Sri Lanka 14,7 39 28 99 99 100 97 99 68 53 7 <0,1 <0,1
Suède 2,8 5 6 95 94 99 99 75 65 <0,1 <0,1
Suisse 4,4 10 4 99 100 87 83 82 78 0,2 0,1
Suriname 26,3 100 66 90 91 90 55 74 96 95 46 45 41 0,6 0,4
Swaziland 73,0 420 111 69 82 84 31 26 92 95 51 47 24 52 52 6,5 15,6
Tadjikistan 61,2 64 27 88 99 96 88 77 100 100 37 32 2 <0,1 <0,1
Tchad 209,0 1200 193 14 72 50 16 5 54 37 3 2 21 20 8 1,0 2,5
Territoire
palestinien occupé 29,5 60 99 77 78 82 87 99 99 50 39
Thaïlande 13,5 48 43 97 91 89 68 76 98 98 81 80 3 46
Timor-Leste, République
démocratique du 56,4 370 59 18 79 76 22 21 4
Togo 97,5 350 89 62 98 89 30 15 87 80 17 11 32 15 0,9 2,2
Trinité-et-Tobago 35,3 55 33 98 96 95 72 77 100 100 43 38 54 1,0 0,7
Tunisie 20,7 60 6 95 99 100 67 76 98 96 60 52 12 <0,1 <0,1
Turkménistan 45,3 77 21 100 100 100 62 45 10 5
Turquie 20,3 23 51 91 96 94 77 70 99 94 73 46 6 <0,1 <0,1
Tuvalu 35,1 23 98 31 22 24
Ukraine 15,1 26 30 99 89 90 84 85 100 100 67 48 10 43 45 0,2 0,3
Uruguay 13,4 27 60 100 98 98 66 73 99 99 77 75 0,3 0,2
Vanuatu 16,3 92 74 99 97 41 35 94 94 38 37 15
Venezuela, République
bolivarienne du 17,5 68 101 95 92 93 67 75 98 99 70 62 19
Viet Nam 23,6 56 35 88 97 92 97 96 80 69 5 50 44 0,1 0,1
Yémen 66,4 210 80 36 80 66 49 26 95 70 28 19 39 2
Zambie 141,3 470 151 47 96 97 82 68 41 27 27 37 34 4,2 8,9
Zimbabwe 89,5 790 101 80 90 91 98 99 60 58 13 46 44 3,3 6,9
114 I NDI CAT e urS
Suivi des objectifs de la CIPD : indicateurs retenus
Santé maternelle et néonatale Éducation Santé sexuelle et reproductive
Taux de Ratio de Taux de Naissances Taux net de Taux net de Taux Taux de Taux de Besoin de Population âgée de Taux de
Pays, mortalité
des moins
mortalité
maternelle,
natalité chez les
adolescentes,
avec assistance
qualifiée, en %,
scolarisation
dans le
scolarisation
dans le
prévalence de la
d’alphabétisation,
contraception,
population de 15
prévalence de la
contraception,
planification
familiale non
15 à 24 ans ayant
des connaissances
prévalence du
VIH/sida dans la
territoire de 5 ans,
pour 1 000
pour 100 000
naissances
pour 1 000
femmes de
1992/2009* primaire, en %,
1991/2009*
secondaire en %,
1999/2010*
femmes de
à 24 ans, en %,
1991/2008* 15 à 49 ans,
femmes de 15 à
49 ans, méthode
satisfait, en %,
1992/2009*
exactes et complètes
au sujet du VIH/sida,
population âgée
de 15 à 24 ans,
ou zone naissances
vivantes, 2009
vivantes,
2008
15 à 19 ans,
1996/2008* Garçons Filles Garçons
toute méthode,
Filles Hommes Femmes 1990/2010*
moderne,
1990/2010*
en %, 2000/2008* en %, 2009
Hommes Femmes Hommes Femmes
Total mondial 61,7 265 49 66 89 86 61 61 91 86 63 56 22 31 19 0,4 0,7
Régions développées 8
7,1 18 24 99 96 96 90 91 99 100 72 62 12 29 32 0,2 0,1
Régions en
développement9 66,9 293 53 63 88 85 53 53 90 84 61 55 23 31 19 0,4 0,8
Pays les moins
avancés10 122,4 597 120 39 76 73 31 24 75 65 30 24 27 28 20 0,8 1,7
États arabes11 50,7 247 45 72 86 80 63 59 91 84 47 39 21 18 7 0,2 0,3
Asie et Pacifique12 50,0 193 34 64 93 89 22 56 93 86 67 61 21 32 18 0,1 0,1
Europe de l'Est et
Asie centrale13 19,7 30 31 97 94 94 85 83 99 99 70 50 13 20 26 0,1 0,2
Amérique latine
et Caraïbes14 22,4 85 74 89 94 94 72 76 97 98 73 67 17 34 30 0,3 0,2
Afrique subsaharienne 130,1
15
638 122 47 76 72 30 25 76 67 25 19 26 32 25 1,6 4,0
É TaT d e l a P o Pu l aT Io N moN d I a l e 2 0 1 1 115
Indicateurs démographiques,
sociaux et économiques
Pays, Taux de Population utilisant Population
territoire
Population croissance Taux global de des infrastructures disposant de moins
totale Population démographie, Taux de fécondité par femme espérance de vie à la d’assainissement de 1,25 dollar par
(en millions) (en millions) (2011) en %, population de 15 à 49 ans, naissance, 2010-2015 améliorées, en %, jour (PPa), en %,
ou zone (2011)** Hommes Femmes 2010-2015 urbaine 2010-1025 Hommes Femmes 2000/2008* 1992/2008*
Afganistan 32,4 16,7 15,6 3,1 23 6,0 49 49 37
