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Comprendre les opérations basées sur les effets

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L’approche des opérations

basées sur les effets


Questions et réponses
par le lieutenant colonel J. p. Hunerwadel (re), uSaF

Résumé de l’éditeur : Les opérations basées sur les effets (Effects-Based Operations – EBO)
représentent une approche dont l’application suscite dans les milieux militaires un débat
et une réflexion vigoureux, et dont le domaine s’étend aujourd’hui rapidement. L’auteur
soutient que, en dépit des nombreuses définitions des EBO, le concept reste largement mal
compris. Le présent article aborde des questions cruciales concernant la nature de l’approche
EBO, sa signification et les façons de l’utiliser pour débattre d’une stratégie opérationnelle et
la formuler, ainsi que pour mener des opérations, et s’efforce d’y répondre.

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APPROCHE DES EBO 7

L
es forces armees américaines ont mons « produire » des effets mais nous ne
un penchant amusant et persistant pour sommes arrivés à aucune conclusion défini­
les formules accrocheuses et les mots à tive quant à ce que effets et basé sur les effets
la mode. cela fait au moins 15 ans que signifient.
l’expression Effects-Based Operations – eBo (opéra­ Le concept d’eBo existe-t-il vraiment ou
tions basées sur les effets) s’avère être l’une des s’agit-il juste d’un autre mot à la mode vide de
plus populaires. certains ont claironné que sens ? s’il existe, pouvons-nous le définir clai­
l’approche eBo représentait « un nouveau para­ rement ? rend-il plus utiles les débats sur la
digme pour... les opérations militaires » et un stratégie et la conduite des opérations ? existe-
concept promettant une « efficacité propre à t-il des principes significatifs applicables à
garantir la victoire ».1 D’autres l’ont proposée l’approche eBo ?
comme alternative au « choix des objectifs et des Le présent article se propose d’aborder ces
moyens de traitement basé sur la destruction » et questions et d’introduire une certaine clarté
aux « opérations basées sur les objectifs » – une en termes de définition. convaincu que la
méthode « remarquablement différente des réponse à toutes les questions est un oui caté­
approches militaires traditionnelles de destruc­ gorique, l’auteur présente une synthèse des
tion et de guerre d’usure ».2 au même moment, diverses approches basées sur les effets qui
de nombreux commentateurs ont souligné que sont apparues lors des deux dernières déce­
le concept n’avait rien de nouveau : « Tout au nnies, en extrait un ensemble de principes
long de l’histoire, les chefs militaires et les plani­ applicables de manière générale à toute
ficateurs compétents ont essayé de planifier et approche basée sur les effets et examine les
d’exécuter des campagnes basées sur les effets. »3 définitions actuellement utilisées, ainsi que
L’approche eBo a été condamnée catégorique­ leur logique sous-jacente.
ment comme représentant une « panacée...
irréaliste, trop focalisée », comme un exemple de
« jargon à la mode », de « terme qui passera » et Pourquoi des opérations
d’« idée mal conçue ».4 certains ont mis en garde basées sur les effets ?
contre les « promesses en l’air » de l’approche
eBo et les « Icebergs sur l’avant ».5 Un ancien Une grande partie des écrits consacrés à
chef du commandement des forces interarmées l’approche eBo font à juste titre remarquer
américaines (US Joint Forces Command – Jfcom) a que la réflexion basée sur les effets n’a rien
déclaré que l’approche eBo n’est « pas encore d’une nouveauté. elle se forma progressive­
prête à aller de l’avant » un an après que l’ancien ment sous un certain nombre d’influences – un
directeur adjoint des opérations à l’état-major fait qui contribue à expliquer les diverses défi­
interarmées ait qualifié l’opération Iraqi Freedom nitions de l’approche eBo suggérées au fil des
de « campagne basée sur les effets ». ans. certaines de ces influences remontent à
Il y a malheureusement autant d’opinions aussi loin que la guerre elle-même. D’autres
sur ce que l’approche eBo représente vraiment doivent beaucoup aux opinions scientifiques
que d’auteurs qui ont écrit sur le sujet. on et aux technologies récentes. D’une part, lors­
peut trouver au moins une douzaine de défi­ que sun Tzu écrivait que « combattre et vain­
nitions de l’approche eBo. elles sont toutes cre dans toutes vos batailles ne représentent
relativement pénétrantes mais souvent contra­ pas le summum de l’excellence ; celui-ci
dictoires. La profusion des définitions de consiste à briser la résistance de l’ennemi sans
cette approche, des affirmations la concer­ combattre », il exprimait une perspective que
nant, de ses partisans et de ses adversaires nous considérerions aujourd’hui basée sur les
remet en mémoire l’observation de George effets.8 D’autre part, les combattants modernes
Bernard shaw à propos des économistes : « si disposent de technologies qui permettent une
on [les] mettait tous bout à bout, ils n’arrive- collaboration en matière de partage d’infor-
raient pas à une conclusion. »7 Nous parlons mations et l’imposition d’effets très précis sur
d’effets, nous enseignons les effets, nous affir­ de longues distances ; ils bénéficient d’une

