La conscience et l’inconscient
LA CONSCIENCE (et l’inconscient)
INTRODUCTION : définitions
1. être conscient c’est être présent à soi et au monde ; être là, sentir, prendre acte, ( il y a le froid par
exemple) être capable de réagir. C’est la conscience immédiate. Un système sensori-moteur et un système
nerveux central en bon ordre suffisent pour être conscient en ce sens.
Ne pas être conscient en ce sens là, c’est être endormi, ivre mort ou atteint d’une pathologie de la perception.
Etre conscient, c’est percevoir.
2. être conscient, c’est percevoir qu’on perçoit, se rendre vraiment compte de ce dont on a une conscience
immédiate ; ce n’est pas seulement être là, c’est savoir qu’on est là. C’est ce qu’on appelle la conscience
réfléchie, qui fait retour sur ce dont on a une conscience immédiate.
D’où un double mouvement :
- distanciation (mettre à distance la sensation de froid qui m’engourdit, me glace, me colle comme un objet
pour la pensée, plus seulement comme un vécu , un état. C’est ce qui se passe quand je porte attention à
quelque chose dont j’ai par ailleurs la sensation. Il y a pas seulement le froid, il y a désormais le froid pour
moi.
- d’appropriation, de synthèse : il y a aussi moi dans le froid. Percevoir qu’on perçoit, c’est en même temps
que l’on prend conscience de l’état de conscience ( distanciation ) , prendre conscience que cet état de
conscience est le mien : c’est moi qui ait froid.
Ce qui signifie qu’en même temps que je perçois que je perçois, je m’entraperçois. Je me perçois
comme sujet de cet objet ( état de conscience) même si je ne suis pas l’objet de ma conscience.
La conscience réfléchie est donc en même temps que la pleine conscience des choses, la conscience de soi.
En ce sens, ne pas être conscient, c’est être par exemple comme le somnambule : il perçoit mais ne se
perçoit pas percevant et du coup n’a aucune mémoire de ces promenades nocturnes ( ni de compte à rendre)
qu’il ne ramène pas à soi ; c’est aussi le cas du schizophrène qui ne ramène pas à lui ses actes, par
distraction : il a eu une intention, mais c’est à un autre qu’il prête l’action ; c’est aussi le cas de la distraction
pathologique : impossibilité de synthétiser tous les actes et états de conscience.
Cette conscience réfléchie fait :
1) qu’on est capable de faire retour sur ce dont on a une conscience immédiate : de s’interroger, d’analyser,
de douter, donc de penser. C’est ce qui permet la conscience morale( je peux juger et me juger, attribuant à
moi-même mes actes et états de conscience).
2) qu’on « possède le je dans sa propre représentation », on se pense comme UN et IDENTIQUE ( Même)
sous les divers états de conscience. Sans cela, on se perdrait dans tous nos états de conscience, sentiment de
dispersion, d’éclatement. C’est ce qui fait qu’on se représente comme « une seule et même personne »
- Texte de Kant, texte 1 p. 190 : Kant considère que cette conscience réfléchie est un « privilège humain »
donc une qualité essentielle et distinctive de l’homme, acquise ( ce n’est que vers 1 an que l’enfant prend
conscience de lui-même en particulier grâce au langage, au mot “Je”. Les psychologues confirme cette
idée que le soi doit émerger, que se sentir soi, ce n’est pas encore se savoir soi, se distinguer des autres, se
penser à la première personne) . Et par là, il est une personne, « une fin en soi » et a une dignité, une valeur
absolue ; l’animal comme un objet n’est qu’un « moyen », a un prix, une valeur absolue
Mais Nietzsche souligne lui les limites de cette conscience de soi, via son origine. C’est parce que l’homme
est un être inadapté, qu’il est un être qui a besoin des autres, qu’il doit leur dire ce dont il a besoin et qu’il
doit se le dire et être conscient pour cela, mais pas plus : superficialité de la conscience. C’est donc
un privilège bien fragile, peut-être usurpé ( certains animaux ont cette conscience de soi)
et lourd à assumer ( la conscience entraîne la responsabilité devant soi et les autres).
I. de la certitude d’être
A. Descartes et le Cogito ergo sum ( “je pense donc je suis”).
On y retrouve donc la différence entre le domaine des moeurs ( action, la morale provisoire parce qu’il faut
agir et que l’irrésolution entraîne ou l’inéfficacité ou l’apathie) et celui du jugement, le principe du doute
hyperbolique ( exagéré et feint) et ses conséquences ( les deux sources de nos connaissances ( sens et
raisonnement) se tarissent et la réalité même de notre pensée est rejetée. Tout devient faux, mais si tout est
faut, c’est parce qu’il y a doute; douter, c’est penser et si je pense, je sais que je pense et donc que je suis.
C’est une intuition indubitable, que l’on peut prendre comme une vérité et même comme un modèle de
vérité: tout ce qui se présentera avec la même évidence, la même clarté pourra être considéré vrai.
Mais Descartes ne s’arrête pas là, il va jusqu’à dire que: non seulement, je sais que je suis (1) , mais je
sais aussi ce que je suis (2). Je suis une substance pensante, une âme.
