Régimes politiques en Côte d'Ivoire
Régimes politiques en Côte d'Ivoire
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D’une part, une filiation (rapprochement par pragmatisme) politique des leaders politiques
ivoiriens, notamment le PDCI-RDA de Félix Houphouët-Boigny, avec le gaullisme (cf. Général
de Gaulle).
Et, d’autre part, une filiation constitutionnelle d’autant que, comme l’a écrit le Professeur Francis
Wodié, le régime parlementaire ivoirien « épouse les lignes essentielles » du régime politique
français de la Vème République à savoir un régime parlementaire rationalisé qui avait créé une
Communauté française à laquelle adhéra le peuple ivoirien par le référendum de 1958.
SECTION 2 : LES INSTITUTIONS CARACTERISTIQUES DU REGIME POLITIQUE
Le régime parlementaire institué s’articule autour des rapports de collaboration et de révocabilité
mutuelle des pouvoirs exécutif et législatif en occurrence. La garantie de l’équilibre des pouvoirs a
été confiée à un Comité technique faisant office de juridiction constitutionnelle mais n’a jamais
fonctionné.
I – Le pouvoir exécutif : le Premier Ministre et le Gouvernement
Alors que le Titre II de la Constitution de 1959 est consacré au Gouvernement, l’on est surpris de
voir que les 17 articles qui le composent ne traitent que du Premier Ministre, qui a la qualité de
« Chef d’Etat ».
A – La désignation du Premier Ministre et la formation du Gouvernement
Conformément à l’esprit du parlementarisme, le choix du Premier Ministre est dicté par le Parlement
et la formation du gouvernement est confiée au Premier Ministre.
1 – Un Premier Ministre issu du Parlement
Le Premier Ministre tenait sa désignation d’une procédure particulière. Il était, aux termes de
l’article 8, alinéa 1er de la Constitution, pressenti, c’est-à-dire proposé par le Président de
l’Assemblée Législative. Puis, le candidat pressenti devait présenter son programme devant ladite
Assemblée pour obtenir la confiance ou se faire investir (cf. article 9 de la Constitution). Il en
résulte que le Premier Ministre tirait son existence de l’Assemblée Législative. Le Premier Ministre
désigné fut Félix Houphouët-Boigny.
2 – Un Gouvernement procédant du Premier Ministre
En sa qualité de chef de l’exécutif (cf. article 10, alinéa 1er de la Constitution), le Premier Ministre
nomme les ministres et détermine leurs attributions (cf. l’article 10, alinéa 1er de la Constitution).
Les ministres sont responsables devant le Premier Ministre qui met fin à leurs fonctions (cf. l’article
10, alinéa 2 de la Constitution).
B – Les pouvoirs du Premier Ministre
Le Premier Ministre dispose exclusivement des pouvoirs de la fonction exécutive et de pouvoirs
pour participer à la fonction législative
1 – Les pouvoirs exclusifs de la fonction exécutive
Aux termes des articles 12 à 19 de la Constitution, le Premier ministre assure l’exécution des lois et
des décisions de justice (cf. article 12) ; il est le chef suprême de l’administration (cf. article 13) ; il
négocie les traités (cf. article 15). Il dispose du pouvoir réglementaire (cf. article 16).
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2 - Les pouvoirs de participation à la fonction législative
Le Premier Ministre participe à la fonction législative à travers l’initiative des lois que lui reconnaît
l’article 11 de la Constitution. Aussi, tant le Premier Ministre que ses ministres, ont accès à
l’Assemblée et aux commissions parlementaires. Il peut également, avant sa promulgation,
demander et obtenir une seconde délibération de la loi (cf. article 11, alinéa 3). En outre, il peut
demander la convocation de l’Assemblée en session extraordinaire (cf. article 27). La Constitution
l’autorise, de même, à solliciter de l’Assemblée la prise d’ordonnance pour l’exécution de son
programme (cf. article 40).
II – Le pouvoir législatif : l’Assemblée Législative
Intéressons-nous à la désignation des membres de l’Assemblée Législative et à leurs pouvoirs.
