Théorie des ensembles et intégration
Théorie des ensembles et intégration
MESURES ET INTÉGRATIONS
16 novembre 2025
Table des matières
2
CHAPITRE 1.
L a théorie des ensembles constitue le langage fondamental de toutes les branches des
mathématiques. Elle fournit le cadre conceptuel nécessaire pour définir et manipuler
les objets mathématiques — nombres, fonctions, espaces — de manière rigoureuse.
Dans le contexte de la mesure et de l’intégration, elle permet notamment de formaliser
les notions d’ensemble mesurable et de fonction mesurable. Nous commencerons donc
par rappeler quelques notions élémentaires d’ensembles, d’ensembles ordonnés et de
dénombrabilité. Ces rappels serviront de base à la construction progressive de la théorie
de la mesure.
(b) la réunion d’une famille ( 𝐴𝑖 )𝑖∈𝐼 notée 𝐴𝑖 comme étant la partie de 𝑋 définie par
Ð
𝑖∈𝐼
Ø
𝐴𝑖 := {𝑥 ∈ 𝑋 | il existe 𝑖 ∈ 𝐼 tel que 𝑥 ∈ 𝐴𝑖 }. (1.5)
𝑖∈𝐼
par
𝑖∈𝐼
Ù
𝐴𝑖 := {𝑥 ∈ 𝐼 | pour tout 𝑖 ∈ 𝐼 on a 𝑥 ∈ 𝐴𝑖 }. (1.6)
𝑖∈𝐼
(d) la différence de deux éléments 𝐴 par 𝐵 ∈ P (𝑋) notée 𝐴 \ 𝐵 comme étant la partie
de 𝑋 définie par
𝐴 \ 𝐵 := {𝑥 ∈ 𝑋 | 𝑥 ∈ 𝐴 et 𝑥 ∉ 𝐵}. (1.7)
(e) la différence symétrique de deux éléments 𝐴 et 𝐵 ∈ P (𝑋) notée 𝐴Δ𝐵 comme étant
la partie de 𝑋 définie par
𝐴Δ𝐵 := ( 𝐴 \ 𝐵) ∪ (𝐵 \ 𝐴). (1.8)
Exemple 1.1.2. On a
(a) 𝑋 \ 𝑋 = ∅, ∅ \ 𝑋 = ∅ et 𝑋 \ (𝑋 \ 𝐴 = 𝐴) pour tout 𝐴 ∈ P (𝑋).
(b) 𝐴Δ𝐴 = ∅, 𝐴Δ∅ = 𝐴 et 𝐴Δ𝑋 = 𝑋 \ 𝐴 pour tout 𝐴 ∈ P (𝑋).
(c) 𝐵 \ 𝐴 = 𝐵 ∩ (𝑋 \ 𝐴) pour tous 𝐴 et 𝐵 ∈ P (𝑋).
Théorème 1.1.3 (Lois de dualités de Morgan 1 ). Soit ( 𝐴𝑖 )𝑖∈P (𝑋) . Alors,
! !
Ø Ù Ù Ø
𝑋\ 𝐴𝑖 = (𝑋 \ 𝐴𝑖 ) et 𝑋 \ 𝐴𝑖 = (𝑋 \ 𝐴𝑖 ) . (1.9)
𝑖∈𝐼 𝑖∈𝐼 𝑖∈𝐼 𝑖∈𝐼
Preuve.
(a) Soit 𝑥 ∈ 𝑋. Alors,
!
Ø Ø
𝑥∈𝑋\ 𝐴𝑖 si, et seulement si 𝑥 ∉ 𝐴𝑖 (1.10)
𝑖∈𝐼 𝑖∈𝐼
si, et seulement si pour tout 𝑖 ∈ 𝐼 𝑥 ∉ 𝐴𝑖 (1.11)
si, et seulement si pour tout 𝑖 ∈ 𝐼 𝑥 ∈ 𝑋 \ 𝐴𝑖 (1.12)
Ù
si, et seulement si 𝑥 ∈ (𝑋 \ 𝐴𝑖 ) . (1.13)
𝑖∈𝐼
1. Augustus de Morgan, 1806-1871, logicien et mathématicien britanique.
1.1. PARTIES ET FAMILLES D’UN ENSEMBLE 5
Remarque 1.1.4. Soit ( 𝐴𝑖 )𝑖∈𝐼 ⊆ P (𝑋). On admet par convention que si 𝐼 = ∅ alors
Ø Ù
𝐴𝑖 = ∅ et 𝐴𝑖 = 𝑋. (1.17)
𝑖∈𝐼 𝑖∈𝐼
Preuve.
(a) Pour la première égalité, raisonnons par double inclusion.
