Anthropos Institut
Le Bwiti, société d'initiation chez les Apindji au Gabon
Author(s): Stanislaw Świderski
Source: Anthropos, Bd. 60, H. 1./6. (1965), pp. 541-576
Published by: Anthropos Institut
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Accessed: 17-10-2015 17:59 UTC
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Le Bwiti,
chezlesApindjiau Gabon
sociétéd'initiation
Par Stanislaw Swiderski
Sommaire :
Introduction
I. L'histoiredu Bwiti
IL But de l'organisation
III. Structure géographiqueet internede la société
1. Structuregéographique
2. Structureinterne
IV. Initiationau Bwiti
V. Le Bwitien tantque religion
1. Le Bwiti,religiontribale
2. Le Bwiti,institutioncultuelle
VI. Le Bwitien tantqu'institutionéducative
VIL Le Bwitidevantle problèmede l'acculturation
Conclusion
Introduction
L'existencede sociétéssecrètesconstitueun des signescaractéristiques
de la quasi-totalitédes populationsditesprimitives. Les sociétéssecrètesjouent,
dans ces communautésethniques,à peu près toujoursle mêmerôle double:
socialet religieux.C'est à elles qu'il appartientd'éduquerles nouveauxmem-
bres de la tribudans l'observationde la traditionancestrale;à elles,de les
préparerà leur vie familialeet professionnelle. On peut donc voir dans ces
les
organisations principales institutions de l'éducation par la tribu.
Ces groupements ont connuau Gabon une périodede pleinépanouisse-
ment,aujourd'huiconsidérablement diminué.Parmicellesqui ont encoreune
activité,les plusconnueschezles Apindjisont: le Mwiri,le Bwitiet le Nyetnbé.
Par leursimportantes fonctions, ellespénètrent aussi bienla vie politiqueque
socialeet religieuse.
En ce qui concerneles sociétéssecrètesdéjà anéanties,on peut nommer
Mongala, Yasi chez les Galoa et Indo chez les [Link] groupements
étaientd'ailleurstrèsprochesdes sociétésque l'on peutencorerencontrer dans
les paragesde la rivièreNgounié.Selon Raponda-Walker, ils assumaientles
mêmesfonctions que Ngil chez les Fang, Ndjobi chez les Ambamba,Omwiri
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Anthrospos
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des Apindjiau centredu Gabon
Fig. 1. Territoire
chezles Nkomiet les Orungu,Bodi chezles Masangoet Muku chezles Benga.
On peut aussi les comparerau Mwetichez les Beseki et au Mwiri chez les
Eshiraou encoreau Mweli(ou Mwiri)chezles Apindji.
Le présentarticleveut donnerun aperçuhistoriqueet idéologiquedu
Bwiti,sociétéd'initiation
des hommeschezles Apindji,tribudu Gaboncentral,
qui vit au longde la rive droitede la Ngounié,entreMouilaet Fougamou1.
La premièrecaractéristiquede cette organisation,celle qui lui vaut
d'ailleursson nom,consistedans le secretobservévis-à-visdes personnesdu
1 Les donnéessurle Bwitifontpartiede la monographie surles Apindjiet sont
le résultatde ma missionethnologique de l'été 1963,subventionnéeet patronnéepar
l'InternationalAfricanInstitutede Londreset par le CentreNationalde la Recherche
Scientifiquede Paris.
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chezles Apindjiau Gabon
Le Bwiti,sociétéd'initiation 543
sexe opposéet par rapportaux étrangers.L'obligationde respecterle secret
augmenteau furet à mesurede l'initiation, différentedans son rythmeet son
contenupourchaque initié.
Cettesociétése signaleégalementparla création, pendantles cérémonies,
d'uneatmosphère mystérieuse, qui doitapporteraux «fidèles»une régénération
physiqueet spirituelle, à
par la participation une mort et à une résurrection
[Link] s'accomplitdans les transeset les visions,elle
atteintson point culminantlors du contactspirituelavec les ancê[Link]
préservant le secretou en recevantla forceBwitidispenséelorsdes cérémonies,
le Bwitistemanifeste la dimensioncollectiveque revêttoutacte d'un membre
de la société.En effetcette sociétéinterdittout individualismeet celui qui
chercherait à fairepreuved'indépendancedans les dansesou pendantl'initia-
tionencourrait différentespeinesy comprisla mort.
I. L'histoiredu Bwiti
La littératureconcernantles sociétésmentionnées(Mwiriet Nyembé)
n'estpas [Link] n'y a pas de monographie complète,consacréeentièrement
à expliquerl'origineet l'épanouissement de chacunede ces institutions. Et
il
surtout, manque un travailconsidérant le Bwiti, du
particulièrement point
de vue de la sociologie2 et de l'[Link] qu'on trouvedans
différentesrevuesscientifiqueset dans cellesdes Missionsn'est constituéque
les des
par remarques explorateurs, des administrateurset des missionnaires.
Reste à faireune étude profondeet générale,englobanttoutesles questions
du Bwiti,considérécommele principalphénomène socialet religieuxde l'Afri-
que Equatoriale.
Les premièresinformations surle Bwitise trouventchez P. du Chaillu 3,
A. le Roy 4, R. Avelot 5,dans les AnnalesApostoliques6, chez H. Trilles 7,
A. Maclatchy 8,et plusieursautres.
Parmiles travauxmodernespluscomplets,il fautmentionner une mono-
9
graphiede Veciana Vilaldach qui, cependant,se limiteà la régionde la
2 Balandier, G., donneune profonde analysedu Bwitichez les Fang,en souli-
gnantparticulièrement le rôle religieux de ce cultedans le renouvellement culturelet
sonrôlecommefacteursociologique et psychologique dansle rétablissementd'unecohé-
sion [Link] de l'Afriquenoire. Paris 21963; voir aussi: Afrique
ambiguë.Paris (1957),1962.
3 du Chaillu, P., Voyageset aventuresdans 1Airique equatoriale,löDö-iioy.
Paris1863.
4 Le Roy, A., Les Pygmé[Link] Lyon.1897.
5 Avelot, R., Notessur les pratiquesreligieusesdes Ba-kale..Bull,et [Link]
la Soc. d'[Link] Paris2. 1911,pp. 283-297.
6 AnnalesApostoliques (Pans) 1. 1886.
7 Trilles, H., Le totémisme chezles Fan. [Link] 1,4. Munster1912.
8 Maclatchy,A., L'organisation socialedes populationsde la régionde Mimongo
(Gabon).Bull,de l'Inst.d'EtudesCentrafricaines 1. 1945.
9 Veciana Vilaldach, A. de, La sectadel Bwitien la Guineaespañ[Link]
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Anthropos
Guiné[Link] que nous donnele PrinceBirinda 10sur le Bwitichez
les Eshira dans sa «Bible secrète»est,hélas,tropchargéde mysticisme et ne
présentepas, de ce fait,un tableauobjectif.
Le meilleurconnaisseurdu Bwiti au Gabon est A. Raponda Walker
qui, dans ses études sur cette formedu culte des ancêtres,nous explique
Thistoire, le butetla structure internedu [Link] travauxet sesinformations
personnelles, qui concernent les coutumesetl'histoiredes tribusdu Gabon,sont
à la base de toutesles autresétudessurla culturegabonaiseet surle Bwitin.
Le mot bwitiest un nom génériquedésignantune pratiquecomplexe,
où se retrouvent un aspectfolklorique, comportant des réunionsde danseset
un aspectmystique,qui concerneles cérémonies religieuses de la sociétésecrète,
portant ce même nom de bwiti. Pour l'instant, il est impossible de résoudrele
de
problème l'origine du mot bwiti,bien qu'il paraisse avoirla même racineque
le mot byeri,désignantchez les Fang du Gabon une des formesdu cultedes
ancê[Link] deux formesétaientsouventconfondueschez les auteurs qui
se penchaientsur ces «institutions» [Link] se distinguent pourtant
essentiellement entreelles. Le Byeriest un cultefamilial,privé,ne dépassant
pas la famille,danslaquellele père,commechefde familleou sonreprésentant
assuresecrètement par la prière,le sacrificeet les offrandes la vénérationdes
reliquesdes mânesancestrales (crânesou tibias).Il faut,au contraire, considérer
le Bwiticommeuncultepublic,renduaux ancêtresparla sociétéetsonreprésen-
tant(misambo), qui s'ylivrentaux mêmespratiquesque dansle Byeri(offrandes,
sacrifices) mais organisentaussi des cérémoniespubliquesliées à des danses.
En outrele Bwiti est une institution religieuseet sociale ayant pourbut de
créerun lienentreles membresdes clanset de la [Link]'hui, il dépasse
mêmeles frontières claniques, devenant ainsi une institution inter-tribale.
Byeri et Bwiti sont souvent représentéspar des statuettes,comme
signesvisibles,par lesquels doivents'accomplirla liaisonentreles vivantset
les [Link] Roy et Banister 12les statuettesdu Bwitiqui reposentsoit
sur des crânesdes Anciensdans les cases rituelles,soit surdes boîtesà Byeri,
enveloppéesdans du tissude raphiaet un morceaud'étoffe blanchereprésen-
tantles [Link] sontaussipeintesen rougeetennoiretpeuventreprésenter
soit un homme,soitune femmeou un jeune garçon.
Il n'est pas rare que les statuettesportentà l'endroitdu nombrilou
sur le frontun miroirou des yeux mé[Link] caractéristique doit
rappeler aux membres de la société la des en
présence ancêtres, soulignant leur
facultéde contrôler et de surveiller la vie des vivants.
de EstudiosAfricanos, [Link] ouvrageest suivid'une bibliographiedes plusimpor-
tantstravauxconsacrésau Bwiti,ordonnéechronologiquement de 1863 à 1954.
10Birinda,M., La Bible secretedes Noirsselonle Bouity(doctrineinitiatique
de l'Afriqueequatoriale).Paris 1952.
11Walker, A. Raponda, Le Bouiti, Bull. Soc. Rech. Cong.4. 1924; La statue
du Bouiti. Ibid.,8. 1927; Notes d'histoiredu Gabon. Mémoiresde l'Inst. d'Etudes
Centrafricaines [Link].: Deschamps,H., Traditions
9. Brazzaville1960,etplusieurs
oraleset archivesau [Link] 1962.
12Walker, A. Raponda et Sillans, R., Riteset croyances des peuplesdu Gabon.
Paris 1962,p. 66.
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Le Bwiti,sociétéd'initiation
chezles Apindjiau Gabon 545
On rencontre aussi des statuettesdu Bwitisurles cannesde commande-
mentou surdiversobjetsrituelset funéraires 13.
Selon certainsauteursle Bwiti peut être considéréaussi comme un
esprit,comparableaux génies,qui sont en généralà la base des sociétés
secrètesdu mêmenom,commepar exemplele Mwiri:symbolede forceet de
virilité,rOmwiri:espritméchanthabitantles rivièresou l'Okukwe: génie
protecteur.
Le Bwiti,compriscommeune formedu cultedes ancêtres,commeune
sociétésecrètedontle but est d'organiser et de coordonner la vie religieuseet
sociale,et enfin comme nom génériquepour les statuettes et les séancesnoc-
turnesde danse, existe aujourd'huien GuinéeEspagnole,au Cameroundu
Sud, au Gabonet au [Link] doitson épanouissement d'abordà des besoins
psychologiques, par exemple celui de la nouveauté surtout dans le domaine
religieux,où le Noirdu XIXe sièclevoulait voir et trouver sa libertépolitique,
sa cohésiontribaleet son émancipationsociale. Les premierspropagateurs
du cultedu Bwitiau Gabon étaientsurtoutles Noirsde la traitequi, venant
du centredu pays,attendaientleur départpourl'Europe ou l'Amérique,ou
bienles esclavesqui, aprèsle tempsde la traite,cherchaient du travaildans
les chantiersforestiers.
Déjà en 1857et 1865l'explorateur P. du Chaillu trouvale Mbuitichez
les Bakele, en traversantle pays de la Ngounié,habité par les Apindji,les
Mitsogo,les Bapunu et les Eshira. Dès le XIXe siècle,le Bwiti et son culte
étaientdéjà trèsrépandusau [Link] exempledansla régionde la Ngounié-
Nyanga,le Bwitiétaitpratiquéparles ethniessuivantes:Tsogo,Pindji,Eshira,
Bapunu, Balumbu, Pérès (Koula-Moutou,Mimongo),Simba (Sindara). Ce
culterestaitpourtantassez longtemps limitéà la régionde la Ngouniécomme
une religiondes tribusmentionnées, avantqu'il ne trouvesonépanouissement
rapide dans les années 1920-1930 et ensuite après 1945 et surtoutà l'époque
contemporaine aprèsl'indépendance [Link]
Partoutoù les Pindjiet les Tsogoontémigré, ils ontcontinuéà pratiquer
et à ré[Link] Tsogoinfluençaient Mouila,Fernán- Vaz, Sindara,
[Link] Pindjiavaientdeuxzonesd'influence : la régionde Mouila(ducôtéde
SaintMartin)et cellede Lambaréné(Lac Zilet,Gomé,Anengué)et aujourd'hui
Libreville,bienque dansune mesuretrèslimité[Link] de la régionde Mouila,
beaucoupde Pindjiontémigréà Lambaréné,poury chercher du [Link]
cela ne les a pas empêchésde gardersurla terred'exil un Bwitide leurpays.
Malgréces mouvements migratoires, la régionde Mouilarestetoujours,pourles
Apindji, le lieu sacré du Bwiti, en dehors duquelil n'estpas possibled'êtreinitié.
Le tempsde 1930 et les années suivantes étaientmarquésd'unepersécution
organiséepar des missionnaires catholiqueset soutenuepar l'administration
coloniale14,pendantlaquelle on détruisaitles templesde Bwiti et on pour-
chassaitles [Link] ce temps-làdate aussi l'épanouissement du Bwiti en
GuinéeEspagnole et Cameroun.
13Ibid.,p. 67.
14Balandier, G., Sociologieactuelle,op. cit.,p. 220.
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Anthropos
Plusieurstribusqui pratiquentle culte de Bwiti essayentd'expliquer
d'unecertainefaçonl'originede cetteformereligieuse, aujourd'huisi populaire
au [Link] les uns avouentqu'ilsl'ont prisà une tribuvoisine,d'autres
prétendenten êtreles fondateurs. Les Apindjine racontentni un mytheni
une histoirebiendéveloppéeconcernant la naissancedu [Link] mentionnent
seulementle faitd'unrêve qu'eut,avant de mourir,un vieillarddu villagede
Migabé,dans lequel les ancêtreslui révélèrent le secretd'une connaissancede
l'au-delàpar la consommation d'une plante,appelé[Link] que ce savoir
soittransmisaux autres,le vieillarddevaitfonderune sociétésecrè[Link]
connaissancede l'au-delàne peutêtrecommuniquée aux initiésque par l'inter-
médiairedes ancêtreset grâceà leurbienveillance.
Si le PrinceBirinda essaie de donnerdes détailssurla structure et sur
l'initiationau Bwitichez les Eshira,il n'expliquepas par contreson origine.
