📜 Résumé du Système du Complément
Le système du complément (Co) est un ensemble de plus de 30 protéines plasmatiques et
membranaires , synthétisées principalement par le foie sous forme inactive (zymogènes). Il
joue un rôle central dans l'immunité innée et adaptative, notamment dans l'élimination des
micro-organismes.
Son fonctionnement repose sur une activation en cascade , qui se déroule en trois phases
: reconnaissance, activation et phase effectrice .
1. Activation
Il existe trois voies principales d'activation:
● La voie classique (VC) : Déclenchée par la reconnaissance de complexes
antigène-anticorps (Ag-Ac).
● La voie alterne (VA) : Déclenchée par la reconnaissance directe de structures à la
surface de pathogènes.
● La voie des lectines : Déclenchée par la liaison de lectines (comme la MBL) à des
sucres à la surface des pathogènes.
Ces trois voies convergent vers la formation d'enzymes clés (les C3 et C5 convertases) qui
mènent à une voie terminale commune. Cette voie aboutit à la formation du Complexe
d'Attaque Membranaire (CAM).
2. Rôles Biologiques
Les fonctions vitales du complément sont multiples:
● Lyse cellulaire : Destruction directe des pathogènes (bactéries, cellules infectées)
par le CAM.
● Phagocytose : Facilitation de la capture des pathogènes par les phagocytes, via
l'opsonisation (revêtement par C3b) et la chimiotaxie (attraction des cellules
immunitaires par C3a, C5a).
● Inflammation : Les fragments C3a, C4a et C5a (anaphylatoxines) provoquent la
libération de médiateurs inflammatoires.
● Élimination des complexes immuns : Le complément aide à solubiliser et à
transporter les complexes Ag-Ac vers le foie et la rate pour leur élimination.
● Modulation de la réponse immune : Il participe à la régulation de la réponse des
lymphocytes B.
3. Régulation et Déficits
Le système est hautement régulé par des inhibiteurs solubles (ex: C1inh, Facteur H) et
membranaires (ex: CD55, CD59) pour empêcher son activation sur les cellules saines et
éviter son épuisement.
Toute dérégulation (suractivation ou déficit) est à l'origine de pathologies . Les déficits
peuvent être :
● Acquis : Souvent par consommation excessive (lors de maladies auto-immunes
comme le lupus) ou par défaut de synthèse (hépatopathies).
● Congénitaux : Par exemple, les déficits en C1, C4, C2 sont associés à des maladies
auto-immunes ; les déficits en C5-C8 augmentent le risque d'infections à Neisseria ;
et un déficit en C1-Inhibiteur cause l'œdème angioneurotique.
🔬 Mécanismes Détaillés (Système du Complément)
Voici la description des rôles et des voies d'activation, rigoureusement basée sur votre
document de cours.
Rôles du Complément
Le document décrit plusieurs fonctions biologiques essentielles :
1. La Lyse Cellulaire
○ Elle peut être une hémolyse (destruction des globules rouges) ou une
bactériolyse (destruction des bactéries).
○ Le mécanisme principal est la formation du CAM (C5b-C9), qui crée un pore
dans la membrane, entraînant une lyse osmotique.
○ La lyse peut aussi être extravasculaire, via l'opsonisation par le C3b et sa
reconnaissance par le récepteur CR1 sur les macrophages.
2. La Phagocytose
○ Le complément la favorise par deux actions:
○ Opsonisation : Les fragments du complément (surtout C3b) se fixent sur le
pathogène. Les phagocytes (macrophages, neutrophiles) possèdent des
récepteurs (comme CR1 et CR3) qui reconnaissent ces fragments, facilitant
"l'adhérence immune" et l'ingestion du pathogène.
○ Chimiotactisme : Les fragments solubles C5a, C3a et C4a agissent comme
des signaux d'alarme qui attirent les phagocytes (notamment les
polynucléaires neutrophiles) vers le site de l'infection.
3. La Réaction Inflammatoire Aiguë
○ Elle est principalement due aux anaphylatoxines (C5a > C3a > C4a).