— Soit 𝑥 ∈ 𝐴 ∪ (𝐵 ∩ 𝐶). Alors, 𝑥 ∈ 𝐴 ou 𝑥 ∈ 𝐵 ∩ 𝐶. Si 𝑥 ∈ 𝐴 alors, 𝑥 ∈ 𝐴 ∪ 𝐵 et
𝑥 ∈ 𝐴 ∪ 𝐶 de sorte que 𝑥 ∈ ( 𝐴 ∪ 𝐵) ∩ ( 𝐴 ∪ 𝐶). Sinon, si 𝑥 ∈ 𝐵 ∩ 𝐶 alors 𝑥 ∈ 𝐵
et 𝑥 ∈ 𝐶 de sorte que 𝑥 ∈ 𝐴 ∪ 𝐵 et 𝑥 ∈ 𝐴 ∪ 𝐶 puis, 𝑥 ∈ ( 𝐴 ∪ 𝐵) ∩ ( 𝐴 ∪ 𝐶).
— Soit 𝑥 ∈ ( 𝐴 ∪ 𝐵) ∩ ( 𝐴 ∪ 𝐶). Supposons que 𝑥 ∉ 𝐴. Alors, puisque 𝑥 ∈ 𝐴 ∪ 𝐵
et 𝑥 ∈ 𝐴 ∪ 𝐶, 𝑥 ∈ 𝐵 et 𝑥 ∈ 𝐶 de sorte que 𝑥 ∈ 𝐵 ∩ 𝐶 puis, 𝑥 ∈ 𝐴 ∪ (𝐵 ∩ 𝐶).
(b) Pour la seconde égalité, utilisons la première égalité qu’on vient de voir et les lois
de dualités de Morgan. On a
𝐴 ∩ (𝐵 ∪ 𝐶) = 𝑋 \ (𝑋 \ ( 𝐴 ∩ (𝐵 ∪ 𝐶))) (1.19)
= 𝑋 \ ((𝑋 \ 𝐴) ∪ (𝑋 \ (𝐵 ∪ 𝐶))) (1.20)
= 𝑋 \ ((𝑋 \ 𝐴) ∪ ((𝑋 \ 𝐵) ∩ (𝑋 \ 𝐶))) (1.21)
= 𝑋 \ (((𝑋 \ 𝐴) ∪ (𝑋 \ 𝐵)) ∩ ((𝑋 \ 𝐴) ∪ (𝑋 \ 𝐶))) (1.22)
= 𝑋 \ ((𝑋 \ ( 𝐴 ∩ 𝐵)) ∩ (𝑋 \ ( 𝐴 ∩ 𝐶))) (1.23)
= 𝑋 \ (𝑋 \ (( 𝐴 ∩ 𝐵) ∪ ( 𝐴 ∩ 𝐶))) (1.24)
= ( 𝐴 ∩ 𝐵) ∪ ( 𝐴 ∩ 𝐶). (1.25)
Définition 1.1.6 (Fonction indicatrice). Soit 𝐴 ∈ P (𝑋). On appelle fonction indica-
trice de 𝐴 l’application, notée 1 𝐴 définie sur 𝑋 vers par R
1 si 𝑥 ∈ 𝐴
1 𝐴 (𝑥) := 0 si 𝑥 ∉ 𝐴 . (1.26)
6 Randrianomenjanahary
Preuve.
(a) Soit 𝑥 ∈ 𝑋. Distinguons les cas 𝑥 ∈ 𝐴 et 𝑥 ∉ 𝐴.
— Si 𝑥 ∈ 𝐴 alors, 𝑥 ∉ 𝑋 \ 𝐴 de sorte que
1 𝑋\𝐴 (𝑥) = 0 (1.27)
= 1 − 1 𝐴 (𝑥). (1.28)
— Sinon, si 𝑥 ∉ 𝐴 alors, 𝑥 ∈ 𝑋 \ 𝐴 de sorte que
1 𝑋\𝐴 (𝑥) = 1 (1.29)
= 1 − 1 𝐴 (𝑥). (1.30)
(b) Soit 𝑥 ∈ 𝑋. Distinguons les cas 𝑥 ∈ 𝐴 ∩ 𝐵 et 𝑥 ∉ 𝐴 ∩ 𝐵.