Afrique du Sud 50,5 25,0 25,5 0,5 62 2,4 53 54 77 26
Albanie 3,2 1,6 1,6 0,3 52 1,5 74 80 98 2
Algérie 36,0 18,2 17,8 1,4 66 2,1 72 75 95 7
Allemagne 82,2 40,3 41,9 -0,2 74 1,5 78 83 100
Angola 19,6 9,7 9,9 2,7 59 5,1 50 53 57 54
Antigua-et-Barbuda 0,0 0,0 0,0 1,0 30 95
Arabie saoudite 28,1 15,5 12,6 2,1 82 2,6 73 76
Argentine 40,8 19,9 20,8 0,9 92 2,2 72 80 90 3
Arménie 3,1 1,4 1,7 0,3 64 1,7 71 77 90 4
Australie 1
22,6 11,3 11,3 1,3 89 1,9 80 84 100
Autriche 8,4 4,1 4,3 0,2 68 1,3 78 84 100
Azerbaïdjan 9,3 4,6 4,7 1,2 52 2,1 68 74 45 2
Bahamas 0,3 0,2 0,2 1,1 84 1,9 73 79 100
Bahreïn 1,3 0,8 0,5 2,1 89 2,4 75 76
Bangladesh 150,5 76,2 74,3 1,3 28 2,2 69 70 53 50
Barbade 0,3 0,1 0,1 0,2 44 1,6 74 80 100
Belarus 9,6 4,4 5,1 -0,3 75 1,5 65 76 93 2
Belgique 10,8 5,3 5,5 0,3 97 1,8 77 83 100
Belize 0,3 0,2 0,2 2,0 52 2,7 75 78 90 13
Bénin 9,1 4,5 4,6 2,7 42 5,1 55 59 12 47
Bhoutan 0,7 0,4 0,3 1,5 35 2,3 66 70 65 26
Bolivie, État plurinational de 10,1 5,0 5,1 1,6 67 3,2 65 69 25 12
Bosnie-Herzégovine 3,8 1,8 1,9 -0,2 49 1,1 73 78 95 2
Botswana 2,0 1,0 1,0 1,1 61 2,6 54 51 60 31
Brésil 196,7 96,7 99,9 0,8 87 1,8 71 77 80 5
Brunéi Darussalam 0,4 0,2 0,2 1,7 76 2,0 76 81
Bulgarie 7,4 3,6 3,8 -0,7 71 1,5 70 77 100 2
Burkina Faso 17,0 8,4 8,5 3,0 26 5,8 55 57 11 57
Burundi 8,6 4,2 4,4 1,9 11 4,1 50 53 46 81
Cambodge 14,3 7,0 7,3 1,2 20 2,4 62 65 29 26
Cameroun, République du 20,0 10,0 10,0 2,1 58 4,3 51 54 47 33
Canada 34,3 17,0 17,3 0,9 81 1,7 79 83 100
Cap-Vert 0,5 0,2 0,3 0,9 61 2,3 71 78 54 21
Chili 17,3 8,5 8,7 0,9 89 1,8 76 82 96 2
Chine 1347,6 699,6 647,9 0,4 47 1,6 72 76 55 16
116 I NDI CAT e urS
Indicateurs démographiques, sociaux et économiques
Taux de Population utilisant Population
Population croissance Taux global de des infrastructures disposant de moins
totale Population démographie, Taux de fécondité par femme espérance de vie à la d’assainissement de 1,25 dollar par
Pays, territoire (en millions) (en millions) (2011) en %, population de 15 à 49 ans, naissance, 2010-2015 améliorées, en %, jour (PPa), en %,
ou zone (2011)** Hommes Femmes 2010-2015 urbaine 2010-1025 Hommes Femmes 2000/2008* 1992/2008*
Chypre 1,1 0,6 0,5 1,1 70 1,5 78 82 100
Colombie 46,9 23,1 23,8 1,3 75 2,3 70 78 74 16
Comores 0,8 0,4 0,4 2,5 28 4,7 60 63 36 46
Congo, République démocratique du 2
67,8 33,7 34,1 2,6 35 5,5 47 51 23 59
Congo, République du 4,1 2,1 2,1 2,2 62 4,4 57 59 30 54
Corée, République de 48,4 24,1 24,3 0,4 83 1,4 77 84 100
Corée, République populaire démocratique de 24,5 12,0 12,5 0,4 60 2,0 66 72 59
Costa Rica 4,7 2,4 2,3 1,4 64 1,8 77 82 95 2
Côte d'Ivoire 20,2 10,3 9,9 2,2 51 4,2 55 58 23 23
Croatie 4,4 2,1 2,3 -0,2 58 1,5 73 80 99 2
Cuba 11,3 5,7 5,6 0,0 75 1,5 77 81 91
Danemark 5,6 2,8 2,8 0,3 87 1,9 77 81 100
Djibouti 0,9 0,5 0,5 1,9 76 3,6 57 60 56 19
Dominique 0,0 0,0 0,0 0,0 67 81
Égypte 82,5 41,4 41,1 1,7 43 2,6 72 76 94 2
El Salvador 6,2 3,0 3,3 0,6 64 2,2 68 77 87 6
Émirats arabes unis 7,9 5,5 2,4 2,2 84 1,7 76 78 97
Équateur 14,7 7,3 7,3 1,3 67 2,4 73 79 92 5
Érythrée 5,4 2,7 2,7 2,9 22 4,2 60 64 14
Espagne 46,5 22,9 23,5 0,6 77 1,5 79 85 100
Estonie 1,3 0,6 0,7 -0,1 69 1,7 70 80 95 2
États-Unis d'Amérique 313,1 154,6 158,5 0,9 82 2,1 76 81 100
Éthiopie 84,7 42,2 42,6 2,1 17 3,8 58 62 12 39
Ex-République yougoslave de Macédoine 2,1 1,0 1,0 0,1 59 1,4 73 77 89 2
Fidji 0,9 0,4 0,4 0,8 52 2,6 67 72
Finlande 5,4 2,6 2,7 0,3 85 1,9 77 83 100
France 63,1 30,7 32,4 0,5 85 2,0 78 85 100
Gabon 1,5 0,8 0,8 1,9 86 3,2 62 64 33 5
Gambie 1,8 0,9 0,9 2,7 58 4,7 58 60 67 34
Géorgie 4,3 2,0 2,3 -0,6 53 1,5 71 77 95 13
Ghana 25,0 12,7 12,3 2,3 51 4,0 64 66 13 30
Grèce 11,4 5,6 5,8 0,2 61 1,5 78 83 98
Guatemala 14,8 7,2 7,6 2,5 49 3,8 68 75 81 12
Guinée 10,2 5,2 5,1 2,5 35 5,0 53 56 19 70
Guinée-Bissau 1,5 0,8 0,8 2,1 30 4,9 47 50 21 49
Guinée équatoriale 0,7 0,4 0,4 2,7 40 5,0 50 53 51
Guyana 0,8 0,4 0,4 0,2 29 2,2 67 73 81 8