Le passage de 1 à 2, c’est ce qu’on appelle le saut substantialiste et il s’appuie sur unDUALISME ( je suis
esprit et j’ai un corps) et sur un SUBSTANTIALISME ( sub-stance, ce qui se tient dessous; il y aurait donc
l’existence d’une substance pensante, sous mes pensées et états de consciences.
B. Critiques du cogito
- le dualisme: si on distingue la pensée et l’étendue, l’âme et le corps, comment expliquer que l’âme
immatérielle puisse commander au corps ou qu’il puisse l’affecter, d’où des monismes ( 1 seul principe,
mono) qui semblent plus cohérents: tout est matériel (matérialisme) , tout est esprit ( immatérialisme de
Berkeley) cf : le cours sur matière et esprit
- le substantialisme: pourquoi associer le Je à une substance pensante, parce qu’on a l’a priorui que ce qui est
propre à l’homme, c’est la pensée; parce qu’on pense la prise de conscience sous la forme d’une
appropriation, d’une digestion, on ramène à soi ce dont on prend conscience; alors qu’on pourrait la penser
comme un mouvement vers, on va vers ce dont on prend conscience. La conscience est intentionalité, c’est
ce que soutiennent Husserl et Sartre. « connaître, c’est s’éclater vers »
De plus,
-ce n’est pas parce qu’il y a constat d’une activité que j’en suis forcément, ce n’est pas parce que ça pense,
que c’est moi qui pense, que je suis pensée. Pour Nietzsche, Descartes est victime de la grammaire
- pour affirmer que je sais ce que je suis, il faut ajouter à l’idée d’un je qui peut en effet être intuitionné
comme une évidence, une expérience de ce Je OR comme le souligne l’empiriste Hume, on ne peut pas faire
l’expérience ( la rencontre de son Je), car pour cela il faudrait le saisir en dehors de tout état de consciencen
ce qui revient à dire que nous sérions inconscient et dans ce cas le je disparaît avec la conscience
S’il y a un je , c’est un « je transcendantal » c’est-à-dire qui est condition de toute expérience possible, mais
qui ne peut être l’objet d’aucune expérience et donc Descartes a commis un paralogisme, un faux
raisonnement. Il est allé trop loin.
Transition: ceci dit, cette conscience de soi fait qu’on se sait être un je, une personne, mais elle ne me dit
pas qui je suis, avoir un je, ce n’est pas encore avoir un moi ( un moi empirique)
II. la conscience est-elle connaissance?
A. Du je au moi: la connaissance de soi
- x = je : être un je, posséder le je dans sa propre représentation : avoir la conscience d’être, d’être une seule
et même personne, un sujet par opposition aux objets, mais un sujet parmi les sujets, qui sait qu’il est, ce
qu’il est, se distingue des autres, mais sans pour autant savoir ce qui le distingue des autres. Un “je”
impersonnel, un “je” transcendantal, dira Kant, sur lequel va pouvoir être construit le moi.-
- je = moi: avoir un moi et être moi : moi, c’est je vu par je. Avoir un moi, ce n’est pas seulement, ce n’est
pas seulement savoir que l’on est une seule et même personne, c’est savoir QUI on est, quelle est notre
personnalité, quel individu nous sommes. C’est le moi psychologique ou empirique, qui fait que je ne suis
pas toi mais aussi que je reste moi sous les changements. Avoir un moi, c’est avoir une identité. Cette
identité existe de manière objective ( et en ce sens je ne peux pas ne pas être moi): je suis en tant qu’être
vivant numériquement un , donc distinct des autres qui peuvent me ressembler, être mes égaux, mais ne
peuvent pas à cause de cette séparation spatiale être identique à moi ( c’est le principe des indiscernables de
Leibniz); j’ai un état civil; je suis identifié par les autres; j’ai un corps, un code génétique, etc… Mais ce
n’est pas parce que je suis moi objectivement que je suis moi pour moi; mon identité est aussi et surtout
subjective ( ce que je pense être moi n’est pas forcèment ce que je suis objectivement): je suis ce à quoi je
m’attache, mais aussi mon vécu , ma mémoire ( exemple de l’inversion des corps et âmes du prince et du
savetier à la résurrection imaginé par Locke). L’identité objective fait de moi un homme différent des autres
( je ne peux pas ne pas être moi) , mais l’identité subjective fait de moi, moi égal à moi-même ( je suis moi
pour moi).
- moi= moi: être soi-même: cela renvoie à un accord entre moi et moi: être moi-même, c’est d’abord être en
accord externe entre ce que je suis et ce que je parais, ce que je pense et fais ( pas de masque ou s’il y a
masque, je sais que ce n’est que le je de la comédie humaine), … mais c’est surtout être en accord
interne: être soi-même présuppose que l’on sait qui on est, on a alors le sentiment d’être en accord avec cela,
mais il se peut que tout à coup on se révèle étranger à soi: impression d’être devenu quelqu’un d’autre,
d’avoir été dépersonnalisé, d’être possédé dans la passion, comme il se peut qu’on se rende compte que l’on
est pas encore pleinement soi: en construction, en recherche de ce que l’on est. Etre soi-même, ce serait alors
être en accord avec ce qu’on doit être, ou se doit d’être.
Transition: être soi-même présuppose donc qu’on se connaisse!
