I-L’Architecture Vernaculaire, Héritage et Adaptation au Contexte
1.1 Definition et principes de l’architecture vernaculaire
Le terme vernaculaire trouve son origine dans le latin vernaculus, qui signifiait à l’origine «
relatif aux esclaves nés dans la maison » 1. Avec le temps, ce mot a évolué pour désigner ce
qui est propre à un pays ou à ses habitants. L’architecture vernaculaire, parfois qualifiée
d’architecture locale ou régionale, s’inscrit dans cette logique : elle est façonnée par les
spécificités d’un territoire, d’une époque et d’une communauté. Ce concept, influencé par
l’anglais vernacular architecture, s’est imposé au cours du XXe siècle pour qualifier une
architecture ancrée dans son environnement et développée en dehors des schémas
institutionnels.
En 1997, Paul Oliver apporte un éclairage approfondi sur cette notion en la définissant comme
une architecture issue du savoir populaire, réalisée sans intervention d’architectes et reposant
sur l’utilisation de matériaux locaux et de techniques traditionnelles 2. Il la distingue ainsi de
l’architecture institutionnelle et met en avant des éléments déterminants tels que l’influence
du cadre culturel et naturel, le choix des matériaux, les processus de construction et la valeur
symbolique et décorative des édifices3.
Dans les années 1980, le Centre d’études et de recherches sur l’architecture vernaculaire
(CERAV), en s’appuyant notamment sur les recherches d’Eric Mercer, propose une définition
plus détaillée :
« L’architecture vernaculaire correspond à des ensembles bâtis issus d’une dynamique de
construction ou de reconstruction à l’échelle d’une région ou d’un territoire plus vaste. Son
évolution varie selon les contextes, s’étendant sur plusieurs décennies, voire plus d’un siècle.
Elle témoigne des mutations économiques et sociales d’une époque et reflète les modes de vie
des classes qui l’ont conçue et habitée. À travers des échanges de savoirs et de techniques,
elle peut transcender les frontières régionales et nationales »4.
1
: La Grande Encyclopédie, Paris, Larousse, t. 16, 1973, p3255, col 1.
2
: compte rendu de Paul Oliver, Encyclopedia of Vernacular Architecture of the World, dans L’architecture
vernaculaire, tome 21, 1997.
3
compte rendu de Paul Oliver, Encyclopedia of Vernacular Architecture of the World, dans L’architecture
vernaculaire, tome 21, 1997.
4
Christian Lassure, L’« architecture vernaculaire » : essai de définition, in L’architecture vernaculaire,
sup. No 3, 1983, p. 114.
Cette architecture se distingue par sa capacité à s’adapter aux contraintes locales et par son
rôle fondamental dans l’expression des identités culturelles. Véritable mémoire des sociétés,
elle représente une réponse pragmatique aux besoins des habitants en fonction des ressources
disponibles et des traditions ancrées.
L’architecture vernaculaire présente trois caractéristiques essentielles. D'abord, elle ne repose
pas sur des théories architecturales formelles, mais sur des pratiques traditionnelles transmises
au fil du temps, avec des ajustements apportés par chaque génération tout en conservant une
certaine constance dans les formes. Ensuite, elle se caractérise par une intégration
harmonieuse avec son environnement naturel, prenant en compte les conditions climatiques et
le site spécifique, ce qui permet une relation équilibrée entre l'homme et la nature. Enfin, cette
architecture fait preuve d'une grande adaptabilité, en utilisant des matériaux locaux adaptés
aux besoins spécifiques de la communauté et aux conditions environnementales. Elle répond
ainsi directement aux exigences de la culture locale et aux besoins fonctionnels de ses
habitants, ce qui la distingue de l'architecture savante, qui suit des critères plus universels et
théoriques.
