I.
Systèmes morphodynamiques :
I.1 Concept général :
Le littoral représente la zone de transition où la terre et l'océan entrent en contact. On
y distingue traditionnellement trois types de milieux principaux : les falaises, les
plages de sable et les plages de galets.
Selon Short (1999), la plage est définie par deux facteurs essentiels : l'action des
vagues et la présence de sédiments. De manière simple, on peut la décrire comme une
accumulation de sédiments transportés par les vagues, située entre la limite haute de la
zone de swash (jet de rive) et le cordon dunaire. Cependant, en raison des multiples
interactions entre la partie récemment émergée du système littoral et la plage située en
mer (avant-côte), il est nécessaire d'adopter une définition plus large, comme illustré
par la Figure 1.
Figure 1 : Profil type du système littoral incluant la zone de levée (shoaling zone), la zone des
brisants (breaking zone), de déferlement (surf zone) et la zone de swash (Short, 1999).
Un système morphodynamique se compose d'un élément morphologique qui évolue
en réponse aux processus hydrodynamiques. L'évolution morphodynamique des
systèmes côtiers, souvent qualifiée d'évolution progressive, est caractérisée par une
succession d'états morphologiques (Wright et Thom, 1977). Ce système connaît des
changements réversibles et périodiques qui oscillent entre deux états extrêmes. Cette
évolution est directement liée aux échelles de temps et d'espace qui influencent la
morphologie de la zone côtière (Figure 2).
Figure 2 : Diagramme schématique de la méthode de dynamique morphologique incluant les
facteurs environnementaux et leurs effets sur les systèmes côtiers avec Δt est le facteurs
temps (Cowell et Thom, 1994).
La dynamique des sédiments sur la frange littorale est régie par des processus, qu'ils
soient naturels ou d'origine humaine, qui se manifestent à différentes échelles de
temps et d'espace. De nombreuses classifications issues de la littérature scientifique
(Stive et al., 1991 ; Terwindt et Kroon, 1993 ; Larson et Kraus, 1994 ; Cowell et
Thom, 1994 ; Levoy, 2000) s'appuient sur une division de la morphodynamique des
plages en trois ou quatre grandes échelles spatio-temporelles.
La variété des systèmes côtiers à travers le monde est déterminée par l'influence de
multiples facteurs naturels et/ou anthropiques. Un littoral se caractérise par sa
morphologie, qui résulte de l'interaction avec les divers agents hydrodynamiques
responsables du transport des sédiments (Figure 2). Au sein de la boucle
morphodynamique, cette interaction se traduit notamment par des pertes d'énergie à
mesure que l'on s'approche de la côte (Ardhuin et al., 2003). L'évolution des zones
côtières, qu'il s'agisse d'érosion ou d'accrétion, découle d'un forçage hydrodynamique
qui modifie la morphologie des plages. Cette boucle est un processus rétroactif
(Figure 2) qui se répète à différentes échelles de temps.
1.2 Morphodynamique du milieu littoral :
Au sein de l'environnement littoral, il est possible de délimiter trois zones principales
en fonction des paramètres de forçage. En partant de la ligne de rivage et en
progressant vers le large, on identifie les zones suivantes (figure 3) :
La zone de swash (zone de jet de rive) : Cette zone correspond à la partie du littoral
soumise au balayage constant des vagues. Elle se situe entre la ligne de côte
(référence altimétrique de 0 m) et la limite de basse marée.
La zone de déferlement (zone de surf) : Il s'agit de la zone où les vagues déferlent.
L'énergie houlomotrice y est rapidement dissipée. Son extension se situe
généralement entre les isobathes -1 m et -6 m.
La zone de levée : Dans cette zone, l'amplitude des vagues s'accroît ("gonfle") à
l'approche de la zone de déferlement. Elle s'étend vers des profondeurs D ≤ L/2, où L
représente la longueur d'onde de la houle (Figure 3).