Haïti 10,1 5,0 5,1 1,3 52 3,2 61 64 17 55
Honduras 7,8 3,9 3,9 2,0 52 3,0 71 76 71 18
Hongrie 10,0 4,7 5,2 -0,2 68 1,4 71 78 100 2
É TaT d e l a P o Pu l aT Io N moN d Ia l e 2 0 1 1 117
Indicateurs démographiques, sociaux et économiques
Taux de Population utilisant Population
Population croissance Taux global de des infrastructures disposant de moins
totale Population démographie, Taux de fécondité par femme espérance de vie à la d’assainissement de 1,25 dollar par
Pays, territoire (en millions) (en millions) (2011) en %, population de 15 à 49 ans, naissance, 2010-2015 améliorées, en %, jour (PPa), en %,
ou zone (2011)** Hommes Femmes 2010-2015 urbaine 2010-1025 Hommes Femmes 2000/2008* 1992/2008*
Îles Salomon 0,6 0,3 0,3 2,5 19 4,0 67 70 32
Inde 1241,5 641,0 600,5 1,3 30 2,5 64 68 31 42
Indonésie 242,3 120,8 121,5 1,0 44 2,1 68 72 52 29
Iran (République islamique d') 74,8 37,9 36,9 1,0 71 1,6 72 75 83 2
Iraq 32,7 16,4 16,3 3,1 66 4,5 68 73 73
Irlande 4,5 2,3 2,3 1,1 62 2,1 78 83 99
Islande 0,3 0,2 0,2 1,2 93 2,1 80 84 100
Israël 7,6 3,7 3,8 1,7 92 2,9 80 84 100
Italie 60,8 29,8 31,0 0,2 68 1,5 79 85
Jamaïque 2,8 1,4 1,4 0,4 52 2,3 71 76 83 2
Japon 126,5 61,6 64,9 -0,1 67 1,4 80 87 100
Jordanie 6,3 3,3 3,1 1,9 79 2,9 72 75 98 2
Kazakhstan 16,2 7,8 8,4 1,0 59 2,5 62 73 97 2
Kenya 41,6 20,8 20,8 2,7 22 4,6 57 59 31 20
Kirghizistan 5,4 2,7 2,7 1,1 35 2,6 64 72 93 3
Kiribati 0,0 0,0 0,0 1,5 44 35
Koweït 2,8 1,7 1,1 2,4 98 2,3 74 76 100
La Grenade 0,1 0,1 0,1 0,4 39 2,2 74 78 97
Lesotho 2,2 1,1 1,1 1,0 27 3,1 50 48 29 43
Lettonie 2,2 1,0 1,2 -0,4 68 1,5 69 79 78 2
Liban 4,3 2,1 2,2 0,7 87 1,8 71 75 98
Libéria 4,1 2,1 2,1 2,6 48 5,0 56 59 17 84
Libye 6,4 3,2 3,2 0,8 78 2,4 73 78 97
Lituanie 3,3 1,5 1,8 -0,4 67 1,5 67 78 2
Luxembourg 0,5 0,3 0,3 1,4 85 1,7 78 83 100
Madagascar 21,3 10,6 10,7 2,8 30 4,5 65 69 11 68
Malasie 28,9 14,6 14,2 1,6 72 2,6 73 77 96 2
Malawi 15,4 7,7 7,7 3,2 20 6,0 55 55 56 74
Maldives 0,3 0,2 0,2 1,3 40 1,7 76 79 98
Malí 15,8 7,9 7,9 3,0 36 6,1 51 53 36 51
Malte 0,4 0,2 0,2 0,3 95 1,3 78 82 100
Maroc 32,3 15,8 16,5 1,0 58 2,2 70 75 69 3
Martinique 0,4 0,2 0,2 0,3 89 1,8 77 84
Maurice 3
1,3 0,6 0,7 0,5 42 1,6 70 77 91
Mauritanie 3,5 1,8 1,8 2,2 41 4,4 57 61 26 21
Mélanésie 4
8,9 4,6 4,4 2,1 18 3,7 63 67 44 36
Mexique 114,8 56,6 58,2 1,1 78 2,2 75 80 85 4
Micronésie 5
0,5 0,3 0,3 1,1 67 2,7 72 76 65
Moldova, République de 3,5 1,7 1,9 -0,7 47 1,5 66 73 79 2
Mongolie 2,8 1,4 1,4 1,5 62 2,4 65 73 50 2
118 I NDI CAT e urS
Indicateurs démographiques, sociaux et économiques
Taux de Population utilisant Population
Population croissance Taux global de des infrastructures disposant de moins
totale Population démographie, Taux de fécondité par femme espérance de vie à la d’assainissement de 1,25 dollar par
Pays, territoire (en millions) (en millions) (2011) en %, population de 15 à 49 ans, naissance, 2010-2015 améliorées, en %, jour (PPa), en %,
ou zone (2011)** Hommes Femmes 2010-2015 urbaine 2010-1025 Hommes Femmes 2000/2008* 1992/2008*
Monténégro 0,6 0,3 0,3 0,1 61 1,6 73 77 92 2
Mozambique 23,9 11,7 12,3 2,2 38 4,7 50 52 17 75
Myanmar 48,3 23,8 24,5 0,8 34 1,9 64 68 81
Namibie 2,3 1,2 1,2 1,7 38 3,1 62 63 33 49
Népal 30,5 15,1 15,4 1,7 19 2,6 68 70 31 55
Nicaragua 5,9 2,9 3,0 1,4 57 2,5 71 77 52 16
Níger 16,1 8,1 8,0 3,5 17 6,9 55 56 9 66
Nigéria 162,5 82,3 80,2 2,5 50 5,4 52 53 32 64
Norvège 4,9 2,5 2,5 0,7 79 1,9 79 83 100
Nouvelle-Zélande 4,4 2,2 2,2 1,0 86 2,1 79 83
Oman 2,8 1,7 1,2 1,9 73 2,1 71 76 87
Ouganda 34,5 17,3 17,3 3,1 13 5,9 54 55 48 52
Ouzbékistan 27,8 13,8 14,0 1,1 36 2,3 66 72 100 46
Pakistan 176,7 89,8 86,9 1,8 36 3,2 65 67 45 23
Panama 3,6 1,8 1,8 1,5 75 2,4 74 79 69 10
Papouasie-Nouvelle-Guinée 7,0 3,6 3,4 2,2 13 3,8 61 66 45 36
Paraguay 6,6 3,3 3,3 1,7 61 2,9 71 75 70 7
Pays-Bas 16,7 8,3 8,4 0,3 83 1,8 79 83 100
Pérou 29,4 14,7 14,7 1,1 77 2,4 72 77 68 8
Philippines 94,9 47,6 47,3 1,7 49 3,1 66 73 76 23
