PSY 1013 Lecture complémentaire (semaine 3)
La revue de la littérature1
Par Maurice Angers
Quand on veut choisir un sujet de recherche, on ne peut négliger de prendre
connaissance de ce qui a pu être écrit sur ce sujet, ne serait-ce au départ que des définitions qui
peuvent en être données. En se renseignant sur le sens exact d’un sujet envisagé et sur les
travaux auxquels il a donné lieu, on évite ainsi de s’engager à l’aveuglette dans une recherche.
Les ressources en bibliothèque sont d’un apport inestimable sur ce plan. À l’aube d’une
recherche, on va d’abord consulter les textes, les publications sur le sujet choisi. On peut
consacrer plusieurs mois à approfondir toute la documentation pertinente. Quand on dispose de
moins de temps, on peut tout de même survoler la question et se renseigner sur la nature et les
différents aspects du sujet prévu.
La revue de la littérature, pour être efficace, doit se faire selon une démarche docu-mentaire
particulière. Mais pour que cette démarche soit bien comprise, il y a lieu de préciser auparavant
quelle est l’organisation de la documentation dans une biblio-thèque ou un centre de documen-
tation puisque c’est là, principalement, qu’on ira à la découverte de la littérature sur son sujet de
recherche.
La documentation dans une bibliothèque
Pour donner accès aux documents dont elle dispose, une bibliothèque ou un centre de documen-
tation établit un catalogue général de ce qu’elle possède. On y classe les documents de trois
façons : par le nom des auteurs ou des organismes, par le titre mais aussi par le ou les sujets
traités. Pour établir le ou les sujets d’un document, le ou la bibliothécaire l’examine à l’aide d’un
thésaurus, dictionnaire de termes normalisés à cette fin. Puis, il ou elle va qualifier
le document d’une ou de plusieurs vedettes-matière, c’est-à-dire les termes choisis dans le
thésaurus qui semblent le mieux décrire la matière traitée dans le document. Les périodiques
ou revues de toutes sortes de même que les journaux sont cependant classés à part dans des
catalogues appelés index où, là encore, ce sont des vedettes-matière qui guident la découverte
d’articles sur un sujet donné.
La démarche à suivre
Pour mener à bien sa revue de littérature, on doit étoffer son sujet de recherche, trouver une liste
de mots clés, utiliser les ouvrages de référence générale, consulter l’index des périodiques, le
catalogue général et autres sources, établir une liste de documents se rapportant au sujet
de sa recherche, pointer les documents à lire et mettre sur fiches les éléments à retenir de la
1. Angers, Maurice (1996). Initiation pratique à la méthodologie des sciences humaines, (2e éd.). Montréal (Québec) :
Éditions CEC, pp. 85-92.
1
PSY 1013 Lecture complémentaire (semaine 3)
lecture. Ces actions sont présentées dans un ordre permettant de minimiser les allers et retours
tout en s’assurant qu’on va bien cerner la littérature sur son sujet de recherche.
Étoffer le sujet de recherche
Si le sujet de sa recherche s’est exprimé jusqu’ici en un mot ou deux, cela ne suffit plus pour aller
à la découverte de la littérature sur son sujet, car on risque d’être rapidement submergé par un
amoncellement de documents. Le travail, la famille, les jeunes, pour ne prendre que quelques
exemples, sont des thèmes qui ont donné lieu à une masse d’écrits. On réduit grandement la
recherche documentaire si, dès le départ, on fait un énoncé du sujet. Cela pourrait
donner, en reprenant les trois thèmes précédents, le travail à la chaîne dans la restauration, la vie
de famille à la ville au 19e siècle ou les conceptions de l’avenir chez les jeunes sans diplôme
d’études secondaires. Le sujet est ainsi étoffé et on commence par la même occasion à cerner
davantage ce qui nous intéresse.
