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GLOIRE
DE

S. FRANÇOIS D'ASSISE
APRÈS SA MORT
Par le R. P. BONAVENTURE

Des Frères-Mineurs-Capucins,
Missionnaire apostolique, V. Postulateur.

Se vend au profit de la cause de Béatification


du serviteur de Dieu,
le T.-R. P. HONORÉ DE PARIS (Bochart de Champigny) .

Avec approbation des Supérieurs.

P ...

PARIS TROYES

V P. LETHIELLEUX, ÉDITEUR,
Monastère des Religieuses Fran-
ciscaines du T.-S. Sacrement,
23, Rue Cassette . Grand-Cloître-St-Pierre, 26.
1867
191
31
[
GLOIRE
✓ 191/31
DE

S. FRANÇOIS D'ASSISE
APRÈS SA MORT

Par le R. P. BONAVENTURE,
Des Frères - Mineurs- Capucins,
Missionnaire apostolique , V. Postulateur .

Se vend au profit de la Cause de Béatification


du serviteur de Dieu ,
le T.-R. P. HONORÉ DE PARIS ( Bochart de Champigny).

Avec approbation des Supérieurs.

BIBLIOTHÈQUE S. J.
Les Fontaines
60500 CHANTILLY

PARIS, TROYES ,
P. LETHIELLEUX, ÉDITEUR, Monastère des Religieuses
Franciscaines du T.-S. Sacremt
23, Rue Cassette, 23.
Gd- Cloître-St- Pierre, 26 .
1867 .
HOMMAGE

DE

RECONNAISSANCE ET DE PIETÉ FILIALE

AU T. R. P. HONORÉ

DE CHAMPIGNY,

DÉCÉDÉ EN ODEUR DE SAINTETÉ

LE 26 SEPTEMBRE 1624 .
GLOIRE
DE

SAINT FRANÇOIS
APRÈS SA MORT

CHAPITRE Ier

Premiers honneurs rendus à la dépouille mortelle


de saint François.

C'était le samedi soir, quatrième jour d'oc-


tobre de l'année 1226, François d'Assise s'en-
dormait dans le Seigneur au couvent de Sainte-
Marie-des-Anges. Son corps était sur la terre,
ses disciples ne s'en approchaient qu'avec
respect. Ils le relevèrent , le mirent sur une
couche de bois , le revêtirent d'une tunique
1
2 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

neuve ouverte au côté du cœur, et le placèrent


sur des tapis fournis par la charité. On put alors
le contempler. On vit dans ses mains et dans
ses pieds , des clous noirs comme du fer et
merveilleusement formés par une vertu divine .
Ils étaient tellement adhérents, que, si on les
poussait d'un côté ils sortaient de l'autre ,
ainsi que des nerfs durs et d'une seule pièce.
Rien n'empêchait de voir la plaie de son côté
qu'il avait cachée avec tant de soin pendant
deux ans . Elle apparaissait semblable à l'ou-
verture du côté du Sauveur percé par la lance .
Sa couleur rouge et ses bords repliés lui don-
naient l'aspect d'une très-belle rose .
Sa chair , naturellement brune et comme
basanée par suite des maladies et des fatigues,
devint extrêmement blanche ; ses membres
étaient flexibles et maniables comme ceux d'un

petit enfant.
Pendant toute la nuit, ses disciples chantèrent
des psaumes et des hymnes avec une si grande
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 3

jubilation d'amour, qu'on croyait assister à une


fête angélique plutôt qu'aux funérailles d'un
homme.

La nouvelle de sa mort se répandit prompte-


ment au loin ; les populations accoururent de
tous les côtés pour rendre à ses Dépouilles
sacrées les honneurs qui leur étaient dus.
Aussi, le lendemain dimanche fut-il un jour de
triomphe : le clergé et les Magistrats d'Assise
vinrent à Sainte-Marie-des-Anges. Les Frères-
Mineurs des couvents voisins marchèrent toute

la nuit pour se joindre à leurs Frères. A l'heure


indiquée , le convoi se mit en marche : le peuple
portait des branches d'olivier ; les Frères , sur
deux lignes , tenaient des cierges allumés. Le
saint Corps , placé sur de riches tapis, était
porté par deux Magistrats et deux Frères-Mi-
neurs ; le clergé fermait le cortège ; le chant
des psaumes et des cantiques n'était interrompu
que par le son des trompettes guerrières
placées de distance en distance. On passa
4 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

par Saint-Damien afin de donner à Claire et à


ses sœurs la consolation de contempler une
dernière fois les traits vénérés de leur bien-

aimé Père . Quand le cortège fut entré à l'église,


on ouvrit la caisse de bois qui renfermait le
saint Corps. Et qui pourrait dire la tendresse
avec laquelle elles baisèrent les pieds, les
mains , les vêtements du saint Patriarche ?
Claire voulut tirer le clou d'une des mains, ses
efforts furent inutiles. Prenant alors un linge,
elle le trempa dans le sang qui coulait avec
abondance. Le cortège reprit sa marche, traversa
lentement les rues de la cité décorées de dra-

peries et de branches d'arbre jusqu'à l'église


Saint-Georges , où , après l'office solennel, le
saint Corps placé dans une urne de pierre fut
confié à la terre. Dieu révéla aussitôt par des
miracles la gloire dont jouissait au ciel le pauvre
et l'humble François.
Deux ans ne s'étaient pas écoulés (16 juillet
1228) que les enquêtes sur la vie et les miracles
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 5

du Serviteur de Dieu étaient terminées . Hu-

golin , Pape sous le nom de Grégoire IX, se


transporta à Assise pour rendre à celui qu'il
avait connu et aimé les honneurs insignes de la
canonisation dans l'église Saint-Georges .
Le Souverain Pontife, environné de sa Cour,
d'une multitude de Prélats , de Seigneurs et
d'un peuple nombreux , après une fervente
prière , monta sur son trône : s'étant fait lire
l'Enquête canonique, il se leva, et les bras éten-
dus , il prononça ces solennelles paroles :
<< A la gloire de Dieu Tout-Puissant, le Père ,
>> le Fils et le Saint-Esprit , de la glorieuse
>> Vierge Marie , des Apôtres saint Pierre et
>> saint Paul, et à l'honneur de l'Eglise Ro-
>> maine, nous avons résolu, du conseil de nos
>> Frères et des autres Prélats, d'inscrire au
>> Catalogue des Saints le bienheureux Père
> François que Dieu a glorifié dans le Ciel et
» que nous vénérons sur la terre. Sa fète sera
>> célébrée le jour de sa mort. » On chanta en
6 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

suite le Te Deum avec enthousiasme , et les


trompettes guerrières, placées hors de l'Eglise ,
sonnè[Link] triomphe. Grégoire IX descendit
de son trône, se prosterna devant le tombeau,
le baisa avec respect et amour ; les Cardinaux,
les Chevaliers et les plus grands Seigneurs vin-
rent chacun tour-à-tour. Le Pape célébra la
Messe tandis que les Frères-Mineurs , portant
des flambeaux et des branches d'olivier , for-
maient une couronne autour de l'autel.

Le cercueil où reposaient les dépouilles


mortelles, mais glorieuses, du grand serviteur
de Dieu , avait été tiré du tombeau pour cette
circonstance auguste. On le voyait là, placé dans
un lieu d'honneur et décoré avec la plus somp-
tueuse magnificence.
Certains auteurs ont avancé que le cercueil
était ouvert : rien ne l'indique chez les premiers
historiens .
Avant de mourir, François avait demandé à
être enterré sur un rocher appelé Colline d'Enfer.
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 7

On s'était empressé d'accomplir sa dernière


volonté .

Le lendemain de la canonisation , le Pape ,


revêtu des ornements pontificaux, suivi de toute
sa Cour et d'une foule innombrable , bénit la
première pierre de l'édifice et la montagne à la-
quelle il donna le nom de Colline du Paradis.
Une grande partie du couvent et de l'église
inférieure fut achevée au mois de mai 1230. Le
Pape fit connaître à l'Europe entière que cette
année le corps de saint François serait trans-
porté de Saint-Georges dans la nouvelle église.
De son côté, F. Elie annonça à ses Frères
qu'à cette occasion, le Chapitre général de
l'Ordre se tiendrait à Assise. Plus de deux millé
religieux accoururent. Le nombre des pélerins
fut si considérable, qu'il leur fallut camper dans
la plaine et sur le penchant de la colline de la
ville.

Le Pape, privé d'assister à cette fête comme


il se l'était proposé, envoya des Légats pour le
8 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

représenter. La cérémonie commença le 25 mai ,


veille de la Pentecôte, après de magnifiques
préparatifs.
Le F. Elie lut les lettres apostoliques au bruit
des trompettes et au milieu des acclamations
du peuple. Le saint Corps fut placé sur un char
décoré avec une variété merveilleuse .

On se mit en marche, au chant des psaumes


et des hymnes composés par Grégoire IX. Les
Frères-Mineurs, portant des Palmes et des flam-
beaux , allaient sur deux lignes. Le char était
traîné par des bœufs couverts de caparaçons
d'écarlate richement brodés en or. Autour du
char on voyait les trois Légats, F. Elie, les Evê-
ques, le clergé et les Frères que le Pape avait
spécialement désignés pour ses Vicaires apos-
toliques dans cette circonstance. Les Magistrats
de la cité fermaient la marche. Une troupe de
citoyens armés les suivait et comprimait les
flots du peuple , qui se pressait de tous les
côtés .
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 9

Arrivés à la Colline du Paradis , le peuple


et les religieux voulurent rendre un dernier hon-
neur au Saint ; chacun désira toucher ou baiser
avec respect ses Restes vénérés. A la vue de ce
mouvement, les habitants d'Assise craignirent
que dans le tumulte on brisât le cercueil et
qu'on enlevât le précieux trésor ; alors , ils se
précipitèrent sur le char, prirent le saint Corps,
entrèrent dans l'église, en fermèrent les portes ,
revêtirent l'Urne de pierre d'une grille de fer
préparée d'avance et la descendirent dans un
caveau creusé sous le maître- autel . Les commis-

saires apostoliques ne purent remplir leur of-


fice en apposant leurs sceaux sur le cercueil.
Les Frères, le clergé, le peuple, ne purent
pas non plus satisfaire leur dévotion. Le Pape
informé de ce désordre , et surtout de ce
qu'on n'avait pas exécuté ses prescriptions, s'en
plaignit amèrement dans un Bref adressé aux
Evêques d'Assise et de Pérouse. Il exigea une
réparation. La ville lui envoya aussitôt une dé
10 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

putation et tout fut pardonné. (Wad.- Boll.-


Guadagni.- Chav .)
CHAPITRE II .

Du Tombeau de saint François.

Les écrivains du siècle où vécut saint Fran-

çois ont gardé le silence sur l'état dans lequel


le saint corps pouvait se trouver. Ni les Trois
Compagnons, ni Thomas Celano, ni saint Bona-
venture, ni Jean Ceperano, ni la bulle de cano-
nisation , ni les Souverains Pontifes n'ont dit un
seul mot d'où l'on pût conclure que le corps de
saint François fût exempt de la loi imposée à
Adam et à sa postérité : tu es poussière, et tu re-
tourneras en poussière.
12 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

Il n'en fut pas de même dans les siècles sui-


vants : on a supposé que le corps du Saint était
dans un état complet d'incorruptibilité, et là-
dessus on écrivit les plus belles légendes consa-
crées par la peinture. D'après ces légendes,
François, les yeux élevés vers le ciel, les mains
dans les manches, était debout dans un riche
sanctuaire souterrain ; de hauts personnages
l'avaient visité, etc.
Les auteurs les plus graves de l'Ordre
combattaient ces récits et cherchaient à les ré-
duire à leur juste valeur. Barthélemi de Pise ,
disait : <<< Depuis le jour où la dépouille mortelle
>> du Saint fut déposée dans le nouveau sé-
>> pulcre, personne ne l'a vue . »
On savait où elle reposait, et plusieurs fois des
fouilles avaient été commencées pour la visiter.
Elles eurent lieu sous les pontificats de S. Pie V,
de Benoit XIV et à d'autres époques. Enfin, Pie VII
permit une nouvelle tentative au Maître Général
des Conventuels. Après quelques jours de tra
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 15

vail, soit qu'on doutât du succès, soit qu'on fût


découragé par les difficultés à vaincre, et peut-
être plus encore par les circonstances critiques
dans lesquelles l'Italie se trouvait alors, l'entre-
prise fut abandonnée. Mais après la seconde in-
vasion des Français dans le Domaine pontifical,
les bruits les plus étranges se répandirent à
Assise et aux environs . On disait que les Fran-
çais avaient pénétré dans le sépulcre. On ra-
contait même les circonstances les plus minu-
tieuses de cette visite. D'après ces bruits, les
soldats avaient ouvert avec cinq clefs antiques
la grille du sépulcre, ou plutôt de la troisième
église qu'on supposait exister; et ces clefs étaient
renfermées précieusement dans un étui en cha-
grin rouge. La rumeur allait jusqu'à faire revivre
toutes les anciennes légendes sur la position du
Saint dans son tombeau .

Or, en 1818 , le Procureur Général de l'Ordre


des Frères-Mineurs Conventuels étant venu à
Assise pour le Grand-Pardon de Notre-Dame-
14 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

des-Anges, pressé par sa dévotion, autant que


par le désir de mettre fin à tous ces bruits,
examina avec soin comment il pourrait ar-
river à découvrir le saint Corps, et s'assurer
de son état après six siècles. Rentré à Rome,
il s'entendit avec le Général de l'ordre, Joseph
Marie-de -Bonis. Sur leur demande le Souve-
rain Pontife autorisa de nouvelles fouilles . Le

Général et le Procureur se transportèrent donc


à Assise, et le 5 octobre 1818, au soir , les
ouvriers étaient à l'œuvre. Le premier tra-
vail fut inutile. Comme le P. Général avait
à visiter les différents couvents de son Ordre

en Ombrie, il chargea le P. Zabberoni, Gardien


du Sacro Convento, de continuer les recherches .
Celui-ci pensa qu'il valait mieux poursuivre
l'excavation déjà entreprise sous le trône Pa-
pal, afin de se diriger vers le maître-autel.
On arriva en effet, avec de grandes fatigues, à
l'endroit qui correspondait au loculus où de
de temps immémorial brûlait une petite lampe.
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 15

S'apercevaient à cet endroit les traces d'une


fouille qui avait été abandonnée. Mais le P. Gar-
dien, s'appuyant sur la tradition universelle que
le Corps était sous le maître-autel, ordonna de
continuer. Après un travail peu difficile, on ren-
contra un mur construit avec de grosses pierres.
En poursuivant l'excavation, on se trouva en
face d'un mur pareil, séparé de l'autre par un
ciment très-dur. Ce ciment était intact ; on eut
beaucoup de peine à l'enlever. Il recouvrait
une pierre posée à plat qu'il fallut briser. Alors
apparurent deux autres murs latéraux qui, avec
les premiers formaient une voûte rectangulaire
au-dessus de laquelle reposait la table du maître-
autel. Il était impossible d'aller plus avant, parce
que ces murs touchaient aux flancs rocheux de
la montagne. On tourna donc le travail. Après
avoir brisé une énorme pierre, les ouvriers
trouvèrent de la chaux mêlée à des débris de
pierre qu'ils enlevèrent aisément. Apparut en-
core une pierre qu'ils réduisirent en poudre. Au
16 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

dessous existait une excavation que fermait


une troisième pierre. Cette uniformité dans la
maçonnerie fit soupçonner que le tombeau ne
devait pas être loin ; on reprit courage. Lors-
que les maçons eurent rompu un angle de
cette troisième pierre, ils aperçurent distinc-
tement une grille en fer. Ils introduisirent une
lumière à travers un des trous de la grille, et
reconnurent à grand'peine , pour la première
fois, dans la nuit du 7 novembre, qu'un corps
humain reposait au fond de ce tombeau ;
après deux nuits employées à élargir l'ouver-
ture, on l'aperçut mieux. Il n'y avait pas de
doute, ce corps était bien celui du Saint. Mais
la troisième pierre étant en partie enchassée
dans le mur et enlacée par trois barres de fer
fixées à des distances égales, il fallut déblayer,
arracher les ferrements, afin de la soulever. A
ce moment la grille de fer se montra dans son
étendue, et le saint Corps parut tout entier.
C'était dans la matinée du 12 décembre. On
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 17

avait donc employé cinquante-deux nuits à la


recherche du précieux trésor. La joie fit oublier
les fatigues. Le P. Gardien s'empressa d'adres-
ser au P. Général un rapport complet sur les
travaux exécutés et sur l'heureux résultat des
fouilles . Ce mémoire fut aussitôt mis sous les
yeux de Pie VII . Sa Sainteté lança immédiatement
un Bref pour ordonner de fermer la voie souter-
raine qui conduisait au tombeau et défendit,
sous peine d'excommunication, d'en permettre
l'entrée à qui que ce soit. Elle institua en même
temps une Commission composée des Evêques
d'Assise, de Nocéra, de Pérouse, de Foligno et
de Spolète, pour la reconnaissance authentique
des saintes Dépouilles trouvées sous l'autel de
la Basilique d'Assise.
CHAPITRE III .

Ouverture et examen du Tombeau.

Le 26 janvier 1819, les Délégués Apostoliques


étaient réunis à Assise avec le Ministre Général
des Conventuels. Ils procédèrent à l'ouverture
du Tombeau, en présence du premier Magistrat
de la cité. Ils avaient appelé près d'eux des
chanceliers , des archéologues, des architectes ,
des chimistes, des médecins, des chirurgiens,
d'habiles ouvriers en maçonnerie et serrurerie,
et d'autres témoins capables de formuler un ju-
gement en pareille circonstance.
20 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

Par là, tout allait devenir l'objet d'un examen


juridique, de nature à répondre aux exigences
de la critique la plus saine et la plus sévère.
Il fut constaté que la pierre et le ciment
étaient aussi anciens que l'autel qui reposait au-
dessus. Le Creux, ou loculus au milieu duquel
brûlait la lampe, remontait à la même époque.
Afin de mieux se rendre compte de tout, on
jugea nécessaire de pratiquer une autre voie.
L'urne était recouverte d'une grille de fer
rouillée et antique qui la liait fortement. A
cause de l'étroitesse des mailles , on ne dis-
tinguait pas encore avec précision ce qui
était renfermé sous la grille. Cependant les
médecins et les chirurgiens déclarèrent d'un
commun accord que dans le fond de l'urne
gisait un squelette humain qui portait des
traces d'avaries et spécialement à la tête ;
mais leur jugement ne paraissant pas assez
positif, on résolut d'enlever la grille. Le serru-
rier scia dix mailles et l'urne fut entièrement
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 21

dégagée. Un architecte en releva exactement


les dimensions. L'urne, au rapport des archéo-
logues, était très-ancienne, d'un seul morceau et
de la pierre même du pays ; elle avait dû être
prise comme elle se trouvait au moment où le
corps y avait été mis. La position du squelette
prouvait qu'on y avait renfermé le corps avant
sa dissolution , car les ossements, les cendres ,
les débris de vêtements étaient naturellement

placés .
On apercevait :
0

1º A côté de la tête, une pierre informe ;


2º A droite, entre le flanc et les épaules,
trois pièces de métal ;
3º A l'extrémité de l'urne , un anneau qui
paraissait de métal ;
4º Près de l'anneau, un fragment de métal
oxydé ;
5º Un peu plus loin, une espèce d'épingle
luisante ;
6° Sous les os des pieds, presqu'à l'extrémité
22 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

de l'urne, vingt-huit grains de chapelet posés


sans ordre ;
7º Enfin, des débris d'un grossier tissu de
laine.

Après les archéologues, les chirurgiens et


les médecins firent leur première inspection,
et affirmèrent qu'ils avaient sous les yeux le
squelette d'un homme. Le chef portait des
marques d'avaries en plusieurs endroits. On
appela le plus habile chimiste de Pérouse :
il déclara que les points luisants étaient des
cristallisations calcaires produites par l'humi-
dité du rocher. Son rapport se trouvait con-
firmé par la vue de points semblables, épars
dans l'urne et spécialement dans la partie où
le chef reposait. Cependant, ces appréciations
ne pouvaient être admises comme certaines
qu'après une inspection palpable de l'urne et
de ce qu'elle renfermait. C'est pourquoi les
délégués apostoliques ordonnèrent de re-
cueillir la pierre, les monnaies, l'anneau, les
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 23

grains de chapelet, le fragment métallique et


de renfermer ces divers objets dans une cassette
qu'ils scellèrent aussitôt.
On en fit autant pour les ossements : les
experts se les passaient successivement, no-
taient l'état dans lequel chaque os se trou-
vait et au fur et à mesure les déposaient dans
des caisses qui, à leur tour, furent scellées
comme la première. Ces précautions avaient
pour but de préverver les ossements, d'abord
du contact immédiat de l'air atmosphérique
en sortant d'un lieu naturellement frais , et
ensuite de l'action trop vive de la lumière .
Outre les objets indiqués, il se trouva une
grande quantité de poussière dans laquelle
étaient des débris d'ossements, des médailles ,
etc. Le tout fut recueilli, examiné et renfermé
dans une caisse scellée.
Restait alors le cercueil ou l'urne. On voulut
l'enlever, mais elle était liée par dix crampons
de fer qui attachaient la grille supérieure à
24 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

une autre posée par-dessous. Les architectes et


les serruriers déclarèrent que ce travail n'avait
pu se faire dans un espace si étroit. Le tout
avait donc été préparé à l'avance, et on l'avait
ainsi descendu à l'aide de machines. La grille
inférieure arrachée, on vit qu'elle reposait sur
un fond de pierre taillé au ciseau.
Les archéologues examinèrent s'il n'y avait
pas sur les murs ou sur l'urne, tant à l'intérieur
qu'à l'extérieur, une inscription ou un signe
quelconque ; il n'en existait point.
Enfin , voulant détruire l'opinion de certaines
personnes qui prétendaient que le saint Corps
reposait dans l'autel, les Délégués ordonnèrent
une nouvelle fouille qui n'amena aucun ré-
sultat.

Ce qui précède réduisit à néant l'existence


d'une troisième église et les récits de quelques
auteurs sur la situation du corps de saint Fran-
çois dans son tombeau .
CHAPITRE IV .

Éclaircissements sur les objets trouvés dans le


Tombeau et force de leur témoignage.

1º La pierre placée à côté de la tête. Elle


prouve que l'urne était celle-là même dans la-
quelle on avait renfermé le corps de saint
François quand il fut apporté à Saint-Georges .
Cette pierre y avait été mise pour servir d'appui
à la tête, et comme preuve irréfragable de la
pénitence du Saint. En effet, le bienheureux
Père, pendant sa vie, ne reposait sa tête fa-
tiguée que sur une pierre dans les quelques
heures qu'il accordait au sommeil , comme
l'assurent tous ses biographes.
2º Les débris de laine mêlés à la poussière
rappelaient l'habit que saint François portait.
2
26 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

Ils contrastaient avec ceux qu'on trouve dans


les sépultures des Grands. Existeraient-ils dans
un tombeau si bien gardé , si le personnage
n'était pas celui du très-grand, mais très-pauvre
serviteur de Jésus-Christ !
3º Les pièces de monnaies. On en trouve sou-
vent dans les tombeaux des saints ; elles y
étaient mises afin d'indiquer l'époque de leur
mort. L'exergue , l'inscription, etc., de celles qui
étaient dans le sépulcre de saint François,
prouvaient qu'elles appartenaient au siècle où
il vécut . On a trouvé des contrats du même

temps dans lesquels il était fait mention de


cette espèce de monnaie. On concluait de là
que, mêlées aux offrandes déposées sur le tom-
beau, ces monnaies passèrent par les mailles
en raison de leur petit diamètre ; ou mieux
encore, qu'elles furent jetées là à dessein quand
on plaça le Saint Corps dans l'urne de pierre.
4° L'anneau. Il était d'argent avec un chaton
de forme ovale renfermant une pierre pré
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 27

cieuse. Voici, à son sujet, le rapport des anti-


quaires : « Nous, soussignés, ayant pris l'anneau
>> d'argent orné d'une pierre rouge, et l'ayant
>> observé très-attentivement dans toutes ses
>> parties, nous avons reconnu que la pierre
>> était une cornaline antique, de belle eau, de
> forme elliptique annulaire, sur laquelle était
>> gravée une Pallas armée , appelée en grec,
>> Nicéfora, soutenant dans sa main droite le
» symbole de la victoire. Nous pensons que
>> cette gravure a été travaillée dans le second
> siècle des latins, parce que la figure nous a
>> paru majestueuse, la draperie bien ondulée ,
>> le mouvement convenable et gracieux ; mais
>> il y manque ce dessin correct et cet art pro-
>> fond qui , avec des touches magistrales , se
>> rend le parfait imitateur de la nature. Quant
>> àl'anneau d'argent, nous sommes assurés qu'il
>> est de la fin du douzième siècle : nous nous
>> fondons sur ce que le chaton d'assęż mauvais
>> goût et attaché d'une façon particulière au
28 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

>> cercle qui lie la cornaline, manque de cette


>> élégante frise qui embellit la surface de la
>> pierre. Nous le disons aussi à cause de la
>> rustique simplicité du cercle sans bifurcation
>> près de la soudure du chaton, et enfin parce
>> que nous en avons vu de ce temps-là, chaque
>> siècle ayant ses formes à lui, se diversifiant
>> et variant ses ornements . >>>

5º Le petit morceau de métal de figure irré-


gulière était du fer oxydé.
6º Ce qui avait paru une épingle brillante
était un brin de paille.
7° Quant aux grains , on en trouva douze
d'ambre, les autres étaient d'ébène avec des si-
gnes de marqueterie .
8º Le squelette était complet, pas un seul os
n'a manqué à l'appel.
9º Les fragments du tissu de laine montraient
la pauvreté du vêtement dans lequel le défunt
fut enterré .
CHAPITRE V.

Reconnaissance du corps de saint François.

