Noir et Afrique dans Philombe
Noir et Afrique dans Philombe
LE NOIR ET L'AFRIQUE vus dans "Un Sorcier blanc à Zangali" de René Philombe
Author(s): MUTOMBU Yembelang
Source: Annales Aequatoria, Vol. 5 (1984), pp. 79-93
Published by: Honoré Vinck
Stable URL: [Link]
Accessed: 01-11-2015 09:01 UTC
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Annaies Aequatoria 5 (1984) 79 - 93
MUTOMBU Yembelang
LE NOIR ET L'AFRIQUE
vus dans
"Un Sorrier blanc a Zangali" de Rene Philombe
guerre mondiale, ce
A moment , le Cameroun
premiere
est en pleine crise En effet,les Allemand
politique.
flairant la se sont mis a quitter le pays
defaite,
la aux Cfest dans cette
pour laisser place Franqais.
d'anarchie que le pere d'origine
periode Marius^
alsacienne alia la Bonne Nouvelle a
repandre
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1. MILIEU PHYSIQUE
Dans ce
premier point, nous allons nous arreter
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d'arbre et au toit de
nattes de raphia, sa cour uni
que ou flottait en
permanence l'odeur de fiente,
ses tams-tams, qui bramaient des messages a longeur
de journee et de nuit, ses coutumes, ses rites et
ses dieux protecteurs" (p,7)
Dans ce passage, nous pouvons retenir quelques touches
cles, a savoir: la riche frondaison, les cases aux
murs d'ecorces d'arbre, l'odeur de fiente et les tams
tams qui au lieu de transmettre des messages, les
brament a longueur de journee et de nuit. Autant dire
que lfAfrique annoncee dans cet ouvrage est un milieu
rustre, presque nu et sauvage a la limite.
Zangali et les petits villages environnants pre
sentent un paysage inhospitalier. Pour y arriver, le
pretre blanc doit affronter foret une
"eternellement
debout", emprunter une route
parsemee de cloaques, de
nids de poules, de fondrieres et disparaissant par
endroits sous un epais buisson. Kn plus du mauvais
etat de la route, le missionnaire doit faire face a
la nuit, Cette terrible nuit africaine, peuplee d'une
myriade insolite de bruits d'insectes et de betes
sauvages et qui, lorsqu'elle ne beneficie pas de la
generosite de la lune, est d'une obscurite effarante.
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"Lfespace qui resiste au travail et que lf
Africain
abandonne a la foret, l'Europeen le redoute et ne l1
imagine que malefique" Gfest pourquoif des son
arrivee a Beti-Belongo, le pere Marius sfattaque avec
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2. LE MILIEU HUMAIN
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3. INTERPRETATION
Si I'on
tient compte de cette nuance, on ne peut
pas sfempecher de supposer qu'une certaine ironie ait
bien voulu accompagner la peinture depreciative de
l1 Afrique. Le mythe d'une Afrique sauvage et bar
bare a ete cree pour justifier lfintervention brutale
du colonisateur. Or, a considerer lfaction globale
du roman, cette intervention est visiblement denoncee.
Done le mythe aussi qu{ la justifie. L'auteur semble
dire aux envahisseurs que meme si le contexte etait
tel qu'ils lfont decrit, ils n'ont pas raison dfavoir
procede comme ils l'ont fait,
C'est pourquoi le Commandant Doubi, apotre achar
ne de la violence, est manifestement de'sapprouve par
le narrateur. Ce que lui et ses predecesseurs appel
lent barbare est qualifie par le narrateur de "coutu
mes les plus sacrees". n'allons
Mais pas en tenir
rigueur au commandant, il tant
s'avere que "moins le
Blanc est intelligent, plus le Noir lui parait beteff
(p.9). II faut plutot accorder plus dfattention a lf
evolution du pere Marius, car elle represente la re
mise en question des pratiques coloniales. Ce mission
naire avait aussi ete partisan des methodes dures,
Mais aujourd'hui il en eprouve du remords et se montre
pret a changer.
11Avait-il vraiment le droit de saccager le cagibi
de tel ou de tel sorcier; de demanteler tel ou tel
harem ( ..) Chambarder les coutumes les plusjacrees
dfun peuple constitue bel et bien un acte de pro
vocation" (p. 184-185)
La croisade du pere Marius ressemble a plus dfun
point a celle entreprise par le pere S. Drumont dans
Le pauvre Christ de Bomba de Mongo Beti. Comme ce
dernier, le pere Marius "s'est fait une fausse idee
de sa mission; il s'est comporte plutot comme un ad
ministrateur colonial que comme un religieux". Mais
la prise de conscience du veritable drame negre lui
fait decouvrir "le vrai message du Christ, comprehen
sion, patience, ouverture aux autres, tolerance" (10)
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narrateur. ^ans
l'esprit de ce dernier, manger avec
un Blanc est, pour les une des rares
villageois,
occasions qufil soit donne a un negre, alors que le
missionnaire, devant "cette societe aux gestes simies
ques11, se domine a peine, le corps en nage et le coeur
gonfle de nausees (p. 76).
CONCLUSION
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il y a en effet lieu
de deviner f,un auteur cache
[Link] les coulisses, en qualite de metteur en scene,
montreur de marionettes" peu importe qu'il soit
different de l'homme reel (11). II est etonnant de
voir la profondeur de lfengagement du conteur dans
la peinture des milieux, la description des person
nages et
la relation des evenements, II est egalement
curieux de constater lfaffluence des expressions
depreciatives ou melioratives employees par le narra
teur selon qu'il s'agit des indigenes ou des Europeens.
Dans quelle mesufe cette peinture est-elle vraie
ou fausse ? La n'est point notre propos. Cfest pour
quoi nous n'avons pas juge necessaire de confronter
le contenu du roman a la realite camerounaise de
1915? ^es moyens meme nous en feraient defaut. Nous
esperons seulement avoir donne
quelques elements qui,
meme manipules a rebours, peuvent
permettre au lec
teur de lf approcher. Car,loin de vendre une image
tronquee de la realite pour satisfaire la boulimie
de certains consommateurs en mal de depaysement (12),
cette oeuvre, par une de ces faces, se veut certaine
ment un bl&me lance aux impe'rialistes, anciens et
modernes. C*est pourquoi il est opportun de faire
intervenir trois autres dimensions: le choc culturel,
le systeme d1 evangelisation et 1'exerciCe colonial.
Sous cet angle, lfesprit du roman nepeut sfen trouver
que rehabilite. Une fagon comme une autre d'appre
hender le probleme.
NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES
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MUTOMBU YEMBELANG
Assistant a 1* I.S.P.
MBANDAKA - Zaire
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