A – La désignation des députés
Aux termes de l’article 24 de la Constitution, les députés sont élus au suffrage universel direct. Les
députés de la seule législature commencée sous la Constitution de 1959 sont tous issus du PDCI-
RDA, qui de facto était le seul parti politique autorisé.
B – Les pouvoirs des députés
Ils sont résumés par l’article 23 de la Constitution qui dispose que « l’Assemblée Législative vote
la loi, consent l’impôt, investit le Premier Ministre et contrôle l’action du Gouvernement ». Ils
peuvent, par ailleurs, mettre en cause la responsabilité du Premier Ministre soit à leur initiative par
une motion de censure (cf. article 49) soit à l’initiative du Premier Ministre en désapprouvant (votant
contre) la déclaration de politique générale de celui-ci (cf. article 48), c’est-à-dire lui refuser la
confiance. Il s’en suit, dans les deux cas, la démission du Premier Ministre et des ministres, et, la
dissolution de l’Assemblée (cf. articles 48 et 49).
III – Le Comité juridique : Une justice constitutionnelle ineffective
La justice constitutionnelle était assurée par un « Comité juridique » prévu par la Constitution du
26 mars 1959 à son article 17. Ce « Comité juridique » a été créé par la loi du 28 octobre 1959. Cette
loi lui attribua la mission de veiller à la répartition des domaines de la loi (article 37 Constitution)
et du règlement (article 39 Constitution). Mais, ce comité ne fonctionnera pas effectivement.
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I – L’élaboration de la Constitution
Même si la procédure d’élaboration est originale, il n’en reste pas moins qu’elle présente un
caractère autoritaire.
A – La procédure d’élaboration
L'élaboration de la constitution du 3 novembre 1960 est marquée par son originalité. Cette
originalité se situe notamment au niveau de son initiative. En effet, cette constitution est le résultat
d'une double initiative : internationale et nationale.
1 – L’initiative internationale
L’initiative internationale va prendre place dans le cadre du Conseil de l'Entente (Bénin, Burkina-
Faso, CI, Niger et Togo) créé en 1959. Les chefs des États membres se réunissent et proposent à
leurs parlements respectifs l'adoption d'institutions politiques identiques à l'effet d'harmoniser leurs
régimes politiques. Dans cette perspective un comité d'experts est créé. Ce comité d'experts, présidé
par Mr Philippe Grégoire Yacé, trace les grandes lignes du projet constitutionnel.
2 – L’initiative nationale
C'est à partir de ce projet que va prendre forme le processus au niveau national. En effet, le texte
élaboré par le comité d'experts est, d'abord, soumis au bureau politique du PDCI-RDA. L'adoption
du texte par le bureau politique confère à celui-ci la nature d'avant-projet de loi constitutionnelle. A
la suite du bureau politique du PDCI-RDA, le texte fût adopté par le gouvernement devenant par la
même un projet de loi constitutionnelle.
B – La procédure d’adoption de la Constitution
Relative à l'adoption de cette constitution, il faut noter qu'une loi constitutionnelle du 27 juillet 1960
transforme l'assemblée territoriale en assemblée nationale. Cette assemblée nationale s'érige en
assemblée constituante et adopte le projet par l'unanimité de ses membres. Le texte est ainsi adopté
puis promulgué comme constitution de l'État de Côte d'Ivoire le 3 novembre 1960.
Comme on peut le constater, le peuple a été ignoré dans le processus d'écriture et d'adoption de
cette constitution.
Le peuple, en effet, n'est intervenu ni en amont pour désigner les membres de l'assemblée
constituante, ni en aval pour adopter par voie référendaire le texte. Malgré ses anomalies juridiques,
la constitution du 3 novembre 1960 va régir la Côte d'Ivoire jusqu'au coup d'État militaire 24
décembre 1999.
SECTION 2 : LES INSTITUTIONS CARACTERISTIQUES DU REGIME POLITIQUE
I – Le pouvoir exécutif : le Président de la République
A – La désignation du Président de la République
Aux termes de l’article 9 de la Constitution de 1960, le Président est élu au suffrage universel direct.