Les cinq Evêques ayant achevé l'enquête


prononcèrent en faveur de l'Identité du corps et
adressèrent un mémoire au Souverain-Pontife .
Sa Sainteté , le 25 août 1819 , établit une
Commission composée de quatre Cardinaux ,
de quatre Evêques et de trois Consulteurs.
Après un mûr examen , cette Commission devait
porter sonjugement sur l'Identité du Sépulcre et
des dépouilles qu'il renfermait. De son côté, la
Commission pria les FF. MM. Conventuels de lui
remettre par écrit tous les renseignements qui
pouvaient contribuer à découvrir la vérité et
30 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

toute la vérité . Les Conventuels à leur tour

cherchèrent l'Avocat le plus érudit et le plus


habile en matière de controverse. François
Guadagni leur parut réunir des qualités supé-
rieures .
Ce célèbre avocat divisa son travail en deux
parties : l'une historique et l'autre contentieuse.
Il y renferma une telle érudition et une logique
si forte et si impartiale, qu'il dissipa toute es-
pèce de doute sur la question pendante. Ce ne
fut pas assez pour le Souverain-Pontife. Il vou-
lut encore avoir l'avis des quatre Ministres Gé-
néraux des diverses branches de l'Ordre Séra-
phique sur les conclusions de l'avocat Guada-
gni. Les Frères-Mineurs Capucins et les Ter-
tiaires Réguliers adoptèrent les conclusions du
mémoire . Les Frères-Mineurs Conventuels et les

Frères-Mineurs de l'Observance présentèrent


des observations sur les points qui ne leur
paraissaient pas suffisamment éclaircis ou dé-
veloppés. Guadagni répondit à tout.
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 31

Après avoir étudié ces différents mémoires où


la vérité triomphait, et avec elle, la modération ,
la solidité du jugement, la plus profonde érudi-
tion et la plus exquise politesse, un des Con-
sulteurs s'écria : « Mais quel serait donc ce
>> personnage si important qui , pendant qu'on
>> élevait à Assise, vers la moitié du treizième
» siècle, le temple le plus splendide et le plus
>> renommé de l'Ordre Franciscain , aurait
>> mérité d'être déposé avec tant de soins, de
>> précautions et de fatigues dans l'endroit le
>> plus vénérable de cette Basilique ? Déjà la
>> voix de l'Eglise prononce et l'évidence le
» démontre . >>>

La Congrégation avait fixé le jour de sa


séance définitive ;le R. P. Général de son côté
avait écrit à tous les religieux de l'Ordre pour
demander des prières spéciales . Les Cardinaux,
les Prélats et les Consulteurs se réunirent en
effet le 17 juillet 1820 , et le 1er août suivant,
Sa Sainteté sanctionnait la réponse affirmative
32 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

donnée par la Congrégation. Elle décidait en


dernier ressort et prononçait sur l'Identité du
corps de saint François. Enfin , le 5 Septembre
de la même année , elle adressait un Bref à
l'univers catholique.
On avait objecté l'absence d'inscriptions
dans l'urne et sur les murailles . Il est vrai , les
anciens écrivaient le nom du mort sur la

pierre ou sur le plomb ; et ces inscriptions


servaient à constater l'authenticité . Mais ici,
tout document était superflu . La splendide
Basilique portant le titre de Sépulchre de saint
François,-Sancti Francisci sepulchrum , suffisait ;
d'ailleurs le nom de saint François s'y lisait
partout : il a été écrit par les artistes les plus
habiles dans ces peintures qui redisent encore
aujourd'hui sa vie et ses vertus .
CHAPITRE VI .

Les saintes Reliques sont replacées dans


le Tombeau.

Là ne se terminait pas l'honneur dû aux


saintes Reliques du Grand Pauvre d'Assise.
Le chef suprême de l'Église, voulant les en-
tourer d'une gloire nouvelle, ordonna de déco-
rer le plus somptueusement qu'il serait possible
le Tombeau qui les avait gardées pendant six
siècles .

Après les examens dont on a parlé plus haut,


les caisses scellées avaient été replacées dans
l'urne de pierre. Il fallait les en tirer.
34 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

L'Evêque d'Assise et le Ministre Général re-


çurent de nouveaux ordres .
Le 14 novembre 1820 ils étaient dans le

souterrain avec les Docteurs, les Experts et les


autres témoins . Ils ouvrirent les caisses et

remarquèrent dans les ossements quelques


légères altérations, mais l'ordre dans lequel on
les avait classées était le même. Alors on pré-
senta au pieux Prélat, pour la bénir, une châsse
de cuivre dorée à l'intérieur, bronzée à l'exté-
térieur et garnie de soie blanche à franges d'or.
On tira alors les saints ossements des caisses
de bois, on reconstruisit le squelette avec la
plus grande promptitude. On sépara des
cendres les plus petits fragments d'os de ma-
nière à n'en laisser aucun dehors. On plaça au
pied de l'urne une copie du Bref Pontifical
contre-signé par l'Evêque, le ministre Général
et le Notaire apostolique. L'urne fut ensuite
fermée et scellée . Elle a deux serrures ; les clés
furent confiées : l'une à l'Evêque d'Assise ,
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 35

l'autre au P. Gardien du Sacro-Convento . En-

fin, les cendres furent renfermées dans une pe-


tite caisse également fermée : sur l'ordre du
P. Gardien, la famille religieuse du couvent
se réunit à l'Eglise. Une procession .com-
mença, six religieux portaient la châsse or-
née de riches draperies. Pendant la marche ,
on chanta l'hymne IsteConfessor au milieu d'un
saint enthousiasme et des larmes de tendresse .
La procession se rendit à la sacristie ; la châsse
fut posée près de l'hôtel des Reliques dans une
caisse de bois fermant aussi à deux clés qu'on
remit à l'Evêque et au P. Gardien. Enfin on
plaça près de la châsse la pierre trouvée sous
la tête du saint Patriarche.

Le procès-verbal dressé et signé, on déclara


la session close ; il était deux heures du matin .
Quatre ans après, la Basilique d'Assise était
enrichie d'une troisième église ayant à son
centre le morceau du rocher qui avait servi de
tombeau à saint François , et le 4 octobre
36 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

1824, la nouvelle châsse brillait aux yeux d'une


foule immense et descendait de nouveau dans

ce sépulcre transformé en un sanctuaire glo-


rieux. Elle y repose encore aujourd'hui avec
son trésor dans l'urne antique entourée de la
même grille qu'autrefois ; et là, elle est le muet
témoin des prières et des vœux que le Pélerin
vient adresser chaque jour à l'enfant d'Assise,
A François, le héraut de Jésus-Christ.

1
CHAPITRE VII .

Du sang des stigmates de saint François.

<< François, le serviteur et le ministre vrai-


>> ment fidèle de Jésus-Christ, était en prière
>> sur l'Alverne, s'élevant à Dieu par la ferveur
>> séraphique de ses désirs , et se transfor-
>> mant par les mouvements d'une compassion
>> tendre et affectueuse en celui qui, par l'excès
>> de sa charité , a voulu être crucifié pour
>> nous. Il vit comme un séraphin , ayant six
>> ailes éclatantes et toutes de feu, descendre
>> vers lui du haut du ciel. Ce séraphin vint
38 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

>> d'un vol très-rapide en un lieu de l'air


>> proche de François ; alors parut entre ses
>> ailes la figure d'un homme crucifié qui avait
>> les mains et les pieds étendus et attachés à
>> une croix ; deux ailes s'élevaient sur sa tête ,
>> deux étaient étendues pour voler, et deux
>> voilaient le corps. A cette vue, François fut
> extraordinairement surpris ; une joie mêlée
>> de tristesse et de douleur se répandit dans
>> son âme. La présence de Jésus-Christ, qui
>> se montrait à lui sous la figure d'un séraphin
>> d'une manière si merveilleuse , si familière ,
>> lui causait un excès de plaisir; mais au dou-
>> loureux spectacle de son crucifiement , son
>> âme était transpercée de douleur comme
>> d'un glaive..... La vision disparaissant, lui
>> laissa dans l'âme une ardeur séraphique et
>> lui marqua le corps d'une figure conforme .
>> à celle du crucifix, comme si sa chair, sem-
>> blable à une cire amollie et fondue par le
» feu , avait reçu l'impression des caractères
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 39

>> d'un cachet; car aussitôt les marques des


>> clous commencèrent à paraître dans ses
> mains et dans ses pieds, telles qu'il les
>> avaient vues dans l'image de l'Homme-Dieu
>> crucifié. Ses mains et ses pieds étaient percés
>> de clous dans le milieu ; les têtes de clous,
>> rondes et noires , étaient au-dedans des
>> mains et au-dessus des pieds ; les pointes,
» qui étaient un peu longues et qui parais-
>> saient de l'autre côté , se recourbaient et
>> surmontaient le reste de la chair dont elles
>>> sortaient. Il avait aussi à son côté droit une

» plaie rouge, comme s'il eut été transpercé d'une


» lance, et souvent cette plaie jetait un sang sacré
» qui trempait sa tunique et ce qu'il portait sur les
» reins . »

Ainsi s'est expliqué saint Bonaventure sur


le fait des stigmates du Patriarche des Frères-
Mineurs .

Ailleurs il dit : Saint François cacha si bien


la plaie de son côté, que, de son vivant, per
40 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

sonne ne put la voir qu'à la dérobée. Un Frère


(Jean de Lodi) qui le servait ordinairement, lui
ayant persuadé par un pieux artifice d'ôter sa
tunique, sous le prétexte de la nettoyer, jeta
les yeux sur cette plaie qu'il vit distinctement ;
il y appliqua légèrement trois doigts et en re-
connut la grandeur. (Frère Elie et Frère Léon
eurent aussi la consolation de la considérer) .
Afin d'empêcher qu'on ne la vit et qu'on ne la
touchât, le serviteur de Dieu la couvrait d'un
linge lié sous les aisselles ; mais ses compa-
gnons, qui avaient soin de laver ce linge, le
trouvaient plein de sang ainsi que sa tunique,
et ne pouvaient douter qu'il ne vint de la plaie.
Après la mort on la vit librement, aussi bien
que les plaies des mains et des pieds. Plus de
cinquante Frères, la pieuse Claire, toutes ses
sœurs et une multitude innombrable de sécu-
liers de tout rang, les virent et les baisèrent
avec respect .

Wading rend le même témoignage :


GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 41

<< F. Léon, dit-il, voyait et touchait ordinai-


>> rement les sacrées plaies de son Père : il
>> avait soin de les couvrir de petites pièces de
>> drap pour recevoir le sang qui en découlait
>> et soulager un peu l'extrême douleur qu'elles
>> lui causaient. Le vendredi, saint François ne
>> voulait recevoir aucun soulagement, afin de
>> goûter toute l'amertume de la croix. Il sortait
>> tant de sang de ses plaies, et particulière-
>> ment de celle de son côté, que non-seulement
» sa tunique et ses vêtements en étaient
>> rougis, mais encore on le recueillait dans
>> des fioles, et c'est ainsi que l'on en con-
>> serve . »

D'après ce qui précède , nous disons avec les


Bollandistes : On ne peut douter prudemment
que Frère Léon et les autres Frères admis à
donner des soins au serviteur de Dieu, n'aient
recueilli le sang de leur Père et gardé précieu-
sement les linges qui en étaient imbibés, lors-
qu'ils savaient par expérience que souvent Dieu
1

42 GLOIRE DE SAINT GRANÇOIS.

opérait des miracles, tantôt par les plus légers


fragments de ses cheveux, tantôt par l'eau dans
laquelle il avait lavé ses mains , tantôt par des
pains qu'il avait bénis, par tout ce qu'il avait tou-
ché et par tous les objets qui avaient été à son usage.
Voici ce que nous avons pu trouver à ce sujet :
1 ° En 1229 , le Pape Grégoire IX envoya à
sainte Elisabeth du sang de saint François :
<< afin , dit Wading, de lier plus étroitement
>> encore la fille à l'amitié, au culte et à l'imi-
>> tation de celui qu'il lui avait désigné comme
> modèle et protecteur en le plaçant sur les
>> autels l'année précédente . » (Ann . Min . T. 11 .
217) .
2º On vénérait de ce précieux sang au cou-
vent de Castel-Vecchio dans la Custodie

d'Aquila. Il était conservé dans une fiole de


cristal.

3º En 1594 , le duc d'Aquila obtint des Reli-


gieux de Castel-Vecchio une partie de ce sang
qu'il donna plus tard à l'archiconfrérie des
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 43

Stigmates nouvellement établie à Rome . On le


conserve encore aujourd'hui dans un riche
reliquaire, et on le porte à la procession
solennelle qui a lieu chaque année le 21 sep-
tembre , jour de la fête de saint Mathieu .
Wading dit que souvent on a vu ce sang se
liquéfier et presque bouillonner.
4º D'après quelques auteurs, on en conserve
aussi parmi les Reliques des couvents d'Assise,
de l'Alverne , de Brindes, etc.
5º On voit à Assise dans un reliquaire d'ar-
gent, un fragment de l'appareil que saint Fran-
çois appliquait sur la plaie de son côté, soit
pour la dérober à la vue, soit pour arrêter l'ef-
fusion du sang dont on aperçoit encore la trace.
6º On y voit aussi des morceaux des vête-
ments que le Saint portait sous son habit et la
tunique de laine dont il fut revêtu au moment
de sa mort. Ces vêtements sont tachés de sang.
7° Au Couvent des Prisons on conserve du

drap taché de sang.


44 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

8° Les Religieuses de Sainte-Claire à Assise


possèdent, teint de sang, un appareil que saint
François portait sur la plaie du côté. C'est une
espèce d'emplâtre fait par sainte Claire avec
des figues et d'autres médicaments propres à
calmer la douleur vive que le glorieux Pa-
triarche ressentait habituellement .

9° Wading dit encore avoir vu chez elles la


chaussure que sainte Claire avait faite pour
son séraphique Père, de manière que le des-
sous couvrait la tête des clous de ses pieds , et
que le dessus s'élevant un peu, les pointes des
clous ne l'empêchaient pas de marcher.
Le P. Papebrock, Bollandiste, assure aussi
qu'on lui montra à la cathédrale de Recanati
une semblable chaussure faite avec du jonc, et
teinte de sang.
40° On possédait, en beaucoup d'endroits,
des linges dont F. Léon s'était servi pour pan-
ser les plaies du Saint :
1º Au grand couvent d'Assise ;
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 45

2º Au couvent des Prisons, près d'Assise ;


3º Au couvent de l'Ara-Cœli à Rome ;
4° A Padoue ;
5º A Gironne , en Espagne;
6° A Monte-Chierico :
7° Au mont Alverne ;
8º A Paris , avant 4793 : - Parmi les liasses
du Grand Couvent des Cordeliers se trouve

un inventaire ayant pour titre : Etat de la Sacris-


tie, commencé le 16 mai 1752 par le Procureur .
A l'article RELIQUAIRE , on lit : <<< Un autre reli-
>> quaire tout de vermeil composé d'une grande
>> plaque sur laquelle sont attachées des reli-
>> ques de saint François avec un verre devant ;
>> derrière sont ces mots : De sanguine Beati
« Francisci, du sang de saint François : De
« tunica Beati Francisci, de la tunique de saint
>> François : -

De capillis B. Francisci, des che-


>> veux de saint François . >>>
-

11 ° A Troyes : Il y a quelques années,


une personne de piété remit aux Franciscaines
46 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

du T. S. Sacrement un Reliquaire revêtu de


son cachet d'authenticité . La matière , la forme
indiquent son ancienneté et une provenance
italienne . Il contient deux Reliques avec leur
indication : à la partie supérieure, quelques fils
de laine brune : E veste S. Francisci Assisialis :
<< de l'habit de saint François : » à la partie
inférieure , un morceau de toile blanche sur
laquelle se voit distinctement du sang frais et
vermeil : E linteis imbutis sanguine stigmatum
S. Francisci Assisiatis : « du linge teint du sang
de saint François d'Assise. »
Tout ce qui précède se rapporte au sang
sorti des plaies faites à saint François par Notre
Seigneur sur le mont Alverne. Car il existait
aussi du sang miraculeux désigné sous le nom
de sang de saint François .
Les chroniques des Frères-Mineurs en expli-
quent ainsi l'origine :
<< En un couvent de certains religieux, ad-
>> vint un miracle des stigmates du père saint
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 47

>> François , en la manière qui s'ensuit. Il y


> avait un religieux de cet Ordre là tant mal
>> affectionné vers le glorieux Saint, qu'il ne
>> pouvait ni l'entendre nommer, ni le voir dé-
>> peint, ni moins croire qu'il eut reçu les stig-
> mates de Jésus-Christ. Et demeurant ce re-
>> ligieux, en un Couvent en France, était, au
>> bout du Réfectoire, peint un saint François
>> avec des plaies, parce que ces religieux du
>> Couvent étaient fort dévots au Saint ; à raison
>> de quoi, la malice d'un ne pouvait pas con-
>> damner la Sainteté de plusieurs, mais la vint
>> agrandir depuis. Ce religieux , excité par
>> l'ennemi, s'en alla au Réfectoire, et racla avec
>> un couteau les plaies du Saint, de manière à
» n'en laisser aucune trace. Le jour suivant, le
>> Religieux étant à table avec les autres , re-
>> gardant l'image du Saint, vit toutes les plaies
> qu'il avait raclées plus belles et plus fraîches
>> qu'auparavant : dont s'attrista beaucoup
> contre soi-même , lui semblant qu'il ne les
48 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

>> avait pas bien raturées ; et ayant épié l'op-


>> portunité du temps pour n'être vu d'aucun,
>> comme la coutume est des malfaiteurs qui
>> ont la lumière en haine, étant la nuit venue,
>> il retourna de nouveau racler ces saintes mar-
>> ques afin qu'elles ne le troublassent plus . Et
» s'étant mis à l'heure, avec tous les religieux ,
>> à manger à table, le malheureux regarda in-
>> continent la figure du Saint ; et voyant ces
>> marques toujours plus belles, au lieu de se
>> se convertir , il devint encore plus cruel
>> contre le Saint ; et étant aveuglé en sa ma-
>> lice, il se disposa 'de commettre le troisième
» péché, beaucoup plus grand, se disant en
>> soi-même : j'effacerai tellement ces plaies
>> qu'elles n'apparaîtront jamais. Et comme les
>> deux autres fois , au moment où personne ne
>> pouvait le voir, ne se souvenant point que
>> toute chose est découverte aux yeux du Sei-
>> gneur, et manifeste, il prit un couteau plus
>> grand que le premier, et avec colère et dépit
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 49

>> il commença à racler et même à décalciner


>> les plaies. 1

>> De ces plaies donc commença à couler le


> sang en si grande abondance, qu'il lui ensen-
>> glanta les mains, l'habit et le visage. Et par-
>> tant, épouvanté d'un fait si miraculeux, il
>> tomba comme mort en terre, et le sang ne
>> cessant point de distiller de l'image. Le jour
>> venu, le Frère chargé du Réfectoire, y étant
>> entré, aperçut ce Religieux tombé à terre,
>> couvert de sang. Il courut aussitôt appeler le
>> P. Prieur et les autres Religieux. Le coupable
>> reconnut et avoua sa faute. Le sang coulait
>> toujours des plaies : alors tous se mirent à
>> l'essuyer avec des linges, et comme il ne s'ar-
>> rêtait pas, les Religieux, craignant le bruit ,
>> prièrent avec larmes saint François de par-
>> donner au coupable. Le sang s'arrêta aussi-
>> tôt, et pendant que dévotement ils révéraient
>> ces saintes plaies, elles retournèrent en leur
>> première beauté. Le Religieux repentant se
3
50 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

>> rendit au mont Alverne où il laissa du sang


» mêlé avec la terre, de celui qui était sorti de
>> la plaie de côté de l'image, et des pièces avec
>> lesquelles on l'avait essuyé. Il visita aussi
>> sainte Marie-des-Anges de la Portioncule, et
>> pareillement les lieux sanctifiés par saint
>> François . Partout où il trouvait quelque chose
>> du Saint, il le révérait avec si grande dévo-
>> tion, qu'il portait tous ceux qui étaient pré-
>> sents , à suivre son Exemple. » (Chron. des
FF. MM. 2º p. , l. III , ch. 28.)
Wading rapporte le même fait en l'année 1237
de ses Annales, comme s'étant passé au couvent
de Saint-Romain, dans la Custodie de Vienne .
CHAPITRE VIII .

Des cheveux de saint François .

Un médecin visitait souvent saint François


dans ses infirmités et lui prodiguait ses soins
avec une vive affection. Il reçut de Dieu la ré-
compense de sa charité.
Une maison qu'il avait fait bâtir ne fut pas
plus tôt achevée , que le mur principal s'entr'ou-
vrit depuis le haut jusqu'en bas, sans qu'il fut
possible d'y remédier. Plein de confiance dans
les mérites de François, il pria ses compagnons
de lui donner quelque chose que le Saint eut
touché. Après bien des instances, on lui donna
52 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

un peu de ses cheveux. Dès le soir, il les mit


dans la fente du mur. Le lendemain matin, le
mur s'était rejoint, la fente avait disparu .<« Les
>> bons offices qu'il avait rendus à un corps
» usé, dit saint Bonaventure, empêchèrent la
>> ruine de la maison pour la construction de
>> laquelle il avait dépensé tout son argent. »
On garde religieusement des cheveux de saint
François .
1 ° A Witsbourg . << Frère Jourdain ayant
>> réglé les affaires de la Province de Saxe ,
>> partit pour aller voir Frère Thomas de Ce-
>> lano à Notre-Dame-des-Anges ; il reçut de lui
>> des cheveux de saint François et une pièce
>> de son habit. Étant de retour à Witsbourg,
>> il reçut des lettres des principaux religieux
<< de la Custodie, qui le priaient de leur assigner
>> un lieu où ils pussent avoir la consolation de
>> le voir pour traiter avec lui de choses fort
>> importantes ; il leur désigna Eysenach en
>> Thuringe, et ils s'y rendirent plus tôt que lui.
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 53

» A son arrivée, le portier lui dit, selon l'ordre


» qu'il en avait, que pour cette fois il ne pou-
>> vait pas entrer par la porte du Couvent, mais
>> qu'on le priait de passer par celle de l'Église ;
>> lorsqu'il y fut, il trouva que tous les reli-
>> gieux l'attendaient pour le recevoir avec la
>> Croix, des cierges allumés et des rameaux ;
> ils se rangèrent en ordre de procession et le
> conduisirent en chantant jusques au chœur.
> Frère Jourdain fut fort surpris de cette céré-
> monie si extraordinaire, il s'efforça de les
> faire taire, mais il n'en put venir à bout;
» dans cet étonnement, il se ressouvint des sa-
> crées Reliques qu'il portait, et jugea que c'é-
>> tait en leur considération que Dieu avait ins-
» piré à ses Frères de le recevoir avec tant de
> solennité; c'est pourquoi , transporté d'aise,
> il s'écria : Vous avez raison, mes Frères, de vous
» réjouir à mon arrivée, car ce n'est pas à moi
» que ces honneurs s'adressent, mais Dieu vous a
» émus à honorer en ma personne celles de notre sé
54 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

» raphique Père, parce que je vous apporte de ses


> Reliques. Alors il les leur montra et les posa
>> sur l'autel ; et chacun demeura ravi de con-
› naître la véritable cause de ce mouvement in-
> térieur qui les avait portés à faire cette hono-
>> rable réception à leur Custode . >>
« Ann. des FF. MM. abrégées et traduites par
le T. R. P. Sylvestre Castet, Toulouse, 1680. »
2º A Assise, chez les Religieuses de Sainte-
Claire.
3º A Mantoue ;
4° A Monte-Chierico ;
5° A Grecio;
6º Au Mont-Alverne ;

7° A Padoue ;

8º A Paris, avant 1793 on en conservait dans


Gonz . Rodul.-
l'église des PP. Cordeliers.
Wad.- Arch . imp .
CHAPITRE IX .

De la Bénédiction de Saint François à F. Léon.

Frère Léon étant sur le Mont Alverne , se


trouva un jour en proie à une grave tentation
et n'osait la révéler au Saint. Il désirait seule-

ment avoir un écrit de sa main, croyant, par ce


moyen, vaincre la tentation ou la supporter plus
facilement. Le Père ayant connu par révélation
son état et son désir, lui demanda de l'encre et
du parchemin : il écrivit d'un côté quelques
louanges au Seigneur, et de l'autre cette Béné-
diction en gros caractères :
BENEDICAT TIBI DOMINUS ET CUSTODIAT TE :
56 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

OSTENDAT FACIEM SUAM TIBI ET MISEREATUR

TUI . CONVERTAT VULTUM SUUM AD TE ET DET


TIBI PACEM .

Au-dessous il forma le caractère thau Tet à


côté il ajouta : F. LEO DOMINUS BENEDICAT TE .
Que le Seigneur te bénisse et te garde. Qu'il te
montre sa face et qu'il ait pitié de toi. Qu'il tourne
son regard vers toi et qu'il te donne la paix.
F. Léon, que le Seigneur te bénisse (1) .
Et le lui présentant : prends ce papier, lui dit-
il, conserve-le bien toute ta vie. Frère Léon ne l'eut
pas plus tôt reçu que la tentation disparut.

(1) M. Alcan, éditeur, dont toutes les œuvres portent le beau


cachet chrétien et respirent la piété, vient de nous donner la
Bénédiction de saint François sur le verso d'une gracieuse image
des Saints et des Bienheureux du Tiers-Ordre. C'est la repro-
duction fidèle de l'écriture du Saint, telle qu'elle se voit sur le
parchemin conservé et vénéré à Assise. Jusqu'ici une erreur s'é-
tait glissée sur l'origine de cette bénédiction. On lit sur plu-
sieurs images qu'elle fut donnée par Dieu à Moïse : Ce point est
vrai , saint François a employé la formule que Dieu dicta à
Moïse pour la transmettre à Aaron. -Numb. VI, 24 , 25 , 26 :
Mais on ajoutait que Jésus- Christ l'avait donnée à saint François .
Rien ne le prouve dans la vie du Saint, tandis que l'origine de
celle dont nous parlons est hors de doute.
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 57

Au-dessus de la Bénédiction , F. Léon a écrit


ce qui suit :
Beatus Franciscus duobus annis ante mortem suam

fecit quadragesimam in loco Alverniæ ad honorem


beatæ Virginis Mariæ matris Dei, et beati Michaelis
Archangeli a festo assumptionis sanctæ Mariæ Vir-
ginis usque ad festum sancti Michaelis septembris ;
et facta est super eum manus Domini per visionem
et allocutionem seraphicam et impressionem stigma-
tum Christi in corpore suo, fecit has laudes ex alio
latere cartulæ scriptas et manu sua scripsit gratias
agens Domino de beneficio sibi collato .
<< Deux ans avant sa mort, le B. François fit
» un carême sur le Mont-Alverne en l'honneur

» de la B. Vierge Marie, mère de Dieu, et de


» saint Michel Archange, depuis la fête de l'As-
> somption de la B. V. Marie jusqu'à la fête de
> saint Michel, au mois de septembre. Le Sei-
> gneur opéra sur lui un grand prodige en lui
> apparaissant, en lui parlant sous la figure
» d'un séraphin, et en imprimant dans son
58 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

> corps les stigmates de Jésus-Christ. François


>> a composé et écrit de sa main les louanges
> qui sont de l'autre côté de ce papier, voulant
>> rendre grâce au Seigneur du bienfait insigne
> qu'il lui avait accordé. »
On lit aussi, écrit de la même main, entre la
bénédiction et le thau T : « Beatus Franciscus

> scripsit manu sua istam benedictionem mihi fratri


> Leoni . » -
Saint François a écrit de sa main
cette bénédiction pour moi, frère Léon. Et
enfin, au-dessous du thau : « Simili modo fecit
» istud signum « thau » T. cum capite manu sua. »
Il a de même tracé de sa propre main ce signe
T avec son chef.

