1. Qu'est-ce qu'une structure hyperstatique ?
Une structure est dite hyperstatique (ou statiquement indéterminée) lorsque les équations de
la statique (
⃗ =0
∑�
et
⃗ =0
∑�
) ne suffisent pas à déterminer toutes les inconnues (réactions d'appuis ou efforts internes).
Le Degré d'Hyperstaticité (
ℎ
)
Pour savoir si un système est hyperstatique, on calcule
ℎ
:
ℎ =�−�
• �
: Nombre d'inconnues de liaison (réactions).
• �
: Nombre d'équations d'équilibre disponibles (généralement 3 en 2D :
�, �, �
).
• Si
ℎ<0
: Système hypostatique (instable, mécanisme).
• Si
ℎ=0
: Système isostatique (résoluble par la statique seule).
• Si
ℎ>0
: Système hyperstatique de degré
ℎ
.
Pourquoi utiliser des structures hyperstatiques ?
• Avantages : Plus grande rigidité (flèches réduites), meilleure répartition des efforts,
sécurité accrue (si une barre cède, la structure peut tenir grâce à la redondance).
• Inconvénients : Calculs plus complexes, sensibilité aux tassements d'appuis et aux
variations de température (dilatation empêchée = contraintes).
2. Méthodes de Résolution
Puisque la statique ne suffit pas, on doit ajouter des équations basées sur la déformation de la
structure. Il existe deux grandes familles de méthodes :
A. La Méthode des Forces (ou méthode de la flexibilité)
C'est la méthode la plus courante pour l'enseignement manuel.
1. On rend la structure isostatique en supprimant
ℎ
liaisons surabondantes (on obtient le "Système Fondamental").
2. On remplace ces liaisons par des forces inconnues (
�1 , �2 , . ..
).
3. On écrit des équations de compatibilité : le déplacement au point de la liaison
supprimée doit être nul (ou égal au tassement).
o Formule canonique (Müller-Breslau) pour h=1 :
�10 + �1 ⋅ �11 = 0
B. La Méthode des Déplacements (ou méthode des rigidités)
Les inconnues sont les déplacements des nœuds (rotations et translations). C'est la base des
logiciels de calcul par éléments finis.
C. Le Théorème des Trois Moments (Formule de Clapeyron)
Spécifique pour les poutres continues (poutres sur plusieurs appuis simples).
3. Exercice Résolu : La Poutre Encastrée-Appuyée
C'est l'exemple classique pour comprendre le mécanisme.
Données :
• Une poutre de longueur
�
et de rigidité
��
constante.
• Encastrement au point A (à gauche).
• Appui simple (rouleau) au point B (à droite).
• Charge uniformément répartie
�
(N/m) sur toute la longueur.
Objectif : Trouver les réactions d'appuis.
Étape 1 : Analyse du degré d'hyperstaticité
• Inconnues (
�
) : Encastrement A (3 :
�� , �� , � �
) + Appui B (1 :
��
) = 4 inconnues.
• Équations (
�
) : 3 équations de statique.
• ℎ =4−3=1
. Le système est hyperstatique de degré 1.
Note : Comme il n'y a pas de force horizontale,
�� = 0
. Il reste 3 inconnues verticales/moment pour 2 équations utiles (
∑�� , ∑�
). Le degré reste 1.
Étape 2 : Choix du Système Fondamental (Isostatique)
Nous choisissons l'inconnue surabondante
�1 = ��
(la réaction verticale en B).
Si on enlève l'appui B, la structure devient une poutre console (cantilever) encastrée en A.
C'est notre système isostatique de base (
�0
).
Étape 3 : Équation de compatibilité
Au point B, dans la structure réelle, le déplacement vertical est nul (car il y a un appui).
L'équation est :
Δ����� = Δ�ℎ���� + Δ�� = 0
Soit :
�10 + �� ⋅ �11 = 0
• �10
: La flèche en B due à la charge
�
sur la console seule.
• �11
: La flèche en B due à une force unitaire (
1
) appliquée en B sur la console.
Étape 4 : Calcul des coefficients (Formulaire ou Intégrale de Mohr)
En utilisant les formulaires de RDM classiques pour une poutre console :
1. Calcul de
�10
(flèche due à
�
):
La flèche au bout d'une console soumise à une charge répartie est (vers le bas) :
��4
�10 =−
8��
2. Calcul de
�11
(flèche due à la force unitaire
1
vers le haut) :
La flèche au bout d'une console soumise à une force ponctuelle est :
1 ⋅ �3
�11 =
3��
Étape 5 : Résolution
On injecte dans l'équation de compatibilité :
��4 �3
− + �� ⋅ =0
8�� 3��
On simplifie par
��
et
�3
:
�� ��
− + =0
8 3
�� ��
=
3 8
𝟑
�� = ��
𝟖
Étape 6 : Retour à la statique
Maintenant que
��
est connu, on utilise la statique pour trouver les réactions en A.
1. ∑�� = 0 ⇒ �� + �� − �� = 0
3 𝟓
�� = �� − �� = ��
8 𝟖
�
2. ∑�/� = 0 ⇒ �� + �� ⋅ � − (��) ⋅ 2 = 0
(Convention : sens anti-horaire positif)
��2 3
�� = − ( ��) ⋅ �
2 8
4��2 3��2 ��𝟐
�� = − =
8 8 𝟖
Résultats finaux :
• Réaction en B :
3/8��
• Réaction en A :
5/8��
• Moment d'encastrement :
��2 /8
4. Exercice d'application (à essayer)
Sujet : Une poutre continue sur deux travées égales de longueur
�
.
• Appuis : Appui simple en A, B et C (B est au milieu).
• Charge : Force ponctuelle
�
au milieu de chaque travée.
• Question : Trouver le moment fléchissant sur l'appui central B (
��
).
Piste de résolution (Méthode des trois moments) :
Utilisez la formule de Clapeyron :
�� �1 + 2�� (�1 + �2 ) + �� �2 = −6��(�� + �� )
Comme A et C sont des appuis de rive simples,
�� = 0
et
�� = 0
. Les termes de rotation dépendent de la charge
�
.
Résultat attendu :
�� = −3��/16
.
5. Références Bibliographiques et Ressources
Pour approfondir le sujet, voici des références incontournables en Résistance des Matériaux
(RDM) :
Livres classiques :
1. Timoshenko, S. - Résistance des matériaux (Tome 1 & 2). (La bible de la mécanique des
structures).
2. Hibbeler, R.C. - Structural Analysis. (Très pédagogique, beaucoup de schémas).
3. Titelman, S. - Calcul des structures hyperstatiques. (Ouvrage spécifique en français).
Cours en ligne et mots-clés :
• Cherchez "Méthode des forces RDM" ou "Théorème de Ménabréa".
• "Intégrale de Mohr" et "Procédé de Véréchtchaguine" (outils mathématiques pour
calculer les coefficients
�
).
Logiciels (pour vérification) :
• RDM6 (Gratuit, très utilisé dans l'enseignement francophone).
• Ftool (Gratuit pour l'éducation, excellent pour visualiser diagrammes M, N, T