Afin d'appréhender le processus morphodynamique du milieu littoral, plusieurs
auteurs (Wright et Thom, 1977 ; Short, 1999 ; Certain, 2002 ; etc.) ont adopté une
subdivision du profil littoral perpendiculaire à la côte en quatre entités distinctes : le
glacis, la zone de déferlement, la plage et l'arrière-plage (Figure 3). Il est à noter que
les limites séparant ces entités morphologiques présentent une variabilité spatio-
temporelle (Certain, 2002).
Figure 3 : Caractéristiques des différentes zones au niveau d’un profil de plage 2D au sein
d’une plage microtidale (Davidson-Arnotts, 2010, modifié).
1.2.1 Le glacis
[Link] Les vagues
Les vagues, également désignées comme des ondes de gravité, se propagent à la
surface des océans suite à un transfert d'énergie de l'atmosphère vers la masse d'eau.
Une onde est définie par cinq paramètres physiques fondamentaux : sa période T (en
secondes), sa hauteur H (en mètres), son amplitude A (définie comme H = 2A), sa
longueur d'onde L (en mètres) et son nombre d'onde K.
Lorsqu'une onde approche du rivage, son amplitude subit des modifications en
fonction de la topographie des fonds marins (Figure 4). Durant sa propagation vers la
côte, la houle n'est pas affectée par le fond marin tant que la profondeur demeure
supérieure à la moitié de sa longueur d'onde (L/2). En deçà de ce seuil de profondeur,
le fond exerce une contrainte sur l'onde de surface (Certain, 2002). En conséquence,
les caractéristiques de l'onde sont altérées : ses crêtes deviennent progressivement
dissymétriques (Amrouni, 2008) et une partie de son énergie est dissipée par
frottement. Ce processus est connu sous le terme de « shoaling », ou levée de la
vague.
Figure 4 : Assymétrie de la houle avec un rétrécissement du front de la vague lors de sa
propagation vers la côte (Davis, 1971)
[Link] Les courants côtiers :
Le déferlement des vagues constitue la principale source de dissipation de l'énergie
transmise à la zone littorale. Ce phénomène est à l'origine de plusieurs types de
courants qui opèrent à proximité des côtes.
a. Les courants longitudinaux (longshore drift) :
Ce type de courant, parallèle à la ligne de côte, est généré par le déferlement oblique
des vagues. Il se manifeste principalement dans la zone comprise entre la zone de
déferlement et la côte.
b. Les courants transversaux :
Le courant de jet de rive (up-rush) : Généré au niveau de la zone de swash, ce
courant est orienté vers le haut de la plage.
Les courants de retour : Ce courant est dirigé vers le large et se manifeste dans la
zone de déferlement. Durant les épisodes de tempêtes, ces courants peuvent engendrer
un transport sédimentaire significatif vers le large, entraînant la migration des barres
sédimentaires d'avant-plage (Castelle, 2004).
c. Les courants d'arrachement (ou courants sagittaux) :
Il s'agit de courants de retour de faible largeur qui s'écoulent vers le large, entre la
ligne de côte et la zone de déferlement de la houle. Au-delà de cette zone, le courant
s'atténue en formant un panache caractéristique (Héquette et Hill, 1993).
1.2.2 La zone de déferlement
La zone de déferlement, ou zone de surf, est définie comme la région où se produit le
déferlement des vagues. Elle est géographiquement située entre la zone de levée au
large et la zone de swash à la côte. La hauteur de la vague au point précis du
déferlement (Hb), qui correspond à la profondeur limite d'action des vagues (h=L/2,
voir Figure 5), est fonction de la profondeur locale (hb). Cette relation est exprimée
par l'indice de déferlement (*breaker index*), noté γ, selon l'équation :
Hb = γ hb
Où :
Hb : hauteur de l'onde au point de déferlement (m),
γ : indice de déferlement (adimensionnel),
hb : profondeur au point de déferlement (m).