Pologne 38,3 18,5 19,8 0,0 61 1,4 72 81 90 2
Polynésie 6
0,7 0,3 0,3 0,7 22 2,9 70 76 98
Portugal 10,7 5,2 5,5 0,0 61 1,3 77 83 100
Qatar 1,9 1,4 0,5 2,9 96 2,2 79 78 100
République arabe syrienne 20,8 10,5 10,3 1,7 56 2,8 74 78 96
République centrafricaine 4,5 2,2 2,3 2,0 39 4,4 48 51 34 62
République dominicaine 10,1 5,0 5,0 1,2 69 2,5 71 77 83 4
République populaire démocratique lao 6,3 3,1 3,1 1,3 33 2,5 66 69 53 44
République tchèque 10,5 5,2 5,4 0,3 74 1,5 75 81 98 2
République-Unie de Tanzanie 46,2 23,1 23,1 3,1 26 5,5 58 60 24 89
Roumanie 21,4 10,4 11,0 -0,2 57 1,4 71 78 72 2
Royaume-Uni 62,4 30,7 31,7 0,6 80 1,9 78 82 100
Russie, Fédération de 142,8 66,1 76,8 -0,1 73 1,5 63 75 87 2
Rwanda 10,9 5,4 5,6 2,9 19 5,3 54 57 54 77
Saint-Kitts-et-Nevis 0,0 0,0 0,0 1,2 32 96
Saint-Vincent-et-les Grenadines 0,1 0,1 0,1 0,0 49 2,0 70 75
Sainte-Lucie 0,2 0,1 0,1 1,0 28 1,9 72 78 89 21
Samoa 0,2 0,1 0,1 0,5 20 3,8 70 76 100
Sao-Tomé-et-Principe 0,2 0,1 0,1 2,0 62 3,5 64 66 26 28
Sénégal 12,8 6,3 6,4 2,6 42 4,6 59 61 51 34
É TaT d e l a P o Pu l aT Io N moN d I a l e 2 0 1 1 119
Indicateurs démographiques, sociaux et économiques
Taux de Population utilisant Population
Population croissance Taux global de des infrastructures disposant de moins
totale Population démographie, Taux de fécondité par femme espérance de vie à la d’assainissement de 1,25 dollar par
Pays, territoire (en millions) (en millions) (2011) en %, population de 15 à 49 ans, naissance, 2010-2015 améliorées, en %, jour (PPa), en %,
ou zone (2011)** Hommes Femmes 2010-2015 urbaine 2010-1025 Hommes Femmes 2000/2008* 1992/2008*
Serbie 9,9 4,9 5,0 -0,1 56 1,6 72 77 92 2
Seychelles 0,0 0,0 0,0 0,3 55 2
Sierra Leone 6,0 2,9 3,1 2,1 38 4,7 48 49 13 53
Singapour 5,2 2,6 2,6 1,1 100 1,4 79 84 100
Slovaquie 5,5 2,7 2,8 0,2 55 1,4 72 80 100 2
Slovénie 2,0 1,0 1,0 0,2 50 1,5 76 83 100 2
Somalie 9,6 4,7 4,8 2,6 37 6,3 50 53 23
Soudan 7
44,6 22,5 22,1 2,4 40 4,2 60 64 34
Sri Lanka 21,0 10,4 10,7 0,8 14 2,2 72 78 91 14
Suède 9,4 4,7 4,7 0,6 85 1,9 80 84 100
Suisse 7,7 3,8 3,9 0,4 74 1,5 80 85 100
Suriname 0,5 0,3 0,3 0,9 69 2,3 68 74 84 16
Swaziland 1,2 0,6 0,6 1,4 21 3,2 50 49 55 63
Tadjikistan 7,0 3,4 3,5 1,5 26 3,2 65 71 94 22
Tchad 11,5 5,7 5,8 2,6 28 5,7 49 52 9 62
Territoire palestinien occupé 4,2 2,1 2,0 2,8 74 4,3 72 75 89
Thaïlande 69,5 34,2 35,4 0,5 34 1,5 71 78 96 2
Timor-Leste, République démocratique du 1,2 0,6 0,6 2,9 28 5,9 62 64 50 37
Togo 6,2 3,0 3,1 2,0 43 3,9 56 59 12 39
Trinité-et-Tobago 1,3 0,7 0,7 0,3 14 1,6 67 74 92 4
Tunisie 10,6 5,3 5,3 1,0 67 1,9 73 77 85 3
Turkménistan 5,1 2,5 2,6 1,2 50 2,3 61 69 98 25
Turquie 73,6 36,7 36,9 1,1 70 2,0 72 77 90 3
Tuvalu 0,0 0,0 0,0 0,2 50 84
Ukraine 45,2 20,8 24,4 -0,5 69 1,5 64 75 95 2
Uruguay 3,4 1,6 1,7 0,3 92 2,0 74 81 100 2
Vanuatu 0,2 0,1 0,1 2,4 26 3,8 70 74 52
Venezuela, République bolivarienne du 29,4 14,8 14,7 1,5 93 2,4 72 78 91 4
Viet Nam 88,8 43,9 44,9 1,0 30 1,8 73 77 75 22
Yémen 24,8 12,5 12,3 3,0 32 4,9 65 68 52 18
Zambie 13,5 6,8 6,7 3,0 36 6,3 49 50 49 64
Zimbabwe 12,8 6,3 6,5 2,2 38 3,1 54 53 44
120 I NDI CAT e urS
Indicateurs démographiques, sociaux et économiques
Pays, Taux de Population utilisant Population
territoire Population
totale Population
croissance
démographie, Taux de
Taux global de
fécondité par femme espérance de vie à la
des infrastructures
d’assainissement
disposant de moins
de 1,25 dollar par
ou zone 16 (en millions) (en millions) (2011) en %, population de 15 à 49 ans, naissance, 2010-2015 améliorées, en %, jour (PPa), en %,
(2011)** Hommes Femmes 2010-2015 urbaine 2010-1025 Hommes Femmes 2000/2008* 1992/2008*
Total mondial 6974,0 3517,3 3456,8 1,1 50 2,5 68 72 61 26
Régions développées 8
1240,4 603,1 637,3 0,4 75 1,7 75 82 97 1
Régions en développements 9
5733,7 2914,2 2819,5 1,3 45 2,6 67 70 53 27
Pays les moins avancés10 851,1 425,4 425,7 2,2 29 4,2 57 59 36 54
