Master I Ecologie des milieux naturels / Enseignante: Dr.
ALLAOUA NOUA
Matière:Evaluation de la qualité des écosystèmes
Université Larbi Ben M'hidi -Oum El Bouaghi
Faculté des sciences exactes et sciences de la nature et de la vie
Département sciences de la nature et de la vie
Cours N°2
QUALITÉ PHYSICO-CHIMIQUE ET CHIMIQUE DES EAUX DE SURFACE
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L’appréciation de la qualité des eaux de surface se base sur la mesure de paramètres physico-
chimiques et chimiques ainsi que sur la présence ou l’absence d’organismes et de micro-
organismes aquatiques, indicateurs d’une plus ou moins bonne qualité de l’eau.
Ces données peuvent être complétées par l’analyse des sédiments (boues), qui constituent une
“mémoire” de la vie de la rivière, notamment des épisodes de pollution par les métaux lourds,
les polychlorobiphényls (PCB), les hydrocarbures aromatiques polycycliques (PCB) ou
d’autres matières organiques non biodégradables.
L’ensemble de ces éléments permet d’évaluer le degré de pollution des cours d’eau et
d’apprécier leur capacité à s’auto épurer.
[Link] paramètres physico-chimiques et chimiques mesurables
.[Link]érature
La température de l’eau joue un rôle important par exemple en ce qui concerne la solubilité
des sels et des gaz dont, entre autres, l’oxygène nécessaire à l’équilibre de la vie aquatique.
Par ailleurs, la température accroît les vitesses des réactions chimiques et biochimiques d’un
facteur 2 à 3 pour une augmentation de température de 10 degrés Celsius (°C). L’activité
métabolique des organismes aquatiques est donc également accélérée lorsque la température
de l’eau s’accroît. La valeur de ce paramètre est influencée par la température ambiante mais
également par d’éventuels rejets d’eaux résiduaires chaudes. Des changements brusques de
température de plus de 3° C s’avèrent souvent néfastes.
.[Link]
Le pH est une mesure de l’acidité de l’eau c’est-à-dire de la concentration en ions
d’hydrogène (H+). L’échelle des pH s’étend en pratique de 0 (très acide) à 14 (très alcalin) ;
la valeur médiane 7 correspond à une solution neutre à 25°C. Le pH d’une eau naturelle peut
varier de 4 à 10 en fonction de la nature acide ou basique des terrains traversés. Des pH
faibles (eaux acides) augmentent notamment le risque de présence de métaux sous une forme
ionique plus toxique. Des pH élevés augmentent les concentrations d’ammoniac, toxique pour
les poissons.
.[Link]é électrique (EC)
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La conductivité électrique (EC) est une expression numérique de la capacité d’une solution à
conduire le courant électrique. La plupart des sels minéraux en solution sont de bons
conducteurs. Par contre, les composés organiques sont de mauvais conducteurs. La
conductivité électrique standard s’exprime généralement en millisiemens par mètre (mS/m) à
20 °C. La conductivité d’une eau naturelle est comprise entre 50 et 1500 µS/cm.
L’estimation de la quantité totale de matières dissoutes peut être obtenue par la multiplication
de la valeur de la conductivité par un facteur empirique dépendant de la nature des sels
dissous et de la température de l’eau. La connaissance du contenu en sels dissous est
importante dans la mesure où chaque organisme aquatique a des exigences propres en ce qui
concerne ce paramètre. Les espèces aquatiques ne supportent généralement pas des variations
importantes en sels dissous qui peuvent être observées par exemple en cas de déversements
d’eaux usées.
.[Link] redox (Eh)
Dans les systèmes aqueux, le potentiel redox (ou disponibilité en électrons) affecte les états
d’oxydation des éléments (H, C, N, O, S, Fe…). Dans une eau bien oxygénée, les conditions
d’oxydation dominent. Quand les concentrations d‘oxygène diminuent, le milieu devient plus
réducteur ce qui se traduit par une réduction du potentiel redox. Dans les eaux naturelles, des
comparaisons relatives de l’évolution du potentiel redox peuvent être utiles pour suivre les
degrés de changement du système aquatique. Le potentiel redox se mesure en mV.