— Si 𝑥 ∈ 𝐴 ∩ 𝐵 alors, 𝑥 ∈ 𝐴 et 𝑥 ∈ 𝐵 de sorte que
1 𝐴∩𝐵 (𝑥) = 1 (1.31)
= 1 𝐴 (𝑥)1𝐵 (𝑥). (1.32)
— Si 𝑥 ∉ 𝐴 ∩ 𝐵 alors, 𝑥 ∉ 𝐴 ou 𝑥 ∉ 𝐵. Donc, 1 𝐴 (𝑥)1𝐵 (𝑥) = 0 de sorte que
1 𝐴∩𝐵 (𝑥) = 0 (1.33)
= 1 𝐴 (𝑥)1𝐵 (𝑥). (1.34)
(c) Pour la troisième égalité, utilisons les lois de dualités de Morgan et, les deux
premières égalités qu’on vient de voir. On a
1 𝐴∪𝐵 = 1 𝑋\(𝑋\( 𝐴∪𝐵)) (1.35)
= 1 − 1 (𝑋\𝐴)∩(𝑋\𝐵) (1.36)
= 1 − (1 − 1 𝐴 ) (1 − 1𝐵 ) (1.37)
= 1 𝐴 + 1𝐵 − 1 𝐴 1𝐵 . (1.38)
(d) Pour la quatrième égalité, utilisons les deux premières égalités qu’on vient de voir.
On a
1 𝐴\𝐵 = 1 𝐴∩(𝑋\𝐵) (1.39)
= 1 𝐴 1 𝑋\𝐵 (1.40)
= 1 𝐴 (1 − 1𝐵 ) (1.41)
= 1 𝐴 − 1 𝐴 1𝐵 . (1.42)
(e) En remarquant que ( 𝐴 \ 𝐵) ∩ (𝐵 \ 𝐴) = ∅ et que 1∅ = 0 on a par le point précédent
et, par la troisième égalité
1 𝐴Δ𝐵 = 1 ( 𝐴\𝐵)∪(𝐵\𝐴) (1.43)
1.2. ENSEMBLES ORDONNÉS 7
(b) On dit que la suite (𝑥 𝑛 )𝑛∈N est décroissante et on écrit (𝑥 𝑛 )𝑛∈N & lorsque pour
N
tout 𝑛 ∈ on a
𝑥 𝑛+1 ≤ 𝑥 𝑛 . (1.48)
Définition 1.2.6 (Plus petit et plus grand élément). Soient (𝑋, ´) un ensemble ordonné,
𝐴 ∈ P (𝑋) et 𝑚 ∈ 𝑋.
(a) On dit que 𝑚 est un plus petit élément de 𝐴 et on note 𝑚 := min( 𝐴) lorsque 𝑚 ∈ 𝐴
et pour tout 𝑥 ∈ 𝐴 on a 𝑚 ´ 𝑥.
(b) On dit que 𝑚 est un plus grand élément de 𝐴 et on note 𝑚 := max( 𝐴) lorsque
𝑚 ∈ 𝐴 et pour tout 𝑥 ∈ 𝐴 on a 𝑥 ´ 𝑚.
Théorème 1.2.7 (Unicité). Soient (𝑋, ´) un ensemble ordonné et 𝐴 ∈ P (𝑋). Alors, si
𝐴 admet un plus petit élément (resp. plus grand élément), il est unique.
Preuve. Supposons que 𝐴 admet deux plus petits éléments (resp. plus grands éléments)
𝑚 et 𝑚0. Alors, 𝑚 et 𝑚0 ∈ 𝐴. Donc, par définition de 𝑚 on a 𝑚 ´ 𝑚0 (resp. 𝑚0 ´ 𝑚) et,
par définition de 𝑚0 on a 𝑚0 ´ 𝑚 (resp. 𝑚 ´ 𝑚0). Donc, par l’antisymétrie de la relation
´ on a
𝑚 = 𝑚0. (1.49)
Définition 1.2.8 (Minorant et majorant). Soient (𝑋, ´) un ensemble ordonné, 𝐴 ∈
P (𝑋) et 𝑚 ∈ 𝐴.
(a) On dit que 𝑚 est un minorant de 𝐴 lorsque pour tout 𝑥 ∈ 𝐴 on a 𝑚 ´ 𝑥.
(b) On dit que 𝑚 est un majorant de 𝐴 lorsque pour tout 𝑥 ∈ 𝐴 on a 𝑥 ´ 𝑚.
Définition 1.2.9 (Borne inférieure et borne supérieure). Soient (𝑋, ´) un ensemble
ordonné, 𝐴 ∈ P (𝑋) et 𝑚 ∈ 𝑋.
(a) On dit que 𝑚 est une borne inférieure de 𝐴 et on note 𝑚 = inf ( 𝐴) lorsque 𝑚 est le
plus grand élément de l’ensemble des minorants de 𝐴.
(b) On dit que 𝑚 est une borne supérieure de 𝐴 et on note 𝑚 = sup( 𝐴) lorsque 𝑚 est
le plus petir élément de l’ensemble des majorants de 𝐴.
Théorème 1.2.10 (Unicité). Soient (𝑋, ´) un ensemble ordonné et 𝐴 ∈ P (𝑋). Alors,
si 𝐴 admet une borne inférieure (resp. une borne supérieure) elle est unique.