États arabes11 360,7 185,0 175,7 2,0 56 3,1 69 73 76 5
Asie et Pacifique12
3924,2 2008,0 1916,2 0,9 41 2,1 69 72 52 27
Europe de l'Est et Asie centrale 13
473,7 226,6 247,0 0,3 65 1,8 68 76 90 5
Amérique latine et Caraïbes14 591,4 292,1 299,3 1,1 79 2,2 72 78 80 7
Afrique subsaharienne 15
821,3 410,5 410,8 2,4 37 4,8 54 56 31 53
É TaT d e l a P o Pu l aT Io N moN d Ia l e 2 0 1 1 121
Notes relatives aux indicateurs
* données les plus récentes disponibles. les années 9 les régions en développement comprennent 14 Ne comprend que les pays, territoires ou zones
séparées par une barre oblique sont la première l’afrique, l’amérique latine et les Caraïbes, l’asie bénéficiaires de programmes de l’uNFPa
année et la dernière année des sources des (Japon exclu), et la mélanésie, la micronésie et la : anguilla, antigua-et- Barbuda, antilles
données de la colonne correspondante. Polynésie. néerlandaises, argentine, Bahamas, Barbade,
Belize, Bermudes, Bolivie (État plurinational
** la population totale est calculée en ajoutant le 10 les pays les moins avancés sont ceux qui dont
de), Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Cuba,
nombre d’hommes et le nombre de femmes. les désignés comme tels par les Nations unies,
dominique, République dominicaine, Équateur,
chiffres ayant été arrondis, leur somme peut ne conformément aux critères de l’organisation.
el Salvador, Grenada, Guatemala, Guyana, Haïti,
pas correspondre aux totaux indiqués.
11 Comprennent les pays suivants : algérie, arabie Honduras, Îles Caïmanes, Îles Turques et Caïques,
saoudite, Bahreïn, djibouti, Égypte, Émirats arabes Îles Vierges britanniques, Jamaïque, mexique,
1 Y compris l'Île Christmas, les Îles Cocos (Keeling)
unis, Iraq, Jordanie, Koweït, liban, libye, maroc, montserrat, Nicaragua, Panama, Paraguay, Pérou,
et l'Île Norfolk.
oman, Qatar, Somalie, Soudan, Syrie, Territoire Saint-Kitts-et- Nevis, Sainte- lucie, Saint-Vincent-
2 appelé antérieurement le Zaïre. palestinien occupé, Tunisie et Yémen. et-les Grenadines, Suriname, Trinité-et-Tobago,
3 Y compris agalesa, Rodrigues et Saint-Brandon. 12 Ne comprend que les pays, territoires ou zones uruguay, Venezuela (République bolivarienne du).
4 Y compris Fidji, la Nouvelle-Calédonie, la bénéficiaires de programmes de l’uNFPa : 15 Ne comprend que les pays, territoires ou zones
Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Îles Salomon et afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Cambodge, bénéficiaires de programmes de l’uNFPa :
Vanuatu. Chine, Corée (République démocratique populaire afrique du Sud, angola, Bénin, Botswana, Burkina
de), Fidji, Îles Cook, Îles Salomon, Inde, Indonésie, Faso, Burundi, Cameroun, Cap-Vert, Comores,
5 Comprend les États fédérés de micronésie, Iran (République islamique d’), Kiribati, malaisie, Congo, Côte d'Ivoire, Érythrée, Éthiopie, Gabon,
Guam, Kiribati, les Îles marshall, Nauru, les Îles maldives, Îles marshall, micronésie, mongolie, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée
mariannes septentrionales et les îles du Pacifique myanmar, Nauru, Népal, Nioué, Pakistan, équatoriale, Kenya, lesotho, libéria, madagascar,
(Palaos). Palaos, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Philippines, malawi, mali, maurice, mauritanie, mozambique,
6 Comprend les Samoa américaines, les Îles Cook, République populaire démocratique lao, Samoa, Sri Namibie, Niger, Nigéria, ouganda, République
l’Île Johnston, Pitcairn, le Samoa, les Îles Tokélaou, lanka, Thaïlande, Timor-leste, Tokélaou, Tongas, centrafricaine, République démocratique du
les Tonga, les Îles midway, Tuvalu et les Îles Tuvalu, Vanuatu, Viet Nam. Congo, République-unie de Tanzanie, Rwanda,
Wallis-et-Futuna. 13 Ne comprend que les pays, territoires ou zones Sénégal, Seychelles, Sierra leone, Swaziland,
bénéficiaires de programmes de l’uNFPa : Tchad, Togo, Zambie, Zimbabwe.