Saint Bonaventure parlant de cet écrit dit


qu'il a été souvent l'instrument de miracles.
Il subsiste encore aujourd'hui renfermé dans
un précieux reliquaire : et tous les ans on le
porte à la procession solennelle qui se fait le
premier d'août de l'église d'Assise à celle de
Notre-Dame-des-Anges .
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 59

En 1720, il s'éleva une grande contestation


au sujet de cette procession. Quelques-uns pré-
tendaient qu'il fallait la supprimer. Ils allé-
guaient plusieurs raisons , et entr'autres , ils
avançaient qu'on n'était pas certain de l'iden-
tité de la Bénédiction, qu'on n'était pas assuré
qu'elle fut écrite de la main même de saint
François et que d'ailleurs une lettre écrite de la
propre main d'un saint n'était pas une relique
assez précieuse pour mériter un culte aussi so-
lennel .

Les Conventuels , de leur côté , s'opposaient


de tout leur pouvoir à la suppression de la pro-
[Link] cardinal Vallemanus, leurprotecteur,
chargea Prosper Lambertini, plus tard devenu
Pape sous le nom de Benoît XIV, de soutenir
les droits des Religieux. Après un examen sé-
rieux , Lambertini dissipa dans un écrit imprimé
à Foligni, tous les doutes que l'on pourrait
avoir sur l'identité de la bénédiction. Il prouva
par plusieurs exemples qu'il était d'usage dans
60 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

l'Eglise de rendre aux lettres écrites de la


propre main des Saints, un culte convenable et
religieux. Sur ces raisons , Clément XI assem
bla la Congrégation, fit discuter le procès selon
toutes les formalités du droit. La procession fut
maintenue, et le Pape déclara qu'on devait,
suivant l'usage, porter processionnellement la
bénédiction comme étant de l'écriture de saint
François .
Le écrits, en effet, et les lettres des Saints
leur sont bien plus personnels que leurs vête-
ments; et si leurs vêtements sont regardés
comme de véritables Reliques, à plus forte rai-
son en doit-il être ainsi des lettres et des écrits
tracés de leur propre main .
La louange dont parle Frère Léon, comme
ayant été écrite de la main de saint François
sur le même papier que la bénédiction, est ainsi
conçue :

Vous êtes notre saint Seigneur, notre Dieu,


vous êtes le Dieu des Dieux. Vous seul opérez
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 61

des merveilles. Vous êtes fort, vous êtes grand.


Vous êtes le Très-Haut, vous êtes le Tout-Puis-
sant. Vous êtes le Père saint, roi du ciel et de la
terre . Vous êtes le Dieu trois et un. Vous êtes

bon. Vous êtes tout bien, le bien suprême, ô


Seigneur Dieu unique et véritable. Vous êtes
amour et charité. Vous êtes sagesse, humilité,
patience. Vous êtes la beauté, la sécurité, le re-
pos, la félicité. Vous êtes notre espérance et
notre joie , et la charité. Vous êtes la justice et
la tempérance. Vous êtes la force et la pru-
dence. Vous êtes la richesse qui suffit à tout be-
soin . Vous êtes la mansuétude. Vous êtes notre
protection, notre garde et notre défense . Vous
êtes notre refuge et notre vertu. Vous ètes notre
foi, notre espérance, notre charité. Vous êtes
notre douceur par excellence. Vous êtes infini-
ment bon , grand et admirable , le Seigneur
Dieu tout-puissant , tendre, miséricordieux et
Sauveur. Ainsi soit-il .
CHAPITRE X.

Des Habits de Saint François .

Nous trouvons dans la vie du Saint que plu-


sieurs fois , soit en échange des bienfaits qu'il
avait reçus , soit en témoignage d'affection , soit
pour secourir les pauvres, il n'hésitait pas à don-
ner son habit. Témoin, les deux faits suivants
consignés dans la légende par ses trois compa-
gnons :
0

« 1 ° Un jour se rencontrèrent avec le bien-


> heureux François, deux frères de France de
64 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

<< grande sainteté, et après de mutuels colioques


> pleins de joie et de consolation, de douces
>> paroles et de tendres sentiments, finalement
> ils lui demandérent sa tunique par ardente
» dévotion . Et incontinent le Bienheureux se

» dépouilla et la leur donna, et lors pareille-


> ment l'un d'eux se dépouilla de sa tunique
» et la bailla au Bienheureux . »
« 2º Vint une fois au lieu où se tenait le Bien-

> heureux, un pauvre quêtant l'aumône ; pour


> ce qu'il n'avait rien à lui donner, il prit un
>> couteau et seyant à part, il se mit à couper
> un morceau de sa tunique, qu'il voulut don-
> ner à ce pauvre. » -

« Lég. de S. François,
publiée par Symon de Latreiche. Paris , 1862. »
On conserve avec vénération plusieurs Ha-
bits portés par saint François.
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 65

ARTICLE PREMIER .

A Florence .

§ 1er

Après que saint François eut reçu les stig-


mates , il célébra la Fête de saint Michel avec
ses Frères . Leur ayant ensuite recommandé le
Mont-Alverne, il partit pour revenir à Sainte-
Marie-des-Anges. Dans ce voyage, il visita le
seigneur Albert Bartolani, comte de Montaigu,
déjà revêtu par le séraphique Père de l'habit
du Tiers- Ordre de la Pénitence. Dans leur en-
tretien, saint François dit au Comte qu'il ne
pensait pas pouvoir revenir le visiter. Le Comte
alors le pria de lui laisser un souvenir. Le
Saint lui dit : « Je suis un pauvre misérable (po-
verello), je n'ai rien en ce monde que cet habit, si
vous le voulez, je vous le donne. » - « Je l'accepte
bien volontiers ; » répliqua le Comte, et appelant
un de ses serviteurs, il l'envoya au Bourg-du
66 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

Saint-Sépulcre chercher du drap semblable à


celui que portait saint François . Le serviteur
exécuta les ordres de son maître et l'on fit l'ha-
bit pendant la nuit. Le lendemain, au moment
du départ, le Comte rappela à saint François
sa promesse , et lui présenta l'habit neuf. Le
Saint le revêtit aussitôt , laissant au Comte son
vieil habit, celui-là même qu'il avait lorsqu'il
reçut les stigmates, celui, disent les auteurs,
qui se trouvait entre le Saint et le Séraphin, lors de
cette impression sacrée .

On ne saurait exprimer avec quelle dévotion


le Comte de Montaigu reçut ce précieux souve-
nir. Ses descendants l'enveloppèrent dans l'or
et la soie et le conservèrent pendant 280 ans ,
sous l'autel de leur église, et là de grands Sei-
gneurs, des Evêques, des Cardinaux venaient le
vénérer. Cette sainte Relique leur fut enlevée
en 1502. Voici à quelle occasion :
La ville d'Arezzo s'étant révoltée contre les
Florentins, ceux-ci appelèrent le Comte Fran
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 67

çois de Montaigu pour aller défendre le château


fort de la Rocca. Le Comte, au lieu d'attaquer
Arezzo, se mit de son parti avec sa troupe, em-
porta l'argent que Florence lui avait donné,
prétendant qu'il ne trahissait pas, puisqu'il pre-
nait la défense de sa patrie. Trois mois après,
les Florentins reprirent Arezzo , et résolurent ,
pour punir le Comte, de le déposséder de son
fief et de transporter l'habit de saint François
dans leur cité .

Le bruit s'en étant répandu, les Frères-Mi-


neurs allèrent trouver les notables de la ville et

les prièrent de leur donner la sainte Relique. On


leur répondit qu'on n'avait encore rien de bien
arrêté , mais que, si on en venait là, on pourrait
bien la leur confier. Les Frères, heureux de
cette réponse, attendirent en paix l'issue des
délibérations . Environ cinq mois plus tard, les
Seigneurs de Florence ordonnèrent à Antoine
Giacomini, commissaire général dans la province
d'Arezzo , de s'emparer della Rocca de Montaigu ,
68 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

et de prendre toutes les précautions nécessaires


pour avoir ensuite l'habit de saint François. A
peine Giacomini eut-il reçu cet ordre, qu'il
s'empara par ruse du château et des clés de la
châsse où se trouvait la sainte Relique. Faisant
ensuite comparaître le Comte et la Comtesse, il
leur fit part de sa mission et leur dit que jusqu'à
ce qu'il eut reçu de nouveaux ordres, ils pou-
vaient emporter de leur demeure tout ce qu'ils
voudraient, à l'exception de la précieuse châsse.
Puis, mettant une bonne garde dans le château,
il expédia à Florence un courrier pour informer
de ce qui se passait. Le jour où la nouvelle ar-
riva fut comme un jour de grande fête. On dé-
puta aussitôt sous bonne escorte un des Ma-
gistrats de la ville et quatre Frères- Mineurs
parmi lesquels était Frère Mariano, historien de
l'Ordre, avec commission de rapporter l'Habit
du séraphique Patriarche. D'abord, la joie fut
vive au sein de la vieille cité, mais bientôt elle
fut troublée parce que toutes les maisons reli
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 69

gieuses revendiquaient pour leur église l'hon-


neur de posséder ce riche trésor. On s'en tint à
la promesse faite précédemment aux Frères-
Mineurs . Les Religieux et le Gentilhomme arri-
vèrent à Montaigu, le 26 janvier 4503, selon le
calendrier Florentin, et en 1504, d'après celui
de Rome. Ils quittèrent le château le 27, ac-
compagnés d'une garde pour les protéger.
Toutefois , il n'étaient pas sans crainte, parce
qu'à plusieurs reprises on avait tenté de dérober
la Relique et les malfaiteurs avaient été frappés
de cécité. Cette fois il ne se passa rien de nature
à montrer qu'on agissait contre la volonté de
Dieu.

Aussitôt après le départ des Frères, la for-


teresse fut rasée ; on ne laissa que la maison
occupée par la famille.
Partout où le saint Habit passait, les peuples
accouraient en foule pour le vénérer. Le voyage
fut comme une longue procession. Le soir on
arriva à un château éloigné d'environ 14 milles
70 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

( 26 kilomètres ) de Montaigu. On passa de là


sous le château de Laterina à Monte-Varchio ,
ensuite à San-Giovanni et enfin on arriva à

Feghine où la multitude fut si nombreuse et si


compacte que plusieurs personnes périrent
écrasées . A minuit le cortége parvint à Incisa
d'où, après quelques instants de repos, on se
remit en route pour Florence ; et la marche se
continua toute la nuit. Comme les envoyés ap-
prochaient de la ville , ils trouvèrent les Reli-
gieux du couvent de Saint-Sauveur venus pro-
cessionnellement à leur rencontre avec la croix

et des flambeaux. Ils arrivèrent ainsi à l'église


vers onze heures (calendrier romain) . Le peuple
attendait avec impatience ; il fit ouvrir les portes
de la ville avant l'heure accoutumée. Il se porta
en masse à Saint-Sauveur pour honorer Dieu
d'abord, et ensuite son serviteur François . Pen-
dant tout le temps que la Relique resta dans
l'église, la foule fut immense.
Le 30 janvier, on publia un décret qui or
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 71

donnait de porter la Relique par toute la ville le


3 février suivant, et de la rapporter ensuite à
Saint-Sauveur. Au jour fixé, il fallut ouvrir les
portes de la ville à huit heures (calendrier ro-
main) , et les Religieux, celle de leur église à
onze heures. A cette heure se trouvaient déjà
réunis dans le Couvent tous les Religieux des
environs arrivés au chant des cantiques et por-
tant tous un cierge à la main . Mais plusieurs
membres de la Confrérie des Marchands, arri-
vés avant eux , avaient fait tirer du Reliquaire le
saint habit, l'avaient déplié et mis dans une
belle châsse couverte de drap d'or, qu'on plaça
sur un brancard richement orné. Les Frères

rangés en procession partirent de l'église, ac-


compagnés de trois corporations, et entrèrent
dans Florence par la porte Saint-Nicolas. Quand
on fut arrivé à la place Saint-Grégoire, on dé-
posa le brancard sur une estrade préparée par
les soins du Gouverneur de la ville. On ne peut
se faire une idée de l'ardeur de la dévotion du
72 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

peuple florentin envers saint François dans


cette journée. On entourait la châsse de dons de
toutes sortes , malgré la défense des Frères. A
l'heuré indiquée, la procession se mit en marche
pour se rendre sur la place Saint-Grégoire. La
croix de la cathédrale ouvrit la marche ; elle
était suivie de sept corporations d'enfants, de
plusieurs d'hommes ; après elles venaient les
Religieux de Saint-François , soit de la ville, soit
de tous les environs ; on voyait ensuite tout le
clergé en grand costume, et quatre escouades
d'hommes portant chacun un cierge allumé.
Enfin apparaissait, sous un riche baldaquin, le
saint Habit porté par les Frères-Mineurs. La
procession continua sa marche triomphale jus-
qu'à Saint-Jean . Ici les Seigneurs et les Magistrats
de Florence voulurent faire les offrandes en usage
dans les grandes circonstances. Ce pieux devoir
rempli, on se rendit à la Cathédrale. Voici l'ordre
qu'on suivit en sortant : Religieux de l'Obser-
vance et Conventuels avec leur croix respective ;
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 73

cent douze Dominicains avec le Maître-général


qui se trouvait alors à Florence ; les escouades
sus-nommées ; les Frères de Saint-Jean avec
leur Prévôt et les chanoines de la Cathédrale .

La procession se dirigea vers le monastère des


Murate; de là, elle passa auprès de celui de
Sainte-Croix et arriva enfin à l'église de Saint-
Sauveur, où la châsse fut placée sur le maître-
autel. Le concours fut tel que le peuple ne put
trouver place dans l'église ; les cloîtres furent
envahis. On avait peine à circuler dans la route
qui mène à la ville. Un repas fut offert à plus de
six cents Religieux et un nombre innombrable
de séculiers , tels que : le Prévôt de Saint-Jean
avec une multitude de prêtres, les chanoines de
la Cathédrale , le Maître-général de Saint-Domi-
nique et cent douze religieux de son Ordre, le
Ministre général de l'Observance et deux cent
cinquante de ses Frères, les Mineurs Conven-
tuels et un grand nombre de Religieux des
autres Couvents de la ville, des environs et de
4
74 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

toute la contrée. Tous étaient rangés dans un


ordre parfait : un religieux de Saint-Dominique,
puis un Frère-Mineur ou un autre Religieux, et
entre les Religieux, les séculiers parsemés çà
et là.

Après le repas, tous les convives se rendirent


à l'église deux à deux, dans l'ordre où ils étaient
à table . L'action de grâces finie, on porta dans
la sacristie le saint Habit avec la châsse magni-
fique qui le renfermait ; mais ce fut avec une
peine extrême, tant la foule était grande. On
conserva ainsi la Relique un an entier. Pendant
ce temps, les Consuls de la corporation des
fabricants de laine firent construire un bel autel
de marbre destiné à la recevoir. On l'avait ren-
fermée dans un riche Reliquaire de bronze dont
Charlemagne avait fait présent à l'église Saint-
Jean de Florence. On ne savait pas alors que ce
Reliquaire était rempli de Reliques qui venaient
de Terre-Sainte, parce que, placé dans un lieu
élevé, il n'avait pas été visité depuis longtemps ;
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 75

mais en le descendant, un côté s'étant rompu,


on y trouva ces Reliques qu'on plaça dans des
vases d'argent.
Le précieux Reliquaire fut déposé dans l'autel
le 22 avril 1504. Ce jour-là, l'Evêque consacra
l'église, officia aux vêpres, fit la prédication et
bénit le peuple avec la sainte Relique.
En 1571 , elle fut de nouveau tirée de l'autel,
portée en procession avec la même solennité, le
même concours , la même dévotion , et enfin
placée dans la nouvelle églisede Saint-Sauveur
que les Frères-Mineurs venaient de faire cons-
truire dans l'intérieur de la ville . La châsse dans

laquelle elle repose se ferme avec trois clés. Le


premier Magistrat a la première, les Prévôts des
marchands ont la seconde et le P. Gardien du
Couvent conserve la troisième. On n'expose la
sainte Relique que trois fois l'an : le jour de la
fête de saint François, le jour de la Dédicace et
le jour anniversaire de la consécration de
l'église.
76 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

§ II.

En 1588, trois Frères-Mineurs Capucins : F.


Ange de Joyeuse, F. Honoré de Champigny et F.
Benoît Canfelt se rendaient de Paris à Rome
afin d'y étudier la Théologie et d'y recevoir les
Ordres Sacrés. Ils cheminaient à pied selon la
Règle de saint François, ne négligeant aucune
des pratiques prescrites par les usages de l'Or-
dre. Le F. Ange de Joyeuse , en qualité de
plus ancien profès, faisait l'office de supérieur.
Arrivés à Florence, ils s'y reposèrent quelque
temps . Le Grand-Duc, informé de leur présence
dans la ville, exprima le désir de les voir, et en
particulier le F. Ange dont la renommée avait
passé les Alpes. L'humilité et la simplicité évan-
géliques dont ils étaient doués eurent bientôt
inspiré au Prince une sorte de vénération pour
les trois pauvres Frères ; il aimait à les visiter.
Un jour il dit au F. Ange qu'il serait heureux
de l'obliger. Après l'avoir vivement remercié, le
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 77

Frère lui demanda comme grâce de voir l'Habit


de saint François. La grâce fut accordée. Nos
trois Religieux purent voir, toucher et baiser le
saint Vêtement: on leur permit même de s'en
revêtir. Qui pourrait exprimer la joie dont
leur âme fut inondée , quand ils se virent ainsi
revêtus de cet Habit que les rayons, lancés par
Jésus-Christ sous la figure d'un Séraphin ,
avaient transpercé quand il marqua l'humble
François des stigmates de sa Passion !

§ III .

En 1624 , le R. P. Antoine Daça, alors Com-


missaire de la cour Romaine , se trouvant à
Florence, obtint, après de nombreuses sup-
plications, l'insigne faveur de voir aussi le saint
Habit. Les Grands de la ville et les Princes assis-
tèrent à l'ouverture de la châsse . On alluma un

grand nombre de flambeaux, on étendit la Re-


lique sur un riche tapis rouge : le R. P. Com-
missaire put considérer à loisir la forme ainsi
78 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

que la couleur et la qualité de l'étoffe. Il en


mesura la longueur, espérant pouvoir connaître
la taille de saint François ; mais cela lui fut im-
possible : car on en avait souvent coupé et
donné de grands et de petits morceaux, soit
pour satisfaire la dévotion de quelques Sei-
gneurs , soit pour les exposer dans d'autres
églises ; et, partant, il se trouve tellement dimi-
nué, qu'il descendrait à peine aux genoux d'un
homme d'une taille médiocre. Wading en rap-
porte ainsi la description faite par le R. P. Daça
lui-même :

1º L'étoffe est un drap grossier sans être ce-


pendant trop rude : (En Espagne, ce drap s'ap-
pelle Sayal; en Italie, Saia ou Panno rigato) .
2º La couleur est le gris cendré ;
3º On voit, à l'extrémité de la manche gauche,
une pièce d'un drap différent;
4° Il a la forme de celui que portent les
Frères-Mineurs, avec les manches s'élargissant
un peu du coude à l'épaule ;
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 79

5º Le capuce est carré, se terminant en


pointe, sans la mozette tombant sur la poitrine
et couvrant les épaules ; on sait, ajoute Wading,
qu'elle a été donnée par saint Bonaventure ( au
chapitre de Narbonne) .

ARTICLE II .

Autres Habits de saint François .

1º A Assise, dans la Basilique patriarcale, on


voit l'Habit que la pieuse dame Jacqueline de
Settesoli apporta de Rome pour les funérailles
du Saint.

Arrivé à Sainte-Marie-des-Anges, saint Fran-


çois se fit apporter du Papier, de l'encre et
dicta pour cette insigne bienfaitrice de son
Ordre, la lettre suivante : « Sachez, ma chère
>> Fille, que le Christ béni m'a révélé par sa
>> grâce que le terme de ma vie est proche. Si
>> donc vous voulez me trouver vivant, hâtez-
» vous, aussitôt que vous aurez lu cette lettre,
80 "GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

>> de venir à Sainte-Marie-des-Anges, car si vous


>> arrivez après le jour de Samedi , vous ne
>> pourrez plus me voir en ce monde. Prenez
» avec vous un gros drap ou un cilice pour en-
>> velopper mon corps et de la cire pour mes
>> funérailles ..... » A ces mots , il s'arrêta ,
comme préoccupé d'une pensée étrangère ; et,
levant les yeux au ciel, il dit : « Il est inutile
>> d'envoyer cette lettre, la Dame de Settesoli
>> est en route. » Elle arriva en effet peu de
temps après , apportant tout ce que François
désirait.

Les Religieux lui demandérent comment elle


avait pu, sans être avertie, venir si à propos .
Elle leur répondit qu'elle en avait reçu l'ordre
du ciel .

Wading assure que le Pape Sixte IV prit une


partie du précieux Habit dont on vient de parler
et qu'il la porta à Rome .
2º A Assise, au couvent des Clarisses, le man-
teau qu'il reçut de l'évêque d'Assise.
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 81

<< Le Père terrestre du glorieux François vou-


> lut tenter le fils de grâce ès biens temporels,
> et contraindre de lui quitter la légitime pater-
> nelle, le conduit devant l'évesque de la ville.
» Or, le père faisait ceci de crainte que, lui
> mort, son fils n'eslargit aux pauvres la part
> de sa succession. Saint François le recognais-
» sant , alla fort volontiers devant l'Evesque ,
> comme un vrai amateur de la pauvreté , et
> enfant obéissant, sans attendre d'autre parole,
> et sans y penser aucunement ; et là, non-seu-
> lement renonça très-promptement à l'héré-
>> dité paternelle, mais mesme se dépouilla des
> habits dont il estait vestu en présence de l'E-
>> vesque, et de plusieurs autres, et sans en
> rougir nullement, se souvenant du très-dé-
> bonnaire Jesus-Christ, qui pour nous fut dé-
> pouillé attaché à la croix. Puis il fit un petit
> paquet de ses vestements qu'il bailla à son
> père, lui disant : « Jusques à maintenant je
» vous ay appelé mon père, et vous ay réputé pour
82 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

» tel en ce monde; mais à cette heure je puis assu-


› rément dire : Notre Père qui es ès cieux auquel
› j'ai baillé en garde mon thrésor et ay mis toute
› l'espérance de mon hérédité. L'Evesque voyant
un si estrange spectacle, n'estant resté sur le
> corps du pauvre François que sa haire, et
› d'ailleurs voyant que le père endurait et sup-
> portait de voir son fils dans cet état sans s'at-
> tendrir le cœur : puis, considérant au fils une
> telle nouvelle ferveur, avec une si grande et
>> excessive patience, il le jugea vrai serviteur
> de Dieu ; et parce se levant et tenant debout,
> il le reçut entre ses bras d'une grande dou-
> ceur, et comme Pasteur pieux, le couvrit de
› sa robbe mesme, et commanda à ses servi-
> teurs qu'ils luy apportassent un habit; dont
> ils lui apportèrent un viel et vil gaban, d'un
> pauvre artisan, que François reçut volontiers ,
> sans attendre autre chose,et ayant demandé
» des cizeaux, le tailla en sorte qu'il couvrait
> un homme, comme s'il eut été en croix. »
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 83

3º A Pise, on y vénère un autre habit chez


les religieux de Saint-François. Il leur fut donné
par le F. Barthélemy qui le reçut au chapitre gé-
néral célébré à Assise en 1390, comme témoi-
gnage de reconnaissance pour son précieux ou-
vrage du livre des Conformités,
4° Au Mont-Alverne. ( Wad.)
5º Au couvent delle Carceri, on en possède un
morceau considérable .

6º A Rome, dans l'église Saint-Marcel on con-


serve un capuce entier d'un habit de saint Fran-
çois .
7° A Syracuse, quelques parcelles.-(Bull. cap.)
8° A Chuisi, à Naples, au couvent de l'Imma-
culée-Conception. - (Bull. Cap.)
9º A Tarascon , avant 1793, au couvent des
FF.-MM. Capucins. - (Bull, Cap .)
10° A Vienne, de l'habit et du capuce placés
dans une petite statue faite avec le bois de l'arbre
de Sienne. - (Bull. Cap.) : on parlera de cet
arbre plus loin.
84 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

11 ° A Brunsvich, à la chapelle ducale, dans


deux Reliquaires .

ARTICLE III.

A Chambéry, on y vénère la manche d'un ha-


bit de notre Père séraphique. « Béatrix, fille
d'Haymon, comte de Genève, mariée à Thomas,
fils d'Humbert III de Savoie, se trouvait à Suze
enmême temps que saint François. Elle eut oc-
casion de le voir et de s'entretenir plusieurs fois
avec lui. Touchée de ses discours, émerveillée
de ses vertus, elle lui dit un jour de lui deman-
der ce qu'il voudrait ; sur quoi François la pria
de faire bâtir un couvent pour ses Frères. Béa-
trix le lui promit , demandant en retour des
prières pour elle et pour sa famille. Au moment
de le quitter, elle le supplia de lui laisser un
souvenir. Comme le Saint hésitait parce qu'il ne
possédait rien, et ne voyait pas ce qu'il pouvait
lui offrir : donnez-moi un morceau de votre habit,
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 85

lui dit-elle , ce souvenir me suffira. Aussitôt Fran-


çois arracha une des manches de son habit et la
lui donna.

Plus tard cette manche fut placée dans un


riche reliquaire avec une corde qui avait été à
l'usage du Saint; et pendant plusieurs siècles,
on vénéra ces précieuses Reliques dans la cha-
pelle ducale. Aujourd'hui, elles sont dans l'église
des FF . MM. Capucins de Chambéri. - ( Wad. )
CHAPITRE ΧΙ . :

Manteaux de saint François.

Nous savons, par la tradition, que saint Fran-


çois portait un manteau avec l'habit dont parle
la Règle des Frères-Mineurs. Les monuments les
plus anciens de l'Ordre séraphique sont una-
nimes sur ce point. En voici quelques-uns :
1º Saint Bonaventure en parlant de la charité
de saint François envers les pauvres dit qu'il
n'épargnait pour les secourir, ni manteaux , ni
tuniques , ni livres, ni parements d'autel ; il
donnait tout ce qu'il pouvait avoir. - (Lég. de
saint François, chap. VIII, & 4.)
88 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

2º Le Miroir de la vie de saint François et de


ses compagnons rapporte plusieurs circons-
tances dans lesquelles saint François donna son
manteau ; le P. Chalippe les a toutes citées dans
la vie du glorieux Patriarche d'Assise .- (Liv.v.)
« 3º A Sienne, on avait donné à saint Fran-
> çois un petit manteau qui lui était fort néces-
> saire pour ses infirmités. En sortant de la
> ville , il trouva un pauvre dont la misère le
> toucha, et il dit à son compagnon : « Rendons-
» lui ce manteau, car il lui appartient : Nous ne
» l'avons reçu que par emprunt, jusqu'à ce que
:

> nous trouvassions quelqu'un qui fut plus pauvre. »


> Le compagnon voyant que son père en avait
> besoin , l'engageait à ne pas le donner ; mais
> le Père lui répondit : Si je ne donnais pas ce
» manteau à un pauvre qui en a plus besoin que
» moi, je croirais faire un vol qui me serait imputé
1

> par le Souverain Seigneur, l'Aumónier par excel-


1

> lence (saint Bonaventure cite le même fait) .


