Chambres d'agriculture de BFC
Les grandes cultures
Les grandes cultures
Des systèmes fragilisés par les sécheresses
répétitives, en recherche de valeur ajoutée
Les systèmes d’exploitation en grandes cultures
présentent des résultats courants par UTAF
faibles, en deçà des espérances et des besoins.
La combinaison de sécheresse dès le printemps
et d’épisodes de canicule durant l’été affecte les
rendements. Même si les prix se maintiennent et
que la Covid-19 n’a que peu d’effets dans ce sec-
teur d’activités, la fragilisation des systèmes se
poursuit.
Dans les zones intermédiaires de Bour-
gogne-Franche-Comté, la nouvelle PAC et les
politiques régionales devraient accompagner
les transitions des exploitations et des filières
pour retrouver de la valeur ajoutée, s’adapter au
changement climatique, être plus autonomes en
protéines… Les outils du 1er et du 2nd piliers, la
création et le développement d’outils de trans-
formation, les coopérations interfilières seront
déterminants pour ré-inventer des agricultures
et des filières dans les territoires.
OBSERVATOIRE PROSPECTIF DE L’AGRICULTURE DE BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ RÉSULTATS 2020 23
Les grandes cultures
Les chiffres de la filière
4 804 6 089 960 470 ha 925 M€ - 14 400 €
exploitations UTA sur les Surfaces COP chiffre d’affaires résultat courant par UTAF 2020
spécialisées exploitations 2019 (estimation) faible potentiel,
spécialisées fort potentiel : 3 700 €
Sources : Srise / Draaf Bourgogne-Franche-Comté ; Cerfrance
2020, une année à oublier
La campagne 2019-2020 se caractérise par des condi-
tions sèches au début du printemps et pendant l’été
ainsi que par des températures plus chaudes que la
moyenne toute l’année. Les pluies de mi-octobre 2019
sont favorables aux croissance tardive de colza. Lentilles et pois chiches se développent
Les rendements sont inférieurs aux moyennes quin- pour l’alimentation humaine
quennales.
Les surfaces en lentilles et pois chiches se déve-
Le rendement en blé de 59,5 q / ha cache de grandes
loppent, avec respectivement 4 984 ha et 1 682 ha
disparités. Sur les sols à faible réserve utile, la séche-
en 2020, principalement dans l’Yonne. Destinées à
resse printanière fait chuter le nombre d’épis et de
l’alimentation humaine, ces productions devraient
grains. Les poids spécifiques sont très bons (> 78 kg / hl),
profiter d’opportunités de valorisation avec la créa-
comme les taux de protéines (moyenne de 12,5 %).
tion de l’usine Selvah à Ciel (71) en 2019.
Le rendement en orge d’hiver n’est que de 46 q / ha, en
raison de l’incidence majeure de la jaunisse nanisante en ha
6 000
de l’orge.
5 000
L’orge de printemps affiche en moyenne 36 q / ha, plus
4 000
bas rendement après 2007 depuis 30 ans.
3 000
En maïs grain, le rendement est seulement de 60 q / ha
2 000
(98 q / ha pour le maïs irrigué).
1 000
Le rendement en colza est de 29 q / ha. Il s’explique par
0
le manque de pluie à l'implantation et par les dégâts 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020
d’insectes d’automne. Le manque de vigueur à la sortie Lentille
Lentilles Pois chiches
Pois chiches
d’hiver oblige à détruire certaines parcelles. Avec une Source : Agreste - Statistique Agricole Annuelle
sole de 91 540 ha en 2020, la perte de surfaces est de
100 000 ha par rapport à la période 2013 - 2018, au
profit des céréales, pois, soja, tournesol.
Le tournesol revient en force avec un triplement des Surfaces et rendements 2020
surfaces en 3 ans. Le rendement est de 21 q / ha.