○ Ces peptides se fixent sur des récepteurs spécifiques (sur les mastocytes,
basophiles) , provoquant leur dégranulation.
○ Cela libère des médiateurs (comme l'histamine) qui augmentent la
perméabilité vasculaire (créant un œdème) et provoquent la contraction
des muscles lisses.
○ Le fragment C2b a également un effet kinine, contribuant à l'œdème.
4. Solubilisation et Transport des Complexes Immuns (CI)
○ Les CI (Ag-Ac) se forment dans la circulation.
○ L'activation du complément entraîne la liaison covalente de C3b et C4b aux
CI.
○ Ces CI "opsonisés" se fixent ensuite aux récepteurs CR1 présents sur les
globules rouges (GR).
○ Les GR agissent comme des véhicules, transportant les CI vers le foie et la
rate, où ils sont éliminés de la surface des GR par les macrophages
résidents.
5. Rôle dans la Coagulation
○ Il existe une interaction croisée : la thrombine et la plasmine (facteurs de
coagulation) peuvent activer le complément.
○ Inversement, l'inhibiteur C1inh (du complément) régule des facteurs de la
coagulation (facteur XIIa, kallicréine).
Description des Voies d'Activation du Complément
Les trois voies convergent pour activer le C3 et le C5, menant à la voie lytique commune.
1. La Voie Classique (VC)
● Déclencheur : Repose sur l'immunité adaptative. Elle est initiée par la
reconnaissance de complexes Antigène-Anticorps. Le C1q se lie aux anticorps
(IgM ou IgG) fixés à la surface d'un pathogène. L'IgM (pentamérique) est plus
efficace que les IgG.
● Activation :
1. La liaison du C1q au complexe Ag-Ac active les protéases associées, C1r et
C1s.
2. Le C1s activé clive le C4 (en C4a et C4b) et le C2 (en C2a et C2b).
3. Le C4b se fixe à la surface de la cible et s'associe au C2a pour former la C3
convertase classique : C4b2a. (Note : certains textes anciens nomment
C4b2b la C3 convertase).
4. Cette C3 convertase clive massivement le C3 en C3a et C3b.
5. Le C3b s'associe à la C3 convertase (C4b2a) pour former la C5 convertase
classique : C4b2a3b.
2. La Voie Alterne (VA)
● Déclencheur : Fait partie de l'immunité innée. Elle est initiée par la reconnaissance
directe de structures à la surface de pathogènes (polysaccharides, zymozan de
levures, endotoxines bactériennes).
● Activation :
1. Cette voie commence par une hydrolyse spontanée et continue de C3
dans le plasma (formant C3(H2O)).
2. Ce C3(H2O) (ou C3b) se lie au Facteur B, qui est alors clivé par le Facteur
D en Ba et Bb.
3. Cela forme la C3 convertase alterne initiatrice (soluble C3bBb ou
C3(H2O)Bb).
4. Cette convertase clive du C3 en C3b. Si ce C3b se fixe sur une surface
"non-soi" (pathogène), il est protégé de la régulation.
5. Le C3b lié à la surface recrute à nouveau le Facteur B, clivé par le Facteur D,
formant la C3 convertase alterne stabilisée : C3bBb.
6. Cette C3bBb est très instable, mais elle est stabilisée par la Properdine
(Facteur P).
7. Cette convertase C3bBb clive massivement du C3, créant une boucle
d'amplification.
8. Quand un C3b supplémentaire se lie au complexe, il forme la C5 convertase
alterne : C3bBbC3b (ou C3b2Bb).
3. La Voie des Lectines
● Le document mentionne cette voie comme l'une des trois voies principales.
● Le diagramme indique qu'elle est initiée par la MBL (Mannose-Binding Lectin) qui
reconnaît les "résidus mannose" à la surface des micro-organismes.
● La MBL est associée à des protéases (les MASP) qui, comme le C1s de la voie
classique, clivent le C4 et le C2 pour former la C3 convertase (C4b2a).