Il est curieuxde citerl'histoiredu Bwiti que donnentles tribusde Guinée
Espagnoleet que noustrouvonschezVeciana Vilaldach [Link] nouspermet
de faireune comparaisonde la langue«liturgique», des symboleset des noms
propres utilisésdurant les cérémonies de Bwiti, d'une part en GuinéeEspa-
gnole, d'autre part au Gabon ce qui pourraitpermettre de supposerquel est
le payset la tribuqui peutêtreconsidérée le
comme promoteur de cettesociété
d'initiation.
Selon la tribuBakui de GuinéeEspagnole,le premiertemplede Bwiti
appelé tn'banja,Viboga,la lyrerituelle(n'gotnbi)et la sociétéBwiti auraient
l'originesuivante:
Dans le clanTambanapuyade la tribuBakui,vivaienttroishommes,Mobaybay,
Kambiet [Link]èsla mortde Mobaybay,sa femmeBanjokudevintla première
femmede [Link] jourqu'elle était à la pêcheavec ses amies,Banjokupéchatout
prèsdu bordde la rivièreun [Link]-cilui demandaqu'ellele couvrede
la peau d'un chat-tigre 16et le pose dans un lieu éloignéet tranquilleoù elle lui ferait
un abride branchages. Ainsifutcrééle temple,la case rituellede la futuresociété.Le
squelettelui ordonnaen outrede revenirle voiret de lui fairedes offrandes. Banjoku
apportadoncà chaquevisitedu matinet du midiune offrande de [Link] jour,le
squelettelui dit que si ellevoulaitconnaître celuiqui lui parlaitet le paysoù il demeu-
rait,elle n'auraitqu'à se rendrederrière sa case au villageoù elle habitaitet qu'elle y
trouverait une plante,dontelle devraitmangerla [Link] étonnéede
trouver, à indiqué,cetteplante,car elle connaissaittoutesles plantesdes envi-
l'endroit
[Link]èsen avoirconsommé les racinesrâpées,Banjokutombaen extaseet vit la
«SainteTrinité».Cet étatse reproduisit plusieursfois.
Parce que Banjokurendaitvisiterégulièrement au cadavredans le nganza,son
mari,Kambi,la suspectad'infidélité. Un jour,aprèsavoirtrouvésa femmedansla forêt
devantla maisonnette, Kambi futétonnéd'entendre, du fondde la nganza,une voix
mécontente. Pourse concilierl'espritdu cadavre,le mariessayade lui offrir sa lanceet
son couteau,maisen vain.A la fin,Kambidécidad'offrir à l'espritsa femme, Banjoku.
La foule,qui arrivaà ce moment-là, étranglaBanjokusurl'ordrede son mariavec le
cordonqu'elle avait dans son [Link] futenterréeau fonddu [Link] ainsile
cadavrereçutsonpremier [Link] tristessed'avoircommisce meurtre,
sacrifice
15 Veciana Vilaldach, A. de, op. cit.
16 La peau de chat-tigre(en ap. mosmgi)est symbole de 1 honneuret de la dignité.
Elle faitpartiede la paruredes sorciers(nganga),des chefsde Bwitiet mêmedes mères
de jumeaux.
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Le Bwiti,sociétéd'initiation 547
Kambitombadans un sommeilprofond, pendantlequel un rêve lui fitcomprendre le
et la nécessitéd'un tel lien avec les ancêtrespar l'intermédiaire
sensde ce sacrifice de
Yibogaet du [Link] se «convertit» et devintle premiermembredu Bwiti.
Pourcommémorer de Banjoku,on vénèrejusqu'aujourd'hui
le sacrifice unelyrerituelle,
n'gombi,représentant une formeféminine. Le cordonattachéau cou de la lyrerappelle
que Banjokufutétrangléeet le son délicat,sa voix quand elle [Link] les clefsdes
cordesrappellentses côtes,la caisse de résonancesymbolisela peau de son ventre17.
Regardonsde plusprèsles élémentsessentielsde cettehistoireet compa-
rons-lesavec ceux qu'on rencontreaujourd'huichez les BwitistesFang aux
environsde Librevilleet chez les Mitsogoou les Apindjidu centredu Gabon.
D'abordil estintéressant de soulignerque le nomBanjokua la mêmeracineque
le motnCbanja(chezles M'Pongwe),ébanja(chezles Mitsogo)ou ¿Liban ja (chez
les Balumbu),ou bien il est rapprochédu nom nganza(chez les Apindji).Si
les initiésdu Bwitichez les Mitsogoet les Apindjivoient au coursde leurs
extasesles ancêtres,les initiésdes tribusde GuinéeEspagnolepeuventvoiren
outreAdamet Eve 18et mêmela «SainteTrinité»,ce qui indiquel'introduction
d'un élémentnouveau et étrangeret constituede ce fait une versiontrès
christianisée. Mais ce qui est le plus frappant,ce sont les cérémonieset la
langue«liturgique» du [Link] premières et le nganza(tn'banja)sont,comme
d'ailleurschez les Fang des environsde Librevillebien développés,si on les
compareavec ceux de la forêtchezles Apindjiou les [Link] enrichisse-
mentconcerne surtoutles accessoiresd'origineeuropéenne, telsque des bougies,
l'usagede la génuflexion, etc. 19.
Le critèredécisifpour supposerque le Bwitia été créé par les Apindji
consistedans l'emploide leur langue commelangue «liturgique».La même
remarques'applique aux termesde la langue apindji désignantles actions
sacrées,les instruments de musiqueet les objets sacrésdu culte du [Link]
suffitde citerparexempleles motsapindjis:maganga20,mabandiko 21,mosinji22,
mabaka23,ngonde24,kombi25,metombo 26,nijmbe27,les gradesd'initiation28,
etc.,qui sontemployésdans les séancesdu Bwitien GuinéeEspagnole.
17Voir le chapitre:«Les aspects matérielset le symbolisme» du Bwiti chez:
Balandier, G., Sociologieactuelle,op. cit.,pp. 222-228.
18Veciana Vilaldach, A. de, op. cit.,p. 36.
19Voir:Le Bwitidevantle problèmede l'acculturation, [Link], p. 570.
20maganga : dans la langueapindji: les secretsdu Bwiti,la forceinternemysté-
rieusedu Bwiti.
21Termed [Link],c est le noma une«loretsacrée»au nzimbe
actuelde Migabe,corporation des initiésrésidantde Gégnongajusqu'à Migabe.
22Déformation du motmosmgi(voirnotelb).
23En ap. mabaka,les castagnettes, bâtonnetsd accompagnement au Bwiti.
24En ap. ngonde, la lune.
25En ap. kombi, le soleil.
26metombo en ap. : mitombwe - Bwitipréparatoire a une seanceomcielle,appelée
«Bwitidissumba».ToutBwiti-Mitombwe parla «veilléedu nganga»(= ngose,
se caractérise
enGuinéeEsp. : nguse),au coursde laquellele ngangadanseseul,au sonde l'accompagne-
mentdes castagnettes (mabaka),des battements des mains(ditsako)et surtoutau sonde
l'arc musical (mongongo= mitombwe).
27 niimbe,en ap. nzimbe.
28Parmiplusieurs
grades,il suffit : banji,enap. banziou bandji= le
de mentionner
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548 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
II faudraitencoreciterle sermentque doitprononcer le novicedu Bwiti.
il
Dans ce serment prometde garderles secrets de Sanza et Moduma,deux
vieillardsqui sontsouventconsidéréscommefondateurs du Bwiti.
IL But de l'organisation
Le Bwiti, véritableinstitutionprésentanttoutes les caractéristiques
essentiellesretenuespar la sociologiepourdéfinirce terme,se caractérisepar
deux objectifspédagogiquesessentiels:entreren contactavec l'au-delà,pour
acquérirune connaissanceplus profondede la vie et la communiqueraux
membresde la société et, d'autre part, vulgariser,conserveret appliquer
dans la vie quotidiennela traditionancestraleque Ton trouvesurtoutdans
les danses,les coutumeset les normesmorales.
Il est remarquablepar son organisation et sa fonction,comprisecomme
une actionspécifiqueet déterminée sur autrui,cetteactionétantle résultat
de la structure socialeet du «pattern»culturelde la [Link] ailleurs,malgré
son rôlesocial d'intermédiaire et d'interprète dans la vulgarisation et la fixa-
la
tiondu contenuculturelde tribu, sa tendance à l'indépendance est manifeste.
C'est en raison de ce droit à l'autonomiedans l'exercicede ses fonctions
éducatives,politiqueset disciplinaires que l'institution Bwitipeut imposerà
chacunde ses membres,au nom de la société,des tâcheset des [Link]
formation donnéepeut doncêtreconsidérée commeun véritable«servicemili-
taire»,où la jeunesseestéduquéepar des exercicesphysiqueset par de sévères
épreuvesspirituelles qui en ferontl'élitedu pays et les digneset fidèleshéri-
tiersde la [Link] tel est le prestigede cetteécole de formation virile,
que les Bwitistespaïens méprisent les chrétiens qui n'ont pas bénéficié d'une
telleéducationet les comparentà des femmes.
Cetteéducation,donnéepar des hommesd'expérience, comportent une
séried'instructions portant surles principeséthiques, la et
religion la discipline
de la [Link] est dispenséeaux jeunesgenspendantune périodede six mois
à un an. Là s'oriente,dans une grandemesure,la personnalité psychologique
et sociale du jeune [Link] individu,ayant déjà mangéViboga,plante
rituelle,et ayantconnu,grâceà elle,l'étathallucinatoire, estconsidérécomme
un [Link] lui reconnaît,aprèsl'expériencede cet état,le pouvoirde
«voirles chosesclairement», de prévoirles dangerset de prendreles mesures
propresà s'en protéger.C'est cette mêmeclairvoyanceque l'on exigera,de
façonplus eminenteencore,de tout chefde clan.
Les membresdu Bwitipassenten effetpourposséderune scienceésoté-
rique,acquisepeu à peu et de façonsystématique. Viboga, plantedéjà nommée,
au goût trèsamer,joue un grandrôle dans l'acquisitionde [Link]
effet,c'est par les étatsextatiques,que donnesa consommation massive,que
le membredu Bwitireçoitl'inspiration et commenceà acquérirle savoirsecret.
noviceà initierau Bwiti;nima,en ap. nima9- l'ancienqui «ferme
la marche»dansune
danseprocessionnellede Bwiti.
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chezles Apindjiau Gabon
Le Bwiti,sociétéd'initiation 549
Contempler les ancêtreset «Bwiti»faceà facene peut se faire,effectivement,
qu'après avoir perdu consciencepar une forteabsorptiond'iboga. Cet état
extatiqueest un des élémentsindispensables du riteinitiatiqueet des danses
sacrales.A côtéde ce rôleimportant,Yibogareprésente aussi,pourlesBwitistes,
un moyende «communier» ensemble.
Le savoirésotérique,acquis par les membresdu Bwiti, concernenon
seulementla vie terrestre, mais aussi celle de l'au-delà. Le contactentreces
deux mondess'opèredans le «templede l'univers»,le nganza,où reposentles
«reliques»des ancêtres.
III. Structuregéographiqueet internede la société
On peut répartirgéographiquement les adeptes du Bwiti de la tribu
apindjie en plusieursgroupements bien structurés(composésdes initiésde
plusieurs villagesdéterminés),
groupements ayantleuridéal et leur mystique
et
propres qu'on appelle nzimbe (du nom de l'endroitsituéà proximitédu village
où les adeptes du Bwiti ont coutumede se rendrepour mettreet ôter les
palmesqui leurserventde parurepourla danse: sing,enzimbe, pl. dinzimbe) 29.
Nzimbea donc deux sens: c'est tout d'abordle lieu où les hommesse parent
pourles danseset règlenttoutce qui toucheau Bwiti;c'estaussile groupement
des initiésde plusieursvillagesayantsa mystiquepropre.
de chaque «groupement»
Et à l'intérieur ou «corporation»,nous verrons
qu'il existed'autresdivisions.
1. Structuregéographique
Pour l'ensemble du pays apindji de la région de Mouila, on compte
quatre groupementsou nzimbe:
a) Abongino- réunittous les villages situés entreMwalo (8 kmde Mouila)
et Tubagenge (1 km au-delà de l'ancienne mission Saint-Martindes Apindji,
située à 30 km de Mouila). Etymologiquement,le mot signifie«celui qui a
pris».Ce groupementa été fondéen 1960, en remplacementde celui qu'on appe-
lait O Digidia «Laisse partir,laissons aller, lâche-le». Il s'appelle aujourd'hui
Olemba,ce qui signifie«II faudra frapperdur sur la tête, il faudra terrasser».
b) Na Matono - réunittous les villages situés entre Mobuka inclus (4 km
environ de Tubagenge) et Gégnonga inclus (l'actuel chantier Egnonga, à mi-
cheminentre Saint-Martinet Migabe). Le sens de ce nom est «depuis que nous
avons commencé», «c'est la première fois». Ce nzimbe fut lancé, également
en 1960, pour remplacer Ekumu «le maître, le souverain».
c) Mabambu - réunit les villages situés entre Gnongo inclus (village
après Gégnonga) et Migabe (le plus vaste et le plus vieux village apindji, situé
à 6 h. de pinasse de Saint-Martin).Il a une rivièredans laquelle les initiés se
29Pendantles persécutionsdu Bwitipar les missionnaireset les administrateurs,
servaitsouventde sanctuairesecretoù étaienttransférés
le nzimbe les «reliques»et les
ossementsdes ancê[Link]: Balandier, G., Sociologieactuelle,op. cit.,p. 223.
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550 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
baignentpourse prépareraux [Link] cetterivière,Bengélé,ils étanchent
aussi leursoif,ce qu'ils ont exprimédans des chantsde Bwiti.
mabambuma go momba Mabambu 30ma go momba
riekangégna Brûlant d'une grande soif
mbi ngétsoméngonande? Demanda qui lui donneraitde l'eau.
manékangomotendê Le jour où, d'un grand cri,
go kéga a Bengélé II appela au secours du côté de Bengélé.
mabalé asi méndomôkoo On ne chicane pas deux fois un autre
mabambugo mingumba Mabambu go mingumba.
onga gela k'angônè? Est-ce de la sorte que tu agiras à son égard?
a tsutsubéniBengélé Mabambu descendit dans la rivièreBengélé,
tosi mèngèmuabwéno! Mais aucune place pour traverserà gué !
nzikwé,go sambéka motogia mèngova Ohé ! Nzikwé,n'y a-t-ilpas de puiseurd'eau ici ?
andi Kalê Kangégna! Car celui qui joue mitombwe 31 crie qu'il a soif!
gwa mitombwè
Bengéléa mani diona Eh, bien, si, car Bengélé déborde d'eau
go pinzi a Mobandiko. Dans la forêtde Mobandiko.
