Temps / espace
Dans l’espace, les parties coexistent (la gauche, la droite ; le haut, le bas,
etc.) ; dans le temps, au contraire, les parties s’excluent mutuellement.
Les deux dimensions sont donc incommensurables. Mais il est très
difficile, voire impossible, de percevoir le temps sans inscrire ses
marques dans l’espace : par exemple, je sais qu’il est plus de midi
(temps) par la position du soleil dans le ciel (espace). De même, un cadran
solaire, un sablier ou une montre à aiguilles sont des figurations spatiales
du temps. D’où le problème essentiel : concevoir le temps en lui-même
sans utiliser des transcriptions spatiales.
Temps / durée
Le temps est une dimension objective de l’univers : soit le devenir
objectif des choses, soit la mesure de la distance entre deux états de
choses. Mais le temps se donne aussi à nous comme durée, c’est-à-dire
comme un écoulement continu de nos états de conscience. Dans un
sommeil sans rêve, cette durée disparaît. Un tel écoulement suppose le
maintien des instants qui viennent de passer (par la mémoire) et l’attente
des instants qui vont venir (par l’anticipation). La durée est donc une
donnée irréductible : on ne peut ni l’accélérer ni la ralentir. Toutefois, une
même durée peut être vécue de manière différente : soit comme trop
lente, soit comme trop rapide, selon le contexte psychologique.
Temps et irréversibilité
La propriété fondamentale du temps est l’irréversibilité : si à la fin d’un
voyage, je peux revenir à mon point de départ dans l’espace, je ne pourrai
jamais revenir à l’heure de mon départ. Contrairement à l’espace, le
devenir temporel n’a qu’un seul sens, il ne connaît par le retour. C’est ce
qu’on appelle la « flèche du temps ».
Les trois faces du temps
1. Le temps comme devenir
2. Le temps comme durée
3. Le temps comme espace de mesure : objectif / subjectif
(Voir le livre)
Temps et représentation du temps
1. Le temps cyclique
Schéma le plus fréquent des sociétés traditionnelles. Le temps et les
évènements reviennent à peu près identiquement.
2. La chute continue
Image plus pessimiste, qu’on retrouve dans certaines explications
mythiques. C’est le schéma d’une dégénérescence.
3. Trajectoires paraboliques
Illustre l’idée d’une multiplicité de civilisations allant dans des sens
différents, naissant et mourant comme des organismes, chacune à côté
des autres, sans qu’on puisse tracer une direction d’ensemble. (Oswald
SPENGLER, Le Déclin de l’Occident)
4. Schéma chrétien
Il introduit la linéarité, mais sous forme finie. L’histoire est délimitée par
deux points extrêmes : la Création et le Jugement dernier. Au milieu,
comme l’axe d’une balance, la venue du Christ.
5. Droite horizontale, orientée à l’infini
Orientée vers l’infini, est la forme la plus courante aujourd’hui, pour ainsi
dire mathématique – « neutre » - de la représentation du temps. Il n’est
pas si neutre. D’une part, il laisse imaginer une progression infinie, que
rien ne garantit pour l’histoire des hommes. D’autre part, une droite
unique induit une vision unitaire de l’histoire.
6. L’Échelle des Êtres
Vision d’abord biologique, fréquente jusqu’au XVIIIème siècle : une
continuité graduelle conduit des formes les plus simples d’être vivants
jusqu’aux formes les plus complexes, l’homme étant au sommet de
l’échelle. Appliqué à l’histoire humaine, ce schéma montre une évolution
progressive et continue de l’homme qui est le propre de toutes les théories
du progrès. Elle implique une idée d’avancement ou de retard, d’infériorité
ou de supériorité, à la manière d’un cursus scolaire.
7. La structure arborescente
Schéma biologique contemporain, issu de la révolution darwinienne.
L’histoire n’est pas une mais multiple ; elle n’est pas nécessaire, mais
contingente – d’où le paradoxe d’un arbre « généalogique » où des
branches importantes s’achèvent brusquement, où des brindilles font
naître des troncs.
Vivre le présent / vivre au présent
Vivre le présent est l’objectif de nombreuses sagesse antiques. Il
semblerait pourtant que nous ne pourrions pas faire autrement que de
vivre au présent car c’est le seul temps où nous pouvons agir. Mais le
présent n’est pas seulement l’instant présent ; vivre le présent, ce n’est
pas vivre au jour le jour, oublier le passé, fuir le futur. Ce n’est pas
renoncer à une certaine fidélité vis-à-vis du passé ni à la responsabilité vis-
à-vis de l’avenir. Vivre le présent, ce serait se délivrer du poids du
passé et du souci excessif du futur, sans trahir ses promesses ni ses
projets.