> Voilà pourquoi, quand on lui offrait quel
GLOIRE DE SAINTFRANÇOIS. 89

> chose, il demandait ordinairement la permis-


> sion de le donner à son tour à un plus pauvre
» que lui, s'il en rencontrait (Chal).
4° Sur ce même principe, malgré ses infirmi-
tés, il donna, étant au couvent de Celano , un
autre manteau qu'il avait reçu par charité, à
une pauvre femme dont les deux enfants man-
quaient des vêtements nécessaires. Un de ses
frères l'ayant retiré avec promesse de faire don-
ner autre chose : « Mon frère, reprit-il aussitôt,
> mettez-vous à genoux, dites votre coulpe, rendez
> le manteau à cette femme, il lui appartient, elle
> est plus pauvre que moi . » Ses compagnons lui
en procurèrent un autre, et il le donna encore
à un habitant de Cortone. Cet homme était
venu demander l'aumône pour l'amour de
Dieu, disant que sa femme était morte et qu'il
lui restait des petits enfants sans pouvoir les
nourrir : « Je vous donne ce manteau, lui dit le
» Saint, à cette condition que si on vous le rede-
» mande, quoiqu'on vous puisse dire, vous ne le
90 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

> rendiez point que vous n'en receviez la valeur . »


Les Frères firent effectivement tout leur pos-
sible pour l'engager à le rendre : ils lui repré-
sentèrent que personne n'était plus pauvre que
leur Père, et n'en avait plus besoin à cause de sa
mauvaise santé et de la rigueur de la saison.
Mais cet homme, s'appuyant sur les paroles de
son bienfaiteur, répondit quele manteau lui ap-
partenait, et qu'il le rendrait si on lui en donnait
le prix. Il fallut enfin, pour le ravoir, lui faire
remettre de l'argent par un ami.
5° Un domestique se plaignait d'avoir éprouvé
un grand tort de la part de son maître, le
chargeait de malédictions , et blasphémait contre
la divine Providence de ce qu'elle laissait ainsi
maltraiter les pauvres. Saint François lui donna
son manteau, en lui faisant promettre de ne
plus ni maudire ni blasphémer. :

6º Comme il était malade à Fonte-Colombo


près de Riéti , son médecin lui parla un jour de
l'extrême pauvreté d'une vieille femme qui de
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 91

mandait l'aumône ; le Saint fit venir aussitôt le


gardien du couvent et lui dit : « Frère Gardien,
>> il faut rendre ce qui n'est pas à nous. Qu'est-ce
>> donc, répondit le Gardien. C'est ce manteau,
>> reprit le Saint : nous l'avons reçu en emprunt de
» cette pauvre femme, il faut le lui rendre. Le
>> Gardien répondit : Frère, faites ce qu'il vous
>> plaira. » Alors, le Bienheureux Père tout rem-
pli de joie, appela un frère et le pria de prendre
son manteau avec douze pains, de les porter à la
vieille femme pauvre et infirme que le médecin
lui montrerait, et de lui dire : « Le pauvre à qui
» vous aviez prété ce manteau vous le remet, et
» vous remercie de tout cœur : prenez donc ce qui
» est à vous. » Le Frère alla et rapporta à la
pauvre femme les paroles de saint François.
Mais celle-ci , croyant qu'on se moquait d'elle,
dit avec indignation : Laissez-moi tranquille, je ne
sais ce que vous dites. Toutefois, le frère lui laissa
les pains et le manteau. Ce que voyant, la pauvre
femme en loua et en remercia Dieu; mais bien
92 GLOIRE D SAINT FRANÇOIS .

tôt craignant qu'on ne vint lui reprendre ce qu'on


lui avait si généreusement donné , elle se hâta de
regagner sa demeure.
7º Peu de temps après, saint François alla
prêcher à Celano, c'était pendant l'hiver, et il
avait jeté sur ses épaules, en guise de manteau ,
un morceau de drap qu'un de ses amis lui avait
donné. Il trouva dans la ville une pauvre femme
qui lui demanda l'aumône. Prenant aussitôt ce
drap qu'il portait, il le lui donna en disant :
allez et faites-vous un habit avec cela. La pauvre
femme se mit à rire et s'en alla. Puis prenant
des ciseaux elle tailla cette pièce de drap. Mais
comme il n'y avait pas assez d'étoffe, elle re-
tourna vers le bienheureux Père et le lui dit.

Aussitôt le Saint prit le manteau de son compa-


gnon, le donna à la pauvre femme et dit à son
Frère : « Mon frère, vous entendez ce qu'elle dit :
» Souffrons, nous, le froid pour l'amour de Dieu et
» donnons à cette femme le moyen de se vétir. »
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 93

8° Wading cite encore le manteau que saint


François envoya à sainte Elisabeth .
M. de Montalembert raconte ainsi le fait d'a-
près le savant Annaliste : <<< François fut bientôt
>> informé de la précieuse conquête que ses
>> missionnaires avaient faite en la personne
>> d'Élizabeth. Il apprit en même temps et son
>> affiliation à son Ordre, et l'attachement qu'elle
>> lui portait, et les touchantes vertus par les-
>> quelles elle édifiait et bénissait le Thuringe.
» Il en fut pénétré de reconnaissance et d'ad-
>> miration, et en parlait souvent avec le Cardi-
>> nal protecteur de son Ordre, Hugolin, neveu
>> d'Innocent III et depuis Pape lui-même, sous
>> le nom de Grégoire IX..... Un jour, le Cardi-
>> nal recommanda au Saint de faire passer à la
>> Duchesse un gage de son affection et de son
>> souvenir ; et en même temps il lui enleva des
>> épaules le pauvre vieux manteau dont il était
>> couvert, en lui enjoignant de l'envoyer sur-le-
>> champ à sa fille d'Allemagne, à l'humble Éli
94 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

>> zabeth, comme un tribut dû à l'humilité et à


>> la pauvreté volontaire dont elle faisait profes-
>> sion, et en même temps comme un témoi-
>> gnage de reconnaissance pour les services
» qu'elle avait déjà rendus à l'Ordre. « Je veux,
>> dit-il, que puisqu'elle est pleine de votre esprit,
» vous lui laissiez un pareil héritage qu'Élie à son
> disciple Elizée. » Le Saint obéit à son ami, et
>> envoya à celle qu'il pouvait nommer à si bon
> droit sa fille, ce modeste présent, accompagné
>> d'une lettre où il se réjouissait avec elle de
>> toutes les grâces que Dieu lui avait conférées ,
>> et du bon usage qu'elle en faisait.
>> Il est facile de concevoir la reconnaissance
> avec laquelle Élizabeth reçut ce don si pré-
>> cieux à ses yeux ; elle le prouva par le prix
<< qu'elle attacha toujours à sa possession ;
<< elle s'en revêtait toutes les fois qu'elle se
>> mettait en prières pour obtenir du Sei-
>> gneur quelque grâce spéciale ; et lorsque
>> plus tard elle renonça sans réserve à posséder
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 95

>> quoique ce soit en propre, elle trouva moyen


>> de conserver ce cher manteau de son pauvre
>> Père jusqu'à sa mort. Elle le légua alors,
>> comme son plus précieux bijou, à une amie,
>> en lui disant : Je vous laisse mon manteau, ne
» prenez pas garde à la pauvreté de l'étoffe, mais
» considérez bien le prix d'une telle pauvreté. Je
» vous déclare en conscience, que Jésus- Christ, mon
» bien-aimé, s'est rendu favorable à mes désirs ,
» et m'a comblée de douceurs, toutes les fois que
» portant ce manteau, j'ai cherché à voir sa face
» adorable.

>> Ce manteau fut depuis conservé avec le


>> plus grand soin comme une Relique double-
> ment sainte, par les chevaliers teutoniques à
>> Weissenfels , au diocèse de Spire ; et le Frère
>> Berthold, célèbre prédicateur de ce siècle ,
>> raconta aux juges du procès d'Élizabeth ,
>> qu'il l'avait souvent vu et touché avec vénéra-
» tion, comme la glorieuse bannière de cette
>> pauvreté qui avait vaincu le monde et toutes
96 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

>> ses pompes dans tant de cœurs . » - (Hist. de


» Ste Élizabeth, chap. x.)
9ºLe P. Pierre Marchant, dans son ouvrage
intitulé : Fundamenta duodecim Ordinis Fratrum

Minorum, avoue qu'une tradition invariable


montre que N. P. saint François et les premiers
de l'Ordre ont fait usage du manteau, et qu'il
en a vu quelques-uns religieusement conservés .
(Fund. v. pag. 122.)
10° Quelques années après l'établissement
de l'Ordre des Frères - Mineurs Capucins ,
F. François d'Asti adressa à tous ses Frères
son opinion sur l'usage du manteau. Il dit
que le manteau reçu par un usage ancien de
l'Ordre est permis malgré le silence de la Règle.
<< Je le prouve par plusieurs raisons, ajoute-t-il ;
la première par l'ancienne Légende des trois
compagnons de notre Père saint François ; il y
est écrit que lui et ses Frères portaient des Man-
teaux ; la seconde par d'anciennes images de
saint François avec un Manteau dont j'ai vu
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 97

quelques-unes ; la troisième par un Manteau de


saint François qu'on garde religieusement à Ti-
voli et y est en fort grande estime . >>>
11° Un jour, comme saint François voyageait
dans la Marche d'Ancône, il s'était assis surle bord
du chemin pour se reposer. Un villageois por-
tant deux agneaux sur ses épaules vint se mettre
à côté de lui. Les agneaux déposés à terre et
liés ensemble se mirent à bêler. Le Saint, ému
de leurs cris innocents, demanda à cet homme
pourquoi il les tenait serrés de la sorte. Le vil-
lageois répondit que les portant au marché pour
les vendre, il les avait attachés afin qu'ils ne
pussent lui échapper. - « Et qu'en feront les
<< acheteurs ? -

dit le Saint . A-
<<< O homme

<<simple, s'écria le villageois, ce qu'ils en feront !


>> ils les tueront, les feront cuire et les mange-
>> ront. » - << Non, répartit le Saint, il n'en sera
» pas ainsi, carje les veux pour moi. Ecoute, mon
» ami , je ne puis me résoudre à voir périr ces pe-
» tits agneaux. Si tu veux, tu me les donneras, et
5
98 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

» en échange, je te donnerai mon manteau . » -


Le
villageois content accepta l'offre et l'échange
eut lieu sur-le-champ. - (Chron .)
12º Un auteur énumère, parmi les Reliques
de l'église de Saint-Silvestre à Rome une portion
considérable d'un Manteau de saint François .
13° Les Religieuses de Sainte-Claire près de
Florence en ont un qui leur fut laissé par saint
François lui-même. Ce monastère avait été
fondé par la B. Agnès, Sœur de Sainte-Claire ;
mais elle l'avait quitté pour retourner à Saint-
Damien donner ses soins à la vénérable Abbesse ,
et sainte Claire en mourant avait légué son voile
à ses Filles de Florence .

Le Monastère était sur un monticule hors de


la ville . En 1261 , il avait pour Abbesse Claire
des Ubaldini , sœur du Cardinal Octavien. Le
Cardinal craignant pourle repos des Religieuses,
à cause des guerres qui alors agitaient Florence,
leur fit construire un autre monastère dans la

ville près de la Porte-Romaine. Il les y trans


GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 99

féra le jour de Saint-Jacques, avec une grande


solennité . On portait en avant les ossements des
Religieuses qui avaient été enterrées dans la
première église ; apparaissaient ensuite le Man-
teau de S. François, l'Etole dont il s'était servi
pour chanter l'Evangile la nuit de Noël à Grecio
et le voile de sainte Claire. Dieu voulut honorer

cette cérémonie par plusieurs miracles. Toutes


les cloches de la ville sonnèrent d'elles-mêmes ,
et celle du nouveau monastère ne s'arrêta qu'a-
près que les ossements furent placés dans la
terre .

14º On vénérait encore des parcelles d'un


Manteau de saint François à Feltre et à Poi-
tiers , etc. (Specul. Vit. Gonz. Wad. Por-
-
-

tent. etc.)

Un Manteau de saint François à Paris.

ARTICLE PREMIER .

Avant la tourmente révolutionnaire de 1793,


400 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

on vénérait un Manteau de saint François d'As-


sise chez les Cordeliers de Paris .

1º Lobineau , dans l'Histoire de la ville de


Paris, rapporte à l'année 1538 qu'à l'occasion
d'une trève de 10 ans obtenue par le Pape entre
François Ier, roi de France et l'Empereur d'Al-
lemagne, « en action de grâces, la ville fit faire
>> une procession à Notre-Dame, où elle assista
>> le 3 juillet. Elle ordonna de faire tenir
.....

>> nettes et tapissées les rues et les lieux où la


>> Procession devait passer, c'est-à-dire, rue de
>> la Venerie , celle de Saint-Jacques-de-la-Bou-
>> cherie, la Porte-de-Paris, le Pont-au-Change ,
>> la cour du Palais, la rue de Calande, le Mar-
>> ché Pala, la rue Neuve-Notre-Dame et le
>> Pont-Notre-Dame pour le retour. La Pro-
>> cession partit de Saint-Jean-en-Grève en cet
>> ordre .

» Premièrement les Cordeliers au nombre

>> de près de cinq cents, avec leurs Reliques,


GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 101

» entre autres LE MANTEAU DE SAINT FRAN-


» ÇOIS . >>>

(Histoire de la ville de Paris, par Félicien, et


revue par Lobineau.— Т. 11.)

L'auteur s'est appuyé sur un procès-verbal


dressé dans l'année même où la Procession dont

il parle eut lieu. Il cite ce procès-verbal parmi


les pièces justificatives :
<< Procession solennelle, faicte de l'ordre et
>> par les Prévôts des Marchands et Echevins de
>> la ville de Paris .

» Du mercredi III juillet [Link]. Ensuit


» l'ordre .

>> Et partirent mesdits sieurs de la ville


> d'icelle Eglise S. Jehan en Grève en l'ordre
>> ci-après déclaré. Premièrement marchaient
>> les Cordeliers estans bien cinq cents en
>> nombre. Quatre d'iceux portaient une croix
>> en laquelle il y avait de la vraie Croix de Notre
>> Seigneur, avec le MANTEAU DE SAINT FRAN-
>> cors et autres beaux reliquaires , que aucuns
102 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

>> revêtus de belles chappes portoient en leurs


» mains . »
(Histoire de la ville de Paris, etc.
T. V. et Ze des piècesjustificatives,
pages 348-9.)

2º Etat du grand Couvent des Cordeliers de Paris,


le 15 juin 1767.
Etat de la Sacristie commencé le sixième

may 1752, par le P. Procureur.


Reliquaires .
<<< Une boîte doublée de satin vert avec sa

>> serrure sans clef, contenant le MANTEAU DE


>> SAINT FRANÇOIS enveloppé de satin blanc,
>>une Robe que l'on croit être de saint Bona-
» venture et un écrit. >>>

(Archives de l'Empire. S. A. 4161-62 .)


Cet Etat se trouve annexé à l'Inventaire géné-
ral dressé en 1790 par ordre de la Municipa-
lité.

3º « Le trente septembre de l'année mil huit


>> cent, par devant nous Jacques-André-Emery,
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 103

>> Vicaire général de Mgr l'Archevêque de Paris,


>> ont comparu Claude Agrève de la Combe,
>> docteur de Sorbonne, dernier Gardien du
>> grand couvent des Cordeliers de Paris, Fran-
>> çois Fillon , religieux de la même Maison ,
>> Jacques-Christophe-Nicolas Auguin.
>> Le ci-dessus nommé Auguin a pris la pa-
>> role et nous a déclaré que dans l'enlèvement
>> et la dispersion des effets appartenant à l'é-
>> glise du grand Couvent desdits Cordeliers,
>> il avait eu le bonheur de soustraire et de gar-
>> der jusqu'à présent le Manteau de saint Fran-
>> çois conservé et honoré de temps immémorial
>> dans le dit Couvent, comme ayant appartenu
> à ce grand Saint, lequel Manteau lui était par-
>> faitement connu, attendu qu'il avait servi dès
>> son enfance dans l'église du même Couvent,
>> comme enfant de chœur. Il nous a représenté
>> le dit Manteau, lequel est de drap gris-bleu ,
» n'ayant, dans l'état présent, presqu'aucune
>> forme, à raison des morceaux qui en ont été
104 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

>> enlevés pour satisfaire la dévotion des Fi-


>> dèles, ayant encore environ huit pieds dans
>> sa plus grande largeur et trois pieds dans sa
>> plus grande longueur. Il nous a aussi repré-
>> senté une pièce de taffetas blanc dans lequel
>> était enveloppé et cousu le dit Manteau.
>> Les autres comparants interpellés par nous
>> de dire s'ils reconnaissaient le dit Manteau

>> comme celui qu'on était en possession d'ho-


>> norer dans le grand Couvent et d'exposer à la
>> vénération des Fidèles, ont répondu de la ma-
>> nière la plus affirmative et ont déclaré qu'ils
>> étaient prêts à signer leur déposition et même
>> à la confirmer par serment, si on le jugeait né-
>> cessaire , le susdit Auguin a témoigné lamême
>> chose. Nous, en conséquence, déclarons que
» le Manteau décrit ci-dessus doit être regardé
>> comme étant effectivement le véritable Man-

>> teau de saint François qu'on conservait reli-


>> gieusement dans le dit Couvent, et permet-
>> tons qu'il soit exposé, comme ci-devant, à la
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 105

» vénération des Fidèles. En preuve et en con-


>> firmation de quoi nous avons signé le présent
>> écrit et y avons fait apposer le cachet de
>> Msr l'Archevêque .
>> A Paris , les jour et an que dessus :
» Signé : EMERY, -

F. LACOMBE,
>> FILLON, - AUGUIN .
>> Lieu + du Sceau
>> Par ordre de M. le Vic. gén .
» Signé : PARAGE, secrétaire. »

ARTICLE XI .

A quelle époque, et par qui le saint Manteau


a-t-il été apporté à Paris ?
Le Couvent des Cordelierspossédait un nombre
considérable de reliques. Elles ont toutes dis-
paru à l'époque de la grande révolution , et avec
elles les authentiques.
:

L'Inventaire de la Sacristie commencé en


4752, est la seule pièce conservée aux Archives ,
106 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

et plus haut nous avons vu qu'il y était fait men-


tion du saint Manteau .

Mais d'après une tradition accréditée parmi


les Cordeliers, ce serait le Manteau envoyé par
saint François à sainte Elizabeth de Hongrie.
Saint Louis l'aurait reçu des Chevaliers Teuto-
niques, en reconnaissance de signalés services
rendus à leur Ordre, et il l'aurait donné à son
tour aux Cordeliers de Paris .

Auguin , dont il est parlé dans l'acte de


M. Emery, tenait cette tradition des PP. Corde-
liers ; il se plaisait à la raconter et plusieurs per-
sonnes dignes de foi, vivant encore aujourd'hui,
nous l'ont rapportée.

§ Ier

Cette tradition paraît plus que probable; car


l'histoire nous montre saint Louis intervenant
dans les affaires d'Allemagne à cette époque, et
honorant l'Ordre des Chevaliers Teutoniques à
un tel point, qu'en 1250 il permit aux Grands
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 107

Maîtres de porter aux extrémités de leur croix


d'or les Fleurs de Lys de France. Ce privilége pa-
rut si grand aux Chevaliers, selon certains au-
teurs, qu'après leur réunion avec les Chevaliers
de Livonie, s'étant rendus maîtres de la Prusse, et
y ayant bâti plusieurs villes, ils appelèrent l'une
d'elles Kænigsberg, Montagne du Roi, en l'hon-
neur du Roi de France. (Helgot, Hist. des Ord.

Rel., t. 111, 147 et 158. ---- Du Cange, [Link] saint


Louis.-diss . XXVI .

§ II.

D'autre part il exista des relations assez in-


times entre saint Louis et la Famille de sainte
Elizabeth .

1° Quelques années après la mort de la


Sainte , son fils Herman vint visiter la Cour de
France , et reçut de la Reine Blanche de Castille
des marques de la plus tendre affection. -

(Joinville-de Montalembert.)
108 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

2º Après l'excommunication portée par le


Pape contre Frédéric II, Henry, autre fils de la,
Sainte fut élu Empereur. Une croisade fut or
donnée pour lui venir en aide, et saint Louis fa-
vorisa sa cause de tout son pouvoir. 1

3º Conrad, beau-frère de la Sainte, voulant


réparer ses torts envers elle, employa tout son
crédit pour hâter l'enquête sur ses vertus et les
miracles nombreux qui s'opéraient à son tom-
beau . Par esprit de pénitence, il entra dans
l'Ordre Teutonique dont il devint Grand Maître .
Il rendit d'immenses services à l'Ordre, et plu-
sieurs fois il dut recourir au Roi de France .

§ III .
:

Ces divers faits peuvent rendre raison de la


Tradition dont je parle sur la provenance de
notre sainte Relique.
Car si les Chevaliers de l'Ordre Teutonique
ont voulu offrir au Roi de France un témoignage
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 409

de reconnaissance, ils ne pouvaient répondre


mieux à sa piété, et à celle de sa famille .
En effet, 1º persuadé que les Reliques sacrées
sont les remparts des cités, saint Louis eut
voulu en doter la France entière, et partout
il leur faisait rendre les plus grands hon-
neurs ;

2º Son amour pour saint François d'Assise


était connu du monde entier. Il pratiquait la
Règle du Tiers-Ordre, en revêtait l'habit pour la
récitation de son office, et mérita aux yeux des
Souverains Pontifes d'en être déclaré le Patron
:
aussi bien que sainte Elizabeth .
3º La famille royale imita l'exemple du Prince :
la reine Blanche, sa mère, fit profession du
Tiers-Ordre, un an après son veuvage ; la B. Isa-
belle sa sœur, fonda l'abbaye de Longchamps et
se plaça elle et ses Religieuses sous la Règle de
Sainte-Claire , un peu mitigée par saint Bona-
venture avec l'approbation du Souverain Pon-
:
tife........... :
140г GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

§ IV.

Le récit de Wading, rapporté par M. de Mon-


talembert, n'infirme en rien la Tradition reçue
chez les Cordeliers. L'Annaliste ne dit pas que
de son temps - (1628) -le Manteau de saint
François était conservé et vénéré dans l'hospice
de Weissenfels ; mais qu'il y était en 1235,
l'année où se fit l'enquête canonique pourla Ca-
nonisation de sainte Elizabeth .
Sédulius , qui écrivit son Histoire séraphique en
1613, rapporte le même fait d'après le même
témoignage. Il cite un manuscrit appartenant
à la bibliothèque des Frères-Mineurs de Lou-
vain. C'était la vie de la Sainte, composée par
un religieux contemporain, racontant ce qu'il
avait su par lui-même, et ce qu'il avait recueilli
de témoins oculaires ...

Le silence du religieux sur l'envoi du manteau


à saint Louis ne prouve rien non plus contre la
Tradition des Cordeliers ; ou ce religieux n'exis
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS : 1411

tait plus, ce qui est probable, vu son âge déjà


avancé quand il écrivit la vie de la Sainte, ou il
l'ignora. Au reste, il n'avait pas vu le manteau
chez les Chevaliers ; il avait pris ce qu'il en dit
dans les pièces du Procès de Canonisation.

§ V.

L'examen attentif de la Relique que nous pos-


sédons témoigne : 1º de son authenticité ; 2º de
la vraisemblance de la Tradition transmise par
Auguin :
Authenticité :

1 ° La couleur est absolument semblable à


celle de l'Habit de saint François, gardé et vé-
néré à Florence : couleur gris-cendré.- Color
perfecte cinereus - ainsi que s'expliquent Wading
et Sédulius. Et telle fut la couleur adoptée par
Notre Séraphique Père au commencement de
son Ordre .

2º La qualité de l'étoffe est aussi la même :


112 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

drap vil, commun, mais non de la dernière


qualité : Qualitas sagi vilis, nec tamen rudissimi.
3º Le procès-verbalde 1800 dit que le man-
teau n'a presqu'aucune forme, à raison des morceaux
qui en ont été enlevés pour satisfaire la dévotion des
Fidèles. Cependant, à la partie supérieure, il ya
une échancrure dont la forme nous est connue ,
et qui exclut toute espèce de doute pour nous.
Preuve en faveur de la Tradition qui veut que ce
soit le manteau envoyé par saint François à sainte
Elizabeth :

On lit dans la vie de la Sainte par Jacques de


Spire qu'elle portait un vêtement pauvre : et que
comme son Manteau était trop court, elle avait
ajouté un drap d'une couleur un peu différente :
Pallium, quia brevius quam ut decenter ab ea defer-
retur erat, assuto alterius coloris panno productum
habebat. Le manuscrit de Louvain dit aussi que
ce manteau gris était rapiécé et allongé : ut def-
ferret Mantellum griseum, panno alterius coloris
prolongatum . :
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 113

Sur quoi Sédulius dit qu'il est ici question du


Manteau envoyé par saint François.
Or, au manteau que nous avons, il y avait des
pièces ajoutées (1) , et il a du y avoir une ral-
longe ; car on voit des traces d'anciennes cou-
tures ; et ce qu'il y a de plus remarquable, ces
coutures étaient comme celles usitées dans les
trois ordres de saint François. D'où l'on peut
croire que les Chevaliers avaient offert à saint
Louis le Manteau tel que sainte Elizabeth l'avait
reçu et avaient gardé la partie qu'elle y avait
ajoutée .
(Sed. Histo. Serap . Vit. S. Eliz.- Comm .
pag. 581 5) .

§ VI .

Le témoignage d'Auguin a bien aussi sa va-

(1) Une de ces pièces se trouve sur le morceau donné aux


Religieuses Franciscaines du T. S. Sacrement de Troyes .
114 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

leur. Dès son enfance, il avait fréquenté le Cou-


vent des Cordeliers .

En 1800, M. Emery, dont la prudence et la


sagesse sont connus de tout le monde, n'a pas
dédaigné de recevoir sa déposition en une ma-
tière aussi délicate .