Le groupement Mabambuexisteégalementdepuis1960. Auparavant,il
s'appelaitA Niva Etsenge «celuià qui appartient le monde,le maîtredu monde».
d) Gneme - est le groupement situéaprèsMigabe,versla villede Fouga-
mou,près de Sindara (90 km de Lambarene).Le villagele plus célèbrede ce
groupements'appelle Waba «Le Rapide», ainsi nomméà cause des rapides,
sortede barragesnaturelsqui se trouventdu côté de [Link] sens de
gnémèest «le ventreenceint,l'enceinte».Il [Link],il
s'appelaitWa Biliga,dontle sens est peut-être«les gensde la régiondu bois,
appelé biliga».
Il y a deux chosesqui maintiennent la vitalitédu Bwitichezles Apindji:
la répartition de ses adeptes en groupements autonomes,appelés nzimbe,et
le renouvellement périodique de la mystique ces nzimbe,qui favoriseen
de
mêmetempsle rajeunissement des dansespropresà chacunde ces groupements.
C'est surtoutlà qu'il fautchercher la clefd'une permanencedu Bwitiapindji
[Link] effet,un nzimbeest à concevoircommeun groupement
célèbreà une époque donnée,à cause de sa mystique,de ses danses,de ses
chantset rythmes particuliers, qui le différencient des [Link] estl'expression
d'une génération donné[Link] d'étonnant alors à ce que la suivantele trouve
«dépassé»et veuilleen changerla [Link] l'accordunanimese fait,on
préparela grandecérémonie de «lancementdu nzimbe»(motsuoidi aga nzimbe-
lancerun nzimbe).Tous les initiésdes villagesdu groupement devrontêtre
Le
présents. jourfixé,grande séance de Bwiti-dissumba -«Bwiti joyeux».Tout
révèlela nouveautéet pourtantl'on n'a pas tout changé; demeurenttous
les élémentsde l'anciengroupement, encoreintéressants, maisles innovations
doiventprédominer et, en particulier, le nzimbea changéde nom (ekômbo,
dikômbo:le surnomou les surnomspar lesquelson salue un initiéau Bwiti).
Le nzimbea un chantparticulier dans lequel son nomrevientsouventet dont
30 mabambu,ici une sortede personnification du groupementappelé Mabambu, qui
se promènedans sa forêtsacrée et se baigne dans sa rivièreBengélé.
31 Voir note 26; est surnomque les gens du Bwiti donnentà l'instrumentde mu-
sique, mongongo.D'où gwa mitombwe, «celui qui joue mitombwe,
mongongo».
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Le Bwiti,sociétéd'initiation
chezles Apindjiau Gabon 551
les parolesexprimentla mystiquenouvelle.D'ailleurs,tousles chantsnouveaux
doiventcontenirnormalement le nom du nouveau nzimbeet commentersa
nouvelleidéologie.C'est ainsi que dans le nzimbe,appelé abongino(village
Mwalo,Tubagéngé),les chantssontpleinsdu [Link] en est de même
pourles autresnzimbe.
On comprendalors la pérennitéde cette sociétédu Bwiti apindji,on
comprendqu'elle ait conservésa puretéjusqu'ici,tandis que, dans d'autres
tribus,le Bwiti n'est plus «le vrai Bwiti des Anciens»,commele disentles
Apindjieux-mêmes.
2. Structureinterne
A l'intérieur
d'un mêmegroupement {nzimbe),les initiésse différencient
de troismanières:selon les catégoriesbasées sur l'anciennetéou le grade,
selonleur rapportavec le pouvoircentraldes Anciens,selon la place qu'ils
tiennentau coursd'une séancede Bwiti.
Divisionselonl'ancienneté
Les initiéssont répartisen «sections»(édiga,sing,gédiga),à l'intérieur
desquellestoutle mondea le mêmegrade(gériko, ériko= le grade,les grades).
-
Ditati(ou asi ditati les «gensde Ditati»,«Ceux de Ditati,les Anciens).
C'estle sommetde l'é[Link]: au-dessusde 60 ans engénéral.Rôle: conseiller
les jeunesdans le [Link]: grandetachede kaolinrougesur
le front,et charbonautourdes yeux(cilset sourcils).
Opoka(asi opoka- les «gensde la sectionOpoka»).Ceuxqui sont«couchés
aux pieds des Anciens»,ceux qui sont «tout soumiset tout dévoués» aux
Anciens(opoka= il faut tomber,il faut êtrecouché,soit soumis).Age: au-
dessusde 50 ans. Rôle: interpréter la parole des Anciensauprèsdes jeunes.
Signesdistinctifs: tache rougeau frontet une tache noiresur chaque joue.
Dinini (asi dinini).Age: au-dessusde 45 ans. Rôle: ils sontdirectement
responsablesdes jeunes, recevantles ordresde leurs aînés précédents,de
Yopoka(asi opoka).Signesdistinctifs: tachede kaolinou de charbonau milieu
du front,de haut en bas, verticalement.
Masigo (signifieles «nids de carpe»,pratiquéspar ces poissonsdans le
sable ou la boue de la rivière).Age: 30 ans et au-dessus.Rôle: C'est parmi
des gens de cette catégoriequ'on choisitordinairement le «premierdanseur
ou chefde file»(mbene), le premierdanseur,celuiqui dansedevantpendantles
séances de Bwiti. C'est parmi ceux-ciaussi qu'on recruteordinairement le
personnage important du Bwiti wa
appelé mwagô ou encore wa kôta, celui qui,
tenanten mainla crécellerituelleappeléekota,expliqueaux mânesdes ancêtres
du Bwitiet au Créateur(malumbé - les mânesdes ancêtres,Nzambé- le Créa-
teur)le motifde la séancede Bwiti.D'où le nomégalementde ce personnage:
mobèndi a bwété- celuiqui ditle Bwiti.
Mifutégo (asi mifutégo).Ce nomsignifie «les plis et les replis,les tourset
-
les détours»,du verbemofutegagaplier. «Les tourneurs». Age: de 20 à 30 ans.
Rôle: Ceux de cettesectionsontappelésainsiparce qu'ils dansentdevanten
tournoyant.
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552 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
Dindadio («Débutants»),ceux qui «commencent la traversée»(endadio,
dindadio - la traversée, traversées)et doiventapprendreà traverserla
les
rivière(symbolique)en ramantsur la barque (motsikagaéndadio- couperla
traverséede la rivièreen pirogue).
Divisionpar rapportau pouvoircentral
Ici, Tordreest décroissant, le plus haut en grade étantle [Link]
critèrede promotionest la sagesse. On se base sur elle pour élireles chefs.
Evidemment,la sagesseétantfonctionde Tage,les chefssontaussi des gens
d'âge véné[Link] sont issus presque toujoursde la premièrecatégorie:
asi ditati.
Maisil y a aussiun secondcritère : L'autoritéqu'on a surles autres.C'est
pourquoi l'on choisit, pour être chef, des gensqui sachentsusciterle respect,
se faireobéir,se fairecraindremê[Link] troisgradesde cet ordre:
Motnba(ou mombe, l'aîné) - l'anciendes anciens.C'estle plussage parmi
tous les «Anciens»(asi ditati),et normalement c'est égalementle plus vieux,
toutau moinsle plusanciendansle [Link] est,pourla sociétéBwiti,unesorte
de chefd'Etat. Mais «il règnesans gouverner»car la sociétéest commeune
républiquebasée surle régimeparlementaire. A l'intérieur d'un «groupement
de Bwitistes»(nzimbe),l'Ancien,appelé momba,est un témoin,gardiende la
tradition, mèredu Bwiti,(eyè-ya-bwété) , conseillersuprême.
Misamboc'est lui, à proprement parler,le chefdu Bwiti,à l'intérieur
d'un groupement y go bwété). est comparableà un premierministre
(etsé-vi a Il
dans le systèmeparlementaire. Misambosignifie «celui qui arrange,règleles
choses»ou «celuiqui absout»car ce motvientdu verbemosambaga qui a deux
sensvoisins: arranger, mettreen place; absoudre,délierd'un mal,par exemple
délierde la puissancedu mwiriun malade se dit mosambaga mweli.
D'où l'on comprend facilement le rôle du misambo dans le Bwiti: il est
juge suprême(justicier).Il règle les délits touchantstrictement la société
Bwiti,notamment les cas de divulgationdes secrets(a pukigésésa modume na
sanza - «il a divulgéles secretsdes Ancienssurle Mwiri»).Il peutdéciderde la
vengeanceà exercersurun imprudent de ce genre: mortde l'individu(parem-
poisonnement), souventmêmevengeancesurplusieursmembresde sa famille.
Ce personnagedu Bwitise caractérisepar sa sévérité.C'estpourquoi,pourson
élection,on tientcomptede Tage (il est choisiordinairement dans la section
des Anciens,asi ditati),maisle critèrefondamental est la sagesseet le prestige
(savoiren imposerà tous). Sa fonction ne cessequ'avec la mort;à ce moment-
là seulement, un nouveaumisamboest élu. Mais le candidatdoitpayerchersa
[Link] raconteque, parfois,la sectelui demandele «sacrifice d'une
victime»par empoisonnement en
(il s'agit général d'une sœur ou d'un parent).
C'est sur cet acte que se fonderason prestige,par la craintequ'il inspirera.
Voici quelques-unesdes fonctionsdu misambo:prendrela parole au lieu de
réunionappelé nzimbe,pour transmettre à tous les décisionsdu conseildes
Anciens;commenterles événementsimportants, en donnerla signification;
juger et sanctionner. Le misambo a un insigne: le «bâton de commandement»,
le «bâtonde juge»,appeléepandaya misambo:le «bâtonde Misambo».
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Stanislaw Swiderski, Le Bwiti,sociétéd'initiation
Planche1
chezles Apindjiau Gabon
a) V)
c)
a) Novicedu Bwitiau villagede Migabé.b) Joueurde mongongo,arc sonore,
devantla case du Bwiti,nganza.c) Danseursapindjisde Bwitià Libreville.
Anthropos 60. 1965
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~
Stanislaw Swiderski, Le Bwiti,sociétéd initiation Z7. 1
, . A . ... . Planche 2
chezles Apindjiau n
Gabon
a) Village apindji de Mwalo. A gauche au premierplan et au fondla case du Bwiti
b) Case du Bwiti syncrétiste(Ndéya Kanga) près de Libreville (à présentabandonnée).
Sur le poteau central emblème catholique du Sacré Cœur.
Anthropos 60. 1965
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Le Bwiti,sociétéd'initiation
chezles Apindjiau Gabon 553
Dignimacomportetousles initiés,les adeptesou sujets,qui se répartis-
sentselonles catégoriesque nousavonsénumérées [Link] il
fautfaireune place spécialeà la catégorieintituléeasi ditati:«les Anders),
car ils formentle «GrandConseildes Anciens».
Divisionen fonction de la place tenuedans la danse
Gepombomokongwadi engolayobe:Le grand chef de file,ou «Premier
sanglier»(engolayobéou mokongwadi - le grandsangliermâle qui marcheen
têtedu troupeaudansla brousse). Le termede gepombo faitallusionà une autre
du
caractéristique premiersanglier dans son : il
troupeau doitêtrerobustepour
le
défendre troupeau, il doitl'avertir du dangeren poussantun crià sonadresse
pourqu'il se [Link] plus,dans son troupeau,le premiersanglierprend
normalement les devantset marcheassez loin du gros de la bande pourvoir
le cheminà prendreet s'il est sans danger.
D'une manièreanalogue,voicile rôledu personnageappelé mokongwadi
dans une dansede Bwiti:
- il a sa place devant,suffisamment détachédu grosdes danseurspour
pouvoir être vu de tous, notamment du premier des [Link] effet,son
rôle est d'indiquerà tous par où passeren dansant(tous doiventsuivreles
méandresqu'il dessine); de plus,il montreaussi quel rythmeon doitadopter;
l'ensembledes danseursdoit donc dansercommelui et modifier le rythme
en
lorsqu'il change.
L'on comprendalors aisémentque ce rôle soit toujoursdévolu à l'un
des plus entraînésparmiles danseursdu Bwiti,car il fautqu'il sacheparfaite-
mentdanseret qu'il soitde plusré[Link],ne sera-ceni un trèsjeune,ni
un ancien,mais un hommemûr(entre40 et 50 ans) de la catégoriedes opoka
ou des [Link] estle chefdes dansessurle plan artistique.
Mbéné: Ce termesignifie«celui qui est devant,le premier».En effet,
ce danseurest le premierdans la troupede ceux qui suiventle «premier
sanglier».Il a un rôletrèsimportant:transmettre aux autresdanseursqui le
suiventde près,tousles mouvements qu'il voit faire au gepombo. En effet,
du
faitqu'on danse très rapprochés les uns des autres, il est le seul à bien voirle
«premiersanglier». Il a donc les yeux fixés sur celui-ci, et tous les autresdan-
seursle regardent, lui. Le rythmeet le mouvementse transmettent ensuite
d'un danseurà l'autre jusqu'à la findu demi-cercle, formépar le groupe.
Résumonspar un croquis:
* mokongwadi
/ sanglier)
(premier
V
mbéné O ^ •
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554 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
tnokongwadi, commeon le voit,se tientloindu groupe,versle [Link] donne
le rythmeet le mouvement, en se basantsurl'orchestre. C'estlà qu'intervient
mbénéet son rôle est trèsimportant:en effet,le «premiersanglier»,trèsbon
danseur,est parfoisdifficile à imiter,mbénédoit donc non seulementtrans-
mettreses indicationsau restedes danseurs,mais quelquefoisles «traduire»en
mouvements plus faciles,tout en conservantle rythmeinitial.S'il y a con-
fusion,il doit savoircorriger l'[Link] mbénéest toujoursun jeune de 25 à
30 ans (catégoriedes masigo).Il doitsavoirparfaitement danseret êtreattentif.
il
Souvent, porte sur la tête une peau de singeappelé gébonzi,en formede
«mitre».
Ensuiteviennenttousles initiés,selonleurcatégorie,les jeunesdevant,
les plus anciensderrière, dans l'ordresuivant:
1. dindadio 4. dinini
2. mifutégo 5. opoka
3. masigo 6. ditati
Mais on prendégalementsoind'encadrerles moinshabiles.
Nima: Celui qui fermela marche,qui formel'arrière-garde, à l'opposé
de mokongwadi. nimasignifie «le dernier».C'estle plusancienmombaqui occupe
de droitcetteplace.
IV. Initiationau Bwiti
Pour désignerl'initiationau Bwiti, on dit aussi qu'on a «vu Bwiti»
(mwènidyagaobwétê)ou qu'on a «mangé Yiboga» (mwignidyagamaboga)32.
La différence essentiellequi séparel'initiationau Mwiri(Mwéli)de celle du
Bwiticonsistedansle faitque, parla «visionde Mwéli»,on chercheà développer
et à exercer,chezlesjeunesgarçons,desqualitésqui leurserontnécessairespour
l'initiationau [Link] «visionde Bwiti»,par contre,signifiequ'on confieau
jeuneinitiéles secretsde la sociétéen mêmetempsqu'on lui donneà consom-
mer la plante rituelle(iboga),considéréecommel'unique moyend'obtenir
la visionde Bwiti.