7 Ces chiffres comprennent l’actuel Soudan du Sud.
albanie, arménie, azerbaïdjan, Belarus, Bosnie- 16 les agrégats régionaux sont des moyennes
8 les régions développées comprennent l’amérique Herzégovine, Bulgarie, ex-République yougoslave pondérées basées sur les pays pour lesquels les
du Nord, le Japon, l’europe, l’australie et la de macédoine, Géorgie, Kazakhstan, Kirghizistan, données sont disponibles.
Nouvelle-Zélande. moldova (République de), ouzbékistan, Roumanie,
Russie (Fédération de), Serbie, Tadjikistan,
Turkménistan, ukraine.
Notes techniques :
Sources des données et définitions
([Link] Nations unies, département des affaires
Suivi des objectifs de la CIPD économiques et sociales, division de la statistique, les naissances avec
Santé maternelle et néonatale assistance qualifiée sont le pourcentage des accouchements bénéficiant de
Taux de mortalité des moins de 5 ans, pour 1 000 naissances vivantes, la présence d’un personnel qualifié pour dispenser des soins d’obstétrique,
2009 Source : Site web des Indicateurs des objectifs du millénaire pour le à savoir d’assurer notamment la supervision et de fournir les soins et les
développement ([Link] Nations unies, dépar- conseils nécessaires aux femmes durant la grossesse, le travail et le post-
tement des affaires économiques et sociales, division de la statistique, le partum, d’effectuer des accouchements de son propre chef et de dispenser
taux de mortalité des moins de 5 ans indique la probabilité (exprimé en des soins aux nouveau-nés, les accoucheuses traditionnelles, même si elles
taux pour 1 000 naissances vivantes) qu’un enfant né au cours d’une année ont suivi une brève formation, ne sont pas incluses.
donnée décède entre sa naissance et son cinquième anniversaire s’il est
sujet aux taux de mortalité actuels par âge. Éducation
Ratio de mortalité maternelle, pour 100 000 naissances vivantes, 2008 Taux net de scolarisation dans le primaire, en pourcentage, garçons/filles,
Source : Site web des Indicateurs des objectifs du millénaire pour le 1991/2009 Source : Site web des Indicateurs des objectifs du millénaire
développement ([Link] Nations unies, pour le développement ([Link] Nations
département des affaires économiques et sociales, division de la unies, département des affaires économiques et sociales, division de la
statistique, Ce ratio mesure la proportion de femmes mourant au cours statistique, le taux net de scolarisation dans l’enseignement primaire est
d’une année donnée suite aux complications liées à la grossesse ou pendant le nombre d’enfants d’âge scolaire officiel pour ce niveau d’enseignement
la période de 42 jours suivant l’accouchement ou l’interruption de la selon la Classification internationale type de l’éducation (CITe 97) qui sont
grossesse, pour 100 000 naissances vivantes. inscrits dans l’enseignement primaire exprimé en pourcentage du nombre
Taux de natalité chez les adolescentes, pour 1 000 femmes de 15 à total d’enfants du groupe d’âge scolaire officiel, le taux de scolarisation
19 ans, 1996/2008 Source : Site web des Indicateurs des objectifs du net dans l’enseignement primaire comprend aussi les enfants d’âge scolaire
millénaire pour le développement ([Link] primaire qui sont inscrits dans l’enseignement secondaire, lorsqu’il existe
Nations unies, département des affaires économiques et sociales, division plusieurs systèmes d’enseignement primaire dans le pays, c’est le système
de la statistique, le taux de natalité chez les adolescentes est le nombre le plus répandu qui est utilisé pour déterminer l’âge scolaire officiel.
annuel de naissances pour 1 000 femmes de 15 à 19 ans, Il est également Taux net de scolarisation dans le secondaire, en pourcentage, garçons/
dénommé « taux de fécondité par âge pour les femmes de 15 à 19 ans », filles, 1999/2010 Source : Site web du Centre de données de l’Institut de
Naissances avec assistance qualifiée, en pourcentage, 1992/2009 Source : statistique de l’uNeSCo ([Link]
Site web des Indicateurs des objectifs du millénaire pour le développement document,aspx?ReportId=143&IF_language=fre), Institut de statistique de
122 I NdI CaTe uRS
l’uNeSCo, le taux net de scolarisation dans l’enseignement secondaire est erronées les plus communes sur la transmission du VIH et qui savent
le nombre d’enfants d’âge scolaire officiel pour ce niveau d’enseignement qu’une personne apparemment en bonne santé peut être porteuse du VIH,
selon la Classification internationale type de l’éducation (CITe 97) qui sont Taux de prévalence du VIH/sida dans la population âgée de 15 à 24 ans,
inscrits dans l’enseignement secondaire exprimé en pourcentage du nombre en pourcentage, hommes/femmes, 2009 Source : oNuSIda, 2010, Global
total d’enfants du groupe d’âge scolaire officiel, lorsqu’il existe plusieurs report: UNAIDS report on the global AIDS epidemic 2010, Genève : oNuSIda,
systèmes d’enseignement secondaire dans le pays, c’est le système le plus le taux de prévalence du VIH/sida est le pourcentage estimé d’hommes et
répandu qui est utilisé pour déterminer l’âge scolaire officiel. de femmes de 15 à 24 ans qui vivent avec le VIH.
Taux d’alphabétisation, population de 15 à 24 ans, pourcentage,
hommes/femmes, 1991/2008 Source : Site web des Indicateurs des Indicateurs démographiques, sociaux
objectifs du millénaire pour le développement ([Link] et économiques
mdg/), Nations unies, département des affaires économiques et sociales, Population en millions, totale et hommes/femmes, 2011 Source : Nations
division de la statistique, le taux d’alphabétisation est le pourcentage unies, département des affaires économiques et sociales, division de la
de la population d’un groupe donné, ici la population de 15 à 24 ans, qui population (2011), World Population Prospects: The 2010 Revision, New York :
est capable de lire et d’écrire en le comprenant un texte court et simple oNu, Cet indicateur est le nombre effectif en millions de personnes de la
concernant la vie quotidienne. population d’un pays, d’une zone ou d’une région au 1er juillet de l’année
indiquée, Il est basé sur la variante moyenne des projections.