Le processus de déferlement est directement influencé par la pente des fonds marins
ainsi que par la cambrure de la houle au large. Ces paramètres déterminent la
morphologie du déferlement, qui peut être classifiée en plusieurs types, notamment :
déversant (*spilling*), plongeant (*plunging*) et à gonflement (*surging*).
Figure 5 : Profil d'équilibre d'une plage avec le point de déferlement (Short, 1999).
Le déferlement de la houle entre son point de rupture et le rivage génère un puissant
courant de fond, identifié comme le courant de retour (Certain, 2002) (figure 6).
Lorsque les houles incidentes sont obliques par rapport à la côte, elles induisent un
courant longitudinal, également appelé dérive littorale. Ce type de courant possède
une capacité de transport sédimentaire considérable, capable de déplacer de grandes
quantités de sédiments côtiers sur des distances pouvant atteindre plusieurs dizaines
de kilomètres (Amrouni, 2008). L'excédent d'énergie et de volume d'eau résultant de
ce processus est évacué vers le large par l'intermédiaire des courants d'arrachement
(figure 6).
Figure 6 : Différents types de courants induits par le déferlement des vagues à l’approche
des côtes (Short, 1999, modifié par Amrouni, 2020).
1.3 Découpage spatio-temporel de l'évolution des composantes d'un système
littoral
Les composantes du système littoral sont intrinsèquement variables, et l'analyse de
chacune requiert un cadre spatio-temporel adapté. La figure 7 illustre les différentes
échelles qui régissent la dynamique du système littoral (Fenster et al., 1993). On
distingue principalement trois niveaux d'échelle :
L'échelle à long terme (ou échelle géologique) : Cette échelle couvre des périodes
allant du siècle au millénaire. Elle s'applique à l'étude de vastes zones côtières, dont
l'étendue peut varier du kilomètre à plusieurs dizaines de kilomètres, comme c'est le
cas pour les deltas.
La méso-échelle (ou échelle pluriannuelle) : Caractérisée par un pas de temps
s'étalant de quelques mois à plusieurs années, cette échelle est pertinente pour l'étude
d'entités côtières de 1 à 10 km, telles que les flèches sableuses.
La micro-échelle (ou échelle de l'événementiel) : S'étendant de l'échelle journalière
à interannuelle, elle se consacre à l'étude des formes sédimentaires de petite taille
(inférieures à 0,1 km), incluant la ligne de côte, les dunes, ou les barres d'avant-plage.
Figure 7 : La distribution temporelle et spatiale du climat, l'hydrodynamique, la
sédimentologie et les facteurs humains liés à la dynamique sédimentaire du littoral. (Fenster
et al., 1993 ; modifié par Dehouck, 2006).
1.4 Les interactions entre les composantes du système littoral
La nature des liens unissant les différents éléments du système côtier engendre des effets de
rétroaction, ou *feedback*, qui constituent une particularité fondamentale de ce milieu. Ces
interactions se traduisent par des stades d'évolution régis par des boucles morphodynamiques,
lesquelles peuvent être positives ou négatives. On distingue ainsi deux types d'effets :
La rétroaction négative : Ce phénomène se produit lorsque les modifications
topographiques qui en résultent s'opposent à la cause qui les a initiées. Un exemple typique
est la disparition d'un cordon dunaire consécutive à une tempête marine, qui expose davantage
la côte à l'action des vagues, favorisant potentiellement une reconstruction future sous d'autres
conditions.
La rétroaction positive : Dans ce cas, le changement morphologique induit par
l'écoulement d'un fluide amplifie la transformation morphologique du dépôt dans la même
direction que l'action initiale. À l'inverse de l'exemple précédent, le remplissage progressif
d'une lagune ou d'une baie, causé par un apport sédimentaire, est un exemple de rétroaction
positive (Waldrop, 1992 ; Phillips, 1992 ; Cowel et Thom, 1994 ; Levoy et al., 2000). Ce
mécanisme est désigné sous le terme de processus d'auto-organisation.
