Techniques de suture cutanée détaillées
Techniques de suture cutanée détaillées
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Suture
M. Revol, J.-M. Servant
Le seul point technique important relatif à la suture cutanée concerne le derme, qui doit être suturé à
points séparés inversants de fil résorbable. Il existe quelques exceptions topographiques à cette règle, et
surtout de nombreux procédés complémentaires pour la suture du plan superficiel, facultative et réalisée
le plus souvent par un surjet intradermique de monofilament.
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■ Introduction
Bandelettes adhésives
Lorsqu’elle est possible, la suture est la meilleure méthode
Elles n’ont d’indication que lorsque le plan profond (dermi-
pour fermer une plaie ou une perte de substance.
que) est intact ou suturé. Elles peuvent alors remplacer ou
compléter un surjet intradermique. Toutes les bandelettes
adhésives du commerce ne se valent pas, en particulier pour ce
■ Matériel de suture qui concerne leur facilité de pose et leur durée d’adhésion. Il est
déconseiller d’utiliser ces bandelettes pour soulager la tension
Nous ne détaillons pas le matériel de suture, que chacun d’une suture, car elles risquent alors d’entraîner l’arrachement
connaît et utilise en fonction de ses habitudes ou de la néces- tangentiel de l’épiderme où elles sont collées, avec la formation
sité. Nous n’insistons ici que sur les points importants. mécanique d’une phlyctène, souvent confondue à tort avec une
allergie.
Fils
Colles
Résorbables et non résorbables, ils existent chacun sous deux
formes : fil tressé et monofilament. Les monofilaments non Les colles cutanées (cyanoacrylate) ne sont que des alternati-
résorbables sont le plus souvent employés pour les plans ves aux bandelettes adhésives, dont elles partagent les indi-
superficiels, alors que les fils tressés résorbables sont le plus cations : plaies très superficielles ou suture dermique déjà
■ Techniques de suture
Peau
Les berges d’une perte de substance doivent être rapprochées
par des points assurant un bon contact tissulaire en profondeur La zone résistante de la peau est le derme. C’est en prenant
et en superficie. Des points profonds et des points superficiels un bon appui sur le derme qu’une suture est solide. C’est
sont utilisés. Une suture se fait plan par plan, de la profondeur l’affrontement dermique qui conditionne l’affrontement épider-
à la superficie. Les couches rencontrées sont : le muscle, mique et donc la qualité de la suture. Il existe donc une
l’aponévrose, le tissu cellulaire sous-cutané et la peau. Tout technique de référence pour suturer la peau.
décalage doit être évité. Dans le sens horizontal, les points
homologues sont rapprochés. Dans le sens vertical, les berges Technique de référence
sont affrontées plan par plan à niveau pour éviter tout chevau-
Le secret d’une suture cutanée correcte est le derme, qui est
chement d’une berge sur l’autre.
le seul plan résistant sur lequel peut s’appuyer la suture. Sauf
exceptions topographiques (cf. infra), ce plan dermique est le
Muscle seul qui soit indispensable. Il est réalisable par deux types de
points séparés : points dermiques simples ou points à appui
Le muscle est une structure peu résistante à la striction. Des dermique. Tous les deux doivent être noués en profondeur, sous
points en « X » peu serrés, réalisés à l’aide d’un fil tressé le derme. Lorsqu’il est correctement réalisé, le plan dermique
résorbable, prenant un double appui sur chaque berge, permet- peut suffire à lui seul à assurer une cicatrisation de première
tent de rapprocher les tranches musculaires sans les sectionner intention. Il est en règle réalisé avec du fil résorbable.
(Fig. 1).
Plan dermique
Aponévrose Points dermiques. Les points dermiques chargent le derme
de part et d’autre de façon que le nœud soit situé en profon-
L’aponévrose est suturée à l’aide de points séparés noués en deur, c’est-à-dire de la profondeur à la superficie sur le premier
superficie (Fig. 2). Il est également possible d’employer des côté et de la superficie à la profondeur sur le second (Fig. 4). Ils
points en « X » ou en surjet. Les fils les plus employés sont des sont réalisés à l’aide d’un petit fil tressé résorbable.
fils tressés résorbables. Points à appui dermique. Lorsque la tension est très grande,
les points dermiques standards sont trop ischémiants à la
Tissu cellulaire sous-cutané tranche et il est nécessaire de recourir à des points à appui
dermique. Le fil passé sur le premier côté de la profondeur à la
Quelques points résorbables sont parfois mis en place lorsque superficie prend appui assez loin sur le derme dans lequel il est
le pannicule adipeux est important. Ils ont simplement pour faufilé et ressort du derme à distance de la tranche (Fig. 5, 6).
but d’éviter un espace mort dans lequel pourrait se constituer Le derme, au niveau de la tranche de section elle-même, n’est
un hématome. Les nœuds sont très peu serrés dans ce tissu sans pas chargé par le fil. Le passage est symétrique sur le deuxième
aucune résistance (Fig. 3). côté.