Le P. Lacombe, dernier gardien du Couvent


et Docteur en théologie, pouvait revendiquer la
sainte Relique. S'il l'a laissée aux mains d'Au-
guin, c'est parce qu'il connaissait sa droiture et
son mérite. (1)
Malgré tout, on se demande comment un
homme sans lettres a pu retenir le nom des
Chevaliers et les circonstances qui les ont ame-
nés à se dessaisir d'un si riche trésor en faveur

(1) Les deux Religieux comparants et cités dans l'Acte de


M. Emery figurent sur la liste du personnel du Couvent des
Cordeliers en 1790 .
<< Claude-Agrève Lacombe, gardien, docteur en Sorbonne,
>> Conventuel , âgé de 37 ans.
>> François Polycarpe Fillon (Filihon) , infirmier, âgé de67 ans ,
» f. laïc. » - Archiv . de l'Emp. S. A. 4161-2 .
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 145

de saint Louis . Il a dû les entendre souvent ra-

conter par les Religieux ; d'où je conclus qu'une


tradition aussi précise, qui a pour elle plus de
cinq cents ans d'existence, ne porte pas seule
ment les caractères de la plus grande probabi-
lité, mais ceux d'une certitude morale.

ARTICLE III .

Le saint Manteau est donné aux FF. MM . Capucins


de Paris .

Après la reconnaissance du saint Manteau, Au-


guin en devint le possesseur. Toutefois le P. La-
combe lui fit promettre qu'il le remettrait aux
premiers enfants de Saint-François qui s'établiraient
à Paris .

Or, vers 1816, plusieurs anciennes Religieuses


de différents Monastères de l'Ordre séraphique
s'étaient réunies et avaient repris, du consente-
ment de l'Ordinaire, la Règle des Récollettes de
l'Immaculée Conception. Auguin, alors employé
116 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

dans l'administration des Pompes funèbres,


avait des rapports avec la Communauté, autant
par piété que par affection pour S. François.
Mais son grand âge, des infirmités et surtout
le manque de ressources le firent admettre dans
un hospice de vieillards où il mourut, laissant le
précieux Manteau à la Vénérable Supérieure des
Récollettes .

Quelques années après, la Communauté fut


dissoute, à la suite de difficultés administratives.
Quelques sœurs se retirèrent aux Batignolles, où
elles étaient encore pendant le Carême de 1849 .
Le T. R. P. Laurent, ayant connu l'existence de
la sainte Relique, eut la douce consolation de la
vénérer chez elles. En 1852, quand nous nous
établîmes à Paris, elles l'avaient quitté . La véně-
rable Supérieure se retira d'abord à Vernoneten-
suite à Saint-Pierre-des-Cercueils, où elle se des-
saisit du saint Manteau en faveur de M. le Curé.
Nous ignorions ce qu'il était devenu ; mais
nous appelions de tous nos vœux le jour où nous
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 117

pourrions le posséder, quand en 1862 la Cause


de Béatification du Serviteur de Dieu, le T. R. P.
Honoré de Champigny, me conduisit à Saint-
Pierre-des- Cercueils.

Amon retour je me jetai devant l'image du


Bon Père , et je lui dis : Mon Père, malgré tout ce
gue j'entrevois de travaux et de difficultés dans
votre Cause, je vous promets de m'y dépenser tout
entier, si le fardeau de Postulateur m'est imposé, et
je ne vous demande qu'une chose, inspirez au digne
Prétre qui possède le Manteau que vous m'avez fait
vénérer chez lui, de nous le donner. Le bon Pére
entendit ma prière ; comme après deux ans
d'enquête sur la Vie, les Vertus et les miracles
du serviteur de Dieu, le Tribunal ecclésiastique
établi à Chaumont, procédait à l'audition des
derniers témoins, M. le Curé de Saint-Pierre-
des-Cercueils m'écrivit que, mu par un senti-
ment de piété envers saint François , il désirait me
remettre la précieuse Relique, pour notre Couvent de
Paris .
118 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

Et, en effet, quelques mois après, nous étions


à Évreux. M. le Vicaire-général écrivait au bas
de l'Acte de 1800, la déclaration suivante :
<< Nous, Vicaire-général du diocèse d'Evreux,
» déclarons avoir reconnu de nouveau le man-
>> teau de saint François, et que nous l'avons
>> trouvé dans les conditions indiquées dans le
>> Procès-verbal signé par M. Emery, Vicaire-gé-
» néral de Mer l'Archevêque de Paris.
>> Nous déclarons aussi en avoir détaché un
>> morceau long d'environ trente centimètres, et
>> large d'environ douze centimètres .
» Evreux, le 12 juin 1865.
» Signé : - HEUDEBERT, Vic.-gén. »
La formalité remplie, M. le Curé m'offrait la
sainte Relique pour être désormais la propriété
exclusive du Couvent des Frères-Mineurs-Ca-
pucins de Paris, et être exposée dans leur église
à la vénération des Fidèles .
Que M. l'abbé Pichou, curé de Saint-Pierre-
des-Cercueils, et Mme Lhotte, la vénérable ex-Su
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 119

périeure des Récollettes de l'Immaculée Concepр-


tion, veuillent bien recevoir ici l'expression sin-
cère de notre profonde reconnaissance .
Acte de l'Archevêché de Paris .

<< GEORGES DARBOY, par la grâce de Dieu et


>> l'autorité du Saint-Siége Apostolique Ar-
>> chevêque de Paris, Grand Aumônier de
» l'Empereur,
>> Vu l'Acte de M. Emery, Vicaire-général du
>>*Diocèse de Paris , en date du 30 septembre de
>> l'année 1800, reconnaissant authentique un
» Manteau de saint François d'Assise, et permet-
>> tant de l'exposer à la vénération des Fidèles ;
>> Vu un nouvel acte authentique de la même
>> Relique , signé de M. Heudebert, Vicaire-gé-
>> néral de Mgr l'Evêque d'Evreux, en date du
» 12 juin 1865 ;
>>Ayant reconnu nous-mêmes que les sceaux
>> tant de l'authentique que de la Relique étaient
>> conformes et intacts ;
» Ouï le P. Gardien des FF. MM. Capucins
120 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

>> exprimant le désir d'exposer le dit Manteau


>> dans le Reliquaire qui doit le renfermer ;
» Déléguons M. l'abbé Pelgė, secrétaire de
» l'Archevêché, pour y apposer de nouveau le
>> sceau de Mer l'Archevêque, avec charge de
> dresser le Procès-verbal de l'opération, afin
> que nous puissions délivrer un nouvel Acte
>> authentique de la Relique ;
>> Enfin, autorisons les Frères-Mineurs Capu-
>> cins du Couvent de Paris à exposer publique-
>> ment dans leur église la dite Relique à la Vé-
>> nération des Fidèles .

» Donné à Paris , sous le seing de Notre Vi-


>> caire-général, le sceau de nos armes, le contre-
>> seing du Secrétaire de Notre Archevêché, le
>> vingt-cinquième jour du mois de septembre,
>> l'an du Seigneur mil huit cent soixante-six. »
» Signé : P. VÉRON, V.-G.
>> Par Mandement de Monseigneur
» Signé : H. PELGÉ, secrétaire. »
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 421

Translation du saint Manteau .

Il nous avait fallu deux ans pour recueillir les


aumônes nécessaires à l'acquisition d'un Reli-
quaire qui ne fût pas trop indigne de notre pré-
cieux Manteau .

Or, dans les premiers jours d'octobre 1866,


un autel (style XIIIe siècle) s'élevait dans la Cha-
pelle de Saint- François , et le 11 du même
mois, jour de l'octave de la Fête de notre
séraphique Patriarche , le T. R. P. Domi-
nique , provincial des Frères-Mineurs - Capu-
cins de France , entouré des Pères Défini-
teurs , des Pères Gardiens ou Vicaires de tous
nos Couvents, et d'un grand nombre de Re-
ligieux, procédait à la Translation solennelle
de la sainte Relique. Aux Pères et Frères du pre-
mier Ordre s'étaient joints plusieurs Ecclésias-
tiques Membres du Tiers-Ordre, parmi les-
quels occupait la première place M. l'abbé Du
6
122 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

chenne, chanoine honoraire d'Arras et Supérieur


général des Sœurs du Tiers-Ordre régulier de
Calais. On comptait aussi un grand nombre de
Frères de la Congrégation de Paris. Les Sœurs
du Tiers-Ordre et une foule de pieux fidèles
remplissaient l'église .
Dès le matin, la sainte Relique avait été ex-
posée dans une des salles du Couvent, sur un
autel orné de fleurs et de flambeaux. Des Reli-
gieux et des Tertiaires se succédaient en prière
auprès d'elle .
A neuf heures , la procession partit du Sanc-
tuaire et s'achemina lentement dans les cloîtres
au chant de l'Hymne Veni, creator spiritus. Par-
venu auprès du précieux Manteau, le T. R. P.
Provincial l'encensa trois fois, et entonna le
Te Deum, tandis que quatre Pères Gardiens pri-
rent sur leurs épaules le Brancard auquel était
suspendu le saint Vêtement déplié et drapé se-
lon sa forme primitive. La procession se déroula
de nouveau en se rendant à l'église. La Relique
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 125

fut exposée dans le sanctuaire, près de la table


de Communion, afin que les fidèles pussent plus
commodément venir l'honorer et lacontempler;
puis le T. R. P. Provincial, assisté d'un diacre et
d'un sous-diacre, commença le saint sacrifice.
Après l'Evangile, un de nos confrères, dans
une allocution appropriée à cette mémorable
circonstance, expliqua aux nombreux assistants
la sainteté du culte que les Chrétiens aiment à
rendre aux Reliques des Saints ; ensuite il ex-
posa sommairement la vénération avec laquelle
on avait gardé toutes celles de saint François,
et fit l'historique du culte de quelques-unes,
entre autres du saint Habit conservé à Florence .

Enfin, parlant de celle qui était là exposée, il


apprit aux fidèles comment elle avait été em-
portée de Paris, et comment elle y était reve-
nue : il montra spécialement à la famille Fran-
ciscaine réunie, combien elle devait estimer et
chérir le trésor qui lui était rendu , dans ce
pauvre, mais précieux Manteau.
124 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

Le soir, une seconde cérémonie réunissait


encore, dans le chœur et dans l'église du Cou-
vent, non-seulement les Religieux du premier
et du troisième Ordres , mais une multitude
empressée de venir chercher sa part des grâces
et des douces émotions de ce jour béni.
Après les vêpres, chantées solennellement au
chœur, Mgr de Ségur voulut bien distribuer à
cette nombreuse assistance les flots de cette pa-
role divine , qu'il sait revêtir de tant d'onctions .
L'illustre prélat analysa d'abord la vie de saint
François, en parsemant son récit de quelques-
uns de ces traits où notre séraphique Père s'est
peint avec cette ardeur pleine d'enthousiasme
qu'il apportait dans l'amour et dans la pratique
de ses chères vertus de pauvreté et d'humilité.
Puis il a rappelé que le prophète Elie, au mo-
ment où , sur un char de feu, il allait disparaître
aux yeux de son disciple Elisée, lui laissa son
manteau comme une garantie de la transmission
de son esprit prophétique. Usant avec un heu-
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 125

reux à-propos de cette antique figure, le pieux


prélat a prié notre séraphique Père de faire des-
cendre sur ses enfants qui se trouvaient là réu-
nis, et sur ceux qui sont répandus par tout l'u-
nivers, l'esprit de ses vertus, et de faire que
son Manteau leur enfût un gage assuré, comme
celui du Prophète des anciens jours l'avait été
pour son disciple.
Après le salut du Saint-Sacrement, tous les
assistants ont été admis à vénérer une parcelle
de la sainte Relique, et à faire toucher au pré-
cieux Manteau lui-même les objets de piété
qu'ils portaient sur eux. C'est à ce moment que
l'on a vu S. A. I.. Mgr Lucien Bonaparte , prince
du sang, et Mgr Chigi, nonce du Saint-Siége au-
près de la cour des Tuileries, venir se prosterner
devant l'humble dépouille du pauvre d'Assise, et
ajouter par là aux joies de ce beau jour le par-
fum d'une édification que tous les assistants ont
recueillie et qu'ils conservent comme un des
plus touchants souvenirs de cette fête .
CHAPITRE XIII .

De la Corde de saint François.

Au chapitre 12 de la Vie de saint François


par saint Bonaventure, on voit en quelque sorte
l'origine de la dévotion au Cordon du Patriarche
d'Assise.

Une cruelle maladie ravageait un pays. Un


habitant, homme religieux et craignant Dieu,
avait en sa possession une Corde dont saint
François s'était ceint. Il la prend, parcourt les
maisons, et, trempant cette Corde dans l'eau, il
128 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

fait boire de cette eau à tous les malades qu'il


trouve, et Dieu permet qu'un grand nombre de
personnes recouvrent la santé en vue des mérites
de saint François .
Sur quoi Louis de Grenade , expliquant ce
passage des Actes des Apôtres : Dieu faisait des
miracles par les mains de Paul, jusque-là méme que
les malades étaient guéris, si on leur appliquait les
mouchoirs et les ceintures qu'il avait touchés, s'é-
crie : « Il y a là, certes, la preuve du grand
>> amour que Dieu portait à son serviteur. Mais
» je vois ici quelque chose de plus admirable :
>> car Dieu a attaché une aussi grande,vertu,
>>non pas seulement à la Corde de saint Eran-
J

>> çois, mais à l'eau dans laquelle elle a été


>> trempée. >>>
Dans la campagne de Rome, une femme
nommée Béatrix, arrivée aux jours où elle de
vait accoucher, s'aperçut que l'enfant qu'elle
portait était mort dans son sein. On employa
tous les remèdes les plus propres à la délivrer,
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 129

mais inutilement. Elle se préparait donc à la


mort, quand elle eut la pensée de se recom-
mander à saint François et d'envoyer chercher
un objet qui eût été à son usage. On ne trouva
qu'un bout de Corde. On le lui apporta ; à peine
l'eut-elle entre les mains , qu'elle fut délivrée
sans douleur, et rendue immédiatement à la
santé . ;

Mais aucun fait n'était de nature à inspirer le


désir d'avoir une Corde qu'eût portée saint
François, comme ce qui nous est raconté de
saint Dominique, le Patriarche des Frères-Prê-
cheurs. Dominique et François venaient de dis-
courir longuement sur les destinées de leurs
Ordres en présence du Cardinal Hugolin; Domi-
nique pria François de lui donner la Corde dont
il était ceint. François refusa par humilité ce
:

que l'amitié lui faisait demander. Mais la dévo-


tion de celui qui sollicitait fut assez heureuse
que de remporter la victoire. Et Dominique
porta toute sa vie, avec un respect religieux, la
130 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

Corde que la force de son amitié avait obtenue


de François .
On conserve avec vénération , soit entières ,
soit par parties, des Cordes portées par saint
François :
1º A Assise, celle que le Saint avait habituelle-
ment sur sa chair. 1

2º A Assise, chez les Religieuses de Sainte-


Claire.

3º Au Mont-Alverne, une ceinture de cuir.


Le Saint venait d'arriver au Mont-Alverne,
avec le Cardinal protecteur, quand il apprit que
le comte Orlando était malade : son premier
devoir fut d'aller le visiter. Le Comte, tout réjoui
de sa présence, se recommande à ses prières et
le conjure de bénir la ceinture de cuir dont il se
servait habituellement. Le serviteur de Dieu la

fit porter à l'Oratoire, la bénit avec le signe de la


croix , la passa autour de ses reins et l'envoya
au malade. A peine le Comte l'eut-il prise qu'il
fut entièrement guéri. Après la mort du Saint, il
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 131

la donna aux Religieux. Dieu opéra par elle un


grand nombre de miracles, comme l'attestent
tous les auteurs .

Des personnes en coupèrent des morceaux et


les emportèrent comme de précieuses reliques ;
mais il leur vint ensuite un tel remords qu'elles
les rapportèrent. Les Frères recueillirent ces
parcelles avec joie et les rejoignirent de manière
à rendre à la ceinture sa forme primitive, ainsi
qu'il se voit encore aujourd'hui. -
(Vitale.
Monte serafico, etc.) .
40 A Chambéry , on en garde une, comme nous
l'avons vu plus haut.
5° A Mantoue .

6º A Lisbonne.

7° Mirepoix, Bayeux, Guingamp , et plusieurs


Couvents de France en possédaient avant 1793.
-(Gonz. - Petr. de Alv.- Rod.)
!!
CHAPITRE XIV .

Du Cilice de Saint François.

Dès le commencement de sa conversion, saint


François conçut un vif amour pour Jésus cru-
cifié. Sous l'inspiration de cet amour, il se porta
à la pratique de toutes sortes de pénitences,
afin de réduire son corps en servitude.
Saint Bonaventure dit qu'au moment où il se
dépouilla devant l'Evêque d'Assise, on aperçut
un Cilice caché sous ses vêtements délicats.
Tous les historiens s'accordent à dire que plus
134 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

il avançait en perfection, plus il était ingénieux


à inventer de nouveaux moyens de mater son
corps .
Frère Gilles disait : « il ne lui manquait
>> qu'une chose : la force du corps. Si son corps
» s'était trouvé robuste comme le mien, nul
>>> homme n'aurait pu l'imiter dans ses macéra-
» tions . >>>

Un jour, après une suggestion perfide du dé-


mon, pressentant une grave tentation, il se dé-
pouilla de ses vêtements, saisit une corde et en
frappa rudement son corps en lui disant : « Al-
>> lons, frère âne, voilà ce que tu mérites, voilà
<< le traitement qui te convient. »
Au moment de sa mort, il voulut être étendu
à terre sur un cilice, et il ordonna qu'on le cou-
vrit de cendres. (Tho Celano .- Boll. 4 oct. )
On a gardé de ses cilices :
10 A Assise. On en garde un dans la sacristie
de la grande église; il fut donné par saint Bona-
venture. Sixte IV en emporta une partie à Rome,
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 135

au sentiment de Wading, de Rodolphe, etc. Les


Bollandistes disent au contraire que le Pape en
apporta de Rome.
2º A Assise, les Religieuses de Sainte-Claire en
ont un presqu'entier.
3º Au Mont-Alverne, à Grécio, à Saint-Martin, à
Chiuso, on en vénère aussi des parcelles. (Gonz.
Bull. Cap . T. IV. )
4º Bayeux, Le Mans, et plusieurs autres cou-
vents de France en possédaient des parcelles no-
tables avant 1793 .

5º A Florence, si l'on en croit Vanden-Haute ,


on aurait aussi un cilice, quoique les autres au-
teurs n'en parlent pas .
i
:

CHAPITRE XV .

Autres objets conservés avec vénération.

AAssise, dans la grande église :


4 ° La planche sur laquelle les !Frères placė-
rent le corps de leur Père après sa mort pour lui
rendre les derniers devoirs. Les linges qui servi-
rent à laver le saint corps, et qui portaient des
taches de sang, furent partagés : une partie fut
envoyée au Mont-Alverne ; une autre partie fut
conservée à Assise, elle appartenait à la pieuse
Jacqueline ; :
138 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

2º Le suaire qui enveloppa le saint corps


pendant les quatre ans qu'il resta à Saint-
Georges.
AAssise, chez les Religieuses de Sainte-Claire :
1º Le bréviaire du saint Patriarche ;
2º L'aube avec laquelle il avait rempli les
fonctions de Diacre ;
AAssise,
On a vu plus haut que le corps du Saint fut
transporté de Sainte-Marie-des-Anges à Assise
dans un cercueil de bois, et renfermé dans une
urne de pierre, ainsi que l'assure saint Jean
de Capistran dans une chronique qui se trouve
à la Bibliothèque Cassini.
:
La caisse de bois fut partagée :
1º Une des planches devint la propriété d'un
habitant d'Assise qui y fit peindre le portrait du
;
Saint. - « Bini, nel suo libro intitolato : La verità
scoperta dei tre santuarj . >>>
2º On voit dans la sacristie de Sainte-Marie
des-Anges un portrait de saint François peint
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 139

sur la planche qui servit de lit au Saint jusqu'à


sa mort. - « Vita di S. Francesco da un suo con-
cittadino . 1855. »
Au Mont-Alverne :

1 ° Une écuelle de bois.-Le Comte Orlando

guéri, ainsi que nous l'avons dit plus haut, ren-


dit grâces à Dieu, offrit un repas à ses deux
hôtes. L'usage du temps voulait que la plupart
des Seigneurs se servissent d'écuelles de bois
et que chacun des convives rompit son pain et
le mit dans l'écuelle. Quand donc le Saint eut
pris l'écuelle et rompu le pain, le Comte lui dit :
F. François, je voudrais bien changer d'écuelle avec
vous, parce que la vôtre me paraît trop petite; pre-
nez donc la mienne et donnez-moi la vôtre. Par

courtoisie, saint François accepta l'échange .


Orlando conserva précieusement l'écuelle avec
le pain, et plus tard il les remit au Couvent
de l'Alverne.
2º Le verre dont il se servit plusieurs fois
chez le Comte Orlando.
140 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

Au Couvent delle Carceri ou des Prisons :

1º Un ciboire dans lequel saint François con-


serva quelquefois la sainte Eucharistie ;
2º Un calice dont il se servait pour les ablu-
tions après la sainte Communion; : :

3º Un bâton dont il était obligé de se servir


parfois à cause de ses infirmités et surtout après
qu'il eut reçu les stigmates ;
4º Unmorcean de bois sur lequel il appuyait
sa tête en guise d'oreiller ;
5° Une planche du cercueil dans lequel le
saint corps fut apporté de Sainte-Marie-des-
Anges à Saint-Georges. On y a peint l'image de
[Link]ès-Sainte-Vierge. - Michaele di Punzia.
A Burgos :

Des sandales portées par le Saint lors de son


voyage en Espagne .
A Padoue : 1

Une parcelle de l'étole que le Saint avait à la


Messe de Minuit devant la crèche de Grecio . -

Barezzo y signale aussi un bâton de voyage.


GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 141

AGrecio :

Les fers que saint François portait toujours


avec lui afin de faire des pains d'autel pour les
pauvres églises .
A Paris :

Thomas Celano et Wading disent qu'on avait


envoyé d'Assise à saint Louis, roi de France,
l'oreiller qui servait à saint François dans les
derniers jours de sa vie. Le roi le reçut comme
une Relique précieuse, et voulut l'avoir sous la
tête au moment de sa mort . ( Wad. Gonz. -

Spond.)
Dans d'autres Couvents :

La grande dévotion qu'on avait partout pour


saint François se faisait partager ses dépouilles.
Aussi dans la plupart des nombreux Couvents
de son Ordre avait-on à cœur de posséder quel-
que parcelle de ses vêtements. On ne peut les
énumérer tous. Mais, parmi ceux qui méritent
d'être signalės, nous citerons : Rome, au Cou-
vent des Saints-Apôtres, Viterbe, Grecio, Luc
142 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

ques, Bologne, Castel-Lauti, Mantoue, Saint-


Martin, pour l'Italie ; Angers, Paris, Foix , Mont-
Ferrand, Arles, Douai, pour la France, avant
1793 .

A Florence :

Wading, à l'année 1493, en parlant de Ber-


nardin de Feltre dit : << Pour consoler les Cla-
>> risses, il leur adressa plusieurs exhortations ,
>> et en reconnaissance, il reçut un morceau de
>> l'habit de saint François . »

Ces paroles font supposer que les Clarisses


avaient, sinon un habit tout entier, au moins
une partie notable. Or, le même auteur, dans
un autre passage, nesignale chez elles que le Man-
teaulaissé parsaint François et dont nousparlons
nous-mêmes. Est-ce une erreur ? Les Bollan-
distes s'abstiennent de prononcer. En tous cas,
il ne peut être question de l'habit donné par
saint François au Comte de Montaigu, parce que
jamais les Clarisses ne l'ont possédé ; ensuite,
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 143

parce que, comme nous l'avons vu plus haut, il


ne fut apporté que plus tard à Florence .
Un auteur assure que Bernardin reçut des Cla-
risses un cilice porté par saint François, et non
un morceau d'habit, et qu'il le donna aux Flo-
rentins .

A Aquila :

Rodolphe écrit que les Frères-Mineurs possé-


daient un Capuce de saint François ; qu'on le vé-
nérait avec une grande dévotion, et qu'il servil
à la guérison d'un grand nombre de malades.
A Florence :

Si l'on en croit le P. Salvator Vitale, on con-


servait une Dent de saint François parmi les Re-
liques du couvent de Florence. - (Floret. Alvern.
-in-40 Petro de Alva .)
NOTA. Dans l'énumération que nous venons de
faire des Reliques de saint François, nous n'avons
voulu signaler que les plus importantes, et non ces
parcelles presqu'imperceptibles qu'on se procure si
facilement auprès des RR. PP. Postulateurs.
1911
LIEUX ET MONUMENTS
PRINCIPAUX

QUI RAPPELLENT

SAINT FRANÇOIS

:
CHAPITRE XVI .

Monuments dans la Ville d'Assise .

Eglise cathédrale.
Saint François y reçut le sacrement de Bap-
tême . On y voit encore les Fonts sur lesquels se
lit en italien l'inscription suivante : Voici les
Fonts où fut baptisé le séraphique Père saint Fran-
cois. Ils sont d'une forme antique, de pierre
dure et commune. Un inconnu se présenta pour
7
146 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

servir de parrain ; à cause de son extérieur


grave et modeste, on l'accepta. Mais aussitôt
après la cérémonie, il disparut, laissant l'impres-
sion de ses genoux sur un marbre que l'on con-
serve précieusement.
Eglise neuve.
Elle occupe l'emplacement de la maison des
parents de saint François.
1° On y voit une ancienne porte dont les
pierres sont soutenues par des cercles de fer.
La mère de saint François souffrait depuis plu-
sieursjours de grandes douleurs; unpauvre pélerin
vint à laporte de la maison demander l'aumône .
Après l'avoir reçue, il dit à celui qui la lui don-
nait : << Faites porter dans une étable la maî-
>> tresse de la maison, là seulement elle sera dé-
>> livrée . >>>

2º On y a aussi conservé l'horrible dessous-


d'escalier qui servit de prison à notre Saint.
Il avait passé un mois dans la solitude, afin
d'échapper à la colère de son père. Mais, fortifié
1
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 147

par la vertu d'en haut, il rentra dans la ville.


A son visage abattu, défait, les habitants le
crurent fou , les enfants le poursuivirent, le cou-
vrirent de boue et d'insultes et lui jetèrent des
pierres . Bernardon, son père, averti de l'arrivée
de son fils, accourut, lui adressa les reproches
les plus amers , le traîna dans sa maison et l'en-
ferma sous un escalier dans une espèce de ca-
chot. << Mais, dit la chronique, le glorieux Fran-
>> çois qui avait son esprit uni à Jésus-Christ,
>> duquel il était consolé, s'encourageait cepen-
>> dant, qu'avec ces coups de marteau d'afflic-
>> tion, Dieu forgeait de lui un vase merveilleux
>> et admirable... et ce pour dilater sa gloire et
>> renouveler en terre sa mémoire. » - (Chron .

Liv. 1, chap . III. )


Saint-François-le-Petit .

On appelle ainsi une étroite et petite chapelle


placée à peu de distance de l'Eglise-Neuve, de
l'autre côté de la rue .