1.2 Les bienfaits de l'architecture vernaculaire
L’architecture vernaculaire, enracinée dans les traditions et adaptée aux environnements
locaux, constitue une alternative durable aux constructions modernes. Grâce à l’utilisation de
matériaux naturels et aux techniques ancestrales, elle offre de nombreux avantages en matière
d’écologie, d’économie et de préservation culturelle.
Tout d’abord, cette forme d’architecture se distingue par sa durabilité environnementale. En
privilégiant des matériaux disponibles localement, elle réduit considérablement l’empreinte
carbone liée à la construction. Comme le soulignent Jahanara et al. (2014), « l’architecture
vernaculaire optimise l'utilisation des ressources naturelles et favorise une consommation
énergétique plus responsable »5. Son intégration avec l’environnement permet ainsi de limiter
le recours aux systèmes artificiels de chauffage ou de climatisation, contribuant à un mode de
vie plus respectueux de la nature.
Par ailleurs, elle se caractérise par une adaptation climatique remarquable. Chaque
construction est pensée en fonction du climat spécifique de la région, ce qui améliore
naturellement le confort thermique des habitations. Selon Coch (1998), « les bâtiments
vernaculaires reposent sur le principe du bioclimatisme, permettant ainsi une régulation
thermique efficace sans nécessiter d’équipements coûteux et énergivores » 6. Cette approche
architecturale prouve ainsi qu’il est possible d’optimiser l’habitat en s’inspirant des savoir-
faire traditionnels.
L’architecture vernaculaire joue également un rôle fondamental dans la préservation du
patrimoine culturel. Chaque région développe un style de construction propre, reflétant son
histoire, ses traditions et ses valeurs. Selon Fernandes et al. (2014), « l’utilisation des
matériaux locaux et des techniques ancestrales renforce l’identité culturelle et assure la
transmission des savoir-faire aux générations futures ». Ainsi, cette architecture ne se limite
pas à la fonctionnalité d’un bâtiment, elle devient un véritable vecteur de mémoire collective
et un témoignage vivant de l’évolution des sociétés.
5
Jahanara, A., Eshkalak, N. J., & Shahidipour, S. (2014). Vernacular Architecture as a
Strategy Toward Sustainable Building Design
6
Coch, H. (1998). Bioclimatism in vernacular architecture. Renewable and Sustainable
Energy Reviews.
D’un point de vue économique, l’architecture vernaculaire présente aussi l’avantage d’être
plus accessible. En utilisant des ressources locales et des techniques simples, elle réduit
considérablement les coûts de construction. Tawayha et al. (2019) affirment « ces méthodes
permettent de rendre le logement plus abordable tout en garantissant une solidité et une
durabilité optimales ». De plus, la limitation des importations de matériaux onéreux et
polluants contribue à l'autosuffisance des communautés locales.
Enfin, un autre atout essentiel réside dans sa résilience face aux catastrophes naturelles. Les
habitations traditionnelles sont souvent conçues pour s’adapter aux aléas du climat et aux
risques géologiques. Selon Dipasquale et al. (2014), « les structures vernaculaires présentent
une capacité d’adaptation qui leur permet de mieux résister aux changements climatiques et
7
aux événements extrêmes ». Cette approche s’inscrit ainsi dans une logique de
développement durable et de construction responsable, offrant des solutions viables pour
l’avenir.
En conclusion, l’architecture vernaculaire représente un modèle inspirant alliant respect de
l’environnement, optimisation des ressources et préservation du patrimoine culturel. Comme
le souligne Jahanara et al. (2014), « cette forme de construction est un exemple de résilience
et d’innovation, démontrant que les savoir-faire du passé peuvent servir de fondement à
l’architecture de demain »8. Son intégration dans les projets contemporains pourrait ainsi
favoriser une approche plus durable et plus harmonieuse de l’habitat humain.
7
Dipasquale, L., Mecca, S., & Özel, B. (2014). Resilience of vernacular architecture.
8
Jahanara, A., Eshkalak, N. J., & Shahidipour, S. (2014). Vernacular Architecture as a
Strategy Toward Sustainable Building Design.