Ce fut ainsi que le premier Président de la République, Félix Houphouët-Boigny, fut désigné à la
faveur de l’élection présidentielle du 27 novembre 1960. Il est rééligible chaque cinq ans. Lorsqu’il
décède en 1993, l’intérim du Président de la République, après quelques disputes, fut assuré par le
Président de l’Assemblée nationale, Henri Konan Bédié, comme le prévoyait le texte
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constitutionnel. Il est notable que les conditions d’éligibilité furent, par la loi électorale de 1994,
rendues plus exigeantes et discriminatoires (cf. article 49). Ces sont ont été introduites dans la
Constitution par la révision de 1998.
B – Les pouvoirs du Président de la République
1 – Le chef d’Etat, détenteur exclusif du pouvoir exécutif
Le Président de la République, en sa qualité de Chef d’Etat, est, en vertu de l’article 8 de la
Constitution le représentant de l’Etat sur le plan international et le garant de l’unité nationale et
assure la continuité de l’Etat.
Il dispose exclusivement du pouvoir exécutif puisque la Constitution a fait de lui le chef du
gouvernement. Le pouvoir exécutif était monocéphale jusqu’à la révision de novembre 1990 qui
instaure un poste de Premier Ministre, chef de gouvernement conduisant à un bicéphalisme. Félix
Houphouët-Boigny choisit Alassane Ouattara comme Premier Ministre. Bien que le pouvoir du
Président dans la formation du gouvernement soit réduit, en réalité, le Premier Ministre n’a pas de
véritables pouvoirs. D’ailleurs, la révision de 1998 dépouille le Premier Ministre de sa qualité de chef
du gouvernement et redonne un pouvoir discrétionnaire au Président de la République pour mettre fin
à ces fonctions.
Il dispose de l’administration d’Etat dont il est le chef (cf. article 17 de la Constitution).
2 – Le Président de la République, intervenant dans la fonction législative
Le Président de la République dispose de l’initiative législative concurremment avec les
parlementaires (cf. article 13 de la Constitution). Il peut demander une deuxième lecture de la loi
adoptée (cf. article 13). Il intervient aussi dans la fixation de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale
(cf. article 32). Le Président peut demander au Parlement l’autorisation de prendre par ordonnance
pendant un délai limité des mesures relevant du domaine de la loi (cf. article 45). Il peut encore
saisir le Conseil constitutionnel à propos des propositions et amendements soupçonnés de ne pas
être du domaine de la loi (cf. article 46).
II – Le pouvoir législatif : de la chambre parlementaire unique au bicamérisme
A – La composition du Parlement
Le Parlement est constitué d’une chambre unique, c’est-à-dire l’Assemblée nationale de 1960 à
1998. A partir de la révision constitutionnelle de 1998, le Parlement est composé de deux chambres,
à savoir l’Assemblée nationale et le Sénat. Mais, cette nouvelle chambre n’a pu être installée et n’a
pu fonctionner effectivement.
Les députés à l’Assemblée nationale sont élus au suffrage universel direct pour un mandat de cinq
ans illimité. Avant l’ouverture au multipartisme, la composition de l’Assemblée nationale ne
présentait guère d’enjeu car tous les députés étaient issus du parti unique, le PDCI-RDA.
L’Assemblée nationale avait une organisation interne qui comprenait : le bureau (présidé par le
Président de l’Assemblée nationale ; dirige les débats parlementaires ; dirige l’administration de
l’Assemblée nationale) ; la conférence des présidents (comprend le Président de l’Assemblée
nationale et ses vice-présidents, les présidents de commissions parlementaires, les présidents de
groupes parlementaires ; organe de proposition, de concertation et de consultation).
B – Les attributions du pouvoir législatif
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Le Parlement dispose du pouvoir législatif (cf. article 28 de la Constitution). Ce pouvoir consiste,
premièrement, à discuter de l’initiative législative dans les commissions compétentes, tout d’abord,
puis en séance plénière (la discussion se fait avec les membres du gouvernement); deuxièmement,
à adopter le texte discuté selon la modalité prévue en fonction du type de loi ; troisièmement, la loi
adoptée est transmise au Président de la République pour promulgation.