B. la connaissance de soi
1. les obstacles
Cette connaissance semble:
- gênée parles autres qui nous emprisonnent dans des jugements, dans des rôles, qui nous habitent,
conditionnant nos pensées, nos valeurs, nos désirs MAIS aussi par nous-mêmes:
- notre constitution , le fait que nous sommes en permanente construction et refonte, cherchant toujours à
coïncider avec ce que nous pensons, souhaitons être. Or la connaissance présuppose un objet défini et fini.
- notre place, le fait que nous manquons de distance par rapport à soi : si la conscience est « dévoilante »,
elle fait de nous des « détecteurs de l’être » à défaut d’en être les créateurs ; exemple du paysage, ( Sartre, p
30) , elle est en quelque sorte aveugle sur elle-même comme l’œil qui voit tout mais ne peut se voir lui-
même. D’où une absence de distance critique.
- le fait que la conscience fasse en même temps que la grandeur de l’homme sa misère : idée de la
conscience malheureuse, qui fait qu’on n’a pas vraiment ou souvent le désir de se connaître, car à la fois on
en sait déjà TROP et PAS ASSEZ . D’où fuite de soi dans le divertissement au sens de Pascal ( “di-vertir”=
regarder ailleurs; être affairé, au milieu des autres pour ne pas être face à soi…)
- la superficialité de notre conscience qui n’ est née que tardivement par besoin d’assistance, de
communiquer pour survivre selon Nietzsche et que la nature nous a donné plus pour la survie de l’espèce
que pour la réalisation de soi individuelle. On est juste assez conscient pour se sentir responsable et avoir
l’illusion d’être libre. Ce qui permet à certains de nous tenir, de nous dominer, de faire en sorte qu’on ne
sorte pas du troupeau. D’où absence de transparence, de translucidité de la conscience que renforce la
théorie psychanalytique freudienne de l’inconscient.
2. les médiations
Cette connaissance est favorisée par :
autrui qui est garant de mon identité : l’identité du sujet dans le temps se fonde sur « le
témoignage des autres » selon Leibniz dans Nouveaux essais sur l’entendement humain. Ma
conscience fonctionne par intermittence, elle est soumise au temps ( j’oublie) mais autrui me rappelle
que c’est moi hier qui ait fait cela, même si aujourd’hui je ne l’assume pas ou ne m’en rappelle pas
d’où identité morale de la personne.
Les autres sont aussi des alter ego, alter donc à distance pour me juger, mais aussi des ego semblables à
moi qui me permettent de mieux me comprendre ou me donnent l’occasion de me ré[Link] enfin par leur
simple présence, il m’oblige à me voir comme un objet et à me juger ( et à éprouver par exemple de la
honte), alors que seul je me vois comme un sujet ( qui ne se réduit pas à ce qu’il est là), ou je ne me vois
même pas ( absorbé dans mes actes ou sensations). D’où le fameux “l’enfer, c’est les autres” dans Huis
clos, non pas parce qu’ils me jugent, mais parce qu’ils m’obligent à me juger, à prendre conscience de ce
que je suis et de ce qui est mon devoir selon Lévinas. Et même s’ils ne sont pas là, ils m’accompagnent. Il
suffit que je les imagine là!
Et enfin par leur simple présence, il m’oblige à me voir comme un objet et à me juger ( et à éprouver
par exemple de la honte), alors que seul je me vois comme un sujet ( qui ne se réduit pas à ce qu’il est là), ou
je ne me vois même pas ( absorbé dans mes actes ou sensations). D’où le fameux “l’enfer, c’est les
autres” dans Huis clos, non pas parce qu’ils me jugent, mais parce qu’ils m’obligent à me juger, à prendre
conscience de ce que je suis et de ce qui est mon devoir selon Lévinas. Et même s’ils ne sont pas là, ils
m’accompagnent. Il suffit que je les imagine là!
mon expérience, le vécu, on se découvre en s’éprouvant
le langage: l’usage du Je selon Kant qui fait que nd’un vague sentiment de soi, on pense à une idée
claire de son identité, par les mots, on se pense , on se raconte . ce que je suis , c’est le récit que je
fais de moi-même: identité narrative.
mes oeuvres: c’est ce que souligne Hegel avec” son cogito pratique”. Nier le donné naturel est
proprement humain, nos oeuvres portent notre cachet personnel et sont là devant nous la
matérialisation de notre existence, d’autant plus solide que l’oeuvre n’est pas consommée, usée par
usage, comme l’oeuvre d’art vouée à être contemplée.
Complément . De la connaissance de soi à la reconnaissance de soi.
exposé de la dialectique du maître et de l’esclave dans la phénoménologie de l’esprit de Hegel :
Pour Hegel, en tant qu’homme conscient, nous menons une double existence : en tant qu’être vivant,
l’homme a une existence en soi, nous sommes là, « enfoncés dans l’être de la vie », chose parmi les choses,
objet parmi les objets mais en tant qu’être conscient, il a aussi uneexistence pour soi. Il est donc d’un côté
une chose parmi les choses et de l’autre, un sujet, au-dessus des choses, capable de les penser, de les nier (
les consommer et les transforner par l’éducation et le travail), de les dépasser, c’est toute la différence entre
le besoin (vital) et le désir d’ailleurs. Bien que dans le monde (la matière, la nature), l’homme se sent dés
lors appartenir à un autre monde (le monde humain), à un autre ordre des choses (celui de l’esprit).