Preuve. Supposons que 𝐴 admet deux bornes inférieures (resp. bornes supérieures) 𝑚
et 𝑚0. Alors, 𝑚 et 𝑚0 sont des minorants (resp. majorants) de 𝐴. Donc, par définition
de 𝑚 on a 𝑚0 ´ 𝑚 (resp. 𝑚 ´ 𝑚0) et, par définition de 𝑚0 on a 𝑚 ´ 𝑚0 (resp. 𝑚0 ´ 𝑚).
Donc, par l’antisymétrie de la relation ´ on a
𝑚 = 𝑚0. (1.50)
Remarque 1.2.11. Attention !!!
(a) Une partie d’un ensemble ne peu admettre de la borne inférieure (resp. borne
supérieure). Par exemple, pour (𝑋, ´) Q Q
√ = ( , ≤) et pour 𝐴 = {𝑥 ∈ | 𝑥 ≤ 2}, si
2
Q
inf 𝐴 (resp. sup( 𝐴)) existerait alors, 2 ∈ .
1.3. DÉNOMBRABILITÉ 9
(b) Soient (𝑋, ´) et 𝐴 ∈ P (𝑋). Alors, si 𝐴 admet un plus petit élément (resp. plus
grand élément) on a
inf ( 𝐴) = min( 𝐴) (resp. max( 𝐴) = sup( 𝐴)). (1.51)
Définition 1.2.12. Soient (𝑋, ´) un ensemble ordonné et (𝑥𝑖 )𝑖∈𝐼 ⊆ 𝑋.
(a) On définit la borne inférieure de la famille (𝑥𝑖 )𝑖∈𝐼 notée inf (𝑥𝑖 ) comme étant la
𝑖∈𝐼
borne inférieure si elle exsite de la partie
{𝑥𝑖 | 𝑖 ∈ 𝐼}. (1.52)
(b) On définit la borne supérieure de la famille (𝑥𝑖 )𝑖∈𝐼 notée sup (𝑥𝑖 ) comme étant la
𝑖∈𝐼
borne supérieure si elle exsite de la partie
{𝑥𝑖 | 𝑖 ∈ 𝐼}. (1.53)
Définition 1.2.13 (Limites inférieures et supérieures). Soient (𝑋, ´) un ensemble
ordonné et (𝑥 𝑛 )𝑛∈𝐼 ⊆ 𝑋.
(a) On définit la limite inférieure de la suite (𝑥 𝑛 )𝑛∈N notée lim inf(𝑥 𝑛 ) par
lim inf(𝑥 𝑛 ) := inf sup (𝑥 𝑚 ). (1.54)
𝑛∈ N 𝑛≤𝑚
(b) On définit la limite supérieure de la suite (𝑥 𝑛 )𝑛∈N notée lim sup(𝑥 𝑛 ) par
lim sup(𝑥 𝑛 ) := sup inf (𝑥 𝑚 ). (1.55)
𝑛∈ N 𝑛≤𝑚
Exemple 1.2.14 (Important). On a les résultats suivants :
(a) si ( 𝐴𝑛 )𝑛∈N ⊆ P (𝑋) alors,
ØÙ ÙØ
lim inf( 𝐴𝑛 ) = 𝐴𝑚 et lim sup( 𝐴𝑛 ) = 𝐴𝑚 . (1.56)
𝑛∈ N 𝑛≤𝑚 𝑛∈ N 𝑛≤𝑚
(b) si (𝑥 𝑛 )𝑛∈N ⊆ R alors,
lim inf(𝑥 𝑛 ) = lim inf (𝑥 𝑛 ) et lim sup(𝑥 𝑛 ) = lim sup (𝑥 𝑛 ) (1.57)
𝑛→+∞ 𝑛≤𝑚 𝑛→+∞ 𝑛≤𝑚
1.3. Dénombrabilité
En théorie de la mesure, tous les ensembles ne se valent pas face à la notion de taille ;
certains ensembles, bien que infinis, restent « petits » et peuvent être négligés dans le
calcul de la mesure ; ces ensembles jouent un rôle particulier dans la construction de
la mesure de Lebesgue, permettant de distinguer les ensembles de mesure nulle des
ensembles ayant une mesure positive ; cette idée est fondamentale pour comprendre la
structure des ensembles mesurables et la définition de l’intégrale.
La question que nous abordons ici est comment montrer qu’un ensemble est dénombrable.
Définition 1.3.1 (Dénombrabilité). On dit que 𝑋 est dénombrable lorsqu’il est fini ou
lorsqu’il est en bijection avec . N
On admet par convention que ∅ est dénombrable.
10 Randrianomenjanahary
est bijective.
Théorème 1.3.3. Toute partie 𝐴 ⊆ N est dénombrable.
Preuve. Si 𝐴 est fini c’est terminé. Supposons que 𝐴 est infini. On définit par récurrence
N
l’application 𝜙 −→ 𝐴 par
𝜙(0) := min( 𝐴) et 𝜙(𝑛 + 1) := min{𝑥 ∈ 𝐴 | 𝜙(𝑛) < 𝑥} (1.60)
N N
pour tout 𝑛 ∈ . On sait que toute partie non vide de admet un plus petit élément.