1.5 Classification morphologique des plages
Le comportement naturel d'une plage peut être caractérisé par son degré de dissipation ou, à
l'inverse, de réflexion de l'énergie des vagues. Un modèle conceptuel pour la caractérisation
des plages a été proposé par Wright et Short (1984). Ce modèle identifie deux typologies
extrêmes — la plage réflective et la plage dissipative — ainsi que quatre états intermédiaires
(Figure 8). Conçu spécifiquement pour les milieux à faible marnage (microtidaux), ce modèle
constitue une approche morphodynamique qui s'appuie sur un ensemble d'indices
sédimentologiques, hydrodynamiques et topographiques (Short, 1993). Parmi les indices les
plus couramment utilisés figurent le paramètre de réplication de la barre ou le nombre
d'Iribarren (ξb ; Battjes, 1974) et la vitesse de chute adimensionnelle (Ω ; Gourlay, 1968).
Le premier indice d’Iribarren est exprimé par :
tan β
ξb= 0.5
(H ¿ ¿ b ÷ L0) ¿
Avec :
H b : hauteur de la houle au déferlement (m) ;
T : période de la houle (s) ;
H0 : hauteur de la houle au large (m) ;
L0 :Longueur d’onde de la houle au large (m) ;
β : pente (degrés) ;
g : accélération de pesanteur (9,81 m/s) ;
ωs : vitesse de chute de sédiments (m/s).
Une plage est dite dissipative lorsque ξb < 0,4, réflective si ξb > 2 et intermédiaire
quand 0,4 < ξb < 2 (Fredsoe et Deigaard, 1992).
Le deuxième indice de Gourlay est exprimé par :
Ω = Hb/Tωs
L'état morphodynamique complexe des plages microtidales se manifeste par des
comportements variés, allant de la réflexion à la dissipation de l'énergie des vagues.
Pour caractériser ces régimes, Wright et al. (1985) ont introduit le paramètre de Dean
(Ω), qui définit un état comme étant dissipatif si Ω > 6, réflectif si Ω < 1, et
intermédiaire lorsque 1 < Ω < 6.
Figure 8 : Classification des plages sableuses selon l’indice de Gourlay (Ω) pour un système
littoral à deux barres (Short et Aagaard, 1993, modifié par Abanades et al., 2015).
I.6 Morphologie sous-marine des plages :
Ce sont des bancs de sable sous-marins situés dans la zone de déferlement des vagues
et la zone de balancement des marées. La morphologie de l’avant-côte est déterminée
par une série de processus hydrodynamiques dans la zone de surf et la zone de swash.
The convergence of sedimentary transport in this area results in a complex evolution
of sediment bars. Ces dernières peuvent être parallèles au rivage (rectilignes),
obliques ou en festons dans des environnements spécifiques à forte marée (Certain,
2002). La creation des barres sédimentaires est tributaire de la hauteur des vagues en
mer et de leur courbure (King et Williams, 1949). De nombreuses études scientifiques
(King et Williams, 1949 ; Greenwood et Davidson Arnott, 1979 ; Van Rijn, 1998 ;
Wijnberg et Kroon, 2002) ont proposé diverses classifications morphologiques des
barres sédimentaires, distinguant systématiquement deux kinds : les barres intertidales
et les barres subtidales.
I.6.1 Les barres intertidales :
La morphologie des barres intertidales a fait l'objet de plusieurs études (Davies, 1964;
Owens et Froebel, 1977 ; Wright et Short, 1984 ; Michel et Howa, 1999). On identifie
deux principales catégories de barres intertidales (Figure 5) (Wijnberg et Kroon,
2002):
Les barres de faibles amplitudes, généralement parallèles à la ligne de rivage,
sont entaillées par des chenaux de drainage qui canalisent l'évacuation de l'eau
lors de la marée descendante (King et Williams, 1949). Ce sort de barres
caractérise les environnements méso- et macrotidaux soumis à ces mers du
vent peu développées (Short, 1991).