Le ritede l'initiationa lieu pendantdes cérémoniesspécialeset solen-
nelles,appeléesd'un nom particulier«Bwitid'initiation»(bwétéwa mabanzi)
et qui se déroulentdans un lieu précis,à l'écart du village,nomménzimbe.
Accompagnéde son père et d'un témoin(le frèrede sa mère),le candidat
(banzi) se rend à 6 h. du matin,au «templede l'univers»(nganza),décoré
pourla circonstance. Il vientse présenter aux notablesdu village
officiellement
et aux autresmembresdu Bwiti.A ce moment,le père offre, commecadeau
à la société,une marmiterituelle(mwétsagaémbéka).Le rite essentielde
32iboga(Tabernanthe de forêtdu Gabon,
iboga,Bâillon), petitarbustedessous-bois
de la GuinéeEspagnole,du Camerounet du Congo.A cause de son rôlecommemoyen
thérapeutique (stimulant neuromusculaire,
dépressions et asthénies
psychiquesetintellec-
tuelles)et commemoyenmagiquedansla sociétéde Bwiti,Yibogaest souventcultivéà
proximité des cases indigè[Link]: Walker, A. Raponda et Sillans, R., Les plantes
utilesdu [Link] 1959.
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Le Bwiti,sociétéd'initiation
chezles Apindjiau Gabon 555
cettecérémonie, appeléemôvêmbo, consisteraà donnerà mangerau candidat
Yiboga(qu'onappellevulgairement aussivampire).Ce «Bwitid'initiation»peut
porterun autrenom: «Bwiti de fantôme»ou «Bwiti pour obtenirle vampi-
risme».Les qualités excitantesde Yibogaconduisentau délire,aux visions
hallucinatoires et au «prophétisme». Mais pouratteindrecet état bénid'hallu-
cination,il fautavoirmâchépourenavalerle jus,deuxcorbeilles d'undiamètre
d'environ20 cm,pleinesde racineà'ibogarâpée.
Le chefde l'initiation(gégambi)et la «mère du Bwiti» (eyè-ya-bwété)
s'adressentalors aux candidatsréunisdans le nganza en termesconsacrés.
Ils posentà leurspiedsune certainequantitéd'ibogarâpée,en disantde façon
métaphorique: «Et voilà la bête en bas qu'il fautaimerbienqu'elle soitrépu-
gnantedégouttantecommel'huile visqueuse.» «Et si je te la donne,la con-
sommeras-tu ?» - «Donne»,- répondent les garçons- «je la consommerai volon-
-
tiers.» «Prends-ladonc,mais avec la bouche,pas avec les mains.»Chacun
des candidats,alors,se pencheversle sol et prendavec la bouchecettesubs-
tance excitante,au milieud'une atmosphèrereligieuseet avec l'espoir pro-
fondd'en êtretransformé spirituellement. Mais avant d'atteindrece but tant
souhaité,ils devrontdépenser bien des forcesspirituellespour supporter
l'amertumede cetteplante. C'est ainsi que, pendanttoutela journée,tandis
qu'au village on vaque aux occupationsquotidiennesdans la case ou à la
plantation,les candidats,encouragéset surveilléspar deux personnesqui les
gardent,ne cesserontde consommer ce moyenrituel.
Le soir,vers5 h., le groupedes candidatsse rendau bain rituel(mososo),
qui débute la cérémonied'initiationdu soir; ils ouvriront ensuitela première
partiemongoba par des danses rituelles. Ce sont des danses,exécutées partoutle
groupe,qui débutent dans le nganza et ont l'aspect d'unepromenade zigzaguante
à traverstoutle village(monangaga n'ekala).Les danseursse rendentensuiteà
leurplace(nzimbe) , où ilsdemeurent jusqu'à [Link] candidats,au contraire,
continuent d'absorberYiboga,dansune case spécialement affectéeà ce but.
La deuxièmepartie de l'initiation,nomméegégnangu,comportedes
danses joyeuses,en zigzag ou en cercle,accompagnéesd'instruments rituels
tels que les castagnettes, les grelots,le cor. On y trouveégalementl'annonce
à tousdu butde la cérémonie
officielle et l'explicationde la volontédes ancêtres
(mobéndaga muago - annoncer le but de la cérémonie).Tout ceciprésentésous
formede discours,que les Gabonais aiment beaucoup,dans lesquelson exalte
la grandeur, la puissanceet la beautédu Bwiti.
Dans la partiecentralede la séance,nomméelomba,le sorcier,clair-
voyant(nganga)danse pendantdeux heures,porteurd'une ceinturespéciale
(lomba),et il s'unit,pendantcette danse, d'une manièretoute spéciale aux
ancê[Link] lieu une danse généraleoù tousles danseurssontporteurs
d'une torcheallumée(la nuittombeà 19 h. au Gabon),ce qui confèrea cette
danseune beautétouteparticulière, au seindes ténèbresde la nuitequatoriale.
A ce moment-là, tandisque le peuple,excitépar le vin de palmeou de canne
à sucre,continueses danses,les candidats,saouléspar l'amertumede Yiboga,
commencentà entreren transe. C'est un momentde très grande tension
psychiquepour tous. Autourde la case de Bwiti,tous se taisent,on entend
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556 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
seulementla mélodieassourdiedu mongongo (pl. 1, b), sortede harpesacréeà
cordeunique,dontle son doit «stimuler»chez tous ceux qui sont en transe,
le don de prophé[Link] assistantsse murmurent entreeux: «ils commencent
à voir Bwiti».Pour les candidats,ce momentoù ils on «vu» et prophétisése
terminepar un profondsommeilqui dureraparfoissept jours.
A cettecérémonie, dontnous venonsd'analyserla trèsimpressionnante
dernièrepartie,qui en était le pointculminant,succède,pourles candidats,
une périodeplus tranquille.C'est le tempsd'épreuveoù ils serontsoumisà
un contrôlecontinuelde tous. Pour les distinguerdes autres,les candidats
portentau cou un collierde palme (lendi),qui est en mêmetempsla marque
de leur dignité.Pendantle noviciatqui dure quelques mois,les candidats
sont tenus de respecter,non seulementles commandements qui doiventles
aider à se bien conduire,mais égalementcertainesinterdictions. Le premier
des commandements concernele respectsans restriction des Anciens.L'inter-
dictionportesur certainsalimentscommel'huile de palme (madi),l'igname
(ikwa)et le chocolatindigène(mavaga,opegé).
La findu noviciatestmarquéeparla cérémonie «d'actionde grâces»,faite
par la familledes candidats. Elle dans
consiste le don,parle père,d'unecertaine
quantitéde viande et de mille francsC.F.A. On ôte ensuitesolennellement
du cou de l'initiéle collierde palmequ'on enterre(pl. 1, a). On lui recommande
pour finird'observerles premierscommandements du noviciat,auxquels
s'en ajoutent d'autres: devoir de respecteroutre les Anciens,le secretdu
Bwiti,le maîtrede l'initiationet sa proprefamille.
V. Le Bwiti en tantque religion
1. Le Bwiti,religiontribale
II existe,depuislongtemps, chez les Apindji,deux pouvoirs:un pouvoir
religieux et un pouvoiradministratif(européen).En eux-mêmeset selonleurs
les
convictions, Apindji sontattachés au [Link] représente pour
eux la continuitéde la traditionancestrale,qui sertde base à leurscoutumes
et donneun sens à leurscroyances.C'est précisément dans le Mwiri(Mwéli),
le Nyembéet le Bwiti,en tant que facteurssociauxet religieuxque s'incarne
cettesurvivancede la tradition.
Le Bwitia toujoursété considérécommela «religion»des Apindji.C'est
poureux la «religionpopulaire».Ce «particularisme» est une de ses principales
ainsi
caractéristiques que son caractèreexclusif.C'est un monothéisme profon-
démentlié,cependant,au cultedes ancê[Link] eñet,dansle Bwition ne peut
établirde contactavec un Dieu personnelet Créateurque par l'entremise des
ancêtres.
Persuadésde leur supérioritévis-à-visdes autrespeuples,les Apindji
étaient,par là même,peu disposésà admettre,dans leur vie religieuse, des
croyances ou coutumes Cet
étrangères. ostracisme est encore renforcépar un
violentorgueiltanttribalqu'individuel.
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chezles Apindjiau Gabon
Le Bwiti,sociétéd'initiation 557
Avec l'arrivéedes missionnaires catholiquesen pays apindji,le Bwiti a
commencéà prendreun caractère«national».En effet,se sentantmenacés
dans leurscroyances,leur traditionet leur religion,la conscience«nationale»
et «raciale»apindjies'est trouvéedéveloppéepar la nécessitéd'une vigilance
redoublé[Link] voyaientdans les missionnaires non seulementles continuateurs
de l'occupationblanche,mais aussi et surtoutun dangerpour le secretreli-
gieuxtribal.L'expressionla plus clairede leurattitudeenversle catholicisme
et ses missionnairesse trouvedans cetteaffirmation que «le baptêmeet Viboga
sontincompatibles».
En effet,le Bwiti n'admet en sa compagnieaucune autre religionet
surtoutpas «celle des Blancs». Jusqu'à ce jour, cette tribureste,pour les
missionnaires, une des plus rebellesà l'évangé[Link], grâce à cette
ténacité,le Bwiti des Apindjiest restétel que l'ont élaboréles ancê[Link]
doute,il fautégalementattribuercettepermanencedu Bwitidans sa pureté
originelle moindresde l'acculturation
à des possibilités chez les [Link]
remarque est facileà vérifierpar exemple comparantle Bwiti apindji à
en
celuipratiquédans les environsde Libreville,qui a servide base à la création
d'unenouvellereligionsyncrétique appelée«NdéyaKanga».
Dans la viereligieusedes Apindji,le Bwitia surtoutun rôled'intégration.
Il est,toutd'abord,l'interprète de la connaissanceacquise grâceaux visions
et contactsavec le CréateurNzambéet les ancêtres;il est,également, l'intermé-
diaireentrela communauté des morts et celle des vivants. Les morts,en effet,
bien qu'ils viventdésormaisdans le «GrandVillage»avec le «bon Nzambé»,
n'encontinuent pas moinsà menersansinterruption la mêmevie que surterre.
Ils forment avec les vivantsune unitéfamilialeet clanique,apparaissantdans
les rêvesdes vivantset leur faisantconnaîtreleur volonté.Ils leur rendent
également servicedansles situationsdifficilesou bien,au contraire,ilsmontrent
leurmécontentement. En dehorsdes «reliques»des ancêtresqui sontsoigneu-
sementgardéesdans un lieu caché et que le filsaîné honorepar des offrandes,
le Bwitiréserveau cultedes ancêtresune place des plus importantes.
cultuelle
2. Le Bwiti,institution
a) Le nganza,templede l'univers
En arrivantdans n'importequel village apindji, on aperçoittout de
suiteune case, biendistinctedes autres.C'estla case du Bwiti,populairement
appelé[Link] l'on s'attacheà sa fonctionsacrée,on peut la nommerle
«templede l'univers».Du pointde vue social,le nganzaest aussi la salle de
réunions, l'atelierde travail,la salle de danse et en quelque sorteégalement
le palais de [Link] est,enfin,la salle à mangerdes hommes.
Il se distinguedes autrescases surtoutpar sa positiondans le village.
Il fermeou ouvrel'entréeau village,constituantainsi une sortede tourde
[Link] en effetil y a toujours,dans cettecase, quelqu'un pourgarderle
sanctuairedu villageet pour représenter les habitantsauprès des arrivants
(pl.2,a).
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558 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
II se distingue,ensuite,par la manièredontil est construit, par le maté-
riau employéet l'installationinté[Link] toit est de feuillesde raphia-
palme,l'avant-toittrèstypiqueet caractéristique par son inclinaisonet fait
de feuillesspécialement choisiesde palmiernain (manga).
Malgrésa fonctionreligieusetrèshaute et trèsprofonde, le «templede
de
l'univers»n'est pas orienté façondéterminée, comme les templesde Bwiti,
en GuinéeEspagnole,toujoursdirigésversl'océan,versle pays des morts33.
Les cases de Bwitisontconstruites selon les [Link] pas
posséder sa case de Bwiti est considéré commeune marque de pauvreté,
pour une famille et comme un manque d'ambition [Link] outre,la
famillequi ne possèdepas sonnganza,se condamneà être«esclave»d'uneautre
famille,pourorganiser ses cérémonies de Bwitiou menerune [Link] con-
le
traire, «temple» fait grandir prestigede la familleaux yeux des voisins.
le
Le droitde construire et de posséderun nganza,appelé sombo:«achat»,
est distribuépar la société,pendantune séance spéciale de Bwiti (gévanga
«Bwitipourétablirun projet»).Pendantcetteséance,le chefde familleclani-
que exprimesondésirde construire un nganza(mosalidiaga nganza)et demande,
par conséquent,qu'on lui accorde le droit d'en posséderun. Les assistants
lui annoncent ce qu'il devra verser,pourpayer la redevance (sombo)à la société.
En général,il s'agit d'un grandnombrede «bêtesde chasse»: quatre gigots
sonttenuspour une bête entière;l'animalindispensableest l'antilopesacrée
du Bwiti, appelée gesibo- «antilopedormante».L'antilope peut, pourtant,
êtrecomplétéepar des cabrisou moutons,en grandequantité.En plus des
bêtes,il fautdonnerdes régimesde bananes (kondo)et verserun «esignatiri»
(signaturede l'acte): une sommed'argent,dontle chiffre est fixéà l'instant
mêmeparle conseildes Anciens(ekunzu) .
Après qu'il a fourniune certainepartie des offrandes nécessaires,les
Anciensannoncentau futurpossesseur, en termes symboliques,compréhen-
siblesseulementpourcertains,qu'il doit,en outre,livreren sacrifice une vic-
timehumaine;cecia pourbut d'éprouverle couragede ce chefou de se venger
de lui. Le chefdemandealorsun certaindélai nécessaire,plus ou moinslong,
pourremplircettedernièrecondition.A la base de cetteexigence,il y a aussi,
ordinairement, une rancunedes chefsou de quelques chefstrès influents
contrecelui qui demandele droitde [Link] lui dit alors: «Tu veux
posséderun nganza?...Eh bien! donne...quelqu'undes tiens,tellepersonne!»
On désignetoujoursla personneà offrir, c'est,en général,quelqu'unde trèscher
à l'intéressé.S'il estsans scrupules, il sacrifierasonparent,pouravoirle nganza.
En mêmetemps,la sociétéseravengée,maisellene serajamaisdénoncée, carle
secretestde rigueur : seull'intéressé les
supportera conséquences.
Pour expliquer,en partie,cettepratique,il fautnoterl'existence,chez
les Apindji,d'une opinion,courammenténoncée,selon laquelle le prestige
et la renomméed'un nganzaaugmententauprèsde la sociétéBwiti,en fonc-
tionde l'importance des offrandes. C'estpourquoi,certainsfanatiquespousse-
raientalorsle zèle jusqu'à sacrifier la vie d'une personnehumaine:ordinaire-
33 Veciana Vilaldach, A. de, op. cit., p. 49.
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Le Bwiti,sociétéd'initiation
chezles Apindjiau Gabon 559
mentun parent: sœur,neveu,nièce; parfoisun membred'une autrefamille,
ce qui entraînedes palabres,si le malfaiteurest dé[Link] toute façon,
la mortde la personnedésignéeest obtenuepar empoisonnement, jamais par
assassinat, ceci par prudence,pour éviterd'êtredémasqué.