Surfaces Rendements (q / ha)
Le pois progresse dans les assolements avec
+ 10 000 ha par rapport 2019. Avec un rendement de par Moyenne
ha rapport à 2020 2015-2019
17 q / ha, c'est la deuxième plus mauvaise année de- 2019
puis 30 ans. Blé tendre 336 200 - 12 % 59,5 63
Le soja continue à s’étendre en 2020, avec 38 510 ha. Orge d’hiver 175 000 -6% 46 63
Toutefois, les 16 q / ha de rendement ne sont pas à
Orge de p. 81 465 + 14 % 36 50
la hauteur des espoirs et des besoins en protéines de
proximité pour les filières d’élevage. Maïs 75 530 -1% 60 77
Colza 91 540 - 12 % 29 32
Tournesol 55 000 + 47 % 21 23
Pois prot. 33 675 + 45 % 17 31
Chambre d'agriculture Soja 38 510 + 12 % 16 24
Source : Agreste - Statistique Agricole Annuelle
24 OBSERVATOIRE PROSPECTIF DE L’AGRICULTURE DE BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ RÉSULTATS 2020
Les grandes cultures
Des prix qui tiennent... sans compenser
La campagne commerciale est influencée par les incer-
titudes liées à la Covid-19, par l’évolution des relations
sino-américaines et par la parité € / $. Le blé affiche un
prix1 moyen rendu Rouen à 190 € / t en 2020, oscillant
entre 172 et 210 € / t. Cette hausse résulte de la baisse
de la production en France et dans l’Union européenne
et de la forte demande des pays importateurs.
L’orge de mouture présente un prix moyen à 167 € / t,
marqué par une augmentation de l’ordre de 40 € / t
depuis le début de campagne. Sa hausse est liée aux
achats chinois, qui représentent 25 % des achats mon-
diaux et boudent l’origine australienne pour des rai-
sons diplomatiques.
Sur la campagne, le prix du colza FOB Moselle passe
de 380 € / t à plus de 420 € / t fin novembre. Les prix
atteignent des records, entraînés par une production
française en chute face à une demande forte en huile ,
en biocarburant et en tourteau.
Les prix du maïs augmentent fortement de 170 € / t en
début de campagne à 200 € / t cinq mois plus tard, avec
des importations majeures de la Chine pour satisfaire
ses besoins en alimentation animale.
Selon les experts des marchés mondiaux s'exprimant
CRABFC@Jérôme CHABANNE
au Paris Grain Day 2021, ces tendances haussières des
prix devraient s’inscrire durablement.
Cotations Cotations
des prix 2017-2020 des blés rendu Rouen
des prix 2017-2020 des Blés rendu Rouen
Cotations des prix 2017 - 2020 des orges de mouture
€/t
240 €/t
rendu Rouen
240
220
200 220
180
200
160
180
140
160
120
100 140
janvier février mars avril mai juin juillet août sept oct nov déc
Blé tendre Rendu Rouen 2020 Blé tendre Rendu Rouen 2019
120
Blé tendre Rendu Rouen 2018 Blé tendre Rendu Rouen 2017
Sources : APCA, FranceAgriMer 100
Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Sept Oct Nov Déc
Orge de mouture rendu Rouen 2020 Orge de mouture rendu Rouen 2019
Orge de mouture rendu Rouen 2018 Orge de mouture rendu Rouen 2017
Sources : APCA, FranceAgriMer
1
Les cours des productions indiqués sont des moyennes sur l’année
civile 2020. Ils doivent être réduits de 10-20 € / t, correspondant
aux coûts de transport et de gestion pour approcher les prix payés
aux producteurs (hors contrats). Sources : FranceAgriMer - APCA
OBSERVATOIRE PROSPECTIF DE L’AGRICULTURE DE BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ RÉSULTATS 2020 25
Les grandes cultures
Grandes cultures
(échantillon Cerfrance)
1 463 exploitations dont 2 / 3 en fort potentiel
Un environnement instable pour les productions 178 ha de SAU moyenne
La chute des rendements moyens entraîne un nouveau
recul du produit brut global d’environ 11 % par rapport
52 % de la SAU en cultures d'hiver
à 2019, en dépit d’une hausse générale des prix de 1,51 UMO dont 0,22 salarié en moyenne
vente et d’une stabilité des aides découplées. Il s’établit
pour cette campagne à 206 300 €, en baisse de 13 %
par rapport à la moyenne 2017-2019.
Un nouveau recul des résultats
Fort potentiel Faible potentiel Ensemble Ces résultats sont cependant
2019 réal. 2020 estim. 2019 réal. 2020 estim. 2019 réal. 2020 estim. hétérogènes sur l’ensemble
du territoire. Certaines
Produit brut total 235 500 € 215 400 € 221 000 € 188 400 € 230 600 € 206 300 €
exploitations ont fait une
EBE 62 600 € 45 200 € 46 300 € 31 800 € 57 200 € 36 300 € belle campagne, avec des
Résultat courant 22 600 € 4 900 € 9 900 € - 17 900 € 18 300 € - 2 800 € rendements corrects, des
cours porteurs et une faible
EBE / Produit 27 % 21 % 21 % 10 % 25 % 18 % pression maladie (40 % ont
Résultat courant
17 300 € 3 700 € 7 900 € - 14 400 € 14 300 € - 2 200 €
une situation financière
/ UTAF saine).