Trouver une liste de mots clés
La fouille dans les catalogues de la bilbiothèque se fait à l’aide de vedettes-matière. Il faut donc
avoir suffisamment de mots associés à son sujet pour profiter au maximum des catalogues. Il
s’agit ainsi d’explorer les diverses facettes de son sujet pour associer d’autres mots à ceux qu’on
a déjà employés pour l’énoncer. Divers outils de référence peuvent être utilisés. Un dictionnaire
usuel de la langue, en fournissant une ou des définitions de chaque mot du sujet, accompagnés
souvent d’autres indications, élargit déjà le vocabulaire de base. Un dictionnaire des synonymes
va aussi dans le même sens. Un thésaurus de la langue française permet de plus d’explorer un
ensemble d’expressions pouvant se rattacher à son sujet. Ne serait-ce que sur la famille, si on
reprend cet exemple, on peut établir une liste de mots apparentés : cellule familiale, famille
nucléaire, foyer, maisonnée, parents, tuteurs, mère, père, etc. On fait de même avec les autres
mots de son sujet. Ce sont des mots clés parce qu’ils vont possiblement nous ouvrir aux vedettes-
matière des catalogues de la bibliothèque.
Utiliser les ouvrages de référence générale
À la bibliothèque, diverses avenues s’offrent pour l’exploration documentaire. Avec nos mots clés,
on peut emprunter une première voie en consultant sur place, à la section « Référence », les
ouvrages de référence générale. On y trouve, outre les dictionnaires usuels, des dictionnaires
spécialisés comme ceux des sciences humaines, des sciences sociales ou de disciplines particu-
lières. Ces ouvrages peuvent aussi porter le titre de vocabulaire ou de lexique. En les examinant,
on va découvrir lesquels de nos mots clés ont une teneur scientifique puisqu’ils y sont répertoriés,
définis, parfois accompagnés d’une petite histoire de leur usage ou des recherches auxquelles ils
ont donné lieu. De façon générale, les encyclopédies fournissent de même une information qui va
au-delà de la définition en montrant dans quel contexte un sujet a été abordé, par quels auteurs,
dans quelles disciplines ou à partir de quelles considérations théoriques. Comme pour les
dictionnaires, il y a des encyclopédies de caractère général ou spécialisées dans une discipline
particulière.
2
PSY 1013 Lecture complémentaire (semaine 3)
Consulter l’index des périodiques
À l’aide de mots clés de plus en plus signifiants pour qualifier sa recherche, on peut explorer une
seconde voie, celle de l’index des périodiques qui se compose de vedettes-matière donnant accès
à des articles de revues sur différents sujets. C’est d’abord là qu’on se dirige car à partir de la con-
sultation de cet outil de repérage, on peut s’orienter vers des revues qui permettront de se faire
une idée, à travers des articles relativement courts, des réflexions actuelles sur la question
envisagée. Un index recense toutes les revues publiées dans une langue, dans un pays et à
l’étranger; l’index Point de repère en est un exemple.
Les articles répertoriés dans les index peuvent provenir de revues à grand public ou de revues
scientifiques. Les premières sont d’intérêt général et les secondes sont spécialisées dans l’une ou
l’autre des disciplines des sciences humaines. Une revue d’intérêt général telle que L’Actualité ne
fait pas un traitement scientifique d’un sujet. Elle peut néanmoins fournir des indications sur
le questionnement actuel en rapport avec ce sujet. À l’inverse, la revue scientifique s’adresse, la
plupart du temps, à des spécialistes ou du moins à ceux et celles qui ont déjà une connaissance
minimale du sujet. Un article peut présenter une synthèse de recherches déjà menées sur un sujet
ou exposer les résultats d’une recherche particulière. Il peut ainsi se révéler des plus profitables
de lire ce type d’article qui peut aider à alimenter un problème de recherche de toutes sortes de
façons (perspectives, hypothèses, méthodologies, etc.).
Si le sujet de recherche, de par sa nature, comme examiner l’idéologie d’un journal, amène à
devoir recueillir des données dans des documents, il faut immédiatement s’assurer qu’un index
les répertorie et qu’on peut y avoir accès. Il existe certaines grandes sources d’information
publiques et privées qu’on retrouve dans des bibliothèques, des centres de médias ou des
centres de documentation. En ce qui concerne l’actualité, certains articles de journaux comme Le
Devoir, La Presse et Le Soleil sont répertoriés dans des index.
Consulter le catalogue général
La plupart du temps, les recherches scientifiques d’envergure donnent lieu, en plus de la publi-
cation d’articles portant sur divers aspects du problème étudié, à la publication d’un livre. La con-
sultation de volumes sur un sujet peut donc être très enrichissante. C’est alors qu’il y a
lieu de consulter une troisième voie, le catalogue général de la bibliothèque, lui aussi constitué,
entre autres, de vedettes-matière ou vedettes-sujet. Tous les documents autres que les
périodiques y sont répertoriés.