Le Parlement a un pouvoir financier. Il vote l’impôt, c’est-à-dire la loi de finances (cf. article 28 et
article 50 de la Constitution). Le Parlement règle les comptes de la Nation (cf. article 52 de la
Constitution).
Le Parlement est doté du pouvoir de contrôle de l’action gouvernementale. Il y procède à travers
son pouvoir d’information et d’inculpation. Le pouvoir d’information est exercé à travers les
questions orales et écrites posées aux membres du gouvernement qui sont tenus d’y répondre sauf à
invoquer un intérêt public pour se murer dans le silence. Le Parlement peut autoriser des missions
d’information ou des enquêtes menées par les commissions générales ou spéciales. Le pouvoir
d’inculpation prévu par l’article 65 de la Constitution ouvre la possibilité d’engager la responsabilité
pénale du Président de la République (en cas de haute trahison) et des membres du gouvernement
(pour crimes et délits) devant la Haute Cour de Justice.
III – De la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême au Conseil constitutionnel
La Chambre constitutionnelle a été créée par la Constitution de 1960 en son article 57. Elle ne
fonctionna que très rarement. Elle se signala en 1993 lors de la vacance de la présidence de la
République par le décès du président FHB. Elle assura sa fonction de régulation du fonctionnement
régulier des pouvoirs publics en confirmant le remplacement (intérim) du défunt président, tel que
prévu par la Constitution, par le président de l’Assemblée nationale HKB.
Le Conseil constitutionnel fut introduit dans la Constitution de 1960 par une révision
constitutionnelle de 1994 qui supprima la Chambre constitutionnelle. Le Conseil constitutionnel
s’est vu attribuer tout le contentieux électoral (l’éligibilité des candidats et le contrôle des élections
politiques de 1995). Il amorça le développement du contentieux de la constitutionnalité.
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Pour combler le vide ainsi créé, le régime de la transition va prendre un acte dit acte
constitutionnel tenant lieu de constitution. Il convient de noter que cette constitution octroyée
était en réalité un instrument de légitimation politique.
A - Une constitution octroyée
La loi fondamentale du régime de transition est un acte octroyé, c’est-à-dire donné par les
auteurs du coup d'État. Un coup d'État est la manifestation de l’accession au pouvoir d’Etat par
la force ; c'est une voie de fait. La constitution qui découle de la mise en place du nouveau
régime, c'est-à-dire le régime de transition militaire, est toujours le résultat de la force. Il s'agit
donc d'imposer une constitution. L'acte constitutionnel du 27 décembre 1999 a été ainsi imposé
ou octroyé au peuple ivoirien par les auteurs du coup d'État. En réalité, cette constitution était
pour un instrument de légitimation de leur pouvoir.
B - Une constitution, instrument de légitimation politique
Avec l'établissement de l'acte constitutionnel, les nouvelles autorités donnent l'impression d'agir
dans la légalité. Au surplus, cela leur permet de se donner une certaine légitimité. En fait, toute
constitution est un acte de légitimation.
Cela est d'avantage vrai pour les actes procédant ou émanant des coups de force. L'idée est
de démontrer que le fait peut s'intégrer dans le droit et s'y conformer.
Aux termes de l'acte constitutionnel du 27 décembre 1999, le Général Robert Guéï, chef de
l'État, cumulait entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif.
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- La Chambre constitutionnelle de la Cour suprême a été réintroduite en juin 2000 pour
contrôler l’élection référendaire constituant, l’élection présidentielle et les élections
législatives.
En réalité les décisions les plus importantes du régime étaient d'abord discutées au sein du CNSP
avant d'être débattues au sein du gouvernement. Mais, ces institutions étaient naturellement
limitées dans le temps.
B – La durée de vie des institutions
Par définition, les institutions de transition s'inscrivent dans une durée limitée. Dans le cadre de
la Côte d'Ivoire, cette durée n'avait pas été expressément définie par les auteurs du coup d'État.
Mais l’accélération du temps, pour ce qui est du cas ivoirien, est liée à des facteurs extérieurs.
La pression de la communauté internationale va contraindre le régime de transition à organiser les
élections en octobre 2000.