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8 AIR & SPACE POWER JOURNAL

théorie qui permet de mieux anticiper le du constant décalage entre les moyens de
comportement de certains systèmes complexes. combat des forces armées et les objectifs poli­
s’ils vivaient aujourd’hui, sun Tzu et une foule tiques pour la réalisation desquels nos forces
d’autres brillants chefs militaires de l’histoire combattaient. a la suite de cette défaite, les
auraient probablement saisi les implications de forces armées retournèrent aux principes clau­
telles innovations et les auraient appliquées de sewitziens de base et, encore une fois (comme
façons similaires. Les grands capitaines ont elles l’avaient fait lors de la seconde guerre
toujours reconnu l’importance de la compré­ mondiale et les années qui la précédèrent),
hension des rapports de cause à effet dans la insistèrent sur le besoin de lier les objectifs à
guerre – c’est-à-dire des moyens d’établir un tous les niveaux de la guerre – en descendant
lien entre les objectifs finaux désirés et les du niveau politique national aux missions tacti­
actions tactiques – et de l’anticipation des ques – dans une chaîne causale logique. cette
possibles contre-mouvements des ennemis et approche basée sur les résultats ou d’adapta-
d’autres acteurs dans un conflit. Les opérations tion de la stratégie aux tâches devint de facto la
militaires d’aujourd’hui – même relativement base de la doctrine de planification appliquée
limitées – peuvent toutefois devenir trop com­ par les forces armées américaines.
plexes pour qu’on puisse se fier au génie lors- observant les progrès technologiques et
qu’il s’agit de considérer des facteurs extérieurs scientifiques accomplis au cours des années 70
à l’interprétation militaire traditionnelle de la et 80, nombreux furent ceux qui commencè­
cause et de l’effet qui peuvent s’avérer cruciaux rent à reconnaître que ces progrès permet­
pour la réalisation des objectifs. traient certaines améliorations pratiquement
Parmi les influences qui ont particulière­ exponentielles de la précision des armes – et
ment contribué à créer l’approche eBo figu­ de la compréhension de la façon dont nous
rent le « mode de guerre américain traditio­ pourrions utiliser cette précision pour affecter
nnel » : guerre d’usure et annihilation des des systèmes complexes en employant des
forces militaires engagées par l’ennemi, ainsi méthodes sophistiquées. Dans le même temps,
que ce que certains appellent l’« approche les pressions politiques et sociales exercées
basée sur les paramètres » des opérations pour maintenir les coûts des opérations militai­
aériennes, qui met l’accent sur la prise de res à un niveau aussi bas que possible – particu­
décisions de choix des objectifs et des moyens lièrement en termes de vies (souvent aussi bien
de traitement basées sur les ressources et les ennemies qu’amies) – ne diminuèrent pas. on
moyens disponibles pour attaquer des objec­ vit apparaître certains armements particulière­
tifs particuliers.9 La guerre d’usure/annihila- ment inventifs permettant d’infliger des
tion et la prise de décisions basée sur les para­ dommages et des perturbations extrêmement
mètres continuent à former le fondement du localisées et/ou temporaires, en même temps
combat tactique. Néanmoins, le coût inhérent que les tactiques et l’art opérationnel (par ex.,
à la guerre basée purement sur ces méthodes l’attaque parallèle, qui frappe un large éventail
est devenu politiquement et socialement de systèmes cibles dans un laps de temps très
problématique pour les etats-Unis. Du point court afin de maximiser le choc et la désorgani­
de vue d’un aviateur, l’approche basée sur les sation dans un ou plusieurs systèmes) rendant
paramètres peut également se révéler ineffi­ leur emploi possible. cette méthode, ainsi que
cace pour atteindre les objectifs politiques d’autres qui sont tout aussi nouvelles (telle que
que vise le conflit dans la mesure où elle n’in- la multiplication des forces via la furtivité, les
dique en rien pourquoi certaines cibles sont outils d’analyse des dommages collatéraux et
frappées ni en quoi cette action permet d’attein- bien d’autres), donnèrent aux chefs militaires
dre les objectifs recherchés. Les etats-Unis un choix d’options d’effets dont ils n’avaient
utilisèrent aussi bien le « mode américain » jamais profité auparavant. elle raccourcit égale­
que le choix des objectifs et des moyens de ment la « distance » causale qui sépare les
traitement basé sur les paramètres au Viêt- actions tactiques des résultats stratégiques,
Nam, connurent la défaite en partie à cause c’est-à-dire qu’elle augmenta les chances de

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APPROCHE DES EBO 9

pouvoir employer la force militaire dans l’effet au-delà des seules destruction, attrition
certains cas pour obtenir des résultats au niveau et annihilation comme mécanismes de causa­
stratégique d’une manière plus directe que ne lité dans la bataille ; au-delà des résultats tacti­
le permettaient traditionnellement la guerre ques de la seule bataille lors de l’évaluation et
d’usure et le choix des objectifs et des moyens de l’anticipation du déroulement des opéra­
de traitement basé sur les paramètres. tions ; au-delà de leurs seules disciplines mili­
Une autre influence majeure – la révolution taires lors de la recherche de moyens permet­
que connut la technologie de l’information et tant d’atteindre des objectifs ; au-delà du seul
des télécommunications – facilita initialement le instrument militaire de puissance lors de
contrôle directif, ce qui gêna les opérations mili­ l’élaboration de stratégies et au-delà de la
taires largement autant qu’il accrut leur efficacité seule guerre comme base permettant d’attein-
(on n’en voudra pour preuve que la désastreuse dre les objectifs de sécurité nationale grâce à
intervention du président dans le choix des la puissance militaire.
objectifs pendant la guerre du Viêt-Nam). cepen­
dant, le système de systèmes d’« info-télécom »
évolua ensuite dans une direction imprévue : un Principes d’une approche des
réseau de systèmes très décentralisé et largement opérations basée sur les effets
interconnecté apparut, capable de prendre en
charge un échange interactif d’un grand volume Il devrait être possible, en partant de ces
d’informations entre des milliers, voire même objectifs généraux et des diverses voies
des millions, de nœuds de systèmes, de façon qu’utilise l’approche eBo pour exercer son
pratiquement instantanée sur des distances à influence, d’assembler un ensemble systéma­
l’échelle planétaire. a certains égards, cette appa­ tique de principes qui peut faire pour la
rition accrut la menace de ce que l’armée de l’air réflexion basée sur les effets ce que le système
dénigre à juste titre comme une exécution élaboré par l’état-major général prussien fit
centralisée mais elle permit également une pour systématiser les innovations apportées
connaissance bien meilleure de l’environnement par Napoléon en termes de fonctions de
opérationnel, une collaboration approfondie commandement et d’état-major voilà plus
entre les diverses disciplines militaires, la localisa­ d’un siècle.
tion et la consultation d’informations essentielles
lorsque c’est nécessaire, des cycles de prise de L’approche basée sur les effets constitue une méthode
décisions beaucoup plus courts et la réalisation complète de réflexion à propos des opérations – un
potentielle d’une véritable intégration des efforts mécanisme de pensée.
militaires dans l’espace de bataille.10 elle représente un moyen de considérer l’em-
en résumé, pendant les années 90 et les ploi de l’instrument militaire de puissance
premières années de la présente décennie, nationale. Il ne s’agit pas d’une nouvelle théo­
aucune théorie nouvelle de la guerre ne se rie de la guerre ni d’une stratégie particulière
matérialisa mais les penseurs militaires fini­ comme les opérations parallèles ou l’approche
rent par réaliser qu’une synthèse de nombreux indirecte sous un nouveau nom (même si
concepts et techniques intuitifs pouvait offrir l’approche eBo peut certainement suggérer
une solution toujours utile aux combattants à et englober de telles méthodes). Il ne s’agit pas
tous les niveaux et venant de toutes les disci­ non plus d’une liste de contrôle ni d’un nouvel
plines. Pour être utile, cette approche des opéra- outil de planification ou d’évaluation. elle
tions basées sur les effets (à bien des égards une fournit un cadre intellectuel partagé par tout
expression qui décrit mieux ce qu’est vrai­ le monde – incarné dans les principes exami­
ment une EBO mais le présent article utilise nés dans cet article – à l’amélioration de l’em-
les deux formules de façon interchangeable ploi du potentiel militaire. Les principes
pour des raisons de simplicité) devrait élargir devraient s’appliquer tout autant au champ de
la perspective des militaires de métier en bataille tactique qu’à la réflexion stratégique
termes de compréhension de la cause et de du président. Ils devraient également s’appli-