Santé sexuelle et reproductive Taux de croissance démographique, en pourcentage 2010-2015 Source :
Taux de prévalence de la contraception, femmes de 15 à 49 ans, toute Nations unies, département des affaires économiques et sociales, division
méthode/méthode moderne, 1990/2010 Source : Nations unies, de la population (2011), World Population Prospects: The 2010 Revision, New
département des affaires économiques et sociales, division de la population York : oNu, le taux de croissance démographique est le taux de croissance
(2011), World Contraceptive Use 2010, New York : oNu, le taux de prévalence exponentielle moyen de la population sur une période donnée, Il est basé
des contraceptifs est le pourcentage de femmes mariées (y compris les sur la variante moyenne des projections.
femmes vivant en concubinage) qui utilisent actuellement soit une méthode Taux de population urbaine, en pourcentage, 2010 Source : Nations unies,
quelconque de contraception, soit une méthode moderne, les méthodes département des affaires économiques et sociales, division de la population
modernes comprennent la stérilisation masculine et féminine, le dIu, la (2010), World Urbanization Prospects: The 2009 Revision, New York : oNu, Cet
pilule, les injectables, les implants hormonaux, les préservatifs masculins indicateur est la proportion de la population nationale vivant dans des zones
et les méthodes mécaniques utilisées par les femmes, Ces chiffres sont définies par le pays comme urbaines, est généralement considérée comme
comparables en gros, mais pas complètement, d’un pays à l’autre, en raison urbaine la population vivant dans des villes de 2 000 habitants ou plus ou
des différences concernant l’âge des populations interrogées (le groupe dans l’agglomération de la capitale nationale et des capitales provinciales.
des femmes de 15 à 49 ans étant le plus communément retenu), l’époque Taux global de fécondité, par femme de 15 à 49 ans, 2010-2015
à laquelle les enquêtes ont été menées et le détail des questions qui ont Source : Nations unies, département des affaires économiques et sociales,
été posées. division de la population (2011), World Population Prospects: The 2010
Besoin de planification familiale non satisfait, pourcentage, 1992/2009 Revision, New York : oNu, le taux global de fécondité est le nombre moyen
Source : Nations unies, département des affaires économiques et sociales, d’enfants qu’une femme aurait au cours de sa vie procréatrice en assumant
division de la population (2011), World Contraceptive Use 2010, New York : que les taux de fécondité par âge restent constants tout au long de sa vie
oNu, les indicateurs figurant ici concernent les femmes mariées ou en procréatrice, Il est basé sur la variante moyenne des projections.
concubinage, les femmes ayant un besoin de planification familiale non Espérance de vie à la naissance, hommes/femmes, 2010-2015 Source :
satisfait comprennent toutes les femmes enceintes dont la grossesse Nations unies, département des affaires économiques et sociales, division de
n’était pas désirée au moment de la conception, toutes les femmes la population (2011), World Population Prospects: The 2010 Revision, New York :
aménorrhéiques en phase post-partum qui n’utilisent pas de moyens de oNu, l’espérance de vie à la naissance est le nombre moyen d›années que
planification familiale et dont la dernière grossesse n’était pas désirée ou peut espérer vivre un nouveau-né, si les conditions de santé et de vie ayant
n’est pas survenue à un moment planifié, et toutes les femmes fécondes qui prévalu à l’époque de sa naissance demeurent inchangées durant toute sa vie.
ne sont ni enceintes ni aménorrhéiques et qui soit ne veulent pas davantage Population utilisant des infrastructures d’assainissement améliorées,
d’enfants (souhaitent limiter la taille de la famille), soit veulent retarder d’au en pourcentage, 2000/2008 Source : Site web des Indicateurs des
moins deux ans la naissance d’un enfant, soit ne savent pas quand ou si elles objectifs du millénaire pour le développement ([Link]
voudront un autre enfant (souhaitent espacer les naissances) mais n’utilisent mdg/), Nations unies, département des affaires économiques et sociales,
pas de moyens contraceptifs, les femmes qui sont tombées enceintes division de la statistique, Cet indicateur est la proportion de la population
involontairement du fait d’une inefficacité du moyen de contraception ayant accès à des infrastructures qui isolent de manière hygiénique les
ne sont pas comprises dans le groupe des femmes ayant un besoin non excréments humains pour éviter le contact avec ceux-ci.
satisfait de planification familiale. Population disposant de moins de 1,25 dollar par jour (PPA), en
Population âgée de 15 à 24 ans ayant des connaissances exactes et pourcentage, 1992/2008 Source : Site web des Indicateurs des objectifs
complètes au sujet du VIH/sida, en pourcentage, hommes/femmes, du millénaire pour le développement ([Link]
2000/2008 Source : Site web des Indicateurs des objectifs du millénaire Nations unies, département des affaires économiques et sociales, division
pour le développement ([Link] Nations de la statistique, la proportion de la population disposant de moins de 1,25
unies, département des affaires économiques et sociales, division de la dollar par jour en parité du pouvoir d’achat (PPa) représente le pourcentage
statistique, Cet indicateur mesure la proportion de gens de 15 à 24 ans qui de la population vivant avec un revenu inférieur à 1,25 dollar par jour aux
connaissent les deux moyens principaux de prévenir la transmission du VIH prix internationaux mesurés en 2005, ajustés pour tenir compte de la parité
par voie sexuelle (usage du préservatif et limitation des rapports sexuels à du pouvoir d’achat.
un partenaire fidèle, non infecté), qui rejettent les deux conceptions locales
É TaT d e l a P o Pu l aT Io N moN d I a l e 2 0 1 1 123
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124 R É FÉ ReNCeS B I B lIo GRaPHIQ ueS C Ho ISIeS
État de la population mondiale 2011
Le présent rapport a été élaboré par la Division de ’information Ann Erb-Leoncavallo, Antti Kaartinen, Bettina Maas, Purnima
et des relations extérieures de l’UNFPA, le Fonds des Nations Mane, Niyi Ojuolape, Elena Pirondini, Sherin Saadallah et Mari
Unies pour la population. Simonen du Bureau du Directeur exécutif de l’UNFPA.