Les barres à talus prononcés, incluant les barres de swach, peuvent être
parallèles, obliques ou en festons par rapport à la ligne de côte (Wright et
Short, 1984).
These morphologies characterize microtidal and macrotidal beaches.
I.6.2 Les barres subtidales :
Les barres subtidales se trouvent sur les plages microtidales, mésotidales et
macrotidales (Figure 9). Ces barres peuvent être composées de systèmes simples ou
complexes, présentant des crêtes parallèles a la ligne de rivage, en festons or
transversales (Greenwood et Davidson Arnott, 1979). Les barres multiples se forment
sur des pentes faibles, mais il n'existe pas une relation unique entre ces deux éléments
(Greenwood et Davidson Arnott, 1979 ; Wijnberg, 1995).
Figure 9 : Profil de plage à double barres, intertidale et subtidale (Idier et Thiébot, 2014).
1.6.3 Typologie des barres en festons :
La classification des barres sédimentaires, qui se base sur la morphologie des festons,
a fait l'objet de plusieurs propositions (Wright et Short, 1984 ; Short et Aagaard,
1993). En 2013, Aleman a introduit une nouvelle classification pour les barres
festonnées d'avant-côte. Cette dernière s'appuie sur le modèle de Wright et Short
(1984) et intègre des caractéristiques morphologiques telles que la symétrie et la
continuité des festons. Cette classification est applicable aux barres internes et
externes, en fonction de la connexion ou non des cornes au rivage. La typologie des
festons, telle qu'illustrée à la Figure 10, se décline comme suit :
• Rythmic Bar and Beach (RBB) : Ce type de barre se caractérise par des cornes qui
sont déconnectées de la plage.
• Transverse Bar and Rip (TBR) : Ces barres se distinguent par des festons dont une
corne est connectée au rivage.
• Transverse Bar and Rip et Rythmic Bar and Beach (TBR-RBB) : Il s'agit d'une barre
de type intermédiaire, présentant une corne connectée au rivage et une autre
déconnectée.
• Low Tide Terrace (LTT) : Ce type correspond à de petites barres transversales qui
sont collées au rivage.
Figure 10 : Classification des barres sédimentaires festonnées du littoral du Roussillon (Aleman, 2013).
RBB: Rythmic Bar and Beach; hRBB: horns Rythmic Bar and Beach; TBR: Transverse Bar and Rip; TBR-
RBB: Transverse Bar and Rip / Rythmic Bar et Beach; LTT: Low Tide Terrasse.
1.7 Notions relatives à la ligne de côte :
Le trait de côte, défini comme l'interface entre le domaine marin et le domaine
terrestre (Paskoff, 1985), constitue une limite dont la position fluctue en fonction des
variations du jet de rive et du marnage. Plusieurs auteurs ont proposé des définitions
spécifiques de ce concept. En 1951, Guilcher a caractérisé le trait de côte comme
correspondant à la ligne atteinte par les plus hautes mers en conditions de temps
calme (Figure 9). Ultérieurement, Baulig (1956) l'a défini comme la limite mobile
entre la côte et le rivage, dont la localisation varie en fonction de l'état de la mer et de
la marée. En 1965, Rubertou et Bonneval ont, pour leur part, assimilé le littoral à la
ligne océanique la plus élevée possible, résultant de l'action de la marée astronomique.
Les diverses lignes de référence servant à matérialiser le trait de côte ont fait l'objet de
nombreuses études (Robin, 2002 ; Amrouni et al., 2019b). La classification de ces
limites peut s'opérer sur la base des caractéristiques géomorphologiques des entités
considérées. Citons, par exemple, l'interface terre-mer, les ruptures de pente, les
limites de la végétation, les niveaux de marée instantanés, le pied des dunes côtières
ou encore les conditions météo-marines.