Consulter d’autres sources de référence
D’autres voies d’exploration peuvent aussi être envisagées si on pousse encore plus loin la revue
de la littérature : les bibliographies déjà constituées sur un sujet donné, les publications gouver-
nementales (rapports, annuaires ou données statistiques au plan national ou international), la
documentation cartographique, audiovisuelle, les comptes rendus et résumés d’ouvrages ou
d’articles, les traités, les thèses et répertoires spécialisés comme le Répertoire des organismes
3
PSY 1013 Lecture complémentaire (semaine 3)
communautaires et ainsi de suite. Enfin, plusieurs organismes privés mettent à la disposition du
public certains documents comme leurs rapports annuels ou leurs mémoires. Les médias élec-
troniques, comme la radio et la télévision, fournissent aussi du matériel non écrit pouvant servir
de référence qu’on peut aller écouter ou visionner.
Établir une liste de documents se rapportant au sujet
Au cours de la consultation des catalogues, il faut noter sur une feuille au fur et à mesure tous les
documents qui se rapportent à son sujet de recherche. La notation de chaque document doit être
la plus complète possible pour pouvoir le retrouver facilement et rapidement. Pour un
volume, on note aussi la cote; pour un article de revue, on vérifie si cette dernière fait partie de la
collection de la bilbiothèque où l’on est, à moins que le catalogue ne l’indique. Si elle n’y est pas,
on peut s’enquérir des possibilités de prêt entre bibliothèques et des délais encourus.
Pointer les documents à lire
Il s’agit de découvrir dans la documentation inventoriée ce qui mérite d’être examiné avec soin
et qui fera ainsi partie des lectures essentielles pour la revue de la littérature. Divers moyens
peuvent y mener. S’il s’agit d’articles, on va chercher les revues dans lesquelles ils se trouvent et
dans un premier temps on en lit le résumé ou le sommaire, placé au début ou à la fin, pour savoir
si on doit les retenir. On ne trouve pas de tels condensés dans les revues non scientifiques; dans
ce cas, il faut les lire en diagonale. Pour chaque volume, c’est la table des matières qui va
donner une idée de la pertinence de le lire soit au complet, soit un chapitre ou plus. Pour tout autre
type de documents, il s’agit de prendre un temps suffisant pour bien s’assurer d’en avoir saisi la
teneur. Enfin, consulter avec sa liste une personne compétente dans le domaine est certes très
utile pour s’orienter et ne pas passer à côté de documents essentiels.
On remplit une fiche bibliographique pour chaque document qu’on va lire. Ce type de fiche se
présente habituellement comme dans les figures 5.2 et 5.3 : en haut, à gauche, le titre du sujet;
au-dessous, s’il y a lieu, le sous-titre du sujet; en haut, à droite, le nom de l’auteur de la fiche; au
centre, la description bibliographique du volume ou de l’article consulté. À gauche de cette
description, on peut inscrire la cote du document donnée par la bibliothèque ou le centre des
médias; un éventuel retour au document sera ainsi facilité.
4
PSY 1013 Lecture complémentaire (semaine 3)
FIGURE 5.2
La fiche bibliographique d’un volume
Front de libération du Québec Dominique Tremblay
Idéologie
322.4209714 LAURENDEAU, Marc (1974).
L 379 Les Québécois violents.
Q Montréal, Les Éditions du Boréal Express,
240 p.
FIGURE 5.3
La fiche bibliographique d’un article
Sciences Humaines Claude Simard
Avenir
RISI, Chrisitine.
« Quel avenir pour les sciences humaines et sociales ? ».
Québec Science,
vol. 29, no 1 (septembre 1990),
p. 22-26.
Mettre sur fiche les éléments à retenir de la lecture
La lecture des documents nécessaires à sa revue de la littérature ne sera utile que si on sait en
extraire l’essentiel et le conserver sur des fiches documentaires. La fiche documentaire comporte
le même en-tête que la fiche bibliographique; la description bibliographique y est toutefois
abrégée (nom de famille de l’auteur et année de publication), mais de façon assez claire pour qu’il
5
PSY 1013 Lecture complémentaire (semaine 3)
soit facile de retrouver la fiche bibliographique qui y correspond, comme dans la figure 5.4. Elle
sert d’aide-mémoire; on y consigne les passages importants de la publication consultée en vue de
s’y référer ultérieurement. Pour ne pas perdre le sens des propos de l’auteur, il est recommandé
de les rapporter textuellement, en plaçant l’extrait entre guillemets. Il importe de bien noter la page
d’où l’extrait est tiré. Il va sans dire qu’un tel exercice oblige à dégager l’essentiel, et l’essentiel
seulement, des propos d’un auteur, sans quoi on risque de recopier tout le document !
