Méthodes de calcul des limites en mathématiques
Méthodes de calcul des limites en mathématiques
Introduction et historique
Le but de cette leçon est de donner des méthodes de calcul pour déterminer des limites de fonctions
numériques. On passera donc rapidement sur la théorie et les rappels. La définition rigoureuse par les ǫ
est donnée pour la forme et expliquée à l’aide de dessins et d’applets java. Les limites usuelles,
opérations et formes indéterminées, déjà au programme de terminale, sont rappelées dans un résumé
pour passer rapidement aux techniques de calcul.
Le concept de nombre réel attaché à une quantité continue commence a émerger à partir de -580 chez
les mathématiciens grecs. L’existence des nombres irrationnels, l’apparition de l’infini et la notion de
continu sont illustrés par Zénon (Vème siècle avant JC) dans le paradoxe d’Achille et la tortue. Dans les
éléments d’Euclide apparaissent également des grandeurs “incommensurables”. C’est au XVIIème siècle
que la notion de calcul infinitésimal se développe avec Newton (1642-1727), Leibniz (1646-1716),
Lagrange (1736-1813)... Au XIXème siècle, Augustin Louis Cauchy (1789-1857) présente la notion de
limite de façon rigoureuse et Karl Weierstrass (1815-1897) présente la définition des limites à l’aide des ǫ
et des quantificateurs; c’est cette définition qui est utilisée aujourd’hui. Leibniz utilise la notion
d’infiniment petit de façon floue et celle-ci ne sera définie rigoureusement qu’au XXème siècle par
Abraham Robinson (1918-1974).
Parmi les élèves de Weierstrass, on trouve Sophie Kovalevski (1850-1891) mathématicienne et
romancière russe, qui fut la première femme à obtenir un poste de professeur d’Université (à une époque
où les femmes n’ont pas le droit d’y suivre des cours) et également la première femme à entrer à
l’Académie des Sciences de russie. Gosta Mittag-Leffler (1846-1927) est un mathématicien suédois, ami
de Weierstrass et de Sophie Kovaleski. C’est à cause de lui que le prix Nobel de Mathématiques n’existe
pas: Mittag-Leffler et Alfred Nobel fréquentait la même femme et Nobel ne voulut pas qu’un
mathématicien soit récompensé par son prix.
Un résultat très important de cette leçon est le théorème de l’Hospital. Guillaume François Antoine de
l’Hospital (1661-1704), comte d’Autremont et marquis de Saint-Mesme, publia en 1696 un ouvrage les
limites appelé “analyse des infiniment petits pour l’intelligence des lignes courbres”. On sait aujourd’hui
que l’Hospital a acheté la plupart des résultats de ce traité à Jean Bernoulli; c’est ce dernier qui a en
fait démontré la règle de l’Hospital en 1694.
Dans toute la suite de cette leçon nous supposerons les fonctions définies sur un voisinage I de x0 ∈ R.
2.1 Définitions
2.1.1 Limite en un point
Définition 12
Soit f une fonction définie sur un intervalle I de R et à valeurs dans R .
lim f (x) = l ⇔ ∀ǫ > 0, ∃ α > 0/ |x − x0 | < α ⇒ |f (x) − l| < ǫ
x→x0
lim f (x) = +∞ ⇔ ∀A > 0, ∃ α > 0/ |x − x0 | < α ⇒ f (x) > A
x→x0
lim f (x) = l ⇔ ∀ǫ > 0, ∃ x0 / x > x0 ⇒ |f (x) − l| < ǫ
x→+∞
lim f (x) = +∞ ⇔ ∀A > 0, ∃ x0 / x > x0 ⇒ f (x) > A
x→+∞
31
Dans le cas de la limite de f en l’∞, on supposera que I=[a, +∞[.
On définit de même lim f (x) = −∞ en remplaçant dans la seconde formule > A par < −A.
x→x0
Et l’on définit lim f (x) = −∞ en remplaçant dans la dernière formule f (x) > A par f (x) < −A.
x→±∞
On peut aussi parler de limite à droite ou à gauche dans les 2 premières formules en remplaçant
|x − x0 | < α par respectivement −α < x − x0 < et 0 < x − x0 < α.
Les différents schémas ci-dessous et l’exécution de l’applet expliquent ces formules.