D’autres collègues de la Division technique et de la Division des
Équipe de rédaction
programmes de l’UNFPA, trop nombreux pour les mentionner
toutes et tous ici, ont également émis des remarques très
Reporter principale : Barbara Crossette
pertinentes sur les versions préliminaires du rapport, assuré
Reportage supplémentaire et rédaction : Richard Kollodge l’exactitude des données et précisé les orientations sur les
Commission consultative de l’UNFPA : Rune Froseth, problématiques traitées. La Division de la population du
Werner Haug, Aminata Toure, Sylvia Wong Département des affaires économiques et sociales des Nations
Rédacteur en chef : Richard Kollodge Unies, source de la plupart des données du rapport, a guidé
Rédacteur associé : Robert Puchalik l’analyse et la présentation des projections démographiques;
Rédactrice et administratrice associée : Mirey Chaljub l’élaboration du rapport n’aurait pas été possible sans son appui.
Responsable de la diffusion : Jayesh Gulrajani L’Institut de statistique de l’UNESCO, l’UNICEF, l’Organisation
mondiale de la santé, l’Organisation des Nations Unies pour
Remerciements l’alimentation et l’agriculture, la Banque mondiale et le Resource
Flows Project de l'UNFPA/NIDI et la Division de statistique
L’équipe de rédaction est particulièrement reconnaissante du Département des affaires économiques et sociales
envers la Commission consultative d’avoir guidé la des Nations Unies ont également fourni des données
conceptualisation et l’élaboration du présent rapport et des indispensables. Edilberto Loaiza du Service de la population
précieux retours d’information qu’elle a émis sur les versions et du développement de l’UNFPA a guidé le choix et la
préliminaires de celui-ci. Les chefs ou chefs par intérim de sept présentation des indicateurs.
bureaux de pays de l’UNFPA (et leur personnel) ont organisé
les interviews, pris les dispositions logistiques, aidé à repérer Grâce au généreux soutien financier de la Division technique
les sujets d’articles et guidé le reportage dans la région relevant de l’UNFPA, le présent rapport contient uniquement des
de leur compétence : Bernard Coquelin (Chine), Ziad Rifai clichés photographiques originaux des personnes et des
(Égypte), Benoit Kalasa (Éthiopie), Marc Derveeuw (Inde), lieux mentionnés dans le texte.
Diego Palacios (Mexique), Patricia Guzmán (Mozambique),
Agathe Lawson (Nigéria) et François Farah et Tatjana Sikoska Ces clichés photographiques sont dus à Guo Tieliu (Chine),
(ex-République yougoslave de Macédoine). Les directrices Matthew Cassel (Égypte), Antonio Fiorente (Éthiopie),
et directeurs régionaux de l’UNFPA ont fourni des appuis Sami Sallinen (Finlande), Sanjit Das et Atul Loke (Inde),
extrêmement utiles à l’élaboration du rapport : Hafedh Chekir Ricardo Ramírez Arriola (Mexique), Pedro Sá da Bandeira
(États arabes), Thea Fierens (Europe de l’Est et Asie centrale), (Mozambique), Akintunde Akinleye (Nigéria), et Antonin
Nobuko Horibe (Asie et Pacifique), Bunmi Makinwa (Afrique) Kratochvil (ex-République yougoslave de Macédoine).
et Marcela Suazo (Amérique latine et Caraïbes). Hilkka
Vuorenmaa, responsable principale du plaidoyer de Väestöliitto, L’équipe de rédaction tient également à remercier les personnes
la Fédération familiale de Finlande, s’est chargée des préparatifs qui ont courageusement fait le récit des expériences qu’elles ont
des reportages dans ce pays. vécues pour le rapport.
De précieux apports ont également été effectués par Safiye Photo de couverture :
Çağar, Directrice de la Division de l’information et des Classe de géographie à l’université Eduardo Mondlane L’UNFPA, Fonds des Nations Unies pour la population, est une organisation internationale au
relations extérieures, Neil Ford, Chef du Bureau des médias de Maputo (Mozambique).
et de la communication, et Delia Barcelona, Saturnin Epie,
service du développement qui promeut le droit de chaque femme, homme et enfant à vivre
©UNFPA/Pedro Sá da Bandeira
en bonne santé et à jouir de chances égales. L’UNFPA vient en aide aux pays qui utilisent
les données relatives à la population afin de concevoir des politiques et des programmes
visant à réduire la pauvreté et à faire en sorte que chaque grossesse soit désirée, chaque
accouchement sans danger, chaque jeune non contaminé par le VIH/sida, chaque fille et
chaque femme traitée avec dignité et respect.
L’UNFPA — parce que tout le monde compte.
Pour 7 millions d’habitants, 7 opportunités état de la population mondiale 2011
1 Réduire la pauvreté et les inégalités peut ralentir la croissance
démographique.
2 Libérer le pouvoir des femmes et des filles peut accélérer les progrès
sur tous les fronts.
3 Énergiques et ouverts aux nouvelles technologies, les jeunes peuvent
transformer la politique et la culture mondiales.
4 Veiller à ce que chaque enfant soit désiré et chaque accouchement
sans danger peut réduire la taille des familles et les renforcer.
5 Chacun de nous dépend d’une planète en bonne santé et nous
devons donc tous contribuer à la protection de l’environnement.
6 Promouvoir la santé et la productivité des personnes âgées peut
atténuer les défis auxquels fait face une société vieillissante.
7 Les deux prochains milliards d'humains vivront dans les villes;
c’est pourquoi nous devons planifier dès maintenant leur arrivée.
Fonds des Nations Unies pour la population
605 Third Avenue
New York, NY 10158 (États-Unis d'Amérique)
7 milliards
Tél. : +1-212 297-5000
[Link]
©UNFPA 2011
de personnes
USD $24.00
ISBN 978-0-89714-991-4
sales no. [Link].H.1
F/3 500/2011
leur monde,
leurs possibilités
[Link]
Imprimé sur papier recyclé.