1.7.1 Les limites de végétation :
Dans ce contexte spécifique, la position du trait de côte peut être déterminée par la
limite de la végétation dunaire (Bird, 1985 ; Boak et Turner, 2005) ou par la présence
d'une couverture végétale pérenne (Figure 11).
Figure 11 : Représentation graphique de la limite de végétation dunaire et pérenne (Boak et
Turner, 2005).
1.7.2 Les lignes de référence géomorphologiques :
Dans cette configuration, la ligne de référence est matérialisée par des ruptures de
pente localisées au sein des domaines supratidal, intertidal ou subtidal. À titre
d'illustration, dans le contexte des plages adossées à un cordon dunaire, il est possible
de distinguer trois lignes de référence géomorphologiques distinctes : le pied de dune,
le sommet de dune et la crête dunaire (Figure 12).
Figure 12 : Représentation schématique d'un exemple de lignes de référence morphologique
dans le cas des dunes littoraux (Faye, 2010).
1.7.3 Les lignes instantanées du rivage :
La ligne de référence est ici constituée par la ligne de rivage instantanée, qui
représente l'interface terre-mer. Cette dernière correspond à l'intersection entre la
pente de la plage et le jet de rive (Kraus et Rosati, 1997). La dynamique du jet de rive,
conjuguée à la déclivité de la plage, détermine la mobilité de cette ligne de référence.
1.7.4 Les lignes de référence virtuelles :
Ces lignes de référence sont d'origine numérique et proviennent du traitement
d'images satellitaires (Boalk et Turner, 2005). Leur détection est assurée par un
système d'information géographique (SIG) et se fonde sur le principe du "Shore Line
Intensity Maximum", qui identifie le maximum d'intensité lumineuse le long de la
ligne de rivage. Ces limites numériques permettent ainsi d'établir une position
moyenne du trait de côte instantané sur une brève période.
1.7.5 La largeur de la plage :
Les fluctuations de la largeur de la plage permettent de définir les limites de référence
dans ce contexte (Figure 13). La définition de la ligne de rivage varie selon les
auteurs, pouvant correspondre à celle des pleines mers, au pied de la plage sous-
marine, à la limite entre le sable sec et humide, ou encore à la ligne de rivage
instantanée (Coyne et al., 1999).
Figure 13 : La plage se situe entre le pied d'une dune ou d'une ligne de végétation et la ligne
instantanée de rivage, la ligne de haute mer ou le pied d'une plage sous-marine (Coyne et
al., 1999 ; modifié par Faye, 2010).
1.7.6 Les lignes de tempête :
Les lignes de tempête matérialisent la limite d'écoulement des eaux marines sur une
plage consécutivement à un événement de tempête (Figure 14). Cette limite se situe
en arrière de la végétation pérenne, qui est composée d'arbustes, de buissons et
d'arbrisseaux (Hayden et al., 1979).
Figure 14 : Limite d’écoulement du niveau de l’eau instantané qui dépasse la hauteur des
dunes (Régime d’overwash) dans une île barrière (Hayden et al., 1979, modifié).
1.8 Les cellules hydrosédimentaires :
Une cellule sédimentaire se définit comme une unité côtière renfermant un cycle
sédimentaire complet. Ce cycle intègre une zone source, caractérisée par l'érosion, une
zone d'équilibre dynamique, et une zone de dépôt (May et Tanner, 1973). De manière
analogue, une cellule hydrosédimentaire, également désignée sous les termes de
cellule morphosédimentaire ou de cellule de dérive littorale, correspond à une zone
présentant un équilibre sédimentaire global, au sein de laquelle s'effectue la
circulation des sédiments (Cohen et al., 2002). Le concept de cellule a fait l'objet de
révisions et de compléments, tant sur le plan méthodologique que conceptuel (Komar,
1985 ; Carter et al., 1990), qui ont contribué à une définition plus précise des limites
de ces unités.