Mais il a besoin d’y être accueilli et reconnu par les autres membres pour s’en sentir membre à part entière.
D’où le désir d’être reconnu comme sujet par les autres sujets tout en étant tenté de les n,ier en tant d’objet.
En effet , le problème, c’est qu’on voit d’abord l’autre comme une chose parmi les choses en quelque sorte,
puisqu’il est d’abord un objet de et pour ma conscience (et même soi finalement, on se voit d’abord comme
un être vivant attaché à la vie). Et réciproquement, l’autre me voit d’abord comme objet.
Mais comme chacun veut être reconnu comme sujet, il va y avoir conflit, lutte. Le but de cette lutte est de
montrer à l’autre que, bien qu’enfoncé dans l’être de la vie, je suis capable de dépasser cela pour m’affirmer
comme esprit, sujet, liberté. Et, c’est pourquoi Hegel présente cette lutte comme une lutte à mort. Car c’est
face à la mort qu’on peut évaluer son attachement à la vie du corps comme à celle de l’esprit. Jusqu’où
sommes-nous prêt à aller pour s’affirmer esprit, jusqu’au risque de sa vie et éventuellement à la mort du
corps?
Hegel va imaginer que dans cette lutte l’un va céder, c’est-à-dire va préférer plutôt que de rsiquer sa vie, de
mourir au monde matérielle, perdre sa liberté, en gardant sa vie sauve au prix du sacrifice de sa liberté ;
parce qu’il est trop attaché à son existence en soi, parce qu’il est encore pour lui objet (esclave de l’en soi en
quelque sorte), il sera esclave et l’autre, qui, lui, était prêt à mourir pour être reconnu comme sujet, sera le
maître.
Mais à ce stade là, ni l’un ni l’autre n’est finalement satisfait dans son désir de reconnaissance : l’esclave
n’est pas reconnu comme sujet, mais le maître n’est pas reconnu comme sujet par un sujet pour soi, par un
égal. Frustration des deux côtés.
Mais ensuite l’esclave, selon Hegel, va prendre conscience qu’il est sujet dans son travail forcé au travers de
ses productions (une part de lui face à lui) et de sa capacité à maîtriser, à transformer le monde de l’en soi (il
est donc au-dessus et homme !), de le faire sien. Il devient par là pour lui même un sujet.
C’est ce que confirme ce texte de Kojève commentant Hegel: « Le Maître force l’Esclave à travailler. Et en
travaillant, l’Esclave devient maître de la Nature. Or, il n’est devenu l’Esclave du Maître que parce
que— au prime abord — il était esclave de la Nature, en se solidarisant avec elle et en se
subordonnant à ses lois par l’acceptation de l’instinct de conservation. En devenant par le travail
maître de la Nature l’Esclave se libère donc de sa propre nature, de son propre instinct qui le liait à la
Nature et qui faisait de lui l’Esclave du Maître. En libérant l’Esclave de la Nature, le travail le libère donc
aussi de lui-même, de sa nature d’Esclave : il le libère du Maître. Dans le Monde naturel, donné, brut,
l’Esclave est esclave du Maître. Dans le Monde technique, transformé par son travail, il règne- ou, du moins,
règnera un jour — en Maître absolu. Et cette Maîtrise qui naît du travail, de la transformation progressive du
Monde donné et de l’homme donné dans ce Monde, sera tout autre chose que la Maîtrise « immédiate » du
Maître. L’avenir et l’Histoire appartiennent donc non pas au Maître guerrier, qui ou bien meurt ou
bien se maintient indéfiniment dans l’identité avec soi-même, mais à l’Esclave travailleur. Celui-ci, en
transformant le Monde donné par son travail, transcende le donné et ce qui est déterminé en lui-
même par ce donné ; il se dépasse donc, en dépassant aussi le Maître qui est lié au donné qu’il laisse
— ne travaillant pas —intact. Si l’angoisse de la mort incarnée pour l’Esclave dans la personne du Maître
guerrier est la condition sine qua non du progrès historique, c’est uniquement le travail de l’Esclave qui le
réalise et le parfait. »
D’où à nouveau l’idée d’un « cogito pratique » face au « cogito théorique » de Descartes. Mais ayant pris
conscience qu’il est un sujet en devenant maître de la nature, sujet au-dessu des objets, il va devoir à
nouveau lutter pour être reconnu, on peut penser que cette lutte est sans fin (toujours à recommencer en soi
et avec les autres) et que la reconnaissance obtenue est rarement celle qu’on attend et toujours à
conquérir.
Si les animaux luttent pour survivre, les hommes luttent pour être reconnus.
3. L’inconscient: l’hypothèse de Freud
Attention de ne pas confondre: Etre inconscient et avoir un inconscient
L’inconscient est au départ un adjectif qualifiant des états, des perceptions, des motifs, des connaissances.