4. La Phase Effectrice Commune : Formation du CAM
● Elle est commune aux trois voies.
1. Les C5 convertases (C4b2a3b ou C3bBbC3b) clivent le C5 en C5a
(anaphylatoxine) et C5b.
2. Le C5b s'insère dans la membrane de la cellule cible.
3. Le C5b recrute séquentiellement le C6 et le C7.
4. Le complexe C5b-7 recrute le C8.
5. Le complexe C5b-8 catalyse la polymérisation de multiples (10 à 16)
molécules de C9.
6. L'ensemble (C5b-9n) forme le Complexe d'Attaque Membranaire (CAM) :
un pore transmembranaire qui perturbe l'équilibre osmotique de la cellule,
entraînant sa lyse.
Le Complexe Majeur d'Histocompatibilité (CMH), ou système HLA (Human Leukocyte
Antigen) chez l'Homme, est un ensemble de gènes essentiels à la réponse immunitaire. Il
code pour les protéines (molécules du CMH) qui présentent des fragments de protéines
(antigènes) à la surface des cellules pour qu'ils soient reconnus par les lymphocytes T.
🧬 Comparaison entre les deux classes de CMH
La distinction principale entre les classes I et II réside dans les cellules qui les expriment, le
type de peptide qu'elles présentent et le type de lymphocyte T qu'elles activent.
Caractéristique CMH de Classe I (CMH-I) CMH de Classe II (CMH-II)
Structure Composé d'une chaîne lourde Composé de deux chaînes,
alpha (α) et d'une protéine plus alpha (α) et bêta (β), toutes
petite, la bêta-2 microglobuline deux ancrées dans la
(β2m). Seule la chaîne α est membrane.
ancrée dans la membrane.
Distribution Exprimé sur toutes les cellules Exprimé principalement par les
Cellulaire nucléées de l'organisme (sauf Cellules Présentatrices
quelques exceptions comme les d'Antigènes (CPA)
hématies). professionnelles : macrophages,
lymphocytes B et cellules
dendritiques.
Origine du Présente des peptides provenant Présente des peptides provenant
Peptide du cytosol (intérieur de la de l'extérieur de la cellule,
(Antigène) cellule). Ex: protéines virales, capturés par endocytose ou
protéines de tumeurs. C'est la phagocytose. Ex: bactéries,
voie endogène. débris. C'est la voie exogène.
Cellule T Reconnue par les Lymphocytes Reconnue par les Lymphocytes
Interagissant T CD8+ (ou T cytotoxiques). T CD4+ (ou T auxiliaires /
"helper").
Rôle principal Permet au système immunitaire Permet de coordonner et
de détecter et tuer les cellules d'activer la réponse immunitaire
infectées ou anormales (ex: (ex: activation des T CD4+ qui
cancéreuses). aident les LB à produire des
anticorps).
(Sources: Immunology, 8th Ed., Abbas, Lichtman, & Pillai; Janeway's Immunobiology, 9th
Ed., Murphy & Weaver)
🏭 Biosynthèse et Apprêtement des Antigènes
La manière dont les peptides sont chargés sur les molécules du CMH est un processus
fondamental appelé "apprêtement de l'antigène".
1. Voie du CMH-I (Voie endogène)
Ce processus a pour but de "surveiller" ce qui est produit à l'intérieur de la cellule.
1. Production des peptides : Les protéines indésirables ou vieilles dans le cytosol (ex:
une protéine virale) sont marquées et dégradées en petits peptides par une structure
appelée protéasome.
2. Transport : Ces peptides sont transportés du cytosol vers le réticulum
endoplasmique (RE) via un transporteur spécialisé appelé TAP (Transporter
associated with Antigen Processing).
3. Assemblage et Chargement : Dans le RE, les chaînes α du CMH-I et la β2m
s'assemblent. Le complexe vide est maintenu par des "protéines chaperonnes"
(comme la calnexine, tapasine). Le peptide transporté par TAP se lie alors à la fente
de la molécule CMH-I, la stabilisant.