Pour les limites de fonctions usuelles, se reporter aussi au résumé.
l+ǫ
ǫ
l b b
x0 − α x x0 x0 + α
b b f (x) b b
α l−ǫ
l
b b b b b
x0 − α x x0 x0 + α
b b f (x) b
α
A b
b b b
A f (x) O x0 − α x x0
b
f (x)
l
f (x) b A b
l−ǫ b
b b b b
O x0 x O x0 x
Définition 13
lim f (x) = l ⇐⇒ si x se rapproche de x0 alors f (x) se rapproche de l.
x→x0
Théorème 6
lim f (x) = l ⇐⇒ ∀(un )n≥0 / lim un = x0 ⇒ lim f (un ) = l
x→x0 n→+∞ n→+∞
Ex:
Considérons la fonction f (x) = x2 et cherchons sa limite en x = 2. En utilisant une calculatrice (ou en
faisant le calcul à la main), on constate que lorsque x se rapproche de x0 = 2, alors f (x) se rapproche de
la valeur 4. C’est que nous allons démontrer en utilisant la (vraie) définition:
Choisissons un nombre ǫ > 0 et considérons les quantités f (x0 ) + ǫ et f (x0 ) − ǫ sur l’axe des ordonnées.
Ces deux valeurs ont pour antécédent par f les nombres a et b définis par a2 = f (x0 ) − ǫ = x20 − ǫ et
b2 =qf (x0 ) + ǫ = x20 q
+ ǫ, autrement dit,
a = x20 + ǫ et b = x20 + ǫ. Posons α = inf(|x0 − a|, |x0 − b|) de sorte que α est la distance qui sépare
x0 du plus proche des deux points a et b (aidez-vous d’un dessin). Si l’on choisit maintenant x dans
l’intervalle ]x0 − α, x0 + α[, alors par construction de α nous sommes assurés que
f (x) ∈]f (x0 ) − ǫ, f (x0 ) + ǫ[ de sorte que l’on a bien |f (x) − f (x0 )| < ǫ. Puisque le nombre choisi ǫ est
quelconque, cette démonstration est valable pour tout ǫ > 0 et la définition de la limite est satisfaite,
ainsi lim f (x) = f (2) = 4
x→2
Examinons les deux figures ci-dessous qui illustrent un cas où la fonction f (x) (dont la courbe est en
bleu) n’admet pas de limite lorsque x tend vers x0 :
f (x) b b
b bc
l′
l b b
x0 − α x0 x x0 + α ǫ
b b l−ǫ b b
l l′
b b b b b b b
l−ǫ ǫ f (x) O x0 − α x0 x
On constate que si x tend vers x0 par la gauche, la définition est satisfaite. Par contre, si x tend vers x0
par la droite et si ǫ < |l − l′ |, quelque soit le choix de α, f (x) ne pourra pas se rapprocher de l de façon
arbitraire. En fait, la fonction admet une limite à gauche égale à l et une limite à droite égale à l′ .
Théorème 7
Lorsqu’elle existe, la limite est unique.
Démo
Supposons l’existence de deux limites l et l′ pour f en un point x0 . Pour tout ǫ > 0, on a |f (x) − l| < ǫ
et |f (x) − l′ | < ǫ. Par ailleurs, d’après l’inégalité triangulaire, |l − l′ | ≤ |l − f (x)| + |f (x) − l′ | < 2ǫ.
Comme ǫ est quelconque, |l − l′ | < ǫ signifie que l = l′
Remarque 1
• Une fonction n’a pas besoin d’être définie en un point pour avoir une limite en ce point.
• Si f (x0 ) existe, limx→x0 f (x) n’est pas nécessairement égale à f (x0 ).
Théorème 8
Si f est continue en x0 , lim f (x) = f (x0 )
x→x0
Ce théorème nous donne un moyen rapide de trouver beaucoup de limites: la plupart des fonctions
usuelles sont continues sur R ou sur leur domaine de définition. Pour toutes ces fonctions (sin, cos, tan,
Ex: lim sin x n’existe pas car la fonction oscille perpétuellement entre −1 et 1.
x→+∞
Ex: lim tan x n’existe pas mais par contre on a une limite à droite et une limite à gauche:
x→π/2
lim tan x = +∞ et lim tan x = −∞
x→π/2+ x→π/2−
sin x
Ex: lim = 1 et pourtant cette fonction n’est pas définie en 1.
x→0 x
1 2
0.8
0 0 0.4
−5 0 5 −4 0 4
x x
y
0.0
−20 −10 0 10 20
x
−1 −2
f (x)
1 bc
f (0) = 0
+ l +∞ −∞ × l6= 0 +∞ −∞ ÷ l +∞ −∞
l’ l+l’ +∞ −∞ l’6= 0 ll’ ±∞ ∓∞ l’6= 0 l/l’ ±∞ ∓∞
+∞ +∞ +∞ FI +∞ ±∞ +∞ −∞ +∞ 0 FI FI
−∞ −∞ FI −∞ −∞ ∓∞ −∞ +∞ −∞ 0 FI FI
Si λ est un nombre réel non nul, on a également lim λf (x) = λ lim f (x)
x→• x→•
1 ex e0 1 √
Ex: lim sin( ) = sin 0 = 0; lim x
= 0 = ; lim+ ln(1/ x) = lim ln x = +∞
x→+∞ x x→0 1 + e e +1 2 x→0 x→+∞
Pour un polynôme, c’est la limite du terme de plus haut degré en ∞ et de plus bas degré en 0.