Donc, par infinité de 𝐴 et, par l’unicité du plus petit élément, l’application 𝜙 est bien
définie. Montrons maintenant que 𝜙 est bijective. Mais, cela revient à montrer que
𝐴 = {𝜙(𝑛) | 𝑛 ∈ N}. (1.61)
Raisonons par l’absurde. Supposons qu’il existe 𝑥 ∈ 𝐴 tel que pour tout 𝑛 ∈ N on a
𝜙(𝑛) ≠ 𝑥. (1.62)
Remarquons que pour tout 𝑛 ∈ N on a
𝜙(𝑛) < 𝜙(𝑛 + 1) (1.63)
c’est-à-dire que la suite (𝜙𝑛)𝑛∈N est strictement croissante. Comme une telle suite est à
N
valeur dans , sa limite est +∞. Par ailleurs, puisque 𝜙(0) < 𝑥 on a par une récurrence
simple sur 𝑛,
𝜙(𝑛) < 𝑥 (1.64)
Donc, en faisant tendre 𝑛 vers +∞ dans cette inégalié, on a une absurdité. Donc, 𝜙 est
bijective de sorte que 𝐴 est dénombrable.
Corollaire 1.3.4. Si 𝑋 est dénombrable alors, toute partie de 𝑋 est dénombrable.
Preuve. Supposons que 𝑋 est dénombrable. Soit 𝐴 ⊆ 𝑋. Si 𝐴 est fini c’est terminé.
Supposons alors que 𝐴 est infini. Alors, 𝑋 est aussi infini. Donc, par hypothèse, il existe
une bijection
𝑓 : 𝑋 −→ N. (1.65)
Donc, la restriction
𝑓 | 𝐴 : 𝐴 −→ 𝑓 ( 𝐴) (⊆ N) (1.66)
1.3. DÉNOMBRABILITÉ 11
est une bijection. Puisque 𝑓 ( 𝐴) est infini, par le théorème précédent, il existe une bijection
𝜙 : 𝑓 ( 𝐴) −→ N (1.67)
de sorte que la composée
𝜙 ◦ 𝑓 | 𝐴 : 𝐴 −→ N (1.68)
est aussi une bijection. Donc, 𝐴 est dénombrable.
Théorème 1.3.5. N alors, 𝑋 est dénombrable.
S’il existe une injection 𝑓 : 𝑋 −→
Preuve. Supposons que 𝑋 est infini car autrement c’est terminé. Soit 𝑓 : 𝑋 −→ N une
injection. Donc, l’application
𝑔 : 𝑥 ∈ 𝑋 ↦−→ 𝑔(𝑥) = 𝑓 (𝑥) ∈ 𝑓 (𝑋) (⊆ N) (1.69)
est bijective. Or, puisque 𝑓 (𝑋) est infini, par le théorème 1.3.3, il existe une bijection
𝜙 : 𝑓 (𝑋) −→ N (1.70)
de sorte que la composée
𝜙 ◦ 𝑔 : 𝑋 −→ N (1.71)
est bijective. Donc, 𝑋 est dénombrable.
Lemme 1.3.6. Pour tout 𝑛 ∈ N \ {0}, N𝑛 est dénombrable.
N
Preuve. Soit 𝑛 ∈ \ {0}. Notons par 𝑝 1 , 𝑝 2 , · · · , 𝑝 𝑛 les 𝑛 nombres premiers distincts.
Considérons l’application
𝑓 : (𝑥 1 , 𝑥 2 , · · · , 𝑥 𝑛 ) ∈ N𝑛 ↦−→ 𝑝𝑥1 𝑝𝑥2 1 2
· · · 𝑝 𝑥𝑛𝑛 ∈ N. (1.72)
Montrons que 𝑓 est injective. Soient (𝑥1 , 𝑥 2 , · · · , 𝑥 𝑛 ) et (𝑦 1 , 𝑦 2 , · · · , 𝑦 𝑛 ) ∈ N𝑛. Suppo-
sons que
𝑓 (𝑥1 , 𝑥 2 , · · · , 𝑥 𝑛 ) = 𝑓 (𝑦 1 , 𝑦 2 , · · · , 𝑦 𝑛 ). (1.73)
Alors,
(1.74)
𝑦 𝑦 𝑦
𝑝 𝑥11 𝑝 𝑥22 · · · 𝑝 𝑥𝑛𝑛 = 𝑝 11 𝑝 22 · · · 𝑝 𝑛𝑛 .