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10 AIR & SPACE POWER JOURNAL

quer aux opérations d’aide humanitaire et de tées peuvent dans certaines circonstances
stabilisation (au minimum) tout autant qu’aux avoir des effets stratégiques immenses –
principales opérations de combat – à l’éventail favorables ou défavorables.
complet d’opérations militaires, de la paix à la
guerre et au retour à la paix. Ils ne devraient L’approche EBO devrait mettre l’accent sur la
pas prescrire une stratégie ni un type de situation recherchée et les objectifs.
mission particulier mais plutôt encourager la Pour obtenir le résultat final désiré pour la
prise en considération du plus vaste choix situation opérationnelle désirée en fin de
possible d’options et faciliter l’unité des efforts mission, on devrait concevoir toutes ses
et l’intégration des moyens afin d’élaborer la actions de façon à produire les effets qui
meilleure stratégie possible dans l’optique de permettent d’atteindre les objectifs et de
la situation finale recherchée. minimiser les effets indésirables risquant
d’empêcher de les atteindre. La situation
L’approche EBO transcende la totalité des dimensions, attendue en fin de mission est un ensemble
des disciplines et des niveaux de guerre.
de conditions qu’on doit réaliser pour résou­
cette approche doit viser à intégrer tous dre la situation ou le conflit selon des modali­
les instruments de la puissance – politico­ tés acceptables telles qu’elles ont été définies
diplomatiques, informationnels, économiques, par les autorités compétentes. Une seule situa­
voire même culturels – autant qu’il est possi­ tion recherchée couvre les conditions appli­
ble, en mettant l’accent sur les considérations cables à tous les acteurs (ennemis, alliés et
les plus importantes qui interviennent dans neutres) et tous les types de systèmes (politi­
ces domaines, même lorsque leur emploi va que, militaire, économique, social, informa­
bien au-delà du champ de responsabilité d’un tionnel et d’infrastructures) présents dans
échelon donné. Par exemple, la réaction d’un l’environnement opérationnel. Dans la
peloton de fantassins avançant sous les balles mesure où les chefs militaires doivent créer
tirées d’un lieu saint ou d’un monument ou aider à créer certaines conditions de la
historique pourrait avoir de profonds effets situation recherchée, ils choisissent des objec­
sur la situation politique et culturelle atten­ tifs clairs, décisifs et réalisables pour leurs
due en fin de mission. Il s’agit d’une réflexion forces. Ils (ou leurs subordonnés à tous les
multidimensionnelle. La réflexion pluridisci­ niveaux) déterminent ensuite les effets qu’ils
plinaire suppose que l’on prenne en considé­ doivent créer pour atteindre ces objectifs.
ration le fait que ses propres compétences et L’approche eBo devrait également lier logi­
outils peuvent ne pas offrir toutes – ni les quement toutes les actions exécutées aux
meilleures – options possibles dans les circon­ objectifs à tous les niveaux de la guerre et
stances données. Il se peut que d’autres spécia­ prendre en considération les conditions
lités fonctionnelles, composantes, armes, imposées par les échelons supérieurs du
institutions ou pays disposent pour mener à commandement, même lors de la planifica­
bien la tâche à accomplir de l’outil qui peut tion d’actions au niveau tactique. a cet égard,
permettre le mieux de produire l’effet désiré. l’approche basée sur les effets représente en
La réflexion pluridisciplinaire implique égale­ fait un développement de la méthodologie
ment la réalisation du fait qu’il existe proba­ d’adaptation de la stratégie à la mission qui
blement plusieurs moyens de produire un guide la stratégie des etats-Unis depuis de
effet désiré – ce qui permet le mieux d’arriver nombreuses années.
à la situation attendue en fin de mission est ce
qui est préférable pour l’opération. La L’approche EBO vise à combiner de façon
transparente la planification, l’exécution et
réflexion multi niveau aide à éliminer les
l’évaluation en un tout adaptatif.
séparations entre les domaines stratégique,
opérationnel et tactique, en réalisant, par La planification englobe tous les moyens
exemple, que des actions tactiques très limi­ permettant d’élaborer une stratégie. Des prin­