Quoique l'avis donné pa le pauvre, de trans


148 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

porter la maîtresse dans une étable , parut


étrange, on ne laissa pas que de le suivre. Et à
peine y fut-elle, qu'elle mit au monde l'enfant
qu'elle portait.
L'étable a été convertie en oratoire et appelée
Saint-François-le-Petit. On lit sur la porte cette
inscription latine :
Hoc Oratorium fuit Bovis et Asini stabulum :
In quo natus est Franciscus mundi speculum .
Cet Oratoire a été l'étable du Bœuf et de l'Ane :

François le miroir du monde y est né.


Eglise Sainte-Claire , autrefois Eglise Saint-
Georges.
1 ° Saint-François y commença à étudier sous
la direction des prêtres chargés de la paroisse ;
plus tard il y fit sa première prédication. Après
sa mort, Saint-Georges fut son premier lieu de
repos. Ses saintes dépouilles y restèrent depuis
le 5 octobre 1226 jusqu'au 25 mai 1230. Cette
église ayant été donnée aux Filles de Sainte-
Claire, on la reconstruisit, et en 1260 , le Pape
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 149

Alexandre IV y fit transporter le corps de sainte


Claire, décédée ét inhumée à Saint-Damien .
2º A côté de l'autel se trouve une large grille
donnant dans une église intérieure, près du
cœur des religieuses. A travers cette grille, près
d'un autel, appelé autel des Reliques, on aper-
çoit le crucifix qui parla à saint François .
C'était dans lespremiersjours de saconversion ,
passantdevantlavieille église de Saint-Damien,il y
entra pour prier. Là, prosterné devant le crucifix,
il prononça trois fois ces paroles : « Grand Dieu,
plein de gloire, et Vous, mon Seigneur Jésus-Christ,
je vous prie de m'éclairer et de dissiper les ténèbres
de mon esprit. Donnez-moi une foi pure, une espé-
rance inébranlable, et une charité parfaite. Faites, ó
mon Dieu, que je vous connaisse si bien qu'en toutes
choses je n'agisse jamais que selon vos lumières et
conformément à votre très-sainte volonté. » Et les
yeux baignés de larmes, il regardait très-amou-
reusement le crucifix . Alors une voix en sortit et
lui dit distinctement et d'une manière sensible
150 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

par trois fois ces paroles : « François, va, répare


ma maison qui tombe en ruines, comme tu le vois. »
Il sortit de l'église, et trouvant le prêtre qui en
était le gardien, il dit en lui donnant de l'ar-
gent : « Je vous en prie, Maître, achetez de l'huile,
et entretenez une lampe devant le crucifix . »
Quand notre Saint eut travaillé à la restaura-
tion de l'église, il voulut que deux lampes brûlas-
sent continuellement devant le crucifix, se char-
geant lui-même de les entretenir. Or, un jour qu'il
quêtaitl'huilenécessaire, il entra dans unemaison
où des personnes de sa connaissance s'étaient
réunies pour jouer. Leur vue le frappa, et lui fit
éprouver un sentiment de honte. Il sortit aussi-
tôt; mais à peine fut-il dehors, que se repro-
chant sa faiblesse , il rentra, avoua sa faute et
demanda hardiment l'aumône en français, pour
l'entretien de ses deux lampes.
Le crucifix fut apporté à Saint-Georges, lorsque
les religieuses quittèrent Saint-Damien pour
prendre possession de leur nouveau monastère.
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 151

NOTA. -

Nous ne parlerons pas de la Basi-


lique qui s'élève sur le tombeau de saint Fran-
çois , il en a été suffisamment question dans les
premiers chapitres.
CHAPITRE XVII .

Monuments hors de la Cité .

Saint-Damien.

1º Ce sanctuaire est situé vers le sud hors de


la ville. Il y avait là une antique église avec une
petite maison qui appartenait auxBénédictins et
qui était desservie par un prêtre. Elle menaçait
ruine. Quand saint François y eut entendu la
voix sortie du crucifix, il se rendit à Foligno ,
emportant avec lui de l'étoffe, qu'il vendit, ainsi
que son cheval, et apporta le produit de cette
vente aux pieds du pauvre prêtre de Saint-Da-
mien pour la restauration de son église. De plus
154 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

il le supplia de lui permettre de rester avec lui.


Le prêtre voulut bien le recevoir, mais il refusa
son argent. Bernardon, apprenant la résolution
de son fils , vint à Saint-Damien pourle chercher.
François se blottit derrière une porte ; la muraille
s'enfonça, de sorte que la porte battant contre le
mur, il ne fut pas aperçu. Il demeura à Saint-
Damien pendant un mois, occupé à la méditation
de ce que la grâce lui inspirait depuis quelque
temps .
On voit encore aujourd'hui derrière une porte
du chœur un enfoncement qu'on dit être celui
dont nous venons de parler.
2º Pendant que saint François était dans son
cachot, son père s'absenta pour son commerce,
et sa mère le mit en liberté ; mais il se retira de
nouveau à Saint-Damien. Bernardon, à son re-
tour, ne le trouvant plus, adressa de sanglants
reproches à la mère et se rendit à Saint-Damien .
François , fortifié intérieurement et rempli d'un
courage surhumain, se présenta devant son père,
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 155

lui disant d'une voix assurée : « Je compte pour


rien vos coups et votre prison. C'est avec bonheur que
je souffre pour Jésus-Christ. » Lepère voyantqu'il
n'avait rien à espérer, réclama l'argent du che-
val et de l'étoffe. Au refus que le prêtre en avait
fait, François l'avait jeté sur une petite fenêtre.
L'argent y était encore , le père apercevant
la bourse, la prit et se retira un peu moins
irrité.

Cette fenêtre se voit encore aujourd'hui.


3º A quelque temps de là, poursuivi par la
voix du crucifix, François entreprit la restaura-
ration de l'église. Il lui fallut se procurer par la
quête tout ce qui était nécessaire. On le vit
alors, bravant les jugements des hommes, par-
courir la ville, disant avec simplicité : « Qui me
donnera une pierre aura une récompense, qui m'en
donnera deux, en aura deux, qui m'en donnera
trois, en aura trois. » Il travaillait lui-même
commé unmanœuvre, portant les matériaux sur
ses épaules, sans aucun ménagement pour son
156 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

corps déjà exténué par les rigueurs de la péni-


tence.

4º Enfin, on a conservé la grille par laquelle


sainte Claire et ses Religieuses virent le corps
du glorieux patriarche, quand il fut porté de
Sainte-Marie-des-Anges à l'église Saint-Georges,
dans la cité .

Sainte-Mariedes Prisons, (delle Carceri) .


On appelle ainsi un couvent situé au nord
d'Assise, à environ trois kilomètres. C'était un
désert où saint François aimait à se retirer avec
ses premiers compagnons. Il y avait construit
quelques cellules avec des branches d'arbre ac-
crochées au flanc d'un rocher. Plus tard on y
bâtit un petit couvent.
1 ° En entrant dans le cloître, on trouve un
puits où saint François fit jaillir l'eau pour se
désaltérer, lui et ses Frères ..
2º En descendant un escalier pratiqué dans
le rocher, on trouve un petit Oratoire où saint
François aimait à se retirer pour se livrer à la
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 157

prière. Dans cet Oratoire, on conserve la croix


qu'il portait toujours sur sa poitrine dans ses
voyages et dans ses prédications. Quelques au-
teurs ont écrit que cette croix, cédée au cardinal
Peretti , neveu de Sixte V, et placée sur un riche
autel, retourna d'elle-même dans ce modeste
Oratoire .

3º A côté est une autre caverne pratiquée


dans le roc vif; on y voit un endroit un peu
creusé qu'on appelle le lit de saint François,
où se conserve aussi une pièce de bois qui lui
servait d'oreiller. Saint Bernardin fit entourer
cet espace d'une barrière de bois , afin que les
visiteurs ne le foulassent pas aux pieds.
4° En sortant de cet antre on trouve une

pierre au milieu de laquelle est une ouverture.


La tradition veut que ce soit l'endroit où le Saint
précipita le démon venu pour l'interrompre dans
son oraison.

5º A peu de distance, se voit un arbre sur le-


quel, au signal du Saint, les oiseaux venaient se
158 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

reposer et chanter avec lui les louanges du Sei-


gneur.
6° Au pied du Couvent il existe un torrent où
se précipitaient les eaux des montagnes voi-
sines . Le bruit de leur chute troublait saint
François et ses Frères dans leurs oraisons, et
les eaux, en se répandant avec trop d'abon-
dance dans la plaine, nuisaient aux récoltes. A
la prière du Saint, les eaux, sans cesser d'affluer
au pied du Couvent, tombèrent sans bruit et
sans se répandre dans les terres. Le même fait
peut se constater encore aujourd'hui.
Rivo-Torto .

Au sud d'Assise, du côté droit de la route qui


va de Foligno à Pérouse, on aperçoit le sanc-
tuaire de Rivo-Torto, ainsi nommé d'un ruisseau
sur le bord duquel il est bâti. Du temps de saint
François, il n'y avait là qu'une petite chapelle
déserte, et une hutte pour habitation. Il s'y re-
tira d'abord seul, et l'habita ensuite avec ses
premiers compagnons pendant trois ans. La ca
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 159

bane était si étroite, qu'à peine pouvaient-ils


s'y asseoir : afin qu'ils pussent prier et se repo-
ser sans trop s'incommoder, il avait marqué
à chacun sa place, en écrivant leurs noms sur les
solives ; leur plus fréquent exercice était la
prière ; et comme ils n'avaient pas encore de
livre pour dire l'office divin, leur Père avait
planté une croix de bois au milieu de la ca-
bane. Rangés à l'entour, ils méditaient sans
cesse les mystères que la croix rappelle au cœur
du chrétien .

Là le Saint apparut à ses disciples sous une


forme merveilleuse. Un samedi, il était allé à
Assise pour y prêcher le lendemain, selon sa
coutume. Vers minuit, un char de feu d'une ad-
mirable splendeur, sur lequel il y avait un globe
brillant comme le soleil, entra par la porte de la
cabane où étaient les Frères, et en fit trois fois
le tour. Quelques-uns veillaient et priaient ; les
autres qui prenaient un peu de repos se réveil-
lèrent. On ne peut dire quelle fut leur admira
160 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

tion, quand ils se virent éclairés d'une lumière


telle qu'ils lisaient dans les consciences les uns
des autres .

A son retour, le Père s'entretint avec ses en-


fants du prodige qu'ils avaient vu, et prit de là
occasion de les affermir dans leur vocation.
Enfin , ce fut aussi à Rivo-Torto qu'il composa
la Règle qu'il voulait donner à ses Frères et
qu'il alla soumettre à l'approbation du Souve-
rain-Pontife .

Sainte-Marie-des-Anges, ou la Portiuncule.
Saint François, après avoir travaillé à l'église
de Saint-Damien, répara celle de Saint-Pierre,
située près des murs d'Assise. Mais celle à la-
quelle il se dévoua avec plus d'amour, c'est la
chapelle de Sainte-Marie-des-Anges .
1º Ce célèbre sanctuaire est situé au sud de
la ville d'Assise, à la distance de trois kilo-
mètres .

La tradition attribue son origine à quatre Er-


mites venus de la Palestine vers l'an 252. Ils éle-
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 161

vèrent un petit oratoire en l'honneur de la Bien-


heureuse Vierge Marie, et dédièrent l'autel à
son Assomption glorieuse, parce qu'ils y avaient
déposé des Reliques, c'est- à-dire des pierres
de son tombeau. C'est pourquoi la chapelle s'ap-
pela d'abord Saint-Marie-de-Josaphat. Plus tard
elle devint la propriété des religieux Bénédic-
tins du Mont-Subasio, avec quelques terres qui
l'avoisinaient. Ceux-ci en la restaurant lui don-
nèrent la forme d'une autre petite église bâtie
par saint Benoît dans les environs de Soubiaco
et appelée Portiuncule, nom qui fut aussi donné
à l'oratoire près d'Assise. Au XIIIe siècle elle
tombait en ruines, personne n'y entrait plus.
<< Et l'homme de Dieu, dit saint Bonaventure,
>> la voyant ainsi délaissée, commença, à cause
>> de sa grande dévotion à la Reine du monde,
>> à y demeurer assidûment pour la réparer. Il
>> savait que cette église, selon le nom même de
>> Sainte-Marie-des-Anges qu'elle avait reçu an-
>> ciennement, était favorisée de leurs fréquentes
162 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

>> visites : (Ils y avaient célébré sa naissance par


>>leurs concerts) : il en goûtait lui-même la
>> douceur ; il s'y fixa, retenu par sa vénération
>> pour ces esprits célestes, et par un tendre
>> amour poür la Mère de Jésus-Christ. Le saint
>> homme aima ces lieux plus que tous les lieux
>> du monde. Il y venait souvent et y passait de
>> longues heures en prière. C'est dans cette
>> église de la Vierge, Mère de Dieu, que gémis-
>> sant sans cesse aux pieds de celle qui conçut
>> le Verbe plein de grâce et de vérité, afin
» qu'elle daignât se faire son avocate, il conçut
>> lui-même, par les mérites dela Mère de misé-
>> ricorde, et enfanta l'esprit de pauvreté évan-
>> gélique. >>>
2º Après que l'église eut été réparée, on avait
chargé Pierre, le prêtre de saint Damien, d'aller
quelquefois y dire la sainte messe. Or, un jour
que saint François y assistait, il entendit lire
l'Evangile dans lequel Notre Seigneur, envoyant
-ses apôtres prêcher, leur recommande de ne por
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 163

ter ni or, ni argent, ni monnaie dans leur bourse,


ni sac, ni deux vêtements, ni souliers, ni bâton.
Ces paroles furent pour le Saint un trait de lu-
mière. C'est là ce que je cherche, s'écria-t-il, c'est
là ce que j'appelle de tout mon cœur. A partir de
ce moment, il se conforma à la leçon du Sau-
veur. Il quitta son bâton, jeta sa bourse, ôta ses
souliers, revêtit une tunique de couleur gris-
cendré, grossière et rude ; elle lui descendait
jusqu'aux pieds ; il y attacha un capuce qui lui
couvrait la tête et le visage. Il remplaça par une
corde la ceinture de cuir qu'il portait depuis
deux ans.

Peu après, il récevait ses premiers disciples,


s'établissait à Rivo-Torto ; mais quand sa Règle
eut été approuvée, il demanda Notre-Dame-des-
Anges aux Bénédictins de Subazio. L'ayant
obtenue, il y vint avec ses Frères. Wading ra-
conte d'une manière si touchante la prise de pos-
session de la Partiuncule que nous ne croyons
mieux faire que de rapporter son récit :
164 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

Saint François était venu le premier raconter


au prêtre vénérable chargé de la garde de cette
église, le don que lui en avaient fait les Bénédic-
tins. Avant l'arrivée des siens, il voulut se repo-
ser toute la nuit dans ce pieux sanctuaire, pour
recommander avec plus de paix et de liberté à
la sainte Vierge sa nouvelle famille qui allait
venir. Mais voilà qu'aux premières veilles de la
nuit une lumière brillante remplit la chapelle :
sur l'autel apparaît le Seigneur Jésus avec sa
Très-Sainte-Mère, entourés d'esprits célestes et
jetant sur François un regard doux et placide.
Leur aspect si bon encourage le Saint qui , après
avoir adoré très-humblement, demande avec
plus d'humilité encore : Seigneur très-saint, Roi
des cieux, rédempteur du monde, mon doux amour;
et vous, ó Reine des puissances d'en haut, quelle est
donc votre grande miséricorde envers ce petit sanc-
tuaire, qu'il vous plaise de descendre du haut des
cieux sur cet humble autel ? - Le motif qui m'amène

avec ma mère, lui répond aussitôt le Seigneur ,


GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 165

c'est pour flancer à vous et à vos frères ce lieu qui


nous est très-cher, et cette chapelle bien-aimée.
Et aussitôt s'évanouit la vision divine . Saint

François rempli tout à la fois de crainte et de


joie, s'écria : vraiment ce lieu est saint et digne
d'étre habité par des anges plutôt que par des hom-
mes . Je ne le quitterai jamais, s'il m'est possible ; il
sera pour moi et les miens le mémorial perpétuel de
la divine miséricorde . »

Et chaque année, en signe de gratitude, il en-


voyait au Mont-Subazio un petit panier de
muges, espèce de poisson qui se trouve en abon-
dance dans la rivière de Chiascio qui coule au-
près de Sainte-Marie-de-Anges . C'était l'offrande
de la pauvreté et le tribut de la reconnaissance .
3º C'est enfin à Sainte-Marie qu'il donna l'ha-
bit de pénitence à sainte Claire .
Elle avait entendu les instructions qu'il faisait
dans l'église Saint-Georges. Touchée par la
grâce , elle voulut recevoir de lui des conseils
particuliers. Accompagnée d'une personne sage,
166 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

discrète, sa parente, elle allait à Sainte-Marie-


des-Anges pour conférer avec l'homme de Dieu .
François répandait dans son âme le désir de la
vie religieuse et pauvre, et des joies ineffables
que l'âme goûte dans l'union intime avec son
Dieu .

Or, le Dimanche des Rameaux fut le jour choisi


du ciel pour séparer Claire de la vie contagieuse,
de peur que le miroir de son âme angélique ne
fut terni dans les sentiers poudreux du monde .
On la vit, ce jour-là, parée de ses plus riches
vêtements , se présenter à l'église. L'Evêque des-
cendit les degrés du Sanctuaire pour lui donner
la palme. La nuit suivante, elle partit de la mai-
son paternelle, et se rendit à Sainte-Marie-des-
Anges. Les Religieux qui célébraient les saintes
veilles la reçurent portant les cierges à la main.
Après le chant du Veni Creator Spiritus , François
lui adressa la parole, lui coupa les cheveux en
signe de renonciation aux vanités de la terre, et la
revêtit de l'habit de pénitence. Tout ce qu'elle
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 167

portait de précieux fut distribué aux pauvres :


et saint François la fit conduire aussitôt au mo-
nastère des Religieuses de Saint-Benoît, à Saint-
Paul d'Assise .

4º C'est à Sainte-Marie-des-Anges que saint


François reçut la célèbre Indulgence appelée
de la Portiuncule.

Conrad , Evêque d'Assise , raconte ainsi le fait :


>> Conrad, par la grâce de Dieu, Evêque d'As-
sise, à tous les fidèles de Jésus-Christ, qui ces
présentes lettres verront, salut dans le Sauveur
des hommes :
>> A cause de quelques propos des médisants
qui, poussés par la jalousie, ou peut être par
l'ignorance, s'obstinent à soulever des difficultés
contre l'Indulgence de Sainte-Marie-des-Anges
ou de la Portiuncule, près d'Assise, nous nous
trouvons forcé de faire connaître aux fidèles ,
par les présentes, quand et comment, pendant
sa vie, le B. François l'obtint du Pape Hono-
rius III, et comment, après cette concession,
168 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

cet illustre confesseur de Jésus-Christ l'annonça


publiquement devant plusieurs Evêques et en
présence d'une foule nombreuse.
>> Le B. François, après avoir réparé l'église
de Sainte-Marie-des-Anges , à cause de sa tendre
piété envers la Reine du ciel, y demeurait
plein d'une grande dévotion et dans une orai-
son continuelle. Pendant qu'une nuit, il priait
avec beaucoup de ferveur le Seigneur, il lui fut
révélé que Notre Seigneur Jésus-Christ et la
Vierge-Marie, sa Mère, étaient dans ladite église
avec une multitude d'Anges . Se levant aussitôt,
il y entra rempli de dévotion, de respect et de
joie spirituelle. Et apercevant le Seigneur Jésus
au milieu d'une multitude d'Anges , il se pros-
terna devant lui et devant la glorieuse Vierge.
Alors le Seigneur dit auB. François : « François ,
demandez ce que vous voudrez pour le salut des
âmes , car vous avez été donné au monde pour
être la lumière des peuples, et relever l'Eglise
de la terre. « Mais François demeurait prosterné
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 169

devant lui, comme ravi en esprit. Revenu enfin


à-lui-même , il répondit: « Notre Père Très-Saint,
je vous supplie, misérable pécheur que je suis,
de daigner faire cette grâce aux hommes , que
vous accordiez à tous ceux qui viendront en ce
lieu et visiteront cette église, pardon et indul-
gence de tous leurs péchés, après s'en être con-
fessés à un prêtre et avoir reçu l'imposition
d'une pénitence.
>> Je supplie la Bienheureuse Vierge, votre
Mère, l'avocate du genre humain, de daigner me
prêter son appui et d'intercéder auprès de votre
très-clémente et très-miséricordieuse Majesté. »
>> Aussitôt, la Reine des cieux elle-même ,
s'inclinant humblement à la prière du B. Fran-
çois, commença à supplier son Fils, en disant :
<<< Dieu tout - puissant et très-grand, je supplie
votre Divinité et je la conjure humblement de
daigner prêter l'oreille aux prières de Frère Fran-
çois, votre serviteur. >>>
>> Et la divine Majesté répondit aussitôt : « Ce
8
170 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

que vous avez demandé est grand, Frère Fran-


çois, mais vous êtes digne de plus grandes fa-
veurs encore , et vous les recevrez . J'accueille
votre demande et votre prière. Toutefois, vous
irez trouver le Souverain Pontife, qui est à Pé-
rouse, (savoir Honorius III,) et vous lui deman-
derez de ma part la susdite indulgence . >>>
>> Le B. François, se levant de grand matin,
appela Frère Masseo de Marignan, et se présen-
tant avec lui devant le Pape, il dit : Saint Père,
il y a peu de temps que j'ai réparé une église en
l'honneur de la Vierge Mère de J.-C. Je supplie
votre Sainteté d'y attacher une indulgence, sans
oblations, au jour anniversaire de la consécra-
tion . Le Pape répondit que cela ne pouvait se
faire convenablement, parce que celui qui vou-
lait gagner une indulgence, devait prêter une
main secourable pour la mériter ; <<<mais indiquez-
moi , ajouta-t-il, combien d'années d'indulgence
vous voulez que j'attache à ce lieu ; » et il parla
d'une année : puis il dit : « Voulez-vous une in-
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 171

dulgence de trois ans?>>>Saint François répondit :


« Qu'est-ce que cela ? -

Voulez-vous que je l'ac-


corde de six ans ? >> et ils vinrent jusqu'à sept. Et
le bienheureux François n'était point content
encore, et il répondait : « Qu'est-ce que cela, Sei-
gneur ? » Le Pape reprit alors : que voulez-vous
donc que je fasse pour vous ? » Et Saint François
lui dit : << Saint Père, qu'il plaise à votre Sain-
teté d'accorder non pas des années, mais des
âmes . - Mais comment voulez-vous des âmes ?

- Je veux, s'il plaît à votre Sainteté, qu'à cause


des grâces que Dieu a répandues en ce lieu, qui-
conque viendra à cette église, contrit, confessé,
et, comme il convient, absous par un prêtre, re-
çoive également la rémission de toutes peines et
fautes, au ciel et sur la terre, depuis le jour de
son baptême jusqu'au jour et à l'heure de son
entrée dans cette église, en sorte qu'il n'ait plus
rien à en souffrir . >>>

» Le Seigneur Pape répondit : « C'est une


grande chose que vous demandez , François, car
172 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

il n'est point dans l'usage de la Cour Romaine


d'accorder une telle indulgence.- Ce que je de-
mande, dit le bienheureux François, ce n'est
point en mon nom que je le demande, mais
au nom et de la part de J.-C. qui m'a en-
voyé. - Et moi, je l'accorde , ajouta le Pape,
répétant trois fois : il me plaît que vous
l'ayez, il me plaît que vous l'ayez, il me plaît
que vous l'ayez : qu'il en soit ainsi au nom du
Seigneur. » Dès que les cardinaux présents l'eu-
rent entendu ils prièrent le Pape de la révoquer,
comme préjudiciable à la Terre Sainte. Le Pape
répondit:- Je ne la révoquerai pointaprès l'avoir
promise. Mais voyez, Seigneur, répliquèrent-
ils, que si vous accordez à François une telle
indulgence, vous détruisez celle d'Outre-Mer.
L'indulgence des Saints Apôtres Pierre et Paul
sera réduite à rien et comptée pour rien.
Nous la lui avons donnée et accordée. Nous ne
pouvons détruire ce qui a été fait, et il ne serait
pas même bon de nous y prêter.- Restreignez-
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 173

la du moins autant que vous le pourrez. - Oui,


modifions-la, répondit le Pape, de telle sorte
qu'elle ne s'applique qu'à un jour naturel. -

Alors, il appela Saint François et lui dit :


Nous vous accordons dès ce moment, que qui-
conque entrera dans ladite église, bien confessé
et contrit, soit absous de peine et de coulpe,
et nous faisons cette concession à perpétuité,
mais seulement pour un jour de chaque année,
c'est-à-dire , à partir des premières vêpres et y
compris la nuit, jusqu'aux vêpres du jour sui-
vant. >>

>> Le B. Erançois, après avoir baissé la tête,


sortit du palais. Le Pape le voyant s'éloigner :
<< Homme simple, dit-il, comment donc vous en
allez-vous ? Quel témoignage emportez vous de
l'indulgence que vous venez d'obtenir ? >>>
>> Votre seule parole me suffit, répondit le B.
François . Si c'est l'œuvre de Dieu, il saura la
manifester lui-même. Je n'en veux point d'autre
acte authentique : mais seulement que J.-C. en
174 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

soit le notaire, la bienheureuse Vierge Marie le


titre , et les anges les témoins . »
>> Cette indulgence accordée, le B. François
quitta le Pape et sortit de Pérouse. Retournant à
Assise , il se reposa un moment avec son com-
pagnon au milieu de la route, en un lieu appelé
Colle, près d'une hospice de Lépreux, et s'y
endormit ; mais à son réveil, il entendit une voix
lui dire : << François, sachez que l'indulgence
qui vient de vous être accordée sur la terre a
été ratifiée dans le ciel. » Après sa prière, il ap-
pela son compagnon et lui dit : « Frère Masseo ,
je vous dis de la part de Dieu que l'indulgence
qui m'a été accordée par le Pape est confirmée
au ciel . ».