Donc, par l’absurde, si 𝑦 1 < 𝑥 1 on a
(1.75)
𝑥 −𝑦 1 𝑥2 𝑦 𝑦
𝑝 11 𝑝2 · · · 𝑝 𝑥𝑛𝑛 = 𝑝 12 · · · 𝑝 𝑛𝑛
de sorte qu’il existe 𝑖 ∈ {2, · · · , 𝑛} tel que 𝑝 1 divise 𝑝𝑖 . Ce qui est impossible avec les
hypothèses faites sur les 𝑝𝑖 . De même, par symétrie du problème, l’inégalité 𝑥 1 < 𝑦 1 est
aussi impossible. Donc, on a
𝑥1 = 𝑦 1 . (1.76)
Donc, par une récurrence finie, on arrive à montrer que
(𝑥 1 , 𝑥 2 , · · · , 𝑥 𝑛 ) = (𝑦 1 , 𝑦 2 , · · · , 𝑦 𝑛 ) (1.77)
de sorte que 𝑓 est injective. Donc, par le théorème précédent, N𝑛 est dénombrable.
12 Randrianomenjanahary
Preuve. Supposons que 𝑋 est infini car autrement c’est terminé. Soit 𝑓 : N −→ 𝑋 une
surjection. Considérons l’application
𝑔 : 𝑥 ∈ 𝑋 ↦−→ min{𝑦 ∈ N | 𝑓 (𝑦) = 𝑥} ∈ N. (1.85)
N
Puisque toute partie non vide de admet un plus petit élément et puisque 𝑓 est sur-
jective, l’application 𝑔 est bien définie. Montrons que 𝑔 est injective, auquel cas, 𝑋 est
dénombrable par le théorème 1.3.5. Soient 𝑥 et 𝑥 0 ∈ 𝑋. Supposons que
𝑔(𝑥) = 𝑔(𝑥 0). (1.86)
Alors,
min{𝑦 ∈ N | 𝑓 (𝑦) = 𝑥} = min{𝑦 ∈ N | 𝑓 (𝑦) = 𝑥0}. (1.87)
Donc, par unicité du plus petit élément, il vient
𝑥 = 𝑥0 (1.88)
de sorte que 𝑔 est injective.
1.3. DÉNOMBRABILITÉ 13
Preuve. Soient 𝐼 un ensemble dénombrable et (𝑋𝑖 )𝑖∈𝐼 une famille d’ensembles dénom-
brables. Alors, pour chaque 𝑖 ∈ 𝐼 il existe une bijection
𝑓𝑖 : 𝑋𝑖 −→ N. (1.89)
Posons
N.
Ø
𝑍 := {(𝑖, 𝑓𝑖 (𝑥)) | 𝑥 ∈ 𝑋𝑖 } ⊆ 𝐼 × (1.90)
𝑖∈𝐼
N
Comme produit d’ensembles dénombrables, 𝐼 × est dénombrable et, comme partie
d’ensemble dénombrable, 𝑍 est dénombrable. Donc, il existe une bijection
𝑔: N −→ 𝑍. (1.91)
Considérons maintenant l’application
Ø
𝜙 : (𝑖, 𝑦) ∈ 𝑍 ↦−→ 𝑓𝑖−1 (𝑦) ∈ 𝑋𝑖 . (1.92)
𝑖∈𝐼
Montrons que 𝜙 est surjective. Soit 𝑧 ∈ 𝑋𝑖 . Alors, il existe 𝑖 ∈ 𝐼 tel que 𝑧 ∈ 𝑋𝑖 . Donc,
Ð
𝑖∈𝐼
en posant 𝑦 = 𝑓𝑖 (𝑧), on a bien
𝜙(𝑖, 𝑦) = 𝑧. (1.93)
Ainsi, la comme composée de deux surjections, l’application
N
Ø
𝜙 ◦ 𝑔 : −→ 𝑋𝑖 (1.94)
𝑖∈𝐼
Posons
Õ
𝑥 := 𝑎 𝑘 10−𝑘 . (1.98)
𝑘∈ N
Alors, il est clair que 𝑥 ∈ ]0, 1[. Mais, par construction même, chaque 𝑥 𝑛 ≠ 𝑥 puisque
chaque 𝑎 𝑛,𝑛 ≠ 𝑎 𝑛 . Donc, on a une contradiction. Donc, ]0, 1[ n’est pas dénombrable.
Corollaire 1.3.11. R n’est pas dénombrable.
R
Preuve. Raisonnons par l’absurde. Supposons que est dénombrable. Alors, comme
partie d’un ensemble dénombrable, ]0, 1[ est dénombrable. Ce qui rentre en contradiction
R
avec les théorème précédent. Donc, n’est pas dénombrable.