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APPROCHE DES EBO 11

cipes sains basés sur les effets peuvent avoir contribution à la planification en cours et à
l’impact maximum via la planification dans la l’exécution future.
mesure où cette dernière prépare le terrain Le fait de traiter ces trois aspects des opéra­
pour toutes les autres actions. certaines armes tions comme un tout plutôt que comme des
maintiennent néanmoins que l’approche eBo disciplines ou problèmes à résoudre distincts
ne s’applique qu’au domaine de la planifica­ aide à insister à juste titre sur l’évaluation et
tion – c’est-à-dire qu’elle ne représente « pas subordonne comme il convient le rythme de
une opération » mais simplement un moyen la bataille dans la phase d’« exécution » au
d’améliorer les méthodologies de planifica- plan ou à la stratégie général(e) de l’opéra-
tion.11 Il s’agit d’une notion erronée, en parti­ tion. cela encourage à son tour une évalua­
culier parce qu’elle ignore l’évaluation. tion continue de la stratégie – où l’on pose
L’exécution englobe le rythme de la constamment la question « faisons-nous ce
campagne en cours (ce que l’armée de l’air qu’il faut ? » et y répond – qui facilite l’adapta-
appelle Air Tasking Cycle [le cycle d’attribution tion aux changements affectant l’environne-
des missions aériennes]) ainsi que toutes les ment opérationnel. en d’autres termes, la
actions des unités individuelles qui consti­ planification, l’exécution et l’évaluation
tuent l’exécution des opérations aériennes et devraient former un tout adaptatif.
spatiales.12 Une exécution qui n’est pas basée
sur les effets peut réduire à néant une planifi­ L’approche EBO concerne la création d’effets – pas
par les plateformes, l’armement ni les méthodes.
cation saine, souvent parce qu’elle est trop
focalisée sur un aspect ou un autre du rythme Une approche basée sur les effets commence
de la bataille – tel que la délivrance de l’ordre par définir les résultats souhaités – la situation
d’attribution des missions aériennes. elle peut attendue en fin de mission, les objectifs et les
se transformer en prise en charge aveugle effets souhaités qui leur sont subordonnés –
d’une liste d’objectifs, accompagnée d’un puis détermine les ressources nécessaires
minimum ou d’une absence de stratégie et de pour les obtenir. elle ne commence pas par
prévision des actions de l’ennemi. considérer des moyens ou ressources particu­
L’évaluation englobe tous les efforts visant liers avant de décider ce qu’ils peuvent
à estimer les effets et à mesurer le progrès permettre d’accomplir. cette approche attri­
accompli vers la réalisation des objectifs. elle bue également les missions ou tâches en fonc­
apporte une contribution à la planification tion des ordres de types de missions, aban­
future et se prête à l’adaptation des opéra­ donnant la responsabilité de prendre les
tions au fur et à mesure du déroulement des décisions concernant la combinaison la mieux
évènements. Dans la mesure où les effets et adaptée d’armes et de plateformes aux plus
les objectifs devraient toujours être mesura­ bas échelons appropriés sur le terrain. elle ne
bles, leur planification devrait toujours inclure se préoccupe pas principalement de techno­
des outils de mesure et des indicateurs logie mais de nouvelles plateformes, armes
permettant d’évaluer leurs progrès. L’évalua- et/ou méthodes qui peuvent permettre d’ob-
tion devrait s’effectuer par anticipation – être tenir de nouveaux types d’effets. celles-ci ne
prévisionnelle, dans une certaine mesure – et deviennent toutefois pas vraiment utiles pour
être orientée effets. au lieu de s’appuyer prin­ les combattants tant qu’elles ne sont pas asso­
cipalement sur les résultats empiriques des ciées à une doctrine d’emploi et à une straté­
actions tactiques, elle devrait prendre en gie appropriées. Le char n’a pas donné de
considération le comportement des systèmes lui-même naissance à la guerre-éclair.
dans un contexte plus large. elle devrait aider
non seulement à déterminer si les actions sont L’approche EBO devrait prendre tous les types
possibles d’effets en considération.
exécutées correctement mais également à
décider si ce sont les actions correctes qui La guerre a traditionnellement mis l’accent sur
sont exécutées. L’évaluation apporte une les effets matériels directs et certains effets indi­

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12 AIR & SPACE POWER JOURNAL

rects mieux compris, tels que ceux qui condui­ potentiels devrait conduire à des lignes de
sent à l’échec d’unités ennemies par voie de conduite qui permettent d’atteindre les objec­
guerre d’usure. Bien que ceux-ci continuent à tifs en utilisant les méthodes les mieux adap­
occuper une place significative dans la guerre, tées à la situation désirée en fin de mission –
une approche basée sur les effets doit prendre mais en économisant les vies humaines, les
en considération l’éventail complet de résultats ressources financières, le temps, les chances
afin d’offrir à ceux qui prennent les décisions ou d’autres ressources. Les effets choisis
un choix plus large d’options et une estimation doivent bien entendu d’abord être efficaces. Ils
réaliste des conséquences non voulues. chaque exigeront parfois des stratégies basées sur une
type d’effet peut jouer un rôle très utile lorsque guerre d’usure ou une annihilation mais on
les circonstances s’y prêtent et le fait d’examiner ne devrait les sélectionner qu’après avoir
en détail l’éventail complet encouragera une mûrement réfléchi pour déterminer si ce sont
approche souple du combat. on trouve de les meilleurs (ou les seuls) choix possibles.
nombreux types d’effets et différentes techni­
ques permettant de les analyser et de les évaluer. L’approche EBO reconnaît que la guerre est un choc de
Une liste de catégories et de types sort des limi­ systèmes adaptatifs complexes.
tes du présent article mais nombre d’entre eux La guerre est une lutte de volontés, un affron­
ont de profondes implications pratiques et tement de forces vives qui font preuve de
doctrinales que les chefs militaires et les planifi­ créativité pour s’adapter aux stimuli en utili­
cateurs doivent prendre en considération sant des méthodes que les chercheurs
lorsqu’ils élaborent une stratégie.13 Un type d’aujourd’hui décrivent en termes de théories
particulier peut toutefois avoir une importance du chaos, de l’émergence et de la complexité.
démesurée et mérite d’être pris en considéra­ Pendant des siècles, les chercheurs et les
tion dans les principes eux-mêmes: philosophes s’efforcèrent d’expliquer le
cosmos en termes réductionnistes – en décom­
L’approche EBO devrait toujours prendre en posant ce qu’ils observaient en composantes
considération la « loi des conséquences non voulues ».
élémentaires et en expliquant les rapports
on rencontrera toujours des effets non entre celles-ci au moyen de règles relative­
voulus, aussi bien positifs que négatifs, et ceux ment simples de cause et d’effet. Les cher­
qui vont au-delà d’une réussite objective. Une cheurs réalisent aujourd’hui que, même dans
meilleure connaissance peut aider à prévoir les systèmes simples, la cause et l’effet sont
de nombreux résultats et à minimiser l’impact souvent intangibles, indirects et difficiles à
des effets négatifs non voulus mais elle ne discerner. ce fait a d’importantes implications
peut jamais devenir une science parfaite dans dont l’approche américaine du combat n’a
un monde de systèmes complexes. Les planifi­ pas toujours tenu compte :
cateurs devraient bien réfléchir aux types les
1. La planification doit toujours prendre en consi-
plus évidents de dommages (tels que les
dération la façon dont l’ennemi réagira aux
problèmes politiques et de gestion des percep­
actions planifiées. Toute approche systémati­
tions associés aux dommages collatéraux
que des opérations – de guerre en particu­
civils) que peuvent causer des effets non
lier – doit reconnaître le fait que tous les
voulus et employer des techniques de gestion
systèmes vivants s’adaptent aux change­
des conséquences lorsque c’est possible.
ments qui se produisent dans leurs milieux.
Une approche basée sur les effets devrait
L’approche EBO devrait viser à atteindre les objectifs
le plus efficacement – puis le plus rationnellement.
inclure des procédés permettant d’expli-
quer les lignes de conduite et réactions
L’approche eBo doit toujours permettre probables d’un adversaire. Pour la même
d’accomplir la mission mais elle devrait viser à raison, la connexion entre planification,
offrir un choix d’options aussi large que possi­ exécution et évaluation doit former un tout
ble. Une évaluation minutieuse des effets adaptatif. en d’autres termes, la relation