.[Link]ères en suspension (MES)
Les matières en suspension comprennent toutes les matières minérales ou organiques qui ne
se solubilisent pas dans l’eau. Elles incluent les argiles, les sables, les limons, les matières
organiques et minérales de faible dimension, le plancton et autres micro-organismes de
l’[Link] quantité de matières en suspension varie notamment selon les saisons et le régime
d’écoulement des eaux. Ces matières affectent la transparence de l’eau et diminuent la
pénétration de la lumière et, par suite, la photosynthèse. Elles peuvent également gêner la
respiration des poissons. Par ailleurs, les matières en suspension peuvent accumuler des
quantités élevées de matières toxiques (métaux, pesticides, huiles minérales, hydrocarbures
aromatiques polycycliques…). Les matières en suspensions sont exprimées en mg/l.
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Ce terme fait la plupart du temps référence aux huiles minérales qui comportent des
substances telles que les alcanes, les alcènes, etc. Outre leur toxicité, ces substances peuvent
limiter l’apport d’oxygène dans les eaux de surface lorsqu’elles sont présentes en
concentrations élevées. Ces polluants incluent également les hydrocarbures aromatiques
polycycliques (HAP) ainsi que les hydrocarbures aromatiques monocycliques(HAM). Les
HAP sont des combinaisons organiques résultant de l’assemblage de plusieurs noyaux
benzéniques. Ces composés sont relativement stables et peu solubles dans l’eau. Ils
s’adsorbent fortement aux sols et aux matières en suspension et sont, en outre, très solubles
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dans les graisses ce qui favorise leur bioaccumulation dans les tissus humains et animaux.
Plusieurs HAP sont classés comme agents cancérigènes possibles par l'OMS. Les HAM
incluent des polluants comme le benzène, le toluène, l’éthylbenzène et le xylène dont les
impacts sur la santé peuvent être très importants (diminution de la réponse immunitaire,effet
neurotoxique, irritation des voies respiratoires…).
.[Link]éments en solution
Les chlorures (Cl-) et les sulfates (SO4--) font généralement l’objet d’un suivi particulier. Une
forte teneur en chlorures peut indiquer une pollution par des eaux usées domestiques (sels
régénérants utilisés dans les lave-vaisselle) ou par certaines eaux usées industrielles. Les pics
de concentration en chlorures s’observent le plus souvent en période de gel (sels de
déneigement). Les eaux usées de nombreuses industries peuvent également contenir des
sulfates. Ce sont surtout les changements brusques et importants des teneurs en chlorures et
sulfates qui se révèlent néfastes. D’autres ions tels que le calcium (Ca++), magnésium
(Mg++), potassium (K+), fluor (F-) peuvent être également mesurés. Les éléments en solution
sont exprimés en mg/l.
[Link]é de l’eau (ou titre hydrométrique)
La dureté d’une eau correspond à la somme des concentrations en cations métalliques,
excepté celles des métaux alcalins (Na+, K+) et H+. Elle est souvent due aux ions Ca++ et
Mg++. La présence de ces deux cations dans l’eau tend souvent à réduire la toxicité des
métaux. La dureté se mesure en mg de CaCO3 par litre.
.[Link]ène dissous (OD) et % de saturation en oxygène
Les concentrations en oxygène dissous constituent, avec les valeurs de pH, l’un des plus
importants paramètres de qualité des eaux pour la vie aquatique. L’oxygène dissous dans les
eaux de surface provient essentiellement de l’atmosphère et de l’activité photosynthétique des
algues et des plantes aquatiques. La concentration en oxygène dissous varie de manière
journalière et saisonnière car elle dépend de nombreux facteurs tels que la pression partielle
en oxygène de l’atmosphère, la température de l’eau, la salinité, la pénétration de la lumière,
l’agitation de l’eau et la disponibilité en nutriments. Cette concentration en oxygène dissous
est également fonction de la vitesse d’appauvrissement du milieu en oxygène par l’activité des
organismes aquatiques et les processus d’oxydation et de décomposition de la matière
organique présente dans l’eau.