Si les institutions de la transition s'inscrivent dans un temps limité, cela rend compte également
de la confusion des pouvoirs.
Cette confusion du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif entre les mains du chef de l'État
ressort clairement de l'article 2 de l'acte constitutionnel.
Aux termes de cet article, on peut lire : « jusqu'à ce que les circonstances permettent le retour au jeu
normal des institutions républicaines, les pouvoir législatif et exécutif sont exercés par le président
du comité national de salut public... »
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Il résulte de cette situation, l'absence d'instance juridictionnelle chargée de veiller à la régularité
des ordonnances pris par le chef de l'État.
Ce régime de transition va prendre fin avec les élections d'octobre 2000.
III – La Chambre constitutionnelle et les contentieux électoraux
La Chambre constitutionnelle s’est uniquement vu confier le contrôle des élections à l’exclusion du
contrôle de constitutionnalité.
Le référendum constituant de juillet 2000 n’a pas donné lieu à un contentieux.
Les contentieux de l’élection présidentielle d’octobre et des élections législatives de décembre 2000
ont eu lieu dans un climat de tension. Les contestations ont entrainé des violences avec des
conséquences dramatiques.
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Il n'est pas douteux d'affirmer que la sous-commission était représentative des forces vives de la
nation. Pendant plusieurs semaines et dans une ambiance de grande tension, la sous-commission
adopta un texte présenté sous forme d'avant-projet de loi constitutionnelle. Le texte adopté par la
sous-commission a été ensuite transmis à la commission proprement dite. La commission après
avoir fait une relecture des textes en la forme et au fond les transmit à son tour au gouvernement.
Le texte transmis au gouvernement fera l'objet d'une intervention du Général Robert Guéï chef de
l'État.
D'abord s'appuyant sur un certain nombre d'arguments tirés notamment de la diversité culturelle,
le chef de l'État décide souverainement d'assouplir les conditions d'éligibilité à la présidence de
la république. Cette décision se traduit notamment par la substitution de la conjonction "et" par la
conjonction "ou". Mais à la surprise générale le Général Guéï, chef de l'État, remplace à deux
jours du référendum constituant et en pleine campagne sur le projet de constitution, remplace la
conjonction "ou" par la conjonction "et".
Il convient, à présent, de s'interroger sur son adoption.
II - L'adoption de la constitution du 1er août 2000
La nouvelle constitution ou à tout le moins le projet de nouvelle constitution rédigé dans les
conditions, ci-dessus rappelées, devrait recevoir l'onction (accord) du peuple. On le sait, c'est au
peuple qu'il revient dans une démocratie de transformer un projet de texte constitutionnel en
constitution.
A cet effet le référendum organisé les 23 et 24 juillet 2000 donna l'occasion au peuple d'approuver
le projet de constitution à 86%.
SECTION 2 : LES INSTITUTIONS DU RÉGIME POLITIQUE
Avant la crise, il suffisait de lire l’architecture constitutionnelle pour se rendre à l’évidence : les
rapports entre le pouvoir exécutif et législatif étaient marqués par la prépondérance du Président de
la République.
I – Le statut et les attributions des principales institutions
A – Le statut et les attributions du Président de la République
Il est élu, aux termes de l’article 35 de la Constitution, au suffrage universel direct pour un
quinquennat (mandat cinq ans) renouvelable une seule fois. Il est notable que deux principales
nouveautés ont été apportées ici. Il s’agit, en premier lieu, de l’abandon du septennat (mandat de
sept ans) et du retour au quinquennat. En deuxième lieu, le mandat du Président de la République
est désormais limité dans le temps. Il n’est plus rééligible indéfiniment pour faciliter l’alternance
dans l’exercice de la fonction présidentielle. Le Président de la République conserve, aux termes de
l’article 34 de la Constitution, son statut de Chef d’Etat, d’incarnation de l’unité nationale, de
représentant de l’Etat, de garant de la continuité de l’Etat et de l’intégrité territoriale. Il veille au
respect de la Constitution. Ainsi, le premier Président élu fut Laurent Gbagbo et le second, Alassane
Ouattara.