Exercices du chapitre 1
15
16 Randrianomenjanahary
R
(b) Montrer que si 𝐴 ⊆ désigne l’ensemble de toutes les limites des suites extraites
R
de (𝑥 𝑛 ) dans alors
lim inf(𝑥 𝑛 ) = min( 𝐴) et lim sup(𝑥 𝑛 ) = max( 𝐴). (1.123)
(c) En déduire que (𝑥 𝑛 )𝑛∈N est convergente si, et seulement si
lim inf(𝑥 𝑛 ) = lim sup(𝑥 𝑛 ). (1.124)
(d) Calculer lim inf(𝑥 𝑛 ) et lim sup(𝑥 𝑛 ) dans les cas suivantes :
𝑛 𝑛
i) 𝑥 𝑛 := 1 + (−1)
𝑛 .
ii) 𝑥 𝑛 := ln 1 + 𝑛 + (−1) + sin 2 .
1 𝑛 𝑛𝜋
𝑥≥0 et 𝑡∈ R
Exercices 19
− 𝑡
est bijective.
Exercice 22. (Théorème de Cantor) Montrer qu’il n’existe pas de surjection de
𝑋 dans P (𝑋).
Solutions
(b) Utilisons la première égalité qu’on vient de voir et les lois de Morgan. On a
! ! !! !!!
Ù Ù Ù Ù
𝐴𝑖 ∪ 𝐵𝑗 = 𝑋 \ 𝑋 \ 𝐴𝑖 ∩ 𝑋 \ 𝐵𝑗 (1.144)
𝑖∈𝐼 𝑗 ∈𝐽 𝑖∈𝐼 𝑗 ∈𝐽
! !!
Ø Ø
(1.145)
=𝑋\ (𝑋 \ 𝐴𝑖 ) ∩ 𝑋 \ 𝐵𝑗
𝑖∈𝐼 𝑗 ∈𝐽
3. D’après la loi de Morgan.
21
22 Randrianomenjanahary
© Ø
(1.146)
ª
= 𝑋 \ (𝑋 \ 𝐴𝑖 ) ∩ 𝑋 \ 𝐵 𝑗 ®
« (𝑖, 𝑗)∈𝐼×𝐽 ¬
© Ø
(1.147)
ª
= 𝑋 \ 𝑋 \ 𝐴1 ∪ 𝐵 𝑗 ®
(𝑖, 𝑗)∈𝐼×𝐽
Ù« ¬
(1.148)
= 𝐴𝑖 ∪ 𝐵 𝑗 .
(𝑖, 𝑗)∈𝐼×𝐽
Alors, la suite (𝐵𝑛 )𝑛∈N convienne. En effet, il est clair que cette suite est disjointe
et, que
Ø Ø
𝐵𝑛 ⊆ 𝐴𝑛 . (1.150)
𝑛∈ N 𝑛∈ N
Par ailleurs, si 𝑥 ∈ alors, en posant
Ð
𝑛∈ N
𝑁 := min{𝑛 ∈ N | 𝑥 ∈ 𝐴𝑛 } (1.151)
on a 𝑥 ∈ 𝐵 𝑁 de sorte que
Ø Ø
𝐴𝑛 ⊆ 𝐵𝑛 . (1.152)
𝑛∈ N 𝑛∈ N
(b) Soit 𝑛 ∈ N. Posons
𝑛
Ø
𝐶𝑛 := 𝐴𝑘 . (1.153)
𝑘=0
⇐⇒ ∃ 𝑗 ∈ 𝐽 (𝑥, 𝑦) ∈ 𝐴 × 𝐵 𝑗
Ø
⇐⇒ (𝑥, 𝑦) ∈ ( 𝐴 × 𝐵 𝑗 ). (1.156)
𝑗 ∈𝐽
⇐⇒ 𝑥 ∉ 𝑓 −1 (𝐵)
⇐⇒ 𝑥 ∈ 𝑋 \ 𝑓 −1 (𝐵). (1.163)
(b) i) Soient ( 𝐴𝑖 )𝑖∈𝐼 ⊆ P (𝑌 ) et 𝑦 ∈ 𝑌 . Alors,
!
Ø Ø
𝑦∈ 𝑓 𝐴𝑖 ⇐⇒ ∃𝑥 ∈ 𝐴𝑖 𝑦 = 𝑓 (𝑥)
𝑖∈𝐼 𝑖∈𝐼
⇐⇒ ∃𝑖 ∈ 𝐼 𝑦 ∈ 𝑓 ( 𝐴𝑖 )
Ø
⇐⇒ 𝑦 ∈ 𝑓 ( 𝐴𝑖 ). (1.164)
𝑖∈𝐼
ii) Soient ( 𝐴𝑖 )𝑖∈𝐼 ⊆ P (𝑌 ) et 𝑦 ∈ 𝑌 . Supposons que 𝑦 ∈ 𝑓 𝐴𝑖 . Alors, il existe
Ñ
𝑖∈𝐼
𝐴𝑖 tel que 𝑦 = 𝑓 (𝑥). Donc, pour tout 𝑖 ∈ 𝐼, 𝑦 ∈ 𝑓 ( 𝐴𝑖 ) de sorte que
Ñ
𝑥∈
𝑖∈𝐼
Ñ
𝑦∈ 𝑓 ( 𝐴𝑖 ).