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Autres techniques
Points séparés simples
Les points chargent l’épiderme et le derme, de façon symétri-
que sur chaque berge. Il existe toujours une rétraction cicatri-
Figure 4. Points dermiques. La zone la plus résistante de la peau est le cielle le long de la section qui a tendance à invaginer
derme. Pour faire une suture solide, un point dermique est réalisé ; il est discrètement la cicatrice. Pour prévenir cette tendance, la suture
passé d’abord de la profondeur à la superficie sur le premier côté, puis de initiale doit être légèrement éversante (Fig. 10).
la superficie à la profondeur sur le second. Lorsque le nœud est serré, il se
retrouve enfoui et ne vient pas faire saillie entre les lèvres de la plaie. Points simples invaginants et éversants (Fig. 11)
Lorsque l’aiguille est insérée parallèlement aux berges de la
plaie, la suture est initialement parfaitement à niveau ; mais
nous avons vu que la rétraction cicatricielle entraîne une
discrète invagination de la cicatrice.
Lorsque l’aiguille charge plus large en superficie qu’en
profondeur, la suture est invaginée. La cicatrice finale l’est donc
d’autant plus.
Le point idéal est légèrement éversant. L’aiguille charge plus
largement en profondeur qu’en superficie. Après rétraction, la
cicatrice est parfaitement à niveau.
Les points superficiels, mis en complément des points
dermiques, sont réalisés à l’aide de monofilaments fins ou très
Figure 5. Points à appui dermique. Lorsque la tension est très impor-
fins. Les nœuds sont peu serrés. Pour limiter les cicatrices, les
tante, des points dermiques particuliers sont employés. Les points à appui
fils sont enlevés précocement vers le cinquième jour.
dermique sont passés de la profondeur à la superficie, faufilés dans le
derme sur 1 cm avant de ressortir du derme à 1 cm de la berge. Le trajet Autres points
inverse est réalisé sur l’autre côté. Lorsque le nœud est serré, la tension est
extrêmement forte sur les passages dermiques, mais la portion la plus Points de Blair et Donati. Lorsqu’il existe une certaine
interne de la berge de la plaie est détendue. tension et qu’il n’est pas possible de placer des points dermi-
ques, le point de Blair et Donati est utilisé. Au premier passage,
le fil charge à distance de la berge, au second passage, près de
Au moment du serrage du nœud, la tension est maximale sur la berge (Fig. 12). Le double passage dans le derme permet un
les passages dermiques à distance de la tranche. Chaque zone meilleur appui. Ce point réalisé à l’aide d’un monofilament non
d’appui dermique est au sommet d’un cône de tension impor- résorbable est laissé en place assez longtemps (de 10 à 15 jours),
tante. Entre les cônes et le long du bord, la tension cutanée plus car il n’est indiqué que s’il existe une tension assez importante.
faible permet une bonne perfusion cutanée. Cette technique de Ce point laisse donc des cicatrices visibles.
suture permet de fermer sous tension considérable, sans risquer Points appuyés. Lorsque la tension est encore plus forte, la
la nécrose ischémique des berges qu’entraîneraient des points suture peut être appuyée sur des bourdonnets. La tension se
dermiques standards (Fig. 7). Les passages dermiques sous forte répartit à la fois sur le derme et sur la surface du bourdonnet
tension laissent des cicatrices sous-cutanées de part et d’autre de en contact avec la peau (Fig. 13). Ce point réalisé avec un gros
la suture correspondant aux déchirures dermiques. Cette monofilament est laissé en place longtemps (3 semaines), en
séquelle cicatricielle non négligeable est le prix à payer pour raison de la tension qui l’a fait utiliser.
réaliser une suture directe sous très grande tension. Points en cadre. Les points cutanés en cadre sont peu
Les fils utilisés sont de gros fils tressés résorbables. employés car très ischémiants (Fig. 14).
Points cutanéodermiques en cadre. Les points cutanéoder-
Plan superficiel : surjet intradermique (Fig. 8) miques en cadre ne chargent que le derme sur l’une des berges
(Fig. 15). Ils permettent d’affronter des berges d’épaisseur
Facultatif, le plan superficiel ne doit être réalisé que lorsque
différente.
le plan dermique a été suturé comme on vient de le voir, ou
Points d’angle. Pour éviter la nécrose de la pointe d’un
lorsque sa suture est impossible ou déconseillée en raison de
lambeau triangulaire, un point d’angle est classiquement utilisé.