Bien avant freud, on parle de cela :
- au quotidien pour qualifier le somnambule, l’irresponsable ( moral)
- en philosophie : théorie de la réminiscence de Platon, Leibniz (1646-1716) et les perceptions inconscientes
car perçues mais trop petites ou trop nombreuses, pour qu’on perçoive qu’on perçoit p38), Schopenhauer
qui suggère l’idée que la cause de nos volontés nous échappe : nous croyons vouloir mais en réalité ça veut
en nous, c’est le vouloir vivre qui est à l’origine tout, qui est une force irrationnnelle et insatiable de vie, qui
explique la volonté de vivre des végétaux et animaux, mais aussi nos désirs que nous croyons choisir et être
les nôtres.
- en neurologie : Charcot ( 1825-1893) et Janet (1859-1947), la distraction pathologique chez les hystériques
( faculté de synthèse altérée par une lésion, les phénomènes post-hypnotiques
D’où l’idée de subconscient= conscience affaiblie, obscure= absence de conscience réfléchie.
MAIS ici ON PENSE LE PSYCHISME= CONSCIENCE, or FREUD (1856-1939) pense le psychisme
comme composé de 2 parties : une consciente et une inconsciente, échappant radicalement à la conscience.
C’est le cas Anna.O (1859.1936)qui va inspirer à Freud et au DR BREUER, cette hypothèse
d’un inconscient.
le cas Anna. O: une jeune fille, à 21 ans, de 1880 à 1882, alors que son père est gravement malade,
développe une hystérie, c’est-à-dire qu’elle présente un ensemble de troubles physiques ( contracture
du cou, du côté droit, strabisme, hydrophobie, toux…) et psychologiques ( hallucinations, troubles du
langage, début de schizophrénie…) sans cause organique. Le Dr Breuer profite des états seconds
(hypnotique) dans lesquels plonge Anna.O tous les soirs pour la faire parler. C’est ce que précise
Breuer dans Etudes sur l’hystérie en 1896 contrairement à ce qu’insinue Freud dans Cin lecçons de
psychanalyse en 1909, où il laisse penser que Breuer utilisait l’hypnose. Pour confirmer cela, lisez ici
le texte de Breuer[Link] D cet état second,
elle raconte des souvenirs traumatisants ou plutôt revit ses évènements en exprimant l’émotion
réprimée ( théorie de « l’affect coincé »), ces évènements sont tous en lien à la maladie et mort de
son pè[Link] sortir de l’hypnose le trouble correspondant disparaît ou s’estompe. En réalité quand
Breuer cesse de traiter Anna. o, elle n’est pas guérie, elle fera jusqu’en 1888 des séjours réguliers en
maison de soins et ce n’est que par la publication de contes pour enfants ( reprenant ses rêves et
hallucinations) et en s’engageant auprès des orphelins, des mères en détresse qu’elle se libèrera de
ses troubles par un autre mécanisme de défense du Moi qui est la sublimation et que Freud étudiera
ensuite.
Ils notent donc que l’hystérie est une maladie psychosomatique et l’effet cathartique de la parole ( c’est
Anna O. qui parlera de “talking cure”). Le traitement de Anna O. est donc la première cure analytique,
psychanalytique.
Pour Freud , l’hystérique souffre de réminiscence, c’est-à-dire d’un retour du passé sans conscience de son
caractère passé, ses troubles sont des symptômes commémoratifs ( que la “rémémoration “sous hypnose
rend inutiles). La trace de ces évènements n’est pas gardée dans la conscience, la mémoire (
puisqu’impossibilité de s’en rappeler volontairement) mais ailleurs, d’où l’hypthèse de l’inconscient. Et la
résistance de l’hystérique à se rappeler ces souvenirs laisse penser à Freud que l’inconscient est le résultat
d’un mécanisme de défense conscient : le refoulement par le moi, d’où sa première TOPIQUE (
représentation spatiale, “topos”: lieu)
a. les Topiques
freud-Topiques–PPTminimizer- ( Powerpoint trouvé sur [Link] )
1ère Topique (1900 au Chap. 7 de L’interprétation des rêves)
Le psychisme est constitué de 3 parties: 1. l’ inconscient associé au refoulé , 2. Le pré-conscient et le
conscient associés au moi. 1 et 2 sont séparés par la barrière de la censure du moi, à l’origine du
refoulement.
Le refoulemnt consiste à renvoyer dans l’insconscient ce qui pourrait être source de souffrance, d’angoisse
ou de culpabilité à cause d’une contradiction entre le principe régissant l’inconscient ( le principe de plaisir)
et celui régissant la conscience (le principe de réalité).
Dans Introduction à la psychanalyse (1916), Freud explique de manière dynamique le fonctionnement du
psychisme:
“Nous avons tout avantage à dire que chaque processus fait d’abord partie du système psychique de
l’inconscient et peut, dans certaines circonstances, passer dans le système du conscient.
La représentation la plus simple de ce système est pour nous la plus commode : c’est la représentation
spatiale. “Nous assimilons donc le système de l’inconscient à une grande antichambre, dans laquelle les
tendances psychiques se pressent, tels des êtres vivants. À cette antichambre est attenante une autre pièce,
plus étroite, une sorte de salon, dans lequel séjourne la conscience. Mais à l’entrée de l’antichambre, dans
le salon veille un gardien qui inspecte chaque tendance psychique, lui impose la censure et l’empêche
d’entrer au salon si elle lui déplaît. Que le gardien renvoie une tendance donnée dès le seuil ou qu’il lui
fasse repasser le seuil après qu’elle a pénétré dans le salon, la différence n’est pas bien grande et le résultat
est à peu près le même. Tout dépend du degré de sa vigilance et de sa perspicacité. Cette image a pour nous
cet avantage qu’elle nous permet de développer notre nomenclature. Les tendances qui se trouvent dans
l’antichambre réservée à l’inconscient échappent au regard du conscient qui séjourne dans la pièce voisine.