Pour une fraction, c’est la limite du quotient des termes de plus haut degré en ∞ et de plus bas degré en 0.
Démo
lim u(x) = +∞ ⇔ ∀A > 0, ∃X/ x > X ⇒ f (x) > A.
x→+∞
Fixons A > 0 et soit X vérifiant la propriété ci dessus.
Posons x1 = max(x0 , X). Alors ∀x > x1 f (x) > u(x) > A.
Ce qui prouve que lim f (x) = +∞
x→+∞
La démonstration est la même pour −∞.
Ex: lim x + sin x
x→±∞
Théorème 10 (d’encadrement)
Si ∀x > x0 |f (x) − l| ≤ u(x) avec lim u(x) = 0 alors lim f (x) = l
x→+∞ x→+∞
Démo
Les hypothèses impliquent par définition de la limite que lim |f (x) − l| = 0 ⇒ lim f (x) = l
x→+∞ x→+∞
sin x
Ex: lim 1 +
x→+∞ x
sin x 1 x→+∞
f (x) − 1 = ⇒ |f (x) − 1| ≤ −−−−−→ 0 ⇒ lim f (x) = 1
x x x→+∞
4
0.5
1.6
2
0 0.0
−4 −2 0 2 4 0 5 10 15 20 25
x 1.2 x
−2
−0.5
−4
0.8
−6
0 10 20 30 40 −1.0
Démo
Il s’agit encore d’une conséquence directe de la définition.
1 sin x 1 sin x 1 1
Ex: − ≤ ≤ ⇒ lim = lim − = lim =0
x x x x→+∞ x x→+∞ x x→+∞ x
Les trois théorèmes précédents sont aussi valables ailleurs qu’en l’infini (nous ne citons la modification
que pour le théorème de l’Hospital, mais l’énoncé est le même pour les deux autres théorèmes):
En d’autres termes, si f (x) est coincée, sur un voisinage de x0 , entre deux fonctions u(x) et v(x) qui ont
même limite, alors f (x) tend vers cette limite commune. Les anglo-saxons appellent ce théorème le
théorème de pincement ou le théorème du sandwich (“squeezing theorem” ou “pinching theorem”).
1
Ex: Calculons lim x sin( )
x→0 x
1
IL est clair que lim sin( ) n’existe pas car lorsque x → 0, 1/x tend vers l’infini. Par contre,
x→0 x
1 1
−x ≤ x sin( ) ≤ x pour tout x 6= 0. Comme lim x = lim (−x) = 0 alors lim x sin( ) = 0
x x→0 x→0 x→0 x
0.2
0.1
0.0
0.0 0.05 0.1 0.15
x
−0.1
−0.2
∞
Ce théorème reste valable si l’on remplace x0 par ±∞ où si les limites sont de la forme
∞
Démo
La démonstration utilise le théorème de Rolle qui sera vu lors de la leçon sur la dérivation.
Vous pouvez passer dans un premier temps ce qui suit et y revenir plus tard dans l’année.
Sur I = [a, b] posons h(x) = f (x)(g(b) − g(a)) − g(x)(f (b) − f (a))
La fonction h est continue sur [a, b], dérivable sur ]a, b[ et vérifie h(a) = h(b).
D’après le théorème de Rolle, ∃ c ∈]a, b[ / h′ (c) = 0 ⇒ f ′ (c)(g(b) − g(a)) = g ′ (c)(f (b) − f (a)) (1)
f ′ (x) f ′ (x)
Mais par hypothèse, lim = l donc ∀ǫ > 0, ∃α > 0/ 0 < |x − x0 | < α ⇒ | − l| < ǫ
x→x0 g ′ (x) g ′ (x)
f (x) − f (x0 ) f (x) f ′ (c)
Soit alors y ∈ I/ 0 < |y − x0 | < α. D’après (1), ∃ c ∈]x0 , y[ / = = ′
g(x) − g(x0 ) g(x) g (c)
f (y) f (x)
Ainsi, | − l| < ǫ et il en résulte que lim =l
g(y) x→x0 g(x)
sin x cos x
Ex: lim = lim =1
x→0 x x→0 1
1
1 ex − 1 1
Ex: lim x(e x − 1) = lim 1 = lim e x = 1
x→+∞ x→+∞ x→+∞
x
tan x − sin x 1
Ex: lim = lim − cos x = 0
x→0 x x→0 cos2 x
La règle de l’Hospital est un théorème très puissant qui permet facilement de lever beaucoup
d’indéterminations.