Avoiruncrâneà la maisonou bienle posercomme«premiere pierre»sous
le nganzaest fortement justifiépar la croyancequ'il serala sourcecontinuelle
d'une forcedontdisposaitla personneavantla mort34.
On suppose que c'est le crâne,justement,qui contienttoute la force
[Link] trouvéson expressionextrêmedans
la réductionde têtes,pratiquéeen Indonésieet chez les Indiens,et dans la
coutumed'utiliserdes crânescomme«vasesà boire».D'autrespartiesdu corps
jouissentégalementde considération, comme,par exemple,les tibias qui
serventtrèssouventà la fabrication d'[Link] crâneet les tibias sont
d'autantplus appréciéscomme«reliques»que la personneétaitplus dotée de
force«magique» (maganga)35 que les Apindji placent égalementdans les
fétiches(matenge)ou directement, dans la qualité de certainespersonnes,
le
comme,par exemple, voyant et sorcier(nganga).Cetteforcedoitresterdans
les os et les cheveuxainsi que dans les dents.D'ailleursmêmesi la personne
n'étaitpas influencée ni dotée de la maganga,celui qui l'a tuée est persuadé
qu'il utilisera la forceen questionà sonservicepourréussirdans la vie. Ce qui
expliqueque domine, dans la mentalitéapindjie,la convictionque personne
ne sauraitréussirdans une grandeentreprise, sans fonderson succès sur le
don d'une vie humaine.C'est pourquoi,quand quelqu'unvientde voirréussir
un de ses projetset que, par hasard,quelqu'unde sa famillemeurtpeu après,
les voisinschuchotent: «C'estson frèrequi lui a ôté la vie pourla mettredans
son entreprise, pouracheterce qu'il vientd'obtenir. »
II seraitexagéréde penserque la construction de tout nganzaest basée
sur l'offrande d'une vie humaine,car le nganzan'est pas uniquementla case
où l'on dansele Bwiti,c'est aussile «salon»des hommesdans le village.Même
les chrétienspossèdentleur nganzacommesalle de réunions,salle à manger,
et parfoismême,pour des danses de Bwiti folkloriques (Bwitia masseva)si
étroitement liées à la tradition.
Il n'y a, d'ailleurs,vraisemblablement, pas de loi généraledans le Bwiti,
justifiant la
de la partde société,l'exigence d'une vie humaineen contrepartie
du droitde posséderun [Link] il seraitfaux de nierqu'il y ait parfois
(certainspensentmême que, du moins autrefois,c'était fréquent)une vie
humainesacrifiéelorsde l'achat du droitde posséderun [Link] y a, pour
34Chezles Fangl'importance du templese basaitsurles reliques(crâneset osse-
ments)et dépendaitd'unhomme,dontla puissancea été remarquée : chef,hommeriche
ou [Link]-Major,2e Bureau,Libreville,21 août 1947:«La perfection
seraitd'avoirun crânede Blanc. Les crânesde M. Oursonet du sergentSampiqueont
été des Bwitifameuxen pays Mishogo»(d'après:Balandier, G., Sociologieactuelle...,
op. cit.,p. 222 [1]).
35magangasignifieaussi le sacré,le mystère,
ce qui est caché aux profaneset
contient apteà posséderles initiéset à leurconférer
uneforcedivine,émotiveou terrible,
la visionde l'au-delà.
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560 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
vérifier cetteaffirmation, tropde preuves:vers 1945, par exemple,dans un
villageentreLambarénéet Sindara,deux hommesse mirentà construire une
case de Bwiti,et essayèrentd'empoisonner une fillettede cinq ans pour la
mettresous le poteau centralde leur nganza. Aprèsla découvertede leur
tentative,ils avouèrentleur noir dessein,sous la menace du nganga,lors
d'une séance de Bwiti de découverte(Bwitia mossoko) 36.
On peutrapprocher de ces faitsun autreévénementtrèsimportant chez
les Apindji,la mortd'un jumeau,plus précisément de Tun des deux jumeaux
de sexe opposé,événement autourduquels'estdéveloppéeune foulede croyan-
ces, pratiques et coutumes. En effet,les jumeaux ne sont pas considérés
commedes enfantsnormaux,mais commeun don de Dieux ou bien comme
des féeset, par conséquent,sontcensésposséderune puissancesurnaturelle.
Il est fortpossiblequ'il existeune loi secrètede la sociétéBwiti,selon
laquelle un des jumeaux doit [Link] ce cas, la mortde l'enfantest
certainement exigée par l'intermédiaire du grandresponsablede la famille,
l'onclematernel,car si l'on agit sans lui, il est ensuitecapable de se venger.
b) Le poteaucentral,«axis mundi»
Si la case de Bwitiest considérée,dans sa fonction commele
religieuse,
templede l'univers,parce qu'elle est le lieu sacréoù s'accomplit,pendantles
visions,le contactavec les ancêtreset avec le vrai Bwiti,le poteau central,
appelé en apindjiguengogrienganzaen mérited'autantplus notreattention.
Il est le poteaucentralpar excellencepourdeux raisons: par sa place unique
dans l'ensemblede l'édificeet en rapportavec certainescérémonies rituelles,
commeles sacrifices et les offrandesconsécratoires.
La positiondu poteau est pleinede symbolisme. Il est,toutd'abord,le
seul poteau du nganza,qui soit en pleineévidenceet de plus toutesles forces
de la case se trouventconcentrées en lui. En effet,tandisque tousles autres
poteauxfontpartiedes mursen écorce(néko),ce poteause trouvedégagédes
[Link] est dû au faitqu'il se trouvepresqueà l'entréedu «temple»et sur
la lignecentralede la construction marquéepar la poutremaîtresse(motondo).
La conséquencede cette dispositionest que ce poteau occupe une position
centraleet est doncpleinement visible.
Sur ce poteau se trouventconcentrées toutesles forcesvivesde l'édifice,
parce qu'il fait avec le poteau central arrière(guengogna go nima - poteau
arrière)partiede la clefde voûte de la case. Il supportela poutremaîtresse
et de ce faiton peut déjà direqu'il occupeune place de première importance
pourle maintiende la construction. Or,un secondfaitvientencoreaccentuer
ce rôleet le porterpratiquement au premierplan: la toituredu nganzaestcon-
struitede tellefaçonque l'ensemblesoitinclinésensiblement maisharmonieuse-
mentvers l'avant, de sorteque c'est le poteau centralqui supportetout le
poidsde l'é[Link] cecijustifiele nomdonnéà ce poteau; on ne ditpas, en
effet:le poteaudu milieuou central(gnengo gna va katé),maistoutsimplement
36Le nomdu villageet les nomsdes deuxhommessontconnusde l'[Link]
ils ne peuventpas êtrerévélés.
des raisonsévidentes
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chezles Apindjiau Gabon
Le Bwiti,sociétéd'initiation 561
le poteau du nganza (gnengagrìenganza),commes'il était unique, laissant
entendreainsi que c'est lui le «véritablepilier»du nganza,que la forcede
résistancede la maisonrésideen lui.
le poteaucentralétaitconstruit
Autrefois, avec plus de soin qu'aujour-
d'hui. On le décoraitd'entailles,de sculptureset on pratiquaitau centreun
trouqui avait une significationdontle sens s'est perdude nos jours. Ce genre
de travaild'art qu'on trouveencorechez les Mitsogoet surtoutchez d'autres
peuples37qui ont copié le Bwiti apindji et qui attachentune plus grande
importanceaux décorationsextérieures(tels les Fang de Libreville,société
«Ndeya Kanga») n'existe presque plus chez les Apindji. La cause en est,
sans doute,une certainepertede la patiencenécessaire,mais probablement
aussile faitque le Bwitiestlà plus solideet peuttrèsbiense passerd'apparat
extérieur,dont le but principalest de créerune impressionde mystèreet
d'attirerainsidavantage.C'estdansla beautéde ses danses,dans sonefficacité
profonde et dans sa permanence selonla lignefixéeà l'originepar les Anciens,
dansle faitqu'il a conservésa pureté,sanstomberdans l'éclectismeque réside
la forced'attractiondu Bwitiapindji.
La plupartdes poteaux ne portentpas d'entaillesou incisions,on se
contentede les [Link] essaientde donner
au poteauune formeplusharmonieuse, notamment en pratiquantune incision
profonde circulaire,toutautourdu poteau,à la moitiéde la longueur,comme
une sortede [Link] but de cettedécorationest purementesthé[Link]
ce qui concerneles décorationsdu poteau,il faut distinguercelles qui sont
permanentes Les décorations
des occasionnelles. permanentes consistenten un
nidlonget recourbéd'une espèce d'hirondelleet en reliquesde toutessortes.
Le nid est accrochéà l'entréedu nganza,prèsdu poteau central;l'ouverture
est tournéeversl'entréede la case et parfoisdes oiseaux viennenty nicher.
L'oiseau qui entredans une maison étant le signe de l'arrivéed'étrangers,
d'hôtesà recevoirdansle villageet recevoirbeaucoupde visitesétantun signe
et la sourced'une certainerenommée, on peutconsidérer la présencede ce nid
à l'entréede la case commele symbolede l'abondanceet du désirde le voir
toujourstrèsfréquentéet [Link] nganza,lui aussi, en effet,est une
maison,et les initiésqui y viennentpourles séancesde Bwitisontseshôtes.
Comme«reliques»on trouvesurtoutdes ongleset des cheveuxsuspendus
en haut du poteau,en signede consécrationde la vie d'une personne,pour
demanderla protectionde la puissanceBwiti; on peut voir aussi des restes
d'animauxde chasse:mâchoirede crocodile,queue de porc-épic, ordinairement
fixésà la poutre-maîtresse (motondo),tout près du poteau central,pour de-
manderla protection des produitsde la chassecontreles malfaiteurs. La dent
37Balandier a pu distinguer troistypesde poteau central:un type rudimen-
estlimitéeà unlosangefigurant
taire,dontla décoration le sexeféminin (chezles Mitsogo
et dans la régionentreKango-Medouneu) ; un typemoyenoù le symboleest essen-
tiellement unesculpturede femme, représentantnyingòn mobòga, le principeféminin de
la divinité,
la «première
femme», sœurde Nzam(Etresuprême), rencontré dansla région
de Mitziket versle Cameroun;un typeélaboréavecles symbolesindigènes et chrétiens,
aux environs de Librevilleà [Link]...,op. cit.,p. 223.
Anthropos 60. 1965 36
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562 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
de panthèreest le symbolede la férocité,de la forcecontreles attaques de
l'ennemi.
En ce qui concerneles décorations occasionnelles, on ornetantle nganza
le
que poteau central à l'aide des couleurs symboliques de [Link] poteau
et
centralest peintavec du kaolinrouge(tsingo)en signede fête,de solennitéet
poursymboliser la vie. C'est le cas lorsde l'inauguration du [Link] il
s'agitd'un Bwitide jumeaux,à l'occasionde leurnaissanceou de leurinitiation,
on fait sur le poteau déjà peint en rouge des tâches avec du kaolinblanc
(mpemba). Le blancest,dansce cas,le symbolede l'innocenceet de la puretéet,
de plus,allié au rouge,c'est,par excellence,le symboledes jumeaux.
Des palmes sont en généralattachéesau poteau, en haut ou bien en
haut et au milieu,maisle sens de cet ornementest purementesthétique.
Il n'est pas possible,pourun non-initié, de connaîtreà fondet précisé-
mentla signification du
symbolique poteau central. C'est seulementsa place
dans la case et les ritespratiquésautourde lui le
dans nganzaqui permettent
de constaterque le poteau centralest considérécommela «clefde voûte»où
résidela forcematérielleet mystérieuse de la case. Ce sontprécisément deux
circonstances qui donnent au poteau un sens symbolique, en tant que pivot
du nganza:le faitque surlui reposetoutela résistancematériellede l'édifice,
parce qu'il est le lieu de la puissance-Bwiti et aussi parcequ'il est plantésur
le crâned'une victimehumaine,conçucommesourcede puissance(maganga).
Il ne semblepas que le poteau centralsoit une «routevers le grand
villagedu ciel, versl'au-delà». On manque aussi d'étudessérieuseset appro-
fondiespermettant de direavec certitudequ'il est «le pointde contactavec
les ancêtresdu Bwiti»car c'est plutôtle fonddu nganza(go koyienganza)qui
est censé êtrela demeuredes ancê[Link] habitentlà, en effet,en témoins
de la continuation fidèledu [Link] sontreprésentés par des crânescachés
sous terreou apportésdans le fondde la case au momentde la procession
solennellede la nuit,au coursd'une séancede Bwiti.
Mais il y a beaucoupde raisonspourconsidérer le poteaucentralcomme
un «pointcentralde contactavec la puissanceBwiti».Il est, en effet, le lieu
d'appropriation de cette puissance, le canal par lequel elle passe,l'endroit où
cetteforcepeut êtrecaptée. C'est là qu'on vientconsacrerles vies humaines
pourqu'ellessoientépargnées,cérémoniequ'on pratiquelorsdu ritede consé-
crationavant l'abattage des plantations;c'est là qu'on vient,par un rite
approprié,chercherprotection, pour le produitde la chasse ou de la pêche,
contreles malfaiteurs.
Il est fortpossible,aussi,qu'on puissevoirdansle poteaucentralcomme
le pivotdu monde,un symbolede Yaxis tnundi,commeon en trouvechez de
[Link] pied de poteauxsemblables,on prie,on sacrifie
et on célèbredes céré[Link] de nombreuxpeuplesafricains,
commeles Galla d'Afriquedu Nord,le poteau passe pour la partiecentrale
sur laquelle reposeentièrement la maison,et là se déroulentles cérémonies
familiales, là sont pratiqués les sacrificeset les offrandes 38. On voit donc ici
38Schmidt,W., Der heiligeMittelpfahl
des Hauses. Anthropos
35/36.1940/41,
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chezles Apindjiau Gabon
Le Bwiti,sociétéd'initiation 563
des ressemblances avec le poteaudu [Link] existeaussi plusieursexemples
qui montrentque les peuplesprimitifs asiatiquesconnaissentla symbolique
du centre,qui est attachéeau [Link] jusqu'à quel pointon peut
unirla significationsymboliquedu poteau centrald'une case de Bwiti avec
l'idée d'un «nombrildu monde»,d'un «omphalos»sacréou d'un «axis mundi»,
de nombreusesrecherchesplus précisessur la culturedes tribusgabonaises
serontencorenécessairesavant de pouvoirrépondreà cette questiond'une
manièresatisfaisante.
et les ritesde bénédiction
c) Les sacrifices
On distinguequatre sortesde sacrifices, chez les Apindji,selon le but
auquel ils sontdestinés:
sacrificeaux ancêtres,célébréprèsde la tombe,
sacrificeaux féesdes eaux ou de la forêt,pour gagnerleur faveurà la
pêcheou à la chasse,
sacrificeaux mauvaisgénies,ordinairement à 1'«arc-en-ciel»
(nungu)qui,
dans la vie courante,est symbolisépar les serpentsnoirs(moduma),
sacrificeà la puissance(bwiti).
faitsau Bwiti,il s'agitdu bwitien tantque «puissance
Dans les sacrifices
mystérieuse» ou en tantqu'incarnéedans la «société-Bwiti». ont
Ces sacrifices
lieu,commeon l'a déjà dit,dans le cas où l'on veut construire un nganza.