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APPROCHE DES EBO 13

itérative et cyclique entre ces trois compo­ res ; la cause et l’effet sont donc relative­
santes devrait former un tout indissociable ment faciles à comprendre. Toutefois
précisément pour faciliter l’adaptation aux dans la réalité, les systèmes complexes
changements affectant le comportement se comportent presque toujours d’une
de l’adversaire et l’environnement. manière non linéaire.15
2. La guerre est complexe et non linéaire. 3. La cause et l’effet résistent souvent au dépis-
certaines informations relatives au tage. La planification des opérations mili­
monde matériel utilisé dans les modèles taires présume fréquemment que les
de planification et d’autres données du relations causales entre les actions, les
même genre dont la véracité est souvent effets et les objectifs sont démontrables,
présumée sont en fait inexactes, y directes et discernables par déduction (à
compris des idées telles que la propor­ partir des hypothèses formulées lors de
tionnalité, l’additivité et la reproducti- la planification). Toutefois dans la réalité,
vité.14 D’après le principe de propor­ de nombreuses relations causales restent
tionnalité, à moyens limités résultats indirectes, intangibles et discernables
limités et inversement. Dans la réalité, par induction seulement (par observa­
toutefois, l’emploi de moyens limités tion de phénomènes réels). Dans bien
conduit souvent à des résultats d’une des cas, les effets s’accumuleront pour
ampleur disproportionnée. cette idée atteindre un objectif mais aucun progrès
est restée cruciale pour maintenir de ne deviendra évident tant que celui-ci ne
bonnes pratiques militaires pendant des sera pas totalement ou pratiquement
millénaires : tous les grands capitaines atteint. Dans d’autres cas, les mécanismes
ont recherché des façons de maximiser de causalité ne deviendront pas facile­
l’effet tout en utilisant leurs moyens de ment apparents. Les planificateurs et les
la façon la plus rationnelle. Bien que le chefs militaires doivent en être cons­
concept d’additivité signifie que le tout cients, rechercher de meilleures façons
est égal à la somme de ses parties, il ne de prévoir les changements et conseiller
s’applique pas aux systèmes vivants, qui aux échelons supérieurs du commande­
sont toujours plus grands que la somme ment de faire preuve de patience quant
de leurs éléments – tout comme la force aux résultats. cela veut dire qu’ils doivent
interarmées opérant comme un tout permettre aux changements qui sont
intégré est plus efficace que ses parties invisibles à l’extérieur des systèmes-cibles
agissant indépendamment. Le compor­ de « passer » par ceux-ci et de produire
tement des systèmes complexes dépend les comportements de systèmes désirés.
souvent plus des liens entre les éléments
qui les composent que de ces éléments
eux-mêmes. enfin, la notion de repro­ L’approche EBO se focalise principalement sur le
comportement, pas seulement sur les changements
ductivité affirme que les mêmes moyens matériels.
produisent toujours les mêmes résultats
mais l’intuition suffit à réfuter cette La guerre traditionnelle faisait de la destruc­
assertion. Des changements impercepti­ tion des forces militaires de l’ennemi le but
bles des conditions initiales rendent principal à atteindre. cela peut certainement
toujours impossible la reproduction permettre d’atteindre les objectifs et reste
exacte des résultats dans la réalité. ainsi une partie vitale de la stratégie mais une
que le fit observer Helmuth von moltke approche basée sur les effets met l’accent sur
(l’aîné), « aucun plan ne survit au des alternatives – sur le fait que le but final de
premier contact avec l’ennemi ». Les la guerre n’est pas de renverser le pouvoir de
systèmes qui se comportent conformé­ l’ennemi mais d’imposer sa volonté à celui-ci.
ment à ces trois hypothèses sont linéai­ Il arrive parfois que ce dernier résultat ne