Globalement, plus la concentration en oxygène dissous (OD) est proche de la saturation, plus
l’aptitude de la rivière à absorber la pollution est grande :
une valeur inférieure à 1 mg d’O2 par litre indique un état proche de l’anaérobie. Cet
état se produit lorsque les processus d’oxydation des déchets minéraux, de la matière
organique et des nutriments consomment plus d’oxygène que celui disponible. Une
faible teneur en oxygène dissous provoque une augmentation de la solubilité des
éléments toxiques qui se libèrent des sédiments.
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une valeur de 1 à 2 mg d’O2 par litre indique une rivière fortement polluée mais de
manière réversible ;
une teneur de 4 à 6 mg d’O2 par litre caractérise une eau de bonne qualité ;
des teneurs supérieures à la teneur naturelle de saturation en oxygène indiquent une
eutrophisation du milieu se traduisant par une activité photosynthétique intense.
La concentration en oxygène dissous peut être exprimée en mg d’O2 par litre ou en %
de saturation en oxygène. Comme l’illustre le tableau ci-dessous, la relation entre ces
2 valeurs est fonction de la température.
Tableau 2.1 : Solubilité de l’oxygène dans l’eau en fonction de la température
Température (C°) Solubilité O2 mg/l
0 14.16
5 12.37
10 10.92
15 9.76
20 8.84
25 8.81
[Link] en matières organiques : demande biochimique en oxygène
(DBO) et demande chimique en oxygène (DCO)
Deux méthodes permettant d’évaluer la quantité en matière organique présente dans l’eau
sont généralement utilisées : la demande biochimique en oxygène (DBO) et la demande
chimique en oxygène (DCO). Ces deux méthodes se basent sur la différence entre la teneur en
oxygène dissous initiale et la teneur en oxygène dissous finale après oxydation de la matière
organique présente dans un échantillon d’eau.
La demande biochimique en oxygène (DBO) représente la quantité d’oxygène utilisée par les
bactéries pour décomposer partiellement ou pour oxyder totalement les matières biochimiques
oxydables présentes dans l’eau et qui constituent leur source de carbone (graisses, hydrates de
carbone, tensioactifs, etc.). Ce prélèvement d’oxygène se fait au détriment des autres
organismes vivants du milieu aquatique. En ce qui concerne les eaux domestiques, environ
70% des composés organiques sont généralement dégradés après 5 jours et la dégradation est
pratiquement complète au bout de 20 jours. L’indicateur utilisé est généralement la DBO5 qui
correspond à la quantité d’oxygène (exprimée en mg/l) nécessaire aux microorganismes
décomposeurs pour dégrader et minéraliser en 5 jours la matière organique présente dans un
litre d’eau polluée. Plus la DBO5 est élevée, plus la quantité de matières organiques présentes
dans l’échantillon est élevée.
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La demande chimique en oxygène (DCO) correspond à la quantité d’oxygène nécessaire pour
la dégradation par voie chimique, effectuée à l’aide d’un oxydant puissant, des composés
organiques présents dans l’eau. Elle permet de mesurer la teneur en matières organiques
totales (exceptés quelques composés qui ne sont pas dégradés), y compris celles qui ne sont
pas dégradables par les bactéries. Il s’agit donc d’un paramètre important permettant de
caractériser la pollution globale d’une eau par des composés organiques.
La différence entre la DCO et la DBO est due aux substances qui ne peuvent pas être
décomposées biologiquement. Le rapport entre la DBO et la DCO constitue une mesure
indicative de la « dégradabilité » biochimique des composés présents dans l’eau. Le rapport
DCO/DBO évolue d’environ 2,5 (eau résiduaire récemment déversée) à 10-20 après
décomposition totale (Lisec 2004). Dans ce dernier cas, on parle d’une eau bien minéralisée.
Cependant, lorsque des composés toxiques sont présents, l’activité biologique est ralentie et,
de ce fait, la quantité d’oxygène consommée après 5 jours est moindre. Ceci se traduit
également par un rapport DCO/DBO élevé. La DBO et la DCO se mesurent en mg d’O2 par
litre.