Propriété 16
x x
• lim u(x) = 0 ⇒ ln(1 + u(x)) ∼0 u(x) et eu(x) − 1 ∼0 u(x)
x→x0
x0 x
• u ∼ v et lim v(x) 6= 1 ⇒ ln u(x) ∼0 ln v(x)
x→x0
x x
• lim (u(x) − v(x)) = 0 et u(x) ∼0 v(x) ⇒ eu(x) ∼0 ev(x)
x→x0
Démo
0 0
• Cette propriété découle de la définition et du fait que ln(1 + u) ∼ u et eu − 1 ∼ u
ln(1 + ǫ(x))
• u(x) = v(x)(1 + ǫ(x)) ⇒ ln(u(x)) = ln(v(x)) + ln(1 + ǫ(x)) ⇒ ln(u(x)) = ln(v(x))[1 + ]
ln(v(x))
lim ǫ(x) = 0 ⇒ lim ln(1 + ǫ(x)) = 0 et lim v(x) 6= 1 ⇒ lim ln v(x) 6= 0
x→x0 x→x0 x→x0 x→x0
x
On a donc bien ln u ∼0 ln v
• u(x) = v(x)(1 + ǫ(x)) ⇒ eu(x) = ev(x) × ev(x)ǫ(x)
eu(x) x
lim v(x) = lim ev(x)ǫ(x) de sorte que eu(x) ∼0 ev(x) ⇔ lim (u(x) − v(x)) = 0
x→x0 e x→x0 x→x0
0 0
Ex: ln(1 + sin x) ∼ sin x ∼ x
0 0
Ex: ln(2 + x) ∼ ln(2 + x2 ) car 2 + x ∼ 2 + x2 et lim 2 + x2 6= 1
x→0
0
Cex: 1 + x ∼ 1 + x2 mais ln(1 + x) et ln(1 + x2 ) ne sont pas équivalents en 0
1 0 1 1 0 1 1 1
Ex: ex+ x2 ∼ e x2 car x + ∼ 2 et lim (x + 2 − 2 ) = 0
x2 x x→0 x x
1 0 1 1 1
Cex: 1 + ∼ 2 mais e x2 +1 et e x2 ne sont pas équivalents en 0.
x2 x
Ie deux fonctions ∼ en un point y ont même limite (si elles admettent des limites en ce point).
Démo
f (x) = g(x)(1 + ǫ(x)) ⇒ lim f (x) = lim g(x) × lim (1 + ǫ(x)) ⇒ lim f (x) = lim g(x)
x→x0 x→x0 x→x0 x→x0 x→x0
(1 − cos x)(1 + 2x)
Ex: Calculer lim
x→0 x4 − x2
0
C’est une forme indéterminée du type
0
ln(1 + x)
Ex: Calculer lim
x→0 sin 2x
ln(1 + x) 0 x 1
∼ et la limite vaut donc
sin 2x 2x 2
(x4 − x) sin( x1 )(e1/x − 1)
Ex: Calculer lim
x→+∞ e1/x2 ln(1 − x13 )
1 ∞ 1 1 ∞ 1 ∞ 1 (x4 − x) sin( x1 )(e1/x − 1) ∞
sin ∼ , ln(1 − 3 ) ∼ − 3 , (e1/x − 1) ∼ ⇒ ∼ −x5 et la limite vaut
x x x x x e1/x2 ln(1 − x13 )
donc −∞
x3 + 2x2 + 1 x 1 x
Ex: f (x) = = + 1 + 2 donc ∆ : y = + 1 est asymptote en +∞.
2x2 2 2x 2
0
0 1 2 3 4
1.5 15
10
4
1.0 10
0.5 5
2
0 0.0 1 0
0 1 2 3 0 1 2 3 0 1 2 3 4 0 2 4 6 8 10
x
√ 1
Figure 2.10: x2 ; x; x + 1 + ; 2x − ln x
x
1
Ex: h(x) = x + 1 + possède une asymptote oblique d’équation y = x + 1 en ±∞.
x
Ex: k(x) = 2x − ln x possède une direction asymptotique d’équation y = 2x.
Ex: s(x) = x + sin x possède également une direction asymptotique d’équation y = x en ±∞.
En effet, lim f (x)/x = 1 et lim (f (x) − x) = lim sin x n’existe pas.
x→±∞ x→±∞ x→±∞
———————————-
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