Les autresrites,ayanttraitau poteaucentralde la case de Bwiti,concer-
nentsoitla protection de personnes
ou consécration ou de biens,soit«d'actions
de grâces»pour un bien obtenuaprès intervention des «prophètes»(nganga)
du Bwiti.
des plantations
Consécration
Elle a lieu à la périoded'abattagedanslesplantations Après
(juillet-août).
le débroussagedes plantations(materna) par les femmessurtout,vient l'abat-
tage des arbres(dikwangi)par les [Link] cet abattagen'est pas sans
danger,surtoutparceque beaucoupde jeunesgrimpent trèshaut pourabattre
les arbres.C'estlà un des sportsles plusappréciésde la saisonsè[Link] convient
donc de prendredes précautionspour que tout se passe sans accident pour
le [Link] Anciensontinventéune cérémonie rituelle,appeléeembando ya
dikwangi: consécration, mise sous de
protection l'abattage des plantations;
elle a lieu au coursd'une séancede «Bwitide consécration» (Bwétéwa mbando).
La cérémoniede «Bwiti de consécration»est un Bwiti veillée avec le
sorcier(nganga).Le but en est le suivant:le voyant(nganga)prophétisesur
la façondont se dérouleral'abattage des plantations;si tout doit se passer
bienou, au contraire, s'il fautse mé[Link] plus,le ngangaconsacreratoutle
mondeà la puissanceprotectrice du Bwiti.
derGottesidee.
Voiraussi: Ursprung
pp. 966fif. Bd. VTI. Die afrikanischen
Hirtenvölker:
HamitenundHamitoiden. Münster
i. W. 1940.
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564 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
D'une manièregénérale,la prophétieest en même temps optimiste
«Bwitia dit: toutira bien»(Bwétéa bendimbègétabé ...) et pleinede prudence,
carle voyantinvitetousles jeunesgensà êtrebravestouten faisantattention.
Pour les encouragertous à la confiance, il passe devantchacun,lui prendle
braset y traceun longtraitde kaolinrouge(tsingo),ce qui signifie:«ne crains
rien»(le kaolinrougeesten effetle symbolede la vie sauve). Maisparprudence,
il prend à chacun des assistants,le matin à l'aurore,quelques mèchesde
cheveux(totsogé) et les onglesdes pieds et des mains(dinètà),c'est-à-dire les
élémentsdu corpsqui contiennent la forcepersonnelle (tnaganga).Il fait avec
cela un petitpaquet et l'attache tout en haut du poteau centraldu nganza
(moditsagava gnèngogrìenganza).Ce qui signifiequ'il consacrela vie de
chacun à la puissance-Bwiti, pour qu'elle les protè[Link] cérémonie
de la nuit,d'ailleurs,chaque hommeest passé à tour de rôle pour mimer
l'abattage sur le poteau central,auquel était attachéeune liane à grimper
(gyango):le poteau centralreprésentaitsymboliquement l'arbre sur lequel
on auraità grimper durantl'abattage.
Suspensionde «reliques»
Si un parentdéfuntempêchequelqu'und'avoirde la chanceà la chasse
ou à la pêcheet que le ngangaait déjà accomplile sacrifice et les purifications
nécessairespour faireretrouverla «bénédiction»on prendune «relique»sur
le premiergrospoissonou la premièrebête qu'il attrapera,pourla suspendre
en haut du poteaucentral(os, plumeou poils)à la foispourremercier la puis-
sance-Bwitiet pourgarantirla pérennité de la chanceet êtresûrque l'ancêtre
ne viendraplus le maudire.
On suspendaussi des reliquesde ce genrecontretout malfaiteurdu
villageou des alentours: s'il vientôterla chance,la puissance-Bwiti se chargera
de l'écarteret de le punir: c'estla garantieque donnela consécration (tubando).
d) Les séancesde Bwiti
Les sociétés secrètesprimitivespeuvent être considéréescomme la
sourcedes religionsà mystèresde l'antiquité,dans les formesde cultureplus
développé[Link] foien une religionet la connaissancede son contenuspirituel
engendrent chez les initiésle désirde communiquer cette scienceà certains
membresde la sociétésecrète,pourformeravec eux une communautéspiri-
[Link] les actes accomplispendantles réunionsofficielles du Bwiti,où
sont admis les seuls initiés,tiennentleur caractèresacré du seul fait qu'il
s'agit,par ce moyen,de reproduire et de renouvelerofficiellementles réalités
métaphysiques, révélées jadis aux ancêtres,dans le secretle plus absolu vis-
à-vis des non-initiés.
Dans le Bwiti,sociétémasculine,commedans le Nyembé,sociétédes
femmes,on peut distinguerplusieurssortesde séances,selon les ethnieset
les circonstancesqui ont motivéla réunion.
Le Bwitipeut varierd'une «race»à l'autreou, si l'on veut,il y a diffé-
rentesvariétésde Bwiti. Ceci dit, on peut distinguer, en gros,deux sortes
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Le Bwiti,sociétéd'initiation
chezles Apindjiau Gabon 565
de Bwiti: «Bwiti ndéa» et «Bwiti courant».Le «Bwiti ndéa» du mot ndéa
«mangedonc» ou encore«maintenant,à ton tour de manger»(de la chair
humaine,bienentendu),n'existeque chezles Tsogo.A cause de son caractère
plus secretque folklorique, on peut rapprocher le ndéa de la sociétéMwiri,
qui existe dans toutes les ethnies pratiquant le Bwiti : Tsogo,Pindji,Pounou,
Eshira,etc.
Le «Bwiti courant»,c'est de lui qu'il s'agit quand on parle de Bwiti
en général.C'estle Bwitiqui peut êtrevu de tous. Il a un aspect folklorique
pourattireret retenirl'[Link] Ndea et le Mwiri{Mweli),au contraire,
représentent des pratiquessecrè[Link],les initiésy [Link], du moins
chez les Pindji, le Bwiti courantse divise ainsi: «Bwiti dissumba»;«Bwiti
a mwéngué»; «Bwiti a missoko».
Le «Bwiti dissumba»ou «Bwiti masseva»est une grandecérémoniede
Bwiti,ordinairement à thèmejoyeux. C'est la plus fastueusede toutesles
cérémoniesde Bwiti. C'est une véritable«invitationà la réjouissance»;en
effet «Bwitimasseva»,son secondnom,signifie:Bwitipours'amuser.
C'estun Bwititrèscourant,parexemple,à l'occasiond'unefêtepublique,
de l'arrivéed'un parentqui a été longtempsabsentdu pays,de l'inauguration
d'une«case de Bwiti».Cetteenumeration montrebienqu'il s'agitd'uneréunion
de «joie». Il fautnoteraussi que dissumbasignifierachat. En effet,c'est au
coursd'unecérémonie de ce genrequ'a lieu l'initiationdes candidatsau Bwiti;
l'onclematernel,pourfaireagréerson neveu,doit faireun don considérable:
il «achète»donc,poursonneveu,le droitde fairepartiede la société.
Le «Bwitia mwéngué» est une séancede Bwitiorganiséeà la mortd'un
membrede la société.C'est, d'aprèsle termemême,un «Bwitide deuil». A
la joie qui marquele «Bwitidissumba»,ont faitplace la tristesseet les rites
funèbres. Il fautremarquer, cependant,que le «Bwitidissumba»et le «Bwitia
mwéngué» ont souvent un lien étroit;tout«Bwitia mwéngué» est précédéd'un
«Bwiti dissumba».
En effet, à la mortd'un membrede la sociétésecrète,tous les confrères
se réunissentd'abord pour un «Bwiti dissumba».Au cours de cette séance,
qui marquel'ouverturedu deuil, on appelle un «fantôme»,nomméMokuku
a Mongyai;il arriveavec un grandbruiteffrayant tous les non-initiés
de sa
voix tonitruante (il renverse les bananiers et souffledans un tuyaupour enfler
sa voix). Il annoncepubliquement la moridu défuntet demandeaux parents
du disparusi celui-ci,durantsa vie, s'est acquitté de tous les engagements
prisle jour de son entréedans la société.Il y a alorsexamendes engagements
par tous les membres.L'oncle doit acquittertous les [Link] tout
a été rempli,tous poussentun cri d'assentiment et la cérémonies'achèvepar
cetteséancede «Bwitidissumba»,uniquement.S'il a eu manquementet que
l'onclene l'a pas acquitté,on remetl'affaire:un mois après,au coursd'une
autreséanceappelée«Bwitia mwéngué», l'onclefinitde remplir sesengagements.
Le délai d'un moisest imposépar la nécessitéd'attendreque le corpsdu
défuntse soitdécomposéet qu'on puisseen détacherles ossements(surtoutle
crâne).Celui-ci,déterréet badigeonnéde kaolinrouge,estpromené, pendantle
Bwiti a mwéngué, en processionà traversle [Link] la nuit,a lieu
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566 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
l'acquittement des dettesetla remisedu crâneà l'héritier désignéparl'intéressé
avant sa mort.
Le «Bwitia missoko»du verbepindjimossokaga«chercherà découvrir
la cause», est une danse, faitepar le sorcier(ngangà),en vue de découvrirla
cause d'une maladieou d'une [Link] joue un grandrôledans les palabres.
A l'origine,quelqu'unestmalade,ou alors,il a constatéque, depuislongtemps,
il n'attrapeplus de gibieraux pièges,ou encore,il y a une grandemortalité
infantiledans telle [Link] peuventêtreles raisonspourlesquelleson
appellele [Link] le cas d'une mort,il doit découvrirle malfaiteur qui
a «mangé»le maladeou le défunt.(Il fautnoter,ici, que le termede «manger»,
tirédirectement du dialectepindjiest une expressionimagée,qui ne désigne
pas un acte concret d'anthropophagie, mais un acte d'empoisonnement par
«vampire», comme on dit dans la ou
langue«tsogo» «pindji».)Après avoir pris
la décisiond'appelerle sorcier(ngangà) , on envoieun garçon,commemessager,
avec un morceaud'[Link] est le signe de l'appel authentique.(S'il
s'agit d'inviterune sorcière,pour une séance de Nyetnbé, au lieu de Viboga,
une ou deux messagèressont envoyéesavec des gousses appelées mitsei,
qu'ellessecouent.)
Le sorcierrenvoiele messageren lui disant:«Retourne,j'arrive.»Mais
il conservele morceaud'ibogaqu'il commenceà [Link],il se rend
dans la brousse,à la recherched'un arbreappelé nzingo(arbreà goussesavec
des fruitsamers); il mâchece fruitet prononcele nomdu malade(ou du mort)
en disant à peu près ceci: «Toi, gussangala(arbre qu'il vient d'entailler),
lorsqu'oncasse tes fruits,ils s'ouvrentd'un seul coup, eh bien,fais-moicon-
naîtreaussi,du premiercoup, celui qui a empoisonnéun tel (ici le nom du
malade).»
Avant et après avoir prononcécette formule,il crache sur l'endroit
entaillé: aussitôt,paraît-il,l'écorce entailléesaute, toute seule. C'est là le
signecertainque le malade a été réellementempoisonné.Il ne resteraplus
qu'à identifier le malfaiteur.Dès cet instant,le sorciersait qu'il ne s'agit pas
d'une maladie (ou d'une mort)naturelle.
Aprèsces préparatifs, le ngangàse rendau villagedu malade. Il appelle
à part deux ou troisAnciensdemeurantdans ce villageet les interroge en
secret:«Est-ceque cet hommen'a jamais été en palabreavec quelqu'undans
le village?» II obtientainsile nomde l'ennemidu malade et conclutà tortou
à raison:«C'est lui, c'est sur lui que doit tomberle sort.»
Vers 7 h. du soircommencela séance qui se dérouleraen troisparties:
invocationdes esprits;découvertedu malfaiteur;jugementdu malfaiteur.
e) L'autopsierituelle
La recherche, parle nganga,des causesde la mortse poursuitet s'achève
par une cérémonie rituelleet strictementsecrète,celle de l'autopsie.
L'autopsie,comprise comme un acte «médical»ou simplement rituel,est
Au
trèsrépandueen Afrique. Gabon, surtoutdans la région de la Ngounié,
l'autopsie était jadis fréquenteet obligatoire,bien qu'elle n'ait jamais été
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Le Bwiti,sociétéd'initiation
chezles Apindjiau Gabon 567
acceptéeque par obéissanceaux lois sévèreset strictesde la sociétésecrète
Bwiti. Aujourd'huielle n'a pas disparuentièrement, malgréle changement
socialet cultureldu Gabon. Elle resteencoreobligatoirepourles membresde
cettesociété,surtoutdans les villageséloignésdes villesoù le contrôled'Etat
[Link]éetoujoursensecret,ce qui ne permetpas aux
non-initiés et surtoutaux ethnologues d'y [Link] elle est encorepratiquée,
c'est parcequ'elle se base surune croyanceprofondeà l'existenced'une force
individuellequi permetà celui qui la possède de réaliserdes actionsextraor-
dinaireset d'influencer les autres.
Cette forces'appelle différemment selon les [Link] les Apindji,
elle s'appellemango. Dans le Sud-Gabon,le Loangoet chez les Ba-teke,ainsi
que chezles Fang on la nommeYevur(evus),et elle a la mêmevaleurontolo-
gique et la mêmefonctionqn'elimachez les peuples du Congodu Nord ou
megbe chezles Pygméesou bienhassinaà [Link]-
nelle, qui peut être bonne ou mauvaise,est souventconsidéréecommeun
«génie»40,doué d'une vie indépendanteou collectiveet qui prendpossession
du corpset des facultésintellectuelles. Tout le mondene la possèdepas, mais
elle peut êtreun don de la nature,ou acquise des parentsqui la transmettent
physiquement, ou bien reçue au coursd'une cérémonierituelleprésidéepar
le sorcier,ou bienelle peutrésulterde la mortde quelqu'un.
L'autopsie a donc pour but de constaterd'abord si le défuntn'a pas
«mangé»l'âme d'autrui,c'est-à-dire, s'il ne s'estpas appropriéla forcede quel-
qu'un en l'empoisonnant ou si, au contraire, il n'a pas, lui-même,été «mangé»
par quelqu'un.
La forcecherchéedans le corpsdu défuntpar dissection, se trouvesous
la formed'un crabe,d'un polypeou tumeur,logeant dans les 41.
viscères
La cérémoniese dérouledans un lieu bien écartéet caché,dontl'accès
est strictement interditaux non-initiés et aux [Link] est mêmeinterdit
aux hommes,qui ont assistéà cettecérémonie rituelle,d'en parlerau village.