Elles sont donc tout d’abord inconscientes. Lorsque, après avoir pénétré jusqu’au seuil, elles sont renvoyées
par le gardien, c’est qu’elles sont incapables de devenir conscientes : nous disons alors qu’elles sont
refoulées. Mais les tendances auxquelles le gardien a permis de franchir le seuil ne sont pas devenues pour
cela nécessairement conscientes ; elles peuvent le devenir si elles réussissent à attirer sur elles le regard de
la conscience. Nous appellerons donc cette deuxième pièce système de la préconscience (le préconscient).
Le fait pour un processus de devenir conscient garde ainsi son sens purement descriptif. L’essence du
refoulement consiste en ce qu’une tendance donnée est empêchée par le gardien de pénétrer de l’inconscient
dans le préconscient. Et c’est ce gardien qui nous apparaît sous la forme d’une résistance, lorsque nous
essayons, par le traitement analytique, de mettre fin au refoulement.”
2ème Topique entre 1916 et 1920
Ceci est la représentation faite par Freud., avec le moi assimilé à “une pauvre créature
devant servir 3 maîtres” ( le ça, le surmoi et le monde extérieur)
en voilà une autre:
le ça, c’est le fond du psychisme, il est constitué d’une partie héréditaire et innée (pulsions naturelles) et
d’une partie acquise (pulsions refoulées). Dans sa partie innée, c’est « leréservoir de la libido », l’énergie
sexuelle de vie et dans l’autre, c’est le résultat du refoulement. Le refoulement, c’est l’opération par
laquelle « je » cherche inconsciemment (refoulement primaire) ou consciemment (refoulement secondaire),
à maintenir inconscientes certaines pulsions qui si elles passaient à la conscience seraient sources de
déplaisir et de souffrance. Donc le refoulement a lieu pour éviter le déplaisir. Ce déplaisir s’oppose à la
logique de l’inconscient qui est que toute pulsion doit parvenir à satisfaction et qu’il faut absolument éviter
le déplaisir. C’est le principe de plaisir. Mais à ce principe s’oppose le principe de réalité qui apparaît
avec la conscience. La réalité, c’est qu’il y a des limites à la satisfaction de nos pulsions : limites naturelles,
sociales, morales. Lorsqu’il y a conflit entre ces 2 principes, il y a déplaisir et si ce déplaisir est plus grand
que le plaisir que pourrait apporter la satisfaction de la pulsion, cette pulsion est renvoyée dans l’inconscient,
refoulée par la censure. Donc Freud distingue désormais un refoulement primaire inconscient, oeuvre du
Surmoi et un refoulement secondaire conscient, oeuvre du Moi. ce qui explique ensuite les résistances
conscientes et inconscientes du patient.
- le surmoi, c’est une partie inconsciente qui représente la culture, c’est un héritage. La culture et ses
valeurs sont intériorisées par l’enfant via le surmoi de ses parents sous la forme d’un système d’obligations
et d’interdits (les deux premiers interdits fondateurs intégrés au moment du conflit d’Œdipe étant l’interdit
de l’inceste et celui du parricide, le meurtre du père). Le surmoi est donc une sorte de conscience morale
inconsciente ! Il contient aussi l’idéal du moi, image de soi en parfaite adéquation avec ses interdits et
devoirs auquel le moi se doit de correspondre inconsciemment pour qu’il y ait satisfaction personnelle,
amour de soi. C’est le surmoi qui est à l’origine du refoulement primaire, qui empêche certaines pulsions du
ça de passer la barrière de la conscience en les renvoyant d’où elles viennent, sans que le Moi ne les ait vues
ni sues.
Le surmoi se forme au 4ème stade du développement sexuel de l’enfant, au moment du complexe d’Oedipe.
Après un auto-érotisme ( stade oral, plaisir de la succion; le stade sadique-anal plaisir de la défécation et
d’uriner; le stade phallique, plaisir de toucher l’organe sexuel), après s’être séparé de la mère et avoir
découvert par elle et son éducation le principe de réalité, l’enfant va tourner ses pulsions vers l’extérieur: le
garçon vers sa mère qui s’occupe de lui et dont il est matériellement dépendant et la fille vers le père,
voulant compenser par un enfant, le sentiment de manque de pénis dont elle tient pour responsable sa mère.
Les deux rencontrent un obstacle ( père ou mère) et devront accepter les deux interdits de base: interdit de
l’inceste et interdit du parricide et seront contraints de sortir de la famille pour assumer leur pulsions
sexuelles. Le complexe d’Oedipe est le moment le plus délicat de ce développpement sexuel et c’est
pourquoi il est le “noyau des névroses”
Freud-Oedipe–PPTminimizer- ()
- le moi, c’est ce dont j’ai conscience de moi-même, ce n’est qu’un compromis entre les pulsions du ça et les
exigences du surmoi, donc une infime partie de ce que nous sommes, le surmoi et le ça étant donc des
parties inconscientes de notre psychisme. Le moi dépend de notre nature et de notre culture.