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14 AIR & SPACE POWER JOURNAL

puisse être atteint que par un renversement image basée sur les systèmes – c’est-à-dire que
du gouvernement mais d’autres choix exis­ nous devons le considérer, ainsi que les autres
tent la plupart du temps. Un examen attentif acteurs, comme des systèmes de systèmes
de tous les types d’effets les suggèrera. Un adaptatifs complexes, en les analysant comme
autre aspect de ce principe est que « la situa­ des entités complètes et en nous efforçant de
tion du moral est trois fois plus importante nous familiariser avec leur mode d’interaction
que celle des forces. »1 cela veut dire que avec les systèmes qui les entourent, plutôt que
nous pouvons atteindre des objectifs plus effi­ de simplement examiner les éléments qui les
cacement et plus rationnellement en maximi­ composent d’une façon réductionniste. Le
sant l’impact psychologique de nos opérations renseignement et l’analyse au niveau de
sur un adversaire – pas seulement sur le l’unité, voire même de la composante, ne
champ de bataille mais également sur les seront probablement pas suffisants pour
autorités ennemies et d’autres groupes jouant glaner le degré de compréhension nécessaire.
un rôle crucial. Nous pouvons adapter Nous avons besoin d’une mise en commun du
soigneusement nos messages aux populations renseignement et d’une remontée de l’infor-
présentes sur le théâtre des opérations, en mation aux services de renseignement au
encourageant leur coopération ou un autre niveau national, ainsi que de moyens pouvant
comportement souhaitable de leur part. offrir une analyse en profondeur.17 enfin,
enfin, la possibilité d’affecter l’attitude des obtenir une parfaite connaissance suppose
acteurs présents sur le théâtre des opérations généralement une circulation et une analyse
qui nous sont favorables ou sont neutres peut de l’information qui coûtent très cher,
souvent se révéler aussi importante que celle exigeant des méthodes d’évaluation bien
d’affecter le comportement de l’adversaire. conçues et des concepts d’opérations résul­
Lorsque nous interdisons de frapper des tant de l’analyse du renseignement. Les chefs
monuments culturels ou religieux pendant militaires sont aujourd’hui pratiquement
les opérations, par exemple, les acteurs inondés de données ; ils ont d’ailleurs souvent
présents sur le théâtre des opérations qui du mal à extraire des informations utiles d’un
nous sont favorables ou sont neutres occu­ volume aussi énorme de données. cette situa­
pent une place tout aussi importante que tion est à l’origine de l’un des inconvénients
l’adversaire dans notre audience-cible. les plus significatifs de la révolution de l’infor-
mation et des télécommunications qui a
L’approche EBO reconnaît que la parfaite rendu possible l’approche eBo de tant
connaissance de tous les acteurs et de l’environnement d’autres manières. Le volume d’informations
opérationnel est importante pour connaître le succès lui-même est devenu une forme de friction,
mais que cela se paie. précipitant la confusion, allongeant les temps
arriver à une connaissance parfaite implique de prise de décisions et diminuant la connai­
que l’image que l’on a de l’adversaire doit ssance prédictive. Il est possible d’atténuer
aller bien au-delà de son ordre de bataille et partiellement ce dilemme en procédant à une
de la disposition de ses forces. Dans l’espace planification complète du renseignement et
de bataille d’aujourd’hui, évaluer les change­ de l’évaluation avant le début des opérations
ments de comportement des divers acteurs, mais il reste aux etats-Unis à élaborer une
anticiper leurs actions et identifier à la fois les solution inclusive aux problèmes créés par la
éléments vitaux et vulnérables du système révolution de l’information.
d’un adversaire exigent une collecte et une
L’approche basée sur les effets n’a rien d’une
analyse très robustes du renseignement. cela
nouveauté.
nous oblige également à apprendre ce que
sont le mode de réflexion des divers acteurs et Lorsque Napoléon déclarait que « si je semble
la façon dont ils perçoivent le conflit. Nous toujours prêt, c’est parce qu’avant d’entre-
devons en outre avoir de l’adversaire une prendre quelque chose, j’ai longuement

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APPROCHE DES EBO 15

médité et prévu ce qui peut arriver », il appli­ leurs angles au cours des deux dernières
quait intuitivement ce que nous nous effor­ décennies ; elle est en outre devenue le
çons aujourd’hui de systématiser.18 même meilleur spécialiste sur le sujet de la réflexion
ceux qui sont hostiles à l’approche eBo basée sur les effets au cours de cette période.
reconnaissent que nombre de ses idées de Le consensus auquel sont arrivés les spécia­
base font depuis longtemps partie d’une listes de l’arme est que la définition suggérée
guerre bien menée. par le Jfcom peut servir mais qu’elle est
inutilement compliquée ; qui plus est, certai­
nes de ses implications sont incorrectes.
Définition des opérations est-il vraiment nécessaire d’avoir une
basées sur les effets compréhension « holistique » d’un système
pour pouvoir changer son comportement ?20 La
Les principes exposés plus haut, dont guerre d’usure peut encore se révéler très effi­
certains, au moins, sont mentionnés dans cace pour changer le comportement des forces
presque tous les débats portant sur l’appro- engagées par l’ennemi et il est possible de la
che eBo, devraient permettre d’arriver à une mettre en œuvre efficacement sans disposer de
définition concise et conceptuellement cohé­ beaucoup d’informations autres que le rapport
rente. Les deux qui sont les plus largement de forces à tout moment – c’est l’une des raisons
reconnues aujourd’hui sont celles auxquelles pour lesquelles elle a souvent servi d’« option
arrivèrent les deux organisations qui ont le par défaut » pour le combat terrestre pendant
plus réfléchi lors des dernières années aux de longues périodes dans l’histoire. Il ne fait
effets et aux problèmes liés à ces derniers, aucun doute qu’une connaissance générale des
c’est-à-dire le commandement des forces systèmes est souhaitable mais qu’elle n’est pas
interarmées américaines et l’armée de l’air. nécessaire pour « penser en termes d’effets ».
La définition donnée par le Jfcom a De même, une « application intégrée d’instru-
connu une évolution significative en relative­ ments choisis de puissance » est-elle indispensa­
ment peu de temps. La définition suivante ble pour une approche basée sur les effets ?
des eBo est la plus répandue : « opérations encore une fois, une telle intégration est souhai­
qui sont planifiées, exécutées, évaluées et table et peut même s’avérer nécessaire au niveau
adaptées sur la base d’une compréhension stratégique mais des éléments de l’instrument
holistique de l’environnement opérationnel militaire peuvent isolément appliquer de
dans le but d’influencer ou de changer le nombreux principes basés sur les effets lors des
comportement ou le potentiel des systèmes engagements forces contre forces, comme le
par application intégrée d’instruments choisis prouvent des siècles de guerre de mouvement.
de puissance pour atteindre les objectifs poli­ L’approche eBo devrait-elle en outre viser
tiques assignés. » Dans le concept défini par le seulement à atteindre des « objectifs politiques
Jfcom, un effet désigne « l’état matériel et/ assignés » ? même le Jfcom maintient que l’appro-
ou le comportement d’un système politique, che eBo s’applique au niveau opérationnel –
militaire, économique, social, informationnel qui est le domaine de la stratégie, pas de la
et d’infrastructures (Political, Military, Econo- politique. Les objectifs qu’atteignent les chefs
mic, Social, Information, and Infrastructure – militaires ont pour objet de contribuer à
PmesII) qui résultent d’une action ou d’un produire les conditions qui créeront la situation
ensemble d’actions militaires ou non. »19 recherchée dans le cadre de la stratégie ; la poli­
L’armée de l’air a elle aussi lutté avec la tique délimite la stratégie. L’approche eBo
définition au fil des ans, ayant influencé la devrait continuer à mettre principalement
réflexion menée au Jfcom et ayant été l’accent sur la situation attendue à la fin d’une
influencée par elle. elle a néanmoins accu­ opération et sur les objectifs de cette dernière –
mulé l’expérience pratique de loin la plus c’est-à-dire sur les buts de la stratégie.
vaste en termes d’utilisation de l’approche La force aérienne conserve ce qu’elle estime
eBo et d’étude de ses implications sous tous être les aspects les plus utiles de la définition