𝑖∈𝐼
Montrons que cette inclusion peut-être stricte. Considérons l’application
𝑓 :𝑥∈ R ↦−→ 𝑥2 ∈ R. (1.165)
Pour 𝐴 := ]−1, 2[ et 𝐵 := [−2, 0] on a
𝑓 ( 𝐴) = 𝑓 (𝐵) = [0, 4[ et 𝑓 ( 𝐴 ∩ 𝐵) = [0, 1[ (1.166)
de sorte que
𝑓 ( 𝐴 ∩ 𝐵) ⊂ 𝑓 ( 𝐴) ∩ 𝑓 (𝐵). (1.167)
iii) Reprenons encore l’application 𝑓 précédente. Mais, cette fois-ci, posons
𝐴 = [0, +∞[. On a
𝑓 ( 𝐴) = [0, +∞[ et 𝑓 (R \ 𝐴) = ]0, +∞[ (1.168)
de sorte qu’il n’y a aucune relation d’inclusion entre 𝑓 ( R \ 𝐴) et R \ 𝑓 ( 𝐴).
Solution 6. (a) Supposons que 𝑓 est injective. Soit 𝐴 ∈ P (𝑋). On vérifie facile-
ment que
𝐴 ⊆ 𝑓 −1 ( 𝑓 ( 𝐴)). (1.169)
Soit maintenant 𝑥 ∈ 𝑓 −1 ( 𝑓 ( 𝐴)). Alors, 𝑓 (𝑥) ∈ 𝑓 (𝑋) de sorte qu’il existe 𝑥 0 ∈ 𝐴
tel que
𝑓 (𝑥) = 𝑓 (𝑥 0). (1.170)
Donc, par hypothèse, 𝑥 = 𝑥 0 ∈ 𝐴 de sorte que
𝑓 −1 ( 𝑓 ( 𝐴)) ⊆ 𝐴. (1.171)
Réciproquement, supposons que pour tout 𝐴 ∈ P (𝑋) on a
𝑓 −1 ( 𝑓 ( 𝐴)) = 𝐴. (1.172)
Soient 𝑥 et 𝑥 0 ∈ 𝑋. Supposons que 𝑓 (𝑥) = 𝑓 (𝑥 0). Alors, 𝑓 −1 ( 𝑓 ({𝑥})) =
𝑓 −1 ( 𝑓 ({𝑥 0 })). Puis, par hypothèse, il vient 𝑥 = 𝑥 0 de sorte que 𝑓 est injective.
Solutions 25
(d) Supposons que 𝐴 est minoré. Soit 𝑡 > 0. Posons 𝑟 = inf( 𝐴). Alors, 𝑟 est un
minorant de 𝐴 et, il existe une suite (𝑥 𝑛 ) ⊆ 𝐴 convergeant vers 𝑟. Pour chaque
N
𝑛 ∈ posons 𝑦 𝑛 := −𝑡𝑥 𝑛 ∈ −𝑡 𝐴. Alors, la suite (𝑦 𝑛 ) converge vers −𝑡𝑟. Or, il est
évident que −𝑡𝑟 est un majorant de −𝑡 𝐴. Donc,
sup(−𝑡 𝐴) = −𝑡𝑟. (1.194)
(e) Supposons que sup( 𝐴) > 𝑠. Posons 𝑟 = sup( 𝐴). Alors, pour 𝜀 = 𝑟 − 𝑠 > 0 il existe
𝑎 ∈ 𝐴 tel que 𝑎 > 𝑟 − (𝑟 − 𝑠) = 𝑠.
(f) i) Supposons que 𝐴 et 𝐵 sont majorés. Posons 𝑟 = sup( 𝐴) et 𝑟 0 = sup( 𝐴). Alors,
il existe deux suites (𝑥 𝑛 )𝑛∈N ⊆ 𝐴 et (𝑦 𝑛 )𝑛∈N ⊆ 𝐵 convergeant respectivement
N
vers 𝑟 et 𝑟 0. Pour chaque 𝑛 ∈ posons 𝑧 𝑛 := max(𝑥 𝑛 , 𝑦 𝑛 ). Alors, par continuité
de la fonction maximum, la suite (𝑧 𝑛 ) ∈ 𝐴 ∪ 𝐵 converge vers max(𝑟, 𝑟 0). Or,
il est évident que max(𝑟, 𝑟 0) est un majorant de 𝐴. Donc,
sup( 𝐴 ∪ 𝐵) = max(𝑟, 𝑟 0). (1.195)