>> Et cependant, François n'avait point encore


de jour déterminé.
» Or, au mois de janvier, le B. François était
dans sa cellule, située dans un jardin, derrière
l'église de Sainte-Marie-des-Anges, et il s'appli-
quait à l'oraison ; voilà que Satan vint au milieu
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 175

de lanuitet lui dit : <<< François, pourquoi veux-tu


mourir avant le temps ? Ignores-tu donc que le
sommeil est le principal soutien du corps ? Pour-
quoi donc veiller pour de telles choses ? Ne t'ai-
je pas dit autrefois, dans l'église des Quatre-Cha-
pelles, du comté de Todi, que tu es jeune, que
tu pourras long-temps encore faire pénitence de
tes péchés? Pourquoi donc te consumer et te
faire mourir dans les veilles et les prières ? >>>
» Alors le B. François sortit de sa cellule,
se dépouilla de ses vêtements, et entra dans la
forêt à travers une haie épaisse, s'ouvrant un
passage au milieu des ronces et des épines.
>> Il vaut mieux pour moi, dit-il, partager la
passion du Seigneur que de me laisser séduire
par la flatterie et les carresses de l'ennemi. »
Et pendant qu'il était dans la forêt, tout en-
sanglanté, voilà qu'une grande lumière l'envi-
ronne ; des roses rouges et blanches, d'une ra-
vissante beauté, apparaissent en abondance
autour de lui , et en même temps, avec la lu-
176 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

mière elle-même, une multitude d'Anges au-de-


dans de l'église et auprès. Et les Anges dirent à
saint François : <<<Venez promptement au Sau-
veur et à sa Mère présents dans l'église. >>> Se trou-
vant tout-à-coup revêtu d'une robe blanche, il se
leva , et , après avoir cueilli douze roses, six
blanches et sixrouges, il vint à l'Église. Lechemin
lui paraissait couvert comme de manteaux et de
vêtements de soie étendus sous ses pas. Etant
entré avec respect, il déposa les fleurs sur l'au-
tel ; et alors il vit Notre Seigneur Jésus-Christ
et sa Mère avec une multitude d'Anges. Notre
Seigneur Jésus-Christ parla au bienheureux
François et lui dit : « François , pourquoi ne
donnez-vous pas à ma Mère le tribut que vous
lui devez ?

<< Alors le B. François comprenant qu'il s'a-


gissait des âmes à sauver par l'indulgence de la-
dite église, lui répondit : <<< Notre Père très-saint,
qui avez créé et qui gouvernez le ciel et la terre,
daignez déterminer le jour auquel je puisse
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 177

payer mon tribut , avec l'assistance de votre


bienheureuseMère, l'avocate du genrehumain. »
Et alors le Seigneur régla que tous ceux qui
viendraient depuis les vêpres du 1er jour d'août
jusqu'aux vêpres du jour suivant, contrits et
confessés de tous les péchés dont ils se souvien-
draient, obtiendraient la rémission de tous pé-
chés commis par eux depuis le jour de leur bap-
tême jusqu'au jour et à l'heure de leur entrée en
cette église . Etalors le B. François dit: » Notre Père
très-saint , comment se fera-t-il que les hommes
le sachent et le croient ?- Cela se fera par ma
grâce, répondit le Seigneur. Vous irez toutefois
trouver mon Vicaire à Rome, pour qu'il publie
cebienfait, selon ce qu'il croira le plus utile.-Et
comment me croira votre Vicaire, dit le B. Fran-
çois ? Il n'ajoutera peut-être pas foi aux paroles
d'un pécheur comme moi.
>> Et le Seigneur tout-puissant dit lui-même à
saint François : >> Prenez avec vous deux témoins
parmi vos Frères qui ont entendu ces choses, et
178 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

portez, en tel nombre qu'il vous paraîtra conve-


nable, des roses rouges et blanches que vous
avez cueillies dans la forêt, témoin de l'affliction
et de la pénitence de votre corps. « Or, avaient
entendu ces choses les Frères Pierre de Catane,
Ruffin de Scipe, Bernard de Quintavalle, Masseo
de Marignan et autres compagnons qui se te-
naient en leurs cellules, hors de l'église, dans le
même jardin. Et le Bienheureux François prit
des roses qu'il avait déposées sur l'autel, trois
rouges et trois blanches, en l'honneur de la
Très-Sainte et indivisible Trinité. Il le fit en pré-
sence du Seigneur lui-même et de sa Mère , et
enfin les Anges entonnèrent et chantèrent d'une
voix solennelle : Te Deum laudamus .

» Après cela, le B. François reprit le matin


sa tunique, et s'approchant de trois de ses com-
pagnons , il leur dit : « Préparez-vous à venir avec
:
moi à Rome, et il leur imposa silence sur tout ce
qu'ils avaient entendu. C'étaient Frère Pierre
1 de Catane , Frère Bernard de Quintavalle et
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 179

Frère Ange de Rieti. Et ils partirent pour


Rome.

» Étant arrivés , ils se rendirent à l'église


de Saint-Jean-de-Latran, et ils y trouvèrent le
Pape Honorius, successeur d'Innocent, Vicaire
de Jésus-Christ. Le B. François l'aborda avec
ses Frères, et lui exposa tout ce que nous avons.
dit : et les trois Frères en rendirent témoignage;
et, à leur manière aussi, les six roses rouges et
blanches. <<<C'est une grandemerveille, ditlePape
lui-même, et l'œuvre de Dieu plutôt que celle
des hommes . Nous reconnaissons la vérité de ce

témoignage; toutefois , ajouta-t-il , nous en par-


lerons à nos Frères réunis, nous recueillerons
en secret leur réponse, et nous délibérerons sur
ce qu'il y aura à faire . » Et il recommanda au
B. François de venir le trouver le lendemain de
grand matin. François revint, en effet, dès le
matin, et dit : « Digne Vicaire de Jésus-Christ, ac-
complissez, au sujet de l'indulgence , la volonté
du Roi du Ciel et de sa Mère dont l'église des
180 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

Anges ou de la Portiuncule porte le nom. » Et le


Pape répondit : <<< Frère François, répétez et con-
firmez devant tous mes Frères quelle est la vo-
lonté du Roi du Ciel et de sa Mère, quoique
vous me l'ayez déjà dite, vous et vos Frères . >>>
>> Sa volonté, répondit le B. François, est que,
depuis les vêpres du 1er jour d'août jusqu'aux
vêpres du jour suivant, quiconque entrera dans
l'église de Notre-Dame-des-Anges ou de la Por-
tiuncule , au diocèse d'Assise , reçoive la ré-
mission de tous ses péchés depuis le jour de
son baptême, qu'il s'en souvienne ou qu'il ne
s'en souvienne plus, après les avoir préalable-
ment confessés à un prêtre dont il aura reçu la
pénitence, puis l'absolution avec un cœur con-
trit et humilié. >>>

>> Et le Pape répondit : <<<Frère François, c'est


une grande chose que vous demandez. Mais
Notre Seigneur Jésus-Christ, le Roi du Ciel, aux
instances de la Bienheureuse Marie, toujours
Vierge, sa Mère, ayant exaucé votre prière, nous
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 181

écrirons aux évêques d'Assise, de Pérouse, de


Todi , de Spolète, de Foligno, de Nocera et de
Gubbio, de se rendre à Sainte-Marie-des-Anges,
et d'annoncer à tous ceux qui y viendront l'in-
dulgence qui vous plaira.>>>
» Le B. François et ses compagnons ayant
reçu les lettres du Souverain Pontife, se rendi-
rent vers lesdits évêques, auxquels ils les firent
remettre . Et le B. François fit en sorte lui-même
que tous se trouvassent réunis à l'église de
Sainte-Marie-des-Anges, le premier jour des ca-
lendes d'août. On dressa une tribune en bois
sur laquelle ils montèrent avec le B. François.
Et comme une grande foule de peuple se pres-
sait à l'entour, vers l'heure de tierce, le B. Fran-
çois dit au milieu des évêques : « Qui d'entre vous
veut prendre la parole prêcher et annoncer
le Pardon ? » Ils s'accordèrent à répondre :
>>>D'après la teneurdeslettres duPape, nousn'a-
vons, Frère François, qu'à suivre votrevolonté.>>>
Quoiqueje n'en sois pas digne, répliquaFrançois,
182 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

je parlerai à ce peuple ; je prêcherai et annon-


cerai l'indulgence accordée par le Roi du Ciel, à
la prière de sa Mère. Et vous, au nom du Souve-
rain Pontife, son Vicaire, vous prêterez l'auto-
rité de votre parole, et vous annoncerez cette
grâce avec moi.
» Et le B. François se leva, et il prêcha avec
tant de douceur, d'onction et de fruit , qu'il
semblait plutôt un Ange du Ciel qu'un homme
de la terre .

>> Le sermon achevé, il annonça l'Indulgence,


disant que tous ceux qui viendraient à cette
église de Sainte-Marie-des-Anges et la visite-
raient depuis les vêpres de ce même jour des
calendes d'août jusqu'aux vêpres du jour sui-
vant, tant la nuit que le jour, comprenant la
nuit avec le jour, obtiendraient la rémission de
leurs péchés, après s'en être confessés, depuis
leur baptême jusqu'auditjour, et que cette grâce
se renouvellerait chaque année, à perpétuité ,
pour tous les péchés qu'ils auraient confessés à
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS. 183

un prêtre et dont pénitence leur aurait été im-


posée, pour ceux dont ils se souviendraient
comme pour ceux dont ils ne se souviendraient
plus.
>> A ces paroles, les évêques présents, in-
dignés et scandalisés, dirent à François : <<< Quoi-
que le Pape nous ait ordonné de suivre à cet
égard votre volonté, il n'a pu être dans sa pen-
sée que ce fût même en ce qui ne convient pas.
Aussi, nous n'annoncerons qu'une indulgence
de dix ans . » L'évêque d'Assiseseleva le premier
pour annoncer cette indulgence ; mais il répéta
ce qu'avait dit François, et il lui fut impossible
de dire autre chose : ainsi arriva-t-il à chacun
des autres . »

Conrad cite ici en témoignage de la promul-


gation de cette grande indulgence le nom de
plusieurs Seigneurs du pays, et de plusieurs
frères, disciples de saint François, présents à
cette cérémonie , hommes d'une vie et d'une
sainteté éprouvées, dit-il. Mais il n'indique que
184 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

leurprésence, et ne rapporte en particulier que


la déclaration expresse de Pierre Zalfano. Il
achève enfin en ces termes :
<<
« Nous avons donné ces détails sur l'indul-
gence de la Portiuncule, à cause des ignorants,
pour qu'ils ne s'excusent plus sur leur igno-
rance et cessent d'être négligents à l'égard d'une
grâce si précieuse ; qu'ils se hâtent, au con-
traire, de la solliciter et de l'obtenir. Nous l'a-
vons fait surtout à cause des envieux et des su-
perbes qui, en tous lieux, s'efforcent de dé-
truire, d'anéantir, de condamner ce que recon-
naissent et approuvent toute l'Italie, l'Espagne,
la France, l'Allemagne, les provinces d'en-deçà
et d'au-delà des monts, ce que Dieu lui-même,
par respect pour sa très-sainte Mère de qui l'on
sait venir cette indulgence, exalte, propage et
glorifie presque chaque année par des miracles
aussi nombreux que manifestes. Comment infir-
meraient-ils par leurs persuasions empoison-
nées ce qui , à la face de toute la Cour Romaine,
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 185

a conservé, depuis si longtemps, force et auto-


torité ? Car, le Pape Boniface VIII, même en
notre temps, a envoyé solennellement ses délé-
gués pour prêcher en son nom cette Indulgence
le jour même auquel elle est attachée.
>>De plus, quelques cardinaux venus en per-
sonne dans l'espérance de la gagner, l'ont ap-
prouvée comme vraie et certaine par leur pré-
sence même.

>> En foi et témoignage de quoi nous avons


fait apposer notre sceau aux présentes.
» Donné a Assise, l'an du Seigneur 1335. >>>
5° Nous ne quitterons pas cette sainte cha-
pelle, sans donner ses dimensions : elle est bâtie
en pierres de tailles grises et brutes : elle a
5mètres 70 centimètres de large et 12 mètres
33 centimètres de long. Au-dessus du fronton
antérieur est une petite tour haute de 2 mètres
70 centimètres . Les murs latéraux ont 5 mètres

70 centimètres de haut. La voûte est à peu près


ovale ; à l'intérieur, la muraille dégradée, tant
186 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

par la vétusté que par le pieux attouchement


des fidèles, est ornée de dons en argent et d'au-
tres témoignages de dévotion .
L'autel est séparé par une grille de fer,
faite avec art : du côté de l'Evangile, le mur est
percé d'une fenêtre. La porte antérieure, par la-
quelle on entre pour gagner l'indulgence, a neuf
pieds de large; celle par laquelle on sort, est du
côté de l'Epitre et n'en a que huit. Il y a, par
derrière, une autre porte plus petite, par la-
quelle entre avec ses ministres et assistants, le
prêtre qui vient célébrer solennellement la
messe .

La peinture inférieure de l'autel représente


l'Annonciation de l'Archange Gabriel à la Mère
de Dieu. On dit qu'elle était dans cette chapelle
dès le temps de S. François. Aujourd'hui, une
lame d'argent la recouvre tout entière, à l'ex-
ception des figures de la Sainte Vierge et de
l'Archange.
Ce modeste sanctuaire est compris aujour
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 187

d'hui dans l'enceinte d'une grande et magnifi-


que église bâtie sous le pontificat de S. Pie V..
Cellule de S. François . Entre la sainte chapelle
et le maître-autel de la grande église, au côté
gauche, se trouve une petite chapelle . C'était la
cellule que S. François habitait lorsqu'il venait
à Sainte-Marie-des-Anges. C'était là qu'il était
en prière lorsqu'il fut appelé à la petite chapelle
lors de la première apparition de notre Seigneur
et de la très-sainte Vierge .
C'est là enfin qu'il mourut le 4 octobre 1226.
On y voit une inscription qui porterait à croire
que le cœuret les entrailles du Saint y auraient été
placés. Les Bollandistes ont réfuté cette opinion
d'une façon péremptoire, et l'on doit prendre au
figuré les paroles de l'inscription.
Sacristie. On y voit deux portraits de S. Fran-
çois : l'un, comme nous l'avons vu, peint sur la
planche qui servait de lit au Saint, dans les der-
niers jours de sa vie ; l'autre est l'ouvrage de
Giunta de Pise, ami du séraphique patriarche.
188 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

Si l'on en croit la tradition, il l'aurait peint l'an-


née qui suivit la translation du corps à la basili-
que qui lui sert de tombeau .
Chapelle des Roses. On appelle ainsi un petit
Oratoire qui se trouve en dehors de la grande
église, mais toujours à l'intérieur du couvent des
religieux. S. François l'avait bâti lui-même au
milieu de buissons épais. Il aimait à s'y retirer
afin de se livrer à son aise à la contemplation
des choses célestes. Il y était en prière quand
il fut assailli d'une tentation dont il triom-

pha en se jetant au milieu des ronces et des


épines. Ces ronces, comme on l'a vu dans
le récit de Conrad, se changèrent en rosiers
très-beaux et sans épines. On les voit encore
aujourd'hui . Ils se reproduisent sans épines :
les feuilles sont encore maintenant comme

tachées de sang. Si cependant on les trans-


planté ailleurs, les épines qu'ils n'ont pas à la
Portiuncule renaissent et les taches de sang
disparaissent.
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 189

L'Oratoire a été restauré par S. Bonaventure


et agrandi par S. Bernardin de Sienne.
D'autres souvenirs se rattachent encore à

Notre-Dame-des-Anges, mais comme ils appar-


tiennent autant à l'ordre des Frères-Mineurs

qu'à S. François, nous les passons sous silence.


Hospice des Lépreux. Entre Sainte-Marie-des-
Anges et Assise, se trouve un hospice apparte-
nant aux PP. Augustiniens de Pérouse. Sur le
mur se voit une peinture représentant S. Fran-
çois bénissant sa ville natale .
<< C'était peu de jours avant sa mort : étant
malade chez l'Evêque d'Assise, il désira être
transporté dans sa chère petite cellule de la
Portiuncule. Quand on fut dans la plaine, il de-
manda si l'on était vis-à-vis l'hospice où , dans
les commencements de sa conversion, il aimait
à visiter et à soigner les lépreux. Sur la réponse
affirmative : Tournez-moi, dit-il, du côté de la ville.
Il était étendu sur un brancard porté par des
Frères ; se soulevant et appuyant son bras gau
190 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

che sur l'un d'eux, il leva son bras droit, éten-


dit la main vers la ville, et, les yeux au ciel, il
prononça ces paroles solennelles :
» Sois bénie du Seigneur, ville fidèleà Dieu, parce-
que beaucoup d'âmes seront sauvées en toi et par toi.
Les serviteurs du Très-Haut habiteront en grand
nombre dans ton enceinte, et beaucoup de tes citoyens
seront choisis pour la vie éternelle. »

Le Mont Alverne .

Cette montagne fut offerte à S. François par


le comte Orlando de Chiusi. Quelques Frères y
étaient déjà quand S. François vint la visiter.
Il y chercha aussitôt les endroits les plus soli-
taires et les plus secrets pour s'y cacher et s'y
livrer à l'oraison .
1º Cellule de S. François .

A la prière du Saint, le comte Orlando lui fit


construire une petite cellule sous un des plus
grands hêtres de la forêt. Depuis, on l'a trans-
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 191

formée en chapelle ; sur le fronton de la porte


on lit : L'an du Seigneur1224, le B. François a sou-
vent mangé sous cet arbre, le cœur pénétré de re-
connaissance et rempli de la joie de l'esprit. Et vers
la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, un Sera-
phin lui apparut sur le côté de cette montagne où est
maintenant la cellule du crucifix : et depuis lors
les stigmates de N. S. Jésus-Christ furent imprimés
dans son corps.
Dans un endroit caché de l'Oratoire, on garde
avec soin une pierre carrée environnée d'une
grille de fer. Elle servait souvent de table au
Saint. Or un jour, comme F. Léon allait la cou-
vrir d'une petite nappe selon sa coutume, le
B. Père l'en empêcha en disant : « Ne la couvrez
pas, cher Frère; mais lavez-la d'abord avec de l'cau,
ensuite avec du vin, puis avec du lait et enfin avec du
baume : Car le Seigneur Jésus a daigné s'y asseoir
el là me révéler ce que je veux vous confer. »
Et il lui rapporta les quatre priviléges dont le
Seigneur l'avait gratifié lui et son Ordre : mais il
192 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

ne voulut pas lui révéler le cinquième. On a


gravé sur la pierre cette inscription : Table de
saint François, sur laquelle il cut de merveilleuses
apparitions . Il l'a sanctifiée en versant l'huile dessus
et disant : Ici est l'autel de Dieu. Onlatient cachée
parce que les Pèlerins l'auraient brisée pour en
avoir des parcelles .
20 Oratoire de la Croix .

C'est la seconde cellule du B. Père; elle a été


faite pour lui par les Frères Léon, Ange et Massé,
avec des branches d'arbres, de la terre et des
feuilles. Il l'aimait plus que les autres et s'y re-
tirait pendant le carême des Anges ou de saint
Michel. Ses compagnons n'avaient pas la permis-
sion de venir lui parler. F. Léon seul lui portait
du pain et de l'eau, et allait réciter Matines avec
lui . Souvent le Frère trouvait le Saint ravi en

extase, et quelques fois il le voyait élevé en l'air


au-dessus des plus hauts arbres .
Un faucon avait son nid près de cette cellule,
et allait vers le Saint avec la familiarité d'un ami.
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 193

>> Il lui servait la nuict de réveille-matin, chan-


>> tant ès heures ordinaires que le saint Père
>> voulait prier, ce qui lui agréait fort : car le
>> soing qu'avait le faucon le désennuyait ; et ce
>> d'autant plus que par instinct divin, lors qu'il
>> estait malade, le faucon, comme s'il eut eu
>> discrétion, tardait une, deux heures ou plus,
>> selon le besoin qu'avait le Saint de reposer ;
>> les autres fois après l'aube tout douce-
>>> ment. » (Chron .)

L'année 1264, la cellule fut transformée en


chapelle , ainsi que l'annonce l'inscription placée
à l'intérieur ; elle rappelle le fait de l'impression
des stigmates .
5º Lieu où saint François reçut les stigmates .

Il s'était construit lui-même, sous un hêtre ,


une petite cellule à côté de la précédente. Et ce
fut là qu'eut lieu cette faveur sublime qui est
le point culminant de la vie du Séraphique
pauvre d'Assise .
9
194 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

Le jeudi matin , 13 septembre, veille de


l'Exaltation de la Croix, apparut à saint François
son Ange Gardien. Il s'arrêta à la porte de sa
cellule, le salua et lui dit : François, Dieu m'a en-
voyé vers toi pour te dire de sa part que tu aies à te
préparer par la patience à ce que Sa Majesté veut
opérer en toi. (1)
Le saint Père, les genoux en terre et humble-
ment incliné répondit : Déjà sa Majesté sait que je
suis toujours prêt à tout ce qu'elle juge utile de
faire de moi pour son service ; que sa très-sainte vo-
lonté soit faite en tout .
Après le départ de l'Ange, il fut saisi d'une
crainte pleine de révérence, accompagnée d'un
mélange de tristesse et de joie , si bien que, pen-
dant plus d'une heure, son cœur se fondit en
larmes sans pouvoir en aucune manière les rete-
nir. Il pleurait et répétait souvent : Sois loué,
mon Seigneur ! sois loué, mon bon Seigneur !

(1) Voir le chapitre : SANG DE SAINT FRANÇOIS, page 37.


GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 195

Survint frère Léon, qui le trouvant comme


hors de sens et pleurant, lui en demanda la
cause , se mitaussi lui-même à pleurer et s'as-
sit à côté de son Père .

Et François ne put lui dire autre chose que


ces paroles ; Aie soin de moi, frère Léon, aie soin
de moi, mon fils et Père de mon ame ; aie soin de
moi, te dis-je, et malgré ma défense de venir vers
moi , approche, viens ici, frère Léon, aie soin de ton
Père, mon fils, ne l'abandonne pas .
Puis après la récitation des heures, le Saint se
confessa et communia à la messe que son con-
fesseur lui dit à l'autel qui était dans cette même
cellule . Et aussitôt il fut ravi en une extase

telle, qu'il resta tout le jour sans revenir à lui.


Frère Léon le regardait avec une indicible ten-
dresse , soupirait, pleurait et sanglottait de telle
façon qu'il fut entendu des frères qui étaient
dans les cellules voisines .

Le lendemain à l'aube du jour de la fête de


l'Exaltation de la Sainte-Croix, comme François ,
196 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

tout enflammé de l'amour divin, priait dans le


même oratoire (1 ) descendit du Ciel , avec une
majesté ineffable, le Roi de Gloire sous la forme
d'un Séraphin ailé. Une si grande clarté l'entou-
rait que non-seulement le Mont, mais toute la
vallée de Casentino fut illuminée .

Au milieu de cette splendeur paraissait le


Tout-Puissant Roi du Ciel sur une Croix non de
bois , mais d'une certaine matière brillante et
couleur de saphir.
D'un vol léger, il descendit, s'arrêta sur le
rocher contigu à la chapelle des stigmates et
commença à parler à son fidèle serviteur, l'en-
courageant à se lever; car à la première vue de
cet étonnant spectacle, celui-ci était tombé la
face contre terre .

( 1 ) Cet oratoire était sous le hêtre et au milieu se trouvait


une pierre du rocher , longue et large de sept brasses ; aujour-
d'hui cette pierre , quoique déchaussée par dessous , sert de pavé
à la chapelle des stigmates .
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 197

François, fortifié par la Croix, se leva, et le


Séraphin descendant à terre lui imprima les
stigmates en cinq différentes fois ; mais arrivé à
la place du côté , il embrassa le Saint, de son
aile entoura son corps et l'attirant à lui, il grava
sa sainte plaie au côté de son bien-aimé .
Chaque fois qu'il recevait l'impression d'une
plaie, François tombait à terre et poussait un
grand cri arraché par l'extrême douleur qu'il
sentait .

Frère Léon voyait et entendait tout ce qui se


passait. Il savait donc tout, excepté pourtant que
le Saint eût reçu des plaies en cette manière, bien
qu'il le soupçonnât, l'ayant entendu jeter ce
grand cri : Ah ! Seigneur, vous me tuez ! lorsqu'il
eut le côté et le cœur percés .
Cependant il n'osa pas, Dieu le permettant
ainsi , aller trouver le Saint jusqu'à l'heure de
None (heure où l'on dit None au Chœur selon le
rite et l'usage de la sainte église) .
Le matin, il y alla, mais Dieu voulut qu'il ne
198 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

le vit point à la place où il était étendu ; il ap-


pela ; ne recevant point de réponse, il pensa que
ce n'était point la volonté du saint Père de lui
parler, et il se retira.
Mais comme c'était fête, et qu'il fallait dire la
messe au Saint, il retourna vers lui et l'entendant
se plaindre, le voyant, étendu à terre, la poitrine
les manches et les bords de son habit tout ta-

chés de sang : Hélas ! dit-il, mon cher François,


que t'est-il arrivé ? mon Père, et quel est ce sang ?
Le Saint ouvrit les yeux et lui fit signe de ne
point crier, mais de se tenir tranquille. Frère
Léon alors le leva de terre, le mena à la cellule
et l'étendit sur une natte.