Le Premier Ministre reste, quant à lui, l’émanation du Président de la République qui le nomme
discrétionnairement en vertu de l’article 41 de la Constitution. Il est le chef du Gouvernement. Il
propose, conformément à cette disposition constitutionnelle, la nomination des autres membres du
gouvernement.
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Les rapports entre le Président et le Premier Ministre sont globalement inchangés. Le bicéphalisme
(Président-Premier Ministre) du pouvoir exécutif est favorable au Président. En effet, le Premier
Ministre est, selon l’article 41 de la Constitution, responsable devant le Président. Cela veut dire
que le Premier Ministre est placé sous l’autorité du Président. L’article 41 renforce cette
subordination en laissant la liberté au Président de révoquer le Premier Ministre. Il s’en suit que le
pouvoir du Président en la matière est inconditionné. Ainsi, le Président a une prééminence sur le
Premier Ministre.
D’ailleurs, alors que de jure le Président doit se voir proposer la démission d’un ou des autres
membres du Gouvernement par le Premier Ministre, pour l’obtenir, de facto, cet obstacle n’est pas
insurmontable par le Président. Cela montre bien la soumission de celui-là à celui-ci.
B – Les pouvoirs du Président
Ses attributions n’ont pas varié en comparaison avec celles dont il disposait sous la 1ère République
comme nous l’avons vu. Il reste le détenteur exclusif du pouvoir exécutif. Ses pouvoirs ne sont donc
pas partagés. Au regard de ses pouvoirs liés à la fonction exécutive, il est toujours le chef de
l’administration d’Etat… Il dispose de pouvoirs en matière législative, c’est-à-dire, par exemple, en
vertu de l’article 42 de la Constitution, l’initiative de la loi (d’ailleurs toutes les lois adoptées
procèdent du Président), la possibilité de demander une seconde délibération de la loi adoptée…
II – Le statut et les pouvoirs du Parlement
Le Parlement revient à sa structure monocamérale avec la seule Assemblée nationale. L’on note
également qu’est maintenu le statut ancien (A). Quant aux attributions, elles restent aussi quasiment
inchangées (B).
A – Un statut du Parlement
Le constituant de 2000 a reconduit les garanties statutaires accordées par le constituant de 1960 aux
parlementaires.
B – Les attributions du Parlement
Les parlementaires disposent comme auparavant de moyens divers pour mettre le pouvoir exécutif
face à ses responsabilités. Il peut par les questions écrites ou orales l’interpeler sur sa politique. La
pratique a montré que les parlementaires ont beaucoup recouru aux questions orales. Mais c’est
surtout par le recours accru aux amendements que le Parlement se distingue le plus. Il en sera
beaucoup moins pour le contrôle budgétaire alors que son engouement pour la saisine du juge
constitutionnel afin de faire censurer l’action gouvernementale est notable.
III – De la Chambre constitutionnelle au Conseil constitutionnel
- De 2001 à 2003 la Chambre constitutionnelle a assuré la régulation du fonctionnement
régulier des pouvoirs exécutif et législatif à travers le contrôle de constitutionnalité des lois
- Dès septembre 2003…le Conseil constitutionnel a assuré la régulation du fonctionnement
régulier des pouvoirs exécutif et législatif à travers le contrôle de constitutionnalité des
lois pendant la période crise militaro-politique : avis de 2003 ; arrêts de 2005 ; arrêts élection
présidentielle.
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CHAPITRE 5 : LE RÉGIME PRÉSIDENTIALISTE RÉCENT DE LA 3ème RÉPUBLIQUE
Le régime politique de la troisième république est né avec la loi nº 2016-886 du 8 novembre 2016
modifiée en mars 2020 portant constitution de la Côte d'Ivoire. Cette constitution, comme ses
devancières, consacre le principe de la séparation des pouvoirs. C'est au tour de ce principe qu'est
construit le pouvoir politique. Ce pouvoir politique est confié dans le régime politique de la
troisième république à deux organes distincts : le président de la république et le parlement.
I – L’écriture de la Constitution
Le chef de l'État ayant exprimé son désir de voir établir la 3ème république, la question de l'autorité
(organe) compétente pour écrire cette constitution va se poser. Le chef de l'État apporte une réponse
à cette question en mettant en place un comité d'experts chargé d'écrire la constitution. Le chef de
l'État va, par ailleurs, procéder à des consultations.