La classification proposée par Inman et Frautschy (1966), illustrée à la Figure 15,
établit une distinction au sein des cellules hydrosédimentaires. D'une part, elle
identifie des cellules à limites fixes, où les échanges sédimentaires avec les systèmes
adjacents sont quasi inexistants. Cette configuration se traduit par une stabilité
morphosédimentaire élevée, observable sur des échelles temporelles séculaires ou
pluridécennales. D'autre part, elle décrit des cellules caractérisées par des échanges
sédimentaires significatifs avec les compartiments voisins, induisant des évolutions
rapides et fréquentes du bilan sédimentaire (Suanez, 2009).
Figure 15 : Découpage d’une plage sableuse en différentes cellules Littorales (Inman et
Frautschy, 1966).
II. Changements climatiques et élévation du niveau de la mer
II.1 Changement climatique
Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) rapportait
en 2014 une progression continue du réchauffement climatique à l'échelle mondiale.
Les activités anthropiques exercent une influence notable sur les systèmes
climatiques, principalement par une augmentation significative des émissions de gaz à
effet de serre, ainsi que par une urbanisation croissante. Il est à noter que 70 % des
émissions anthropiques de carbone sont attribuables aux zones urbaines (Grimmond et
al., 2010).
Lors des dernières décennies, de nombreuses études ont été consacrées à l'analyse des
répercussions du changement climatique sur divers systèmes terrestres (Willems et al.,
2012 ; Chauveau et al., 2013). Le cinquième rapport d'évaluation du GIEC (AR5),
publié en 2014, a développé plusieurs scénarios climatiques qui permettent d'établir
diverses projections relatives à l'évolution du climat jusqu'à l'horizon 2300. À l'échelle
planétaire, ces projections anticipent une élévation du niveau moyen des mers, une
augmentation des températures et une intensification des événements météo-marins
extrêmes, tels que les vagues de chaleur, les crues intenses et les tempêtes (GIEC,
2014; Masson et al., 2014 ; Munck et al., 2018).
Les modélisations climatiques associées au scénario RCP8.5 (Representative
Concentration Pathway 8.5) du GIEC (2014) projettent un accroissement de la
température annuelle moyenne compris entre +3 °C et +5,2 °C d'ici 2100 (Figure 16).
Cette hausse serait particulièrement prononcée durant la période estivale, avec une
augmentation estimée entre +2,7 °C et +6,5 °C, tandis que l'augmentation hivernale se
situerait entre +1,7 °C et +4,6 °C (GIEC, 2014). En conséquence, les vagues de
chaleur deviendraient plus fréquentes et plus intenses, caractérisées par un nombre
accru de jours secs et des températures excédant 40 °C.
Figure 16 : Évolution de la température moyenne de la surface de la planète entre 2006 et
2100 (GIEC, 2014).
À l'échelle du bassin méditerranéen, les projections du Groupe d'experts
intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC, 2013) anticipent une
augmentation des températures annuelles moyennes de 2°C à l'horizon 2050. Pour
cela, il est prévu une augmentation de 2 à 6°C d'ici 2100. Ces valeurs varient en
fonction des saisons et des scénarios considérés (Figure 17). Des projections récentes,
menées par Gualdi et al. (2013), indiquent également une augmentation de la
température de l'ordre de 1,5 à 2°C (Figure 18), ainsi qu'une diminution significative
des précipitations d'environ 5 % au cours de la période du scénario. Les modèles sous-
jacents fournissent des estimations pour la période 1951-2050, lesquelles sont fondées
sur les données de forçage radiatif observées durant la période 1951-2000.
Figure 17 : Évolution des températures durant les mois d’été durant la période 2081- 2100
comparée à la période 1986-2005, basé sur le scénario moyen-bas RCP4.5 (GIEC, 2013).
Figure 18 : Température moyenne à 2 mètres du sol obtenu par le modèle du CIRCE entre les
périodes 1951-2000 et 2001-2050 (Gualdi et al, 2013).