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1 AIR & SPACE POWER JOURNAL

suggérée par le Jfcom mais les simplifie et Conclusion


corrige les erreurs conceptuelles. Les effets sont
simplement « l’éventail complet de résultats, L’approche eBo est essentiellement un
d’évènements ou de conséquences entraînés par mécanisme de la pensée – un ensemble de
une cause particulière. Une cause peut être une concepts et une façon de penser. Il se peut
action, un ensemble d’actions ou un autre effet. » qu’elle ait un potentiel considérable d’amélio-
cette définition élargit et simplifie à la fois le ration des opérations militaires mais elle ne
concept pour le rendre logique et plus facile à supplante pas les processus existants (dont
comprendre pour le grand public. EBO désigne beaucoup – comme celui d’évaluation inter­
des « opérations qui sont planifiées, exécutées, évaluées armées – sont essentiellement basés sur les
et adaptées pour influencer ou modifier des systèmes ou effets, si on applique un grand nombre des
des capacités afin d’obtenir les résultats souhaités » principes présentés ici). Il se peut qu’apparai-
(c’est moi qui souligne).21 cette définition ssent un jour, grâce à des changements techno­
conserve les meilleurs éléments de la description logiques, des outils et des méthodologies
donnée par le Jfcom : les liens entre planifica­ permettant d’aider à exploiter le potentiel de
tion, exécution et évaluation ; la nécessité d’une l’approche eBo et que des processus existants
adaptation ; l’accent mis sur une perspective de évoluent avec l’élargissement de nos connais­
systèmes ; l’applicabilité à des opérations ne se sances. Il est toutefois possible d’utiliser une
limitant pas au combat. elle élimine les éléments approche des opérations basée sur les effets
prêtant à confusion ou inutiles et montre que quels que soient les voies et les moyens choisis
l’approche eBo peut aider à atteindre un plus pour l’appliquer. L’« action visant les effets »
large éventail d’objectifs – pas seulement « politi­ est et restera toujours animée par la « réflexion
ques ». sauf changements inattendus de dernière sur les effets ». q
minute, cette définition se glissera dans la
prochaine série de documents doctrinaux défini­
tifs de l’armée de l’air.

Notes
1. Docteur maris “Buster” mccrabb et Joseph a. caroli, effets : dossier d’information annoté), (alexandria, Virgi­
Behavioral Modeling and Wargaming for Effects-Based Operations nie: Institute for Defense Studies, juin 2001), 13.
(modélisation des comportements et jeu de guerre pour les 3. Linde et autres, “New Perspectives” (Perspectives
opérations basées sur les effets), rome, New York: Air Force nouvelles), 12.
Research Laboratories et Dmm Ventures, Inc., novembre 4. Lieutenant colonel Brett T. Williams, Effects-Based
2002), 1 ; lieutenant colonel christopher W. Bowman, Operations: Theory, Application, and Role of Airpower (opéra­
Operational Assessment: The Achilles Heel of Effects-Based Opera- tions basées sur les effets : théorie, application et rôle de
tions? (L’évaluation des opérations : est-elle le talon d’achille la puissance aérienne), (carlisle, Pennsylvanie: US Army
des opérations basées sur les effets ?), (Newport, rhode War College, 9 avril 2002), 1. Veuillez noter que le colonel
Island: Naval War College, 13 mai 2002), ii. Williams caractérise l’opposition interarmées à l’appro-
2. colonel David a. Deptula, Firing for Effect: Change in che eBo et que la formule « panacée… irréaliste trop
the Nature of Warfare (Viser l’effet : un changement de focalisée » ne représente pas sa propre opinion au sujet
nature de la guerre), Defense and Airpower Series (arlington, de l’approche eBo. Les autres formules sont empruntées
Virginie: Aerospace Education Foundation, 24 août 1995), 4 ; au colonel art corbett, U.s. marine corps, “Why Say No to
michael senglaub, Course of Action Analysis within an Effects- EBO?” (Pourquoi dire non à l’approche eBo ?), (Quan­
Based Operational Context (analyse de lignes de conduite tico, Virginie: Marine Corps Combat Development Command,
dans un contexte d’opérations basées sur les effets), sandia 3 novembre 2002), passim.
report saND 2001-3497 (albuquerque, Nouveau-mexique: 5. commandant T. W. Beagle Jr., “Effects-Based Targe-
Sandia National Laboratories, novembre 2001), 7, http:// ting: Another Empty Promise?” (Le choix des objectifs et des
[Link]/cgi-bin/techlib/[Link]/ moyens de traitement basé sur les effets : une autre
2001/[Link] ; colonel Gwen Linde et autres, “New promesse en l’air ?), (thèse, School of Advanced Airpower
Perspectives on Effects-Based Operations: Annotated Briefing” Studies, maxwell afB, alabama, juin 2000), 1, https://
(Perspectives nouvelles sur les opérations basées sur les [Link]/papers/ay2000/saas/beagle