B – Les consultations
Peu après la mise en place du comité d'experts, le président de la république décide de recevoir
des composantes du corps social (partis politiques, religieux, ONG, organisations de jeunes et de
femmes...).
A ses différentes rencontres, le président de la république partage son vœu de voir la Côte d'Ivoire
dotée d'une nouvelle constitution. Il invita alors les responsables politiques et les autres
composantes de la société à transmettre au comité d'experts leurs avis et propositions.
C'est dans cette perspective que le comité d'experts a initié des rencontres avec des corps
socioprofessionnels à l'effet de recueillir leurs avis et propositions. C'est sur cette base que le
comité va rédiger un projet de texte. Le texte ainsi rédigé est adopté en conseil des ministres,
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par la suite le projet est adopté par l'assemblée nationale. Ce projet pour devenir la constitution
de la 3ème république devait recevoir l'onction du peuple.
II - L'adoption de la Constitution
Si le peuple, en amont, n'a pas été totalement associé à l'élaboration de la constitution, il le sera en
aval à travers le référendum constituant. En effet, le texte adopté par le parlement est soumis au
peuple qui apporte son accord directement à travers le référendum constituant.
Le projet de constitution est effectivement voté ou adopté par le peuple à une forte majorité. C'est
la naissance de la 3ème république en Côte d'Ivoire.
S'agissant des conditions d'éligibilité, elles sont prévues à la fois par la constitution et le code
électoral. Les conditions prévues par la constitution se laissent saisir à la lecture de l'article 55.
Elles se rapportent essentiellement :
- à l'âge requis pour être candidat (35 ans au moins)
- à la nationalité du candidat : celui-ci doit être exclusivement ivoirien né de père ou de mère
ivoirien de naissance.
- à la jouissance de ses droits civils et politiques
Le président de la république est élu au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans
renouvelable une seule fois.
S'agissant des conditions fixées par le code électoral, elles sont prévues par les articles 48 et suivants
du code électoral (voir l'ordonnance n° 2020-356 du 8 avril 2020 portant révision du code électoral)
2- Les incompatibilités
La constitution indique que la fonction du président de la république est incompatible avec
l'exercice de tout mandat parlementaire, de tout emploi public et de tout activité professionnelle.
B – La désignation du Vice-président de la Rép. et du Premier Ministre
1 – La désignation du VP
Après la révision constitutionnelle de mars 2020, le Vice-président de la République est choisi
et nommé par le président de la Rép. en accord avec le Parlement (art. 55). Avant 2020, le
Président et le Vice-président formaient un ticket élu en même temps.
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En cas de violation de son serment, le VP est démis de sa fonction par le PR.
2 – La désignation du PM
Il est le choix du seul président de la République (art. 70) qui peut le révoquer à tout moment.
II – Le parlement
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Depuis l'avènement de la constitution du 8 novembre 2016, le parlement ivoirien est devenu
bicaméral. Il comprend en effet deux chambres : l'Assemblée nationale et le Sénat. Le statut du
parlement ainsi que ses pouvoirs seront analysés successivement.
A – Le statut du Parlement
Il y a lieu de distinguer selon qu’il s’agisse des députés ou des sénateurs.
1) Le statut des députés
Le sénat assure la représentation des collectivités territoriales et les ivoiriens établis hors de la Côte
d'Ivoire.
Ils sont élus pour les deux tiers au suffrage universel indirect. Un tiers des sénateurs est désigné par
le président de la république.
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législatives). A ce titre, en vertu de l’art. 127, il vérifie l’éligibilité des candidats. Il contrôle la
régularité des opérations électorales (référendum, présidentielle, législatives) et proclame les
résultats.
Voir les modalités de saisine et les types de contrôle de constitutionnalité (1er semestre).
Ses décisions sont insusceptibles de recours. Elles s’imposent aux pouvoirs publics, aux autorités
administratives et juridictionnelles, militaire et à toute personne physique ou morale (art. 138).
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