II.2 Élévation du niveau de la mer (ENM)
L'augmentation des températures moyennes à l'échelle planétaire induit une élévation
du niveau de la mer, principalement par la fonte des calottes glaciaires et l'expansion
thermique des masses d'eau. Sur la base des données altimétriques satellitaires (Jason-
1/Topex/Poseidon, puis Jason-2 et Jason-1), la valeur moyenne de l'augmentation du
niveau de la mer pour la période 1993-2013 est estimée à environ 3,19 mm/an (Figure
19).
Figure 19 : Variation du niveau de la mer de 1993 à 2013 (Crédits CLS/CNES/Legos, 2013).
Les projections les plus récentes du GIEC (2013), établies selon différents scénarios
d'évolution du changement climatique, indiquent que l'élévation du niveau moyen de
la mer devrait être comprise entre 26 et 82 cm pour la période 2081-2100, par rapport
à la période de référence 1986-2005. Selon les travaux de Church et White (2011),
l'augmentation du niveau de la mer a été de 1,7 ± 0,2 mm/an entre 1901 et 2009, avec
un taux d'évolution estimé à environ 0,5 mm/an lors des trois derniers millénaires. La
vitesse moyenne d'élévation du niveau des mers à l'échelle mondiale (Figure 20) a été
de 1,7 (1,5 à 1,9) mm/an de 1901 à 2010, et de 3,2 (2,8 à 3,6) mm/an de 1993 à 2010
(GIEC, 2014).
Figure 20 : Élévation du niveau moyen des mers entre 2006 et 2100, déterminée par des
simulations multi modelés, par rapport à la période 1986–2005 (GIEC, 2014).
En Méditerranée, les données marégraphiques du XXème siècle indiquent une
élévation du niveau de la mer variant entre 1,2 et 1,5 ± 0,1 mm/an (Marcos et
Tsimplis, 2008). L'analyse des données altimétriques pour la période 1961-2000
révèle un taux d'élévation de l'ordre de 0,6 ± 0,1 mm/an (Calafat et Gomis, 2009). Les
études prospectives sur la variation du niveau de la mer en Méditerranée prévoient
une augmentation du niveau marin d'environ 0,3 m à l'horizon 2100 (GIEC, 2018). La
figure 21 illustre que le niveau de la mer sur les côtes méditerranéennes augmente
avec un rythme légèrement inférieur à la moyenne mondiale, affichant un taux de
variation de 2 mm/an entre 1993 et 2010. Cette élévation engendre des conséquences
significatives pour la stabilité des zones côtières, notamment une augmentation des
risques d'inondation, de submersion marine et d'érosion côtière. Elle est également
susceptible de provoquer l'intrusion d'eaux salées dans les nappes phréatiques
côtières.
Figure 21 : Carte de la distribution géographique des vitesses de variation du niveau de la mer
(1993-2007) (LEGOS ; [Link]
III. Le littoral dans le contexte d'urbanisation :
L'urbanisation constitue un concept à la fois simple et complexe. D'un point de vue
démographique, elle peut être appréhendée soit comme la proportion de la population
résidant en milieu urbain par rapport à la population rurale, soit comme la transition
dynamique de la population rurale vers les centres urbains (Polèse, 1995). Une
acception élargie, qui prend en compte la concentration et la croissance des activités
au sein des agglomérations de caractère urbain, a par la suite été proposée (Moriconi-
Ebrard, in Lévy et Lussault, 2003 ; Amrouni, 2020) (Figure 22). Dans le contexte
littoral, où une concentration de la population et des activités est observée et mesurée,
le phénomène a été qualifié de « littoralisation » par certains auteurs (Cori et
Lazzeroni, 1995 ; Ghodbani et Berrahi, 2013 ; Liziard, 2013). Toutefois, l'usage de ce
terme demeure hétérogène. En conséquence, dans le cadre de cette étude, le terme
d'urbanisation fera référence à l'espace urbain généré par la concentration de la
population dans une zone côtière.
Figure 22 : Impact de l’urbanisation côtière sur la dégradation du système littoral (Amrouni,
2020).