certaines particularités topographiques (cf. infra). Le surjet
Il s’agit d’un point cutanéodermique en cadre qui ne prend que
intradermique est la meilleure technique de suture de la peau
le derme à la pointe du lambeau (Fig. 16). Pour éviter l’ischémie
puisqu’elle ne laisse pas de traces (Fig. 9). Le fil est passé dans
qu’entraîne le serrage du nœud, les deux extrémités du fil sont
le derme dans chaque berge. Le passage dermique doit être au
parfois laissées parallèles et bloquées par deux bandelettes
même niveau sur les deux berges pour éviter tout chevauche-
adhésives.
ment. La répartition des prises doit être symétrique pour réaliser
un bon affrontement sur toute la longueur de la suture. Les Autres surjets
points dermiques sont peu serrés car ils servent simplement à
l’affrontement et ne laissent donc aucune séquelle cicatricielle. Il existe de nombreuses variétés de surjets (Fig. 17).
À ses extrémités, le surjet est arrêté sur un nœud ou par des Surjet simple. Les points sont bien répartis et le fil est serré
bandelettes adhésives. modérément pour éviter une invagination des berges.
Les surjets sont réalisés à l’aide de monofilaments assez gros Surjet en « U ». Le surjet en « U » est un excellent surjet qui
pour pouvoir être retirés sans les casser. Des surjets au fil d’acier affronte parfaitement les deux berges.
sont également possibles. Surjet passé. C’est un surjet dans lequel le fil est passé dans
Certains utilisent des surjets enfouis réalisés avec des fils la boucle du passage précédent. Ce surjet est ischémiant ; c’est
résorbables. Certains surjets sont enlevés très précocement. donc un mauvais surjet pour la peau. Au cuir chevelu, il est
Figure 6. Point sous-cutané à appui dermique (A à G). Après une mastectomie selon Patey, il existe une perte de substance cutanée qui ne peut être couverte
par une suture qu’au prix d’une certaine tension. C’est donc l’indication typique d’une suture avec un plan sous-cutané à points inversants à appui dermique.
Noter à quelle distance de la berge la pointe de l’aiguille pénètre dans le derme (B). Noter aussi que l’aiguille ne sort pas dans la tranche de section mais sous
celle-ci (C).
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Figure 14. Points en cadre. Deux passages parallèles sont réalisés dans
la berge, l’entrée du deuxième passage étant du même côté que la sortie
du premier. Ce point, lorsqu’il est serré, réalise une ischémie de la berge.
orbiculaire à points séparés de fil non résorbable (monofilament nœuds (au moins six sur chaque point), bien serrés pour éviter
de Nylon®) et la peau de la lèvre blanche à points séparés le lâchage prématuré des sutures.
simples de fil non résorbable très fin. Ablation de ces derniers Quelle que soit la suture, la douche à l’eau du robinet peut
fils entre 5 et 7 jours. être autorisée dès le lendemain.
Oreilles
Après éventuellement quelques points d’un monofilament fin
incolore pour rapprocher le cartilage, un seul plan de points
■ Complications
séparés simples au fil non résorbable, qu’il s’agisse du pavillon
ou du lobule. Ablation des fils entre 7 et 10 jours. Comme toute technique chirurgicale, la suture cutanée
comporte des risques de complications. En se limitant aux
Plaque aréolomammelonaire complications plus spécifiques de la suture elle-même, on peut
citer :
Plan profond à points dermiques inversants de fil résorbable. • désunion, lâchage précoce des sutures ;
Plan superficiel à points séparés cutanéodermiques en cadre de
• infection, suppuration : localisée sur un fil sous-cutané ou
Skoog, avec le nœud sur l’aréole et la partie dermique sous la
généralisée à l’ensemble de la plaie ;
berge opposée. Un surjet en « U » de Skoog est aussi possible.
• hémorragie, hématome ;
Ablation des fils entre 10 et 15 jours.
• nécrose cutanée par traction excessive ;
Mains, pieds • botriomycome survenant sur une partie désunie ;
• complications des bandelettes adhésives et/ou des panse-
Pas de plan profond. Plan superficiel à points séparés simples ments (allergie à la colle, phlyctène par traction tangentielle
(pas de surjets, pas d’agrafes). Ablation des fils entre 12 et excessive) ;
17 jours. • modifications de la sensibilité des berges ;
• cicatrices : imprévisibles, évolutives et aléatoires ; même avec
Périnée, organes génitaux externes
une technique de suture parfaite, la cicatrice peut être élargie,
Un seul plan de points séparés simples au fil à résorption en relief hypertrophique, ou pigmentée. Le chirurgien fait la
rapide. Comme pour la muqueuse buccale, faire de nombreux suture et le patient fait la cicatrice.
Toute référence à cet article doit porter la mention : Revol M., Servant J.-M. Suture. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris), Techniques chirurgicales - Chirurgie
plastique reconstructrice et esthétique, 45-030, 2010.
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