Précisions de Freud: «Le contenu de la notion de “sexuel” ne se laisse pas définir facilement. On pourrait
dire que tout ce qui se rattache aux différences séparant les sexes est sexuel, mais ce serait là une définition
aussi vague que vaste. En tenant principalement compte de l’acte sexuel lui-même, vous pourriez dire qu’est
sexuel tout ce qui se rapporte à l’intention de se procurer une jouissance à l’aide du corps, et plus
particulièrement des organes génitaux, du sexe opposé, bref tout ce qui se rapporte au désir de
l’accouplement et de l’accomplissement de l’acte sexuel. Mais en faisant de la procréation le noyau de la
sexualité, vous courez le risque d’exclure de votre définition une foule d’actes qui, tels que la masturbation
ou même le baiser, sans avoir la procréation pour but, n’en sont pas moins de nature sexuelle»
«Cette extension du concept de sexualité est d’une double nature. En premier lieu, la sexualité est détachée
de sa relation bien trop étroite avec les organes génitaux et posée comme une fonction corporelle embrassant
l’ensemble de l’être et aspirant au plaisir, fonction qui n’entre que secondairement au service de la
reproduction ; en second lieu, sont comptés parmi les émois sexuels tous les émois simplement tendres et
amicaux, pour lesquels notre langage courant emploie le mot « aimer » dans ses multiples acceptions. Je
prétends seulement que ces élargissements du concept de sexualité ne sont pas des innovations, mais des
restaurations, qui signifient la levée de rétrécissements injustifiés du concept, rétrécissements auxquels nous
nous étions laissé induire.» D’où l’usage du mot pansexualisme pour désigner la doctrine freudienne.”
b) la démarche psychanalytique
La psychanalyse pose donc un fonctionnement inconscient qui nous échappe et que nous subissons, elle pose
aussi une nécessité dans le fonctionnement du psychisme ( c’est d’ailleurs le principe de la “libre”
association d’idée, au cours des séances). Le psychanalyste invite le patient soit à raconter rêves et
symptômes, soit à parler librement, de ce dont il a envie, puis d’associer des idées sur ce thè[Link] liberté
n’est qu’apparente et illusoire, car ce n’est pas par hasard que nous associons telle idée à telle idée, c’est par
un lien inconscient. Un lien que le psychanalyste entrevoit et dont le patient prend conscience peu à peu en
le disant et en le “revivant” par le phénomène du Transfert.
Le psychanalyste va devenir l’objet de la pulsion ( ce qui va permettre aux troubles de s’attenuer, puisque la
pulsion n’a plus besoin de ce moyen pour s’exprimer: la névrose fait alors place à une névrose de transfert).
Dans sa relation au psychanalyste le patient va revivre la situation à l’origine de ses toubles, du refoulement
et en prendre peu à peu conscience.
Une psychanalyse dure longtemps car il y a des résistances conscientes et inconscientes.
Le but de la psychanalyse est de faire passer à la conscience ce qui est inconscient, de récupérer une
mémoire ( se remémorer pour cesser de commémorer! ) et par cette conscience du passé, gagner une
maîtrise dans le présent (actions) et vis-à-vis de l’avenir ( projets), de recouvrer liberté et responsabilité!
Ce dont on a pris conscience peut alors être accepté, condamné ou sublimé, c’est-à-dire que l’on va donner
à l’énergie de la pulsion un objet de plus haute valeur sociale.
(Précisions sur la sublimation: ce terme, introduit par Freud en psychanalyse, évoque à la fois le terme de
sublime, employé notamment dans le domaine des beaux-arts pour désigner une production suggérant la
grandeur, l’élévation, et le terme de sublimation utlisé en chimie pour désigner le procédé qui fait passer un
corps directement de l’état solide à l’état gazeux. C’est avec leur satisfaction, leur refoulement, la 3ème
issue de nos pulsions. Elle est “la seule satisfaction permise par la promesse analytique”, selon Lacan
et elle est à l’origine de l’art, de la religion, de la recherche intellectuelle, de la science.