Source : Cerfrance
Un recul des charges, insuffisant pour compenser la
perte de produit
Les charges opérationnelles se portent à 456 € / ha en Les charges de structure (hors amortissements et frais
2020. Elles sont en recul par rapport à l’année précédente financiers) sont de 495 € / ha, stables par rapport
(476 € / ha en moyenne). La baisse est visible sur les à celles liées à la récolte 2019. Depuis plusieurs
postes d’engrais (- 4 %), de semences (- 1 %) et de années, les céréaliers de la région réalisent un travail
produits phytosanitaires (- 8 %). Ce fait s’explique en conséquent sur la maîtrise des charges opérationnelles
partie par la météorologie sur la campagne, qui conduit à et des charges de structure (à travers les charges de
une évolution des assolements et un recul des pressions mécanisation notamment).
maladies, incitant les agriculteurs de la région à diminuer
le nombre de traitements.
Évolutions des charges d'exploitations (en € / ha)
900
800
700
600
500
400
300
200
100
0
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 (prév.)
Charges opérationnelles Charges de structures dont mécanisation Source : Cerfrance
26 OBSERVATOIRE PROSPECTIF DE L’AGRICULTURE DE BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ RÉSULTATS 2020
Les grandes cultures
Évolution résultat courant / UTAF (en € constants)
Bourgogne jusqu'en 2015 et Bourgogne-Franche-Comté depuis 2016
Une forte variabilité des résultats
d’une exploitation à l’autre et selon les €
80 000
territoires 70 000
L’excédent brut d’exploitation est faible, 60 000
à 36 300 €, soit 203 € / ha en moyenne 50 000
contre 320 € / ha pour celui lié à la récolte 40 000
2019. L’efficacité économique (ratio EBE / 30 000
produit) atteint ici 18 %, traduisant le peu de 20 000
rentabilité dégagée.
10 000
De ce fait, l’EBE est consommé en quasi-
0
totalité par les engagements financiers (à 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019 2020
- 10 000
hauteur de 87 % en moyenne contre 55 % en Grandes cultures fort potentiel
2019). La marge disponible pour permettre - 20 000
Grandes cultures faible potentiel Moyenne
aux chefs d’exploitation de se rémunérer est - 30 000
Source : Cerfrance
alors faible, voire nulle.
Depuis plusieurs années, les résultats des
exploitants de ce système sont en dents de
Seulement 16 % des exploitations avec un résultat courant / UTAF
scie. En 2020, le résultat courant par UTAF supérieur à 20 000 €
s’établit à - 2 200 € en moyenne (- 14 400 € en %
60
faible potentiel et 3 700 € en fort potentiel) 53
et se rapproche de ceux de 2015 et 2016. 50
Des trésoreries de plus en plus limitées 40
Les résultats des systèmes d’exploitation de
30
grandes cultures de Bourgogne-Franche-
Comté sont toujours préoccupants. En 20
19
effet, les trésoreries se tendent d’année en 13
année, avec un point de rupture atteint pour 10 7
4
beaucoup d’entre elles. 3 2
La situation reste cependant variable d’une 0
exploitation à l’autre au niveau des risques
financiers. 30 % des exploitations en faible Source : Cerfrance
potentiel ont des situations financières très
préoccupantes contre 18 % pour celles en
fort potentiel.
Les exploitants et les acteurs des filières
Près de 25 % des céréaliers de la région
ont une situation financière préoccupante
doivent se mobiliser dans l’objectif de re-
trouver des situations financières plus saines
Faible pot.
2020 estim.
et tenables dans la durée. Les prévisions
pour la récolte 2021 avec une conjoncture 2019 réal.
plutôt porteuse permettront peut-être aux
agriculteurs de la région de restaurer leur
2020 estim.
Fort pot.
trésorerie. D’autres pistes peuvent être en-
visagées : contractualisation, diversification, 2019 réal.
pluriactivité…
0 20 % 40 % 60 % 80 % 100 %
risque nul risque faible risque moyen risque élevé
Source : Cerfrance
OBSERVATOIRE PROSPECTIF DE L’AGRICULTURE DE BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ RÉSULTATS 2020 27
Les grandes cultures
Zones intermédiaires : stratégies gagnantes de 5 exploitations nivernaises
ZOOM
Entre 2014 et 2019, de 4 à 23 % des systèmes grandes
cultures de la région obtiennent un résultat courant /
UTAF supérieur à 40 000 € (source OPA BFC). Quelles
sont les raisons de ces très bonnes performances, en
dépit de la conjoncture ?