Temps et divertissement
L’idée d’échapper au temps est par définition absurde. Mais elle est
pourtant courante, aussi bien dans des comportements illusoires du
quotidien (ex : l’utilisation des crèmes cosmétiques antirides) que dans
des sagesses morales ou religieuses (ex : dans l’idée d’immortalité de
l’âme). Beaucoup de passions humaines sont des façons de ne pas
regarder le temps en face. Telle est la définition du divertissement.
Temps et passions
Au passé, au présent et au futur, correspondent des passions humaines
spécifiques, liées à notre refus de reconnaître que notre pouvoir d’action
face au temps ne peut s’exercer qu’en construisant le présent.
Passions humaines et attitudes par rapport au temps qui passe
Fixation sur le passé Fixation sur le présent Fixation sur le futur
- Nostalgie - Frivolité - Ambition, envie
- Remords, - Irresponsabilité, - Crainte,
regrets, imprévoyance angoisse
- Rancune, - Refus de vieillir - Divertissement
ressentiment, (pascalien)
désir de - Procrastination
vengeance
La contingence / la nécessité / le possible
Exister, c’est se trouver là dans ce monde. Se trouver là implique un effet
de surprise, d’inattendu, que la vie ordinaire occulte souvent. Car nous
avons toujours des raisons d’être quelque part. Parfois, on ne peut
entrevoir le fait qu’on est bien là, mais qu’aucune raison n’explique
pourquoi : on fait alors l’expérience de la contingence de l’existence. La
contingence est le contraire de la nécessité, c’est ce qui pourrait être ou
ne pas être, être ainsi ou être autrement. Or chacun fuit le sentiment
d’inutilité, chacun recherche une vie qui serait nécessaire à quelqu’un ou
à quelque chose. L’existence nous met en face de possibles, qui ne sont
ni certains ni hors de notre portée.
L’être-là et la mort
La mort n’est pas seulement le terme d’une vie. Elle est à la fois ce qui
pousse à exister et ce qui peut rompre cet élan et le rendre vain.
Aussi est-elle constitutive de l’existence. La mort oblige à poser la
question du sens de l’existence. Non pas seulement parce que notre vie
s’achèvera un jour, mais aussi parce que nous « mourrons » plus d’une
fois dans notre vie : chaque fois que notre identité est mise en danger. On
peut comprendre le sentiment d’anéantissement d’une mère qui a
consacré sa vie à ses enfants, lorsque ceux-ci s’en vont ; ou d’un employé
qui a consacré sa vie à son travail, à l’heure d’un licenciement ou de la
retraite.
Existence et sentiment de l’absurde
Quelquefois, le monde apparaît comme un cadre étranger, sans raison
d’être, indifférent à toute présence humaine ; il semble livrer l’homme à
un abandon radical, à une solitude indépassable. C’est le sentiment
de l’absurde. S’agit-il du fondement de la condition humaine, ou bien d’un
simple malaise passager ?
Repères relatifs aux notions :
1. Immortalité/éternité : Le temps s’oppose à la fois à l’immortalité et à
l’éternité. L’immortalité est le fait de ne pas mourir, d’appartenir à
un temps sans commencement ni fin. L’éternité est le fait d’être
hors du temps. Les dieux de la mythologie grecque sont immortels,
le Dieu du monothéisme est éternel.
2. Absolu : Est absolu ce qui ne dépend de rien d’autre que de soi-
même.
Relatif : Est relatif ce qui n’existe qu’en relation avec une autre
chose dont elle dépend.
3. Objectif : ce qui ne dépend que de l’objet considéré.
Subjectif : ce qui dépend au contraire du sujet, et peut donc être
variable selon les sujets.
Intersubjectif : ce qui, sans être objectif, ne se rapporte pas à un
seul sujet ou quelques-uns, mais est susceptible d’être partagé par
tous les sujets concernés par une question.
4. Origine : L’origine est chronologique ; elle est de l’ordre du temps,
de l’histoire, et a pour synonymes « commencement », « début ».
Fondement : Le fondement est logique ; il est l’ordre de la raison.
Exemples de dissertations :
Doit-on se soucier du passé ?
Est-il possible d’échapper au temps ?
Est-il possible de vivre au présent ?
Faut-il enterrer le passé ?
Faut-il toujours chercher à gagner du temps ?
L’avenir peut-il être objet de connaissances ?
L’éphémère a-t-il de la valeur ?
L’homme peut-il échapper au temps ?
Le temps est-il destructeur ?
Le temps est-il essentiellement destructeur ?
Le temps est-il nécessairement destructeur ?
Le temps nous appartient-il ?
Peut-on échapper à son temps ?
Peut-on faire comme si le passé n’existait pas ?
Peut-on prévoir l’avenir ?
Peut-on se rendre maître du temps ?
Pourquoi le temps est-il précieux ?
Prévoir, est-ce expliquer ?
Sommes-nous condamnés à subir le temps ?
Sommes-nous responsables de l’avenir ?
Suffit-il d’être dans le présent pour vivre le présent ?
Tout s’en va-t-il avec le temps ?