[Link] eutrophisantes : différentes formes d’azote et de phosphore
(nutriments)
Des éléments tels que l’azote (N) et le phosphore (P) constituent des éléments nutritifs
(nutriments) indispensables aux végétaux. Les composés qui en contiennent comme les
phosphates et les nitrates constituent dès lors des matières nutritives de choix pour les
végétaux.
Des concentrations de nitrates et de phosphates trop importantes induisent le phénomène
d’eutrophisation (étouffement de la vie aquatique). Ces substances sont normalement
générées par la minéralisation de la matière organique. Toutefois, présentes en trop grande
quantité suite à des rejets intempestifs, elles favorisent la prolifération d’algues et de micro-
organismes photosynthétiques qui réduisent la pénétration de la lumière dans les couches
d’eaux profondes. Si ces algues et microorganismes photosynthétiques produisent de
l’oxygène le jour, ils en consomment la nuit et ces variations en concentration d’oxygène
peuvent être fatales aux poissons. Par ailleurs, la décomposition des algues mortes induit
également une consommation d’oxygène. Lorsque l’eau est trop peu oxygénée, les
conditions d’anaérobiose risquent également de se traduire par une accumulation de
composés ammoniaqués et de nitrites susceptibles d’intoxiquer la faune et la flore.
Les concentrations en nitrites (NO2-), nitrates (NO3-), ammoniac (NH3) et ammonium
(NH4+), phosphates (PO3-), azote (N) et phosphore (P) sont dès lors des paramètres
importants pour le suivi de la qualité des eaux de surface. L’azote « Kjeldahl » représente
l’azote organique (ex. acides aminés, urée) et l’azote ammoniacal. Quant à l’azote « total »,
il correspond à la somme de l’azote organique, de l’azote ammoniacal, des nitrites et des
nitrates.
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Le contenu en chlorophylle constitue une mesure sensible de la quantité d’organismes
photosynthétiques et d’algues et, en ce sens, du degré d’eutrophisation de l’eau.
2.13. .Métaux lourds
Le suivi des concentrations en métaux lourds (densité > à 5 g/cm3) est particulièrement
important vu leur toxicité et leur capacité de bioaccumulation le long des chaînes
alimentaires. Contrairement aux polluants organiques, les métaux ne peuvent pas être
dégradés biologiquement ou chimiquement. Les concentrations en cuivre, nickel, chrome,
plomb, zinc, cadmium, arsenic sont régulièrement mesurées. Les métaux lourds caractérisent
certains types de pollution, comme par exemple :
• la présence de cuivre et de nickel signe des rejets provenant d’industries de traitement de
surface des métaux ;
• le chrome dénonce la présence d’une tannerie ;
• le plomb est lié à des pollutions diffuses (apports dus aux transports routiers et à
l’existence de sites industriels désaffectés) ;
• le zinc est évacué par des industries qui pratiquent la galvanisation ou la préparation
d’alliages tels que le laiton et le bronze, il est également libéré lors du contact entre les eaux
de ruissellement et les matériaux galvanisés (toitures métalliques, gouttières) ;
• le cadmium peut notamment être rejeté par des usines de galvanoplastie et des industries
chimiques de textiles et de teintures.
Les métaux lourds se dissolvent très bien dans une eau acide (pH faible). Dans des eaux
neutres ou basiques, ils précipitent et s’accumulent principalement dans la phase solide
(boues). L’analyse de ces boues permet ainsi d’obtenir une vue de l’ensemble des
déversements en métaux lourds qui ont eu lieu, tant en nature qu’en quantité.
La toxicité du zinc, influencée par la dureté de l’eau, son contenu en oxygène et la
température, concerne surtout les plantes et les algues. La toxicité du cuivre pour le milieu
aquatique est fortement dépendante de l’alcalinité, du pH et de la présence de matières
organiques. De manière générale, les salmonidés (saumons, truites) sont très sensibles au
cuivre et au zinc .