Reprenant haleine et force, le Saint com-


mença à parler et à bénir le Dieu Tout-Puissant
avec des soupirs et de profonds gémissements.
Son compagnon, le voyant couvert de sang,
lui enleva l'habit et le lava secrètement; après
quoi il dit la sainte messe dans l'Oratoire et
communia le saint Père .
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 199

Et quoique toutes ces choses se fussent pas-


sées ainsi, le Saint ne voulut ce jour-là rien dire,
ni montrer ses plaies à son compagnon, mais
les cachant avec beaucoup de soin, il fit en sorte
qu'elles ne fussent pas vues. (Salvat. Vitale :
MONTE SERAFICO DELLA VERNA.)
Les Frères , afin de soustraire à la profanation
le lieu témoin d'un si grand prodige, l'environ-
nèrent d'une grande grille de fer, et plus tard,
l'airain fut substitué au fer. Cette cellule se
trouve aujourd'hui comprise dans l'église de la
Croix, et cinq lampes y brûlentperpétuellement.
( Wad. ad an 1213.)
4º Le Précipice .
<< Le Diable ne pouvant souffrir la haute per-
>> fection du Saint, et voyant le grand fruict qu'il
>> faisait et pourrait faire, délibéra de le tuer ;
>> par ce le Sainct étant un matin au sommet du
>> mont, duquel pendait un profond précipice ,
>> priant là Dieu de tout son cœur, il le poussa
>> pour le faire tresbucher dans ledit précipice,
200 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

>> même si brusquement qu'il le jeta assez loing,


>> sur une grosse pierre de la montagne : et
>> comme le diable n'a autre pouvoir sur nous,
>> que celui que Dieu lui permet, il ne lui put
>> nuire aucunement : car, le Sainct invoquant
>> l'aide de la divine majesté, le roc sur lequel
>> il le jeta, le reçut dedans soi, comme s'il eut
>> été un morceau de cire fort tendre ou de terre
>> molle, tellement qu'outre l'espace de son
>> corps qui s'enferma dans le caillou, il y de-
>> meura le creux et moule qu'il y fit, comme
>> aussi le charactère (empreinte) des mains et
>> des doigts, lorsqu'il s'y appuya, lequel cha-
>> ractère se voit encore maintenant, au grand
» étonnement d'un chacun : car le tout se dis-

>> cerne manifestement ; tellement que le diable


>> demeura confus et enragé, et le serviteur de
>> Dieu fut miraculeusement conservé de cette
>> vertu immense, laquelle est toujours présente
>> à ses serviteurs pour les secourir quand il en
>> est besoin . » - (Chron . liv. 11, chap. xxxvII . )
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 201

50 Oratoire de saint Antoine , abbé.


Sous ce titre saint François avait érigé un
petit oratoire. A côté est ce qu'on appelle le petit
lit de saint François. C'était une pierre usée par
les genoux du Saint, et sur laquelle il reposait
ses membres fatigués. Pierre des Ursins , y
ayant recouvré l'usage de ses membres paraly-
sés, remplaça le modeste Oratoire par un plus
grand où la pierre se conserve précieusement.
Barry.
<< Saint François passant auprès de Barry dans
>> la Pouille, il vit une grande bourse au milieu
» du chemin, laquelle semblait être pleine d'ar-
>> gent : le Frère qui l'accompagnait, l'impor-
>> tune fort de prendre cette bourse, meu d'un
» zèle pieux de distribuer aux pauvres l'argent
» qu'il croyait être dedans. Mais le sainct Père
>> lui refusant, disait que c'était une tromperie
>> du diable, qu'il n'avait moins désir de secou-
>> rir les pauvres que lui ; au surplus que ce n'é-
» tait pas bien fait de prendre l'autrui et le
202 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

>> donner aux pauvres : puis il poursuivit son


>> chemin. Mais son compagnon étant encore
>> tenté du diable, continuait de l'importuner
>> sous prétexte d'un zèle indiscret de soulager
>> les pauvres. Il fut enfin forcé de lui permettre
>> de prendre la dite bourse, pour lui faire con-
>> naîtrela tromperie du démon ; parce que étant
>> retournés en la compagnie d'un jeune homme
» qu'ils avaient trouvé par le chemin. Le sainct
>> Père fit oraison ; puis dit à son compagnon
>> qu'il prit la dite bourse : lequel ayant licence ,
» commença à trembler de peur, sentant desjà
>> la tromperie du diable. Néantmoins s'étant
>> courbé pour prendre cette bourse, plus lors
>> par obedience, que de volonté qu'il en eust,
» s'étant desjà repenti ; et étendant la main pour
» l'empoigner, il vit sortir hors d'icelle une
>> grande vipère ; puis tout disparut au mesme
>> instant, et ainsi la tromperie du diable fut
>> descouverte. Par ce le dit Frère reconnaissant
>> sa vaine curiosité en accusant sa coulpe à
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 203

>> saint François, iceluy luy dit : Regardez, mon


>> Frère, l'argent n'est autre chose à un reli-
>> gieux que diables et serpents vénéneux. >>
A l'endroit même on bâtit un Oratoire qui se
voyait encore au temps de Wading .
Au Bourg-Blanc .
En se rendant à Spolète , le Saint fit jaillir
une fontaine par le signe de la croix , qui se voit
encore gravé au fond de l'eau ( Wad.)
Près de Capresio .
On montre une pierre longue sur laquelle le
Saint se reposa et qui, comme une cire molle,
conserva son empreinte. Plusieurs personnes
affligées de maux de reins se plaçant sur cette
pierre , ont été guéries. ( Wad.)
Carignola.
Dans un Couvent fondé par saint François, on
voit encore sa cellule et un pommier qu'il y
planta. Cet arbre n'a que trois branches qui ont
toujours gardé régulièrement l'ordre suivant :
une seule branche porte du fruit chaque année,
204 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

et l'une après l'autre alternativement. L'écorce


de cet arbre mêlée à l'eau a guéri plusieurs ma-
lades . -

(Wad.)
Ciudad-Rodriguez .
Saint François traversant le royaume de Léon ,
se rendant à Ciudad-Rodriguez , s'arrêta quel-
ques jours hors de la ville dans une petite église
dédiée à saint Gilles, où depuis on bâtit un
Couvent. On voit dans le jardin une fontaine
triangulaire que le Saint creusa en l'honneur de
la sainte Trinité. Plusieurs malades furent gué-
ris en buvant de l'eau de cette fontaine . -

(Wad.)

Golfano .
On voit dans ce couvent une fontaine miracu-

leuse qui jaillit à la prière de saint François .


Gangheretti.
En 1244 , notre Saint se rendant à Florence,
bâtit un Couvent à Gangheretti. Il y tomba ma-
lade et ne put continuer sa route. Pour ne pas
perdre les moments que lui laissaient l'oraison
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 205

et la prédication, il voulut travailler de ses pro-


pres mains , soit à la construction du Couvent,
soit à environner de murs une fontaine qui, à
sa prière, jaillit du milieu de la forêt. Au temps
de Wading, cette fontaine se voyait encore, et
l'eau avait la vertu de guérir de diverses mala-
dies . Avec le temps , l'église bâtie par le Saint
fut abandonnée : on en éleva une autre, et la
première servit à différents usages . Le souvenir
s'en effaça tellement, que le bâtiment fut trans-
formé en étable. Mais Dieu montra que cette
incurie lui déplaisait , car tous les animaux
qu'on y renfermait mouraient. Il vint à la pensée
d'un religieux que quelque objet sacré pouvait
bien y être caché. Il nettoya donc l'étable, et il
trouva, en effet, dans un coin du mur, un coffret
renfermant des Reliques , une écuelle de bois
dont le Saint s'était souvent servi, comme l'at-
testait une inscription sur parchemin, et le por-
trait du Saint peint peu de temps après sa mort
par un citoyen d'Arezzo. Dès-lors , les Frères
206 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

eurent ce lieu en vénération et y élevèrent un


autel sur lequel ils placèrent le précieux por-
trait. -(Wad.)
Gaëte.

Le Saint passait par Gaëte : les habitants le


prièrent de rester au milieu d'eux. Il accepta
une demeure dont la pauvreté le charmait. Or,
une nuit, tandis qu'il était en oraison, il éprouva
une violente tentation dans la chair. Se levant
aussitôt, il se dépouilla de ses vêtements et se
jeta au milieu d'un buisson d'épines dont les
pointes étaient très-aiguës. La tentation dispa-
rut sur-le-champ, et les épines perdirent leurs
pointes. Depuis ce temps elles n'ont point re-
paru . Les branches du buisson sont très-flexibles
et toujours vertes . Wading ajoute : « Je les ai
>> touchées, examinées attentivement et je n'ai
- » pu trouver une seule épine. On en a trans-
>> porté en beaucoup d'endroits, et les rameaux
>> de ces épines conservent toujours leur flexi-
› bilité . >>> - (Ann. Min.)
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 207

A quelque temps de là, comme on bâtissait


un Couvent pour les Frères, un charpentier fut
écrasé sous une poutre. Notre Saint priait dans
la forêt voisine. Ayant appris l'accident, il se
rendit auprès du mort, le prit par la main et le
ressuscita . On bâtit un Oratoire à l'endroit

même où ce miracle eut lieu. ( Wad.)


Grecio.

1 ° Saint François avait choisi pour demeure


un endroit écarté. Un peu plus tard il consentit
à se rapprocher de la ville. Mais on respecta le
lieu qu'il avait habité. On y planta des charmes
dont les bergers se plaisent à prendre l'écorce
ou les branches pour en faire des croix et des
chapelets comme objets de dévotion. (Wad. )
2º Voulant célébrer solennellement la fête de
Noël, il écrivit à l'un de ses amis, nommé Velita,
le priant de disposer une crèche au milieu d'un
bois qu'il désigna. A. son arrivée, il trouva tout
préparé : la crèche où était représenté le mys-
tère de la Nativité de N. S. Jésus-Christ, un En
208 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

fant-Jésus couché sur la paille, et près de


lui un bœuf et un âne ; un autel s'élevait au-des-
sus de la crèche. On chanta la messe à laquelle
le Saint fit diacre et prêcha au peuple accouru
en foule. Velita assura qu'il avait vu sur la paille
un enfant d'une grande beauté, et que François
l'embrassait tendrement .

Après la mort du Saint on bâtit une chapelle


en cet endroit, car Dieu avait montré par plu-
sieurs miracles combien cet acte de piété lui
avait été agréable. ( Wad. - Chalip.)
3º Quand le Saint voulait annoncer la parole
de Dieu, il réunissait le peuple hors de la ville. On
conserve avec vénération la pierre sur laquelle
il montait. Plusieurs fois on voulut transporter
cette pierre à l'église, mais toujours elle retour-
nait d'elle-même à sa place. - ( Wad.)
4º Dans le Couvent des Frères-Mineurs on a

conservé la Cellule de saint François , son oratoire


et la table sur laquelle il prenait ses repas . -
(Aut. cit.)
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 209.

5º Dans un lieu peu éloigné de Grecio, saint


François avait érigé un petit couvent et une
église sous l'invocation de l'apôtre saint Jac-
ques. Là il lui fut révélé que tous ses péchés lui
étaient pardonnés. On a érigé un Oratoire au
lieu même de la révélation .

6° A quelque distance, on voit sur une pierre


dure l'empreinte de sa tête, de ses coudes et de
ses pieds .
7° En un autre endroit on aperçoit d'autres
vestiges qu'on dit laissés par le démon. Il était
venu pour tenter l'homme de Dieu, mais il fut
vaincu par la force de sa prière .
8° Près de Colombello, on voit l'empreinte de
ses genoux sur une pierre de marbre.
Luniano .

Près de cette ville, au milieu d'une forêt où


saint François prêchait, un loup enleva un petit
enfant de trois ans. Sur l'ordre de François, l'a-
nimal rapporta sa proie et l'enfant fut sauvé.
Les habitants du bourg bâtirent un couvent à
210 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

l'endroit où ce miracle était arrivé , et la fête du


saint Père s'y faisait avec grande solennité .
(Wad.)
Monte-Colombo .

Saint François s'était retiré sur cette mon-


tagne où il passa quarante jours et quarante
nuits dans le jeûne et l'oraison, habitant les
fentes du rocher. Là il écrivit de nouveau la

Règle des Frères-Mineurs. (Celle qu'il avait com-


posée à Rivo-Torto n'existait plus .)
Revenu à Sainte-Marie-des-Anges, il la remit au
Frère Elie , son vicaire , et retourna sur la même
montagne. Quelques jours après, Elie et plu-
sieurs ministres provinciaux, trouvant la Règle
trop austère, vinrent lui soumettre leurs obser-
vations. F. Elie, en qualité de Vicaire général,
devait porter la parole. Comme ils s'appro-
chaient, François eut révélation de ce qui se
passait. A leur arrivée, il sortit promptement de
la fente du rocher et demanda à F. Elie ce qu'il
voulait ainsi que tous les ministres qui l'accom
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 211

pagnaient. Elie baissa les yeux et répondit en


tremblant : <<< Ces Ministres, ayant appris que
vous vouliez leur donner une nouvelle Règle au-
dessus des forces humaines, m'ont engagé à ve-
nir avec eux vous prier de l'adoucir.>>>
François élevant les yeux vers le ciel s'écria :
Seigneur, ne vous ai-je pas bien dit qu'ils ne me croi-
raient pas ? Alors une nuée lumineuse environna
François, une voix se fit entendre, disant :
De quoi te troubles-tu, petit homme ? il n'y a rien
dans la Règle qui soit de toi : tout ce qu'elle con-
tient vient de moi. Je veux qu'on l'observe à la
lettre , à la lettre, à la lettre ; sans glose, sans
glose, sans glose. Je sais ce dont est capable la fai-
blesse humaine, et je veux aider ceux qui embrasse-
ront cette Règle. Que ceux qui ne voudront pas la
garder sortent de l'Ordre .

François , se tournant vers les Frères, leur dit :


avez-vous entendu, voulez-vous que je fasse répéter ?
et les Frères s'entre-regardant l'un l'autre , se
retirèrent tout confus.
212 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

Après sa mort, on bâtit une église en l'hon-


neur de saint Michel-Archange au-dessus de la
caverne où il s'était retiré. A côté se trouve un

autre oratoire par lequel on peut pénétrer dans


la caverne. Au reste, toute la montagne rappelle
le Saint.

Sixte IV voulut la parcourir les pieds nus ; et


comme on lui remontrait que cela pourrait nuire
à sa santé : ce lieu est saint, répondit-il. En pé-
nétrant dans la caverne où le Saint composa sa
Règle, se tournant vers les personnes qui l'ac-
compagnaient, il leur dit les larmes aux yeux :
Voici le lieu où a été renouvelée la vie évangélique :
ici a été donnée par Dieu la Règle des Frères-Mi-
neurs . Cet oratoire devint un lieu de pélerinage.
( Wad. )
Or, il arriva qu'un grand arbre chargé de
neige menaçait de renverser la cellule du Saint
que l'on conservait avec vénération, et d'entraî-
ner l'église dans sa chute. Les bûcherons ne
s'accordaient pas entr'eux sur quel côté il fallait
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 213

le faire tomber. Le P. Gardien se mit en prière,


et à l'instant on vit l'arbre s'incliner de lui-même

si doucement qu'on put le couper sans causer


aucun dommage à la sainte demeure. -- (Wad.)
Montella .

Après y avoir prêché tout un jour, saint Fran-


çois alla passer la nuit dans un petit bois, et s'a-
brita sous un chêne vert. Une neige abondante
tomba dans toute la contrée , mais elle respecta
le lieu où le Saint et son compagnon avaient
prié. Au rapport de Marianus, cité par Wading,
deux cents ans après l'évènement, le chêne sub-
sistait encore . On avait bâti un couvent à cet

endroit : un religieux , trouvant que l'arbre em-


pêchait de voir la ville, le fit couper. Mais Dieu
voulant qu'on respecte jusqu'aux vestiges des
merveilles qu'il fait pour honorer ses saints,
permit que ce religieux tombât malade aussitôt
et mourût peu de jours après au milieu de vio-
lentes douleurs . - ( Wad.)
Monte-Falcone .
214 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

Il y a une Fontaine qui porte le nom de saint


François . Elle jaillit à sa prière et ses eaux
guérissent de diverses maladies. - ( Wad. )
Monte-Gargano .
Le Père séraphique s'étant rendu à la grotte où
l'archange saint Michel apparut ; ne voulut pas
entrer dans le sanctuaire, il resta à la porte par
un sentiment d'humilité . On montre encore le

lieu où il s'agenouilla pour prier.-( Wad-Chal.)


Pérouse .

Aux environs de cette ville, saint François


s'était retiré dans un désert pour y passer le ca-
rême. On bâtit un couvent à l'endroit qu'il ha-
bita . A côté on voit une Fontaine dont l'eau a

souvent rendu la santé aux malades . Elle s'ap-


pelle la fontaine de Saint-François.
On voit encore d'autres fontaines miracu-

leuses appelées de Saint-François : une près du


Couvent de Saint-Jean- la - Pierre , une autre
dans une forêt aux environs de Pignani, une
troisième près de Monte-Pomino , etc.
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 215

Il s'en voit une au bourg Galliano ; les Chro-


niques en racontent ainsi l'origine, après la
mort de saint François : « Il y avait une femme
>> nommée Marie, laquelle employait son temps
>> en grande dévotion à louer Dieu, et était fort
>> dévote à saint Francois. Un jour, forcée de la
>> nécessité, elle sortit de sa maison, qu'il fai-
>> sait fort chaud, cherchant à travailler pour
>> vivre. Etant sur une petite colline, elle se
>> trouva fort lasse, tant pour ses abstinences
>> ordinaires que pour l'extrême chaleur qu'il
>> faisait, et étant aussi pour ce altérée : elle
>> s'assied contre terre privée de tout secours en
>> une telle anxiété ; étant là comme morte, elle
> appelait son Avocat avec un esprit dévot, et
>> persévérant humblement en son oraison, elle
>> s'endormit de lassitude. Sur ce , Dieu qui
>> aide toujours ceux qui se confient vraiment
>> en lui, envoya le glorieux Saint à sa dévote
» qu'il éveilla incontinent, l'appelant par son
>> nom et lui disant : Marie, levez-vous et buvez
216 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

>> de l'eau qui vous est octroyée et à plusieurs


>> par grâce divine. Cette femme entendant la
>> voix se leva sur pieds d'une force incroyable,
>> et ayant ôté de terre une pierre que le Saint
>> lui avait montrée en songe , et ayant un peu
>> fouillé avec un bâton, il en sortit une eau
>> très-claire et d'une saveur fort agréable, la-
» quelle, par après par la volonté de Dieu, de-
>> vint une grande fontaine. Ainsi , cette femme
» étancha sa soif, reprit ses forces ; et lavant
>> ses yeux, ses yeux qu'elle avait de longue-
>> main chassieux et obscurs, elle les eut de là
>> en avant très-purs, dont fort consolée, elle
>> s'en retourna à sa maison , manifestant à un
>> chacun ce grand miracle à la gloire de Dieu
>> et du dit Saint, tellement que cette fontaine
>> miraculeuse étant divulguée, le peuple y af-
> fluait de fort loin : son eau fut reconnue être
>> de beaucoup plus grande force et vertu que
>> les autres eaux, de sorte que ceux qui y al-
>> laient avec dévotion pour voir le miracle , con-
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 217

>> fessés et contrits buvant de cette eau, guéris-


>> saient des maladies qu'ils avaient : cette fon-
>> taine se voit au dit lieu où l'on a bâti une

>> belle église , en laquelle se célèbre ordinaire-


>> ment le divin office . >>> -

(Chron. Liv. 3,
chap. XVIII.)
Podium .

A moitié chemin de Grecio, on aperçoit dans


un rocher une empreinte qui a la forme d'un
livre. Un jour le Saint fut surpris par une grande
pluie, comme il disait le saint office. Craignant
que son Bréviaire ne fut mouillé, il le posa sur
cette pierre , et voulut s'abriter là lui-même.
Au contact du livre, la pierre s'enfonça et lui
offrit un asile. L'empreinte qu'on aperçoit en-
core a les proportions du Bréviaire religieuse-
ment conservé au Couvent de Saint-Damien . -

(Wad.)
Rome.

Tous les auteurs disent que le Couvent de


l'Ordre placé au-delà du Tibre fut bâti par les
10
218 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

largesses de la pieuse dame Jacqueline de Set-


tesoli. On y voit encore aujourd'hui la chambre
où saint François logeait lorsqu'il venait à Rome .
Elle est visitée avec dévotion le jour de la fête
du Saint et pendant l'octave. On y vénère une
pierre qui lui servait d'oreiller. Wading dit que
de son temps on voyait dans le jardin un arbre
planté par saint François ; il ajoute qu'autour
du pédicule du fruit il y avait cinq petites fentes
qui rappelaient les cinq blessures dont le Saint
fut marqué sur le Mont-Alverne .
Rieti.

Saint François arrivant à Rieti, alla loger chez


le Curé de Saint-Fabien, à quelque distance de
la ville. Dès que le bruit s'en fût répandu, le
peuple accourut en foule pour le voir et l'en-
tendre .

Le Pape était alors à Rieti avec toute sa cour ;


plusieurs des Principaux, et des Cardinaux
même vinrent à Saint-Fabien voir le Saint. Pen-

dant qu'ils s'entretenaient avec lui, les gens de


GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 219

leur suite, qui étaient en grand nombre, allèrent


dans la vigne du Curé manger du raisin, et en
mangèrent tant, qu'elle fut presque dépouillée.
Le Curé en eut beaucoup de chagrin et s'en
plaignit à François, qui lui demanda combien il
croyait avoir perdu : « J'ai coutume, répondit-il,
>> de recueillir tous les ans quatorze mesures de
-

>> vin qui suffisent pour ma maison . »


Je suis fáché, dit le Saint, que mon arrivée vous ait
causé du dommage ; il faut espérer que Dieu y re-
médiera, et je crois fermement que de ce qu'il y a
encore dans votre vigne, il vous donnera vos qua-
torze mesures et d'autres par-dessus. Le Curé
vit l'accomplissement de la prédiction ; il fit
vingt mesures de vin du peu de raisin qui lui
restait. Les Magistrats de Rieti firent depuis bâ-
tir un Couvent pour les Frères-Mineurs dans le
même endroit, et le Pape Grégoire IX , par
respect pour le Saint , voulut en consacrer
l'église, où l'on voit encore des vestiges de la
représentation du miracle . - (Chalip.)
\

220 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

Salerne .

Dans un Couvent, on conserve la cellule ha-


bitée par le Saint. -- (Wad. )
Sienne .

Comme saint François arrivait à Sienne , il


trouva un chasseur qui portait deux tourte-
relles . Il les lui demanda en garde. A peine les
eut-il dans la main qu'il leur adressa ces paroles :
« Mes petites sœurs les tourterelles, simples , inno-
centes et chastes , comme vous vous êtes laissées
prendre ! si vous étiez tombées entre les mains de
quelqu'autre chasseur, vous n'auriez pas évité la
mort, dont la bonté de celui-ci vous délivrera à ma
prière. Je veux vous conserver et vous faire votre
nid, afin que selon le premier ordre de Dieu vous
croissiez et fassiez des petits pour vous multiplier. »
En les caressant ainsi, il les porta jusqu'au Cou-
vent près des murs de Sienne. Lorsqu'il y fut
arrivé , il planta son bâton en terre devant sa
cellule . Le lendemain matin, ce bâton étant de-
venu un grand et bel arbre , il y laissa les tour
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 221

terelles et leur ordonna d'y faire leur demeure


et leur nid . Elles y restèrent en effet, et elles
étaient si apprivoisées qu'elles venaient prendre
leur nourriture dans la main des Frères .
Un habitant de Sienne a décrit l'histoire de
l'arbre, qui a duréjusqu'en 1615. Comme par dé-
votion on l'avait dépouillé de son écorce, les PP .
Conventuelsle coupèrent etplacèrent le bois sous
l'autel principal de l'église. Mais une racine
ayant repoussé, l'Evêque défendit de toucher au
rejeton, sous peine d'excommunication, et afin
de mieux le garantir, il ordonna de l'environner
de murs .

La ville de Sienne fit frapper une médaille


commémorative du miracle .

Avec le bois du premier arbre on faisait de


petits vases que l'on offrait aux grands Sei-
gneurs. Le Pape Clément VIII en avait reçu un
dont il se servait habituellement. D'autres furent
envoyés en Espagne et en France.
Marie de Médicis donna aux Capucines de Pa
222 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS .

ris une croix faite de ce bois. Cette croix avait


1 mètre 20 centimètres de hauteur.

Le Père Charles d'Aremberg dota le Couvent


des Capucins de Bruxelles d'une croix faite de ce
bois.

Les Couvents des PP. Capucins de Brindes ,


de Vienne, etc., possédaient aussi des croix
faites avec le bois de cet arbre . (Bull. capp .)
Sirolo .

D'après la tradition, le Saint avait planté un


cerisier devant la porte de l'église du Couvent.
On le nommait l'arbre de Saint-François . Il res-
tait toujours vert, son fruit était fort rare et très-
estimé dans le voisinage. - ( Wad. - Dierick, De
Reliquiis .)
Subiaco .

En 1222 , le Saint alla visiter la grotte de


Saint Benoît. A côté de cette grotte, dans un
petit jardin , se trouve le buisson d'épines où ce
Patriarche se jeta pour vaincre une horrible
tentation. Saint François admirant la vertu qui
GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS . 223

l'avait porté à employer un tel moyen, toucha le


buisson, le baisa et le bénit en faisant le signe
de la croix . Au même moment le buisson se

changea en un magnifique rosier dont les fleurs


ont souvent opéré des miracles.
Dans une chapelle qui s'élève au-dessus du
jardin, on voit le portrait de Grégoire IX qui l'a
consacrée, et celui de saint François tenant à la
main un papier où sont écrites ces paroles :
Pax huic Domui : que la paix soit dans cette
maison. - ( Wad .)
Villa .

Au Couvent de Villa, on conservait la cellule


habitée par le Saint, et le premier Août de
chaque année, il y avait grand concours de
peuple pour la visiter par dévotion. C'est de
cette cellule qu'étant distrait dans sa prière par
le gazouillement d'une multitude d'oiseaux,
saint François leur imposa silence. Les oiseaux
s'envolèrent aussitôt, et l'on n'en revitplusjamais
sur les arbres voisins de sa cellule.
224 GLOIRE DE SAINT FRANÇOIS.

On voyait aussi dans cet endroit trois arbres


plantés par le Saint, savoir : un laurier dans le
premier cloître, un cyprès dans le second et un
olivier dans un pré contigu au Couvent. -

(Wad.)

FIN.
TABLE DES MATIÈRES.

CHAPITRE Ier . Premiers honneurs rendus à la dé-

pouille mortelle de Saint-François ........ 1

CHAP . II . Du Tombeau de saint François .......... 11

CHAP . III . Ouverture et examen du Tombeau ...... 19


CHAP . IV . Eclaircissements sur les objets trouvés
-

dans le Tombeau et force de leur témoignage ......... 25


CHAP . V. -

Reconnaissance du corps de saint Fran-


çois . 29
CHAP . VI . -

Les saintes Reliques sont replacées dans


le Tombeau . 33

CHAP. VII . - Du sang des stigmates de saint François . 37


CHAP. VIII. Des cheveux de saint François ........ 51

CHAP . IX . De la Bénédiction de saint François à


Frère Léon ...... 55
CHAP . X. Des Habits de saint François . 63

A Florence 65

Autres Habits de saint François .. 79


CHAP . XI . Manteaux de saint François . 87

Un Manteau de saint François à Paris.... 99

Le Saint Manteau est donné aux Frères-Mineurs Capu-


cins de Paris ...... 115
Translation du saint Manteau ....... 121
CHAP . XIII. De la Corde de saint François ......... 127
226 TABLE DES MATIÈRES .

CHAP. XIV . Du Cilice de saint François . 133


CHAP. XV . -

Autres objets conservés avec vénéra-


tion.... .. 137

Lieux et Monuments principaux qui rappellent saint Fran-


çois . 145

CHAP . XVI . - Monuments dans la ville d'Assise ....... 145


Eglise cathédrale . 145

Eglise neuve .. 146

Saint François-le-Petit . 147

Eglise Sainte Claire, autrefois église Saint Georges ...... 148


CHAP . XVII . - Monuments hors de la cité ........... 153
Saint Damien 153

Sainte Marie-des-Prisons (delle Carceri) . 156


Rivo-Torto 158

Sainte-Marie-des-Anges , ou la Portiuncule . 160

Cellule de saint François . 187


Sacristie ..... 187

Chapelle des Roses 188

Hospice des Lépreux . 189

Le Mont-Alverne 190
Cellule de saint François . 190
Oratoire de la Croix .. 192

Lieu où saint François reçut les stigmates . 193

Le Précipice 199

Oratoire de saint Antoine, abbé . 201

Barry 201

Bourg-Blanc 203

Capresio. 203

Carignola.. 203

Ciudad-Rodriguez.. .... 204


Colfano... 204

Gangheretti 204
Gaëte 206
TABLE DES MATIÈRES . 227

Grecio ... 207


Luniano ... 209
Monte-Colombo 210
Montella 213
Monte-Falcone .. .. 213

Monte-Gargano . 214
Pérouse 214
Podium .. 217
Rome 217
Rieti . 218
Salerne . 220

Sienne ....... 220


Sirolo . 222
Subiaco 222
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