Sur l’art: “L’artiste, comme le névropathe, s’était retiré loin de la réalité insatisfaisante dans ce monde
imaginaire, mais à l’inverse du névropathe il s’entendait à trouver le chemin du retour et à reprendre pied
dans la réalité. Ses créations, les oeuvres d’art, étaient les satisfactions imaginaires de désirs inconscients,
tout comme les rêves, avec lesquels elles avaient d’ailleurs en commun le caractère d’être un compromis, car
elles aussi devaient éviter le conflit à découvert avec les puissances de refoulement. Mais à l’inverse des
productions asociales narcissiques du rêve, elles pouvaient compter sur la sympathie des autres
hommes, étant capables d’éveiller et de satisfaire chez eux les mêmes inconscientes aspirations du désir. De
plus elles se servaient, comme « prime de séduction », du plaisir attaché à la perception de la beauté de la
forme.” Freud
Sur la culture: « Beaucoup d’entre nous se résigneront difficilement à renoncer à la croyance qu’il existe,
inhérente à l’homme même, une tendance à la perfection à laquelle il serait redevable du niveau actuel de
ses facultés intellectuelles et de sa sublimation morale et dont on serait en droit d’attendre la transformation
progressive de l’homme actuel en surhomme. Je dois avouer que je ne crois pas à l’existence d’une pareille
tendance interne et que je ne vois aucune raison de ménager cette illusion bienfaisante. A mon avis,
l’évolution de l’homme, telle qu’elle s’est effectuée jusqu’à présent, ne requiert pas d’autre explication que
celle des animaux et, s’il existe une minorité d’êtres humains qu’une tendance irrésistible semble pousser
vers des niveaux de perfection de plus en plus élevés, ce fait s’explique tout naturellement en tant que
conséquence de cette répression d’instincts sur laquelle repose ce qu’il y a de plus précieux dans la culture
humaine. » FREUD, Essais de psychanalyse)
c. Critiques de cette hypothèse
Freud savait que son hypothèse serait difficile à admettre : 3ème blessure narcissique infligé à l’homme par
la science ( après Galilée et l’héliocentrisme qui décentre l’homme, Darwin qui le ramène dans le règne
animal , en en faisant qu’un “singe” évolué, Freud vient de montrer que la conscience de soin, réservée à
l’homme est un privilège usurpé, puisque “le moi n’est pas maître dans sa propre maison” et est soumis à 3
maîtres: le ça , le surmoi et le principe de réalité. Il savait aussi que sa théorie de la sexualité serait refusée,
car la sexualité reste un sujet tabou. Malgré son efficacité thérapeutique et sa fécondité herméneutique ( elle
permet d’éclairer beaucoup de choses : le malaise dans la civilisation, les interdits fondamentaux, la religion,
…), sa théorie serait donc nécessairement critiquée selon lui.
¬ 2 exemples de critique:
1. du point de vue épistémologique : POPPER
Popper est un philosophe des sciences , mort en 1994. Si au XIXème siècle, on est dans un positivisme ( à la
Auguste Comte) et donc on pense que seule la science peut détenir la vérité au travers de la méthode
expérimentale, au XXème siècle, il y a une remise en question de cette prétention. D’où sa théorie du
Falsicationnisme. Pour lui, on ne peut rendre vérifié une loi, car on ne peut faire toute l’expérience possible,
on ne peut donc pas parler de vérité, mais simplement de CORROBOREES. Par contre, on peut affirmer
qu’une théorie est fausse, il suffit de trouver un cas où la loi ne s’appplique pas, alors que ce cas était en
théorie sous le coup de cette loi. Mais pour cela, encore faut-il que la loi précise ses conditions
d’applications, son domaine d’application et ses termes. Et c’est précisèment ce que la théorie de Freud ne
fait pas, puisqu’il semble tout expliquer. Dès lors on ne peut la vérifier et on ne peut la falsifier. Donc elle ne
répond pas aux exigences d’une théorie scientifique. Donc elle n’est pas scientifique , ce que revendiquait
pourtant Freud qui était un médecin, un neurologue et qui soutenait avoir eu une démarche expérimentale.
2. du point de vue moral : ALAIN
Pour lui cette hypothèse peut amener à une erreur théorique et à une faute morale:
Freud laisse penser qu’il y a cohabitation entre moi et un autre moi qui aurait sa logique, son mode de
pensée. Ce qui soulève un problème théorique, comme peut-il y avoir activité de pensée en moi, sans que
cette pensée soit consciente. Dès lors, ou je sais qu’il y a cette activité en moi mais je ne l’assume pas, par
mauvaise foi (l’inconscient est une excuse, mais n’est plus qu’une réalité psychique, l’inconscient n’est
inconscient), ou je ne le sais pas mais comment peut-il y avoir une activité consciente d’elle-même en moi
sans que je le sache, c’est contradictoire et ce n’est donc pas de la pensée ! Ce que Freud appelle à tort une
“pensée de l’inconscient” n’est qu’un “mouvement du corps”. On a donc remplacé la dualité esprit/corps par
conscience/inconscient au prix d’une erreur théorique et cela a des conséquences morale désastreuses.
Je ne peux qu’être responsable de mon corps, par contre comment pourrais-je l’être de mon inconscient et de
ses débordements?
L’inconscient me donne donc un droit à l’irresponsabilité. On peut faire de l’inconscient l’ excuse royale: ce
n’est pas moi qui voulais le tuer, c’est lui, c’est cet autre moi à la logique qui m’échappe, mon inconscient.
Ceci dit Freud en appelle plutôt à une responsabilisation, puisque le but d’une psychanalyse, c’est de
retrouver conscience, liberté et donc responsabilité! “là où est le ça, le moi doit advenir”.
. On pourrait y ajouter celle de Sartre: il voit dans cette hypothèse un exemple de mauvaise foi : il est seelon
lui impossible théoriquement de se mentir à soi-même, on ne peut être à la fois trompeur et trompé;
l’inconscient semble introduire une duplicité de l’esprit, mais c’est oublier que la censure est une activité de
jugement, donc une activité de pensée or je ne peux penser sans le savoir ( Descartes; Alain) donc je sais ce
que je censure ou qu’il y a censur, donc l’ inconscient n’est pas inconscient, donc on est de mauvaise foi
quand on prétend ne pas savoir ce qui est réfoulé ou la censure est de mauvaise foi. On n’a pas résolu le
problème, on l’a déplacé!