L’étude ALÉAS – XP’Grandes cultures & changement
climatique a pour objectifs de comprendre et d'ana-
lyser les stratégies des systèmes de grandes cultures
« qui fonctionnent bien et sont performants éco-
nomiquement » (Chambres d’agriculture de Bour-
gogne-Franche-Comté, 2021).
La méthodologie d’audit1 s’appuie sur l’analyse des
cinq secteurs de l’économie des exploitations (Figure 1)
pour évaluer l’efficacité économique des productions.
Cinq exploitations nivernaises répondant au cahier des
charges, en secteurs de potentiel agronomique faible à Chambre d'agriculture
moyen, ont été étudiées pour les exercices 2017-2018.
Figure 1 : Les 5 secteurs de l’économie de l’exploitation analysés lors de l’audit
PRODUITS CHARGES
1
Secteur
Produit d'activité
Vente de cultures (quantité et prix)
Variations de stocks
Autres produits d'activité
2
Secteur
Charges opérationnelles
Intrants (semences, engrais, phytos)
Taxes, assurances récolte
3 4
Aides compensatoires Charges de structure
Aides découplées Mécanisation
Secteur Aides couplées Secteur Foncier, bâtiment
Aides du 2nd pilier Assurances, frais de gestion
Autres frais (MSA, divers)
EBE
5
Secteur
Engagements structurels
Annuités
Frais financiers CT
Rémunération salariale
Autofinanement
1
Mise au point par la Chambre d’agriculture de la Nièvre en élevage Rémunération de la main d’œuvre
et adaptée aux systèmes de grandes cultures patronale
28 OBSERVATOIRE PROSPECTIF DE L’AGRICULTURE DE BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ RÉSULTATS 2020
Les grandes cultures
Les stratégies réussies des exploitations ont pour fac- • des charges de structure adaptées à la taille de l’ex-
teurs communs (Figure 2) : ploitation (mécanisation)
• une maîtrise des charges opérationnelles de 230 € / • des EBE / ha élevés allant jusqu’à 687 € / ha (supé-
ha à 422 € / ha (contre 414 € / ha en moyenne observés rieur aux 362 € / ha moyens de l’OPAB BFC), soit en
sur l’échantillon de l’OPA BFC) moyenne 45 % du produit brut d’exploitation
• une sécurisation du chiffre d’affaires grâce aux assu- • des annuités qui ne consomment pas tout l’EBE pro-
rances, à une diversification des cultures de l’assole- duit, avec des taux d’endettement globalement faibles.
ment, au stockage de toute ou partie de la production,
à un positionnement sur les marchés pour de meilleurs
prix, à des contrats de type MAEC…
Figure 2 : Présentation succincte des exploitations étudiées
et de leurs résultats économiques moyens 2017-2018
Exploitation
1 2 3 4 5
Critères
Potentiel agro. Moyen Moyen Très faible Moyen Moyen
SAU 409 ha 273 ha 179 ha 259 ha 256 ha
UMO 2 1 1 2 2
Diversité des 8 cultures (dont 2 en
13 cultures 6 cultures 4 cultures 5 cultures
cultures contrat de semences)
Valorisation stockage stockage et AB stockage stockage stockage
Apports Intrants un peu élevés optimisés à améliorer très réduits très réduits
PAC MAEC Conversion AB / / /
Foncier 200 ha/UMO 273 ha/UMO 50 % en propriété < 90 ha par UMO 50 % en propriété
Mécanisation adaptée En mutation 2
adaptée adaptée Un peu élevée
Endettement Très faible Faible Faible Faible Très faible
Produit brut 970 € / ha 974 € / ha 780 € / ha 1030 € / ha 937 € / ha
Ch. opérationnelles 422 € / ha 276 € / ha 384 € / ha 271 € / ha 230 € / ha
Ch. structures 341 € / ha 336 € / ha 302 € / ha 372 € / ha 506 € / ha
EBE 448 € / ha 687 € / ha 345 € / ha 658 € / ha 382 € / ha
EBE / Produit 43 % 47 % 34 % 50 % 39 %
2
Liée à la conversion de l’exploitation en agriculture biologique en 2018
Chambre d'agriculture
OBSERVATOIRE PROSPECTIF DE L’AGRICULTURE DE BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ RÉSULTATS 2020 29