C'est pourquoisouventles épousesapindjiessouffrent de ne pas connaîtrele
lieu où leursmarisont été enterrés, si des circonstances spécialesobligentle
Bwitià cacherle corpsdu défunt.
39La notionde forcevitale est à la base de la philosophiedes Africains. Elle
impliqueunecroyance profonde à un mondeinvisible,sourcede cetteforce,et ayantune
puissancecréatriceen la personned'un Etre suprême.L'homme,en tantque créature,
peutamassercetteforceen lui non seulementcommel'accumulent les objetsmatériels,
les lieux et les animaux,mais en outreil peut s'appropriercelle des objetsmatériels
dontil sera possesseur.C'est pourquoiles Efés,Pygméesd'Ituri,pourexprimer qu'un
des ancêtresse distinguait extraordinaire
par une forcespirituelle (elima),disent:«II a
eu beaucoupde hochets»;selonleurcroyance, le hochetest,par excellence,le réceptacle
de Yelima.
40Alexandre, P. et Binet, J.,Le groupedit Pahouin(Fang-Boulou-Beti)
. Paris
1958.
41Ibid.,pp. 117-118.
42Walker, A. Raponda et Sillans, R., Kites..., op. cit., pp. 115-121,nous
donnentunedescriptiondétailléede l'autopsierituellechezles Mitsogo,voisinset frères
des Apindji.
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568 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
VI. Le Bwiti en tantqu'institutionéducative
L'éducationd'une nouvellegénérationétait et est encoreaujourd'hui,
chezles peuples«primitifs», un des problèmes les plusimportants. Tout comme
dans les civilisations il de la
modernes, s'agit développer personnalité, donton
doit prendreen considération tant l'aspect psychologiqueque professionnel
ou social. Cetteformation de l'individuvise à l'épanouissement des qualités
personnelles aussi bien que sociales.
En étudiantde plus prèsl'éducationchez les Apindji,on s'aperçoitque
la sphèrede leurnotiond'éducationa presqueles mêmesdimensions que chez
nous et qu'elle comporteles deux mêmesprocessusde formation : la première
a pour objet la formation individuelledu membrede la tribu,et l'on y tient
compte,pourles développer,de ses qualitéspersonnelles, de ses capacitéset
inclinations ; dans la deuxième,par contre, la formation revêtun aspectsocial
en prévisiondes tâchesqui incombentau clan et à la tribu.A ce stade,on re-
chercheavanttoutles qualitésphysiques,intellectuelles et morales,nécessaires
à un membresain du groupeen [Link] attendde lui non seulementla
continuationbiologiquede la tribu,mais aussi le maintiende telle ou telle
qualité qui lui donnerontaccès aux chargesde la vie politique,économique
et [Link] personnalitépsychologiquede l'individudoit donc se déve-
lopperdans les cadres crééspour satisfaireaux tâches, devoirset principes
de la société.En outre,l'imitationde personnesconnuesdont l'histoireest
rapportéepar la tradition,joue égalementun rôledans cetteformation. C'est
un des signescaractéristiques de l'éducationapindji, parce qu'en orientant
historiquement jeune adepte du Bwiti,on lui donne pour exemple les
un
vertustribales,tellesque la fiertépersonnelle et «raciale».On veutmodelerun
caractèredans lequel serontmises en valeur particulièrement des qualités
commel'espritde décision,le sens de responsabilité, la capacitéde se suffire
dans l'existence,autrementdit des qualitésutilesà la vie du clan.
Ce doubleniveau selonleque1se déroulele processusd'éducation,chez
les Apindji,est révélateurdu caractèreparticulierde [Link]ès «afri-
caine»par son soucide développerles qualitéssocialesde ses jeunesmembres,
pourleurpermettre de tenirà pleinleurrôlede lienavec le mondedes ancêtres,
elle attacheune importance primordiale au maintiende la plus puretradition.
Si ces deuxattitudessontconstantes dansle comportement africain,lesApindji
se signalenttoutde mêmeen regarddes autrestribusafricaines et même gabo-
naises par la consciencetrèsprofondede leur différence par rapportà leurs
voisinset de la «mission»qu'ils ont à remplir.C'est parce que les Apindji
s'estiment,et avec raison,semble-t-il, les promoteurs du culte Bwiti qu'ils
affichent ce fameuxorgueiltribalqui les définit aux yeuxdes autresGabonais.
Ceci expliquequ'à côté des dimensions socialesde l'éducation,cettetribuait
le soucide permettre l'épanouissement l'individudonton attendqu'il fasse
de
montredes qualitéstypiquesapindjies:fiertéd'appartenirà la «race noble»,
courage,amourde la libertéallant jusqu'à préférer le suicideà l'esclavage.
On peutdireque l'éducationd'unjeuneApindjise termine théoriquement
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Le Bwiti,sociétéd'initiation
chezles Apindjiau Gabon 569
au momentoù il quitteles institutionséducatives,(le Mwiri[Mwéli],le Nyembé
et le Bwiti). Mais dans la pratique,elle continueà se développerencore.
Pour mettreen applicationles conseilsreçus dans les institutions, il devra
essayer de se contrôlerlui-même et apprendre à être contrôlé le
par groupe.
Mais il fautsoulignerque la base sur laquelle s'etaye le respectdes conseils
en questionn'estpas la peur,maisla consciencemoraleorientéepar la respon-
sabilitédevantle CréateurNzatnbé, toutautantque devantla sociétécomposée
des ancêtresmortset vivants.
Les règlesdu savoir-vivre tracentaux jeunes gens les limitesde leurs
devoirset de leursdroits,en fixantprécisément les relationsavec la famille,
au sensétroitcommeau senslarge,et en particulier avec la femme,maisaussi
avec les étrangersde passage,avec le clan,le Bwitiet les morts.
Voiciles plus importantsconseilsdonnéspar le Bwiti:
Respectetonpèreet ta mè[Link] remplacent pourtoi Dieu surterre.
Aimeta sœur.
Ne sois pas tropattachéaux biensmatériels,mais,au contraire, sache montrer
toncœurà ta sœur,en lui donnantlargement ces biens,si elle te le demande.
N'injuriepersonnede ta famille.
Mêmesi quelqu'unde ta famillea la lèpre,ne l'abandonnepas sous la pluie.
Si tu es marié,gardetoncœ[Link] tu veuxt'approcher de ta femmeet
qu'elle refuse,ne la forcepas, parceque, si elle refuseaujourd'hui,peut-être, demain,
consentira-t-elle.
Ne batspasta femme avec unbâton,cartu pourrais luibriserles côtesou luicrever
un œil,ce qui te vaudraitunepalabreavec sa famille.
Ne haispersonne de ta belle-familïe.
Aimetes enfantset veilleà ce qu'ils ne soientpas indisciplinés.
Sois pleind'égardspourles étrangers et les voyageurs.
Aie l'hospitalitégénéreuse, partageavec teshôtestoutce que tu possèdeset offre-
leurla meilleure couche,mêmes'il te fautpourcela passerla nuitdehors.
Netolèrepas qu'unvoyageur quitteta demeure quandle soleilestprèsde sondéclin.
Aprèston initiation, ne dansepas le Bwitin'importeoù et n'importecomment,
afinde ne pas porteratteinteà la valeurde ces danses.
Ne refusejamais de danserle Bwitiau jourfixé,ni de payerl'amende,lorsquetu
as violéles droitsde l'organisation.
Gardefidèlement les secretsdu Bwiti.
Entretiens la tombede tonpèreet de ta mèreen étatde propreté.
Si tu n'étaispas en bonstermesavec un de tesaïeux (oncle,pèreou mère)durant
sa vie,éviteensuited'allersursa tombe,car il pourraitte [Link] si tu as un devoir
rituelà accomplirà son égardou s'il te fautnettoyersa tombe,envoies-yquelqu'un
d'autreen tonnom,maisne t'y rendsjamais seul.
Pourrésumerces réflexions surl'activitééducativedu Bwiti,il fautsou-
lignerqu'elle était conditionnée parles besoinsréelsde la tribuqui, à leurtour,
dépendaient de la structure socio-économique traditionnelle,etd'uneconception
magico-religieuse du monde. Et c'est uniquement dans ce cadrede besoinsmaté-
rielset spirituelsque se concentrait l'essentieldes institutionséducativestradi-
[Link] seinde la sociétéd'unegrandeautorité, secondée
par des méthodes de contrainte physique et morale, grâceauxquelleselles ont
pu former vraiment la base de la discipline interne et externede la tribu.
On peut mesurerà quel pointle rôle de ces institutions, et surtoutde
celle du Bwiti,dépendaitdu contextepolitiqueet social contemporain, en
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570 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
constatantles effetsactuelsdes changements survenusà l'intérieurde la tribu.
Dès le débutdu travaildes missionnaires catholiques,on a pu décelerles pre-
mierssignesde désintégration de l'unitéculturelleet socialede la tribu,avec
l'apparitionde deux tendancescontradictoires, les uns se laissantinfluencer
par la cultureoccidentale,tandis que les autresrestaientfidèlesà la tradition.
Les chefsde villages'opposentde toutesleursforcesà la religionchré-
tienneimportéeet s'efforcent d'userde toutleurprestigepourinculquerà la
jeune génération respect la traditionet la fidélitéaux coutumestribales.
le de
Ils insistenttoujourssurla valeurspirituellede leurscroyanceset la richesse
humainede leurstraditions et de leurexpérience, encoreaccrueparla connais-
sance de l'histoirede la [Link]'oppositionouvertetrouveson
expressionsymbolique,déjà mentionnée, dans le proverbeapindji: «L'iboga
et le baptêmene sontpas compatibles. »
VII. Le Bwiti devantle problèmede l'acculturation
La transformation du Bwiti,considéréecommereligion,en une nouvelle
formereligieusea pour base deux causes: l'une historique,l'autre psycho-
logique.
Ce changement a été provoquépar le heurtentredes culturesdifférentes
et aussi par de nouveauxbesoinsspirituels, qui ontjailli de conditions sociales
renouvelées. Mais dans le cas que l'on peut observer le plus fréquemment, de
nosjours,en Afrique,(et par conséquentaussiau Gabon),il ne s'agitpas d'une
influence automatiqued'une des culturesenvisagéessur d'autres,considérées
commeplusfaibles,maisd'une tendancevolontaireet conscientede personna-
litésinfluentes et «cultivées»,qui s'efforcent de donneraux anciennesformes
de culteet à leurssymboles,un visageneufet contemporain. Et ce sontseule-
mentde tellespersonnes qui manifestent de manièreéclatanteleur«vocation»de
spécialistesen matièrede religion,qui trouveront toujoursaudienceauprèsdu
lui
peuple,parcequ'elles montrent, sous un jour nouveau,la forceet la valeur
des coutumesancienneset traditionnelles. Leur tâche est d'ailleursfacilitée
tout particulièrement par la situationcontemporaine, qui a largementdéve-
loppé chez tous la conscience politique [Link] novateurssonten
et
général bons connaisseurs de l'âme du peuple, de ses besoins,aspirations,
tendanceset aussi de ses [Link]édantcettescience,ils serontcapables
d'adapterpourle peuple,avec une grandemaîtrisedans l'intuition, les formes
étrangères de culte et les cérémonies religieusesadéquates. Il savent que
l'Africainconsidèreune religionnouvelle,mêmeétrangère, commeun certain
progrès,mais ils savent aussi qu'il l'accepte avec des réserves,c'est-à-dire
selon ses besoins,mais seulementdans la mesureoù la traditionle permet,
car il veut pouvoirs'y sentiraussi bien qu'auparavantdans la religiondes
ancê[Link] attenddonc d'une religionnouvelleselon son tempérament la
mêmeactivitéreligieuseoù puissenttrouverleur place non seulementle sen-
timentreligieux,attachéà la collectivitéde la tribu,mais aussi sa manière
proprede l'exprimer : les chantset les danses.
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chezles Apindjiau Gabon
Le Bwiti,sociétéd'initiation 571
Une religionnouvelledoit,par conséquent,selonlui, se caractériser par
l'abondancedes manifestations cultuelleset des cérémonies liturgiques, mais
aussi par sa profondeur [Link] effet, il a été habituéà vivresa religion
à traversdes émotionscollectives,car elle étaitcommel'art,la musiqueet la
littérature,le produitet la propriété de la communauté.
En principe,l'Africain prêt à acceptern'importequelle religion,à
est
conditionqu'ellelui convienneet,pource faire,il est prêtà transformer, selon
ses sentiments, ses besoinset sa tradition, les formeseuropéennes de la religion
qui neconviennent pas à sa [Link] tropétroites. Il estvraique
les nouvellesidéesl'attirent, mais elles ne lui suffisentpas parcequ'il n'y a pas
placeen ellespourla polygamieet plusieurscoutumestraditionnelles du culte.
C'est pourquoi,si l'on rechercheune religionqui conviennetant au
tempéramentqu'aux dispositionsde l'Africain,différentes possibilitésse
présententaux rêveurs,démagogues,politiciens,dictateurs«messianiques»
et «sauveurs»[Link] ces «prophètes» exploitentla religiosité à la fois
profonde et naïve du peuple. Ainsi se créent les nouvelles religionssyncrétistes.
Si l'on analysela nouvellereligionNdéya Kanga des environsde Libre-
ville,on constatefacilement que c'est une [Link] utilisecomme
base le cultetraditionnel du Bwiti,dontil fautchercherles sourcesdans les
villagesapindjis. Sa forme présenteune grandeet profonde transformation des
ancienssymboleset cérémoniesdu cultemêlésaux formesdu cultechrétien.
Ndéya Kanga a été fondéepar un ancienséminariste. Tout ce qui pou-
vait,dansle culteprotestant ou catholique,impressionner les fidèless'ytrouve.
L'imitationextérieurese marque dans la reprisede l'idée d'une hiérarchie
ecclésiastique. Parmiles prétendus «clercs»on peut voiraussi biendes femmes
que des hommesdont vêtementsrappellentde façonassez préciseles orne-
les
[Link] vêtementsblancs,jaunes,rougesou noirsbrodésde
croixévoquenttrèsclairement la chasublede la [Link] voitaussides enfants
de chœurporteursde bougieset accompagnantles prêtres,à la manièredes
acolytescatholiques.
De mêmela case de Bwiti,«templede l'univers»a été, d'une certaine
manière,transformée. Le poteaucentralest cependanttoujoursdemeuré,car
il joue, dans tout Bwiti,un rôle essentiel,puisqu'ilest le lieu du contactréel
avec les ancêtresdéfunts.A défautd'être vraimentT«omphalos»ou l'«axis
mundi»,il restele centrespiritueldu clan et de la [Link] dans le Bwiti
de Ndéya Kanga, ce poteau s'orne d'emblèmescatholiques: de même,le
frontonde la chapelleprésente,en dehorsde son nom «Ndéya Kanga», des
caractèrescatholiques,puisqu'onpeuty liredes inscriptions tellesque «secret»,
«ave» etc. (pl. 2, b). Les inscriptions latines ou ne
françaises présentent entre
ellesaucunlien de signification. L'ignorancede leurcontenusertseulementà
créerchezles fidèlesune atmosphère de mystère.