4. Transport vers la surface : Le complexe CMH-I/peptide, désormais stable, quitte le
RE, passe par l'appareil de Golgi et est transporté à la surface de la cellule pour être
présenté aux lymphocytes T CD8+.
2. Voie du CMH-II (Voie exogène)
Ce processus vise à analyser ce qui a été capturé à l'extérieur de la cellule.
1. Synthèse du CMH-II : Les chaînes α et β du CMH-II sont synthétisées dans le RE.
2. Blocage de la fente : Pour empêcher les peptides du RE (destinés au CMH-I) de se
lier, la fente du CMH-II est immédiatement bloquée par une protéine appelée chaîne
invariante (Ii).
3. Transport : Le complexe CMH-II/Ii est transporté hors du RE vers des
compartiments spéciaux (les endosomes, ou compartiments MIIC).
4. Dégradation de la Ii : Dans ces endosomes, la chaîne Ii est dégradée par des
enzymes (protéases), ne laissant qu'un petit fragment dans la fente, appelé CLIP.
5. Phagocytose et Chargement : Parallèlement, la CPA capture un pathogène externe
(ex: bactérie) par phagocytose. Le pathogène est dégradé en peptides dans ces
mêmes endosomes.
6. Échange (CLIP vs Peptide) : Une molécule spéciale, HLA-DM, agit comme un
"ouvre-boîte" : elle retire le fragment CLIP de la fente du CMH-II, permettant à un
peptide du pathogène de s'y loger.
7. Transport vers la surface : Le complexe CMH-II/peptide stable est transporté à la
surface de la CPA pour être présenté aux lymphocytes T CD4+.
(Sources: British Society for Immunology; Khan Academy - MHC processing and
presentation)
🩺 Examens à faire avant une Greffe d'Organes
Pour minimiser le risque de rejet de greffe (où le système immunitaire du receveur attaque
l'organe du donneur), des tests de compatibilité (tests d'histocompatibilité) sont cruciaux.
1. Groupage Sanguin (ABO-Rh)
○ Objectif : C'est la première étape. Le donneur et le receveur doivent être
compatibles au niveau du groupe sanguin (comme pour une transfusion).
Une incompatibilité ABO entraîne un rejet hyperaigu (immédiat et destructeur)
de l'organe.
○ Examen : Test sérologique simple (test de Beth-Vincent).
2. Typage HLA (Identification des CMH)
○ Objectif : Identifier les allèles HLA (les versions des gènes CMH) du donneur
et du receveur. On se concentre sur les gènes les plus importants pour le
rejet : HLA-A, HLA-B, HLA-DR.
○ Examen : Aujourd'hui, on utilise des techniques de biologie moléculaire
(comme la PCR ou le séquençage) sur l'ADN du donneur et du receveur
pour obtenir une identification précise des allèles.
○ Résultat : On cherche le maximum de "matchs" (identités) entre donneur et
receveur. Un "6/6" (2 HLA-A, 2 HLA-B, 2 HLA-DR identiques) est idéal, mais
rare en dehors de la fratrie.
3. Test de Réactivité Croisée (Crossmatch)
○ Objectif : C'est le test le plus critique juste avant la greffe. Il vérifie si le
receveur possède déjà des anticorps préexistants (dits "préformés") dirigés
contre les antigènes HLA du donneur.
○ Pourquoi le receveur aurait-il ces anticorps ? À cause de transfusions
sanguines antérieures, d'une grossesse (anticorps anti-HLA du père) ou
d'une greffe précédente.
○ Examen : On mélange du sérum du receveur (contenant ses anticorps)
avec des lymphocytes du donneur (portant les HLA du donneur).
○ Résultat :
■ Crossmatch Négatif : Pas de réaction. Les lymphocytes du donneur
ne sont pas détruits. La greffe est possible.
■ Crossmatch Positif : Réaction. Le sérum du receveur contient des
anticorps qui tuent les cellules du donneur. La greffe est
contre-indiquée (risque de rejet hyperaigu).