On retrouve donc sur une fiche documentaire les propos mêmes de l’auteur. On peut parfois
supprimer des passages peu pertinents, à la condition toutefois de ne pas perdre le fil de
l’argumentation; on insère alors trois points de suspension entre crochets pour indiquer le saut
d’une partie du texte. De plus, s’il faut fournir des renseignements, on les met, comme dans
l’exemple à propos d’un journal clandestin du FLQ, entre crochets. Lorsque les informations
consignées à partir d’une même source couvrent plus d’une fiche, et qu’on veut les garder dans
un certain ordre, on inscrit un numéro sur chacune, au-dessous du nom de l’auteur de la fiche.
FIGURE 5.4
La fiche documentaire
Front de libération du Québec Dominique Tremblay
Idéologie LAURENDEAU (1974)
p. 56-57 « On range (manifeste de 1970) parmi les exploiteurs (qui sont en
résumé les Anglais, les politiciens, les hommes d’affaires, les
technocrates, les universitaires et les juges). L’« église capitaliste
romaine » qui possède la Place de la Bourse et qui, en 1837, a
excommunié les Patriotes. […] Ce rejet méprisant de l’Église est
d’autant plus surprenant que, jeudi le 6 juin 1963, le F.L.Q.
émettait un communiqué [qui] […]se terminait de façon pour le
moins bizarre : “[…] Sa Sainteté le pape Jean XXIII fut le pape de
la paix, d’une paix équitable et juste où toute exploitation serait
bannie. Sa mort est une grande perte pour l’humanité.” […] Cette
attitude se continuait en 1965, alors que La Cognée [journal
clandestin du F.L.Q.] alléguait que “notre clergé est maintenant
dynamique et nationaliste” ».
Il peut être utile aussi, surtout si on ne consulte que quelques documents ou un document
particulièrement ardu à résumer, en tout ou en partie, de faire des fiches de reformulation. Les
fiches de reformulation peuvent être remplacées, si le document est substantiel, par une feuille
résumé. Le résumé de lecture, rédigé en ses propres mots, comprend l’essentiel à retenir de
la pensée de l’auteur et il se caractérise par sa brièveté et sa précision. De plus, tout ce qui
semble digne de mention en rapport avec le sujet de recherche, même s’il ne fait pas partie de
6
PSY 1013 Lecture complémentaire (semaine 3)
l’essentiel du texte, doit être noté. Quand il s’agit d’une recherche scientifique, la résumer c’est,
essentiellement, présenter la ou les principales questions abordées, les éléments majeurs de la
méthodologie retenue et les principaux résultats.
Les fiches remplies mettent fin à la revue de la littérature qui fait partie de toute recherche
d’ordre scientifique. On évite ainsi les termes inexacts, les thèmes imprécis, l’ignorance à
propos de ce qui s’est fait précédemment et on ne gaspille pas son énergie en s’aventurant dans
un sujet sans savoir si le matériel nécessaire existe. La documentation disponible permet ainsi de
s’alimenter à des définitions, à des façons de faire, à des règles de conduite qui serviront tout au
long de la démarche scientifique. Les lectures préalables donnent par conséquent plus
d’assurance et permettent d’amorcer sa recherche sur un bon pied. La figure 5.5 contient un
rappel de la démarche à suivre.
FIGURE 5.5
La démarche à suivre pour faire une revue de la littérature sur un sujet
1. Étoffer, sous forme d’un énoncé, son sujet de recherche.
2. Trouver une liste de mots clés en explorant divers aspects de son sujet.
3. Aller à la bibliothèque ou au centre de documentation. Voies à emprunter :
• Utiliser les ouvrages de référence générale pour enrichir la connaissance des
mots clés.
• Consulter l’index des périodiques pour les articles.
• Consulter le catalogue général pour les autres documents.
• Consulter d’autres sources de référence, s’il y a lieu.
4. Établir une liste de documents sur le sujet avec références complètes.
5. Pointer les documents à lire après les avoir examinés.
6. Faire des fiches bibliographiques, documentaires ou autres, s’il y a lieu.