Les cérémoniesreligieuses,également,présententun caractèrecatho-
lique. En premierlieu, parmiles cérémonies, il fautmentionner les réunions
nocturnes, composéessur le modèledes séancesnocturnesde Bwiti dans la
[Link] lieurituel,appelénzimbé, situéderrière la case de Bwitiest devenu
une sortede [Link] danseurss'y rendentpourse pareret se maquiller
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572 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
pour la danse; dans cette préparation,ils utilisentd'ailleursles accessoires
traditionnels du Bwiti: vêtementsaux couleursdu Bwiti,argile (mpemba),
des danses de Bwiti, à côté des vêtements«liturgiques», déjà mentionnés.
Les fidèlessont,en général,des gens du villageet des [Link] séances
se déroulentchaque semainedans un village différent.
On rencontre, parfois,parmiles participants, des catholiquesafricains
qui ne se sont pas encorerendu compteque les séances religieusesNdéya
Kanga dépassenttrop une simpleportéefolkloriquepour ne pas présenter
un conflitdogmatiqueavec la religionqu'ils [Link] cérémoniesde
Ndéya Kanga commencent par une processionqui s'avance au milieud'un
profond silence,pleind'attente,du nzimbéau «templede l'univers».On entend
seulementle son assourdiet trèsdélicatd'une harpeindigène(ngombi) (fig.4)
et les psalmodiesrythméesà voix basse par les [Link] le harpiste
s'avancentles «enfantsde choeur»armés d'une clochettepour prévenirde
l'approchede cet instrument sacré, qui conservedonc, ici, dans ce nouvel
emploi, sa fonction mettreen contactavec l'au-delà. Au passage
essentielle:
de l'instrument, la foules'agenouilletout commedans les églisescatholiques
au passage du Saint-Sacrement.
La fonction de l'instrument peutêtrediviséeen deux tâchesprincipales :
non seulementil doit créerune atmosphèremystérieuse, mais on doit re-
connaîtredans sa voix l'existenced'une puissancesecrètequi rendpossible
le contactdes vivantsavec les ancê[Link] seule différence entrele ngombi,
instrument des Fang des environs de Librevilleet l'arc sonore
apindji,mongongo
(pl. 1, b)yrésidedans le nombrede cordes: sept pour le premiercontreune
seule pour le second. Mais l'instrumentFang présenteaussi des éléments
nouveauxet étrangers, donton peutretrouver l'originedansl'églisecatholique:
personnagesailés, qui rappellent anges statuettesde femmes,qui sont
les et
placés sur l'instrument pour le dé[Link] la figurine de femme,il s'agit
vraisemblablement de Dintsouna«la dame blanche»,la déesselumineusepar
analogieavec la Vierge43.
L'autre élémentcatholiquedans cettereligionconcernela manièrede
bénirpar un signede [Link] y retrouveégalementla génuflexion 44.
Dans une «chapelle»de Ndéya Kanga, il faut distinguerdeux lieux
sacrés essentiels:c'est tout d'abord le poteau centraldéjà mentionné, il lui
est souventadjointune statuetteavec des bougies(paranalogieavec la statue
de la Vierge); l'autreendroitest le fondde la case. C'est le «saintdes saints»
où se trouventle ngombiet l'orchestre 45.
[Link],M., La Bible...,op. cit.,pp.30 fif.
44Dans la brousse,on pratiqueaussi la bénédiction, mais de manièredifférente:
celuiqui bénitsouffle surle béni,ou bien crachedans ses mainsque l'autredoitalors
frotterlatéralement commepourprendrepartà sa force.
surles flancsdu «bénisseur»
45Le fonddu nganzaa aussi,chezles Apindji,le mêmecaracteresacreen raison
desossements Maisles Apindjin'acceptent
qui y sontenterrés. pas d'emblèmes étrangers.
Ce lieu est parfois«décoré»avec des plumes,des feuillesou des os de bêtesou bien des
cheveuxqui représentent plutôtdes ex-votopourles événements particuliers.
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Le Bwiti, société d'initiationchez les Apindji au Gabon 573
f4
Fig. 2. Nganza, case rituelledu Bwiti syncrétiste
au village de Cocotierprès de Libreville
9 Fig. 3.
o O O O 6 °
Plan du nganza, case rituelledu Bwiti
r ' ° -V; I
'> syncrétiste au village de Cocotier
pendant une cérémonie.
1. poteau central
2. statuettedu Bwiti
I
3. une malade (femme)
4. une malade (jeune fille)
I 5. sorcière
6. bougies
7. les bancs
8. obaka (instrumentde musique)
9. joueur de ngotnbi,lyre sacrée
10. président du Bwiti local et sa
femme
11. chefde cérémonie
12. feu
i * ¿ ) -, ¡
Fig. 4. Harpe massango à 8 cordes (ngombi)
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574 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
En entrantdansla chapelle(fig.2.), on doitsaluerce lieu,d'unemanière
rituelle,en [Link] le début de la cérémonie,on
distribueaux assistants,pourqu'ils la mangent,Viboga,la planterituelle,qui
chasseraleur sommeilet leur conserverala luciditénécessaireà cettelongue
veillé[Link] danseursen ontdéjà mangétoutela journée,en grandequantité,
suffisamment en toutcas pourêtreexcitéset pouvoirbénéficier d'hallucinations.
Plus tard,vers2 h. du matin,après un long«entretien» avec les ancêtres,on
distribuede nouveaula mêmeplante,mais cettefoissous formed'une décoc-
tion à boire,ce qui sembleindiquerqu'il s'agit alorsd'imiterla communion
sousles deux espècesde l'églisechrétienne. Dans les cérémonies plusélaborées,
on chante égalementle Credo,Ave Maria et les [Link] entendu,
commedéjà mentionné,la langue «liturgique»pour les chants,conjuration
et autresformulestraditionnelles est la langueapindjie(ou mitsogo,à cause
de leurparenté),incompréhensible en toutcas pourla populationdes environs
de Libreville.C'est justement,pourcetteraison,un des moyensde créerdans
le peupleune impression de mystèreet d'attente.L'ignorance,en effet, s'assor-
tit d'une imaginationfertileet d'une foinaïve.
Les anciennesdanses traditionnelles sont, en partie,transformées en
;
processionpourtant, dansune certaine mesure, ellesontconservé leur ancienne
fonction qui esttriple:ellessontun moyend'entreren extase,donc,de prendre
contact avec l'âme des ancêtres,un moyen de guérisonpour les malades
(fig.3), et enfinelles serventà exprimerla joie. Les danses de Ndéya Kanga,
pour une guérison,ont le mêmecaractère,que cellesd'un «Bwitia missoko».
Pendantleuraccomplissement, les patientssontallongéspar terre,entourésde
bougies allumées et attendentle «miraclede la guérison». De tempsen temps,le
se
guérisseur penche sureux et murmure ses conjurations et formules magiques.
Une tentativepourdonnerà cettenouvellereligionune base spéculative
a été faitepar le PrinceBirinda de la tribuEshira, en liant ensembledes
notionsde philosophiegrecquetellesque la doctrinedu «logos»et des «eons»
en une synthèsetrèspersonnelle.
Ayant été élevé par des missionnaires catholiques,il a pu emprunter
beaucoup à cettedoctrinepour en parerla nouvellereligion,en créantainsi
de nouveaux«articlesde foi».
Sa versionde la Trinitécatholique,par exemple,consisteà créerune
déesse lumineuseDintsouna,en qui il voit la synthèsede la Trinitéet qu'il
46La salive,commed'ailleursles ongles,les cheveux,fontpartiedu corpsvivant.
C'est pourquoiils comportent aussi la mêmeforcedontdisposel'organisme. Jeterses
cheveuxou ses onglesn'importe où signifierait sa
disperser force,dont quelqu'unpourrait
se servir,ou bienellepourraitêtreutiliséepournuireà celuiqui l'a [Link] les posant
surl'autelou en crachantsurlui, on accomplitun sacrifice personnel à la divinitéou aux
mânesdes ancêtres.
47Que les fidèlesde NdéyaKanga essaientde s'approprier à leurmanière«le culte
de la Vierge»,la procession,qu'ilsorganisèrenten 1954le lundide Pâques pourallerà la
MissionSainte-Marie à Libreville,en té[Link] comprispar les catéchisteset les
fidèlescatholiquesqui les ont repoussésà coups de pierre,les fidèlesde Ndéya Kanga
expliquèrent qu'ils voulaientsimplement «vénérerla Vierge».
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chezles Apindjiau Gabon
Le Bwiti,sociétéd'initiation 575
48
adjointaux [Link] semblelui êtreapparue sous la formebien
connuepar la description
de St-Jeande sa visionde Patmos(Apoc. 12,1-2).
Conclusion
Aucune tribuau Gabon, sauf les Apindji,(sans parlerdes tribusde
GuinéeEspagnole)ne prétendêtrela fondatrice du [Link] contraire, pres-
que toutes attribuent ce rôle aux Apindji(ou aux Mitsogo, ou bien à tous les
deux ensemble,à cause de leurparentéethniqueet linguistique).Une preuve
décisivede l'origineapindjieou mitsogodu Bwiti est fourniejustementpar
la langue de ces tribus,employéecommelangue «liturgique»du Bwiti par
les autrestribus,qui pratiquentce culte.
En outre,en appliquantla méthodeethno-historique d'analysecompara-
tivedes pointsde contactformelset des élémentsculturelsdu Bwiti en tant
que composantsconstants,on peut expliquerson origineet les étapes de
son développement.
Si Ton étudieles formesles plus développéesde cette sociétéque nous
rencontrons dans le Bwiti syncrétiste,Ndéya Kanga, mais aussi celles qui
caractérisent le Bwitichez des tribustellesque les Eshira ou Bapounou par
exemple, sans oublierla formerudimentaire du Bwiti chez les Apindji,on
constateplusieursdifférences d'une grandeimportancelinguistique,ethno-
religieuseet culturelle.
Tandisque la premièreformecitée du Bwiti,celle de Ndéya Kanga, a
le caractèredéjà «national»,«gabonais»en généralet intertribal(bien que
pratiquésurtoutpar les Fang) et se caractérisepar une structure hiérarchique
différenciée et par une symboliqueassez développée,l'autreforme,des tribus
tellesque les Eshira,Bapounou ou Apindjia conservéun caractèreparticu-
laristeet [Link] étroitement liée à un tribalismetoujours
existantau Gabon et a une consciencepolitiquetrop peu développéepour
unirtoutesles tribusdu Gabon en une [Link] conscienced'un lien tribal
est encoresi fort,qu'il ne disparaîtpas mêmelorsde l'exil versles villesà la
recherched'un travail. Quelquefois,au contraire,il est encorerenforcéet
en quelque sorte exacerbé au point qu'on peut voir à Librevillecertains
groupesethniquess'efforcer de «rivaliser»dans les dansesde Bwitien mettant
en valeurl'apportde leur folklorepropre(pl. 1. c).
Mais si l'on veut connaîtreplus précisément les bases «philosophiques»
du Bwitiet sa fonction primitive il
essentielle, faut se rendredans les villages
desApindji,situésloindes [Link] le Bwiti«de la brousse»se caractérise
par une formeextérieure plusrudimentaire, il possèdecependantun caractère
plus originalet authentique,parce que fortement enracinédans la tradition;
et, il fautle souligner,si ce Bwiti«de la brousse»subitun changement, c'est
seulementdans le cadre des besoinsparticuliers de la tribuet toujoursselon
son dynamisme propreet «racial»,commedisentles Gabonais,en comprenant
«la tribu»commeune «race».
48Birinda,M., La Bible...,op. cit.,p. 23.
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576 Stanislaw Swiderski 60. 1965
Anthropos
Le fait,que le Bwitides Fang a faitéclaterlargement les cadresprimor-
diaux du clanet de la tribu,peuts'expliquerparle besoinpropred'un nouveau
moyencohérentet fortau momentoù cettetribuétaitmenacéed'unedésagré-
gationpolitiqueet sociale. Et c'est le Bwiti qui a joué alors un rôle décisif.
Mais il faut le considérerdans ces circonstances moinsen tant que société
secrète(commedansla brousse),maisplutôtcommeune organisation religieuse
et culturelle.
Bien que cette présentationde l'origine,du développementet de la
fonction du Bwitichezles Apindjiait un caractèred'esquisseet que la compa-
raisonavec le Bwiti syncrétiste (Ndéya Kanga) soit seulementune sortede
confrontation superficielledes caractèresidentiqueset des traitsdistinctifs,
elles fontressortirles constatationssuivantes:
Le Bwitien tant que sociétésecrètemasculineet en tant que formedu
cultedes ancêtresavait,chezles Apindji,dès ses origines, un but multiple:
- en tant qu'organisation politiqueet sociale il veille sur la discipline
interneet externeen éduquantles nouvellesgénérationsselon les principes
de la traditionet en exerçantdes sanctionspunitives,en particulierpar
l'entremised'un juge (misambo);
- en tantque formedu cultedes ancêtres,le Bwitipasse pourun inter-
médiaireentreDieu (Nzambê)et l'hommeet entrela sociétédes vivantset celle
des ancêtresmorts;
- le Bwitiest aussi représentant, gardienet interprêtede la tradition
des ancêtres,dans laquelle se trouventnon seulementles principeséthiques,
mais aussi certainsélémentsculturels,qui permettent de distinguer le folklore
apindji du folklore des tribusvoisines.
Commeplusieurspeuplesde l'Afrique,la tribudes Apindjis'efforce, elle
de
aussi, sauvegarder le caractère et
particulier africain de sa culture. Elle
veut y parvenirsurtoutpar la conservation du Bwitisous la formeprimitive.
Il faut notercommeun fait digne d'attention,qu'il y a une tentative(de
M. l'AbbéLazare Digombé,un Apindji)pourchristianiser et adaptercertaines
cérémoniesfolkloriquesdu Bwiti apindji,en les transformant en une parali-
turgiedes futuresparoissesapindjies,commeon a déjà fait,par exemple,au
Camerounet dans d'autrespays africains.
Aujourd'huion constateque, par suite des influences étrangères et des
changements socio-culturelsau Gabon,l'importance du Bwiti en tant qu'insti-
tutionéducativeet disciplinaire diminuedéjà, mêmechez les Apindji,au fur
et à mesurequ'il est remplacéparles institutions d'Etat et ecclésiastiques. En
outre,le rôle du Bwiti en tant qu'organisateurdes entreprisesculturelles
perd de sa valeur. En effet,si l'on construitune églisedans le village,on
procède à l'électrification et ensuite on installe la radio, le cinéma et la
télévision; il est à prévoirqu'avec le tempsdisparaîtraaussi la croyanceaux
espritsbonset mauvaisdes forêtset des eaux, et avec elle s'éteindraégalement
la peurde leurforcemaléfique. Ces croyancestransparaîtront encoreseulement
dans les conteset les chansonsainsi que sur les scènesthéâtrales,évoquant
un passé apindji,jadis riched'un folkloreoriginal.
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