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APPROCHE DES EBO 17

.pdf ; lieutenant colonel mark e. steblin, “Targeting for [Link] (consulté le 1 octo­
Effect: Is There an Iceberg Ahead?” (choix des objectifs et des bre 2005).
moyens de traitement pour l’effet : y a-t-il un iceberg sur 14. cette utilisation du terme proportionnalité vient de la
l’avant ?), compte-rendu d’étude (maxwell afB, alabama: théorie du chaos et doit être distinguée du principe de
Air War College, avril 1997), 1, [Link] proportionnalité cité dans le Droit du conflit armé, qui
.[Link]/papers/ay1997/awc/[Link] . stipule que l’utilité militaire d’un acte doit l’emporter sur les
. Général William f. Kernan, remarques faites au New coûts collatéraux (en particulier en termes de vies) de ce
York Times après les manœuvres Millennium Challenge 2002, dernier. Pour plus de détails, comparer au document afDD
citées dans commandant David W. Pendall, “Effects-Based 2-4.5, Legal Support (appui juridique), 15 mai 2003, https://
Operations and the Exercise of National Power” (Les opérations [Link]/[Link] (consulté le 1 octobre
basées sur les effets et l’exercice de la puissance nationale), 2005).
Military Review, janvier–février 2004, 22 ; général de division 15. Le terme linéaire vient des mathématiques. Les
stanley mcchrystal, ministère de la défense (Department of équations qui sont représentées sous forme de courbes
Defense – DoD), réunion d’information pour la presse, 22 après le report de différents points de données peuvent
mars 2003, [Link] décrire des systèmes linéaires. ces systèmes ont des résul­
t03222003_t0322osdpa.html (consulté le 14 octobre 2005). tats répétitifs et sont déterministes. Les systèmes non
7. comparer, par exemple, [Link], [Link] linéaires ou dynamiques se caractérisent par des tendan­
.[Link]//22/[Link] (consulté le 2 octobre ces en termes de comportement plutôt que par des résul­
2005); mentionné apparemment dans la conversation. tats répétitifs, ainsi que par une émergence auto-adaptive :
8. sun Tzu, The Art of War: The Oldest Military Treatise in the de nouvelles formes de comportement adaptatif ne sont
World (L’art de la guerre : le plus ancien traité militaire du pas programmées mais elles émergent à la suite des inter­
monde), traduit par Lionel Giles (Harrisburg, Pennsylvanie: actions des éléments du système avec l’environnement.
military service Publishing co., 1944), [Link] Les conditions météorologiques et l’économie de marché
[Link]/[Link] (consulté le 13 octobre 2005). en sont les exemples classiques. Pour une bonne description
9. russell f. Weigley, The American Way of War: A History générale, voir “What Are Complex Adaptive Systems? ” (Que
of United States Military Strategy and Policy (Le mode de sont les systèmes adaptatifs complexes ?), [Link],
guerre américain : une histoire de la stratégie et de la [Link]
politique militaires des etats-Unis), (New York: macmillan, [Link] (consulté le 4 novembre 2005).
1973), xxii ; commandant steven m. rinaldi, “Beyond the 1. citation attribuée à Napoléon. La citation exacte est
Industrial Web: Economic Synergies and Targeting Methodolo- la suivante : « a la guerre, les trois quarts sont des affaires de
gies” (au-delà du tissu industriel : synergies économiques moral ; la balance des forces n’est que pour un quart. »
et méthodologies de choix des objectifs et des moyens de 17. Mise en commun se réfère à la coopération entre le
traitement), (thèse, School of Advanced Airpower Studies, personnel de renseignement du ministère de la défense
maxwell afB, alabama, avril 1995), 3. et les services de renseignements à l’extérieur de celui-ci
10. comparer au document doctrinal Air Force Doctrine et/ou des etats-Unis.
Document (afDD) 1, Air Force Basic Doctrine (Doctrine de base 18. cité par robert Heinl, Dictionary of Military and Naval
de l’armée de l’air), 17 novembre 2003, pour un examen du Quotations (Dictionnaire des citations militaires et navales),
principe de « contrôle centralisé / exécution décentralisée » (annapolis, maryland: Naval Institute Press, 19).
comme principe de la puissance aérienne et spatiale. 19. PmesII se réfère à tous les éléments d’un système
11. réunion d’information, quartier général de l’armée, quelconque. Les définitions figurent toutes les deux dans
G-3, Damo-ssP, sujet : élaboration d’une position doctri­ UsJfcom, Operational Implications of Effects-Based Opera-
nale de l’armée sur « une approche basée sur les effets de tions (EBO) (Implications opérationnelles des opérations
la planification d’une campagne », Washington, Dc, basées sur les effets), Joint Doctrine series n° 7 (fort
janvier 2004, diapositive 3. monroe, Virginie: Joint Warfighting Center, 17 novembre
12. Pour une bonne explication du cycle d’attribution 2004), 32. cette définition apparaît également dans les
des missions, voir Doctrine Watch 20, ATO Myths (Les ébauches du prochain Commander’s Handbook (manuel du
mythes entourant les ordres d’attribution de mission commandant) préparé par le Jfcom et consacré à l’appro-
aérienne), (maxwell afB, alabama: Air Force Doctrine che eBo.
Center, 15 octobre 2003), [Link] 20. oubliez l’atmosphère de « médecine douce » et
[Link] (consulté le 1 octobre 2005). de patchouli qui entoure le terme holistique. certains
13. Toutefois, pour un examen détaillé de nombreuses pourraient la percevoir et se retourner « holistiquement »
catégories courantes d’effets et d’exemples, voir la prochaine contre l’approche eBo.
révision du document afDD 2, “Operations and Organization” 21. afDD 2, “Operations and Organization” (opérations
(opérations et organisation), ébauche .0, 23 août 2005, et organisation), 13.

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